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L'énergie et le processus de mise en valeur du Cameroun français (1946-1959)

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par Moà»se Williams Pokam Kamdem
Dschang - Maitrise 2007
  

Disponible en mode multipage

UNIVERSITÉ DE YAOUNDÉ I

FACULTÉ DES ARTS, LETTRES ET SCIENCES HUMAINES

DEPARTEMENT D'HISTOIRE

THE UNIVERSITY OF YAOUNDE I

FACULTY OF ARTS, LETTERS AND SOCIAL SCIENCES

DEPARTMENT OF HISTORY

L'ENERGIE ET

LE PROCESSUS DE MISE EN

VALEUR DU CAMEROUN FRANÇAIS

(1946-1959)

Mémoire de Maîtrise en Histoire

Présenté par : Moïse Williams Pokam Kamdem, Licencié en Histoire

Jury

Président : Phlippe - Blaise Essomba M.C.

Rapporteur : Jean Koufan Menkene C.C.

Examinatrice : Chatap Ekindi Odile C.C.

SOMMAIRE

Pages

Sommaire.............................................................................. iv

Liste des illustrations................................................................. vii

Liste des annexes..................................................................... viii

Liste des abréviations et des acronymes........................................... ix

Résumé................................................................................. xii

Abstract................................................................................ xiii

Introduction générale................................................................ 1

Chapitre I : L'état des lieux des activités de recherche et d'exploitation d'énergie au Cameroun avant 1946...............................................9

I. L'effort de l'Allemagne dans la recherche d'énergie au Kamerun..............9

A. Le cadre général de la mise en valeur du Kamerun.................... 10

B. La recherche de pétrole au Kamerun..................................... 13

II. La recherche du charbon et des hydrocarbures sous le mandat français...15

A. Le mandat français sur le Cameroun et la mise en valeur du Territoire................................................................................ 15

B. La recherche du charbon..................................................17

C. La recherche des hydrocarbures.......................................... 18

III. L'émergence des premiers foyers d'électricité.............................. 20

A. Les débuts de l'électricité au Cameroun................................ 20

B. Douala, "ville- lumière"................................................... 22

C. Les perspectives d'électrification de Yaoundé et de Dschang........ 24

Chapitre II : Le plan de mise en valeur du Cameroun français après la Deuxième Guerre mondiale....................................................... 27

I. L'évolution de l'idée de planification........................................... 27

A. Le temps de l'indécision.................................................. 27

B. L'impératif de mobilisation imposé par la Reconstruction.......... 29

II. Le plan d'équipement du Cameroun et son financement.................... 31

A. Le plan d'équipement du Cameroun .................................... 31

B. Le financement du plan d'équipement................................... 35

III. La place de l'énergie dans le plan d'équipement............................ 39

A. La notion d'énergie dans le plan......................................... 40

B. Les principaux projets énergétiques retenus dans le plan............. 41

Chapitre III : L'essor de l'énergie électrique au Cameroun (1947-1958)...46

I. Les défis et les acteurs du secteur de l'électricité au Cameroun après la Seconde Guerre mondiale........................................................... 46

A. Les défis du secteur de l'électricité...................................... 47

B. Les principaux acteurs du secteur........................................ 50

C. L'électrification du Cameroun au cours du plan d'équipement..... 55

II. Quelques aspects de l'aménagement hydroélectrique d'Edéa................59

A. Les questions foncières et du financement.............................. 59

B. La question de la main-d'oeuvre.......................................... 63

Chapitre IV : La relance des activités minières liées à l'énergie au Cameroun (1947-1959)............................................................... 70

I. L'intérêt croissant pour les hydrocarbures au Cameroun 1947-1951......... 71

A. La nécessité d'approvisionnement en produits pétroliers..............71

B. L'action du Bureau de Recherche du Pétrole au Cameroun jusqu'à 1951...................................................................................... 74

II. Les hydrocarbures : l'effort de prospection de la SEREPCA 1951-1958...78

A. La constitution de la SEREPCA ..........................................79

B. L'activité pétrolière au Cameroun de 1951 à 1958.................... 82

III. La recherche de substances radioactives ......................................88

A. L'intérêt nouveau pour l'énergie atomique après la Seconde Guerre mondiale................................................................................ 88

B. L'action du CEA au Cameroun........................................... 89

Conclusion générale................................................................... 93

Annexes................................................................................. 99

Sources et orientations bibliographiques........................................... 121

LISTE DES ILLUSTRATIONS

v Tableaux

I. Evolution de la valeur cumulée des importations et des exportations des colonies allemandes1905 - 1912.................................................... 11

II. Répartition des investissements dans les colonies allemandes en 1913.... 11

III. Répartition de la consommation d'énergie électrique à Douala en 1935... 23

IV. Financement des dépenses d'investissement de la section locale FIDES en 1959..................................................................................... 37

V. Dépenses engagées par la section locale FIDES au Cameroun en 1958...................................................................................... 38

VI. Evolution de la consommation d'énergie au Cameroun 1957............... 42

VII. Evolution de la consommation industrielle d'énergie électrique au Cameroun1953 -1959.................................................................. 48

VIII. Le secteur de l'électricité au Cameroun en 1959........................... 51

IX. Evolution du capital et des participations dans la SEREPCA1951 - 1959..81

v Graphiques

I. Répartition des crédits FIDES par rubriques d'activité 1949 - 1958......... 33

II. Répartition du financement des plans d'équipement au Cameroun en 1957..................................................................................... 36

III. Quantité d'énergie nécessaire à la fabrication de produit industriel........ 50

IV. Ventilation des crédits pour l'aménagement hydroélectrique d'Edéa en 1950..................................................................................... 62

V. Evolution des importations de produits pétroliers au Cameroun en 1957...73

v Cartes

I. Le Cameroun français................................................................9

v Photos

I. Construction de la centrale électrique de Douala Bassa, 1951................ 56

II. Main-d'oeuvre locale sur le chantier d'Edéa, 1949............................ 66

III. Derrick de la SEREPCA en activité au Cameroun, 1956.................... 83

IV. Forage de la SEREPCA au Cameroun, 1956.................................. 85

LISTE DES ANNEXES

I. Questionnaire d'enquête............................................................ 100

II. Loi du 30 avril 1946 établissant les plans d'équipement...................... 101

III. Extraits du plan général du Cameroun.......................................... 103

IV. Correspondances de la CCDEE et de l'ENELCAM adressées au Haut- commissaire ............................................................................ 111

V. Convention réglant les conditions d'exercice de la SEREPCA au Cameroun................................................................................ 113

LISTE DES ABREVIATIONS ET DES ACRONYMES

AEF : Afrique Equatoriale Française

AES-SONEL Applied Electricity Services - Société Nationale d'Electricité

ALUCAM : Aluminium du Cameroun

AOF : Afrique Occidentale Française

ARCAM : Assemblée Représentative du Cameroun

BRP : Bureau de Recherche du Pétrole

BRPM : Bureau de Recherche et de Participation Minières

CCDEE : Compagnie Coloniale (Puis Centrale) de Distribution d'Energie Electrique

CCFOM : Caisse Centrale de la France d'Outre-mer

CEA : Commissariat à l'Energie Atomique

CFA : Communauté Française d'Afrique

CRAN : Conseil Représentatif des Associations Noires de France

COFIREP : Compagnie Financière de Recherches Pétrolières

EDF : Electricité de France

ENELCAM : Energie Electrique du Cameroun

FAC : Fonds d'Aide et de Coopération

FIDES : Fonds d'Investissement pour le Développement Economique et Social

FINAREP : Société Financière des Pétroles

IFAN : Institut Français d'Afrique Noire

IEPF : Institut de l'Energie des Pays ayant en commun l'usage du Français

JOC : Journal Officiel du Cameroun

JOCF : Journal Officiel du Cameroun Français

JORF : Journal Officiel de la République Française

KVA: Kilo volt ampere

KW: Kilowatt

KWh : Kilowatt heure

MRAP : Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples

ONU : Organisation des Nations Unies

ORSC : Office de la Recherche Scientifique Coloniale

SDN : Société des Nations

SEREPCA : Société de Recherche et d'Exploitation des Pétroles du Cameroun

SNC : Société Nationale du Cameroun

TEC : Tonne Equivalent Charbon

TEP : Tonne Equivalent Pétrole

UPC : Union des Populations du Cameroun

W : Watt

RESUME

Dès 1945, l'empire colonial français, dont la France métropolitaine et le Cameroun, connut un vaste défi énergétique. Il s'agissait, en effet, de faire face aux besoins engendrés d'une part au cours de la Reconstruction d'après guerre et d'autre part, par le plan d'équipement de 1946. L'énergie, de par son rôle capital dans le développement économique et le progrès social, allait ainsi constituer une orientation majeure du processus de mise en valeur systématique de l'Outre- mer. Au Cameroun spécifiquement, cette initiative s'est appuyée sur l'effort mené à partir de 1888 par les Allemands et sur les différentes réalisations répertoriées sous le mandat français. Dès 1946 alors, de nombreuses initiatives avaient été prises, allant d'un apport considérable en capitaux à la constitution de sociétés de recherche et d'exploitation. La recherche d'énergie privilégia deux axes : le premier concernait l'apport en énergie électrique, symbolisé par la construction du barrage d'Edéa pour booster à la fois l'activité industrielle et l'électrification générale du Territoire. Le second se focalisait sur les énergies fossiles et minérales à savoir les hydrocarbures, devenus principale source d'énergie à travers le monde, et l'uranium vulgarisé dans le contexte de la Deuxième Guerre mondiale.

ABSTRACT

By 1945, energy became an important issue in France, Cameroon and the French colonial empire in its whole. This was due to the huge needs generated by the Reconstruction after the Second World War, and to those generated by the plan of equipment launched in 1946 in French territories. That is why energy, which plays a capital role in economic development and social progress, became a major orientation in French colonial economics. In Cameroon precisely, prospecting of energy was based in a first hand on the efforts made during German administration and in another hand on those made during French mandate. Globally, from 1946 some measures were taken among which a considerable financial investments and the creation of enterprises to prospect and produce energy. The production of electricity and also the prospecting of oil and uranium, which both emerged during the Second World War, were the two initiatives taken in the energy sector.

INTRODUCTION GENERALE

Sujet de l'économie, de l'écologie et bien évidemment de la physique, l'énergie l'est devenue depuis quelques décennies pour l'histoire : certes l'histoire de l'énergie est encore largement confinée dans l'histoire économique. La place prépondérante qu'occupe l'énergie à travers le monde et l'activité humaine pousse les disciples de Clio à s'intéresser davantage à ce sujet. En effet :

L'énergie est un élément clé de l'évolution des sociétés humaines et sa maîtrise a permis d'améliorer les conditions de vie, de développer les activités industrielles ainsi que les transports. L'exploitation des différentes sources, l'amélioration des rendements et des modes de distribution, la croissance de la consommation marquent l'histoire de l'énergie, qui est intimement liée à celle des sciences, des techniques et des modèles socioéconomiques.1(*)

D'ailleurs, l'actualité ne manque pas de référence à ce sujet ; les développements récents de la géopolitique, de la stratégie et de l'économie mondiale en sont imprégnés. On note le développement de techniques d'utilisation civile du nucléaire ; les stratégies américaine, chinoise et européenne de diversification de leurs sources d'approvisionnement en hydrocarbures, qui aboutissent à une tentative de remodelage de l'ordre établi dans le Golfe persique et un rush vers le Golfe de Guinée ; les tensions entre la Russie et les pays de la Communauté des Etats Indépendants au sujet de leur approvisionnement en gaz, entre autres.

Au Cameroun spécifiquement, les années 2000 ont vu la mise en oeuvre et le lancement de nombreux projets énergétiques. Parmi ceux-ci, la centrale à gaz de Kribi qui pourrait permettre enfin d'exploiter les ressources gazières du pays ; les projets de barrages- réservoirs ou hydroélectriques de Memvé'ele, de Nachtigal et de Lom-Pangar ; la multiplication des centrales thermiques et un recours croissant à l'énergie solaire.

Dans une perspective historique cependant, il nous a semblé intéressant de greffer cette thématique de l'énergie au récent débat sur "le rôle positif de la colonisation"2(*) française, et d'en forcer ainsi une approche économique. Henri Isnard mentionnait d'ailleurs dans ce cadre que : "C'est autour de l'économie que s'organisèrent les relations structurelles qui définissent le système colonial..."3(*). La fin de la Deuxième Guerre mondiale a marqué un revirement des économies coloniales, avec implication plus remarquée des métropoles. Dans le giron français, la loi du 30 avril 1946 lançait les plans d'équipement et de développement des territoires d'outre-mer. Le bras financier de cette initiative était le Fonds d'Investissement pour le Développement Economique et Social (FIDES). La propagande économique tendait alors à appréhender les réalisations des plans d'équipement comme le résultat de l'efficacité de l'intervention économique de la métropole dans ses territoires d'outre-mer4(*). La vision commune est pourtant que la France avait exploité rationnellement ceux-ci. Ce à quoi Jean Fourastié s'oppose :

... la France, déclare-t-il, a pu se procurer, non par vol ou par conquête comme on l'a prétendu, mais par un acte d'achat qui se situait parfois nettement au-dessus du prix de revient, toutes les matières premières et toute l'énergie mécanique nécessaires à sa croissance économique.5(*)

Les plans camerounais issus de l'initiative de planification avaient porté entre autres sur l'infrastructure de communication, sur la recherche minière et sur les mesures d'incitation à l'industrialisation ; on pourrait alors ouvrir un chapitre sur l'énergie. Le bihebdomadaire Radio-presse commentant en effet, lors de l'inauguration du barrage d'Edéa : "la recherche de l'énergie est depuis longtemps le souci des pionniers qui ont pensé à mettre en valeur les territoires africains".6(*) Nous nous intéressons donc dans ce travail à "L'énergie dans le processus de mise en valeur du Cameroun français".

C'est ici le lieu d'apporter certaines clarifications conceptuelles. " L'énergie " peut être perçue comme la force qui permet de fournir du travail ou d'engendrer des effets externes. La chaleur que dégage le feu et qui fait bouillir la marmite, le vent qui fait tourner le moulin, le carburant ou le charbon qui en se consumant permet de faire avancer l`automobile ou la locomotive, le courant électrique qui permet de faire fonctionner les lanternes, voilà prosaïquement quelques manifestations de l'énergie. Capitale pour le développement économique et le progrès social, l'énergie est un produit polymorphe7(*). On distingue les énergies traditionnelles (bois, charbon, déchets animaux et végétaux ...) et d'énergies modernes ou commerciales (houille, produits pétroliers, électricité...)8(*). Cependant, nous ne retenons dans ce travail que les énergies modernes, dont l'introduction est associée à la colonisation.

La "mise en valeur", quant à elle, est une notion difficile à définir. On l'associe souvent à la définition de la "colonisation". En effet, la mise en valeur a suivi l'acquisition et la répartition des territoires sous domination. En septembre 2006, la présentation de l'édition 2007 du Petit Robert suscita un vif débat en France. La colonisation y est définie comme la "Mise en valeur. Exploitation des pays devenus colonies"9(*). Deux associations, le Conseil Représentatif des Associations Noires de France (CRAN), et le Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples (MRAP), dénoncèrent cette définition et exigèrent le retrait de cette édition, ainsi que des précédentes10(*). La controverse portait notamment sur la notion de "mise en valeur" ; celle-ci suppose que les territoires mis en valeur étaient jusque-là délaissés, des terres vacantes ; ce qui légitimerait la colonisation. Albert Sarraut a largement contribué à la diffusion de cette notion dans l'empire français, à travers son ouvrage : La mise en valeur des colonies françaises publié en 1923. D'après Sarraut, il s'agissait de sélectionner :

...les centres principaux de production des matières ou des denrées nécessaires à la métropole, les grands dépôts naturels de richesses, les grands greniers, les grandes cultures, les grandes forêts, les plus importants gisements, en un mot les points capitaux où la France doit pouvoir puiser au maximum les ressources qui lui sont utiles.11(*)

La mise en valeur a donc constitué la dimension économique de l'assujettissement des populations colonisées, l'exploitation systématique au profit des métropoles des richesses des territoires soumis.

Le territoire concerné, le Cameroun français dessine un triangle de 432.000 km², reliant l'Afrique équatoriale à l'Afrique tropicale ; il est entouré de possessions françaises, britanniques et espagnoles avec au Sud-Ouest près de 200 km de côtes donnant sur l'Atlantique.12(*)

Les recherches dans ce cadre ont été menées principalement à Yaoundé, dans des fonds d'archives et bibliothèques. Il s'agit notamment de : Les archives nationales ; Les archives du ministère de l'eau et de l'énergie ; La bibliothèque universitaire de Yaoundé I ; La bibliothèque du ministère de la recherche scientifique et de l'innovation ; La médiathèque du Centre Culturel Français de Yaoundé ; La bibliothèque de AES/SONEL à Douala.

Il nous a été ainsi donné de consulter des travaux intéressants :

L'ouvrage de Martin-Réné Atangana13(*) qui ausculte les relations entre la France et le Cameroun de 1946 à 1956, s'attarde sur les structures politiques et socio-économiques du Cameroun avant la colonisation, et aborde la dimension "capital" de cette relation. Ainsi, revient-il sur l'adoption du plan d'équipement à travers ses origines, ses mécanismes et son financement. L'accent est ensuite mis sur le rôle joué par le capitalisme français dans l'évolution du nationalisme au Cameroun. Bien que n'accordant que quelques lignes aux projets et réalisations énergétiques, Capitalisme et nationalisme au Cameroun au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (1946-1956) reste une analyse précieuse du processus de mise en valeur du Cameroun français.

Ivan du Jonchay en semblait convaincu, l'énergie était le facteur privilégié de l'industrialisation des territoires d'Afrique. En effet, son ouvrage, L'industrialisation de l'Afrique14(*), consacre le second chapitre, après un chapitre introductif, à la question de l'énergie à travers ses diverses formes et ses divers aspects. Publié en 1953, cet ouvrage a l'intérêt de se situer dans le cadre des plans d'équipement et permet ainsi d'en deviner les orientations énergétiques. Cependant l'analyse trop générale rend, les nuances propres à chaque territoire difficiles à saisir.

La revue Marchés coloniaux du monde15(*) publiait en 1952 un dossier sur le Cameroun. Les différents articles de ce dossier sont signés de la main de plusieurs responsables de l'administration centrale et locale de la France au Cameroun, et de techniciens, chacun dans son domaine ; il s'agit ainsi d'une présentation générale du territoire en 1952. De la quarantaine d'articles publiés, certains abordent le plan camerounais de modernisation et d'équipement, la recherche pétrolière, les investissements français au Cameroun, l'industrialisation, l'électrification et l'aménagement de la chute d'Edéa. Bien que regorgeant d'informations intéressantes, ce dossier offre des données imprécises ou très techniques, tout comme on peut s'interroger sur l'objectivité de leurs auteurs.

Joseph-Aimé Njomkam consacre son mémoire d'obtention du diplôme d'ingénieur commercial à "L'énergie et le développement du Cameroun : l'exemple du complexe électro-métallurgique d'Edéa"16(*). La partie préliminaire de ce travail est une analyse du problème énergétique au Cameroun : l'auteur aborde la question des sources d'énergie au Cameroun à savoir le bois, le pétrole et l'hydroélectricité, et pose la question de leur gestion. Un chapitre est consacré au pétrole avec notamment une reconstitution chronologique de l'activité de prospection. Un autre chapitre, consacré à l'électricité, revient sur l'historique de celle-ci et sur les différents aspects de sa production et de sa consommation. Une place importante y est également consacrée au complexe d'Edéa ; l'auteur aborde alors les raisons du choix du site, les caractéristiques et l'évolution de l'équipement de la centrale et, l'implantation de la Compagnie camerounaise d'aluminium (ALUCAM). Cependant, l'auteur manque de perspective historique, sacrifiant le contexte général à l'abondance d'informations.

De tous ces documents, il faut cependant noter que l'accent n'est pas mis sur la corrélation entre le plan d'équipement et le développement de la recherche d'énergie au Cameroun.  Cette documentation n'offre dans certains cas que peu de perspective historique et reste en somme très imprécise, ce qui a renforcé notre intérêt pour la thématique sus citée.

Au centre de notre réflexion : l'omniprésence et l'importance du capital français dans cette initiative de mise en valeur après la Deuxième Guerre mondiale. On peut alors considérer que, dans le cadre des plans d'équipement d'outre-mer, la France avait tout intérêt à prospecter, à étudier et à exploiter les ressources énergétiques du Territoire. Ceci permettrait d'assurer l'approvisionnement de la métropole et des territoires, facilitant ainsi l'implantation d'industries. La dimension accordée par la France, tutrice du Cameroun, à la recherche d'énergie aurait donc été proportionnelle aux potentialités du Cameroun, aux ambitions économiques de la métropole dans ce territoire et aux besoins propres de la France. Ceci suscite alors l'interrogation sur le rôle, la place de l'énergie dans le processus de mise en valeur du Cameroun. Quelles ont été les orientations données à la recherche d'énergie au Cameroun ? Quels en ont été les divers aspects ?

Notre étude couvre la période 1946-1959. Le 30 avril 1946, la loi établissant les plans d'équipement d'outre-mer et la création du FIDES était promulguée. La même année, l'intégration définitive du Cameroun à cette initiative fut confirmée le 13 décembre ; en effet, l'Assemblée générale des Nations unies approuva en cette date l'accord de tutelle sur le Cameroun. Cependant, cette tutelle fut levée le 14 mars 1959 par l'ONU. Mais davantage, les difficultés financières s'ajoutant à la perspective d'indépendance des colonies françaises, le FIDES fut supprimé. Il fut remplacé, par décrets du 24 mars et du 25 juillet 1959 par le Fonds d'Aide et de Coopération.

La méthode de travail est thématique et chronologique. En effet, la diversité des faits à relever nous a convaincu d'élaborer de grands axes d'analyse à chacun desquels l'approche chronologique a permis de dégager l'évolution, la dynamique.

Toutefois, ce travail ne s'est pas réalisé sans difficultés, la principale étant l'accès aux sources. Daniel Abwa mentionnait à ce sujet : "La principale menace contre l'écriture de l'histoire du Cameroun se trouve, aujourd'hui, dans l'indisponibilité des sources, matières premières pour toute recherche"17(*). Les réticences du personnel administratif, le mauvais classement et/ou la destruction de documents sont quelques facettes de cette indisponibilité à laquelle nous avons été confronté respectivement aux archives de Dschang, d'Edéa et du ministère des travaux publics. Les informateurs également, se sont montrés très distants, considérant le sujet comme "sensible".

Ce mémoire comporte quatre chapitres : le premier revient sur les activités de recherche d'énergie ayant précédées ce plan ; le second traite de la question de la mise en valeur du Cameroun à travers le plan d'équipement ; le troisième porte sur les conditions et les principaux aspects du développement de l'électricité ; le quatrième chapitre retrace les activités spécifiques aux hydrocarbures et à l'uranium.

CHAPITRE I : L'ETAT DES LIEUX DES ACTIVITES DE RECHERCHE ET D'EXPLOITATION D'ENERGIE AU CAMEROUN AVANT 1946

L'introduction d'énergies modernes ou commerciales, donc réservées à une utilisation industrielle, au Cameroun est liée à la colonisation. Certes, la période allant de 1946 à 1959 allait constituer une période de référence dans la mise en valeur des ressources énergétiques du Cameroun. Mais il serait intéressant d'aborder ici l'intervalle chronologique compris entre le début de la colonisation, avec la signature du traité germano-duala du 12 juillet 1884, et la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En effet, dans le domaine de l'énergie, les études et les réalisations effectuées entre 1884 et 1945 ont certainement servi de base à celles qui ont suivi. Mais davantage, cette période étant caractérisée par une absence de planification, les actions entreprises manquaient, a priori, de perspectives et de coordination. Alors, quelles stratégies et quelles initiatives l'administration et les entreprises privées coloniales avaient-elles conduites dans la mise en valeur des ressources énergétiques du Cameroun ? L'effort de l'Allemagne d'abord, et de la France ensuite, dans l'activité minière énergétique et l'oeuvre de cette dernière dans l'électrification du Territoire constituent quelques pistes.

I. L'EFFORT DE L'ALLEMAGNE DANS LA RECHERCHE D'ENERGIE AU KAMERUN

L'Allemagne a été la première puissance étrangère à installer son administration et ses firmes au Kamerun18(*). Elle entama alors la mise en valeur du Territoire, lui conférant une place particulière dans l'ensemble de ses colonies. L'initiative la plus notable dans le domaine de l'énergie reste la recherche de pétrole.

A. Le cadre général de la mise en valeur du Kamerun

A la fin des années 1880, le scramble étant achevé, les puissances coloniales initièrent l'exploitation des richesses des territoires sous leur joug. L'Allemagne n'ayant pas été en reste, il serait judicieux de retracer ici la mise en valeur des colonies allemandes et d'en ressortir les stratégies spécifiques au Kamerun.

1. La mise en valeur économique des colonies allemandes

La présence allemande au Cameroun après la signature du Traité germano-duala a été fondatrice de ce territoire19(*). Il s'avère alors utile de remonter jusque là dans notre étude. Le revirement de la politique coloniale de Bismark en 1884 ne peut se dédouaner d'avoir eu des déterminants économiques20(*). Certains observateurs jugèrent postérieurement que le Kamerun ne participait que pour très peu à l'économie coloniale de l'Allemagne.  Pour cause, seuls quelques investisseurs s'y risquaient21(*). Deux éléments permettent de l'évaluer : les statistiques du commerce des colonies allemandes des années 1905, 1911 et 1912 (tableau I), et les statistiques des capitaux investis dans ces territoires en 1913 (tableau II)

Tableau I : Evolution de la valeur cumulée des importations et des exportations des colonies allemandes (1905-1912)

COLONIES

ANNEES

1905

1911

1912

Kiao-Tchéou

117 429 000

162 420 000

244 041 000

Afrique orientale

34 506 000

85 410 000

102 157 000

Afrique sud-ouest

29 810 000

92 432 000

89 417 000

Kamerun

28 477 000

63 209 000

71 845 000

Togo

17 646 000

23 601 000

26 731 000

Nouvelle Guinée

9 800 000

25 051 000

26 615 000

Samoa

6 770 000

10 568 000

12 547 000

Tableau II : Répartition des investissements dans les colonies allemandes. Relevé de mars 1913

COLONIES

CAPITAL NOMINAL

%

En marks

Afrique sud-ouest

26

140 929 800

Afrique orientale

21

106 802 019

Kamerun

19

95 963 000

Autres colonies

11

55 140 000

Nouvelle guinée

10

50 484 400

Samoa

10

51 253 800

Togo

1

4 490 000

Total

98%

506 063 019

Source : Franklin Eyelom, Le partage du Cameroun entre la France et l'Angleterre, L'Harmattan, 2003, pp.84 et 244.

On fait aisément le constat que le Kamerun ne se situait qu'à la troisième place des colonies allemandes en Afrique, aussi bien en termes d'investissement que de rentabilité commerciale. Franklin Eyelom apporte cependant un regard critique à cette position. En effet, les territoires de l'Afrique orientale (Tanzanie, Burundi, Ruanda) et de l'Afrique du sud-ouest (Namibie) avaient une superficie beaucoup plus grande que celle du Kamerun, respectivement près d'un million de km², 800 000 km² et 750 000 km². Par contre, les écarts de balance commerciale entre le Kamerun et ces colonies étaient minimes22(*). L'ensemble de ces résultats tend à montrer que si pour l'Allemagne "Le Kamerun n'est pas une raison économique absolue, il peut être perçu comme un symbole politique"23(*).

2. La mise en valeur spécifique du Kamerun

La mise en valeur du protectorat à cette époque avait concerné aussi bien l'agriculture et l'exploitation forestière, les communications que l'exploitation du sous-sol. Cette initiative de mise en valeur fut favorisée par la multiplication des compagnies à charte qui organisèrent la recherche afin d'"établir le bilan des richesses du pays"24(*). Ainsi, d'après Engelbert Mveng, de nombreux travaux furent menés en anthropologie mais également en botanique et en zoologie, en météorologie et en géologie entre autres25(*).

