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Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de guinée: contribution à l'étude des menaces liées à la ruée vers le pétrole au nigéria.


par Fabrice NOAH NOAH
Universiré de Yaoundé II- Soa - DEA en géostratégie 2013
  

Disponible en mode multipage

    Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 1

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    INTRODUCTION:

    I- PRESENTATION DU SUJET :

    Le pétrole n'a pas toujours été, comme il l'est aujourd'hui, une ressource naturelle convoitée. Il a même constitué une cause de désenchantement pour nombres d'investisseurs à la recherche de la fortune, aux premières heures de son exploitation industrielle.1 C'est avec John Rockefeller et la Standard oil of New Jersey, que cette source énergétique sera facilement associée à la sécurité et à la prospérité.2 A l'occasion de plusieurs conflits armés, son rôle essentiel dans les efforts de guerre des belligérants, lui a conféré le statut d'énergie stratégique. George Clémenceau déclare même qu'en 1918, la victoire des alliés a «vogué sur un océan de trole ».3 De même, le rôle essentiel qu'il a joué pendant la seconde guerre mondiale sur terre, dans les airs et sur mer, a renforcé ce statut et l'impression qu'il n'est vraiment pas une énergie comme les autres. 4

    L'histoire des pays producteurs de pétrole nous démontre qu'il ne saurait à lui seul en déterminer le destin. Si pour certains le pétrole n'échappe pas à la logique qui veut que les ressources naturelles constituent une « malédiction » pour les pays qui en possèdent5, les exemples de la Norvège, des Etats-Unis ou même de la Russie, apparaissent comme la preuve de la possibilité de bâtir prospérité et puissance sur le pétrole. Il semble qu'au-delà de sa simple possession, des politiques de gestion efficientes soient des gages d'une économie dynamique.6

    En effet, le caractère épuisable et surtout rare du pétrole, fait qu'il est l'objet de conflits constants. De nombreuses guerres ont été déclenchées pour le contrôle de quelques réserves, ou pour assurer à quelque puissance un approvisionnement régulier malgré l'adoption par leurs partenaires de mesures protectionnistes.7 L'issue de celles-ci est souvent fonction de négociations où le grand vainqueur n'est pas toujours celui qui possède du pétrole.8 Même en l'absence de conflit militaire la situation de certains pays producteurs, plus particulièrement en Afrique et au Moyen Orient, n'est pas exempte de conflictualité. Les politiques de gestion, lorsqu'elles sont jugées inefficaces par une partie de la population, peuvent en effet constituer des sources

    1- Pierre Noel, « les Etats Unis et le pétrole : de Rockefeller à la guerre du Golfe », in Questions internationales n° 2- juillet-aout 2003. P 31.

    2 - idem.

    3 - André NOUSCHI, Pétrole et relations internationales depuis 1945, Armand colin, paris 1999. 4- Idem. P7.

    5 - Il existe de nos jours, de nombreuses théories qui se basent sur l'échec des politiques de développement basée sur l'exploitation des ressources naturelles, au cours de l'histoire, ou sur le destin tragique de plusieurs pays africains producteurs de pétrole pour justifier une certaine « malédiction des ressources naturelles ». Celles-ci seraient à la base d'une crise économique (Pays-Bas entre 1940 et 1950) ou de la prolifération des conflits (Angola, Nigéria, Congo, etc.) rendant ainsi impossible un développement par le pétrole.

    6 - Ian GARRY et Terry LYNN Karl, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief services, juin 2003.P 1.

    7 - Les cas des différentes campagnes militaires américaines dans le Golfe (1990 et 2003), des guerres du Biafra et au Congo Brazzaville sont autant cas pratiques de ces situations.

    8 - Nous pouvons citer à cet effet les cas des campagnes américaines en Irak ou de l'OTAN en Libye en 2012.

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    potentielles d'instabilité.9On assiste alors à la naissance de mouvements de contestation populaire qui peuvent se radicaliser, selon que les revendications qu'ils portent sont prises, ou non, en considération par les autorités politiques.

    Le Nigéria, premier producteur de pétrole d'Afrique,10avec une production se classant au sein des pays de l'OPEP directement derrière celles de l'Arabie Saoudite ; du Venezuela ; de l'Iran et des Emirats Arabes Unis, 11est une illustration de la vitalité du marché pétrolier dans le Golfe de Guinée. Au fil des années, sa production est demeurée relativement constante malgré une atmosphère sociale exécrable dans le delta du Niger, principale région pétrolière du pays. Cependant, il demeure un exemple du paradoxe caractéristique des pays pétroliers africains où une pauvreté extrême vient relativiser l'apport en matière de développement et de puissance des richesses naturelles. Selon le classement de l'Indice de développement humain du PNUD de l'année 2005, ce pays se classe à la 158 e place mondiale sur 177 pays.12 Cette situation n'a pas foncièrement changée, au regard des chiffres du dernier rapport de la même agence onusienne sur le développement en Afrique en 2012.13 En outre, la dangerosité de ses côtes et les nombreux coups de force militaires qui jalonnent son histoire, font de lui un des pays les plus instables du Golfe de Guinée. En effet, depuis le forage du premier puits de pétrole dans le pays en 1956, par les compagnies British Petroleum et Shell14, il a connu de nombreux moments de tensions certes localisées, mais d'une violence inouïe.15 Trois principaux facteurs favorisent la résurgence d'évènements déstabilisants dans le pays : la gestion de l'industrie pétrolière et des revenus qui en découlent par les autorités politiques centrales et locales ; l'attitude de prédation des acteurs transnationaux du secteur pétrolier nigérian ; et les velléités autonomistes et sécessionnistes de peuples autochtones des régions productrices.

    Au Nigéria, la gestion de l'industrie pétrolière est dévolue, en priorité, aux autorités politiques. En effet, selon la Land Use Act de 1978, l'Etat est le propriétaire de la terre, ceci en dépit des avantages dont pourraient se prévaloir les communautés locales en matière de droit foncier. En vertu de ce statut, il procède à l'exploitation des richesses naturelles dont recèlent les régions du pays et en assure le partage des bénéfices financiers à l'ensemble des Etats de la fédération. Dans le domaine de l'exploitation pétrolière, par exemple, la rente est redistribuée de manière à en faire profiter tous les nigérians quelque soit le statut de producteur ou non de leur Etat. Or,

    9- cf. L'interview du leader du MEND, JOMO GBOMO paru dans la brève du golfe de guinée, n° 002, oct. Nov. Déc. 2010, p.28.

    10 - Cf. annexe n° 8

    11- Ian Garry et Terry LYNN Karl, le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief services, juin 2003, p. 25.

    12 - Voir Philippe Sébille Lopez, « les hydrocarbures au Nigéria et la redistribution de la rente pétrolière », in Afrique contemporaine, n° 216, avril 2004, p.

    13 - Cf. PNUD, rapport sur le développement en Afrique 2012. Vers une sécurité alimentaire durable, PNUD 2012,

    14 p.

    14- Idem

    15 - Voir Amnesty International, Nigéria : pétrole, pauvreté et violence, éditions françaises d'Amnesty Interna-tional, Aout 2006 ; voir aussi Laurent FOUCHARD, « Violence et ordre politique au Nigéria », in Politique africaine, « le Nigéria sous OBASANJO. Violences et démocratie. » n° 106, Juin 2007, pp.5-28

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    ce qui est souvent constaté, c'est que les dirigeants politiques utilisent l'argent du pétrole pour se créer un cercle d'obligés au niveau local, gracieusement entretenus à coup de pétrodollars.16 La plupart des présidents nigérians n'ont pas réussi à sortir leur pays de la situation de rente dans laquelle il se trouve, et qui l'oblige à se servir de l'argent du pétrole, pour des buts plus politiques qu'économiques ou sociaux. De même, de nombreux membres des niveaux inférieurs17 de gouvernement (Etats fédérés, gouvernements locaux), dont la mission est de rapprocher la décision politique des populations, sont souvent accusés d'abuser de leurs positions de pouvoir pour s'enrichir personnellement. L'argent, alloué par l'Etat ou même par les multinationales pétrolières pour des projets de développement, est en grande partie détour-né18aggravant ainsi la pauvreté chez une majorité de nigérians.

    L'action des multinationales pétrolières constitue la seconde cause potentielle d'insécurité. Considérées par beaucoup comme des complices du pouvoir politique, celles-ci n'ont pas bonne presse au sein des masses populaires. Elles sont même souvent accusées de vouloir déstabiliser le pays pour préserver leurs intérêts. Lors de la guerre du Biafra (1967-1970), le groupe français ELF, avec la bénédiction des autorités politiques françaises, aurait par exemple armé les sécessionnistes et oeuvré, ainsi, à la partition du pays.19 Plus significatif encore, Loïk le Floch- Prigent, un ancien patron de la défunte multinationale affirme que « Elf est mise en oeuvre pour fonctionner comme une compagnie pétrolière [...] mais il s'agit également d'un prolongement de l'Etat.20». Cette mauvaise image des « majors » au Nigéria est aussi la conséquence de leurs bénéfices annuels énormes ressentis comme une injustice par les populations autochtones qui vivent, pour la plupart, dans la pauvreté. De même, la pollution par le déversement accidentel de pétrole, et par conséquent la destruction de l'habitat et des moyens de subsistances des populations,21 est une cause à la fois d'insécurité environnementale et de mécontentement dans la population.

    Le troisième et dernier facteur d'insécurité vient des populations habitants les zones d'exploitation. Celles-ci présentent leurs actes de rébellion au pouvoir central, comme autant de cris d'exaspération contre les politiques pétrolières mises en oeuvre depuis de nombreuses années et considérées par elles comme injustes et préda-trices.22Qu'il s'agisse des peuples Ogoni, Ibo ou Ijaw, les revendications sont les mêmes : décentralisation de la gestion du pétrole ; octroie en priorité et en majorité des revenus du pétrole aux populations des zones de production ; réparation des dé-

    16- C'est l'occasion de citer ici l'exemple du docteur Peter ODILI, ancien gouverneur l'état pétrolier de river qui possédait 500 taxis ! (Cf. UKOHA UKIWO, « le Delta du Niger face à la démocratie virtuelle du Nigéria » in Politique Africaine, n°106, juin 2007.P 128-147.

    17 - L'emploi de l'adjectif inférieur ici traduit, non pas l'importance mineure des Etats fédérés et des gouvernements locaux, mais la réalité fédérale qui est caractérisée par une administration publique à plusieurs niveaux.

    18 - Idem

    19 -François Xavier VERSHAVE, la françafrique. Le plus long scandale de la république, éditions STOCK, 1998. P 141-145.

    20 - LOIK le FLOCH- PRIGENT, Affaire Elf, Affaire d'Etat, Gallimard, 2001.P 61.

    21 -Cf. rapport d'Amnesty international cité par Loïc KOKUVI MOSSI, covalence Analyst paper, impacts des mu l-tinationales du pétrole sur l'économie du Nigéria.

    22- Cf. L'interview de JOMO GBOMO citée plus haut.

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    gâts causés par la pollution pétrolière, etc.23Lorsque le pouvoir central n'accède pas, ou de manière insuffisante, à ces demandes, c'est par des actes aussi divers que la piraterie, le terrorisme ou même par du vandalisme24que répondent les populations autochtones.

    L'importante production pétrolière du Nigéria le place au centre de nombreuses convoitises de la part de pays grands consommateurs de brut. Cette situation, qui est foncièrement porteuse d'insécurité, vient s'ajouter au péril causé par son environnement politique et social interne instable. C'est alors à une situation, sinon inédite, au moins particulière, que notre étude des enjeux énergétiques et de l'insécurité au Ni-géria nous permettra d'accéder.

    II- INTERET DU SUJET :

    Notre thème de recherche, sur la relation entre les enjeux énergétiques et l'insécurité au Nigéria, est d'un intérêt multiple à la fois théorique et scientifique ; stratégique et didactique.

    Aux plans théorique et scientifique, notre travail, qui est conduit par la théorie néoréaliste des relations internationales, veut démontrer que les Etats sont concur-

    rencés dans leurs domaines de souveraineté naturelle, ici dans la gestion du pétrole, par d'autres acteurs étatiques ou non. Cette concurrence, qui est fondée sur la recherche de l'intérêt, se joue souvent en la défaveur de l'Etat. Il est donc question pour nous, à travers l'exemple du Nigéria, de faire la description d'une situation qui est, plus qu'on ne veut l'admettre, commune à de nombreux pays africains riches en ressources naturelles.

    Au plan stratégique, notre sujet veut démontrer qu'en Afrique, plus particulièrement, les projets d'exploitation pétrolière sont toujours entourés de considérations

    géostratégiques. Les États-Unis, la France, l'Angleterre ou la Chine ne peuvent sérieusement être pris comme de simples clients du pétrole africain. Au regard de leurs réserves stratégiques, des projets géopolitiques qu'ils formulent sur le pétrole afri-cain25ou de leur histoire pétrolière récente, ces différents acteurs sont autant de pré-

    dateurs de l'énergie africaine. Il s'agit donc pour nous de démontrer que les relations pétrolières, entre acteurs africains et partenaires étrangers, vont au-delà des sphères

    économique et commerciale pour se retrouver en plein dans la géopolitique, voire dans la géostratégie.

    Notre travail revêt enfin un intérêt didactique. En effet, la valeur suprême de notre recherche est d'être utile. Il voudrait faire prendre conscience aux hommes politiques africains, en leur qualité de décideurs, mais aussi à tous les africains qu'il y a une autre manière de gérer les ressources naturelles. Il n'existe pas

    23 - Cf. Dossier : « De Isaac BORO au MEND : les figures du militantisme dans le Delta du Niger » in la brève du Golfe de Guinée, n° 002, oct. Nov. Déc. 2010.PP 18-23.

    24- Cf. Politique Africaine n° 106, le Nigéria sous OBASANJO violence et démocratie, KARTHALA, juin 2007, pp 528.

    25- voir « une nouvelle géopolitique du pétrole Africain » in revue Française de géopolitique n°2, Paris, Ellipses, 2004.P 241.

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    de « malédiction » du pétrole à proprement parlé, mais plutôt de mauvaises politiques de gestion de cette source d'énergie stratégique. « Enjeux énergétiques et insécurité dans le Golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées à la ruée vers le pétrole au Nigéria. » se veut une vitrine des réalités de l'univers pétrolier nigérian, à la disposition des africains, mais aussi de toute personne intéressée par les relations nord-sud.

    III- CLARIFICATION CONCEPTUELLE :

    Pour une meilleure analyse de notre sujet, nous allons procéder à une approche définitionnelle des concepts enjeux et enjeux énergétiques ; insécurité et me-

    naces.

    Selon le dictionnaire de français Larousse®, édition de l'année 2009, le terme enjeu désigne « ce qu'on peut gagner ou perdre dans une entreprise ». La définition de l'édition Maxipoche 2009 du même dictionnaire est plus expressive. Elle présente l'enjeu comme « ce que l'on peu gagner ou perdre en entreprenant quelque chose ». Vu sous cet angle, il est éminemment géostratégique. En effet, l'enjeu revoie à une

    démarche, à une action que l'on mène dans un objectif précis, défini à l'avance. Il représente l'initiative, qui intervient après la décision. En tant qu'art ayant pour but de

    transformer l'espace au mieux des intérêts de la puissance qui s'en sert,26 la géostratégie ne peut se comprendre sans l'existence d'enjeux. On pourrait même dire que la géostratégie est la science des enjeux, en ce sens que tout projet géostratégique, en

    plus des exigences de sa mise en pratique, doit avoir comme motivation des en-jeux.27

    Le terme « enjeu » est d'une importance capitale pour notre travail de re-

    cherche. En effet, il traduit, à notre sens, les motivations et les raisons profondes de la bataille pour l'énergie qui se joue au Nigéria. Pays africain à la production pétro-

    lière la plus importante, il constitue un axe prioritaire dans la stratégie des grands consommateurs. La relative ancienneté de sa production et les perspectives d'une augmentation de celle-ci, grâce au développement et à l'ouverture du marché pétro-

    lier nigérian, font du pays une destination très prisée par les consommateurs occidentaux, asiatiques et sud américains. Les enjeux sont alors tout ce que ces acteurs

    de l'univers pétrolier nigérian mettent dans l'affrontement qui s'y déroule. L'intérêt de ce concept est qu'il traduit à suffisance le caractère incertain de l'issue de tout conflit géostratégique, le rapport de force étant par essence dynamique.

    Les enjeux énergétiques, par extension, sont ceux qui ont trait à l'approvisionnement en énergie (ici en pétrole). Comme nous l'avons déjà dit plus haut, le pétrole est l'énergie stratégique par excellence.28Le rôle qu'il joue dans la civilisation de l'automobile dans laquelle nous vivons ; mais aussi dans le maintien et

    26 - Alain FOGUE TEDOM, la géostratégie, cours dispensé en maitrise de science politique à l'université de Yaoundé II Soa, p.26

    27 - Idem

    28 -Cédric LESTRANGE, Christophe-Alexandre PAILLARD, Pierre ZELENKO, Géopolitique du pétrole, éditions TECHNIP, 2005. P82.

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    la poursuite des efforts de guerre et dans l'industrie le traduit à suffisance. Il est un gage de sécurité et de puissance pour les nations stratégiquement avancées.

    Le concept d'insécurité, quant à lui, traduit l'idée de manque de sécurité.29 En effet, il y a insécurité lorsque la sécurité est absente ou insuffisante. Selon Gérard DUSSOUY, c'est la « [...] combinaison de menaces et de vulnérabilités- notions inséparables-30». Pour parler d'insécurité il faut donc, non seulement, qu'une ou des menaces soient clairement identifiées mais aussi qu'il existe des conditions favorisant leur réalisation. Pour DUSSOUY, on peut recenser quatre principaux types d'insécurités: militaire, politique, sociétale et économique.31

    Dans le cas qui nous intéresse, l'insécurité est à la fois fonction de facteurs endogènes et exogènes. Le premier facteur endogène d'insécurité au Nigéria est le passif colonial. Comme la plupart des pays africains, le Nigéria souffre d'une extraversion étatique.32L'Etat, qui est l'héritage de la colonisation anglaise, n'est pas suffisamment ancré dans les réalités sociologiques et anthropologiques du pays. Cela cause un sentiment de frustration et de révolte qui est plus perceptible au sein des populations autochtones des zones pétrolifères. La politique de redistribution de la rente, la radicalisation du militantisme dans le delta du Niger, l'attitude de captation des revenus pétroliers, constituent d'autres facteurs endogènes d'insécurité.

    Les facteurs exogènes d'insécurité sont tout aussi nombreux. Les enjeux énergétiques des grandes puissances qui pèsent sur le Nigéria, sont autant d'« épées de Damoclès » sur la tête des dirigeants politiques. S'ils ont pu garder une haute main sur les procédures d'attribution des permis d'exploration et d'exploitation, l'entrée dans l'univers pétrolier nigérian de partenaires internationaux, aussi divers qu'incontrôlables, a abouti à l'encerclement géostratégique du pays. L'irresponsabilité des multinationales pétrolières, les fluctuations des prix du baril de pétrole sur le marché international, l'inconsistance de la tutelle des IFI sont d'autres causes exogènes d'insécurité.

    Le terme menace désigne un danger qui ne cesse d'inquiéter.33 Il désigne un phénomène à la fois néfaste et permanent. Les menaces présentent dans l'univers pétrolier nigérian sont nombreuses. Celles qui nous intéressent, dans le cadre de notre recherche, sont le fait des nombreux enjeux sur le pétrole nigérian. Elles résultent du fait que la satisfaction des intérêts d'un acteur géostratégique se fait toujours au détriment de ceux des autres.

    29 - Dictionnaire Larousse®, édition Maxipoche 2009, mai 2008.

    30 -Gérard DUSSOUY, Quelle géopolitique au XXIe siècle ? Éditions Complexe, 2001.P

    31 - Idem

    32 - Cf. Alain FOGUE TEDOM, Enjeux géostratégiques et conflits politiques en Afrique Noire, l'Harmattan, 2008. P 175.

    33 - Dictionnaire Encarta® 2009, Microsoft corporation, 2008.

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    IV- DELIMITATION SPACIO TEMPORELLE DU SUJET :

    Notre objet de recherche se veut précis et spécialisé. Par conséquent, il connaît une limitation, à la fois, dans l'espace et au niveau de l'époque prise en considération.

    A- Délimitation spatiale :

    Présentation sommaire du Golfe de Guinée :

    Le Golfe de Guinée peut être considéré comme une des régions pétrolières les plus stratégiques d'Afrique et du monde. Géographiquement, il couvre toute la zone côtière allant du cap des Palmes, entre le Libéria et la Côte d'ivoire au nord et le cap Santa Maria sur le littoral sud de l'Angola.34Le Nigéria, Sao tome et principe, le Gabon, le Cameroun, la Guinée Equatoriale, le Congo, l'Angola et la République Démocratique du Congo constituent, dans le cadre de la Commission du Golfe de Guinée (CGG), les limites institutionnelles de cet espace géographique.35

    Pour des raisons pragmatiques, nous nous attacherons à la réalité géographique du Golfe de Guinée, plutôt qu'à son aspect politique et institutionnel. Cette partie de l'Afrique compte alors, en son sein, de grands producteurs de pétrole (Nigé-ria, Angola, Guinée Equatoriale), des producteurs moyens (Ghana, Côte d'ivoire), des futurs producteurs (Sao Tome et principe), et d'anciens producteurs aux réserves déclinantes, mais tout aussi importantes (Gabon, Cameroun, Congo). Selon Yate Douglas A., sur huit milliards de barils découverts en 2001, sept l'ont été dans le Golfe de Guinée.36 Les réserves prouvées de pétrole y étaient estimées en 2003 à 24 milliards de barils37 faisant de lui « le premier pôle mondial de production en offshore très profond ».38

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    34 - Cf. Etanislas Ngodi, Pétrole et géopolitique en Afrique centrale, L'Harmattan, 2008, p.13.

    35- Voir Come Damien George Awoumou, « Le Golfe de Guinée face aux convoitises », in Enjeux n° 22, janvier-mars 2005.

    36 - Yate Douglas A. « Nouvelles tendances des investissements directs étrangers dans les pays pétroliers du Golfe de Guinée », conférence sur le pétrole dans le Golfe de Guinée, Friedrich Ebert Stiftung, Yaoundé, octobre 2003.

    37- J. Christophe Servant, « offensive sur l'or noir Africain : une priorité stratégique » in le Monde diplomatique, Paris, janvier 2003.

    38 - Idem.

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Fig.1 : Carte du Golfe de Guinée :

    Source : Microsoft® Encarta® 2009, Microsoft corporation, 2008

    Présentation du Nigéria :

    Le Nigéria est un pays d'Afrique, situé au coeur du Golfe de guinée, sur un territoire de près de 923 768 km2.39 Il est limité au nord par le Niger, à l'est par le Tchad et le Cameroun, et à l'ouest par le Bénin. Le relief du pays est constitué, principalement, de vastes plateaux, de plaines et de montagnes. Il est traversé par de nombreux cours d'eaux, dont les plus importants sont le Niger et la Bénoué.

    Sur le plan politique, le Nigéria est un Etat fédéral, composée de 36 Etats fédérés et de plus de 700 gouvernements locaux. La ville d'Abuja en est la capitale administrative. Elle se trouve dans un territoire situé au centre géographique du pays, et au point de rencontre des trois grandes régions du pays. Lagos, est la plus grande ville du pays, son principal centre économique, l'un des principaux ports et une des villes les plus peuplées.40 La langue officielle du Nigéria est l'anglais.

    39 - Cf. « Nigéria », Microsoft® Encarta® 2009, Microsoft corporation, 2008

    40 - Idem.

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Fig.2 : Carte du Nigéria.

    Source : Microsoft® Encarta® 2009, Microsoft corporation, 2008

    B- Délimitation temporelle :

    Du point de vue chronologique, notre travail se concentre sur la gestion des ressources pétrolières au Nigéria dans une perspective longitudinale, tout en insistant sur l'actualité de nos informations. Par conséquent, si notre recherche fait référence de temps à autre à des évènements éloignés dans le temps, elle se spécifie à la fin des années 1970 (plus précisément à l'année 1979) et le début des années 1990, jusqu'en 2012. Cette limite temporelle se justifie par une volonté de rendre compte de manière claire des changements majeurs dans l'univers pétrolier Nigérian. En effet, malgré le début de l'exploitation du pétrole dans le pays en 1956 et la guerre du Biafra (1967-1970), celui-ci ne deviendra réellement un enjeu énergétique et politique qu'entre 1979 et 1990, avec le second choc pétrolier et les troubles dans le Golfe Persique qui accélèreront le redéploiement américain en Afrique.41Les régimes militaires successifs au Nigéria au cours de cette période permettront, par leur gestion opaque du pétrole, un déploiement géostratégique des grands consommateurs que le retour à la démocratie, à partir de 1999, a depuis de la peine à juguler.

    V- REVUE DE LA LITTERATURE :

    Notre recherche s'inscrit dans la continuité de travaux antérieurs, traitant, pour l'essentiel, du caractère stratégique de l'industrie pétrolière. L'étude minutieuse des

    41 - Voir « le président américain en Afrique » in l'autre Afrique n° 42 du 25 au 31 mars 1998, 9-15.

    Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 10

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    nombreux ouvrages lus, nous a permis de faire ressortir les principaux thèmes abordés. Il s'agit, pour l'essentiel, du caractère conflictuel de l'univers pétrolier, de la pauvreté dans les pays producteurs du Golfe de Guinée, des conséquences environnementales de l'exploitation pétrolière, de l'inadéquation des politiques de gestion du pétrole et de la rente en Afrique noire, du statut stratégique du Golfe de Guinée et du rôle politique et géostratégique des multinationales pétrolières.

    De nombreux auteurs ont abordé le thème de la conflictualité dans l'univers pétrolier, en insistant sur l'incompatibilité des intérêts comme source des conflits, entre les acteurs. Cédric LESTRANGE, Christophe-Alexandre PAILLARD et Pierre ZE-LENKO, ont par exemple évoqué, dans leur ouvrage Géopolitique du pétrole42, le caractère belligène de certains pays pétroliers, notamment africains. Ils considèrent que la production du pétrole y constitue, généralement, un facteur aggravant des crises déjà existantes.43 Dans le même ordre d'idées, Gérard DOSSOUY, dans son ouvrage intitulé Quelle géopolitique au XXIe siècle ?44 revient sur l'importance stratégique du marché pétrolier, en insistant sur le rôle qu'y jouent les Etats-Unis. Il estime alors que l'ère pétrolière est loin de toucher à sa fin et que, par conséquent, les conflits liés au contrôle de cette ressource, non renouvelable, sont appelés à se multiplier. Michel KOUNOU se spécifie, quant à lui, aux conflits que peut engendrer, en Afrique au Golfe de Guinée, une mauvaise gestion du pétrole. Il met ainsi, dans son livre Pétrole et pauvreté au sud du Sahara,45 les dirigeants politiques africains face à leurs responsabilités dans la violence qui sévit dans nombre de pays pétroliers de la région.

    Le Professeur Michel KOUNOU évoque, dans ce même ouvrage, le thème de la pauvreté. Il reconnait ainsi qu'il s'agit d'un paradoxe qu'il convient de dénoncer pour susciter une meilleure gestion des revenus pétroliers en Afrique. Deux autres auteurs, Ian GARRY et Terry Lynn KARL, dans leur rapport intitulé Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique,46 résument sous l'appellation « paradoxe de l'abondance » toute l'incongruité de l'indigence de nombreux pays africains pétroliers, malgré l'importance des sommes qu'ils engrangent chaque année.

    La « misère du pétrole » est un thème qui a été grandement abordé dans les ouvrages que nous avons lus. S'il s'est agi pour certains auteurs de ne s'en tenir qu'à l'aspect économique et social de la mauvaise gestion du pétrole en Afrique, d'autres ont également évoqué l'aspect environnemental de celle-ci. L'ONG Amnesty International est revenue, dans le cadre d'au moins deux rapports,47 sur la pollution provoquée par l'incurie dont bénéficient certains acteurs du secteur pétrolier nigérian.

    42 -Cédric LESTRANGE, Christophe-Alexandre PAILLARD, Pierre ZELENKO, Géopolitique du pétrole, Paris, édi-tions Technip, 2005, 259 p.

    43 - Cf. p. 153

    44 - Gérard DUSSOY, Quelle géopolitique pour le XXIe siècle ?, éditions complexe, 2001, 405 p.

    45 Michel KOUNOU, Pétrole et pauvreté au sud du Sahara, Yaoundé, éditions Clé.

    46 - Ian Garry et Terry Lynn Karl, le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, Catholic Relief Services, Juin 2003, 102 p.

    47 - Cf. Amnesty International, CEHRD, La vraie « tragédie ». Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le delta du Niger, Amnesty International, novembre 2011, 54 p. et Amnesty International, Pétrole, poll u-tion et pauvreté dans le delta du Niger, Amesty International, juin 2009.

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Celle-ci a plongé un nombre important de nigérians dans une situation de misère intenable, doublée d'une incapacité à vivre dans un environnement sain. Michel KOU-NOU, Cédric LESTRANGE et al. décrivent également, dans leurs ouvrages suscités, cette pollution de tous les instants dont sont victimes nombre de populations africaines.

    Le thème de la responsabilité des autorités politiques africaines, dans la faiblesse des résultats sociaux du pétrole, est repris par de nombreux auteurs au rang desquels figure Etanislas NGODI. Celui-ci affirme, dans son ouvrage Pétrole et géo-politique en Afrique centrale,48 que la prédation autour des revenus du pétrole est due à la crise de l'Etat dans les pays producteurs. Il démontre ainsi que les dirigeants africains ont une part de responsabilité dans le faible impact économique et social du pétrole. C'est également l'avis de Michel KOUNOU dans son article intitulé « paradoxes et misères du pétrole africain ».49 Les ouvrages d'Amnesty International, d'Ian GARRY et de Terry Lynn KARL, évoqués plus haut, reviennent également sur l'implication des politiques africains dans la mauvaise gestion du secteur pétrolier.

    S'il la responsabilité des dirigeants politiques, dans la pauvreté de nombreux pays africains, est incontestable, c'est bien à cause de la gestion inadéquate qu'ils font de l'industrie pétrolière et de ses revenus. Au Nigéria, cette situation est à l'origine d'une violence de tous les instants qui est le fait, à la fois, des responsables politiques et militaires et des populations des régions pétrolières désabusées. C'est pour cette raison que de nombreux auteurs ont voulu insister sur la violence, qui semble structurer la société nigériane. Dans son article intitulé Violences et ordre politique au Nigéria50, Laurent FOURCHARD revient sur la violence qui caractérise souvent la relation entre l'Etat et les populations habitant les régions pétrolifères. Il insiste sur l'origine sociale du conflit entre ces deux entités, et sur la promptitude à la violence qui est constatée. Sylvie FANCHETTE estime, pour sa part, que ce sont les rivalités de pouvoir, les revendications territoriales et les décisions pétrolières qui constituent les ferments de la violence au Nigéria.51 Elle n'hésite pas à rentrer dans l'historique de l'économie nigériane, pour expliquer les troubles qu'a produit l'exploitation du pétrole dans la vie de nombreux peuples autochtones. Alexandra GEISER dans Nigéria52 revient sur la déliquescence de la société nigériane ; tandis qu'Amnesty International relate, dans une de ses publications,53 l'horreur et la désolation qui résulte, généralement, des interventions de la soldatesque, aux ordres d'Abuja, lors de manifestations de revendication des populations.

    48 - Etanislas NGODI, pétrole et géopolitique en Afrique centrale, L'Harmattan, 2008, 255p.

    49 - Cf. Michel KOUNOU, « Paradoxes et misères du pétrole africain. » in Enjeux n°36, juillet 2008.

    50 - Voir Laurent FOURCHARD, « Violences et ordre politique au Nigéria. », in Politique africaine, « Le Nigéria sous OBASANJO. Violences et démocratie. », N° 106, juin 2007, pp.5-28.

    51 - Cf. Sylvie FANCHETTE, « Le delta du Niger (Nigéria) : rivalités de pouvoir, revendications territoriales et ex-ploitation pétrolière ou les ferments de la violence. », in Hérodote n° 121, la découverte, 2e trimestre 2006, pp. 190- 219.

    52 - Voir Alexandra GEISER, Nigéria, Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR), 2010, 24 p.

    53 - Voir Amnesty International, Nigéria : pétrole, pauvreté et violence, éditions françaises d'Amnesty Interna-tional, Aout 2006.

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Le Golfe de Guinée est une région pétrolière stratégique. C'est une certitude que l'on acquiert, à la lecture des articles de Côme Damien AWOUMOU, WULLSON MVOMO ELA et Honoré le LEUCH.54 Ceux-ci démontrent, par des arguments différents, le caractère incontournable du Golfe de Guinée dans la géopolitique et la géostratégie mondiales du pétrole. Il n'est donc plus question d'une zone au faible poids stratégique, mais d'une région au centre de nombreux enjeux de puissance et de sécurité de la part des grands consommateurs de pétrole. L'attractivité du Golfe de Guinée apparait donc comme une évidence qu'affirment des auteurs tels qu'Olivier CHARNOZ, Philippe COPINSCHI, Pierre Noel, François LAFARGUE et Alain FOGUE TEDOM55 ; en insistant sur les manoeuvres des grandes puissances pour s'y installer durablement, et sur les conséquences de celles-ci sur la stabilité et le développement économique des pays africains.

    Si notre recherche s'est grandement inspirée des travaux évoqués plus haut, elle s'en démarque à plus d'un titre. En effet, l'objectif de notre travail est d'établir le lien qui existe, au Nigéria en particulier, entre enjeux énergétiques et insécurité. Il s'agit pour nous, de présenter le dynamisme de l'industrie pétrolière comme un facteur susceptible d'exacerber l'insécurité, en cas de faillite de l'Etat. L'extraversion étatique constitue le terreau sur lequel viennent germer toutes sortes de phénomènes, constituant des menaces à la stabilité politique, économique, sociale et environnemental du pays. Nous insistions également sur l'insécurité multiforme du pétrole au Nigéria, en évoquant la responsabilité de chacun des acteurs du secteur. Il ne s'agit pas, seulement, de jeter l'opprobre sur les responsables politiques et les multinationales pétrolières, mais aussi de souligner l'insécurité dont peuvent être porteurs les enjeux énergétiques des groupes militants, et des populations des régions pétrolières. Notre travail se veut, enfin, prospectif. En cela, il aborde le thème de l'avenir du premier producteur de pétrole d'Afrique, en jugeant de sa capacité à atteindre ses objectifs de développement à l'aune des limites constatées dans la gestion de son industrie pétrolière, et des questions économiques et démographiques.

    VI- PROBLEMATIQUE :

    Selon QUIVY R. VAN et CAMPENHOUDT L. la problématique est l'approche ou la perspective théorique qu'on décide d'adopter pour traiter le problème posé par la question de départ. Elle est une manière d'interroger les phénomènes étudiés.56

    54 - Cf. Côme Damien AWOUMOU, « Le Golfe de Guinée face aux convoitises. » in Enjeux n°22, janvier-mars 2005 ; Wullson MVOMO ELA, « Pétro stratégie et appel d'empire dans le Golfe de Guinée », in Enjeux n°22, janvier-mars 2005 et Honoré LE LEUCH « Le pétrole et le gaz naturel en Afrique : une part croissante dans l'approvisionnement énergétique mondial », in Géostratégie n°25, octobre 2009.

    55 - Cf. Olivier CHARNOZ, « Le pétrole africain : des clés pour comprendre. » in Afrique contemporaine, Afrique et développement. Dossier : le pétrole en Afrique, De Boeck et Larcier S.A 2006, pp.19-29 ; Philippe COPINSCHI et Pierre Noel, « L'Afrique dans la géopolitique mondiale du pétrole. », in Afrique contemporaine, Afrique et développement. Dossier : le pétrole en Afrique, De Boeck et Larcier S.A 2006, pp.29-43 ; François LAFARGUE, « Etats-Unis, Inde, Chine : rivalités pétrolières en Afrique. », in Afrique contemporaine, Afrique et développement. Dossier : le pétrole en Afrique, De Boeck et Larcier S.A 2006, pp.43-57 et Alain FOGUE TEDOM, Enjeux géostratégiques et conflits politiques en Afrique noire, L'Harmattan, 2008.

    56 QUIVY, R, Van, Campenhoudt L. Manuel de recherche en sciences sociales, 2ème, édition, paris, DUNOD, 1995, p.85.

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Pour Michel BEAUD dans l'art de la thèse57 il n'existe pas de bon mémoire ou de bonne thèse, sans une problématique judicieusement élaborée. Il s'agit alors d'interroger le sujet, autant dans ses fondements que dans sa nécessité.

    Le Nigéria est le plus grand producteur de pétrole d'Afrique58 et compte parmi les quinze plus grands producteurs au monde.59 Cette situation le rend incontournable dans toute étude sérieuse des « mondes » du pétrole. L'attractivité de son marché pétrolier est due à plusieurs raisons, notamment l'absence de nationalisation des réserves pétrolières, les régimes contractuels incitatifs, l'importance des gisements récemment découverts et la situation des gisements, de plus en plus, offshores.60 Malgré les propos de Philippe COPINSCHI et Pierre NOEL, selon lesquels il n'existerait pas de concurrence entre puissances pour l'accès au pétrole afri-cain,61 il nous semble impossible de voir la « bataille » entre compagnies étrangères en Afrique comme un simple fait de marché. Il s'agit, à notre avis, d'une véritable confrontation stratégique entre grands consommateurs de pétrole à la recherche de sécurité énergétique et de puissance. La responsabilité de ces derniers, dans l'échec des initiatives visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, traduit du caractère insidieux et pernicieux de la ruée vers le pétrole.

    Le Nigéria constitue un des marchés pétroliers les plus attractifs d'Afrique. Le pétrole occupe dans l'économie de ce pays une place non négligeable (40% du PIB, 95% des exportations, 70 à 80% des recettes fiscales.62). Il est pour l'essentiel dans ses relations économiques avec les Etats-Unis63 et avec d'autres grands consommateurs de pétrole. Cette vitalité économique contraste, cependant, avec la grande insécurité que connait le pays au niveau de ses Etats pétroliers. En effet, la région du Delta du Niger, d'où provient la majeure partie du pétrole nigérian, est réputée pour le danger de ses côtes et l'intensité qu'y ont les activités terroristes. Les milices qui y sont présentes s'attaquent, en priorité, aux plates formes et terminaux pétroliers et aux pipelines. Les enlèvements d'ouvriers du secteur pétrolier et le siphonage des pipelines y sont monnaie courante.64Ces actes ne sont pas sans incidence sur la production pétrolière nationale. En 2009, par exemple, ils ont provoqué la baisse de la production journalière de 2,1 millions de barils à 1,6 millions.65

    De nombreux facteurs constituent des sources potentielles de conflit dans le Delta du Niger. Les populations autochtones se sentent, pour la majorité, exclues du

    57-Michel BEAUD, l'art de la thèse, la découverte, Paris, 1985, 2003. P 38.

    58 -- Ian Garry et Terry LYNN Karl, le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief services, juin 2003. P 25.

    59 - La brève du Golfe de Guinée, n° 002, oct. Nov. Déc. 2O1O, P. 16

    60 - J. Christophe Servant, « offensive sur l'or noir Africain : une priorité stratégique » in le monde diplomatique, Paris, janvier 2003, op.cit. par Michel KOUNOU, Pétrole et pauvreté au sud du Sahara, éditions clé, 2006.P22.

    61 - Philippe COPINSCHI et Pierre NOEL, « l'Afrique dans la géopolitique mondiale du pétrole » in Afrique contemporaine, Afrique et développement, éditions de BOECK et LARCIER S.A, 2006. P 41.

    62- Philippe SEBILLE-LOPEZ, « les hydrocarbures au Nigéria et la redistribution de la rente pétrolière » in Afrique contemporaine. P

    63- Idem

    64- Politique Africaine, n°106 « le Nigéria sous OBASANJO. Violences et démocratie », KARTHALA, juin 2007.

    65- Cf. La brève du Golfe de Guinée, n° 002, oct. Nov. Déc. 2O1O. P 4.

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    partage des revenus du pétrole. Elles vivent, pour l'essentiel, dans un état de grande pauvreté et de précarité. Face à ce qu'elles considèrent comme un manque de réactivité des autorités politiques, les plaintes passives font place au militantisme engagé et souvent violent. Les conséquences sécuritaires sont alors dramatiques, avec, entre autre, une atmosphère de tension quasi permanente dans la région. Le comportement des politiques qui s'enrichissent sur le dos des populations66 et celui des compagnies pétrolières qui réalisent souvent leurs activités au détriment de celles des populations locales,67 participent de la radicalisation des populations du Delta du Niger.

    La grande attractivité du Nigéria et les répercussions sécuritaires qui en découlent, constituent le noeud de notre recherche. Il s'agit pour nous, de nous interroger sur la relation entre l'activité des compagnies pétrolières au Nigéria, la gestion du pétrole par les autorités politiques et la radicalisation du militantisme dans le Delta du Niger. L'approche géostratégique, que nous convoquerons au cours de notre travail de recherche, nous permettra de démontrer que le Nigéria est l'objet de véritables projets géostratégiques de la part des grands consommateurs de pétrole. Les intérêts économiques seraient alors au service d'intérêts géostratégiques destinés à faire de l'Afrique subsaharienne, et donc du Nigéria, un allier de revers par rapport à l'Arabie Saoudite68 (pour les Etats-Unis), une preuve de son statut de puissance énergétique et stratégique mondiale (pour la Chine et l'Inde) ou une base nécessaire à la préservation de ses intérêts dans la sous-région (France, Pays-Bas, Angleterre). Cette approche analytique, tout en rendant compte de l'encerclement géostratégique du Golfe de Guinée pétrolier, nous aidera à faire ressortir les intérêts politiques, économiques et surtout stratégiques qui sous-tendent la gestion du pétrole par les hommes politiques, mais aussi le militantisme dans la région du Delta du Niger. Ainsi, la question centrale autour de laquelle gravite notre recherche est la suivante : Les nombreux enjeux autour de la ruée vers le pétrole dans le Golfe de Guinée, et au

    Nigéria en particulier, ne sont ils pas autant de causes d'insécurité, à l'heure de l'échec d'une véritable transition énergétique au plan mondial ? En outre, la situation du Nigéria donne à voir un pays aux potentialités pétrolières importantes, incapable de s'affirmer comme un acteur géostratégique autonome. N'existe-t-il pas de rapport entre la dépendance du Nigéria aux revenus pétroliers et son assujettissement stratégique ? Le plus grand producteur d'Afrique est interpellé par les exigences de son statut politique et économique régional, et par les exigences du développement durable. Quelles incidences l'administration inefficace du secteur pétrolier nigérian a-t-il sur la capacité du pays à faire face aux défis de son développement, mieux, de son émergence ?

    66- UKOHA UKIWO, « le Delta du Niger face à la démocratie virtuelle du Nigéria » in Politique Africaine n° 106, KARTHALA, juin 2007.

    67- Cf. rapport d'Amnesty international cité par Loïc KOKUVI MOSSI, covalence Analyst paper, impacts des multinationales du pétrole sur l'économie du Nigéria.

    68 - Voir Alain FOGUE TEDOM, la géostratégie, cours dispensé en maitrise de science politique à l'université de Yaoundé II Soa, p.34

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    VII- HYPOTHESE DE TRAVAIL :

    L'hypothèse est une proposition de réponse à la question posée. Elle tend à formuler une relation entre des faits significatifs.69 Il s'agit d'une réponse provisoire aux questions soulevées par la problématique.

    Notre travail de recherche a pour ambition d'établir la relation qui existerait, dans le cas du Nigéria, entre activité pétrolière et insécurité. Par conséquent, l'hypothèse centrale, qui soutien notre analyse, est la suivante : les multiples enjeux sur le pétrole nigérian seraient à la base de l'insécurité qui y prévaut. La volonté de chaque acteur du secteur de vouloir contrôler le circuit pétrolier au détriment des autres forces en présence, serait la principale source des conflits. En outre, la dépendance du Nigéria aux revenus pétroliers, en raison de la politique du tout pétrole, qui serait celle de ses dirigeants, aurait un lien avec son assujettissement stratégique aux grands consommateurs. Il serait alors possible d'affirmer, que la place importante qu'occupe le pétrole dans la société nigériane constitue une cause de sa dépendance stratégique. Enfin, la gestion inefficace et inappropriée de l'industrie pétrolière, et de la rente qui en découle, aurait des conséquences majeures sur la capacité du pays à faire face aux défis qui l'interpellent aujourd'hui. Il serait alors inapte à saisir l'enjeu des défis que pose son développement et, par conséquent, loin de pouvoir s'affirmer comme une puissance régionale, voire mondiale.

    VIII- APPROCHE THEORIQUE ET METHODOLOGIQUE : A- APPROCHE THEORIQUE :

    La notion de théorie présuppose une ambition scientifique.70Elle exige l'organisation des connaissances de manière systématique et cohérente. Elle oblige le chercheur à construire ou à développer des concepts, à formuler des hypothèses en précisant les variables pertinentes et leur hiérarchie, en établissant des procédés de recherche dont les résultats doivent pouvoir être validés rationnellement par le biais du contrôle.71La théorie est donc une sorte de lanterne qui éclaire le chemin du chercheur vers la connaissance. Il existe une multitude de théories dans le domaine des sciences sociales. Les relations internationales, en tant que branche autonome des sciences sociales, en comptent plusieurs dont le renouvellement s'est fait au fil des années. La sous-discipline dans laquelle s'inscrit notre travail étant la géostratégie, nous pourrons user à souhait du riche patrimoine théorique de la science des relations internationales.

    69 - Madeleine GRAVITZ, Méthodes de sciences sociales, Paris, Dalloz, 11e édition, 2001, p.398

    70- Lucien SEDAR EFANGON, cours de sociologie des relations internationales, maitrise de science politique année académique 2009-2010, université de Yaoundé II SOA.

    71- Idem

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    La géostratégie est définie comme une explication et une justification des objectifs stratégiques par l'action déterminante de la géographie.72C'est une discipline et un art dont le but ultime vise la transformation de l'espace adverse au mieux des intérêts de la puissance qui s'en sert.73La notion d'intérêt est indissociable de la géostratégie. Cette association quasi naturelle, entre réflexion géostratégique et intérêt, fait apparaitre la discipline comme profondément réaliste. Le conflit serait alors sui generis aux relations entre les Etats, qui sont les principaux acteurs présents sur la scène internationale. La difficulté pour la seule théorie réaliste de rendre compte globalement des manoeuvres géostratégiques, nous amène à lui associer la théorie néoréaliste. Des auteurs comme Robert KEOHANE et Joseph NYE, ont abordé ce renouveau du réalisme sous le terme d'« interdépendance complexe »,74 qui reconnait la sensibilité et la vulnérabilité croisées des Etats sur certains enjeux auxquels participent également les firmes multinationales, les groupes de pression, les organisations internationales75 et même les individus. Malgré le fait que certains auteurs pensent qu'il n'existe pas de véritables démarcations entre théorie réaliste et néoréaliste des relations internationales,76 force est d'admettre qu'une frontière, même ténue, sépare les deux conceptions des relations supra nationales et transnationales. Ainsi, contrairement à son aînée, la théorie néoréaliste se rapproche, par certains points, de la conception libérale des relations internationales. Elle admet la vacuité de l'idée selon laquelle l'Etat a le monopole de la représentation internationale accordant, par le même fait, plus de considération aux autres acteurs de la scène internationale. Elle reste, cependant, fidèle à des idées comme la capacité exclusive de l'Etat à maintenir l'ordre sur la scène internationale, l'existence d'une compétition dans laquelle les Etats sont en quête de gains relatifs dans un jeu à sommes nulles, et accorde une importance majeure aux questions de sécurité et de puissance.77

    Notre travail de recherche, qui se spécialise dans l'étude de l'univers pétrolier nigérian, fait la part belle à la relation qui existe entre tous les acteurs de celui-ci que sont l'Etat, les multinationales et les populations autochtones des régions pétrolières. La théorie néoréaliste des relations internationales nous permettra de démontrer la prégnance de considérations géostratégiques dans le comportement de tous ceux-ci. Les puissances sont entièrement engagées dans cette bataille pour l'énergie par le truchement des firmes multinationales. A l'heure du « pétrole-roi », il serait naïf de ne pas reconnaître la main des Etats derrières les « majors » et les « juniors ». Les compagnies pétrolières, en tant que personnes morales, sont également des acteurs de « terrain » non négligeables, au regard du rôle majeur qu'elles jouent dans la mise du pétrole sur le marché. Les Ijaw, les Ogoni, et toutes les populations originaires du

    72- François GERE, Dictionnaire de la pensée stratégique, Larousse, 2000. P

    73- Op.cit.

    74-Robert KEOHANE ET Joseph NYE, Transnational relations and world politics, powers and interdependence,

    1977.

    75 - Idem

    76 - Cf. Lucien SEDAR EFANGON, cours de sociologie des relations internationales, maitrise de science politique année académique 2009-2010, université de Yaoundé II SOA.

    77- Idem.

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    Delta du Niger pétrolier occupent également une place de choix dans la chaîne des acteurs.

    B- CADRE METHODOLOGIQUE :

    S'il est admis que c'est par la méthode de recherche que l'on juge de la scientificité d'un travail, il est plus difficile de savoir laquelle adopter. Pour Paul FEYERA-BEND, à cause de la nature anarchique de la science et du caractère complexe de l'environnement dans lequel s'exerce celle-ci, l'anarchie méthodologique, favorable à la créativité, est la méthode par excellence.78 Pour lui, la connaissance scientifique ne saurait s'encastrer dans des règles strictes. Le monde qu'explore le chercheur lui étant inconnu, il doit rester ouvert à toutes les options méthodologiques, sans limite à l'avance.79Or, pour certains chercheurs, l'orthodoxie scientifique voudrait que l'on soit fidèle à une seule méthode. Les méthodes quantitatives qui « comptent » seraient incompatibles à celles qualitatives qui « racontent ». Dans le cadre de notre travail de recherche, nous nous inspirerons des propos de Jean Pierre Olivier de SARDAN se-lon lesquelles « l'enquête idéale ...devrait combiner qualitatif et quantitatif et qu'il ne saurait être question d'opposer l'un à l'autre »80. Nous ferons par conséquent large usage, à la fois, de méthodes quantitatives et qualitatives.

    Les méthodes quantitatives, plus en vue dans la science politique d'origine anglo-saxonne, ont pour objectif de rendre plus scientifique la réflexion sur des phénomènes sociaux. Il s'agit de faire entrer, dans le travail des sociologues, des anthropologues et autres chercheurs en science sociale, des outils mathématiques et statistiques. Ceci, pour quantifier ce qu'on a constaté et justifier ce qu'on avance comme point de vue. Nous convoquerons l'outil statistique pour présenter, de manière claire et précise, la réalité pétrolière nigériane. Nous nous servirons également de l'arithmétique, sans provoquer, par un usage abusif de cette méthode, une trop grande technicité de notre recherche et une surcharge des données.

    En ce qui concerne les méthodes qualitatives, nous nous inspirerons en priorité de la méthode fonctionnelle. Nous essayerons, par exemple, de démontrer le rôle non négligeable du pétrole dans la quête mondiale de puissance. Nous reviendrons sur son rôle lors des grands conflits mondiaux, des chocs de 1973 et 1979 et dans le processus de modernisation de notre société. Ensuite, nous évoquerons la place du Nigéria, en tant que marché « marginal », dans la volonté occidentale d'équilibrer le marché du pétrole et de réduire l'importance du golfe Persique dans l'approvisionnement mondial. D'autres méthodes qualitatives seront convoquées, dans la mesure du possible, pour nous permettre de mieux structurer scientifiquement notre recherche.

    78- Paul FEYERABEND, Contre la méthode, esquisse d'une théorie anarchiste de la connaissance, SEUIL, 1979. 79-Idem

    80- Jean Pierre SARDAN, La rigueur du qualitatif, P.11

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    IX- TECHNIQUES DE COLLECTE DES DONNEES :

    La collecte des données est un des moments les plus fastidieux d'un travail de recherche. Il s'agit d'effectuer le nécessaire déplacement du simple cadre des idées à celui des réalités du terrain. C'est un moment qui est incontournable pour tous ceux qui se réclament du positivisme. Dans le cadre de notre travail de recherche, nous avons utilisée la méthode dite de recherche documentaire. Il a été question, pour nous, de consulter les ouvrages, les revues, rapports et les articles ayant trait à notre sujet de recherche. Notre fréquentation des centres de lecture et de documentation comme la fondation Paul ANGO ELA, le CAPED, ou l'INSTITUT FRANÇAIS nous a été d'un grand apport à cet effet. A cause de la relative insuffisance des données livresques sur le pétrole au Nigéria dans les centres de recherches de notre pays, nous avons utilisé l'outil Internet, qui est une banque de données plus ou moins fiables. Des rapports d'institutions nigérianes ou internationales, d'organisations non gouvernementales, et de multinationales pétrolières nous ont aussi aidés dans notre quête d'informations. Les anciens travaux sur le pétrole ou sur les objectifs de la stratégie des grandes puissances en Afrique, nous ont permis d'affiner notre recherche.

