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L'énergie et le processus de mise en valeur du Cameroun français (1946-1959)

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par Moà»se Williams Pokam Kamdem
Dschang - Maitrise 2007
  

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A. La nécessité d'approvisionnement en produits pétroliers

Les hydrocarbures (pétrole et dans une certaine mesure gaz naturel) avaient été vulgarisés au cours de la guerre. Ils étaient devenus indispensables dans les transports et l'industrie. Par conséquent, leur rôle dans la perspective de la Reconstruction était déterminant ; ceci aussi bien pour les métropoles que pour l'outre-mer.

1. L'approvisionnement de la France métropolitaine

La fin de la guerre avait indubitablement imposé un appel important en produits pétroliers pour les besoins de la Reconstruction à travers le monde. Il est certes difficile d'établir des constatations globales ; ceci est vrai pour la France métropolitaine et pour l'ensemble de son Outre-mer. De manière générale, il s'est agi après la guerre d'assurer l'indépendance énergétique de la France à de moindres coûts194(*). Paul Alduy, alors président du groupe socialiste à l'Assemblée de l'Union française, faisait remarquer que le production pétrolière de l'Union était dérisoire, comparée à celle de l'Allemagne ou de l'Italie. La première, par exemple, avait réussi à faire passer sa production de 50.000 tonnes en 1938 à 2.200.000 tonnes en 1953. La production française quant à elle ne passa de 70.000 tonnes qu'à 860.000 tonnes dans le même temps195(*). Il concluait que cette situation défavorable tenait de l'insuffisance des moyens mis en oeuvre. La solution retenue unanimement fut de booster la prospection tout en espérant que la découverte de nouveaux gisements à travers le monde entraînerait une baisse de prix. Cette baisse serait alors favorable à la France qui dépendait en grande partie de l'extérieur pour son approvisionnement196(*).

2. L'approvisionnement du Cameroun

La situation du Cameroun, comme de l'ensemble de l'outre-mer, n'en était que davantage compliquée : il fallait en effet concilier l'approvisionnement propre du Territoire avec le principe de rentabilité imposé par l'économie coloniale. Ceci d'autant plus que le renchérissement des cours de l'énergie imposait des réajustements des dotations budgétaires prévues dans le cadre du plan. L'approvisionnement du Territoire, notamment en essence, semble ainsi avoir posé quelques soucis aux administrateurs en place après la guerre. L'un d'eux, le délégué Peux, mentionnait dans l'une de ses correspondances aux chefs de régions :

J'ai l'honneur d'attirer votre attention sur le fait que l'approvisionnement en essence du Territoire risque de devenir à brève échéance critique par suite d'une part de l'insuffisance de nos dotations en devises,d'autre part de la pénurie d'hydrocarbures qui sévit actuellement dans le monde197(*).

Différentes mesures furent prises à cet effet, dont la restriction des dotations accordées aux véhicules et l'interdiction de l'usage abusif de véhicules consommant beaucoup d'essence (véhicules de surplus et camions lourds) qui circulaient à vide et sans utilité économique198(*). L'autre mesure notable fut la mise en service d'un dépôt en vrac d'hydrocarbures (essences et pétroles) à Douala en 1953 pour faciliter l'approvisionnement du Territoire. Mais également dans le dessein de faire baisser les prix199(*). Ainsi en 1955, on dénombrait dans le Territoire deux grands dépôts d'hydrocarbures : celui de Douala -Bassa (21.340m3) appartenant à la Compagnie française des dépôts pétroliers du Cameroun ; et celui de Garoua (3.600m3) appartenant à la société Socony Vacuum Oil. D'autres dépôts -relais avaient été installés par diverses compagnies pétrolières à Nkongsamba, Yaoundé et Mbalmayo.200(*)

Evidemment, rien de tout ceci ne freina l'importation de produits pétroliers par le Territoire, et qui comme l'ensemble du mouvement commercial au Cameroun dès 1946 resta en nette croissance. Le graphique suivant l'illustre :

Graphique V : Evolution des importations de produits pétroliers au Cameroun (situation en 1957) unité 1000 tonnes

Source : Nous, d'après Marchés coloniaux du monde : Cameroun1952, n°340..., 17 mai 1952, p.1338 et Service de statistique d'Outre-mer, Outre-mer 1958..., p.339.

La progression que l'on note dans ces importations se justifie essentiellement par la création de nouveaux besoins dans l'industrie, mais surtout par le développement des transports routiers et aériens au Cameroun.