Le début de l'exploration géologique est à situer en 1888 avec la mission Weissenborn. La géologie, étude des différentes couches du sous-sol et de leurs constituantes permet notamment de déterminer des formations minérales exploitables. Grâce à cette mission, et à celles qui ont suivi jusqu'à la veille de la Grande Guerre, de nombreux indices minéraux ont été répertoriés. Cependant, aucun gisement exploitable ne fut mis à jour. On peut néanmoins énumérer dans ce cadre des micas à Issoudan ; du plomb argentifère à l'état sporadique dans des grès dans la vallée de la Cross River ; du calcaire dans la vallée du Mungo ; du fer dans la Basse Sanaga, à Bamenda et à Yabassi ; de la rutile aux environs de Banyo ; du charbon aux environs de Banyo et de la Cross-River ; du pétrole à Logbaba et des schistes bitumeux de la Cross-River26(*).

Cependant, en quoi a constitué l'effort des Allemands dans la promotion de l'activité minière énergétique au Cameroun ?

B. La recherche de pétrole au Kamerun

N'ayant pu réunir une documentation suffisante sur le charbon, nous nous contentons ici de donner quelques indications sur la prospection pétrolière. Dans un article consacré à "La recherche du pétrole". P. Pouzet, alors ingénieur- géologue, notait que "des suintements d'hydrocarbures sont depuis longtemps connus sur le Territoire du Cameroun "27(*). Cette affirmation est corroborée par de nombreuses sources, notamment par l'administrateur Callot, chef du service des mines du Cameroun en 1950 qui dans un rapport adressé au Haut-commissaire Soucadaux, mentionna l'origine de ces suintements : à Logbaba. Il précisait qu'ils étaient utilisés au début du siècle par les populations indigènes pour s'éclairer28(*).

Des prospecteurs de la société des plantations de Victoria notèrent la présence de ces indices en avril 1904. Cette société détenait d'importants investissements au Cameroun : elle était en cela unique : spécialisée dans les grandes plantations, elle investit bientôt dans le commerce, le transport des produits agricoles et dans l'activité minière. S'agissant du pétrole, Harry Rudin notait:

The discovery of petroleum near the Wuri and Mungo Rivers in April 1904 gave rise to some very great hopes. Representatives of the plantation company Victoria made the discovery and formed a shortlived subsidiary company for the exploitation of oil. In 1907 a second effort was made to get petroleum in colony (...) but it was a vain effort...29(*)

D'après Etoga Eily, la société des plantations de Victoria créa la Kamerun Bergwerk pour poursuivre les travaux de prospection30(*). Trois sondages furent ainsi effectués entre 1904 et 1905 ; les deux premiers, respectivement à 140 et à 305 mètres ne furent pas concluants. Un troisième de 800 mètres releva quelques traces de gaz et de pétrole. Des difficultés financières propres à la nouvelle société mirent fin aux travaux. Il est en effet indéniable que dans le domaine des hydrocarbures, la prospection est longue et extrêmement coûteuse, ce qui exige donc une certaine persévérance. Les efforts du gouvernement pour relancer la prospection en 1907, notamment par la promesse d'attribuer des permis miniers, n'aboutirent non plus à des résultats plus satisfaisants.

Cependant, Engelbert Mveng semble apporter quelques nuances à cette version : la société Victoria aurait, a contrario, créé la Bergwerk Aktiengesellschaft pour exploiter les pétroles de Logbaba ; mais la prospection, après avoir coûté 1.500.000 marks, fut interrompue par la guerre sans avoir atteint des résultats probants31(*). Les géologues français ne retinrent ainsi de cette période que quelques renseignements.

Les Allemands avaient-ils accordé quelque importance à l'électricité, et principalement à l'hydroélectricité ? J.-A. Njomkam semble répondre par l'affirmative. En effet, il note que le barrage de Dschang a été construit par les Allemands32(*). D'après nos observations, il s'agit d'un petit barrage de retenue construit sur la rivière Tsinkop ; il servait à régulariser le débit de la rivière. A cet effet, il est muni de deux vannes actionnées manuellement. Ce petit barrage débouche sur une voie d'eau qui court sur des centaines de mètres ; celle-ci aboutit, derrière l'actuelle prison de Dschang, sur un déversoir donnant sur les chutes de la ville. A ce lieu également, une partie de la rivière est déviée, et à travers une conduite forcée, sert à faire tourner les turbines de la centrale qui se situe à quelques dizaines de mètres en aval du déversoir.

Bien que l'invention de la dynamo qui révolutionna les moteurs industriels et l'éclairage intervienne en 1875, l'hydroélectricité quant à elle ne naquit qu'à la fin du XIXe siècle, principalement grâce à l'invention vers 1895 des turbines hydrauliques33(*). Il conviendrait dans de prochaines études de se demander si ce barrage avait été conçu dans le cadre de l'urbanisation ou dans la perspective de l'électrification de ce centre.

C'est donc sur cette base que les français allaient contribuer à un certain développement de l'électricité au Cameroun ainsi qu'à la recherche minière de sources d'énergie.

II. LA RECHERCHE DU CHARBON ET DES HYDROCARBURES SOUS LE MANDAT FRANÇAIS

La Première Guerre mondiale prit fin au Cameroun en 1916. Ceci fut déterminé par le départ des allemands du Territoire et son partage entre l'Angleterre et la France. Toutefois, la mise en valeur du pays ne fut pas remis en cause. La France s'investit ainsi dans les initiatives entamées par l'Allemagne, recherchant dans le sous-sol aussi bien du charbon que des hydrocarbures.

A. Le mandat français sur le Cameroun et la mise en valeur du Territoire

Le mandat international de la France sur le Cameroun fut institué en 1922, entérinant le partage du territoire entre l'Angleterre et la France. Quelques interrogations viennent alors à l'esprit : quelle était la mission de celle-ci au Cameroun ? Quelles furent les lignes directrices de la mise en valeur du Territoire après la Première Guerre mondiale ?

1. Le partage du Cameroun et l'institution du mandat

En 1919, l'Allemagne grande perdante de la Grande Guerre, se vit retirer son autorité sur ses colonies par la Société des Nations (SDN). On laissait à la France et à l'Angleterre la responsabilité de fixer les modalités de leur mandat sur le Cameroun. Un accord était intervenu le 6 mars 1916 entre les deux puissances et fut entériné dans le Traité de paix de Versailles signé le 28 juin 191934(*). En effet, le 6 mars 1916, le général Dobell pour l'Angleterre et le général Aymerich pour la France, allaient se repartir le Kamerun : 53.000 km² pour l'Angleterre et le reste de 750.000 km² du Neu-Kamerun pour la France35(*).

Le conseil de la SDN approuva, le 20 juillet 1922, les textes des mandats sur le Cameroun qui stipulaient :

La puissance mandataire aura pleins pouvoirs d'administration et de législation sur les contrées faisant l'objet du mandat. Ces contrées seront administrées selon la législation de la puissance mandataire comme partie intégrante de son territoire...36(*)

Reconnaissant que la formule du mandat n'était pas parfaite mais, qu'elle était la meilleure possible pour l'époque, Engelbert Mveng commentait : "Le Cameroun, nous le disons sans complexe, fut certainement une réussite de la France"37(*).

Le caractère du mandat différait suivant le degré d'évolution des peuples, les conditions économiques et la situation du Territoire38(*). Le Cameroun, jugé non- encore mature, fut placé sous le mandat B. Pour l'ensemble des territoires désormais régis par le régime de mandat, la SDN prescrivit à la puissance mandataire d'y assurer la paix, le bon ordre, l'accroissement du bien- être et du progrès social des habitants.

2. La mise en valeur du Cameroun sous mandat français

Une grande part de l'oeuvre économique de la France au Cameroun, de 1916 à 1939, consista principalement à la réfection de l'infrastructure endommagée au cours des hostilités. En effet, "Dans leur retraite, les Allemands avaient détérioré les voies ferrées, culbuté le matériel roulant dans les déblais, retiré les boîtes à graisse des wagons, fait sauter des ponts... enterré une partie du matériel"39(*). Mais également, l'avancée des forces britanniques et françaises pour déloger les Allemands du Cameroun n'avait pas épargné cette infrastructure. De manière générale, la mise en valeur du territoire concerna l'aménagement du port de Douala, les chemins de fer, les routes de terre, les transports aériens, les travaux d'urbanisation et la production agricole. Elle s'appuya sur l'effort allemand et connut une activité notable jusqu'à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. Quelles initiatives furent développées dans le cadre de la recherche minière énergétique au cours de cette période ?

B. La recherche du charbon

Dès la fin du XVIIIe siècle, le développement des machines à vapeur et des industries métallurgiques allait conférer au charbon le statut de source principale d'énergie40(*). Le XIXe siècle fut ensuite consacré comme "le siècle du charbon"41(*). Ainsi, à travers le monde, des prospections furent menées pour déterminer les mines de charbon exploitables. L'Afrique traînait derrière elle, depuis les débuts de la colonisation, une réputation de continent pauvre en charbon, donc en énergie. Ceci ne plombait cependant pas les espoirs des métropoles d'y faire une découverte intéressante.

Au Cameroun, quelques traces de ce combustible avaient été décelées par les Allemands42(*), il s'agissait vraisemblablement de lignite43(*). Il nous est impossible d'apporter davantage d'informations à ce sujet faute de documentation. Cependant, dans un rapport sur la constitution minéralogique de la région bamiléké, l'ingénieur des mines Valet mentionnait en 1924 : "Des formations sédimentaires ont été recoupées à 5 km de Dschang sur le route Dschang - Bana ...44(*)". La couche de lignite atteignait 1,80 mètres environ. Les géologues pensèrent alors que l'origine de ce combustible pourrait être lacustre, ce qui donna à espérer que ce gisement atteignit des dimensions considérables. C'est pourquoi en 1924 deux galeries de recherche furent amorcées à Dschang pour reconnaître le gisement. Les travaux reprirent en 1927 et permirent d'extraire quelques 400 tonnes de lignite de qualité inférieure45(*). D'autres sondages furent effectués et en 1940, il fut fait un essai d'emploi de ce lignite dans les foyers de locomotive ; les résultats ne furent pas satisfaisants. On put ainsi conclure à la faible valeur économique du gisement de Dschang46(*).

Les perspectives énergétiques du Cameroun s'amoindrissaient considérablement. Mais, "en réalité, pensait Ivan du Jonchay, le problème de l'énergie était entièrement faussé à la base par la primauté admise du charbon en tant que source principale de l'énergie"47(*). En effet, on peut dans ce domaine compter avec d'autres ressources notamment les hydrocarbures.

C. La recherche des hydrocarbures

On réduit généralement la recherche d'hydrocarbures à la seule recherche du pétrole ; ceci se justifie par le peu d'intérêt porté pendant longtemps au gaz naturel. En 1924, le gouvernement du Territoire avait décidé d'entreprendre les premiers travaux systématiques d'exploration en vue de procéder à l'inventaire des richesses minières du Cameroun48(*). La recherche d'hydrocarbures se situait alors dans ce cadre. Et bien que cette activité n'ait pas apporté de véritables résultats au cours de la présence allemande, les géologues français s'en inspirèrent.

1. L'action de la Société Nationale du Cameroun

Dès 1923, la Société Nationale du Cameroun (SNC) obtint un permis d'exploration et de recherche d'hydrocarbures au Cameroun.  La SNC aurait été à l'origine de l'exploitation du palétuvier de manière industrielle au Cameroun en 1911, avec l'installation d'une scierie49(*). Le géologue français Bernouilli, agissant au nom de la SNC, procéda en 1925 à l'étude d'une zone du bassin sédimentaire de Douala ; les résultats se révélèrent particulièrement intéressants. Malgré cela, les autorités françaises au Cameroun jugèrent inutile ou malvenu de renouveler le permis attribué à la SNC. L'application des articles 98 et 99 du décret du 20 mai 1928 réglementant la recherche et l'exploitation des gîtes de substances minérales au Cameroun,50(*) permit au Territoire de se réserver le droit de recherche d'hydrocarbures.51(*) La zone concernée couvrait une superficie de 6430 km² environ. La limite Ouest sur la côte atlantique allait de l'embouchure du Nyong au Sud de l'embouchure du Mungo au Nord et de la rivière Mungo jusqu'au village Bombe. La limite Nord définissait une ligne droite de Bombe à Mbanga et une ligne droite de Mbanga à Yabassi. La limite Est était une ligne droite de Yabassi à Edéa, et une ligne droite d'Edéa au village de Dehane sur le Nyong. La limite Sud quant à elle épousait le cours du Nyong depuis le village Dehane jusqu'à son embouchure.

Cette situation allant conduire à un statu quo : l'administration, bien que s'abstenant d'inclure des investisseurs privés dans cette activité, ne s'y impliquait plus que de façon limitée.

2. Le statu quo dans la recherche d'hydrocarbures

A l'orée de la Deuxième Guerre, seules quelques courtes missions géologiques avaient parcouru le bassin sédimentaire de Douala, sans entreprendre de sondages. Il s'agissait de : la mission Koretsky (1928-1929) ; la mission Brunswig (1931-1932) ; la mission de Vriès (1935-1936)52(*).

L'action de de Vriès fut certainement la plus remarquée car, elle aboutit à la première carte géologique, quoique partielle du bassin de Douala53(*). Celui-ci avait acquis une grande expérience en travaillant aux Etats-Unis, au Venezuela et au Gabon. Les deux premiers pays développaient déjà une intense activité pétrolière ; le Gabon quant à lui offrait d'intéressantes perspectives. Il bénéficiait par ailleurs des faveurs de l'administration : dans une correspondance adressée le 20 juin 1935 au ministre des colonies, le gouverneur Jules Repiquet écrivait :

... la mission de monsieur de Vriès, très spécialisé dans les questions de pétrole s'impose au Territoire afin de sortir du statu quo de 1929, où la zone a été réservée. Mon administration donnera au géologue en mission toute son aide et le fera bénéficier des résultats des travaux déjà effectués54(*).

Ainsi, sous le mandat français, la recherche d'hydrocarbures au Cameroun se concentra autour du bassin sédimentaire de Douala et se limita ainsi à l'onshore55(*) ; elle offrait néanmoins des perspectives intéressantes. C'était également le cas dans le processus d'électrification du Territoire.

III. L'EMERGENCE DES PREMIERS FOYERS D'ELECTRICITE

L'éclairage était connu dans le Territoire avant l'arrivée des européens. Néanmoins, l'introduction de l'électricité constitue une nouveauté coloniale. La France en a fait l'une de ses oeuvres. Cette introduction s'est certes faite timidement, se limitant à des centres ayant une importance politique et économique avérée, et/ou disposant d'une population européenne nombreuse. C'est ainsi que Douala, Yaoundé et dans une certaine mesure Dschang ont été les premiers foyers d'électricité au Cameroun.

A. Les débuts de l'électricité au Cameroun

L'introduction de l'électricité au Cameroun, qu'elle soit d'origine thermique ou d'origine hydraulique, semble intimement liée à la présence française après la Première Guerre mondiale. Il est d'ailleurs anecdotique de retrouver des perspectives d'aménagement hydroélectrique au Cameroun dès 1920 : les administrateurs français en place au Cameroun à cette période entrevoyaient l'extension du chemin de fer du Nord commencé par les Allemands, jusqu'à Dschang.  On peut lire dans l'un de leurs exposés :

De Dschang à Nkongsamba, la distance est d'environ 60 kilomètres, dont 40 en pénéplaine n'offrant aucune difficulté. Les chutes d'eau, qui se succèdent d'ailleurs depuis l'origine  Bonabéri jusqu'au futur terminus, permettent l'électrification facile de la ligne.56(*)

Ceci témoigne de l'intérêt que l'on portait déjà à l'électricité d'origine hydraulique, à peine un demi-siècle après ses débuts, même dans les colonies. Cependant, le projet demeura lettre morte. Pendant des décennies encore, l'électricité resta au Cameroun, comme dans les autres territoires colonisés d'Afrique et d'Asie, un luxe réservé à certains centres groupant une population européenne suffisamment nombreuse pour justifier des installations coûteuses57(*). Du Jonchay faisait le constat de territoires terriblement déshérités

... où l'électricité manque presque partout, où on utilise, même dans les villes, des frigidaires à pétrole, où l'on emploie en maints endroits de vieux groupes électrogènes poussifs arrêtés prudemment chaque soir après avoir écouté les dernières nouvelles à la radio58(*).

De fait, les populations locales pour leur éclairage se contentaient de lampes à gaz de pétrole ou d'essence sous pression du type Coleman ou Aïda (qui produisaient une lumière très blanche comparable à la lumière électrique),59(*) ou encore de la torche à huile de palme60(*).

Il faut voir dans ce moindre développement de l'électricité, la conséquence du double caractère élitiste du service et restreint de la demande. Jean Lemoine, ingénieur des techniques industrielles de la France d'Outre-mer, était proche de ces vues lorsqu'il déclara que l'établissement de réseaux dans les petits centres rencontrait deux obstacles majeurs : d'abord le coût élevé des équipements, ensuite la clientèle réduite.  Ceci conduisait soit à un prix élevé du courant soit à des exploitations déficitaires61(*). On comprend alors la réticence des pouvoirs publics et des capitaux privés devant de tels investissements. Jusqu'à la fin des années 1940, Douala, et dans une certaine mesure Yaoundé et Dschang étaient encore les seuls centres où il était question d'électrification.

B. Douala, "ville - lumière"

Au XVIIe siècle, Paris fut qualifiée de "ville-lumière" grâce à une innovation : la mise en service de l'éclairage public. Il est certes excessif de concéder pareil titre à la ville de Douala. Cependant, la situation en cours dans le Territoire sous mandat français viendrait valider cette affirmation. En effet, Douala semble avoir été davantage favorisée dans la production et la distribution d'énergie électrique de 1929 à 1946. La Compagnie Coloniale de Distribution d'Energie Electrique (CCDEE) se vit confier la concession de distribution à Douala en 192962(*). Quoique les chemins de fer produisaient eux-mêmes le courant nécessaire à leurs installations et à leur personnel. La centrale diesel de Koumassi, qui alimentait la ville, avait une puissance de 500 KVA, avec une production annuelle de 800 000 KVA63(*). Cette centrale, ainsi que le réseau de distribution de la ville avait été mise en route en 1931. La même année les quartiers Deido, Akwa, Koumassi et le centre européen sur le plateau Bell purent bénéficier d'un éclairage permanent des rues, de 18 heures à 6 heures64(*). La consommation en 1935 était d'environ 315.000 kWh. (Tableau III)

Tableau III : Répartition de la consommation d'énergie électrique à Douala en 1935 en (kWh)

Service public

Particuliers

Total

Port, travaux publics, chemins de fer

Eclairage public

Divers

67.000

315.000

160.000

70.000

18.000

Source :Nous, d'après Chauleur, L'oeuvre de la France..., p.121.

Il apparaît de ce tableau que la consommation des abonnés privés constituait une part infime de la consommation globale ; l'absence de grandes industries et le coût onéreux du kilowatt en étaient causes. La consommation des services publics, quant à elle, était presque exclusivement effectuée par les chemins de fer et le port, du fait de leur intense activité. Il faut également faire intervenir un autre argument : au plus fort de la crise économique qui frappa le monde dès 1929, beaucoup d'européens avaient regagné leur patrie ; le nombre d'abonnés s'en trouvait diminué, de même que leur part de la consommation. Le risque était grand de perdre des kilowatts-heures inutilisés. Pour y palier, l'administration décida d'électrifier d'urgence certains de ses services et de ses installations. Il s'agissait en fait de fournir de l'électricité dans tous les logements de fonctionnaires, de fournir de l'électricité dans la plupart des bâtiments administratifs, et de renforcer l'électrification des ateliers (port, chemins de fer, travaux publics)65(*).

Cependant, la production et par ricochet la consommation était restée statique, n'atteignant que 450 000 kWh à la veille de la guerre en 193966(*). Néanmoins, les autres centres étaient loin de rivaliser avec Douala dans ce domaine.

C. Les perspectives d'électrification de Yaoundé et de Dschang

L'importance économique, politique et surtout la présence de "l'élément européen"67(*) déterminaient l'électrification des différents centres. La ville de Yaoundé avait pour elle d'être le siège des structures administratives, la résidence du Haut-commissaire et par conséquent, d'être habitée par une colonie européenne relativement importante. Les installations de Yaoundé, même après la Deuxième Guerre mondiale, étaient restées très sommaires, n'alimentant que le quartier administratif68(*). Le courant électrique était fourni par une petite centrale diesel entretenue par l'administration. La demande industrielle étant inexistante à Yaoundé, la production d'énergie électrique était réservée aux populations européennes dont elle couvrait à peine les besoins69(*). Les chemins de fer y jouaient le même rôle qu'à Douala. Les perspectives d'après -guerre semblaient meilleures : d'abord parce que des groupes électrogènes y firent leur apparition, bien que de capacité moindre (entre 150 et 1200w) et ensuite parce qu'une électrification d'envergure était envisagée. En effet, le rapport de la commission des Grands Travaux de 1942 émettait en conclusion le voeu "... que des études techniques soient entreprises le plus tôt possible pour l'utilisation des chutes d'Edéa, pour leur emploi en houille blanche apte à servir à l'électrification de Yaoundé et autres centres..."70(*)

Il semble ainsi qu'au début, le vaste projet du complexe d'Edéa n'était pas destiné à fournir à Douala, déjà équipé par une centrale diesel, davantage d'énergie71(*). Il faut souligner que l'industrialisation du Territoire n'étant pas encore sérieusement envisagée, l'électricité produite devait servir à quelques ateliers et à l'éclairage. C'est dans ce contexte que le gouvernement français envoya dès 1944 une mission d'étude à Edéa pour y examiner les possibilités d'installer un barrage hydroélectrique.

L'électrification de Dschang reste un cas complexe. Un barrage y existait ; il aurait été construit par les Allemands.72(*)  Cependant, sous le mandat français diverses sources attribuent à la France la construction de cet équipement. On note, par exemple, que :

A Dschang, le barrage existe depuis 1943. L'électrification de la ville ne sera que l'exécution différée du projet de 1943. Ce dernier avait été refusé par le Comité d'Armement de Londres qui ne le considérait pas comme indispensable à l'effort de guerre73(*).

Il semble pourtant que ce petit barrage, qui ne servit qu'ultérieurement à faire fonctionner une centrale électrique, date d'avant 1943. En effet, l'effort de guerre au Cameroun avait été pensé dans un programme triennal de grands travaux 74(*) ; aucune mention n'est faite de la construction de ce barrage.

Cette initiative démontre néanmoins de l'intérêt que l'administration française portait à l'hydroélectricité. Le continent étant alors considéré comme pauvre en houille et n'offrant pas de possibilités directes et rapides d'exploitation du pétrole, les chutes qui parsèment ses grands fleuves constituaient alors une opportunité de développer et d'exploiter une source d'énergie locale.75(*)

Bref, en soixante années de colonisation, la mise en valeur des ressources énergétiques du Cameroun, à l'image de la mise en valeur générale du Territoire, s'était faite avec réserve. Les quelques activités notables étaient le fait de capitaux privés, l'administration se refusant visiblement à investir. Ce furent ainsi des initiatives spontanées ou quelque fois encadrées par l'administration qui, certes, révélèrent les potentialités du Cameroun en hydroélectricité et en hydrocarbures. Le plan d'équipement que la France allait appliquer au Territoire de 1946 à 1959 eut l'ambition de développer ces potentialités, grâce à des initiatives disciplinées.

CHAPITRE II : LE PLAN DE MISE EN VALEUR DU CAMEROUN FRANÇAIS APRES LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE

Avec la loi du 30 avril 1946,76(*) le Cameroun au même titre que les territoires de l'Afrique Occidentale Française (AOF) et de l'Afrique Equatoriale Française (AEF), entrait dans l'ère du plan.77(*) Cette nouvelle initiative était soutenue par le Fonds d'Investissement pour le Développement Economique et Social (FIDES). Lancée après la Deuxième Guerre mondiale, la planification allait désormais guider la mise en valeur méthodique de l'Outre-mer et permettre ainsi la Reconstruction et le restauration de la grandeur de la France métropolitaine. C'est donc dans ce cadre que se situent la quasi-totalité des activités au Cameroun jusqu'à la veille de l'indépendance. Ceci nous amène à nous interroger : comment a évolué l'idée de planification ? Quelles étaient les spécificités du plan camerounais ? Comment s'y intégrait la donne énergétique ?

I. L'EVOLUTION DE L'IDEE DE PLANIFICATION

A. Le temps de l'indécision

"Après la Deuxième Guerre Mondiale, écrivait Njoh, le Cameroun connaîtra une autre vitesse dans le développement économique et social de son territoire."78(*)Ceci fut le fait du plan d'équipement. Il peut pourtant sembler surprenant que l'adoption d'un plan de mise en valeur de l'outre-mer français ne date que de cette période. Comment justifier cela ?

1. Le projet Sarraut

Historiquement, la planification de la mise en valeur des territoires d'Outre- mer est issue d'un processus.79(*) Il avait été entamé le 12 avril 1921 par la présentation, devant les parlementaires françaises, du projet de loi d'Albert Sarraut alors ministre des colonies. Ce projet portait fixation d'un programme de mise en valeur des colonies françaises. Elaboré au lendemain de la Première Guerre mondiale, le projet Sarraut visait essentiellement à redonner à la France "la place à laquelle son passé, sa puissance et sa victoire lui donnent droit."80(*) Le souhait de Sarraut était alors de substituer aux initiatives privées, jugées improvisées, la discipline méthodique du travail en confiant à chaque territoire une production spécifique dans l'empire. Il s'agissait également d'adopter une politique sociale (hygiène, alimentation, instruction) favorable à l'émancipation de l'Outre-mer. Cependant, Jacques Marseille commente :

Peu de parlementaires et d'hommes d'affaires étaient prêts à soutenir dans les années 1920 un programme qui accordait aux pouvoirs publics et à un plan de longue durée le soin de coordonner l'exploitation des richesses coloniales et à l'élite indigène la possibilité de prendre le relais de l'administration métropolitaine81(*).

Le projet fut alors enterré, trop défavorable au lobby patronal. Cependant, en 1929, l'éclatement de la crise économique allait ramener à l'actualité le besoin de maîtriser la mise en valeur de l'Outre-mer. Elle conduit en 1934 à la tenue d'une conférence économique.

2. La conférence économique de la France

Comment la crise de 1929 avait-elle favorisé la convocation de cette conférence ? La crise, caractérisée par une forte récession et par un recours généralisé au protectionnisme, avait causé la déprime des milieux d'affaires. Ceux-ci étaient pessimistes quant à un retour rapide à la croissance. On pensa donc à renforcer la présence outre-mer de la France pour compenser les débouchés étrangers inaccessibles82(*).

Tenue de décembre 1934 et avril 1935, la Conférence économique de la France métropolitaine et d'outre-mer avait pour but de tracer un plan destiné à coordonner et à développer les économies de l'Empire français. La principale proposition de la Conférence fut la mise sur pied d'un Fonds national pour l'outillage publique de la France d'outre-mer financé en partie par le budget métropolitain. Elle introduisait par ailleurs un nouveau thème, à savoir le rôle de l'Etat comme concepteur et initiateur en matière industrielle dans l'Empire83(*). Cependant, elle fut elle aussi sans succès flagrant. Quelques années plus tard, la France s'engageait dans la Seconde Guerre mondiale.

B. L'impératif de mobilisation imposé par la Reconstruction

La demande d'armistice, formulée le 17 juin 1940 par le maréchal Pétain face à l'avancée fulgurante des troupes allemandes, avait dans un premier temps limité les destructions sur le territoire français. Mais dès 1943, les bombardements et le débarquement des troupes alliées n'avaient pas épargné l'infrastructure. Le besoin de recourir à la planification dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale s'imposa alors.

1. La conférence de Brazzaville

L'Outre-mer avait également souffert du conflit : l'absence d'investissement d'origine métropolitaine et l'effort de guerre considérable de ces territoires pour sauver "... l'honneur bafoué de la métropole"84(*) avaient laissé l'infrastructure sans entretien. La Conférence africaine française tenue à Brazzaville du 30 janvier au 8 février 1944 avait alors été présentée comme le remerciement de la France libre à l'Afrique noire. De Gaulle y proclama ainsi :

Au moment où commençait la présente guerre mondiale, apparaissait déjà la nécessité d'établir sur des bases nouvelles les conditions de la mise en valeur de notre Afrique, du progrès humain de ses habitants et de l'exercice de la souveraineté française. Comme toujours, la guerre elle-même précipite l'évolution...85(*)

Bien que les participants à cette conférence réaffirmèrent leur opposition à toute idée d'autonomie des colonies et se prononcèrent pour une vision prudente quant à l'industrialisation de celles-ci, une volonté nette se dégageait d'établir des plans de mise en valeur pour l'Outre mer. Le plan Monnet y servit de base.

