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L'impact des radio de proximité: le ca radio Delta Santé


par N. Jol M. BROOHM
Université de Lomé - Maitrise ès-Lettres, option Sémiologie et Communication 2004
  

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Introduction

I - Historique de la radio au Togo

I - 1 - La radio - mère et les attentes des populations

I - 2 - Radio - Lomé et l'espace public

I - 3 - La radio privée, un instrument de lutte politique

I - 4 - Le paysage radiophonique actuel

II - Le cas Delta Santé

II - 1 - Genèse et évolution

II - 2 - Situation actuelle

II - 3 - Organisation interne

III - Delta santé vers une littérature radiophonique

III - 1 - Les stéréotypes

III - 2 - Quelques indices de recherche littéraire

IV - Delta Santé, la communication et la communication de masse

IV - 1 - Principes généraux

IV - 2 - Les applications

IV - 3 - Communication ou communication de masse ?

IV - 4 - Les meneurs de la communication

V - Les impacts de la R.D.S. sur les populations

V - 1 - Les objectifs de la R.D.S.

V - 2 - Les moyens

V - 3 - Les impacts de la R.D.S

VI - Radio Delta Santé et demain

VI - 1 - Quel sera le visage de la R.D.S.

VI - 2 - Comment améliorer les prestations de la R.D.S.

Conclusion

Références bibliographiques Annexes

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a dernière décennie du vingtième siècle a été marquée au Togo, comme dans de nombreux pays francophones, par ce qu'on a appelé à raison ou à tort «la révolution démocratique ». Le régime en place depuis plusieurs décennies a

cédé le pas à une libéralisation du système politique, on a, alors, assisté à l'élargissement des espaces de liberté. Dès lors, l'exercice des libertés individuelles et collectives a favorisé la libéralisation de la presse écrite et audiovisuelle. Il en a résulté un foisonnement de journaux privés puis de radios de proximité. Aujourd'hui, le Togo compte plus de soixante radios communautaires, associatives, et commerciales.

La radio d'Etat n'ayant su assumer son rôle social, qui était de rendre compte de la gestion que les autorités faisaient des affaires publiques, cette prolifération des radios privées a été applaudie.

Disséminées un peu partout sur le territoire national, ces radios de proximité influencent quelque peu la vie de ceux de nos compatriotes qui les écoutent.

Aussi croyons-nous opportun, plus d'une décennie après cette libéralisation de la presse, de nous interroger sur les influences qu'elles exercent sur la vie des auditeurs.

Toutefois notre réflexion sera axée sur la Radio Delta Santé (R.D.S) : Comment a-t-elle pu se positionner dans le paysage médiatique actuel ? Quel usage fait-elle de la langue ? Quelle communication instaure-t-elle avec ses auditeurs et pour en attendre quels résultats ? Les résultats obtenus sont-ils en adéquation avec ceux escomptés ? Si non comment orienter la communication pour aboutir à des résultats meilleurs ?

Telle est la teneur des questions auxquelles nous apporterons tout au long de nos analyses et réflexions des éléments de réponse.

Pour y parvenir, nous procéderons d'abord à l'élucidation du contexte dans lequel les Togolais ont fait leur première expérience de la radio de proximité. Ensuite nous poserons `' notre regard » sur la Radio Delta Santé, son approche du texte radiophonique et de la communication. Enfin, nous esquisserons des approches de solutions au regard desquelles Radio Delta Santé pourrait se maintenir dans le paysage médiatique de demain.

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pparue en Afrique noire en 1924 avec l'usage des émetteurs dans l'union sud africaine et en 1939 à Dakar au Sénégal, ce n'est qu'en 1953 que les Togolais font pour la première fois l'expérience de la radiodiffusion avec Radio Lomé.

I - 1 La radio-mere et fes attentes des popufations

1-1-1 Radio Lomé, un instrument de l'administration

A sa création en août 1953, Radio Lomé, comme bien des radios en Afrique sous domination coloniale, a contribué à l'émancipation progressive d'une élite politique togolaise. L'essentiel des programmes étant diffusé dans la langue du colonisateur, les premiers contacts avec la radio furent établis par nos compatriotes fréquentant les écoles et ceux ayant été en Europe en tant qu'étudiants ou militaires.

Radio Lomé a servi d'outil au colonisateur, pour amener les compatriotes d'alors à une ébauche de prise de conscience politique. Témoins : le regain d'intérêt pour le fait politique et les manifestations d'avant l'autonomie. Ce qui justement entrait dans l'optique du colonisateur qui entendait en application de la loi cadre de 1956, mettre en place des équipes dirigeantes africaines dans les colonies. Le journaliste burkinabé Jean-Pierre ILBOUDO dira : « Dès 1959, la plupart des radios nationales sont mises en place. Elles émettent essentiellement dans la langue de l'ancien colonisateur, et parfois en une ou deux langues nationales pour affirmer le rôle du nouvel état indépendant. La radio devient ainsi un attribut de l'indépendance de ces pays ».

