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L'abstentionnisme électoral au Cameroun a l'ère du retour au multipartisme

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par Augustin TALA WAKEU
Université de Dschang-Cameroun - Master en Science Politique 2012
  

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SECTION 1 : LE DEVELOPPEMENT DES PRATIQUES SUSCEPTIBLES D'ENCOURAGER LA NON-INSCRIPTION VOLONTAIRE

La non-inscription volontaire concerne un nombre important de citoyens bien que les facteurs expliquant cette attitude ne soient pas les mêmes pour tous. Toujours est-il qu'elle découle d'une volonté manifeste du potentiel inscrit d'autant plus que, le citoyen qui fait le choix de cette option le fait sans contrainte ou sans influences extérieures, mais au contraire en fonction de sa rationalité. Cependant, selon Max Weber, l'acteur est déclaré rationnel dès lors que ses actions, croyances et attitudes sont perçues par lui de façon plus ou moins consciente comme ayant un sens parce que fondées sur des raisons fortes30(*). Cette situation suppose que l'acteur jouit d'une compétence politique avérée du fait qu'elle procède de la politisation qui est le degré au niveau duquel les citoyens accordent leur attention aux évènements politiques31(*), tel que le soutient Daniel Gaxie. Par ailleurs, il arrive que même les citoyens sans compétence politique s'abstiennent ceci parce qu'ils s'égarent dans la compréhension du champ politique (Kouamen, 2009 : 68). Dans tous les cas, la non-inscription volontaire peut s'apparenter à l'abstention « conjoncturelle » car, correspondant au refus d'une offre à une conjoncture particulière ou même à l'abstention « protestataire » qui correspond plus à un rejet du système tel qu'il fonctionne (Subileau, 1997 : 257). La non-inscription peut aussi être la conséquence de la situation sociale. C'est d'ailleurs ce que traduit cette position de Paul Lazarsfeld lorsqu'il estime qu'« une personne pense politiquement comme elle est socialement32(*) », étant donné que le citoyen a vu son opinion se former au contact de ses semblables, dans les conversations et les contacts au sein des divers groupes où il est inséré (Mayer, 1997 : 18). Toutes ces analyses nous conduisent à relever que la non-inscription volontaire est due à la mobilisation relative des potentiels inscrits sur les listes électorales et à la décrédibilisation du processus pré-électoral.

PARAGRAPHE 1 : LA FAIBLE MOBILISATION DES POTENTIELS ELECTEURS

La période d'inscription sur les listes électorales n'est pas un moment de grande mobilisation populaire comme celui de la campagne électorale qui est caractérisée par de grands et multiples meetings organisés par les partis politiques. Ce qui explique dans une certaine mesure pourquoi le moment de l'inscription sur les listes électorales ne suscite pas une grande attention chez certains citoyens malgré l'implication quoique timide de certains partis politiques. En effet, c'est un processus dont la réussite est largement liée à la qualité de l'environnement politique. Or, un environnement politique peu bouillant pendant la période des inscriptions sur les listes, n'est pas de nature à stimuler l'inscription des citoyens puisqu'il n'implique pas une possibilité de grande concurrence entre acteurs politiques. Dès lors, depuis le retour du multipartisme, le moment des inscriptions sur les listes électorales au Cameroun est spécifique en ce qu'il n'est pas de nature à encourager la participation électorale des citoyens, ce qui rend la perception des enjeux difficile.

A- LA FAIBLE MOBILISATION CONSECUTIVE A LA SPECIFICITE DE L'ENVIRONNEMENT PRE-ELECTORAL

On relèvera que la faible concurrence partisane débouche sur les tergiversations et les luttes au sein des partis politiques d'opposition.

1-La faible concurrence partisane

L'environnement partisan faiblement concurrentiel se voit à la fois au niveau de la difficile démarcation de l'opposition face au pouvoir et à la tendance que ces partis ont à collaborer avec le gouvernement.

a) La difficile démarcation de l'opposition

Les partis politiques bénéficiaient d'une légitimité renforcée lors des premières élections pluralistes post-parti unique grâce au caractère novateur de leurs activités (Nna, 2001 : 28).  Désormais, il semble que cette légitimité connaît depuis lors un certain effritement même si le monopole régulateur du pouvoir a consisté en l'adoption d'un mode de scrutin qui fragilise l'opposition (Njoya, 2003 : 65). Les entrepreneurs politiques de l'opposition n'ont pas généralement démontré par leurs prises de position et agissements une volonté claire de se démarquer du gouvernement. Ce qui est de nature à construire aux yeux des électeurs une image négative contribuant donc à leur découragement. Qu'est ce qui peut donc amener un citoyen à s'inscrire sur une liste électorale s'il n'existe pas de possibilité claire de choix entre plusieurs options politiques alors qu'il est constant que la légitimité de l'opposition comme celle du pouvoir résulte de la confiance des citoyens (Lipset, 1963 : 13) à leur égard et surtout sur la spécificité des projets que chaque camp incarne et développe pour solliciter l'adhésion des citoyens. Mais, de plus en plus, à côté du parti au pouvoir qui ne semble plus convaincre, l'opposition ne constitue plus un éventuel gouvernement de rechange. Ce qui a tendance à construire un comportement abstentionniste, entraînant dès lors la disparition de l'espoir de changer les choses par les urnes et donc l'apathie des Camerounais.