2. L'orientation générale du plan de mise en valeur

Il faut dire que la planification de l'Outre mer s'est inspirée de celle de la métropole. En effet, la France fut placée sous le régime du plan dès janvier 1946. Pour cause, "l'idée de planification était conforme à l'orientation politique générale, mais imposée aussi par les besoins de la reconstruction et la nécessité d'utiliser au mieux les faibles investissements disponibles."86(*) La reconstitution de la France imposait alors la mise en valeur méthodique de l'Outre-mer. Il fallait donc coordonner leur développement avec celui de la métropole pour en faire des économies complémentaires, intégrées, cohérentes. La reconstruction consista alors pour l'Outre-mer à mettre sur pied l'infrastructure de transport et la production en faveur de la métropole. Coquery-vidrovitch note ainsi :

Dans son premier plan (plan Monnet 1946 - 1952), la France incluait l'Outre-mer mais dans le second plan (plan Hirsch 1954 - 1957), il y avait pour l'Union française un plan d'équipement distinct visant à une intégration accélérée des territoires à l'économie métropolitaine. 87(*)

La loi du 30 avril 1946 peut alors être perçue comme l'aboutissement d'un long processus débuté en 1921 et que les affres de la guerre avaient imposé comme une nécessité.

II. LE PLAN D'EQUIPEMENT DU CAMEROUN ET SON FINANCEMENT

La planification au Cameroun sous administration française est contenue dans un plan décennal (1946-1956). Ce plan, dans sa pratique, avait été réalisé en deux tranches : le premier plan, entre 1949 et 1955 ; le deuxième plan, entre 1953 et 1958.

Un troisième plan88(*), à l'étude en novembre 1957, resta lettre morte ; il faut certainement voir ici la conséquence de l'évolution politique du Cameroun89(*) et de la fin du FIDES en 195990(*).

A. Le plan d'équipement du Cameroun après la Deuxième Guerre mondiale

Les plans d'équipement étaient spécifiques à chaque territoire, bien que tous agissaient dans le même but. Ainsi, chacun de ces territoires se devait d'apporter sa contribution à la restauration de la grandeur de la métropole. Dans le cas spécifique du Cameroun, il s'agit ici de s'interroger sur les objectifs et le contenu de son plan.

1. L'objectif du plan au Cameroun

Dans un rapport anonyme adressé au ministre de la France d'outre-mer en 1947, et qui étudiait les problèmes juridiques conditionnant l'essor du Territoire, le rédacteur mentionnait :

Pratiquant la prudence, la France a mené au Cameroun une politique de père de famille jusqu'à la guerre de 1939-1945. Politique modeste mais sure dont il faut seulement regretter qu'elle se soit donnée de trop modestes objectifs. En fait le Cameroun nous permet de plus larges ambitions qu'on ne l'aurait imaginé et nous avons le devoir de mettre à profit ses possibilités.91(*)

Bien que cette déclaration laisse percevoir des relents de paternalisme et soit postérieure à la loi du 30 avril 1946, elle illustre bien l'ambition que la France et les Français nourrissaient pour l'Outre-mer dans son ensemble, et pour le Cameroun spécifiquement, après la Deuxième Guerre mondiale.

La loi n°46-860 du 30 avril 1946 établissant des plans d'équipement et de développement des territoires d'Outre-mer visait deux principaux objectifs : d'une part, satisfaire aux besoins des populations autochtones et généraliser les conditions les plus favorables à leur progrès social ; d'autre part, concourir à l'exécution des programmes de reconstitution (reconstruction) et de développement de l'économie de l'Union française, tant sur le plan métropolitain que sur celui des échanges internationaux. Ceci devait passer par la transformation de l'équipement public et privé devant servir à la production, la transformation, la circulation et l'utilisation des richesses de toute nature des territoires d'Outre-mer.92(*) Touna Mama développe une réflexion moins conciliante, lui qui écrit que ces plans, en plus du développement des colonies, visaient avant tout une exploitation rationnelle de celles-ci au profit de la métropole française93(*). D'ailleurs, les nouvelles industries à installer dans l'outre-mer au cours du plan ne risquaient pas de concurrencer le secteur productif métropolitain. Pour cause, elles intervenaient principalement dans la transformation des produits élémentaires ; on a alors dénombré des conserveries de fruits et légumes, des industries d'extraction minière, des scieries et des fabriques de pâte à papier.

2. Le contenu du plan d'équipement du Cameroun

Dans le cas spécifique du Cameroun, il serait intéressant de relever que la version finale du plan décennal94(*) fut présentée en 1951. En 1946 et en 1948 déjà, deux premières versions avaient été soumises à l'approbation de l'Assemblée Représentative (ARCAM) mais rejetées parce que non conformes aux prescriptions de la loi du 30 avril.95(*) "On comprend donc, souligne Georges Ngango, que les premières années (1946-1949) n'aient été véritablement que des années préparatoires des plans..."96(*)

L'application du plan décennal en deux plans distincts relève en réalité d'une différence dans l'objectif à atteindre.

Graphique I : Répartition des crédits par rubriques d'activités en pourcentage

Premier plan 1949-1955

Second plan 1953-1958

Source : Nous, d'après Service des statistiques d'Outre-mer, Outre-mer 1958. Tableau économique et social des Etats et Territoires d'Outre-mer à la veille de la mise en place des nouvelles institutions, 1958, p.528.

Le premier plan portait sur la réparation de l'infrastructure existante et qui avait subi des dégradations du fait du manque d'entretien pendant la guerre. Mais également sur l'adaptation du réseau de chemins de fer au tonnage escompté par l'amélioration de la production et la création de nouveaux axes pour développer les régions restées en dehors du circuit économique97(*). Le second plan quant à lui était consacré aux projets ayant pour effet l'accroissement rapide de la production, avec d'importants crédits consacrés au développement agricole. Néanmoins, il serait intéressant de relever ici que très peu de grands chantiers d'infrastructures furent lancés au cours du second plan, notamment à cause des difficultés de financement. Nombreux sont ceux qui considèrent alors que : "C'est pourquoi les grands travaux prévus par le premier plan, une fois achevés, eurent à illustrer jusqu'aux indépendances, l'efficacité de l'intervention économique de la métropole aux colonies..."98(*) La place réservée aux dépenses sociales montre bien qu'il s'agissait davantage d'un plan économique que social. Les différents plans prenaient ainsi en compte :

- des travaux d'intérêt social (urbanisme, santé et hygiène, enseignement) ;

- des travaux touchant la production du sol, l'équipement agricole, l'élevage, la pêche, l'activité minière, la production de l'électricité et l'industrialisation ;

- des travaux d'amélioration des moyens de transport et des voies de communication ;

- des études générales.

Le financement de toutes ces initiatives constituait lui également, un aspect majeur de la loi du 30 avril 1946.

B. Le financement du plan d'équipement

Le financement du plan d'équipement a été un élément déterminant dans la mise en oeuvre de ce plan. D'où l'intérêt d'analyser les mécanismes de financement du plan et d'évaluer les moyens alloués à cette initiative.

1. les mécanismes de financement

Le FIDES avait constitué le bras financier des plans d'équipement de 1946 à 1959, avant son remplacement par le Fonds d'Aide et de Coopération (FAC).99(*) Ce remplacement donna l'occasion à Raphaël Saller de commenter : "Il ne pouvait plus être question de fixer les objectifs et les méthodes de développement, encore moins d'assortir publiquement l'aide d'obligations et de règles générales."100(*) Créé par l'article 3 de la loi du 30 avril, le FIDES avait pour mission de procéder au financement de ces plans. Les ressources dont il disposait étaient de deux catégories :

- une dotation de la métropole, qui était fixée chaque année par la loi de finances ;

- des contributions des territoires intéressés, constituées sur leurs ressources propres ou sur avance à long terme de la Caisse Centrale de la France d'Outre-Mer (CCFOM) à 1% par an.

Le décret du 16 octobre 1946 permit, en plus, d'instituer des budgets spéciaux annuels pour la mise en application des plans. Il fallut cependant admettre qu'"à une forme très simple, à l'origine, du financement par appel du territoire au Fonds (...) succèdent, tout naturellement des modalités complexes"101(*). Ainsi par exemple, l'intérêt sur les emprunts à long terme souscrits auprès de la CCFOM passait au-delà des 2%102(*). L'ensemble de ces mécanismes a fait l'objet d'études.103(*) Il convient de retenir que le financement des plans reposait sur un triptyque : les fonds publics du territoire camerounais, les fonds publics métropolitains (dont le FIDES) et les investissements privés.

Graphique II : Répartition du financement des plans d'équipement au Cameroun (situation à la fin 1957) en pourcentage

Source : Nous, d'après Rapport annuel du gouvernement français...année 1957, p.108.

Ce graphique représente la répartition du financement des premier et second plans d'équipement jusqu'à la fin 1957. Le financement total porte sur la somme de 58.902 millions de francs CFA. On constate bien évidemment qu'avec près de 40.000 millions, les investissements publics d'origine métropolitaine constituaient le gros de l'apport de fonds. Cette rubrique comprend une part du budget d'Etat français (qui s'appuyait entre autres sur le plan Marshall) et les fonds FIDES proprement dits. Également la part des investissements privés dans ce financement est importante, et qui recouvre la forme de participation à des entreprises nouvelles. Les fonds propres du Territoire regroupe ici quant à eux le budget camerounais et les emprunts du territoire et des communes, soit près de 4.700 millions de francs CFA. Ainsi, les fonds FIDES représentaient à eux seuls les deux tiers des fonds mobilisés.

2. Les moyens alloués pour la réalisation du plan

On considérait en 1948 que la réalisation du plan demanderait un effort considérable d'environ 25.200 millions de francs CFA104(*). Mais, a posteriori, il faut constater que cette évaluation a été largement dépassée. Le tableau suivant l'illustre :

Tableau IV : Financement des dépenses d'investissement de la section locale FIDES du Cameroun (situation en 1959) en francs CFA constants 1958

 

Total

Dotation de la métropole

Ressources propres

Avances consenties par la CCFOM

Premier plan

18.239.117.000

9.293.650.000

-

8.945.467.000

Second plan

16.163.542.000

14.978.511.000

-

1.185.031.000

Total

34.402.659.000

24.272.161.000

-

10.130.498.000

Source : Nous, d'après Ngango, Les investissements d'origine extérieure en Afrique noire..., p.98.

Les chiffres sus - mentionnés permettent d'apprécier l'effort d'investissement de la France au Cameroun. Il faut encore le préciser, ces chiffres ne représentent que l'implication propre du FIDES. L'écart que l'on constate entre les prévisions de 1948 et les chiffres définitifs est dû à deux principaux facteurs : de nombreux rapports d'administrateurs soulignent le renchérissement après évaluation des prix de matériels et de matières premières devant servir à la réalisation du plan ; mais surtout, il faut faire prévaloir, comme le pense Salomon Njoh, une certaine précipitation dans l'établissement de ces plans, 105(*)de nombreux aspects n'ayant pas été pris en considération initialement.

Quoiqu'il en soit, les plans d'équipement, nous l'avons souligné plus haut, étaient dirigés vers la réhabilitation de l'infrastructure et l'amélioration de la production.

Tableau V : Dépenses engagées par la section locale du FIDES du Cameroun (situation en 1958) en millions de francs français constant 1958

Chapitres

Total du 1er plan à la clôture

Total du 2e plan au 30-6-58

Ensemble des 2 plans au 30-6-58

Dépenses générales

381

94

475

Agriculture

Hydraulique agricole

Forêts - chasse

Elevage

Pêches

Mines

Industrialisation

Electricité

941

-

179

270

42

90

146

2.193

7.731

1.834

565

629

333

-

-

-

8.672

1.834

744

899

375

90

146

2.193

Total  production 

3.861

11.092

14.953

Chemins de fer

Routes et ponts

Ports

Voies navigables

Aéronautique

Transmissions

5.803

13.074

7.855

77

1.231

690

920

7.736

1.030

168

1.175

1.015

6.723

20.810

8.885

245

2.406

1.705

Total  infrastructure

28.729

12.044

40.773

Santé

Enregistrement

Urbanisme et habitat

Travaux urbains et ruraux

1.018

966

312

1.211

1.806

1.834

708

872

2.824

2.800

1.020

2.083

Total  social

3.507

5.220

8.727

Total Général

36.478

28.450

64.928

Source : Service des statistiques d'Outre-mer, Outre-mer 1958..., p.528.

Au cours du premier plan, l'infrastructure avec plus de 14 milliards de francs CFA, révèle le désir de l'administration française de mettre sur pied les conditions nécessaires au développement ultérieur du pays106(*). L'amélioration de la production ayant été considérée comme l'objectif principal du second plan, les dépenses d'infrastructure s'en sont trouvées réduites, au détriment des dépenses de production. Il faudrait néanmoins retenir qu'il ne s'agit ici que des engagements effectués au titre de la section locale du FIDES107(*).

La section générale servait presque "exclusivement à financer des études et des recherches et à assurer la participation de la puissance publique dans le capital des sociétés d'Etat ou d'économie mixte" 108(*); la section générale intervenait donc pour le financement des projets et activités communs à l'ensemble des territoires, la métropole comprise, et des réalisations d'envergure. A côté de la recherche scientifique, du développement agricole et des oeuvres sociales, la section générale finança au Cameroun la recherche minière et d'hydrocarbures et la réalisation du barrage et de la centrale hydro-électrique d'Edéa.

III. LA PLACE DE L'ENERGIE DANS LE PLAN D'EQUIPEMENT

L'énergie, de par son caractère vital et hautement capitalistique109(*), est l'un des secteurs d'activités les plus concernés par la planification. En effet,

La mise en oeuvre de (...) plans suppose une planification rigoureuse du secteur de l'énergie justifiée par la part de l'énergie dans le PIB du pays, par son rôle moteur dans l'économie et par ses besoins de financement qui viennent concurrencer ceux des autres infrastructures et des autres secteurs110(*).

La formulation des plans d'équipement de l'Outre-mer français accordait donc vraisemblablement une certaine place à l'énergie. Quelle place les rédacteurs de ces plans avaient-ils réservée à l'énergie ?

A. La notion d'énergie dans le plan d'équipement

Le texte du plan d'équipement du Cameroun accordait une certaine place à la notion d'industrialisation. L'industrialisation désigne un

... mouvement économique historique de grande ampleur de développement d'activités de transformation par l'homme des produits primaires en s'aidant d'un important capital technique fixe. Dans ce sens, l'industrialisation ou développement de l'industrie se traduit au plan des structures économiques par le recul de l'agriculture111(*).

L'offre d'énergie est fortement liée à cette dernière notion car, l'implantation d'une entreprise industrielle dans un site donné est subordonnée à l'existence de voies de communication y conduisant et, à la présence sur place d'une source d'énergie nécessaire à son fonctionnement112(*).

Jusqu'au début de l'exploitation pétrolière au Cameroun en 1977 et même après, la perception de la notion d'énergie était très souvent confondue à celle de l'électricité et davantage à celle de l'hydroélectricité. Pourtant, l'énergie comporte une diversité de formes et d'origine. L'administration française au Cameroun constatait cependant en 1955 que "La seule source d'énergie actuellement connue et exploitable au Cameroun est l'énergie hydraulique"113(*). En effet, la recherche d'autres sources d'énergie ne portait encore que peu de fruits. Le cas particulier du bois, bien que ce travail n'en fasse autre mention, mérite qu'on en dise quelques mots.

Le bois est la source d'énergie la plus utilisée ; et bien que des permis de coupe aient été attribués par l'administration, les activités y liées sont demeurées marginales. Certaines statistiques regroupent souvent sans les différencier les coupes de bois servant à la construction et les coupes de bois de chauffage. Ces mesures faussent ainsi les calculs afférant au bois- énergie; il n'existe pas toujours au Cameroun de statistiques fiables dans ce domaine. En 1958 d'ailleurs, le service des statistiques d'Outre-mer reconnaissait la non comptabilisation des coupes de bois de chauffage au Cameroun et tentait de justifier cela par le caractère non industriel de cette source d'énergie114(*).

Ainsi, on ne s'étonne pas de ce que le plan d'équipement du Cameroun, centré sur l'implantation d'industries de transformation, ne fasse allusion qu'à l'électricité et au pétrole dans une certaine mesure.

B. Les principaux projets énergétiques retenus dans le plan d'équipement

Le plan d'équipement à l'étude dès 1946 visait entre autres à combler les déficits énergétiques du Territoire et anticiper les besoins futurs. Nous analysons ici la place accordée à l'énergie électrique et aux énergies fossiles.

1. Les besoins énergétiques suscités par le plan

La logique d'industrialisation qui semble sous-tendre les plans d'équipement exigeait un apport considérable en énergie. Le tableau qui suit tente de retracer l'enjeu qui s'imposait au Cameroun en matière d'énergie, de 1938 à 1957.

On peut le constater, les besoins du Territoire après la Deuxième Guerre ont quasiment décuplés ; le développement des transports sous l'ère du plan a favorisée l'importation croissante des produits pétroliers. Avant la fin de la guerre, le charbon perd progressivement sa place de source d'énergie privilégiée au profit du pétrole ; cette évolution n'est cependant pas propre au Cameroun115(*). La comptabilisation de l'énergie hydroélectrique dès 1953 résulte de la mise en fonctionnement cette année là de la centrale d'Edéa et des augmentations de sa puissance jusqu'à 1957.

Tableau VI: Evolution de la consommation d'énergie au Cameroun en tonnes équivalents charbon116(*) (situation à la fin 1957) unité 1000 tonnes

 

1938

1949

1953

1956

1957

Charbon importé

7,21

38,7

8,95

0,58

1,01

Produits pétroliers importés

10,6

44,5

91,0

122

132

Energie hydroélectrique

-

-

3,4

17,6

138

Source : service des statistiques d'Outre-mer, Outre-mer 1958..., p.339.

2. La place de l'énergie électrique dans le plan

Le plan décennal, la France l'a toujours revendiqué, se voulait directif mais souple.117(*) Il est indéniable que le principal projet énergétique lancé par le plan ait été l'aménagement du barrage et de la centrale hydroélectrique d'Edéa. Ce projet intégrait le chapitre IX (forces hydrauliques et électricité). Une abondante littérature existe sur cet aménagement, et nous en dirons encore quelques mots118(*). Edéa avait été réalisé pour palier à un possible déficit énergétique qui freinerait l'implantation et le développement d'industries au Cameroun, mais principalement dans la zone de Douala. C'est dans ce sens que Flavien Tchapga affirme que l'intérêt du développement de l'électricité en Afrique, à cette époque était lié à la nécessité "d'améliorer la compétitivité de certaines industries métropolitaines grosses consommatrices d'énergie à travers l'amélioration des conditions de leur approvisionnement"119(*).

L'une des caractéristiques de l'énergie électrique reste cependant la difficulté technique à la transporter sur de grandes distances. Louis -Paul Aujoulat, dans un discours prononcé le 5 février 1954 lors de la cérémonie d'inauguration du barrage et de la centrale d'Edéa, n'hésita pas à tourner en dérision les utopistes prêts à

... nous entraîner vers des perspectives absolument stupéfiantes, en nous montrant des lignes de haute tension qui, parties d'Edéa, se rendraient jusqu'en France, pour restituer à la métropole, sous la forme des kilowatts dont elle marque, les bienfaits de toutes sortes dont elle a enrichi ce pays.120(*)(Sic).

Il était logique que les industries intéressées par cette offre d'énergie s'installent dans la zone de Douala ou à Edéa. Dans la version du plan décennal arrêtée en 1951, l'aménagement d'Edéa intégrait ainsi le processus d'industrialisation.

Le chapitre IX incluait également l'électrification des principaux centres du Territoire. L'électricité joue un rôle particulier : par sa facilité d'utilisation et la multiplicité de ses usages, elle contribue à la qualité de la vie des populations qui en bénéficient et elle est souvent considérée comme un puissant facteur de développement économique. Pourtant, l'électricité reste un luxe au Cameroun jusqu'aux débuts de la décennie 1950. Il s'est développé dans l'ensemble de l'Outre-mer d'Afrique un intérêt pour l'électrification. Dans une correspondance adressée le 3 décembre 1948 aux administrateurs en poste en Outre-mer, Tony Revillon, alors secrétaire d'Etat à la France d'Outre-mer, soulignait :

Je n'ignore ni l'intérêt d'une électrification rapide des Territoires d'Outre-mer, base indispensable de leur développement industriel et social ; ni le désir de tous les centres de quelque importance susceptibles d'être électrifiés, d'accéder simultanément et dans les moindres délais aux bénéfices de l'électricité...121(*)

Le plan décennal prévoyait ainsi un programme d'électrification par étapes pour une quinzaine de centres : Douala, Yaoundé, Nkongsamba, Maroua, Dschang, Edéa, Garoua, Kribi, Foumban, Ebolowa, Ngaoundéré, Eséka, Mbalmayo, Bertoua, Bafang et Bétaré Oya. Ces différents travaux devaient se réaliser, selon les conditions techniques, soit par l'aménagement de sites hydroélectriques, soit par la construction de centrales thermiques.

3. La place de la recherche minière énergétique

Le chapitre VII du plan était consacré aux mines. Dans l'ensemble, le développement qu'avait connu l'activité minière, au titre de l'effort de guerre122(*), se dégrada après 1944. Il s'agissait alors d'insuffler une nouvelle dynamique à cette activité. Dans le cas précis de l'activité minière énergétique123(*), la mauvaise connaissance des sources d'énergie fossile du Cameroun semble avoir limité les initiatives de planification. Ceci relève encore du caractère précipité du plan, comme le souligne Salomon Njoh124(*). La recherche fut donc privilégiée dans ce cas et justifie, a posteriori, l'intervention d'organismes publics, de sociétés d'économie mixte et surtout l'implication de fonds issus de la section générale du FIDES. Dans un de ses rapports, la commission de modernisation des Territoires d'Outre-mer mentionnait que "La mise en valeur méthodique des territoires d'Outre-mer n'est pas concevable sans une connaissance du milieu qui doit être acquise avec tous les moyens et toutes les méthodes de la science moderne"125(*). Ainsi par exemple, d'importants moyens furent mis en oeuvre pour la réalisation de la carte géologique du Cameroun126(*).

En clair, contrairement à la France où la planification avait pour but de répondre et d'anticiper sur la demande d'énergie, le plan décennal du Cameroun tendait à créer cette demande127(*) et les moyens de la satisfaire. Le plan décennal restait donc à différents égards peu précis dans le domaine énergétique, laissant la possibilité d'en préciser les orientations d'après les fruits de la recherche et de la demande territoriale et métropolitaine nouvelle. De 1946 à 1959 alors, la recherche d'énergie au Cameroun recouvrit deux aspects ; à savoir l'essor de la production d'énergie électrique et la prospection minière énergétique. Il faut ici souligner que la planification est un élément de la politique économique coloniale. Celle-ci est certes faite de lois, décrets et projets ; mais, elle est également liée à de nombreux aléas. Par conséquent, il est indiqué de ne pas se limiter aux seuls textes. "Entre le discours officiel et la réalité des décisions prises, précise J. Marseille,... il y a le monde des retouches et des compromis."128(*)

CHAPITRE III : L'ESSOR DE L'ENERGIE ELECTRIQUE AU CAMEROUN (1947-1959)

L'une des initiatives les plus remarquées au cours du plan d'équipement a été la mise en oeuvre de la "politique spectaculaire des grands barrages",129(*) aussi bien en France métropolitaine qu'en Afrique noire. Au Cameroun, cette politique a donné lieu à la construction du barrage et de la centrale hydroélectrique d'Edéa. Mais au-delà de cette réalisation, c'est la production de l'énergie électrique aussi bien hydroélectrique que thermique qui avait été ainsi boostée. En effet, le plan d'équipement alors appliqué à travers l'Union française donnait un rôle prépondérant à l'énergie électrique : stimuler l'industrialisation et servir la modernisation. Dans le cas spécifique du Cameroun, il va s'agir alors de relever l'intérêt qu'a constitué la production de l'électricité dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale ; mais également de revenir sur certains aspects de l'aménagement hydroélectrique d'Edéa, que les travaux qui foisonnent à ce sujet ne prennent pas suffisamment en compte.

I- LES DEFIS ET LES ACTEURS DU SECTEUR DE L'ELECTRICITE AU CAMEROUN APRES LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, la production d'énergie électrique au Cameroun allait connaître un développement considérable. Le symbole en fut la construction de barrage d'Edéa. On ne pourrait toutefois passés sous silence d'autres initiatives telles que l'électrification du Territoire. C'est alors le lieu de s'interroger : quels enjeux guidaient cet essor ? Quelle stratégie, du point de vue structurel, sous-tendait cette évolution ?

A. Les défis du secteur de l'électricité

Jusqu'à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la production et la distribution d'énergie électrique au Cameroun sont restées d'une faible ampleur.129(*) Comment le plan d'équipement allait-il faire évoluer la donne ? La principale mesure dans ce cadre fut la construction d'un barrage sur les chutes d'Edéa et d'une usine hydroélectrique qui devait à terme produire 150 millions de kWh. Le but était de fournir aux industries existantes et futures assez d'énergie pour faciliter leur activité et assurer ainsi une augmentation régulière de la production. Il est alors évident que :

Cette nouvelle dynamique de développement de l'énergie électrique relève davantage d'une stratégie de compétitivité des entreprises métropolitaines, grosses consommatrices d'énergie, que d'une volonté de promouvoir l'accès des populations à cette forme moderne d'énergie dans les territoires concernés...129(*)

Cette disparité ne manque pas de se faire ressentir dès le début du fonctionnement de la filiale camerounaise du groupe Pechiney-Ugine, la Compagnie Camerounaise d'Aluminium (ALUCAM. cf. tableau VII).

Le plan d'équipement retenait alors trois axes dans le cadre de l'industrialisation. Il s'agissait d'abord de mettre sur pied des industries de transformation des matières premières agricoles, forestières et animales ; ensuite, le plan prévoyait la mise sur pied d'industries de service pour soutenir la mécanisation de la production. Enfin, et il s'agissait de l'initiative majeure, la mise sur pied de la centrale d'Edéa et d'un noyau industriel autour d'Edéa et de Douala.129(*)

Tableau VII : Evolution de la consommation industrielle d'énergie électrique au Cameroun

Années

Production totale

(millions de kWh)

Energie fournie à

ALUCAM

(millions de kWh)

Part de la consommation d'ALUCAM (en %)

1953

4.28

-

-

1954

-

-

-

1955

-

-

-

1956

26.5

-

-

1957

222.4

193

86.78

1958

655.6

622.2

94.9

1959

823

786

95.5

Source : Tchapga, "L'ouverture des réseaux électriques...", p.28-29.

Les rédacteurs du plan d'équipement soulignaient que :

... c'est bien dans cet esprit qu'a été lancé le projet d'une centrale hydroélectrique à Edéa, premier élément d'une chaîne d'importantes entreprises industrielles. Cet ensemble... consacrera l'existence d'un véritable noyau industriel au Territoire.129(*)

La production totale d'énergie du Territoire n'excédait pas 800.000 kWh, dont la plus grande partie pour la seule ville de Douala. Quelques études avaient été menées au cours de l'élaboration du plan décennal du Cameroun pour déterminer, dans le cadre de l'industrialisation, les projets les plus viables. On retient en définitive que les industries à créer se devaient d'utiliser les mêmes matières premières, le bois essentiellement.

Le plan décennal publié en 1951 envisageait la construction d'une usine de pâte à papier à Edéa, d'une capacité annuelle de 60.000 tonnes avec un coût d'investissement estimé à 1.500.000.000 francs CFA. Face à la croissance permanente de la demande, la constitution d'une société "la cellulose tropicale" devait permettre de réduire le déficit de l'Union française en pâte à papier.130(*) D'autres unités industrielles gravitaient autour de ce premier projet : une usine de chlore de 600 millions de francs dont la production servirait à la fabrication de la pâte à papier et l'excédent en soude serait dirigé vers les savonneries installées à Douala ; une usine à chlorate d'une capacité de 3.000 tonnes par an avec un investissement de 400 millions de francs dont la production serait utile aussi bien pour l'usine de pâte à papier que pour des travaux de désherbage ; une usine de méthanol obtenu par le traitement du bois, d'une capacité de 10.000 tonnes par an avec un coût évalué à 400 millions et dont la production réduirait l'importation de carburant ; une usine de chaux et de ciment d'une production de 60.000 tonnes par an pour un coût de 600 millions dont la chaux produite serait utilisée par l'usine de pâte à papier etc. Ce noyau industriel, d'après le plan décennal, nécessiterait un apport de 150 millions de kWh d'électricité par an et un investissement de près de 7 milliards de francs CFA.131(*)

Néanmoins, il est apparu nécessaire d'envisager de nouvelles installations consommatrices d'énergie sur l'axe Edéa - Douala.132(*) L'idée d'une usine métallurgique à Douala commença à être envisagée dès 1951.133(*)

Ainsi, au regard des projets montés pour constituer le noyau industriel du Cameroun, la production d'énergie électrique devenait un facteur - clé. En effet, la production industrielle représente un très gros poste de consommation d'énergie comme l'illustre le graphique suivant.

