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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun.

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par Paule Danielle MEKA'A EBANG
Université de Yaoundé 2-SOA - Master 2 2013
  

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

INTRODUCTION GENERALE

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Avec un tissu bancaire peu dense, en comparaison à ceux des pays riches, et actuellement composé de 13 banques en activité (Conseil National du crédit, 2014), le système bancaire camerounais est l'un des plus importants de la CEMAC. Il a pour principaux traits caractéristiques une forte concentration et un état perpétuel de surliquidité1.

La concentration s'appréhende aussi bien géographiquement qu'en termes d'activité. Si l'on s'en tient à l'aspect géographique de la concentration, les agences bancaires camerounaises sont surtout localisées en zones urbaines, avec une préférence avérée pour les plus grandes métropoles du pays que sont Douala et Yaoundé. Ceci au détriment des milieux ruraux qui s'assimilent plutôt à des déserts bancaires (Avom et Eyeffa Ekomo, 2007).

Le tableau 1 (voir annexe 1) donne une illustration de cette situation en mettant en exergue la répartition inégale des banques sur le territoire national. On observe que les régions du Littoral et du Centre-Sud-Est concentrent respectivement 86 et 62 agences bancaires à elles deux (Conseil National du Crédit, 2014), soit 182 agences sur un total de 217 recensées dans le pays. En pourcentage, cela équivaut à 83,87% de l'ensemble des agences bancaire.

Par ailleurs, au sein même des villes, il existe des disparités entre centre et périphérie. Les quartiers périphériques et ceux abritant les couches les plus défavorisées de la population sont délaissés par les banques. Ces dernières préfèrent s'installer dans les quartiers huppés et au niveau du centre urbain.

Si l'on considère à présent le niveau d'activité comme critère de concentration, on observe que sur 13 banques que compte le système bancaire camerounais, une minorité d'entre elles détient un grand nombre de parts de marché. Il s'agit de la SGBC, la BICEC, d'ECOBANK, de la SCB et d'Afriland First Bank qui concentraient 74% des crédits octroyés et 73,6% des dépôts collectés en décembre 2013 (MINFI, 2014).

1 La surliquidité bancaire traduit une situation dans laquelle la trésorerie bancaire est en permanence excédentaire (Avom et Eyeffa, 2007)

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Le tableau 2 (voir annexe 1), présente les statistiques individuelles de chacune de ces banques en janvier 2014.

A l'observation, la SGBC, la BICEC et Afriland First Bank arrivent tête, suivies d'ECOBANK et de la SCB qui se distinguent également du reste des banques commerciales. On peut attribuer à ces dernières, qui sont au nombre de 8, les parts restantes de crédit et de dépôts qui ne s'élèvent respectivement qu'à 26% et à 26,4%.

En ce qui concerne deuxièmement la surliquidité, elle traduit une situation dans laquelle la trésorerie bancaire est toujours excédentaire. Le dispositif réglementaire de la CEMAC prévoit que toute banque dont le ratio de liquidité est supérieur à 100%, est en situation de surliquidité. Depuis 1993, les ratios de liquidité des banques camerounaises sont supérieurs à cette norme (COBAC, 2003).

Parallèlement à cet état de surliquidité, les banques sont frileuses dès lors qu'il s'agit de s'engager dans le financement de l'économie (Joseph, 2000 ; Avom et Eyeffa, 2007)2. Elles proposent des crédits à des taux hors de la portée de la grande masse, moyennant en outre des garanties d'un niveau élevé.

La configuration ainsi présentée du système bancaire camerounais est la résultante des restructurations consécutives à la crise bancaire du milieu des années 80. Ces restructurations visaient, pour les autorités monétaires, à éviter l'effondrement du système fortement secoué par la chute du montant des dépôts, la fuite des capitaux, le recours des banques secondaires à des ressources autres que les dépôts ainsi que la dégradation de la rentabilité bancaire.

2 Selon Fouda Owoundi (2009), trois raisons peuvent être avancées pour l'expliquer : le rapatriement des capitaux

spéculatifs, qui avaient été massivement placés hors de la BEAC par anticipation de la dévaluation ; le mauvais climat des affaires, qui serait de nature à accroître l'aversion au risque des banques ; ainsi que l'incompatibilité pour les banques à convertir les ressources courtes en emplois longs.

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Il s'avérait alors impératif de procéder à un changement du cadre institutionnel et de mettre en oeuvre une politique monétaire moins laxiste. C'est ainsi que la COBAC vit le jour, son avènement constituant l'épine dorsale du changement institutionnel3.

Si la mise en oeuvre de ces réformes a permis de limiter les dégâts systémiques, elle a également profondément influencé les comportements des banques qui se sont repositionnées spatialement et qui, dorénavant soucieuses de respecter les normes édictées à travers les ratios prudentiels, sont devenues moins enclines à accorder des prêts (Joseph, 1998).

C'est donc dire que la concentration et la surliquidité bancaires observées au Cameroun sont en quelques sortes un effet pervers des réformes prises pour mettre un terme à la crise. Ces caractéristiques du système bancaire constituent malheureusement une brèche pour l'exclusion bancaire, qui loin d'être une préoccupation récente, alimente depuis plusieurs années les débats relatifs à la croissance et à la lutte contre la pauvreté dans le monde.

En effet, l'expression exclusion bancaire a été forgée en 1993 par des géographes anglais inquiets de la limitation de l'accès physique de certaines populations aux services bancaires suite à la fermeture d'une série d'agences bancaires (Leyshon et Thrift, 1995). C'est seulement en 1999 que cette expression a réellement été utilisée pour faire référence aux personnes ne jouissant que d'un accès limité aux services bancaires de base (Kempson et Whyley, 1999).

Au fil du temps, ce concept a considérablement évolué et la définition communément admise est celle du centre Walras, fondée sur les travaux de

3 Aussitôt qu'elle fut mise sur pied, la COBAC a entrepris de définir des ratios prudentiels et de mettre en place un système de cotations des établissements de crédit (SYSCO) représentent ses principaux moyens d'action. S'agissant des ratios, ils sont au nombre de cinq et permettent à la COBAC de remplir ses missions de supervision et de contrôle des institutions bancaires. Il s'agit du ratio de fonds propres nets (qui doit être positif), du ratio de solvabilité (minimum 5%), du ratio de couverture des immobilisations (minimum 100%), du ratio de liquidité (minimum 100%) et du ratio de transformation à long terme (100%). Le système de cotation des établissements de Crédit est basé sur une évaluation de la santé individuelle des banques, qui elle-même s'appuie sur le calcul des scores et des cotes permettant d'apprécier périodiquement la situation de chaque établissement de crédit, par rapport au respect des normes réglementaires et des dispositifs de gestion interne.

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Gloukoviezoff (2004) qui voit en l'exclusion bancaire4 « un processus par lequel une personne rencontre de telles difficultés d'accès et/ou d'usage dans ses pratiques bancaires qu'elle ne peut plus mener une vie sociale normale». Ainsi, une situation d'exclusion bancaire n'est définissable que par rapport aux conséquences sociales des difficultés qui la composent.

Ces difficultés découlent de la nécessité pour les particuliers de recourir aux produits bancaires pour mener une vie normale alors mêmes qu'ils sont fournis par des établissements soumis à des contraintes de rentabilité. La clé de compréhension de l'exclusion bancaire se trouve donc au coeur même du processus de financiarisation des sociétés contemporaines en faveur duquel les produits bancaires sont devenus quotidiennement indispensables.

La financiarisation désigne en effet « un ensemble de contraintes à l'emploi des moyens de paiement et de règlement, au recours au crédit et à la protection contre les risques. Contraintes qui agissent de façon différente, directe ou indirecte, tant au Nord qu'au Sud, individuellement sur les personnes et les entreprises, et collectivement sur les groupes sociaux » (Servet, 2004b). Ainsi, selon qu'une société est fortement financiarisée ou non, l'ampleur et les conséquences de l'exclusion bancaire seront plus ou moins sévères.

Les sociétés contemporaines se caractérisent généralement par des degrés élevés de financiarisation dans la mesure où les produits et services bancaires y sont quasiment indispensables pour réaliser les transactions de la vie ordinaire telles que la perception d'un revenu ou de prestations sociales, le règlement des factures (d'eau, d'électricité, de téléphone...), la réalisation d'un achat (à l'aide d'une carte de crédit ou via internet) etc. Pouvoir accéder aux services bancaires constitue alors un élément clé d'intégration au sein desdites sociétés.

4 Le qualificatif bancaire fait référence au livret d'épargne, au compte de dépôt ou courant, aux moyens de paiement scripturaux.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Toutefois, l'exclusion bancaire ne se limite pas aux difficultés d'accès. Elle possède en tout trois dimensions, qui selon Constans (2006) ne se recoupent pas entre elles et dont l'addition serait erronée. Il opère donc la distinction suivante :

- l'exclusion bancaire au sens propre du terme, c'est-à-dire les personnes dépourvues de compte bancaire. Il s'agit encore de la bancarisation qui désigne l'équipement de la population en produits bancaires. On considère généralement qu'une personne est bancarisée si elle possède un compte dans une institution bancaire formelle. Or, l'accès approprié aux produits rentre en ligne de compte dans une perspective d'inclusion bancaire. Les produits doivent être adaptés, c'est-à-dire que leur offre, leur structure et leurs coûts ne doivent pas causer des problèmes d'accès et/ou d'usage aux clients. Il est donc admis que l'exclusion du compte constitue le premier degré de l'exclusion bancaire, car il ne suffit pas de posséder un compte pour être financièrement inclus ;

- l'exclusion des moyens de paiement qui concerne les personnes possédant déjà un compte auprès d'une institution bancaire, mais qui se heurtent à des difficultés d'usage liées au fait qu'elles ne possèdent pas les moyens de paiement scripturaux nécessaires (Cartes bancaires, chéquier ...). Il en résulte d'une part qu'elles sont contraintes d'utiliser des espèces pour réaliser des transactions (ce qui comporte des risques de vol ou de perte ou qui peut s'avérer stigmatisant dans des sociétés très financiarisées), et d'autre part qu'elles doivent toujours se plier aux horaires d'ouverture des banques pour pouvoir effectuer des transactions (notamment les retraits d'argent). Ne pas posséder un minimum d'instruments de paiement peut s'avérer particulièrement préjudiciable ;

- l'exclusion du crédit constitue le troisième et dernier niveau d'exclusion bancaire. Elle fait prendre conscience de ce qu'un individu peut bien posséder un compte en banque ainsi que les instruments de paiement nécessaires, mais se heurter tout de même à des difficultés liées à l'obtention d'un crédit. A l'origine d'une telle exclusion se trouve ce que les banques appellent

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

l'éligibilité principalement fondée sur les capacités de remboursement du solliciteur. ainsi, le flux de revenu, le patrimoine et le niveau d'endettement de ce dernier constituent des indicateurs déterminants dans ce processus.

Dès lors les difficultés bancaires entrainent des conséquences néfastes, ce d'autant plus qu'il est admis dans la littérature économique que le recours aux services bancaires contribue à la réduction de la pauvreté et des inégalités, et favorise la croissance économique (Banque Mondiale, 2012). Ce lien positif entre système financier et croissance économique a été mis en évidence par plusieurs travaux dont ceux de Goldsmith (1969) et Shaw (1973), précurseurs en la matière.

Se situant dans le même sillage, Claessens (2005) met en lumière l'existence d'une forte relation de causalité entre la profondeur financière d'un pays et le niveau de développement économique de celui-ci. Le développement économique d'un pays serait alors une fonction croissante du degré de profondeur financière dudit pays.

Pour Dupas et Robinson (2009), l'accès aux services bancaires aurait un impact positif direct sur l'épargne, la consommation et l'investissement productif, variables dont la contribution positive à la croissance n'est plus sujet à débat.

Dans le même ordre d'idées Kendall, Mylenko et Ponce (2010) démontrent que la finance améliore de façon substantielle les conditions d'existence des couches les plus fragiles en contribuant à la satisfaction des besoins essentiels (santé, éducation...), à la maîtrise des risques de l'existence, ainsi qu'en permettant la projection dans l'avenir (à travers l'investissement).

Par ailleurs, Ashraf et al. (2010) soulignent que le recours aux services bancaires constitue un instrument clé pour l'atteinte des OMD, notamment ceux relatifs à la pauvreté, l'éducation, la santé, voire l'autonomisation des femmes.

En fin de compte, l'accès aux services financiers est constamment remis au goût du jour dans la mesure où la réduction de la pauvreté, l'amélioration des conditions de vie des populations et la croissance économique sont de perpétuels enjeux socio-économiques. Dès lors, faciliter l'accès des particuliers aux services bancaires devrait

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donc constituer un objectif prioritaire dans l'agenda du développement des PVD en général et du Cameroun en particulier.

S'agissant de ce pays, s'il semble porter en lui les germes de l'exclusion bancaire en raison de son organisation et son fonctionnement actuels, il n'en demeure pas moins que les facteurs de ce problème qui s'y pose avec une acuité particulière, sont à rechercher bien plus loin. En effet, le taux de bancarisation au Cameroun ne s'élevait qu'à 4%5 en 2010 selon des experts du Ministère des Finances, avec un faible taux de densité bancaire6.

A contrario, les pays riches tels que les Etats-Unis, l'Allemagne ou encore la France connaissent des taux de bancarisation très élevés7, de forts taux de densité bancaire et une faible utilisation des numéraires dans les transactions courantes. Dans ces pays-là, les institutions bancaires jouent pleinement leur rôle d'intermédiaire financier en collectant des fonds auprès d'individus à capacité de financement pour les allouer de façon optimale, là où ils sont le plus rentables (Gansinhoundé, 2008).

En dépit de toutes les vertus reconnues aux services bancaires8, force est de constater que dans les PVD la finance informelle reste prédominante (Banque Mondiale, 2012). Le Cameroun n'échappe pas à cette réalité. Le rapport principal ECAM III (2007) révèle que seulement 27,4% de camerounais possèdent une épargne et seulement 5,5% ont reçu une réponse favorable à une demande de crédit auprès d'une banque.

Les personnes ainsi maintenues à l'écart ou éconduites du système bancaire finissent généralement par se replier sur des prestataires informels de services financiers. Pourtant, les coûts proposés par ces derniers sont très souvent plus prohibitifs

5 Ce taux de bancarisation comprend aussi bien les comptes dans les établissements bancaires que dans les institutions de microfinance.

6 La densité bancaire était d'une banque pour 124 536,585 habitants en 2010 selon la COBAC.

7 Dans ces pays-là, les taux de bancarisation surpassent généralement 90%.

8 En plus de réduire la pauvreté et de favoriser la croissance économique, les services bancaires (moyens de paiement, épargne, crédit etc.) participent à l'amélioration du bien-être des particuliers en ouvrant les vannes de la consommation, en leur permettant de se prémunir contre les aléas et même d'investir dans l'éducation ou toute autre forme de projets porteurs (Honohan et King, 2012).

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et leurs activités ne profitent pas pleinement à l'économie, car elles encouragent la thésaurisation et plombent l'activité économique9.

Or, le Cameroun s'est résolument engagé sur la voie de l'émergence à travers l'élaboration, l'adoption et la mise en oeuvre amorcée d'une stratégie pour la croissance et l'emploi. La réalisation d'une telle ambition passe par la construction d'un système bancaire plus inclusif10, qui constitue un levier de croissance et un important outil de réduction de la pauvreté et des inégalités sociales (Beck, Demirguc-kunt et levine, 2004a).

A cet effet, la démarche indiquée consiste à procéder à l'identification préalable des causes de l'exclusion bancaire afin de pouvoir élaborer et mettre en oeuvre les politiques publiques conséquentes (Gloukoviezoff, 2010), tout en gardant à l'esprit qu'il s'agit d'un phénomène multidimensionnel et dont les facteurs sont fortement influencés par le contexte national.

Ceci nous amène à la question fondamentale de l'étude : « quels sont les facteurs explicatifs de l'exclusion bancaire au Cameroun ? »

Cette étude revêt un double intérêt théorique et pratique. S'agissant du premier aspect, elle contribue non seulement à l'enrichissement de la littérature relative à l'exclusion bancaire, mais aussi à la vulgarisation des mécanismes de ce phénomène au Cameroun.

En effet, pendant longtemps les travaux menés se sont cantonnés au traitement de la bancarisation, laquelle ne constitue pourtant qu'un aspect de la vaste problématique de l'accès aux services financiers. Ainsi, cette étude ne se limite pas à la possession d'un compte ou d'une carte de paiement comme indicateur d'inclusion bancaire : elle met en lumière l'exclusion de l'intérieur auxquels sont confrontées les personnes détenant déjà les instruments sus évoqués.

9 L'Etat ne peut par exemple pas prélever de taxes sur de telles activités. Il en résulte un manque à gagner dont l'importance s'accroit avec l'ampleur desdites activités.

10 Notamment à travers la mobilisation de l'épargne des ménages bancarisés qui sera injectée dans l'économie sous forme de concours bancaire.

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Il en découle naturellement un intérêt pratique à travers la construction d'un système bancaire camerounais plus inclusif, rendu possible grâce aux recommandations de politiques économiques qui seront formulées et proposées à l'issue de ce travail.

