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Le graffiti à  Beyrouth: trajectoires et enjeux d'un art urbain émergent

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par Joséphine PARENTHOU
Sciences Po Aix-en-Provence - Aix-Marseille Université - Diplôme de Sciences Politiques 2015
  

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2. Influence de la diversité libanaise au sein du territoire national

La situation géographique et historique du Liban rend compte d'une diversité interne qui peut, en certaines occasions, influencer les futurs graffeurs. Cette influence est finalement proche de celle vécue par ceux dont les origines ou l'expérience familiale les ont portés vers l'étranger. Leur provenance géographique, au niveau national, est limitée à quelques régions, voire quelques villes : Tyr pour le Liban sud (Bros crew), Mont-Liban, région du Chouf (Spaz, Exist, Sup-C), voire Beyrouth même (Zed, Ashekman, Yazan). Ces zones géographiques sont en réalité les plus proches de la capitale ; elles sont, surtout, relativement hétérogènes, même s'il existe toujours une communauté plus ou moins majoritaire (maronite pour le Mont-Liban ou druze pour le Chouf). En conséquence, il n'est pas étrange de voir une sous-représentation des régions les plus éloignées comme la Beqaa, le mohafazah12 de Nabatiyeh (sud-est) ou encore Saida et Tripoli : éloignées géographiquement certes, elles sont également peu hétérogènes puisque Tripoli et Saida concentrent une très large majorité de sunnites. Ces dernières abritent par ailleurs certains bastions radicaux, à l'image du quartier de Bab et-Tabbaneh à Tripoli. De plus, si un graffeur est actif à Tripoli, il ne descend pas à la capitale et n'est pas considéré comme un membre de la scène beyrouthine. Les graffeurs proviennent en majorité du « village » comme ils le répètent à de nombreuses reprises lors des entretiens, toutefois lorsqu'on y regarde de plus près l'origine provinciale est déjà distinctive selon que l'on se trouve près ou non de Beyrouth, selon qu'il existe une diversité communautaire ou non.

La différence se perçoit également entre les Beyrouthins d'origine et ceux provenant du « village ». Ces derniers distinguent clairement l'ambiance du village et celle de la ville : « je venais d'un, d'une ville montagnarde quoi, tu as le, tu vois la communauté un peu plus village, tu vois on traîne à côté de l'high club, on joue au billard, on boit des bières dehors et tout ça alors que ça, c'était pas ça à Beyrouth du tout... » (Kabrit). Cette différence d'origine dénote dans la manière dont l'activité sera envisagée et construite, bien que cela reste relativement fluide. Si les styles des Beyrouthins Zed, Yazan, voire Ashekman se rapprochent plus de la fresque, les autres tendent à développer un style plus « graff », plus en adéquation avec l'univers du graffiti tel qu'il a pu être décrit par Frédéric Vagneron13 ou Richard Lachmann14 : prédominance du tag, du flop, de la pièce centrée sur le lettrage et le perso. Notons encore que cette origine est analysée a posteriori, une fois que les graffeurs sont entrés dans l'activité et présents à Beyrouth ; elle ne peut dès lors être comprise comme un facteur d'explication global, et ne représente qu'une variable parmi un ensemble d'éléments explicatifs. Quoi qu'il en soit, cette apparente hétérogénéité révèle plutôt une

12 Le mohafazah, ou « gouvernorat » est une division administrative que l'on peut apparenter à la région en France.

13 VAGNERON, Frédéric, « Le tag : un art de la ville (observation) », Terrains & Travaux, 2003/2 (n° 5), p. 87-111.

14 LACHMANN, Richard, « Le graffiti comme carrière et comme idéologie (traduction de Jean-Samuel Beuscart, Loïc Lafargue de Grangeneuve, Claire Lemasne et Frédéric Vagneron) », Terrains & Travaux, 2003/2, (n° 5), pp. 55-86.

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certaine constance dans les parcours identitaires de chacun : que ce soit à l'international ou dans des villages où la diversité communautaire reste présente, offrant un accès facilité à la capitale, tous ont bénéficié d'une socialisation primaire relativement tournée vers une pluralité d'identités et d'échanges humains, à des degrés plus ou moins élevés.

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