Graphique III: Quantité d'énergie nécessaire à la fabrication de produit industriel en TEP/tonne

Source : Nous, d'après P. Maillet, M. Cassette-carry, L'énergie ..., p.22.

La responsabilité de cette production incombait alors à l'administration française qui cependant ne conserva qu'un rôle de régulation et d'orientation. La réalité de l'initiative revint à des sociétés constituées à cet effet.

B. Les principaux acteurs du secteur de l'électricité au Cameroun

L'un des traits caractéristiques de l'organisation du secteur de l'électricité dans l'ensemble français (métropole et outre-mer) après la Deuxième Guerre a été la gestion commune dudit secteur par les entreprises privées et des sociétés d'économie mixte. Ceci répondait à la volonté du plan d'associer l'investissement privé à l'effort de la puissance publique. Au Cameroun, il a cohabité, dès 1948, deux entreprises ; l'une privée, l'autre publique.134(*)

Tableau VIII : Le secteur de l'électricité au Cameroun en 1959

Entreprises

Supports institutionnels

Nature de l'exploitation /Localités

ENELCAM

Concession du 04-5-1954

-Aménagement du barrage et de la centrale hydroélectrique d'Edéa

-Fourniture d'énergie à ALUCAM

-Distribution d'électricité à Douala et Edéa

CCDEE

Régie publique du 07-12-1947

-Production et distribution d'électricité à Yaoundé, Maroua et Nkongsamba

Autres (Communes, exploitants privés)

Exploitation par la commune ou régie publique

-Production et distribution d'électricité à Kribi, Edéa, Garoua (communes), Sangmélima, Dschang (exploitants privés)...

Source : Nous, d'après Tchapga, "L'ouverture des réseaux électriques...", p.31 et A. Vesse, Etude de l'économie camerounaise en 1957, tome 1 : activités des entreprises, Yaoundé, service de statistique générale, (s.d), p.98.


1. La Compagnie Coloniale de Distribution d'Energie Electrique (CCDEE)

La présence de la CCDEE au Cameroun date de 1929 lorsqu `elle obtient une concession pour la distribution d'énergie électrique à Douala.135(*) Elle exerça un quasi-monopole dans ce domaine car, seule opératrice dans l'unique centre véritablement pourvu d'électricité. Le Cameroun n'était pas le seul Territoire où exerçait cette entreprise ; elle s'installa en 1935 au Gabon et en 1948 au Dahomey (l'actuel Bénin).136(*) Cependant, la place privilégiée de la CCDEE dans la gestion du secteur électrique au Cameroun allait être remise en question en 1948, lorsque l'idée d'un second opérateur se concrétisa. On découvre alors une entreprise agressive qui ne manquait pas d'occasion pour relever ses nombreuses références en Afrique et aux Antilles, et réalisant parfois gratuitement des études pour l'électrification de centres tels que Garoua et Dschang pour attirer l'attention et les bonnes faveurs de l'administration.137(*) Ce qui contraste avec la gestion déficitaire de la concession de Douala qu'on lui reprocha, tout comme son manque d'initiative.138(*)

La CCDEE, qui allait devenir Compagnie Centrale de Distribution d'Energie Electrique du fait de l'évolution constitutionnelle de l'Union Française et de l'évolution de la question coloniale,139(*) obtint le 7 décembre 1947 la gérance de l'exploitation en régie de la fourniture d'électricité à Yaoundé, Nkongsamba et Maroua. La concession de Douala lui fut néanmoins retirée en 1953 et confiée à l'ENELCAM.

2. La société Energie Electrique du Cameroun (ENELCAM)

La constitution de l'ENELCAM intégrait les visées de la loi du 30 avril 1946 qui ouvrait la voie à la planification financée par le FIDES. L'article 2 de ladite loi mentionne en effet la possibilité de

...provoquer ou autoriser la formation de sociétés d'économie mixte dans lesquelles l'Etat, les collectivités publiques d'outre-mer ou les établissements publics des dits territoires auront une participation majoritaire...140(*)

Ceci dans l'optique de faciliter l'exécution des plans. La place centrale sinon déterminante de la fourniture d'énergie dans la concrétisation de cette démarche a déjà été abordée.

L'autre élément notable dans la constitution de l'ENELCAM est l'application de la loi de nationalisation de l'électricité et du gaz en France qui datait du 8 avril 1946. Il fut admis à ce moment que "L'intervention de l'Etat était nécessaire pour assurer le financement des travaux et adapter dans un plan à long terme le programme de production aux besoins probables de la demande future".141(*) Cette démarche aboutit à la création d'Electricité de France (EDF). Alors, et ce fut plus tard le cas dans les autres territoires d'Afrique Noire française, EDF pris une participation dans l'ENELCAM. Elles signèrent d'ailleurs un contrat d'ingénieur-conseil142(*) au titre duquel EDF fut chargée de la prospection hydroélectrique, des études d'électrification, de la supervision des travaux d'équipement des centrales et de manière générale de toute l'expertise technique. Certains estiment d'ailleurs que ENELCAM n'était autre qu'une filiale d'EDF.143(*)

La constitution d'ENELCAM fut décidée le 3 mars 1948 par un arrêté du ministre de la France d'outre-mer. La nouvelle société avait pour objet "... toutes entreprises et toutes opérations généralement quelconque concernant directement ou indirectement la production, le transport, la distribution et l'utilisation de l'énergie au Cameroun."144(*) Cependant, la première tâche confiée à l'ENELCAM, la véritable d'ailleurs, consistait à l'équipement d'une chute sur la Sanaga à Edéa et la réalisation des infrastructures d'exploitation.145(*) Le capital de la société quant à lui était détenu majoritairement par la CCFOM et le Territoire du Cameroun, avec les participations de la commune de Douala et de la Régie de chemins de fer du Cameroun.

L'importance financière du projet d'aménagement d'Edéa justifie notamment la désignation d'un commissaire du gouvernement auprès de la société ENELCAM : l'administrateur Descottes. Dans une correspondance adressée à celui-ci le 23 juillet 1948, le ministre de la France d'outre-mer précisait :

Il importe - et c'est l'objet des présentes instructions que ces capitaux soient correctement rémunérés après la période de construction et de lancement de l'affaire pendant laquelle on est obligé de l'admettre ces capitaux seront improductifs et l'exploitation sera déficitaire.146(*)

Cette absolue nécessité de rentabiliser les investissements justifie alors les interminables querelles à distance entre les deux principaux opérateurs qu'étaient la CCDEE et l'ENELCAM.147(*) L'administration, directement intéressée au développement de la société Energie Electrique du Cameroun148(*) permit à celle-ci de conserver le monopole de l'exploitation de la centrale hydroélectrique d'Edéa tout en réservant quelques marchés à la CCDEE.

D'autres entreprises, de moindre dimension, ont également opéré sur le Territoire : la société Meunier qui ravit à la CCDEE la gérance de la régie de Dschang ; les établissements Legran et Munich qui réalisèrent le projet d'électrification de Yaoundé ; la société Hersent- gérante de la société camerounaise des travaux publics- qui participa à l'aménagement des chutes d'Edéa entre autres.

Ainsi, face aux défis énergétiques imposés par le plan d'équipement, l'administration avait réagi en décidant une diversification des acteurs. Cette stratégie a abouti au Cameroun à la fragmentation des réseaux électriques, limitant le rôle de chaque opérateur à une seule localité sans que ces réseaux soient liés les uns aux autres. Cependant, la participation de l'Etat dans la société d'économie mixte ENELCAM eut pour conséquence d'en faire le principal acteur, notamment par l'aménagement des chutes d'Edéa.

C. L'électrification du Cameroun au cours du plan d'équipement

L'accès d'une localité à l'électricité semble avoir été le signe de quelque prestige. Cela justifie l'engouement général autour de cette initiative. L'électrification est certes un thème qui tient davantage de l'histoire locale - dépendant des besoins et des conditions spécifiques à chaque localité ou région. Cependant, sous la tutelle de la France, le plan d'équipement avait donné lieu à une électrification générale sur programme. L'intérêt de notre démarche est alors de dégager les principaux traits de ce processus.

1. Le programme d'électrification de 1946

Le plan décennal dont fut tiré le programme d'électrification exposait les perspectives pour le Territoire. Il prévoyait, en plus de la refonte et de l'extension des réseaux existants de Douala et de Yaoundé, l'électrification de quatorze nouveaux centres.149(*)

Douala, notamment Bonabéri grâce à son port, constituait un point d'aboutissement et un centre de transit, en plus d'être une ville industrielle.150(*) L'essor économique dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale avait provoqué un important afflux de populations européenne et africaine. Par ailleurs, la perspective de la construction d'une centrale hydroélectrique à Edéa pour l'approvisionnement de Douala entraîna de nombreux investissements industriels dans la ville. On estima en 1947 qu'il faudrait produire environ 5.000 kW avant 1952, en attendant la mise en service d'Edéa. C'est ainsi qu'il fut procédé à une extension de la centrale thermique de Koumassi avec l'installation de nouveaux groupes électrogènes. Entre 1948 et 1951, cette initiative coûta 245 millions de francs CFA. Cependant, dès juillet 1951, les travaux d'une nouvelle centrale diesel de 3500 kW à Bassa furent lancés : l'impossibilité de procéder à de nouvelles extensions à Koumassi conduisit à la réalisation de cette centrale complémentaire de production d'électricité, destinée à devenir ultérieurement une centrale de secours.151(*)

Photo I : Construction de la centrale thermique de Douala Bassa, 1951

Source : Rapport annuel du gouvernement français...année 1951, p.99.

Yaoundé, capitale administrative du Territoire, était la tête de ligne des chemins de fer du centre et le point de départ des convois automobiles vers l'Oubangui-Chari et le Tchad. Quelques industries de tabac, de scieries et de conserveries y étaient également installées.152(*) La distribution d'énergie électrique y existant déjà, l'électrification consista davantage à abandonner les petites installations pour réaliser une électrification moderne. C'est ainsi que fut mise en service en mai 1951 une centrale diesel d'environ 830 KVA d'un coût de 240 millions.

La ville de Nkongsamba, quant à elle, était décrite comme "un centre en plein développement où se rassemblent tous les produits des régions agricoles Bamiléké et Bamoun" mais également du Mungo. Par ailleurs, l'ouverture de la route Douala- Foumban- Banyo- Garoua via Nkongsamba devait procurer un surcroît d'activité à cette ville, déjà tête de ligne du chemin de fer du Nord.153(*) La perspective d'une électrification s'y appuyait tout d'abord sur l'existence de deux chutes d'eau dans les voisinages de la ville : l'une sur la rivière Essoua et l'autre sur le Nkam. Néanmoins, il fut préféré en 1949 la construction d'une centrale diesel de 670 kW terminée en juillet 1951154(*) pour un coût de 120 millions de francs.

Maroua était la capitale régionale du Nord Cameroun et un gros marché d'échange du fait de son voisinage avec la Nigeria. On nota cependant qu'à Maroua, "l'électrification ... offre la coûteuse particularité de se trouver à 1800 km de la côte" posant alors une sérieuse difficulté dans l'acheminement du matériel.155(*) C'est principalement ce qui justifie que la centrale diesel de 220 kW n'ait été mise en service qu'en janvier 1952 après un investissement de 116 millions de francs.

La question était toute autre à Dschang ; la ville était le grand marché du plateau Bamiléké et devait en partie sa réputation à sa station climatique. Du fait de l'existence d'un barrage avant 1946, les travaux d'électrification se résumèrent à la construction de la centrale hydroélectrique et des lignes de transport.156(*) Le coût de ces travaux s'éleva à 45 millions.

Cependant, l'effort financier ne constitua pas le seul enjeu de ce processus ; un autre aléa fut le choix à faire entre des aménagements thermiques et des aménagements hydroélectriques.

2. Un aspect technique de l'électrification du Territoire : le choix entre l'hydroélectrique et le thermique

Des aspects techniques qui ont conditionné l'électrification du Cameroun français, la possibilité de recourir à l'aménagement des chutes d'eau est celle qui retient le plus l'attention. L'utilisation de la force du courant des fleuves était d'un intérêt certain, même si le potentiel énergétique du Territoire n'était pas encore entièrement inventorié. Cet intérêt était perceptible chez les différents administrateurs. Ainsi, par exemple, en réponse à une dépêche du ministre de la France d'Outre-mer qui lui proposait l'envoi au Cameroun d'une équipe d'ingénieurs de l'Office de la Recherche Scientifique Coloniale, le Haut-commissaire Hoffherr répondait :

La venue de tels ingénieurs me paraît très désirable si l'on veut établir, - comme vous le souhaitez et comme je l'estime également nécessaire - un inventaire détaillé des ressources hydrauliques du territoire...157(*)

On envisageait alors l'aménagement de divers sites hydroélectriques : les chutes d'Ekom sur le Nkam, près de Nkongsamba ; les chutes de la Vina, près de Ngaoundéré ; les chutes de la Lobé, près de Kribi ; les chutes de la rivière Mary près de Bétaré-oya, ou encore les chutes de Nachtigal, du Nyong et du Ntem.158(*)

Cependant, dans plusieurs cas, la solution d'un aménagement thermique fut préférée. On fit valoir que dans certains cas, le débit des rivières à équiper était insuffisant en saison sèche pour permettre la construction rentable d'un barrage. Ce fut le cas à Foumban, à Ebolowa et à Nkongsamba. Mais également, bon nombre de ces sites étaient difficiles d'accès, rendant ainsi le projet d'électrification onéreux du fait des frais de construction d'une route ou des frais d'établissement d'une ligne électrique en pleine forêt. L'ingénieur Jean Lemoine concluait :

D'une façon générale, enfin, les équipements hydroélectriques de petite puissance sont beaucoup plus longs à réaliser que l'installation de groupes diesel, qui exige une place réduite et peut de la sorte être établie presque dans la ville, au coeur même de la distribution.159(*)

C'est notamment pourquoi, au-delà des prometteuses perspectives d'aménagements hydroélectriques, Dschang et Edéa furent les seules villes dotées de ce type d'infrastructure. La construction d'Edéa polarisa d'ailleurs l'ensemble des efforts par son envergure.

II. QUELQUES ASPECTS DE L'AMENAGEMENT HYDROELECTRIQUE D'EDEA

La construction du barrage et de la centrale hydroélectrique d'Edéa a inspiré divers travaux. Certaines questions telles que son financement, la question foncière et la question de la main-d'oeuvre qu'elle a posées n'ont, cependant, retenu que très peu d'attention.

A. Les questions foncières et du financement

L'élaboration du projet d'aménagement des chutes d'Edéa à des fins hydroélectriques avait indubitablement soulevé quelques problèmes. Certes, le site était intéressant du point de vue hydrologique,160(*) mais le temps semblait révolu où les domaines terriens des colonies étaient considérés comme des "no man's land".161(*)

1. L'affaire de l'île d'Edéa

Il est rarement fait mention, aussi bien par les populations concernées que par les auteurs de travaux y afférant, de revendications foncières au sujet du domaine foncier ayant servi à l'aménagement hydroélectrique d'Edéa. J.-A. Njomkam note à cet effet que cette réalisation ne posa "aucun problème humain", en comparaison avec la Côte d'Ivoire et le Ghana où ce genre d'opérations engendra des déguerpissements et le recasement des populations.162(*) Ceci est d'ailleurs fréquent lorsqu'il s'agit de la construction de barrage : les abords du fleuve devant être aménagés et parfois, de grandes surfaces devant être immergées pour constituer un réservoir.

Dans un autre travail consacré au barrage d'Edéa, Albert Mbekek évoque explicitement les expropriations dont ont été victimes les populations bakoko.163(*) La ville d'Edéa, et partant la région de la Sanaga-Maritime, est peuplée principalement par les communautés Basa et Bakoko. Néanmoins, la partie de la ville où a été construit le barrage est le domaine des Bakoko. On fait notamment des chutes d'Edéa le règne de leur dieu suprême.164(*) Dès 1950, la question foncière allait être mise en avant, ce qui ne manquait pas de susciter des inquiétudes chez les administrateurs en place. Le chef de subdivision, E. Pinelli, notait ainsi "OMOG Thomas fait miroiter aux yeux des Bakokos les 10 millions de l'île d'Edéa qu'il estime revenir de droit aux seuls Bakokos et qu'il considère déjà comme bien exclusif."165(*) Omog Thomas, décrit par l'administrateur Pinelli comme un personnage "intelligent, sournois, hypocrite et menteur", était moniteur de la mission catholique d'Edéa. En 1949, il fut l'initiateur du mouvement traditionnel Log-M'poh unissant les Bakokos de la région ; ceci "pour s'opposer au mouvement AASM (Association Amicale de la Sanaga Maritime)" qui regroupait les Basa.166(*)

La revendication de Omog et des Bakoko allait rapidement devenir un leitmotiv prenant exemple sur les indemnités accordées pour des terrains à Douala. Dans un climat déjà tendu par la montée de l'Union des Populations du Cameroun (UPC), Pinelli critiqua vivement la décision de l'Assemblée Représentative (ARCAM) qui avait accordé les dix millions de compensation, et regretta que l'administration n'ait pas encore pris une position ferme, en matière de propriété coutumière.167(*) Celle-ci s'attela alors par des décisions de justice à faire de l'île d'Edéa une partie du domaine du Territoire pour mettre fin aux revendications.

2. Le financement de l'aménagement d'Edéa

Le financement de l'aménagement des chutes d'Edéa est resté un sujet soigneusement évité par divers travaux. Ceci à cause de la difficulté à collecter la documentation nécessaire et à recouper des informations éparses, provenant de différentes sources et bien souvent incomplètes.

On considérait lors de l'élaboration du plan d'équipement que le barrage et la centrale d'Edéa nécessiteraient un effort d'environ 2 milliards de francs CFA,168(*) soit 8% de l'effort global. On comprend alors que cette part de l'investissement ait été supportée par la section générale du FIDES à travers des avances consenties par la CCFOM.

Graphique IV : Ventilation des crédits pour l'aménagement hydroélectrique d'Edéa (situation en 1950) en millions de francs CFA

Source : Nous, d'après Njomkam, "L'énergie et le développement...", p.154.

Diverses rubriques étaient prises en considération : les dépenses d'infrastructure (génie civil pour la construction du barrage et de la centrale, l'équipement électrique et mécanique, la ligne de transport Edéa-Douala et le poste transformateur de Douala) auxquelles on ajoute les dépenses d'exploitation (immeubles et bureaux, fonctionnement de la société au cours de la construction du barrage). L'évaluation des dépenses portait alors dès la fin 1950 à près de 3.023 milliards de francs CFA.169(*) Evidemment, le génie civil, de par la masse des travaux engagés, constitue la rubrique la plus importante. La fin de la première phase du projet (Edéa I) en 1953 permit d'évaluer la facture à environ 4.300 milliards de francs CFA, soit le double de la dotation initiale.

En 1954, l'implantation d'ALUCAM étant acquise, il fallu réaliser la seconde phase du projet (Edéa II) qui consista en une extension des installations et de l'équipement pour faire passer la production de 150.000 de kWh à 1200 millions de kWh. Il fut envisagé de mobiliser 3,5 milliards de francs CFA pour cette extension.170(*) Cependant, seulement 3 milliards furent consommés.

Ainsi, jusqu'à 1959, les deux premières phases du projet hydroélectrique d'Edéa avaient nécessité près de 7,5 milliards de francs CFA. Ce quadruplement du budget initial semble curieux et déraisonnable. Il faut néanmoins constater que les services financiers du Territoire avaient entrevu cette situation, pour la réalisation de l'ensemble du plan d'équipement, en reconnaissant que la revalorisation des marchés était due à une augmentation des prix de matériel en France depuis 1948 (fréquemment de 100%) et à une extension de la masse des travaux.171(*)

B. La question de la main-d'oeuvre

Avec les capitaux, la main-d'oeuvre constitue l'un des principaux moyens de réalisation du plan d'équipement. Il semble pourtant que ceci ait posé un réel problème. Il est ainsi courant de retrouver des interrogations telle : "Le facteur main-d'oeuvre deviendra-t-il un obstacle au développement futur du territoire ?"172(*) On décèle cette préoccupation dans une correspondance du chef de région de la Sanaga-maritime, R. Lelong, adressée au Haut-commissaire Hoffherr. Il écrivait :

J'ajoute enfin, - et ce n'est pas là un de mes moindres soucis - que nous devons au plus tôt, déterminer près des sociétés chargées de l'exécution des divers travaux du barrage hydraulique, leurs besoins en main-d'oeuvre. De nombreux problèmes seront alors posés (recrutement, installation, nourriture) et il y aurait intérêt à les envisager au plus tôt.173(*)

C'est pourquoi diverses mesures ont été prises dans ce cadre souvent, présentées par l'administration française comme exceptionnelles. Notre préoccupation a donc été de déterminer : quelles mesures avaient été prises dans ce cadre ? Et puisqu'il s'agissait de main-d'oeuvre, quelles étaient leurs conditions de recrutement et de vie sur le chantier ?

1. La main-d'oeuvre locale sur le chantier hydroélectrique d'Edéa

La main-d'oeuvre locale (désignée le plus souvent comme africaine ou indigène) sur le chantier d'Edéa était, dans sa grande majorité, constituée des populations habitant Edéa. Cette situation évitait notamment à ENELCAM de mettre sur pied de très importantes infrastructures d'accueil et d'hébergement, d'autant plus qu'il s'agissait de plus d'un millier d'individus. En 1954, l'effectif du personnel indigène était de 1504, dont 1200 manoeuvres et 304 ouvriers qualifiés.174(*) Il semble toutefois que leur recrutement était aussi bien volontaire que forcé, "pour le bien et l'intérêt supérieurs".175(*) Ce que corrobore Séverin Nwaha, s'appuyant sur les propos de son informateur Tong Longmo qui aurait été chargé du personnel sur les chantiers d'Edéa176(*). La main-d'oeuvre locale était repartie dans trois camps : le camp Bassa-Bakoko (pour les populations du Sud Cameroun), le camp Sahara (pour celles du Nord) et le camp pénal (pour les détenus)177(*). D'après cet informateur :

...le camp Sahara était composé essentiellement des déportés du Grand Nord. Ceux-ci étaient soit arrêtés dans les marchés, soit achetés auprès des lamibé et transportés dans les wagons et camions bâchés et gardés. La main-d'oeuvre sudiste était volontaire malgré le manque de culture salariale. "L'on procédait par des flatteries dans les bars et ventes à emporter"178(*). (Sic).

L'administration coloniale défendait l'idée opposée, s'appuyant sur l'évolution de la question du travail forcé dans les colonies : dans une circulaire intitulée "La nouvelle politique indigène pour l'AEF", datée du 8 novembre 1941, le gouverneur Félix Eboué édictait entre autres que : "Toute la main-d'oeuvre nécessaire peut-être recrutée et employée à condition que la vie indigène ne s'en trouve pas déséquilibrée".179(*) La question fut plus tard abordée au cours de la conférence de Brazzaville (30 janvier-8 février 1944). D'ailleurs, les débats démontrent que les administrateurs n'étaient en réalité pas favorables à l'interdiction du travail forcé. Le rapport final de la sous - commission des travaux publics est à ce sujet édifiant. On peut y lire, s'agissant de l'interdiction du travail obligatoire :

Elle est d'ailleurs inapplicable dans l'état actuel des choses, à moins de considérer que le recrutement des travailleurs par l'administration n'est pas du travail obligatoire, ce qui nous fera taxer d'hypocrisie. Sans ce recrutement, en effet, les grands travaux publics ne pourraient s'exécuter qu'avec lenteur extrême...180(*)

La position officielle et définitive intervint avec la loi Houphouët-boigny du 11 avril 1946 abolissant le travail forcé. On peut cependant demeuré perplexe quant à l'application effective et totale de cette loi, au regard des précédents témoignages. Ceci n'exempte cependant pas l'administration et ENELCAM de tout reproche, les conditions d'embauche et de travail se révélant discriminatoires. Pour le même travail exécuté, le camerounais le mieux payé percevait 10.000 francs soit trois fois moins que le salaire d'un ouvrier étranger bénéficiant d'un meilleur suivi sanitaire, de meilleures conditions d'hébergement et d'une alimentation plus complète.181(*) Cet écart de traitement, au-delà des considérations raciales qu'on pourrait y voir, tient également de la perception que les européens avaient du rendement de la main-d'oeuvre locale. L'inspecteur du travail Pierre Pivière écrivait à cet effet :

Si le développement économique du territoire souffre de l'insuffisance de la main-d'oeuvre locale, ce n'est pas parce que celle-ci n'est pas assez nombreuse, mais bien plutôt à cause du bas niveau de son rendement.182(*)

La main-d'oeuvre locale était ainsi présentée comme instable, désertant le chantier par simple fantaisie individuelle ou pour procéder à la vente de leur récolte lors de la traite du cacao par exemple.183(*) On aurait alors imaginé le recours à une main-d'oeuvre suffisamment éloignée du chantier pour contraindre leur stabilité. Ce furent tout d'abord des travailleurs Toupouri, près de 250 individus venus du Nord-Cameroun.184(*) Les Toupouri étaient présentés comme "des travailleurs sérieux, taillés en force et de caractère très ouvert".185(*)

Photo II : Main-d'oeuvre locale sur le chantier hydroélectrique d'Edéa

Source : Rapport annuel du gouvernement français...année 1949.

Au cours de la première phase d'aménagement (Edéa I), de 1948 à 1953, la main-d'oeuvre locale était affectée à des emplois de manoeuvres ; sans véritable spécialisation, elle versa dans le chômage à la fin des travaux. Cependant, la seconde phase du chantier, entre 1955 et 1958 (Edéa II), vit émerger en plus des manoeuvres, des ouvriers, des aides maçons, des maçons et même des contremaîtres. Cette évolution résulte de l'expérience acquise par celle-ci au cours de la première phase du chantier. Le plan décennal retenait ainsi que la solution permanente au problème était la formation professionnelle de la main-d'oeuvre locale. Le recours à des travailleurs italiens sur le chantier semble y avoir participé grandement.

2. L'utilisation de la main-d'oeuvre italienne sur le chantier hydroélectrique d'Edéa

Devant le problème inquiétant que posait le recrutement d'une main-d'oeuvre locale qualifiée au Cameroun, il fut envisagé de faire appel à des travailleurs italiens. Par l'intermédiaire de la Chambre des métiers d'Udine, 350 travailleurs immigrèrent au Cameroun,186(*) venant aussi bien de la région d'Udine, de Vénétie que de Frioul dès janvier 1949. Décrits comme des hommes robustes et athlétiques, des ouvriers adroits, travailleurs, expérimentés et consciencieux, ils avaient pour certains participé à de grands travaux en Libye, notamment en Cyrénaïque.187(*) C'est pourquoi on leur confia des emplois de techniciens et d'ouvriers : mineurs-terrassiers, charpentiers, maçons, mécaniciens-motoristes. Quant à eux, les Français exerçant sur le chantier occupaient des emplois d'ingénieurs et plus généralement de cadres. Pour les accueillir, il avait fallu installer une cité ouvrière pour 350 européens avec boulangerie, boucherie, abattoir, fabrique de glace et de sodas, salle de réunions et de spectacles, buanderie, magasin de vente, centre sanitaire, cabinet dentaire, etc.188(*) Ce qui ne manqua pas de faciliter leur séjour sous les tropiques. Leur rendement fut présenté comme exceptionnel et célébré par les différents orateurs lors de l'inauguration de l'ouvrage le 5 février 1954. Léon Kaptué ne manque pas de noter que "... ce rendement "exceptionnel" était le résultat naturel d'un traitement tout aussi "exceptionnel"189(*) (sic).