Bien que, les partis politiques constituent un élément de repérage qui aide les citoyens à former parfois leur non vote, il est désormais évident au Cameroun, que moins de personnes se reconnaissent une identité partisane forte (Brechon (a), 2007 : 3) ce qui n'est pas fait pour stimuler les inscriptions, lorsqu'on sait qu'il incombe aux partis politiques la lourde tâche de mobilisation de leurs militants. C'est la raison pour laquelle M. Biloa Ayissi pense que : «Nos partis ne sont pas de véritables partis politiques 33(*)», tout simplement parce qu'ils sont loin du rôle qui leur est dévolu et n'exercent sur les citoyens aucune force d'attraction susceptible de construire des comportements électoraux participatifs. Bien plus, est cet aveu d'impuissance que semblent afficher les partis politiques camerounais d'opposition, en ignorant que les citoyens s'expriment avec plus ou moins de clairvoyance en fonction du niveau et de la qualité d'encadrement que leur procurent les partis politiques (Aletum, 2008 : 152). Toujours est-il qu'au Cameroun, les interactions entre partis politiques et citoyens ne produisent pas nécessairement un comportement électoral participatif.

En effet, l'une des raisons justifiant la faiblesse mobilisatrice des partis se situe au niveau de leur inflation démobilisatrice (Kamto, 1993 : 178) qui n'est pas sans conséquence sur la lisibilité du champ politique. Mais davantage au fait que, plusieurs parmi eux ne surgissent sur la scène politique que pendant les périodes électorales et leurs actions pour ceux qui en posent et dans une certaine mesure en dehors du rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC)34(*), restent circonscris dans le temps et généralement à l'approche des consultations électorales, selon le constat de Mathias Eric Owona Nguini35(*). C'est ce que semble reconnaître par cette accusation l'ONEL lorsqu'il estime que les partis politiques pendant la période d'inscription ne jouent pas leur rôle de mobilisation et de sensibilisation36(*). Toutefois, cela ne suppose pas pourtant que tous les partis sont rangés à la même enseigne en ce qui concerne la faible mobilisation de l'électorat. Au contraire, certains plus que d'autres, mobilisent avec les moyens qu'ils disposent les citoyens. C'est justement ce qui a conduit le responsable régional d'ELECAM-Ouest à se réjouir des actions de l'UDC dans le Noun en faveur de la sensibilisation et de la mobilisation des citoyens pour les inscriptions sur les listes électorales. Ces actions de l'UDC expliquent en grande partie pourquoi le département du Noun est celui de toute la région de l'Ouest qui dispose en date du 24/12/2010, les taux d'inscription et de réinscription de nouveaux et d'anciens électeurs les plus élevés tandis que les autres départements sont à la traîne.

Tableau n°1 : STATISTIQUES DES INSCRIPTIONS SUR LES LISTES ELECTORALES A LA DATE DU 24 DECEMBRE 2010 DANS LA REGION DE L'OUEST.

Rang

Départements

Anciens (confirmés)

Nouveaux

Total

Pourcentage d'inscription (%)

1

NOUN

59689

23997

83686

29.92

2

BAMBOUTOS

46777

4861

51638

18.45

3

HAUT-NKAM

32630

5753

38383

13.72

4

MIFI

28515

11636

40151

14.35

5

MENOUA

20184

8742

28926

10.34

6

KOUNG-KHI

9764

3881

13645

4.87

7

NDE

5777

7031

12808

4.57

8

HAUTS PLAEAUX

5453

5081

10534

3.76

Total

 

208789

70982

2797771

 

Source : Délégation Régionale d'ELECAM Ouest.

Le tableau ci-dessus démontre que les actions de l'UDC ont participé à la stimulation des inscriptions sur les listes électorales dans le Noun. Contrairement aux attitudes passives et attentistes que certains partis politiques de l'opposition préfèrent devélopper, certainement souvent par stratégie, mais qui justement ne sont pas susceptibles de stimuler la participation électorale. De plus, on peut constater tout de même que, les autres départements ne constituent pas de véritables fiefs électoraux aux sens du Noun avec l'UDC. Dans tous les cas, les actions des partis politiques sont susceptibles de booster les inscripions sur les listes électorales à condition que ces actions se démarquent de celles du parti au pouvoir car, si l'opposition a tendance à se rapprocher du gouvernement elle risque de décourager les citoyens par la confusion que le rapprochement entretiendra et les incitera à s'abstenir.

b) La forte tendance à la participation au gouvernement

Les relations entre les partis d'opposition et le gouvernement sont souvent considérées par une grande partie de la population comme étant des relations de tromperies, qui n'ont pour seul but que la satisfaction des intérêts des responsables politiques au détriment du bien-être et de la volonté des citoyens. L'illustration parfaite de cette situation sont ces annonces de supposées négociations sur un possible partage du pouvoir entre le SDF principal parti de l'opposition et le RDPC. C'est dans cette perspective que, M. Bello Bouba leader de l'UNDP qui a été souvent qualifié de « traître » à cause de sa participation au gouvernement déclare que : « Savez-vous que le SDF a commencé à négocier avant nous, avec le pouvoir ? » (Manassé Aboya Endong, 2008 : 55) ce qui avait pour finalité de démontrer que l'UNDP n'est pas le seul parti de l'opposition qui participe ou qui souhaite participer au gouvernement, mais que bien d'autres sont disposés à le faire. On en déduit qu'il se pourrait que, se sont certainement les clauses de la participation qui ne sont pas à la hauteur de leurs attentes. Or, sachant que, la participation au gouvernement introduit un élément majeur de discorde au sein de l'opposition, tout en jetant la confusion entre la majorité et l'opposition à l'heure où il faudra dresser le bilan de l'action gouvernementale, cette attitude de composer avec le gouvernement ne donne à ces responsables de l'opposition aucune chance de remplacer le gouvernement. D'ailleurs, l'opposition en participant au gouvernement perd un peu de sa popularité (Pokam, 2000 : 57) en décourageant une partie importante de sa base électorale, qui sera incitée à s'abstenir, ce qui démontre que, « La cohabitation gouvernementale entre formations censées porteuses de projets de sociétés différents soulignent l'absence d'alternative réelle au sein du système politique » (Braud, 1992 : 36). C'est ainsi que de 1992 à 2011, le Cameroun a connu plusieurs gouvernements de collaboration avec certaines formations de l'opposition parfois en fonction de la représentativité de celles-ci.

