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La justice aristocratique dans la généalogie de la morale de Nietzsche

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par Pierre Morien MOYO KABEYA
Faculté de philosophie Saint Pierre Canisius - Bachelier en philosophie 0000
  

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III. 5. 3. Dette et devoir

Jusqu'à présent il n'a pas été question de la moralisation de ces notions. La moralisation peut donner l'impression de mettre fin à ces notions (dette et devoir) avec la fin de leur cause première, Dieu. C'est-à-dire que la fin de la foi en Dieu conduirait nécessairement à leur fin. En réalité il n'en est pas ainsi.

La moralisation et le refoulement dans la mauvaise conscience ont donné une direction différente de ce qui vient d'être décrit. Il faut que dette et devoir se retournent contre le débiteur, chez qui la mauvaise conscience gagne en profondeur et en largeur. On en arrive à l'idée qui fait que l'impossibilité de se libérer de la dette engendre l'impossibilité de l'expier (L'idée de punition éternelle).

Ce retournement n'épargne pas le créancier, soit que l'on pense la causa prima de l'homme, à l'origine de l'homme (Adam, le péché originel, privation du libre arbitre), soit la nature de l'homme, soit à l'existence (qui ne vaut plus la peine d'être vécue). Ainsi, ce fut jusqu'à ce qu'un soulagement temporaire soit trouvé pour l'humanité angoissée : le génie du christianisme, un dieu qui s'offre pour payer les dettes de ses débiteurs, un créancier qui s'offre pour ses débiteurs par amour (qui le croira).

Ce que cela cache : une tendance de l'homme à vouloir se torturer lui-même. Désormais la cruauté qui était dirigée contre les autres avant sera dirigée contre soi. Après s'être créé la mauvaise conscience pour pousser son supplice à un degré effroyable ; l'obligation envers Dieu devient pour lui son instrument d'autoflagellation, de torture. Devant ce Dieu, ces instincts animaux sont changés en fautes. L'homme

 se plante au beau milieu de l'antithèse entre `Dieu' et le `Diable'', il jette hors de lui-même toutes les négations, tout ce qui le pousse à se nier soi-même, à nier la nature, le naturel, la réalité de son être pour en faire l'affirmation de quelque chose de réel, de vivant, de véritable, Dieu saint, Dieu juste, Dieu bourreau, l'Au-delà, le supplice infini, l'enfer, la grandeur incommensurable de la punition et de la faute.91(*)

C'est presque une maladie, une démence de la volonté de l'homme dans la cruauté psychique. L'homme ne trouve pas, ou disons, il y a un refus de trouver l'équivalent de la faute commise. C'est comme si l'homme ne se donne pas la chance de s'en sortir. Il s'érige un idéal, un Dieu Saint pour se rappeler constamment son indignité propre.

Ce qui enchaîne l'homme est presque une maladie. Chaque fois qu'on empêche l'homme d'agir, d'être bête de l'action survient cette maladie la plus terrible de l'humanité qu'elle n'ait jamais connue. C'est une vraie nuit de torture et d'absurdité. Il y a tant de choses qui rendent l'homme depuis longtemps aliéné. Surtout lorsque l'on parle de la rédemption par amour, quelle horreur !92(*)

La conception des dieux ne conduit pas nécessairement à l'avilissement et à l'auto crucifiement de l'homme. Il y a des manières plus nobles de concevoir les dieux. « Pour s'en convaincre, il suffit heureusement de jeter les yeux sur les dieux de la Grèce, sur ces reflets d'hommes plus nobles et plus orgueilleux chez qui l'animal dans l'homme se sentait divinité et ne se déchirait pas soi-même, plein de fureur ! »93(*)

Contrairement aux chrétiens, les Grecs par exemple, se sont servi des dieux pour se prémunir de la mauvaise conscience. De la sorte ils peuvent se réjouir en toute quiétude et liberté d'âme. Ils sont allés le plus loin possible. Les mythologies nous en disent gros. L'homme ne faisait rien de mal, il n'était responsable de rien. C'était le caprice des Dieux qui causaient les dommages dans la société, dans les relations entre les citoyens. C'est encore eux qui utilisaient les vivants comme des jeux d'échecs. Quand surgissait un méfait, « il faut qu'un Dieu l'ait aveuglé. »

D'ailleurs les dieux eux-mêmes savaient justifier les méfaits des hommes. Ils traitaient les actions déplacées des hommes comme des folies et non des péchés. Ainsi, il y avait bien un sentiment de faute et non de châtiment, surtout pas un châtiment éternel par amour...94(*)

* 91 Ibid., p. 153.

* 92 Ibid., p. 154.

* 93 Ibid.

* 94 Ibid., p. 156-157.

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