L'objectif principal de ce travail est d'identifier les facteurs explicatifs de l'exclusion bancaire au Cameroun. Pour ce faire, il repose sur l'hypothèse principale selon laquelle l'exclusion bancaire est influencée simultanément par des caractéristiques institutionnelles et des caractéristiques socioéconomiques de la population camerounaise.

Il en découle deux hypothèses secondaires :

H1 : les caractéristiques institutionnelles (règlementation, documentation, coûts, sélection de clientèle) influencent significativement la probabilité pour un individu d'être exclu du système bancaire.

H2 : les caractéristiques socioéconomiques (âge, proximité, situation financière) affectent significativement la probabilité pour un individu d'être exclu du système bancaire.

Pour vérifier ces hypothèses, nous effectuerons une régression logistique sur un modèle économétrique tiré des travaux d'Allen et al. (2012) qui mesurent l'exclusion financière dans 123 pays et sur un échantillon de 1.000 individus par pays. A cet effet, les données utilisées sont issues de la base de données Global Financial inclusion (Global Findex database) de la Banque Mondiale obtenues à l'issue d'une enquête sur un échantillon de 1000 individus enquêtés au Cameroun.

La suite de ce travail est élaborée ainsi qu'il suit. La première partie présente les facteurs de l'exclusion bancaire du côté de l'offre. Elle consiste à identifier dans la littérature les causes liées au cadre institutionnel, puis à procéder à une analyse empirique dans le but d'en retenir les plus pertinentes. La seconde partie reprend la même démarche du côté de la demande de services bancaires. En fin de compte et en guise de conclusion, ce travail de recherche sera bouclé par des recommandations de politique économique.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

PREMIERE PARTIE

LA RECENSION DES FACTEURS LIES A L'OFFRE : LES
JUSTIFICATIONS DE L'EXCLUSION BANCAIRE

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

INTRODUCTION DE LA PREMIERE PARTIE :

Dans l'optique de prévenir le risque systémique, d'encadrer les frais bancaires ou encore de sauvegarder les intérêts des consommateurs, les autorités monétaires se doivent de réguler l'activité bancaire (Gloukoviezoff, 2010). Les normes édictées à cette fin revêtent un intérêt particulier, dans la mesure où elles sont le gage de l'établissement et du maintien de la confiance entre clients et prestataires, sans laquelle le système bancaire disparait.

Si ces mesures réglementaires sont indispensables au bon fonctionnement du système bancaire, elles comportent malheureusement des effets pervers. Certaines restrictions règlementaires peuvent notamment amener les banques à développer des pratiques visant à les contourner en faisant supporter aux clients les coûts de telles mesures.

Par ailleurs, les banques sont guidées par des impératifs de rentabilité qui les poussent à adopter des comportements sélectifs. Tout comme des entreprises ordinaires, elles ont pour seule responsabilité sociale de réaliser des profits (Friedman, 1962). Au fil du temps, les théories de la firme bancaire11 ont abondé dans ce sens en soulignant que les actions des banques sont la résultante de choix optimaux, lesquels relèvent d'une logique de minimisation des coûts ou de maximisation du profit (Levratto, 1993).

Cependant les stratégies élaborées par les banques sur une telle base ne tiennent aucunement compte des besoins spécifiques des individus. L'exclusion bancaire serait donc une externalité négative de l'activité bancaire12.

Au total, la réglementation et les politiques commerciales des banques apparaissent comme des justifications de l'exclusion bancaire. Le système bancaire a besoin d'être régulé, tout comme les banques ont vocation à réaliser le maximum de profit possible.

11 La notion de firme bancaire résulte des travaux de Pesek (1970), Towey (1974) et Saving (1977), qui se sont attachés à déterminer la taille et la structure optimale des bilans bancaires.

12 Gloukoviezoff, Op. cit.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

L'objet de cette partie est d'identifier les facteurs de l'exclusion bancaire du côté de l'offre des services bancaires. Pour ce faire, le chapitre premier porte sur la recension théorique desdits facteurs, tandis que le second consiste en une évaluation empirique de ces derniers dans l'optique d'en retenir les plus pertinents au niveau du Cameroun.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

CHAPITRE 1 : REVUE THEORIQUE DES FACTEURS DU

COTE DE L'OFFRE DE SERVICES BANCAIRES

INTRODUCTION

Le secteur bancaire fait l'objet d'une réglementation élaborée dans la perspective d'encadrer l'activité des établissements de crédit et d'éviter l'occurrence des crises. Toutefois, si ces normes visent à assurer sa stabilité, elles peuvent également avoir des effets pervers, lesquels sont susceptibles de favoriser l'exclusion bancaire.

Par ailleurs, soumises à des contraintes de rentabilité, les banques se doivent d'élaborer et de mettre en oeuvre des stratégies commerciales visant à maximiser leur profit tout en minimisant les risques. Aussi, se livrent-elles à des pratiques commerciales qui peuvent leur paraitre légitimes, mais qui sont par ailleurs susceptibles d'engendrer ou d'exacerber les difficultés bancaires des particuliers.

L'objet de ce chapitre est de mettre en lumière le rôle néfaste de la réglementation et des politiques commerciales des établissements de crédit sur l'exclusion bancaire. Dans cet ordre d'idées, il comprend deux sections dont la première est consacrée à l'impact de la règlementation du secteur bancaire et la seconde met en lumière les effets pervers des politiques commerciales des banques.

SECTION I : L'INCIDENCE DE LA REGLEMENTATION DU SECTEUR BANCAIRE

Il est admis dans la littérature économique que la règlementation exerce une influence certaine sur l'exclusion bancaire. A titre illustratif, c'est le législateur qui, en imposant des mesures telles que l'obligation de recourir à la domiciliation des salaires dans un établissement de crédit ou interdisant le règlement de certaines transactions en espèces, donne de l'importance aux services bancaires.

Il revient également à la loi d'encadrer, aussi bien les exigences documentaires auxquelles les banques soumettent les clients pour bénéficier d'un service, que les

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

procédures bancaires relatives aux délais d'ouverture d'un compte, d'obtention d'un instrument de paiement etc.

La présente section porte précisément sur deux aspects réglementaires qui engendrent l'exclusion bancaire au Cameroun : les exigences documentaires et la détermination quelque peu arbitraire des taux d'intérêt débiteurs.

I.1. Le poids des exigences documentaires

L'accès des particuliers aux services bancaires est conditionné par la satisfaction d'un certain nombre d'exigences documentaires. En effet, l'ouverture d'un compte au sein d'une institution bancaire nécessite du requérant qu'il fournisse des pièces telles qu'une carte d'identité, un bulletin de solde etc.

Dans les pays riches, ces exigences documentaires sont généralement faibles et ne sauraient donc constituer une entrave à l'accès aux services bancaires. A contrario, le Cameroun fait partie des pays dans lesquels les exigences documentaires sont très élevées (Beck, Demirgüc-kunt et Peria, 2008). A ce sujet, Allen et Al.(2012), indique que le client est souvent sommé de fournir à la banque plusieurs documents, notamment une pièce d'identité officielle (carte nationale ou passeport en cours de validité), des preuves de domicile (factures d'électricité, d'eau ou de téléphone, titre foncier), des justificatifs d'emploi et de salaire (bulletins de paie).

I.2. L'exclusion par les mécanismes de détermination des coûts des services bancaires

Deux aspects seront abordés dans ce point, à savoir : la non rémunération des dépôts à vue et l'encadrement du coût du crédit par la loi.

I.2.1- Le non-respect de la réglementation : le cas de la non rémunération des dépôts à vue

Cette mesure est souvent considérée comme la contrepartie de la gratuité de certains services bancaires : tenue de compte, gestion de chèques etc. (Chiappori, 1991). Au Cameroun, elle est consacrée par l'article 8 de l'arrêté n°224/MINFI/DCE du 5 avril

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

1989 portant conditions de banque, modifié et complété par l'arrêté n°00001/MINEFI/CSB/REP du 4 janvier 1995.

Cependant, on observe dans les faits qu'en dépit du fait que les dépôts à vue ne soient pas rémunérés, certaines banques font supporter les charges relatives à la tenue des comptes à leurs clients. Pour le justifier, elles allèguent que la suppression de ces frais remet en cause l'existence même de certaines agences dont l'exploitation et la rentabilité sont en partie assurées par la perception desdits frais (COBAC, 2010).

Par ailleurs, pour les établissements bancaires qui appliquent effectivement cette mesure, la tendance est plutôt à la revue à la hausse des tarifs des autres services proposés, ainsi qu'à la création de nouveaux produits (mise en place de nouvelles commissions, révision de la facturation de certains services...), en vue de compenser ce qu'ils perçoivent comme un manque à gagner.

En fin de compte, il revient au consommateur de supporter ces charges dont l'addition sur un an donne généralement des montants élevés et de nature à favoriser chez les personnes les plus démunies, une renonciation progressive aux services bancaires.

Au total, on observe deux cas de figure : premièrement, certaines banques observent le principe de la non rémunération des dépôts en contrepartie, entre autres, de la gratuité de la tenue des comptes. En compensation, elles revoient à la hausse les prix d'autres produits existants et mettent sur pieds de nouveaux services. Deuxièmement, d'autres banques observent le principe de non rémunération des dépôts mais perçoivent néanmoins les frais de tenue de compte.

I.2.2- L'exclusion par la détermination arbitraire du coût des services bancaires

Au Cameroun, les coûts des services bancaires ne font pas toujours l'objet d'un encadrement adéquat. Le recours aux institutions bancaires formelles est conditionné par la capacité du client à pouvoir payer des frais, notamment un montant minimum

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

exigé pour conserver un compte, supporter le taux d'intérêt et apporter les garanties requises afin de pouvoir bénéficier d'un crédit (Avom et Bobbo, 2013).

Si les banques sont tenues d'ouvrir des comptes à toute personne qui en fait la demande13 en vertu des dispositions du Règlement de la CEMAC relatif aux systèmes et moyens de paiement (mars 2003), il n'en demeure pas moins qu'en 2008 il était particulièrement couteux d'ouvrir un compte au Cameroun en 2008. Il fallait pour cela débourser plus de 700 dollars américains, soit plus que le PIB par tête du pays à la même date (Beck et al, 2008).

C'est véritablement avec l'arrêté du Ministre des Finances portant institution du Service Bancaire Minimum Garanti, que la gratuité de l'ouverture des comptes a été consacrée et est réellement observée par les banques. Ces dernières ne disposent dorénavant que d'une seule marge de manoeuvre qui consiste à fixer de façon arbitraire les coûts de maintien de compte et les frais associés à la détention des cartes de paiement.

De même, le coût du crédit est déterminé de façon quelque peu arbitraire sur le marché bancaire camerounais. En effet, depuis la suppression du TDM14, les banques pratiquent des taux de base et des taux effectifs annuels dont les modalités de calcul ne sont pas toujours transparentes. Le graphique ci-après présente l'évolution des taux d'intérêt créditeurs au Cameroun de 2006 à 2010.

13 Cette obligation est consacrée par l'article 7 du règlement qui stipule que «toute personne physique ou morale domiciliée dans un Etat membre de la CEMAC et dépourvue d'un compte de dépôt, a droit à l'ouverture d'un tel compte dans l''établissement assujetti de son choix ».

14 Les autorités monétaires régionales ont supprimé ce taux dans la perspective de poursuivre le processus de libéralisation financière entamé au début des années 1990.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Graphique I.1 : évolution des taux d'intérêt créditeurs des banques camerounaises de 2007 à 2010

18,00%

16,00%

14,00%

12,00%

10,00%

4,00%

8,00%

6,00%

0,00%

2,00%

15,80%

2007 2008 2009 2010

11,60%

8,70%

9,30%

Source : COBAC, 2011.

Ce graphique suggère que le coût du crédit a diminué sur la période considérée. Cela s'explique par la volonté des autorités monétaires de mettre un terme au désordre observé en matière de tarification des services bancaires. Celles-ci ont en effet procédé à la détermination d'un TEG des différents crédits consentis à la clientèle et d'un taux d'usure calculé périodiquement sur la base des coûts historiques desdits TEG. Ces mesures ont contribué à réduire sensiblement le coût du crédit qui a atteint son niveau le plus bas en 2009. Toutefois, le Cameroun reste l'un des pays marqués par le caractère dispendieux du coût du crédit (Avom et Bobbo, 2013).

S'agissant des garanties nécessaires pour obtenir un crédit bancaire, peu d'individus disposent de ressources suffisantes pour pouvoir les apporter. En effet, certaines banques exigent du client qu'il présente un titre foncier ou d'autres formes de caution (cautionnement, hypothèque d'une maison, d'une voiture etc.), ce qui exclut un grand nombre d'individus. Ce d'autant plus que le montant des garanties est souvent supérieur ou au moins égal à celui du crédit sollicité.

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En fin de compte, la non rémunération des dépôts à vue et le coût élevé de l'endettement au Cameroun érigent donc des barrières à l'entrée du marché bancaire, en même temps qu'ils engendrent des difficultés d'usage liés services bancaires.

Outre poids du cadre réglementaire du secteur bancaire, il convient également d'examiner le rôle joué sur l'exclusion bancaire par certaines politiques commerciales des établissements de crédit.

SECTION II : les effets pervers des politiques commerciales des établissements de crédit

Les banques sont soumises à des contraintes de rentabilité qui les amènent à mettre en oeuvre des politiques commerciales, lesquelles ne tiennent pas toujours compte des difficultés bancaires qui en découlent pour les particuliers. Ainsi que nous allons le montrer, la sélection de clientèle et la rentabilisation des difficultés des clients en constituent d'édifiantes illustrations.

II.1- La sélection de clientèle

Il s'agit d'une stratégie commerciale qui consiste pour les banques, à déterminer parmi les clients, ceux qui méritent d'être servis et ceux qui ne devraient avoir aucun accès aux services proposés. La sélection de clientèle, qui est alors au coeur de l'activité bancaire, peut être appréhendée à travers la pratique du redlining et la segmentation de clientèle.

II.1.1- La pratique du redlining

Forgée par le sociologue McKnight dans les années 1960 pour faire référence au marquage par une ligne rouge des zones dans lesquelles les banques ne devraient pas investir, l'expression anglaise redlining est une stratégie qui vise à maintenir à l'écart du système bancaire classique les franges les plus défavorisées de la population.

Plus spécifiquement, ce terme désigne le caractère systématique de l'exclusion de certaines zones géographiques par les banques (Tasqué, 2011/3). L'objectif étant de décourager les personnes vivant dans ces zones de recourir aux services bancaires en mettant en place des mécanismes dissuasifs.

20

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Dans une étude visant à appréhender l'impact du déploiement géographique bancaire sur la cohésion sociale, Ayoub (2006/1) parvient au résultat selon lequel les banques sont concentrées dans certaines localités, notamment celles abritant les couches sociales financièrement aisées, au détriment des plus pauvres. Or, souligne-t-il, la concentration géographique des banques ne favorise pas le développement économique mais donne plutôt lieu à l'exclusion bancaire et accentue les inégalités socio-économiques.

Comme nous l'avons déjà relevé, la répartition géographique des établissements de crédit au Cameroun n'échappe pas à cette tendance à la concentration. Il en résulte inéluctablement une exclusion géographique au sens de Leyshon et Thrift (1995), laquelle se traduit par la mise à l'écart d'une importante frange de la population contrainte à limiter ses déplacements pour la banque en raison des coûts que cela implique.

Par cette méthode, les banques s'assurent de ne pas avoir affaire à une clientèle indésirable et financièrement limitée. Sachant que de telles personnes se rendent plus souvent à leur banque que les autres, ne pas être présent sur leur lieu de vie est un moyen de ne pas les avoir comme client (Gloukoviezoff, 2003). De la sorte, les institutions bancaires peuvent alors se concentrer sur les clients les plus rentables, en raison de leur pouvoir d'achat élevé et leurs fortes capacités d'investissement.

II.1.2- Les mécanismes de sélection directe de la clientèle

La sélection directe de clientèle est une caractéristique intrinsèque au métier de banquier. Elle constitue d'ailleurs la contrepartie du risque assumé par les établissements de crédit et se justifie par l'impératif de se prémunir de l'incertitude (Bernard, 2006).

Cette pratique consiste spécifiquement pour les banques, à sélectionner parmi les clients ceux qui leur permettent d'atteindre leurs objectifs de rentabilité. Si un tel

21

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

procédé est utilisé pour guider l'implantation spatiale des banques15, il intervient davantage dans le traitement des demandes de crédit bancaire.

La théorie bancaire insiste généralement sur l'asymétrie d'information existant entre les banques et leurs clients, ces derniers étant sensés mieux connaitre leur risque de défaut que les premières. Le problème majeur provient alors du fait que les mauvais risques cherchent à cacher leurs caractéristiques afin d'être sélectionnés.

