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La radiodiffusion au cameroun de 1941 à 1990


par Louis Marie ENAMA ATEBA
Université de Yaoundé I - Master II en Histoire des Relations Internationales 2011
  

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II.1.2. La place des programmes

Dans le but d'asseoir l'efficacité de la radio, il avait été établi, au sein de la station centrale, et des stations régionales, des programmes tenant compte des enjeux majeurs.

La radiodiffusion du Cameroun présentait 16 genres d'émissions. Il convient de les décrire, afin d'en dégager la portée. Il existait trois types d'informations à Radio-Cameroun : les informations d'actualité, les informations de renseignement, et les discours. L'actualité était issue des sources informationnelles et des agences télégraphiques, et renseignait sur des problèmes politiques, économiques et sociaux, d'intérêt national et international. Elle était diffusée sous forme de journaux parlés, de flashs ou de magazines. Les renseignements regroupaient les avis et les communiqués, destinés à instruire sur la vie sociale. Les communiqués étaient rédigés dans un style personnalisé. Les discours étaient notamment ceux du Président de la République, et étaient diffusés intégralement, en direct ou en différé. Leur diffusion était suivie d'analyses de journalistes, et durait parfois longtemps, en raison de leur caractère exceptionnel. Les émissions de variété regroupaient notamment la musique, les chansons et les jeux radiophoniques. Le but des émissions de variété était de divertir. Elles faisaient la part belle à la musique populaire camerounaise, africaine ou internationale. Elles excluaient les chorales religieuses et la musique classique. Les émissions musicales portaient sur la présentation de nouveaux disques camerounais et étrangers, la présentation de genres musicaux particuliers, à l'exemple du Jazz et des chorales religieuses nationales. Elles portaient aussi sur la critique d'oeuvres musicales.

Les émissions de culture concouraient à la transmission des connaissances dans le domaine de la science et de la technique. Elles concernaient aussi les programmes destinés à transmettre le patrimoine culturel, à forger le goût du public par des séries consacrées à l'histoire du Cameroun, ses arts, sa littérature, son tourisme, sa géographie, ses médias, etc. Les émissions socio-éducatives préoccupaient les pouvoirs publics. Les émissions éducatives étaient, d'après Roger Clausse, celles conçues et réalisées à des fins didactiques67(*). Les émissions socio-éducatives étaient conçues sous forme de micro-programmes. Il s'agissait des messages qui se distinguaient par leur contenu persuasif, leur durée très courte, et leur diffusion répétée. Ces émissions étaient de véritables leçons sur divers aspects de la vie individuelle et collective, conçues dans le but d'inculquer aux destinataires des attitudes susceptibles de faire d'eux des citoyens responsables. Le contenu de ces émissions était lié à la protection de la santé, à l'organisation de la production, à l'amélioration du cadre de vie, et à l'expansion de la modernité. Les émissions consacrées à la jeunesse étaient définies en fonction des préférences du public-cible. Elles se distinguaient par leurs contenus composites, incluant la musique, les contes, les devinettes, les jeux, la vie scolaire. Les émissions féminines étaient aussi fonction du public-cible (les femmes). Elles visaient à promouvoir l'amélioration de la condition de la femme camerounaise, et à rendre celle-ci consciente de son rôle et de sa place dans la vie nationale. Dès l'indépendance du Cameroun sous tutelle française, sa réunification avec sa partie occidentale, les émissions de propagande à la radio nationale étaient destinées à la promotion du parti unique, d'abord l'U.N.C. et, par après, le R.D.P.C. La radio était alors destinée à informer les militants des activités et des décisions du parti unique, à expliquer sa doctrine, et à valoriser ses programmes politiques. L'une des obligations de la radio nationale du Cameroun était d'ouvrir périodiquement ses antennes aux forces armées. L'émission « Honneur et fidélité », diffusée chaque samedi, de 14 h 00 à 14 h 40, permettait aux composantes de la défense nationale, de « se reconnaître dans un corps restreint ». Elle était produite et réalisée par le B.P.M.D.

Les émissions sportives étaient constituées de magazines d'informations, de réflexion ou de retransmission, en direct ou en différé, à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Il s'agissait, par exemple, des émissions « Vive le Sport », « Sports et Rythmes », et « Antenne Olympique ». Les émissions documentaires concernaient l'information, l'analyse. Le documentaire portrait sur un événement ou une question d'actualité particulière, qui préoccupait l'opinion publique nationale. Mais le documentaire, à la radiodiffusion camerounaise, ne relevait pas du quotidien. Il pouvait être réalisé à l'occasion d'événements exceptionnels, à l'exemple des sommets ordinaires et extraordinaires de l'O.U.A., des congrès ordinaires et extraordinaires du parti unique, des comices agro-pastoraux, des visites de Chefs d'États, des rentrées scolaires, des rétrospectives annuelles. Les émissions de fiction tenaient lieu de récits romanesques, et étaient présentées sous forme de feuilletons, de séries, de dramatiques, de théâtres radiophoniques. Les autres émissions de fiction étaient constituées d'oeuvres de dramaturges camerounais, enregistrées lors de représentations publiques sur différents lieux de culture. Les émissions religieuses comprenaient tous les programmes comportant un message religieux et spirituel. Y étaient aussi inclus, des programmes d'informations religieuses et des retransmissions d'offices religieux. Les mots d'ordre du parti unique étaient faits de discours du Chef de l'État68(*). Par l'extrême brièveté du message (45 minutes au maximum), et par sa diffusion réitérée, précédent chaque édition du journal, ce programme suscitait une prise de conscience des idéaux nationaux, tels que le développement comme exigence première, l'édification d'un sentiment d'appartenance à une même nation, un sentiment débarrassé de tout esprit de sectarisme, de tribalisme ou de régionalisme. Les émissions de publicité concernaient les spots publicitaires, notamment les publicités commerciales, conçues par la C. P. E., chargée de la production des annonces, et de la perception des recettes. Les divers étaient présentés au sein de la radio nationale du Cameroun lors des changements de fréquences, avec des musiques d'accompagnement.