Lors d'un congrès Nord-africain du Patronat sur l'émigration et l'immigration au sein de l'Union française en mai 1952, les participants qualifièrent l'expérience italienne à Edéa de coûteuse, mais rentable tout en se félicitant de ses effets sur la formation de la main-d'oeuvre locale. Certes, Claude Welch notait : "The influx of Europeans into the Bassa area, many of them Italians laborers on the Sanaga River dam at Edea, led to an increase in racial incidents"190(*) ; on retient cependant que la cohabitation entre les travailleurs locaux et leurs collègues italiens n'ait pas entraîné d'incident notable. Tout au moins, les différents rapports d'administration n'en fournissent pas d'évidences. A contrario,

... certains ouvriers noirs, releva du Jonchay, deviennent les "compagnons", au sens ancien, des ouvriers italiens, un ferrailleur de ciment armé par exemple. Peu a peu, l'ouvrier indigène se lie d'amitié avec son camarade blanc et, à ses côtés, apprend avec patience les tours de main d'un métier entièrement nouveau. Tout ceci se passe dans le calme et peu à peu se forment ainsi de nouveaux spécialistes de qualité.191(*)

Il s'est agi alors d'un véritable transfert de technologie allant au-delà de l'objectif initial : fournir de l'électricité à la zone industrielle de Douala et d'Edéa.

Il devient alors indéniable que l'essor de l'électricité dans le Territoire ait visé à favoriser l'implantation d'industries métropolitaines, ce qui a conduit à mobiliser d'importants moyens financiers et humains. Bien que seuls les grands centres en furent concernés, ceci reste une des réussites de la France au Cameroun et l'héritage énergétique du futur Etat indépendant. Toutefois, la recherche minière énergétique (pétrole, uranium...) retint également l'attention du colonisateur.

CHAPITRE IV : LA RELANCE DES ACTIVITES MINIERES LIEES A L'ENERGIE AU CAMEROUN (1947-1959)

L'activité minière au Cameroun avait connu un certain développement avant, mais surtout pendant les hostilités qui secouèrent le monde de 1939 à 1945. Certes, la production se limita à l'or de Bétaré Oya, à la cassitérite dans le Mayo Darlé, au rutile aux environs de Yaoundé qui étaient destinés aux usines américaines et britanniques192(*). D'autres gîtes de minéraux étaient connus, le cas du pétrole et du charbon, bien que n'offrant pas de possibilités économiques d'exploitation. Cependant, l'industrie minière entra dans une situation difficile après la guerre : la chute des cours des minéraux en était la principale cause. L'administration justifia également cette situation, notamment dans la production du rutile, par une défection de la main-d'oeuvre locale193(*).

La guerre avait valorisé des minéraux jusque-là de moindre intérêt ; ce fut le cas pour l'uranium. Elle avait aussi consacré la nécessité croissante des hydrocarbures qui, de par leur facilité de transport et le développement de nouvelles applications, supplanta définitivement le charbon. Pour les colonies, il fallait se résigner à croire que la métropole avait besoin de cette énergie davantage que son outre-mer. La tâche des administrations centrale et locale consista alors à donner une impulsion nouvelle à cette activité d'une importance économique indéniable, bien que le plan n'en donna que très peu d'orientations.

I- UN INTERET CROISSANT POUR LES HYDROCARBURES AU CAMEROUN 1947-1951

A l'instar des autres sources d'énergies, il s'est développé après la Deuxième Guerre mondiale un réel intérêt pour les hydrocarbures. Le Cameroun n'était pas en marge de cette évolution. Disposant du point de vue géologique de bassins sédimentaires propices à la présence d'hydrocarbures, le Territoire devait être mis à contribution pour assurer l'approvisionnement de l'Empire en produits pétroliers. La présence du Bureau de Recherche du Pétrole dans le Territoire renseigne alors sur le désir d'y voir couler l'or noir.

A. La nécessité d'approvisionnement en produits pétroliers

Les hydrocarbures (pétrole et dans une certaine mesure gaz naturel) avaient été vulgarisés au cours de la guerre. Ils étaient devenus indispensables dans les transports et l'industrie. Par conséquent, leur rôle dans la perspective de la Reconstruction était déterminant ; ceci aussi bien pour les métropoles que pour l'outre-mer.

1. L'approvisionnement de la France métropolitaine

La fin de la guerre avait indubitablement imposé un appel important en produits pétroliers pour les besoins de la Reconstruction à travers le monde. Il est certes difficile d'établir des constatations globales ; ceci est vrai pour la France métropolitaine et pour l'ensemble de son Outre-mer. De manière générale, il s'est agi après la guerre d'assurer l'indépendance énergétique de la France à de moindres coûts194(*). Paul Alduy, alors président du groupe socialiste à l'Assemblée de l'Union française, faisait remarquer que le production pétrolière de l'Union était dérisoire, comparée à celle de l'Allemagne ou de l'Italie. La première, par exemple, avait réussi à faire passer sa production de 50.000 tonnes en 1938 à 2.200.000 tonnes en 1953. La production française quant à elle ne passa de 70.000 tonnes qu'à 860.000 tonnes dans le même temps195(*). Il concluait que cette situation défavorable tenait de l'insuffisance des moyens mis en oeuvre. La solution retenue unanimement fut de booster la prospection tout en espérant que la découverte de nouveaux gisements à travers le monde entraînerait une baisse de prix. Cette baisse serait alors favorable à la France qui dépendait en grande partie de l'extérieur pour son approvisionnement196(*).

2. L'approvisionnement du Cameroun

La situation du Cameroun, comme de l'ensemble de l'outre-mer, n'en était que davantage compliquée : il fallait en effet concilier l'approvisionnement propre du Territoire avec le principe de rentabilité imposé par l'économie coloniale. Ceci d'autant plus que le renchérissement des cours de l'énergie imposait des réajustements des dotations budgétaires prévues dans le cadre du plan. L'approvisionnement du Territoire, notamment en essence, semble ainsi avoir posé quelques soucis aux administrateurs en place après la guerre. L'un d'eux, le délégué Peux, mentionnait dans l'une de ses correspondances aux chefs de régions :

J'ai l'honneur d'attirer votre attention sur le fait que l'approvisionnement en essence du Territoire risque de devenir à brève échéance critique par suite d'une part de l'insuffisance de nos dotations en devises,d'autre part de la pénurie d'hydrocarbures qui sévit actuellement dans le monde197(*).

Différentes mesures furent prises à cet effet, dont la restriction des dotations accordées aux véhicules et l'interdiction de l'usage abusif de véhicules consommant beaucoup d'essence (véhicules de surplus et camions lourds) qui circulaient à vide et sans utilité économique198(*). L'autre mesure notable fut la mise en service d'un dépôt en vrac d'hydrocarbures (essences et pétroles) à Douala en 1953 pour faciliter l'approvisionnement du Territoire. Mais également dans le dessein de faire baisser les prix199(*). Ainsi en 1955, on dénombrait dans le Territoire deux grands dépôts d'hydrocarbures : celui de Douala -Bassa (21.340m3) appartenant à la Compagnie française des dépôts pétroliers du Cameroun ; et celui de Garoua (3.600m3) appartenant à la société Socony Vacuum Oil. D'autres dépôts -relais avaient été installés par diverses compagnies pétrolières à Nkongsamba, Yaoundé et Mbalmayo.200(*)

Evidemment, rien de tout ceci ne freina l'importation de produits pétroliers par le Territoire, et qui comme l'ensemble du mouvement commercial au Cameroun dès 1946 resta en nette croissance. Le graphique suivant l'illustre :

Graphique V : Evolution des importations de produits pétroliers au Cameroun (situation en 1957) unité 1000 tonnes

Source : Nous, d'après Marchés coloniaux du monde : Cameroun1952, n°340..., 17 mai 1952, p.1338 et Service de statistique d'Outre-mer, Outre-mer 1958..., p.339.

La progression que l'on note dans ces importations se justifie essentiellement par la création de nouveaux besoins dans l'industrie, mais surtout par le développement des transports routiers et aériens au Cameroun.

L'éventualité de l'exploitation de gîtes de pétrole au Cameroun, bien que devant servir principalement à assurer l'indépendance énergétique du Territoire201(*), pouvait constituer une intéressante source de fonds pour le financement des plans d'équipement. Paul Alduy notait à ce sujet que la recherche et l'exploitation de nappes pétrolières dans l'Union française constituaient l'un des moyens propres à la réalisation de ces plans202(*). Dans le cas précis du Cameroun, on n'hésitait plus à penser que :

... les découvertes dans le bassin sédimentaire de Douala de nombreux indices d'hydrocarbures particulièrement intéressants permettent d'augurer un redressement, et si les espoirs sont confirmés par les travaux ultérieurs, l'économie générale du Cameroun pourrait être modifiée203(*).

C'est dans ce cadre que l'administration française entreprit, quoique poussivement jusqu'à 1951, de mettre en valeur les potentialités du Territoire en hydrocarbures.

B. L'action du Bureau de Recherche du Pétrole au Cameroun jusqu'en 1951

L'action du Bureau de Recherche du Pétrole (BRP) ne pourrait être passée sous silence lorsque l'on évoque la recherche d'hydrocarbures au Cameroun. Créé en 1945 avec le statut d'organisme public, c'est tout naturellement que sa compétence s'est étendue sur l'ensemble du domaine colonial français. Il serait alors intéressant, après avoir déterminé la mission de cet organisme, de s'interroger sur les actions qu'il a menées dans le Territoire jusqu'en 1951.

1. La mission du Bureau de Recherches du Pétrole

Le Bureau de Recherches du Pétrole (BRP) a joué un rôle prédominant dans la prospection des hydrocarbures au Cameroun. Cette structure coordonna notamment l'ensemble de l'activité pétrolière jusqu'à l'indépendance. Pour favoriser la prospection pétrolière dans l'ensemble de son empire, la France avait mis sur pied deux établissements publics : l'Institut Français du Pétrole dont le rôle principal était de former des techniciens et le BRP qui était chargé de coordonner la prospection aussi bien en France qu'en Afrique204(*).

La création du BRP répondait à un objectif précis : intensifier la recherche des gisements d'hydrocarbures par la création d'établissements publics disposant de ressources pour plusieurs années. Le BRP, à cet effet, établissait un programme national de recherches de pétrole dans l'Union française et en assurait la mise en oeuvre205(*). Au final, le BRP orientait la politique des divers organismes de recherches dans l'Empire : le Bureau accordait notamment des moyens financiers à ces divers organismes sous la forme soit de participations au capital, soit d'avances à long terme. Il détenait ainsi une participation majoritaire ou prépondérante dans ceux-ci206(*)

2. Le BRP au Cameroun

Il faut certainement rappeler ici que l'activité pétrolière était plongée dans un statu quo depuis 1929, renforcé par le seul rôle de contrôle que s'attribua l'administration207(*). Cependant, différentes mesures étaient à l'étude pour sortir de cette situation. En février 1946 notamment, une conférence interministérielle tenue à Paris réunit autour du Haut- Commissaire Delavignette des représentants des ministères de la France d'Outre-mer, de l'industrie et du commerce et des Affaires étrangères. Le but était d'étudier les possibilités de constituer un syndicat ou une société de recherche de pétrole sur les modèles existant au Gabon et à Madagascar. Toutefois, le chef du services des mines, Callot, mentionnait en 1950 que : "L'incertitude dans laquelle on se trouvait alors en ce qui concerne le futur statut du Territoire... n'avait pas permis d'adopter une solution définitive"208(*). Le rôle du BRP, dont l'action s'étendait sur l'ensemble de l'outre-mer, en était renforcé.

Diverses sources retiennent que ce n'est qu'à partir de 1947 qu'un travail systématique a été amorcé dans l'activité pétrolière au Cameroun, dans le cadre précis de la cartographie et des études géologiques. En effet, la première action du BRP au Cameroun fut d'envoyer en décembre 1946 le géologue Andreff au Cameroun ; entre 1947 et 1949, celui-ci établit une carte géologique détaillée du bassin sédimentaire et donna de précieux renseignements sur la structure géologique de ce bassin. Andreff conclut que "la probabilité d'existence de gisements hydrocarbures est aussi grande au Cameroun qu'au Gabon"209(*).

Cependant, l'action d'envergure au cours de cette période a été l'attribution d'un permis général de recherche de type A (superficies supérieures à 400 km2) pour hydrocarbures à Léon Migaux agissant pour le compte du BRP. L'action est suffisamment surprenante pour qu'on s'y attarde : la formule était en effet assez originale. Pour activer le démarrage des recherches et contourner les hésitations politiques autour du futur statut international du Territoire, il fut convenu d'attribuer un permis général à un particulier qui lui, serait financé par le BRP. Le choix de Léon Migaux n'était lui non plus anodin. Polytechnicien de formation et diplômé de la prestigieuse Ecole des Mines de Paris, Léon Migaux exerça durant plusieurs années au Maroc comme chef du Bureau de Recherches et de Participation Minières (BRPM) et ensuite comme administrateur délégué de la Société chérifienne des pétroles. Il est cependant plus connu comme ayant été le président de la Compagnie générale de géophysique210(*). Migaux résumait ainsi sa vision de son métier :

... qui dit bassin sédimentaire dit possibilité de pétrole... on pouvait prévoir que la géologie ne suffirait pas à déterminer les emplacements des forages de recherches (...) cette architecture, il faudrait donc la mettre en évidence par la géophysique211(*).

Il s'agissait donc d'un personnage averti et assez connu de la recherche d'hydrocarbures dans l'Outre-mer.

Un décret portant attribution d'un permis général de recherches d'hydrocarbures au Cameroun fut pris le 25 juin 1947212(*) ; et bien que le décret n'en fasse pas allusion, Migaux s'était engagé à céder son permis à tout syndicat ou société qui se constituerait dans ce but213(*). Initialement prévu pour trois ans, le permis dû être renouvelé pour deux ans, par un arrêté du 30 décembre 1950, car le syndicat n'avait toujours pas été mis sur pied. Deux constatations peuvent néanmoins être faites de cette période. D'abord, jusqu'en 1950, les études de géologie et de géophysique furent entreprises pour un total des dépenses de 82 millions de francs métropolitains214(*), ce qui renforce le caractère extrêmement onéreux de la recherche d'hydrocarbures. Ensuite, les travaux de Andreff montrèrent que le bassin sédimentaire de Douala s'étendait dans sa partie Nord, largement au-delà du permis attribué à Léon Migaux215(*).

Parallèlement, la perspective de la constitution d'une société de recherche de pétrole se confirmait : dès le 27 septembre 1950, le ministère de la France d'Outre-mer avait autorisé le BRP à participer au capital de la nouvelle société tandis que l'ARCAM, lors de ses sessions d'octobre 1950 et d'avril 1951 émettait le voeu que le Territoire prenne à sa charge une part importante dans ce capital. On peut ainsi percevoir une certaine hâte mais également une réelle nécessité dans la formation de cette société.

II- LES HYDROCARBURES: L'EFFORT DE PROSPECTION DE LA SEREPCA 1951-1958

La prospection d'hydrocarbures au Cameroun allait connaître un regain d'intérêt de 1951 à 1958. Ainsi, après une période faite presque essentiellement d'études géophysiques, l'activité de prospection allait se développer sous l'impulsion d'une structure plus autonome : la Société de Recherche et d'Exploitation des Pétroles du Cameroun (SEREPCA).

A- La constitution de la SEREPCA

Le souhait de mener une prospection active au Cameroun datait de l'après-guerre. Toutefois, la SEREPCA ne vit le jour qu'en 1951. Il faut voir là le résultat de nombreuses hésitations quant à la formule idoine pour réunir dans ce projet des partenaires financiers et le Territoire. Le financement d'une pareille initiative constituait évidemment l'enjeu majeur.

1. Les hésitations dans la constitution de la SEREPCA

Le processus enclenché en 1946 allait aboutir le 27 septembre 1951 à la création d'une société anonyme dénommée Société de Recherche et d'Exploitation des Pétroles du Cameroun (SEREPCA) et à la signature d'une convention réglant l'exercice de celle-ci dans le Territoire216(*). Dès le quatrième trimestre 1950, le Territoire était intervenu à différentes reprises auprès du BRP afin de parvenir à un accord sur ce sujet. D'abord prévue pour la mi-juillet 1951, l'assemblée constitutive de cette société eut lieu les 7 et 26 septembre ; celle-ci permit notamment la ratification de la convention réglant l'activité de la SEREPCA. Le permis attribué à Léon Migaux en 1947 et reconduit en décembre 1950, fut transféré à la SEREPCA selon les dispositions évoquées, à savoir que ce dernier s'engageait à céder son permis de recherche à toute société constituée dans ce but.

Ainsi, l'on note une certaine hâte dans la constitution définitive de la SEREPCA. Ceci est dû aux espoirs que la France et le Territoire fondaient sur la découverte du pétrole et donc, à la nécessité d'entreprendre rapidement des travaux d'envergure dans ce sens. Le Haut-commissaire Soucadaux notait alors  la "nécessité technique de procéder dès maintenant à une campagne de sondages... a poussé à hâter la formation de la société"217(*). Il semble néanmoins que les questions financières aient été primordiales dans l'aboutissement de ce processus et justifient les hésitations que l'on a pu noter.

Le chef du service des mines du Cameroun, Callot, reconnaissait dans son rapport de 1950 que la recherche pétrolière nécessitait avant tout un effort financier considérable et une extrême patience. Il évaluait ainsi qu'aux Etats-Unis, le coût nécessaire pour trouver un gisement important avoisinait les 600 millions de dollars. Dans l'Union française, il fallait mobiliser entre 80 et 90 millions de francs métropolitains dans cette optique218(*). De manière générale, il faut noter que :

La notion de coût de production du pétrole brut est délicate, parce que les investissements préliminaires à toute extraction sont assez importants (...) L'existence d'aléas caractérise certes toute entreprise ; mais cela est poussé au maximum dans l'industrie pétrolière où on ne peut connaître qu'en fin d'exploitation les dépenses...219(*)

Mais également, le coût de la recherche et de la production est très différent d'une région à une autre et peuvent varier de 1 à 50 selon l'importance du gisement et son implantation220(*). Il semble ainsi que dans le cas de la SEREPCA, il ait fallu s'assurer des garanties financières nécessaires.

Certes, le BRP avait vocation à participer de manière significative à ce financement. Le Territoire du Cameroun, vu le caractère de l'entreprise envisagée, souhaita vivement y participer ; on envisagea au départ un quota de 30% dans le financement global2(*)7. Il fallut ensuite déterminer avec précision la répartition du capital et en envisager les augmentations ultérieures. (Tableau IX).

2. Le financement de la SEREPCA

A sa constitution, la SEREPCA disposait d'un capital initial de 150.000.000 de francs CFA. Différentes augmentations du capital allaient très vite porter celui-ci à 4 milliards 700 millions de francs CFA, pour répondre aux exigences financières de la recherche d'hydrocarbures. Il faut tout de même noter que les résultats encourageants notés au cours de la prospection ont favorisé ces augmentations de capital. De manière globale, le BRP conservait une marge de participation comprise entre 50 et 65% dans l'ensemble de ses participations.2(*)8 Ceci se vérifie dans le cas de la SEREPCA et démontre la prépondérance de celui-ci dans l'activité pétrolière dans le domaine français. Le Territoire du Cameroun détenait également une part non négligeable dans ce capital. Les différentes assemblées locales qui se sont succédé ont ainsi régulièrement autorisé des crédits supplémentaires pour l'augmentation du capital de la société. Mais très vite, l'effort financier exigé est devenu considérable et au delà des possibilités du budget local. D'abord fixée au dessus des 30%, la participation du Territoire allait chuter autour des 11%, bien que la valeur réelle demeura élevée ; cette réduction de participation fut favorisée par l'arrivée de nouveaux actionnaires.

Tableau IX : Evolution du capital et des participations dans la SEREPCA

Années

1951

1952

1953

1954

1955

1956

1957

1958

1959

participants

en pourcentage

BRP

51

 

51

 
 

51

54.7

54.7

54.7

Territoire/Etat du Cameroun *

35

 

35

 
 

11.3

10.7

10.7

10.7

CCFOM

14

 

14

 
 

22.7

19.6

19.6

19.6

FINAREP

 
 
 
 
 

10

10

10

10

COFIREP

 
 
 
 
 

5

5

5

5

Total capital en FCFA

150.000.000

 
 
 
 

4.700.000.000

4.700.000.000

4.700.000.000

4.700.000.000

Source : Nous, d'après Divers Rapports annuels du gouvernement français aux Nations Unies..., années 1951-1957 ; Divers rapports annuels de la direction des mines et de la géologie, années 1956-1959.

* Jusqu'en 1957, le Cameroun est désigné par le terme "Territoire". Il faut attendre la loi du 16 avril 1957 pour qu'il soit désigné comme "Etat".Cependant, il faut mentionner que "La part importante souscrite par le Territoire du Cameroun montre bien tout l'intérêt que celui-ci porte à la mise en valeur des ressources de son sous-sol"2(*)9. La participation de la CCFOM, elle également, a considérablement évolué et sa souscription elle-même se justifie par le rôle financier majeur que la Caisse assurait dans la logique des plans d'équipement. Quant à la Société financière des pétroles (FINAREP) et à la compagnie financière de recherches pétrolières (COFIREP), il s'agissait de fonds privés3(*)0 auxquels il avait été fait appel pour soutenir l'effort financier de prospection. La part réduite qu'elles détenaient doit certainement être mise sur le compte de l'hésitation habituelle des investisseurs privés dans une initiative aussi aléatoire que la recherche pétrolière.

La SEREPCA bénéficiait également du soutien de la section générale du FIDES. Ainsi, jusqu'en 1957, elle avait reçu 1503 millions de francs métropolitains sous forme de participation au capital (notamment à travers la CCFOM)3(*)1.

B. L'activité pétrolière au Cameroun 1951-1958

La constitution de la SEREPCA le 27 septembre 1951 s'était faite dans le dessein de démarrer les travaux de prospection, qui seuls pouvaient permettre de déterminer avec exactitude l'importance des indices décelés grâce à la géologie. Le géologue P. Pouzet prévenait cependant :

Croire que le pétrole va jaillir incessamment au Cameroun serait faire preuve d'un optimisme que rien ne justifierait. Par contre, du fait que le pétrole n'a pas encore jailli, dire qu'il n'y a pas de pétrole au Cameroun, serait faire preuve d'un pessimisme pas davantage justifié.3(*)2

Photo III : Derrick de la SEREPCA en activité en 1956

Source : Rapport annuel du gouvernement français à l'ONU...année 1956

Avec le décret du 2 février 1957, la SEREPCA bénéficiait alors d'un permis couvrant 9 000km², soit l'ensemble du bassin sédimentaire de Douala. Ce permis était valable pour 10 ans et renouvelable par période de 5 ans. Deux campagnes de forage se sont succédé entre 1951 et 1953. Tout d'abord, l'exécution des sondages avait été confiée à la Société Chérifienne des Pétroles, la SEREPCA ne disposant pas encore de moyens propres. Y participaient également la Compagnie Générale de Géophysique et la Société de Prospection Electrique3(*)3. La première campagne du 10 novembre 1951 au 5 mai 1952, se déroula à Logbaba totalisant 9463 mètres pour 14 sondages forés. La seconde campagne de novembre 1952 à juillet 1953 concerna l'indice de Bomono, à 25 kilomètres au nord-ouest de Douala, et Logbaba. S'agissant particulièrement des travaux de Bomono, l'entrée en éruption du forage N°3 le 12 mars 1953 encouragea l'implantation de nouveaux forages. On pu déterminer deux horizons gazéifères, l'un à 660 mètres et l'autre à 1015 mètres de profondeur. D'autres forages avaient suivi en 1954 pour préciser l'emplacement exact du gisement et avaient permis de déterminer une lentille d'importance moyenne ne contenant pratiquement pas d'hydrocarbures liquides. Les réserves étaient estimées à 45 millions de m 3 de gaz qui pourraient donner lieu à un débit pratique d'exploitation de 5 000 m 3 par jour pendant 25 ans3(*)4. Dans un article intitulé "Noir silence sur l'or noir", le journaliste Xavier Luc Deutchoua situait "l'extraction du pétrole au Cameroun a une date bien plus antérieure à 1978", précisément en 19543(*)5. Sans le mentionner, celui- ci évoque une visite du ministre de la France d'Outre-mer, Louis Jacquinot, sur un chantier de la SEREPCA à Bomono en février 1954. Cette visite se faisait en marge de son voyage d'inauguration du barrage d'Edéa et ce qui est présenté comme "la cérémonie du jaillissement de la première goutte de pétrole" n'était autre qu'une séance habituelle de pose de coredrill3(*)6. Par ailleurs, et nous l'avons mentionné, l'indice de Bomono était un indice gazéifière et non pétrolifère comme pourrait le suggérer cet article.

Photo IV : Forage de la SEREPCA en 1956

Source : Rapport annuel du gouvernement français à l'ONU...année 1956

Ainsi, les travaux de forages en 1954 s'étaient limités à Bomono et à Souellaba à 30 kilomètres au Sud-Ouest de Douala, où l'on rencontre de nombreux indices d'hydrocarbures à partir de 2200 mètres de profondeur. Cependant, l'année 1955 peut être considérée comme une année charnière dans l'activité pétrolière au Cameroun sous administration française, ceci par le spectaculaire et l'engouement qu'elle suscita. On peut considérer que cette année le Cameroun devint un pays pétrolier, bien qu'il n'en devint véritablement producteur que plus tard.

En plus des travaux effectués à Souellaba et à Pibissou cette année-là, l'activité se concentra à Logbaba, à 10 kilomètres de Douala sur l'ancienne route Douala-Edéa. Un premier forage (LA - 101) entrepris le 13 mars 1955 entra en éruption le 17 avril entre 1594 et 1600 mètres et put être maîtrisée3(*)6.

Le 3 Juin, une deuxième éruption d'une violence considérable se produisit à la cote 1764 mètres à une pression supérieure à 300 kg. Par suite de l'insuffisance du matériel de pompage, l'éruption ne put être maîtrisée que grâce à deux interventions du "pompier - volant", l'Américain Myron Kinley3(*)7.

La présence de ce personnage a renforcé la médiatisation de cet évènement. Myron Kinley a, en effet, été longtemps considéré comme le meilleur spécialiste mondial dans l'extinction des puits d'hydrocarbures en feu. Il exerça ainsi entre 1913 et 1958 à travers le monde3(*)8avec un passage notable en France où il vint à bout de l'incendie d'un puits de pétrole dans la région de Lacq, dans les Pyrénées en 1950. Pendant 40 jours le forage de Logbaba resta en éruption. On estima à 780.000 m3 le volume de gaz perdu par jour et on dut évacuer alors les villages avoisinant de Ndogbassy et de Boko. Le gaz échappé était riche en méthane et contenait également près de 400g de pétrole brut par m3 soit environ 300 tonnes de pétrole par jour. La direction des mines et de la géologie considéra à l'occasion qu'il y avait là "un nouvel indice particulièrement intéressant quant aux possibilités de minéralisation en hydrocarbures du bassin sédimentaire de Douala..."3(*)9 Cet engouement justifia une nouvelle augmentation du capital de la SEREPCA avec l'arrivée de la FINAREP et de la COFIREP.4(*)0

Enfin, de 1956 à 1959, l'activité pétrolière au Cameroun se résuma principalement à l'évaluation des différents indices décelés et seuls quelques nouveaux indices furent forcés. En 1956, la SEREPCA entreprit un second forage à Souellaba (SA-2) qui se révéla de faible dimension avec des réserves de 15000 m3 de pétrole et de 6.000.000 m3 de gaz. On mit également en évidence à Logbaba deux nouvelles lentilles de gaz et on pensa résolument à la rentabilité possible de ces gisements. En effet, on envisagea la mise sur pied d'une unité de dégazolinage mobile qui traiterait 140.000 m3 de gaz par jour. En plus du méthane, cette unité produirait 1.100 tonnes de butane et de propane, 3.500 tonnes d'essence et 1.900 tonnes de kérosène4(*)0. On note par ailleurs que le personnel de la SEREPCA se composait en 1956 de 111 européens et de 505 africains. En 1957, l'activité pétrolière fut restreinte à une réévaluation des réserves de Logbaba à 350 millions de m3 de gaz riche en méthane. Contrairement à ce qui était envisagé, la direction des mines et de la géologie précisait à l'occasion : "L'utilisation de ce gaz est reportée jusqu'au jour où le méthane pourra être vendu", ne justifiant plus l'installation de la petite unité de dégazolinage.4(*)1 Cette réduction de l'activité a eu des incidences sur l'effectif du personnel de la SEREPCA qui allait passer à 286. Mais, il faut noter qu' "Au cours de l'année 1957, 4.100.000 m de gaz humide provenant de ces puits ont fourni après séparation  256 tonnes de gazoline"4(*)2. Ceci met en évidence l'utilisation des ressources hydrocarbures du Cameroun, même si elle ne déboucha pas sur une production industrielle, de grande ampleur.