Tableau n°2 : TABLEAU DES PARTIS POLITIQUES AYANT PARTICIPE AUX GOUVERNEMENTS DE COALITION

ANNEES

1992-1997

2004-2007

2007-2011

PARTIS POLITIQUES

UNDP

UNDP

UNDP

UPC

UPC

FNSC

MDR

MDR

 

Source : Compilation de l'auteur

En effet, ce tableau démontre à suffisance qu'une partie importante de l'opposition camerounaise ne s'est peut-être pas préparée aux privations que son combat implique, d'où sa participation au gouvernement vue les rétributions que cela implique. L'opposition prouve par cette attitude qu'elle est incapable d'expliquer, de persuader, de convaincre et de créer une lame de fond dans la société qui permette la transformation de ce qui est minoritaire aujourd'hui en majorité de demain et de réussir l'alternance (Kamto, 1999 : 56) ; elle a plutôt tendance à se laisser phagocyter par le camp qu'elle est censée évincer, en se ralliant à ce dernier. La proximité entre les deux entités s'est davantage matérialisée ces dernières années par les différentes rencontres (02) que le chef de l'Etat a eu avec le leader du SDF entre les mois de décembre 2010 et de janvier 2011, alors que ce dernier était crédité d'un certain capital de sympathie lié justement à sa capacité à s'opposer au gouvernement et à résister à ses offres politiques, contrairement aux autres formations de l'opposition. Ce qui n'a pas contribué à rassurer certains citoyens sur l'existence réelle d'un clivage entre opposition/pouvoir, bien que certains aient plutôt salué ce qu'ils ont considéré comme une preuve de l'apaisement de la vie politique camerounaise, c'est-à-dire une sorte de décrispation politique. D'autres y ont par contre vu la matérialisation des rumeurs persistantes de complicité entre les entrepreneurs politiques de l'opposition et ceux du pouvoir. C'est dans cette logique que s'inscrit la position de M. Nintcheu Brice lorsqu'il estime que : « J'avais dit aux proches du chairman que je le soutiendrai jusqu'au jour où j'aurai la preuve qu'il a cautionné l'entrée du SDF dans un gouvernement RDPC. Il y a eu plusieurs tentatives d'entrée que nous avons heureusement fait échouer...Mais j'ai perdue mon latin lorsque j'ai vu le chairman rouler à Genève dans une mercedes du corps diplomatique camerounais avec chauffeur et garde de corps. Le niveau de collusion est donc flagrant37(*) ». Ce qui, inéluctablement peut dans la même optique biaisé la volonté populaire par une confusion générale parfois volontairement entretenue par les acteurs politiques (Njoya, 2009 : 81). En réalité, cette situation tend à remettre en cause la logique selon laquelle : « Les prises de positions politiques, décisions ou promesses...sont des manifestations, des stratégies de démarcation par lesquelles chaque concurrent tente de s'imposer, en s'opposant » (Gaxie, 2000 : 24), car aucune tactique traduisant une volonté de s'opposer n'est réellement entretenue ou visible au sein des partis de l'opposition. Ceci témoigne du refus de cette dernière d'être une opposition organisée, porteuse d'idées ou de projet alternatif et capable d'assurer l'alternance politique. Elle est plutôt devenue une modalité tactique pour accéder au partage du pouvoir, et permet à ceux qui savent donner de la voix en agitant des épouvantails, d'attirer sur eux l'attention du pouvoir, afin de se frayer plus vite que les autres la voie vers le plateau de la manne étatique (Kamto, 1999 : 60). A cet effet, M. Fru Ndi, leader du SDF estima en 1997 que son parti avait trahi le peuple, car après avoir menacé de ne pas siéger à l'Assemblée Nationale, il finit par y participer (Kamga, 1999 : 107) alors que certains de ses militants soutenaient l'idée de la non-participation. Mais face à la pression de certains députés de ce parti qui avaient été élus et n'entendaient pas perdre cette occasion, ce parti décida de siéger à l'Assemblée Nationale contre la volonté de certains militants.

De plus, l'entrée de M.Tchiroma au gouvernement, va davantage discréditer l'opposition car, connu pour ses diatribes contre le pouvoir dans les années 1990, son entrée confortera les soupçons de complicité entre le gouvernement et les leaders de l'opposition, démontrant une fois de plus aux yeux de l'opinion que ces derniers ne pensent qu'à leurs intérêts personnels. C'est toujours dans cette option que s'inscrit l'attitude de M. Essaka38(*) qui, candidat à l'élection présidentielle de 2004, renoncera à sa candidature en invitant ses partisans à voter celle du RDPC. Ce qui trahit la faible conviction des leaders d'opposition par rapport à leur propre combat et leur volonté manifeste de se voir inviter au partage du pouvoir. Ce que n'hésite pas à faire le gouvernement, qui grâce à sa position privilégiée, ne se prive pas de profiter de l'emprise qu'il a sur l'opposition (Pokam, 2000 : 53) pour l'inviter à participer au gouvernement, amenant à penser qu'il s'est évertué à façonner sa propre opposition jumelle (Kamga, 1999 : 102). Ainsi, il est difficile de faire la différence entre l'opposition et le gouvernement, tellement leur rapprochement saute à l'oeil, donnant l'impression aux citoyens que cela joue contre leurs intérêts, ce qui est susceptible d'encourager l'abstentionnisme électoral. C'est justement le fondement de l'interrogation du président Laurent Gbagbo selon laquelle : « Si quelque soit le résultat, on gouvernera ensemble, mettez-vous à la place de l'électeur : pourquoi irait-il aux urnes dans ces conditions ?39(*) ». Nous en déduisons que, privés d'option politique claire, les citoyens s'inscrivent d'autant moins que la concurrence idéologique est limitée selon la formule empruntée à Françoise Subileau (1997 : 254). On peut alors comprendre la régression des taux d'inscription sur les listes électorales depuis 1992 au Cameroun.