    Dans le cadre de nos travaux, nous avons procédé, dans la mesure de nos possibilités, à des interviews. Nous avons utilisé des interviews non-structurées autant que celles semi structurées. Le public cible était constitué, en majorité, de ressortissants de la région du delta du Niger et de quelques résidents d'origine nigériane. Les avis de responsables de quelques multinationales présentes au Nigéria, de politiques et de leaders associatifs nous ont également été d'un apport considérable.

    X- L'ANALYSE DES DONNEES :

    La géostratégie est le domaine des sciences sociales sur lequel est bâti notre travail de recherche. Forgée en 1846 par le général italien Giacomo DURANDO, dans son traité de la nationalité italienne,81 cette science est la composante géographique de la stratégie.82 Pour qu'un fait soit considéré comme géostratégique, il faut qu'il le soit à la fois dans ses objectifs et dans sa réalisation.83 La ruée des grandes puissances sur le Golfe de Guinée en général et le Nigéria en particulier, nous semble éminemment géostratégique. Il s'agit, pour elles, de se positionner de manière durable sur un des points stratégiques du globe qu'est la bordure est de l'océan atlantique. Ensuite, le caractère stratégique du pétrole, nous oblige à considérer que son exploitation et sa commercialisation dépassent le seul cadre économique. Les considérations géostratégiques des Etats-Unis sur le pétrole du Golfe de Guinée ne permettent aucun doute à ce sujet.84De même, la constitution de réserves stratégiques de pétrole aux Etats-Unis et en Europe traduit, à suffisance, du caractère politique de tout projet des grandes puissances en matière d'approvisionnement pétrolier.

    81- voir Philippe MOREAU DESFARGES, Dictionnaire de Géopolitique, Editions Armand Colin, Paris, 2002, 186 p.

    82- Cf. Hervé COUTAU- BEGARIE, cité par Alain FOGUE TEDOM dans la géostratégie, cours dispensé en maitrise de science politique à l'université de Yaoundé II Soa. P 19.

    83- Idem

    84- Voir Eric FOTTORINO, « L'ultime rêve Américain » in L'autre Afrique n°7 du 2 AU 8 Juillet 1997, P.31.

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Sur le plan pratique, les grands consommateurs de pétrole démontrent, à suffisance, leur volonté de puissance. L'engagement militaire des Etats-Unis dans le Golfe de Guinée auprès des pays producteurs de pétrole (Nigéria, Sao tome y Principe, Gabon, Cameroun,85 etc.) et de la France dans la même sous-région, traduit de l'importance stratégique de cette bordure pétrolière de l'océan atlantique. La stratégie de présence, à la fois économique et militaire, des puissances sur de nombreux théâtres pétroliers, de manière concomitante, ne fait point de doute quant à la valeur stratégique de leur déploiement dans le Golfe de Guinée.

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    85- Alain FOGUE TEDOM, la géostratégie, cours dispensé en maitrise de science politique à l'université de Yaoundé II Soa. P.36.

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    LE NIGERIA DANS LA GALAXIE MONDIALE DES PRODUC-
    TEURS DE PETROLE : ENTRE GRANDE PRODUCTION ET
    FRAGILITE GEOSTRATEGIQUE
    .

    PREMIERE PARTIE :

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Le pétrole est la source d'énergie qui a le plus cristallisé les enjeux géostratégiques et géopolitiques au cours de ces dernières années. Selon Daniel YERGIN, historien américain, « le pétrole c'est 10% d'économie et 90% de politique ».86 Parler de pétrole, c'est alors dépasser le simple cadre de l'économie, pour se retrouver en plein dans des considérations de sécurité et de défense nationale,87 voire de puissance. Le Nigéria, en tant que premier producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne et cinquième de l'OPEP,88 est une étape incontournable de la bataille mondiale pour le pétrole que se livrent actuellement les grandes puissances. Avec une production d'un peu plus de 2,38 millions de barils par jour au second trimestre 2012,89 il pourrait se targuer de constituer une alternative sérieuse à de plus gros producteurs comme l'Arabie Saoudite, le Venezuela ou l'Iran, considérés avec suspicion par certains grands clients comme les Etats-Unis.90 Les importantes réserves de pétrole, prouvées ou probables, évaluées à plusieurs milliards de barils,91 en font également un marché d'avenir. Cependant, l'immaturité stratégique des dirigeants de ce pays du Golfe de Guinée, pourtant parmi les plus dynamiques d'Afrique, ne lui a pas permis, jusqu'à ce jour, de revendiquer avec succès le statut de puissance véritable. Cette réalité, qui tire ses origines des survivances de la colonisation, a abouti à la mise sur pied (comme dans de nombreux autres pays africains d'ailleurs) d'un Etat « extraver-ti92 » et donc incapable de s'inscrire dans la « dialectique des intelligences » à l'oeuvre dans les relations internationales. C'est alors à une situation d'impuissance économique et stratégique, malgré une importante richesse pétrolière, que l'on assiste au Nigéria. En effet, la gestion du pétrole, plus que celle de toute autre ressource naturelle, en appelle à un sens élevé d'anticipation et à la mise sur pied d'un projet géostratégique viable. L'ignorance de cette réalité fait que le pétrole est, au-jourd'hui plus qu'hier, au coeur de l'extraversion étatique dont souffre le Nigéria (Chapitre I). Il est alors possible que le caractère stratégique de cette source d'énergie soit à l'origine de l'insécurité liée à son exploitation, dans le pays, du fait des multiples enjeux qui l'entourent (Chapitre II).

    86- Voir Eric Laurent, « la face cachée du pétrole », PLON, 2006

    87 - le pétrole du Golfe de Guinée est par exemple considéré comme « stratégique pour la sécurité nationale Américaine » par des experts Américains. Cf. Eric Fottorino, « l'ultime rêve Américain » in l'autre Afrique n° 7 du 2 au 8 juillet 1997, p.31.

    88 - Cf. supra

    89- Cf. Chiffres du Bureau National des Statistiques nigérian sur www.afriquejet.com> informations>Afrique de l'ouest>Nigéria. Consulté le 22 septembre 2012.

    90- Il est notable de constater le léger recul de l'intérêt des Etats Unis pour le pétrole Saoudien après les évènements du 11 septembre 2001 (cf. Alain Fogue Tedom, La géostratégie, cours dispensé en maîtrise de science politique à l'université de Yaoundé II SOA). L'animosité que le président Vénézuélien Hugo Chavez voue aux Etats Unis, n'est quant à elle, plus à démontrer.

    91 - Cf. annexe n°

    92 - Voir Alain Fogue Tedom, Enjeux géostratégiques et conflits politiques en Afrique noire, l'Harmattan, 2008.

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    LE PETROLE : UNE SOURCE D'ENERGIE STRATEGIQUE AU COEUR DE L'EXTRAVERSION ETATIQUE DU NIGERIA.

    CHAPITRE I :

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Le pétrole est, incontestablement, une source d'énergie stratégique. La bataille qui met aux prises les compagnies pétrolières internationales en Afrique, est grandement influencée par les stratégies énergétiques des puissances. Il est alors question de manoeuvres géostratégiques visant à faire du pétrole, un facteur de puissance, de sécurité ou d'affirmation internationale.93 Le Nigéria est le premier producteur de pétrole d'Afrique. L'importance de sa production, mais surtout la volonté de ses dirigeants politiques de se servir du pétrole comme moyen d'enrichissement « facile »,94 a favorisé son émergence en tant qu'énergie du pouvoir. En effet, il est impossible de parler du Nigéria, sans faire référence à son industrie pétrolière. L'économie, la politique, le social, et même la défense sont grandement influencés par les prévisions et les revenus pétroliers. Au fil des années, la politique du « tout pétrole », mise sur pied par les dirigeants politiques, va aboutir à l'extraversion étatique du pays. Celui-ci va devenir un acteur majeur des stratégies énergétiques des clients de son pétrole, et perdre, progressivement, sa capacité à s'affirmer comme un acteur autonome sur la scène internationale. Le Nigéria est du nombre des plus grands producteurs de pétrole au monde. Or, sa capacité à revendiquer puissance, influence ou prospérité, comme certains producteurs occidentaux et moyen-orientaux, est réduite. Si son rang de super producteur africain de pétrole est avéré (Section I), sa capacité à s'imposer comme une puissance pétrolière l'est moins. La gestion du pétrole constitue, dans le pays, un enjeu de puissance (Section II), qui ne l'empêche pas d'être au coeur de la vision stratégique des grands consommateurs pour le Golfe de Guinée (Section III).

    SECTION I : NIGERIA : SUPER PRODUCTEUR DE PETROLE D'AFRIQUE NOIRE.

    Le Nigéria est, depuis quelques années, le plus grand producteur de pétrole d'Afrique. Ses réserves sont estimées à un peu plus de trente milliards de barils95 tandis que sa production journalière au second trimestre 2012 est de 2,3 millions de barils.96Selon certains observateurs, la capacité théorique de production du pays est de 3,2 millions de barils par jour.97 La production pétrolière est à la fois on shore et offshore et est restée assez constante au fil des années. La majorité des gisements se trouvent dans la région du Delta du Niger. Port Harcourt, Onitsha, Benin city, Bodo en sont les principales villes pétrolières. Les régions pétrolières sont situées dans le

    93 - Il est admis que les Etats-Unis jouent leur sécurité énergétique en Afrique. L'engagement militaire du premier consommateur de pétrole dans la région ne reflète pas moins une volonté de puissance et d'affirmation internationale. C'est également le cas de la France, de l'Angleterre, mais aussi de la Chine et de l'Inde, puissances émergentes du tiers monde.

    94 - Il est indéniable que l'exploitation pétrolière permet aux dirigeants africains de se départir de deux missions principales : l'élaboration d'un projet économique cohérent et durable et l'obligation de rendre des comptes. En cela, la rente pétrolière constitue une solution « facile » au problème de développement que connait l'Afrique.

    95- Ian Garry et Terry Lynn Karl, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief services, Juin 2003, p.25.

    96 -Cf. chiffres du Bureau National des statistiques du Nigéria publiés le mercredi 14 septembre 2012, sur www.afriquejet.com>infos>afriquedel'ouest>nigeria. Consulté le 22 septembre 2012.

    97 - Voir Judith Burdin Asuni, « Blood oil in the Niger delta », in Special Report n°229, united state institute of peace, Aout 2009.

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    sud et le sud-est du pays. La production pétrolière concerne alors une réalité géographique et sociologique relativement complexe, et a un impact certain sur l'ensemble de l'économie (Paragraphe1). L'industrie du pétrole connait une floraison d'acteurs, qui entretiennent entre eux des relations à la fois de nécessité et de concurrence (Paragraphe 2). Cependant, malgré le dynamisme de son secteur pétrolier, le pays n'a pas encore pu gagner le combat du développement (Paragraphe 3).

    PARAGRAPHE 1 : Le Nigéria pétrolier : réalité géographique, sociologique et impact

    économique.

    A- Présentation géographique et sociologique du Nigéria pétrolier :

    Le Delta du Niger peut être considéré comme la région pétrolière par excellence au Nigéria. D'un point de vue strictement géographique, il correspond à la basse plaine alluviale du fleuve Niger. Il est délimité au Nord par la confluence entre le fleuve Niger et la rivière Forcados, au sud par l'île de Nun, et forme un triangle dont la pointe occidentale correspond à l'embouchure de la rivière Bénin et à l'est celle de la rivière Ino.98 Il s'étend alors sur trois Etats : Rivers, Delta state et Bayelsa.99 Pour des raisons politiques et géopolitiques le gouvernement fédéral a élargit l'appellation « région du delta du Niger » à d'autres Etats, qui ne sont pas nécessairement situés dans le delta géographique (Arambra, Imo, Abia, Edo, etc.). La région ainsi obtenue est alors composée de neuf Etats, dont six pétroliers.100 Quatre vingt dix pour cent du pétrole nigérian provient du Delta du Niger.101De nombreux gisements, dont les plus anciens, se retrouvent à l'intérieur des terres. Des efforts pour augmenter la production offshore sont actuellement fournis. La population dans le Delta du Niger est estimée à près de 20 millions d'habitants.102 Riche culturellement, elle est composée d'ethnies d'inégale importance, dont les plus connues sont les Ibo, les Ogoni, les Ijaw et les Itsékiris.

    La production pétrolière au Nigéria a plus de cinquante ans. C'est à Oloibiri, localité située à 90 kilomètres de Port Harcourt, qu'a été découvert pour la première fois en 1956, par Shell et BP, du pétrole en quantité commercialement exploitable.103 Deux ans plus tard, la production pétrolière démarre au rythme de 6000 barils par jour. Le premier gisement offshore, quant à lui, est découvert en 1964 au large de l'Etat de Bendel (actuel Etat du Delta). L'industrie pétrolière a depuis lors gagné en intensité, avec de nos jours de nombreux sites de production et près de vingt compagnies pétrolières présentes.104 Des activités économiques traditionnelles comme

    98 - Sylvie Fanchette, « le delta du Niger (Nigéria). Rivalités de pouvoir, revendications territoriales et exploita-tion pétrolière ou les fervents de la violence. », Hérodote n° 121, la Découverte, 2 e trimestre 2006.

    99 -Idem.

    100 -Voir the Gulf of Guinea briefing, n° 002, oct.nov.dec. 2010, p.16.

    101 - Idem.

    102 - Sylvie Fanchette, « le delta du Niger (Nigéria). Rivalités de pouvoir, revendications territoriales et exploita-tion pétrolière ou les ferments de la violence », 2004.

    103 -Voir Philippe Sébille Lopez, « les hydrocarbures au Nigéria et la redistribution de la rente pétrolière », in Afrique contemporaine, n° 216, avril 2004, p.

    104 -Idem.

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    l'agriculture (de subsistance en général), la pêche, la pisciculture, le commerce ou la récolte de bigorneaux, évoluent à côté d'une activité pétrolière dynamique.

    B- L'impact économique du pétrole au Nigéria :

    Pays originellement agricole, le Nigéria a construit son économie sur la culture du cacao, du café, et de l'arachide. Les régions situées au nord et à l'ouest, spécialisées dans ces cultures, constituaient alors le poumon économique du pays. Ce n'est qu'au cours des années 1960 que la tendance va être inversée, avec une nette domination du pétrole dans l'économie. Aujourd'hui, il représente près de 83% des revenus du gouvernement fédéral, 95% des revenus d'exportation, un peu plus de 40% du produit intérieur brut,105 et 70 à 80% des recettes budgétaires du pays.106 L'importance des revenus du pétrole dans l'économie nigériane est en partie due à la tendance à la hausse que connait le prix du baril depuis quelques années. A partir de 2002, par exemple, les ventes de pétrole ont provoqué une nette augmentation du PIB. Selon la Banque Mondiale, le PIB du Nigéria aurait atteint en 2004 le chiffre record de 71 milliards de dollars, contre seulement 58,4 milliards une année plus tôt et 46,7 milliards en 2002.107 La Banque centrale du Nigéria estimait les réserves en devises du pays à plus de 16 milliards de dollars au début de l'année 2005, contre 9 milliards une année plus tôt. C'est dire le grand flux de moyens financiers que connait le pays, grâce à ses énormes potentialités pétrolières.

    Le pétrole apparait alors comme une importante source de revenus pour le Ni-géria. Au regard de son impact sur l'économie, il est possible d'affirmer que la stabilité à la fois politique, économique et sociale108du pays dépend de la gestion de cette ressource minérale non renouvelable. La grande dépendance du Nigéria aux recettes pétrolières a des conséquences sur les autres segments de son économie. Si le pétrole ne représente que 40% du PIB nigérian, le facteur déstabilisant de celui-ci sur les autres activités économiques est important. En effet, l'existence d'une rente pétrolière et des immenses revenus qu'elle produit tend à rendre non compétitifs les autres segments de l'économie. Cette situation, connue sous le nom de «syndrome Hollandais » en anglais dutch disease, est la conséquence d'une économie dominée par des moyens financiers ne résultant pas d'activités économiques à valeur ajoutée. Les autres secteurs économiques deviennent alors non, ou très peu, compétitifs. L'agriculture par exemple, est victime de la négligence des autorités politiques qui se contentent d'investir dans le secteur pétrolier, et surtout, d'en capter la rente. Environ 33% des terres émergées du Nigéria sont irrigables.109 Or, seulement 1% d'entre

    105 - Ian Garry et Terry Lynn Karl, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief services, Juin 2003, p.25.

    106 - Voir Philippe Sébille Lopez, « les hydrocarbures au Nigéria et la redistribution de la rente pétrolière », in Afrique contemporaine, n° 216, avril 2004, p.

    107-World development indicators Database, Banque Mondiale, juillet 2005.

    108 - les troubles sociaux causés par la tentative en janvier 2012, des autorités politiques de supprimer les subventions pétrolières et du même fait, d'augmenter le prix des hydrocarbures, le prouvent suffisamment.

    109 - Ewah Otu Eleri, Renforcer la résilience énergétique et écologique au Nigéria, Hélio international/Nigéria, 2007, p.14

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    elles le sont effectivement, réduisant ainsi les capacités agricoles du pays.110Maïs, riz, sorgho, arachide, millet, manioc, igname, huile de palme sont alors produits en-deçà des potentialités et surtout des besoins du Nigéria. Le pays est aujourd'hui un importateur net de produits alimentaires.111 Il est même depuis 1980 le premier importateur de produits alimentaires d'Afrique subsaharienne.112

    En outre, le faible impact de l'activité pétrolière sur l'emploi local, n'assure pas une reconversion certaine à ceux des travailleurs qui viendraient à perdre leurs emplois. En effet, l'industrie pétrolière est considérée comme une « enclave économique »113 à cause, entre autres, de la grande technicité de son industrie réclamant une main d'oeuvre qualifiée et faible. La plupart des habitants des zones d'exploitation travaillent hors du circuit pétrolier. L'impact négatif du pétrole sur l'agriculture, la pisciculture ou la pêche114 vient détruire les moyens de subsistances des populations riveraines et augmenter, par le même fait, les taux de chômage et de pauvreté parmi celles-ci. Les énormes revenus pétroliers provoquent une inflation galopante en période de prix de baril haut, diminuant considérablement le pouvoir d'achat des nigérians.

    Le Nigéria pétrolier est sans conteste au coeur de nombreux enjeux nationaux et internationaux. Les prix hauts115du baril de pétrole sur le marché international en boostent l'industrie, tandis que ses importantes réserves de pétrole permettent de croire au maintien de son dynamisme. Les acteurs du secteur pétrolier sont alors de plus en plus nombreux dans un environnement concurrentiel.

    PARAGRAPHE 2 : Organisation du circuit pétrolier nigérian et acteurs principaux.

    A- Organisation contractuelle de l'industrie pétrolière au Nigéria :

    L'industrie pétrolière au Nigéria est profondément influencée par son statut de pays membre de l'OPEP. L'adhésion du plus grand producteur de pétrole d'Afrique à ce lobby énergétique, lui permet d'assurer une certaine originalité à sa filière extractive. Il en tire des bénéfices importants puisqu'il se classe dans une catégorie à part, parmi les pays pétroliers africains, avec un captage des revenus générés par les multinationales allant de 50 à 70%.116Contrairement à d'autres Etats membres de l'organisation,117 le Nigéria n'a pas nationalisé son pétrole. L'Etat fédéral est néan-

    110 -Idem.

    111 -Ibid.

    112 -Voir Benoit Paraut, Le pétrole au Nigéria, un instrument au service de quel développement ? L'Harmattan, 2009, p.93

    113 - Voir Philippe Copinschi, « Rente pétrolière, géopolitique et conflit.», in Questions internationales n°2, juil-let-aout 2003, p.42.

    114 - Voir à cet effet la tragédie de la localité de Bodo, dans le Delta pétrolier. Amnesty international, CEHRD, La vraie « tragédie ». Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le Delta du Niger, Amnesty international, nov. 2011, 54p.

    115 -Il vaut au 14 septembre 2012, un peu plus de 100 dollars américains.

    116 - Ian Garry et Terry Lynn Karl, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief services, Juin 2003, p.25.

    117 -Arabie Saoudite, Qatar, Venezuela, Mexique entre autres.

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    moins le principal actionnaire des différents projets pétroliers et intervient sur le terrain par l'entremise d'une compagnie pétrolière nationale. Celle-ci est le principal interlocuteur des multinationales et permet à l'Etat, par ses nombreuses filiales, d'être présent à tous les segments de l'industrie pétrolière.

    On distingue principalement deux types de contrats pétroliers au Nigéria. Le plus répandu est le contrat de joint-venture, qui représente plus de 90% de la production nationale.118 L'extraction pétrolière se fait alors dans le cadre d'au moins six joint-ventures sur une base de 60 % pour l'Etat et 40% pour les compagnies pétrolières internationales.119 L'évolution des parts de l'Etat dans les contrats pétroliers s'est faite progressivement au cours des années. De 35% en 1971, elles sont passées à 60% en 1979.120 Toutefois, le manque de moyens financiers ne permet pas toujours à l'Etat de remplir ses obligations contractuelles, laissant ainsi une marge de manoeuvre considérable à ses partenaires.121 Le second type de contrats est le contrat de partage de production. Introduit dans les années 1990 pour encourager l'exploration en eaux profondes, diversifier les acteurs commerciaux de la filière et éviter les écueils des appels de fonds, il représentait en 2008 une production quotidienne de 595 000 barils.122 Ce type de contrats, introduit à cause de l'incapacité de l'Etat à supporter les exigences financières de l'industrie pétrolière, l'expose aux manoeuvres géostratégiques des grandes puissances. La souveraineté du Nigéria, sur son pétrole, est remise en question par les mécanismes de ce type de contrats qui éloigne l'Etat des champs d'exploration.123

    B- Principaux acteurs de l'univers pétrolier nigérian :

    L'industrie pétrolière au Nigéria connait un grand nombre d'acteurs officiels et officieux. Ceux-ci entretiennent entre eux des relations de nécessité participant du bon fonctionnement de la filière ; mais aussi de suspicion à cause du choc des intérêts et des querelles de leadership présentes dans le milieu. De manière générale, on distingue deux types d'acteurs dans le secteur pétrolier nigérian : les acteurs gouvernementaux ou nationaux et les acteurs internationaux. Au nombre des acteurs gouvernementaux du pétrole figure en bonne place le Président de la république. Il constitue avec ses hauts conseillers et la direction de la compagnie pétrolière nationale le cercle retreint des décideurs politiques en matière pétrolière.124Le chef de l'Etat a souvent cumulé à ses charges celles de ministre du pétrole témoignant ainsi

    118 -Op.cit

    119 - Voir Philippe Sébille Lopez, « les hydrocarbures au Nigéria et la redistribution de la rente pétrolière », in Afrique contemporaine n° 216, avril 2004. Voir aussi Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. »,

    in U4 Brief, n° 23, septembre 2009 120- Idem.

    121 -Voir Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. », in U4 Brief, n° 23, septembre 2009.

    122 - Cf. Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. », in U4 Brief, n° 23, septembre 2009.

    123 -Op.cit.

    124- Cf. Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. », in U4 Brief, n° 23, septembre 2009.

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    du caractère éminemment politique de la gestion du pétrole au Nigéria.125 Il a une

    influence directe et déterminante sur les décisions pétrolières. Les relations privilégiées qu'il entretient avec les dirigeants des pays d'où sont originaires les multina-

    tionales du pétrole opérant au Nigéria ne sont donc pas fortuites.

    A côté du président de la république figure le ministre du pétrole. Le titulaire de ce poste, qui a été remis au goût du jour en 2007, est un des plus proches collaborateurs du chef de l'Etat. Il est chargé de la supervision technique de la compagnie pétrolière nationale et mène la politique relative au secteur pétrolier.126Deux principaux

    organismes étatiques dépendent directement de lui : la Direction des ressources pétrolières (DPR) et la NOSDRA.127 La DPR est l'organe de surveillance de l'industrie.

    Filiale de la compagnie pétrolière nationale jusqu'en 1988, elle est à présent auto-nome.128 La DPR, dont le rôle est consacré aux activités d'exploitation, supervise la conformité des multinationales aux lois et règlements, y compris en matière environ-nementale.129Elle conserve les archives des opérations de l'industrie, conseille le

    gouvernement, assure la rentrée des royalties et des baux et traite toutes les autorisations de licence.130 C'est en fait l'agence de promotion de l'industrie pétrolière.131La

    DPR, qui est souvent en conflit avec la compagnie pétrolière nationale, se retrouve dans la difficile situation de garant d'une industrie pétrolière respectueuse des lois républicaines et de l'environnement, et promotrice d'une exploitation du pétrole qui est à la fois source de moyens colossaux pour l'Etat et cause d'insécurité.

    La seconde agence du ministère du pétrole, la NOSDRA (National Oil Spill Detection and Response Agency) est chargée de surveiller les fuites de pétrole.132 Elle évalue les dégâts environnementaux en cas de catastrophe pétrolière et entreprend une évaluation de l'impact. La NOSDRA prévient les autorités politiques des conséquences éventuelles des fuites et de leur incidence sur la santé. Elle veille à la réparation effective des installations pétrolières après une catastrophe, et assure la médiation entre les victimes et les compagnies pétrolières.133 La NOSDRA est également chargée de garantir que le plan national de déversement prévu (le national oil spill contingency plan) est appliqué conformément à la convention on oil pollution preparedness response and co-operation (OPRC).134La mission de veille de cette agence gouvernementale est rendue difficile à cause de ses faibles moyens financiers et de sa dépendance aux informations données par les multinationales en cas de fuites de pétrole. Cette incapacité à régler les problèmes causés par l'industrie pétrolière s'est manifestée lors des différentes fuites de pétrole dans la localité de Bodo, dans le Delta du Niger, en aout et décembre 2008.135

    125 -Idem.

    126 -Ibid.

    127 -

    128 -Ibid.

    129 -Cf. Amnesty international, CEHRD, la vraie tragédie. Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole

    dans le Delta du Niger, Amnesty international, nov. 2011, p. 34.

    130 - Idem.

    131 -Ibid.

    132 -Ibid. 133-Ibid. P.32.

    134 -Ibid. P29.

    135 - Ibid. P4.

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Depuis 2004, un nouvel organisme en charge de la gestion de l'industrie pétrolière a été mis sur pied. Il s'agit du secrétariat général de la NEITI (l'initiative pour la transparence des industries extractives au Nigéria). La mission de cette agence est de veiller à la transparence dans la gestion du pétrole plus particulièrement dans l'administration des revenus tirés de son exploitation. Le secrétariat général de la NEITI dépend directement de la présidence de la république.

    Un des acteurs nationaux les plus importants de la filière pétrolière Nigériane est sans conteste la Nigerian National Petroleum Company (NNPC). Fondée en 1977, la compagnie pétrolière nationale assure la participation de l'Etat dans le cadre des joint-ventures avec les multinationales du pétrole. Elle compte plus de 9000 sala-riés.136 C'est une compagnie verticalement intégrée qui contrôle un éventail d'activités en amont et en aval de l'industrie pétrolière. Ses multiples fonctions comprennent l'exploitation de douze filiales dans le domaine de l'exploration-production mais aussi du raffinage, du transport et de la gestion des terminaux de stockage des produits pétroliers et pétrochimiques.137 La plus importante de ses filiales est la National Petroleum Investment Management Services (NAPIMS) qui agit en tant que concessionnaire de l'industrie et passe des contrats avec les compagnies pétrolières au nom de l'Etat. La NNPC est partie prenante dans au moins six joint-ventures avec des compagnies pétrolières internationales en tant qu'actionnaire majoritaire. Cependant, c'est toujours la compagnie internationale qui est l'opérateur.138 L'entreprise qui possédait initialement 80% des parts de son contrat avec la Shell Petroleum Development Company (SPDC filiale de la Royal Dutch Shell) en conserve dorénavant 55%.139 Sa participation dans les autres joint-ventures est de 60%. Peu de contrôles financiers internes se font à la NNPC. Néanmoins, des audits externes y sont annuellement menés.140 La compagnie pétrolière nationale est donc le principal acteur gouvernemental de l'industrie pétrolière au Nigéria. Elle est à la fois une administration et un opérateur dans les différents segments de l'industrie pétrolière. L'organe de décision de la NNPC est composé du conseil d'administration et son directeur général. L'industrie pétrolière au Nigéria connait alors principalement six opérateurs gouvernementaux, chargés pour l'essentiel d'assurer la protection des intérêts nigérians en matière de pétrole.

    L'industrie pétrolière au Nigéria accorde également une place de choix à des acteurs internationaux. Venant en appui à l'Etat dans sa gestion des ressources pétrolières, ils participent au dynamisme de l'industrie tout en s'assurant des marges bénéficiaires considérables. Les principaux interlocuteurs internationaux des autorités nigérianes sont sans doute les multinationales du pétrole. Les plus en vue sont Shell, Exxon Mobil, Chevron Texaco, Total et Eni/ Agip. D'autres compagnies de moindre importance comme Statoil, Petrobas, Addax et de petites indépendantes

    136 - Cf. Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. », in U4 Brief, n° 23, septembre 2009

    137 - Cf. Ian Garry et Terry Lynn Karl, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief ser-vices, Juin 2003, p.26.

    138 -Idem.

    139 -Ibid.

    140 -Idem.

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    essayent de se faire une place dans l'univers concurrentiel du pétrole nigérian. Royal Dutch Shell (Shell) est l'opérateur majoritaire du circuit pétrolier du pays. La compagnie opère sur près de 31 000 kilomètres carrés.141 Elle est partie prenante d'une joint-venture avec l'Etat nigérian qui en détient 55%, Elf Petroleum Nigeria Ltd. (filiale du groupe français Total) 10%, et la compagnie italienne ENI 5%.142Shell, qui détient 30% de la joint-venture, en est l'opérateur principal.143Les firmes multinationales sont les véritables acteurs de terrain du secteur pétrolier nigérian. La relative incurie avec laquelle elles gèrent certaines questions, comme la protection de l'environnement ou l'amélioration des conditions de vie des populations des zones d'exploitation, démontre la grande marge de manoeuvre dont elles bénéficient.144 Malgré leur personnalité juridique et une relative indépendance financière, il est impossible de voir les multinationales du pétrole comme de simples acteurs économiques. En tant que principaux « intervenants de terrain » au Nigéria, elles sont les bras séculiers des grands consommateurs, et représentent la caution commerciale de leurs manoeuvres stratégiques.

    L'industrie pétrolière est une activité qui nécessite l'investissement d'énormes sommes d'argent. Les progrès technologiques et la situation des gisements de plus en plus en profondeur viennent alourdir la facture des opérateurs. La prospection en eaux profondes, qui tend à s'intensifier dans la région, oblige les compagnies pétrolières à recourir à des prêts encore plus importants. Les partenaires économiques et financiers sont alors des acteurs internationaux de premier plan de la filière. Au nombre de ces acteurs, figurent les institutions financières internationales (IFI). Par leur rôle prépondérant dans les économies des pays sous-développés, les IFI constituent des facilitateurs de financement pour les multinationales comme pour les Etats. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international sont, par exemple, des investisseurs non négligeables dans le secteur pétrolier au Nigéria. Les compagnies pétrolières internationales font généralement appel aux Agences de Crédit à l'Exportation (ACE) et au Groupe de la Banque Mondiale, afin de garantir leurs investissements, et transférer ainsi sur les autorités publiques leurs propres risques financiers. Ces partenaires financiers des multinationales n'hésitent pas à délier les cordons de la bourse pour préfinancer les grands projets pétroliers, dans les pays les plus pauvres. Ils ont ainsi dépensé 51 milliards de dollars entre 1995 et 1999, pour faciliter les projets pétroliers et miniers dans les pays en développement et les ex-républiques soviétiques.145 Les bénéficiaires de ces financements sont des compagnies pétrolières américaines (Haliburton et Chevron-Texaco) ou l'anglo-néerlandaise (Shell).146

    141 - Cf. Amnesty international, CEHRD, la vraie tragédie. Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le Delta du Niger, Amnesty international, nov. 2011, p.26.

    142 -Idem.

    143 -Ibid.

    144 -Ibid.

    145 - Cf. Ian Garry et Terry Lynn Karl, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief ser-vices, Juin 2003, p.15.

    146 -Idem.

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    La société financière internationale (SFI), est un des plus grands investisseurs dans les projets pétroliers en Afrique subsaharienne. En 2001, les investissements de la société dans la région ont représenté 40% des 840 millions de dollars injectés par elle dans l'amont pétrolier.147 Les récents investissements de la SFI dans le secteur pétrolier en Afrique ont concerné des projets au Congo, au Cameroun, au Tchad, au Gabon, en Côte d'ivoire et au Nigéria. La SFI, comme la plupart des institutions faisant partie du groupe de la Banque Mondiale (BIRD, AID, AMGI), accorde aux opérateurs du secteur pétrolier des prêts généralement assorties de conditionnalités sociales et environnementales.148 C'est tout le contraire des agences de crédit à l'exportation149 dont les conditions de prêts sont entourées de mystère. Selon le Fonds monétaire international, les financements accordés par celles-ci150 sont largement supérieurs à ceux accordés par la Banque Mondiale, le FMI et les autres institutions multilatérales réunies.151Cette situation, potentiellement dangereuse pour les pays du Golfe de Guinée, est malheureusement assez répandue. Les pays pétroliers sont lourdement endettés auprès de ces bailleurs de fonds, qui les contraignent ainsi financièrement. Le pourcentage de l'endettement extérieur nigérian détenu en 2000 par les Agences de crédit à l'exportation était, par exemple, de 71%.152La responsabilité de celles-ci dans le faible impact économique de la rente pétrolière en Afrique et plus particulièrement au Nigéria, est indéniable.

    L'industrie pétrolière nigériane connait une pléthore d'acteurs gouvernementaux ou internationaux qui remplissent une fonction particulière dans la chaine pétrolière. La vitalité et le dynamisme qu'ils procurent à l'univers pétrolier ne se fait ressentir que très faiblement au sein des populations.

    PARAGRAPHE 3 : "Paradoxe de l'abondance" : richesse et misère du pétrole nigé-

    rian.

    A- La place du pétrole dans la société nigériane :

    Le Nigéria est un véritable « scandale pétrolier ». En effet, malgré l'ancienneté de sa production, il reste depuis des décennies dans le classement des quinze plus grands producteurs de pétrole au monde.153 Souvent considéré comme un marché pétrolier « marginal », comparé à l'Arabie Saoudite ou au Qatar, il est tout aussi stratégique pour les grands consommateurs de brut. Le nombre important des clients du pétrole nigérian et les relations économiques et commerciales, basées sur le pétrole,

    147-Ibid.

    148 -Ibid.

    149 -Ibid. P16.

    150 - Il s'agit, entre autres, de la Export-import Bank américaine ; de la Export Credit Guarantee Department anglaise ; de la compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur et de la canadienne Export development corporation.

    151 - Cf. Ian Garry et Terry Lynn Karl, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief ser-vices, Juin 2003, p.15.

    152 -Idem.

    153 - Cf. Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. », in U4 Brief, n° 23, septembre 2009.

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    qu'il a su tisser avec les Etats-Unis ou la Chine le démontrent à suffisance. Son rang de premier producteur de pétrole en Afrique, ainsi que sa situation dans le Golfe de Guinée, viennent encore renforcer la valeur stratégique de son marché pétrolier. La volonté des grands consommateurs de pétrole d'assurer l'équilibre du marché rend en effet les barils « marginaux » stratégiques dans l'approvisionnement mondial autant que dans l'équilibre des prix.154 Le Nigéria, la Guinée Equatoriale, l'Angola, et dans une moindre mesure, le Gabon et le Cameroun représentent alors des alternatives nécessaires aux grands producteurs moyen-orientaux ou sud-américains.

    Le pétrole est un des piliers majeurs de l'économie nigériane. Il est à la fois une importante source de devises et un facteur du dynamisme économique du pays. Le pétrole joue un rôle important dans l'économie du Nigéria, mais aussi dans sa politique et ses relations internationales. Il n'existe que très peu de conflits politiques, de soulèvements populaires, de scandales financiers ou de catastrophes écologiques, qui ne soient liés au pétrole. En effet, depuis le début de l'industrie pétrolière en 1956,155 le pétrole n'a plus jamais cessé de gagner en importance dans la société nigériane. Cependant, après plus de 600 milliards de Dollars (environ 430 milliards d'Euros) procurés au pays par l'industrie pétrolière depuis 1960156 force est de constater que de nombreux nigérians vivent encore en dessous du seuil de pauvreté. Selon de récentes statistiques, environ 70% des nigérians sont pauvres.157 Cette situation, qui est appelée « paradoxe de l'abondance »,158 témoigne de l'échec des politiques de développement au Nigéria.

    B- La pauvreté au Nigéria comme illustration de l'échec des politiques de déve-

    loppement :

    Pour certains observateurs, le Nigéria est « un exemple à ne pas suivre » en matière de gestion pétrolière.159 Ses abondantes ressources contrastent avec la misère dans laquelle vivent une majorité de nigérians. En plus de cinquante années d'extraction pétrolière, aucune amélioration significative n'a été enregistrée dans la vie du nigérian moyen, fut-il habitant de la riche région du Delta du Niger. Selon le premier rapport du PNUD sur le développement humain en Afrique, publié en 2012,160 l'indice du développement humain du Nigéria est de 0,459, derrière celui de pays non ou peu pétroliers comme le Cap-Vert (0,568), le Botswana (0,633), ou les Seychelles (0,773) ; et en deçà de la moyenne de l'Afrique subsaharienne (0,463) 161.

    154 - Voir Olivier Charnoz, « le pétrole Africain : des clefs pour comprendre », in Afrique contemporaine, Afrique

    et développement. Dossier : le pétrole en Afrique, De Boeck et Larcier S.A, 2006, p.21.

    155 - Voir Cf. Amnesty international, CEHRD, la vraie tragédie. Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le Delta du Niger, Amnesty international, nov. 2011, p. 26.

    156 - Cf. Amnesty international, Pétrole, pollution et pauvreté dans le Delta du Niger, Amnesty international, juin 2009.

    157 - Op.cit.

    158 - Cf. Cf. Ian Garry et Terry Lynn Karl, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief

    services, Juin 2003, 102 p.

    159 - Idem.

    160 - PNUD, Rapport sur le développement humain en Afrique - 2012. Vers une sécurité alimentaire durable. Sites web : http : // unp.un.org ; www.undp.org/africa et www.afdhr.org .

    161 - Un (1) représente l'indice de développement humain maximal pour un pays.

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    Quarante trois pour cent de nigérians ne bénéficient pas d'infrastructures sanitaires ou d'eau potable162et le taux de mortalité infantile dans le pays est l'un des plus importants au monde.163

    Cependant, le pétrole n'est pas intrinsèquement une source de sous-développement. Ce sont plutôt les politiques de gestion de cette source d'énergie stratégique qui peuvent bloquer le développement. Au Nigéria, par exemple, une grande partie des revenus tirés de l'exploitation du pétrole est détournée. Selon Human rights Watch, « seule une très faible partie des revenus pétroliers reversés par le gouvernement fédéral aux gouvernements locaux est véritablement dépensée pour des projets réels de développement [...] L'inexistence de véritables audits de la gestion desdits fonds par les autorités locales, en encourage le détournement. ».164Au final, les populations continuent d'être les oubliés de l'exploitation pétrolière. Pour plusieurs nigérians, surtout ceux habitants les zones d'exploitation, le pétrole est synonyme de malheur et d'insécurité. Les populations du Delta du Niger souffrent des conséquences néfastes de l'exploitation pétrolière sur leurs conditions de vie.

    Le « paradoxe de l'abondance » trouve toute sa signification dans le cas du Ni-géria. Le pays qui peut se targuer des ressources pétrolières les plus importantes d'Afrique est pourtant du nombre des nations les plus pauvres du continent. De nombreux nigérians, qui croyaient en une nette amélioration de leurs conditions de vie après la découverte du pétrole, ont vite déchanté face à la misère dans laquelle ils continuent de vivre. Le pétrole est devenu une véritable malédiction pour certains d'entre eux à cause de l'impact négatif qu'il a sur leurs moyens de subsistance. Plusieurs habitants du Delta du Niger ont vu leurs étangs piscicoles détruits, leur activité de pêche réduite par le déversement accidentel ou non de pétrole dans les cours d'eau.165 Après plusieurs décennies d'exploitation pétrolière, le pétrole n'a pas encore eu l'effet escompté dans plusieurs ménages. Pourtant, pour Ed Royce président du sous comité pour l'Afrique à la chambre des représentants aux Etats-Unis, « les ressources énergétiques de l'Afrique sont essentielles pour le développement du continent. Elles fournissent un flux continu de revenus... indispensables pour enrayer le cycle de la pauvreté qui affecte ces pays. ».166 Les propos de cet homme politique américain rejoignent ceux d'un représentant de la compagnie pétrolière Amerada Hess, selon lesquels le pétrole offre « d'incroyables occasions de création de richesses pour les populations locales ».167Il est alors impossible de voir en la misère du pétrole au Nigéria, comme dans celle de plusieurs autres pays pétroliers d'ailleurs, la conséquence d'une malédiction inhérente à la possession de cette source d'énergie dans son sous-sol. Les pays pétroliers ayant réussi le pari du développement constituent un désaveu cinglant pour les tenants de cette thèse. Les

    162 - Cf. Ian Garry et Terry Lynn Karl, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief ser-vices, Juin 2003, p.26.

    163 -Idem.

    164 -Ibid.

    165 - Op.cit.

    166 - Cf. Ian Garry et Terry Lynn Karl, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief ser-vices, Juin 2003, p.18.

    167 -Idem.

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    causes de la pauvreté au Nigéria sont à rechercher dans la gestion qui y a été faite du pétrole tout au long de son histoire.

    SECTION II : LA GESTION DU PETROLE AU NIGERIA COMME ENJEU DE PUIS-

    SANCE ET DE REALISATION DE STRATEGIES POLITICIENNES.

    Le pétrole est un véritable enjeu de pouvoir au Nigéria. Son rôle dans les stratégies politiciennes, des régimes politiques successifs qu'a connus le pays, est indéniable. Principale source de devises, les politiciens en ont également fait un facteur de stabilité politique, économique voire sociale. L'arsenal gouvernemental de gestion de la filière, composée d'au moins six institutions dont le chef de l'Etat, est la preuve de la politisation de l'industrie pétrolière. La gestion du pétrole au Nigéria a toujours été problématique. La corruption et les détournements des revenus du pétrole,168 l'incurie des compagnies pétrolières internationales169et l'immaturité stratégique des dirigeants politiques nigérians sont autant de raisons du faible impact social du pétrole. Malgré les efforts des autorités politiques pour améliorer les conditions de vie des populations,170 la gestion du pétrole demeure le maillon faible de la filière. L'allocation fédérale statutaire, principe essentiel dans la redistribution de la rente pétrolière, a constitué au cours des années le principal point de discorde entre les différents niveaux de gouvernement du pays (Paragraphe 1). Les régimes militaires successifs ont fait de la gestion du pétrole, un enjeu politique et géopolitique sur les plans interne et international (Paragraphe 2), tandis que le retour à la démocratie, à partir de 1999, a coïncidé avec quelques efforts d'ouverture et de démocratisation de la gestion pétrolière (Paragraphe 3).

    Paragraphe 1 : L'allocation fédérale statutaire comme principe de base de la redistribution des revenus pétroliers.

    A- La question de la redistribution des revenus pétroliers :

    La redistribution de la rente pétrolière a toujours attisé les passions au Nigéria. De nombreux épisodes de l'histoire du pays démontrent qu'il s'agit d'un sujet à la fois polémique et politisé. Le caractère fédéral de l'Etat rend nécessaire la prise en compte, par les autorités politiques, de considérations de développement local, mais aussi d'équilibre du développement à l'échelle nationale. Les principes à la base du partage des revenus pétroliers sont au coeur de grands enjeux économiques, politiques et géopolitiques. La redistribution de la rente pétrolière obéit alors à divers

    168 -Ibid.

    169 -Op.cit.

    170 - On peut citer par exemple les subventions pétrolières qui maintiennent les prix relativement bas (elles concernent un peu plus de 30% des dépenses de l»Etat soit approximativement 8 milliards de dollars par an), ou l'argent reversé aux gouvernements locaux par le pouvoir fédéral.

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    principes, qui évoluent en fonction des priorités et des objectifs des hommes politiques nigérians. Le processus de partage de la rente pétrolière s'est sensiblement amélioré, avec l'avènement de la démocratie, sans toutefois susciter un réel consensus entre les différentes composantes de l'univers sociopolitique nigérian. En effet, entre les populations originaires du sud pétrolier, qui s'estiment bénéficiaires légitimes des revenus tirés de « chez elles », et les populations du nord, les points d'accord sur la gestion du pétrole sont peu nombreux. Le gouvernement fédéral doit alors réaliser un savant et difficile équilibre entre revendications des populations des régions pétrolières, et obligation de ventilation des revenus pétroliers à l'échelle nationale.

    B- Principes de base de l'allocation fédérale statutaire et évolution historique :

    Le partage des revenus pétroliers obéit au principe de l'allocation fédérale statutaire. Il s'agit d'un processus complexe de répartition de la rente entre les différents niveaux de gouvernement de l'Etat. Principe majeur organisant la redistribution de l'argent du pétrole, l'allocation fédérale statutaire structure l'essentiel des finances publiques nigérianes.171 En fonction des années, elle oscille entre 65% et 90% des revenus pétroliers172 (qui représentent eux, il faut le rappeler, 80% des revenus bruts de la fédération). L'organisme en charge de l'élaboration des critères et de la ventilation des revenus pétroliers est la Commission Fiscale de Mobilisation de l'Allocation des Revenus (RMAFC). Elle est composée de représentants des Etats fédérés.173 La RMAFC établie des critères de répartition qui sont ensuite présentés au chef de l'Etat. Celui-ci les transmet au parlement pour approbation. En cas de désaccord entre les deux chambres, le président de la république peut procéder par décret.174

    Deux types de critères sont à la base de l'allocation fédérale statutaire : des critères verticaux et des critères horizontaux. Les critères verticaux concernent la répartition des revenus pétroliers entre les trois niveaux de gouvernement dans le pays à savoir le niveau fédéral, les Etats fédérés et les gouvernements locaux. La répartition de la rente pétrolière entre ces différents échelons de gouvernement, au cours de la période 1992-2002, était de 48,5% pour le niveau fédéral, 24% pour les Etats fédérés et 20% pour les gouvernements locaux ; le reste étant déposé dans des fonds spéciaux.175 Cette répartition de la rente a toujours constitué un point de discorde entre les bénéficiaires. Pour les Etats fédérés, dont cette allocation représente plus de la moitié des revenus budgétaires,176 les montants à eux alloués constituent une véritable question d'efficacité de gestion et même de survie. Il est par conséquent important que l'Etat fédéral prenne en considération, dans la répartition de la rente pétrolière, leur place incontournable dans le processus de développement du pays. Les gouvernements locaux, qui s'en remettent aux Etats fédérés pour

    171 - Voir Philippe Sébille-Lopez, « les hydrocarbures au Nigéria et la redistribution de la rente pétrolière », in Afrique contemporaine n° 216, avril 2004, p

    172-Idem.

    173 -Ibid.

    174 -Ibid.

    175 -Ibid.

    176 -Ibid.

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    entrer en possession de leur enveloppe, jugent quant à eux ce mode de fonctionnement favorable à une dépendance de leur part envers les Etats fédérés. Certaines tensions entre ces deux niveaux de gouvernements ont souvent provoqué un retard dans l'acheminement les fonds alloués.

    Les critères horizontaux de l'allocation fédérale statutaire concernent, quant à eux, la répartition de l'enveloppe allouée d'une part aux Etats fédérés, et d'autre part aux gouvernements locaux. La redistribution de la rente pétrolière prend en considération les besoins des Etats, et le statut pétrolier de certains d'entre eux. Dès la période coloniale, les anglais mirent sur pied une sorte de « prime à la productivité » destinée à encourager le développement au niveau local. Il s'agissait de reverser aux régions, par une politique dite de Dérivation, une importante partie de la richesse tirée de leur sol. Cette politique, qui favorisa le développement des régions agricoles, (nord et ouest en particulier) se poursuivit après l'indépendance du pays. Des statistiques sur la dérivation des recettes pétrolières, au cours de l'année fiscale 19741975, montrent par exemple que les régions pétrolifères de River et de Midwest comptant au total 4,1 millions d'habitants ont reçu de l'Etat fédéral près de 241 millions de Nairas, contre seulement 102,3 millions pour les régions de Western, de East- central, de North-western, et de North-East plus peuplées (30,2 millions d'habitants à l'époque).177 Le boom pétrolier viendra cependant provoquer une certaine dénonciation de ce principe, par les régions non pétrolières. Celles-ci estimaient, en effet, que la richesse pétrolière devait être redistribuée selon de nouveaux critères.178 Il fut alors décidé, dans un premier temps, d'établir une distinction entre production on shore et offshore à travers un autre principe, la dichotomie. Introduit en 1971, celui-ci stipulait que les revenus tirés de la production offshore échappaient au principe de dérivation et devaient être répartis de manière plus ou moins équitable à l'ensemble des Etats de la fédération. Les Etats pétroliers perdaient ainsi près de 45% de leurs revenus, alors que la production offshore ne représente guère plus de 20% de la production nationale.179

    Le principe de dérivation, qui permettait aux régions productrices de recevoir près de la moitié des revenus du pétrole en 1969, ne concernait plus que 2% de ceux-ci en 1981, puis 1% en 1989.180 De nouveaux critères favorisant une redistribution plus ou moins équitable de la rente pétrolière entre tous les Etats de la fédération furent alors introduits. Il fallait dorénavant prendre en compte la population des Etats, l'importance des besoins de ceux-ci et l'équité entre eux. Deux autres critères furent introduits au cours de l'année 1980. Il s'agissait du développement social et de la capacité interne de l'Etat en question à générer des revenus. L'équilibre entre ces différents critères dans les années 1990 était le suivant181 :

    177 -Ibid.

    178 -Ibid. 179-Ibid.

    180 -Ibid.

    181 - cette répartition est présentée par Philippe Sébille Lopez, dans son article cité supra.

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    Egalité c'est-à-dire la proportion des sommes allouées, qui est répartie

    équitablement entre les Etats : 40%.

    Prorata de la population de chaque Etat : 30%.

    Superficie de chaque Etat : 10%

    Niveau de développement social : 10%

    Capacité des Etats à générer des revenus propres : 10%

    Les Etats du nord étaient favorisés par ce système de redistribution à cause de leurs populations importantes. En effet, les Etats du sud, d'où provenait pourtant la majeure partie du pétrole, ne recevaient que 19,3% des fonds alloués aux Etats tandis que ceux du nord en recevaient 26%.182 Finalement, malgré les manoeuvres de politiciens issus des régions non pétrolières visant à vider de toute sa consistance le principe de dérivation, celui-ci a pu résister au temps et passer comme donnée incontournable d'une bonne administration de la rente pétrolière. Les Etats pétroliers, qui recevaient par dérivation depuis le début des années quatre vingt dix 3% de la rente redistribuée aux Etats fédérés, peuvent ainsi bénéficier de 13 % de celle-ci depuis l'an 2000. Le principe de dichotomie, quant à lui, a été aboli en 2004 par le président Olosegun OBASANJO.

    La gestion du pétrole au Nigéria est alors éminemment politique. L'égalité entre les Etats recherchée par les autorités politiques fédérales, à travers les modifications successives des principes de l'allocation fédérale statutaire, cache en effet de nombreuses considérations géopolitiques. Il faut, cependant, souligner que la gestion de la rente pétrolière a varié selon l'ouverture ou la fermeture du régime politique. Les gouvernements militaires successifs, qu'a connus le pays au cours de son histoire, sont passés maîtres dans l'art de faire de l'opacité et de la subjectivité des règles de gestion, dans l'univers pétrolier.

    Paragraphe 2 : Une politique de gestion opaque et subjective sous les régimes militaires.

    A- Historique des régimes autoritaires de nature militaire au Nigéria :

    Le Nigéria est l'un des pays africain ayant connu le plus grand nombre de régimes militaires, soit sept au total. Pendant plus de la moitié des cinquante années de son indépendance, le pays a été l'otage d'une forme de gouvernance qui ne laisse que trop peu de place à la discussion, encore moins à la contestation. En effet, les régimes militaires sont généralement classés dans la catégorie des régimes autoritaires, en ce sens qu'ils sont « [...] d'un pluralisme limité, politiquement non responsables, sans idéologie élaborée et directrice mais pourvus de mentalités spécifiques [...] et dans lesquels un leader ou, occasionnellement, un petit groupe exerce le pouvoir à l'intérieur de limites formellement mal définies, mais, en fait, plutôt prévi-

    182 -Idem.

