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La radiodiffusion au cameroun de 1941 à 1990


par Louis Marie ENAMA ATEBA
Université de Yaoundé I - Master II en Histoire des Relations Internationales 2011
  

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I.1.3. La contribution à la préservation de l'équilibre social

Pour préserver l'harmonie au sein de la nation, le gouvernement camerounais s'était employé à éduquer et à former les masses. Cette éducation et cette formation pouvaient être en partie l'oeuvre de la radio. La radio pouvait aussi divertir les Camerounais, les mobiliser en toute confiance autour des objectifs nationaux. Le rôle de formation de la radio prenait une importance capitale dans les pays en voie de développement où toute transformation collective des mentalités et des attitudes était conditionnée par l'action des moyens d'information. La radiodiffusion transmettait des sons et véhiculait des contenus destinés à un public dense. L'éducation était en effet l'action par laquelle des connaissances étaient transmises. Elle pouvait être formelle au cas où elle se pratiquait dans le cadre institutionnel de l'école. Elle pouvait aussi être informelle. Dans ce cas, l'éducation avait un sens large53(*). Ignacy Waniewigz l'exprime de façon claire, en ces termes : 

L'éducation a toujours pour objectif fondamental de libérer l'homme des entraves de l'ignorance et de la frustration, de promouvoir sa quête de vérité et de liberté, et de fournir aux individus doués la possibilité d'employer plus pleinement leurs aptitudes54(*).

L'éducation était ainsi fondamentale, en raison de sa fonction sociale. Elle permettait à l'Homme de connaître son environnement et de s'y adapter, en utilisant de façon maximale ses potentialités. Après l'indépendance, le gouvernement camerounais décida d'alphabétiser considérablement le pays. Moyen d'information le plus utilisé, la radio pouvait informer chaqu'acteur de la société des nouvelles techniques agricoles et des règles d'hygiène. L'information avait donc vocation à « encourager les populations à aller à l'école, à consulter des experts »55(*). Par l'éducation des masses populaires, la radio visait la formation au civisme, la formation intellectuelle. Elle devait contribuer par des programmes appropriés à l'élévation de la conscience nationale des citoyens, de leur sens de responsabilité et du devoir envers eux-mêmes, leurs familles, et envers la nation. De ce fait, elle devait permettre l'accroissement des connaissances des citoyens afin d'en faire des agents actifs du développement. Dans le monde en effet, la diffusion des cultures déterminait les rapports de force entre les nations. L'action de la radio nationale devait alors aider le Cameroun à conquérir son identité. La radio nationale devait alors contribuer à bâtir la personnalité camerounaise. À cet effet, le message de la radiodiffusion du Cameroun devait être tiré des origines et des profondeurs de la culture locale. Le message de la radio nationale devait tendre vers les objectifs suivants: la mobilisation des hommes pour la construction nationale; la préparation des citoyens au changement qui devait accompagner le développement; le renforcement de l'unité nationale.

Après l'indépendance du Cameroun, une large majorité de la population nationale était analphabète. En 1973, Albert Mbida l'avait souligné en ces termes: « Tout le monde ne sait pas lire au Cameroun »56(*). Pourtant, les citoyens camerounais avaient droit à l'information, aux conseils. Au Cameroun en effet, peu de personnes connaissaient les règles d'hygiène, les précautions susceptibles de garantir une productivité agricole consistante. Des milliers d'habitants vivaient dans des villages reculés et difficiles d'accès. Il revenait ainsi à la radio de donner aux Camerounais des informations du pays, fussent-ils éloignés des centres urbains. Il était de la compétence de la radio d'apprendre à ces personnes des méthodes de travail des plantations de café et de cacao. La radio se devait de leur apprendre à protéger la faune, leur inculquer la nécessité de payer l'impôt, et leur communiquer les attentes des responsables politiques vis-à-vis d'eux. Le rôle de la radio camerounaise consistait aussi en la diffusion des idées, en la propagande. Il consistait en outre en l'éducation civique et politique. En plus, la radio devait servir de moyen de lutte pour la réalisation des programmes économiques, et pour l'amélioration de la production. Elle avait également pour fonctions la stimulation de l'action du parti unique, la vulgarisation des lois et des instructions gouvernementales, l'incitation à l'application des mesures prises par les autorités. La mission d'information de la radio nationale avait été définie par le Président de la République Ahmadou Ahidjo, au lendemain de l'indépendance du Cameroun sous tutelle française. En effet, selon Ahidjo, la radio nationale avait vocation à mettre les citoyens au courant de ce qui se passait et se faisait tant au Cameroun que dans le monde. L'objectif était d'intensifier les liens de solidarité entre le peuple camerounais et les autres peuples du monde. Il s'agissait de mettre à la disposition de chaque citoyen une relation objective de l'événement, d'ouvrir les esprits à une juste compréhension des questions nationales et internationales.

Dans ce cas, la mission de la radio nationale consistait à édifier le Camerounais nouveau, doté d'une capacité de discernement avérée, et prêt à jouer efficacement son rôle d'agent actif d'accélération du processus de progrès. Ceci dans la mesure où un citoyen bien informé était nécessairement plus conscient des grands enjeux de développement national, plus responsable dans les attitudes, et plus apte à assumer ses engagements vis-à-vis de la nation. L'accomplissement de cette mission informative n'était possible que si la radio faisait montre d'un traitement qualitatif de l'information. Les progrès du pays en matière de démocratie en dépendaient, comme l'affirmait le Président de la République, Paul Biya : « le degré de maturité d'une démocratie se mesure à la qualité des informations dispensées par sa radio »57(*). Rappelons qu'après son indépendance et sa réunification, le Cameroun aspirait au plein exercice de sa souveraineté nouvellement acquise. Celle-ci était fonction du niveau d'instruction du peuple, car ce dernier ne pouvait jouir de sa souveraineté que s'il était bien informé.