Tableau n° 3 : LA REGRESSION DES INSCRITS ET LA PROGRESSION DES TAUX D'ABSTENTION AU MOMENT DES INSCRIPTIONS SUR LES LISTES ELECTORALES

ELECTIONS

TAUX D'INSCRIPTION (%)

(%) ABSTENTION

Présidentielle 1992

78.54

21.46

Législatives 1992

75.80

24.2

Municipales 1996

67.98

32.02

Législatives 1997

60.16

39.84

Présidentielle 1997

66.11

33.89

Source : Reconfiguration de l'auteur à partir des données issues de : Mouiché., multipartisme, « bigmanisme » politique et democratisation au Cameroun : 31

A partir du tableau ci-dessus, il en découle que, les taux d'abstention au moment des inscriptions sur les listes électorales varient énormement, et ne réflètent pas réellement le potentiel électoral du pays, ce qui peut être la conséquence du rapprochement entre l'opposition et le gouvernement. Néanmoins, la connivence entre l'opposition et le régime ne signifie pas la fin de l'opposition, même si la présence de l'opposition au pouvoir est présentée sous le mode de la collusion entre acteurs politiques et de la trahison subséquente des espérances politiques (Sindjoun, 2004 : 31-32). Il reste que, les partis politiques d'opposition se sont essoufflés de façon précoce, ce qui a crée la désertion des citoyens désorientés traduisant un certain désenchantement après la ferveur du début des années 1990 (Kamto, 1999 : 66). Cet essoufflement s'est traduit par la participation effective de certains partis de l'opposition au gouvernement, mais également par la volonté exprimée par d'autres d'y participer si certaines conditions sont remplies. Or, cette situation écorne l'image des leaders politiques, leur rend impopulaire en effritant leur base électorale. En conséquence, on peut dire avec M. Capdevielle que, l'impopularité croissante des partis politiques et des responsables politiques n'est pas faite pour amener une bonne partie des citoyens dans les lieux d'inscription sur les listes électorales40(*). Ce qui peut justifier dans une certaine mesure, le faible engouement des citoyens pour les inscriptions sur les listes, traduisant d'une certaine manière leur politisation et donc leur capacité à apprécier les agissements des hommes politiques. Tous ces facteurs pris ensemble aboutiront aux tergiversations et aux luttes qui augmenteront davantage les cas de non-inscrits sur les listes électorales.

2- Les atermoiements et luttes au sein des partis politiques d'opposition

Les hésitations et contradictions des partis d'opposition démontrent qu'ils ont du mal à se construire une identité forte autour d'un combat commun. En effet, à l'instar de plusieurs Etats Africains, l'opposition camerounaise a tendance à donner l'image d'une coalition hétéroclite aux intérêts si divergents qu'il serait mieux de parler des oppositions (Kamto, 1999 : 56). Elle ne semble pas vouloir acquérir et exercer le pouvoir : consciente du fait que le système électoral actuel ne lui est pas favorable, elle n'a toujours pas pu se coaliser pour opérer l'alternance qu'elle souhaite depuis 1990. En effet, la pléthore de partis politiques crée le cafouillage au sein de la scène politique et dans l'esprit des citoyens, obscurcissant davantage la lisibilité de la scène politique avec pour conséquence l'augmentation du taux de non-inscription. La réalité est que le manque de coalition de l'opposition décourage, étant donné que certains électeurs conscients du degré de verrouillage du système électoral, ne prendront même pas la peine de s'inscrire. L'opposition jusqu'ici n'a pas pu changer les choses ; le sentiment de découragement qu'elle suscite est grand parce qu'elle n'a pas encore pris conscience de ses faiblesses. On en conclut que la dispersion de l'opposition et la gestion patrimoniale (Dounkeng, 2009 : 76) qui conduisent au non-renouvellement du personnel politique ne sont pas de nature à susciter la confiance des potentiels électeurs.

En réalité, depuis 1990 ce sont les mêmes leaders qui sont à la tête de leurs différentes formations politiques ; d'ailleurs certains par leurs attitudes s'estiment inamovibles. Ce qui ne participe pas à la construction de l'image d'une opposition incarnant une alternative fiable au parti au pouvoir sans compter le corollaire de conséquences que cela peut produire au sein des partis politiques d'opposition. La concrétisation de l'une de ces conséquences est les « velléités de rébellions » qu'on y observe. Ce qui traduit les luttes de leadership qui se déroulent en leur sein face à ceux qui ne cessent de considérer le parti comme leur propre bien (Dounkeng, 2009 : 77).

Tableau n°4 : LA LONGEVITE DES LEADERS DE CERTAINS PARTIS POLITIQUES D'OPPOSITION DEPUIS 1992

LES PARTIS POLITIQUES D'OPPOSITION

NOMS DES LEADERS DE 1992 à 2011

MDR

DAKOLE DAISSALA

SDF

NI John FRU NDI

UDC

Adamou NDAM NJOYA

UNDP

BELLO BOUBA MAIGARI

Source : Compilation de l'auteur

Ainsi, contre la volonté des leaders de s'éterniser à la tête de leur parti, certains militants longtemps restés à l'ombre voudront désormais bénéficier des retombées de leur militantisme. Or, en l'absence d'élection transparente capable de produire l'alternance à la tête du parti (pour ceux qui organisent), la crise de leadership en leur sein va finir par déboucher sur des vagues de démissions et d'exclusions. C'est le cas de M. Evariste Fopoussi qui avait démissionné du SDF avant de se rétracter par la suite. Ajouter aux multiples défaites électorales et aux appels au boycott tantôt des élections, tantôt des inscriptions sur les listes électorales, certains partis politiques d'opposition n'ont cessé de se fissurer par d'interminable dédoublement au gré des humeurs de certains leaders dont la versalité laisse pantois (Afom Ndong, 2007 : 82).