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    sibles. ».183 Toutes les caractéristiques de ces régimes « clos » apparaissent à l'étude des régimes militaires au Nigéria : gestion personnelle du pouvoir, dissolution des partis politiques et de la représentation populaire, mise en sourdine des libertés publiques, etc.184 Le pétrole, objet de stratégies de pouvoir et principal source de devises du Nigéria, a été utilisé par les gouvernements militaires comme un moyen de domination politique mais aussi d'enrichissement personnel.185 Comme le dit Philippe COPINSCHI « la prépondérance des activités pétrolières dans l'économie de certains pays fait du contrôle de l'appareil d'Etat la condition première d'accès à la richesse générée par le pétrole.».186

    Le premier coup d'Etat au Nigéria intervient en 1966, soit près de dix ans après la découverte du premier baril de pétrole et huit ans après le début de la production. Ce sont des officiers Ibo qui conduisent le coup de force. Le Général Johnson AGUIYI IRONSI est hissé au pouvoir.187 Celui-ci formule le voeu d'instaurer une constitution unitaire à la place de celle fédérale en vigueur. Il est renversé, à son tour, six mois après son arrivée. Cinq autres coups d'états suivront, faisant se succéder dans le pays divers régimes militaires jusqu'en 1998 ; avec cependant une courte transition démocratique entre 1979 et 1983. Les années de gouvernement militaire seront caractérisées par un pouvoir autocratique avec une gestion du pétrole opaque et subjective. Les régimes militaires des généraux Yacubu GOWON (26 juillet 1966 - juillet 1975) et Sani ABACHA (1993 - 1998) nous semblent les plus illustratifs à cet effet.

    B- Déficit démocratique et gestion du pétrole au Nigéria :

    Le Nigéria connait le second coup d'Etat de son histoire le 26 juillet 1966, avec le général Yacubu GOWON comme nouveau président. Cet officier, un Yorouba né en 1934, est choisi par des paires originaires du nord pour diriger le gouvernement militaire et réorganiser le système fédéral. Le pays connait alors un certain dynamisme de sa production pétrolière qui passe pour la première fois au dessus de la barre des 400 000 barils par jour (417,6 000 barils par jour soit presque le double de la production un an avant).188 Le pétrole, qui vient pour une bonne partie de la région sud-est du pays (dans le Golfe de Biafra où se trouve Port Harcourt en pays Ibo), irrigue alors l'économie de ses revenus substantiels. En mai1967, les autorités politiques émettent le voeu de scinder la région en trois Etats, privant ainsi les Ibo de tout accès à la mer et les écartant des zones pétrolifères. Cette décision, avec le massacre d'Ibo dans le nord du pays la même année, sera à l'origine de la sécession du

    183 - Voir Juan J. Linz, An autoritarian regime: the case of Spain, in Erik Allardt and Yrjo Littunen (eds), cleavages, Ideologies and party systems, Helsinki, Westermarck society, 1964; reprinted in Erik allardt and stein Rokkan (eds), Mass Politics: studies in political sociology, New York, Free Press, 1970.

    184 -Cf. « Nigéria ». Microsoft ®Encarta® 2009, [DVD]. Microsoft Corporation, 2008.

    185 - Le cas de Sani Abacha est une illustration claire de l'esprit de prédation de la rente pétrolière qui a de tout temps animé les dirigeants politiques au Nigéria.

    186 - Philippe Copinschi, « Rente pétrolière, géopolitique et conflits. », in Questions internationales n° 2, juillet-Aout 2003, p.43.

    187 - Cf. « Nigéria ». Microsoft ®Encarta® 2009, [DVD]. Microsoft Corporation, 2008.

    188 - Voir Akin Iwayemi, « le Nigéria dans le système pétrolier international » in Nigéria, un pouvoir en puissance, p.20.

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    Biafra menée par le lieutenant-colonel « Emeka » OJUKWU. Celui-ci, soutenu par la France mais aussi par la Chine,189 proclamera la sécession et l'indépendance de la république du Biafra. Ce sera le début d'un des plus violents conflits armé en Afrique, la « Guerre du Biafra », qui fera plus d'un million de victimes. Ce conflit constitue un moment privilégié pour observer la gabegie et la gestion opaque des revenus du pétrole qui a caractérisé les gouvernements militaires au Nigéria.

    Le conflit du Biafra est un moment privilégié d'observation de la gestion politique et opaque des ressources pétrolières au Nigéria. Si la guerre a eu des motivations ethniques, la lutte pour le contrôle des ressources pétrolières en a été un facteur déterminant. La participation, officielle ou non, de grands consommateurs comme la France, la Chine, l'Angleterre ou les Etats-Unis traduit du caractère stratégique de cette guerre. Le soutien de l'Angleterre ou des Etats-Unis aux autorités fédérales participait de la défense de leurs intérêts pétroliers dans le pays. Il fallait éviter que les abondantes ressources pétrolières de la région ne tombent entre les mains de puissances adversaires comme la Chine ou la France. Le général Yacubu s'emploiera à assujettir le Biafra, qui finalement sera vaincu en 1970. Le gouvernement militaire fédéral va ensuite tenter de moderniser l'économie nigériane, mais sera confronté à une grande inflation suite à la hausse des prix du baril dans les années 1970. Incapable de la juguler et surtout de remettre, selon sa promesse, le pouvoir aux civils, il est renversé à son tour en 1975 lors d'un coup d'Etat « pacifique ». Il se refugie en Angleterre, puis au Togo à partir de 1984.

    La gestion du pétrole par le régime du général Sani ABACHA à partir de 1993, sera tout aussi empreinte de considérations personnelles et de grande opacité. L'élection, cette année là, du milliardaire Moshood ABIOLA à la présidence de la république, jugée irrégulière, est annulée. Le chef de l'Etat sortant Ibrahim BABANGI-DA décide de mettre sur pied un gouvernement de transition avec ABACHA comme ministre de la défense. En novembre, soit cinq mois après l'installation du gouvernement provisoire, celui-ci décide de s'emparer du pouvoir. Il met alors en place un gouvernement militaire qui fait de la gestion du pétrole un secret d'Etat. Aux récriminations des populations des régions pétrolières, l'Etat répond régulièrement par la violence. L'exécution de l'écrivain Ken SARO WIWA et de huit autres militants Ogoni, qui réclamaient plus de transparence dans la gestion du pétrole, est un des moments les plus dramatiques du régime du général ABACHA. Ce dernier fini par mettre le Nigéria au ban de la société internationale à cause de sa politique subjective et brutale. La période de gouvernement du général-président a connu une recrudescence des actes de corruption et de détournements des fonds. On estime à près de 4 milliards de dollars (dont 90% issus des revenus pétroliers) la somme qu'il aurait lui-même détourné pendant son mandat à la tête du pays.190

    Le pétrole a donc revêtu un caractère pleinement stratégique sous les régimes militaires. Dans leur gestion du pétrole, ils ont privilégié des intérêts stratégiques,

    189- Cf. « Nigéria ». Microsoft ®Encarta® 2009, [DVD]. Microsoft Corporation, 2008.

    190 - Cf. Ian Garry et Terry Lynn Karl, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief ser-vices, Juin 2003, p.26.

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    géopolitiques ou politiques à même d'assurer une stabilité à leur pouvoir, plutôt que le bonheur des populations. La misère s'est alors aggravée, pendant ces épisodes d'autocratie de l'histoire nigériane, mais aussi la corruption, les détournements de fonds et l'incurie des multinationales dans la gestion de leurs activités. C'est donc avec un certain espoir que les populations ont accueilli le retour à la démocratie en 1999. Des efforts d'ouverture en matière de gouvernance pétrolière ont dès lors été observés.

    Paragraphe 3 : Evolution et tentative de normalisation de la politique pétrolière depuis le retour de la démocratie.

    A- Démocratie et volonté de clarification de la gestion pétrolière :

    Le 27 février 1999, le général OBASANJO est élu président de la république du Nigéria avec 63% des suffrages exprimés. Cette transition politique, après 16 ans de pouvoir sans partage de Sani ABACHA, est souvent considérée comme le retour à la démocratie. S'il ne s'agit pas à proprement parlé de l'arrivée au pouvoir d'un civil, le nouveau chef de l'Etat, par son élection démocratique et son passé de facilitateur de la courte transition civile entre 1979 et 1983, apparait comme l'homme de la situation dans un Nigéria au ban de la communauté internationale. Un des objectifs du nouveau président est de réconcilier le pays avec les différents bailleurs de fonds internationaux et le Commonwealth. Il souhaite également faire de la bonne gouvernance un principe majeur dans la gestion du pétrole.

    A son arrivée au pouvoir, le général OBASANJO trouve un pays pauvre mais dont la production pétrolière est une des plus importantes en Afrique. La filière évolue dans une relative opacité propice aux détournements de fonds et à la corruption. Une des premières décisions que le chef de l'Etat favorise, après son élection, c'est l'augmentation du pourcentage des revenus du pétrole à reverser aux Etats producteurs. Celui-ci passe de 3% en 1992 à 13% à partir de l'an 2000.191Cette décision permet l'arrivée de moyens financiers substantiels dans les Etats producteurs du sud. La région du Delta du Niger reçoit ainsi, en huit ans, 3,07 trillions de Nairas, soit près de 30 milliards de dollars américains.192 Même si une grande partie de ces sommes est souvent détournée, l'augmentation de leur pourcentage apparait comme un pas vers le règlement de l'injustice dont ont été victimes, pendant plusieurs années, les populations des régions pétrolifères. Le chef de l'Etat supprime également, malgré un avis contraire de la cour suprême en avril 2002, le principe de dichotomie.193Il met ainsi un terme à un principe qui asphyxiait les régions pétrolières en les privant de moyens financiers substantiels.

    191 - Voir Philippe Sébille Lopez, « les hydrocarbures au Nigéria et la redistribution de la rente pétrolière », in Afrique contemporaine n° 216, avril 2004, p

    192 - Ukoha Ukiwo, « le Delta du Niger face à la démocratie virtuelle du Nigéria », in Politique Africaine, le Nigé-ria sous Obasanjo, violences et démocratie, Karthala, n°106, juin 2007, p.128-147.

    193 - Op.cit.

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    Depuis 1999, deux transitions démocratiques ont eu lieu au Nigéria : une en 2007 avec l'élection d'Umaru Moussa YAR'ADUA, l'autre en 2010, qui voit Goodluck Jonathan arriver au sommet de l'Etat, après avoir assuré l'intérim suite au décès brutal de son prédécesseur. Le point commun entre tous ces gouvernements de l'ère démocratique est, sans conteste, leur volonté d'ouvrir et de démocratiser la gestion de l'industrie pétrolière. Les chantiers initiés par OBASANJO, au moment du retour à la démocratie, seront poursuivis par ses successeurs.

    B- L'adhésion à l'ITIE et la création de la Commission de développement du delta du Niger comme preuves d'une gestion plus participative du pétrole depuis 1999 :

    Le retour de la démocratie a ramené le débat pétrolier sur la scène publique. L'adhésion du pays à l'Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE) constitue une avancée en matière de bonne gouvernance. Elle a abouti en 2004 à la création de l'ITIE nigériane, la NEITI (Nigerian Extractive Industries Trans-parency Initiative).194Le Nigéria, qui est le premier pays africain à adhérer à cette initiative, n'en sera jugé conforme qu'en 2010.195 La publication régulièrement des chiffres des flux financiers de son secteur pétrolier constitue une des exigences pour être reconnu pays à la gestion des industries extractives transparente. Un groupe national de travail des parties prenantes (NSWG), regroupant des représentants du gouvernement, de la société civile et des compagnies pétrolières, a été mis sur pied pour contrôler les activités de la filière pétrolière et mettre en oeuvre le processus NEITI de manière efficace.

    Le NEITI a été doté d'un Secrétariat Général. Son objectif est d'assurer une entière transparence de tout le processus financier lié à l'industrie du pétrole. Cette agence étatique a commencé son travail dès l'année de sa création. Il s'est agi dans un premier temps, de réaliser un audit complet de la chaine des transactions du secteur pétrolier, de l'extraction au dépôt des fonds à la banque centrale du Nigéria. La période concernée par ce rapport allait de 1999 à 2004. Grâce au travail des enquêteurs, disséminés sur l'ensemble du pays ou dépêchés auprès d'organismes étatiques de gestion du pétrole, on a abouti à un résultat d'une grande qualité. Il dresse un panorama exhaustif de la gestion de l'argent du pétrole au Nigéria pendant la pé-

    riode susmentionnée. Cette enquête révèle des défaillances au niveau de
    l'administration des revenus pétroliers, plus particulièrement de la gouvernance des secteurs pétrolier et gazier.196La publication du rapport a donné lieu à la mise en place d'un groupe d'action interministériel (IMTT), chargé de formuler un plan exhaustif de redressement, lequel a été subséquemment approuvé par le gouvernement. La sortie du premier rapport du NEITI a suscité de nombreux commentaires favorables. La Banque Mondiale dit de lui qu'il « demeure par son étendue et par son aspect minutieux, l'Etalon-or de l'ITIE mondiale ».197 L'ONG Transparency internatio-

    194 - Cf. Etude de cas publiée le 20 janvier 2012 sur www.eiti.org/files/2012/05-11case_stud...

    195 -Idem.

    196 -Ibid.

    197 -Ibid.

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    nal, quant à elle, reconnait dans les initiatives fédérales des avancées considé-rables.198En 2007, l'assemblée nationale adopte le Nigerian extractive industries transparency initiative act, faisant du Nigéria le premier pays au monde à rendre légale l'obligation de déclaration des paiements effectués par toutes les entreprises extractives au gouvernement ; ainsi que l'obligation de déclaration des revenus perçus par celui-ci.199 Cette loi, tout en faisant du secrétariat général du NEITI une agence intégrée à la présidence de la république, le charge d'encourager le respect des procédures et la transparence au niveau des revenus extractifs.

    La création en 2000 d'un organisme chargé de la gestion d'initiatives de développement dans le delta du Niger dénommée Niger Delta Development Commission (NDDC) constitue également une initiative louable, malgré la faiblesse des résultats enregistrés. En effet, la NDDC illustre la volonté des autorités politiques de recon-naitre que l'exploitation du pétrole s'est généralement faite, au détriment du développement et du bien-être des populations des régions pétrolières. Sa création est la preuve que le militantisme n'est pas un phénomène brumeux et spontané. Elle constitue, à la fois, une réponse, même inefficace, aux revendications des populations du delta du Niger et une volonté de décentraliser la gestion pétrolière. En outre, elle permet de traduire par des faits concrets la volonté des autorités politiques de s'inscrire dans une logique de développement endogène dans les régions pétrolières.

    Le retour de la démocratie a constitué, incontestablement, une étape importante dans l'histoire pétrolière du Nigéria. Il a permis une ouverture de la gestion de la rente mais aussi une revalorisation des revenus reversés aux régions pétrolières. Si la politisation du pétrole n'a pas disparu, les gouvernements de l'ère démocratique ont néanmoins fait de la bonne gouvernance une priorité. Les progrès en matière de réglementation pétrolière, la volonté de transparence de la gestion de l'argent du pétrole, l'ouverture du débat pétrolier sont autant de points à mettre au bénéfice de la démocratisation du pays. La pauvreté n'a, cependant, pas disparue.

    SECTION III : LE NIGERIA : UN PRODUCTEUR DE PETROLE AU CENTRE DES

    ENJEUX ENERGETIQUES DES GRANDES PUISSANCES :

    La production pétrolière nigériane est importance. Celle-ci l'a propulsé, depuis quelques années, dans le cercle des quinze premières nations productrices de pétrole au monde.200 La place du pays, dans l'équilibre du marché, s'en est trouvée renforcée. En effet, les différents chocs pétroliers ont permis aux grands consommateurs de voir les risques d'un marché trop dominé par les producteurs du Golfe persique. Ces derniers ayant fait étalage de leur puissance pendant les crises de 1973 et 1979, il fallait, pour les grands consommateurs de pétrole, trouver un moyen d'amenuiser leur capacité de « nuisance » et penser à trouver des marchés alternatifs. C'est pour cette raison, qu'à partir de la fin des années 1990, l'Afrique connaitra un redéploie-

    198 -Idem.

    199 - Cf. Etude de cas publiée le 20 janvier 2012 sur www.eiti.org/files/2012/05-11case_stud...

    200 - Op.cit

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    ment stratégique des grandes puissances, à la recherche d'alliés de revers aux producteurs moyen-orientaux. Le Nigéria, comme d'autres marchés pétroliers « marginaux », se retrouve alors au centre des enjeux de puissance des grands consommateurs. Ceux-ci tendent à se servir de lui comme une vitrine de leur assise géostratégique dans le Golfe de Guinée, région pétrolière la plus dynamique d'Afrique. Le pétrole occupe alors une place importante dans les relations internationales du pays (Paragraphe 1). Cette situation facilite son encerclement stratégique (Paragraphe 2), et y favorise l'échec des politiques de développement durable (Paragraphe 3).

    PARAGRAPHE 1 : Les relations internationales du Nigéria à l'heure du boom pétro-

    lier.

    A- Les relations du Nigéria avec les grands consommateurs comme source de son extraversion étatique:

    La période qui suit les indépendances en Afrique est marquée par la volonté, des anciennes colonies, de faire entendre leur voix sur la scène internationale. Le rassemblement des pays non alignés constitue alors une tribune privilégiée pour ces pays qui ne veulent pas se laisser emporter par le vent de la confrontation entre l'Est et l'Ouest dès 1947. Cette « voie alternative » qui a empiriquement vu le jour entre 1945 et 1955,201 apparaissait « comme la technique ou la recette la plus appropriée pour assurer le maintien et la sauvegarde de l'indépendance ».202 Il fallait, surtout pour les pays Africains, se départir enfin de toute tutelle après de nombreuses années de colonisation souvent brutale. Ces jeunes nations, qui voulaient vivre politiquement mais aussi économiquement, vont commettre, pour la majorité d'entre elles, l'erreur de bâtir leur prospérité sur des survivances de la colonisation.

    Les grandes puissances occidentales, dans un premier temps, puis asiatiques, se sont servies du commerce des matières premières avec l'Afrique pour y dérouler leurs projets géostratégiques. Il s'en est suivi une nouvelle forme de dépendance de ce continent envers des nations étrangères, cette fois, sous le couvert de relations économiques et commerciales. L'importance de la production pétrolière nigériane, a constitué une raison du développement de ses relations internationales avec de nombreuses puissances. Les Etats-Unis, la Chine, la France, l'Angleterre, mais aussi les Pays-Bas et l'Italie font partie des principaux partenaires du secteur pétrolier nigérian. La rivalité entre certaines de ces puissances, à la fin de la seconde guerre mondiale, va constituer pour le Nigéria, comme pour d'autres pays pétroliers du Golfe de Guinée, un facteur de conflit et d'exacerbation des tensions ethniques. La guerre du Biafra au Nigéria, entre mai 1967 et janvier 1970, constitue ainsi un exemple de l'embrigadement stratégique des pays pétroliers africains. Ce conflit, qui a pu être motivé par la grande rivalité politique entre Haoussa du nord, Yorouba de l'ouest et

    201 - Voir les relations internationales : le tiers monde dans la société internationale : la stratégie et l'avenir du Non-alignement.

    202 - Idem.

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    Ibo originaires de l'Est du pays,203 constitue une véritable guerre de sécession aux relents pétroliers. Le Biafra, d'où étaient extraits quotidiennement à l'époque 400 000 barils de pétrole,204 représentait déjà un enjeu pétrolier majeur pour les protagonistes nationaux et internationaux de cette guerre, qui fit plusieurs milliers de morts.205

    De même, la volonté des grands consommateurs de profiter du pétrole nigérian, à moindre coût, va entrainer une période d'incertitude politique marquée par de nombreux coups d'état. Le pays connaitra alors une succession de régimes militaires, qui continueront d'entretenir les relations pétrolières avec les clients du brut nigérian. Au cours de la période de gouvernement autocratique au Nigéria, l'exploitation pétrolière au Nigéria va connaitre un certain dynamisme. Le manque d'ouverture de la gestion pétrolière sera alors favorable à l'encrage stratégique des puissances dans le pays. C'est d'ailleurs la raison du renouveau diplomatique que connaissent nombre de pays du continent au moment de la découverte de réserves pétrolières exploitables sur leur territoire.

    B- Boom pétrolier et renouveau diplomatique en Afrique : l'exemple du Nigéria :

    Le rôle du pétrole dans le dynamisme diplomatique que connaissent de nombreux pays africains est indéniable. Son statut d'énergie de la « puissance » fait qu'il a constitué, pour certains d'entre eux, l'ultime étape vers la reconnaissance et la considération internationales. Dans bien des cas, la simple présence du pétrole dans le sous-sol ou les fonds marins d'un pays le fait passer du statut de pays inconnu, déconsidéré ou jugé infréquentable, à celui de nation amie des grandes puissances.

    L'importante production pétrolière du Nigéria, lui a permis de devenir un partenaire important de nombreuses grandes puissances. Les Etats-Unis, par exemple, entretiennent de bonnes relations diplomatiques avec le pays. Cela est d'autant plus utile, que le Nigéria est du nombre de ses cinq premiers fournisseurs. En 2004, les Etats-Unis ont acheté au pays 1,1 million de barils par jour, soit plus de la moitié de ses exportations.206Les relations pétrolières ont progressivement quitté le terrain commercial, pour s'élever à la diplomatie et à la coopération militaire. Comme le dit Stephen Solar, l'Afrique est « un continent aux vastes ressources minérales et pétrolières [...] »207 et constitue, par conséquent, un acteur indispensable au développement industriel des Etats-Unis.

    Les relations diplomatiques entre le Nigéria et l'Angleterre sont fondées sur l'expérience coloniale. Le pays fait partie du Commonwealth et participe ainsi à la promotion des valeurs et de la culture anglaises. Toutefois, l'influence actuelle de l'Angleterre dans le pays, ne peut réellement être comprise, sans la prise en compte

    203 - Voir « Biafra, guerre du. » Microsoft®Encarta®2009 [DVD]. Microsoft corporation, 2008.

    204 - Ibid.

    205 - Entre 1 et 2 millions de morts selon les sources.

    206 - Voir Philippe Sébille Lopez, « les hydrocarbures au Nigéria et la redistribution de la rente pétrolière », in Afrique contemporaine, n° 216, avril 2004, p.

    207- cf. Stephen Solar, alors président de la sous-commission sur l'Afrique de la chambre des représentants, in « US in Africa » subcommittee on africa, committee on foreign affairs, house of representatives, 96th congress,

    op.cit P. 209.

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    du rôle de la multinationale Royal Dutch Shell. La compagnie anglo-néerlandaise est le plus grand opérateur du secteur pétrolier au Nigéria. Cette proximité commerciale entre ancienne colonie et ex-puissance coloniale démontre que ce n'est pas seulement la France qui a su garder de bonnes relations avec son ancien « empire » d'Afrique.

    La Chine, grande puissance économique, essaye, depuis un certain nombre d'années, de se faire une place dans la région de toutes les convoitises.208 La politique qu'elle mène, sous le signe d'un partenariat Sud-Sud, lui permet de nouer des relations commerciales avec plusieurs pays souvent en indélicatesse avec l'Occident. D'abord implantée au Soudan, la Chine a su, en quelques années, élargir son empire africain au Nigéria et à d'autres marchés marginaux. Ce grand intérêt pour les ressources naturelles de ses partenaires commerciaux fait dire à Christian HARBULOT qu'« un des objectifs de la Chine, dans sa quête de devenir une grande puissance, est de capter le maximum de ressources énergétiques et de matières premières. ».209Celles-ci servent alors, non seulement, à assouvir la soif de matières premières de l'industrie chinoise, mais aussi à rendre plus empirique la volonté de puissance de l'empire du milieu.

    PARAGRAPHE 2 : Pétrole et encerclement géostratégique du Nigéria.

    A- Présentation du potentiel pétrolier nigérian:

    Le Nigéria est, depuis quelques années, le plus grand producteur de pétrole d'Afrique. Sa production a connu un dynamisme particulier, qui lui permet, au-jourd'hui, de figurer au rang des plus grands producteurs au monde. Ses réserves sont estimées à un peu plus de trente milliards de barils210 tandis que sa production journalière au second trimestre 2012 est de 2,3 millions de barils.211Selon certains observateurs, la capacité théorique de production du pays est de 3,2 millions de barils par jour.212 La production pétrolière est à la fois on shore et offshore, et est restée assez constante au fil des années. La majorité des gisements se trouvent dans les villes pétrolières de la région du Delta du Niger (Port Harcourt, Onitsha, Benin city, Bodo).

    208 - Cf. Christian Harbulot, Cecile Lin, Michael Morer, Audrey Saint-Sever, Caroline Sinno, Charles Tougard, « Les compagnies pétrolières chinoises dans la stratégie de puissance de Pékin », in Intelligence Economique, ESSEC BUSINESS SCHOOL, 2008-2009.

    209 - Voir Christian Harbulot, La main invisible des puissances, les européens face à la guerre économique, 2e édition actualisée et argumentée, Ellipses,

    210- Ian Garry et Terry Lynn Karl, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief services, Juin 2003, p.25.

    211 -Cf. chiffres du Bureau National des statistiques du Nigéria publiés le mercredi 14 septembre 2012, sur www.afriquejet.com>infos>afriquedel'ouest>nigeria. Consulté le 22 septembre 2012.

    212 - Voir Judith Burdin Asuni, « Blood oil in the Niger delta », in Special Report n°229, united state institute of peace, Aout 2009.

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    Les potentialités pétrolières du Nigéria sont importantes. Sa situation dans le Golfe de Guinée, région pétrolière par excellence de l'Afrique, et l'entrée dans son marché d'acteurs de plus en plus nombreux, laisse augurer une augmentation de sa production, à moyen terme. De même, le développement de la production offshore, va multiplier les chances des compagnies pétrolières de mettre à jour de nouveaux gisements, menacées qu'elles sont par le vandalisme et les troubles politiques sur le continent. Elles pourront ainsi bénéficier du fort potentiel pétrolier des eaux du Golfe de Guinée.213 L'acquisition récente d'un important bloc pétrolier par une société pétrolière chinoise,214 constitue également un espoir d'augmentation de la production, grâce aux importants moyens financiers que l'empire du milieu investi dans ses marchés pétroliers. Le Nigéria apparait ainsi comme un producteur de pétrole dynamique, aux potentialités sous-explorées. Cette situation le met au centre des convoitises des grands consommateurs, qui l'encerclent progressivement par leurs différentes manoeuvres géostratégiques.

    B- Offensive des grands consommateurs de pétrole au Nigéria et prémices de son encerclement géostratégique :

    Les gros consommateurs de pétrole sont de plus en plus présents au Nigéria. On y observe depuis lors diverses stratégies qui aboutissent, à terme, à son « encerclement géostratégique ». A la présence traditionnelle des pays occidentaux, vient s'ajouter depuis quelques temps celle de pays asiatiques et même sud américains.215 La Chine, qui est le second consommateur mondial de pétrole derrière les Etats-Unis, (7 millions de barils en 2006)216 mène depuis quelques temps son combat pour la puissance ultime dans le Golfe de Guinée en général, et au Nigéria en particulier. L'Empire du Milieu, qui est resté longtemps confiné à l'Asie et au Soudan pour son approvisionnement en pétrole, sait qu'il ne pourra désormais se prévaloir du rang de super puissance qu'au prix d'une expansion sur les grands axes géostratégiques mondiaux. Malgré ses réserves pétrolières estimées en janvier 2008 à 16 milliards de barils,217 la Chine développe une offensive pétrolière hautement stratégique au Nigé-ria. Cet engagement pétrolier hors de ses frontières est tout aussi justifié, que le pays en est un exportateur net depuis les années 1990.218 Aujourd'hui, la Chine importe 47% de sa consommation219 alors que 70% de la valeur totale des ses importations en provenance d'Afrique sont constitués de pétrole.220 La stratégie commerciale de la deuxième puissance économique mondiale séduit grandement les politiques nigérians, comme ceux de nombreux autres pays africains d'ailleurs. En effet, la Chine se

    213 - Cf. supra

    214 -Cf. supra

    215 -Le Brésil est aujourd'hui présent sur le terrain pétrolier nigérian.

    216 - Christian Harbulot, Cécile Lin, Michael Morer, Audrey Saint -Server, Caroline Sinno, Charles Tougard, « Les compagnies pétrolières chinoises dans la stratégie de puissance de Pékin », in intelligence économique, ESSEC Business School 2008-2009.

    217 -Christian Harbulot, Cécile Lin, Michael Morer, Audrey Saint -Server, Caroline Sinno, Charles Tougard, « Les

    compagnies pétrolières chinoises dans la stratégie de puissance de Pékin », in intelligence économique, ESSEC Business School 2008-2009.

    218 -Idem. 219-Ibid.

    220 -Op.cit

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    pose en alternative au partenariat commercial, jugé inégal, entre l'Afrique et l'Occident, chez les gros producteurs de pétrole comme chez les petits. Elle met en avant une relation dite « gagnant-gagnant » entre pays du Sud unis par l'histoire ; et n'hésite pas à mélanger affaires et politique221 pour se construire une assise géostratégique au Nigéria. Les représentants de la stratégie pétrolière de la Chine, dans le pays, sont des filiales de la China National Petroleum Company (SNPC), de la China Petroleum and Chemical Corporation (SINOPEC) et de la China National Offshore Oil Company (CNOOC), qui a acquis 45% du principal champ pétrolier nigérian.222

    A côté de la Chine, figurent les anciens clients du Nigéria que sont les pays occidentaux. Les Etats-Unis considèrent le pétrole africain comme une question de sécurité intérieure.223 Ils souhaitent alors l'utiliser comme alternative à l'Arabie Saoudite. Contrairement à la Chine avec laquelle il se trouve en grande rivalité, le premier consommateur de pétrole au monde (20 millions de barils en 2008)224 effectue une poussée stratégique dans la région, consistant en un véritable encerclement militaire. C'est d'ailleurs une méthode traditionnelle pour les Etats-Unis qui n'hésitent pas à s'étendre militairement pour protéger leurs marchés pétroliers (le cas Golfe Persique l'illustre à souhait). Le projet des Etats-Unis de faire passer ses importations de pétrole en provenance du continent de 15 à 25% d'ici 2015,225 l'oblige à réfléchir à la sécurisation de ses approvisionnements. La présence militaire des Etats-Unis se vérifie alors, à la fois, par les nombreux exercices militaires qu'ils mènent dans la région et par le nombre de plus en plus important de ses militaires au Nigéria.226

    Les propos d'un haut responsable de la Navy selon lesquels pour les Etats-Unis, la « [...] priorité c'est la lutte contre le terrorisme parce que les terroristes peuvent quitter le Moyen-Orient pour l'Afrique [...] »,227 nous permettent de comprendre que la géostratégie pétrolière des Etats-Unis, qui vise le contrôle des points névralgiques du globe, passe, nécessairement, par le Golfe de Guinée, et donc, par le Ni-géria. Il est alors évident que les Etats-Unis se servent du Nigéria dans leur projet de sécurité énergétique et de puissance par l'Afrique. Les multinationales américaines (Exxon-mobil, Chevron-Texaco, Marathon oil, etc.) constituent le bras séculier de la stratégie américaine au Nigéria.

    L'engagement stratégique de la France en Afrique est ancien. Le continent est un bon exemple de la mise en pratique du projet géopolitique et géostratégique de la France élaboré par le général De Gaulle.228 Dans le Golfe de Guinée, de nombreux

    221 - les visites du premier ministre Chinois dans des pays pétroliers d'Afrique au Golfe de Guinée le démontrent à suffisance.

    222 - Ibid.

    223 - Cf. Supra.

    224 - Christian Harbulot, Cécile Lin, Michael Morer, Audrey Saint -Server, Caroline Sinno, Charles Tougard, « Les compagnies pétrolières chinoises dans la stratégie de puissance de Pékin », in intelligence économique, ESSEC Business School 2008-2009.

    225 -BP, Revue annuelle sur l'énergie citée dans « Géopolitique de l'énergie », in Revue française de géopolitique, n°2, Ellipses, Paris, 2004, 336p.

    226-Cf. Alain Fogue Tedom, La géostratégie, cours dispensé en maîtrise de science politique à l'université de Yaoundé II soa, p.36.

    227 -Cf. dépêche AFP du 4 juin 2004, citée par Richard Labévière, « Usa - Afrique : de la construction de l'ennemi ? » sur le site www.pressafrique.com.

    228 -Idem. P.16

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    pays ont constituées des terrains d'expérimentation du projet géostratégique français. Le Gabon, le Congo ou le Cameroun ont longtemps été des Etats-clés du « pré carré »229 français d'Afrique. Toutefois, l'ambition géostratégique de la France, pour les pays du Golfe de Guinée, ne se limite pas seulement à ses anciennes colonies. En effet, depuis de nombreuses années, elle est présente dans le marché pétrolier Nigérian grâce à ELF, puis, par l'entremise de la multinationale TOTAL. Le pays utilise alors des moyens, souvent insoupçonnés, pour pouvoir s'affirmer dans ce marché stratégique, face aux géants anglo-néerlandais et américains. Ainsi, certaines informations rendent la compagnie pétrolière responsable de l'éclatement de la guerre du Biafra.230 Elle est soupçonnée d'avoir soutenu les sécessionnistes, pour ainsi prendre le contrôle d'une importante partie de la production pétrolière nigériane.

    Le Nigéria est un marché pétrolier qui « compte ». Les réserves prouvées ou probables, par leur qualité (pauvreté en soufre et donc facile à raffiner) et leur situation (offshore et à proximité des côtes américaines), sont des motifs de convoitise pour les grands consommateurs de pétrole. De même, l'immaturité stratégique et la dépendance du pays aux revenus issus du pétrole, en fait un champ d'expérimentation des stratégies de puissance des grands consommateurs. Les Etats-Unis, qui pendant plusieurs années dédaignaient toute expansion sur le continent, sont aujourd'hui obligés, pour des raisons de « sécurité nationale », de s'engager dans l'univers pétrolier nigérian.231 La Chine, leur principal adversaire stratégique, est bien décidée, elle aussi, à jouer sa quête de la puissance ultime au Nigé-ria, même s'il faut pour cela entrer en rivalité avec les puissances occidentales, plus anciennes dans le pays. Elle sait que son statut de grande puissance dépend de sa capacité à se projeter hors de sa zone d'influence traditionnelle située en Asie centrale et du sud-est. La France, le Royaume-Uni et les Pays-Bas (avec la multinationale Shell), ou l'Italie, dont la présence au Nigéria est ancienne, essayent de s'y maintenir face aux deux « géants ». La grande rivalité qui résulte alors de ce choc des stratégies pétrolières y rend inapplicables les politiques de développement durable.

    PARAGRAPHE 3 : Stratégies pétrolières et échec des politiques de développement

    durable.

    A- Relation entre développement durable et industrie pétrolière :

    Le concept de développement durable occupe une place importante dans les réflexions sur l'avenir de notre planète. Défini comme « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs »,232 il préconise la prise en compte, dans le processus de développement, des aspects environnementaux et sociaux d'une pla-

    229 - l'expression était utilisée par le président français François Mitterrand pour désigner les anciennes colonies françaises d'Afrique. Cf. Réflexions sur la politique extérieure de la France. Introduction à 25 discours (1981-1985), Paris, Fayard, 1986, p.14, in Philippe Marchessin, « Mitterrand l'Africain », politique Africaine n°58, Paris, Karthala, juin 1995, p.10.

    230 - Voir François Xavier Veshave, Françafrique, le plus long scandale de la république, Stock, 1998.

    231 -Op.cit.

    232- Cf. commission mondiale sur l'environnement et le développement, Rapport Bundland, 1987.

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    nète globalisée.233Cette conception écologique de l'économie suggère le remplacement progressif des énergies fossiles, non renouvelables, par des énergies plus propres et renouvelables comme le solaire, l'hydraulique, l'éolien, la biomasse, etc. Le développement durable, qui a émergé en réaction à la croissance effrénée des « trente glorieuses »,234 se pose en alternative au modèle de développement industriel qui n'est pas soutenable sur le long terme. Face aux changements climatiques que connait le monde aujourd'hui il apparait nécessaire, pour les tenants de cette thèse, de revoir la conception actuelle du développement et de faire la part belle à des moyens plus respectueux de l'environnement. La raréfaction des ressources naturelles avec l'atteinte prochaine du pic pétrolier, les écarts de développement entre pays du Sud peu industrialisés et pauvres et pays du Nord développés et très industrialisés, les questions de sécurité alimentaire ou de déforestation, la croissance de la population mondiale, les problèmes causés par les catastrophes naturelles et industrielles, constituent, selon les écologistes, autant de raisons de s'approprier ce concept «novateur ».

    Le développement durable est difficilement associable à l'exploitation pétrolière. En effet, le pétrole est une énergie non renouvelable qui tend à se raréfier. Il ne peut, par conséquent, être considéré comme une énergie du futur. La pollution dont est responsable son exploitation dans l'automobile et les industries, les différentes catastrophes écologiques que provoque son déversement accidentel ou non dans la biosphère ou les disparités de développement dont il est la cause sont également des facteurs qui le rendent incompatible avec les exigences écologiques et sociales du développement durable. Si le pétrole crée des richesses et assure une certaine croissance économique, on ne peut bâtir sur lui un modèle de développement qui soit pérenne. Le Congo, l'Angola ou le Nigéria constituent alors des preuves du caractère « illusoire » d'un développement par le pétrole.

    Au-delà des raisons sus-évoquées, le caractère stratégique du pétrole justifie son apparente incompatibilité avec les politiques de développement durable. En effet, son exploitation convoque des enjeux qui ne sont pas seulement économiques, mais surtout politiques et stratégiques. Il est difficile de penser à la préservation de l'environnement quand l'exploitation du pétrole en appelle justement à sa relative destruction. Les grands consommateurs de pétrole qui s'affrontent dans le Golfe de Guinée, se soucient très peu de la transition énergétique. Hors mis quelques actions sporadiques dans le secteur des énergies propres, les majors présentes dans le Golfe de Guinée s'engagent en priorité dans la recherche de nouveaux gisements. L'attention accordée à des pays comme la Guinée Equatoriale, le Ghana, la Côte d'ivoire ou Sao Tome et Principe, prouve que le pétrole sera encore pour longtemps au coeur des stratégies de puissance dans le Golfe de Guinée. De même, les différentes atteintes à l'environnement comme les catastrophes écologiques235témoignent de la relative incurie avec laquelle les compagnies pétrolières gèrent leurs activités

    233 - Cf. fr.wikipedia.org/wiki/développement durable

    234 - Idem.

    235 -Les catastrophes de Bodo au Nigéria en sont un exemple patent. Cf. Amnesty international, CEHRD, la vraie tragédie. Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le Delta du Niger, Amnesty international, novembre 2004, 54 p.

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    dans la région. Il est donc logique de penser à un certain échec de ce concept face au boom pétrolier que connait actuellement le Golfe de Guinée.

    B- Le développement durable face au dynamisme de l'industrie pétrolière au Ni-géria :

    L'échec des politiques de développement durable dans les pays pétroliers du Golfe de Guinée, plus particulièrement au Nigéria, est tributaire de la bataille énergétique qui s'y déroule. La volonté de prédation des acteurs de la filière constitue un blocage majeur pour les initiatives écologiques. La non-adhésion au protocole de Kyoto de grands consommateurs de pétrole présents dans la région (Etats-Unis et Chine) en dit long sur leurs intentions en matière de développement durable. L'industrie pétrolière semble incompatible, en Afrique plus qu'ailleurs, avec toute considération écologique ou sociale. Le pétrole, matière première stratégique par excellence, est au coeur des politiques de puissance des grands consommateurs. Ceux-ci ne peuvent alors aller à l'encontre de leurs propres intérêts en adoptant des politiques visant à réduire les activités d'exploration et de production. L'échec des récents sommets mondiaux sur l'environnement (Copenhague, Rio+20, Doha) traduit la volonté pour les puissances de prolonger l'ère pétrolière.

    Le Nigéria est un parent pauvre des énergies renouvelables. La pauvreté combinée au faible intérêt pour l'Etat fédéral de promouvoir ces énergies propres (surtout dans le secteur des transports) ne permet pas une certaine percée du développement durable. Les seules initiatives recensées dans ce sens sont le fait d'organisations non gouvernementales, qui se cantonnent généralement aux zones rurales et concernent le domaine de la consommation domestique d'énergie. Les autorités politiques, otages à la fois des grands consommateurs et de leurs politiques et choix économiques, continuent d'encourager l'exploitation du pétrole au détriment de l'environnement et des générations futures. Le pétrole constitue une véritable source de pouvoir politique et économique, pour les responsables politiques, qu'il est difficile d'abandonner. Dans ces conditions, songer à des énergies de substitution ou à la rationalisation de l'exploitation pétrolière relève de la gageure.

    L'industrie pétrolière constitue alors, au Nigéria, un réel obstacle aux politiques de développement durable. Les stratégies de puissances des grands producteurs et le manque de diversification de l'économie nigériane ne sont pas favorables à un dynamisme énergétique. La promotion du développement durable dans le pays passe alors nécessairement par une émancipation à la fois énergétique, politique, économique et géostratégique.

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    CONCLUSION DU CHAPITRE:

    Le pétrole constitue un véritable enjeu de puissance dans le monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Le caractère stratégique de cette ressource, au cours de ce conflit, n'a cessé de s'affirmer tout au long de l'histoire récente des relations internationales. Les différents chocs pétroliers, les troubles au Moyen-Orient et les attentats du 11 septembre 2001, ont provoqué un redéploiement stratégique des grands consommateurs vers des marchés que l'on jugeait marginaux. Le Golfe de Guinée, qui abrite le plus grand producteur de pétrole d'Afrique, s'est alors vu subitement monter dans l'estime des grandes puissances qui, à la fin de la guerre froide avaient pourtant sonné le glas de son intérêt stratégique. Aujourd'hui, il est au centre de nombreuses convoitises, mieux, de projets géostratégiques sur fond de relations pétrolières. La bataille entre les grands consommateurs voit dans la situation du Ni-géria, une de ses illustrations les plus complètes. L'impact de ce combat pour la puissance par le pétrole, constitue une cause majeure du « paradoxe de l'abondance », dont souffre le pays. C'est un état d'impuissance qui plonge le Nigéria dans une situation de perpétuelle insécurité, malgré ses énormes potentialités pétrolières. Il est certes un important producteur de pétrole, un géant pétrolier d'Afrique, il reste tout de même un pays fragile que l'encerclement stratégique a transformé en espace-enjeu pour les grands consommateurs.

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    PETROLE ET INSECURITE AU NIGERIA OU LES PREUVES D'UNE PETRO STRATEGIE DANS LE GOLFE DE GUINEE.

    CHAPITRE II :

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    On pourrait définir la pétro stratégie236 comme une stratégie ayant pour enjeu central le contrôle des ressources pétrolières. Au Nigéria, l'importance de la production et des réserves prouvées, ainsi que le caractère incontournable du pétrole dans l'économie et les relations internationales rend cette matière première encore plus stratégique. Cet attribut du pétrole a des conséquences sécuritaires importantes pour le pays, à cause de la relative vulnérabilité de celui-ci. En effet, la violence, mais aussi de nombreux fléaux socioéconomiques essaiment la société nigériane, depuis la découverte du pétrole. Les conséquences sur la stabilité politique, économique et sociale sont importantes, si bien qu'on pourrait aboutir à terme à une insécurité endémique, mieux, à un effet domino dans le Golfe de Guinée. Les frontières relativement poreuses entre les pays de la région237et les interactions inévitables entre eux constituent des facteurs favorables à des réactions à la chaine. La pétro stratégie à l'oeuvre au Nigéria n'a pas de conséquences positives. Elle expose le pays à des intérêts extérieurs en contradiction avec ceux des populations. Cette vision stratégique de la principale source de devises du le pays238est le fait, à la fois, d'acteurs intérieurs et extérieurs. Il n'est donc pas possible de parler d'un « complot » uniquement ourdi de l'extérieur. Si les acteurs de la stratégie du pétrole au Nigéria ne possèdent pas de moyens identiques pour leurs ambitions, ils partagent néanmoins la volonté d'écarter les populations des bénéfices de l'industrie pétrolière. Les manoeuvres des divers acteurs du circuit pétrolier sont alors autant de stratégies de puissance aux conséquences néfastes pour les populations (Section I). L'Etat fédéral, par sa gestion inadéquate des questions sociales liées à l'exploitation pétrolière, apparait aussi comme un facteur majeur d'insécurité, notamment dans le delta du Niger (Section II), laquelle tend à s'élargir en se diversifiant, à l'ensemble du pays (Section III).

    SECTION I : LES STRATEGIES DE PUISSANCE PAR LE PETROLE AU NIGERIA COMME SOURCES D'INSECURITE.

    Le pétrole est un enjeu majeur de pouvoir et de puissance au Nigéria. Le statut de premier producteur africain de pétrole fait de ce pays un axe important dans la géopolitique des hydrocarbures sur le plan mondial. Il est en effet un marché prometteur, mais surtout une étape nécessaire à l'encrage stratégique des grandes puissances dans le Golfe de guinée. La convoitise dont le pays est l'objet l'expose à des manoeuvres potentiellement dangereuses, qui mettent en péril sa stabilité politique, économique, sociale et même écologique ; et celle de l'ensemble de la sous-région. La vulnérabilité stratégique du Nigéria et les menaces que font peser sur lui les stratégies de puissance des différents acteurs du pétrole expliquent, en partie, l'insécurité qui y règne. Le pétrole est alors une cause potentielle d'envenimement de

    236 - L'expression est de Wullson MVOMO ELA.

    237 -Il est important de considérer ici, que comme ailleurs en Afrique, les limites tracées entre les pays ne respectent pas l'organisation sociologique originelle. De nombreux groupes ethniques se retrouvent de par et d'autres des frontières, encourageant ainsi les interactions entre les pays. Il est alors possible d'observer à l'échelle sous régionale, des phénomènes sociaux comme le fanatisme religieux, le trafic illicite de marcha n-dises et d'êtres humains, la circulation d'armes à feu, etc.

    238 -Op.cit.

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    sa situation sociale déjà instable. Les stratégies de puissance par le pétrole sont des facteurs majeurs d'insécurité qu'elles soient le fait des multinationales du pétrole (Paragraphe I), des autorités politiques fédérales et locales (Paragraphe 2) ou même de populations du delta du Niger (Paragraphe 3).

    Paragraphe 1 : Les firmes multinationales du pétrole : des relais locaux des grands consommateurs de pétrole aux méthodes potentiellement dangereuses.

    A- Stature des sociétés transnationales pétrolières au Nigéria :

    Le dynamisme de la production pétrolière nigériane est dû, en partie, à la présence dans son secteur pétrolier de nombreux partenaires internationaux. Les multinationales pétrolières en sont les principaux du fait de leur présence dans toutes les phases de l'industrie. Dans la plupart des joint-ventures qui lient l'Etat fédéral à des compagnies pétrolières étrangères, celles-ci sont les opérateurs sur le terrain.239Elles ont donc pour principales missions d'extraire le pétrole du sous-sol ou des fonds marins, et d'en assurer la commercialisation, à leur propre compte ou à celui de l'Etat.

    Les compagnies pétrolières présentes au Nigéria sont en grande partie des majors occidentales (Royal dutch Shell, Exxon-Mobil, Total, Eni, Chevron-Texaco, etc.), des multinationales asiatiques (CNOOC) ou des indépendantes. L'ouverture de son marché favorise la venue de compagnies pétrolières de plus en plus nombreuses, ayant pour objectif de se positionner durablement dans une des régions pétrolières les plus prometteuses au monde. Si la plupart sont en mesure d'effectuer des activités sur le continent, ce sont les multinationales les plus anciennes et surtout les plus puissantes qui occupent le segment de l'offshore. Cette exclusivité est due à la grande technicité des méthodes d'extraction et aux importants moyens financiers que nécessite le travail dans les profondeurs océaniques.

    Les sociétés transnationales pétrolières sont les acteurs de l'industrie qui donnent au pétrole sa valeur stratégique. En effet, même si les réserves prouvées jouent un rôle important dans le statut des grands producteurs, leur caractère incertain240 les place au second rang derrière la production réelle des pays. Les compagnies pétrolières mettent le pétrole à la disposition des marchés et lui font jouer pleinement son rôle d'énergie de la puissance. Elles s'assurent, par le même fait, d'importantes marges bénéficiaires241qui contrastent avec la misère dans laquelle vivent la plupart des populations des zones de production. En cela, elles ont une part de responsabi-

    239 -Op.cit.

    240 - les réserves prouvées d'un pays ne garantissent pas la possibilité de leur exploitation. Des évènements politiques, économiques ou sociaux internes au pays peuvent venir stopper des projets pétroliers majeurs. De même, les compagnies pétrolières peuvent également manipuler le chiffre de leurs réserves pétrolières pour faire hausser le cours de leur action en bourse.

    241 -cf. Michel Kounou, Pétrole et pauvreté au sud du Sahara, analyse des fondements de l'économie politique du pétrole dans le Golfe de Guinée, éditions Clé Yaoundé, 2006, p.83.

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    lité dans la radicalisation des populations du delta du Niger. En outre, elles constituent des facteurs d'insécurité, en particulier pour les nigérians habitants à proximité des champs pétroliers.

    B- Structure de l'insécurité pétrolière portée par les compagnies pétrolières inter-

    nationales :

    La responsabilité des multinationales pétrolières dans l'insécurité multiforme qui prévaut dans les régions pétrolières est incontestable. Les habitants de la région se plaignent, en général, de l'impact de l'industrie pétrolière sur leur environnement et du faible résultat social de la rente. La multinationale Shell, dont les bénéfices annuels s'élèvent à des milliards de dollars,242 n'a par exemple pas pu, en plus d'un demi-siècle d'activité pétrolière, réaliser une amélioration significative des conditions de vie de nombreux nigérians. Comme ses consoeurs, elle a donc une grande responsabilité dans la misère au Nigéria et dans les conflits sociaux que cette situation provoque. Le faible impact social de l'activité des compagnies pétrolières est propice au développement dans le pays de facteurs déstabilisants.

    Pour s'assurer le soutien politique nécessaire à leurs activités, les compagnies pétrolières n'hésitent pas à se compromettre dans le financement d'actions mili-taires243ou l'instrumentalisation des autorités politiques. Elles réduisent ainsi les chances des populations, dans la participation à la gestion des revenus tirés des richesses de leur sol. L'influence politique des compagnies pétrolières étrangères et leur collusion, réelle ou supposée, avec les autorités étatiques a provoqué, au sein des populations, un sentiment de révulsion et de défiance à leur endroit. Un câble de Wikileaks, en date du 20 octobre 2009, fait état de télégrammes de diplomates américains rapportant les propos d'un représentant de Shell affirmant que la compagnie a, au Nigéria, « des gens dans tous les ministères intéressants » et qu'elle sait ainsi tout ce qui s'y passe.244 L'incurie avec laquelle les multinationales réalisent leurs activités, fait planer sur l'industrie pétrolière l'ombre d'une « entente secrète » entre elles et l'élite politique et administrative, visant à exploiter le pétrole au détriment des populations. L'activité des multinationales au Nigéria est une source d'insécurité majeure et multiforme. Si l'influence politique des majors est avérée, l'impact économique et environnemental de leurs activités mérite d'être souligné.

    L'activité des multinationales est une cause directe ou indirecte d'insécurité économique. En effet, les revenus tirés de l'exploitation du pétrole, lorsqu'ils inondent l'économie, provoquent une hausse du taux de change de la devise nationale et, par ricochet, la perte de compétitivité des autres secteurs de l'activité économique. On parle alors de « syndrome hollandais ». De même, la manipulation, par les compagnies pétrolières, des chiffres des réserves prouvées245ou même des quantités de

    242 -

    243 - Le cas de la société ELF dans la guerre du Biafra est une illustration à cet effet (cf. supra).

    244 -Amnesty international, CEHRD, La vraie « tragédie ».Rretards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le Delta du Niger, Amnesty international, nov.2011, p.28.

    245 -la compagnie Shell aurait ainsi triché sur ses réserves mondiales prouvées en 2004. Cf. Eric Laurent, La face cachée du pétrole, Plon 2006, p.277.

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    pétrole extraites vient fausser les prévisions économiques du pays, et réduire sa capacité à faire face à des troubles éventuels sur le marché du brut. Il peut alors faire face à des problèmes de trésorerie susceptibles de provoquer une fronde sociale.