L'éventualité de l'exploitation de gîtes de pétrole au Cameroun, bien que devant servir principalement à assurer l'indépendance énergétique du Territoire201(*), pouvait constituer une intéressante source de fonds pour le financement des plans d'équipement. Paul Alduy notait à ce sujet que la recherche et l'exploitation de nappes pétrolières dans l'Union française constituaient l'un des moyens propres à la réalisation de ces plans202(*). Dans le cas précis du Cameroun, on n'hésitait plus à penser que :

... les découvertes dans le bassin sédimentaire de Douala de nombreux indices d'hydrocarbures particulièrement intéressants permettent d'augurer un redressement, et si les espoirs sont confirmés par les travaux ultérieurs, l'économie générale du Cameroun pourrait être modifiée203(*).

C'est dans ce cadre que l'administration française entreprit, quoique poussivement jusqu'à 1951, de mettre en valeur les potentialités du Territoire en hydrocarbures.

B. L'action du Bureau de Recherche du Pétrole au Cameroun jusqu'en 1951

L'action du Bureau de Recherche du Pétrole (BRP) ne pourrait être passée sous silence lorsque l'on évoque la recherche d'hydrocarbures au Cameroun. Créé en 1945 avec le statut d'organisme public, c'est tout naturellement que sa compétence s'est étendue sur l'ensemble du domaine colonial français. Il serait alors intéressant, après avoir déterminé la mission de cet organisme, de s'interroger sur les actions qu'il a menées dans le Territoire jusqu'en 1951.

1. La mission du Bureau de Recherches du Pétrole

Le Bureau de Recherches du Pétrole (BRP) a joué un rôle prédominant dans la prospection des hydrocarbures au Cameroun. Cette structure coordonna notamment l'ensemble de l'activité pétrolière jusqu'à l'indépendance. Pour favoriser la prospection pétrolière dans l'ensemble de son empire, la France avait mis sur pied deux établissements publics : l'Institut Français du Pétrole dont le rôle principal était de former des techniciens et le BRP qui était chargé de coordonner la prospection aussi bien en France qu'en Afrique204(*).

La création du BRP répondait à un objectif précis : intensifier la recherche des gisements d'hydrocarbures par la création d'établissements publics disposant de ressources pour plusieurs années. Le BRP, à cet effet, établissait un programme national de recherches de pétrole dans l'Union française et en assurait la mise en oeuvre205(*). Au final, le BRP orientait la politique des divers organismes de recherches dans l'Empire : le Bureau accordait notamment des moyens financiers à ces divers organismes sous la forme soit de participations au capital, soit d'avances à long terme. Il détenait ainsi une participation majoritaire ou prépondérante dans ceux-ci206(*)

2. Le BRP au Cameroun

Il faut certainement rappeler ici que l'activité pétrolière était plongée dans un statu quo depuis 1929, renforcé par le seul rôle de contrôle que s'attribua l'administration207(*). Cependant, différentes mesures étaient à l'étude pour sortir de cette situation. En février 1946 notamment, une conférence interministérielle tenue à Paris réunit autour du Haut- Commissaire Delavignette des représentants des ministères de la France d'Outre-mer, de l'industrie et du commerce et des Affaires étrangères. Le but était d'étudier les possibilités de constituer un syndicat ou une société de recherche de pétrole sur les modèles existant au Gabon et à Madagascar. Toutefois, le chef du services des mines, Callot, mentionnait en 1950 que : "L'incertitude dans laquelle on se trouvait alors en ce qui concerne le futur statut du Territoire... n'avait pas permis d'adopter une solution définitive"208(*). Le rôle du BRP, dont l'action s'étendait sur l'ensemble de l'outre-mer, en était renforcé.

Diverses sources retiennent que ce n'est qu'à partir de 1947 qu'un travail systématique a été amorcé dans l'activité pétrolière au Cameroun, dans le cadre précis de la cartographie et des études géologiques. En effet, la première action du BRP au Cameroun fut d'envoyer en décembre 1946 le géologue Andreff au Cameroun ; entre 1947 et 1949, celui-ci établit une carte géologique détaillée du bassin sédimentaire et donna de précieux renseignements sur la structure géologique de ce bassin. Andreff conclut que "la probabilité d'existence de gisements hydrocarbures est aussi grande au Cameroun qu'au Gabon"209(*).

Cependant, l'action d'envergure au cours de cette période a été l'attribution d'un permis général de recherche de type A (superficies supérieures à 400 km2) pour hydrocarbures à Léon Migaux agissant pour le compte du BRP. L'action est suffisamment surprenante pour qu'on s'y attarde : la formule était en effet assez originale. Pour activer le démarrage des recherches et contourner les hésitations politiques autour du futur statut international du Territoire, il fut convenu d'attribuer un permis général à un particulier qui lui, serait financé par le BRP. Le choix de Léon Migaux n'était lui non plus anodin. Polytechnicien de formation et diplômé de la prestigieuse Ecole des Mines de Paris, Léon Migaux exerça durant plusieurs années au Maroc comme chef du Bureau de Recherches et de Participation Minières (BRPM) et ensuite comme administrateur délégué de la Société chérifienne des pétroles. Il est cependant plus connu comme ayant été le président de la Compagnie générale de géophysique210(*). Migaux résumait ainsi sa vision de son métier :

... qui dit bassin sédimentaire dit possibilité de pétrole... on pouvait prévoir que la géologie ne suffirait pas à déterminer les emplacements des forages de recherches (...) cette architecture, il faudrait donc la mettre en évidence par la géophysique211(*).