C'est ainsi que le SDF ne cesse de surfer sur des vagues de démissions et d'exclusions41(*) depuis plusieurs années. Ces démissions et exclusions ont généralement concerné des personnalités de grand calibre qui vont par la suite créer leur parti politique et en être aussi leaders. Nous en avons pour preuve les cas de M. Muna qui, après avoir quitté le SDF a créé son propre parti politique dénommé l'AFP. En effet, son crime, selon lui, est d'avoir voulu rivaliser le leader du SDF. De leur côté, les responsables de ce parti estiment que ce dernier n'a pas compris que les statuts du parti s'imposent à tous et qu'il a d'ailleurs démissionner de lui même, personne ne l'ayant exclu. On peut aussi relever le cas de M. Pierre Kwemo, ancien premier vice-président du SDF et l'un des anciens vice-présidents de l'Assemblée Nationale, qui après sa défaite aux législatives de 2007 a démissionné pour créer son propre parti politique dénommé l'UMS. De même, nous pouvons ajouter la démission de M. Asongani ancien secrétaire général du SDF. Et comme pour minimiser ces vagues de départ, les responsables du SDF estiment que dans tous les cas, en ce qui concerne les démissionnaires, ils n'étaient plus représentatifs au sein du SDF. Quoi qu'il en soit, M. Ni John Fru Ndi pense que : « Même s'il se retrouve seul, il restera au SDF42(*) ».

L'autre démission et pas des moindres est celle de l'artiste Lapiro de Mbanga très populaire pour ses chansons critiques à l'égard du régime en place et qui après sa sortie de prison, a jugé bon de démissionner le 08/03/2011 arguant que, le leader de son parti politique n'a pas daigné lui rendre visite en prison, pourtant il est de notoriété publique que sa détention était politique43(*). Mais plus pertinente est la démission de Mme. Kah Walla, qui après avoir dénoncé la volonté du SDF de boycotter les « inscriptions sur les listes électorales à cause de la configuration actuelle d'ELECAM »44(*), décida de s'en retirer et de se déclarer candidate à la présidentielle de 2011. M. Jean Michel Nitcheu voit dans ces démissions la résultante d'une déstabilisation par le régime en place, vu le combat que mène le SDF par rapport à la présidentielle annoncée45(*). Toutefois il est évident que, les gens militent dans des partis politiques avec l'espoir d'accéder aux positions officielles. C'est la preuve que, « ...L'adhésion et l'activisme dans les partis politiques sont davantage stimulés par les bénéfices qui y sont associés » (Afom Ndong, 2007 : 67). Or, si un parti prône le boycott, «il ne fait que s'immobiliser dans un rigorisme inerte qui ressemble fort au découragement et à l'impuissance... » (Barbet, 2007 : 5). Ce qui n'est naturellement pas du goût de certains militants et sympathisants du parti dont le cheval de bataille est la participation aux élections, ce qui explique leurs démissions et exclusions. Cependant, celles-ci ne sont pas sans conséquence sur le capital électoral du parti puisqu'elles font partir des fondements de l'effritement du capital de sympathie des citoyens à l'égard des partis de l'opposition, qui pour la plupart, sont incapables de former un bloc homogène.

De même, l'UPC parti historique, connaîtra des contradictions en son sein. Ainsi, en 1992 il apparaitra des divergences énormes qui vont par la suite produire des confusions dans l'esprit de ses militants et sympathisants, contribuant davantage à leur démobilisation. En effet, tandis que le bureau directeur dirigé par M. Ndeh Tumaza estimait que la loi électorale n'avaient pas respecté les accords de la « tripartite » et par conséquent se devait de boycotter les élections législatives du mois de Mars, M. Kodock, secrétaire général, initia tout seul et au nom du parti une correspondance pour réclamer au gouvernement de l'argent afin de financer sa campagne (Nkainfon Perfura, 1994 : 226). Mais le plus décevant aux yeux des citoyens est que, ces malentendus resurgissent généralement à l'approche de chaque élection. Ce qui n'est pas de nature à stimuler la participation des militants, a fortiori les citoyens n'appartenant pas à ce parti politique. Dans la même logique, la confusion au sein d'un autre parti politique d'opposition, viendra de l'UNDP. En effet, M. Bello Bouba, leader de ce parti, après avoir avec l'aide de l'administration évincé M. Eboua Samuel, et présenté une certaine hésitation à participer aux législatives de 1992, décida finalement contre la volonté des autres membres de conduire le parti aux élections (Owona Nguini, 1997 : 693) ce qui n'a pas manqué de créer des remous au sein du parti. Par conséquent, ces tergiversations et luttes au sein des partis politiques d'opposition camerounais contribuent énormément à l'effritement des taux de participation électorale. Ce qui n'est pas sans lien avec la non-perception de l'enjeu des inscriptions sur les listes électorales.