    L'action des multinationales du pétrole a des conséquences économiques et sociales indéniables sur la vie des populations des zones d'exploitation. Le chômage, la pauvreté, ou l'augmentation du coût de la vie sont quelques unes d'entre elles.246 Sur le plan environnemental, les conséquences de l'activité des multinationales sur la sécurité des populations sont encore plus importantes. En effet, celles-ci opèrent dans une telle incurie qu'Amnesty international, affirme dans un de ses rapports, qu'elles peuvent facilement passer outre des recommandations étatiques en matière de lutte contre la pollution.247 Généralement, les compagnies pétrolières préfèrent payer des amendes, relativement faibles, pour non-conformité à des normes environnementales, présentes ou non dans les contrats, plutôt que financer des dispositifs de surveillance et de contrôle de la pollution.248 Les catastrophes écologiques de Bodo entre aout 2008 et février 2009 sont des illustrations de l'insécurité environnementale à laquelle sont exposés, depuis plusieurs années, les populations nigérianes. Les conséquences sur l'environnement (destruction de la flore aquatique, pollution des nappes d'eau souterraines et de l'air, réduction de la fertilité des sols, etc.)249 provoquées par la négligence de Sheï50et l'incapacité des pouvoirs publics à réguler le secteur sont venues aggraver la misère des populations du Delta du Niger. Selon la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples « En pays Ogo-ni,251 une pollution et une dégradation environnementale d'une ampleur humaine inacceptable ont transformé la vie en cauchemar ».252 D'autres multinationales comme Mobil ont également été auteures de nombreuses catastrophes écologiques. En 1998 par exemple, la rupture de deux oléoducs reliant 14 plates-formes offshores et transportant du pétrole et du gaz en direction du terminal pétrolier de QUA IBOE a provoqué un déversement dans l'océan atlantique qui aurait atteint les eaux territoriales du Cameroun et de la Guinée Equatoriale. Au total, 40 000 barils de pétrole se seraient ainsi retrouvés dans l'eau. Ces catastrophes écologiques, qui sont, pour la

    246 - Amnesty international, CEHRD, La vraie « tragédie ».Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le Delta du Niger, Amnesty international, nov.201, 54 p.

    247 -Idem, p.9.

    248 - Voir Jenik Radon, « Notions de base sur les contrats pétroliers : contrats de concession, joint-venture et contrats de partage de production. », in Le pétrole. Guide de l'énergie et du développement à l'intention des journalistes. Lever la malédiction des ressources naturelles.2, Open society institute, New York, 2005, pp.71-92

    249 -Ibid.

    250 - Il est curieux que 40 % des déversements de pétrole qui sont le fait dans le monde de la compagnie pétro-lière se soient produits au Nigéria ! Shell, qui pourtant reconnait qu'à plus de 15 ans les conduits doivent être remplacés, se permet de fonctionner avec un circuit de pipelines au Nigéria dont la moitié a dépassé cette limite d'âge. C'est dire le peu d'intérêt qu'a la compagnie pour la sécurité des populations dans le pays.

    251 - Tribu originaire des régions pétrolières.

    252 - Amnesty international, CEHRD, La vraie « tragédie ».Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le Delta du Niger, Amnesty international, nov.201, P.19.

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    plupart, causées par la vétusté des installations pétrolières,253 auraient occasionné depuis le début de l'exploitation pétrolière près de 4000 déversements de pétrole.254

    L'action néfaste des multinationales du pétrole est un secret de polichinelle. L'impact économique, social, politique ou écologique de leurs activités en fait des responsables de l'insécurité pétrolière au Nigéria. Les raisons profondes de cette situation sont la grande liberté dont elles jouissent de la part des autorités fédérales, et leur avidité au gain. Ces multinationales, qui font d'importants profits au Nigéria, bénéficient d'un soutien sans faille des grands consommateurs de pétrole dont elles ne sont en réalité que des instruments géostratégiques. En effet, un télégramme de Wikileaks, datant du 2 février 2009, fait état des liens étroits entre Shell et les autorités politiques du Royaume Uni et des Pays-Bas.255 Les populations sont les victimes innocentes d'une lutte pour la puissance qu'elles ne maîtrisent pas et dont les conséquences sur le plan de leur sécurité se font ressentir de jour en jour. Les autorités politiques nigérianes constituent un autre facteur potentiel d'insécurité.

    Paragraphe 2 : Puissance économique et clientélisme politique ou les ferments de l'insécurité pétrolière au Nigéria.

    A- Captation de la rente et dépendance stratégique du Nigéria :

    Les autorités publiques sont des acteurs non négligeables du secteur pétrolier nigérian. Elles participent à l'industrie en tant qu'intervenants directs (gestion des activités de production, de transport et de stockage des produits pétroliers, vente du pétrole, etc.) ou comme administrateurs de la rente. D'autres missions telles que le contrôle des activités pétrolières ou de la régularité de la comptabilité liée au pétrole et la gestion des contrats sont dévolues à des organismes étatiques spécialisés.256La place importante qu'ils occupent dans la filière pétrolière alourdit leur responsabilité dans les mauvais résultats sociaux et, même, économiques du pétrole. Certains des comportements et choix politiques des acteurs nationaux de la filière se sont en effet révélés porteurs d'insécurité pour le Nigéria.

    La volonté de prédation de la rente pétrolière est un comportement répandu parmi les acteurs de la filière. En effet, le pétrole a toujours été un moyen d'enrichissement rapide pour les politiciens nigérians. Une des motivations de l'arrivée des militaires au pouvoir était le contrôle de l'industrie pétrolière, véritable enjeu de puissance, mais aussi leur enrichissement personnel. Le régime du général

    253 -Cf. Cédric Lestrange, Christophe-Alexandre Paillard, Pierre Zelenko, Géopolitique du pétrole, éditions TECHNIP, 2005, 259 p. mais aussi Amnesty international, CEHRD, La vraie « tragédie ».Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le Delta du Niger, Amnesty international, nov.201, 54 p.

    254 -Op.cit.

    255 - Amnesty international, CEHRD, La vraie « tragédie ».Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le Delta du Niger, Amnesty international, nov.201, p.28.

    256 -Op.cit

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    Sani ABACHA est une illustration de cette captation par les militaires de l'argent du pétrole.257 Sous les régimes civils, la situation n'a pas vraiment changée. Les hommes politiques ont continué de se servir de la rente à des fins personnelles. Le docteur Peter ODILI par exemple, gouverneur de l'Etat pétrolier de Rivers à partir de 1999, possédait 500 taxis.258 De nombreuses personnes estiment que l'impunité dont il a bénéficié était due à des complicités qu'il avait à l'échelon fédéral. La gestion souvent décriée de quelques hauts responsables de la compagnie pétrolière nationale démontre aussi la grande volonté pour les hommes publics nigérians de s'enrichir grâce au pétrole.259 Les détournements de fonds ont ainsi été érigés en règle de gestion dans l'administration de la rente. Une bonne partie des revenus reversés aux gouvernements locaux est détournée.260Les gouverneurs, qui militent pourtant pour une plus juste répartition des revenus pétroliers, sont souvent les premiers à s'enrichir aux dépens de leurs administrés.261Cette attitude prédatrice constitue une des causes du militantisme dans le Delta du Niger.262 Elle est un ferment de l'instabilité sociale au Nigéria par le sentiment d'injustice qu'elle provoque au sein de la population.

    La politique pétrolière des dirigeants nigérians est également une cause d'insécurité pour le pays. En effet, le manque de volonté visant à mettre fin au « tout pétrole » rend le pays vulnérable à la fois économiquement et stratégiquement. Sur le plan économique, la dépendance du Nigéria à la rente pétrolière l'expose aux fluctuations du prix du baril, faute de mécanismes internes d'ajustement des prix ou de compensation des déficits (fonds de réserve ou de stabilisation entre autres). Lorsque les prix du baril connaissent une augmentation considérable, le pays connait un certain dynamisme économique et financier, qui s'estompe à la moindre chute des cours. Le pays connait alors une crise comme ce fut le cas au début des années 1970.263L'importance de la rente pétrolière au Nigéria fait craindre les conséquences d'une éventuelle perte de valeur du pétrole. Facteur à la fois de stabilité politique, économique et sociale, il ne pourra plus assurer cette fonction.

    B- Pétrole et clientélisme politique au Nigéria :

    L'argent du pétrole est souvent utilisé, par les autorités politiques, dans des stratégies destinées à leur assurer une importante clientèle politique. En effet, « [...] le développement d'une économie de la corruption et la multiplication des Etats et des gouvernements locaux ont permis à l'Etat fédéral d'asseoir et de développer un réseau complexe de clientèles politiques. ».264De nombreux hommes politiques

    257 -Op.cit

    258 - Cf. Ukoha Ukiwo, « Le delta du Niger face à la démocratie virtuelle du Nigéria », in Politique Africaine n°106, « le Nigéria sous Obasanjo. Violence et démocratie, Karthala, juin 2007, PP.128-147.

    259- Voir Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. », in U4 brief n°23, septembre 2009. Consul-table sur le site www.u4.no

    260 -Op.cit.

    261-Politique Africaine n°106, « le Nigéria sous Obasanjo. Violence et démocratie, Karthala, juin 2007, P.26

    262 -Cf. la brève du Golfe de Guinée, n°002, oct. Nov. Déc. 2010.

    263

    - cf. « Nigéria » Microsoft® Encarta® 2009. [DVD]. Microsoft Corporation, 2008.

    264 - cf. Politique Africaine n°106, « le Nigéria sous Obasanjo. Violence et démocratie, Karthala, juin 2007, P.25

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    s'assurent, pendant les élections, les suffrages des électeurs par l'achat de voix ou la corruption des autorités locales. L'argent apparait comme un moyen de s'assurer le soutien populaire, mais aussi de se créer une caste d'obligés. Les fonctionnaires du pétrole nommés par le chef de l'Etat et gracieusement rémunérés lui sont redevables et, quelquefois, travaillent pour lui, plutôt que pour le peuple. L'arrivée de personnalités originaires du delta du Niger à des postes de responsabilité au niveau fédéral, relève souvent de manoeuvres politiciennes.265L'usage de l'argent du pétrole à des fins politiques est une cause majeure d'insécurité. En effet, par ce procédé, les responsables politiques détournent les revenus pétroliers de leur fonction première, et réduisent ainsi leur impact social. Les populations vivant dans une pauvreté inacceptable sont alors promptes à la révolte.

    Le pétrole est un véritable enjeu de puissance pour les hommes politiques nigérians. Il leur permet de s'enrichir et de se constituer une caste de thuriféraires. La collusion qui existe entre les responsables politiques et les multinationales du pétrole a pour clé de voûte le partage des recettes pétrolières, au détriment des populations. L'Etat, qui veut rester maître du circuit pétrolier, est doublé par ses alliés mieux avisés et surtout stratégiquement et financièrement supérieurs. En effet, les majors profitent de l'incapacité de l'Etat nigérian à assurer nombre des ses missions dans l'industrie pétrolière266pour en prendre progressivement le contrôle et réaliser des bénéfices considérables.

    L'individualisme et l'immaturité géostratégique dont font preuve les hommes politiques nigérians, dans la gestion de la filière pétrolière, constituent une source potentielle d'insécurité. L'incapacité de l'industrie pétrolière à lutter contre la pauvreté de nombre de nigérians fait planer sur le pays l'éminence d'une crise sociale généralisée. La volonté de l'Etat de supprimer ou de réduire les subventions aux prix du pétrole (encouragé en cela par les institutions financières internationales et les agences de notation267), a ouvert une brèche supplémentaire dans l'équilibre de la société nigériane. La dépendance aux revenus pétroliers, quant à elle, réduit considérablement l'indépendance stratégique du pays. Les grands consommateurs peuvent ainsi se servir de leurs compagnies pétrolières pour réaliser leurs projets géostratégiques dans le pays. Le manque de résultats sociaux de la gestion du secteur pétrolier, à la fois par les autorités fédérales et les multinationales, constitue alors les ferments du militantisme dans le delta du Niger.

    Paragraphe 3 : L'exploitation pétrolière au Nigéria à l'épreuve de la contestation populaire et des revendications autonomistes.

    A- La misère comme origine des revendications populaires au Nigéria :

    265 -Idem.

    266 -Op.cit.

    267 - Voir Jeune Afrique n°2662, du 15 au 21 janvier 2012.

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    L'industrie pétrolière nigériane peut revendiquer un certain dynamisme qui ne s'est pas, véritablement, démenti au cours des années. Grâce à sa vitalité, le pétrole est progressivement devenu un des plus grands enjeux de gouvernement du pays. Si le Nigéria ne saurait être assimilé aux monarchies pétrolières du Golfe Persique, la grande place qu'occupent les revenus du pétrole dans ses finances publiques en fait une démocratie du « tout pétrole ». Cependant, la gestion du secteur pétrolier n'y a jamais été un long fleuve tranquille. Elle a toujours eu maille à partir avec les revendications populaires et militantes qui, depuis le début des années 1960, n'ont jamais vraiment baissées en intensité.

    La contestation populaire dans le delta du Niger a pour principale cause le faible impact social et économique du pétrole. En effet, la principale région pétrolière du pays est l'une des plus pauvres. Les populations y vivent sans accès adéquat à l'eau potable et aux soins médicaux.268Selon le PNUD, la région souffrirait « de la négligence administrative, d'infrastructures et de services sociaux entrain de s'effondrer, d'un fort taux de chômage, de la misère sociale, d'une pauvreté abjecte, d'une crasse repoussante [...] ».269 Cette description de la misère dans le Delta du Niger justifie le sentiment d'injustice qu'ont ses habitants. Selon Oronto Douglas, éminent avocat des droits de l'homme nigérian et membre de l'équipe de défense du leader et écrivain Ogoni Ken Saro Wiwa, « les administrations locales sont supposées prendre soin des communautés mais ce n'est pas ce qui se produit. »270 Face à l'échec des politiques de développement prônées par certains acteurs de l'industrie pétrolière, les populations n'hésitent pas à descendre dans la rue pour protester. Ainsi, le 4 février 2005 des habitants originaires d'Ugborogo, une communauté Itsékiri installée au niveau du terminal pétrolier de Chevron à Escravos sur la côte ouest, ont manifesté pour décrier le faible impact de l'industrie pétrolière sur l'emploi des jeunes et le développement de la localité.271La réaction violente des autorités politiques 272a abouti à une radicalisation du militantisme dans le Delta du Niger, qui ressemble de plus en plus à une rébellion aux autorités fédérales.

    B- Les visages du militantisme dans le delta du Niger :

    Le militantisme dans le delta du Niger a revêtu de nombreux visages. Du Niger volunteer force d'Isaac Jasper BORO (qui organisa «la révolution des douze jours» en 1966) au MEND d'Henry OKAH en passant par le MOSOP de Kenule « Ken » SARO WIWA, il a toujours été mené par des fortes personnalités qui ont eu maille à partir avec les autorités fédérales.273En effet, le militantisme dans le Delta du Niger

    268 - cf. Amnesty international, Pétrole, pollution et pauvreté dans le Delta du Niger, Amnesty international, juin 2009, 8p.

    269 -Idem.

    270 - Cf. La brève du golfe de Guinée, oct. Nov. Déc. 2010, p.26.

    271 -Cf. EFAI, Nigéria : pétrole, pauvreté et violence, aout 2006, 3p.

    272 - Les autorités politiques, sous les régimes militaires comme au retour de la démocratie, ont trop souvent privilégiées la solution militaire à la négociation dans le conflit du delta du Niger. Ce pan de la gestion du pé-trole par l'Etat fédéral sera abordé dans la section suivante.

    273 - Certains de ces leaders charismatiques comme l'écrivain Ken Saro Wiwa ou même Isaac Boro (dont les conditions de décès sont des plus mystérieuses) et Alex Priye des Egbesu Boys of Africa (EBA) en ont payé de leur vie.

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    constitue une menace sérieuse aux intérêts des politiques. Si la dénonciation des conditions de vie précaires des habitants des régions pétrolières est une des principales revendications des groupes militants, l'objectif de provoquer un véritable « fédéralisme fiscal »274fait planer sur les autorités politiques le risque d'une perte de leadership sur l'industrie pétrolière. Selon Jomo GBOMO, porte-parole du MEND, la politique fédérale de dérivation des recettes pétrolières ne suffit plus. Pour lui, « le type de développement dont la région a besoin, en comparaison des dommages causés par l'exploitation pétrolière, requiert une appropriation complète des ressources et le gouvernement central peut se satisfaire des impôts. ».275 Cette opinion, qui épouse le caractère fédéral de l'Etat, traduit pourtant la valeur stratégique des revendications de nombre de groupes militants dans le Delta du Niger. En effet, avec le fédéralisme fiscal les milices et autres groupes militants deviendraient les maitres du jeu pétrolier. Ils pourraient ainsi se servir à leur avantage du pouvoir que procure la gestion des ressources pétrolières et, à terme, essayer de se libérer de la tutelle fédérale. Les intérêts des populations ne constituent pas l'unique motivation des leaders militants. Certains d'entre eux se servent d'ailleurs de leur engagement à la cause des populations du delta pétrolier pour réaliser leurs propres ambitions stratégiques et politiques. Les exemples d'enrichissement personnel de leaders militants sont nombreux.276 Ils constituent des preuves de la mauvaise foi de bons nombre d'entre eux. Cette situation constitue une source potentielle d'insécurité, dans la mesure où la satisfaction des intérêts des leaders militants, au détriment de ceux des populations locales, participe du maintien de l'instabilité sociale dans ces zones. Les populations, insatisfaites de la gestion du pétrole, continueront de manifester fragilisant encore un peu plus le tissu social dans la région.

    Le militantisme dans le delta du Niger constitue un véritable facteur d'instabilité. La confrontation entre les groupes militants et les autorités fédérales, qui est une lutte pour le leadership dans la gestion de l'industrie pétrolière, fragilise la résilience stratégique du pays. Le difficile consensus dans la gestion du pétrole augmente la vulnérabilité du Nigéria aux projets géostratégiques des grandes puissances. En effet, l'émancipation stratégique du premier producteur de pétrole d'Afrique passe par une concertation et une réconciliation des différentes forces en présence dans le conflit social qui se produit dans les régions pétrolières. De même, le « radicalisme défensif »277dont fait preuve le militantisme dans la région, caractérisé par une relative fermeture à la discussion avec les autorités fédérales et un recours à la violence armée, est une attitude belligène et potentiellement dangereuse pour la stabilité de la région, de l'ensemble du pays et même du Golfe de Guinée. Les revendications des populations et des militants, légitimes pour la plupart, peuvent se révéler néfastes

    274 - Cf. La brève du golfe de Guinée, oct. Nov. Déc. 2010, p.26.

    275 -Idem.

    276 - Ibid.

    277 - L'expression est d'Ukoha Ukiho cf. « le Delta du Niger face à la démocratie virtuelle du Nigéria », in Poli-tique africaine, « le Nigéria sous Obasanjo. Violences et démocratie », n°106, juin 2007, pp.128-147.

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    pour la sécurité de toute la région. La violence constante dans le Delta du Niger a fait dire au PNUD, qu'il y prévaut un climat de « conflit endémique ».278

    Le militantisme a également des conséquences économiques et écologiques. En effet, le trafic illégal du pétrole, que certaines factions militantes utilisent comme moyen de financement de leurs efforts de guerre, cause un manque à gagner important à l'Etat et aux compagnies pétrolières. Si elles ne sont pas les seules dans ce trafic illicite, elles portent tout de même la responsabilité des quelques 30 000 à 300 000 barils de pétrole volés chaque jour.279 Ce commerce a fait perdre à l'Etat du Nigéria entre 2003 et 2008, près de 100 000 milliards de dollars américains.280 Les conséquences sur le développement du pays sont évidentes. Les stratégies de contrôle de l'industrie pétrolière par le militantisme peuvent alors se révéler néfastes pour la sécurité du pays. Cette insécurité, qui se décline en des termes économiques, est tout aussi écologique. Le siphonage des pipelines ou les autres actes de piraterie menés par les populations des régions pétrolières cause souvent le déversement dans la nature de milliers de barils de pétrole. Cette pollution pétrolière met en danger ces mêmes populations, et réduit leur résilience aux fléaux comme la famine ou la mal nutrition. Les actes de vandalisme des militants ont donc des répercussions écologiques majeures, sur leur propre environnement.

    SECTION II : L'ETAT FEDERAL ET LA GESTION DE LA QUESTION DU DELTA DU

    NIGER.

    Le Delta du Niger, région pétrolière par excellence du Nigéria, souffre d'un sous-développement considérable.281 Les politiques inefficaces et l'activité des compagnies pétrolières, souvent menées dans l'ignorance des intérêts et des moyens de subsistance des populations, constituent les principales raisons d'une atmosphère conflictuelle dans la région. Les habitants, se sentant oubliés dans la redistribution des bénéfices tirés de l'exploitation du pétrole, ont tendance à développer des attitudes de défiances envers les autorités politiques du pays. Pour remédier à cette situation, l'Etat a essayé d'accorder une attention particulière aux régions pétrolières, en prenant des mesures comme l'augmentation des sommes qui leur sont allouées ou la création d'institutions censées y apporter le développement. Or, l'émancipation stratégique du Nigéria apparait comme un préalable à toute gestion du pétrole qui aurait pour axe prioritaire le bien être des populations. Elle lui permettrait, par exemple, d'acquérir l'autonomie nécessaire à la mise sur pied d'un plan de développement efficace ou la capacité de réduire les conséquences négatives de l'industrie pétrolière sur les populations. L'Etat, à cause de son rôle de défenseur du droit des

    278-cf. Amnesty international, Pétrole, pollution et pauvreté dans le Delta du Niger, Amnesty international, juin 2009, 8p.

    279 - Voir Judith Burdin Asuni, « Blood oil in the Niger delta «, in Special Report n°229, United states institute of peace, august 2009, 19 p.

    280 - Voir Judith Burdin Asuni, « Blood oil in the Niger delta «, in Special Report n°229, United states institute of peace, august 2009, 19 p.

    281 -Op.cit.

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    citoyens à des conditions de vie décentes et de garant de la stabilité du pays, est interpellé par le paradoxe de l'abondance282dont souffrent en premier les habitants du delta. Or, la solution à la crise sociale dans la région a été le plus souvent militaire (Paragraphe 1). En cela, il a joué un rôle dans la radicalisation du militantisme qui y prévaut. D'autres solutions comme les manoeuvres politiques, visant à intégrer les élites des régions pétrolières dans les hautes sphères de l'administration (Paragraphe 2) ou les innovations institutionnelles devant servir au développement de la région du delta du Niger, (Paragraphe 3) n'ont pas résolu, dans le fond, le problème que connait la région.

    Paragraphe 1 : La militarisation de la solution d'un conflit social. A- Impact de l'industrie pétrolière sur le delta du Niger :

    L'industrie pétrolière a des conséquences négatives sur la région du Delta du Niger : pollution multiforme, destruction des moyens de subsistances des habitants, maladies graves, violences militaires et misère insoutenable.283Ce panorama désolant d'une des régions les plus riches du pays est une des causes du grand malaise qui y règne. Au regard des conséquences de l'industrie pétrolière sus-évoquées, le conflit dans le delta du Niger est avant tout social. Lorsque les populations descendent dans la rue, c'est pour manifester contre ce que le PNUD appelle une « pauvreté abjecte ».284

    En effet, le militantisme dans le Delta du Niger trouve son origine dans les mauvaises conditions de vie de nombre de ses habitants. Pour des leaders militants comme Kenule SARO WIWA ou Isaac BORO, l'engagement avait pour principale justification le combat pour les droits économiques, politiques et humains des populations originaires des régions pétrolières.285 Même si le militantisme a souvent brillé par des actes de violence, de délinquance ou de terrorisme, il est à la base pacifique. Comme le dit Oronto Douglas, « le peuple du Delta du Niger est un peuple pacifique. Des 53 années de pétrole, 48 ont été marquées par une agitation pacifique pour la justice. ».286 Or, la stratégie de résolution du conflit social dans le Delta du Niger par l'Etat a toujours fait la part belle à la violence. Les cas de quelques « exécutions extrajudiciaires »287 dont l'Etat a malheureusement été responsable, au cours de son histoire, nous rappellent que la question du Delta du Niger demeure encore le « talon d'Achille » de la gestion du pétrole au Nigéria.

    282 -Op.cit.

    283 -Op.cit.

    284 -Op.cit.

    285 - Voir La brève du golfe de Guinée, oct. Nov. Déc. 2010.

    286 -Idem, p.24

    287 - Nous pouvons citer l'exécution du militant Ogoni Ken SARO WIWA au terme d'un procès expéditif et iné-quitable ou celles de nombreux militants du MEND lors des descentes « musclées » de l'armée dans le delta du niger.

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    B- La violence comme solution aux problèmes des populations des régions pétro-

    lières :

    Dans les années 1990, Ken SARO WIWA, fils de chef traditionnel et écrivain émérite, et d'autres ressortissants du peuple Ogoni fondent le MOSOP (Mouvement Pour la Survie du Peuple Ogoni). Cette organisation militante a pour principal objectif d'attirer l'attention de la communauté internationale sur les violations des droits humains, et la dégradation de l'environnement que subit le peuple Ogoni.288 Des causes telles que l'autonomisation financière de ce peuple, un juste partage des revenus du pétrole et la réparation des dommages environnementaux causés aux territoires Ogoni, constituent l'essentiel des revendications portées par le MOSOP. Les principales actions de revendications du Mouvement Pour la Survie du Peuple Ogoni seront dirigées contre la multinationale Shell. En 1993, une marche de protestation contre les activités de la compagnie pétrolière, organisée par l'association, réunie près de 300 000 personnes.289 Quelques jours plus tard, l'armée occupe la région. En effet, à cause de l'hostilité des populations envers ses activités, Shell a fait appel à l'armée pour sécuriser ses travaux de construction d'un oléoduc. Elle lui fourni un appui logistique et financier.290 Les exactions de l'armée dans la région sont alors nombreuses. En 1994, Ken SARO WIWA est inculpé avec d'autres militants puis emprisonné pour avoir organisé une manifestation au cours de laquelle 4 chefs Ogo-ni ont été tués.291 Ils sont jugés par un tribunal d'exception composé de trois personnes, puis condamnés à la peine capitale sans possibilité d'appel. Le 10 novembre 1995, soit 4 jours après leur condamnation, ils meurent pendus.292

    D'autres évènements témoignent de la brutalité avec laquelle les autorités fédérales sont prêtes à régler la contestation dans le Delta du Niger. Le 04 févier 2005, des personnes originaires d'Ugborodo, une communauté Itsékiri installée près du terminal pétrolier de Chevron à Escravos sur la côte ouest du Delta du Niger, décident de manifester. Leurs griefs : Le non respect des promesses de la compagnie pétrolière en matière d'emploi de la jeunesse locale et le manque de réalisation de projets de développement. L'armée présente sur les lieux, tire dans la foule. Bilan : un mort et une trentaine de blessés.293 Les autorités arguent, pour justifier l'usage de balles réelles, que les manifestants étaient armés. Cependant, aucune enquête ne confirme la présence d'armes chez les manifestants. Quinze jours plus tard, soit le 19 février, un raid de l'armée s'abat sur la communauté Ijaw d'Idioma, dans l'Etat de Bayelsa. Cette opération, qui a pour but de mettre la main sur des membres d'un groupe d'autodéfense financé par un sous-traitant d'une filiale de Shell au Nigéria soupçonnés d'avoir tué une douzaine de personnes (dont quatre conseillers munici-

    288 - Voir La brève du golfe de Guinée, oct. Nov. Déc. 2010

    289 -Idem.

    290 -Ibid.

    291 -Ibid.

    292 -Ibid.

    293 -Voir EFAI, Nigéria, pétrole, pauvreté et violence, Les éditions francophones d'Amnesty international-Efai, aout 2006.

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    paux), fait de nombreuses victimes collatérales :17 morts dont des personnes brûlées vives et d'autres abattues, ainsi que 80% des maisons détruites.294

    La violence a, très souvent, été préconisée par l'Etat fédéral dans la résolution de la question du Delta du Niger. Qu'on observe le régime dictatorial de Sani ABA-CHA, qui mit fin aux jours du militant Ken SARO WIWA, ou la présidence d'OLOSEGUN OBASANJO, au moment du retour à la démocratie, on est saisi par la promptitude avec laquelle l'Etat use de la violence pour faire taire des revendications sociales. Pour ORONTO Douglas, c'est cette réponse violente à une demande pacifique qui provoque le « chaos » actuellement observable dans les régions pétro-lières.295 L'Etat se plait à manier, à la fois, la carotte et le bâton, puisqu'il engage des réformes démocratiques tout en privilégiant, la plupart du temps, la solution militaire en cas de conflit. La violence semble d'ailleurs incontournable pour les autorités politiques, dans la gestion de la question du delta du Niger, comme le démontrent les évènements qui ont eu lieu à partir du 13 mai 2009.296En effet, des opérations des forces armées ont été menées à partir de cette date, dans le delta du Niger, dans le but de porter un coup fatal au MEND. Des bombardements aériens intensifs, ainsi que des opérations terrestres contre des bases de l'organisation militante ont obligé les militants à se réfugier dans la mangrove d'où ils ont pu orchestrer des attaques ciblées contre des pipelines. Après plusieurs jours d'affrontement, l'Etat proclame une amnistie à l'endroit de tous les combattants qui acceptent de déposer les armes et libère un des leaders présumés du mouvement Henry OKAH, détenu depuis 2007. Malgré cette main tendue de l'Etat, les affrontements et les actes de piraterie n'ont pas vraiment cessé dans le Delta du Niger.

    L'Etat est un des grands artisans de la violence dans le Delta du Niger. Par son recours excessif à la solution militaire,297 il évite de régler la crise sociale qui y prévaut. Il participe ainsi à la radicalisation dans le Delta du Niger, et fragilise encore un peu plus la stabilité du pays. Or, la question du Delta du Niger ne pourrait être résolue par l'action militaire. Encore moins par des manoeuvres politiciennes.

    Paragraphe 2 : La question du Delta du Niger et les manoeuvres des dirigeants poli-

    tiques :

    A- Le renouveau de la promotion de l'élite des régions pétrolières comme cara c-téristique majeure du retour à la démocratie :

    Le Nigéria est un des pays du Golfe de Guinée qui concentre le plus de risques. Selon des données du Centre d'Analyse et de Prévision des Risques Internationaux

    294 -Idem.

    295 - Voir La brève du golfe de Guinée, oct. Nov. Déc. 2010, p.24

    296 - Voir La brève du golfe de Guinée, oct. Nov. Déc. 2010, p.4

    297 -Op.cit.

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    (CAPRI), il est un pays nécessitant une « attention soutenue ».298 Ce statut du Nigé-ria est essentiellement tributaire de l'instabilité qui existe dans le Delta du Niger. Les attaques terroristes, les enlèvements de travailleurs de l'industrie pétrolière, les descentes de l'armée pour juguler la contestation populaire sont monnaie courante dans la région la plus riche du pays. Si la violence fait partie du quotidien des habitants du Delta, elle est une cause potentielle d'insécurité pour l'ensemble du pays, et même pour le Golfe de Guinée tout entier.

    Pour essayer de réduire les tensions dans les Etats pétroliers, mais aussi rester le maître du jeu pétrolier sur l'ensemble du pays, le gouvernement fédéral développe une stratégie de séduction à l'endroit de leurs ressortissants. Une des manoeuvres politiciennes les plus récurrentes est la nomination de certaines personnes originaires du delta du Niger, à des postes de responsabilité dans la hiérarchie politique et militaire du pays. C'est une sorte de discrimination positive, à l'endroit des populations des régions pétrolières, qui vise à réduire le gap de leur représentativité dans les hautes instances fédérales. De nombreux dignitaires du delta sont ainsi les « pions » d'une stratégie étatique qui, tout en leur permettant d'acquérir une stature fédérale, les utilise comme preuves vivantes d'une volonté de l'Etat central de mettre fin à l'isolement dont sont victimes les populations des régions pétrolières. C'est ainsi que des personnalités politiques comme Goodluck Jonathan (Ijaw du delta, vice président puis président de la république fédérale) et Edmund DUKARU (Ijaw, ministre du pétrole sous OBASANJO) ont pu accéder aux plus hauts postes de l'administration fédérale.299 Dans les forces armées, l'Etat a également souhaité mettre au devant de la scène des personnalités du Delta. OGOMUDIA (de l'Etat d'Edo), les généraux Andrew AZAZI (Etat de Bayelsa) et Paul DIKE (du delta state) ont pu, ainsi, devenir respectivement chef d'état major des armées, chef d'état major de l'armée de terre et chef d'état major de l'armée de l'air.300

    La nomination de personnalités issues du delta du Niger, qui a pour ambition « d'apaiser la colère des communautés du Delta du Niger » ont « conduit à des améliorations significatives dans la représentation de la région dans les instances politiques au niveau national ».301 L'ascension politique qu'a connue Goodluck Jonathan de la vice-présidence à la présidence de l'Etat fédéral illustre le fait que les ressortissants des régions pétrolières sont aussi capables d'accéder aux plus hautes responsabilités étatiques. Même si son arrivée à la tête de l'Etat a été favorisée par la mort en exercice du président YAR'ADUA, son élection en 2010 (dans des circonstances jugées floues par certains analystes et ayant provoquées des troubles importants dans le pays) lui a accordé une envergure nationale. Il peut désormais se prévaloir d'un certain mandat populaire dans l'exercice de ses fonctions. Cependant, si la promotion de ressortissants du Delta peut être perçue comme une avancée politique

    298 - Cf. Diplomatie n°55, Mars-avril 2012.

    299 - Cf. Ukoha Ukiwo, « le Delta du Niger face à la démocratie virtuelle du Nigéria », in Politique Africaine, n°106 « le Nigéria sous Obasanjo. Violences et démocratie », Karthala, juin 2007, pp.128-147.

    300 -Idem.

    301 -Ibid.

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    majeure, elle n'a pas suffit à provoquer un réel développement dans la région. Le Delta continue d'être une des régions les plus pauvres et les plus instables du pays.

    B- Signification stratégique de la promotion politique des ressortissants du delta

    du Niger :

    L'arrivée de ressortissants du Delta du Niger à de hauts postes dans la hiérarchie fédérale relève de calculs stratégiques. Elle procède de la volonté d'isoler les acteurs du militantisme, qui ne trouvent plus d'arguments à leur combat pour une plus grande représentativité nationale de leur région. Les populations deviennent de moins en moins solidaires de leur action qui est alors perçue comme injustifiée. Or, en agissant de la sorte, elles permettent la réalisation de la stratégie de l'Etat fédéral qui est d'isoler les militants. L'Etat peut alors rester maitre de la gestion du secteur pétrolier et faire passer les militants pour de simples adeptes de la violence, dépourvus de toute assise populaire. Par cette stratégie, l'Etat ne se sent plus obligé de prendre en considération les revendications pourtant réelles des militants et continue de se servir de l'argent du pétrole comme d'une arme politique.

    La promotion de fils de la région du delta du Niger à des hautes responsabilités au niveau fédéral les rend responsables de la misère qui y règne. Leur incapacité à faire évoluer la situation sociale et économique dans leur région, à cause des réalités de l'industrie pétrolière au Nigéria,302 fait d'eux des complices des stratégies de prédation des grands consommateurs au même titre que les dirigeants politiques précédents. Les responsables militaires issus de la région du Delta courent aussi le risque de l'impopularité. Par leurs fonctions à la tête des forces armées du pays, ils se retrouvent en première ligne des manifestations répressives de celles-ci dans la région. Ils sont alors jugés complices des assauts de l'armée sur les camps du MEND comme sur les manifestants.

    Les manoeuvres politiciennes constituent alors une autre forme de gestion du pétrole par l'Etat. Si un ressortissant du Delta du Niger préside actuellement aux destinées du pays, force est de constater qu'une résolution de la question du Delta du Niger n'est pas encore effective. Les enjeux sur le pétrole étant nombreux, il est impossible de parvenir à l'amélioration des conditions de vie des populations des régions pétrolières par le fait de manoeuvres politiques. Celles- ci ne sont, en effet, qu'une fuite en avant, un moyen pour l'Etat de biaiser et d'éviter ainsi de régler le « vrai » problème du delta. C'est donc une fausse solution à un vrai problème. Tout comme la mise sur pied d'institutions administratives spécialisées.

    302 -Cf. supra

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    Paragraphe 3 : L'échec des institutions administratives spécialisées dans le développement du Delta du Niger.

    A- Le ministère du delta du Niger : une innovation non consensuelle au rôle poli-

    tique flou.

    Dans sa volonté de « régler » le problème du delta, l'Etat a usé de manière régulière de son pouvoir politique. Il s'agit pour lui d'essayer d'apporter des solutions, surtout institutionnelles, à la crise sociale que connait la région pétrolière par excellence du pays. Une des solutions « institutionnelles » les plus originales a consisté à la création d'un ministère entièrement dédié au delta du Niger.

    La création d'un ministère du Delta du Niger est intervenue pendant le mandat du président Oumarou Moussa YAR'ADUA.303 Dans un réaménagement du gouvernement au mois de septembre 2008, le conseil des ministres a décidé de mettre sur pied un gouvernement de 42 ministères, dont un destiné au développement économique de la région du Delta du Niger. La création de ce département ministériel, comme d'ailleurs de celui du pétrole distinct du ministère en charge des autres formes d'énergies, émane de la volonté du chef de l'Etat de « garantir une plus grande flexibilité et une réelle efficacité politique »304 à son action. Il s'agit pour le gouvernement de se montrer plus préoccupé et surtout plus efficace face à la question du sous-développement dans le Delta du Niger. Cette initiative, venant d'un président originaire du nord du pays, sonne comme une réelle volonté de sortir de la politique d'assujettissement, voire d'asphyxie économique et politique des régions pétrolières, menée par nombre de ses prédécesseurs.305Cependant, elle n'a pas suscité le consensus dans la population de la région.

    En effet, pour des habitants de la région, les solutions institutionnelles ont toujours existé, mais n'ont vraiment jamais rien réglé. Le principal mouvement militant du delta du Niger, le MEND, a accueilli l'annonce avec « préoccupation ».306 C'est du moins ce qu'a affirmé son porte parole, dans un message transmis à différents organes de communication. Pour l'organisation, l'initiative gouvernementale a connu des précédents qui en plus de 50 ans d'extraction pétrolière n'ont rien apporté. Selon son porte parole Jomo GBOMO, « créer un ministère n'équivaut pas à la venue du Messie tant attendu. Le Nigéria a créé quantité de ministères au cours de ces quarante dernières années et aucun d'eux n'a eu un impact positif sur la population. Ce sera une voie de plus pour la corruption et les favoritismes politiciens ».307 S'il est possible de voir en ces paroles de l'extrémisme, force est de constater tout de même

    303 -Cf. Francesca Dessi, « l'or noir, bonheur et malheur du Nigéria », article publié le mercredi 1er octobre 2008 sur www.geostrategie.com. Consulté le 26 janvier 2012.

    304 -Idem.

    305 -cf. Supra.

    306 - Cf. Francesca Dessi, « l'or noir, bonheur et malheur du Nigéria », article publié le mercredi 1er octobre 2008 sur www.geostrategie.com. Consulté le 26 janvier 2012.

    307 -Idem.

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    que, plusieurs années après, le ministère du Delta du Niger n'y a pas apporté le développement escompté. La création de ce département ministériel est une initiative compréhensible. Cependant, elle s'est avérée inefficace, à cause d'un univers pétrolier traversé par des intérêts multiples et divergents.

    B- La commission de développement du delta du Niger ou l'illustration de l'échec des stratégies de développement fédérales :

    La Commission de Développement du Delta du Niger est une solution tout aussi problématique. Créée en remplacement de l'OMPADEC (oil minerals producing areas development) jugée inefficace, elle n'a pas donné des résultats plus satisfaisants. Les moyens financiers mis à sa disposition n'ont pas encore eu l'impact souhaité sur le développement des régions pétrolières. La commission, qui a fait l'objet d'une enquête gouvernementale récente, est souvent soupçonnée de corruption et de manque de transparence dans les procédures d'octroi des marchés publics. Il lui est aussi reproché d'entreprendre de nombreux travaux qui finalement ne sont pas menés à terme. Un des reproches récurrent à cette agence est, sans doute, le faible encrage de ses projets de développement dans les besoins réels des populations et sa dépendance vis-à-vis des lobbies de la construction.308 Une des raisons avancées pour justifier le manque d'efficacité de la NDDC est qu'elle a reçu un mandat et d'importants moyens financiers (47 milliards de Naira entre 2001 et 2003), sans toutefois avoir les pouvoirs politiques de les mettre en place.309

    S'il existe une preuve de l'inadéquation de l'oeuvre de la NDDC avec les besoins de la région c'est sans conteste son incapacité à améliorer durablement les conditions de vie des habitants. Le delta du Niger est une région essentiellement fluviale. Il s'y produit alors de manière régulière des inondations qui viennent priver les populations de leurs moyens de subsistance, et de leurs habitations. Or, la commission n'a pas encore véritablement initié un projet d'aménagement global en matière hydraulique. Cette situation de précarité vient s'ajouter au relatif enclavement de la région, qui ne bénéficie pas d'un réseau routier à la mesure de sa richesse. En outre, le manque de coordination avec les autres opérateurs de développement, les ONG et les organisations internationales en particulier,310 ne permet pas un impact social suffisant à son action. La Commission de Développement du Delta du Niger vient alors échouer là où l'OMPADEC n'avait pas non plus réussie.

    L'Etat fédéral se montre alors incapable, par ses innovations institutionnelles, d'apaiser les tensions dans les régions pétrolifères. Il donne par ce fait des arguments supplémentaires à ceux qui pensent qu'il ne peut y avoir de développement que s'il est mis sur pied un véritable fédéralisme fiscal. La création d'institutions gouvernementales, chargées d'assurer le développement de la région, relève d'une « surcharge bureaucratique », peu propice à l'amélioration des conditions de vie des habitants du delta du Niger. La centralisation de la gestion de la rente pétrolière, qui

    308 -Idem.

    309 - Sylvie Fanchette, « le delta du Niger (Nigéria). Rivalités de pouvoir, revendications territoriales et exploita-tion pétrolière ou les fervents de la violence. », Hérodote n° 121, la Découverte, 2 e trimestre 2006.

    310 - Idem.

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    fait de l'Etat fédéral le juge de l'opportunité et de l'étendue des projets de développement dans le delta, se révèle être une erreur majeure. Le pétrole qui est perçu comme une propriété exclusive de l'Etat devient une source de convoitises et surtout le but de stratégies de pouvoir porteuses d'insécurités diverses.

    SECTION III : LES STRATEGIES DE POUVOIR PAR LE PETROLE ET LEUR IN-

    FLUENCE SUR LA CROISSANCE DE L'INSECURITE:

    L'activité pétrolière au Nigéria fait intervenir de nombreux enjeux qui n'ont pas en priorité le bonheur des populations. Elle laisse entrevoir les intérêts antagonistes des divers acteurs du circuit pétrolier qui visent, à terme, le contrôle du circuit de production. Cette confrontation permanente entre les différentes parties prenantes à l'activité la plus économiquement et financièrement prospère du pays311 ne permet guère un réel impact social à la manne pétrolière, menace la stabilité du pays et fait planer sur l'industrie des risques de rupture. Malgré les nombreuses initiatives étatiques visant à régler la question du Delta, l'environnement y demeure profondément conflictuel. L'insécurité dont souffre l'industrie pétrolière, par un effet domino, se propage peu à peu à l'ensemble du pays, faisant naitre ou renforçant d'autres formes d'insécurités profondément différentes. En effet, le caractère incontournable du pétrole, dans l'univers sociopolitique et économique du pays, fait de l'insécurité pétrolière un facteur de la vigueur de nombreuses activités illégales, potentiellement néfastes à un développement du pays par le pétrole. L'activité pétrolière, mieux, l'argent et le pouvoir procurés par le pétrole deviennent le levain qui alimente la déliquescence progressive de la société nigériane. Les stratégies de pouvoir par le pétrole au Nigéria jouent un rôle majeur dans l'escalade militaire qui a trop souvent handicapé le développement harmonieux du pays (Paragraphe 1). L'instabilité dans le delta du Niger fait planer sur l'ensemble du pays, et par ricochet sur l'ensemble du Golfe de Guinée, un risque majeur. D'autres phénomènes comme la corruption (Paragraphe 2) et la grande criminalité (Paragraphe 3) ont aussi pour facteur aggravant la relative vulnérabilité du secteur pétrolier Nigérian.

    Paragraphe 1 : L'escalade militaire dans le Delta du Niger comme symptôme des stratégies de pouvoir des acteurs du secteur pétrolier.

    A- La menace militaire au Nigéria : une réalité permanente :

    S'il existe une conséquence immédiate de l'atmosphère conflictuelle du secteur pétrolier au Nigéria, c'est sans conteste l'escalade militaire qu'elle entraîne. En effet, le caractère stratégique du pétrole ne peut être compris sans prise en compte des tendances bellicistes que peut revêtir l'action des différents protagonistes de la ba-

    311 -Op.cit.

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    taille, pour le contrôle du circuit pétrolier. Comme le dit B.H Liddel Hart, la stratégie est l'« [...] art de distribuer et de mettre en oeuvre les moyens militaires pour accomplir les fins de la politique. ».312 Il est donc indéniable que la stratégie est intrinsèquement violente. Les relations pétrolières, à cause des nombreux enjeux qui s'y affrontent, sont alors potentiellement conflictuelles, surtout en Afrique.

    On distingue schématiquement deux types de conflits liés à la présence de pétrole : ceux pour la détention de la souveraineté politique sur les zones de production ; et les conflits pour le contrôle de la chaine de production elle-même.313L'histoire du Nigéria nous fait observer plusieurs épisodes violents qui avaient pour toile de fond la lutte pour le pétrole. La guerre du Biafra par exemple, est une illustration de la grande insécurité que peut engendrer les stratégies antagonistes des différents acteurs du circuit. Le Nigéria, comme la plupart des pays du Golfe de Guinée, souffre d'une certaine instabilité que le pétrole vient seulement aggraver. En effet, la vulnérabilité du Nigéria vient d'abord de sa diversité sociale et ethnique subjectivement managée par le colonisateur anglais, et dont les différentes composantes s'opposent aujourd'hui pour l'accès aux revenus du sol et du sous-sol.

    Les grands consommateurs de pétrole, par leurs stratégies d'encerclement du Golfe de Guinée, font du Nigéria un pays dans lequel les risques sont majeurs.314Les Etats-Unis, premier client du pétrole nigérian, transfère à ses frontières l'insécurité qu'a toujours connu les différents marchés pétroliers sur lesquels il s'est installé. Le cas du moyen-Orient est une preuve irréfutable de cette situation.315 Comme le dit Michael KLARE, « Toutes les régions désignées comme source potentielle de pétrole sont instables ou entretiennent des forts sentiments anti-américains, quand ce n'est pas les deux [...] ».316 Or, pour préserver ses intérêts pétroliers, le premier consommateur mondial est obligé de projeter sa puissance militaire dans les régions pétrolières. Le fondamentalisme religieux que connait le nord du Nigéria et le militantisme armé dans le sud apparaissent alors comme des obstacles majeurs à la stratégie de puissance des Etats-Unis. Les enjeux de puissance par le pétrole, qui sont le fait des groupes de militants dans le delta du Niger, et l'anti-américanisme de la plupart des islamismes radicaux317 rendent incertain le projet géostratégique des Etats-Unis au Nigéria. Il est alors envisageable qu'il s'installe plus durablement dans le pays et y défend, avec force arguments militaires, son assise géostratégique.

    B- Pétrole et escalade de la violence au Nigéria :

    Le pétrole au Nigéria constitue un moyen, pour les militants, de soutenir leurs efforts de guerre. Grâce à leur commerce illicite de pétrole et au business des prises

    312 -B.H Liddel Hart, Stratégie, Perrin, 1998.

    313 -Voir Cédric Lestrange, Christophe-Alexandre Paillard, Pierre Zelenko, Géopolitique du pétrole, éditions TECHNIP 2005, p.53

    314 -Op.cit.

    315 -Il est possible de le constater à travers le sentiment anti-américain qui est entrain de se généraliser au Moyen-Orient à cause de la politique pro-israélienne des Etats Unis et de leur volonté d'empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire.

    316 -Michael Klare, « les vrais desseins de M .George W. Bush », in Le Monde diplomatique, n°67, p.13 317-Salafisme, djihadistes, al Qaeda, etc.

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    d'otages, certains mouvements militants, comme le MEND, réussissent à avoir accès à un armement de plus en plus sophistiqué.318 Ils perpétuent, par la même occasion, la fragilité et la vulnérabilité du pays face aux stratégies des grands consommateurs de brut. La réponse énergique des autorités fédérales, aux ambitions militaires des mouvements rebelles dans le Delta,319provoque une escalade de la violence. Des forces militaires hybrides comme la Joint military task force (JMTF), comprenant des éléments des armées de terre, de l'air et marine, mise sur pied par le gouvernement fédéral pour protéger les installations de pétrole et de gaz et contrer les groupes militants armées dans le Delta du Niger320 participent, à travers ses campagnes militaires dans la région,321 au radicalisme et surtout à l'instabilité qui y prévaut.

    La présence militaire des grandes puissances dans le Golfe de Guinée est la preuve de l'immaturité stratégique des pays qui le composent, dont le Nigéria. Celle-ci déplace le risque des frontières des pays consommateurs aux territoires des pays producteurs. Il est alors possible que le Nigéria se retrouve embarqué dans un engrenage conflictuel aux conséquences graves pour sa stabilité. L'attractivité du pays, en plus des conséquences socioéconomiques, politiques et environnementales sus-évoquées, peut à terme déboucher sur sa transformation en un véritable « Irak » africain.

    Il est indubitable que les stratégies de puissances des acteurs du circuit pétrolier sont porteuses d'une grande conflictualité. Si le pétrole Nigérian revêt une valeur stratégique dans l'approvisionnement mondial, il est possible que son immaturité stratégique ne lui permette pas de réguler les enjeux autour de cette source d'énergie. L'escalade de la violence pourrait alors se transformer en un conflit permanent capable de mettre à mal la stabilité de toute la sous région. La mauvaise gestion de l'industrie pétrolière est la cause d'une insécurité militaire, voire géostratégique pour le Nigéria. C'est également un facteur important de la corruption chronique que connait le pays.

    Paragraphe 2 : Pétrole et corruption au Nigéria : un cercle vicieux. A- La corruption dans le processus pétrolier au Nigéria :

    Le Nigéria est un pays hautement corrompu.322En effet, il est presque impossible de recenser un secteur de la société nigériane qui ne soit pas gangréné par la corruption. La fonction publique, la justice, les douanes mais aussi le monde des af-

    318 -Cf. annexe n°

    319 - Cf. supra

    320 - La brève du Golfe de Guinée n° 002, oct.nov.déc. 2010, p.14

    321 - Une des plus démonstratives de la violence de la réponse fédérale au militantisme dans le Delta, est sans doute l'opération contre des prétendues bases du MEND lancée le 13 mai 2009. Cf. La brève du Golfe de Guinée n° 002, oct.nov.déc. 2010, p.14

    322 -Il est classé par l'ONG Transparency International, comme le pays le plus corrompu au monde pour l'année 2000. Voir aussi Stéphane Quéré, Les clans criminels Nigérians, mémoire soutenu à l'université de Paris II (Pan-théon-Assas) en octobre 2001, en vue de l'obtention du diplôme universitaire « analyse des menaces criminelles contemporaines », session 1999-2000.

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    faires fonctionnent grandement à coup de pots-de-vin et de compromissions. Le secteur pétrolier qui est un grand pourvoyeur de moyens financiers n'en réchappe pas. Il est même un des plus traversé par le phénomène de la corruption.

    L'industrie pétrolière au Nigéria, dans son organisation et son fonctionnement, connait de nombreuses procédures constituant autant de poches de corruption. Malgré la volonté affirmée des autorités politiques depuis quelques années de rendre la filière plus transparente, des survivances de l'époque des régimes militaires continuent de faire de l'opacité et de la mauvaise gouvernance des règles du jeu pétrolier. Selon Alexandra GILLIES,323 on distingue principalement cinq « gisements de corruption » dans l'industrie pétrolière : le processus d'octroi de permis d'exploration, l'octroi des contrats, l'inertie dans la filière, le pillage de pétrole brut, l'exportation de brut et l'importation de produits raffinés.324

    La loi sur les ressources pétrolières au Nigéria (Petroleum act) confère au ministère du pétrole la pleine autorité sur l'attribution des permis d'exploration, de prospection et de forage du pétrole. Il est l'adjudicateur exclusif en matière d'exploitation pétrolière. Par conséquent, l'attribution des blocs ne répond ni à un processus juridique mandaté, ni à un mécanisme de veille.325 Le caractère stratégique du pétrole et la quête de la puissance à laquelle se livrent les grandes puissances dans le Golfe de Guinée les oblige à user, quelquefois, de moyens insoupçonnés pour décrocher des marchés. En effet, le processus d'attribution des permis pétroliers constitue une importante poche de corruption. Au Nigéria, la corruption du pétrole est décuplée par le faible contrôle de l'activité du ministère du pétrole. Malgré la volonté du président Obasanjo, et des autres chefs de l'Etat depuis le retour à la démocratie, de rendre le processus d'octroi des permis plus transparent, à travers des appels d'offres publics, celui-ci demeure encore relativement opaque.326

    Le second moment de corruption dans la chaine pétrolière au Nigéria est l'octroi des contrats pétroliers. En règle générale, c'est l'exploitant qui les attribue. Cependant, grâce à diverses stratégies, l'Etat a réussi à s'immiscer dans le processus d'attribution des contrats pétroliers et est aujourd'hui indispensable dans une opération profondément corrompue. Ainsi, dans une entreprise conjointe la NNPC avalise l'ensemble des contrats ou dépenses de plus d'un million de dollars américains, tandis que la NAPIMS (filiale de la NNPC) approuve ceux supérieurs à

    323 Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole », in U4 brief, n° 23, septembre 2009. Site web :

    http//www.u4.no/

    324 -Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole », in U4 brief, n° 23, septembre 2009. Site web :

    http//www.u4.no/

    325 -Idem.