Parallèlement à la préparation de l'élite politique du pays, Radio Lomé s'est lancée dans la bataille du développement.

1-1-2 Radio Lomé, un instrument de développement

La Radio d'Etat a servi aussi d'outil de soutien à la politique de développement à la veille et surtout au lendemain des indépendances. Il s'est agi de faire de la radio un instrument d'éducation. Ainsi, Radio Lomé diffusait des émissions destinées à donner des conseils d'hygiène, de santé, et de pratiques

agricoles. Le souvenir des radio-clubs reste encore vivace dans les mémoires : Le souvenir des années soixante-dix (1970) où la radio d'Etat diffusait à l'intention des masses paysannes des microprogrammes, dans le souci d'améliorer la production agricole. La radio était alors utilisée comme une » radio école».

Bref, Radio Lomé cernait et répondait aux attentes des populations en faisant d'elle-même un instrument d'éducation, mais surtout un instrument de l'administration. C'est le second usage qu'on fit de la radio qui, a un certain moment, posera problème.

1- 2 ~~~io Lor~ et l~espace pu6lic

Il est vrai que des années après sa création, Radio Lomé a répondu dans la mesure du possible aux attentes des populations. Cependant, il n'est pas moins vrai qu'au fil du temps, elle donna naissance en ces populations à l'envie d'écouter un autre `' son de cloche `'.

1-2-1 Radio Lomé, une alliée du pouvoir ?

Aux lendemains des indépendances, Radio Lomé a failli à sa mission d'outil de formation d'une opinion publique véritable. « La radio (...) était un service public étroitement contrôlé par l'Etat, le plus souvent par le biais du ministère de l'information (...) Les journalistes radiophoniques étaient des fonctionnaires de l'Etat et dépendaient souvent du parti unique »1. Pire encore, les journalistes devinrent les «haut- parleurs» du gouvernement, pervertissant ainsi la notion d'information qui s'identifie alors à la propagande.

Les partis politiques une fois interdits en 1969, Radio Lomé se transforma en un instrument de propagande politicienne où des thèmes idéologiques sont associés à des pulsions nationalistes.

En cela, Radio Lomé fit usage de certaines techniques dont nous empruntons la terminologie à Jean-Marie DOMENACH, auteur de La propagande politique (1959).

1-2-2 La regle de la simplification

Radio Lomé, dans sa propagande, s'appuyait sur la règle d'or de l'art : »la règle de la simplification». Radio Lomé concentrait sur la personne du chef de l'état les aspirations de l'auditoire et donc du peuple. Ainsi, lors des manifestations, le chef de l'état devenait tour à tour «le libérateur national », «le premier marin », «le premier agriculteur », ...selon que la manifestation soit en rapport avec sa prise de

pouvoir, la marine nationale ou, l'agriculture... bref, les idées abstraites étaient personnalisées en un représentant : le chef de l'Etat.

1-2-3 La règle de l'unanimité et de contagion

Radio Lomé a aussi tiré profit de la propension naturelle au conformisme des auditeurs. En plus des larges diffusions et rediffusions des manifestations de soutien en faveur du pouvoir, Radio Lomé a crée et entretenu pendant plusieurs années l'illusion d'une unanimité autour du régime en place. Rappelons au passage le top horaire :

«n'gavÕ o Ðukplola Eyadema, Mawu do fiokuku nawo

N'gavÕ o dukplola Eyadema ÐukÕa le megbe nawo

Yin'ko »2.

Que nous traduirons en ces termes :

« N'aies crainte président Eyadema, Dieu t'a intronisé,

N'aies crainte président Eyadema, Le peuple te soutient.

Avance ! »

L'auditeur, à l'écoute de la radio, est convaincu contre son gré que l'opinion exprimée au travers de ce message est commune à tous. Et même s'il est persuadé de la véracité de sa propre opinion contraire à celle exprimée, à force d'écouter ce top horaire, il réagit selon ce que Gustave LEBON appelle la «contagion psychique ». Il commence d'abord à douter de sa propre opinion et finit quelques fois par la (son opinion) croire erronée. Ainsi il s'approprie le texte du top horaire qui modèle désormais son opinion en la calquant sur celle à laquelle il s'opposait.

1 Journaux et radio en Afrique aux 19e et 20e siècles, Andréjean TUDESQ, Serges NEDELEC, GRET, 1998, P.124

2 Ce texte n'est qu'une transcription approximative du message éwé chanté.

1-2-4 La règle de la défiguration ou du grossissement

Radio Lomé a enfin, avec ou contre son gré, longtemps manipulé l'information pour n'en retenir que celle qui était favorable à l'idéologie du pouvoir. Cette technique de filtrage a permis d'entourer le chef de l'état d'un mythe. Qu'il nous soit permis d'évoquer quelques exemples :

- l'accident, du 24 janvier 1974 dont le chef de l'état a été victime, présenté comme un attentat donna l'occasion à la «radio-mère» de diffuser une interview de feu le Général Améyi. Ce dernier y laisse entendre qu'arrivé sur les lieux de la catastrophe et ayant demandé au président s'il fallait le conduire à l'hôpital, le président répondit :

« Non, je vais à pya ».

