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Du mercenariat aux entreprises de services de sécurité et de défense : la question de l'externalisation dans les forces armées françaises

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par François Le Gallic
Ecole de l'air - Sciences Po Aix - Diplôme de Sciences Po Aix 2013
  

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C) Féodalité et mercenariat

« Plutôt la mort que la souillure. », devise des ducs de Bretagne

Par féodalité, il faut entendre un système politique pyramidal où le suzerain, à la tête de seigneurs qui sont ses vassaux, n'a que très peu de pouvoir. L'armée dont il dispose est affectée à sa protection et à celle du territoire qui est sous son autorité directe.

Chaque année, tout vassal doit à son suzerain une période de service militaire de quarante jours (appelée l'ost) et qui consiste en la fourniture de troupes armées. Or, s'agissant des seigneurs de la « petite noblesse », l'ost nécessitait de mobiliser la population de leur fief. C'est pour éviter cette fuite des « forces vives » que les seigneurs pouvaient remplacer ce service militaire par le paiement d'une somme qui servait au suzerain à payer des mercenaires et à entretenir une armée de métier.

Toutefois, c'est surtout durant la Guerre de Cent ans (1337-1453) que l'on assista à la première institutionnalisation du mercenariat avec la création des Grandes compagnies, ancêtres des sociétés militaires privées. La plus célèbre est sans doute la Compagnie blanche, constituée par Arnaud de Cervole. François-Xavier de Sidos voit d'ailleurs en ce personnage un précurseur car « jusque-là, l'offre avait toujours suivi la demande, les unités mercenaires se formant pour répondre à un besoin précis.13 » Les Grandes compagnies opèrent donc un changement paradigmatique puisque « l'offre devient disponible avant que le besoin ne s'en fasse sentir.14 » Cette originalité, au fondement d'ailleurs de tout commerce, servira de base au développement du mercenariat moderne, à commencer par celui des condottieri.

13 SIDOS François-Xavier, Les soldats libres. La grande aventure des mercenaires, Editions de l'Aencre, Paris, 2002, p. 87.

14 ROSI Jean-Didier, Privatisation de la violence - Des mercenaires aux sociétés militaires privées, Editions L'Harmattan, Paris, 2009, p. 27.

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D) La Renaissance italienne : la figure du condottiere

Deux moines saluèrent John Hawkwood par les mots suivants : « Allez en paix. » Et le condottiere de répondre : « Gardez votre paix pour vous, car elle vous est plus nécessaire qu'à moi, qui vis

de la guerre et dont c'est la vocation. »

Avant d'être le pays unifié que nous connaissons depuis 1861, l'Italie a d'abord été un territoire partagé entre des Cités-Etats parmi lesquelles il faut surtout retenir : le Duché de Milan, la République de Venise, la République de Florence, la République de Naples et les Etats pontificaux. En raison des finances qui ne permettaient pas d'entretenir une troupe professionnelle permanente et en raison de la population qui était insuffisamment nombreuse pour former une armée citoyenne, l'appel aux condottieri apparut, dès la fin du XIVe siècle, comme la seule solution viable d'un point de vue économique et politique. En outre, il faut noter que les employeurs des condottieri pouvaient être également des personnes privées comme des corporations de commerçants.

Les condottieri sont venus renforcer le caractère institutionnel du mercenariat en faisant de ce dernier un service à la fois légal et commercial. En effet, le condottiere est lié à son employeur par un contrat, la condotta, passé devant un notaire. Cet acte notarié précise l'objectif de la mission, sa durée, et le montant de la prestanza, rétribution générale allouée au condottiere pour recruter, entretenir et équiper ses hommes. Les effectifs sont comptabilisés par « lances » (une lance équivaut à six hommes). De plus, le condottiere est à la tête d'une compania et son armée s'appelle d'ailleurs compania di ventura (« compagnie d'aventure »). Par analogie, c'est le même terme qui a donné en anglais venture (« entreprise commerciale »).

S'agissant du profil des condottieri, la plupart sont des étrangers, le plus souvent français ou anglais. Toutefois, à partir du XVe siècle, on retrouve davantage d'hommes issus de la noblesse italienne. Certains sont encore célèbres aujourd'hui, notamment parce qu'ils ont eu entre leurs mains un formidable pouvoir politique, en sus de leur pouvoir militaire. Citons Francesco Sforza (1401-1466), qui devint duc de Milan en 1450 (la ville restera aux mains des Sforza jusqu'en 1535). De même, Sigismondo Malatesta (1417-1468), dont la vie inspira une pièce de théâtre à Henry de Montherlant, fut seigneur de Rimini, Cesa et Fano. Enfin,

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Cesare Borgia (1475-1507), auquel Machiavel fait souvent référence comme « le prince idéal », eut un poids politique tellement considérable que le Doge de Venise écrira à son sujet : « Certains voudraient faire de Cesare le roi de l'Italie, d'autres le voudraient faire empereur, parce qu'il réussit de telle façon que nul n'aurait le courage de lui refuser quoi que ce soit. »

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"Entre deux mots il faut choisir le moindre"   Paul Valery