    326 -Les grands tours d'enchères organisés par la DPR en 2000, 2005, 2006 et 2007, ont ainsi connu de grands dysfonctionnements. Cette réalité démontre qu'il est important de réaliser un véritable travail

    d'assainissement de la filière pétrolière. La NEITI constitue dans cette optique, une avancée considérable.

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    250 000 dollars américains.327 Pour certains ex-cadres de la compagnie pétrolière nationale et des experts, ces montants sont assez bas, relativement à la moyenne mondiale. Ils permettent alors à certains fonctionnaires nigérians de recevoir des pots-de-vin de sociétés pétrolières contre leur influence dans l'attribution d'un contrat. En 2008, Albert Jackson Stanley de la société pétrolière américaine Kellog, Brown & Roots a ainsi reconnu avoir versé près de 180 millions de dollars à la NNPC, au ministère du pétrole et à des fonctionnaires pour décrocher 4 contrats d'une valeur de 6 milliards de dollars américains pour la construction d'un complexe de gaz naturel li-quéfié.328

    Des activités comme le pillage de pétrole ou « oil bunkering » donnent lieu à de nombreux actes de corruption. En effet, le vol de pétrole, directement dans les oléoducs, dans les stations de traitement ou dans les entrepôts destinés au pétrole à exporter bénéficie souvent de la complicité des multinationales et des autorités poli-tiques.329Cette activité, qui concerne de grande quantité de pétrole (100 000 à 600 000 b/J),330 est l'occasion d'une corruption destinée à acheter la complicité d'acteurs officiels de la filière impliqués dans ce trafic. L'exportation de brut et l'importation de produits raffinés (pétrole, diesel, kérosène, etc.) qui font l'objet de contrats octroyés chaque année par la NNPC, à des compagnies pétrolières internationales ou à des sociétés qui lui sont affiliées, donnent aussi l'occasion d'observer une corruption importante, à cause du caractère juteux de ces contrats.331 La grande inertie dans l'industrie pétrolière nigériane, les retards onéreux occasionnés par des procédures comme l'attribution d'accord et de visa pour chacun des employés expatriés des multinationales, les formalités douanières et portuaires en matière d'importation de biens et matériels pétroliers, sont autant de foyers d'une corruption qui a fait son lit dans l'univers pétrolier nigérian.332

    B- Impact économique de la corruption pétrolière au Nigéria :

    La « corruption du pétrole » au Nigéria est un fléau handicapant pour l'économie et la stature internationale du pays. En effet, par le détournement de la rente, elle réduit considérablement les finances de l'Etat et joue par conséquent un rôle important dans le faible impact social de l'argent du pétrole. Les sommes détournées participent à l'enrichissement personnel d'acteurs du circuit pétrolier, au lieu d'aider au développement du pays. La corruption accentue la détérioration de l'environnement social déjà très instable. De manière indirecte, elle provoque le mécontentement social et donne des arguments aux militants armés. La corruption dans l'octroi des contrats pétroliers ne garantie guère, de la part des adjudicataires, un travail professionnel et respectueux des intérêts nigérians. Mieux, elle créée un sen-

    327 - voir Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole », in U4 brief, n° 23, septembre 2009.

    328 - voir Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian? Première partie : cartographie des

    risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole », in U4 brief, n° 23, septembre 2009.

    329 -Idem.

    330 -Ibid.

    331 -Ibid.

    332 -Ibid.

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    timent d'impunité chez ceux-ci. La compétitivité économique du pays est également mise en danger par la mauvaise organisation de son industrie pétrolière.

    La corruption apparait alors comme un vecteur d'insécurité à la fois économique et social pour le Nigéria. La participation de tous les acteurs de l'industrie pétrolière à cette activité illégale,333 la rend encore plus difficile à combattre. Il est pourtant nécessaire, pour un développement du Nigéria par le pétrole, que les autorités politiques s'attaquent de manière plus ferme au phénomène. La corruption est un catalyseur des tensions sociales déjà importantes dans le pays. Elle constitue une cause de réelle insécurité, tout comme la criminalité liée à la permissivité et à la vulnérabilité du secteur pétrolier.

    Paragraphe 3 : Exploitation pétrolière et criminalité au Nigéria : une relation presque

    naturelle.

    A- Le phénomène de « l'oil bunkering » :

    L'industrie pétrolière est l'activité économique la plus prospère au Nigéria. La forte production vouée, pour l'essentiel, à l'export et la volonté des autorités politiques d'associer le plus de partenaires extérieurs à la gestion de la filière fait du pétrole un atout essentiel au dynamisme et à l'influence économiques du pays. Son attractivité est si grande qu'elle attire de nombreux acteurs déterminés à tirer leur épingle du jeu pétrolier. La relative incapacité du pays à assurer un réel contrôle sur son pétrole, permet à nombre de ces acteurs, d'agir à leur guise. Il se créée alors une relation presque naturelle entre exploitation du pétrole et criminalité au Nigéria.

    L'attrait des revenus du pétrole pousse de nombreux acteurs de la filière à s'engager dans l'« oil bunkering » ou pillage du pétrole. Cette activité dangereuse pour l'environnement, lorsqu'elle se fait directement sur les pipelines, peut également prendre la forme de vol de pétrole dans les entrepôts d'exportation, dans les stations de traitement, et même lors du chargement des pétroliers.334 Le coût du pillage du pétrole dans le pays est tellement important (près de 100 billions de dollars américains de perte pour l'économie nigériane entre 2003 et 2008)335 qu'on a donné le nom de « blood oil »336 (littéralement le pétrole du sang en référence aux diamants du sang des pays en conflit) au pétrole qui échappe ainsi chaque jour au contrôle des autorités fédérales. Des autorités politiques fédérales et locales, des militaires en retraite ou encore en exercice, des cadres supérieurs de la NNPC, des membres des groupes militants dans le Delta du Niger, certaines multinationales pétrolières, des

    333 -Ibid.

    334 - voir Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian? Première partie : cartographie des

    risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole », in U4 brief, n° 23, septembre 2009. Site web : http//www.u4.no/

    335 -0p.cit

    336 -Cf. Judith Burdin Asuni, « blood oil in the Niger Delta», in Special Report, n°229, United states institute of peace, aout 2009.

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    pays d'Europe ou d'Asie sont impliqués dans ce trafic lucratif.337 Le pétrole volé est alors envoyé vers des pays voisins ou même éloignés.

    B- L'argent du pétrole dans le financement de l'économie souterraine et des manoeuvres politiciennes :

    Les sommes tirées de l'exploitation illicite du pétrole servent à l'enrichissement des acteurs impliquées dans le trafic, mais aussi à soutenir l'effort de guerre des groupes rebelles dans le Delta du Niger. C'est pour cette raison que de nombreux groupes de militants font du siphonage des pipelines une activité régulière. L'argent du pétrole vendu alimente alors le trafic d'armes, et provoque l'élévation du taux de criminalité dans les régions pétrolières. Il sert également de capital initial dans d'autres opérations à l'instar du trafic de stupéfiants ou même être blanchi dans des opérations immobilières. Des leaders militants comme Henry OKAH du MEND, sont soupçonnés de commerce illicite d'armes et d'enrichissement par le mazoutage de pétrole.338

    L'argent du pétrole sert aussi à financer l'achat de positions de pouvoir avantageuses. En effet, certaines études sur le commerce illicite de pétrole estiment que celui-ci connait une hausse importante au moment des élections.339 Les sommes engrangées servent à acheter des voix ou à truquer le résultat des élections. En outre, de grands barons locaux et des employés du secteur pétrolier entretiennent, grâce à l'argent du pétrole, des milices souvent responsables de nombreux actes criminels et même de meurtres.340 Selon Alexandra GEISER, « les fonds publics ne sont pas seulement détournés et volés, ils financent directement l'armement des groupes armés liés aux acteurs politiques ».341 Dans ces conditions, l'argent du pétrole devient une condition préalable à la réalisation d'ambitions criminelles. L'importance des sommes détournées alimente la violence dans le pays dont des villes comme Lagos sont parmi les plus violentes au monde.342

    L'industrie pétrolière, par sa relative inorganisation, constitue un facteur favorable au développement de l'insécurité dans le pays. L'environnement social et politique, déjà fragile, subit alors les contrecoups d'un manque réel de leadership pétrolier. La rente est utilisée pour des objectifs criminels qui empêchent le développement. Il est alors compréhensible que, pour de nombreux nigérians, le pétrole est porteur d'une véritable « malédiction ».

    337 - voir La brève du Golfe de Guinée n° 002, oct.nov.déc. 2010, p.16, mais aussi Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole », in U4 brief, n° 23, septembre 2009. Site web : http//www.u4.no/

    338 - voir La brève du Golfe de Guinée n° 002, oct.nov.déc. 2010, p22

    339 - Cf. Judith Burdin Asuni, « blood oil in the Niger Delta», in Special Report, n°229, United states institute of peace, aout 2009.

    340 -Voir EFAI, Nigéria, pétrole, pauvreté et violence, Les éditions francophones d'Amnesty international -Efai, aout 2006.

    341 - Voir Alexandra Geiser, Nigéria, organisation suisse d'aide aux réfugiés OSAR, 2010, site Web : www.osar.ch

    342 - Voir Stéphane Quéré, Les clans criminels Nigérians, mémoire soutenu à l'université de Paris II (Panthéon-Assas) en octobre 2001, en vue de l'obtention du diplôme universitaire « analyse des menaces criminelles contemporaines », session 1999-2000, mais aussi Alexandra Geiser, Nigéria, organisation suisse d'aide aux réfugiés OSAR, 2010, site Web : www.osar.ch

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    CONCLUSION DU CHAPITRE:

    Le pétrole est un véritable enjeu de pouvoir au Nigéria. C'est l'élément nécessaire à l'accomplissement des stratégies de pouvoir des divers acteurs du secteur. Les multinationales, les autorités politiques et les militants dans le delta du Niger, essayent de se servir du contrôle de la filière comme d'un tremplin vers la puissance. Ils développent alors diverses stratégies, qui se distinguent par leurs modes opératoires et par les moyens et les motivations mises en avant. Les multinationales, qui sont de loin les acteurs géostratégiques les plus accomplis et efficaces, se servent de l'argument commercial pour assurer une domination progressive de l'univers pétrolier nigérian par les grands consommateurs. Ceux-ci aplanissent leur chemin vers la puissance à coup d'investissements financiers, toujours plus importants, qui suscitent la convoitise des autorités politiques. Ces dernières, au non de l'intérêt supérieur de l'Etat, continuent de gérer le pétrole au détriment du bien-être de la population. Elles se laissent prendre au le piège du « gain facile » et ne se décident pas à franchir le cap de la diversification économique. Les militants se font alors le devoir de leur rappeler les difficultés dans lesquelles vivent les populations du delta du Niger et s'engagent à susciter, de la part de l'Etat fédéral, une plus juste administration des ressources pétrolières. S'il existe des différences importantes entre ces diverses stratégies, un seul objectif semble les unir : faire passer à tout prix le bonheur des nigérians au second plan.

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    CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE :

    Le Nigéria est une destination importante dans la géopolitique mondiale des hydrocarbures. Avec sa production journalière et ses réserves prouvées considérables, il peut servir d'alternative à des gros producteurs comme l'Arabie Saoudite, le Venezuela ou l'Iran en indélicatesse avec l'occident. L'industrie pétrolière y connait alors, comme dans de nombreux autres pays pétroliers du Golfe de Guinée, un réel dynamisme. De nombreuses conditions géographiques, contractuelles et historiques encouragent les grands consommateurs à se retourner vers cette région du globe.343 Ceux-ci se positionnent peu à peu dans une région qui, à la fin de la guerre froide, semblait pourtant avoir perdu son importance stratégique.344 L'industrie pétrolière apparait comme une chance inouïe de développement pour les pays de la région qui, pour la plupart, sont sous-développés. Au Nigéria, les importants revenus tirés de l'industrie pétrolière alimentent les finances publiques et font de lui un des plus grands détenteurs de réserves de change en Afrique.345 Or, à cause de la dépendance stratégique du pays aux grands consommateurs et aux luttes pour la conquête de positions rentières, le pétrole n'a pas encore pu servir à son décollage économique. La misère et la violence font partie du quotidien de nombreux nigérians qui considèrent le pétrole comme la source de tous leurs malheurs.346 Cette insatisfaction des populations, face au faible impact social de l'exploitation pétrolière combinée à la mise en branle des stratégies de puissances de divers acteurs du secteur, constituent un mélange détonant, qui abouti à une violence et une insécurité de tous les instants dans le pays. L'incapacité des autorités politiques nigérianes à juguler les nombreux enjeux de puissance que connait son univers pétrolier en fait un espace-enjeu propice à la réalisation de projets de puissance multiples. Il apparait alors comme un « géant pétrolier » dont les fondations de la puissance demeurent pourtant fragiles, cinquante ans après le début de son exploitation pétrolière ; sa situation intérieure pouvant basculer à tout moment. Le Nigéria constitue une vitrine de l'impuissance de nombreux pays pétroliers du Golfe de Guinée qui, du fait de leur immaturité stratégique, ne réussissent pas à s'élever à la dialectique des intelligences à l'oeuvre dans les relations pétrolières internationales.

    343 - Cf. supra

    344 - Lire à cet effet Alain FOGUE TEDOM, « Le mythe de la marginalisation stratégique de l'Afrique : analyse de la dynamique américaine et chinoise autour du pétrole africain. », in Maurice KAMTO et al, L'Afrique dans un monde en mutation : dynamiques internes, marginalisation internationale ? Paris, Afrédit, 2010, pp.285-293

    345-

    346- Voir Amnesty International, CEHRD, la vraie « tragédie ». Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le delta du Niger, Amnesty International, Novembre 2011, 50 p.

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    LA GESTION DU SECTEUR PETROLIER NIGERIAN A L'EPREUVE DES DEFIS DE SON EMERGENCE ET DE SON DEVELOPPEMENT.

    DEUXIEME PARTIE :

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    Le Nigéria est un des pays du Golfe de Guinée les plus convoités. La multiplicité et la diversité de ses partenaires pétroliers347témoignent du dynamisme de son industrie et de l'ouverture de son marché pétrolier. Membre de l'OPEP, il développe une stratégie pétrolière originale qui allie exigences d'indépendance de sa filière et ouverture nécessaire de son amont pétrolier. Le pays accorde alors une place de choix aux partenaires internationaux tout en veillant à détenir la majorité des parts dans les différentes associations qui le lient à ceux-ci.348L'exploitation du pétrole au Nigéria est vieille d'une cinquantaine d'années. L'importance de sa production et les moyens financiers considérables qu'elle lui procure ont fait du pétrole un enjeu de pouvoir majeur. Cependant, le faible impact de cette source d'énergie, sur le développement du pays et sur son statut sur la scène internationale, tend à relativiser les acquis de l'exploitation pétrolière au Nigéria. Comparativement à d'autres pays pétroliers, la situation économique, politique et sociale du premier producteur de pétrole d'Afrique est désastreuse. C'est un pays où le pétrole n'a pas encore pu servir de tremplin vers la puissance stratégique (Etats-Unis, Chine, Russie), économique (Qatar, Arabie saoudite), ou même à une amélioration significative des conditions de vie des populations (Norvège). Il est indéniable que le principal obstacle à l'émergence stratégique du Nigéria est le manque d'aggiornamento de sa filière pétrolière. En effet, face au dynamisme de la scène internationale, le Nigéria n'a pas encore réussi à faire de ses importantes potentialités pétrolières un facteur de puissance durable. S'il est devenu un marché pétrolier prisé, c'est parce qu'il est la victime « consentante » des projets géostratégiques de puissances mondiales et régionales. Les politiques pétrolières des différents régimes politiques qu'a connus le pays ne lui ont pas permis de se hisser au rang de puissance internationale, auquel ses énormes potentialités pétrolières lui donnent droit. La géostratégie des hydrocarbures, développée par les politiques nigérians, se révèle alors en parfaite inadéquation avec les défis liés à son émergence en tant que puissance régionale (Chapitre 3) et surtout inappropriée face aux principes de démocratie et de bonne gouvernance, nécessaires à une gestion équitable du pétrole (Chapitre 4).

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    347 - Le pays compte parmi ses partenaires pétroliers des nations occidentales (Etats -Unis, Grande Bretagne, Pays-Bas, France, etc.), africaines (Cameroun, Ghana, etc.) asiatiques (Chine, Inde, etc.) et même l'Iran.

    348 -Op.cit.

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    STRATEGIES PETROLIERES ET ECHEC DE L'AFFIRMATION DU NIGERIA SUR LE PLAN REGIONAL.

    CHAPITRE III :

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    Le pétrole a une importance particulière au Nigéria. C'est la source d'énergie à la base à la fois du dynamisme industriel, de la santé économique et financière du pays et de sa stabilité sociale et politique. Les importantes réserves pétrolières ainsi que le caractère stratégique de sa position dans le golfe de Guinée349 font de lui une étape incontournable dans la géostratégie africaine des grandes puissances. Depuis les années 1960, l'industrie pétrolière a rapporté des moyens financiers considérables au Nigéria.350Cependant, la gestion du pétrole par les régimes politiques successifs a été préjudiciable à un développement économique et stratégique du pays. En effet, l'économie de rente encouragée par les autorités politiques nigérianes a favorisé la dépendance du Nigéria aux grands consommateurs mondiaux, et limité les bienfaits du pétrole au sein de la population nigériane. Pis, elle est venue fragiliser l'équilibre ethnique et sociologique du pays.351La lutte pour le contrôle du circuit pétrolier a privilégié la prise en compte d'intérêts personnels au détriment de ceux des populations. Le pétrole a alors été incapable de permettre le développement du premier producteur du continent et est même devenu un facteur aggravant de la crise sociale déjà ancienne dans le pays. La gestion de la filière pétrolière au Nigéria souffre de nombreuses insuffisances stratégiques (Section I). Cette situation, favorisée par le leadership insuffisant des autorités politiques nigérianes sur l'industrie pétrolière, rend le pays prisonnier de ses énormes potentialités démographiques (Section II) que ses politiques énergétiques risqueraient, à terme, de ne plus pouvoir manager. Les choix des responsables politiques en matière de gestion pétrolière empêchent alors une intégration véritable du pays dans le processus de mondialisation (Section III).

    SECTION I : GESTION DU PETROLE ET INSUFFISANCES STRATEGIQUES DU

    NIGERIA.

    Depuis le début de l'exploitation du pétrole au Nigéria, l'« énergie de la puissance » est au coeur de multiples convoitises économiques, de projets géostratégiques et d'ambitions politiques de la part d'un nombre toujours plus important d'acteurs.352Le dynamisme de la production pétrolière nigériane a un impact considérable sur la stabilité sociale du pays, mais aussi sur ses projections économiques et son pouvoir politique. Cependant, comme la plupart des pays du Golfe de Guinée, le Nigéria ne réussit toujours pas à tirer son épingle de jeu pétrolier, qui se déroule dans la région. En effet, Les autorités politiques ont brillé par leur incapacité à faire jouer au pétrole son rôle de moteur de la puissance. Elles ne se sont pas inscrites

    349 - La position géographique du Nigéria est stratégique car il est situé au coeur du golfe de Guinée, situation qu'il partage avec le Cameroun. Ses nombreux ports sont ainsi positionnés en face des côtes américaines. Il constitue une des portes d'entrée vers l'intérieur de la sous région. En plus, c'est le pays qui abrite un des plus grands écosystèmes de mangrove du monde.

    350 -Op.cit.

    351 - le partage de la rente pétrolière est un des points d'achoppements majeurs entre les différents niveaux de gouvernement d'une part et les groupes ethniques d'autre part. La dépendance du pays aux revenus du pétrole a exacerbé les tensions ethniques et encouragé la conquête des positions de pouvoir pour des fins personnelles.

    352 - Cf. supra

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    dans la dialectique des intelligences à la base de toute relation pétrolière internationale. Le redéploiement stratégique des grandes puissances, dans les pays pétroliers du Golfe de Guinée, a par conséquent constitué un obstacle à l'émancipation stratégique du Nigéria. Cependant, contrairement à ce que pourrait supposer la situation économique et sociale du pays, le pétrole n'est pas une malédiction (Paragraphe 1). Une des plus importantes limites des politiques pétrolières au Nigéria est alors leur faible encrage dans les réalités sociologiques du pays (Paragraphe 2) et leur incapacité à développer la coopération sous-régionale (Paragraphe 3).

    Paragraphe 1 : Pétrole et développement : déni d'une malédiction.

    A- Esquisse de présentation du concept de « malédiction des ressources nat u-relles » :

    Il existe en Afrique, et dans de nombreuses autres régions du monde, une idée assez répandue sur une « malédiction des ressources naturelles ». Selon Terry Lynn Karl, celle-ci renvoie à la relation inversement proportionnelle entre dépendance élevée vis-à-vis des ressources naturelles et taux de croissance économique.353 Pour de nombreux observateurs, le plus grand malheur du continent africain viendrait, à la fois, des convoitises que suscitent, auprès d'acteurs véreux, l'immensité de ses matières premières et de l'incapacité de nombreux pays à mettre sur pied des politiques à même de faire de leurs ressources naturelles des facteurs de développement, et non simplement de dynamisme économique. Or, uranium, bois, diamant, gaz et pétrole seraient alors les responsables « involontaires » de la ruine du continent. La pauvreté et l'instabilité de pays africains, pourtant riches, apparait comme une confirmation de ce point de vue.354Il serait alors impossible à l'Afrique de se développer grâce aux importantes richesses tirées de son sous-sol.355

    Le pétrole, matière première stratégique par excellence, est considéré comme incapable d'assurer le développement des pays qui le possèdent. Les grands enjeux autour de l'exploitation de cette source d'énergie en limiteraient l'impact positif sur les conditions de vie des populations. La situation économique et sociale précaire d'anciens ou actuels pays pétroliers du Golfe de Guinée tels que le Congo, le Nigé-ria, l'Angola, le Cameroun, ou le Gabon ; 356ou même l'histoire de quelques pays membres de l'OPEP (Iran, Arabie Saoudite, Irak, Venezuela, etc.) apparaissent comme autant de témoignages du caractère illusoire du développement par le pé-

    353 Terry Lynn Karl, « comprendre la « malédiction » des ressources », in Le pétrole. Guide de l'énergie et du développement à l'intention des journalistes. Lever la malédiction des ressources naturelles.2, Open society New York, 2005, p23.

    354 -Il est tout de même saisissant que des pays africains, véritables « scandales géologiques », comme la RDC, le Nigéria ou l'Angola occupent les dernières places dans le classement des nations les plus riches du monde. Dans ces pays, une minorité d'individus, généralement proches du pouvoir, profitent des richesses tandis que la majorité des habitants vit dans une précarité et une pauvreté abjectes.

    355 - Cette éventualité tient du fait que si l'on se base sur la définition du terme « malédiction » (état de malheur inéluctable qui semble imposée, dictionnaire Encarta(c) 2009) il est impossible que l'homme vienne à bout des difficultés que posent la gestion des ressources naturelles.

    356 - Voir Ian Gary et Terry Lynn Karl, Le fond du baril, catholic relief services, juin 2003, pp. 25-43.

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    trole. Dans de nombreux cas, à défaut d'assurer une certaine prospérité aux populations des pays producteurs, le pétrole s'est révélé être un facteur de déstabilisation et d'insécurité économique et environnementale.357 Selon Philippe COPINSCHI, « le pétrole est certainement une « richesse » au sens économique. Mais en favorisant le développement d'une économie de rente, le pétrole est, en même temps, un facteur de déstabilisation ou d'entretien des conflits. ».358Quelques facteurs sont généralement évoqués pour expliquer la malédiction du pétrole : volatilité des prix, « syndrome hollandais », retard dans l'accumulation des compétences et progression des inégalités, problème de l'enclavement et des impôts.359 Les témoignages de nombreux nigérians, ayant assisté impuissants à la destruction de leurs moyens de subsistance par l'industrie pétrolière et vivant dans une pauvreté indescriptible,360 confirment la relation qui existe entre pétrole et sous- développement. Cependant, s'il est admis que le pétrole ne peut à lui seul assurer le développement361 d'un pays, il est tout aussi impossible de voir en lui le responsable du marasme économique de quelques pays pétroliers d'Afrique.

    B- Responsabilité des autorités politiques dans le faible impact social du pétrole :

    Le pétrole est avant tout une substance noire, épaisse et visqueuse. C'est « [...] une ressource naturelle dormante qui n'a de valeur active que lorsqu'on décide de l'extraire des profondeurs terrestres ou maritimes où il gît. ».362 De ce fait, le pétrole ne peut être considéré comme un facteur intrinsèque de sous-développement, encore moins d'insécurité. S'il est perçu par certains analystes comme un « facteur aggravant » de la crise généralisée du continent africain363 le rôle des politiques de gestion dans « l'incapacité sociale » du pétrole est indéniable. L'histoire pétrolière du Nigéria nous démontre que la volonté de captation de la rente, qui a toujours animé les acteurs du secteur pétrolier, est le principal obstacle au développement du pays. Selon des observateurs de l'industrie pétrolière, « la mauvaise gestion et les stratégies de recherche de positions de rente sont si généralisées que le Nigéria est devenu quasi synonyme de corruption. Le détournement des revenus du pétrole est un sport national ».364 Toute lutte contre la pauvreté devient alors incertaine. L'industrie pétrolière au Nigéria est assimilable à une arène où acteurs gouvernementaux, par-

    357 -Cf. supra

    358 - Voir Philippe Copinschi, « Rente pétrolière, géopolitique et conflits », in Questions Internationales n°2, Juillet - Aout 2003.

    359 - Voir Terry Lynn Karl, « comprendre la « malédiction » des ressources », in Le pétrole. Guide de l'énergie et du développement à l'intention des journalistes. Lever la malédiction des ressources naturelles.2, Open society New York, 2005, pp.21-27.

    360 - Voir Amnesty International, CEHRD, La vraie « tragédie ». Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le Delta du Niger, Amnesty International, aout 2008.

    361 -Nous parlons ici non pas de la croissance économique qui s'analyse à travers le dynamisme d'indices comme le PIB ou le PNB mais bien du développement, principe supra économique.

    362 -Voir Michel Kounou, Pétrole et pauvreté au sud du Sahara, éditions clé, 2006, p.27

    363 - Voir Cédric Lestrange, Christophe-Alexandre Paillard, Pierre Zelenko, Géopolitique du pétrole, éditions Technip, 2005, p.153

    364 -Voir Ian Gary, Terry Lynn Karl, Le fond du baril, catholic relief services, Juin 2003, p.26

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    tenaires internationaux et populations autochtones se battent pour le contrôle des positions de rente.365

    L'apport du pétrole dans la croissance des pays pétroliers est indéniable. Lorsque les coûts sur le marché international sont hauts, la rente irrigue l'économie et favorise une relative santé financière. Dans les pays du « tout pétrole », cette source d'énergie a un rôle à la fois économique, social et politique.366 Les revenus tirés du pétrole servent au dynamisme de secteurs économiques comme l'immobilier, les transports, les marchés financiers, etc. Si l'impact du pétrole sur la conduite des affaires économiques des pays pétroliers est indubitable, il est plutôt difficile d'évoquer son apport dans le processus de développement. En effet, selon le PNUD, le but du développement est le bien-être de l'homme. Le développement humain a alors pour objectif « [..] d'élargir la gamme des choix offerts à la population [..] Ces choix doivent comprendre des possibilités d'accéder aux revenus et à l'emploi, à l'éducation et aux soins de santé et à un environnement propre ne représentant pas de danger [..] ».367L'indice de développement humain (IDH) permet de mesurer le développement d'un pays à travers les chiffres du PIB par habitant, de l'alphabétisation et de l'espérance de vie à la naissance.

    Le développement, en tant que processus supra économique, ne saurait dépendre de la seule croissance économique induite par les revenus pétroliers. L'épanouissement économique, social et politique des populations est inhérent à tout processus de développement. Dans ce sens, l'exemple de pays comme la Norvège, les Etats-Unis, la Chine, les Emirats Arabes Unis ou le Qatar témoigne de la possibilité d'une prospérité, voire d'une puissance par le pétrole. Situé en bordure de la mer du Nord, la Norvège, avec 4,3% des réserves mondiales, est un des plus grands producteurs de brut au monde.368 L'exploitation pétrolière y est essentiellement offshore et a débuté dans les années 1960, soit à la même période qu'au Nigéria. Malgré l'impact que les recettes pétrolières ont eu, à un moment donné, dans l'économie du pays (30% des recettes d'exportation annuelle au début des années 1980) il n'a jamais été une « monarchie pétrolière » au sens des pays du Golfe Persique. C'est un pays à la diversité industrielle importante (métallurgie, chimie, construction mécanique et navale, agro alimentaire, etc.) et au modèle de développement appréciable. Les Etats-Unis et la Chine quant à eux, en plus d'avoir su profiter économiquement de leurs réserves propres, se sont servis de la géostratégie du pétrole comme moyen de puissance. C'est en partie grâce à elle qu'ils ont assis leur domination sur certaines régions stratégiques du globe.369

    Le cas des monarchies du Golfe Persique, que sont le Qatar et l'Arabie saoudite, est plus complexe. Si les OPA dans le monde de la finance, du football, des médias et de l'art ainsi que le soutien aux pays musulmans peuvent être considérés

    365 -Cf. supra

    366 -Cf. supra

    367 -Voir rapport mondial sur le développement humain (1991), publié par le PNUD.

    368 - Cf. « Nord, mer du », Microsoft® Encarta® 2009 [DVD], Microsoft Corporation, 2008.

    369 -Les Etats-Unis en Afrique, en Amérique du sud et dans le Golfe persique ; la Chine en Afrique et dans des marchés proches de ses frontières.

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    comme des piliers de leurs géostratégies pétrolières, l'importance du pétrole dans leur économie est potentiellement dangereuse. L'embellie que connait celle-ci serait brutalement remise en cause en cas de perte de la valeur du pétrole. En plus, le PIB par habitant dans ces pays, généralement haut, cache d'importantes disparités de revenus entre les membres des familles royales et le reste de la population.370

    Les politiques de gestion des autorités publiques nigérianes, décrites plus haut, sont en inadéquation avec tout processus de développement. En effet, le rôle du pétrole n'est pas seulement de favoriser la croissance, mais aussi de permettre une amélioration significative des conditions de vie des populations. Si les monarchies pétrolières du Golfe Persique connaissent, comme le Nigéria, une importante disparité de revenus entre les acteurs du secteur pétrolier, les membres des familles des dirigeants politiques et le reste de la population, l'utilisation par celles-ci de la rente pour la construction d'infrastructures sanitaires et sociales est un plus. L'enclavement que connaissent de nombreuses régions du Nigéria, la faiblesse du tissu sanitaire du pays et la misère d'une majorité de nigérians sont des preuves de l'improductivité de la gestion pétrolière des dirigeants politiques. L'émancipation stratégique du Nigéria constitue, à coup sûr, un pas important vers un développement véritablement endogène.

    Paragraphe 2 : Emancipation géostratégique et développement endogène du Nigé-ria.

    A- L'industrie pétrolière : une activité économique extravertie au service des ambitions géostratégiques des grandes puissances :

    L'industrie pétrolière au Nigéria, comme dans la plupart des autres pays du Golfe de Guinée, est entièrement tournée vers l'extérieur. Dès le processus d'exploration, les pays pétroliers dépendent entièrement de l'expertise technologique occidentale ou asiatique. Avec l'augmentation du forage en eaux profondes, qui demande une technicité plus grande et des moyens financiers importants, cette dépendance tend à s'aggraver. Or, la permissivité du secteur pétrolier est une preuve de l'immaturité stratégique de nombreux pays africains. En effet, « [...] un premier problème politique majeur, plutôt technico-économique à l'origine, émerge de cette difficulté que l'extraction du pétrole en mer génère des problèmes qui se résument à l'impossibilité relative de contrôler les quantités effectivement produites. ».371Le développement par le pétrole, au Nigéria comme ailleurs, est impossible sans une maîtrise préalable des quantités de brut extraites. La « fourberie commerciale » des grands consommateurs de pétrole peut alors prendre les traits d'une manipulation des chiffres concernant les quantités de brut extraites, mais aussi de la valeur réelle

    370 -

    371 - Voir Michel Kounou, Pétrole et pauvreté au sud du Sahara, éditions clé, 2006, p.116

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    des réserves pétrolières.372 La dépendance stratégique du Nigéria se manifeste tout au long du processus pétrolier pendant les activités d'exploration et de production, de vente et même de consommation du pétrole.373

    L'incapacité pour le pétrole de sortir de la pauvreté les pays pétroliers africains, a suscité de nombreuses réflexions sur une éventuelle « solution miracle ». Malgré les diverses initiatives entreprises, les résultats sociaux du pétrole restent toujours insuffisants. L'importante extraversion dont souffre l'exploitation pétrolière sur le continent, apparait alors comme une des nombreuses raisons du « paradoxe de l'abondance ». En effet, les politiques pétrolières y sont considérablement influencées par les besoins des grands consommateurs. L'augmentation de la production pétrolière au Nigéria est par exemple dictée par les ambitions stratégiques des Etats-Unis ou de la Chine.374Une plus grande autonomie du premier producteur africain, dans son secteur pétrolier, lui permettrait de mieux assurer à sa population les retombées de la rente. Le principe du « développement endogène » apparait alors comme une option pour les décideurs politiques nigérians, en ce sens que le développement n'est plus défini en termes quantitatifs, mais en relation avec les besoins de la population.375

    B- Le développement endogène comme solution à la dépendance stratégique du

    Nigéria :

    Théorisé à la fin des années 1950 par John FRIEDMANN et Walter STOHR, le développement endogène est « une approche volontariste, axée sur un territoire restreint, qui conçoit le développement comme une démarche partant du bas, privilégiant les ressources endogènes. ».376 Il fait appel aux traditions industrielles locales et insiste sur la prise en compte des valeurs culturelles et sur le recours à des modalités coopératives.377 Le développement endogène est une des solutions au paradoxe de l'abondance que connait le Nigéria, par sa volonté de rendre à l'échelon locale la prééminence sur les projets et initiatives de développement. Son adoption par les autorités politiques du pays permettrait de rendre le fédéralisme nigérian plus efficace, par une autonomisation économique réelle des collectivités locales. Elle réduirait, en outre, considérablement le mécontentement dans les régions pétrolières378 et rapprocherait les populations des décisions pétrolières. Il est vrai qu'aucun développement local n'est possible sans un assainissement préalable des moeurs dans le pays. L'indépendance économique des gouvernements locaux devrait être accompagnée d'un contrôle strict des autorités fédérales. Le développement endogène permettrait également, aux populations autochtones du delta du Niger, de prendre en main leur destin économique. Elles seront libres de leurs choix économiques, et pourront faire valoir la diversité des potentialités de leur région ; ce qui est quasiment

    372 -Op.cit.

    373 - Cf. supra

    374 -Op.cit.

    375 -Cf. blog.wikimémoires.com/tag/développement endogène, consulté le vendredi 26 octobre 2012.

    376 -Idem.

    377 -Ibid.

    378 -Op.cit.

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    impossible avec le modèle de développement actuel, très extravertie et soumis aux désirs des partenaires extérieurs du Nigéria. Il nous semble alors nécessaire que le pays fonde ses politiques de développement endogène sur son émancipation stratégique préalable.

    En effet, l'industrie pétrolière au Nigéria est entièrement tournée vers l'extérieur. Le pays est un des premiers clients des Etats-Unis, dont la sécurité énergétique passe par l'Afrique, et tend à affermir ses relations pétrolières avec « l'ogre » chinois. Les deux premiers consommateurs de pétrole au monde développement au Nigéria une géostratégie des hydrocarbures, qui ne prend en compte que la satisfaction de leurs propres intérêts.379Le pays en sort profondément diminué et surtout stratégiquement dominé. L'arrivée dans le pays de partenaires étrangers, de plus en plus nombreux et aux intérêts diamétralement opposés,380 laisse augurer une perte de contrôle plus importante du Nigéria sur son industrie pétrolière. L'émancipation stratégique du premier producteur de pétrole pourrait venir inverser cette tendance. Le Nigéria doit reconquérir le leadership sur son secteur pétrolier. Les choix en matière de politique pétrolière devraient avoir une origine interne, plutôt qu'externe. En ce sens, le développement endogène, qui doit être privilégié au Nigéria, est en parfaite relation avec la géostratégie pétrolière. Cette dernière accorde au pays une indépendance stratégique et lui permet de privilégier l'échelon local dans ses projets de développement. L'émancipation stratégique du Nigéria est un préalable à toute politique de développement local. Si le pays réussi à se départir de la tutelle des grands consommateurs de pétrole, il aura plus d'aisance à prendre en considération les intérêts des populations dans l'élaboration de sa politique pétrolière.

    Le développement endogène apparait alors, non pas comme la panacée nécessaire à la fin du marasme économique et social du Nigéria, mais comme un pas de plus vers son indépendance stratégique. Les populations du Delta du Niger, qui se plaignent de ne pas être suffisamment mêlées à la gestion du pétrole tiré de leur sous-sol, trouveront en lui une occasion de prendre en main leur destin économique. L'industrie pétrolière constituera une chance de développement pour le Nigéria, à condition qu'il se réapproprie la décision pétrolière. Les projets de forage seront alors réalisés en fonction des besoins économiques et énergétiques des nigérians, et l'Etat se faisant un devoir d'assurer une exploitation pétrolière respectueuse de l'environnement et des conditions de vie des populations. L'alimentation des populations en énergie en sera certainement améliorée.

    379 -Op.cit.

    380 - Les partenaires pétroliers du Nigéria sont souvent des adversaires géostratégiques et géopolitiques importants. Le pays souhaite par exemple intensifier sa coopération pétrolière avec les Etats -Unis, mais ouvre aussi ses portes à la Chine, principal adversaire stratégique et économique des Etats-Unis, et à l'Iran. Cette grande permissivité de l'industrie pétrolière Nigériane pourrait alors lui être défavorable en déplaçant sur son terri-toire la bataille entre ces nations ennemies.

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    Paragraphe 3 : Richesse pétrolière et dépendance énergétique: le Nigéria au coeur d'un paradoxe africain.

    A- Le pétrole dans l'approvisionnement énergétique mondial :

    Le pétrole est aujourd'hui une des sources d'énergie les plus utilisées au monde. Au cours du siècle dernier, il a progressivement supplanté le charbon comme « première source énergétique, indispensable à un mode de développement économique alliant industrialisation, urbanisation et explosion des échanges. ».381 Le pétrole représente près de la moitié de la fourniture de l'énergie primaire, loin devant le charbon, le gaz et le nucléaire. Il est impossible d'envisager, à court terme, un renversement de tendance en matière d'approvisionnement énergétique mondial.

    La place du pétrole dans l'approvisionnement énergétique en Afrique est tout aussi importante. Même si la consommation annuelle par habitant y est faible, comparativement à d'autres régions du monde (0,3 tep en moyenne contre 7,8 pour un américain et 4 pour un européen),382 le manque d'alternative au pétrole en décuple l'importance. En effet, le pétrole est la principale énergie dans le transport (essence, kérosène, gaz oil, etc.). Il constitue une matière première importante dans l'industrie chimique, la production électrique, et sert à la fabrication de produits dérivés (médicaments, peinture, matière plastique, détergents, caoutchouc, etc.). La part du pétrole dans les relations commerciales des pays producteurs d'Afrique est demeurée importante au fil des années. Il représente plus de 90 % des exportations de pays comme l'Algérie, la Libye, la Guinée Equatoriale ou le Nigéria.383

    B- Production pétrolière et dépendance énergétique du Nigéria :

    Le premier producteur de pétrole d'Afrique connait une dépendance énergétique majeure. Les failles observées dans l'organisation et le fonctionnement de sa filière pétrolière, le rendent profondément dépendant de l'expertise technologique extérieure. Dans ces conditions, l'indépendance stratégique ou tout simplement énergétique du Nigéria s'en trouve menacée. Les autorités en charge de la gestion du pétrole, empêtrées dans des luttes pour le contrôle de positions rentières, n'ont pas pu mettre le pays à l'abri d'une éventuelle crise énergétique. La situation du Ni-géria est alors originale, comparée à celles d'autres membres de l'OPEP.

    La dépendance énergétique du Nigéria est perceptible à la fois dans l'amont et l'aval pétroliers. Au niveau des activités d'exploration-production, le Nigéria fait montre d'une incapacité stratégique, qui l'expose aux manoeuvres des grands consommateurs. En effet, la compagnie pétrolière nationale, la NNPC, est l'actionnaire

    381 -Pascal Lorot, « Géopolitique des hydrocarbures », in Questions internationales n°24, mars-avril 2007.

    382 -Ngoungue Stéphane, les enjeux de l'énergie pour l'Afrique, exposé présenté dans le cadre de l'UE PHY 595 intitulée géopolitique des hydrocarbures, master II de physique, Université de Yaoundé I, année académique 2011-2012.

    383 -Voir Etanislas Ngodi, Gestion des ressources pétrolières et développement en Afrique, 11e assemblée géné-rale du CODESRIA, 6-10 décembre 2005, Maputo, Mozambique, 30 pages.

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    majoritaire dans les joint-ventures qui le lient aux multinationales.384 Par ce procédé, l'Etat essaye d'assurer le leadership du Nigéria sur son secteur pétrolier, tout en évitant la nationalisation des réserves. Cependant, à cause de problèmes financiers et politiques, l'Etat assure difficilement ses charges dans les différentes associations pétrolières. Selon Philippe SEBILLE-LOPEZ, « A l'amont, le principal problème pour le gouvernement fédéral est de financer les appels de fonds correspondant à sa quote-part dans les joint-ventures. ».385 En 2004, le gouvernement nigérian a difficilement obtenu du sénat 3,2 milliards de dollars de crédit budgétaires, alors que les besoins de la NNPC étaient évalués à 5 milliards de dollars.386 L'impossibilité pour l'Etat de remplir ses obligations financières en matière pétrolière réduit ses chances d'intervenir directement dans les activités d'extraction. L'industrie pétrolière nigériane devient alors dépendante des investissements et de l'expertise extérieurs.

    L'organisation de la filière amont de l'industrie pétrolière nigériane a ceci de particulier qu'elle accorde l'exclusivité du travail de terrain à des actionnaires minoritaires. Les compagnies pétrolières internationales, malgré leurs parts relativement faibles dans les joint-ventures, sont les opérateurs chargés d'extraire le pétrole du sous-sol et des fonds marins. La compagnie SHELL par exemple, qui est partie dans une joint-venture avec l'Etat dont elle détient 30% des parts, tandis que celui-ci en possède 55%, est chargée des activités au jour le jour sur le terrain.387 Le Nigéria fait ainsi preuve d'une immaturité stratégique qui accentue sa dépendance énergétique. L'approvisionnement du pays en pétrole est, ainsi, tributaire des volumes extraits et effectivement déclarés par les multinationales, travaillant dans l'amont pétrolier.

    Au niveau de l'aval pétrolier, le Nigéria connait essentiellement un problème d'approvisionnement de son marché en produits raffinés. Le pays possède 4 raffineries de pétrole : une au nord à Kaduna et trois au sud, dans les villes de Port-Harcourt (deux) et de Warri (une). Elles lui assurent une capacité théorique de raffinage de 438 000 barils par jour,388soit environ 69 642 000 litres de pétrole. Or, à cause d'une mauvaise gestion « chronique », les raffineries nigérianes produisent un peu plus de la moitié de ces chiffres. La NNPC, qui reçoit des compagnies opératrices 57% de la production totale de pétrole brut, est alors obligée d'en exporter une grande partie.389 Ainsi, l'essentiel des produits pétroliers que l'on retrouve sur le marché nigérian est importé. Le premier producteur de pétrole d'Afrique se trouve en être également un importateur net. Les sommes engagées dans l'achat du pétrole raffiné à l'étranger sont importantes. Selon Sanusi Lamido Sanusi, gouverneur de la Banque centrale du Nigéria, le pays a utilisé près de 16 milliards de dollars de ses réserves

    384 -Cf. supra

    385 - Philippe Sébille-Lopez, « les hydrocarbures au Nigéria et la redistribution de la rente pétrolière », in Afrique contemporaine n°216, avril 2004, P

    386 -Idem.

    387 - Voir Amnesty International, CEHDR, La vraie « tragédie ». Retards et incapacité à stopper les fuites de pé-

    trole dans le Delta du Niger, Amnesty international, novembre 2011, P. 26

    388 -Cf. Alexandra Gillies, « Reformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. », in U4 brief n°23, septembre 2009, disponible sur http://www.u4.no/

    389- Voir Ian Gary, Terry Lynn Karl, Le fond du baril, catholic relief services, Juin 2003, p.26

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    de change, au cours des onze premiers mois de l'année 2011, pour importer du pé-trole.390 Il dépend presque autant des importations de pétrole que certains pays peu ou non producteurs. Cette dépendance pétrolière du Nigéria, en plus de l'exposer aux aléas du marché international, réduit considérablement l'impact économique et social du pétrole.

    L'importation de produits pétroliers raffinés par le Nigéria a un coût économique considérable. En effet, pour permettre aux nigérians d'acheter du pétrole moins cher, l'Etat en subventionne les prix. Les distributeurs achètent le pétrole aux prix du marché international, puis le revendent aux prix subventionnés. Une filiale de la compagnie pétrolière nationale leur rembourse la différence. Avant la tentative de suspension des subventions aux prix du pétrole de janvier 2012, elles coûtaient annuellement à l'Etat fédéral près de huit milliards de dollars, soit plus du quart de ses dépenses.391 Le soutien de l'Etat aux prix à la pompe lui fait perdre des moyens financiers considérables et constitue une poche de corruption et de détournement des fonds.392 En outre, il ne résout pas le problème de la dépendance énergétique du Nigéria. Bien qu'étant pour ses adeptes le « seul bienfait tangible de la richesse pétrolière pour la plupart des nigérians »,393 la subvention aux prix du pétrole est une manoeuvre politicienne qui grève le budget de l'Etat et l'empêche de songer à l'amélioration des capacités de raffinage du pays. Cette situation rend alors incertaine l'approvisionnement énergétique du pays, dont la population est appelée à croitre considérablement.

    SECTION II : DEMOGRAPHIE ET GESTION PETROLIERE AU NIGERIA : ANALYSE DE L'INCIDENCE DE LA CROISSANCE DE LA POPULATION SUR LE DEVELOPPEMENT.

    La démographie occupe une place importante dans toute étude se rapportant à la gestion des ressources naturelles. Des chercheurs ont réfléchi à des mesures permettant d'assurer un certain équilibre entre évolution des ressources et accroissement de la population. Un des plus célèbres d'entre eux, Thomas Robert Malthus, estimait qu'à la passion réciproque entre les deux sexes et à la tendance de tous les êtres vivants à accroître leur espèce au-delà des ressources dont ils disposent, il fallait opposer des mesures strictes de régulation de la population.394 Pour lui, le pouvoir multiplicateur de la population étant nécessairement supérieur à la croissance des ressources, il est important de contrôler les naissances pour éviter les crises. La maîtrise de la croissance démographique apparait alors comme un défi géostratégique et économique majeur. Mieux, c'est une condition nécessaire au développe-

    390 - Voir Jeune Afrique n°2662 du 15 au 21 janvier 2012.

    391 -Voir Jeune Afrique n°2663 du 22 au 28 janvier 2012.

    392 - Cf. Alexandra Gillies, « Reformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. », in U4 brief n°23, septembre 2009, disponible sur http://www.u4.no/

    393 -Idem.

    394 -Thomas Robert Malthus, Essai sur le principe de population, publié en 1798 puis en 1803

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    ment et à l'émancipation stratégique des pays pétroliers du Golfe de Guinée. Le Ni-géria, premier producteur de pétrole d'Afrique en est également le pays le plus peuplé. La forte croissance de sa population a souvent été présentée comme le premier obstacle à son développement. C'est donc, au moins en partie, à la forte population nigériane qu'incombe la responsabilité de l'insuffisance des résultats sociaux du pétrole. Cependant, l'exemple de pays plus peuplés que le Nigéria et surtout mieux développés vient relativiser cet argument, non sans souligner la responsabilité des acteurs du secteur pétrolier dans la situation économique et social du pays. La démographie du pays connait des réalités complexes (Paragraphe 1) que les autorités politiques n'ont pas encore réussi à maîtriser (Paragraphe 2). Leur capacité à gérer la crise dans le Delta du Niger s'en trouve alors considérablement diminuée (Paragraphe 3).

    Paragraphe 1 : Etat des lieux de la démographie au Nigéria et caractéristiques parti-

    culières.

    A- Présentation statistique de la population nigériane :

    Le Nigéria est, depuis quelques années, le pays le plus peuplé d'Afrique.395 Selon des chiffres du Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP), le pays compte actuellement 158,3 millions d'habitants.396La tendance à la hausse de la démographie au Nigéria devrait se confirmer dans l'avenir, puisque son taux de fécondité annuel est égal à 5% (contre 6% en Somalie et 7% au Niger). Des prévisions de la même agence onusienne tablent sur une population estimée à 280 millions d'habitants d'ici à 2050.397 Le pays deviendra alors la cinquième population mondiale derrière l'Inde, la Chine, les Etats-Unis et le Pakistan.398

    La population nigériane a connu, au cours des années, une évolution fulgurante. Elle a doublé depuis 1970, pour se stabiliser aujourd'hui. Cette situation est le résultat à la fois du fort taux de natalité et de la baisse considérable de la mortalité infantile. En effet, le nombre d'enfant par femme en 2008 était estimé à 5,4. Le taux de mortalité chez les enfants est passé, quant à lui, de 157,6 pour 1000 en 1970 à 94 pour 1000 actuellement.399 Les jeunes constituent la couche la plus importante de la population nigériane. Ainsi, 62% de la population a moins de 25 ans ; les adultes et les vieillards représentant respectivement 34,9% et 3,1%.400

    395 - Cf. « Nigéria », Microsoft® Encarta®, Microsoft corporation, 2008.

    396- Voir « l'état de la population mondiale en 2010 » publié le 20 octobre 2010 cité par l'agence de presse africaine et disponible sur le site www.geopopulation.com/201001231/demo

    397 - Idem.

    398 -Ibid.

    399 - Cf. « Nigéria », Microsoft® Encarta®, Microsoft corporation, 2008.

    400 -Idem.

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    Les nigérians vivent de plus en plus en ville. Le taux d'urbanisation du pays est d'un peu plus de 50%. Aux vieilles villes du nord et du sud-ouest favorisées par le dynamisme de l'agriculture et la ferveur religieuse, se sont ajoutées des villes pétrolières (Onitsha, Port-Harcourt, etc.). Une nouvelle capitale, Abuja, a été créée en 1991 pour des raisons à la fois d'urbanisation et géopolitiques. Le nombre d'agglomérations au Nigéria a augmenté depuis les années 1970 et plusieurs villes comme Lagos, Ibadan et Kano comptent aujourd'hui plus d'un million d'habitants. D'autres comme Onitsha, Port Harcourt, Oshogbo, Ogbomosho et Kaduna comptent, pour leur part, plus de 500 000 habitants. La densité de la population est de 152 habitants au kilomètre carré.401

    B- Population nigériane : diversité culturelle et poids sous régional :

    Le Nigéria connait une importante diversité ethnique. Les principaux groupes socioculturels du pays sont les Haoussa et les Peul qui se retrouvent dans le nord à majorité musulman (près de la moitié de la population), les Yoruba au sud-ouest et les Ibo au sud-est. D'autres ethnies comme les Ijaw, les Itsékiris, les Ibibios, les Tiv, les Kanouri ou les Nupes sont quant à eux minoritaires. La répartition de la population entre trois principaux groupes ethniques a souvent été une cause de conflit majeur au Nigéria.402 En effet, chacun d'entre eux revendique la légitimité pour la direction des affaires nationales. Pour lutter contre le tribalisme, l'Etat a cessé, depuis quelques années, de publier les statistiques relatives à l'appartenance religieuse des nigérians. Cependant, les rivalités entre les groupes ethniques ont abouti à une représentation qui privilégie, dans la gestion des affaires fédérales, un certain équilibre entre elles, mais surtout entre les deux principales religions que sont l'islam et le christianisme. Ainsi, une entente tacite prévoit une alternance à la tête de l'Etat entre chrétiens et musulmans.403

    Le poids démographique du Nigéria se ressent également dans la sous-région Afrique de l'ouest à laquelle il appartient. Il abrite un peu plus de la moitié de la population de la CEDEAO404et ses ressortissants se retrouvent dans tous les autres pays de la région. Cette situation augmente, considérablement, son poids politique et économique. Il est ainsi le premier PIB de l'Afrique de l'ouest, représente 35% du PIB global de la sous-région405et est le plus grand contributeur en homme de la force d'interposition de la CEDEAO (ECOMOG).406 Bien que le leadership régional du Ni-géria soit de temps en temps contesté, par d'autres pays comme la Côte d'ivoire, le

    401 -Ibid.