En 1958, l'effectif du personnel fut à nouveau réduit à 233 personnes. Les indices de Nkappa et de Kwa-kwa furent forés sans résultats probants. En 1959, seul Kwa-kwa fut inscrit dans l'activité de la SEREPCA qui suspendait, cette année-là,  ses travaux pour procéder à "un travail de réinterprétation et de synthèse des nombreuses données obtenues dans la zone Nord du bassin de Douala..."4(*)3. L'évolution politique du Cameroun qui conduisait l'Etat à l'indépendance et, la succession de résultats décevants semblent avoir déterminé ce déclin de l'activité de la SEREPCA dès 1957.

On pourrait alors s'interroger sur l'utilisation faite des quelques mètres cubes prélevés, notamment à Logbaba. Cependant, la non exploitation des différents gisements de gaz mis en évidence se justifie d'une part par le caractère réduit de ceux-ci et d'autre part par le fait que la France ne disposait pas de véritable politique gazière avant les années 1960. En effet, le gaz naturel ne comptait que pour 0,4% de la consommation énergétique de la France en 1951 et pour 2% en 19584(*)4. Ceci d'autant plus que les perspectives de produire de l'énergie atomique étaient étudiées.

III- LA RECHERCHE DE SUBSTANCES RADIOACTIVITES 1956-1959

Au Cameroun, la recherche des substances radioactives (uranium, thorium)4(*)5 reste un sujet de peu d'intérêt. L'absence de documentation sur cet aspect des questions énergétiques le révèle. Toutefois, nous avons tenu à l'aborder pour retracer le mouvement d'ensemble de la mise en valeur des ressources du sous- sol du Territoire. Qu'est- ce qui justifie l'intérêt développé pour cette forme d'énergie après la Deuxième Guerre ? Quelles ont été les activités menées au Cameroun ? Telles sont les pistes de notre analyse.

A- L'intérêt nouveau pour l'énergie atomique après la Seconde Guerre mondiale

La recherche de substances radioactives doit être replacée dans le cadre de la recherche de sources de production d'énergie atomique. L'une de ces sources est le minerai d'uranium. "L'uranium est un des minerais les plus répandus à la surface de la Terre : ce qui compte c'est la possibilité d'en exploiter des minerais riches"4(*)6. Contrairement aux autres formes d'énergie (électricité, produits pétroliers...), l'énergie atomique est d'un intérêt relativement récent : l'emploi de cette forme d'énergie à des fins militaires puis civiles, a commencé à être envisagé dans les années 1930 par des physiciens allemands, français et britanniques.

L'utilisation la plus remarquée reste toutefois celle faite à la fin de la Deuxième Guerre mondiale : le 6 août et le 9 août 1945, deux bombes respectivement de 13 kilos tonnes et de 22 kilos tonnes explosèrent à Hiroshima et à Nagasaki4(*)8 obligeant le Japon à accepter la capitulation. On peut imaginer aujourd'hui la réaction de plusieurs gouvernements entre la stupéfaction face à la puissance destructrice de ces bombes et l'émerveillement face à un tel dégagement d'énergie. Ceci justifierait alors leur ambition d'acquérir cette technologie après la guerre.

Dans le cas spécifique de la France, un décret de Charles de Gaulle du 18 octobre 1945 créait le Commissariat à l'Energie Atomique (CEA)4(*)9. Dirigé jusqu'en 1950 par le haut-commissaire à l'énergie atomique Frédéric Joliot-Curie,

Le CEA est placé sous l'autorité du Premier ministre qui exerce ses fonctions par l'intermédiaire du ministre délégué à l'énergie atomique. Il bénéficie d'un statut original, unique en France : en effet, établissement public, il jouit de l'autonomie administrative et financière et sa vocation est à la fois scientifique, technique et industrielle.5(*)0

Le but essentiel de cet organisme était de poursuivre des recherches scientifiques et techniques en vue de l'utilisation de l'énergie nucléaire dans les domaines de la science, de l'industrie et de la défense nationale pour préserver l'indépendance énergétique de la France5(*)1. C'est à ce titre que le CEA participa activement à la prospection d'uranium mais également de thorium en Afrique française donc au Cameroun.

B- L'action du CEA au Cameroun

Ivan du Jonchay faisait remarquer en 1953 déjà, parlant de la prospection d'uranium, que "Dans toute l'Afrique les prospections abondent, tant au Maroc... qu'en Ethiopie, au Cameroun, au Nigéria, en Rhodésie du Nord, en Gold Coast, au Sahara, au Moyen-Congo, en Ouganda, en Union sud-africaine, en Mozambique."5(*)2

Cependant, cette activité de prospection au Cameroun ne peut être corroborée qu'à partir de 1956 avec l'arrivée du CEA. Il s'agissait donc certainement de travaux d'exploration dont les résultats ont incité le CEA à prospecter dans le Territoire. Il faut noter ici que les activités du Commissariat à l'Energie Atomique dans l'Outre-mer étaient financées par le budget de l'Etat français.5(*)3 En effet, les résultats de la prospection et de l'exploitation de possibles ressources étaient exclusivement destinés à la métropole qui seule disposait de l'équipement nécessaire à leur utilisation.

Par un décret du 25 mai 1956, le conseil des ministres de la France attribuait un permis général de recherches minières de type A au Cameroun, au Commissariat à l'Energie Atomique5(*)4. Le permis général d'une superficie totale de 150.000 km² était valable pour cinq années et couvrait les régions administratives du Mungo, Bamiléké, Bamoun, Adamaoua, Bénoué, Margui-Wandala et Diamaré.

Bien avant l'attribution du permis, une première mission composée d'un géologue et de deux prospecteurs avait séjourné entre décembre 1955 et avril 1956 entre le Haut-Lom et la rivière Mbéré, ceci dans le but de déterminer de possibles indices dans la partie Centre- Est du Territoire. Cependant, elle ne dénombra que de rares indices de minéralisation5(*)4. L'action véritable du CEA débuta le 7 décembre 1956 quand une mission fut envoyée à Poli. Jusqu'au 17 avril 1957, cette mission ne mit en évidence que quelques indices d'uranium et de thorium ; on conclut alors que "bien qu'aucun d'eux ne puisse conduire à un gisement, ils ont néanmoins prouvé l'intérêt d'une prospection à grande échelle dans le Nord Cameroun"5(*)5. La constitution d'un groupe du CEA spécifique pour le Cameroun, la même année, permit d'accélérer la prospection. Le personnel de ce groupe était composé de 4 européens et de 33 africains. Le camp de base du groupe fut installé à Ngaoundéré et à la fin de l'année 1957, le CEA avait dépensé 11.703.053 francs CFA dans le Territoire.5(*)6

L'année 1958 fut particulière dans l'activité du CEA puisque près de 60.000 km² furent étudiés et prospectés par voie aérienne, terrestre et en ayant aussi bien recours à la géologie, la radiométrie qu'à la géochimie. Egalement, le CEA débuta la formation des aides-prospecteurs camerounais qui suivaient un cours de formation technique de 2 mois et un stage de 6 mois. C'est ainsi que l'effectif comprit désormais 4 européens et 46 africains. Les dépenses quant à elles s'élevèrent à 17.380.784 francs CFA5(*)7. En 1959, l'activité fut considérablement réduite puisque seuls 26 485 km² furent étudiés et prospectés entre le Nord de Foumban, Tibati et Ngaoundéré. On peut également noter les travaux d'un prospecteur privé sur l'indice de Golbé à 9 km au Sud de Poli5(*)8.

De manière générale, les résultats de ces différentes actions furent décevants. La direction des mines et de la géologie fut ainsi amenée à constater aux débuts de l'année 1960 que :

Par suite de crise mondiale sur le marché de l'uranium, le CEA a été amené à cesser provisoirement toute activité au Cameroun. Cet arrêt est également motivé par un souci de regroupement d'activité sur certaines zones reconnues comme présentant un intérêt certain ...5(*)9

Malgré les résultats médiocres et l'absence de documentation, la recherche d'uranium voire de thorium au Cameroun démontre tout l'intérêt que la France a eut à inventorier et à mettre en valeur les ressources du sous-sol du Territoire. Ceci est valable également pour les hydrocarbures. La spécificité de cette rubrique de sources d'énergie réside dans le fait que le Territoire - et ceci vaut pour l'ensemble de l'Outre-mer - ne disposant pas de possibilités propres de transformation et d'utilisation, les fruits de la recherche étaient destinés à la métropole ; même si on pouvait arguer que cette extraversion de la production serait compensée par un afflux de capitaux. Ainsi, la recherche d'énergie au Cameroun (électricité, pétrole, uranium, thorium, charbon) n'a constitué qu'un prolongement de la politique énergétique de la métropole.

CONCLUSION GENERALE

Nous nous sommes demandé quelles orientations et quels aspects avait pris la recherche d'énergie sous l'administration coloniale française au cours du plan d'équipement au Cameroun. Bref, quelle avait été la place de la recherche d'énergie dans la mise en valeur de ce territoire ? Nous avons donc interrogé le texte et le contexte de ce plan qui a orienté la mise en valeur du Territoire de 1946 à 1959. Ensuite, il nous a semblé important de revenir sur les différentes activités qui avaient été menées sous le protectorat allemand et sous le mandat français. Puis revenant sous le plan d'équipement, nous avons tenté de reconstituer le secteur de l'électricité du Territoire à travers ses défis, ses acteurs et ses grands chantiers. Enfin, l'attrait dans les années 1950 pour les énergies fossiles et minérales nous a conduit à essayer de déterminer les grands axes de l'activité minière énergétique.

Les blessures de la Deuxième Guerre mondiale avaient conduit à l'adoption d'une loi pour rendre plus efficace la mise en valeur de l'Outre-mer et entrevoir ainsi son outillage. Cette initiative de planification, lancée en 1921 par Albert Sarraut et péniblement mûrie, eut en définitive pour objectif de faciliter la Reconstruction de la métropole. Précipité dans sa préparation221(*), le plan se révéla très onéreux, conduisant dès 1953 à une reconsidération des ambitions initiales.222(*)  Il n'en demeure pas moins qu'il occupa une place importante dans les économies coloniales. Evidemment, un pareil programme appelait une importante mobilisation financière autour du FIDES et de la CCFOM, et qui prenait en compte les fonds propres du territoire, les fonds publics métropolitains et l'investissement privé223(*). Au Cameroun, l'énergie se présenta comme l'un des enjeux majeurs du plan. Dans le secteur de l'électricité, on envisagea la construction de l'équipement hydroélectrique d'Edéa tout comme l'électrification des principaux centres du Territoire. Par contre, dans le secteur minier, un flou persistait, laissant l'initiative à la recherche.

Il est de toute évidence opportun de rappeler que cet engouement pour l'énergie n'était pas nouveau ; car elle avait suscité dès les débuts de la colonisation un intérêt certain. Déjà sous le protectorat, des indices de pétrole avaient été découverts en 1904 par des prospecteurs de la société Victoria ; la Kamerun Bergwerk conduisit par la suite, mais sans succès, la prospection. Surtout, il est envisageable que le barrage de Dschang soit un héritage de la période allemande. La France qui succéda à l'Allemagne, tout au moins dans l'administration de la partie orientale du Cameroun, poursuivit la mise en valeur. Dans le domaine de l'énergie, il fut mis à jour, à Dschang, une mine de charbon de qualité médiocre, donc économiquement inexploitable. Dès 1929, la recherche d'hydrocarbures connut une baisse d'activités, l'administration s'étant réservée cette activité sans toutefois pouvoir la mener efficacement. Mais, l'initiative majeure demeure le développement de la production et de la distribution d'électricité à Douala et à Yaoundé. Ainsi, contrairement à l'idée divulguée, c'est dès 1942 que fut pensé le projet d'aménagement hydroélectrique d'Edéa ; ceci pour fournir prioritairement de l'électricité à la ville de Yaoundé. Le barrage de Dschang constitue l'une des questions que nous n'avons pu élucider et qui présente pourtant un réel intérêt historique.224(*)

Il est alors certain que le plan d'équipement donna un essor à la production et à la distribution d'électricité dans le Territoire : la satisfaction de nouveaux besoins engendrés par les projets industriels constituait un important défi.225(*) L'administration opta alors pour une diversification des acteurs qui conduisit à la fragmentation du secteur, chaque localité électrifiée ayant son propre opérateur et, les localités gérées par un même opérateur n'ayant aucun lien entre elles. De manière générale, deux initiatives justifient cet essor de l'électricité. D'abord le programme d'électrification qui devait concerner seize centres. Douala Yaoundé, Nkongsamba et Dschang en furent les principaux bénéficiaires. Le peu de documentation collectée nous a limité en réalité à ceux-ci. Cependant, les perspectives de ce programme visant à promouvoir l'hydroélectricité allaient pour l'essentiel être abandonnées au profit des centrales thermiques. Jean Lemoine mentionnait à cet effet :

Il est d'ailleurs plus simple de monter deux ou trois moteurs que de poser en pleine brousse des conduites forcées et des turbines, qu'il faudra encore aller surveiller par la suite. L'économie réalisée sur les frais de premier établissement compense pendant de nombreuses années la dépense que représente le combustible.226(*)

On perçoit là également les difficultés financières inhérentes au plan, dans sa réalisation. Ensuite, et s'était l'initiative far du plan, la construction d'un barrage et d'une centrale hydroélectrique à Edéa. Nous nous sommes intéressé à deux questions moins souvent abordées, à savoir le coût financier de cet aménagement, évalué en 1959 à près de 7,5 milliards de francs CFA, et le problème de la main-d'oeuvre locale et italienne sur le chantier.

S'agissant de la recherche et de l'exploitation minière, la guerre avait déstructuré l'ensemble de l'activité,227(*) mais elle avait par ailleurs contribué à accroître l'intérêt pour le pétrole et l'uranium. D'une part, l'approvisionnement de la métropole en produits pétroliers pour assurer la Reconstruction, et celui du Cameroun pour répondre à ses nouveaux besoins étaient en jeu. D'autre part, les perspectives qu'offrait désormais l'énergie atomique poussaient la France à entreprendre d'importantes prospections dans son Outre-mer. D'abord confiée à un organisme public : le BRP, l'initiative de prospecter et éventuellement d'exploiter les hydrocarbures du Cameroun fut laissée à la SEREPCA en 1951. Les résultats immédiats contrairement aux perspectives, furent décevants. Le sentiment était similaire, sinon plus accentué, pour le CEA qui se lança de 1956 à 1960 à la recherche d'uranium et de thorium dans le Territoire. Dans les deux cas, de la SEREPCA et du CEA, nous n'avons cependant pu aborder la formation du personnel local, ce qui se présentait pourtant comme une piste intéressante.

En somme, revenant sur la dimension que la France avait accordée à la recherche d'énergie au Cameroun au cours du plan d'équipement, nous avons noté que celle-ci était importante, onéreuse, accolée aux besoins de la métropole mais, peu productive. La recherche d'énergie au Cameroun a alors constitué un prolongement de la politique énergétique de la France métropolitaine. Nous avons également noté que l'énergie était l'une des grandes gagnantes de l'investissement du FIDES, bien que l'intérêt ne fût porté que sur les énergies commerciales (charbon, électricité, produits pétroliers, uranium). Néanmoins, l'important afflux de capitaux, l'action des différents acteurs, la formation du personnel et de la main-d'oeuvre locale et les premiers inventaires du potentiel énergétique du Territoire allaient constituer les principales retombées.

Jean-Marie Martin note que : "L'organisation et le fonctionnement de l'économie de l'énergie actuelle ne se comprennent que dans le cadre d'une évolution de longue période..."228(*) ; ce qui constituerait la portée à donner à un pareil travail. Il s'est agi certes de montrer un aspect de la mise en valeur du Cameroun français : l'énergie à la fois comme produit et facteur de production. Mais davantage, nous avons voulu souligner comment s'est bâti le système énergétique du Cameroun actuel : le barrage et la centrale d'Edéa demeurent aujourd'hui l'instrument central dans la production électrique ; nombre de projets énergétiques récemment lancés datent en fait de la période étudiée ; EDF, dont ENELCAM n'était que le pendant camerounais, est longtemps restée le partenaire technique des différentes sociétés de production et de gestion de l'électricité au Cameroun. Les transformations qu'a connues la SEREPCA229(*) n'ont pas amenuisé la place de la France dans le secteur pétrolier du Cameroun.

Ainsi, essayer de reconstituer la fondation du système énergétique du Cameroun permet d'en comprendre les évolutions, les constantes et les mécanismes, tout comme l'omniprésence du capital français dans cette activité. Cette omniprésence dans l'économie africaine avait d'ailleurs été voulue voire planifiée. Différentes déclarations le montrent. Le 15 mars 1956, Maître, délégué en Afrique de la Fédération des industries mécaniques déclarait devant la section d'Afrique noire du Comité de la France d'outre- mer :

Quelle solution restera t-il à la présence française [en Afrique] dans une indépendance [de ses colonies] sinon l'implantation économique ? C'est en vendant français, c'est en imposant du matériel français, c'est en créant une industrie nouvelle française en Afrique que nous resterons en Afrique et que nous garderons à la fois le contact moral profond qui existe actuellement entre les Africains et nous.1(*)0

Il est indéniable que certains aspects de ce travail restent à clarifier, à approfondir ; d'où l'intérêt pour nous et pour les éventuels lecteurs de poursuivre la recherche. Alors, on perçoit la corrélation qui existe entre énergie et progrès économique et social, un thème cher aux anciens territoires et colonies. Layashi Yaker, alors secrétaire adjoint de l'Organisation des Nations Unies et secrétaire exécutif de la Commission Economique pour l'Afrique mentionnait :

L'énergie est un élément essentiel du développement économique et du progrès social de l'Afrique. Sans un approvisionnement suffisant et sûr en énergie, les objectifs du développement économique et social fixés par les Etats... africains ont peu de chances d'être atteints230(*).

Ce développement économique et social a, dans de nombreux cas, été mené dans le cadre de plans de développement hérités ou simplement inspirés des plans d'équipement élaborés par les puissances coloniales dans l'Outre-mer. Ceux-ci avaient pourtant été critiqués et accusés d'avoir déstructuré le secteur productif de l'Afrique.231(*) La planification avait renforcée l'économie de traite. Il fut réaffirmé dès ses débuts que :

La métropole fournira en majorité des biens d'équipement et de consommation et les territoires exporteront en majorité des matières premières : ce sont les missions respectives des pays évolués et des pays jeunes. 232(*)

Au vu de la place de l'énergie dans le plan d'équipement (1946-1959) il serait alors intéressant de s'interroger sur la place que les jeunes Etats africains, et précisément le Cameroun, ont accordé à l'énergie dans le cadre de leurs plans de développement d'après indépendance.

ANNEXES

ANNEXE 1: Questionnaire d'enquête

1. L'énergie semble avoir occupé une certaine place dans l'économie coloniale : qu'est-ce qui justifie cela ?

2. Quelles étaient les différentes sources d'énergie considérées comme dignes d'intérêt au Cameroun ?

3. Avant la Deuxième Guerre mondiale, quelles avaient été les initiatives prises dans le domaine de l'énergie ?

4. Un plan d'équipement avait été adopté après cette guerre ; de quoi s'agissait-il ?

5. Quelle place l'énergie occupait-elle dans ce plan ?

6. A quelles utilisations était destinée l'énergie recherchée ?

7. Quelles ont été les activités entreprises alors dans le domaine de l'énergie ?

8. Qui (individus, institutions, sociétés) étaient impliqués dans ces activités ?

9. Quels moyens avaient été mis en oeuvre dans cette optique ?

10. En définitive, comment peut-on évaluer l'effort de la France dans le domaine de l'énergie au Cameroun ?

Annexe 2 : Correspondances de la CCDEE et d'ENELCAM, adressées au Haut-commissaire

JEAN FAYET

B.P. 116 DOUALA

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Président du Conseil d'Administration de la Sté Energie Electrique du Cameroun

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A

Monsieur le HAUT COMMISSAIRE DE LA REPUBLIQUE

YAOUNDE

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Monsieur le Haut Commissaire,

J'ai l'honneur de porter à votre connaissance que je viens d'être informé d'un fait qui paraît extrêmement curieux :

Il paraîtrait que monsieur MUNICH, Président Directeur Général de la C.C.D.E.E. s'est vanté d'avoir obtenu du Territoire, un engagement formel lui assurant l'exclusivité de la fourniture en électricité, tant force motrice que lumière, de tous les ateliers administratifs, du Service des Eaux et en général de tous les services administratifs usant d'électricité.

Cet engagement aurait fait l'objet d'un avenant signé par des fonctionnaires responsables du territoire à une date récente...

La chose me parait monstrueuse puisque ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on parle d'aménager les chutes d'Edéa... Je ne comprends donc pas comment, le Territoire, qui est directement intéressé au développement de la " Sté énergie électrique du Cameroun" aurait pu souscrire un engagement qui enlève à cette Société une très importante clientèle.

Je vous serais très reconnaissant de saisir de la question le Commissaire du Gouvernement qui vous présente au Conseil d'administration de la Société ENERGIE ELECTRIQUE DU CAMEROUN et de lui demander de faire une enquête précise afin d'être en mesure de renseigner le Conseil d'administration, lors de la prochaine réunion.

Je serais personnellement heureux de connaître votre point de vue avant la réunion.

Je vous prie d'agréer, monsieur le Haut Commissaire, l'expression de ma très haute considération.

FAYET

P.C.C.

YAOUNDE le 4 décembre 1948

Le Chef de la Section d'Etudes du Secrétariat Général

Copie à :

Dr Finances

Dr T.P.

Mr Descottes

INSPECTION GENERALE

COMPAGNIE COLONIALE DE DISTRIBUTION

D'ENERGIE ELECTRIQUE

SOCIETE ANONYME AU CAPITAL DE 25.000.000 DE FRS

SIEGE SOCIAL : DOUALA (CAMEROUN)

BUREAUX A PARIS :

42, AVENUE DE LA GRANDE ARMEE (17E)

R.C. DOUALA N°9

N° IG/80

MR/L.

NOUVELLES ELECTRIFICATION CAMEROUN

DOUALA, LE 27 janvier 1950

BOITE POSTALE 82

Monsieur le HAUT-COMMISSAIRE de la République Française

YAOUNDE

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Monsieur le Haut-Commissaire,

Nous apprenons que le Territoire s'intéresserait particulièrement à l'électrification de KRIBI, à partir des chutes de la Lobé.

Nous vous rappelons que notre Compagnie est particulièrement qualifiée, tant pour les études de tous travaux de barrage, équipement de chutes, que des travaux d'électrification correspondants, de la gérance des concessions de distributions et qu'il nous ferait fort agréable d'être consultés dans le cas présent.

Nous nous permettons également de vous rappeler, que Monsieur le Haut-Commissaire nous avait assuré que dorénavant tout projet d'électrification donnerait lieu à un appel d'offres des différentes Sociétés représentées au Cameroun, et espérons que notre société, dont les références sont nombreuses en Afrique et aux Antilles, ne sera pas oubliée sur la liste des concurrents éventuels.

Veuillez agréer, monsieur le Haut-Commissaire, l'assurance de notre haute considération./-

AMPLIATION :

Monsieur le Directeur des Travaux Publics

Source : ANY, 1AC527 (1), Electrification du Cameroun. 1948-1950.

Annexe 3 : Extrait du plan général d'équipement du Cameroun

INTRODUCTION

La loi du 30 Avril 1946 disposait dans son article 1er, que le Ministre de la France d'Outre-mer devait établir pour chacun des Territoires relevant de son autorité des plans de développement économique et social portant sur une période de 10 années

L'intervention des réformes politiques et les pouvoirs attribués aux Assemblées locales ont conduit à demander aux Territoires eux-mêmes, dans le cadre de directives communes, de penser leur propre avenir et de bâtir leur plan de développement.

Deux plans d'équipement furent soumis à l'Assemblées Représentative du Cameroun et au développement en 1946 puis en 1948, mais ne furent pas présenté à l'approbation des Assemblées parlementaires selon les formes prescrites par la loi.

L'expérience des premières années d'exécution du plan permet, semble-t-il, au moment où est fait le point des premiers travaux et à la veille d'entreprendre une deuxième tranche de réalisation, d'exposer les caractéristiques essentielles du plan général d'équipement du Territoire.

Avant de faire, dans cette introduction, quelques remarques générales sur la présentation de l'ouvrage et de brosser un tableau du Cameroun économique et humain, on essayera de définir les principes et les méthodes de ses plans où l'esprit géométrique et l'esprit de finesse, la souplesse et la rigueur, doivent, tour à tour s'opposer et se combiner.

Si un plan doit être en quelques sortes une projection dans l'avenir, une création de la pensée, de l'imagination généreuse et de la foi, ce ne peut être que sur le contrôle de ses pratiques et de ses méthodes.

C'est d'abord un inventaire des besoins et des ressources et la désignation exacte des objectifs à atteindre. C'est un rappel constant et de tous les moments du devoir de tous, car le plan comporte une échéance, il convient de présenter à l'échéance des traites honorées.

C'est également un ensemble hiérarchisé où les différentes urgences nées de l'inventaire doivent se situer chacune à leur place. C'est commande un choix d'homme, un jugement de valeur que l'on porte sur les choses et sur les besoins des hommes.

C'est aussi une discipline, car il n'y a pas de Plan s'il n'y a pas d'obéissance au Plan.

C'est enfin la définition et la création des moyens à mettre en oeuvre, et notamment de l'instrument financier.

Le plan, tel qu'il a été conçu en 1946, associe dans un développement concomitant l'économique et le social; c'est dans une large mesure l'économique qui gage le politique et qui rente le social.

Un développement économique, sans un développement social correspondant constituerait, une oeuvre imparfaite.

Un développement social qui ne prendrait pas appui sur un développement économique solide créerait une oeuvre vaine et fragile et préparerait des déconvenues.

Ces principes une fois rappelés, les méthodes simples et de bon sens qui président à la réalisation du Plan s'appuient sur la notion d'un grand ensemble économique constituant un tout exploitable.

Cette notion suppose certaines conditions qui sont l'emploi rationnel de la main-d'oeuvre, la rentabilité et le rendement optimum. Ces conditions seront satisfaisantes si, au premier rang des préoccupations est inscrite une espèce de règle d'or qui sera la recherche à tous les moments de la concentration des efforts et des moyens, la discipline de travail et l'intégration dans un tout cohérent des projets du secteur public, du secteur mixte et du secteur privé.

Il ne faudrait pas conclure, cependant, qu'en vertu de ces principes et de ces méthodes, l'action est enfermée dans des règles trop rigides. Le Plan doit conserver une certaine adaptabilité et une certaine souplesse.

Le Cameroun n'est pas, en effet, un pays où l'inventaire économique est définitivement établi. Aucune comparaison n'est possible avec les vieux pays d'Europe dont toutes les richesses existantes ou potentielles sont cataloguées et classées, où chaque besogne a son titulaire bien spécialisé.

On doit, par conséquent, faire face parfois à des situations imprévues, à des à-coups dus au milieu physique ou au milieu humain. Il faut donc conserver cette possibilité d'adapter à tous moments le Plan sans pour autant renoncer de façon décisive aux éléments de doctrine décrits plus haut.

Ces éléments caractérisant le Plan comme moyen. Mais une mûri et adopté, il devient une fin en soi, dès lors qu'il s'est donné pour objectif majeur et constant d'apporter des solutions aux trois grands problèmes qui dominent toute action humaine dans ce Territoire, à ces trois constantes qui sont l'homme, le sol et la distance, et qui combinent à chaque instant leurs effets : l'homme inscrit son action sur le sol, la distance le sépare des autres hommes.

Il faut vaincre la distance, maîtriser le sol pour que l'homme vive mieux, et sur un sol rénové, sur une distance comblée et presque vaincue, il sera possible d'assurer à l'homme, but et moyen des conditions nouvelles de vie, toutes les chances de sa destinée.