Pour les banques, l'une des solutions consiste à effectuer une sélection parmi les clients. Pour ce faire, elles se fondent sur des critères bien précis. Si on se réfère à la classification d'Eber (2000), on peut retenir les critères suivants :

- la situation financière : mesurée par la valeur des actifs dont un client est propriétaire. C'est un critère d'une importance capitale, car les banques ont tendance à sélectionner prioritairement les individus les plus riches. Ces derniers sont en effet capables d'apporter suffisamment de garanties (matérielles) pour limiter le risque pris par la banque lorsqu'elle prête des fonds. En outre, les flux de revenus constituent également un critère non

négligeable pour apprécier la santé financière d'un client. Les
mouvements des comptes de ce dernier sont suffisants pour renseigner la banque à ce sujet. Il en est de même pour le niveau d'endettement du client. Plus il est élevé chez un individu, moins il de chances d'obtenir un prêt bancaire. Les banques accordent donc une importance particulière à toutes ces informations et excluent systématiquement du crédit, voire éconduit du système bancaire, les clients renvoyant de mauvais signaux ;

- la situation professionnelle : les banques ont une préférence avérée pour les personnes possédant un emploi et manifestant une certaine stabilité professionnelle. Ces critères attestent en effet de la régularité des revenus et confèrent aux clients la capacité de pouvoir rembourser un emprunt bancaire. ainsi, les chômeurs et les individus changeant fréquemment d'emploi auront plus tendance à être rationnés. En outre, une distinction

15 Confer redling.

22

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

est faite parmi les travailleurs sur la base de la nature de leur profession. Ainsi, exercer dans un secteur garantissant la sécurité de l'emploi (notamment le secteur public, certaines professions libérales...) constitue un avantage certain. A contrario, travailler dans le secteur informel ou privé peut s'avérer pénaliser. Même si le cas du secteur privé est à relativiser, car si les revenus y sont consistants, le problème réside surtout dans la nature du contrat. Un contrat à durée déterminée donne à penser qu'à un moment le contrat sera rompu et l'individu pourrait se retrouver au chômage et donc incapable d'honorer ses engagements. C'est pourquoi, les banques accordent difficilement des prêts à moyen ou long terme à ces personnes ;

- la réputation : les relations entre les banques et leurs clients s'inscrivent généralement dans la durée. Ainsi, les «bons » clients se forgent une bonne réputation au fil du temps, ce qui facilite leur accès à une large gamme de produits bancaires à des coûts relativement réduits. En revanche, les clients qui connaissent à répétition des problèmes de remboursement se forgent quant à eux une mauvaise réputation auprès de la banque. Les possibilités qui s'offrent à eux sont alors limitées (découverts, crédits, arrangements en cas de difficultés...) sera réduit puisque. Toutefois, comme on le constate, les relations de long terme ne concernent par définition que les clients déjà établis. Les phénomènes de réputation ne peuvent donc pas jouer sur les jeunes clients. Ces derniers doivent encore s'en forger une bonne, en vue de pouvoir bénéficier plus tard d'un traitement privilégié. Le critère « âge » peut alors être particulièrement stigmatisant ;

- les critères sociaux : il s'agit de caractéristiques sociodémographiques qui influencent les décisions des banques en matière de crédit. Ainsi, la taille de la famille du client, le genre et le lieu de résidence envoient d'importants signaux aux banques. D'abord, s'agissant de la taille de la famille, les banques préfèrent les familles peu nombreuses car elles sont

23

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

synonymes de faibles charges à supporter16. Ensuite, concernant le genre qui est du genre, les hommes sont moins rationnés que les femmes, même s'il n'existe pas de raison objective pour l'expliquer. Enfin, si on considère le lieu de résidence du client, une forte instabilité géographique (changements d'adresse fréquents) ou une adresse dans un quartier pauvre, caractérisé par des taux de criminalité et de délinquance élevés constituent un mauvais signal pour les banques.

Au total, les banques refoulent systématiquement les personnes ne remplissant pas tout ou partie de ces critères.

La logique à l'oeuvre ici tient donc véritablement au fait que les banques ne trouvent pas rentable de proposer leurs services à tous les segments de la population (Claessens, 2005). Elles peuvent même aller jusqu'à élaborer des stratégies de marketing discriminatoires. Kempson et whyley (1999) désignent par « marketing exclusion » les politiques des banques se manifestant par l'absence de publicité en direction de certains publics, dans la perspective d'éviter de susciter le désir de ceux-ci et de les avoir comme clients.

Une autre forme de discrimination envers les clients non désirés consiste pour les institutions bancaires à surenchérir les coûts des produits les plus prisés par lesdits clients (Gloukoviezoff, 2005). L'objectif étant de les éconduire progressivement de la banque

Ayant mis en évidence le lien entre l'exclusion bancaire et les mécanismes de sélection sus exposés étant évident, nous pouvons à présent nous intéresser à d'autres stratégies bancaires qui favorisent ce phénomène, notamment la rentabilisation des difficultés des clients.

II.2- La rentabilisation des difficultés des clients

La rentabilisation renvoie à un ensemble de pratiques destinées à rendre profitables les relations avec les clients les plus fragiles d'un point de vue financier

16 Toute chose restant égales par ailleurs.

24

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

(Gloukoviezoff, 2010). Il s'agit alors de mettre en place des dispositifs techniques visant à exploiter les clients en détresse. Nous nous intéresserons précisément à la tendance des banques à faire surconsommer les clients, ce qui mène souvent ces derniers à des situations de surendettement.

II.2.1- La tendance à faire surconsommer les clients

Guidés par des objectifs de rentabilité, les prestataires de services bancaires ont tendance à proposer aux clients des services financiers inadaptés à leurs besoins ou susceptibles de dégrader leur situation financière. Pour ce faire, les banquiers recourent à leur pouvoir de prescription pour pousser les clients, les plus fragiles, à la surconsommation (Brunet et al, 2002).

Celle-ci se traduit par l'équipement des clients d'un ensemble de services particulièrement rentables pour la banque, mais qui ne sont pas nécessairement utiles auxdits clients ou qui ne seront pas entièrement consommés par ces derniers, bien que payés en totalité. Rentrent dans cette catégorie, les packages correspondant aux bouquets de services compris dans la convention de compte (carte de retrait, moyens de paiement scripturaux, assurance en cas de perte ou de vol etc.).

Dans ce cas de figure, c'est moins le manque de revenus qui explique que le client ne parvienne pas à négocier une prestation lui convenant, que son manque de connaissances bancaires et l'étroitesse de l'éventail des choix qui lui sont accessibles.

Une pratique connexe consiste à supprimer des produits adaptés aux besoins des clients, mais jugés insuffisamment rentables pour les prestataires. Les difficultés qui en découlent pour les clients sont constituent, pour les banques une opportunité d'accroitre les frais bancaires et, par voie de conséquence, la rentabilité.

A ce propos, il est établi dans la littérature économique, que les clients les plus rentables ne sont pas toujours les plus riches. En effet, selon une étude relative au crédit menée aux Etats-Unis par Ramsay (2003), les ménages aux revenus les plus modestes dégagent une rentabilité supérieure à celles des ménages les plus riches, au point de subventionner les conditions tarifaires proposées à cette deuxième catégorie.

25

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

En fin d'un compte, un établissement de crédit n'a aucun intérêt à voir l'un de ses clients se trouver dans l'impossibilité d'honorer ses engagements. En revanche, tant qu'il peut en supporter le coût, ses difficultés sont une source de profit pour ledit établissement (frais de rejet, pénalités de retard etc.).

Les réponses que pourraient apporter les banques à ces difficultés peuvent s'avérer dévastatrices en aggravant des situations déjà précaires.

II.2.2- L'analyse du cas particulier du surendettement

Si l'on se réfère au préfixe «sur », tiré du latin « super » et qui signifie surplus, excès, surcharge, le surendettement renvoie à un endettement excessif. Toutefois, dans son ouvrage consacré à l'exclusion bancaire, Gloukoviezoff (2010) en donne une définition plus étoffée. Il voit dans le surendettement « l'impossibilité structurelle pour une personne ou un ménage de faire face à ses engagements financiers contractuels sans réduire les dépenses nécessaires à son niveau de vie au-dessous d'un seuil minimal socialement acceptable, en raison de son impossibilité de mobiliser d'autres avoirs (financiers ou non) ou d'autres sources de financement ».

L'analyse des mécanismes du surendettement repose sur une grille de lecture binaire en termes de surendettement actif ou passif. Ainsi, le premier concerne les personnes ayant contracté un crédit auprès d'organismes financiers ou de sources informelles. En revanche, le second type de surendettement est la conséquence d'un accident de la vie (licenciement, maladie ou accident, divorce etc.) qui vient déséquilibrer le budget des personnes qui en sont victimes.

A la base de l'endettement des particuliers se trouve le crédit à la consommation qui occupe une place de choix dans les sociétés contemporaines. La plupart du temps les individus recourent à l'endettement dans un but précis, à savoir financer des biens durables ou immatériels et faire face à des aléas. En outre, ce mode de financement présente un grand avantage, à savoir la possibilité qu'il offre d'étaler les dépenses dans le temps.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Suivant cette logique et compte tenu de la rentabilité de telles opérations, les banques ont développé de divers instruments de crédit au fil du temps, à l'instar des découverts ou encore du crédit revolving17 dont les consommateurs sont particulièrement friands. Il s'agit là de facilités permanentes permettant aux utilisateurs de disposer de fonds à leur guise.

Malheureusement, ces crédits sont très souvent perçus comme des revenus artificiels, des « fontaines de miracles » utilisés tant pour résoudre les problèmes financiers que pour réaliser des rêves (Belkacem, 2009). Seulement, un usage abusif de tels produits plonge les clients dans un cercle vicieux, en déséquilibrant leurs budgets. Ces personnes concernées se trouvent obligées de contracter de nouveaux crédits pour combler des découverts, payer des dettes. Pour mettre un terme à ce cycle infernal, elles sont contraintes de recourir au crédit, ce qui complexifie d'avantage la situation.

Ce faisant, la banque n'offrira une option de rachat au client que si ce dernier, bien qu'illiquide pour faire face aux mensualités de ses différents crédits, continue à présenter un profil relativement sûr. Il s'agit alors pour la banque de tirer avantage de ces difficultés bancaires, en regroupant l'ensemble des crédits en un nouveau prêt, sur une période plus longue et avec des mensualités plus faibles.

Toutefois, si le risque de défaut de l'emprunteur devient dangereusement élevé, la banque enclenche la procédure de recouvrement : c'est la « disqualification bancaire » (Gloukoviezoff, 2010). Elle vise pour la banque à éviter limiter les coûts qu'occasionnerait la défaillance du client. S'agissant de ce dernier, il est désormais en proie à l'exclusion bancaire et indigne d'intérêt, les banques n'ayant pas de temps à accorder à ceux qui n'ont pas de l'argent (Bernard, 2006).

17 Le crédit revolving est un crédit à la consommation souvent accompagné d'une carte qui permet à tout moment de disposer d'une réserve d'argent remboursable au fur et à mesure et qui se reconstitue en fonction des remboursements effectués. Selon le montant emprunté et celui des mensualités, le taux d'intérêt varie rendant le calcul du coût global très difficile (Gloukoviezoff, 2004). L'accès à ce type de crédit est relativement simple dans la mesure où les démarches et les informations requises sont réduites au strict minimum. Toutefois, la simplicité d'accès de ces crédits n'a d'égal que leurs difficultés d'usage liées à la difficulté à calculer le coût total du crédit, la tentation que représentent ces réserves pour les personnes déjà en situation de précarité, l'absence totale de suivi ainsi que la brutalité des méthodes de recouvrement.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

CONCLUSION

L'objet de ce chapitre était d'identifier, du côté de l'offre, les facteurs explicatifs de l'exclusion bancaire. L'analyse qui s'en est suivie nous a permis de passer en revue certains aspects de la réglementation du secteur bancaire et des politiques commerciales des établissements de crédit qui causent l'exclusion bancaire.

En ce qui concerne la règlementation, nous avons vu que certaines mesures peuvent avoir des effets pervers.

C'est le cas de la non rémunération des dépôts qui a pour contrepartie la gratuité de la tenue de compte. On observe que certaines banques ne rémunèrent effectivement pas les dépôts à vue mais facturent la tenue des comptes. D'autres, respectent cette norme mais révisent systématiquement à la hausse les prix des autres services ou en élaborent de nouveaux afin de combler ce qu'elles perçoivent comme un manque à gagner.

De plus, la règlementation est mise en cause à travers le laxisme observé dans la facturation des services bancaires (frais de tenue de compte, taux d'intérêt débiteur, frais liés à la détention d'une carte, garanties requises pour bénéficier d'un crédit...).

Parallèlement, nous avons identifié les stratégies commerciales des banques incriminables relativement à l'exclusion bancaire. Celles-ci vont de la segmentation de la clientèle suivant des critères bien précis, à la rentabilisation des difficultés des clients et font de l'exclusion bancaire, une externalité négative de l'activité bancaire.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

CHAPITRE 2 : ANALYSE EMPIRIQUE DES FACTEURS DU COTE DE L'OFFRE DE SERVICES BANCAIRES

INTRODUCTION

Le chapitre liminaire nous a permis de mettre en relief l'état du débat théorique sur les facteurs de l'exclusion bancaire du côté de l'offre du marché bancaire. Il en ressort que le phénomène étudié se justifie par la réglementation du secteur bancaire et certaines politiques commerciales des établissements de crédit. A cet égard, l'exclusion bancaire constitue une externalité négative de l'activité bancaire.

Rendus à ce stade, il convient de confronter ces observations théoriques à la réalité des faits à travers une analyse empirique conséquente, l'enjeu étant de déterminer les facteurs les plus pertinents pour expliquer l'exclusion bancaire du point de vue de l'offre des services bancaires.

Notre démarche s'inspire de l'étude d'Allen et al. (2012) menée dans 123 pays18, dans l'optique d'y identifier les causes de l'exclusion bancaire. Trois indicateurs sont alors utilisés pour mesurer l'exclusion bancaire, la détention d'un compte dans une banque ou toute autre institution financière formelle, l'utilisation de ce compte pour épargner et la fréquence mensuelle d'usage dudit compte.

L'enjeu est de déterminer le niveau de corrélation qui existe entre l'exclusion bancaire d'une part, et les exigences documentaires, les politiques d'inclusion financière, le statut des banques19, l'architecture de l'industrie bancaire20 d'autre part.

L'objet de ce chapitre est donc d'évaluer, en nous référant à l'approche d'Allen et al. (2012), l'influence de certaines caractéristiques institutionnelles sur l'exclusion bancaire au Cameroun. Le choix des caractéristiques retenues est uniquement régi par la disponibilité des données.

18 Le Cameroun est inclus dans cet échantillon.

19 Les banques peuvent être privées ou publiques.

20 L'architecture bancaire renvoie à la répartition des agences et des DAB.

29

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Le présent chapitre est organisé ainsi qu'il suit : la première section présente le modèle empirique et les données. La seconde section est consacrée à l'estimation et l'interprétation des résultats.

SECTION I- La présentation du modèle et description des données de l'analyse

Dans cette section, nous commençons présenter le modèle empirique ainsi que les données qui permettront d'en effectuer l'estimation.

I.1- La présentation du modèle empirique

Le modèle utilisé par Allen et al. (2012) est le suivant :

'

y ij* = x i j fl + z ij ï + 8 ij

'

y ij = 1 si y1 * > 0

yij = 0 si *

yij < 0

i et j désignent respectivement les pays et les individus, *

y1 ij est une variable

latente qui représente l'exclusion bancaire, xij est un vecteur de caractéristiques institutionnelles, z1 ij est un vecteur de caractéristiques individuelles, â et ã sont des

vecteurs de paramètres et å1ij est un terme d'erreur normalement distribué, de moyenne nulle et de variance égale à 1.

En estimant leur modèle par la méthode du maximum de vraisemblance, ils arrivent au résultat selon lequel la pénétration des comptes bancaires est plus faible dans les pays au sein desquels les frais d'ouverture sont élevés. En outre, les pays dotés des réseaux bancaires les plus denses21 se caractérisent par de fortes propensions à épargner.

Par ailleurs, l'exclusion financière serait une fonction décroissante de la stabilité politique et de la transparence sur les pratiques bancaires. Enfin, les auteurs ne trouvent pas de corrélation négative entre l'exclusion financière et les exigences documentaires.

21 La densité bancaire étant mesurée par le nombre d'agences ou de DAB pour 1000 habitants.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

A ce niveau de l'analyse, des précisions d'ordre méthodologique sont nécessaires pour présenter les points de rupture entre l'approche sus présentée et la nôtre.

Premièrement, une différence est observée au niveau du champ de l'étude. En effet, si les auteurs sus évoqués étudient l'exclusion financière, qui est un concept beaucoup plus complexe, nous nous limitons uniquement à l'exclusion du système bancaire classique. Ce choix tient au fait que le système financier camerounais est porté par les institutions bancaires.

Deuxièmement, à la différence du modèle théorique, nous n'utilisons que deux indicateurs pour mesurer l'exclusion bancaire, notamment la détention d'un compte bancaire et la détention d'une carte de paiement22.

Troisièmement, le cadre spatial de notre étude se limite à un seul pays : le Cameroun. Par ailleurs, compte tenu du fait que dans cette partie de notre travail nous nous intéressons uniquement à l'impact des caractéristiques institutionnelles sur l'exclusion bancaire, la variable qui capte les caractéristiques individuelles est exclue.

Ces distinctions faites, la spécification du modèle peut à présent être donnée.