B- LA FAIBLE MOBILISATION CONSECUTIVE A LA NON- PERCEPTION DES ENJEUX

L'élection est l'instrument de vérification de la représentativité (Gaxie, 2000 : 35), ce qui suppose qu'une participation importante des citoyens aux élections est nécessaire pour les partis politiques. Dans le cas contraire, elle devient inefficace en tant qu'indicateur des préférences d'une majorité46(*) d'après l'analyse de M. Robert Dahl. Pourtant, si l'élection dévient inefficace, c'est parce qu'un nombre important des citoyens s'y désintéresse et en sont même hostiles. Cependant, le désintéressement à l'égard du vote qui ne donne plus satisfaction aux espoirs du peuple47(*) se manifeste par le refus des citoyens en âge de voter de s'inscrire sur les listes électorales, construisant dès lors des abstentionnistes obligatoires puisque seuls les inscrits sur les listes électorales sont susceptibles de voter48(*). C'est la preuve que, bien qu'un nombre important de citoyens considèrent le vote, selon M. Lavau, comme un devoir avant d'être un acte rationnel49(*), il n'empêche que les citoyens doivent y voir un enjeu avant de s'inscrire sur les listes électorales. Dans ces conditions, pour un nombre important de citoyens, s'inscrire sur une liste comme voter, n'incarne aucun enjeu. C'est le cas de ce « moto taximan », qui a pu déclarer suite à une question que nous lui avons posée que : « Mon frère cela ne sert a rien, je ne peux pas perdre mon temps pour aller m'inscrire sur les listes électorales alors que je ne vais rien gagner, surtout qu'on sait déjà ce que cela va donner50(*) ». Ceci étant, le non-inscrit passe son message à moindre coût car accomplir cette formalité n'est pas toujours évident pour certains citoyens surtout lorsqu'on n'y tire aucun bénéfice. Pourquoi payer un ticket d'entrée au stade, si le match n'a pas d'enjeu ? C'est justement ce qui explique l'attitude des camerounais à l'égard du vote en général et de l'inscription en particulier sachant l'importance que les camerounais accordent au football. En effet, il n'est pas d'investissement actif et durable dans la politique qui ne soient sous-tendus par des formes de gratification (Afom Ndong, 2007 : 67). Cependant, plusieurs facteurs peuvent expliquer la non-inscription quand le potentiel électeur n'y perçoit pas son intérêt ou son enjeu. On peut relever comme ça la négligence qui peut traduire le peu d'importance à l'égard de l'inscription, le défaut d'intégration sociale qui correspond à la catégorie de citoyens « hors du jeu », la compétence politique, l'apolitisme et le déficit de compétence politique51(*). Néanmoins, de façon globale, dans la non-inscription, les caractéristiques définissant une situation sociale précaire semblent jouer un rôle important. Ainsi, l'instabilité professionnelle et l'incertitude de l'avenir commandent le retrait à l'égard de la politique (Subileau, 1997 : 249).

La baisse de la participation électorale commence donc avec la non-inscription sur les listes car on ne peut voter que si l'on est inscrit. Tout dépend de l'investissement qui est en proportion avec la réalité de la saillance et de la pertinence des enjeux dont les effets sont immédiats et qui touchent aux préoccupations pratiques des personnes concernées (Gaxie, 2000 : 19). C'est pourquoi, les périodes d'inscription aboutissent au paradoxe des inscriptions sans inscrits, pour employer la formule de Nnona Mayer (1997 : 14). C'est ce que M. Essomba Bengono justifie par, « le fait que les camerounais ne sachant pas qui sera candidat et qui ne le sera pas, constitue un problème pour la stimulation des inscriptions sur les listes électorales 52(*)». Car, cela compromet la perception des enjeux. A cet effet, la concrétisation de cette réalité est qu'à quelques mois de l'élection présidentielle, ni le RDPC, ni le SDF, ni l'UNDP ou encore moins l'UDC n'avait de candidat déclaré alors que ce sont les partis les plus importants de la scène politique. Le constat est claire, les périodes d'inscription n'encouragent pas à s'inscrire ; ce qui est peut-être dû non seulement aux campagnes de démobilisation souvent entretenues par certains partis, mais aussi au fait que depuis 1992, les citoyens s'inscrivent pour voter les mêmes candidats sans que cela n'améliore leur situation. C'est pour cela que le non-renouvellement de la classe politique donne un air de déjà vu aux yeux des citoyens ; ce qui les pousse à se demander ce que cette énième inscription aura de spéciale vu que les potentiels candidats sont sensiblement tous les mêmes depuis 1992 et n'entendent pas céder leur place aux autres, même si « ...leur image est mauvaise ...» (Brechon (a), 2007 : 6). En conséquence, selon Mathias Eric Owona Nguini, si les enjeux de la prochaine consultation ne sont pas rendus publics, les citoyens en âge de voter afficheront une certaine indifférence vis-à-vis des opérations pré-électorales. Tout comme ils peuvent ne pas s'inscrire pour montrer que le jeu politique ne les intéresse pas ou même que leur participation aux échéances électorales n'est pas décisive53(*).

Le faible engouement des camerounais pour les inscriptions dû à leur indifférence à l'égard de la chose politique fait obstacle à la réception de l'information politique et consolide le processus de désintérêt pour la vie politique, ses péripéties et ses enjeux, génèrent des comportements d'apathie (Braud, 1991 : 27-28) à l'égard des inscriptions sur les listes électorales. Cette indifférence à l'égard des inscriptions semble être pour l'essentiel le fait des jeunes et des femmes, alors qu'ils constituent l'essentiel des citoyens camerounais.

Tableau n° 5 : LA REPARTITION PAR SEXE ET PAR TRANCHE D'AGE DES PERSONNES INSCRITES SUR LES LISTES ELECTORALES DU 17/08/ AU 27/12/2010.

SEXE

20-35 ans. Effectif

Pourcentage (%)

35 ans et plus. Effectif

Pourcentage (%)

TOTAL

MASCULIN

969

33.95

1885

66.04

2854

FEMININ

739

30.95

1648

69.04

2387

TOTAL DES NOUVEAUX

1708

34.85

3533

67.41

5231

TOTAL DES ANCIENS

6150

67.42

2972

32.59

9122

TOTAL GENERAL

7858

100

6505

100

14363

Source : Antenne communal d'ELECAM, de Bafoussam 2ème.

