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Activités agricoles et dégradation des ressources naturelles dans la commune de Ségbana (Bénin) : Impacts sur la santé des populations

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par Aboubakar KISSIRA
EDP- FLASH- Université d'Abomey-Calavi (Bénin) - DEA Gestion de l'Environnement 2005
  

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CHAPITRE I : PROBLEMATIQUE, OBJECTIFS ET HYPOTHESES

I - PROBLEMATIQUE

Au Bénin, la satisfaction des besoins vitaux passe d'abord par l'agriculture, le pays étant essentiellement agricole.

Dans la commune de Ségbana, la disponibilité des terres agricoles ne constitue pas une contrainte majeure. La terre n'est pas un facteur limitant pour l'agriculture puisque de vastes superficies restent encore inexploitées. Selon le CARDER Ségbana, sur 2090 km² de terres cultivables seuls 489,12 km² ou 48.912ha, soit 23,40 % sont exploitées. Ce qui suppose un potentiel agricole susceptible de subvenir aux besoins vitaux des populations. L'exploitation de ce potentiel se fait sans égard à la durabilité des ressources naturelles. Les pratiques actuelles caractérisées par l'agriculture extensive, l'agriculture itinérante sur brûlis, l'utilisation des intrants agricoles (engrais et insecticide) pour le coton, la principale culture de rente, continuent de soumettre l'environnement à une pression anthropique importante. Les agriculteurs s'adonnent à ces pratiques sans se soucier de l'impact qu'elles ont sur leur santé voire sur leur bien-être, et des problèmes auxquels ils seront exposés si les ressources naturelles manquaient.

Selon BOKO (octobre 2003) les causes de la dégradation de l'environnement sont aussi les causes de dégradation de la santé humaine.

En effet, les producteurs de coton, pendant l'épandage des intrants agricoles qui polluent l'environnement, absorbent en même temps les pesticides.

Des cas d'intoxication, de suicide ou d'homicide ont été évoqués souvent à la radio BIO GUERRA de Ségbana par les agents du Centre d'Action Régional pour le Développement Rural (CARDER) actuel CeRPA. En général, les traitements des champs de coton se font sans protection. Les producteurs de coton n'utilisent pas l'accoutrement adéquat de protection et ne respectent pas la position à adopter lors de la pulvérisation des insecticides.

L'épandage d'engrais se fait à la main libre, sans gants. Des enfants qui constituent une couche vulnérable, sont associés aux manipulations de ces intrants. Les insecticides destinés au coton sont utilisés dans les champs des cultures vivrières et même pour conserver les produits vivriers. En raison de la mauvaise utilisation de ces intrants agricoles, les populations sont exposées aux dangers des pesticides de coton.

A cette situation sanitaire précaire des producteurs s'ajoutent des problèmes liés à la consommation d'eau de mares de qualité douteuse lors des travaux champêtres. Une fois, la réserve d'eau potable transportée de la maison épuisée, il ne reste aux paysans qu'à se diriger vers un point d'eau d'un mètre de profondeur environ ou vers un cours d'eau pour s'en approvisionner à nouveau.

A la pause, lors du repas, les agriculteurs ne se lavent souvent pas les mains au savon avant de manger. A priori, ces comportements peuvent être banalisés. Mais au vu des conséquences qu'ils pourraient engendrer, il s'avère nécessaire d'en faire une préoccupation, tout comme l'est la sauvegarde de l'environnement.

L'inquiétude sur l'état de santé et le bien-être des populations agricoles de la commune de Ségbana ne cesse de croître. Il y a lieu de s'interroger sur ce que sera la situation sanitaire de ces populations à court, à moyen et à long termes. Outre les comportements, quels sont les autres éléments qui constituent des menaces pour l'état de santé et le bien-être des producteurs agricoles ?

La baisse des revenus des agriculteurs n'engendre-t-elle pas des problèmes de santé ?

Quel est le lien qui existe entre la pauvreté et la santé des populations ?

C'est pour réfléchir sur cet ensemble de situations que ce thème a été choisi.

II - OBJECTIFS

A - OBJECTIF GENERAL

L'objectif général de ce travail est d'étudier l'ampleur des activités agricoles, la façon dont les ressources naturelles sont dégradées et l' impact de ces activités sur la santé des populations.

