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Culture et football au Cameroun. le cas du canon sportif de Yaoundé dans la région du centre; une contribution à  l'anthropologie du football

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par Mouafo Nopi ARNOUX
Université de Yaoundé I - Master en Anthropologie 2014
  

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CHAPITRE II :

DEBAT EN ANTHROPOLOGIE SUR LE FOOTBALL

Le précédent chapitre a consisté à faire la monographie des populations de Yaoundé 4e dans leur milieu physique. Le chapitre présent fait état du débat sur le football d'élite au Cameroun. Il comporte la revue de la littérature, le cadre théorique de la présente recherche et la définition des concepts chers à la compréhension de ce mémoire.

II.1 LA REVUE DE LA LITTERATURE

Il s'agit dans cette partie de regrouper en thématique les ouvrages que nous avons consulté, portant sur le football tel qu'il est pratiqué dans le contexte camerounais afin de comprendre la pertinence de notre sujet. Notons à cet effet que plusieurs auteurs y ont contribué notamment les anciennes gloires du football, les hommes de média, les politologues, les anthropologues et les pouvoirs publics etc. Il est donc question de faire un résumé des connaissances sur le football, la culture, l'ethnicité pour enfin mieux appréhender la problématique de la gestion du football dans les clubs de division d'élite au Cameroun.

II.1.1 Le football, une activité historique

En Europe vers 1848, les représentants de plusieurs établissements scolaires anglais se réunissent et rédigent la première tentative d'unification des règles de ce jeu : les Cambridge rules3(*) et le 26 Octobre 1863, la Fédération d'Angleterre de Football est née avec onze clubs. Depuis lors, la pratique du football à travers le monde a connu une progression continue. Le professionnalisme est autorisé en 1885 et le premier championnat se dispute en 1888-1889. La Fédération anglaise tient un rôle prépondérant dans cette évolution, imposant notamment un règlement unique. Une fédération internationale, la FIFA, est fondée en 1904 ; elle organise en 1930 la première édition de la Coupe du monde, devenue au XXIe siècle un événement planétaire.

Au Cameroun, Théodore ATEBA YENE (1994) dans son ouvrage intitulé Les dessous scandaleux du football au Cameroun de 1934 à 1989, écrit que l'idée du football émerge au Cameroun et particulièrement à Douala en 1923, avec l'arrivée de Georges GOETHE et de sa famille ainsi que son cousin ROMAIN tous originaires de Sierra Léone. Munis de deux ballons dans leurs bagages, ROMAIN et Georges GOETHE avaient déjà appris à taper sur le ballon comme tous les petits écoliers de Sierra Léone. Pour cela, ils s'entrainaient sur un terrain vague et nu à Douala, et, par curiosité, la population venait les voir jouer et surtout les admirer mais à force de les regarder, quelques uns voulaient immédiatement en faire autant, qu'ils le firent pieds nus et criaient sésé, sésé ! ce qui veut dire en langue Douala «  ça fait mal  ». Ainsi, ces deux étrangers commencèrent à apprendre aux jeunes l'art de taper sur le ballon sans se faire mal (Soter TSANGA). Malgré l'absence du ballon dans le commerce et la rareté des bicyclettes, les joueurs pompaient celui-ci avec la bouche, tapaient parfois sur des oranges et des vessies de boeufs gonflées. Ces choses pas très morales mais pratiques, réjouissaient les petits garçons passionnés du ballon, ce qui amena Georges GOETHE à créer la première formation de football qui prit l'appellation de Club Athlétique du Cameroun (C.A.C), club dont la première équipe fut autochtone et formée à Douala sous le nom de « Lune ». Soudain, un foisonnement de formations voient le jour avec la naissance du « Lion Sportif », club Manguissa ; du « Requin » ; de « Lumière Sportive » pour ce qui est de Douala dont les matchs se jouaient face à la Cathédrale, devenu l'actuel célèbre stade Akwa.

Dans la région du Centre, Yaoundé emboîta immédiatement le pas avec trois formations à savoir l'Ecole Supérieure, l'Etoile Européenne et l'Etoile Indigène, une équipe composée d'indigènes ainsi que d'autres régions. Le tout premier tournoi fut organisé grâce à l'arrivée 11 Novembre 1930 à Douala d'un sous-officier français où l'Etoile Européenne et l'Ecole Supérieure furent conviées à participer. A cette occasion, il fallait à tous prix former une équipe composée d'autochtones afin de croiser le fer avec l'Etoile Indigène. Pour cela, Herman YENE, président de l'Association Fraternelle Béti (Ekuan Afan), grâce à sa capacité de rassembler les hommes forma un équipe dont il à fallu donner le nom. Ainsi, après une discussion houleuse, Mvogo MELINGUI, patriarche du village, demanda la parole et dit « Quel est le nom du fameux fusil qui mit l'armée allemande en déroute à Yaoundé en 1916, dont le cliquetis était « kpa», suivi de la détonation « kum » ? L'assistance répondit « Canon ! Canon ! Canon !». C'est ainsi que le nom du Canon Sportif était retenu et Herman YENE comme président.

Malgré le problème d'équipement des joueurs tous Béti et de la lenteur dans l'expédition, le Canon livra son premier match et domina 1 but à 0 l'Etoile Indigène. Tout comme le caïman club de Douala avec son cri d'alarme donné par le capitaine, « caïman » les co-équipiers répondaient « à six heures » et à lui d'ajouter « ndindé ! » aux autres de répondre « Dekarago », nom de leur sorcier ; le Canon Sportif pour sa part lançait par le biais de son capitaine « Canon », les joueurs répondaient « Bombarde !» et de nouveau « Arme ! », répondaient une fois de plus « Défense !». Le capitaine Omgba ZING du Canon fut accusé pour détournement des fonds du club et par conséquent, ce dernier réussit à déstabiliser le Canon et à former un nouveau club : le Tonnerre de Yaoundé qui justifie la venue des scandales divers dans le football ayant trait au social, au politique, au culturel, au phénomène de corruption et aux pratiques magico-religieuses (Théodore ATEBA YENE). C'est à ce niveau que les camerounais avaient compris l'impact sociologique et anthropologique du football qui est plus ou moins un facteur de rapprochement des peuples.

Charles NGUINI (1996) va dans le même sillage en parlant du « footoir Camerounais » pour faire allusion au système de gestion à l'envers et non à l'endroit du football, évoluant dans un amalgame et qui n'archive rien, concernant l'histoire de cette discipline sportive au Cameroun. A cela, il ajoute les litiges circonstanciels, d'affinités et d'humeurs qui sont au coeur de ce  « footoir ».

* 3 La première tentative d'unification des différents codes en Angleterre qui donna lieu au premier championnat professionnel où aucun club du Sud du pays n'y participa.

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