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Le pouvoir de standard and poor's, illustration de la raison néolibérale

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par Elise Fraysse
Université Lyon 2 Lumière - Master 1 2012
  

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Chapitre 1. Standard and Poor's : la concurrence comme axiome de pensée

Sous l'empire du néolibéralisme, la concurrence est le moteur du marché, ce qui signifie qu'elle est tant une condition pour l'accomplissement efficace de celui-ci qu'un moyen de le pérenniser. Conformément à ce schéma de pensée, Standard and Poor's a fait de la concurrence son axiome de pensée ; la globalisation du monde lui a permis de mettre les différents acteurs du monde en concurrence (Section 1), et de l'étendre à tous les domaines, permettant ainsi la diffusion de la raison néolibérale (Section 2).

Section 1. La mise en concurrence, permise par la globalisation de son action

Aucune concurrence n'est envisageable s'il n'y a pas atomicité des acteurs, ou du moins, une pluralité d'acteurs pouvant être mis en concurrence. En ce sens, concurrence implique globalisation, qui doit s'entendre non seulement comme s'étendant à toute la surface de la terre, et ainsi revêtir un champ mondialisé (Paragraphe 1), mais également comme touchant une pluralité d'acteurs, et ainsi promouvoir une conception fonctionnelle des acteurs du monde (Paragraphe 2).

Paragraphe 1. Un champ horizontalement étendu : un champ mondialisé

Standard and Poor's nécessite, pour mettre les différents acteurs du monde en concurrence, l'existence d'un ordre internationalisé, où les frontières sont abolies (A), mais également un ordre spontané, qui soit régi par des règles autres que celles du « monde » (B).

A) L'action de Standard and Poor's dans un ordre internationalisé

Les années 1970 ont vu naître un monde nouveau ; plusieurs évènements, s'ils paraissent anodins, ont contribué à internationaliser le monde et ainsi à modifier le rôle des acteurs du monde. Dans un premier temps, l'éclatement en 1971 du système de Bretton Woods, dû au refus des Etats-Unis de convertir les prêts en or, signe un basculement idéologique puissant. En mettant fin au système de parité stable entre les monnaies, celles-ci « se mettent à flotter au gré de l'offre et de la demande »37, ce qui permet l'avènement des marchés financiers. Mais c'est surtout, dans un second temps, l'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher et Ronald Reagan en 1975 et 1979 qui entrainera un certain changement de paradigme dans la relation entre l'Etat et l'économie. Ces dirigeants, et notamment Ronald Reagan, illustrent deux grandes puissances et sont de ce fait particulièrement influents sur la scène internationale. Ils prônent entre autres le recours à la dette pour financer l'économie et l'ouverture du financement des déficits publics à l'épargne étrangère. Petit à petit, et avec les progrès techniques, c'est alors un autre monde qui nait ; un monde mondialisé, globalisé. Les flux entre les Etats s'intensifient, et la majorité d'entre eux sont touchés par le problème de la dette publique.

37 Brunel (Sylvie), Qu'est-ce que la mondialisation ?, Sciences humaines, n°180, mars 2007

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La dette publique des Etats, depuis le début des années 1980, n'a cessé de croitre, et elle explose à partir des années 1990. Un double-phénomène s'attache dès lors à la dette : d'une part, elle se structuralise, c'est-à-dire qu'un Etat doit emprunter de nouveau pour payer les taux d'intérêt qui s'attachent à sa dette, au point de devenir parfois le premier poste budgétaire38. D'autre part, la dette publique s'internationalise, ce qui signifie que la dette d'un Etat est souvent détenue par plusieurs entités étrangères. La dette a donc suivi le processus d'interdépendance des Etats entre eux, qui caractérise la mondialisation. Ainsi, à titre d'exemple, la dette de la France est détenue à 68% par des entités étrangères, mais principalement par des pays limitrophes. Le cas des Etats-Unis est plus éloquent, puisque sa dette est majoritairement détenue par la Chine, le Japon, le Royaume-Uni et la Suisse, et qu'elle détient la dette de nombreux Etats39.