Si le Cameroun offre bien des richesses naturelles encore inexploitées, il présente certains obstacles et caractéristiques qu'il faut avoir présents à l'esprit, de façon à y adapter les ensembles à mettre en oeuvre.

Situé entre l'Afrique Equatoriale Française et le Nigéria, le Cameroun dessine un triangle de 452.000 km2, dont la base s'appuie sur le deuxième degré de latitude Nord et le sommet rejoint le lac Tchad un peu en dessous du treizième parallèle. Il baigne dans l'Océan Atlantique par 200 kms de côte et sa population est de 3 millions d'habitants dont 12.000 Européens en 1950.

Au point de vue géologique, la presque totalité du Cameroun appartient au socle primaire africain tâcheté de roches volcaniques par places (Mont Cameroun, Falaise de Ngaoundéré). Cet ensemble primaire est complété par 3 bassins sédimentaires.

-celui du Sud-Ouest (Douala) où se jettent les principaux cours d'eau du Cameroun

- celui du Nord, le long du Logone jusqu'au lac Tchad,

- celui de Garoua, sur la Bénoué.

Le relief est élevé (chaînes de l'Ouest de 1.500 à 2.000 mètres, plateau central de 800 à 1.500 mètres) et tombe brusquement sur la rive gauche de la Bénoué tandis que le massif montagneux de l'Ouest descend en gradins vers la plaine côtière, étroite et marécageuse.

En raison de ces traits du relief, le réseau hydrographique apparaît sans aucune unité, le plateau central étant un centre de dispersion des cours d'eau : - Bassin de 1'0céan avec le Wouri, la Sanaga, le Nyong, le Ntem, tous barrés de chutes et de rapides aux approches de la mer

- Bassin du Congo, avec la Sangha

- Bassin du Logone, se dirigeant vers le Lac Tchad

-Bassin de la Bénoué, rivière praticable pendant 2 mois entre Garoua et l'Océan.

Le climat, comme celui de toutes ces régions de l'Afrique, se modifie largement à mesure que l'on va vers le Nord.

Au Sud, en raison de la présence de massifs montagneux élevés (Mont Cameroun: 4.000 mètres) et de l'indentation de la côte les précipitations sont considérables (Douala de 4 à 6 m d'eau par an avec une température moyenne de 26°). Sur les plateaux, à la limite de la forêt équatoriale, Yaoundé a une température moyenne de 22° et reçoit 1 m 50 de pluie par an.

Dans les montagnes de l'Ouest, Dschang à 1.400 mètres d'altitude, voit la température s'abaisser à 20° (minimum absolu de 9°) avec 2 mètres de pluie.

Au Nord, enfin, Maroua présente toutes les caractéristiques d'un climat Soudanien avec 80 cms de pluie par an et une température moyenne de 29°.

Tous ces traits, climat, sol et réseau hydrographique, font apparaître le manque d'unité géographique du Cameroun.

On peut y distinguer 4 régions fort dissemblables les unes des autres :

- La Région Sud, forêt équatoriale dense, tombant jusqu'à la mer, climat chaud et humide, terre riches et peuplées dans la partie Ouest, désertes à l'Est (15 à 20 habitants au km2 entre Yaoundé, et Douala).

- La Région montagneuse de l'Ouest, au climat très frais, humide et brumeux, composée partie terres volcaniques extrêmement fertiles et possédant une population très dense (50 habitants km2 régions de Dschang).

-La région centrale du haut plateau, entre Sanaga et Bénoué, de climat sec et de sol en partie latéritique, est au contraire le domaine de ,la savane de moins en moins arbustive à mesure que va vers le Nord. La population est peu dense, certaines zones étant même totalement inhabitées (en moyenne 2 à 3 habitants au km2).

-Au Nord de la Bénoué, comme dans les régions du Logone et du Tchad la savane devient peu arbustive et les épineux apparaissent. Le pays bien drainé par les affluents du Logone et de la Bénoué, est le domaine du bétail. Il possède une population dense (15 à 20 habitants au km2).

Ainsi peut se concrétiser la physionomie du Territoire :

Une zone sans habitants, constituée par le plateau central et le massif forestier de l'Est et deux pôles attractifs, l'un au Nord, d'économie pastorale, l'autre au Sud-Ouest plus important, possédant à la fois une population dense et d'intéressantes ressources naturelles ; il est desservi cependant par de grandes difficultés de pénétration et un climat particulièrement humide.

Ces caractéristiques vont dicter impérativement l'orientation à donner aux travaux d'infrastructure ainsi qu'on aura l'occasion de le constater ultérieurement.

Quant à la physionomie économique du Cameroun, elle était, jusqu'en 1946, essentiellement une économie de cueillette et de traite dont le port de Douala était le coeur et la raison d'être. Toute la production intérieure convergeait vers Douala d'où se répandait, en retour, sur le pays, une importation" de traite".

Mais l'exploitation des richesses forestières restait rudimentaire et se bornait à l'exportation des grumes de bois précieux, Quant à l'extraction minière, elle ne représentait qu'une très faible partie du revenu du Territoire. Le Cheptel du Nord, quoique valorisé par une lutte efficace contre les épizooties, restait exploité sur les axes traditionnels de Kano et de Fort-Lamy, sans bénéfices pour la partie Sud du Territoire.

L'équipement économique répondait aux exigences de ces activités agricoles et forestières et se concentrait sur les axes d'évacuation ferroviaires et routiers.

Au total, économie précaire éminemment vulnérable et qui n'impliquait la mise en valeur que d'une partie du Territoire, ce qu'on appelle le "Cameroun utile" et qui est limitée à une bande, de 300 kms autour de Douala.

Enfin, la division du Cameroun en deux parties, Nord et Sud, sensiblement égales en populations, différenciées par leurs coutumes, leurs productions, leurs langues et leurs religions correspond, au point de vue humain, à deux ensembles indépendants l'un de l'autre:

- au Nord, la majorité de la population est musulmane, et reste attachée à une économie basée sur l'élevage; elle répugne à sortir de son cadre naturel.

- au Sud, les populations animistes ou christianisées, quittent volontiers leur terroir pour s'employer soit dans les villes, soit sur les plantations. Parmi les habitants de ces régions, mention doit être faite des Bamiléké des collines de l'Ouest qui sont bons cultivateurs et commerçants avisés.

C'est sur ce fond de décor que s'applique le plan général, de développement économique et social du Cameroun inaugurant une période de plein emploi économique, de mise en valeur rationnelle des richesses du Cameroun utile et associant, par une infrastructure moderne les activités pastorales et agricoles des populations du Nord et du Sud.

Quelques remarques seront faites, pour terminer, sur la présentation et le fond de cet ouvrage.

La définition adoptée pour le Plan est celle donnée dans la circulaire d'application du décret n°49 - 732 du 3 Juin 1949 :

"Les Plans expriment essentiellement le sens dans lequel doivent tendre les efforts de développement, indiquent les volumes respectifs des différents ensembles à promouvoir, ainsi que les principales réalisations qui les constitueront."

C'est très exactement dans cet esprit qu'est rédigé le présent Plan Général de Développement Economique et Social du Cameroun.

La première remarque à faire est que le coût des projets dont la description est donnée dans les chapitres suivants garde un certain caractère approximatif. Il ne s'agit nullement d'un devis précis. On s'est donc attaché à respecter les grandes masses de crédits à attribuer à chacun, des secteurs de développement.

Deuxièmement, a été soulignée la diversité des moyens de financement auxquels le Territoire a recours, qu'il s'agisse des capitaux mis à la disposition du Territoire par le FIDES ou des investissements privés ou des différentes facilités accordées par des organismes de crédits tels que la Caisse Centrale de la France d'Outre-Mer, ou bien encore des fonds investis en biens d'équipement par le Territoire lui-même.

Cet aspect financier explique que le titre "Plan Général" a été substitué à celui de "Plan d'équipement" de façon à souligner clairement qui ont été décrites dans toute la mesure du possible toutes les opérations concourant au développement du Territoire et non pas seulement celles financées par le FIDES. Il est à noter à ce sujet, que tel ou tel projet a été mis à la charge du FIDES ou du Territoire, mais il est fort possible qu'a l'exécution, compte tenu des circonstances du moment, le projet en question soit financé sur un autre fonds que celui prévu initialement. Là encore, ce qu'il est intéressant de retenir, c'est le chiffre global qui, en définitive, sera investi.

Une troisième observation est faite quant au rythme des investissements et des travaux. A additionner la cadence des réalisations souhaitées par chaque Service, il semblait, en 1947, qu'on devait enregistrer une très forte pointe de consommation des crédits en 1950-52. En réalité, ce n'est pas sous cette forme qu'il convient d'aborder le problème, mais au contraire de partir de la notion de capacité d'exécution du territoire, constituée par l'ensemble des moyens de consommation de crédits que représentent l'équipement des services en personnel et les outillages des entreprises chargées des grands travaux. C'est une observation de fait qui amène à considérer cette capacité de consommation du Territoire à 3,5 milliards par an.

La définition qui a été donnée du Plan et les observations faites ci-dessus dictent d'elles-mêmes le plan de l'ouvrage. Dans le cadre des grands chapitres consacrés au développement social, à la production et à l'infrastructure, seront décrits les projets (le projet étant un tout exploitable d'une manière autonome, ainsi qu'il est précisé dans la circulaire d'envoi du décret du 3 Juin 1949), les moyens à mettre en oeuvre pour leur réalisation et l'intérêt qu'ils présentent pour le Territoire.

Dans des chapitres de synthèse, tels que ceux relatifs à toutes les recherches entreprises au Territoire, aux moyens à mettre en oeuvre pour la réalisation du Plan, à la rentabilité globale des investissements à effectuer, on donnera un aperçu des travaux et les résultats d'ensemble du plan général de développement économique et social du Cameroun.

Source : ANY, 2AC49 (1) Introduction. Plan de modernisation. 1951.

ANNEXE 5 : CONVENTION

Réglant les conditions d'exercice des droits de recherches et, éventuellement, d'exploitation de mines au Cameroun, attribués à la société de recherche et d'exploitation des pétroles du Cameroun, par décret en date du ....................

-----------------

Entre les soussignés :

-Le Haut-commissaire de la République Française au Cameroun agissant conformément aux dispositions de l'art.37 du décret du 25 Octobre 1946.

D'une part,

- et M. BARTHES Réné, Gouverneur Général Honoraire des Colonies, domicilié à Versailles (Seine et Oise), 4 rue de Vergennes, agissant au nom et au pour le compte de la société de recherche et d'exploitation des pétroles du Cameroun en vertu de pouvoirs à lui conférés par délibération du Conseil d'Administration du 26 Septembre 1951.

D'autre part,

Il est convenu et arrêté ce qui suit, sous réserve d'approbation de la présente Convention par décret.

Article 1er -Les droits miniers faisant l'objet de la présente Convention institués sous réserve des droits antérieurement acquis et sous la forme initiale d'un permis général de recherches et valable à titre exclusif pour les substances de la première catégorie et délimité comme suit :

Au Nord : En partant du point de la route de Tombel à Loum traverse la frontière du Cameroun Britannique :

-La route de Tombel à Loum jusqu'à Loum.

-La route de Loum à Yabassi par Boneko et Njanga jusqu'à Yabassi.

A L'Est :

-La piste de Yabassi à Boutou par Nkouo, Ndokana et Memba jusqu'à Boutou sur la rivière Dibamba.

-La rivière Dibamba vers l'amont jusqu'au confluent de la rivière Dibong.

-La rivrière Dibong vers l'amont jusqu'à Logbadjeck.

-La route de Logbadjeck à Edéa jusqu'à Edéa.

-La route d'Edéa à Kribi par Dehane et Longji jusqu'à Longji sur l'Océan Atlantique.

Au Sud :

La côte de l'Océan depuis Longji jusqu'à la frontière du Cameroun Britannique, étant entendu que la laisse des basses mers, les espaces marécageux et lagunaires et l'estuaire du Wouri entre la pointe Suellaba et le Cap Cameroun sont compris dans ces limites.

A l'Ouest :

-La frontière du Cameroun Britannique depuis l'Océan jusqu'au point où elle est traversée par la route de Tombel à Loum.

La superficie du permis général ci-dessus défini est réputée égale à 9 000 km2 .

Ce permis général ne peut âtre ni transféré, ni amodié.

Le permissionnaire reste soumis aux dispositions de la réglementation minière en vigueur pour tout ce qui ne fait pas explicitement l'objet de dérogations inscrites dans la présente convention.

Article 2 -La société de recherche et d'exploitation des pétroles du Cameroun aura pour objet principal la mise en valeur du permis général et des concessions qui pourront être instituées par application de l'article 8 ci-après.

Toutes modifications aux statuts devront être soumises à l'approbation préalable du Haut-commissaire en ce qui concerne leur conformité avec la présente Convention, de même que toutes cessions d'actions anciennes ou nouvelles à des personnes physiques ou morales autres que les actionnaires actuels, au cas ou ces cessions auraient pour effet de mettre entre les mains de ces personnes plus de 33% du capital de la Société-

Le capital demeurera exclusivement formé d'actions nominatives. La répartition initiale ainsi que toute modification ultérieure en seront communiquées au Haut-commissaire

Article 3 - la durée du permis général est de 10 années en compter de la date de sa promulgation au Cameroun. Il sera renouvelable par période de 5 ans chacune.

Le renouvellement est acquis de plein droit au permissionnaire si celui-ci a effectué des travaux et investissements dont la valeur atteint, non compris les travaux effectués au cours des années antérieures à celles de l'octroi du présent permis ;

-750 000 000 FCFA à la fin de l'année qui précède la date d'expiration de la première période de 10 ans-

-500 000 000 CFA, au cours des 4 premières années de chaque période de renouvellement de 5 ans-

Pour l'application du présent article, la valeur des travaux et investissements effectués chaque année sera ramenée à une valeur dite initiale déterminée par sa valeur déduite de la comptabilité de la Société, multipliée par un coefficient Co/C égal au quotient du cours moyen Co à l'importation à Douala des produits finis dérivés du pétrole pendant l'année de l'octroi du permis, par le cours moyen C des mêmes produits pendant l'année considérée.

Ce coefficient sera déterminé, si besoin est, par un expert désigné d'un commun accord entre les parties. Les frais d'expertise seront à la charge du permissionnaire-

Si l'engagement financier n'est pas tenu, le permissionnaire devra, lors de chaque renouvellement abandonner une partie de la surface du permis au prorata de la non-dépense.

Article 4-Le permissionnaire peut, à tout moment, énoncer partiellement ou totalement à son permis général. La renonciation prend effet à partir du premier jour de la demi-année de validité qui suit celle au cours de laquelle la renonciation a été formulée.

La renonciation ne porte pas atteinte à la validité des droits institués par l'application de l'article 8 ci-dessous.

La renonciation partielle n'entraîne pas la diminution du minimum des travaux prévus à l'article 3.

Article 5 -Le permissionnaire effectuera sous le contrôle général du service des Mines ses travaux d'exploitation et de recherches selon les règles de l'art et d'une façon active et continue.

Il confiera la haute direction locale des travaux à un personnel de techniciens spécialisés compétents.

Sauf dérogation accordée par le Haut-commissaire, il maintiendra parmi son personnel de direction et de surveillance occupé sur place une proportion d'au moins les deux tiers de nationaux français.

Outre les documents périodiques exigés de tout titulaire de droits miniers en vertu de la réglementation en vigueur, il fournira pendant toute la durée de validité du permis général :

-mensuellement, au chef du service des Mines, des états indiquant l'importance de la main d'oeuvre employée dans les travaux d'exploration et de recherches, et le résumé des travaux effectués ;

-dans les deux mois suivant l'expiration de chacune des années de validité, au ministère de la France -d'outre-mer et au Haut-commissaire un compte-rendu étayé de ses travaux et études et de leurs résultats, avec les plans et cartes à l'appui, et un relevé de ses dépenses.

Sous réserve de tous les droits que le permissionnaire pourrait invoquer du fait de ses découvertes, ce dernier s'engage à mettre à la disposition du Territoire tous les renseignements d'ordre scientifique résultant de ses travaux de recherche et de l'exploitation, notamment les levers géologiques ainsi que tous renseignements sur la découverte de minerais autres que ceux faisant l'objet du présent permis.

Article 6 -Le permissionnaire doit veiller à la santé des travailleurs, surveiller de façon permanente l'hygiène des postes et des camps, prendre toutes mesures nécessaires pour lutter contre les épidémies et prévenir les accidents.

Il reste entièrement assujetti à la réglementation applicable à la main d'oeuvre, notamment en ce qui concerne le recrutement, les conditions de travail, la nourriture et les prescriptions d'hygiène.

Sans préjudice de l'application des sanctions prévues dans les règlements visés à l'alinéa précédent, le Haut-commissaire peut, en cas d'infraction aux dispositions du présent article, après mise en demeure permissionnaire et examen de ses observations ordonner sous réserve des mesures conservatoires nécessaires la fermeture des chantiers dans lesquels les infractions ont été constatées. Cette fermeture ne saurait entraîner droit à indemnité-

Article 7 - Il n'est pas exigé de droit fixe pour l'institution du P.G.R ni de redevance superficiaire-

Le matériel importé pour les besoins de la recherche sera exempt de tous droits ou taxes à l'entrée dans le Territoire du Cameroun -

Article 8 -Le permissionnaire peut, pendant toute la durée de validité du permis général, présenter des demandes de concession valables pour les mêmes substances que le permis général, et contenu à l'intérieur de celui-ci à l'époque de la demande ; il pourra toutefois être admis, sur justification, des débordements à condition qu'ils demeure inférieur à 30 km, et qu'ils ne portent pas atteinte aux droits des tiers-

Les demandes de concessions présentées en application du présent article sont adressées directement au Haut-commissaire qui statue. Si elles sont conformes à la réglementation minière, elles ne peuvent être rejetées-

Article.9 -Toute concession instituée en vertu de l'article 8 ci-dessus donnera lieu à la perception d'une taxe superficiaire suivant les mêmes modalités que les concessions minières de substances d'autres catégories-

Les produits extraits de chacune des concessions seront soumis à une redevance proportionnelle fixée à 3% de la valeur des substances extraites aux lieux d'extraction. Cette redevance sera établie et perçue dans les conditions fixées par les taxes règlementant les redevances proportionnelles sur les produits extraits des mines-

Il sera également accordé au Territoire du Cameroun une participation égale à 12% des bénéfices réalisés par le concessionnaire, étant entendu que le montant net de cette participation sera calculé en déduisant du montant brut de 12% les sommes versées par le concessionnaire au Territoire du Cameroun à titre de redevance proportionnelle à la production pour l'année correspondante-

Cette redevance est établie sur le bénéfice tel qu'il est imposable à l'impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux et perçus suivant les mêmes modalités-

Pour le calcul de ce bénéfice, le concessionnaire sera autorisé à procéder à l'amortissement sans délai des dépenses de recherches engagées avant et depuis l'institution des concessions-

Sont exonérés de la redevance proportionnelle à la production les hydrocarbures extraits de chaque concession pendant ses 4 premières années de validité jusqu'à concurrence d'une production cumulée de la Société de 1 000 000 Tonnes-

Les redevances et participations définies ci-dessus sont indépendantes des droits et avantages susceptibles de résulter pour le Cameroun de sa participation au capital de la Société concessionnaire-

Elles sont par contre exclusives de tous droits, impôts ou taxes à caractère minier fiscal ou douanier autres que l'impôt cédulaire sur les bénéfices industriels et commerciaux, la taxe spéciale additionnelle aux bénéfices industriels et commerciaux et les droits de timbre et d'enregistrement, qui frapperaient directement ou indirectement soit les entreprises créées par le permissionnaire pour assurer l'exécution de la présente convention, soit l'une quelconque des opérations industrielles ou commerciales ayant pour objet la recherche, l'exploitation minière, le transport, le stockage, la vente au Cameroun ou à l'exportation des hydrocarbures bruts produits par le permissionnaire à l'intérieure des concessions instituées en vertu de la présente convention-

Article 10 - Sur la demande du Haut-commissaire et jusqu'à concurrence de 50 % de la production, le pétrole brut extrait sera réservé par priorité pour couvrir les besoins de la consommation intérieure du Cameroun, quel que soit le développement ultérieur de l'économie du Territoire. Ne sera pas considérée comme consommation intérieure la livraison de ce brut à une usine de traitement sise au Cameroun en vue de l'exploitation des produits finis.

Au choix du permissionnaire, la livraison, sous forme de produits finis, sera faite dans les ports du Cameroun ou à la sortie d'une raffinerie située sur le Territoire, soit par lui-même soit par un importateur ou un distributeur choisi par lui-même ou qu'il aura demandé au Haut-commissaire de lui désigner.

Le Haut-commissaire déterminera les produits à livrer en qualité et en pourcentage, selon les résultats que donnera le brut du permissionnaire, traité dans une raffinerie du Cameroun ou, à défaut, de l'Union Française-

Les prix seront ceux des produits de même nature qui seraient importés au Cameroun dans les conditions normales.

Article 11 -En cas d'inobservation des prescriptions de l'avant dernier alinéa de l'article premier, le Haut-commissaire de la République pourra prononcer l'annulation du permis général, sans mise en demeure.

En cas d'infraction aux dispositions de l'article 2 ou d'inobservation de la mise en demeure prévue au dernier alinéa de l'article 6, le Haut-commissaire pourra, après avoir provoqué les explications du permissionnaire, prononcer l'annulation du permis général.

L'annulation du permis général entraîne l'annulation des concessions dérivées du permis général, par application de l'article 8, postérieurement à la date de l'infraction sanctionnée-

Article 12 - La présente convention est valable aussi longtemps que demeure en vigueur une concession découlant du permis général par l'application de l'article 8 ci-dessus.

Article 13 -.Les frais d'enregistrement et de publication au Journal Officiel du Cameroun de la présente Convention sont à la charge du permissionnaire qui remettra gratuitement à l'Administration 20 exemplaires de la présente Convention.

Fait à Yaoundé, le................

Le permissionnaire Le Haut-commissaire de la République française au Cameroun

Source : ANY, 2AC4159, Rapport de présentation du Haut-commissaire Soucadaux à M. le Président de l'ARCAM d'un projet d'attribution d'un permis de recherche d'hydrocarbures à la SEREPCA. 1951.

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"Le Petit Robert attaqué pour sa définition de la colonisation", www.lefigaro.fr/france/2006 09 06.FIG000000126.html.

* 1 Encyclopédie Axis, volume 4, Paris, Hachette, 1993, p.50.

* 2 Le 23 février 2005, le gouvernement français soumettait à l'approbation de l'Assemblée nationale une loi dont l'article 4 en son alinéa 2 stipulait : "les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer..." ; ceci pour essayer de réhabiliter la mémoire de minorités telles les Harkis. Cette loi qui fut plus tard abrogée ne manqua pas de susciter l'indignation dans les anciens territoires français (principalement d'Afrique de nord), dans les départements d'outre-mer et chez les historiens français, considérée alors comme dangereuse et révisionniste.

* 3 H. Isnard, Géographie de la décolonisation, Paris, Presses Universitaires de France, 1971, p.63.

* 4 Lire à ce sujet N. Bancel et al, Images et colonies : iconographie et propagande coloniale sur l'Afrique française de 1880 à 1962, Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, Association Connaissance de l'histoire de l'Afrique contemporaine, Paris, 1993, p.304.

* 5 Interview de Jean Fourastié, "1945-1975 : la plus grande révolution économique de l'histoire de France", Histoire magazine, N°4, mai- juin 1980, p.64. Economiste français, Jean Fourastié a notamment inauguré la notion de "trente glorieuses" pour désigner la période de trente ans (1945-1975) au cours de laquelle la France a connu une croissance extraordinaire.

* 6 Radio-presse, N°1096, dimanche 7 février 1954, p.1.

* 7 P. Maillet, M. Cassette-carry, L'énergie, Paris, PUF, 1989, p.7.

* 8 IEPF, Le guide de l'énergie, Paris, ministère de la coopération et du développement, 1988, p.15.

* 9 "Le Petit Robert attaqué pour sa définition de la colonisation", www.lefigaro.fr/france/ 2006 09 06. FIG000000126, consulté le 15 septembre 2006.

* 10 Ibid.

* 11 Cité par J. Marseille, Empire colonial et capitalisme français : histoire d'un divorce, Paris, Albin michel, 2005, p.443-444.

* 12 Rapport annuel du gouvernement français à l'Assemblée générale de Nations Unies sur l'administration du Cameroun placé sous tutelle de la France, année 1951, p.15.

* 13 M. -R. Atangana, Capitalisme et nationalisme au Cameroun au lendemain de la seconde guerre mondiale (1946-1956), Paris, Publications de la Sorbonne, 1998,307p.

* 14 I. du Jonchay, L'industrialisation de l'Afrique, Paris, Payot, 1953, 344p.

* 15 Marchés coloniaux du monde : Cameroun 1952, N°340, samedi 17 mai 1952, pp.1119-1458.

* 16 J.-A. Njomkam, "L'énergie et le développement : l'exemple du complexe électro-métallurgique d'Edéa", mémoire de diplôme d'ingénieur commercial, Université de Grenoble, 1966, 377p.

* 17 D. Abwa, "Plaidoyer pour l'écriture de l'histoire contemporaine du Cameroun", Ngaoundéré - Anthropos, volume VII, 2002, p.11.

* 18 Tout au long de ce travail, le Kamerun désigne le territoire administré par l'Allemagne de 1884 à 1916. Le Cameroun quant à lui désigne le territoire administré par la France jusqu'à l'indépendance en 1960.

* 19 H. R. Rudin dans son ouvrage (Germans in the Cameroons, 1884 -1914.A Case study in Modern Imperialism, New Haven, Yale University press, 1938, 456p.) analyse le processus qui y a conduit ainsi que l'ensemble de l'oeuvre allemande au Kamerun jusqu' à 1914. Lire également à ce sujet A. Owona, La naissance du Cameroun 1884-1916, Paris, l'Harmattan, 1987.

* 20 H. Brunschwig, Le partage de l'Afrique, Paris, Flammarion, 1971, pp. 151-152. L'auteur revient sur les différentes raisons qui auraient motivé ce revirement : la perspective d'engager l'Allemagne dans une entreprise coloniale tout en s'appuyant financièrement sur les compagnies à charte aurait ainsi fini par convaincre le chancelier.

* 21 H.R.Rudin, Germans in the Cameroons..., p.284.

* 22 Eyelom, Le partage du Cameroun..., p.81.

* 23 Ibid, p.83.

* 24 E. Mveng, Histoire du Cameroun, tome 2, Yaoundé, CEPER, 1985, p.74.

* 25 Ibid.

* 26 P. Chauleur, L'oeuvre de la France au Cameroun, Yaoundé, 1936, pp.77-78. L'auteur s'inspire d'un article publié en 1911 par le Pr. Otto Mann dans la revue "Mitteilungen aus den Deutschen Schutzgebieten".

* 27 P. Pouzet, "La recherche du pétrole", Marchés coloniaux du monde : Cameroun 1952, n°340, Mai 1952, p.1321.

* 28 ANY, 1AC9787, Rapport du chef du service des mines sur le projet de constitution d'une "Société des pétroles du Cameroun", 19 octobre 1950, p.3.

* 29 Rudin,Germans in the Cameroons..., pp.275-276.

* 30 Etoga Eily, Sur les chemins du développement..., p.288.

* 31 Mveng, Histoire du Cameroun..., p.78.

* 32 J.-A. Njomkam, "L'énergie et le développement du Cameroun : l'exemple du complexe électrométallurgique d'Edéa", mémoire d'obtention du diplôme d'ingénieur commercial, Université de Grenoble, 1966, p.49.

* 33 "Histoire de l'énergie", www.memo.fr/ article. asp ? ID = THE_ENE_001, consulté le 11 mai 2006.

* 34 Mveng, Histoire du Cameroun..., ·p.126.

* 35 Ibid, p.117. Lire également l'analyse d'Eyelom, Le partage du Cameroun..., pp.241-315.

* 36 Adalbert Owona, "Les liens franco-camerounais ne datent pas d'aujourd'hui", Cameroon Tribune, 8 février 1979, p.44. Dans cet article, l'auteur revient notamment sur les rapports entre la France et le Cameroun, depuis la fin de la Première Guerre mondiale jusqu'à l'indépendance.

* 37 Mveng, Histoire du Cameroun..., p.129

* 38 G. Joseph, "Le mandat sur le Cameroun", Marchés coloniaux du monde, N°340..., p.1247.