L'information telle que présentée à l'antenne a contribué à créer autour de la personne du chef de l'état un mythe : le mythe de l'invulnérabilité. Une semaine plus tard, son retour à Lomé fut appelé « retour triomphal ».Nous sommes le 02 février 1974.

-Plus récent mais tout aussi révélateur fut le traitement des informations relatives aux manifestations du 05 octobre 1990. Une manifestation de protestation initiée par des étudiants, qui entendaient empêcher le jugement de leurs camarades pour distribution de tracts, est présentée comme un mouvement mené par des «vandales et des drogués venus du Ghana voisin ».

Bref, l'information était tronquée avant d'être servie à l'auditeur. A ces règles, il faudra ajouter celles de `'l'orchestration» et de la `'transfusion» avant d'insister sur le fait que l'usage de ces techniques faisait de Radio Lomé une alliée du pouvoir. Pouvait-il en être autrement ?

Toujours est-il que le mouvement d'octobre 90 qui a ouvert la voie à des mouvements de tout genre, a été suivi d'une période où Radio Lomé n'a guère cessé les actions de persuasion en faveur du pouvoir. Radio Lomé se gardant de rendre fidèlement compte des opinions en vogue à l'époque (identiques ou contraires à celle du pouvoir), «une radio, tenue par des opposants, Radio Liberté parvint à émettre quelques mois avant de disparaître »3.

3 Journaux et radio en Afrique aux 19e et 20e siècles, Andréjean TUDESQ, Serges NEDELEC, GRET, 1998, P.151-153

1- 3 La radio privée, un instrument de futte pofitique

C'est à la faveur de la plus longue grève (novembre 92 à juillet 93) qu'aient connue les Togolais que ces derniers firent leur première expérience de la radio de proximité.

1-3-1 Radio Liberté

La première radio privée, Radio Liberté a émis sans autorisation en novembre 1992. Née en période de crise politique aiguë, Radio Liberté qui émettait en modulation de fréquence sur la 105 mégahertz est apparue pour soutenir «la grève générale illimitée».

Elle exposait les points de vue de l'opposition togolaise sur la situation du pays. Cette radio pirate s'efforçait dans la mesure du possible de restructurer un tissu social qui portait les séquelles des querelles politiques, ethniques et tribales, d'unir et d'impliquer les Togolais dans son combat pour une société démocratique plus juste. On se rappelle l'émission «Soldat mon frère», qui se présentait comme une tribune où l'on « expliquait » aux «corps habillés» le bien fondé du changement politique et l'impertinence de cette réaction qui veut que le corps habillé réprime systématiquement les manifestations de l'opposition.

On se rappelle aussi la diffusion des comptes-rendus de réunions de l'opposition. Bref, en lançant en novembre 1992 Radio Liberté, l'opposition voulait se doter d'un outil de communication qui puisse rendre compte au peuple du combat qu'elle menait, un outil de communication qui puisse servir de contrepoids à Radio Lomé.

Radio Liberté n'émit que quelques mois avant de disparaître. Le terrain était alors déblayé mais il a fallut attendre septembre 93 pour voir émettre Kanal Plus.

1- 4 Le paysage radiophonique actue(

L'installation des radios privées au Togo s'est faite en deux phases dans la période allant de septembre 1993 à octobre 2002.

La première phase qui dure de septembre 93 à février 98 est antérieure à la codification de la presse audiovisuelle. Elle a été marquée par la mise en onde des premières radios privées dont la toute première, `'Kanal plus», émit en septembre 93. Cinq ans après, on pouvait compter sept radios privées dont une seule à l'intérieur du pays : Radio Tchaoudjo à Sokodé.

La seconde phase qui dure de février 98 à octobre 2002, débute avec la codification de la presse audiovisuelle. Cette seconde période est surtout marquée par l'adoption des lois portant code de la presse et de la communication, la création de l'Observatoire Togolais des Médias (O.T.M.), l'adoption d'un code de déontologie, et surtout par l'installation de la grande majorité des radios émettant actuellement au Togo.

La codification de la presse audiovisuelle, a donc accéléré le processus d'installation des radios privées sur l'étendue du territoire national. De sept dans la première moitié de la période définie, le nombre de radios privées est passé à soixante. Cependant, les inégalités apparues dès la première phase d'installation des radios de proximité se sont quelque peu réduites sans pour autant disparaître.

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