    402 -Op.cit

    403 - C'est au nom de cette entente tacite qu'à OLOSEGUN OBASANJO le chrétien a succédé UMARU MOUSSA YAR'ADUA le musulman ; lequel à la suite de son décès subit a été remplacé par le chrétien GOODLUCK EBELE Jonathan.

    404 - Les chiffres de l'année 2008 évaluent la population de la communauté des Etats de l'Afrique de L'ouest à un peu plus de 500 millions d'habitants.

    405 - Cf. Jeune Afrique n°2663 du 22 au 28 janvier 2012.

    406 - Cette situation s'est vérifiée à l'occasion de nombreuses crises politiques en Afrique de l'ouest notamment en Sierra Leone et, tout récemment, au Mali. C'est alors un général nigérian qui est , la plupart du temps, à la tête des opérations de cette force sous régionale.

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    Ghana ou le Sénégal, le pays reste, par son poids économique et surtout démographique, la locomotive de l'Afrique de l'ouest.

    Le Nigéria est alors une puissance démographique en devenir. La croissance soutenue de sa population fera de lui, dans les années qui viennent, un des foyers humains les plus importants au monde. Il pourra alors se servir de son poids démographique pour peser sur la direction du monde. Il faudra pour cela que les autorités politiques nigérianes se montrent plus efficaces dans la gestion de l'important potentiel démographique du pays.

    Paragraphe 2 : La problématique de la démographie au Nigéria.

    A- Conséquences sociales et économique du management inadéquat de la population nigériane :

    La population nigériane constitue, selon certains analystes, un facteur handicapant pour le développement du pays. Le manque de résultats sociaux et économiques du pétrole est souvent imputé au nombre élevé de nigérians. Des pays pétroliers comme le Gabon ou la Guinée Equatoriale, par exemple, dont la gestion du secteur pétrolier n'est pas un modèle de bonne gouvernance et de rence,407ont une situation économique avantageuse comparée à celle du Nigéria.408 Il est alors considéré, que la faible population de ces pays fait moins ressortir le caractère inégalitaire de la gestion de la rente. Cependant, si le nombre élevé de la population nigériane peut être considéré comme un frein au développement du pays, c'est bien à cause du manque de management de la démographie par les régimes politiques successifs. Ces derniers ont géré les revenus pétroliers sans une véritable stratégie démographique. La captation de la rente ayant été érigée en principe de gestion en matière pétrolière, il n'a jamais (ou très peu) été question d'une prise en considération de la population dans les politiques énergétiques.

    Une des premières conséquences du manque de vision stratégique des politiques nigérians en matière de gestion énergétique est sans doute le faible approvisionnement en électricité du pays. En effet, malgré ses importantes potentialités énergétiques409 de nombreux nigérians n'ont toujours pas de l'électricité chez eux. Selon EWAH OTU ELERI, directeur de l'International Centre for Energy, Environment and Development (ICEED) à Abuja, (( la pauvreté (( énergétique » est un phéno-

    407 -Voir Ian Gary, Terry Lynn Karl, Le fond du baril, catholic relief services, Juin 2003, pp.29-40

    408 -Le Gabon et la Guinée Equatoriale possèdent chacun un Indice de Développement Humain supérieur à celui du Nigéria. Cf. PNUD, « Vers une sécurité alimentaire durable. »Résumé. Rapport sur le développement humain en Afrique- 2012, PNUD 2012 disponible sur https://unp.un.org, www.undp.org/africa et www.afhdr.org.

    409 -

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    mène bien établi au Nigéria ».410 Environ 85 millions de personnes, soit près de 60% de la population, n'ont pas accès aux services électriques.411Le taux d'électrification rurale, quant à lui, n'excèderait pas les 20%.412 Or, le potentiel énergétique du pays est important. Chaque jour, de quantités considérables de gaz sont brûlées au moment de l'extraction du pétrole. Cette activité, qui concerne des milliers de mètres cubes de gaz, est non seulement nocive pour l'environnement,413 mais constitue aussi un manque à gagner énergétique et économique considérable. Le gaz qui est ainsi gaspillé pourrait, en effet, servir à l'approvisionnement électrique du pays.414 Le secteur électrique nigérian souffre du manque de prévisibilité des politiques énergétiques. Même si un des projets du gouvernement est d'élargir l'accès « fiable et à moindre coût » de l'électricité à tous les nigérians, par l'ouverture du secteur aux partenaires privés, et l'augmentation de la capacité de production du pays,415 force est de constater que la couverture électrique est encore faible.

    La moitié de la population nigériane est concentrée dans les centres urbains.416 Des villes comme Lagos, Ibadan ou Kano constituent de véritables agglomérations, avec des millions d'habitants. L'urbanisation du pays entraine de nombreuses conséquences comme le chômage, la délinquance urbaine et une importante criminalité.417 Il s'est alors formé une « violence structurelle »418 qui en fragilise la stabilité sociale. La politisation de l'appartenance ethnique et de la religion, la faiblesse du système de justice, la corruption et l'insécurité croissante due à la démotivation des forces de sécurités, ont entraîné la formation de milices dans tout le pays.419 Des conflits opposent régulièrement chrétiens et musulmans dans le nord comme dans le sud. Les victimes à cette occasion se comptent par milliers420 et les dégâts matériels sont considérables. La violence au Nigéria provoque un déplacement des populations à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. En 2009, par exemple, 1786 nigérians ont déposé une demande d'asile en suisse.421 Les forces de police ne sont pas en reste dans la culture de la violence. Elles sont responsables chaque année de centaine d'exécutions extrajudiciaires, de tortures, de viols, de disparitions et de chantages.

    410 -Voir Ewah Otu Eleri, Renforcer la résilience énergétique et écologique au Nigéria, Helio internatio-nal/Nigéria, 2007, p.5

    411 -Idem.

    412 -Ibid.

    413 -Le total des émissions de CO2 dû au torchage de gaz au Nigéria représente 10% des émissions de C02 de l'Afrique subsaharienne. Voir les Amis de la terre Europe, les Amis de la terre Pays-Bas, les Amis de la terre France et CEE bankwatch, Torchage du gaz au Nigéria. Les perdants : l'environnement, le développement, la vie, février 2011.

    414 -Idem.

    415 - Cf. Groupe de la Banque Africaine de Développement, Nigéria. Programme de réforme de l'économie et du secteur de l'énergie (EPSERP). Rapport d'évaluation, aout 2009, p.13

    416 -0p.cit

    417 - Lagos est ainsi considérée comme la ville la plus violente au monde. Cf. Stéphane Quéré, Les clans criminels Nigérians, mémoire soutenu en vue de l'obtention du diplôme universitaire « analyse des menaces criminelles contemporaines » session 1999-2000, Université de Paris II (Panthéon-Assas), octobre 2001, p.6

    418 - Voir Alexandra Geiser, Nigéria, Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR), mars 2010, P.2

    419 -Idem.

    420 -On recense depuis le retour à la démocratie un peu plus de 13 000 victimes de ce genre de conflit. Cf. Alexandra Geiser, Nigéria, Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR), mars 2010, P.7

    421 -Idem.

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    Les chiffres des décès commis par la police entre 2000 et 2008 varient entre 3000 et 10 000 personnes.422Cette situation a propulsé le Nigéria à la 162e place du Failed states index 2009 sur 177 pays. L'« incertitude sociale » du Nigéria rend encore plus difficile son développement par le pétrole, et réduit considérablement son «avantage démographique ».

    B- « L'avantage démographique » comme attribut des puissances stratégiques :

    En effet, l'importance de la population ne constitue pas un obstacle pour les pays stratégiquement émancipées. Elle leur sert plutôt d'argument de puissance et représente une chance de développement. Des pays comme la Chine, l'Inde ou les Etats-Unis ont par exemple pu devenir des nations riches et puissantes, malgré leur population importante. Si ces pays rencontrent, comme le Nigéria, des problèmes de pauvreté ou de délinquance urbaine, ils ne sont pas moins des modèles d'une puissance par le nombre. Le Nigéria ne saurait alors être considéré comme un pays pauvre victime de l'importance de sa population. Les véritables responsables de l'inadéquation, dans le pays, entre richesses disponibles et nombre d'habitants sont les autorités en charge de la gestion de la rente pétrolière.

    L'importante démographie du Nigéria est un avantage, à la fois, pour son développement et son émancipation stratégique. Premier marché d'Afrique, il peut se servir de sa population pour devenir, comme la Chine, « l'atelier du monde ». Il permettrait ainsi l'essor de son secteur industriel encore amorphe. Le statut de puissance régionale et mondiale que réclame le pays dépend de sa capacité à gérer sa population importante. Celle-ci cesserait alors d'être un boulet pour son développement, pour en devenir le facteur déclencheur. Les autorités politiques nigérianes doivent pour cela mettre en marche une véritable « démo stratégie »,423 capable d'accorder au Nigéria la puissance à laquelle lui donne droit son poids démographique. Cela passe aussi par un management adéquat des populations du Delta du Niger.

    Paragraphe 3 : Gestion pétrolière et « ethnicisation » de la rente. A- L'ethnie au centre du processus de développement nigérian :

    Le Nigéria est un pays à la diversité ethnique et culturelle importante. Avec plus de 250 groupes ethniques,424 il représente une mosaïque de civilisations et de réalités politiques. Il s'inscrit ainsi dans la logique de la plupart des pays du Golfe de Guinée, dont le « bagage » socioculturel est considérable. Le paysage sociologique au Nigéria est composé de groupes majoritaires (Yorouba, Haoussa-Peul, Ibo) et d'ethnies minoritaires (Ogoni, Itsékiris, Ijaw, Edo, Tiv, Kanouri, etc.), répartis sur l'ensemble du pays. Les régions agricoles du nord et du sud-ouest (cacao, palmier à huile, arachide, etc.) sont habitées majoritairement par les Yorouba et les Haoussa.

    422 -Ibid.

    423 -Littéralement stratégie démographique.

    424 -Cf. Alexandra Geiser, Nigéria, Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR), mars 2010, P.2

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    Le sud et le sud-est pétroliers regroupent, quant à eux, les Ibo et près de 40 autres groupes ethniques dits « minoritaires ».425

    Le Nigéria est un pays essentiellement agricole à l'origine. L'agriculture de subsistance et commerciale ont longtemps fait la prospérité de nombreuses régions du pays, au nord et au sud. Certains observateurs estiment par exemple que des peuples comme les Haoussa ou les Yorouba ont bâti leur influence sur un commerce et une agriculture florissants. La proximité de la mer a influencé, quant à elle, les activités des peuples côtiers qui s'adonnaient en priorité à l'agriculture et à la pêche. Ils contrôlaient en outre, avant l'arrivée des colonisateurs, le commerce entre le Moyen-Niger, le Haut- Delta et les européens.426 L'utilisation par les groupes ethniques des potentialités de leurs milieux naturels a favorisé l'institution au Nigéria, pendant la colonisation, d'un Etat respectueux des spécificités des populations. Ce fédéralisme institutionnel s'est progressivement transformé en fédéralisme économique et financier, avec l'octroi d'avantages aux régions les plus prospères.427L'avènement de l'industrie pétrolière est venu remettre en question cette logique de développement endogène, sans pour autant enlever à l'appartenance ethnique son importance politique et stratégique.

    B- L'ethnicisation des stratégies des acteurs du secteur pétrolier nigérian :

    Les importants moyens financiers, générés par l'industrie pétrolière, ont suscité des appels de populations habitant les régions non pétrolières, pour une répartition de la rente à l'ensemble du pays. Pour de nombreux nigérians, le reversement des revenus pétroliers aux seules régions productrices créerait d'importantes différences de développement. L'argent du pétrole est alors redistribué en prenant en compte, non pas le statut pétrolier de certaines régions, mais les besoins et l'importance de la population des Etats fédérés et des collectivités locales.428 Ces revendications économiques, qui viennent exacerber la grande rivalité politico-économique qui oppose les principaux groupes ethniques du pays, a abouti à une « ethnicisation » de le rente pétrolière au Nigéria.

    L'appartenance ethnique constitue un enjeu majeur dans la redistribution de la rente pétrolière au Nigéria. A la fin des années 1960, l'Etat s'est arrogé la propriété exclusive des ressources minérales et foncières du pays par l'adoption de deux lois : La Petroleum Decree (1969) et la Land Use Act (1978).429 Il a alors développé une politique de redistribution de la rente pétrolière, qui lui permet de garder une prééminence financière et politique sur les autres niveaux de gouvernement. En contrepartie, des minorités ethniques présentes dans le Delta pétrolier ont revendiqué et obtenu, de la part de l'instance fédérale, la création d'Etats ethniquement homogènes,

    425 - Voir Sylvie Fanchette, « le delta du Niger (Nigéria) : rivalité de pouvoir, revendications territoriales et exploitation pétrolière ou les ferments de la violence. », Hérodote, n°121, la découverte, 2e trimestre 2006, p.

    190-219.

    426 - Idem.

    427 -Cf. Supra

    428 -Op.cit

    429- Cf. supra

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    pour mieux contrôler les dividendes pétroliers. Il s'agit pour ces ethnies de se constituer en clientèle politique pour s'assurer une meilleure représentation sur le plan national, et donner à l'allocation fédérale statutaire une coloration ethnique. Le nombre d'Etats fédérés est ainsi passé de 4, à l'indépendance, à 12 à la fin des années 1960 ; puis à 36 en 1996. Des Etats à connotation ethniques, comme ceux de Delta et de Bayelsa, ont pu ainsi voir le jour. Dans le même temps, des gouvernements locaux, profondément ethnicisés, étaient crées.

    De même, l'Etat fédéral a élargi la région du Delta du Niger à d'autres Etats non deltaïques, créant ainsi un « delta politique ». L'« ethnicisation » du fédéralisme nigérian, et par contrecoup de la rente pétrolière, a entrainé de nombreuses tensions entre groupes ethniques majoritaires, qui se retrouvaient minoritaires dans les Etats nouvellement crées. Aujourd'hui, si l'argent du pétrole est reversé aux Etats fédérés et aux gouvernements locaux, il vise en priorité la satisfaction des ethnies majoritaires dans celles-ci et par ricochet la préservation de la stabilité sociale du pays. L'argent du pétrole favorise alors les manoeuvres politiciennes au détriment du développement du Delta du Niger. Il a ainsi servi pour le développement de villes comme Lagos ou Abuja,430 alors que de nombreuses villes du sud sont enclavées. Dans ces conditions, il est difficile de ne pas considérer la plupart des mesures gouvernementales dans le secteur pétrolier, ces dernières années, comme éminemment politiques.

    Les multinationales pétrolières ont également fait de l'appartenance ethnique un principe central dans leurs relations avec les nigérians. Ainsi, celles-ci ont divisé les populations dans le Delta du Niger en « communautés pétrolières » et « communautés non pétrolières ».431 Elles accordent des bénéfices considérables aux premières, en y réalisant des projets de développement, promettent des emplois aux jeunes et accordent même, aux leaders des communautés locales, une prime appelée « stay-at-home remuneration ».432 Par cette politique discriminante, elles s'assurent le soutien de certains groupes ethniques, « achètent » la paix sociale, tout en créant de vives tensions au sein des communautés, ou entre elles.

    La lutte militante, elle aussi, a toujours revêtu une coloration ethnique. De nombreux militants ont fait de la défense de leur tribu l'objectif central de leur combat, comme si la réparation de l'injustice dont elle était victime règlerait par le même fait tous les problèmes du Nigéria. L'appellation de nombreux groupes militants (Movement for Survival of Ogoni People MOSOP, Ijaw Western Zone, Ijaw Youth Conference IYC, Federated Niger Delta Ijaw Communities FNDIC, etc.) illustre cette ethnicisation du militantisme dans le Delta du Niger. Cette situation a abouti à une balkanisation du militantisme et, par ricochet, à une fragilisation de celui-ci. Les leaders militants sont les complices des faibles résultats sociaux du pétrole à cause de la collusion, réelle ou supposée, qui existe souvent entre eux et les multinationales

    430 - Cf. supra

    431 - Voir Sylvie Fanchette, « Le delta du Niger : rivalités de pouvoirs, revendications territoriales et exploitation pétrolière ou les ferments de la violence », Hérodote n°121, la Découverte, deuxième trimestre 20006, p.206

    432 - Idem

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    du pétrole. La gestion problématique de l'industrie pétrolière a également des conséquences sur sa stature internationale.

    SECTION III : Industrie pétrolière et stature internationale du Nigéria.

    Le Nigéria est un des pays africains les plus ouverts à la coopération internationale. Le développement de son industrie pétrolière, lui a permis d'élargir sa gamme de partenaires économiques et de se retrouver au centre de nombreux enjeux éner-gétiques.433 Il est aujourd'hui un des axes majeurs de la géopolitique du pétrole sur le plan mondial. Grâce à cette ouverture à l'international, le pays bénéficie de moyens financiers considérables et d'un commerce extérieur généralement excédentaire.434 La santé financière du Nigéria ne suffit, cependant, pas à cacher le retard considérable qu'il a pris dans son processus de développement. En effet, malgré le dynamisme de son industrie pétrolière, le pays demeure parmi les moins avancés au monde. En cause, la gestion subjective du pétrole par les régimes politiques successifs, et la vulnérabilité de son secteur pétrolier. La politique du « tout pétrole », menée par les dirigeants du pays, n'a pas pu venir à bout de sa situation de sous-développement et a réduit considérablement ses chances d'accéder durablement à un leadership régional. Si le Nigéria est incontestablement un des pays les plus puissants d'Afrique, la fragilité de sa stabilité économique, politique et sociale jette un doute sur son avenir. La géopolitique des hydrocarbures, qui est le fait des grands consommateurs, apparait comme une des sources du manque de diversification des échanges au Nigéria (Paragraphe 1). Les nombreux enjeux sur le pétrole nigérian et la vitalité de son marché pétrolier contrastent alors avec le faible niveau d'industrialisation du pays (Paragraphe 2) et ne lui permettent pas d'être la locomotive de la coopération sous-régionale en Afrique de l'ouest et dans le Golfe de Guinée (Paragraphe 3).

    Paragraphe 1 : La géopolitique du pétrole comme source de la dépendance du Nig é-ria à la rente pétrolière.

    A- Industrie pétrolière et relations internationales :

    Le pétrole occupe une place importante dans le fonctionnement de la société de consommation actuelle. Selon certaines statistiques, il représenterait près de 40% de l'énergie primaire consommé dans le monde chaque année.435 Il sert dans les transports, l'électrification, l'industrialisation, les efforts de guerre, la pharmacie, le brico-

    433 -Cf. supra

    434 - Cf. Nigéria, Microsoft® Encarta® 2009 [DVD], Microsoft Corporation, 2008

    435 -Cf. annexe n°

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    lage, etc. Si l'on considère la relation entre la consommation d'énergie et le développement au cours de l'histoire, on comprend mieux le rôle stratégique joué par l'industrie pétrolière. Il représente, à la fois, une importante source de devises et une arme politique redoutable.436 Malgré les découvertes réalisées dans le domaine des énergies renouvelables, l'industrie pétrolière se porte bien.

    Les relations internationales sont considérablement influencées par le commerce du pétrole. Les pays pétroliers trouvent, auprès de nombreux clients, des débouchés pour leur production et nouent des relations à la fois économiques, politiques et militaires (dans certains cas) avec les grandes puissances ; tandis que celles-ci se battent pour équilibrer le marché et influencer les prix du baril de pétrole. Après les chocs pétroliers de 1973 et 1979, les puissances occidentales et asiatiques se sont engagées à réduire l'influence des pays de l'OPEP et se sont tournées vers des clients dont le pétrole est plus « accessible ». Des régions comme le Golfe de Guinée, la Sibérie, la mer du Nord ou l'Alaska se sont ainsi vu érigées en alternatives aux grands producteurs moyens-orientaux ou sud américains. La place qu'occupe la question du ravitaillement des grands consommateurs dans la conduite de leur politique internationale est importante. Certains d'entre eux sont alors soupçonnés, sous des motifs divers, d'avoir mené de véritables « guerres pétrolières ».437 Il s'est alors développé, au cours de ces dernières années, une véritable géopolitique voire une géostratégie du pétrole dont le but, pour les grands consommateurs, est de s'assurer un approvisionnement régulier auprès de clients « bien disposés ».438

    B- Relations pétrolières et dépendance stratégique du Nigéria :

    Le Nigéria, qui est le plus gros exportateur de pétrole d'Afrique, bénéficie d'une ouverture considérable à l'internationale. La diversité de ses partenaires pétroliers fait de lui l'exemple typique du pays africain qui privilégie le pragmatisme à toute considération stratégique ou idéologique, dans la gestion de sa filière pétrolière. Sa situation, dans le Golfe de Guinée, fait de lui une étape nécessaire au positionnement des grandes puissances dans cette dynamique région pétrolière. L'exposition aux projets de puissance des grands consommateurs, qui en résulte, a une grande responsabilité dans le développement d'une économie de rente dans le pays. Le statut de partenaire énergétique majeur, qu'a le Nigéria auprès certaines grandes puissances, a obligé ses dirigeants politiques à faire de l'industrie pétrolière le maillon essentiel de son économie. En tant qu'important fournisseur des Etats-Unis, par exemple, le Nigéria se retrouve au centre du projet de sécurisation énergétique par l'Afrique du premier consommateur mondial de pétrole.439 Il est alors obligé

    436 - Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 illustrent le caractère politique que peut revêtir la production pétro-lière d'un pays. Au cours de ceux-ci, les pays pétroliers du Golfe Persique ont fait valoir leur rôle dans la stabilité de l'économie voire la stabilité du monde.

    437 - Les différentes campagnes militaires américaines dans le Golfe ont souvent été présentées comme des guerres aux objectifs pétroliers. De même, de récentes révélations ont fait état de certains arrangements pétroliers qui auraient constitué le préalable à l'engagement militaire français dans la guerre du Biafra au Nigéria ou dans la chute de Mouammar Kadhafi.

    438 -Cf. supra

    439 -Cf. supra

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    d'augmenter ses potentialités pétrolières et, par contrecoup, d'aggraver la dépendance de son économie aux revenus tirés de la vente du pétrole. Les avantages politiques et militaires, que la coopération pétrolière avec les Etats-Unis procure au Nigé-ria, sont des raisons supplémentaires au maintien dans le pays d'une économie rentière.

    Les ambitions pétrolières de la Chine au Nigéria constituent un autre pan de la géopolitique du pétrole menée par les grandes puissances dans le Golfe de Guinée. Le second consommateur de pétrole au monde a fait de sa présence en Afrique une question stratégique.440 La grande industrialisation de la Chine et son essor économique font de lui un véritable consommateur d'énergie. L'engagement de l'empire du milieu, dans l'univers pétrolier nigérian, est alors dicté non seulement par les besoins de son industrie, mais aussi par sa volonté de revêtir les attributs d'une puissance globale. Les importants moyens financiers mis par le pays dans l'acquisition de blocs pétroliers au Nigéria441sont autant de preuves de la pérennité de ses ambitions africaines. Les autorités politiques nigérianes, encouragées par ces investissements, deviennent moins attentives aux risques économiques et surtout stratégiques d'une dépendance aux revenus pétroliers. D'autres pays comme la France, l'Angleterre, les Pays-Bas ou l'Italie encouragent également, à travers leur engagement dans l'industrie pétrolière au Nigéria, une faible diversification de son l'économie.

    La géopolitique du pétrole est aussi un moyen d'affirmation international pour le Nigéria. En effet, depuis les régimes militaires, le pays a toujours considéré ses relations privilégiées avec les grandes puissances comme un moyen d'améliorer sa stature internationale. Il s'est alors engouffré dans les méandres des relations pétrolières internationales, sans se rendre compte qu'elles aboutiraient, pour lui, à un assujettissement à la volonté des grands consommateurs. Si le Nigéria est aujourd'hui dépendant des revenus pétroliers, c'est bien à cause des relations commerciales qu'il a tissé avec ses nombreux partenaires internationaux. Ceux-ci y jouent, pour la plupart, leur sécurité énergétique ou leur statut de puissance mondiale.442 Le Nigéria est victime des convoitises que suscitent ses potentialités pétrolières. Il constitue une arène où s'affrontent les consommateurs de pétrole pour la conquête des marchés et des positions de puissance. La responsabilité des autorités politiques nigérianes dans la situation de dépendance stratégique et économique de leur pays est indéniable. Leurs errements ont entrainé le pays dans une spirale de projets géostratégiques, et limité considérablement son industrialisation.

    Paragraphe 2 : Enjeux énergétiques internationaux et sous-industrialisation du Nigé-ria.

    A- Etat du développement industriel au Nigéria :

    L'industrialisation en Afrique était perçue, au moment des indépendances, comme un moyen de rompre avec « l'échange inégal lié à la domination exté-

    440 -Cf. supra

    441 -

    442 -Cf. supra

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    rieure ».443Pour les pays africains, il fallait nécessairement rompre avec la dépendance économique instituée par la colonisation. Le développement industriel de l'Afrique apparaissait, à la fois, comme un moyen pour le continent d'assurer son « décollage économique » ou « take off »444 et de s'émanciper de la tutelle occidentale. Deux options furent à la base des politiques de développement : l'adoption de l'idéologie capitaliste et l'ouverture extérieure ou, le socialisme et l'indépendance économique.445 De nombreux pays africains, parmi lesquels le Nigéria décidèrent de privilégier le premier modèle, tandis que d'autres comme l'Algérie se mirent à l'école du développement par l'application de politiques socialistes. S'il a pu être constaté quelques différences de développement entre les pays africains, différences dépendant surtout de la conjoncture sociale et politique des pays plutôt que d'autre chose, il est tout de même loisible de noter la faible industrialisation du continent pris dans son ensemble.

    Le Nigéria, pays pétrolier par excellence, n'échappe pas à la règle. Les infrastructures et les institutions du pays sont jugées faibles par certains teurs.446La volonté des autorités politiques nigérianes de faire du pétrole le pilier de la croissance économique a provoqué un net abandon des autres secteurs d'activités et développé une économie de rente. Le financement des projets industriels par l'apport de capitaux extérieurs (surtout dans le secteur pétrolier) a provoqué, comme dans de nombreux autres pays africains, un endettement important.447 Le Nigéria a alors été pendant plus d'une décennie un des nombreux pays africains sous ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale. Aujourd'hui, il fait partie des pays les moins avancés (PMA) qui représentent moins de 2% du PIB mondial et environ 1% du commerce mondial de marchandises.448 Son indice de développement humain est faible et inférieur à la moyenne régionale.449La relative précarité de l'économie nigériane témoigne de l'inadéquation des politiques et choix industriels postindépen-dance. L'extraversion étatique dont souffre le pays y a permis l'essor d'une industrie au potentiel de développement faible. Or, comme l'affirment Jean Chevassu, «le développement économique passe nécessairement à long terme par

    443 -Voir Jean Chevassu, Les stratégies industrielles et le développement économique de l'Afrique, thème présenté lors du colloque « vers quel nouvel ordre mondial ? » organisé par l'université de Paris VIII, à la Sorbonne les 28-29-30 septembre 1983.

    444 -L'expression est de l'économiste W. W. Rostow, qui a consacré quelques travaux à l'étude du développement économique.

    445 - Voir Jean Chevassu, Les stratégies industrielles et le développement économique de l'Afrique, thème présenté lors du colloque « vers quel nouvel ordre mondial ? » organisé par l'université de Paris VIII, à la Sorbonne les 28-29-30 septembre 1983.

    446 - Cf. Nigéria, centre d'information économique et politique, Canada, novembre 2012. Contact epic@edc.ca

    447 - Voir Jean Chevassu, Les stratégies industrielles et le développement économique de l'Afrique, thème présenté lors du colloque « vers quel nouvel ordre mondial ? » organisé par l'université de Paris VIII, à la Sorbonne les 28-29-30 septembre 1983.

    448 -Voir ONUDI, Rapport annuel 2011, copyright ONUDI 2012 disponible sur www.unido.org

    449 -Op.cit

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    l'industrialisation. ».450 Si des avancées considérables peuvent être notées dans des secteurs comme l'agroalimentaire, le bâtiment et travaux publics, le textile, l'automobile, les mines ou l'acier, force est de constater que le tissu industriel nigérian est majoritairement dominé par l'activité extractive.

    B- Impact du dynamisme pétrolier sur la faible industrialisation du Nigéria :

    Le développement de l'industrie pétrolière au Nigéria a eu un impact négatif sur la diversité de son tissu industriel. Les revenus de la rente servent généralement au financement du budget fédéral, des administrations locales, à l'achat des équipements militaires ou à l'entretien d'une clientèle politique toujours plus nombreuse. Des secteurs comme l'agriculture ou la pêche souffrent de la volonté des autorités publiques nigérianes de développer, en priorité, l'industrie extractive. Cette situation fait du Nigéria un pays à l'autosuffisance alimentaire problématique et surtout incapable de résister aux chocs tels que la famine ou la sècheresse. Les nombreux enjeux sur le pétrole au Nigéria apparaissent ainsi comme néfastes à la diversification de son tissu industriel et donc au développement du pays. Les autorités politiques nigérianes ont fait de la captation de la rente pétrolière le principal objectif de l'exploitation du pétrole.451 Cette dernière, qui pourtant procure la majorité de ses moyens financiers à l'Etat, souffre néanmoins d'une relative faiblesse infrastructu-relle. Ainsi, la vétusté et surtout le manque d'entretien des raffineries pétrolières obligent le pays à exporter une grande partie de son pétrole brut, pour le réimporter en-suite.452 Cette situation témoigne de l'inadéquation entre le paysage industriel nigérian et ses prétentions à un leadership régional. Or, comme le dit Hanna Tro-janowska, sous-secrétaire d'Etat au ministère polonais de l'économie, « les économies ayant un secteur manufacturier solide sont exposés à des conditions de production moins volatiles, demeurent plus stables et sont susceptibles de générer des emplois et de connaitre une croissance économique rapide. »453 La sous-industrialisation du Nigéria apparait alors comme un paradoxe face à la multiplicité des enjeux énergétiques qu'il connait. Elle a des conséquences sur sa marche vers le développement, mais aussi sur la coopération pétrolière dans la sous-région Afrique de l'ouest.

    450 - Voir Jean Chevassu, Les stratégies industrielles et le développement économique de l'Afrique, thème présenté lors du colloque « vers quel nouvel ordre mondial ? » organisé par l'université de Paris VIII, à la Sorbonne les 28-29-30 septembre 1983, P.29

    451 - Cf. supra

    452 -Cf. supra

    453 -Idem.

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    Paragraphe 3 : Stratégies pétrolières et faible intégration énergétique sous-régionale.

    454

    A- Boom pétrolier et recul de la coopération dans le Golfe de Guinée :

    Le Golfe de Guinée est un espace géographique à la richesse pétrolière considérable. Le dynamisme qu'y connait l'industrie pétrolière, fait de lui une étape incontournable dans la géopolitique mondiale des hydrocarbures. Avec des réserves prouvées de pétrole brut estimées en 2001 à 10,2 milliards de tonnes,455 le Golfe de Guinée est la troisième région pétrolière au monde derrière le Proche-Moyen-Orient (93,3) et l'Amérique du sud (13).456 Les découvertes récentes de gisements pétroliers dans quelques pays (Côte d'ivoire, Ghana, Sao tome et principe, etc.) et le développement de la prospection en eaux profondes pourraient, à l'avenir, en augmenter les potentialités. La relative permissivité de la région aux influences étrangères constitue un élément de choix dans la volonté des grands consommateurs d'y déployer leurs projets géostratégiques.

    Les pays impliqués dans l'industrie pétrolière dans le Golfe de Guinée, qu'ils soient producteurs ou simples acheteurs, développent avec des fortunes diverses des stratégies visant à leur garantir un gain absolu dans les relations pétrolières. Les grands consommateurs essayent de réduire au maximum le montant de leur facture énergétique, tout en stabilisant ou en augmentant les quantités de brut importées. Les pays producteurs développent, quant à eux, des pratiques contractuelles visant à leur assurer une clientèle toujours plus nombreuse et diversifiée. Cette ouverture à la coopération pétrolière internationale fait des pays de la région les grands perdants de la dialectique des intelligences qui les oppose aux nations les « plus avancées ». En effet, le développement de stratégies pétrolières différentes et surtout inappropriées, par les pays du Golfe de Guinée, réduit leur capacité à résister aux assauts des grands consommateurs, et ne permet pas une intégration énergétique efficiente. En outre, elle ne règle pas le problème de l'insuffisant approvisionnement énergétique que connaissent la plupart des pays de la région. Or, quatre bénéfices majeurs pourraient être associés à l'intégration énergétique au niveau régional : une sécurité plus grande de la fourniture, une meilleure efficacité économique, une meilleure qualité environnementale et un plus grand déploiement des ressources d'énergies renouve-lables.457

    B- Impact économique et politique de l'individualisme stratégique dans le Golfe de Guinée :

    La faible intégration énergétique dans le Golfe de Guinée a des conséquences majeures, sur l'industrie et l'économie nigérianes. Tout d'abord, elle favorise le trafic

    454 - Il s'agit ici du Golfe de Guinée qui comprend à la fois des pays de la sous-région Afrique de l'ouest et de l'Afrique centrale.

    455 - Cf. supra

    456 -Voir Michel Kounou, Pétrole et pauvreté au sud du Sahara, analyse des fondements de l'économie politique du pétrole dans le Golfe de Guinée, éditions clé, 2006, P.31

    457 -Voir Conseil Mondial de l'Energie, Intégration régionale de l'énergie en Afrique, Juin 2005, p.10. Site inter-net : www.worldenergy.org

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    illégal de pétrole brut qui a cours au Nigéria et dans lequel de nombreux pays voisins sont engagés. Selon certaines informations, entre 30 000 et 300 000 barils de pétrole seraient exportés illégalement du Nigéria chaque jour.458 Le pays perd ainsi une partie importante des revenus qu'il est endroit d'attendre de la vente de son pétrole, et ne profite pas de tous les bienfaits potentiels de l'industrie pétrolière. Ensuite, le manque de coopération pétrolière entraine, pour le Nigéria, un manque de débouché pour la vente du gaz issu de l'extraction du pétrole. Ce dernier, qui est brûlé chaque jour au sortir des puits de pétrole, est la cause d'une importante pollution environne-mentale.459 Le projet du « gazoduc ouest africain », qui devrait relier les champs pétrolifères du Nigéria au Ghana, au Bénin et au Togo, apparait comme une solution à encourager. L'incertitude et l'insuffisance de l'approvisionnement énergétique sont d'autres conséquences de la faible intégration énergétique dans le Golfe de Guinée. Si l'industrie pétrolière y est caractérisée par une extraversion poussée, elle est surtout la preuve d'une géostratégie du pétrole qui met les pays pétroliers de la région à la merci des grands consommateurs. Le manque d'intégration pétrolière suffisante, entre les pays du Golfe de Guinée, les rend donc plus vulnérables aux projets de puissance des clients de son pétrole.

    Les stratégies pétrolières des différents pays du Golfe de Guinée, associés à la réalisation des projets géostratégiques des grands consommateurs de pétrole, rendent difficile une coopération énergétique dans la sous-région. Ces pays qui comptent sur les revenus pétroliers pour se refaire « une santé économique » ne prennent pas en priorité la mise en place d'un véritable partenariat énergétique sous-régional. Or, l'immaturité stratégique dont ils font preuve, dans la gestion de leurs relations pétrolières internationales, les rend incapables de profiter pleinement des bienfaits de l'exploitation pétrolière et les maintient dans une situation économique précaire. Le Nigéria, premier producteur de pétrole de la région, se trouve également être un des pays les moins engagés dans la coopération énergétique sous-régionale. Si quelques projets de collaboration intra africains ont pu être relevés, l'industrie pétrolière nigériane reste, majoritairement, tournée vers l'extérieur.460

    La faible coopération énergétique dans le Golfe de Guinée reste une des erreurs stratégiques majeures des pays de la région. Il est possible d'affirmer, de nos jours, que les résultats sociaux insuffisants du pétrole, au Nigéria comme ailleurs, sont les conséquences de cette faible intégration énergétique sous-régionale. L'importance stratégique du Golfe de Guinée, pour les grands consommateurs de pétrole, ne permet pas aux pays qui le composent de tirer leur épingle du jeu pétrolier qui s'y déroule. Ils demeurent alors les spectateurs consentants de l'érection de leur sous région en un espace-enjeu, dans lequel viennent se matérialiser les différents projets géostratégiques des grands consommateurs.

    458 -Op.cit

    459 -Cf. supra

    460 - Cf. annexe n°

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    CONCLUSION :

    Depuis le début de l'exploitation pétrolière au Nigéria, le pétrole a, jusque là, tenu son rang d'énergie de la puissance. Les nombreuses crises qu'a connues le pays (guerre du Biafra, dictatures militaires, militantisme exacerbé, etc.) ont eu pour point commun la recherche, par les acteurs du secteur pétrolier, de la puissance que procurent la gestion et le contrôle des positions de rente. Les acteurs politiques se sont rendus incontournables dans le processus d'exploitation du pétrole, pour mieux en capter les revenus. Ils sont les nécessaires interlocuteurs des partenaires internationaux de la filière nigériane, place que semblent leur discuter les leaders militants dans le Delta du Niger. Ces derniers livrent une guerre sans merci aux autorités fédérales depuis de nombreuses années, au nom de la défense des intérêts de quelque peuple originaire du delta pétrolier. Au fil du temps, la lutte légitime pour de meilleures conditions de vie des peuples « autochtones » du Delta du Niger, s'est muée en un véritable combat politique qui cache mal la volonté des leaders militants de tirer profit de leur position de pouvoir. La gestion du pétrole au Nigéria a donc toujours été stratégique, sans, pour autant, réduire la dépendance du pays aux projets géopolitiques et géostratégiques des grandes puissances. A cause de l'utilisation inadéquate de « l'avantage naturel » que le pétrole procure au Nigéria, celui-ci est devenu l'exemple typique d'une gestion inefficace de la manne pétrolière en Afrique.461 Il s'agit alors de revoir les objectifs de la pétro stratégie, des acteurs nationaux de la filière, et de réviser les méthodes à mettre en oeuvre, pour un Nigéria véritable puissance pétrolière mondiale.

    461 -Cf. supra

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    DEMOCRATIE ET BONNE GOUVERNANCE : AXES PRIORITAIRES DE LA NOUVELLE GEOPOLITIQUE DU PETROLE AU

    NIGERIA.

    CHAPITRE IV :

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    Le Nigéria est considéré, par certains observateurs de l'industrie pétrolière en Afrique, comme un « exemple à ne pas suivre ».462La situation économique et sociale du plus grand producteur de pétrole d'Afrique Noire contraste, en effet, avec les sommes considérables qu'il a perçues depuis le début de sa production.463 La gestion de la filière pétrolière constitue le principal point faible des autorités politiques nigérianes, indistinctement de la nature des régimes politiques considérés. La lutte pour la conquête des positions de rente et la volonté de se servir des revenus du pétrole comme un facteur de puissance politique ont constitué l'essentiel des préoccupations des dirigeants politiques nigérians pendant de nombreuses années. Cette situation a considérablement affecté les capacités du pays à lutter contre la pauvreté. La corruption « endémique » qui obère les finances de l'Etat, la mauvaise gestion de l'économie, la faiblesse des institutions et des infrastructures, font du Nigéria, au-jourd'hui, « un environnement très risqué ».464 S'il est un constat qui fait l'unanimité chez les observateurs de la scène politique et économique nigériane, c'est bien que la gestion subjective du pétrole a fait perdre un temps précieux au pays le plus peuplé d'Afrique.465 Le retour à la démocratie, au début des années 2000, a permis un relatif effort d'ouverture et de transparence de la filière pétrolière, avec cependant des résultats encore insuffisants. Des réformes ont été amorcées, des mesures ont été prises, mais le Nigéria n'a pas encore atteint le statut de puissance auquel ses importantes potentialités pétrolières lui donnent pourtant droit. Il nous semble alors que l'émergence du Nigéria en tant que nation stratégiquement et économiquement épanouie ne sera possible que par une consolidation de son système démocratique (Section I). Il devra aussi renforcer, en la mettant à son avantage, sa coopération internationale (Section II) et veiller à réaliser la difficile, mais nécessaire, transition énergétique (Section III).

    SECTION I : DEMOCRATIE ET GESTION DES RESSOURCES NATURELLES :

    BILAN DE L'EXPERIENCE NIGERIANE DEPUIS 1999.

    Les initiatives visant à améliorer la gestion du secteur pétrolier nigérian, depuis le retour à la démocratie, sont nombreuses. On pourrait citer, sans être exhaustif, l'adoption de lois encadrant de manière stricte l'action des acteurs du secteur pétrolier ; la mise en place de nouvelles institutions de gestion dépendant directement, pour certaines, de la présidence de la république ;466 la multiplication des campagnes et des opérations de lutte contre les crimes financiers dans le secteur pétrolier ; l'ouverture du débat sur la gestion de la rente et de l'industrie pétrolières, etc.467La

    462 -Op.cit

    463 -Plus de 340 milliards de dollars.

    464 - Cf. Nigéria, centre d'information économique et politique, Canada, novembre 2012. Contact epic@edc.ca

    465 - Voir Ian GARRY et Terry Lynn KARL, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, Catholic relief services, p. 25

    466 - C'est le cas du secrétariat général du NEITI, le Nigerian Extractive Industries Transparency Initiative.

    467 -Cf. supra

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    gestion du pétrole s'est considérablement améliorée depuis le retour de régimes politiques démocratiquement élus. Quelques mesures, jugées politiciennes ou illégitimes, comme la dichotomie ou l'organisation de l'allocation fédérale statutaire au détriment des régions pétrolières, ont été améliorées ou tout simplement lies.468Les efforts des autorités politiques nationales ont d'ailleurs été salués par quelques institutions internationales.469 Toutefois, les conséquences de plus de trente ans de mauvaise gestion pétrolière se font encore ressentir aujourd'hui. Si la démocratie a rendu l'univers pétrolier nigérian (un peu) plus transparent, elle n'a pas encore pu le débarrasser de certaines « tares » héritées de l'époque des régimes militaires autocratiques. Les populations du delta du Niger, par exemple, continuent d'être faiblement associées au processus de gestion de l'industrie pétrolière. Elles en sont même volontairement éloignées et n'en subissent que les conséquences sur leurs conditions de vie (Paragraphe 1). En outre, le parlement, qu'il soit local ou fédéral, ne joue pas, de manière efficace, son rôle de contrôle dans la gestion du secteur pétrolier par l'Etat (Paragraphe 2), favorisant ainsi la résurgence d'actes de corruption et d'indélicatesse financière dans l'industrie la plus lucrative du pays (Paragraphe 3).

    Paragraphe 1 : La participation des populations du delta du Niger à la gestion de l'industrie du pétrole.

    A- L'Etat fédéral : un acteur pivot de la gestion du pétrole au Nigéria.

    L'Etat fédéral est le principal gestionnaire de l'industrie pétrolière au Nigéria. En effet, la relative centralisation de la gestion des ressources minérales, dans le pays, fait de lui un acteur de premier plan dans l'univers pétrolier. Il possède de nombreuses missions qui lui permettent d'être à la fois le principal artisan du cadre légal de l'exploitation pétrolière ; un acteur majeur de l'industrie et, même, d'en assurer la veille.470Grâce à la NNPC et ses multiples succursales, l'Etat est présent à tous les segments de l'industrie, de l'amont à l'aval. Il est l'actionnaire majoritaire des joint-ventures ; procède, par le biais d'agences étatiques assermentées, au contrôle des activités des différents opérateurs ; gère les raffineries de pétrole et intervient dans le processus d'importation des les produits pétroliers raffinés.471 En outre, c'est lui qui accorde les permis d'exploration ; les contrats d'exploitation, d'exportation et d'importation des produits pétroliers raffinés à des sociétés nationales ou étrangères.

    Le rôle de l'Etat fédéral dans la gestion du pétrole au Nigéria est alors important. Sa primauté dans l'activité économique la plus lucrative du pays, qui date de l'époque des régimes militaires, ne s'est pas démentie. En effet, malgré le retour à la démocratie, l'Etat n'a pas vraiment renoncé à son implication dans toutes les phases de l'exploitation pétrolière. Il demeure encore le principal gestionnaire de la rente

    468 -Cf. supra

    469 -Cf. supra

    470 -Cf. supra

    471 - Cf. supra

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    pétrolière qu'il redistribue aux autres niveaux de gouvernement selon un mécanisme, l'allocation fédérale statutaire, de plus en plus décrié.472 Cette situation, contraire à l'organisation fédérale du pays, est à la l'origine de multiples revendications des populations du delta du Niger qui se sentent exclues de la gestion du pétrole. Les principaux points de discorde sont l'attribution des contrats d'exploitation et la redistribution des revenus pétroliers.

    L'Etat fédéral s'est servi d'arguments légaux pour assurer sa domination sur l'univers pétrolier. Deux textes de lois consacrent le droit de l'Etat à être l'unique adjudicateur dans l'industrie pétrolière : le Petroleum decree adopté en 1969 et le Land use act de 1978.473 Par ceux-ci, « l'Etat fédéral militaire s'est arrogé le contrôle total des ressources minières et foncières du pays ».474 Les conséquences de ces textes sur l'attitude et la perception qu'ont les populations de la gestion de l'industrie pétrolières sont importantes. Le Land use act, par exemple, donne à l'Etat fédéral le droit de déposséder les communautés locales de leurs terres, sans indemnisation, pour réaliser des projets de forage pétrolier. Elles sont ensuite redistribuées aux compagnies pétrolières moyennant, cette fois-ci, des compensations financières.475 Si ces manoeuvres de l'Etat bénéficient généralement de la complicité des chefs coutumiers et des membres de l'administration locale,476 elles laissent dans un profond désarroi les populations du delta du Niger.

    B- Politisation du pétrole et faible participation des populations du delta du Niger à la gestion de l'industrie :

    Les populations du delta du Niger ne sont pas suffisamment associées à la gestion du pétrole. En effet, les autorités politiques fédérales s'appuient sur le cadre légal donné à la « prééminence pétrolière » de l'Etat, pour éviter de prendre en considération les avis des populations autochtones sur une industrie qui, pourtant, les concerne au premier chef. Le manque de volonté de l'Etat d'accélérer la démocratisation de la gestion du pétrole est en partie responsable de l'instabilité sociale qui règne dans le delta du Niger ; et du pillage du pétrole auquel s'adonne un nombre considérable de ses habitants. L'Etat, qui privilégie pourtant la transparence et l'ouverture du secteur pétrolier depuis 1999, n'a pas encore consenti à donner plus de place aux populations des régions pétrolières dans la gestion de la richesse y est tirée. Il garde toujours le monopole de la décision pétrolière et fait peu de cas des doléances des groupes militants, quant à une gestion plus participative de l'industrie et à une meilleure redistribution des revenus.

    La gestion des revenus pétroliers constitue l'autre point d'achoppement entre l'Etat fédéral et les populations du delta du Niger. L'allocation fédérale statutaire, qui

    472 - Cf. supra

    473 - Voir Cf. Sylvie Fanchette, Le Delta du Niger (Nigéria) : rivalités de pouvoir, revendications territoriales et

    exploitation pétrolière ou les ferments de la violence, Hérodote n°121, la découverte, deuxième trimestre 2006, p.208

    474 -Idem

    475 -Ibid.

    476- Ibid.

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    est à la base du processus de redistribution des revenus pétrolier, repose sur des critères et des pourcentages bien définis.477 Si elle procède de la volonté des autorités politiques de faire profiter des bienfaits du pétrole à l'ensemble du pays, elle relève également de considérations éminemment politiques. En effet, le partage des revenus pétroliers à l'ensemble des régions du pays permet de satisfaire les groupes ethniques qui ne se retrouvent pas dans les régions pétrolières (Yoruba, Haoussa-Peul, etc.). Les dirigeants politiques nigérians se servent de la rente pour « acheter » une paix sociale mis à mal à plusieurs reprises, au cours de l'histoire du pays, par des tensions interethniques.478 Ils s'assurent par le même fait le soutien de la majorité des nigérians qui ne vivent pas dans le delta pétrolier et l'allégeance des gouvernements locaux qui dépendent de l'argent du pétrole.479 L'Etat fédéral se sert également de l'allocation fédérale statutaire pour lutter contre le militantisme dans le delta du Niger. En effet, en distribuant des sommes importantes aux gouvernements locaux, il évite de résoudre les problèmes posés par les militants, tout en les isolants. Les autorités fédérales pensent ainsi mettre « hors course » de potentiels adversaires en faisant croire aux populations locales que les seuls revenus pétroliers à elles reversés suffisent à leur bonheur. L'Etat se crée ainsi une importante clientèle politique et agrandi chaque jour son cercle d'obligés.480

    La politisation de la gestion de la rente pétrolière apparait comme une des raisons de la faible consultation populaire en matière de décision pétrolière. Le fait que l'argent du pétrole est à la fois une arme politique et le principal moyen de financement de l'Etat ne favorise pas une plus grande flexibilité des autorités politiques nigérianes sur les modalités de son utilisation. De même, les revendications des militants dans le delta du Niger sur un « fédéralisme fiscal » ne peuvent pas, du moins dans l'Etat actuel des choses, rencontrer l'assentiment des autorités fédérales à cause du caractère stratégique que revêt l'industrie pétrolière pour ces dernières. Si le retour à la démocratie a multiplié par quatre le taux des revenus pétroliers à « dériver » aux populations des régions pétrolières (de 3% en 1998 à 13% depuis 1999), force est tout de même de constater que celles-ci restent encore étrangères au processus de redistribution des revenus pétroliers. En effet, il n'existe pas, ou très peu, de mécanisme permettant d'associer les populations aux décisions concernant la gestion de l'argent du pétrole. Pas de référendum, pas de conseil local en mesure de légiférer de manière autonome sur l'organisation de l'industrie pétrolière dans les régions de production. L'implication des populations des régions pétrolières dans la gestion du pétrole demeure alors relativement faible. Tout comme le rôle du parlement nigérian.

    477 -Op.cit

    478 -Cf. supra

    479 - 90% en moyenne des budgets des Etats fédérés dépendent de l'argent reversés par l'Etat fédéral.

    480 -Cf. supra

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    Paragraphe 2 : Gestion de l'industrie pétrolière et contrôle parlementaire : une rela-

    tion à parfaire.

    A- Les compétences du parlement en matière de gestion pétrolière au Nigéria :

    Le parlement joue un rôle important dans les régimes démocratiques. Malgré le relatif déclin qu'il connait dans certaines de ses fonctions (législation, représentation, investiture et désaveu des dirigeants politiques, etc.)481 il demeure le principal contrepouvoir à l'exécutif. Il assure cette mission à travers le contrôle qu'il a sur les activités des hommes politiques. Il peut alors interpeller les membres de l'exécutif sur certaines questions telles que la gestion des ressources naturelles, des finances publiques ou sur la conduite des relations internationales. Il peut aussi adopter des lois qui contraignent l'action publique. L'origine populaire du mandat des députés fait d'eux, surtout en cas d'absence d'une majorité absolue du parti au pouvoir à l'assemblé nationale, des alliés de la démocratie.

    L'institution parlementaire au Nigéria est aussi vieille que la république fédérale elle-même. Communément appelée Assemblée Nationale (National Assembly en anglais), elle est composée de deux chambres : la chambre des représentants et le sénat. La première représente les populations. C'est la traditionnelle assemblée nationale des pays francophones (Cameroun, Congo, Gabon, Côte d'ivoire, Sénégal, France, etc.). Elle comprend 360 députés et a pour président Aminu Tambuwal.482 La seconde chambre, le sénat, représente quant à elle les Etats fédérés. Elle est composée de 109 membres (3 sénateurs par Etat de la fédération et 1 pour la capitale Abuja). Le parlement au Nigéria possède les missions traditionnelles des représentations populaires : légiférer, contrôler l'action de l'exécutif, entériner la nomination de certains hauts fonctionnaires (sénat), voter le budget fédéral, etc.

    L'importance de l'industrie pétrolière au Nigéria a donné l'occasion au parlement de s'intéresser de près à la gestion qui en est faite. Le domaine réglementaire de la représentation populaire en matière pétrolière est relativement étendu. Il s'est même sensiblement amélioré depuis le retour à la démocratie en 1999. Même si une importante partie des textes est d'origine gouvernementale, le travail de discussion qui est effectué au parlement lui donne un certain poids dans la gestion du secteur pétrolier. Les lois « pétrolières » au Nigéria concernent l'organisation de l'industrie en matière contractuelle ; l'indemnisation des populations locales en cas de catastrophe environnementale ; la régulation des informations sur les résultats des enquêtes relatives à l'impact environnemental et social de l'industrie pétrolière ; la gestion des revenus pétroliers ; etc. La réglementation relative aux fuites de pétrole est un des domaines les plus anciens de la loi nigériane. Elle comprend la loi sur les oléoducs adoptée en 1956 ; la réglementation relative au forage et à l'exploitation du pétrole (1969) et la loi

    481 - Voir Louis Marcel Nsizoa, cours de droit parlementaire et électoral, dispensé aux étudiants de DEA de science politique de l'université de Yaoundé II, Soa, année académique 2011- 2012.

