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La poésie d'auto-glorification en milieu Wolof du Baol:l'exemple du Kanu


par Abdoulaye DIOME
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Maîtrise 2019
  

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Chapitre II : Organisation sociale et quelques productions littéraires

L'organisation de la société wolof se distingue par la superposition de deux systèmes qui ont des fondements et des caractéristiques différents mais ils ont la particularité de créer des groupes marqués par l'hérédité, la hiérarchie et l'endogamie : les castes et les ordres.

II.1 Le système des castes

En ce qui concerne l'origine des castes, Cheikh Anta dit à ce propos :

Le système est né d'une division du travail, mais sous un régime politique avancé, monarchique, car on ne trouve jamais de caste sans noblesse. Cependant, il est fort probable que la spécialisation dans le travail qui aboutit à l'hérédité du métier dans le système à l'échelle familiale et individuelle s'est élaboré depuis l'organisation clanique. 18

Toutefois, il est difficile de définir la notion de caste ou de la comparer aux autres formes de stratifications. Au Sénégal, la société connait une bipartition, donnant d'un côté les géer et de l'autre les ñeeño. Les premiers sont la caste dite supérieure, qui s'adonnent principalement à l'agriculture et accessoirement à la pêche et à l'élevage, par opposition aux seconds, groupe inférieur qui a le monopole de la parole et de l'art.

Les géer constituent la caste supérieure. Il s'agit des non-artisans de la société wolof. Leur spécialisation professionnelle étant mal vue, l'artisanat leur est interdit. Ils peuvent exercer toute autre activité : agriculture, élevage, pêche etc. Mais ils étaient généralement paysans ; les deux dernières activités étant secondaires et marginales remarque Abdoulaye Bara Diop.19 Les ñeeño constituent le groupe inferieur dans la stratification sociale du travail en pays wolof. Ils sont divisés en castes et sous-castes. Cette division repose essentiellement sur la différence des activités professionnelles et plus généralement des fonctions. On distingue les jëf-lekk, les sab-lekk, et les ñoole.

Les jëf-lekk sont les artisans (l'expression signifie ceux qui vivent d'un métier). Ils constituent une caste qui se divise elle-même en sous castes, toujours d'après la profession : tëgg (forgerons), uude (cordonniers), seeñ (boisseliers), ràbb (tisserand).

Les sab-lekk sont les griots géwël (littéralement ceux qui vivent de leurs chants). Ce sont les « artisans de la parole » selon l'expression de D. Zahan20. Les ñoole constituent une caste à part, marginale par rapport à tous les autres ñeeño. Ils ne sont ni artisans ni chanteurs

18 DIOP, Ch, A op.cit, p.11.

19 DIOP, Abdoulaye, Bara, la société wolof tradition et changement : les systèmes d'inégalité et de changement,

Paris, Karthala, 1981, p.61.

19 D.ZAHAN, La Dialectique du verbe chez les Bambara, Paris, Mouton, La Haye, 1963, p.132.

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musiciens, mais on les rapproche des sab-lekk à cause de leur liberté et de leur excès de parole (waxkat). Après l'étude des castes, celle des ordres s'avère nécessaire pour comprendre les stratifications traditionnelles secondaires de la société wolof

II.2 Le système des ordres

Ce sont les catégories de la société politique wolof d'après Abdoulaye Bara Diop, les ordres sont des catégories sociales constituant l' « armature » de la société monarchique. Elles sont hiérarchiques et héréditaires. Elles entretiennent des rapports de domination (politique) et d'exploitation (économique). Les ordres dans la société wolof se structurent suivant deux facteurs distincts.

L'un correspond à la dimension liberté-servilité. Il crée une division binaire de la société gor (jambur), jaam (homme libre / esclave). Dans la société wolof traditionnelle la condition libre ou servile établit la différenciation des personnes en leur conférant un statut héréditaire supérieur ou inférieur. L'autre facteur de structuration de la société est politique, l'existence de la monarchie crée des ordres nouveaux par division binaire des catégories précédentes en référence au pouvoir politique. Chez les gor ou jàmbur apparaît l'opposition buur / baadoolo. Les buur sont les chefs qui détiennent le pouvoir ou peuvent y accéder ; les baadoolo, les sujets qui subissent le pouvoir et ne peuvent y prétendre. En termes d'ordre et non plus de simple statut politique. Les garmi, la noblesse au sein de laquelle se recrutent les buur, les souverains, de l'autre les baadoolo qu'on nomme « gens du peuple ». Les esclaves à leur tour connaissent la distinction essentielle : jaami-buur / jaami-baadoolo (esclave de la couronne /esclave des gens du peuples) selon le statut politique de leur maître. La société wolof monarchique est composée de cinq ordres principaux : garmi, jàmbur, baadoolo, jaami buur ; jaami baadoolo.