* 39 Ibid, p.1248.

* 40 "Histoire de l'énergie"...

* 41 du Jonchay, L'industrialisation de l'Afrique, Paris, Payot, 1953,p.26.

* 42 Supra., p.12.

* 43 Il faut distinguer, d'après le géologue R. Feys ("charbon", in Encyclopedia Universalis, vol.4, Paris, encyclopedia universalis, 1974, p.169) différents types de charbon d'après leur teneur en carbone : tourbe - environ 50% de carbone ; lignite entre 55 et 75% ; houille entre 74 et 90% et graphite avec théoriquement 100% de carbone. Certains auteurs utilisent indifféremment charbon, houille, ou lignite pour désigner l'ensemble.

* 44 A. Capponi, "Le lignite de Dschang", Bulletin de la société d'études camerounaises, n°7, Douala, IFAN, 1974, p.75.

* 45 Ibid, p.76. Cependant, P. Chauleur (L'oeuvre de la France..., p.77) évoque 300 tonnes de lignite extraites.

* 46 Capponi, "Le lignite de Dschang"...

* 47 du Jonchay, L'industrialisation..., p.26.

* 48 Chauleur, L'oeuvre de la France..., p.78.

* 49 Etoga Eily, Sur les chemins du développement..., p.286.

* 50 Service des mines du Cameroun français, Recueil de textes portant réglementation minière au Cameroun français, Yaoundé, 1943, p.50.

* 51 JOC du 15 décembre 1929, arrêté réservant au territoire du Cameroun le droit de recherche d'hydrocarbures, p.793.

* 52 A. Pianet, L'industrie minière au Cameroun, Paris, encyclopédie d'outre-mer, 1956, p.9.

* 53 Pouzet, "La recherche du pétrole"..., p.1321.

* 54 ANY, 2AC3865, Lettre du gouverneur Repiquet au ministre des colonies relative à la recherche d'hydrocarbures au Cameroun, 20 juin 1935, p.3.

* 55 Par opposition à l'offshore qui désigne l'exploration, la recherche et l'exploitation des gisements au large des côtes, l'onshore se limite à l'activité sur le continent. Les travaux en offshore ne débutèrent au Cameroun qu'en 1963.

* 56 ANY, APA11937/A, Exposé de la situation générale dans les territoires occupés de l'Ancien Cameroun, 1920, p.34.

* 57 B. Lembezat, Le Cameroun, Paris, Editions maritimes et coloniales, 1954, p.171.

* 58 du Jonchay, L'industrialisation..., p.43.

* 59 J. Lemoine, "L'électrification, les adductions d'eau et l'assainissement dans les villes du Cameroun", in Marchés coloniaux du monde, N°340..., P.1382.

* 60 Y. Njike, "Yaoundé : une ville en pleine expansion, 1922-1959", mémoire de maîtrise en Histoire, Yaoundé, Université de Yaoundé I,  2000,  P.72.

* 61 Lemoine, "L'électrification, ...", p.1382.

* 62 Chauleur, L'oeuvre de la France..., p.121.

* 63 ANY, 1AC730, Plan d'adduction en eau et d'électrification des principaux centres du Territoire, 1949-1950, Rapport de la commission des forces hydrauliques et électricité.

* 64 Chauleur, L'oeuvre de la France, p.171.

* 65 Rapport annuel adressé par le gouvernement français au conseil de la Société des Nations sur l'administration sous mandat du Territoire du Cameroun, 1932, p.76.

* 66 Lemoine, "L'électrification...", p.1382.

* 67 L'expression "élément européen" a été utilisée dans divers travaux sur la période coloniale. Lembezat (Le Cameroun..., p.70-72) inclut cependant dans cet ensemble syriens, libanais, américains en plus des ressortissants européens. Il s'agit donc de l'ensemble des populations non africaines, mais principalement européennes, installées au Cameroun pour prendre le cas précis de notre étude.

* 68 Lembezat, Le Cameroun..., p.171.

* 69 Njike, "Yaoundé...", p.72.

* 70 ANY, 2AC3258, Rapport de la commission des Grands Travaux au conseil consultatif économique et financier, 7 novembre 1942.

* 71 Infra.p.55.

* 72 Supra.p.14.

* 73 ANY, 1AC507 (10), Électrifications. Crédits demandés, p.8.

* 74 ANY, 1AC5138, Programme triennal de Grands Travaux...

* 75 Lire à ce sujet du Jonchay, L'industrialisation..., p.42-48. L'auteur présente notamment les efforts consentis en matière d'aménagement hydroélectrique dans divers territoires africains jusqu'à l'indépendance. Il compare également le potentiel hydroélectrique de l'Afrique à celui des autres continents.

* 76 J.O.C.F du 1er juin 1946, Pp 704-705 (cf. annexe II).

* 77 L'application de cette loi fut étendue au Cameroun ; ceci avant même que l'Assemblée générale des Nations Unies n'approuva, le 13 décembre 1949, l'accord de tutelle dont on retint que le Cameroun serait administré "comme partie intégrante du territoire français et selon la législation française". En cela, la France ignorait les desiderata des détracteurs de sa politique coloniale en Afrique. Lire à ce sujet M.-R. Atangana, Capitalisme et nationalisme au Cameroun au lendemain de la Seconde guerre mondiale (1946-1956), Paris, Publications de la Sorbonne, 1998, pp, 87-100.

* 78 .S. Njoh, "Le FIDES et son impact sur le développement économique et social du Cameroun sous tutelle française 1947-1957", mémoire de DIPES II en Histoire, Ecole Normale Supérieure, Yaoundé, 1991, p.52.

* 79 Lire à ce sujet G Ngango, Les investissements d'origine extérieure en Afrique Noire : statut et incidence sur le développement, Paris, Présence Africaine, 1973, pp.82-92

* 80 J. Marseille, Empire colonial et capitalisme français : Histoire d'un divorce, Paris, Albin Michel, 2005, p. 443.

* 81 Ibid. , p. 446.

* 82 Ibid. p. 359.

* 83 C. Coquery - Vidrovitch, "Les changements économiques en Afrique dans le contexte mondial (1935-1980), in A.A. Mazrui, (s.d.), Histoire générale de l'Afrique, tome VIII, l'Afrique depuis 1935, Paris, UNESCO, 1998, p.206.

* 84 ANY, 1AC5138, Programme triennal de Grands Travaux. 1943-1944-1945. Territoire du Cameroun.

* 85 Cité par Marseille, Empire colonial ..., p. 440.

* 86 C. Ambrosi, A. Ambrosi, La France 1870-1990, Paris, Masson, p.285.

* 87 Coquery - Vitrovitch, "Les changements économiques en Afrique...", p.208.

* 88 ANY, Vt3/55, Rapport de la réunion préparatoire du plan quadriennal 3, 19 novembre 1957.

* 89 Dès le 9 mai 1957, jour de l'entrée en vigueur au Cameroun du statut d'Etat sous tutelle, certaines compétences furent transférées aux autorités locales. La planification faisait partie de celles-ci. Le décret n°57-501 du 16 avril 1957 mentionnait en son article 12 que " l'Etat sous tutelle du Cameroun continuera à bénéficier des dispositions de la loi du 30 avril 1946...". Cependant, on peut penser que cette perte de l'initiative de planifier par la France n'ait pas contribué à maintenir sa politique d'investissement dans l'Outre-mer.

* 90 Ngango, Les investissements d'origine extérieure..., P.99.

* 91 ANY, 1AC3823, Rapport sur le développement économique et social du Cameroun, 1947, p.1.

* 92 F.Etoga Eily, Sur les chemins du développement : essai d'histoire des faits économiques du Cameroun, Yaoundé, CEPMAE, 1971, p.503.

* 93 Touna Mama, "Planification du développement et commerce extérieur de sous développement", Thèse de doctorat 3e cycle en Sciences économiques, Yaoundé, Université de Yaoundé, 1981, P.151.

* 94 Cf. ANY, 2AC49, Plan de modernisation et de développement, 1951. Annexe III.

* 95 ANY, 2AC49 (1), Introduction. Plan de modernisation..., p.1.

* 96 Ngango, Les investissements d'origine extérieure..., p.93.

* 97 Njoh, "Le FIDES et son impact...," p.

* 98 Bancel et alii, Images et colonies..., p.227.

* 99 Ngango, Les investissements d'origine extérieure..., p.99.

* 100 R. Saller, "Vingt-cinq années de développement dans quatorze Etats francophones", in Marchés tropicaux et méditerranéens, supplément n°1306, 21 novembre, 1970, p.193.

* 101 ANY, 2AC49, Moyens. Plan de modernisation, p.5.

* 102 Ibid.

* 103 Nous faisons ici allusion aux travaux soulignés jusqu'ici ; à savoir ceux de Ngango, de Atangana et Njoh.

* 104 Rapport annuel du gouvernement français à l'Assemblée générale des Nations Unies sur l'administration du Cameroun placé sous la tutelle de la France. Année 1948, p.85. La mise en valeur de l'outre-mer était évaluée à 285 millions de francs métropolitains en 1946. Au final, ce ne furent pas moins de 700 millions qui durent être mobilisés.

* 105 S.Njoh, "Le FIDES et son impact..., p.62.

* 106 Y. Morel, Tableaux économiques du Cameroun, Douala, Collège Libermann, 1978, p.162.

* 107 Il faut distinguer dans les engagements du FIDES ceux relevant primo de la section générale et segundo de la section locale ; cette dernière était réservée au financement des projets et activités spécifiques à chaque territoire.

* 108 Rapport annuel du gouvernement français...année 1957, p.113.

* 109 Avec l'industrie lourde et la construction navale, l'énergie fait partie des activités qui requièrent le plus d'importants capitaux.

* 110 IEPF, Guide de l'énergie, Paris, Ministère de la coopération et du développement, 1988, P.45.

* 111 A. Silem, J.-M. Albertini, Lexique d'économie, Paris, Dalloz, 2004, p.402.

* 112 G. Ndjieunde, "La création des entreprises industrielles au Cameroun de 1950 à 1970, thèse complémentaire de sciences économiques, Paris, Université de Paris Dauphine, 1971, p.108.

* 113 Rapport annuel du gouvernement français...année 1955, p.9.

* 114 Service des statistiques d'Outre-mer, Outre-mer 1958..., p.330.

* 115 J.T. Markovitch, L'industrie française de 1789 à 1964. Analyse des faits, Paris, Institut de science économique appliquée, 1966, p.116. D'après lui, la période de 1930-1950 s'inscrivait comme une longue période de décroissance et de stagnation de la production de charbon.

* 116 TEC (tonne équivalent charbon) : unité de mesure internationale servant à établir des équivalences entre différentes formes d'énergies. L'usage de la TEP (tonne équivalent pétrole) est plus répandue.

* 117 Saller, "Vingt-cinq années de développement...", p.192.

* 118 Infra.p. 59-69.

* 119 F. Tchapga, "L'ouverture des réseaux électriques des pays d'Afrique subsaharienne aux capitaux privés : choix organisationnels et contraintes institutionnelles", thèse de doctorat en sciences Economiques, Paris, Université de Paris XIII, 2002, sur www.grpm.net/documents/Flavien-Tchapga/theseflavo2.pdf.

* 120 "Discours de M. Louis- Paul Aujoulat", in Radio Presse, n°1097, mercredi 10 février 1954, p.2.

* 121 ANY, 1AC527 (1), Copie de la lettre du secrétaire d'Etat à la France d'Outre-mer relatif à l'établissement d'un ordre pour exécution des travaux d'électrification, 3 décembre 1948, p.2.

* 122 H.M. Tchemo, La francophonie de sang, 1940 : Aperçu sur l'effort de guerre en Afrique centrale (AEF -Cameroun), Yaoundé, CLE, 2004, p.56.

* 123 Tout au long de ce travail, nous désignons par activité minière énergétique, l'exploration, la prospection et l'exploitation de pétrole, gaz, charbon ou uranium.

* 124 Njoh, "Le FIDES et son impact..., p.62.

* 125 ANY, 2AC49 (8), Recherches. Plan de modernisation..., p.1.

* 126 Rapport annuel du gouvernement français...Année 1955, p.80.

* 127 R. Hoffherr, "Le Cameroun, exportateur d'énergie", in Marchés coloniaux du monde, n°340, samedi 17 mai 1952, p.1569.

* 128 Marseille, Empire colonial..., p.384.

* 1.B. Chenot, Les entreprises nationalisées, Paris, PUF, 1983, p.42. De nombreux barrages furent ainsi construits aussi bien en métropole (Génissiat, Donzère-mondragon...) qu'en outre-mer (Djoué au Congo, Edéa au Cameroun...).

* 2 Supra., p.20-26.

* 3 Tchapga, "L'ouverture des réseaux électriques...", p.23. Il faut alors noter l'écart de prix soit 2 à 4 francs français le kWh en métropole et des perspectives de seulement 1franc le kWh dans l'outre-mer.

* 4 L'administration, en élaborant le plan décennal, disait vouloir éviter la concentration des réalisations économiques dans le seul "Cameroun utile" ou "croissant fertile", une zone en forme de demi-cercle d'un rayon de 350 km autour de Douala qui concentrait l'essentiel de la production d'exportation du Cameroun ; ce projet, au contraire, agissait dans ce sens.

* 129 ANY, 2AC49, Industrialisation. Plan de modernisation, p.1.

* 130 du Jonchay, L'industrialisation..., p.138-139.

* 131 ANY, 2AC49, Industrialisation..., p.2-3.

* 132 Rapport annuel du gouvernement français ... année 1951, p.164

* 133 Il faut cependant mentionner qu'une convention fut passée en 1951 avec la société d'électrochimie Ugine pour étudier les diverses possibilités d'utilisation des excédents d'énergie par des industries de transformation. Pourtant, Ugine collaborait déjà avec la société Péchiney, depuis 1942, pour implanter en Afrique un complexe métallurgique. Tous les projets sus- mentionnés furent ainsi reportés, laissant place nette à la seule implantation d'ALUCAM à Edéa.

* 134 Martin Nyamboli, environ 55ans, chef service documentation AES-SONEL, Douala, 14mars 2006.

* 135 J. Lemoine, "l'électrification ...", p.1382.

* 136 A. Ligouzat, "Le développement de l'électrification en Afrique d'expression française et à Madagascar", Marchés tropicaux et méditerranéens, supplément au n°1306, 21 novembre 1970, p.295-296.

* 137 ANY, 1AC527 (1), Contrats et marchés CCDEE pour l'électrification des villes.

* 138 J. Ngandjeu, "Contribution de l'Electricité du Cameroun à la symbiose ville-campagne. L'exemple de N'Lohe-Nkongsamba-Loum-Mbanga", enquête de fin d'année en vue de l'obtention du diplôme supérieur de journalisme, ESIJY/Université de Yaoundé, p.39.

* 139 Après les modifications constitutionnelles ayant abouti à la formation de l'Union Française, et la signature de l'accord de tutelle qui réaffirma le caractère international du Cameroun notamment, la France dut oeuvrer pour éviter les inconvénients que présentait sur le plan international l'emploi de termes tels que "colonie" et "colonial". Dans ce cadre, de nombreuses dénominations durent être modifiées. Ce fut l'objet de la circulaire du ministre de la France d'outre-mer, n°7653 du 2 septembre 1949. cf. ANY, APA 12053/C, Emploi des mots colonies et colonial dans les textes officiels, 1949.

* 140 JOCF du 1er juin 1946..., p.704.

* 141 Tchapga, "L'ouverture des réseaux électriques...," p.39.

* 142 ANY, 1AC695, Convention avec Electricité de France pour l'étude de centrales et de réseaux de distribution d'énergie électrique au Cameroun, 26 septembre 1950, 16p.

* 143 Nicolas Janvier Ngue, 45 ans, chef de département Exploitation à la centrale hydroélectrique d'Edéa, Edéa, 17 janvier 2007.

* 144 JORF du 12 mars 1948, Arrêté portant constitution d'une société d'économie mixte dite Energie Electrique du Cameroun, p. 2525.

* 145 ANY, 2AC9402, Lettre du ministre de la France d'outre-mer à monsieur Descottes relative aux instructions au commissaire du gouvernement d'Energie Electrique du Cameroun, juillet 1948.

* 146 Ibid.

* 147 Cf. Annexe IV.

* 148 ANY, 1AC527 (1) Correspondance du président du conseil d'administration d'ENELCAM au Haut-commissaire, 4 décembre 1948.

* 149 Ce furent Nkongsamba, Maroua, Dschang, Edéa, Garoua, Kribi, Foumban, Ebolowa, Ngaoundéré, Eséka, Mbalmayo, Bertoua, Bafang et Bétaré-oya. Cependant, la difficulté à collecter une documentation suffisante pour tous ces centres nous a résolu à n'aborder, en plus de Douala et Yaoundé, que les trois premiers centres.

* 150 Rapport annuel du gouvernement français ... année 1951, p.175.

* 151 Nyamboli, environ 55ans, chef service documentation AES-SONEL, Douala, 14 mars 2006.

* 152 ANY, 1AC730, Rapport des travaux publics relatif au plan d'adduction d'eau et d'électrification des principaux centres du territoire, 1949-1950, p.2.

* 153 Ibid.

* 154 Lemoine, "L'électrification ...", p.1383.

* 155 ANY, 1AC730, Rapport des travaux publics ..., p.3.

* 156 Etienne Sonkin, environ 55 ans, maire de la commune urbaine de Dschang, Dschang, 22 janvier 2007.

* 157 ANY, 1AC527 (6), Lettre du haut-commissaire Hoffherr au ministre de la France d'Outre-mer relatif à l'envoi au Cameroun d'ingénieurs de l'ORSC, 23 octobre 1948, p.1.

* 158 Rapport annuel du gouvernement français... année 1949, p.71-72.

* 159 Lemoine, "L'électrification...",  p.1384.

* 160 A.S. Mbock Minlend, "L'équipement hydroélectrique du Cameroun", Revue de géographie du Cameroun, vol IX, n°s1 et 2, 1990, p.73.

* 161 B. Peux, "La réforme du régime foncier", Marchés coloniaux du monde, n°340..., p.1269.

* 162 Njomkam, "L'énergie et le développement...", p.108.

* 163 A. Mbekek Peg, "Le barrage hydroélectrique d'Edéa de 1947 à 1981 : Approche historique", mémoire de maîtrise en histoire, Université de Yaoundé I, 2006, p.60-61.

* 164 Njomkam, "L'énergie et le développement ...", p.107.

* 165 ANY, APA 11549, Rapport annuel de la région Sanaga-Maritime, 1950, p.7.

* 166 ANY, APA 11549, Rapport annuel de la région de la Sanaga-Maritime, 1951, p.3.

* 167 Ibid, p.4.

* 168 Rapport annuel du gouvernement français ... année 1949, p.71.

* 169 Njomkam, "L'énergie et le développement ...", p.154.

* 170 Pianet, L'industrie minière..., p.15.

* 171 ANY, 1AC507, Justifications des crédits demandés, p.1. La France métropolitaine, à cet effet, bénéficiait de la priorité pour la fourniture de matériel à ses territoires. Elle instaurait ainsi, à la faveur du plan d'équipement, une véritable économie intégrée au sein de son empire colonial.

* 172 P. Pivière, "Le problème de main-d'oeuvre et la mission de l'inspection du travail", Marchés coloniaux du monde, n°340..., P.1271.

* 173 ANY, 2AC1931, Lettre du chef de région au haut-commissaire relative à l'aménagement du centre urbain d'Edéa, île d'Edéa et environs, 8 avril 1948, p.3

* 174 ANY, 2AC8627, Rapport annuel de la subdivision d'Edéa, 1954.

* 175 Nicolas Janvier Ngue, 45 ans, chef de département Exploitation à la centrale hydroélectrique d'Edéa, Edéa, 17 janvier 2007.

* 176 S. Nwaha, "Influence des centrales hydroélectriques d'Edéa et Song-loulou sur le développement de la Sanaga- maritime de 1953 à 2003", mémoire de maîtrise en Histoire, Université de Yaoundé I, 2003, p. 21.

* 177 Ibid.

* 178 Ibid.

* 179 H. d'Almeida-Topor. L'Afrique au XXe siècle, Paris, Armand colin, 1999, p.152-153.

* 180 Marseille, Empire colonial..., p. 471.

* 181 Lire à ce sujet L.Kaptué, "Travail et main-d'oeuvre au Cameroun sous régime français 1916-1952, approche historique", mémoire de master's degree en Histoire, Université de Yaoundé, 1978, pp.279-285.

* 182 P. Pivière, "Le problème de la main-d'oeuvre...", p.1273.

* 183 Ibid.

* 184 C. Lebarbier, "L'aménagement de la chute d'Edéa sur la Sanaga", Marchés coloniaux du monde, n°340..., p.1393.

* 185 Njomkam, "L'énergie et le développement...", p.173.

* 186 du Jonchay, L'industrialisation, p.241-242.

* 187 Kaptue, "Travail et main-d'oeuvre..." p.279.

* 188 Lebarbier, "L'aménagement de la chute d'Edéa...", p.1393.

* 189 Kaptue, "Travail et main-d'oeuvre...", p.282.

* 190 C. E. Welch Jr., Dream of unity: pan-Africaism and political unification in west Africa, New York, cornell university press, 1966, p.181.

* 191 du Jonchay, L'industrialisation..., p.242.

* 192 J.Clairet, "La production minière", Marchés coloniaux du monde..., pp.1317 - 1318.

* 193 Ibid.

* 194 D. Brand, M. Durousset, La France : histoire et politiques économiques depuis 1914, Paris, Sirey, 1991, pp.176-180.

* 195 P. Alduy, "La maîtrise de ses sources d'hydrocarbures est une nécessité vitale pour l'Union française", Marchés coloniaux du monde, n°442, 1er mai 1945, pp 1273-1274.

* 196 Brand, Durousset, La France... p.180.

* 197 ANY, 2AC9182, Correspondance du délégué du Haut- Commissaire à messieurs les chefs de régions au sujet de la consommation d'essence, 20 septembre 1947.

* 198 Ibid.

* 199 Marchés coloniaux du monde n°340..., p.1337.

* 200 Rapport annuel du gouvernement français...année 1955, pp. 87-88.

* 201 L'article 10 de la Convention signée entre le Territoire et la SEREPCA en 1951 prévoyait que le pétrole brut extrait soit réservé par priorité pour couvrir les besoins du Territoire. (cf. Annexe V.)

* 202 Alduy, "La maîtrise de ses sources d'hydrocarbures...," p.274.

* 203 A. Pianet, L'industrie minière au Cameroun, Paris, encyclopédie d'outre-mer, 1956, p. 1.

* 204 Brand, Durousset, La France..., p.179.

* 205 Alduy, "La maîtrise de ses sources d'hydrocarbures...", p.1275.

* 206 Ibid.

* 207 Rapport annuel du gouvernement français...année 1951, p.92.

* 208 ANY, 1AC9787, Rapport du chef du service des mines sur le projet de constitution d'une "société des pétroles du Cameroun", 19 octobre 1950, p.1.

* 209 Ibid., p.2.

* 210 "Biographie de Léon Migaux par Pierre Massé et René Vigier", sur www.annales.org/archives/x/migaux.html, consulté le 15 septembre 2006.

* 211 Ibid.

* 212 La zone concernée était identique à celle définie par l'arrêté du 15 décembre 1929. Supra, p.19.

* 213 ANY, 2AC4159, Rapport de présentation du Haut-commissaire Soucadaux à M. le président de l'ARCAM d'un projet d'attribution d'un permis de recherche d'hydrocarbures à la SEREPCA, 18 octobre 1951.

* 214 ANY, 1AC9787, Rapport du chef du service des mines..., p.1

* 215 ANY, 2AC4159, Rapport de présentation...

* 216 Cf. Annexe V.

* 217 ANY, 2AC4159, Rapport de présentation..., p.1.

* 218 ANY, 1AC9787, Rapport du chef du service des mines..., p.6.

* 219 P.Maillet, M.Cassette-Carry, L'énergie, Paris, PUF, 1989, p.46-47.

* 220 Ibid., p.47.

* 27 ANY, 1AC9787, Rapport du chef du service des mines..., p.6.

* 28 Alduy, "La maîtrise de ses sources d'hydrocarbures...", p.1257.

* 29 Rapport annuel du gouvernement français..., année 1951, p.92.

* 30 Brand, Durousset, La France ..., p.179.

* 31 Rapport annuel du gouvernement français..., année 1957, p.113.

* 32 Pouzet, "La recherche du pétrole" ..., p.1321.

* 33 Pianet, L'industrie minière ..., p.9.

* 34 Ibid.

* 35 X.L. Deutchoua, "Noir silence sur l'or noir", Les cahiers de Mutations, n°040, octobre 2006, p.4.

* 36 Carottier. Tube servant, dans un forage, à extraire les échantillons des couches traversées ; ceci pour déterminer l'emplacement des gisements.

* 36 ANY, 2AC9397, l'éruption de gaz de Logbaba, 9 juin 1955.

* 37 Pianet, L'industrie minière..., p.10.

* 38 Ses aventures ont fait l'objet d'une biographie : J.O-Kinley, Call Kinley. Adventures of an oil well firefighter, Tulsa, cock-a-hoop, 2001, p.70.

* 39 ANY, 2AC9397, L'éruption de gaz...

* 40 Supra. p.80-82.

* 40 Direction des mines et de la géologie, Rapport annuel 1956, p.22.

* 41 Direction des mines et de la géologie, Rapport annuel 1957, p.22.

* 42 Ibid.

* 43 Direction des mines et de la géologie, Rapport annuel 1959-1960, p.24.

* 44 Brand, Durousset, La France, p.179.

* 45 La radioactivité est la propriété que possède certains éléments chimiques de se transformer spontanément en d'autres, avec une émission d'énergie.

* 46 du Jonchay, L'industrialisation..., p.51.

* 48 Anonyme, "Après la course aux mégatonnes le "Sur-mesure" nucléaire", Science et vie, n°730, juillet 1978, p.28.

* 49 Anonyme, Annuaire de l'activité nucléaire française, Paris, 1961, p.20.

* 50 Ibid., p.21.

* 51 Brand, Durousset, La France...,  p.178.

* 52 du Jonchay, L'industrialisation,..., p.51.

* 53 Ngango, Les investissements d'origine extérieure..., p.103.

* 54 JOCF du 25 juillet 1956, décret du 25 mai 1956 attribuant au CEA un permis général de recherches minières au Cameroun, pp. 1335 - 1336

* 55 Direction des mines et de la géologie, Rapport annuel 1956, p.23.

* 55 Direction des mines et de la géologie, Rapport annuel 1957, p.23.

* 56 Ibid. p.24.

* 57 Direction des mines et de la géologie, Rapport annuel 1958, p.32.

* 58 Direction des mines et de la géologie, Rapport annuel 1959-1960, p.28.

* 59 Ibid, p.42.

* 221 Njoh, "Le FIDES et son impact...", p.62.

* 222 Bancel et alii, Images et colonies..., p.227.

* 223 Rapport annuel du gouvernement français... année 1957, p.108. L'Etat français donnait l'impulsion pour favoriser l'investissement du secteur privé métropolitain et le Territoire était convié à participer, puisqu'il bénéficiait après coup de l'infrastructure et des retombées financières.

* 224 Il s'agirait là du premier barrage à usage hydroélectrique construit au Cameroun ; cependant, des incertitudes subsistent quant à la date de sa construction et son but initial.

* 225 Tchapga, "L'ouverture des réseaux électriques ...", p.22-23.

* 226 Lemoine, "L'électrification ...", p.1385.

* 227 Tchemo, La francophonie de sang..., p.56.

* 228 J-M. Martin, L'économie mondiale de l'énergie, Paris, La découverte, 1990, p.33.

* 229 En 1965, la SEREPCA devient ELF-SEREPCA, puis ELF-ERAP en 1976 ; ensuite désigné par le seul label ELF aujourd'hui rattaché à la compagnie pétrolière française TOTAL.

* 10 Cité par Marseille, Empire colonial..., p.346.

* 230 Layashi Yaker, Préface à Jacques Girod, L'énergie en Afrique : la situation énergétique de 34 pays de l'Afrique subsaharienne et du Nord, Paris, Karthala, 1994, P.V.

* 231 Bancel et alii, Images et colonies ..., p.227.

* 232 Présidence du Conseil, Plan de modernisation des territoires d'outre- mer, 1946, p.16. Cité par Marseille, Empire colonial..., p.370.











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