Supposons l'existence d'un caractère qualitatif qui peut prendre K modalités disjointes ; Si K=2, on dit que la variable est dichotomique23. Exemple: avoir un compte ou ne pas avoir de compte.

Dès lors, on peut représenter un caractère qualitatif dans le cadre d'un modèle économétrique. En prenant le cas qui consiste à avoir un compte ou non, on définit la variable y par :

y = {1 si l'invididu possède un compte et 0 sinon.

22 Nous nous référons en effet à la classification de Constans (2006) présentée en introduction et qui établit trois niveaux d'exclusion, à savoir la possession d'un compte bancaire, la détention de moyens de paiement nécessaires à l'usage dudit compte et l'accès au crédit

23 Dans le cas général K E N* on dit que la variable est polytomique.

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Si P représente la probabilité qu'un individu possède effectivement un compte, alors P n'est rien d'autre que l'espérance mathématique de y : P = E(y).

L'objectif du modèle choisi est alors d'expliquer la survenue de l'événement considéré en fonction d'un certain nombre de caractéristiques observées pour les individus de l'échantillon. Il s'agit donc précisément de spécifier la probabilité d'apparition de cet événement.

Supposons que l'on dispose de N observations y1 d'une variable endogène codée yj = 1 ou yj = 0 par convention et soit x = (x ... x '), un vecteur ligne de variables exogènes associées à la variable endogène y.

Le logit linéaire simple s'écrit : y1 = x + e.

Où å~ est un vecteur de termes d'erreur gaussiens supposés identiquement et indépendamment distribués, tandis que â désigne un vecteur colonne de K paramètres inconnus.

Dans la littérature économique, il est établi que la régression logistique permet, au travers de la méthode du maximum de vraisemblance, d'estimer les paramètres, d'évaluer la précision de l'estimation, de mesurer le pouvoir explicatif du modèle, de vérifier s'il existe une liaison significative entre l'ensemble des variables explicatives et la variable dépendante, d'identifier les descripteurs pertinents et donc d'évacuer les variables non significatives (Rakotomalala, 2014).

La vraisemblance correspond spécifiquement à la probabilité d'obtenir l'échantillon ? à partir d'un tirage dans la population. La méthode du maximum de vraisemblance consiste à produire les paramètres â de la régression logistique qui rendent maximum la probabilité d'observer cet échantillon.

Nous effectuerons donc une régression logistique de manière à identifier les facteurs les plus statistiquement pertinents de l'exclusion bancaire au Cameroun.

31

Pour ce faire, nous utiliserons les données présentées au point suivant.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

I.2- L'analyse descriptive des données

Les données en notre possession sont issues de la base de données Global Financial Inclusion (Global Findex Database) construite par la Banque Mondiale avec pour triple objectif de collecter des informations sur les pratiques financières à travers le monde, d'identifier les exclus bancaires et de mesurer continuellement l'impact des politiques d'inclusion financière.

Ces données ont été collectées dans le cadre d'une enquête menée par la Banque Mondiale en 2011 dans 148 pays différents24, auprès de 150 000 individus âgés d'au moins 15 ans. L'enquête était menée à travers des interviews directes ou téléphoniques en fonction du degré de couverture téléphonique de chaque pays.

La base renseigne sur les éléments ci-après : le nombre de personnes détenant un compte bancaire ; le nombre de personnes détenant une carte de paiement ; ainsi que le nombre de personnes ayant bénéficié d'un crédit auprès d'une institution financière, d'un parent ou d'une autre source au cours des 12 mois précédents l'enquête.

Cependant, elle ne donne que les raisons pour lesquelles un individu est privé de compte ou de carte de paiement sans expliquer réellement l'exclusion du crédit. C'est pour cette raison que nous ne retenons que les deux indicateurs d'exclusion bancaire préalablement énoncés.

Deux types de variables seront mobilisés dans le cadre de notre modélisation :

- les variables endogènes : ce sont celles qui captent l'exclusion bancaire. il s'agit notamment de la détention d'un compte et de la détention d'une carte de paiement. C'est deux variables sont notées EXCLU1 et EXCLU2, c'est-à-dire la probabilité qu'un individu soit exclu.

Ainsi, la variable dichotomique EXCLU1 prend la valeur « 1 » si l'individu considéré détient effectivement un compte bancaire et « 0 » sinon. Il est de

24 Le Cameroun fait partie de cet échantillon. La liste exhaustive des pays concernés par l'enquête est jointe en annexe.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

même pour la variable EXCLU2. Elle est égale à « 1 » si l'individu considéré possède une carte de paiement et « 0 » sinon ;

- les variables exogènes : comme nous l'avons vu plus haut, la règlementation, et les stratégies commerciales des banques favorisent l'exclusion bancaire. Toutefois, les contraintes relatives aux données nous amènent à nous limiter à trois variables explicatives, les exigences documentaires et la sélection de clientèle captée par les critères « richesse » et « âge ».

L'ensemble des variables explicatives et leurs définitions sont présentées dans l'encadré ci-dessous :

Encadré 2.1 : présentation et définition des variables exogènes

DOCUMENTATION : représente les exigences documentaires ;

AGE : capte les effets de réputation auprès des banques. Elles se fondent sur le critère âge pour le déterminer ;

richesse : représente la capacité d'un individu à pouvoir payer les frais bancaires.

Source : auteur.

SECTION II- L'estimation du modèle et l'interprétation des résultats

La présente section se subdivise en deux sous-parties : la première est consacrée à l'estimation du modèle et la seconde porte sur l'interprétation des résultats.

II.1- L'estimation du modèle mesurant l'exclusion bancaire par la détention d'un compte bancaire

Elle se fait avec le logiciel STATA/S 13. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant :

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Tableau 2.1 : résultats de l'estimation du modèle relatif à la détention d'un compte bancaire.

variable
endogène
EXCLU1

variables
exogènes

Coefficients

p-value

Significativité

documentation

0,27569

0.000

1%

âge

0.243379

0.000

1%

Richesse

0,00793

0,09

10%

Logistic regression

Nombre d'observations

1000

 

LR chi2(3)

39.19

 

Prob > chi2

0.0000

Log likelihood = -141,3398

Pseudo R2

0.1218

Source : calculs de l'auteur.

La qualité du modèle est évaluée par le test du rapport de vraisemblance (LR Statistic), lequel suit une loi de khi-deux à K degrés de liberté. C'est une procédure qui se rapproche du test de significativité global de Wald. Le nombre de degrés de liberté est égal au nombre de variables explicatives, 3 dans le cas présent.

Les hypothèses de ce test sont les suivantes :

H0 : f31= f32 = ... = f3k = 0 contre H1 : il existe au moins un f3i ? 0.

La règle de décision est telle que H1 est acceptée si la statistique calculée est supérieure à la probabilité de la LR statistic.

Dans notre cas, étant donné que la valeur trouvée 39,19 est manifestement supérieure à celle de la probabilité du rapport de vraisemblance, on accepte H1, ce qui revient à dire que le modèle est globalement significatif.

Par ailleurs, la qualité de la régression est analysée par le Pseudo R2 de Macfadden (1973), utilisé pour quantifier la contribution des descripteurs dans l'explication de la variable endogène. Nous retenons celui de Macfadden car Ménard

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

(2013) suggère qu'il est, non seulement le plus proche du coefficient de détermination de la régression linéaire multiple, mais aussi le plus adapté à la régression logistique.

Toutefois, le R2 des modèles logit prennent généralement des valeurs proches de 0, ils tendent difficilement vers 1. On ne saurait donc réellement les prendre en considération pour évaluer la qualité du modèle.

Pour cette raison, nous faisons appel à la ROC (Receiver Operating Characteristics) associée au modèle. Elle est présentée par le graphique suivant

Graphique 2.1 : Courbe ROC associée à la détention d'un compte bancaire.

Source : calculs de l'auteur.

On désigne par sensibilité (sensivity), la proportion d'individus possédant un compte bancaire et par spécificité (specificity), la proportion d'individus n'en possédant pas. Si l'on fait varier la probabilité seuil à partir de laquelle on considère qu'un événement doit être considéré comme positif, la sensibilité et la spécificité varient.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

L'aire en-dessous la courbe (ou Area Under the Curve - AUC) est un indice synthétique calculé pour les courbes ROC. Habituellement, on considère que la régression est de bonne qualité dès lors que la valeur de l'AUC est supérieure à 0.5. Un modèle ayant une valeur AUC supérieure à 0.9 est excellent.

A l'observation du graphique ci-dessus, la valeur de l'AUC est de 0,7482. On peut donc n conclure que l'ajustement est de bonne qualité.

Les tests sus effectués visaient à juger de l'adéquation du modèle. Etant donné que tous les résultats étaient favorables, on peut dire du modèle qu'il est adéquat : les variables exogènes choisies contribuent significativement à expliquer la détention d'un compte bancaire.

Il convient de présenter les résultats de l'estimation proprement dits.

Les valeurs numériques des coefficients présentés dans le tableau 2.1 n'ont pas d'interprétation directe. En revanche, leur signe renseigne sur la manière dont elles influencent l'exclusion bancaire. Ainsi, un signe positif signifie que l'exclusion bancaire est une fonction croissante de la variable explicative concernée, tandis qu'un signe négatif implique le contraire.

Dans le tableau 2.1, on observe que tous les coefficients sont précédés d'un signe positif, ce qui signifie qu'il existe une corrélation positive entre la probabilité de détenir un compte d'une part, et la documentation, l'âge, la richesse d'autre part.

Ces résultats sont significatifs et appellent les commentaires suivants :

- s'agissant des exigences documentaires, le signe positif obtenu implique que la probabilité pour un individu de détenir un compte bancaire est une fonction croissante des exigences documentaires. Autrement dit, plus un individu est capable de fournir l'intégralité des pièces requises pour accéder aux services bancaires, plus forte est la probabilité qu'il détienne un compte ;

- de même, le signe positif du coefficient de l'âge implique que la probabilité de détenir un compte augmente avec l'âge. Ce résultat confirme que les personnes

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

âgées, en raison de la réputation qu'elles se sont forgées grâce aux relations de clientèle, sont préférées par les banques au détriment des jeunes qui doivent encore faire leurs preuves ;

- pour ce qui est de la richesse, le signe positif du coefficient traduit que la probabilité de détenir un compte bancaire est une fonction croissante de la richesse. Ce résultat est conforme à nos attentes ; car, du point de vue des banques, plus un individu est riche, plus forte est sa capacité à payer les frais bancaires. La prise en compte de ce critère augmente alors la probabilité qu'il détienne un compte bancaire ;

Enfin, les odds-ratios associés à ce modèle sont synthétisés dans le tableau ci-

après :

Tableau 2.2 : odds-ratios associés à la détention d'un compte bancaire.

Variable
endogène

EXCLU1

variables exogènes

Odds Ratio

p-value

Significativité

documentation

0,43502

0.0220

2%

Age

0.1275552

0.0000

1%

Richesse

0, 193

0,0312

3%

Source : calculs de l'auteur.

Ces ratios ou rapports de chance permettent d'identifier les variables explicatives les plus pertinentes et donc, celles sur lesquelles il convient d'agir prioritairement pour réduire l'exclusion bancaire.

On peut interpréter ces résultats comme suit :

- la documentation affecte de 43,5% la probabilité pour un individu de détenir un compte bancaire ;

- la probabilité pour un individu de détenir un compte bancaire est 12,75 fois plus élevée pour un individu dont l'âge est relativement avancé ;

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

- s'agissant du critère richesse, la probabilité de détenir un compte bancaire est 19,3 fois élevée pour un individu capable de supporter le coût des services bancaires.

En fin de compte, du côté de l'offre, la probabilité de détenir un compte bancaire est plus forte est positivement corrélée à la documentation, la richesse et l'âge. Si l'on se réfère aux odds ratios, la variable la plus pertinente pour expliquer l'exclusion du compte est la documentation.

II.2- L'estimation du modèle mesurant l'exclusion bancaire par la détention d'un compte bancaire

Elle se fait avec le logiciel STATA/S 13. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant :

Tableau 2.3 : Estimation du modèle relatif à la détention d'une carte de paiement.

Variable
endogène

EXCLU2

variables exogènes

Coefficients

p-value

Significativité

Documentation

-0.015037

0.0220

2%

Age

0.1808233

0.048

5%

Frais

0,007504

0,0702

7%

Logistic regression

Nombre observations

1000

 

LR chi2(3)

5.70

 

Prob > chi2

0.0580

Log likelihood =-100,72679

Pseudo R2

0.0275

Source : calculs de l'auteur.

La qualité du modèle est évaluée par le test du rapport de vraisemblance (LR Statistic). Cette statistique suit une loi de khi-deux à trois degrés de liberté.

On pose les hypothèses du test ainsi qu'il suit :

38

H0 : f31= f32 = ... = f3k = 0 contre H1 : il existe au moins un f3i ? 0.

39

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Suivant la règle de décision, on accepte H1 car la statistique calculée est supérieure à la probabilité de la LR statistic (5,70 > 0,0580). On conclut que le modèle est globalement significatif.

En outre, le Pseudo R2 de Macfadden est utilisé pour quantifier la contribution des descripteurs dans l'explication de la variable endogène. Dans notre cas on a :

RMF= 0.0275

2

Ce résultat est généralement observé pour les modèles logit, le R2 de Macfadden tend difficilement vers 1. On ne saurait donc réellement le prendre en considération pour évaluer la qualité de l'ajustement.

C'est pourquoi, on recourt souvent à la courbe ROC (Receiver Operating Characteristics). Celle du présent modèle est donnée par le graphique ci-dessous :

Graphique 2.2 : Courbe ROC associée à la détention d'une carte de paiement.

Source : calculs de l'auteur.

Sur ce graphique, on observe que la valeur de l'AUC est égale à 0,6112 ; ce qui signifie que l'ajustement est de bonne qualité.

40

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Les tests sus effectués étant concluants, on peut dire du modèle qu'il est adéquat : les variables exogènes choisies contribuent significativement à expliquer l'exclusion liée à la détention d'une carte bancaire.

Forts de ces acquis, nous pouvons à présent procéder à l'interprétation des résultats de l'estimation.

A l'observation du tableau 2.3, les signes des coefficients associés à la richesse et à l'âge sont positifs, tandis que le coefficient associé à la variable documentation est négatif. On peut donc dire qu'il existe une corrélation positive entre la probabilité de détenir une carte de paiement d'une part, et l'âge et la richesse d'autre part. En revanche, il existe une corrélation négative entre la probabilité de détenir une carte de paiement et la documentation.

Ces résultats appellent les interprétations suivantes :

- la probabilité de détenir une carte est une fonction croissante de l'âge. Autrement dit, la probabilité de détenir une carte augmente à mesure que l'âge s'avance. Ce résultat rejoint l'idée selon laquelle les clients s'étant forgés une bonne réputation dans une banque ont une plus forte probabilité d'obtenir des produits bancaires ;

- en ce qui concerne la richesse, plus elle s'accroit et plus la probabilité de détenir une carte de paiement augmente. Ces résultats sont conformes à nos attentes, car il est admis dans la littérature que les frais associés à la détention d'une carte sont élevés. Ils peuvent aller jusqu'à 20.000 francs par an dans certaines banques camerounaises. Un tel produit n'est alors qu'à la portée des riches.

- Le signe négatif associé à la documentation signifie que la probabilité de détenir une carte est une fonction décroissante de cette variable exogène. En d'autres termes, plus un individu est capable de remplir les exigences documentaires, moins la probabilité de détenir une carte de paiement est forte. Ce résultat est semblable à celui trouvé par (Allen et al. , 2012) et contraire à nos

41

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

attentes, car la littérature économique nous enseigne que les banques privilégient plutôt les individus capables de remplir les exigences documentaires.

Pour finir, tableau ci-dessous présente les odds-ratios de ce modèle : Tableau 2.4. : odds-ratios associés à la détention d'une carte de paiement.

Variable
endogène
EXCLU2

variables exogènes

Odds Ratio

p-value

Significativité

Documentation

0,56120

0.0420

4%

Age

0.23251

0.0550

5%

Richesse

0, 2184

0,3312

Non

Source : calculs de l'auteur.

On peut interpréter ces résultats ainsi qu'il suit :

- la probabilité de détenir une carte de paiement est 56,12 fois plus élevée pour un individu capable de remplir les exigences documentaires formulées par les banques ;

- la probabilité de détenir une carte de paiement est 23,25 fois plus élevée pour une personne riche ;

- enfin, pour un individu dont l'âge est suffisamment avancé, cette probabilité est 21,84 fois plus grande que pour un individu jeune.

Au total, la détention d'une carte de paiement est positivement et significativement influencée par la richesse et l'âge. En revanche, la mise en cause des exigences documentaires comme favorisant l'exclusion des moyens de paiement, n'est pas statistiquement confirmée.

Toutefois, les rapports de chance font apparaître que cette dernière caractéristique institutionnelle est la plus pertinente pour expliquer l'exclusion liée à la détention d'une carte de paiement, ce qui suggère qu'on devrait prioritairement mettre en oeuvre des politiques visant à réduire les exigences documentaires.

42

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

CONCLUSION

Ce chapitre avait pour objet d'identifier les causes de l'exclusion bancaire au Cameroun, à l'aide d'une analyse empirique. Pour ce faire, nous avons effectué une régression logistique sur la base d'un modèle inspiré des travaux d'Allen et al. (2000).