Il s'agissait donc d'un personnage averti et assez connu de la recherche d'hydrocarbures dans l'Outre-mer.

Un décret portant attribution d'un permis général de recherches d'hydrocarbures au Cameroun fut pris le 25 juin 1947212(*) ; et bien que le décret n'en fasse pas allusion, Migaux s'était engagé à céder son permis à tout syndicat ou société qui se constituerait dans ce but213(*). Initialement prévu pour trois ans, le permis dû être renouvelé pour deux ans, par un arrêté du 30 décembre 1950, car le syndicat n'avait toujours pas été mis sur pied. Deux constatations peuvent néanmoins être faites de cette période. D'abord, jusqu'en 1950, les études de géologie et de géophysique furent entreprises pour un total des dépenses de 82 millions de francs métropolitains214(*), ce qui renforce le caractère extrêmement onéreux de la recherche d'hydrocarbures. Ensuite, les travaux de Andreff montrèrent que le bassin sédimentaire de Douala s'étendait dans sa partie Nord, largement au-delà du permis attribué à Léon Migaux215(*).

Parallèlement, la perspective de la constitution d'une société de recherche de pétrole se confirmait : dès le 27 septembre 1950, le ministère de la France d'Outre-mer avait autorisé le BRP à participer au capital de la nouvelle société tandis que l'ARCAM, lors de ses sessions d'octobre 1950 et d'avril 1951 émettait le voeu que le Territoire prenne à sa charge une part importante dans ce capital. On peut ainsi percevoir une certaine hâte mais également une réelle nécessité dans la formation de cette société.

II- LES HYDROCARBURES: L'EFFORT DE PROSPECTION DE LA SEREPCA 1951-1958

La prospection d'hydrocarbures au Cameroun allait connaître un regain d'intérêt de 1951 à 1958. Ainsi, après une période faite presque essentiellement d'études géophysiques, l'activité de prospection allait se développer sous l'impulsion d'une structure plus autonome : la Société de Recherche et d'Exploitation des Pétroles du Cameroun (SEREPCA).

* 194 D. Brand, M. Durousset, La France : histoire et politiques économiques depuis 1914, Paris, Sirey, 1991, pp.176-180.

* 195 P. Alduy, "La maîtrise de ses sources d'hydrocarbures est une nécessité vitale pour l'Union française", Marchés coloniaux du monde, n°442, 1er mai 1945, pp 1273-1274.

* 196 Brand, Durousset, La France... p.180.

* 197 ANY, 2AC9182, Correspondance du délégué du Haut- Commissaire à messieurs les chefs de régions au sujet de la consommation d'essence, 20 septembre 1947.

* 198 Ibid.

* 199 Marchés coloniaux du monde n°340..., p.1337.

* 200 Rapport annuel du gouvernement français...année 1955, pp. 87-88.

* 201 L'article 10 de la Convention signée entre le Territoire et la SEREPCA en 1951 prévoyait que le pétrole brut extrait soit réservé par priorité pour couvrir les besoins du Territoire. (cf. Annexe V.)

* 202 Alduy, "La maîtrise de ses sources d'hydrocarbures...," p.274.

* 203 A. Pianet, L'industrie minière au Cameroun, Paris, encyclopédie d'outre-mer, 1956, p. 1.

* 204 Brand, Durousset, La France..., p.179.

* 205 Alduy, "La maîtrise de ses sources d'hydrocarbures...", p.1275.

* 206 Ibid.

* 207 Rapport annuel du gouvernement français...année 1951, p.92.

* 208 ANY, 1AC9787, Rapport du chef du service des mines sur le projet de constitution d'une "société des pétroles du Cameroun", 19 octobre 1950, p.1.

* 209 Ibid., p.2.

* 210 "Biographie de Léon Migaux par Pierre Massé et René Vigier", sur www.annales.org/archives/x/migaux.html, consulté le 15 septembre 2006.

* 211 Ibid.

* 212 La zone concernée était identique à celle définie par l'arrêté du 15 décembre 1929. Supra, p.19.

* 213 ANY, 2AC4159, Rapport de présentation du Haut-commissaire Soucadaux à M. le président de l'ARCAM d'un projet d'attribution d'un permis de recherche d'hydrocarbures à la SEREPCA, 18 octobre 1951.

* 214 ANY, 1AC9787, Rapport du chef du service des mines..., p.1

* 215 ANY, 2AC4159, Rapport de présentation...

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