B - OBJECTIFS SPECIFIQUES

Le travail vise à:

1. analyser les liens qui existent entre les activités agricoles et la dégradation des ressources naturelles;

2. apprécier le niveau de connaissance des producteurs en matière d'utilisation des insecticides coton, en matière d'hygiène alimentaire et corporelle ;

3. apprécier le rôle des acteurs agricoles ;

4. analyser les possibilités de création des activités génératrices de revenus.

Pour atteindre ces objectifs, nous avons émis un certain nombre d'hypothèses.

III - HYPOTHESES

1. l'extension anarchique des superficies agricoles accélère la dégradation des ressources naturelles;

2. la recherche du bien-être matériel conduit à la dégradation des ressources naturelles et à l'appauvrissement des populations;

3. les pratiques d'utilisation des pesticides par les producteurs ne respectent pas les normes recommandées;

4. le non-respect des règles d'hygiène alimentaire et corporelle compromet la santé des producteurs;

5. la restructuration du secteur agricole intervenue en 1992-1993 n'a pas été favorable aux paysans.

CHAPITRE II : DEMARCHE METHODOLOGIQUE

Ce travail de recherche s'intéresse aux différents acteurs de l'agriculture en matière de gestion des ressources naturelles et de l'impact des activités agricoles sur la santé des populations. Il ne s'appesantit pas sur les différentes maladies qu'engendrent les pratiques agricoles, mais sur les comportements qui conduisent à la fragilité de l'état de santé des populations.

La méthodologie de recherche conçue dans ce sens comporte trois (03)

Phases:

1. la revue de la littérature;

2. la collecte des données sur la production agricole et l'impact des activités agricoles sur la santé des populations;

3. le traitement des données.

I - REVUE DE LA LITTERATURE

La recherche documentaire à travers la revue de la littérature a permis d'apprécier la réflexion de certains auteurs sur l'agriculture. La plupart des auteurs sont unanimes à reconnaître le lien entre les activités agricoles et la dégradation de l'environnement d'une part, et entre les hommes et l'environnement dans lequel ils évoluent d'autre part. Ils font transparaître leurs préoccupations dans la recherche d'un équilibre avantageux pour la santé et le bien-être des populations et non pas uniquement pour la protection de l'environnement.

BIAOU (2000) a montré que les pratiques actuelles caractérisées par l'agriculture itinérante sur brûlis, l'utilisation des pesticides sur le coton et le niébé, continuent de soumettre l'environnement à une pression importante, entraînant une destruction des écosystèmes. L'auteur, citant TON, P. et VODOUHE, S. (1995) a expliqué que les agriculteurs béninois utilisent exclusivement les engrais chimiques, que 90% des pesticides importés sont utilisés sur le coton, avant de conclure, au vu de la production cotonnière qui croît à un rythme très rapide (20 % contre 3 à 7 % pour les productions vivrières), que la culture du coton constitue une menace pour le sol, la santé humaine et la biodiversité.

En matière des risques de la culture du coton pour la santé humaine, DARAN (2004) s'inspire des travaux d'AHLBORG et al (1991) pour qui il existe trois (03) sortes d'exposition : l'exposition professionnelle aux pesticides au niveau des travailleurs agricoles, l'exposition volontaire qui conduit au suicide par ingurgitation du produit et l'exposition accidentelle qui consiste à la consommation d'un aliment contaminé (un aliment issu d'un produit agricole traité par exemple par un pesticide). Ces expositions aux pesticides ont des effets négatifs sur la santé humaine en général. Le même auteur cite LAFIA (1996) qui stipule qu'un traitement phytosanitaire conduit à la contamination du milieu environnant par les nuages à travers l'air ambiant, la végétation, les cours d'eau et les nappes souterraines.

Pour DARAN (2004), cette pollution compromet l'état de santé des individus qui manipulent les pesticides et même ceux qui ne les manipulent pas.

Par rapport à l'état de santé des agriculteurs, ADANHOUME (2000) estime que la période pendant laquelle leurs maladies sont plus virulentes coïncide avec les travaux champêtres (fumage des champs de cotonniers, période de sarclage des champs). Selon le même auteur, c'est dans cette période des activités agricoles que les agriculteurs souffrent le plus des maladies cutanées, pulmonaires, des diarrhées et du vomissement.