Nous avons utilisé des données relatives au Cameroun, issues de la base GLOBAL FINDEX (2011) conçue par la Banque Mondiale pour mesurer l'exclusion bancaire à travers le monde. La disponibilité des informations et les conclusions de l'étude d'Allen ont guidé le choix des variables explicatives.

Au terme de l'estimation économétrique, nous avons trouvé conformément aux prédictions théoriques que, du côté de l'offre, l'exclusion liée à la détention d'un compte bancaire est une fonction décroissante de la richesse, de l'âge et de la documentation ; Tandis que, l'exclusion liée à la détention d'une carte de paiement est une fonction décroissante de l'âge et de la richesse.

Autrement dit, la probabilité pour qu'un individu se voie ouvrir un compte dans une banque augmente avec l'âge, la richesse et la documentation. Pour ce qui est de la probabilité pour qu'un individu se fasse délivrer une carte de paiement, elle augmente avec l'âge et la richesse.

En outre, la documentation est la variable la plus pertinente pour expliquer les deux formes d'exclusion sus mentionnées, ce qui nous permet de conclure que toutes mesures visant à alléger les exigences documentaires associées à la détention d'un compte bancaire ou d'une carte de paiement contribueraient à réduire significativement l'exclusion bancaire au Cameroun.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE

L'objet de cette partie était d'identifier les causes de l'exclusion bancaire du côté De l'offre de services bancaires.

Une revue de la littérature conséquente a alors permis d'identifier la réglementation du secteur bancaire et certaines stratégies commerciales des établissements de crédit comme facteurs explicatifs de l'exclusion bancaire au Cameroun.

S'agissant de la réglementation du secteur bancaire, deux de ses aspects ont été mis en cause : les effets pervers de la non rémunération des dépôts à vue, en contrepartie de la gratuité de la tenue de compte, et la détermination arbitraire des services bancaires.

Si le premier aspect a pour effet pervers l'augmentation des tarifs des autres services bancaires et la mise sur pied de nouveaux produits, le second aspect en revanche met en lumière un laxisme dans la détermination des frais bancaires. Il est observé que les prix pratiqués par les banques ne sont pas uniformes. C'est par exemple le cas du montant initial exigé pour l'ouverture d'un compte d'épargne, lequel varie d'une banque à l'autre.

En ce qui concerne les politiques commerciales des banques, il a été montré qu'elles sont élaborées dans l'unique objectif de maximiser leur profit, sans tenir compte des difficultés qu'elles engendrent pour les clients. C'est le cas du redlining, de la sélection de clientèle et des pratiques consistant à rentabiliser les difficultés des clients.

Sur la base de ces acquis théoriques, une évaluation empirique subséquente a permis de déterminer les facteurs les plus pertinents statistiquement pour expliquer l'exclusion bancaire du point de vue de l'offre. A cet effet, une régression logistique a été effectuée sur modèle logit. Deux indicateurs d'exclusion ont été retenus : la détention d'un compte bancaire et la détention d'une carte de paiement. La disponibilité des données a régi le choix des variables explicatives qu'étaient la richesse, l'âge et la documentation.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Les résultats trouvés permettent de conclure que :

- l'exclusion bancaire liée à la détention d'un compte bancaire est une fonction décroissante de la richesse, de l'âge et des exigences documentaires.

- l'exclusion bancaire liée à la détention d'une carte de paiement est une fonction décroissante de l'âge et de la richesse. En revanche, les exigences documentaires n'affectent pas significativement cette forme d'exclusion bancaire.

Pour finir, les rapports de côte calculés à la suite de l'estimation permettent d'affirmer que les deux niveaux d'exclusion sont plus sensibles aux exigences documentaires.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

DEUXIEME PARTIE :

L'IDENTIFICATION DES FACTEURS DU COTE DE LA
DEMANDE : LES CAUSES DE L'EXCLUSION BANCAIRE

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

INTRODUCTION DE LA DEUXIEME PARTIE

Phénomène extrêmement complexe, l'exclusion bancaire affecte la vie sociale et économique des personnes qui y sont confrontées. Si une grande part de responsabilité en cette matière incombe aux offreurs de services bancaires, une bonne compréhension des mécanismes de ce phénomène commande de creuser du côté de la demande.

En effet, selon qu'elles sont favorables ou non, les opportunités qui précèdent la naissance des individus influent de façon significative sur leur devenir, en termes d'espérance de vie, de qualité d'éducation et d'accès aux soins de santé, de mode de vie et de logement etc. Ces caractéristiques liées aux catégories sociales ont des conséquences économiques concrètes : probabilité plus élevée d'être au chômage, d'avoir un faible revenu, voire d'être financièrement exclu.

Or, ces barrières financières constituent un maillon déterminant de l'accès aux services bancaires. La nécessité et la possibilité de faire usage de ces derniers est en effet tributaire de la possession d'un minimum de richesses. Il en découle que les personnes déjà victimes d'un certain nombre d'inégalités se voient en plus privées de l'accès aux services bancaires. Le lien entre pauvreté et exclusion bancaire devient alors évident : les deux s'engendrent mutuellement, formant ainsi un cercle vicieux (Gloukoviezoff, 2010).

L'objet de cette partie est de recenser les déterminants sociodémographiques et économiques de l'exclusion bancaire au Cameroun. Pour ce faire nous procédons à une analyse en deux chapitres : le premier consiste à identifier dans la littérature les causes de l'exclusion bancaire qui pourraient être rattachées à la demande tandis. Le second quant à lui, consiste en une évaluation empirique des facteurs préalablement identifiés, en vue d'en retenir les plus pertinents dans le contexte camerounais.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

CHAPITRE 3 : LA RECENSION THEORIQUE DES FACTEURS LIES A LA DEMANDE DES SERVICES BANCAIRES

INTRODUCTION

Il est établi dans la littérature que l'accessibilité des particuliers aux produits bancaires dépend d'un ensemble de caractéristiques sociodémographiques et économiques qui leur sont intrinsèques. Celles-ci sont à leur tour rattachées au contexte national qui peut amplifier ou amoindrir les mécanismes de l'exclusion bancaire.

Dans le cas du Cameroun, le contexte national, marqué par un fort taux de pauvreté monétaire25 et un faible degré de pénétration financière, constitue d'entrée de jeu un important handicap. Gulde et al. (2006) montre en effet l'existence d'une étroite corrélation entre l'exclusion bancaire d'une part, et le taux de pauvreté et le revenu par habitant d'autre part.

Accablée par des inégalités sociales et affectée par la pauvreté, une grande partie des ménages est alors maintenue à l'écart du système bancaire ou bénéficie d'un accès inapproprié aux services bancaires. Elle se trouve ainsi privée de toute possibilité de se constituer une épargne officielle et d'investir dans l'éducation, le logement ou des projets porteurs.

L'objet de ce chapitre est d'identifier les barrières socio-économiques qui sont à l'origine de l'exclusion bancaire dans ce pays. Pour ce faire, il se subdivise en deux sections : la première est consacrée à la recension des barrières sociodémographiques et la seconde met en exergue l'impact négatif de la pauvreté monétaire sur l'accès aux services bancaires.

SECTION I : les barrières sociales : un frein à l'accès aux services bancaires

De par leur impact sur les conditions de vie des individus, certaines caractéristiques sociodémographiques peuvent prohiber l'accès ou l'usage des services

25 Selon l'INS, ce taux était de 40% en 2007.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

bancaires. Par ailleurs, certaines personnes font elles-mêmes le choix de rester en dehors du système bancaire pour des raisons personnelles ou suite à de mauvaises expériences bancaires.

Cette section présente d'une part, les caractéristiques sociodémographiques qui influencent l'exclusion bancaire et, d'autre part elle analyse le cas de l'auto exclusion sus évoqué.

I.1- La prise en compte des caractéristiques sociodémographiques

Ces caractéristiques rentrent inéluctablement en ligne de compte dans le processus d'identification des causes de l'exclusion bancaire. La théorie économique, permet d'identifier plusieurs caractéristiques individuelles qui entravent l'accès des particuliers à l'accès des services bancaires. Il s'agit entre autres de l'âge, du genre, de la religion etc.

I.1.1- La mise en exergue de l'impact de l'âge

La littérature économique fait état d'un lien entre l'âge et l'exclusion bancaire : deux catégories de personnes seraient alors les plus exposées à ce phénomène, notamment les plus jeunes et les personnes du troisième âge. Plus exactement, les individus dont l'âge est exclu de l'intervalle [25-64 ans] ont davantage tendance à être financièrement exclus (Allen, Demirguc-kunt, Klapper et Péria, 2012).

S'agissant des individus ayant moins de 25 ans, ils sont pour la plupart financièrement exclus parce qu'ils ne remplissent pas la condition d'âge légale, nécessaire pour pouvoir accéder aux services bancaires. En effet, il existe dans tous les pays, une loi fixant l'âge minimum requis pour pouvoir prétendre à l'usage des services bancaires. En général, cet âge est égal à la majorité civile, qui oscille pour la plupart entre 18 et 21 ans.

Cependant ces individus ne ressentent pas tous nécessairement le besoin de recourir aux services financiers car étant encore sous la responsabilité d'un parent ou utilisant les services bancaires de façon indirecte à travers un membre du ménage.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Pour ce qui est de l'exclusion de certains sexagénaires, voire des personnes encore plus âgées, elle peut s'expliquer par trois raisons :

- Premièrement, elle provient du fait qu'une grande partie de cette cohorte appartient à la « cash only generation » (Kempson et Whiley, 1999). Autrement dit, elle a essentiellement vécu à une époque où les sociétés étaient moins financiarisées que de nos jours ;

- deuxièmement, le départ en retraite est souvent synonyme de variation à la baisse des ressources financières et, pour certains, d'installation en campagne où le coût de la vie est réputé plus faible qu'en zone urbaine. Dès lors, le recours aux services bancaires suppose pour les personnes concernées de pouvoir braver des barrières aussi bien financières que physiques ;

- troisièmement, la santé devient plus fragile à mesure qu'on prend de l'âge. La probabilité de survenue de dysfonctionnements (liés à la vue, à l'ouïe, à la mobilité etc.) est alors plus forte et presque inévitable. Ces difficultés rendent plus complexe l'usage des services bancaires.

On peut représenter l'influence de l'âge sur l'exclusion bancaire peut être représentée graphiquement comme suit :

Graphique 3.1 : influence de l'âge sur l'exclusion bancaire.

MOINS DE 24 ANS

25ANS 25-64 ANS 64 ANS 65 ANS ET

PLUS

exclusion bancaire

Source : auteur.

50

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Le graphique montre que l'exclusion bancaire frappe particulièrement les personnes âgées de moins de 24 ans et de plus de 65 ans. A contrario, pour les individus dont l'âge est compris dans l'intervalle [25 ans - 64 ans], la probabilité d'être exclu est beaucoup plus faible, car cette tranche d'âge correspond à la phase active de la vie. Durant cette phase, il est possible d'exercer un métier qui leur permettra de dégager des flux de revenus réguliers, qui comme on l'a vu plus haut constituent le plus important des critères de sélection de clientèle.

I.1.2- L'analyse du phénomène selon le genre, l'origine ethnique et la religion

La prise en compte du genre fait ressortir que les femmes ont plus tendance à être exclues que les hommes. Les écarts liés au niveau d'instruction, laquelle joue un rôle clé sur la possibilité de décrocher un emploi décent, constituent la clé de compréhension de cet état des choses. A l'échelle mondiale, 55% des hommes possèdent un compte en banque, contre 47% de femmes seulement (Demirgüc-Kunt et Klapper, 2012).

Une autre raison avancée pour expliquer cette réalité tient au fait que certaines femmes utilisent indirectement les services bancaires à travers l'ouverture d'un compte commun avec leur époux. En outre, les violences économiques26, parfois encouragées par la règlementation, constituent également une entrave aux services financiers pour les femmes, notamment lorsqu'elles prennent la forme d'obligation d'obtenir l'autorisation de leur conjoint pour pouvoir ouvrir un compte en banque ou effectuer des transactions financières (ONU, 2009).

S'agissant de la culture, qui renvoie à un ensemble de données acquises et transmises à l'intérieur d'un groupe social, elle exerce sur l'exclusion bancaire une

26 Les femmes ont toujours eu un statut inférieur aux hommes et sont souvent victimes de discriminations et de violences de différents ordres. Ainsi, si les discriminations revêtent surtout la forme de lacunes juridiques et institutionnelles ou encore de mesures discriminatoires nourries par les traditions, les violences en revanche peuvent être aussi bien physiques, sexuelles qu'économiques. S'agissant de ces dernières, elles renvoient au contrôle du salaire, à l'interdiction de mener une activité lucrative ou d'ouvrir un compte en banque, ainsi que la privation des moyens ou de biens (Organisation des Nations Unies, 2009).

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

grande influence à travers deux composantes : l'origine ethnique et la religion, précisément dans un contexte très conservateur.

Certaines ethnies vivent repliées sur elles-mêmes et, jalouses de leur héritage culturel, interdisent à leurs ressortissants flirtent tout contact avec les dérivés de la mondialisation, au rang desquels les services bancaires. Il s'agit là d'un choix personnel, d'une exclusion recherchée qui ne pose pas véritablement de problème.

Par contre, dès lors que le repli-sur-soi est la conséquence d'une discrimination à l'encontre d'un groupe ethnique, tribal ou racial, nous sommes en présence d'exclusion bancaire. Si cette forme d'exclusion financière est rencontrée au Royaume-Uni (Kempson, 2000), au Cameroun aucun cas n'est rapporté à notre connaissance.

Dans le même ordre d'idées, des religions telles que l'islam s'opposent aux pratiques financières donnant lieu à la perception d'intérêt, notamment l'usure (Collard et al, 2001). Elles jettent alors l'opprobre sur l'usage des services bancaires. Or, la raison d'être des banques est de réaliser des profits à travers leurs rôles d'intermédiaires financiers qui consistent à percevoir d'intérêts en contrepartie des fonds prêtés. Ces taux appliqués au crédit sont d'ailleurs une fonction croissante du niveau de risque de l'emprunteur.

I.1.3- La prise en compte du lieu de résidence, du niveau d'instruction et du secteur socioprofessionnel

S'agissant du lieu de résidence, elle constitue un facteur déterminant que l'on peut mesurer par le degré de proximité des agences bancaires. Ainsi, résider en milieu urbain ou en milieu rural, peut être un atout ou constituer un handicap. A l'observation, les zones rurales sont moins fournies en infrastructures bancaires, ce qui oblige les villageois à parcourir de longues distances pour effectuer des transactions bancaires.

51

Le graphique ci-contre présente la densité bancaire du Cameroun.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Graphique 3.2 : densité bancaire du Cameroun

ouest : 7,37%

Grand Nord : 9,67%

Nord-ouest/Sud-ouest : 14,74% Centre/Sud/Est : 28,57% Littoral : 39,63%

Source : Conseil National du Crédit, BEAC, janvier 2014.

Sur ce graphique, on peut voir que sur un total de 217 agences que compte le Cameroun à la date sus indiquée, les régions de l'Ouest et du Grand Nord27 (Adamaoua, Nord et Extrême-Nord) n'en possèdent respectivement que 16 et 32. Cela s'explique, entre autres, par le fait que la pauvreté est un « phénomène rural » dans ce pays (Fambon, 2005/1). Les banques ne trouvent aucun intérêt à s'y installer.

En fin de compte, il est plus avantageux de résider en milieu urbain car les villes sont relativement bien pourvues en infrastructures bancaires et les distances à parcourir pour y accéder sont moins longues et moins pénibles que lorsqu'il faut partir de la campagne.

Pour ce qui est de l'éducation, plusieurs travaux démontrent l'existence d'une corrélation négative entre cette variable et l'exclusion bancaire : plus un individu est instruit, plus fortes sont ses chances d'être bancarisé. Selon Allen, Demirguc-kunt, Klapper et Peria (2012), les adultes avec un niveau d'éducation tertiaire ont en moyenne deux fois plus de chances de détenir un compte bancaire. En revanche, ceux n'ayant

27 Le Grand Nord est lui-même composé de trois régions, à savoir le Nord, l'Extrême-Nord et l'Adamaoua.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

reçu absolument aucune éducation ou ayant quitté le système éducatif précocement, sont généralement plus en proie à l'exclusion bancaire (Anderloni, Bayot, Bledowski, Iwanicz-Drozdowska et Kempson, 2008).

Le système éducatif joue un rôle majeur dans l'édification d'un système bancaire plus inclusif, notamment à travers la culture financière qu'il permet d'inculquer aux individus (Kempson, 2000) et les débouchés qu'il leur offre en termes d'emploi28.

Cela tient au fait que l'instruction est réputée faciliter :

- d'une part la compréhension de l'importance des banques au plan socioéconomique (les banques mettent à disposition des produits (constitution d'une épargne, crédits etc.) qui permettent, entre autres, de réaliser des projets, de faire face à des aléas ;

- et d'autre part, l'usage des produits et des services que proposent les banques. Le manque de culture financière donne lieu à une « exclusion de l'intérieur », laquelle est la caractéristique des personnes financièrement incluses mais qui ne comprennent rien au fonctionnement des services et à l'usage des produits proposés par les banques (Ebermeyer et al, 2003).