L'éducation par la voie de la radio était loin d'être formelle. Elle était plutôt un tremplin, un moyen par lequel l'individu le moins instruit accédait à des connaissances susceptibles de l'édifier, afin qu'il eut des reflexes primaires d'un homme civilisé. En raison de ses contraintes en matière de gestion du temps, la radio ne pouvait assurer un rôle d'éducation fondamental. À travers des interventions des spécialistes, elle conseillait, stimulait l'envie d'ascension sociale, taisait les comportements déviants, et encourageait l'excellence. Il existait des institutions dont la vocation était d'éduquer les citoyens, de leurs inculquer des valeurs morales qui fondaient la vie en société. L'école classique pouvait dont s'investir à resocialiser les personnes égarées. Cela nécessitait un travail de fond, ne pouvant être accompli au bout de quelques minutes ou de quelques heures d'émissions sur les ondes de la radio. Voilà pourquoi Daniel Anicet Noah conçoit que la radio est un moyen d'éducation libre:

La radio n'est pas un instrument d'éducation de contrainte. L'éducation d'apprentissage a lieu dans les des milieux de contrainte. La radio est plutôt un instrument de liberté. À la radio, il existe un carré noir. Si l'auditeur n'y est pas éloigné, il va s'y intéresser. Si on l'en rapproche, il aura accès au message véhiculé. Il peut alors accéder au message, tout comme cela peut s'avérer impossible. Or l'éducation, en tant qu'institution, dispose des moyens et des facultés de contraindre ses acteurs à se soumette58(*).

Au Cameroun, il était indispensable que par des discussions s'élaborent des compromis afin de résoudre des problèmes majeurs. Un consensus minimal s'imposait, conditionnait l'harmonie recherchée par le gouvernement. Le forum des débats était animé par la radio. La radio reliait les individus aux groupes, contribuait à la coopération.

Il était prouvé que la population camerounaise était majoritairement rurale et « illettrée »59(*). Il existait une différence notoire dans les taux d'alphabétisation des campagnes et des villes. La colonisation s'étant employée à déconstruire le typiquement camerounais, il était question, après l'indépendance, de réhabiliter les valeurs culturelles locales. Pour concrétiser le développement du Cameroun, il convenait de lui fournir une matière culturelle lui permettant d'avoir la claire vision à suivre. La culture africaine était liée à la langue. En effet, la langue d'un peuple ou d'une communauté reflétait ses valeurs, ses traditions, ses coutumes, sa façon de concevoir le monde qui l'entourait, et sa relation avec lui-même. La radio était l'un des principaux véhicules de l'information. Seuls quelques lettrés camerounais pouvaient accéder à l'information, car diffusée en français ou en anglais. Jusqu'à l'époque post-coloniale, très peu d'émissions radiophoniques étaient diffusées en langues locales. Les populations se considéraient alors comme des exclues de la chose moderne. Leurs doléances se résumaient en ces termes: « les politiciens, les journalistes, avec ces idées de Blancs, parlent la même langue. Et nous ?»60(*) 

D'une génération à la suivante, l'héritage du groupe était transmis. Il s'agissait des visions du passé, du présent, de l'avenir. Chaque individu avait besoin qu'on lui inculque ce qui se faisait, ce qui ne se faisait pas, ce qui se pensait, ce qui ne se pensait pas. Ainsi, pour l'Homme ordinaire, il n'existait pas de sujet dont la radio ne parlait pas. La radio donnait des rapports rapides sur des événements se produisant dans l'environnement immédiat. Son rôle était de diffuser l'information, après l'avoir sélectionnée.

À la radio, les émissions de divertissement était destinées à évader, afin de faire prendre conscience aux auditeurs (citoyens camerounais) du patrimoine culturel national. Aussi la radio devait-elle être récréative grâce à des émissions culturelles attrayantes. En accordant le repos et la détente, elle devait contribuer à l'enrichissement spirituel et moral de l'auditeur. La mission de divertissement ou de distraction, selon A. Ahidjo, ne consistait nullement en la vulgarité ; la radio avait vocation à animer les populations camerounaises, à leur fournir des programmes adaptés aux nécessités de développement, à leur expliquer les actions de l'État, à susciter leur participation active à la construction nationale.

Les missions assignées à la radio nationale du Cameroun avaient incité à sa régionalisation, l'objectif ultime étant la diffusion de ses émissions sur toute l'étendue du territoire.

* 53 IKELLE Rose, « Les émissions éducatives de Radio-Cameroun : quels problèmes et quel impact? Le cas du poste national », Mémoire de Maîtrise en Sociologie, septembre 1995, p.4.

* 54 I. Waniewics, La Radio-Télévision au service de l'éducation des Adultes : les leçons de l'expérience mondiale, Paris, UNESCO, 1972, p. 11.

* 55 M. Tjadé Eonè, Radio, publics et, p. 50.

* 56 A.Mbida, « Radio-Cameroun et son Auditoire : la rupture », Mémoire de Licence en Sciences et Techniques de l'Information et de la Communication, E.S.I.J.Y., Yaoundé, octobre 1973, p.4.

* 57 P. Biya, discours de politique générale, congrès de l'UNC, Bamenda, 1985.

* 58 Entretien avec Daniel Anicet Noah, 58ans, Enseignant de journalisme à l'E.S.S.T.I.C., et consultant international, Yaoundé, 15 octobre 2010.

* 59 Entretien avec Raphael Tah, 62 ans, Cadre au Comité Central du R.D.P.C., Yaoundé, 5 janvier 2O1O.

* 60 Agence de coopération culturelle et technique, « Vers une radio rurale africaine », n°2818, Paris, 1993, p.19.

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