La classification des émissions de la radio nationale du Cameroun avait obéi à des critères relatifs à ses principales missions qu'étaient : l'information, l'éducation, la distraction et la promotion culturelle. La double mission informative et éducative occupait une place de choix dans les discours officiels. Les informations représentaient 35 % des émissions produites à la radio nationale. Les émissions éducatives y occupaient un espace réduit. Le divertissement préoccupait moins les pouvoirs publics. Cependant, il occupait l'essentiel des programmes diffusés, avec près de 49 % du temps d'antenne hebdomadaire. Mais les responsables des programmes et les autorités gouvernementales tenaient à parvenir à un nouvel équilibre « en faveur des émissions culturelles et éducatives au détriment de la musique »69(*). Par la promotion et l'utilisation des langues nationales, la collecte et la diffusion des cultures locales, les stations provinciales servaient à la revalorisation et à la promotion des richesses culturelles, à l'échelle provinciale et locale, en les rendant accessibles à un public large. En effet, la production d'émissions dépendait des particularités linguistiques et culturelles des régions concernées, dans le but de « mener une action éducative en direction des populations rurales, et faciliter une intégration nationale harmonieuse »70(*). En 1986, les stations de radiodiffusion provinciales camerounaises utilisaient une quarantaine de langues nationales. Les efforts déployés par le gouvernement, dans le sens de familiariser les Camerounais à la pratique du bilinguisme, étaient vains. Le français et l'anglais sont demeurés des langues étrangères. Peu de Camerounais s'exprimaient convenablement en ces langues. D'où l'utilisation récurrente des langues nationales.

Les stations provinciales avaient une mission spécifique de promotion culturelle. Par l'utilisation des langues nationales et par un travail profond de collecte et de diffusion des cultures locales, les stations provinciales avaient vocation à aider à la revalorisation et à la promotion des richesses culturelles à l'échelle locales et régionale, en les faisant connaître à un public large. Elle s'employaient à produire des émissions ayant trait aux particularités linguistiques et culturelles des régions concernées, dans le but de mener une action éducative en direction des populations rurales, et faciliter une intégration nationale harmonieuse. Ainsi, entre 1961 et 1990, les stations de radio provinciales du Cameroun diffusaient deux principaux types de programmes : les programmes en langues officielles et les programmes en langues nationales. Radio-Buea diffusait des programmes en français, en anglais, en dialectes.

La programmation des émissions de Radio-Buea respectait un ordre relevant d'un planning hebdomadaire. Ainsi, l'émission « Variety Show » était bihebdomadaire. Elle portait sur des sujets relatifs à la vie des citoyens ordinaires. Parmi ces sujets, il y avait ceux concernant les autorités administratives, les problèmes de développement, la corruption. Ce programme avait suscité des sanctions administratives contre Radio-Buea. En effet, il s'investissait dans la subversion, traitaient des thèmes sensibles71(*). « Listener's Viewpoint » était assimilable à un forum : les auditeurs pouvaient y exprimer leurs points de vue. Des journalistes constitués en panel y donnaient leurs opinions. Le programme servait ainsi de voie d'échanges interactifs entre les auditeurs et ses promoteurs. En raison de leurs opinions de pertinence « approximative », certains auditeurs voyaient la durée de leurs interventions écourtée72(*). Le programme « Meet the patient » s'adressait aux malades hospitalisés dans les provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Les patients avaient la possibilité, au cours de ce programme, d'envoyer des messages à leurs connaissances, en langue anglaise, française, ou en langues vernaculaires. L'émission « Radio Titbits » avait pour objet des communiqués d'intérêt général. Elle avait lieu deux fois par jour, et consistait en des annonces sur les opportunités d'emploi, les résultats des examens, les avis de décès, et les nominations des cadres administratifs.