    482 - Au 10 décembre 2012.

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    sur le pétrole, qui constituent le cadre juridique initial du secteur pétrolier nigérian.483 D'autres textes comme les Directives et Normes Environnementales pour l'Industrie Pétrolière du Nigéria (EGASPIN), revus et corrigés en 2002, précisent les obligations des compagnies pétrolières en matière d'entretien de leurs installations et en cas de fuite.484

    Dans le domaine du contrôle de la gestion des revenus du pétrole, l'Initiative pour la Transparence des Industries Extractives pour le Nigéria (NEITI) apparait comme une des avancées majeures de la réglementation pétrolière au Nigéria. Elle initie une gestion responsable de la rente, en obligeant les différents acteurs du circuit pétrolier à déclarer les chiffres de leur gestion.485 Une réforme du secteur pétrolier jugée « historique » par la ministre nigériane du pétrole Duzani Alison Ma-dueke,486 est en étude à l'assemblée nationale. Le projet de loi en étude au parlement, depuis quelques jours, concerne la redéfinition du cadre fiscal de l'industrie pétrolière avec une augmentation des prélèvements de l'Etat sur les recettes des compagnies internationales et la restructuration de la NNPC.487

    En ce qui concerne la gestion des revenus pétroliers, l'assemblée nationale procède par des séances de question-réponse aux membres du gouvernement et des enquêtes parlementaires dans le cadre de commissions permanentes ou ad hoc. Le travail de veille de l'industrie pétrolière, qu'effectue le parlement, permet une ouverture du débat pétrolier et une relative efficacité dans la lutte contre les malversations financières.

    B- De la difficulté du parlement à exercer sa fonction de contrôle de la gestion du

    pétrole :

    L'industrie pétrolière est une sorte de domaine réservé du pouvoir exécutif au Nigéria. C'est ce dernier qui accorde aux compagnies pétrolières les permis d'exploration ou de production, sans que le parlement ne puisse réellement influencer ce processus névralgique. Le rôle d'interlocuteur principal des multinationales du pétrole joué par le gouvernement et ses institutions associées empêche le parlement de réaliser la mission de contrôle qui est pourtant importante avant la conclusion de tout contrat pétrolier. En outre, le fait que des missions comme l'organisation des modalités de l'allocation fédérale statutaire ; le contrôle des activités des acteurs du secteur pétrolier ou la gestion des contrats soient confiées à des agences ne devant rendre compte, pour certaines, qu'au chef de l'Etat vient encore limiter les capacités du parlement à avoir un droit de regard sur la gestion de l'industrie pétrolière.

    Le parlement subi également la concurrence des services gouvernementaux et de la justice dans sa volonté de tirer au clair des situations de malversation finan-

    483 -Amnesty International, CEHRD, La vraie « tragédie ». Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le delta du Niger, Amnesty international, Novembre 2011, p.29

    484 -Idem

    485 -Cf. supra

    486- En poste au 10 décembre 2012.

    487 -Cf. article sur l'industrie pétrolière nigériane publié sur french.irib.ir/info/afrique 2/item/2 ... le mercredi 14 novembre 2012 à 16h33. Consulté le 07 décembre 2012.

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    cière. En effet, certaines enquêtes menées par des commissions parlementaires sont ralenties ou tout simplement rendues inutiles par les autorités judiciaires ou les services de police qui s'en saisissent. C'est le cas de l'affaire de corruption dans laquelle est impliqué le président de la commission des subventions à la chambre des représentants, Farouk Lawan.488Ce dernier est en effet soupçonné d'avoir touché des bakchichs d'une société pétrolière dénommée Zenon oil and gas limited, soit 620 000 dollars américains.489Malgré la mise sur pied d'une commission d'enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur cette affaire, le sieur Farouk a été interpelé par le State Security Service et le National Intelligence Agency (les services secrets de la police) quelques jours après qu'elle ait éclaté. Cette situation, loin de traduire un certain laxisme du pouvoir exécutif face à la corruption, constitue plutôt une preuve de sa volonté de gérer de façon exclusive l'industrie pétrolière. La marge de manoeuvre du parlement face aux scandales de détournement de fonds ou de corruption s'en trouve alors considérablement réduite.

    Le faible impact économique et social du pétrole constitue une autre preuve de l'incapacité du parlement à exercer un droit de regard sur l'industrie pétrolière. En effet, la précarité de la situation économique et sociale du Nigéria490est due, entre autres, à une gestion du pétrole subjective et dénuée de vision géopolitique adéquate. La responsabilité des dirigeants politiques intervenant dans le secteur pétrolier est importante. En plus d'un demi-siècle d'exploitation pétrolière, ils n'ont pas réussi à faire jouer au pétrole son rôle d'énergie stratégique, malgré la place qu'il occupe dans les relations internationales ou l'économie du pays. De nombreux nigérians vivent en dessous du seuil de pauvreté et des familles entières dans le delta du Niger ont vu « [...] une pollution et une dégradation environnementale d'une ampleur humainement inacceptable transformer [leur] vie en cauchemar ».491Le retard de développement du Nigéria démontre que le parlement n'a pas toujours pu empêcher les autorités gouvernementales de faire de la gestion du pétrole une occasion d'enrichissement personnel. Il est d'ailleurs notable que les récriminations contre l'attitude de prédation de certains hommes politiques sont généralement le fait de membres de la société civile ou des groupes militants actifs dans le delta du Niger. Si la gestion opaque et subjective du pétrole par les régimes militaires successifs a pu constituer un obstacle important à l'action du parlement, il est indubitable que les progrès depuis le retour à la démocratie sont insuffisants. Les multinationales du pétrole travaillent dans une incurie et une impunité relatives, tandis que les revenus pétroliers continuent d'alimenter des dépenses somptueuses et inutiles492 quant ils ne servent pas, tout simplement, à l'enrichissement personnel des hommes politiques.

    Le parlement nigérian apparait alors comme une institution politique incapable de s'impliquer durablement et de manière efficace dans la gestion du pétrole au Ni-

    488 - En poste au 10 décembre 2012.

    489 -Voir article publié le 15 juin 2012 sur www.slateafrique.com/89301/nigeria . Consulté le 7 décembre 2012.

    490 -Cf. supra

    491 - Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples, 2001, cité dans Amnesty International, CEHRD, La vraie « tragédie ». Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le delta du Niger, Amnesty international, Novembre 2011, p.19

    492 -

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    géria. Il se contente d'interpeller le gouvernement, quand il en a l'occasion, mais reste impuissant devant la prééminence de l'exécutif sur l'industrie pétrolière. Or, l'équilibre entre les pouvoirs est une donnée essentielle des régimes politiques démocratiques. Nul doute qu'une plus grande participation du parlement à la gestion pétrolière, permettra de lutter efficacement contre la corruption et les malversations financières, qui ont fait leur lit dans l'univers pétrolier au Nigéria.

    Paragraphe 3 : Politique pétrolière et assainissement des moeurs au Nigéria : nécessité d'une stratégie anti-corruption volontariste.

    A- Florilège des initiatives étatiques de lutte contre la corruption depuis 1999 :

    La corruption et les détournements de fonds constituent les principales « plaies » de la gestion pétrolière au Nigéria. Les moyens financiers considérables que génère l'exploitation du pétrole et les failles dans le contrôle des transactions financières qui en découlent favorisent des actes de corruption toujours plus nombreux et insidieux.493La gestion subjective de l'industrie pétrolière a été une des principales caractéristiques des régimes militaires au Nigéria.494Ceux-ci ont favorisé une corruption systématique, dans certaines étapes du processus pétrolier, tout en permettant l'enrichissement personnel de plusieurs hauts dignitaires politiques et militaires par les détournements de deniers publics.495 La criminalité financière a des conséquences symboliques, économiques et sociales sur le Nigéria. Sur le plan symbolique, elle altère considérablement l'image du premier producteur de pétrole d'Afrique. Plusieurs fois classé parmi les pays les plus corrompus au monde, par l'ONG Transparency International, le pays est aujourd'hui « quasi synonyme de corruption ».496 Il est considéré comme un environnement très risqué par certains analystes, à cause « des niveaux élevés de corruption et de mauvaise gestion de l'économie ».497 La corruption et les détournements de deniers publics ont également des conséquences sur la situation économique et sociale du Nigéria : pauvreté, infrastructures sociales et sanitaires insuffisantes, chômage, perte de compétitivité,498 militantisme dans le delta du Niger, etc.

    Les initiatives étatiques en matière de lutte contre la corruption et les détournements de fonds se sont multipliées depuis le retour du Nigéria à la démocratie. Dès sa prise de fonction en 1999, le président Olosegun Obasanjo réunit autour de lui une équipe de technocrates chargée d'effectuer un travail d'assainissement de

    493 -Cf. supra

    494 -Cf. supra

    495 -Cf. supra

    496 -Op.cit

    497 -Op.cit

    498 -Le pays occupe la 115e place dans le rapport sur la compétitivité réalisé par le Forum Economique Mondial pour le compte de l'année 2012-2013, publié le 5 septembre dernier. Voir Jeune Afrique n°2696, du 9 au 15 septembre 2012, p.15

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    l'économie qui concerne plusieurs domaines tels la lutte contre la corruption ou la transparence.499 L'adhésion du pays, pendant son mandat, à l'Initiative pour la Transparence des Industries Extractives a permis au Nigéria de mettre à nue de nombreuses situations de corruption et de malversation financière et de devenir un modèle en matière d'organisation de sa filière extractive.500 Les trois audits de la filière pétrolière réalisés par la NEITI (1999-2004 ; 2005 ; 2006-2008) sont des preuves de la volonté de l'Etat d'en rendre la gestion plus transparente. Le travail parlementaire, malgré sa relative insuffisance, est également une illustration de cette volonté d'assainir le secteur pétrolier nigérian. Une commission d'enquête parlementaire mise sur pied à la suite de soupçons de corruption dans le secteur des subventions aux prix du pétrole, aux lendemains des manifestations populaires contre la suppression desdites subventions en janvier 2012, a par exemple révélé la pratique régulière d'actes de corruption, de vol ou de négligence dans la gestion de l'argent du pétrole.501Des administrations comme le ministère des finances ou des ressources pétrolières ont été citées, dans le rapport découlant du travail de cette commission, comme profondément corrompues.502

    Un des acteurs majeurs de la lutte contre la corruption au Nigéria est sans doute la Commission chargée des Crimes Economiques et Financiers. En effet, en quelques années, celle-ci a été à l'initiative de nombreuses enquêtes qui ont abouti à l'arrestation de hauts dignitaires de l'Etat soupçonnés d'actes de corruption ou de détournement de fonds. C'est ainsi que deux anciens gouverneurs, Abdullahi Adamu et Attahiru Bafarawa de l'influent Etat de Sokoto dans le nord du pays, ont été interpellés au cours de l'année 2010, pour avoir détourné chacun 15 milliards de Nairas (100 millions de dollars) au cours de leurs mandats respectifs.503 D'autres personnes accusées d'avoir participé à ces crimes financiers, dont d'anciens collaborateurs de ces hommes politiques, furent également déférées devant la justice.

    La lutte contre la « corruption du pétrole » au Nigéria bénéficie également de l'action de partenaires internationaux. Cette année, l'Union Européenne a fourni à l'Etat fédéral 98 millions d'euros pour la lutte contre la criminalité au Nigéria, dont 35 millions pour le combat contre la corruption.504 Cet argent, destiné aux agences anticorruption et à la société civile, devrait permettre une plus grande efficacité de celles-ci face à la mal gouvernance dont sont victimes de nombreux secteurs de l'économie nigériane dont le secteur pétrolier. De même, un pacte visant à promouvoir la transparence et la lutte contre la corruption a été signé entre le G8 et le Nigéria.505

    499 - Voir Alexandra Gillies, « Reformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole », U 4 brief n°23, septembre 2009.

    500 -Cf. supra

    501 - Voir Oladayo Olaide, « Secteur pétrolier nigérian : il est tant d'assainir le secteur. », article publié le 30 avril 2012 sur www.osiwa.org. Consulté le 9 décembre 2012.

    502 -Idem

    503 -Voir l'article intitulé « lutte contre la corruption au Nigéria » publié sur www.rnw.nl/afrique/article/lutte-contre-la corruption-au-nigéria-, le 15 mars 2010. Consulté le 09 décembre 2012.

    504 -Voir Article publié le 19 mars 2012 sur le site de l'Office des Nations Unies Contre la Drogue et le Crime www.unodc.org. Consulté le 09 décembre 2012.

    505 - Voir www.canadainternational.gc.ca , publié le 2 décembre 2008 et consulté le 9 décembre 2012.

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    Quelques engagements comme une accélération de la privatisation et de la libéralisation de l'économie, l'instauration d'une stabilité macroéconomique à long terme ou la transparence ont été pris par l'Etat nigérian.506Celui-ci a instauré un groupe permanent composé de 27 partenaires du secteur privé, de la société civile et du secteur public chargé de réaliser la veille de la gestion de l'économie nigériane ; et s'est engagé à renforcer les capacités des institutions de lutte contre la corruption.507

    B- De l'incapacité des autorités politiques à juguler la corruption pétrolière :

    L'engagement de l'Etat Nigérian dans la lutte contre la corruption et les détournements de fonds est indéniable. Depuis le retour au gouvernement civil en 1999, le pays a initié de nombreux travaux visant à expurger de la filière pétrolière toutes les pratiques de criminalité économique et à lutter contre l'impunité dont bénéficiaient de nombreux responsables politiques nigérians. Cependant, si l'oeuvre d'assainissement que l'Etat mène dans le secteur pétrolier a eu des résultats appréciables, il est, tout de même, important de souligner que les mauvaises pratiques y sont encore nombreuses.

    En effet, les actes de corruption continuent de plomber les efforts des autorités politiques de faire du pétrole un facteur du développement et de stabilité macroéconomique. Malgré toutes les campagnes de lutte contre la corruption entreprises et la multiplication des organismes en charge de traquer les crimes économiques, le secteur extractif nigérian reste gangréné par des mauvaises pratiques de gestion de la rente. Le manque à gagner de l'Etat est considérable. Selon l'ONG américaine Glo-bal Finance Integrity, les fuites de capitaux au Nigéria entre 1970 et 2009 s'élèvent à 89,5 milliards de dollars, soit un taux moyen de 10 milliards par an.508 Cette saignée dans les revenus économiques du pays rend impossible tout développement par le pétrole et aggrave la misère de nombreux nigérians. Elle réduit également la confiance des populations dans la capacité de leurs dirigeants à régler la situation de précarité économique et sociale dans laquelle elles se trouvent.

    La lutte pour l'assainissement des moeurs dans le secteur pétrolier au Nigéria doit se faire plus volontariste. Les autorités politiques doivent accorder plus de moyens aux organes en charge de la lutte anti-corruption et leur assurer la liberté d'action qui leur est nécessaire. Ceux-ci pourraient par exemple saisir directement le procureur pour des affaires de malversations financière, pour éviter une immixtion des pouvoirs exécutif ou législatif dans des affaires qui concerneraient des membres du gouvernement fédéral ou du parlement. De même, les commissions d'enquêtes parlementaires devraient bénéficier d'une plus grande liberté d'action dans leurs investigations concernant des affaires de criminalité économique. On devrait veiller à la parité politique dans lesdites commissions et permettre une contre-expertise aux résultats de leurs enquêtes. En outre, l'Etat doit se montrer plus pointilleux dans la gestion des secteurs comme la subvention aux prix du pétrole ou les appels d'offres pé-

    506 - Idem.

    507 -Ibid.

    508 - Voir article sur l'industrie pétrolière nigériane publié sur french.irib.ir/info/afrique 2/item/2 ... le mercredi 14 novembre 2012 à 16h33. Consulté le 07 décembre 2012.

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    troliers. La mal gouvernance pétrolière n'est pas une fatalité au Nigéria. Elle peut

    être plus efficacement combattue, si l'Etat fédéral s'en donne les moyens et accepte de laisser plus de pouvoirs aux organismes en charge de la lutte anti-corruption. Il faudrait également que les partenaires internationaux, de sa filière pétrolière, apportent leur contribution à cet effort.

    SECTION II : COOPERATION INTERNATIONALE ET BONNE GOUVERNANCE DE LA FILIERE PETROLIERE NIGERIANE.

    L'industrie pétrolière est intrinsèquement tournée vers l'extérieur. Même les pays qui ont nationalisé leurs réserves (Arabie Saoudite, Venezuela, Mexique, Iran, etc.) ne peuvent se risquer à une gestion autarcique de leur pétrole.509Il leur faut nécessairement des clients ; mais aussi l'expertise technologique extérieure ; les ressources financières pour supporter les importants investissements pétroliers et l'avis, souvent sollicité ou non, des experts internationaux de la finance et des droits de l'homme. Le Nigéria, premier producteur de pétrole d'Afrique, n'échappe pas à la règle. L'immaturité stratégique du pays, marquée par l'extraversion de sa filière pétrolière et la forte dépendance de son économie aux revenus du pétrole,510 en fait un marché convoité et facile d'accès.511Les partenaires extérieurs du secteur pétrolier nigérians sont multiples. En premier lieu, figurent les pays grands consommateurs de pétrole qui, à travers leurs multinationales, ont réalisé un véritable quadrillage de la filière nigériane ; mais aussi les institutions et sociétés financières internationales ; les sociétés de services pétroliers et les ONG étrangères. L'univers pétrolier nigérian jouit alors d'une grande diversité qui ne s'est pourtant pas encore révélée être une solution pour son développement. Ceci, à cause du choix qu'ont fait certains de ces partenaires internationaux de s'en tenir à la logique de « business as usual »512 qui leur permet d'augmenter leur marge bénéficiaire, tout en évitant de s'engager suffisamment dans le volet social et humanitaire que devrait comporter leurs activités. Or, la bonne gouvernance de la filière pétrolière nigériane passe par un engagement plus important des acteurs internationaux aux efforts d'assainissement initiés par les autorités politiques depuis le retour à la démocratie. Les grands consommateurs de pétrole sont les premiers interpellés par ce défi à cause du rôle qu'ils jouent dans l'industrie pétrolière nigériane (Paragraphe 1). De même, Les institutions financières internationales doivent se montrer plus engagées dans l'assainissement de l'univers

    509 - Le cas de l'Iran est illustratif à cet effet. Les sanctions économiques à lui imposées par les nations occidentales, comprenant entre autres un embargo sur ses ventes de pétrole, le mettent dans une situation d'asphyxie préjudiciable à son équilibre macro-économique.

    510 -Cf. supra

    511 -Cf. supra

    512 - Cette expression peut être traduite de manière basique par « les affaires, rien que les affaires ». Il s'agit de décrire le comportement de la plupart des partenaires extérieurs de l'industrie pétrolière nigériane qui privil é-gient le développement de leurs activités au détriment de l'aspect social et environnemental de celles-ci.

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    pétrolier (Paragraphe 2) ; et les organisations non gouvernementales, se donner les moyens d'être plus persuasives et donc plus efficaces (Paragraphe 3).

    Paragraphe 1 : Les grands consommateurs et la question du sous-développement du

    Nigéria.

    A- La responsabilité des grandes puissances dans le marasme économique et

    social au Nigéria :

    Au Nigéria, le dynamisme de l'industrie pétrolière est indéniable. Son statut de premier producteur de pétrole d'Afrique et ses importantes réserves font de lui une étape nécessaire dans la géostratégie pétrolière des grands consommateurs.513Il se retrouve au centre de projets destinés à faire du Golfe de Guinée un « espace-enjeu » dans la bataille mondiale pour la puissance.514 Les multinationales du pétrole sont sans conteste les représentants des stratégies de puissances des grands consommateurs. En effet, si elles sont généralement financées par des capitaux privés, elles ne représentent pas moins l'influence et la puissance de leur pays d'origine. La collusion entre celles-ci et les Etats est illustrée par le rôle qu'a joué, et joue encore, des compagnies comme Elf ou Shell dans la réalisation des projets géostratégiques des puissances en Afrique ou ailleurs ;515 mais aussi à travers l'action diplomatique des grands consommateurs auprès des pays producteurs, pour augmenter les parts de marchés de leurs compagnies pétrolières.516 Le processus de création, l'évolution et le fonctionnement de ces dernières démontrent également l'influence des Etats sur les multinationales.517

    L'action des compagnies pétrolières au Nigéria est généralement perçue comme négative. Leur implication dans l'industrie pétrolière n'a pas permis, en plus de 50 ans, de parvenir à une amélioration significative des conditions de vie des populations. Les habitants du delta du Niger vivent toujours dans la précarité et, l'enclavement de certaines villes des régions pétrolières contraste avec les revenus considérables tirés de l'exploitation du pétrole et les importants bénéfices des multinationales chaque année.518 En outre, les conséquences environnementales des activités des multinationales sont importantes.519En effet, la faiblesse de la réglementa-

    513 -Cf. supra

    514 -Cf. supra

    515 - La guerre du Biafra est une parfaite illustration du rôle politique que peuvent jouer des compagnies pétrolières. Même si certaines se démarquent par leur indépendance financière vis-à-vis de leurs Etats d'origine, elles ne demeurent pas moins des fleurons de la puissance et de l'influence des grands consommateurs de pétrole.

    516 - Voir Ian Gary et Terry Lynn Karl, le fond du Baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, Catholic relief service, juin 2003, p.78. Voir aussi Philippe Sébille-Lopez, « Les hydrocarbures et la redistribution de la rente pétrolière »,

    517 - Cf. supra

    518 -Cf. supra

    519 - Voir Amnesty International et CEHRD, La vraie « tragédie ». Retards et incapacités à stopper les fuites de pétrole dans le delta du Niger, Amnesty international, 2011, 50 p. Voir aussi Amnesty international, Pétrole, pollution et pauvreté dans le delta du Niger, Amnesty international, Juin 2009

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    tion pétrolière nigériane en matière environnementale et l'incapacité des dirigeants politiques à contraindre l'action des multinationales créent une certaine incurie dans l'univers pétrolier. Selon le PNUD, « Les compagnies pétrolières, Shell Petroleum en particulier, opèrent depuis plus de trente ans sans véritable contrôle ni réglementation régissant leurs activités dans le domaine de l'environnement. ».520 Les populations du delta du Niger sont alors sacrifiées sur l'autel des intérêts stratégiques et économiques de l'exploitation pétrolière.

    Le faible impact social du pétrole au Nigéria, de nombreuses années après le début de l'exploitation pétrolière, est en partie liée au manque d'engagement des grands consommateurs dans l'initiative de transparence des activités pétrolières. En effet, les quelques actions entreprises dans ce sens sont généralement le fait d'organismes supranationaux comme le G8 ou l'Union Européenne.521 Ces derniers se contentent d'accorder un soutien financier aux organes de lutte contre la corruption ou aux organisations de la société civile, sans exercer une pression sur leurs Etats membres souvent impliqués dans de grandes affaires de corruption et de malversation financière. La société américaine Kellogg, Brown and Root a par exemple reconnu avoir versé des pots-de-vin à des officiels nigérians en 2008 pour décrocher de juteux contrats pétroliers sans que cela n'émeuve, outre mesure, les institutions financières internationales ou les autorités américaines.522Aucune condamnation officielle, aucune action judiciaire devant les tribunaux américains à la suite de la révélation de ce « crime » contre la concurrence et le développement. En outre, un contrôle réel de l'usage des fonds destinés à la lutte contre la corruption fait souvent défaut. Il n'est donc pas étonnant que les initiatives pour une gestion plus responsable des revenus pétroliers soient généralement vouées à l'échec.

    Dans le domaine des droits de l'homme, les grands consommateurs de pétrole brillent également par leur mutisme devant les conditions de vie maines »523dans le delta du Niger. La région pétrolière par excellence du Nigéria connait aujourd'hui une crise écologique et économique grave.524 Les compagnies pétrolières sont responsables de nombreuses catastrophes environnementales causées, pour la majorité, par le manque d'entretien et de renouvellement de leurs infrastructures. Elles profitent de la permissivité de l'industrie pétrolière nigériane pour éviter de consentir des investissements dans des domaines tels que l'entretien des oléoducs ou l'exploitation du pétrole par des technologies moins polluantes. Les déversements de pétrole brut dans les cours d'eaux se font alors de plus en plus réguliers et prennent du temps à être stoppés. Comme le reconnaissent certains observateurs, il existe des normes environnementales dans le domaine de l'exploitation pétrolière, mais leur respect dépend de la zone géographique considérée.525Le déman-

    520 - Voir Rapport du PNUD sur le développement dans le delta du Niger, 2006.

    521 -Cf. supra

    522 - Voir Alexandra Gillies, « Reformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des

    risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole », U 4 brief n°23, septembre 2009.

    523 -Op.cit

    524 -Cf. supra

    525 -Voir Cédric Lestrange, Christophe-Alexandre Paillard, Pierre Zelenko, Géopolitique du pétrole, éditions Technip 2005, p.130

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    tèlement des plateformes pétrolières est par exemple « beaucoup plus strictement encadré en mer du Nord que dans le Golfe de Guinée. ».526 Or, comme le déclare l'ONG Amnesty International, « Un environnement sain, c'est un droit humain ».527

    L'offensive diplomatique menée par de grands consommateurs, comme les Etats-Unis ou la Chine, à l'endroit du Nigéria ne constitue pas pour lui un gage de bonne gouvernance pétrolière ou de développement. Or, compte tenu du dynamisme de l'industrie pétrolière nigériane, il est nécessaire que les autorités politiques fassent jouer, aux grands consommateurs, un rôle franc dans le développement.

    B- De la nécessité d'un engagement des grands consommateurs dans le processus de développement du Nigéria :

    Il est impossible pour le Nigéria, à l'Etat actuel des choses, de penser un développement sans la participation de ses partenaires internationaux. La place qu'occupe le pétrole dans l'économie, la politique ou les relations internationales du pays ne lui permet pas de se passer du concours des grandes puissances dans son industrie pétrolière.528 En outre, le retard technologique et économique du Nigéria ne lui laisse aucune chance de mener seul, avec succès, des travaux de prospection pétrolière que ce soit sur terre ferme ou dans les profondeurs océaniques. Le pays est indubitablement dépendant de l'extérieur pour le développement de sa filière pé-trolière.529 La place importante qu'occupent les grands consommateurs dans l'univers pétrolier nigérian leur donne de grandes responsabilités dans le développement du pays. S'il est impossible pour un pays d'attendre le développement d'un autre, il est tout de même réaliste de considérer qu'aucun développement ne serait possible dans une situation d'autarcie.

    Les nations occidentales, en particulier, ont un rôle important à jouer dans le développement du Nigéria. Cela n'est possible que si les autorités politiques nigérianes engagent leur pays sur le chemin de l'émancipation stratégique. Elles pourraient, dès lors, contraindre l'action des multinationales pétrolières pour en tirer des bénéfices plus grands. L'Etat fédéral devra se donner les moyens de contrôler l'action des compagnies pétrolières en veillant au respect, par elles, de leur « agenda social » et des lois encadrant leurs activités. Il pourra imposer aux multinationales des quotas encadrant le recrutement de travailleurs locaux et veiller au transfert de technologie nécessaire à la professionnalisation des cadres de la NNPC. L'harmonisation des procédures pétrolières doit également être un des chantiers menés de concert avec les partenaires internationaux.

    526 -Idem.

    527 - Cf. Amnesty international, Pétrole, pollution et pauvreté dans le delta du Niger, Amnesty international, Juin 2009

    528 - Cf. supra

    529 - Le Nigéria a besoin de l'appui extérieur pour financer le développement de sa filière pétrolière ; mais aussi de l'expertise technologique des pays occidentaux ou asiatiques pour mener la prospection pétrolière, l'extraction du brut et même sa vente. L'organisation actuelle de la filière pétrolière nigériane est grandement tournée vers l'extérieur.

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    En outre, les dirigeants politiques doivent engager les clients du pétrole nigérian à la résolution de la crise qui sévit dans le delta du Niger. Ils devraient veiller à ce que l'action des multinationales ne se fasse plus au détriment du bien-être des populations. Les investissements des grands consommateurs dans l'industrie pétrolière devraient être suivis, automatiquement, d'engagements financiers dans l'éducation, la santé ou les transports. De cette manière, ils pourront accompagner, efficacement, les initiatives gouvernementales en matière de développement.

    L'intérêt stratégique du Nigéria est tellement important qu'il est dangereux, même pour les grandes puissances, de continuer à exploiter le pétrole du pays sans veiller à une plus juste répartition de ses fruits. En effet, le poids démographique du Nigéria et sa situation géographique dans le Golfe de Guinée530 font de lui un élément essentiel de la stabilité de la sous-région et un acteur nécessaire à l'émergence de celle-ci. Les clients du pétrole nigérian doivent se montrer plus disposés à oeuvrer pour une industrie pétrolière juste et équitable, s'ils veulent y préserver leurs intérêts. C'est également une mission que doivent remplir les institutions financières internationales.

    Paragraphe 2 : Les institutions financières internationales (IFI) et le contrôle de la filière pétrolière.

    A- Historique et rôle des IFI dans le domaine pétrolier :

    Les institutions financières internationales (IFI) sont des acteurs importants dans les économies des pays sous-développés. Arrivées en Afrique dans les années 1980, à la suite de la crise du surendettement, elles y sont toujours 30 années plus tard. Les plus actives sur le continent sont le Fonds Monétaire International et Le Groupe de la Banque Mondiale. L'objectif de ces institutions est de permettre, par l'application de politiques d'austérité, un redressement de la situation économique des pays en crise. Elles mettent alors sur pied des initiatives dénommées Programme d'Ajustement Structurels (PAS) destinées à ramener progressivement les Etats à une situation économique équilibrée. Des pratiques comme la privatisation des sociétés d'état ; la libéralisation de l'économie ; la diminution des effectifs de la fonction publique ; la lutte contre les déficits budgétaires et de la balance de paiement sont alors proposées (ou imposées) aux Etats contre une réduction ou une annulation de leur dette.

    Le Nigéria est un des nombreux pays africains ayant été contraints par la tutelle financière des IFI. Les politiques de développement adoptées par les dirigeants nigérians dès les premières années de l'indépendance, caractérisées par une volonté d'industrialisation par l'apport de capitaux extérieurs, ont provoqué un surendettement du pays.531Les Agences de Crédit à l'Exportation (ACE) apparaissent à cet effet comme les véritables responsables, avec les autorités politiques nigérianes, de

    530 - Le pays est, avec le Cameroun, au coeur du Golfe de Guinée. Cf. annexe n°

    531 - Cf. supra

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    l'important endettement qui a conduit à la perte de l'indépendance économique et financière du Nigéria. En effet, celles-ci détenaient en l'an 2000, 71% de l'endettement extérieur du Nigéria.532 Incapable de tenir ses engagements financiers, auprès des bailleurs de fonds internationaux, le pays a été mis sous ajustement structurel comme la plupart des pays pétroliers du Golfe de Guinée.

    Le rôle des institutions financières internationales dans le financement des projets pétroliers est important. Elles accordent généralement des prêts aux pays pétroliers assorties de conditionnalités les engageant à se servir de l'argent du pétrole pour lutter contre la pauvreté. Le Groupe de la Banque Mondiale, par exemple, finance directement les projets pétroliers ; offre une assurance contre le risque politique, ainsi que d'autres garanties, et encourage l'évolution de l'environnement politique et légal des pays pour les rendre plus attractifs aux pays étrangers.533Quelques organismes du Groupe de la Banque mondiale sont particulièrement actifs au Nigéria comme, d'ailleurs, dans la plupart des pays pétroliers d'Afrique : la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD, encore appelée « Banque Mondiale »), l'Association Internationale pour le Développement (AID) et la Société Financière Internationale (SFI). Alors que les prêts de la BIRD sont assortis de taux d'intérêts proches de ceux du marché, l'AID accorde ses prêts aux pays pauvres et à des taux préférentiels.534La Société Financière Internationale est, quant à elle, « la plus importance source d'investissement multilatéral ou bilatéral pour le secteur privé en Afrique, et notamment pour les projets de l'industrie pétrolière. ».535 En 2001, par exemple, le financement de projets pétroliers et gaziers, essentiellement offshores, en Afrique subsaharienne représentait 40% des sommes investies par la SFI dans l'amont pétrolier536soit 336 millions de dollars. Le Nigéria figure parmi les derniers bénéficiaires des investissements pétroliers de la SFI en Afrique pétrolière.537

    Les investissements dans le secteur extractif constituent une aubaine financière pour les institutions financières internationales. Ils A titre illustratif, les prêts dans le secteur pétrolier sont par exemple les plus rentables du portefeuille de la SFI.538Au-delà de l'aspect purement financier, l'engagement des IFI dans un projet quelconque représente un avantage symbolique, financièrement rentable, pour les pays. En effet, il sert de « caution morale » aux banques et aux investisseurs privés désireux de s'engager dans ce projet.539 Les pays pétroliers se font alors un devoir de faire appel à ces institutions dans le but qu'elles fassent affluer chez eux les investisseurs pusillanimes. La présence de conditionnalités sociales ou écologiques540dans les prêts accordés par les IFI aux pays pétroliers peut sembler avantageuse pour leurs popula-

    532 - Voir Ian Gary et Terry Lynn Karl, le fond du Baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, Catholic relief service, juin 2003, p.16

    533 - Idem, p.15

    534 -Ibid.

    535 -Ibid.

    536 -Ibid.

    537 -Ibid., p.16

    538 -Idem

    539 -Ibid.

    540 - Elles concernent généralement la lutte contre la pauvreté ou la préservation de l'environnement.

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    tions. Or, la situation de grande pauvreté et la pollution multiforme que connaissent de nombreux nigérians aujourd'hui apparait comme un démenti cinglant de l'engagement social des institutions financières internationales.

    B- L'échec des institutions financières internationales dans le processus de développement du Nigéria :

    Il est difficile de voir les bénéfices, pour les nigérians, de la présence des IFI dans le secteur pétrolier de leur pays trente ans après leur arrivée. La pauvreté est toujours importante dans le pays et de nombreux nigérians n'ont pas encore accès à des besoins élémentaires comme l'eau, l'électricité, les soins de santé ou même à une éducation de qualité.541 Dans le delta du Niger, les populations vivent dans une précarité que viennent aggraver les conséquences écologiques et économiques de la pollution pétrolière. Le coût humain de l'activité pétrolière au Nigéria traduit le peu d'importance accordée au sort des populations. Ici, comme dans de nombreux autres pays pétroliers du Golfe de Guinée, les bénéfices financiers de l'industrie passent avant le bonheur des populations. Les institutions financières internationales, en leur qualité de premiers partenaires multilatéraux ou bilatéraux du secteur pétrolier nigérian, ont une grande responsabilité dans la situation économique et sociale précaire du premier producteur de pétrole d'Afrique. Elles sont les complices du développement, dans le pays, d'une industrie pétrolière prédominante et surtout incapable de régler le problème du sous-développement.

    Les institutions financières internationales, censées oeuvrer pour le redressement des économies des pays en difficultés, se sont montrées incapables d'atteindre leurs objectifs en Afrique comme ailleurs.542 Au Nigéria, elles n'ont pas pu contraindre les autorités politiques et les autres acteurs du secteur pétrolier à assurer le bonheur des populations. Ceux-ci ont fait peu de cas des conditionnalités environnementales ou de développement humain, de ces partenaires financiers, dans la conduite de leurs activités. Les compagnies pétrolières par exemple n'ont pas, ou peu, réalisé leurs promesses d'investissements dans des technologies plus respectueuses de l'environnement ou dans des projets capables d'améliorer significativement les conditions de vie des populations des régions pétrolières. De même, les stratégies de lutte contre la pauvreté mises sur pied par les dirigeants du pays se sont révélées inefficaces depuis plusieurs années. La création de la Commission de Développement du Delta du Niger, censée conduire des projets de développement dans la principale région pétrolière du pays, n'y a pas encore permis une réelle amélioration des conditions de vie des habitants. Malgré cela, les institutions financières internationales continuent d'investir dans l'amont pétrolier, se rendant ainsi complices de l'action des multinationales et des hommes politiques nigérians. Au Nigéria, elles ont privilégié, comme leurs consoeurs les agences de crédit à l'exportation, leurs profits au détriment de l'aspect social et humanitaire de leur activité.

    541 -Cf. supra

    542 - L'incapacité dont elles font preuve dans la résolution de la crise de la dette en Grèce, en Espagne, au Portugal ou en Italie témoigne de leur inadaptation aux évolutions actuelles du monde et du caractère irréaliste et improductif de leurs missions.

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    La solution à l'échec de l'action des institutions financières internationales au Nigéria réside dans un changement radical de leurs priorités. Elles devraient se monter plus fermes face aux autorités politiques et aux compagnies pétrolières internationales et n'entretenir des relations économiques et financières qu'avec les « bons élèves ». Elles pourraient par exemple les obliger à faire des efforts supplémentaires en matière de transparence dans les transactions financières. Le suivi des recommandations de la NEITI543 doit constituer, à cet effet, la base de leur engagement avec un quelconque partenaire pétrolier. L'intensification de la lutte contre la pauvreté et les détournements de fonds doit être une des conditionnalités de leurs prêts. Les IFI ont l'obligation, pour la réussite de leur mission, de demander aux autorités politiques des gages de leur engagement plus ferme à lutter contre les crimes économiques. Le renforcement des capacités des organismes de lutte contre la corruption et de la société civile doit être recommandé et encouragé à cet effet. En outre, les institutions financières internationales ne peuvent réaliser leur objectif de lutte contre la pauvreté qu'en exigeant de leurs partenaires un plus grand investissent dans des projets de développement. Les missions de contrôle de l'application des promesses des acteurs du secteur pétrolier nigérian, en matière de développement, doivent se faire plus régulières et surtout appliquer des sanctions fermes à l'endroit des contrevenants. Les institutions financières internationales pourront alors prouver, par leur engagement à l'amélioration des conditions de vie des nigérians, l'utilité de leur présence dans le pays et leur capacité à y promouvoir bonne gouvernance et transparence. L'oeuvre de dénonciation qu'effectuent les organisations non gouvernementales mérite également d'être améliorée.

    Paragraphe 3 : Le rôle des Organisations non gouvernementales dans la défense des populations locales.

    A- Les ONG face à la valeur stratégique du pétrole nigérian :

    « Le Nigéria est le premier producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne ; c'est aussi l'illustration parfaite du paradoxe de l'abondance. ». Ces quelques mots par lesquels commence le bilan de l'industrie pétrolière au Nigéria, contenu dans un rapport publié par l'ONG Catholic Relief Service,544 témoignent de la situation économique et sociale précaire du pays, 50 ans après le début de son industrie pétrolière. Le Nigéria y est considéré comme « un exemple à ne pas suivre » au regard de la gestion qui y est faite de la manne pétrolière. En effet, l'exploitation du pétrole n'a pas tenu les promesses de développement que les dirigeants politiques et la population nigériane avaient formulé à son endroit. La lutte pour la conquête des positions rentières et la volonté des hommes d'Etat nigérians de faire du pétrole une arme et un instrument politiques ont eu raison de la prospérité économique, de la cohésion

    543 - Cf. supra

    544 - Ian Gary et Terry Lynn Karl, le fond du Baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, Catholic relief service, juin 2003, 102 pages. La citation se trouve à la page 25.

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    sociale et du bien-être des populations. Aujourd'hui, malgré le retour à la démocratie, l'exploitation pétrolière tarde à assurer le redressement du pays le plus peuplé d'Afrique.

    Plusieurs ONG occupent actuellement le terrain de la dénonciation des réalités de l'exploitation pétrolière au Nigéria. Toutes s'inscrivent dans la logique de l'ouverture d'un débat sur les conséquences de l'expansion de l'industrie pétrolière sur les populations, celles des régions pétrolières en particulier. Diverses actions sont menées avec pour objectif de susciter, de la part de l'Etat et des autres acteurs du secteur pétrolier, un changement radical de comportement. Quatre organisations non gouvernementales ont particulièrement attiré notre attention à cause du nombre important d'actions qu'elles ont menées ; mais aussi de leur stature internationale et de la relative influence qu'elles ont pu avoir sur les décisions pétrolières. Il s'agit d'Amnesty International, des Amis de la terre, de Transparency International et de Human Rights Watch.

    Amnesty international est souvent présentée « [...] comme une organisation indépendante et privée, oeuvrant en faveur de la libération de tous les prisonniers détenus pour des raisons politiques ou religieuses. ».545 Fondée en 1961 par un avocat britannique, Peter Benenson, elle a pour objectifs généraux de faire respecter la Déclaration universelle des droits de l'homme ; de travailler à la libération des prisonniers détenus abusivement et soumis à des contraintes en raison de leur convictions politiques ou religieuses, de leur race, de leur sexe ou de leur langue ; de s'opposer à l'emprisonnement sans procès et à la peine de mort, etc.546 L'ONG, qui est active dans l'univers pétrolier nigérian, se donne pour mission de faire respecter, par les acteurs de celui-ci, le droit pour chaque homme de bénéficier de conditions de vie décentes et de vivre dans un environnement sain.

    Les principaux chantiers dans lesquels Amnesty International est particulièrement active sont la dénonciation de l'incurie avec laquelle les compagnies pétrolières mènent leurs activités au Nigéria ; la description des conditions de vie miséreuses des populations des régions pétrolières et de la violence qui y règne. Elle travaille en collaboration avec certaines ONG locales comme le Centre for Environment, Human Rights and development (CEHRD) et publie de nombreux rapports sur l'impact environnemental mais aussi économique de l'industrie pétrolière au Nigéria ;547 en insistant sur la responsabilité des autorités politiques et des compagnies pétrolières dans la misère et la précarité dans le delta du Niger. Amnesty international exhorte les nigérians à saisir les plus hautes autorités du pays pour leur demander d'agir pour une industrie plus propre et respectueuse de leurs moyens de subsistance ; ainsi que pour une amélioration de leurs conditions de vie. L'ONG n'hésite pas à exercer elle-même un certain lobbying auprès des multinationales du pétrole et à les prendre à

    545 - « Amnesty International », Microsoft® Encarta®, 2009 [DVD], Microsoft Corporation, 2008

    546 - Idem

    547 - Voir Amnesty International et CEHRD, La vraie « tragédie ». Retards et incapacités à stopper les fuites de pétrole dans le delta du Niger, Amnesty international, 2011, 50 p. Mais aussi Amnesty international, Pétrole,

    pollution et pauvreté dans le delta du Niger, Amnesty international, Juin 2009.

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    partie dans des rapports ou lors de campagnes de sensibilisation particulièrement originales. C'est ainsi qu'au cours de l'une d'entre elles, des militants d'Amnesty In-ternational ont nettoyé symboliquement une station service de la compagnie pétrolière Shell, afin de la mettre face à ses responsabilités dans la pollution dont elle est responsable au Nigéria.548 Même si les compagnies pétrolières et les agences gouvernementales du secteur pétrolier opposent généralement une fin de non recevoir aux sollicitations de l'ONG,549 celle-ci a réussi, tout de même, à susciter le débat sur le bilan de cinquante années d'exploitation pétrolière dans le pays.

    L'organisation non gouvernementale les Amis de la terre est, elle aussi, active sur le terrain de la protection de l'environnement. Comme son nom le laisse deviner, elle oeuvre dans de nombreux pays pour favoriser l'adoption, par les dirigeants politiques et les acteurs économiques, de politiques de développement durable. Elle pense ainsi pouvoir lutter efficacement contre les changements climatiques et préserver l'environnement. L'action des Amis de la terre au Nigéria consiste à décrier les méthodes de certains acteurs de l'industrie pétrolière, jugées polluantes. C'est ainsi qu'une campagne contre la destruction, par torchage,550 du gaz produit au cours de l'extraction du pétrole a été menée au cours de l'année 2011. En effet, d'importantes quantités de gaz sont souvent libérées dans l'atmosphère lors de la production du pétrole. La majorité des compagnies pétrolières présentes au Nigéria (Shell, Exxon-Mobil et Chevron en particulier)551 brulent ce gaz pour « réduire » leurs frais. Les quantités de dioxyde de carbone produites au cours de cette action, qui est communément appelée « torchage de gaz », correspondraient aux émissions produites par deux millions de ménages nord européens.552La campagne de l'ONG a abouti à une fiche, produite avec le soutien financier de l'Union Européenne, qui décrit les conséquences environnementales, mais aussi économiques de cette activité polluante et dangereuse pour la santé des populations des régions pétrolières ; et sur une vive interpellation des compagnies pétrolières incriminées à adopter des méthodes plus écologiques.

    Les plus importantes actions de Tansparency International et Human Rights Watch ont été recensées dans le domaine de la lutte contre les crimes financiers. Il s'agit généralement pour ces organisations non gouvernementales de dénoncer, à travers des rapports, l'accaparement des revenus pétroliers par l'élite politique nigériane. Elles considèrent en effet, que la lutte pour une gestion transparente de la rente pétrolière participe de l'amélioration des conditions de vie des nigérians et donc à la sauvegarde de leur droit à des conditions de vie décentes. Les efforts de transparence et de bonne gouvernance pétrolière, entrepris par les autorités politiques

    548 - Voir Amnesty International, Industries extractives et droits humains : vers la responsabilité des multinationales ? Amnesty International, 2011.

    549 - Cf. Amnesty International et CEHRD, La vraie « tragédie ». Retards et incapacités à stopper les fuites de pétrole dans le delta du Niger, Amnesty international, 2011, pp. 21 et 30.

    550 - Cf. annexe n°

    551 - les Amis de la terre Europe, les Amis de la terre Pays-Bas, les Amis de la terre France et CEE Bankwatch, Torchage de gaz au Nigéria. Les perdants : l'environnement, le développement, la vie, Fiche publiée grâce au soutien financier de l'Union Européenne, Février 2011.

    552 - Idem

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    depuis le retour de la démocratie, ont suscité des avis favorables de ces ONG souvent jugées très sévères vis-à-vis des pays africains.553

    B- Principales limites de l'action des ONG et nécessité d'un aggiornamento de

    leurs stratégies :

    La contribution des organisations non gouvernementales à l'amélioration des conditions de vie des nigérians est indéniable. Qu'elles s'engagent dans la lutte contre la pollution ou contre les crimes financiers, elles marquent par leur capacité à susciter le débat sur la gestion de l'industrie pétrolière et à mettre les différents acteurs de celle-ci face à leurs responsabilités. C'est alors à juste titre que les relations entre les ONG et les autorités politiques nigérianes ne sont pas toujours au beau fixe. Ces dernières, comme les compagnies pétrolières d'ailleurs, hésitent à reconnaitre leur responsabilité dans la situation économique et écologique désastreuse du pays. Les acteurs de l'industrie pétrolière au Nigéria refusent de collaborer de manière régulière avec les organisations non gouvernementales et ne tiennent compte que très insuffisamment des propositions qui leur sont faites.

    L'insuffisante collaboration entre les organisations non gouvernementales et les différents acteurs de l'industrie pétrolière au Nigéria réduit les résultats de l'action de celles-ci. Leurs initiatives sont alors des plaidoyers d'une cause qui semble perdue d'avance. Les efforts d'Amnesty International pour susciter plus de responsabilité de la part des compagnies pétrolières internationales n'ont, par exemple, pas encore permis une réduction considérable de la pollution pétrolière dans le delta du Niger. Les déversements accidentels de pétrole dans la nature sont toujours d'actualité et les causes sont généralement à rechercher dans le manque d'entretien des installations pétrolières. Les droits des populations des régions pétrolières à ces occasions sont toujours très peu pris en compte. Celles-ci ne bénéficient pas des indemnisations dont elles ont droit et sont toujours expropriées au profit des projets de prospection pétrolière. L'action des organisations non gouvernementales doit alors se faire plus incisive. Elles doivent par exemple exercer un lobbying auprès des institutions financières internationales pour que leurs financements ne bénéficient dorénavant qu'aux projets pétroliers « propres ». Le poids qu'ont les investissements de certaines d'entre elles dans l'industrie pétrolière déciderait les acteurs de la filière nigériane à faire des efforts dans le sens d'améliorer l'impact de leurs activités sur les populations.

    Les ONG doivent également exercer des pressions auprès des bailleurs de fonds pour que soient pris en compte, dans l'attribution de prêts pétroliers, la volonté des acteurs de se servir de l'argent reçu pour permettre un réel développement de la région du delta du Niger et du Nigéria en général. Les organisations non gouvernementales peuvent utiliser des mesures plus radicales comme le boycott des stations services ; l'organisation de campagnes internationales de lutte contre l'incurie ; la signature de pétitions à l'endroit des autorités politiques fédérales ou des compagnies pétrolières ; etc. pour inciter les acteurs du secteur pétrolier, les compagnies

    553 - Cf. supra

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    pétrolières en particulier, à adopter une stratégie plus « humaine » dans leur gestion du secteur pétrolier. Il est en outre important que les ONG renforcent leur partenariat avec des organisations locales pour une action plus efficace.

    Les organisations non gouvernementales sont des partenaires importants du secteur pétrolier nigérian. Si leur action ne rencontre pas toujours l'assentiment des acteurs de l'industrie, elle n'en demeure pas moins essentielle à l'amélioration de la gestion du secteur pétrolier nigérian. Il leur faut toutefois revoir leurs stratégies afin de leur action ne s'apparente pas au mythe de Sisyphe.

    SECTION III : DE LA NECESSAIRE INSCRIPTION DU NIGERIA DANS UNE LOGIQUE DE DEVELOPPEMENT DURABLE :

    Le pétrole reste un facteur majeur de puissance politique et de stabilité économique et sociale au Nigéria, cinquante ans après le début de son exploitation. L'industrie pétrolière est le premier pourvoyeur de fonds de l'Etat, le principal facteur de la croissance de son PIB, le moteur du dynamisme de son commerce extérieur et un élément majeur de sa coopération internationale.554L'importance du pétrole au Nigéria a favorisé la naissance de nombreuses convoitises qui, en plus de limiter les résultats sociaux de son exploitation, mettent le pays dans une situation d'insécurité multiforme et préjudiciable à sa stabilité. Un des plus grands risques auxquels est exposé le premier producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne est, sans doute, l'incapacité de réussir sa transition énergétique. En effet, si le pétrole reste une énergie prisée, à cause de sa facilité de stockage et la variété de ses usages,555 son caractère non renouvelable demeure une épée de Damoclès sur les perspectives de développement. Il est impossible pour un pays essentiellement pétrolier d'envisager sereinement l'avenir sans une réelle volonté d'adopter des politiques de diversification énergétique voire de développement durable. Car, malgré le succès que connait aujourd'hui l'industrie pétrolière, il est évident qu'elle connaitra, même s'il n'existe pas encore de consensus quant à l'atteinte ou non du pic pétrolier, un certain ralentissement dans les années à venir.556 Le Nigéria, qui souhaite confirmer et stabiliser son statut de puissance régionale et mondiale, se doit alors d'orienter son industrie pétrolière vers la prise en considération des générations futures (Paragraphe 1). Il est nécessaire pour cela que les autorités politiques du pays réduisent la place du pétrole dans l'approvisionnement énergétique et l'économie en lui substituant progressivement des énergies renouvelables (Paragraphe 2). L'adoption de politiques de développement durable par tous les acteurs secteur pétrolier nigérian ne réduirait

    554 - Cf. supra

    555 - Cf. supra

    556 - De nombreuses raisons comme le manque de rentabilité du pétrole à cause d'une hausse soutenue des prix du baril ; la raréfaction des gisements ; la faillite des compagnies pétrolières ; l'adoption par plusieurs pays de politiques de développement durable ou la découverte d'une énergie plus moins cher et facilement accessible pourraient venir brusquement stopper l'attrait dont bénéficie actuellement le pétrole.

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    pas la croissance économique du pays, mais favoriserait plutôt son émergence en tant qu'acteur géostratégique majeur (Paragraphe 3).

    Paragraphe 1 : Extraction pétrolière et prise en considération des générations futures.

    A- Développement durable et exploitation pétrolière :

    Le développement durable est défini comme « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. ».557C'est une conception du développement qui se propose, par l'adoption de technologies et attitudes écologiques, de permettre une croissance économique qui ne se ferait pas au détriment des générations futures. Il s'agit alors, ici, non pas de se priver dans les temps actuels, mais d'agir pour un profit équitable entre les générations. Les promoteurs de cette stratégie de développement considèrent, en effet, que le type de développement hérité du modèle capitaliste n'est pas viable sur le long terme. Même s'il a apporté de nombreux avantages aux pays industrialisés, il s'est surtout fait au détriment de la planète.558Il n'a pas suffisamment pris en compte la postérité et a entrainé des écarts de développement considérables entre pays du nord et pays du sud. Or, la réalité actuelle du monde voudrait que tout projet de développement soit bâti sur des bases consensuelles et n'exclue pas les générations futures.