Le tableau montre que la faible inscription est accentuée chez les jeunes (Percheron, 1991 : 31) et les femmes. Cette faible inscription des jeunes est en partie liée à une tactique de la part de certains acteurs politiques qui développent une certaine méfiance à l'égard des jeunes. Ce qui s'inscrit dans la logique devéloppée par certains responsables du parti au pouvoir à l'instar de M.Augustin Edjoa, lorsqu'il estime qu'il faut se méfier des jeunes, qui ne sont pas susceptibles d'accorder leurs voix au RDPC et pas conséquent il n'est par stratégique de stimuler leurs inscriptions sur les listes électorales. C'est ainsi qu'il déclare : qu'« il faut se méfier des jeunes. Car si on prend cent jeunes... je ne suis pas sûr que le RDPC ait trente. Nous sommes sûrs des anciens, mais les jeunes 54(*) !». Par ailleurs, certains adultes malgré leur niveau d'instruction ou leur activité professionnelle en sont concernés et ne s'inscrivent pas aussi. C'est le cas de cet enseignant de l'Université de Dschang qui déclarait en substance : « Je ne me suis jamais inscrit pourtant j'ai même été plusieurs fois président de bureau de vote »55(*). C'est la preuve que les camerounais ont du mal à accomplir cette formalité pourtant déterminante pour la fiabilité de l'élection. Toutefois, à partir du tableau sus évoqué on n'en déduit que les femmes comme les jeunes, sont très abstentionnistes. Pour les femmes, les inscriptions sur les listes électorales n'ont aucun enjeu. C'est pour cela qu'il est très courant de les entendre déclarer : « Vous aimez trop parler de la politique » pour insinuer que c'est une affaire d'homme. C'est ainsi que le responsable d'ELECAM de Dschang estime que, lorsqu'ils ce sont rendus à l'ENIEG pour les inscriptions, seuls certains jeunes hommes se sont fait inscrire. Les jeunes femmes ayant refusé de manière catégorique de se faire inscrire56(*). De ce fait, comment ne pas admettre avec Mme.Denise Ngatchou que : «Les femmes sont plus nombreuses que les hommes mais s'inscrivent moins »57(*). Si les femmes s'inscrivent moins alors qu'elles sont les plus nombreuses (50.5% de femmes, contre 49.5% d'hommes)58(*), ceci explique dans une certaine mesure pourquoi les taux d'inscriptions ne sont pas élevés dans l'ensemble et particulièrement chez les femmes. En définitive, les hommes accordent plus d'attention aux évènements politiques (Nna, 2007 : 345). De même, une autre observation démontre que les femmes des zones urbaines s'inscrivent moins que celles des zones rurales. C'est justement ce qui a fait dire à Pierre Bourdieu (1994 : 18) que : « ...Ce sont les femmes les moins instruites des communes rurales qui ont le taux le plus élevé de participation aux consultations électorales... ».

Bref, quoique les villes soient les plus peuplées59(*), il est établi que l'on s'inscrit plus en zones rurales qu'en zones urbaines car en zones rurales on est moins exposés aux débats politiques et moins exigeant à l'égard des entrepreneurs politiques contrairement à la ville60(*). C'est ainsi, qu'à Nanga-Eboko, (ville de moins de 50.000 habitants) moins urbanisée que Yaoundé sur 14 milles personnes en âge de voter, 8 milles ont déjà été inscrites soit la moitié même si la dernière inscription enregistrée remonte au 1/11/201061(*) contrairement à la ville de Yaoundé qui ne compte que 05 milles inscrits alors qu'elle compte plus de 1.817.52462(*) habitants. De façon générale, l'apathie des camerounais reste considérable car, dans la région du centre par exemple, sur plus de 2 millions d'habitants d'après le dernier recensement (de 2005), seul 14 milles personnes se sont inscrites sur les listes. En effet, le taux d'inscription relativement faible, démontre que les camerounais n'y voient a priori aucun enjeu. Par exemple, par rapport à l'opération 8 millions d'inscrits lancé par ELECAM il ressort qu'en date du 30/05/2011, seulement 1.524.030 de nouveaux citoyens se sont inscrits sur les 8 millions attendus, ceci à quelques mois de l'élection. Soit un total 6.591.866 de potentiels électeurs si on prend en compte les inscrits de 200763(*).

Tableau n° 6 : EVOLUTION DES INSCRIPTIONS SUR LES LISTES ELECTORALES EN FONCTION DU POTENTIEL ELECTORAL DES REGIONS DEPUIS AOUT 2010

REGIONS

POPULATION ELECTORALE

ELECTEURS A INSCRIRE

ELECTEURS ISNCRITS DEPUIS AOUT 2010

TAUX DE REALISATION EN (%)

ADAMOUA

457029

194849

136485

70

CENTRE

1586548

815O73

309920

38

EST

360885

97740

99795

102

EXTR-NORD

1566186

30700

249313

47

LITTORAL

1289157

658173

207624

32

NORD

922603

523551

166406

32

NORD-OUEST

812112

228452

149936

66

OUEST

803378

279075

184224

66

SUD

311463

92428

78322

85

SUD-OUEST

622928

165312

136914

83

TOTAUX

8732289

3585353

1718949

49

Source : Reconfiguration par l'auteur à partir des données tirées du site internet d'ELECAM : www.elecam.cm.

Dans tous les cas, malgré la croissance de la population camerounaise (Eboussi Boulaga, 1999 : 72) qui est de 2.8% par an64(*), et donc du potentiel électoral, le nombre d'inscrits depuis 1992 oscille entre 4 millions et 5.5 millions. A partir du tableau ci-dessus, on constate que le taux de réalisation des inscriptions sur les listes électorales est très faible dans certaines régions et très élevé dans d'autres. C'est la preuve que la non-perception des enjeux varie en fonction des régions et influence de facto sur le taux d'abstention qui lui aussi varie en fonction de chaque région et effrite le nombre d'inscrits sur l'ensemble du pays.