A propos de la contamination des sols et indirectement des eaux par les engrais chimiques, il suggère de recourir aux engrais organiques ou aux engrais verts pour éliminer ou réduire l'effet néfaste de ces engrais chimiques.

Pour le FIDA (2001), il est plus indiqué aux agriculteurs pauvres en ressources, en particulier, d'adopter des pratiques telles que la lutte biologique contre les ravageurs, les méthodes de gestion de la fertilité du sol à l'aide de ressources disponibles à la ferme et les techniques agricoles nécessitant peu d'intrants provenant de l'extérieur.

BRISSET (1994) a perçu qu'entre pauvreté, précarité de la santé et environnement le lien est de plus en plus étroit. La pauvreté ne donne pas la possibilité à ceux qui en souffrent de cesser de détériorer leur environnement. Au contraire, le respect de l'environnement est le dernier de leurs soucis.

ADAMBIOKOU (2001) rapporte les propos de GENY et al (1992) qui soulignent l'insuffisance de la prise de conscience pour une meilleure gestion des ressources de l'environnement. Le même auteur cite WIN et HELMUT (1997) qui indiquent qu'une approche décentralisée constitue un meilleur moyen pour réunir les conditions d'une gestion durable des ressources naturelles.

Abondant dans le même sens, dans un bulletin d'information, ZAHARIA et APOLLIN (1997) affirment que la gestion des ressources naturelles doit résulter avant tout d'une concertation entre les différents acteurs et usagers d'un même territoire.

Les auteurs du PAE (2001) suggèrent que les populations soient accompagnées vers une prise de conscience individuelle et collective des impacts négatifs de l'activité humaine sur l'environnement.

Pour y parvenir ces auteurs accordent un intérêt particulier au changement des comportements, notamment par une élévation du niveau de vie de tous les béninois, et souhaitant une amélioration du cadre de vie.

Ces informations ont pu être obtenues grâce aux consultations de documents dans les bibliothèques et institutions comme l'indique le tableau I suivant.

Les différents auteurs ont abordé l'impact des activités agricoles sur les ressources naturelles et sur la santé des populations, les conséquences de la pauvreté sur la gestion des ressources naturelles et la nécessité d'un changement de comportement vis-à-vis de l'environnement.

Mais les facteurs qui participent à la précarité de la santé et du bien-être des agriculteurs voire des populations n'ont pas été abordés à fond. La dégradation des ressources naturelles et de l'état de santé de la population par la culture du coton est une réalité. Il reste à montrer que cette culture de rente contribue de plus en plus à l'appauvrissement des agriculteurs et que la pauvreté a des impacts négatifs sur la santé des populations.

La pauvreté constitue entre autres un handicap sérieux à la satisfaction des besoins liés à la survie et à la santé. Elle conduit aussi les agriculteurs à s'endetter sans cesse et à utiliser de façon excessive la force physique au cours des activités agricoles, aux fins d'exploiter d'importantes superficies agricoles. Leur but principal est d'obtenir à termes de revenus. Tous ces facteurs seront pris en compte dans cette étude.

Tableau I: Collecte des données dans les différents Centres de documentation.

Bibliothèques ou centres de documentation

Ouvrages consultés

Données exploitées

Bibliothèque de l'UAC

Documents généraux (livres, thèses)

Informations générales sur l'environnement et les ressources naturelles

Centre de documentation de la FLASH-UAC

Thèses, mémoires

Informations sur les activités agricoles et les ressources naturelles

Institut National de la Statistique et de l'Analyse Economique (Cotonou)

Données démographiques sur le secteur d'étude

Statistiques démographiques

Direction des Forêts et des Ressources Naturelles

Rapport projet, Etudes spécifiques sur les ressources naturelles

Informations sur l'évolution de la dégradation des ressources naturelles

Centre de documentation du Ministère de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche

Rapport annuel d'activités, Données sur la production agricole du secteur d'études

Statistiques agricoles, informations sur la production agricole.

Centre de documentation du Ministère de l'Environnement, de l'Habitat et de l'Urbanisme

Rapports lois sur l'environnement

Informations générales sur l'environnement et études en cours au Bénin.