L'importance des programmes sportifs était liée à l'intérêt accordée par les pouvoirs publics au football, à la boxe, etc. Il avait été créé cinq éditions d'émissions sportives par semaine, dont trois en français, et deux en anglais. L'objectif de ce programme était de promouvoir les traditions de la région anglophone du Cameroun. Cela était d'une importance capitale, dans la mesure où l'un des défis du gouvernement camerounais, depuis l'indépendance, était d'intéresser les citoyens à la valorisation systématique de leurs us et coutumes. C'est d'ailleurs la raison qui explique le jumelage du MIN.CULT. au MIN.COM.73(*) Les programmes musicaux de Radio-Buea étaient les suivants: « Variety Music »; « Listeners »; « Request »; « Teledisc »; « Our Musical Album ». Ils occupaient un espace large, car intéressant beaucoup d'auditeurs.

Les programmes en langue française occupaient un espace radiophonique de 28 heures par semaine à Radio-Buea. Ils étaient constitués d'émissions d'informations, de reportages, de communiqués d'intérêt local. Les informations nationales étaient diffusées à la station de radiodiffusion nationale de Yaoundé, et relayées à Radio-Buea. Les programmes étaient produits localement ou à la R.F.I. La politique des programmes de la radiodiffusion du Cameroun était favorable aux émissions locales. Mais les programmes en langue française s'inspiraient des productions internationales. Il existait deux programmes d'importance capitale, diffusés en langue française à Radio-Buea: « Télé disc » et « Spécial Jeunes ». Ces programmes transmis par téléphone avaient connu des succès notoires. Ils admettaient la participation des citoyens d'expression française et anglaise, et boostaient le bilinguisme prôné par le Président Amadou Ahidjo. Le programme « Spécial Jeunes » était destiné aux jeunes.

Les programmes en langues vernaculaires de Radio-Buea présentaient des informations, des annonces spéciales, des questions éducatives. Ils étaient diffusés de lundi à vendredi. Un exemple de programme diffusé ici, c'était l'émission « Good Evening Cameroon », présentée tous les samedis, dans la nuit. Ledit programme était diffusé en 25 langues vernaculaires. Cela caractérisait toutes les stations provinciales du Cameroun. Une sélection préalable des langues des provinces du Sud-Ouest et du Nord-Ouest du Cameroun était menée. Seules 4 des langues retenues était utilisées dans la diffusion des programmes en langues vernaculaires au sein de la station. La principale source d'information pour ces programmes était la station elle-même. Les informations disponibles en langue anglaise étaient traduites par chaque artiste, en langue vernaculaire. Ces informations avaient une portée locale ou nationale. Pour être habilités à traduire les informations de la langue anglaise en langues vernaculaires, les candidats devaient avoir au minimum le C.A.P. Les programmes de la radiodiffusion du Cameroun étaient conformes à des objectifs que lui avaient assignés les gouvernants, à savoir former, éduquer, informer et divertir les citoyens, avec pour finalité ultime, la consolidation de l'indépendance et le développement du pays. L'élaboration et la diffusion des programmes de la radio respectaient un ordonnancement juridique mis en place par le gouvernement, considérant, comme délits, certains actes liés à la publication des informations : la diffamation, la publication des secrets militaires, etc.

 

La forme et le contenu des programmes de la radio nationale du Cameroun libre tenaient compte de l'audience et de l'auditoire. Les publics-cibles étaient définis en fonction de l'âge, du sexe, de l'activité socio-professionnelle, et de la langue d'écoute. L'âge conduisait à la production d'émissions pour les jeunes, les personnes âgées, les enfants. Le sexe permettait de définir les émissions pour les femmes ou les hommes. L'activité socio-professionnelle entrainait, par exemple, la programmation d'émissions pour les agriculteurs ou pour les forces armées. La langue d'écoute impliquait la production d'émissions en français, en anglais, en Basaa, en Béti, en Douala, etc. Les programmes étaient spécifiés selon les stations (station nationale ou les stations provinciales).

Les émissions diffusées au sein de la radio nationale visaient le renforcement de l'esprit patriotique et le nationalisme camerounais. Ainsi, le Gouvernement y avait mis sur pied des programmes susceptibles de répondre aux attentes des auditeurs.

* 67 R. Clausse, in J. Cazeneuve,  Émissions, 1972, pp. 190-192.

* 68 Un exemple de mot d'ordre du Parti : « Les plus égoïstes parmi nous doivent au moins avoir la conscience aigüe que personne dans ce pays ne peut se baser sur une seule tribu ou un groupe ethnique pour réaliser quoi que ce soit de durable, d'efficace et de stable ». Le mot d'ordre est de P. Biya, Président de la République et Président national du Parti, lors de ses visites officielles dans les anciennes provinces du Nord et du Centre-Sud, Garoua et Yaoundé, le 04 mai et 11 juin 1983.

* 69 Albert Mbida, « Radio-Cameroun et son auditoire, La rupture », Mémoire de D.S.J., E.S.I.J., Yaoundé, octobre 1973, p.7.

* 70 Amadou Ahidjo, Anthologie des, p.922.

* 71 Zachary Nkwo Tokolo, «Broadcasting in English Speaking Cameroon, A General Survey», Mémoire de License en Journalisme, E.S.I.J.Y., Yaoundé, 1975, p. 26.

* 72 Zachary Nkwo Tokolo, ibid.

* 73 Zachary Nkwo Tokolo,» Broadcasting in...», p. 27.

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