Tableau n° 7 : NOMBRE DES INSCRITS SUR LES LISTES ELECTORALES DE 1992 à 2007

ANNEES

NOMBRE DES INSCRITS

1992

4.019.562

1996

4.152.265

1997

4.220.163

2002

Environ 4millions

2004

4.701.953

2007

5004549

Source : Compilation de l'auteur à sortir des données des Cameroons Tribunes n°5090, du 12/03/1992, n°2751, du 24/10/1997, du 15/10/2004, du journal L'action n°304 du 26/07/2002, et ELAN TCHOUMBIA, 2004.

Le tableau nous montre que la progression du nombre des inscrits depuis 1992 ne correspond pas au rythme de l'augmentation de la population et traduit bien le fait que les camerounais ne voient pas d'enjeu dans les inscriptions, préfèrant alors s'abstenir. En effet, de 1992 à 2007, le nombre des inscrits sur les listes électorales oscille entre 4 millions et 5 millions alors que, la population totale estimée en 1992 à environ 12 millions, atteind désormais la bare de 19 millions en 2007. Ce qui montre que l'augmentation du nombre de la population, n'est pas matérialisée par une forte augmentation du nombre des inscrits sur les listes électorales. C'est une réalité qui peut aussi s'expliquer par la décrédibilisation du processus électoral.

* 30 Cité par Blaise KOUAMEN., op. cit., p. 184.

* 31 Ibid, p. 68.

* 32 op. cit., p. 18.

* 33 Il a tenu ces propos sur Canal2 sur l'émission « Canal presse » du 09/01/2011.

* 34 C'est le parti au pouvoir.

* 35 Lire à ce sujet le Cameroon Tribune n°8918/5117, du 23/08/20004, p. 11.

* 36 Ibid, p. 9.

* 37 M. NINTCHEU, B., est le fondateur de l'antenne SDF de Londre, il tient ces propos après son exclusion de ce parti dans Le Messager n°3223 du 10/2010, p.8.

* 38 M. Gustave ESSAKA était leader du parti politique la DIC. 

* 39 Lire à ce sujet Jeune Afrique n°2597, du 17 au 23/08/2010, p. 35.

* 40 Cité par BARBERT, D., Quand les mots de l'abstention parlent des maux de la démocratie. Table ronde n°2, triangle, 2007, p.10.

* 41 Selon les responsables du SDF, les exclus sont ceux qui sont tombés sous le 8.2, qui est l'un des articles des statuts de ce parti qui frappe tout membre du parti qui ne respecte pas la discipline du parti.

* 42 C'est une déclaration faite à l'occasion de l'entretien que nous avons eu chez lui à Bamenda en date du 28/11/2010.

* 43 Propos tenus par Lapiro de Mbanga sur canal2 à L'émission « parole d'homme » du 21/04/2011.

* 44 Propos de M.OSIH, l'un des vices président du SDF, dans le messager n°3127, du 05/10/2010, p 9.

* 45 Ces propos ont été tenus, lors d'un entretien qu'il a accordé au journal le messager, n°3223, du 10/10/2010, p. 8.

* 46Cité par M.LIPSET. Op. Cit. p. 23.

* 47 op. cit., p. 479-480.

* 48 Article 79 al 1, du code électoral Camerounais.

* 49Cité par KOUAMEN Blaise.op. cit., p. 177.

* 50 Cette conversation eut lieu le 16/11/2010, dans la ville de Dschang, lorsque nous nous rendions au siège d'ELECAM.

* 51Séquence-6., op. cit., p. 95.

* 52M. ESSOMBA BENGONO, est l'un des responsables du RDPC dans le Wouri, il a tenu ces propos, sur canal2 à l'émission « tous à l'antenne », du 08/02/2011.

* 53 Analyse faite dans le cameroon tribune n°8918/5117, du 23/08/2004, p. 11.

* 54 M.A.EDJOA, a tenu ces propos en tant que membre de la commission départementale du RDPC pour les inscriptions sur les listes électorales dans le Mfoundi, ceci à l'occasion du bilan à mis parcours qu'il a ténu avec les membres de son équipe, en date du 08/02/2011 à Yaoundé. Voir à ce sujet le Site Cameroun-online.Com.

* 55 Cette déclaration été faite par un enseignant de la FSJP pendant la période où ELECAM faisait les inscriptions au campus « A ». Ce jour là nous observions le déroulement des inscriptions.

* 56 Ibid.

* 57 Elle est membre de l'ONG, « more women in politics » elle a tenue ces propos sur la CRTV-télé au journal de 20h30min, du 08/02/2011.

* 58 D'après les résultats du dernier recensement, in le journal le jour n°669 du 15/04/2010, p. 2.

* 59 S'il est vrai que Douala et Yaoundé ont chacune plus d'un million d'habitants, il n'en demeure pas moins pour les autres chefs lieux des régions. Ceux-ci comptent chacun plus de 50 000 âmes. Cf. Le Jour n° 669 du 15/04/2010, p. 3.

* 60 Position soutenue par le responsable communal d'ELECAM de Bafoussam 2éme, le 28/12/2010.

* 61 Information relayée par équinoxe tv, en date du 06/11/2011(journal télévisé de 20h00min)

* 62 Lire à ce propos le journal le Jour n°669 du 15/04/2010, p. 3.

* 63 Information extraite du site AFRI SCOOP.Com. Consulté le 17/06/2011.

* 64D'après les résultats du dernier récensement 2005, publié par le Journal le Jour, op.cit., p 2.

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