Par ailleurs, on pourrait apporter une explication supplémentaire aux écarts liés à la densité bancaire entre régions observés sur le graphique, par le fait que les régions les plus désertes en infrastructures bancaires sont également les moins alphabétisées. Avec les taux d'alphabétisation et de scolarisation les plus faibles du pays en 2007, les régions l'Extrême-Nord, le Nord et l'Adamaoua29 constituent difficilement des zones propices à l'émergence des établissements bancaires. On comprend pourquoi seulement 9,7% des agences bancaires camerounaises se retrouvent dans le Grand-Nord.

28 L'éducation offre des opportunités d'emploi et donc des possibilités d'acquérir des ressources financières, sans lesquelles il est impossible de prétendre à l'usage des services bancaires.

29 En 2007, ces trois régions connaissaient des taux d'alphabétisation de l'ordre de 28,3%, 40,7% et 42,4% respectivement et des taux de scolarisation qui étaient de moins de 6 enfants sur dix inscrits à l'école (INS).

54

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Enfin, il convient de s'intéresser au secteur professionnel, au niveau duquel des disparités sont observées relativement à l'exclusion bancaire. En effet, la probabilité d'être inclus varie selon qu'on exerce dans le secteur privé, public ou informel. Les deux travailleurs des deux premiers secteurs ont une plus forte vraisemblance à être inclus en raison de la stabilité de l'emploi et de la régularité des revenus. A contrario, la précarité et la forte incertitude qui caractérise le secteur formel, n'est pas de nature à encourager les banques à servir ceux qui y travaillent. Si l'on se réfère au cas camerounais, c'est alors 92% de la population active camerounaise qui serait exclue. En effet, la population active camerounaise s'élevait à environ 8 millions d'individus en 2007 (INS) ; au même moment, le secteur informel concentrait 92% de la population active occupée, contre 8% qui exerçaient dans le secteur privé ou public.

I.2- L'analyse du cas particulier de l'auto exclusion

Selon Kempson (2001), l'auto exclusion ou exclusion volontaire d'un processus par lequel une personne renonce à l'usage des services bancaires. Ce serait la forme d'exclusion la plus répandue au Royaume-Uni, ce qui dénote de son importance et de la nécessité d'en cerner les mécanismes.

La même source distingue alors trois cas de figure :

- il existe d'abord des situations dans lesquelles un individu décide de n'avoir aucun contact avec les prestataires de services bancaires pour des raisons autres qu'économiques, sociales, culturelles etc. (Banque Mondiale, 2009). Compte tenu du fait que cette forme d'auto exclusion émane réellement d'un choix personnel, elle ne pose pas réellement de problème d'accès aux services financiers (Beck et De La Torre, 2006) ;

- ensuite, dans d'autres cas l'auto exclusion est la résultante de difficultés d'usage rencontrées dans la relation bancaire, lesquelles engendrent une réduction progressive des services auxquels un client a accès. Si les difficultés persistent, alors ce dernier peut choisir une mise en retrait totale ;

- enfin, l'auto exclusion peut être la conséquence d'un accident de la vie (dégradation de la situation professionnelle ou familiale) ayant un grand

55

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

impact sur la situation financière de la victime, et affectant donc sa capacité-même à supporter les frais liés à l'usage des produits bancaires ou ses facultés physiques et mentales (Kempson et Whiley, 1999).

Il convient de souligner que l'exclusion volontaire est ancrée sur le degré de financiarisation de chaque société. Ainsi, elle peut être totale ou partielle. Au Royaume-Uni par exemple, ce processus peut aller jusqu'à une absence totale de services bancaire ; tandis qu'en France, l'auto-exclusion ne peut aller au-delà du renoncement aux moyens de paiement (cartes de paiement, carte de crédit etc.) et aux services de découvert et de crédit (Gloukoviezoff, 2005).

Le Cameroun se caractérisant encore par un faible degré de financiarisation, il est tout à fait possible d'y retrouver des cas d'auto exclusion totale. Ici, des barrières psychologiques sont à l'oeuvre, notamment la méfiance envers le système bancaire et le manque de culture financière (Leyshon et al, 1998) qui favorisent alors la préférence pour une gestion autonome.

II.2.1- La méfiance à l'égard des institutions bancaires

Sapienza et Zingales (2009) expliquent ce sentiment de méfiance par l'incertitude liée à l'avenir et la crainte de la survenue des crises bancaires

En effet, l'incertitude est une caractéristique intrinsèque de l'activité bancaire. Elle touche les déposants à travers les asymétries d'information sur la gestion de leurs avoirs en banque. Il leur est difficile de connaître le degré de risque associé aux prêts adossés sur ces avoirs. Ils perçoivent alors les banques comme des boîtes noires dont le fonctionnement exact est difficile à maîtriser. Selon Mishkin (2007), cette opacité des banques du peut engendrer l'effondrement du système à travers des paniques et des faillites bancaires.

En ce qui concerne les crises bancaires, elles se manifestent souvent par l'impossibilité pour les banques d'honorer leurs engagements envers les déposants. Le Cameroun connait des précédents en la matière. En effet, le système bancaire camerounais a été secoué par une crise au milieu des années 1980. En dépit des mesures

56

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

prises par le Gouvernement, parmi lesquelles l'indemnisation des déposants par le canal de la Société de Recouvrement des Créances, une grande partie des clients n'a pas pu rentrer en possession de son épargne. L'auto exclusion, totale ou partielle, peut donc être motivée par la crainte de revivre une telle situation

II.2.2- La préférence pour une gestion autonome

Elle est simultanément nourrie par la peur due à la complexité de l'utilisation des services bancaires, l'intériorisation des critères de sélection des banques et la crainte liée aux expériences négatives (Gloukoviezoff, 2009). L'utilisation des services bancaires est en effet rendue complexe par le vocabulaire technique et la dématérialisation du budget30 qu'elle implique (Gloukoviezoff, 2005).

A ces raisons s'ajoute l'incompatibilité entre les horaires d'ouverture des banques et la disponibilité des clients soumis à des contraintes professionnelles. Il peut alors être difficile particulièrement difficile, pour des clients privés de moyens de paiement scripturaux, d'effectuer des retraits d'argent ou tout simplement de rencontrer leur banquier bénéficier d'un conseil ou de tout autre éclairage.

Dans le même ordre d'idées, la piètre qualité du service au sein de certaines banques constitue une entrave non négligeable. Très souvent, l'accueil réservé aux clients est froid, les files d'attente sont longues et le personnel n'est pas toujours disposé à donner des renseignements à ce qui en demandent. Parfois, les procédures d'obtention d'une carte, d'un crédit ou de retrait d'argent sont très longues.

Afin d'éviter tous ces désagréments, certaines personnes préfèrent retirer leurs ressources du système bancaire, en vue de les gérer de façon autonome. Les plus tolérants conservent un compte courant pour la perception de leur salaire, mais aussitôt que celui-ci y est viré, ils en retirent la totalité en vue de la gérer personnellement. De la sorte, ils se sentent également à l'abri des facturations et des pratiques bancaires susceptibles de grever leur budget (Brunet, Robert et Sigano, 2003).

30 La dématérialisation du budget renvoie au passage d'une gestion physique de ses avoirs, à une gestion dénuée de tout contact physique avec l'argent.

57

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

En plus des barrières sociodémographiques à l'accès et à l'usage des services bancaires, il existe des barrières financières que nous présenterons au point suivant.

SECTION II: La pauvreté monétaire : un important catalyseur de l'exclusion bancaire

Si la Banque Mondiale (1996) voit dans la pauvreté aussi bien une carence en biens matériels qu'un accès réduit à l'éducation et à la santé, le PNUD (1998) quant à lui se réfère à l'insuffisance des ressources et à l'absence d'opportunités qui permettraient au peuple de jouir de conditions de vie décentes pour définir ce phénomène (Benicourt, 2001)

Il existe un seuil de pauvreté retenue par la communauté internationale. Selon celui-ci, est considérée comme pauvre, toute personne vivant avec moins d'1,25 dollar américain par jour. Cela revient à dire qu'est considérée comme pauvre au Cameroun, toute personne vivant avec moins de 738 francs CFA, par équivalent-adulte et par jour INS, 2007). Selon la même source et à la même date, le taux de pauvreté monétaire était de 40% dans ce pays qui comptait alors 17 millions d'habitant.

Ainsi près de la moitié de la population camerounaise serait pauvre et incapable de supporter le coût des services bancaires. Ces personnes disposant de moyens financier très limitées, trouvent une issue de secours dans les fournisseurs alternatifs de services financiers.

II.1- Les effets de la pauvreté monétaire sur l'accès aux services bancaires

Ils sont appréhendés par l'absence de revenu régulier et par les difficultés à supporter le coût desdits services.

II.1.1- L'absence de revenu régulier

Nous avons vu dans le chapitre liminaire de notre étude que la raison d'être des banques est de réaliser des profits. A ce titre, tous les services qu'elles proposent ont un coût qui n'est à la portée que des personnes possédant un minimum de ressources financières et donc un revenu régulier et stable dans le temps (Finscope survey, 2007).

58

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Dans cet ordre d'idées, la Banque Mondiale (2009) indique dans le rapport « Banking the poor » que les personnes pauvres sont exclues du système bancaire d'une part, parce qu'elles ne disposent pas des ressources financières suffisantes pour ressentir la nécessité d'y ; et d'autre part, parce qu'elles ne constituent pas des clients suffisamment rentables pour les établissements de crédit.

Selon l'ECAM III, le Cameroun la population active camerounaise était de 10 millions d'habitants en 2007, avec seulement 586 319 habitants effectivement occupées dans les secteurs public et privé formels. On présume que ces personnes disposent d'un revenu mensuel contrairement aux 8 millions et demi restants, qui ne peuvent donc prétendre à l'usage des services bancaires.

Toutefois, ce raisonnement est à relativiser car certains travailleurs du secteur informel dégagent également d'importantes ressources quotidiennes, hebdomadaires, mensuelles ou suivant une autre périodicité. Ceux-ci sont peut-être financièrement inclus ou alors ils sont exclus pour d'autres raisons. En outre, il ne suffit pas d'exercer dans le secteur privé ou public pour être financièrement inclus. Là encore, il faut tenir compte, d'une part du niveau du salaire, réputé faible dans le secteur public ; et d'autre part de la nature du contrat dans le secteur privée.

II.1.2- Les barrières financières subséquentes

Le coût élevé des services bancaires est réputé décourager leur usage, notamment dans des pays aussi pauvres que le Cameroun. Ces coûts sont relatifs à :

- l'ouverture ou à l'entretien d'un compte : alors que dans certains pays les frais y associés sont nuls, dans les pays à faible revenu ils sont si élevés qu'ils constituent un facteur décourageant. A titre illustratif, à la BGFI BANK du Cameroun, il faut débourser un montant de 1.000.000 de francs CFA à tire de dépôt initial lors de l'ouverture d'un compte chèque. En outre, un montant minimum de 250.000 francs CFA y est requis pour maintenir ce compte ouvert. A cela s'ajoutent les frais de tenue bancaire qui, à la Standard Chartered Bank, peuvent aller jusqu'à 150.000 francs CFA hors taxes par an (BEAC, 2010) ;

59

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

- l'obtention des instruments de paiement : si la délivrance des chèques est gratuite sur toute l'étendue du territoire camerounais31, les coûts associés à l'obtention des cartes de paiement y restent élevés et peuvent aller jusqu'à 20.000 francs CFA par an dans certaines banques ;

- l'obtention d'un crédit : outil important pour sortir du cercle vicieux de la pauvreté, le crédit est paradoxalement d'avantage à la portée des personnes financièrement aisées. Ceci tient aux conditions drastiques à remplir pour pouvoir en bénéficier, relatives à la documentation et aux collatéraux. Ces derniers qui, visent à réduire la probabilité de défaillance de l'emprunteur et limiter les pertes en cas de réalisation du risque, joue un rôle décisif. Il est cependant accablant de constater que le niveau de garanties requis par les banques est souvent supérieur au crédit sollicité (Joseph, 2000). Au Cameroun, sur 6% de ménages ayant demandé un crédit en 2007, seulement 2% ont obtenu une réponse favorable. Il s'agissait pour la plupart de ménages non pauvres. Parmi les raisons avancées pour justifier cet état de chose, l'insuffisance des garanties arrive en premier (INS, 2007).

Les personnes disposant de ressources financières trop limitées pour pouvoir accéder aux services bancaires, se tournent vers les IMF ou recourent à des pratiques financières informelles.

II.2- Le recours aux fournisseurs alternatifs de services financiers

Selon Dunham (2001), il existe l'alternative du secteur non bancaire pour les individus qui ne peuvent pas braver les barrières à l'accès aux services bancaires. Au Cameroun, la microfinance et les tontines constituent, à titre principal, cette alternative.

II.2.1- La ruée vers les institutions de microfinance

La microfinance tire ses origines du microcrédit, pratique élaborée dans les années 1970 par Mohammad Yunus et qui consiste à accorder des prêts à des personnes

31 Voir en annexe l'article 3 de l'arrêté du Ministre des Finances portant institution d'un service bancaire minimum garanti.

60

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

très pauvres, ne remplissant pas les conditions requises pour se financer auprès du circuit bancaire traditionnel. L'objectif est de permettre à ces personnes de mener des activités productives ou génératrices de revenus, dans l'optique de les extirper de la misère.

Au fil du temps, cet outil d'intégration socio-économique des couches défavorisées a vu sa gamme de services s'élargir pour inclure désormais l'épargne, l'assurance, les transferts d'argent etc.

La flexibilité, la simplicité des procédures, la proximité et la bonne qualité des services offerts par les IMF, en font l'expédient par excellence pour les personnes mal servies du système bancaire classique.

Ces traits caractéristiques de la microfinance ne laissent pas indifférentes la population camerounaise. La forte densité des IMF sur le territoire national en constitue la preuve palpable, ainsi que le montre le tableau suivant :

Tableau 3.1 : réseau des IMF du Cameroun.

 

Centre-
Sud-Est

Grand
Nord

Nord-
Ouest/
Ouest

Littoral/Sud-
Ouest

Total

1ère catégorie

53

7

37

43

140

2ème catégorie

15

2

8

18

43

3ème catégorie

/

2

/

2

4

CAMCCUL

10

23

80

63

176

CMEC

/

/

27

/

27

CVECA

34

9

/

/

43

MUCADEC

6

/

/

/

6

Total

118

43

152

126

439

Source : MINFI, juin 2013.

61

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

A l'observation, les IMF sont effectivement présents dans toutes les régions camerounaises. On observe cependant une préférence pour le Centre-Sud-Est, le Littoral/Sud-ouest et le Nord-Ouest, sûrement en raison de la forte demande émanant des populations qui y vivent.

Par ailleurs, on observe que le nombre d'IMF implantées au Cameroun est le double des agences bancaires y recensées. Ceci confirme que les EMF s'appliquent à réduire au minimum les barrières physiques à l'accès aux services financiers.

Cette place de choix qu'occupe la microfinance dans l'économie camerounaise32 est également confirmée par des statistiques collectées auprès du MINFI. Ces dernières révèlent que l'offre de crédit par les IMF s'élevait à 63,5 milliards de francs CFA au 31 décembre 201333. La ventilation de ces crédits par secteurs d'activités est donnée par le graphique ci-après.

32Si l'implantation de la microfinance au Cameroun date du milieu des années 1960, on observe un important développement de ce secteur au début de la décennie 1990. Cela s'explique principalement par les faillites bancaires causées par la crise économique des années 1980 qui a d'une part, entamé la confiance des agents envers le système bancaire traditionnel et d'autre part, amené les licenciés des banques à se reconvertir dans la microfinance (Avom et Eyeffa, 2007). En outre, cette expansion de la microfinance se justifie par la frilosité des banques à financer l'économie au lendemain des restructurations (Joseph, 2000).

33 Au même moment, le montant total de crédits accordés par le système bancaire s'élevait à 2264,5 milliards de francs CFA. La contribution des IMF au financement de l'économie est peut-être encore marginale (les encours de crédit des banques s'élevaient à 2 201 milliards de francs CFA contre seulement 63,5 milliards pour les IMF), mais la croissance de ce secteur semble prometteuse.

62

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Graphique 3.3 : ventilation des crédits octroyés par les EMF par secteurs d'activités

crédits aux commerçants 53,2% crédits à la consommation 12% crédits à l'habitat 11,50%

crédits à l'agriculture 10,1% autres crédits 9,20%

crédits au secteur des services 3% crédits à l'artisanat 0,60%

Source : MINFI, 2014.

II.2.2- Le recours à la finance informelle : le cas des tontines

Au Cameroun, les tontines constituent la pratique financière informelle la plus répandue. Cette pratique consiste pour un groupe de personnes, unies par des liens amicaux, familiaux ou professionnels, à se réunir à des périodes d'intervalles réguliers afin de mettre en commun leur épargne pour faire face à un problème ou réaliser un projet.

