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Activités agricoles et dégradation des ressources naturelles dans la commune de Ségbana (Bénin) : Impacts sur la santé des populations

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par Aboubakar KISSIRA
EDP- FLASH- Université d'Abomey-Calavi (Bénin) - DEA Gestion de l'Environnement 2005
  

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C -Dangers liés à la mauvaise utilisation des intrants agricoles

Pendant l'épandage d'engrais, des messages de sensibilisation au respect des techniques d'utilisation de ces intrants se multiplient. Mais il semble que ces messages tombent dans les oreilles de sourds, les conseils prodigués n'étant pas pris en compte par les paysans. Mais ils reconnaissent ressentir des malaises surtout pendant l'épandage d'engrais ou le traitement phytosanitaire des champs de coton. Il s'agit du manque d'appétit, du vomissement, des maladies de la peau, des maux de tête, des maladies pulmonaires et des maux d'yeux.

1 - Etat défectueux de santé

Pendant l'épandage d'engrais, 190 soit 97% sur 196 paysans interrogés déclarent ne pas avoir d'appétit parce que, étouffés par l'odeur des engrais. Ils affirment aussi trouver salés les repas, qu'ils consomment à la main, en raison de l'usage antérieur de cette main sans protection lors de l'épandage d'engrais.

Le manque d'appétit (le gaa en boo), le vomissement (pisi en boo), la détérioration de la peau des mains (o baa woloa en boo) sont les malaises qu'ils ont dans ces cas.

Quant au traitement phytosanitaire, les malaises enregistrés sont encore plus importants. Le rhume (siona en boo), les maux de tête (mioma en boo), les irritations cutanées (me papaa en boo) et les maux d'yeux (we gya en boo),

les pneumonies (fua gya en boo) sont les problèmes de santé enregistrés après le traitement phytosanitaire.

Les paysans interviewés déclarent ressentir ces malaises pendant quarante-huit (48) heures au moins après le traitement phytosanitaire.

Tableau IV : Malaises liés à l'épandage d'engrais et au traitement phytosanitaire des champs de

coton

Malaises

Enquêtés

Pourcentage (%)

Toux, Rhume

107

54,59

Malaises cutanés

33

16,84

Vertige

50

25,51

Pas de malaise

06

3,06

Total

196

100

Source : Résultats d'enquête, septembre 2004

Ceux qui n'ont pas de malaise attribuent cet état à la résistance de leur organisme aux effets des intrants agricoles oubliant l'effet tardif des dangers liés aux intrants. Mais les informations orales obtenues auprès du personnel de santé et du responsable d'agriculture confirment la multiplication des malaises en période de culture de coton.

Quarante femmes interrogées ont évoqué d'autres problèmes de santé liés à la culture du coton. Elles déclarent souffrir de la pneumonie, du rhume, des picotements d'yeux lors de la récolte du coton. Ces malaises cycliques que connaissent les femmes qui récoltent le coton (Photo7) sont confirmés par les hommes qui s'adonnent à cette activité.

Photo 7 : Femmes récoltant le coton assistées d'un enfant

Source :(KISSIRA Aboubakar, novembre 2004)

Au vu de l'importance de l'implication des hommes dans la culture du coton, ils sont plus exposés aux dangers liés aux pesticides que les femmes. Les malaises ressentis dans ces cas dépendent de l'effet tardif des pesticides sur les capsules ouverts de coton. De ce fait, la tendance des paysans à solliciter les services des ouvriers agricoles originaires de l'Atacora, du Burkina-Faso ou du Nigéria est de plus en plus grande.

D'une manière générale, les manifestations des malaises dans les différents cas sont la preuve de l'exposition des paysans aux intrants agricoles (engrais et pesticides), une situation qui conduit inéluctablement à la détérioration de l'état de santé et donc à la mort.

2 - Intoxication

L'utilisation des pesticides dans le stockage des produits vivriers conduit à la contamination. Le lavage de ces produits avec d'importantes quantités d'eau pour les purifier ne change souvent rien à cette contamination. Les victimes de ce comportement sont les consommateurs. A Ségbana, dix (10) paysans sur quarante neuf (49) enquêtés ont déclaré qu'en 2001, six (06) cas d'intoxication alimentaire ont été signalés au quartier lemamfrani de Ségbana à la suite de la consommation d'une pâte préparée à base des produits vivriers contaminés achetés sur le marché. La première victime de cette intoxication alimentaire est tombée près d'un barrage d'eau. Les populations ont attribué d'office ce qui lui est arrivé aux mauvais esprits qui habiteraient cette retenue d'eau. Il a fallu que les cinq (05) autres victimes présentent de sérieux malaises, pour qu'on découvre que les victimes sont celles qui ont consommé le repas de dame X.

Mais avant, dans les années 80, un drame a eu lieu dans un champ de Ségbana. Un flacon d'insecticide entamé, déposé sur un arbre sous lequel se trouve une calebasse non couverte pleine de niébé, s'est renversé. Quelques jours après, les paysans propriétaires de ces vivriers arrivés au champ, ont fait le constat. Mais ils n'ont pas jugé nécessaire de se débarrasser du niébé. Ils l'ont lavé, préparé et consommé. Sur trois (03) personnes ayant mangé le repas préparé à base de ce produit au champ, une est morte, les deux autres personnes ont été sauvées de justesse par d'autres paysans qui les ont conduites dans le centre de santé de Ségbana. Les rescapés ont confirmé les faits.

En 2002, un nourrisson est décédé après avoir avalé de l'insecticide conservé dans la chambre confondu au lait maternel. L'enfant n'a pu être vite transporté au centre de santé, ses parents ayant d'abord tenté de lui faire vomir le produit toxique en lui faisant avaler de l'huile rouge. Des tentatives de récupération de ce genre de victimes sont courantes en cas d'intoxication alimentaire.

Les cas les plus graves d'intoxication sont les suicides. La pratique n'est pas courante dans la commune de Ségbana, mais elle existe quand même. Selon le Responsable du Développement Rural de Ségbana, cinq (05) cas de suicides volontaires ont été enregistrés en 2000 et deux (02) cas en 2001. Les raisons de ces suicides sont le refus de supporter l'humiliation, l'impuissance sexuelle, la trahison et le mariage forcé.

Dans les deux (02) cas d'intoxication (involontaire ou volontaire) les victimes transpirent beaucoup, coulent la bave, sont traumatisées et entrent dans le coma.

Les médecins invitent à ce sujet sans cesse les parents des victimes à les conduire immédiatement dans un centre médical afin de tenter de les récupérer par les spécialistes chargés de le faire.

A l'état de santé précaire des agriculteurs voire des populations dû aux mauvaises utilisations des engrais et insecticides s'ajoutent des problèmes liés à la pauvreté continue des agriculteurs qui assistent impuissants à l'amenuisement progressifs de leurs revenus. La baisse du pouvoir d'achat des producteurs n'a-t-elle pas d'impact sur l'accès des agriculteurs aux soins de santé ?

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"Des chercheurs qui cherchent on en trouve, des chercheurs qui trouvent, on en cherche !"   Charles de Gaulle