Les garmi :

Ils occupent le sommet de la pyramide sociale. Ce sont les familles royales à l'intérieur desquelles on recrutait le roi.

Les Djàmbur :

Les Djàmbur ont une situation de vie plus ou moins aisée. Ils occupaient une haute fonction à travers les familles de laman (ancien chefs de communauté et propriétaire des terres).

Les baadoolo :

Le terme désignant cette catégorie sociale serait d'origine pular et signifierait « sans force », « sans pouvoir ». Il s'agit en gros de la « masse du peuple », groupe ne bénéficiant d'aucune autorité, d'aucun pouvoir. Ils subissent le pouvoir et lui doivent redevances et prestation de travail. Ils ne peuvent effectuer le métier des armes contrairement aux garmi et

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aux jàmbur. Ils sont les principales victimes des razzias et pillage et constituent le réservoir d'esclaves de la classe dirigeante.

Les jaam :

Ils sont des captifs de guerre et vivent généralement dans la cour royale et leurs maitres ont sur eux le droit de vie et de mort.

III.3 La production littéraire

La littéréture orale wolof est d'une grande richesse tant par l'abondance des oeuvres produites que par la variété des genres et des thèmes abordés. Cela est du au fait que toutes les activités sociales des wolofs sont soutenues et agrémentées par des paroles ou des chants bien composés parmi lesquels on peut citer :

L'épopée

L'épopée est un long poème dans lequel on chante les exploits d'un héros et ceux de sa communauté. La production des textes épiques est généralement assurée par les griots attitrés, attachés à une famille royale à laquelle ils chantent les actions glorieuses. Comme le montre l'épopée du Kajoor21

Le conte

C'est un récit imaginaire qui relate la vision du monde d'une communauté .Il est généralement raconter le soir par un griot ou un conteur professionnel .Sa fonction consiste à divertir et à éduquer. Comme le justifie le conte Samba Seytané et Amari Julit22

Le mythe

Le mythe est un récit imaginaire qui tente d'expliquer la création de l'univers ou certaines réalités environnementales. Le mythe de NDIADIANE NDIAYE 23 en est une parfaite illustration

Le laabaan :

Le laabaan est un chant qu'on entonne pour la jeune fille qui a gardé sa virginité jusqu'à son mariage. Au lendemain de la défloration, la bajen qui est la soeur du père, fait appel aux voisines et griottes pour leur montrer que sa nièce était restée chaste jusqu'à son mariage. Ainsi, la gewëlu juud c'est-à-dire « la griotte de la case » entonne des « saxole » (cris qui expriment le bonheur et célèbrent la gloire) pour propager la nouvelle. Elle étale un pagne blanc maculé de sang pour célébrer la défloration de la jeune fille. À cette occasion, les filles de la classe d'âge sont interpelées et invitées à suivre les traces de leur amie. On les exhorte à

21 DIENG, Bassirou, l'épopée du kajoor, Paris, Dakar, ACCT-CAEG, 1993, p.500.

22 KESTELOOT et DIENG, B. Idem.p105.

23 KESTELOOT et DIENG, B Contes et mythe du Sénégal, ENDA.IFA, 2001.p.221.

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nouveau de bien nouer leur pagne pour pouvoir honorer leur mère, leur famille et elle-même plus tard.

Le taajaboon

Le taajaboon est un rite organisé pendant la nuit, il symbolise la fin de l'année musulmane .Après le diner somptueux préparé pour cette occasion, les gens font du porte-à-porte pour quémander de l'argent, des habits. Cette quête est accompagnée de chants et de danses humoristiques.

Le kaság

Le kaság renvoie aux chants qu'on déclame pour des circoncis au cours de leurs initiations. Ces types de chants renforcent la virilité, la fraternité le courage, le partage chez les initiés. Cette initiation est une étape très importante pour les garçons africains. Elle permet de montrer la bravoure, de s'éloigner de sa mère et de sa famille pendant quelques temps et en fin de devenir un véritable homme qui sera digne, responsable, et indépendant.

Le baawnaan

C'est un chant à dimension propitiatoire prononcé par des femmes pour demander la pluie dans un contexte où elle se fait rare à venir .Alors elles se regroupent généralement en dehors du village avec des accoutrements étrange. Puis, commencent à composer des chansons au cours desquelles elles prient pour faire tomber la pluie.