Selon Joseph (2000), deux types de tontines peuvent être distingués au Cameroun :

? les mutuelles : dans ce cas, les sommes collectées sont distribuées à tour de rôle suivant un ordre négocié au préalable ou selon les priorités des participants ;

? les enchères : dans cet autre cas, les sommes collectées sont offertes au plus offrant.

Les tontines se caractérisent par des taux d'intérêt débiteurs élevés, des conditions d'adhésion souples et des règles de fonctionnement strictes. En dépit du

63

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

niveau élevé des taux de remboursement, elles restent plus attractives aussi bien pour les pauvres que les non pauvres, car elles reposent sur la confiance mutuelle et la solidarité.

En outre, les asymétries d'information sont plus faciles à gérer dans de telles associations car elles regroupent des personnes qui se connaissent suffisamment pour se faire confiance. De plus, l'usage des fonds y est plus facile à retracer et les responsabilités sont rapidement établies en cas de défaillance de l'un des membres.

CONCLUSION

L'objet de ce chapitre était d'identifier les facteurs théoriques de l'exclusion bancaire du côté de la demande des services bancaires.

Cette démarche nous a alors permis de recenser des barrières aussi bien sociodémographiques, qu'économiques qui entravent l'inclusion financière de la grande masse.

On peut retenir qu'au Cameroun, l'exclusion bancaire est engendrée par :

- les barrières sociodémographiques suivantes : l'âge, le genre, l'origine ethnique, la culture, le niveau d'éducation, le lieu de résidence et le degré de confiance dans les institutions bancaires ;

- les barrières économiques relatives à l'absence de revenu régulier et au coût élevé des produits et services proposés par les banques. Ces barrières poussent les personnes pas ou mal servies à opter pour l'alternative du secteur financier non bancaire, qu'il soit formel ou non.

Les résultats ainsi trouvés feront l'objet d'une évaluation empirique dans le chapitre suivant.

64

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

CHAPITRE 4 : L'EVALUATION EMPIRIQUE DES FACTEURS LIES A LA DEMANDE DE SERVICES BANCAIRE

INTRODUCTION

Le chapitre liminaire nous a permis de mettre en perspective l'état du débat théorique sur les facteurs qui structurent et modulent l'exclusion bancaire au Cameroun. Il en ressort que ces derniers sont aussi bien d'ordre sociodémographique qu'économique.

Toutefois, l'on ne saurait se limiter à une approche théorique pour affirmer que lesdits facteurs expliquent effectivement l'exclusion bancaire au Cameroun. Ainsi, importe-t-il de confronter ces éléments théoriques à la réalité des faits à travers une évaluation empirique conséquente.

Pour ce faire, nous nous inspirons du modèle logit34 simple utilisé par Allen, Demirguc-Kunt, Klapper et Peria (2012) pour déterminer les causes l'exclusion financière dans 123 pays, dont le Cameroun.

Dans leurs travaux, l'exclusion bancaire est mesurée par trois indicateurs, à savoir : la détention d'un compte dans une banque ou toute autre institution financière formelle, l'utilisation de ce compte pour épargner et la fréquence mensuelle d'usage dudit compte.

L'idée est de déterminer le niveau de corrélation qui existe entre l'exclusion financière et un ensemble de variables explicatives préalablement identifiées dans la littérature. Ces variables comprennent des caractéristiques institutionnelles (la stabilité politique, la protection des consommateurs, la gouvernance etc) et individuelles (le coût des services, les exigences documentaires, la distance, la confiance et la pauvreté).

34 le choix du logit est guidé l'avantage que possède ce modèle de générer des rapports de chance, ceux-ci rajoutent de la certitude aux résultats de l'estimation.

65

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

L'objectif de ce chapitre est donc d'évaluer, grâce à l'approche d'Allen et al., (2012), l'influence de quelques facteurs sociodémographiques et économiques sur l'exclusion bancaire au Cameroun. Le choix desdits facteurs est régi uniquement par la disponibilité des données.

Le présent chapitre s'articule autour de deux sections parties : la première présente le modèle empirique et les données ; la seconde porte sur l'estimation du modèle, la présentation et l'interprétation des résultats.

SECTION I- La présentation du modelé et des données de l'analyse

I.1- la présentation du modèle analytique

Le modèle utilisé par Allen et al. (2012) est le suivant :

'

y ij* = x i j fl + z ' ij I + 8 ij

y ij = 1 si y1 * > 0

yij = 0 si *

yij < 0

i et j désignent respectivement les pays et les individus, *

y1 ij est une variable

latente qui représente l'exclusion bancaire, xij est un vecteur de caractéristiques institutionnelles, z1 ij est un vecteur de caractéristiques individuelles, â et ã sont des

vecteurs de paramètres et å1ij est un terme d'erreur normalement distribué, de moyenne nulle et de variance égale à 1.

En estimant leur modèle par la méthode du maximum de vraisemblance, ils arrivent au résultat selon lequel il existe une corrélation entre l'exclusion financière d'une part et l'âge, la pauvreté, l'éducation, le lieu de résidence, le statut matrimonial et la confiance. Ces facteurs varient en sens inverse de l'exclusion.

66

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Il convient d'apporter quelques précisions d'ordre méthodologique avant de présenter le modèle analytique, dans la mesure où notre approche diffère de celle sus présentée en trois points.

D'abord, une différence est observée au niveau du champ de l'étude. En effet, si les auteurs sus évoqués étudient l'exclusion financière, qui est un concept beaucoup plus large, nous nous limitons uniquement à l'exclusion du système bancaire classique. Cela tient au fait que le système bancaire camerounais est la seule composante opérationnelle du système financier, les marchés financiers étant encore à un état embryonnaire.

Ensuite, nous n'utilisons que deux indicateurs pour mesurer l'exclusion bancaire. Si le premier est identique à celui retenu dans le modèle de référence, le second en revanche est différent. Ce second indicateur est la détention d'une carte de paiement35.

Enfin, notre étude est menée dans un seul pays : le Cameroun. Par ailleurs, compte tenu du fait que dans cette partie de notre travail nous nous intéressons uniquement à l'impact des caractéristiques individuelles sur l'exclusion bancaire, la variable qui capte les effets fixes liés aux pays est exclue.

Ces distinctions faites, la spécification du modèle peut à présent être donnée.

Supposons l'existence d'un caractère qualitatif qui peut prendre K modalités disjointes ; Si K=2, on dit que la variable est dichotomique36. Exemple: avoir un compte ou ne pas avoir de compte.

Dès lors, on peut représenter un caractère qualitatif dans le cadre d'un modèle économétrique. En prenant le cas qui consiste à avoir un compte ou non, on définit la variable y par :

35 Nous nous référons en effet à la classification de Constans (2006) présentée en introduction et qui établit trois niveaux d'exclusion, à savoir la possession d'un compte bancaire, la détention de moyens de paiement nécessaires à l'usage dudit compte et l'accès au crédit

36 Dans le cas général K ? N* on dit que la variable est polytomique.

67

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

y = {1 si l'invididu possède un compte et 0 sinon.

Si P représente la probabilité qu'un individu possède effectivement un compte, alors P n'est rien d'autre que l'espérance mathématique de y : P = E(y).

L'objectif du modèle choisi est alors d'expliquer la survenue de l'événement considéré en fonction d'un certain nombre de caractéristiques observées pour les individus de l'échantillon. Il s'agit donc précisément de spécifier la probabilité d'apparition de cet événement.

Supposons que l'on dispose de N observations y1 d'une variable endogène codée yj = 1 ou yj = 0 par convention et soit x = (x ... x '), un vecteur ligne de variables exogènes associées à la variable endogène y.

Le logit linéaire simple s'écrit : y1 = x + e.

Où å~ est un vecteur de termes d'erreur gaussiens supposés identiquement et indépendamment distribués, tandis que â désigne un vecteur colonne de K paramètres inconnus.

Dans la littérature économique, il est établi que la régression logistique permet, au travers de la méthode du maximum de vraisemblance, d'estimer les paramètres, d'évaluer la précision de l'estimation, de mesurer le pouvoir explicatif du modèle, de vérifier s'il existe une liaison significative entre l'ensemble des variables explicatives et la variable dépendante, d'identifier les descripteurs pertinents et donc d'évacuer les variables non significatives (Rakotomalala, 2014).

La vraisemblance correspond spécifiquement à la probabilité d'obtenir l'échantillon ? à partir d'un tirage dans la population. La méthode du maximum de vraisemblance consiste à produire les paramètres â de la régression logistique qui rendent maximum la probabilité d'observer cet échantillon.

Nous effectuerons donc une régression logistique de manière à identifier les facteurs les plus statistiquement pertinents de l'exclusion bancaire au Cameroun.

68

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Pour ce faire, nous utiliserons les données présentées au point suivant. I.2- L'analyse descriptive des données

Les données en notre possession sont issues de la base de données Global Financial Inclusion (Global Findex Database) construite par la Banque Mondiale avec pour triple objectif de collecter des informations sur les pratiques financières à travers le monde, d'identifier les exclus bancaires et de mesurer continuellement l'impact des politiques d'inclusion financière.

Ces données ont été collectées dans le cadre d'une enquête menée par la Banque Mondiale en 2011 dans 148 pays différents37, auprès de 150 000 individus âgés d'au moins 15 ans. L'enquête était menée à travers des interviews directes ou téléphoniques en fonction du degré de couverture téléphonique de chaque pays.

La base renseigne sur les éléments ci-après : le nombre de personnes détenant un compte bancaire ; le nombre de personnes détenant une carte de paiement ; ainsi que le nombre de personnes ayant bénéficié d'un crédit auprès d'une institution financière, d'un parent ou d'une autre source au cours des 12 mois précédents l'enquête.

Cependant, elle ne donne que les raisons pour lesquelles un individu est privé de compte ou de carte de paiement sans expliquer réellement l'exclusion du crédit. C'est pour cette raison que nous ne retenons que les deux indicateurs d'exclusion bancaire préalablement énoncés.

Deux types de variables seront mobilisés dans le cadre de notre modélisation :

- les variables endogènes : ce sont celles qui captent l'exclusion bancaire. il s'agit notamment de la détention d'un compte et de la détention d'une carte de paiement. C'est deux variables sont notées EXCLU1 et EXCLU2, c'est-à-dire la probabilité qu'un individu soit exclu.

Ainsi, la variable dichotomique EXCLU1 prend la valeur « 1 » si l'individu considéré détient effectivement un compte bancaire et « 0 » sinon. Il est de

37 Le Cameroun fait partie de cet échantillon. La liste exhaustive des pays concernés par l'enquête est jointe en annexe.

69

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

même pour la variable EXCLU2. Elle est égale à « 1 » si l'individu considéré possède une carte de paiement et « 0 » sinon.

- les variables exogènes : comme nous l'avons vu plus haut, l'exclusion bancaire est influencée par un ensemble de variables socio-économiques et démographiques. Toutefois, les données dont nous disposons ne renseignent que sur la distance, la situation financière, la confiance envers les institutions bancaires et le niveau d'instruction.

L'ensemble des variables exogènes et leurs définitions sont présentées dans l'encadré ci-dessous :

Encadré 4.1 : présentation et définition des variables exogènes

SUPERIEUR : capte l'impact du niveau d'instruction sur l'exclusion bancaire. la variable « SUPERIEUR » est choisie parce que la littérature établit que les individus ayant fait des études universitaires ont beaucoup plus de chances d'être financièrement exclu ,
·

PROXIMITE : représente le fait pour un individu de résider près des banques. C'est donc la distance qui sépare l'individu des institutions bancaires ,
·

RICHESSE : renseigne sur la situation financière de l'individu.

CONFIANCE : représente la confiance des agents envers les institutions bancaires.

Source : auteur.

SECTION II- L'estimation du modèle et l'interprétation des résultats

La présente section se subdivise en deux sous-parties : la première est consacrée à l'estimation du modèle et la seconde porte sur l'interprétation des résultats.

II.1- L'estimation du modèle mesurant l'exclusion bancaire par la détention d'un compte bancaire

Elle se fait avec le logiciel STATA/S 13. Les résultats sont présentés dans le tableau suivant :

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Tableau 4.1 : Estimation du modèle relatif à la détention d'un compte bancaire

variable endogène EXCLU1

variables exogènes

Coefficients

p-value

Significativité

Proximité

0,46274

0,001

1%

Supérieur

1.173662

0,012

1%

Richesse

0,0337

0,098

10%

Confiance

0,12771

0,0337

5%

Logistic regression

Nombre d'observations

1000

 

LR chi2(4)

7.60

 

Prob > chi2

0.0058

Log likelihood = -99.917048

Pseudo R2

0.0366

Source : calculs de l'auteur.

La qualité du modèle est évaluée par le test du rapport de vraisemblance (LR Statistic), lequel suit une loi de khi-deux à K degrés de liberté. C'est une procédure qui se rapproche du test de significativité global de Wald. Le nombre de degrés de liberté est égal au nombre de variables explicatives, 4 dans le cas présent.

Les hypothèses de ce test sont les suivantes :

H0 : f31= f32 = ... = f3k = 0 contre H1 : il existe au moins un f3i ? 0.

La règle de décision est telle que H1 est acceptée si la statistique calculée est supérieure à la probabilité de la LR statistic. Comme dans notre cas la valeur trouvée 7,60 est bel et bien supérieure à celle de la probabilité du rapport de vraisemblance, on accepte H1, ce qui revient à dire que le modèle est globalement significatif.

Par ailleurs, la qualité de la régression est analysée par le Pseudo R2 de Macfadden (1973), utilisé pour quantifier la contribution des descripteurs dans l'explication de la variable endogène. Nous retenons celui de Macfadden car Ménard (2013) suggère qu'il est, non seulement le plus proche du coefficient de détermination de la régression linéaire multiple, mais aussi le plus adapté à la régression logistique.

71

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Toutefois, le R2 des modèles logit prennent généralement des valeurs proches de 0, ils tendent difficilement vers 1. On ne saurait donc réellement les prendre en considération pour évaluer la qualité du modèle.

C'est la raison pour laquelle on fait généralement appel à la courbe ROC (Receiver Operating Characteristics). Celle du présent modèle est donnée par le graphique ci-dessous :

Graphique 4.3 : Courbe ROC associée à la détention d'un compte bancaire.

Source : calculs de l'auteur.

Dans la logique de son analyse de la courbe ROC, on désigne par sensibilité (sensivity), la proportion d'individus possédant un compte bancaire et par spécificité (specificity), la proportion d'individus n'en possédant pas. Si l'on fait varier la probabilité seuil à partir de laquelle on considère qu'un événement doit être considéré comme positif, la sensibilité et la spécificité varient.

L'aire en-dessous la courbe (ou Area Under the Curve - AUC) est un indice synthétique calculé pour les courbes ROC. Habituellement, on considère que le modèle est bon dès lors que la valeur de l'AUC est supérieure à 0.5. Un modèle ayant une AUC supérieure à 0.9 est excellent.

A l'observation du graphique ci-dessus, la valeur de l'AUC s'élève à 0,978. On peut donc conclure que l'ajustement est de bonne qualité.

72

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Les tests sus effectués visaient à juger de l'adéquation du modèle. Etant donné que tous les résultats étaient favorables, on peut dire du modèle qu'il est adéquat : les variables exogènes choisies contribuent significativement à expliquer la détention d'un compte bancaire.

Il convient à présent de présenter les résultats de l'estimation proprement dits.

Les valeurs numériques des coefficients présentés dans le tableau 3.1 n'ont pas d'interprétation directe. En revanche leur signe est interprétable, il permet de savoir si la probabilité de détenir un compte bancaire est une fonction croissante ou décroissante de la variable explicative correspondante.

D'emblée, on observe que les signes de tous les coefficients sont positifs. Cela signifie qu'il existe une corrélation positive entre la probabilité de détenir un compte bancaire d'une part, et la richesse, la proximité, le niveau d'instruction, la confiance envers les banques d'autre part.

Ces résultats appellent les commentaires suivants :

- si l'on considère la proximité, le signe positif obtenu est conforme à nos attentes. Ainsi, la probabilité pour un individu de détenir un compte bancaire est une fonction croissante de la proximité des infrastructures bancaires ;

- de même, la probabilité d'avoir un compte bancaire est d'autant plus importante que le niveau d'éducation de l'individu considéré est élevé ;

- concernant la richesse, le signe positif du coefficient y associé corrobore avec les attentes théoriques et indique l'influence positive de cette variable explicative sur la probabilité de détenir un compte bancaire ;

- enfin, la probabilité de posséder un compte bancaire augmente à mesure que la confiance envers les institutions bancaires croit.

Pour finir, les odds-ratios associés à ce modèle sont synthétisés dans le tableau ci-après :

73

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Tableau 4.2 : odds-ratios associés à la détention d'un compte bancaire.

Variable
endogène
EXCLU1

Variables exogènes

Coefficients

P-value

significativité

Proximité

0.0806

0.091

10%

Supérieur

0.03662

0.08

10%

Richesse

0.07

0.0198

5%

Confiance

0.1004

0.337

Non

Source : calculs de l'auteur.

Ces ratios ou rapports de chance permettent d'identifier les variables explicatives les plus pertinentes et donc celles sur lesquelles il convient d'agir prioritairement, en vue de réduire l'exclusion bancaire au Cameroun.