La dette a donc suivi ce processus de mondialisation, « dans laquelle se retrouve tous les traits du néolibéralisme, mais portés au carré »40. En effet, la mondialisation ne connait pas de pouvoir central et elle pousse à l'intensification des échanges et ainsi à une certaine déterritorialisation du monde. Or, cela va à l'encontre de l'idée même de souveraineté. Le territoire, unifié par la souveraineté, cède sa place à l'espace global, « strié, composé de lignes et de relations »41 que Standard and Poor's, entre autres, est chargé d'orienter. Le rôle originel de Standard and Poor's n'est pas d'interagir avec des Etats ou des entités, mais d'orienter, voire de conduire des flux, des relations. Si la souveraineté continue de s'exercer, « elle voit certaines de ses relations échapper à sa juridiction : non seulement elle ne les contrôle plus, mais elle peut se voir sommée de rendre des comptes de sa politique publique devant des arbitres privés »42.

Sans anticiper sur la question de savoir si l'Etat s'est fait dépossédé de certaines de ses fonctions ou s'il s'est lui-même dessaisi de certaines de ces compétences, on voit bien que dans un monde où les relations ne sont plus organisées entre souverainetés, où règne le polycentrisme43, il est plus facile pour une entité privée d'émerger et de rayonner sur le plan international. Si les relations ne s'organisent plus entre territoires, la souveraineté n'est plus la condition préalable pour se faire une place à l'échelle mondiale. L'avènement de la raison néolibérale a permis de multiplier les acteurs du monde, puisqu'elle « infinitise sans totaliser »44, contrairement à la souveraineté. Le contexte est donc propice au développement de Standard and Poor's, qui, dès 1984, s'étend aux marchés européens en ouvrant un bureau à Londres45. Dans les 20 années qui suivront, ce sont 20 nouveaux bureaux qui seront ouverts à travers le monde46. En somme, l'évincement du territoire comme espace de référence et la « désintermédiation des économies » 47 lui ont permis d'émerger et de s'étendre.

38 Loi n°2011-1977 du 28 décembre 2011 de finances pour 2012

39 Hypolite (Darmien), Qui détient les dettes d'Etat ?, Le Figaro, 5 aout 2011

40 Garapon (A.), La raison du moindre Etat, op. cit., p. 153

41 Ibid. p. 165

42 Idem.

43 Desrosières (Alain), L'État, le marché et les statistiques Cinq façons d'agir sur l'économie, Courrier des statistiques, Insee, décembre 2000, n°95-96, p. 9

44 Garapon (A.), La raison du moindre Etat, op. cit., p. 42

45 Standard and Poor's, A history of Standard and Poor's, op. cit.

46 Idem.

47 Montagne Sabine, Des évaluateurs financiers indépendants ? Un impératif de la théorie économique soumis à l'enquête sociologique, Cahiers internationaux de sociologie, 2009/1 n° 126, p. 140

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La mondialisation de la dette, c'est-à-dire son internationalisation et les interdépendances qu'elle a créé, a été de pair avec la croissance de Standard and Poor's. Si, dans les années 1975, Standard and Poor's notait à peine une dizaine d'Etats, ce chiffre n'a cessé d'augmenter depuis la fin des années 1980 puisqu'il est passé de 18 Etats notés en 1987 à 126 Etats notés en 201248, soit environ 65% des Etats du monde. Le champ d'application et d'influence de Standard and Poor's est dès lors relativement développé. Il l'est d'autant plus qu'il existe des unsolicited ratings, c'est-à-dire que Standard and Poor's peut décider d'attribuer des notes à des institutions, et notamment des Etats, qui ne l'ont pas réclamé, de sa propre initiative. C'est par exemple le cas de la France, mais également du Royaume-Uni, des Etats-Unis, de l'Allemagne49... L'action de Standard and Poor's est donc internationale, en ce qu'elle a des incidences sur une grande partie des nations du monde. Qui plus est, être noté par une agence de notation devient une condition quasi-incontournable pour pouvoir emprunter de l'argent sur le marché obligataire. Elle anime ainsi les processus d'internationalisation de la dette et de globalisation du monde, qui fragmentent encore un peu plus la souveraineté50, et lui permet un peu plus de disposer d'une multitude d'acteurs. Cela est une condition nécessaire pour que les Etats puissent être mis en concurrence, c'est-à-dire pour que ces entités entrent en compétition, voire en rivalité, en poursuivant un unique but : réussir à emprunter de l'argent au meilleur prix.

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"Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée"   François de la Rochefoucauld