Le xaxar

C'est un chant déclamé par des coépouses à l'occasion de la venue de la nouvelle épousée dans son domicile conjugal. Ces dernières produisent des chants très satiriques, accompagnés d'insultes et de terrible diffamation sur la nouvelle venue. À travers le xaxar, les coépouses avec à leur tête la première épouse cherchent à diminuer systématiquement les allures de la nouvelles épousée en proférant des propos amers. De ce fait, le xaxar leur permet de dégager toute leur catharsis et de se libérer d'éventuelles jalousies qui pourraient causer une atmosphère tendue entre elles.

Le céet :

C'est un chant de femmes qui accompagnent la mariée dans son domicile conjugal. À travers ces chants, les accompagnatrices cherchent à exhorter la jeune mariée à faire preuve de courage, de patience pour pouvoir supporter les éventuelles épreuves.

Le njam :

C'est un chant produit lors des opérations de tatouage des lèvres pour inciter la femme à surmonter la douceur. En effet, le tatouage des lèvres est une terrible épreuve. Par conséquent,

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au cours de cette pratique, les griottes improvisent des chants pour honorer la femme qui a su rester digne, pour magnifier son courage, et à l'occasion pour chanter la gloire de toute sa lignée familiale.

Le Jat :

Ce sont des formules hermétiques à peine défrichable, proférées pour dompter un être dangereux, pour se protéger ou conjurer le mauvais sort. Généralement, on rencontre le fat dans les séances simb ou de faux-lions.

Le ndëpp :

Ce type de chant appartient à la communauté lébou. Il est déclamé par les connaisseurs dans ce domaine pour exorciser les esprits ou les démons qui ont hanté une personne.

Le taaxuraan :

Ces types de chants, produits sur la place publique sont généralement animés par les vieux chantres errant. Ces derniers vont de village en village pour divertir les gens avec leurs instruments de musique et leur qualité exceptionnelle de chanteurs.

Le wolofal :

C'est un chant religieux dans lequel le disciple évoque la dimension spirituelle de son guide et magnifie les miracles qu'il a accomplis. Le disciple cherche à retracer aussi l'itinéraire de son guide.

Le bàkku :

C'est un chant d'autoglorification improvisé par un lutteur. À travers le bakku le lutteur se galvanise, chante ses propres louanges, déroule sa devise et évoque sa généalogie avant de citer nommément les adversaires qu'il a eu à battre. L'objectif est d'intimider son adversaire tout en diminuant ses allures audacieuses.

Le kañu :

Le kañu est une poésie d'activité culturale en milieu wolof pour se forger un mental fort. Le performateur exalte son courage, le sens de l'honneur et les vertus paysannes.

La production littéraire dans le Bawol est riche et variée. De ce fait on note des contes, des épopées, des mythes et des chants. Cette production littéraire surtout les chants de culture méritent d'être étudier pour mieux comprendre et conserver ce patrimoine.

DEUXIÈME PARTIE :

PRÉSENTATION DU CORPUS

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Pour transcrire notre corpus en wolof et faciliter sa lecture, nous nous sommes appuyés sur le décret no71-566 du 21 mai 1991.

1. Les lettres suivantes ont la même valeur phonétique que dans l'alphabet français.

a) Consonnes p - paaka : couteau b - bakkan : nez

m - mar : avoir soif

f - for : ramasser t - taw : pluie d - daw : courir

n - nelaw : dormir

s - est toujours prononcé sourd comme si suuf : sol

r - est toujours roulé rafet : être joli

l - lam : bracelet

y - yar : éduquer

k - kër : maison

g - toujours prononcé occlusif garab : arbre

b) voyelles

i - cin- marmite é - séer : pagne

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2) les lettres suivantes ont dans l'alphabet officiel du sénégal, la valeur phonétique suivante :

a) consonnes

c - approximativement ce qu'on entend en français dans tiens. caabi : clé

j - approximativement ce qu'on entend en français dans dieu.jabar : épouse

ñ- existe en français dans agneau ; ñaw : coudre

x - approximativement ce qu'on entend en français standard. xalam : guitare

q - n'existe pas en français ; le son le plus approchant est celui de k.ñaq : sueur

w -existe en français dans oui. Woo : appeler

Devant i et e,il est prononcé comme dans le français fuite fas wi : le cheval

I- ce qu'on entend en français dans les mots empruntés à l'anglais comme parking ; ?aam : mâchoire

b) voyelles

a - ce son est plus fermé qu'un a en français mais plus ouvert que ë ; caabi : clé

à c'est le son du français ; làkk : parler une langue étrangère

e c'est le son é ou è du français (père, tête)

é sér : pagne

ë c'est le son e du français comme demain ; bët : oeil

i itte : besoin

ô jóg : se lever

u c'est le son ou du français trou ; bukki : hyène

NB : chaque voyelle sauf (ë) peut être doublée

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