En suivant l'ordre dans lequel les variables explicatives sont classées dans le tableau, on peut faire les interprétations suivantes :

- la probabilité de détenir un compte bancaire est 8,06 fois plus élevée pour un individu résidant à proximité des infrastructures bancaires (agences et DAB) ;

- pour un individu ayant fait l'enseignement supérieur, cette probabilité est 3,66 fois plus grande que pour un individu ayant un niveau inférieur ;

- de même, la probabilité d'avoir un compte dans une banque est d'autant plus importante que l'individu est riche, soit 7 fois de plus qu'un individu pauvre ;

- cette probabilité est enfin 10,04 fois plus forte pour un individu ayant confiance dans les institutions bancaires.

Au regard de ces résultats, la confiance, la richesse et la proximité ont un impact plus élevé sur la probabilité de détenir un compte bancaire.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

II.2- L'estimation du modèle mesurant l'exclusion bancaire par la détention d'une carte de paiement

Les résultats de la régression logistique sont présentés dans le tableau ci-dessous Tableau 4.3 : résultats de l'estimation du modèle relatif à la détention d'une carte de paiement.

variable endogène
EXCLU2

variables exogènes

Coefficients

p-value

Significativité

Proximité

_0.2434

0.095

10%

Supérieur

1.144096

0.015

1%

Richesse

0,023121

0,1001

10%

Confiance

0,104735

0,0701

7%

Logistic regression

Nombre d'observations

1000

 

LR chi2(4)

7.02

 

Prob > chi2

0.0081

Log likelihood = -94,245325

Pseudo R2

0.0359

Source : calculs de l'auteur.

Comme pour le second modèle nous analysons l'adéquation du modèle. S'agissant du test du ratio de vraisemblance, on conserve les mêmes hypothèses et la règle de décision.

A l'observation du tableau, la valeur calculée 7,02 est supérieure à la probabilité de la LR statistic. On accepte donc H1, ce qui signifie que le modèle est globalement significatif.

En outre, le pseudo 2

RMF de ce modèle est égal à 0.0359. Pour les mêmes raisons que supra, on ne saurait se cantonner à ce coefficient pour juger de la qualité de la régression. Aussi, nous référons-nous à la courbe ROC donnée par le graphique ci-contre :

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Graphique 4.2 : Courbe ROC associée à la détention d'une carte de crédit.

Source : calculs de l'auteur.

On peut voir sur le graphique que la valeur AUC est égale à 0,6112. Si elle est moins élevée que celle du premier modèle, elle est néanmoins supérieure à la valeur critique qui est de 0,5. On en conclut que l'ajustement est de bonne qualité.

Sur la base de ces résultats, on peut dire que le modèle est adéquat, ce qui nous mène à l'interprétation des signes des coefficients associés aux variables explicatives.

Le premier constat est que les signes de tous les coefficients sont positifs. On en déduit qu'il existe une corrélation positive entre la probabilité de détenir une carte de paiement d'une part, et la proximité, le niveau d'instruction, la richesse et la confiance dans institutions bancaires d'autre part.

Plus précisément, on peut dire qu'au Cameroun, la probabilité de détenir un compte bancaire est une fonction croissante de la richesse, la confiance, la proximité et du niveau d'instruction.

75

Les rapports de côte associés à ce modèle sont présentés dans le tableau suivant :

76

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Tableau II.6 : Odds-ratios associés à la détention d'une carte de paiement.

variable
endogène
EXCLU2

variables exogènes

Coefficients

p-value

Significativité

Proximité

0,2620

0,000

1%

Supérieur

0.113004

0,05314

5%

Richesse

0,32144

0,0111

5%

Confiance

0,12465

0,2317

non

Source : calculs de l'auteur.

Ces ratios nous permettent d'identifier les variables qui influencent le plus significativement la détention d'une carte de paiement au Cameroun.

En suivant l'ordre dans lequel les variables explicatives sont classées dans le tableau, on peut faire les interprétations suivantes :

- la probabilité de détenir un compte bancaire est 26,2 fois plus forte pour un individu résidant à proximité des infrastructures bancaires (agences et DAB) ;

- la probabilité de détenir un compte bancaire est 11,3 fois plus grande pour un individu ayant fait l'enseignement supérieur ;

- la probabilité de détenir un compte dans une institution bancaire formelle est 32,14 fois plus élevée pour un individu riche ;

- la probabilité de détenir un compte bancaire est 12,46 fois plus forte pour un individu ayant confiance dans les banques.

A l'observation, la richesse et la proximité exercent une plus grande influence sur la probabilité qu'un camerounais détienne une carte de paiement que la confiance et l'éducation.

77

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

CONCLUSION

Ce chapitre avait pour objet de déterminer de façon empirique les causes de l'exclusion bancaire au Cameroun. Pour ce faire, nous avons effectué une régression logistique sur la base d'un modèle inspiré des travaux d'Allen et Al. (2000).

Nous avons utilisé des données relatives au Cameroun, issues de la base GLOBAL FINDEX (2011) conçue par la Banque Mondiale pour mesurer l'exclusion bancaire à travers le monde. La disponibilité des informations et les conclusions de l'étude d'Allen ont régi le choix des variables explicatives.

A l'issue des estimations réalisées par la méthode du maximum de vraisemblance, nous avons trouvé conformément aux prédictions théoriques que, l'exclusion bancaire au Cameroun est une fonction décroissante de la proximité, la richesse, l'éducation et la confiance envers les institutions bancaires.

Autrement dit, la probabilité de détenir un compte bancaire ou une carte de paiement est une fonction croissante de la richesse, de l'éducation, de la confiance et de la proximité.

En outre, la confiance, la richesse et la proximité sont les variables les plus pertinentes pour expliquer l'exclusion liée à la détention d'un compte bancaire ; tandis que la richesse et la proximité sont plus pertinentes pour expliquer l'exclusion liée à la détention d'une carte de paiement.

78

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

CONCLUSION DE LA DEUXIEME PARTIE

L'objet de cette partie était d'identifier les causes de l'exclusion bancaire du côté de la demande de services bancaires.

Une incursion dans la littérature relative à l'exclusion bancaire a alors permis de mettre en cause certaines caractéristiques sociodémographiques et économiques de la population camerounaise.

Pour ce qui des caractéristiques sociodémographiques qui favorisent l'exclusion bancaire au Cameroun, elles comprennent l'âge, le genre, la religion, l'origine ethnique, le niveau d'instruction, le lieu de résidence, le secteur professionnel dans lequel exerce un individu, la préférence pour une gestion autonome et la confiance envers les institutions bancaires.

Il est montré dans la théorie économique qu'un fort niveau d'instruction, la proximité des infrastructures bancaires et la confiance dans les banques ont pour effet de réduire l'exclusion bancaire. Un effet inverse est associé à la religion, l'origine ethnique et au genre, dans la mesure où des disparités sont souvent observées à ces niveaux : la probabilité d'être exclu est plus forte pour les femmes, les musulmans et les minorités ethniques.

S'agissant de l'âge et du secteur professionnel, les individus dont l'âge est compris entre 25 ans et 64 ans, ont une plus forte probabilité d'être financièrement inclus que les personnes dont l'âge n'est pas compris dans cet intervalle ; de même, les individus employés dans le secteur public ou privé formel ont d'avantage tendance à être financièrement inclus.

A l'issue de cette étape, une analyse empirique a été menée afin de déterminer les facteurs les plus pertinents au plan statistique. Aussi, avons-nous effectué une régression logistique sur un modèle logit dans lequel l'exclusion bancaire était mesurée par la détention d'un compte bancaire et d'une carte de paiement. Les contraintes relatives à la disponibilité des données ont régi le choix des variables explicatives

79

Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

qu'étaient la richesse, la proximité des infrastructures bancaires, l'éducation et la confiance dans les institutions bancaires.

Les résultats obtenus permettent de conclure que l'exclusion bancaire est une fonction décroissante de la richesse, de l'éducation, de la proximité des infrastructures et de la confiance dans les institutions bancaires.

En outre, les rapports de chance calculés à la suite de l'estimation mettent en exergue, la confiance, la richesse et la proximité comme étant les variables les plus pertinentes pour expliquer l'exclusion liée à la détention d'un compte bancaire. De même, ils permettent d'identifier la richesse et la proximité comme les variables dont l'influence est la plus significative sur l'exclusion liée à la détention d'une carte de paiement.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

CONCLUSION GENERALE

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Ce travail pose le problème de l'accès approprié aux services bancaires auquel se heurte une grande partie de la population camerounaise, déjà confrontée à des inégalités socio-économiques. En renforçant ces dernières, l'exclusion bancaire compromet la contribution du système bancaire au financement du développement économique et humain. De plus, elle occasionne l'instabilité macroéconomique, néfaste pour la croissance économique (Breen et Garcia-Pénalosa, 1999).

La thèse de l'instabilité socio-politique met en garde contre les manifestations que pourrait entraîner un contexte de fortes inégalités (Perotti, 1996), la conséquence immédiate serait une réduction de l'incitation à investir et de faibles taux de croissance économique (Alesina et Perotti, 1996). Ces développements mettent en lumière l'urgence de repenser le système bancaire camerounais, dans l'optique de le rendre plus inclusif.

La contribution positive du développement bancaire et financier à la croissance est mise en exergue par dans la littérature économique (Beck, Demirguç-Kunt et levine, 2004). Ainsi, les banques permettent d'accroître les volumes d'épargne et d'investissement, et de sélectionner les investissements les plus productifs, améliorant alors la productivité marginale du capital (Ayoub, 2009/1). Les agents économiques exclus du système bancaire peuvent difficilement accéder à la santé ou à l'éducation et sont dans l'incapacité, non seulement de faire face à d'éventuels aléas, mais aussi de réaliser des projets d'investissement rentables. Les conséquences qui en découlent prennent la forme de l'altération des liens sociaux, de la stigmatisation, de la mise à l'écart et de la marginalisation économique des personnes qui en sont victimes, lesquelles peuvent difficilement mener une vie normale (Servet, 2000).

Le point d'ancrage de ce travail a été d'identifier les facteurs explicatifs de l'exclusion bancaire au Cameroun, étape essentielle et primordiale dans la construction d'un système bancaire inclusif. L'importance de cette démarche est démontrée à travers un ensemble de travaux visant le même objectif et recourant à une méthodologie similaire.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

Une incursion dans la littérature se rapportant à l'exclusion bancaire nous a permis d'identifier les causes de ce phénomène au Cameroun, aussi bien du côté de l'offre que de celui de la demande de services bancaires.

Ainsi, du côté de l'offre, les effets pervers de la réglementation et les politiques commerciales mises en oeuvre par les établissements de crédit, soumis à de fortes contraintes de rentabilité, sont à l'origine de l'exclusion bancaire. Gloukoviezoff (2010) voit en ce phénomène, une externalité négative de l'activité bancaire. Du côté de la demande, un ensemble de caractéristiques sociodémographiques et économiques de la population ont été pointées du doigt, la pauvreté apparaissant comme la plus importante (Banque Mondiale, 2010).

A l'issue de cette recension théorique, nous avons modélisé les effets desdites caractéristiques sur l'exclusion bancaire au Cameroun grâce à une régression logistique. Pour ce faire, un modèle logit simple, inspiré des travaux d'Allen et al. (2012), a été estimé pour identifier respectivement, les déterminants de la détention d'un compte bancaire et ceux de la détention d'une carte de paiement. A l'issue de l'estimation, nous sommes parvenus aux résultats suivants :

- du côté de l'offre de services bancaires, la probabilité de détenir un compte bancaire est une fonction décroissante de la richesse, de l'âge et des exigences documentaires ; tandis que la probabilité de détenir une carte de paiement est une fonction décroissante de l'âge et de la richesse. Les exigences documentaires n'influencent pas significativement cette deuxième forme d'exclusion ;

- du côté de la demande de services bancaires, les probabilités de détenir un compte bancaire et une carte de paiement sont des fonctions décroissantes de la richesse, de l'éducation, de la proximité des infrastructures bancaires et de la confiance dans les institutions bancaires.

Par ailleurs, à l'instar d'Allen et al. (2010) et de Beck et al. (2008), nous trouvons que les exigences bancaires sont le facteur qui affecte le plus la probabilité de détenir un compte bancaire ou une carte de paiement. En effet, les rapports de côté révèlent qu'un individu disposant de toutes les pièces requises pour bénéficier d'un produit ou

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

d'un service bancaire a 49,81% de chances en plus d'être inclus qu'un autre ne pouvant remplir ces exigences.

De même, du côté de la demande, les rapports de chance révèlent que la richesse, la proximité et la confiance dans les institutions bancaires sont des facteurs « clés » de l'exclusion bancaire au Cameroun. Ces résultats vont dans le même sens que ceux de Honohan et King (2012). La probabilité de détenir un compte ou une carte de paiement est 19,59 fois plus élevée pour un individu riche et 16,6 fois plus forte pour un individu résidant à proximité des infrastructures bancaires. En outre, la confiance envers les banques influence significativement la probabilité de détenir une carte de paiement. Cette probabilité est 10,04 fois plus élevée pour un individu ayant confiance dans les institutions bancaires.

Sur la base de ces résultats, les recommandations suivantes peuvent être formulées, en vue de réduire la proportion de personnes non, faiblement ou mal bancarisées au Cameroun.

Du côté de l'offre, conscients de ce que la responsabilité sociale des banques est de faire du profit, il serait difficile d'agir directement sur leurs critères de sélection de la clientèle. La marge de manoeuvre restante pour les autorités monétaires consisterait à renforcer le dispositif réglementaire existant. L'objectif étant d'encadrer la détermination des taux d'intérêt et de limiter à un niveau raisonnable les exigences documentaires. Des sanctions dissuasives devraient être prévues et appliquées en cas de non-respect des normes. Par ailleurs, l'adoption d'un tel cadre réglementaire aurait aussi pour effet d'améliorer la confiance des individus envers le système bancaire.

Du côté de la demande, étant donné que la possession d'un minimum de ressources financières est la condition sine qua non pour pouvoir recourir aux services bancaires, le Gouvernement camerounais devrait accélérer la mise en oeuvre de sa stratégie pour la croissance et l'emploi, dont les retombées devraient améliorer les conditions de vie des populations. Cette stratégie devrait notamment induire une création massive d'emplois décents, ce qui assurerait aux agents économiques un revenu régulier et facilitera leur accès aux services bancaires. Elle devrait également

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

entrainer un accroissement de la scolarisation et de l'alphabétisation. Parallèlement, dans la perspective de réduire les difficultés d'usage, les banques et le Gouvernement pourrait mettre sur pied des programmes visant à accroître la culture financière des populations.

Par ailleurs, pour pallier l'inégale répartition géographique des bancaires, les autorités monétaires devraient encourager les banques à développer la Mobile banking. La téléphonie mobile étant suffisamment répandue dans le pays, aussi bien en zone urbaine que dans les zones reculées, vulgariser cette pratique pourrait contribuer à l'extension de la bancarisation. Les banques pourraient également relever ce défi géographique en s'associant à des opérateurs économiques déjà installés dans les zones les moins couvertes. Elles pourraient installer dans les commerces desdits opérateurs, des guichets ou des DAB, de manière rapprocher les services bancaires de la population. Cette solution présente le double avantage de réduire les coûts de transaction pour les individus et, pour les banques, de réduire les coûts de fonctionnement qu'occasionnerait l'ouverture d'une agence.

Bien qu'une telle étude contribue à l'élaboration d'un cadre analytique mettant en perspective les mécanismes du processus d'exclusion bancaire au Cameroun, de nombreuses questions y abordées restent encore largement à approfondir. Si les résultats qui y sont présentés constituent une base solide pour l'action, il convient néanmoins de relever quelques limites. Bien que la méthodologie retenue soit reconnue comme standard, les données de l'analyse ne sont peut-être pas assez raffinées. Une autre faiblesse réside dans la petite taille de l'échantillon due à la rareté de données fiables sur l'accès et l'usage des services bancaires.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

ANNEXES

ANNEXE A : répartition géographique des banques camerounaises, CNC, 2014.

 

ADAMADAOUA/NORD/EX
TR. NORD

CENTRE/SUD/EST

LITTORAL

NORD-
OUEST/SUD-

OUEST

OUEST

BICEC

4

10

11

7

3

SCB

3

11

11

3

2

SGBC

4

7

11

2

3

STD. BK

0

1

1

0

0

AFBK

4

8

11

2

3

CBC

2

3

4

0

1

CITIBK

0

1

1

2

0

ECOBANK

4

7

13

3

1

UBC

0

3

5

4

1

NFC-BK

0

5

2

6

0

UBA

0

4

7

1

1

BAC

0

1

6

4

1

BGFI

0

1

3

0

0

TOTAL

21

62

86

32

16

Source .
· conseil National du Crédit du Cameroun, 2014.

ANNEXE B : concentration bancaire liée aux crédits et aux dépôts

Dépôts et crédits
(en pourcentage)

SGBC

BICEC

ECOBANK

SCB

AFB

crédits octroyés

18,2

17,1

11,3

11,3

16,7

dépôts collectés

16,9

17,2

10,4

11,3

17,8

Total

35,1

34,3

21,7

22,6

34,5

Source .
· Conseil National du Crédit du Cameroun, 2014.

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Les facteurs de l'exclusion bancaire au Cameroun

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