    L'industrie pétrolière est stratégique. En Afrique, les acteurs du secteur font valoir de nombreux arguments qui participent au maintien, dans de nombreux pays, d'une économie profondément influencée par les revenus pétroliers. Les multinationales du pétrole utilisent force moyens financiers pour maintenir un certain dynamisme de l'industrie. Elles réalisent chaque jour de nouvelles prospections pétrolières qui visent, à terme, à se servir des pays pétroliers de la région comme des facteurs de leur développement et de leur industrialisation. En outre, les considérations géostratégiques qui accompagnent les projets pétroliers des grands consomma-teurs559 réduisent les chances des pays pétroliers africains, très extravertis, de définir des politiques pétrolières autonomes.560 Les dirigeants politiques, quant à eux, continuent de faire de la rente pétrolière l'élément essentiel de leur économie et de leurs finances publiques. Il est alors quasiment impossible, dans les conditions actuelles d'assujettissement de l'industrie pétrolière en Afrique, que le concept de développement durable soit considéré comme une priorité par les acteurs de la filière.

    557 - Op.cit

    558 - Cf. supra

    559 - Cf. supra

    560 - Cf. supra

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    B- Déficit stratégique du Nigéria et faible prise en compte des exigences du développement durable :

    Au Nigéria, l'industrie pétrolière sert tout d'abord à financer le fonctionnement de l'administration, à travers l'allocation fédérale statutaire, mais aussi à entretenir une clientèle politique de plus en plus nombreuse. La politisation de la rente fait du pétrole un facteur de puissance, essentiel à tous les acteurs gouvernementaux de la filière. La lutte pour le contrôle des positions rentières se fait de plus en plus vive au sein des institutions chargées de la gestion du secteur pétrolier ; entre elles ; et entre celles-ci et les autres acteurs de l'industrie. Dans ces conditions, la prise en compte des générations futures dans la planification et la gestion de l'industrie pétrolière est insuffisante. En effet, le faible contrôle des autorités politiques sur l'activité des compagnies pétrolières créé une incurie générale, marquée par l'utilisation insuffisante de technologies propres et le faible entretien des installations pétrolières. Un expert du delta du Niger, dont les propos ont été révélés par Wikileaks, a déclaré au consul américain en 2008 que « 73% de tous les oléoducs auraient dû être remplacés il y a dix ans déjà. Dans de nombreux cas, des pipelines prévus pour durer 15 ans sont en place depuis 30 ans. ».561 Selon le même expert, « parce que le matériel est attaqué par la corrosion et enterré à une faible profondeur, il est très vulnérable aux chocs accidentels ou prémédités, imputables à la nature ou à l'homme. ».562Les catastrophes naturelles qui s'en suivent et qui sont journalières, selon certains observateurs, provoquent une destruction de l'environnement qui est préjudiciable aux générations futures. Pis, le cycle de pollution semble même imperturbable tant il a su résister au temps.563Le caractère stratégique de l'industrie pétrolière apparait alors comme un frein à la prise en compte véritable des générations futures dans la gestion des activités des multinationales.

    La multiplication des projets pétroliers dans le pays est également la preuve du peu d'intérêt qu'ont les autorités fédérales pour une gestion équitable des ressources pétrolières entre les générations. Aux anciens sites arrivés à épuisement succèdent de nouveaux, toujours plus nombreux. L'Etat fédéral ne fait preuve d'aucune planification quant à la gestion des réserves pétrolières du pays. Or, la majorité des clients du Nigéria (Etats-Unis, Chine, Angleterre, France, etc.) possèdent du pétrole qu'ils utilisent, pour certains, comme des réserves stratégiques.564 Le risque économique mais aussi écologique et militaire est alors transféré vers le Nigéria qui devient un terrain d'affrontement et d'affirmation pour les grandes puissances.

    La gestion de l'industrie du pétrole par les autorités politiques nigérianes fait planer de nombreuses incertitudes sur les générations futures quant à leur chance d'hériter d'un Nigéria fort et autonome. En effet, le manque de résultats sociaux du pétrole a plongé de nombreux nigérians dans une grande pauvreté. Les habitants

    561 - Voir Amnesty International et CEHRD, La vraie « tragédie ». Retards et incapacités à stopper les fuites de pétrole dans le delta du Niger, Amnesty international, 2011, p. 35

    562 - Idem

    563 - Ibid.

    564 - C'est le cas plus particulièrement des Etats-Unis, et de certains pays européens.

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    des régions pétrolières, qui s'estiment lésées depuis de nombreuses années dans le partage de la rente, souhaitent une répartition des revenus pétroliers qui serait à leur avantage. Certains leaders militants dans la région réclament même de la part des autorités fédérales un véritable « fédéralisme fiscal » qui leur permettrait, à terme, de contrôler l'industrie pétrolière.565 La politique étatique en matière de gestion de l'industrie pétrolière s'oriente alors vers une multiplication des capacités de production du pays et sur une augmentation des fonds reversés aux différents niveaux de gouvernement.566 Dans ces conditions, il devient impossible pour les responsables politiques de songer à une gestion du pétrole qui intègre les besoins éventuels des générations futures, préoccupés qu'ils sont de faire jouer au pétrole un rôle prépondérant dans l'économie et les relations internationales du pays. Or, au regard des prévisions démographiques d'ici à 2050,567 il leur est nécessaire de mettre sur pied des politiques pétrolières qui prennent suffisamment en considération les générations futures.

    Les autorités politiques nigérianes sont astreintes d'intégrer dans leurs politiques pétrolières les exigences du développement durable. Elles risqueraient sinon, de plonger les régions pétrolières dans une pollution qui serait très difficile à éradiquer même sur plusieurs générations. Les produits de la mer auront considérablement diminués et les sols se seront appauvris, réduisant, de ce fait, la capacité des populations à être alimentairement autonomes. De nombreux nigérians subiraient alors les conséquences d'une gestion du pétrole n'ayant pas pris en compte les besoins des générations à venir. Il est impératif que les dirigeants politiques du pays oeuvrent pour une gestion plus respectueuse de l'environnement par les compagnies pétrolières. Pour atteindre cet objectif, ils devraient nécessairement mettre fin à la politique du « tout pétrole » en vigueur dans le pays. La promotion des énergies renouvelables pourra alors permettre au pays d'atteindre ses objectifs en termes de puissance et de développement.

    Paragraphe 2 : Les énergies renouvelables comme facteurs de développement et de puissance pour le Nigéria.

    A- La place du pétrole dans le bilan énergétique :

    Les énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, biocarburants, hydraulique, etc.) constituent des points essentiels de la logique de développement durable. En effet, le modèle de développement capitaliste, qui a favorisé les « trente glo-

    565 - Cf. supra

    566 - C'est précisément l'objet de l'intensification de la coopération pétrolière entre le Nigéria et de gros consommateurs comme les Etats-Unis et la Chine. Le premier s'est engagé à augmenter ses importations de pétrole en provenance du Nigéria, tandis que le second s'y est offert récemment d'importants blocs pétroliers. Les autorités politiques nigérianes se sont alors engagées, depuis le retour à la démocratie, d'augmenter le taux des revenus reversés aux régions pétrolières et à créer des organismes en charge d'y initier des projets de développement.

    567 - Cf. supra

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    rieuses » et permis l'émergence de la société de consommation actuelle,568 utilise abondamment des énergies fossiles. Le pétrole, qui est la plus utilisée d'entre elles, sert à la fois dans l'industrie, les transports et la défense. Il est à la base du développement et de la puissance de plusieurs nations occidentales et asiatiques. Cependant, les conséquences de la consommation des énergies fossiles sur l'environnement et la résilience de la couche d'ozone569 ont poussé de nombreux scientifiques et hommes d'Etat à s'interroger sur la pérennité d'un modèle de développement très peu respectueux de la nature. L'Organisation des Nations Unies, par l'entremise de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement (plus connue sous le nom de « commission Brundtland »570) s'est alors penchée sur la question et, au terme de trois années de travail, a publié un rapport intitulé « Notre avenir à tous » encore appelé « Rapport Brundtland ». Il s'agit dans celui-ci d'une somme de constats sur les effets du développement capitaliste sur l'environnement et de quelques propositions pour éviter que les progrès économiques et sociaux se fassent au détriment de notre planète.

    Au Nigéria, comme dans de nombreux autres pays du Golfe de Guinée, l'industrie pétrolière connait aujourd'hui un véritable essor. Les compagnies pétrolières continuent d'effectuer un travail de prospection intense, qui concerne de plus en plus les fonds marins. La place du pétrole dans le bilan énergétique du pays s'en trouve alors renforcée. En effet, il constitue, avec le gaz naturel et la biomasse traditionnelle, les sources d'énergie primaires les plus consommées au Nigéria.571Le pétrole est la principale énergie dans les transports et occupe une place tout aussi importante dans l'approvisionnement en électricité de nombreuses localités. Cependant, malgré la nette domination des énergies fossiles dans la consommation énergétique au Nigéria et l'importance des réserves gazières et pétrolières du pays,572 celui-ci demeure profondément dépendant de l'extérieur.573De plus, les conséquences négatives de l'industrie pétrolière, et même de la consommation des énergies fossiles, sur la nature remettent en question le droit des populations nigérianes à un environnement sain. Le pays est alors exposé au risque de perdre à la fois sa résilience écologique et énergétique. Pourtant, les potentialités du pays en matière d'énergies renouvelables sont importantes.

    568 - Cf. supra

    569 -

    570 - Il s'agit d'une commission mise sur pied par l'ONU et présidée par Gro Harlem Brundtland qui fut chargée de réfléchir, à partir de 1983, à une solution à la destruction de l'environnement causée par les progrès de l'industrialisation et la modernisation de la société. Le travail, qui dura trois ans, abouti à la conclusion qu'il était important, pour sauver notre planète, de mettre sur pied un partenariat mondial pour l'adoption d'un modèle de développement écologique et équitable dénommé « développement durable » en anglais « sustainable development ».

    571 - Voir Ewah Otu Eleri, Renforcer la résilience écologique et énergétique au Nigéria, Hélio international/ Nigéria, 2007, p. 5

    572 - Le Nigéria possède les sixièmes réserves de pétrole brut au monde et près de 5000 milliards de mètres cubes de réserves prouvées de gaz. Cf. Ewah Otu Eleri, Renforcer la résilience écologique et énergétique au Nigéria, Hélio international/ Nigéria, 2007, p. 15

    573 - Cf. supra

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    B- Etat des lieux des potentialités du Nigéria en matière d'énergies renouvelables :

    Le premier producteur de pétrole d'Afrique possède d'importantes capacités en énergies propres. Les sites hydroélectriques recensés dans le pays ont une capacité de production de 11000 mégawatts.574 Leur mise en marche effective viendrait augmenter la production électrique du Nigéria, qui tourne aujourd'hui autour de 6 000 mégawatts, et réduire considérablement la pauvreté énergétique dont il souffre.575En plus, elle viendrait améliorer la compétitivité du pays, mis à mal par le coût élevé de l'approvisionnement en électricité de nombreuses entreprises. L'Etat ayant mis sur pied un plan d'extension du réseau électrique,576 il lui reste à en favoriser l'accès à une grande partie des nigérians à travers une réduction des prix à la consommation. De même, les réserves en biomasse du pays, encore grandement utilisées dans la production traditionnelle d'énergie, sont des atouts pour une plus grande production d'électricité. Elles peuvent, en effet, suppléer le réseau hydroélectrique en cas de difficulté suite à une baisse du niveau des cours d'eau. Le pays peut ainsi lutter efficacement contre les coupures intempestives d'électricité que connaissent certaines localités en période d'étiage.

    L'énergie solaire peut également servir à une production et une consommation durables d'électricité. En effet, avec son niveau de radiation solaire élevé de 3,5 à 7,0 kWh/ m2 / jour,577 le Nigéria regorge de potentialités exploitables pour la consommation domestique ou industrielle d'électricité. Une extension du réseau photovoltaïque peut venir à bout du problème d'électrification des zones rurales et de certaines villes du pays. Les entreprises, dont un grand nombre pallient à l'approvisionnement électrique irrégulier par l'utilisation de groupes électrogènes, ont également en l'énergie solaire une solution durable à leur problème. Le domaine des transports peut également profiter de la production de cette énergie renouvelable à travers les véhicules dits « hybrides ». Le Nigéria mettrait ainsi à profit les largesses dues à sa situation dans une région à mi-chemin entre le sahel et la forêt équatoriale.

    Les ressources éoliennes du pays sont, quant à elles, jugées modestes.578 La vitesse du vent y est évaluée entre 4 et 7 m/ s (mètres par seconde).579 Les coûts de réalisation et d'installation des éoliennes étant généralement élevés, il est nécessaire qu'une étude de la viabilité commerciale de ce type de production électrique soit réalisée. D'autres énergies renouvelables comme les biocarburants, dont la production de certaines est très coûteuse, peut aussi réduire la dépendance du Nigéria à ses seules ressources pétrolières dans le domaine des transports. Il faut pour cela que

    574 - Voir Ewah Otu Eleri, Renforcer la résilience écologique et énergétique au Nigéria, Hélio international/ Nigé-ria, 2007, p.15

    575 - 60% des Nigérians ne sont pas desservis par le réseau électrique, soit près de 85 millions de personnes.

    576 - Cf. supra

    577 - Voir Ewah Otu Eleri, Renforcer la résilience écologique et énergétique au Nigéria, Hélio international/ Nigéria, 2007, p.15

    578 - Idem

    579 - Ibid.

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    les autorités politiques donnent un coup de main à la recherche et financent davantage l'agriculture.

    Le Nigéria possède incontestablement d'importantes ressources en énergies renouvelables. Celles-ci ont l'avantage d'être plus respectueuses de l'environnement et de favoriser une certaine indépendance énergétique du pays.580La production pétrolière ne pouvant être subitement ralentie, à cause notamment de l'importance qu'elle a dans l'économie du Nigéria, les fonds issus de la vente de pétrole peuvent alimenter les efforts de diversification énergétique du premier producteur de brut d'Afrique, au lieu d'être utilisés en majorité pour des questions d'administration ou de politique. L'industrie pétrolière deviendrait ainsi un facteur de promotion et de vulgarisation des énergies renouvelables. Elle permettrait aussi de mieux envisager « l'après-pétrole » dans le pays. Les énergies renouvelables constituent des solutions rentables au déficit énergétique et au sous-développement que connait le Nigé-ria aujourd'hui. Leur promotion permettrait d'assurer un développement harmonieux aux nigérians et fera que leur pays évite de fonder sa prospérité économique sur la destruction de son environnement.

    Un des avantages les plus importants des énergies renouvelables pour le Nigé-ria est son émancipation stratégique. En effet, les grandes puissances, par ailleurs grandes consommatrices de pétrole, se sont servies de l'extraction pétrolière pour asseoir leur domination économique, politique et stratégique sur le Nigéria en particulier et le Golfe de Guinée en général. Elles ont pris le contrôle progressif du premier producteur de pétrole d'Afrique et se servent de lui comme terrain d'expérimentation de leurs projets géostratégiques pour le continent.581Cette situation, en plus de réduire les chances de développement du pays par le pétrole, le met dans une situation d'insécurité écologique, économique, politique, sociale et stratégique permanente.582Or, une plus grande promotion des énergies renouvelables dans le pays réduirait considérablement sa dépendance stratégique envers les majors originaires des pays grands consommateurs de pétrole. Le pays ne perdra rien de son importance stratégique, encore moins de la croissance économique qu'elle connait aujourd'hui, grâce à sa politique du « tout pétrole ».

    Paragraphe 3 : Le développement durable pilier de la croissance économique et de l'affirmation géopolitique du Nigéria.

    A- Exploitation pétrolière et croissance économique : un contraste apparent.

    580 - Les avantages des énergies renouvelables en matière de préservation de l'environnement et de développement économique sont indéniables. Leur plus grande utilisation au Nigéria aura également l'avantage de sortir le pays de sa dépendance énergétique occasionnée par la mauvaise organisation de sa filière pétrolière et les réalités économiques de celle-ci, à condition que les autorités politiques consentent à investir dans la recherche et à perdre progressivement leur « pouvoir pétrolier ».

    581 - Cf. supra

    582 - Cf. supra

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    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Le développement durable a pour principal objectif de favoriser une croissance et un développement économiques plus respectueux de l'environnement. Il est question, pour les tenants de cette thèse, d'abandonner les méthodes héritées du mode de développement capitaliste qui se sont révélées insoutenables sur le long terme sans pour autant renoncer à la croissance économique. En effet, si le développement durable se présente comme un mode de développement profondément original et écologique, il ne remet pas foncièrement en cause les fondements de la croissance capitaliste que sont les chiffres du Produit Intérieur Brut ou le Produit National Brut. Ce qui change ici c'est l'accent mis à la conservation de l'équilibre général et de la valeur du patrimoine naturel ; le souci d'une distribution et d'une utilisation des ressources équitables entre tous les pays et toutes les régions du monde et la volonté de préserver l'épuisement des ressources naturelles.583 D'autres points comme la diminution de la production des déchets (qui inclut la réutilisation et le recyclage des matériaux) et la rationalisation de la production et de la consommation d'énergie occupent également une place importante dans la théorie du développement du-rable.584En cela, il apparait, aux yeux de certains observateurs et partisans du modèle capitaliste, inapte à la croissance.

    En effet, le souci de rationalisation de l'exploitation et de la consommation des ressources naturelles (comme les énergies fossiles) semble en inadéquation avec la croissance économique qui est généralement tributaire d'une hausse de l'activité des entreprises nationales ou internationales. Dans la majorité des pays africains épargnés par la récession qui touche actuellement les économies occidentales, l'exploitation des ressources naturelles occupe une place importante. C'est d'ailleurs, avec l'amélioration des pratiques de gouvernance par le biais de l'ajustement structurel et l'annulation de la dette, une des principales raisons du maintien de la croissance en Afrique, selon certains experts du Fonds Monétaire International.585 L'exploitation du bois, des ressources minières ou du pétrole constituent des activités économiques majeures dans de nombreux pays africains. Au Nigéria par exemple, le dynamisme de l'industrie pétrolière joue un rôle important dans la relative bonne santé macroéconomique du pays. Les banques sont en surliquidité et l'argent du pétrole sert de « capital initial » à de nombreux projets de développement, notamment dans le cadre de la Commission de Développement du Delta du Niger.586Il apparait alors impossible pour les dirigeants politiques nigérians, comme pour leurs homologues des autres pays africains, de penser une croissance qui ne serait pas basée sur l'exploitation intensive des richesses naturelles que regorge leurs sols ou leurs fonds marins.

    La promotion du développement durable semble être en contradiction avec les « efforts » des autorités politiques nigérianes de lutter efficacement contre la pauvreté. En effet, le pétrole constitue un pilier important de la stratégie de développement

    583 - Voir « Développement durable », Microsoft® Encarta® 2009 [DVD], Microsoft Corporation, 2008

    584 -Idem

    585 - Voir « Croissance mondiale. L'Afrique au-dessus des nuages. », in Jeune Afrique n°2701, du 14 au 20 octobre 2012, p.16

    586 - Cf. supra

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    mise sur pied par les dirigeants du pays ; ceci malgré le pourcentage relativement faible qu'il occupe dans le PIB.587 Il est à la base de nombreux projets de développement et participe du dynamisme des relations internationales du premier producteur de pétrole d'Afrique. En outre, il fait jouer au Nigéria le rôle de partenaire stratégique de nombreuses puissances occidentales et asiatiques. Il semble alors impossible pour les politiques de développement durable de suppléer à l'industrie pétrolière, au regard des résultats macroéconomiques de celle-ci. Or, les potentialités de croissance et de développement par l'adoption d'un mode de développement plus respectueux de l'environnement sont nombreuses.

    B- Contribution potentielle du pétrole au développement économique et géopoli-

    tique du Nigéria :

    La promotion du développement durable par les autorités politiques au Nigéria peut être d'un grand apport pour sa croissance et son développement économiques. Mieux, elle apparait comme une solution à son émergence en tant qu'acteur géopolitique et géostratégique majeur. Le financement de la recherche sur les énergies renouvelables peut faire du pays un pionnier dans sa sous-région. Ses importantes potentialités en matière d'énergie solaire ou éolienne peuvent lui servir de moyens pour favoriser et intensifier la coopération énergétique dans le Golfe de Guinée. Il lui sera possible, par exemple, de vendre son savoir-faire auprès de ses voisins qui connaissent, comme lui, des problèmes d'approvisionnement en électricité. Le développement d'une « économie » des énergies renouvelables peut lutter efficacement contre le sous-développement au Nigéria et permettre au pays de rester un partenaire énergétique majeur pour certains des clients actuels de son pétrole. En outre, il constitue une solution pour anticiper l'après-pétrole qui aura bien lieu, au regard du caractère non renouvelable de la ressource.

    Le développement d'une industrie du recyclage au Nigéria est également un moyen efficace de favoriser sa croissance économique. En effet, le domaine de la transformation des déchets est encore embryonnaire sur le continent. Si quelques initiatives sont recensées dans la plupart des pays africains, il est indéniable qu'une véritable « révolution » n'a pas encore eu lieu. Chaque jour, des tonnes de déchets plastiques et de matières non biodégradables sont abandonnées dans la nature. Il est possible pour le Nigéria de favoriser le développement d'industries de transformation des déchets, qui peuvent alimenter le marché sous- régional en produits recyclés. Il est indéniable qu'avec les faveurs dont bénéficient de nos jours les projets de développement durable, le Nigéria est en mesure de tirer tous les avantages économiques et financiers d'une plus grande promotion de la récupération.

    Le développement durable ne s'oppose donc pas à une croissance économique pour le Nigéria. Il lui permettrait, au contraire, de diversifier son économie sans perdre aucun point de sa croissance ni mettre en péril son environnement. Le pays peu compter sur une forte industrialisation, favorisée par l'émergence d'industries oeuvrant dans les technologies durables, qui le mettraient à l'abri des risques d'une

    587 - Entre 20 et 40% de celui-ci selon les sources.

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    économie dominée par l'exploitation des ressources pétrolières. Les autorités politiques nigérianes doivent se rendre à l'évidence que l'industrie pétrolière, dans les conditions actuelles de son organisation, ne peut qu'offrir à leur pays une croissance sans développement. La promotion de politiques de développement durable appa-rait, quant à elle, comme une promesse de croissance pour le pays mais aussi d'affirmation de celui-ci comme un acteur géopolitique majeur.

    En effet, l'adoption par le Nigéria de politiques de développement durable lui permettrait de continuer à subordonner sa politique étrangère à ses réalités géographiques. Cependant, au lieu de se satisfaire de la place « d'objet » des stratégies de puissance de ses clients, comme c'est le cas actuellement dans ses relations pétrolières, le pays pourra définir ses propres politiques énergétiques et développer une activité commerciale offensive axée sur la promotion d'énergies renouvelables issues de technologies et de ressources locales. Il lui sera possible de se constituer en puissance régionale, et même mondiale, grâce à un renversement du rapport de force dans la bataille mondiale pour l'énergie. Il n'est donc pas impossible pour le Nigéria de se développer sans son industrie pétrolière. Le pays peut, au lieu de continuer à utiliser ses revenus pétroliers pour financer des dépenses administratives inefficaces, jusqu'à présent, mettre la rente au service de la recherche scientifique et de la promotion du développement durable. C'est une des conditions de son émancipation stratégique et de son émergence en tant que puissance mondiale.

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    CONCLUSION DU CHAPITRE :

    Le Nigéria est incontestablement un géant d'Afrique. Sa population, son poids économique et son influence politique font de lui un prétendant « sérieux » au leadership sur le continent. Au fil des années, il a su se rendre incontournable dans la résolution des conflits dans la sous-région Afrique de l'ouest ;588 et servir de contrepoids à la politique de puissance menée par la France à travers l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA).589 L'apport de la « diplomatie pétrolière », menée par les autorités politiques, a été déterminant dans la stature actuelle du pays le plus peuplé d'Afrique. Grâce à elle, il est un des partenaires majeurs des puissances pétrolières présentes dans le Golfe de Guinée, tout en restant actif sur le terrain du lobbying pétrolier en sa qualité de pays membre de l'OPEP ; et a développé un réseau d'interdépendance complexe avec plusieurs de ses voisins.590Toutefois, la puissance du Nigéria demeure fragile. La gestion de l'industrie pétrolière, par les régimes politiques successifs, a suscité de nombreux conflits pour le contrôle des positions de rente et favorisé la précarité chez une majorité de nigérians. La puissance économique et la capacité du Nigéria à construire un projet de développement autonome se sont peu à peu effritées, à cause d'un déficit certain de vision stratégique de la part de ses dirigeants politiques. En outre, le pays demeure en proie à une insécurité de tous les instants, qui remet en question son leadership régional. L'extrémisme musulman dans le nord du pays et le militantisme armé dans le sud sont deux phénomènes porteurs de risques pour la stabilité du pays et de l'ensemble de la sous-région. Dans ces conditions, la consolidation de la démocratie et l'instauration de la bonne gouvernance dans la gestion du pétrole apparaissent comme des points essentiels pour l'émergence du Nigéria en tant que puissance africaine « qui compte ». Il importe alors aux autorités politiques de continuer les réformes démocratiques entreprises et de faire du pétrole, non pas un facteur de dépendance énergétique et stratégique, mais un élément de diversité économique et de développement durable. Elles doivent, pour ce faire, opérer un aggiornamento de la politique étrangère du pays et se poser en acteurs de son avenir politique, énergétique et géostratégique.

    588 - Le Nigéria est partie prenante de la plupart des opérations de la force d'interposition de la CEDEAO, l'Ecomog. L'importance de ses différents contingents traduit généralement sa volonté d'affirmer sa puissance militaire et son influence politique dans la sous-région.

    589 - Cette institution, à vocation sous-régionale, est en réalité une organisation destinée à préserver l'influence économique de la France sur ses anciennes colonies regroupées jadis dans l 'Afrique Occidentale Française (AOF). Elle n'est, par conséquent, pas représentative de la réalité économique de l'Afrique de l'Ouest qui ne saurait se résumer aux seuls pays ayant en commun le Franc CFA.

    590 - Le Nigéria a une influence indubitable sur la plupart de ses voisins. Au niveau religieux avec le poids de sa communauté musulmane ; mais aussi économique grâce au développement d'échanges commerciaux informels ou non avec des pays comme le Cameroun, le Tchad, le Ghana, le Togo ou le Bénin.

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    CONCLUSION DE LA DEUXIEME PARTIE :

    L'exploitation pétrolière est demeurée, cinquante six ans après son démar-rage,591 un facteur de puissance majeur au Nigéria. Son rôle dans l'économie, mais aussi la politique intérieure et les relations internationales, en a fait un élément essentiel des stratégies de pouvoir des différents acteurs du circuit.592Dans la Pétro stratégie à l'oeuvre au Nigéria, le comportement des autorités politiques a, très souvent, reflété leur volonté de se rendre indispensables à toutes les phases de l'industrie et surtout de se servir du pétrole comme facteur de puissance.593Elles ont développé une politique pétrolière offensive ; capable de leur assurer à la fois l'amitié des grands consommateurs et des moyens financiers considérables. Aujourd'hui, le Nigéria fait partie des pays africains disposant d'un univers pétrolier diversifié et dynamique. Or, malgré l'efficacité de certaines mesures politiques prises au cours de son histoire pétrolière,594 le Nigéria n'a pas encore pu mettre le pétrole au service de son développement et du bien-être d'une grande partie de sa population. Pis, les dirigeants politiques sont encore incapables de se servir des importants moyens financiers que procure la vente du pétrole pour réaliser la transition énergétique dont le pays a tant besoin pour pallier son déficit en la matière. Après plusieurs années d'expérience pétrolière, il est indéniable, au regard de la situation sécuritaire du Nigé-ria, que la plupart des politiques mises à l'oeuvre étaient inappropriées. Le manque de consolidation de la démocratie nigériane et la pérennisation d'actes de captation de la rente ont été pour beaucoup dans les faibles résultats sociaux du pétrole. Face aux défis actuels du monde, le pays apparait désarmé et profondément diminué. Il lui est alors important, s'il veut réussir à devenir un acteur géostratégique majeur en Afrique et dans le monde, de revisiter sa coopération internationale et de se servir de l'exploitation du pétrole pour mettre sur pied une stratégie énergétique autonome et durable.

    591 - Le forage du premier puits de pétrole au Nigéria eu lieu en 1956 dans la localité d'OLOIBIRI dans le delta du Niger.

    592 - Cf. supra

    593 - Cf. supra

    594 - Le pays est par exemple un des plus attrayants d'Afrique et surtout du nombre de ceux dont le pourcentage de réception des revenus pétroliers est le plus haut.

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    CONCLUSION GENERALE :

    Il était question au cours de notre travail de recherche, d'établir la relation qui existe, au Nigéria, entre les enjeux énergétiques et l'insécurité. Nous nous sommes interrogés sur l'éventualité que les nombreuses convoitises sur le pétrole nigérian puissent constituer des facteurs d'insécurité. La théorie néoréaliste des relations internationales, que nous avons convoquée, nous a permis de démontrer que l'Etat est souvent concurrencé, dans ses domaines de souveraineté, par des acteurs plus subtils et souvent plus efficaces. Nous avons, dans un premier temps, illustré ce fait à travers une présentation du pétrole comme la ressource énergétique au coeur de l'extraversion étatique du Nigéria. Nous avons démontré que la politique énergétique des grandes puissances est au centre de leur vision stratégique du Golfe de Guinée, et donc, du Nigéria. L'importance du pétrole dans les relations internationales du pays, apparait comme une preuve de la volonté des grands consommateurs de le mettre au service de leur projet géostratégique. Nous avons alors démontré que les relations commerciales entre le Nigéria et les clients de son pétrole ont abouti à son encerclement géostratégique et à l'échec des politiques de développement durable. La présentation des potentialités pétrolières du Nigéria, de l'organisation et de la gestion de son secteur pétrolier, nous a permis d'avoir une première impression sur les éventuelles limites d'une administration trop centralisée et dominée par les autorités politiques. Ce constat nous a permis de présenter les principales poches d'insécurité pétrolière au Nigéria, à savoir la gestion des dirigeants politiques, les actions des multinationales pétrolières et la contestation menée par un nombre important de ressortissants du delta du Niger d'où provient 90% pétrole nigérian. Nous avons démontré que cette insécurité « pétrolière » constitue un facteur favorable au développement d'autres formes d'insécurités telles que la corruption ou la grande criminalité.

    Dans la seconde partie de notre travail, nous nous sommes attelés à démontrer que la gestion inadéquate du secteur pétrolier nigérian a une incidence sur la capacité du pays à percevoir et à s'adapter aux défis actuels du monde. Nous avons démontré comment les manoeuvres politiciennes ont empêché l'émergence du Nigéria en tant que puissance régionale véritable. Il est difficile pour les autorités politiques de concevoir un projet de développement qui soit ancré dans les réalités locales et bénéfique à l'autosuffisance énergétique du pays. De même, le déficit de vision stratégique des dirigeants nigérians a fait que l'importante démographie du pays, qui est pourtant un atout, devienne un obstacle à son développement. Nous avons démontré qu'une des limites majeures de la gestion du pétrole nigérian est l'« ethnicisation » de la rente, et l'utilisation de celle-ci comme moyen de s'attirer les faveurs des populations des régions productrices. Nous avons présenté le dynamisme de la production pétrolière dans le Golfe de Guinée comme un obstacle à la coopération énergétique. Nous avons également dressé le bilan des avancées dans la gestion du pétrole, depuis le retour de la démocratie. Nous nous sommes attelés à présenter le bilan de l'action des partenaires du pétrole nigérian, dans la consolidation de la bonne gou-vernance et de la démocratie. Nous avons enfin abordé la question du développement durable, en faisant un état des potentialités du pays, tout en présentant sa pro-

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    motion comme une solution à l'insuffisance énergétique et un appui véritable à la croissance.

    Au terme de notre recherche, nous pouvons affirmer que le pétrole est, incontestablement, une énergie stratégique au Nigéria. La volonté des dirigeants du pays de lui faire jouer le rôle d'énergie de la puissance a cristallisé sur son exploitation de nombreux intérêts. Au fil des années, il est devenu un des piliers de la stabilité politique, économique et sociale du plus grand producteur d'Afrique. Il participe au dynamisme de sa diplomatie et a une responsabilité dans sa stature internationale actuelle. L'importance des potentialités pétrolières ; mais surtout la grande permissivité de la filière nigériane y ont favorisé l'essaimage d'acteurs toujours plus nombreux et déterminés à tirer, par tous les moyens, leur épingle du jeu pétrolier. Autorités politiques, militants dans le delta du Niger et partenaires internationaux (compagnies pétrolières, institutions financières, agences de crédit à l'exportation, sociétés de services pétroliers, etc.) s'affrontent alors dans une bataille qui a pour objectif principal le contrôle du circuit de production.

    Cette confrontation inégale, qui se fait au détriment du bonheur d'une grande partie de nigérians, a des conséquences majeures sur la sécurité du Nigéria. Il est actuellement un des pays africains les plus exposés à la pollution ; mais aussi à l'instabilité sociale et politique ; à la récession économique et au sous-développement. En outre, l'encerclement stratégique de son territoire, par les grands consommateurs de pétrole, fait peser sur lui le risque de pâtir des dommages collatéraux d'un affrontement entre eux ou de subir les contrecoups de sa coopération avec des pays dans la ligne de mire de groupes terroristes internationaux ou locaux. Les enjeux énergétiques constituent de véritables facteurs d'insécurité, qui remettent en question la capacité du pays à prétendre à un statut de puissance régionale.

    En effet, les chances pour le Nigéria de faire de ses importantes potentialités pétrolières des facteurs de sa puissance et de son développement sont réduites. Ceci à cause, entre autres, de la relative inorganisation de son secteur pétrolier et de la volonté des dirigeants politiques de se plier au diktat des compagnies pétrolières internationales. Le manque d'initiatives et la faible marge de manoeuvre des autorités politiques font planer sur lui le spectre de la déchéance de pays comme l'Iraq ou la République Démocratique du Congo, qui souffrent d'une instabilité « chronique », faute de n'avoir jamais pu réaliser un leadership durable sur la richesse de leurs territoires. Même les réformes amorcées par les gouvernements démocratiques depuis 1999, dont certaines se sont pourtant révélées courageuses et opportunes, n'ont pas encore réussi à venir à bout des menaces que constituent sa dépendance stratégique ou la faible diversité de son économie. L'avenir du Nigéria repose alors entre les mains des générations actuelles. Elles doivent mettre à profit l'expérience tirée de cinquante sept ans de politiques et de stratégies pétrolières inefficaces. Les dirigeants politiques, qui sont les principaux responsables de la situation d'insécurité dans laquelle se trouve le pays, doivent mettre toutes leurs forces à la reconquête de la souveraineté énergétique du Nigéria. Ils doivent, pour cela, oser prendre des décisions qui vont à l'encontre des intérêts des grands consommateurs de pétrole.

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    L'émancipation stratégique du Nigéria est la condition sine qua non à son passage du statut de pays à risque à celui de puissance régionale ou mondiale. Si l'exploitation du pétrole a pu apporter de nombreux avantages financiers au Nigéria, elle peut, dès aujourd'hui, être le moyen par lequel il accèdera à la puissance ultime. Il faut pour cela que les autorités politiques en prennent conscience. C'est un impératif pour le pays qui abritera, à l'horizon 2050, la cinquième population mondiale.

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    UKIWO Ukoha, « Le delta du Niger face à la démocratie virtuelle du Nigéria », Politique Africaine, « le Nigéria sous OBASANJO. Violences et démocratie. » n° 106, Juin 2007, pp.128-147.

    HARBULOT Christian, LIN Cécile, MORER Michael, SAINT-SEVER Audrey, SINNO Caroline, TOUGARD « Les compagnies pétrolières chinoises dans la stratégie pétrolière de Pékin », Intelligence économique, Charley, ESSEC Business school, 2008-2009.

    GILLIES Alexandra, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. », U4 brief, n°23, septembre 2009.

    MVOMO ELA Wullson, « Pétrole et appels d'empire dans le Golfe de Guinée. », Enjeux, n°22, Janvier-mars 2005.

    AWOUMOU Côme Damien George, « Le Golfe de Guinée face aux convoitises. », Enjeux, n°22, Janvier-mars 2005.

    KOUNOU Michel, « Paradoxes et misères du pétrole africain. », Enjeux, n°36, Juillet 2008.

    BURDIN ASUNI Judith, «Blood oil in the Niger Delta.», Special Report, n°229, aout 2009, pp.1-19.

    NGODI Etanislas, « Gestion des ressources pétrolières et développement en Afrique. », 11e Assemblée générale du CODESRIA, 6-10 décembre 2005.

    IWAYEMI Akin, « Le Nigéria dans le système pétrolier international. », Le Nigéria, un pouvoir en puissance.

    III-THESES ET MEMOIRES :

    QUERE Stéphane, Les clans criminels nigérians, mémoire soutenu en vue de l'obtention du diplôme universitaire « analyse des menaces criminelles contemporaines », Session 19992000, université de Paris II Panthéon-Assas, octobre 2001.

    SINIKI Gen-Serbé, Enjeux énergétiques et logiques sécuritaires : une analyse du déploiement américain dans le Golfe de Guinée, mémoire soutenu en vue de l'obtention du diplôme de master en Gouvernance et politiques publiques, université catholique d'Afrique centrale, 2010.

    Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 147

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    ESSONO ESSONO Ménélik, Différents frontaliers maritimes et exploitation pétrolière dans le Golfe de Guinée, 2010.

    TCHETCHOUA TCHOKONTE Severin, Enjeux et jeux pétroliers en Afrique : étude de l'offensive pétrolière chinoise dans le Golfe de Guinée, mémoire soutenu en vue de

    l'obtention du diplôme de master 2 de science politique, université de Yaoundé II, 2008.

    ATANGANA Victor Stanislas, Extraction pétrolière et protection de l'environnement dans le Golfe de Guinée, mémoire soutenu en vue de l'obtention du diplôme de master II de droit international de l'environnement, université de Limoges, 2009.

    MATTE Joëlle, Les violations des droits humains commises par les entreprises transnationales du secteur extractif : quelles solutions pour contrer le déficit de gouvernance ? Essai de maitrise en études internationales présenté à M. Richard Ouellet, université Laval, Institut des hautes études internationales, avril 2011.

    IV-AUTRES DOCUMENTS :

    A-Revues :

    CHAUPRADE Aymeric dir. Géopolitique des Etats-Unis, culture, intérêts, stratégies, Revue française de géopolitique, Ellipses, 2003, 332 p.

    Les Grands Dossiers de Diplomatie, n°6, Affaires stratégiques et relations internationales, Déc. 2011- Jan. 2012.

    BONIFACE Pascal dir. L'année stratégique 2009, analyse des enjeux internationaux, Dal-loz/IRIS, 2008, 592 p.

    B-Rapports :

    OTU ELERI Ewah, Renforcer la résilience énergétique et écologique au Nigéria, Hélio inter-national/Nigéria, 2007, 29 p.

    AMNESTY INTERNATIONAL, CEHRD, La vraie « tragédie ». Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le delta du Niger, Amnesty international, novembre 2011, 54 p.

    AMNESTY INTERNATIONAL, Pétrole, pollution et pauvreté dans le delta du Niger, Amnesty international, Juin 2009.

    AMNESTY INTERNATIONAL, Nigéria : pétrole, pauvreté et violence, Editions françaises d'Amnesty international, Aout 2006.

    GEISER Alexandra, Nigéria, Organisation Suisse d'Aide aux Réfugiés (OSAR), 2010, 24 p.

    Groupe de la Banque Africaine de Développement, Nigéria. Programme de réforme de l'économie et du secteur de l'énergie, 2009, 37 p.

    Commission de l'Union Africaine, Etat de l'intégration en Afrique, 3e publication, Juillet 2011, 252 p.

    Conseil Mondial de l'Energie, Intégration régionale de l'énergie en Afrique, Juin 2005, 102 p.

    GARY Ian, LYNN KARL Terry, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, Catholic relief service, 102 p.

    Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 148

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Banque Africaine de Développement, Rapport sur le développement en Afrique 2000, Economica, 2000.

    PNUD, Rapport sur le développement humain en Afrique-2012. Vers une sécurité alimentaire durable, PNUD, 2012, 14 p.

    ONUDI, Rapport annuel 2011, 149 p.

    Commission économique pour l'Afrique, Union Africaine, Groupe de la Banque Mondiale, PNUD, Rapport OMD 2012. Evaluation des progrès accomplis en Afrique dans la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement, 2012.

    CNUCED, Rapport 2012 sur les pays les moins avancés. Mettre à profit les envois de fonds et les compétences des diasporas pour renforcer les capacités productives, New York et Genève 2012.

    CNUCED, Rapport sur l'investissement dans le monde 2012.Vue d'ensemble. Nations Unies, New York et Genève 2012.

    C-Autres documents :

    FOCCART Jacques, Dans les bottes du général. Journal de l'Elysée III 1969-1971, Fayard/J.A

    VERSHAVE François-Xavier, La Françafrique. Le plus long scandale de la république, Stock, 1998.

    VERSHAVE François-Xavier, Noir silence : qui arrêtera la françafrique ? les Arènes, Paris, 2000, 596 p.

    ARON Raymond, Paix et guerre entre les nations, Calmann-Lévy, 1962, 1984, 2004 pour la présente édition.

    MACHIAVEL Nicolas, Le prince, éditions mille et une nuits, Janvier 1999. WEBER Max, Le savant et le politique, Plon, 1959.

    AGIR ICI / SURVIE, Trafics, barbouzes et compagnies. Aventures militaires françaises en Afrique, L'Harmattan, 1999.

    AIR ICI / SURVIE, Jacques Chirac et la françafrique : retour à la case Foccard, l'Harmattan, Paris, 1996, 111p.

    V-SITES INTERNET :

    www.unodc.org : site officiel de l'Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime. www.canadainternational.g.c.ca: site consacré au sommet du G8 au Canada en 2008.

    www.slateafrique.com : site d'information consacrant quelques uns de ses articles à l'actualité en Afrique.

    www.french.irib.ir/info/ : site d'informations internationales.

    Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 149

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    www.geopopulation.com : site consacré, entre autres, aux informations sur la démographie mondiale.

    www.afriquejet.com : site consacré à l'information africaine et internationale.

    www.eiti.org : site officiel de l'Initiative pour la Transparence des Industries Extractives. www.undp.org : site officiel du Programme des Nations Unies pour le Développement.

    www.afdhr.org : site du PNUD consacré au rapport 2012 sur l'indice de développement humain en Afrique.

    www.unido.org : site officiel de l'Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel.

    www.worldenergy.org : site officiel du conseil mondial de l'énergie.

    www.transparency.org : site officiel de Transparency International.

    www.osiwa.org

    www.u4.no/

    www.rnw.nl

    VI- ENCYCLOPEDIES VIRTUELLES :

    Wikipedia, site internet: www.wikipedia.com

    Encarta 2009, encyclopédie de Microsoft® corporation éditée en 2008.

    Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 150

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    ANNEXES :

    Annexe n°1 : Carte des principaux groupes géopolitiques du Nigéria et de ses sites pétroliers.

    Source : Département de recherche sur les Menaces Criminelles Contemporaines - (c) D.R.M.C.C. 2002 Les Organisations Criminelles nigérianes. Stéphane Quéré.

    Annexe n°2 : Carte de la provenance des compagnies pétrolières présentes en Afrique et de la circulation des exportations pétrolières du continent

    Sources: UN statistical yearbook; US department of energy; international energy agency; rapports des principales compagnies pétrolières présentes sur le continent. (c) Maria Luisa Giordano et Sara Anifowose, université de Bologne (Italie).

    . Annexe n° 3 : Répartition mondiale des énergies renouvelables

    Annexe n°4 : Carte des flux pétroliers et de la consommation de pétrole dans le monde (2009).

    Source :

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 151

    Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 152

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Annexe 5 : la pollution par le torchage du gaz dans le delta du Niger. Ici, dans le voisinage direct de quelques habitations.

    Source : Amnesty International.

    Annexe n°6 : Des ouvriers entrain d'essayer de colmater une brèche qui s'est crée dans un oléoduc. Selon certains observateurs, les fuites de pétroles constituent des phénomènes réguliers dans la région du delta du Niger.

    Source : CEHRD.

    Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 153

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées
    a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Annexe 7 : Les dégâts causés par les déversements pétroliers dans le delta du Niger sont considérables. Ici, une femme récoltant des bigorneaux dans une rivière polluée.

    Source : Amnesty International.

    Annexe 8 : Classement des plus grands producteurs de pétrole au monde et de leurs réserves prouvées.

    Pays

    Production de pétrole (en millions de ba- rils/jour)*

    Réserves prouvées (en milliards de barils)*

    Pourcentage des réserves mondiales.

    Arabie Saoudite

    10, 66

    264,6

    19

    Russie

    9,67

    74,2

    5,33

    Etats-Unis d'Amérique

    8,33

     
     

    Iran

    4,14

    137,6

    9,88

    Chine

    3,85

    20,35

    1,46

    Mexique

    3,70

     
     

    Canada

    3,28

    178,2

    12,58

    Emirats Arabes Unis

    2,95

    97,8

    7,02

    Venezuela

    2,80

    296,5

    24,8

    Norvège

    2,78

     
     

    Koweït

    2,67

    104

    7,47

    Nigéria

    2,44

    37,5

    2,69

    Brésil

    2,16

     
     

    Algérie

    2,12

     
     

    Iraq

    2,0

    143,5

    12

    *indices de 2006 * Chiffres de 2010

    Sources : CIA World Factbook du 01er Janvier 2010 et recherches personnelles.

    Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 154

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées
    a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Annexe 9 : L'indice de développement humain de quelques pays du Golfe de Guinée.

    Pays

    Indice de déve- loppement humain (Va- leur 2011)

    Espérance de vie à la nais- sance (en année)

    Durée

    moyenne de scolarisation

    Durée atten- due de scola- risation

    Revenu na-tional brut par habi-tant*

    Angola

    0,486

    51,1

    4,1

    9,1

    4874

    Cameroun

    0,482

    51,6

    5,9

    10,3

    2031

    Congo

    0,533

    57,4

    5,9

    10,5

    3066

    Cote d'ivoire

    0,400

    55,4

    3,3

    6,3

    1387

    Ghana

    0,541

    64,2

    7,1

    10,5

    1584

    Guinée équa- toriale

    0,537

    51,1

    5,4

    7,7

    17608

    Gabon

    0,674

    62,7

    7,5

    13,1

    12249

    Nigéria

    0,459

    51,9

    5,0

    8,9

    2069

    Moyenne Afrique sub-saharienne

    0,463

    54,4

    4,5

    9,2

    1966

    *en milliers de dollars américains.

    Source : rapport 2012 du PNUD sur le développement humain en Afrique.

    Annexe 10 : Prévisions de la population mondiale à l'horizon 2050.

    Prévisions de la population mondiale à
    l'horizon 2050

    Inde

    Chine Etats-unis Pakistan Nigéria Indonésie

    1,6

    1,4

    0,335

    0,404

    0,289 0,288

    1,4 : nombre d'habitants en milliards.

    Source : FNUAP

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    TABLE DES MATIERES :

    Introduction 1

    PREMIERE PARTIE :

    LE NIGERIA DANS LA GALAXIE MONDIALE DES PRODCUTEURS DE PETROLE :
    ENTRE GRANDE PRODUCTION ET FRAGILITE GEOSTRATEGIQUE

    Chapitre I - le pétrole : une source d'énergie stratégique au coeur de l'extraversion étatique du Nigé-

    ria
    20

    Section 1 : - Nigéria : super producteur de pétrole d'Afrique 21

    § 1

    :

    - Le Nigéria pétrolier : réalité géographique, sociologique et impact économique

    22

    § 2

    :

    - Organisation du circuit pétrolier nigérian et acteurs principaux

    24

    § 3

    :

    - Paradoxe de l'abondance : richesse et misère du pétrole nigérian

    29

    Section 2 : - La gestion du pétrole au Nigéria comme enjeu de puissance et de réalisation de straté-

    gies politiciennes 31

    § 1

    :

    - L'allocation fédérale statutaire comme principe de base de la redistribution des

     
     
     

    revenus pétroliers

    32

    § 2

    :

    - Une politique de gestion du pétrole opaque et subjective sous les régimes militaires 35

     

    § 3

    :

    - Evolution et tentative de normalisation des politiques pétrolières depuis le retour de la

    démocratie 37

    Section 3 : Le Nigéria : un producteur de pétrole au centre des enjeux énergétiques des grandes puis-

    sances 39

    § 1 : - Les relations internationales du Nigéria à l'heure du boom pétrolier

    40

     

    § 2 : - Pétrole et encerclement géostratégique du Nigéria

    42

    § 3 : - Stratégies pétrolières et échec des politiques de développement durable.....

    45

     

    Conclusion du chapitre

     

    48

    Chapitre II : Pétrole et insécurité au Nigéria ou les preuves d'une pétro stratégie dans le Golfe

    de Guinée

     

    49

    Section 1 : Les stratégies de puissance par le pétrole au Nigéria comme sources d'insécurité

    50

     

    § 1 : - Les firmes multinationales du pétrole : des relais locaux des grands consommateurs

    Aux méthodes dangereuses 51

    § 2 : - Puissance économique et clientélisme politique comme ou les ferments de l'insécurité

    Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 155

    Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 156

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    pétrolière au Nigéria 54

    § 3 : - L'exploitation pétrolière au Nigéria à l'épreuve de la contestation populaire et des

    revendications autonomistes 56

    Section 2 : L'Etat fédéral et la gestion de la question du delta du Niger 59

    § 1 : - La militarisation de la solution d'un conflit social 59

    § 2 : - La question du delta du Niger et les manoeuvres des dirigeants politiques 62

    § 3 : - L'échec des institutions administratives spécialisées dans le développement du delta

    du Niger 64

    Section 3 : Les stratégies de pouvoir et leur influence sur la croissance de l'insécurité 66

    § 1 : - L'escalade militaire dans le delta du Niger comme symptôme des stratégies de pouvoir

    Des acteurs du secteur pétrolier 67

    § 2 : - Pétrole et corruption au Nigéria : un cercle vicieux 69

    § 3 : - Exploitation pétrolière et criminalité au Nigéria : une relation presque naturelle.... 71

    Conclusion du chapitre 74

    Conclusion de la première partie 75

    DEUXIEME PARTIE :

    LA GESTION DU SECTEUR PETROLIER NIGERIAN A L'EPREUVE DES DEFIS DE SON

    EMERGENCE ET DE SON DEVELOPPEMENT

    Chapitre III : Stratégies pétrolières et échec de l'affirmation du Nigéria sur le plan régional.... 78

    Section 1 : Géostratégie du pétrole et insuffisances stratégiques du Nigéria 79

    § 1 : - Pétrole et développement : déni d'une malédiction 80

    § 2 : - Emancipation géostratégique et développement endogène au Nigéria 83

    § 3 : - Richesse pétrolière et dépendance énergétique : le Nigéria au coeur d'un paradoxe

    africain 85
    Section 2 : Démographie et gestion pétrolière au Nigéria : analyse de l'incidence de la croissance

    De la population sur le développement 88

    § 1 : - Présentation statistique de la population nigériane 88

    § 2 : - La problématique de la démographie au Nigéria 90

    § 3 : - Gestion pétrolière et ethnicisation de la rente 92

    Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 157

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Section 3 : Industrie pétrolière et stature internationale du Nigéria 95

    § 1 : - La géopolitique du pétrole comme source de dépendance du Nigéria à la rente pétro-

    lière 95

    § 2 : - Enjeux énergétiques internationaux et sous-industrialisation du Nigéria 97

    § 3 : - Stratégies pétrolières et faible intégration énergétique sous-régionale 99

    Conclusion du chapitre : 102
    Chapitre IV : Démocratie et bonne gouvernance : axes prioritaires de la nouvelle géopolitique

    du pétrole au Nigéria 103
    Section 1 : Démocratie et gestion des ressources naturelles : bilan de l'expérience nigériane

    depuis 1999 104

    § 1 : - La participation des populations du delta du Niger à la gestion du pétrole 105

    § 2 : - Gestion de l'industrie pétrolière et contrôle parlementaire : une relation à

    parfaire 107

    § 3 : - Politique pétrolière et assainissement des moeurs au Nigéria : nécessité d'une

    stratégie anti-corruption volontariste 110
    Section 2 : Coopération internationale et bonne gouvernance de la filière pétrolière

    Nigériane 113

    § 1

    :

    - Les grands consommateurs et la question du sous-développement du Nigéria

    114

     

    § 2

    :

    - Les institutions financières internationales et le contrôle de la filière pétrolière

    117

     

    § 3

    :

    - Le rôle des ONG dans la défense des populations locales

     

    120

    Section 3 : De la nécessaire inscription du Nigéria dans une logique de développement

    § 1

    :

    durable

    - Extraction pétrolière et prise en considération des générations futures

    124

    124

    § 2

    :

    - Les énergies renouvelables comme facteurs de développement et de puissance

     
     
     

    pour le Nigéria

    127

    § 3

    :

    - Le développement durable pilier de la croissance et de l'affirmation géopolitique

     
     
     

    du Nigéria

    130

    Conclusion du chapitre 133

    Conclusion de la deuxième partie 134

    Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 158

    Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

    Conclusion générale 135

    Bibliographie sélective 137

    Annexes 143

    Table des matières : 148