Agence Béninoise pour l'Environnement

Documents techniques et articles

Informations sur la planification

Centre Culturel Français

Livres et revues

Informations générales sur la dégradation de l'environnement

CARDER Ségbana et Direction Générale du CARDER Borgou

Rapports sur les activités agricoles du secteur d'étude

Informations sur la pluviométrie, l'agriculture et la gestion des ressources naturelles

Les ouvrages consultés ont permis de circonscrire le thème et de disposer de base théorique pour l'analyse et la discussion des résultats.

II- TECHNIQUES ET OUTILS DE COLLECTE DES DONNEES

La phase pratique de ce travail de recherche s'est déroulée sur le terrain. Les techniques utilisées se résument en trois (03) opérations :

- l'observation ;

- l'entretien ;

- le questionnaire.

· L'observation directe a permis de constater le mode de manipulation des intrants agricoles (pesticides, engrais) par les populations, de voir le mode de préparation ou d'exploitation des champs et leurs impacts sur l'environnement et la santé des agriculteurs voire des populations. Ce sont des données qualitatives qui ont été collectées. Pour illustrer les constats et observations, des photos de quelques champs de coton, d'agriculteurs en activité, des emballages vides de pesticides ensachés ont été prises.

· L'entretien fait à partir d'un guide d'entretien individuel a permis d'échanger avec des personnes ressources que sont les agents du CARDER, du Centre de santé et des responsables des Groupements villageois. L'entretien a porté sur les différents comportements liés à la dégradation des ressources naturelles, à la détérioration de l'état de santé et du bien-être des agriculteurs voire des populations. L'entretien a été quelques fois enregistré sur accord des interlocuteurs. Cette opération a servi aussi à la collecte des données qualitatives.

· Le questionnaire a permis de collecter des données quantitatives et qualitatives afin de mesurer les variables importantes en rapport avec les activités agricoles, l'impact de ces activités sur les ressources naturelles, les modes d'entretien des cultures et leur impact sur l'état sanitaire des habitants.

Le travail a été fait en rapport avec le cycle agricole :

- période de préparation des sols pour les cultures : du 05 avril au 02 mai 2004, soit 30 jours ;

- période de traitement phytosanitaire des champs de coton : du 02 au 30 septembre 2004, soit 29 jours ;

- période de récolte : du 14 au 30 octobre 2004, soit 17 jours.

Les enquêtes de terrain ont duré globalement deux (02) mois, deux (02) semaines, soit 75 jours. L'étude menée est à la fois qualitative et quantitative comme l'indique le tableau II suivant.

Tableau II : Techniques et outils de collecte des informations sur le terrain

TECHNIQUES

OUTILS

TYPES DE DONNEES

Observation

Grille d'observation

Qualitative

Entretien

Guide d'entretien

Qualitative

Questionnaire

Questionnaire

Quantitative/ Qualitative

Source : Résultats d'enquête (année 2004)

La grille d'observation, les guides d'entretien et le questionnaire sont en annexes 5,6 et7

ECHANTILLONNAGE

Sur les vingt huit (28) localités que compte la commune de Ségbana, quatre (04) ont été retenues pour les enquêtes de terrain.

Il s'agit de Ségbana, Morou, Libantè et Koutè. Le choix de ces localités est d'abord raisonné, tenant compte des critères suivants :

- le mode d'exploitation agricole ;

- l'importance des cultures du coton et de l'igname.

Ensuite, le choix est aléatoire, car les quatre (04) localités enquêtées ont été choisies à partir d'un tirage au sort parmi dix (10) qui remplissent ces critères.

Les enquêtes de terrain ont touché un échantillon de cent quatre vingt seize (196) actifs agricoles âgés de quinze (15) ans et plus répartis sur les quatre (04) villages. Quarante-neuf (49) actifs agricoles dont trente-neuf (39) hommes et dix (10) femmes par village sont concernés par ce travail.

En tenant compte de la spécificité de la zone d'étude, les hommes jouent un rôle très important dans les activités agricoles, raison pour laquelle le choix a porté sur près de 4/5 des hommes et 1/5 des femmes par localité. Par rapport à l'échantillon retenu, les personnes rencontrées dans les champs ou les maisons ont été soumises à un entretien individuel.

En outre, un choix raisonné a porté sur deux (02) agents du CARDER, deux (02) de santé et deux (02) agents d'organisation paysanne, tous se trouvant dans le secteur d'étude.

Au total, l'enquête de terrain a concerné un échantillon de deux cent deux (202) interlocuteurs.

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"Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit."   La Rochefoucault