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Michel Foucault ,Psychiatrie et médecine


par David Labreure
Université Paris 1 panthéon sorbonne - Ma??trise 2004
  

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I : UNE ANALYSE DES DISCOURS :

1 : Foucault et la psychologie :

I : LES PREMIERS PAS DE FOUCAULT EN PSYCHOLOGIE :

Pourquoi Michel Foucault s'est-il intéressé à la psychologie ? D'abord grâce à l'influence du contexte intellectuel de son époque :Merleau-Ponty et sa Phénoménologie de la perception occupent le devant de la scène intellectuelle française et beaucoup de jeunes se détournent de la philosophie telle qu'elle est enseignée à l'université pour s'orienter différemment,notamment vers la psychanalyse. Cet intérêt vient aussi sans nul doute des propres problèmes de Foucault : il tente de se suicider en 1948, est d'une santé psychologique plutôt fragile .Son père l'amène consulter le professeur Jean Delay à l'hôpital St Anne, le grand psychiatre français de l'époque. Les premiers textes publiés de Foucault concernent la psychologie. Dès ses premières années à l'école normale supérieure, Michel Foucault commence à s'intéresser à celle-ci de très près. Après une licence de philosophie qu'il obtient à la Sorbonne, il entreprend de passer une licence de psychologie, toujours à la Sorbonne, en 1949 à la faculté des lettres. Il suit ainsi assidûment les cours de Daniel Lagache qui y assure l'enseignement de la discipline et qui est, à cette époque, la grande figure de la psychologie française. Il est, en outre, à partir de 1951 répétiteur de psychologie à l'Ecole normale, puis psychologue lui même à l'hôpital St Anne, notamment dans le service du professeur Delay, celui là même qui l'avait suivi quelques années auparavant: « Dans les années 50, je travaillais dans un hôpital psychiatrique .Après avoir étudié la philosophie, j'ai voulu savoir ce qu'était la folie : J'avais été assez fou pour étudier la raison, j'ai été assez raisonnable pour étudier la folie »3(*). A cette époque, le statut professionnel des psychologues dans les hôpitaux n'était pas clairement défini .Foucault y trouve une totale liberté d'action ce qui lui permet d'occuper une position intermédiaire entre le personnel et les patients. Il est surtout impliqué dans l'unité d'électro-encéphalographie à St Anne pour travailler sur la neurophysiologie et l'émotivité et c'est ainsi qu'il participa à des travaux sur les détecteurs de mensonges. Egalement passionné par les techniques d'expérimentation en psychologie, il y apprend aussi la pratique de tests comme celui de Rorschach, c'est-à-dire réagir le plus librement possible à des tâches d'encre agencées de différentes manières. Au même moment, il travaille pour le compte du centre national d'orientation, chargé de l'examen médico-psychologique des détenus à la prison de Fresnes. C'est ainsi qu'il approche pour la première fois l'expérience de la folie d'une part et celle de l'enfermement d'autre part. En juin 1952, il passe son diplôme de psychopathologie à l'institut de psychologie de Paris .Foucault entame par ailleurs une psychanalyse qu'il interrompt au bout de quelques mois, se déclarant « totalement ennuyé » par la démarche... L'intérêt de Foucault pour la psychologie dépasse donc à cette époque (1950-1954) son activité philosophique. D'ailleurs le livre de H.Dreyfus et P.Rabinow intitulé Michel.Foucault, un parcours philosophique, ne mentionne aucunement les écrits antérieurs à Histoire de la folie. Son premier ouvrage, Maladie mentale et personnalité, remanié en 1962 sous le titre de Maladie mentale et psychologie, ainsi que les premiers textes compilés dans Dits et écrits (l'introduction au livre de Binswanger, le Rêve et l'existence, les divers articles sur la psychologie de 1957) montrent eux aussi cet intérêt premier et fondamental de Foucault pour la psychologie, à tel point qu'il envisagea même une carrière médicale dans cette branche. Nous interroger sur ces premiers textes nous paraît essentiel : d'une part ils permettront de mieux comprendre certains écrits ultérieurs comme Histoire de la folie et d'autre part pour cerner une pensée très riche, notamment sur la notion de maladie mentale.

David Macey rappelle très justement que l'introduction au livre de Ludwig Binswanger,Le rêve et l'existence,a longtemps été et demeure, du reste, assez méconnue. Elle est toutefois un témoignage de plus des centres d'intérêts de Foucault en ce milieu des années 50.Psychiatre d'origine suisse, il est intéressant de noter que Binswanger fit des études simultanées en médecine et en philosophie à Zurich. Fasciné par les écrits de S.Freud, auquel il restera fidèle toute son existence, Binswanger est cependant connu pour avoir développé une méthode thérapeutique propre, la Daseinanalyse (ou analyse existentielle).Cette méthode se proposait de faire une sorte de synthèse entre la psychanalyse freudienne et les idées philosophiques de son époque, notamment la phénoménologie de Husserl. Foucault, tout comme Sartre par ailleurs, fut séduit voire enthousiasmé par ces thèses et lorsqu'on lui proposa d'écrire la préface à l'édition française du Traum und existenz, il accepta sans hésiter. Didier Eribon souligne d'ailleurs la place prise par la fréquentation et l'étude de Binswanger en citant Foucault lui-même :  « La lecture de ce qu'on a défini comme '' l'analyse existentielle'' ou ``psychiatrie phénoménologique'' a eu indéniablement une importance pour moi (...) je crois que l'analyse existentielle m'a servi à délimiter et à mieux cerner ce qu'il y'avait de lourd et d'oppressant dans le savoir psychiatrique académique »4(*).Ce texte est complètement différent (par le style et l'objet) de Maladie mentale et personnalité qui lui est pourtant strictement contemporain. Selon Macey, et de notre point de vue, cette introduction va servir de point d'appui pour l'expression non seulement des propres thèses de Foucault mais aussi et surtout de ses premières critiques vis-à-vis de l'institution psychiatrique. L'introduction à Rêve et Existence de Binswanger va ainsi donner le coup d'envoi des relations tumultueuses de Foucault avec la psychanalyse et lui donner l'occasion d'en montrer les insuffisances.

Autre intérêt pour Foucault, la place donnée au rêve : A travers une critique de Freud, Foucault va poser le rêve comme moyen de connaissance et non plus seulement comme objet. L'interprétation des rêves de Freud marque « l'entrée du rêve dans le champ des significations humaines » : Auparavant, on considérait plutôt le rêve comme une absence, un vide de sens. Certes, Freud a permis au monde onirique de prendre sens mais, en même temps, son analyse n'explique que la dimension symbolique du rêve. Si Freud a su dégager la fonction sémantique du rêve, il n'a pas atteint sa structure syntactique et morphologique : « La psychanalyse n'a donné du rêve d'autre statut que celui de la parole ; elle n'a pas su le reconnaître dans sa réalité de langage ».Foucault pressent la nécessité d'une analyse anthropologique du rêve qui irait plus loin, qui serait plus complexe que la vision univoque donnée par la psychanalyse. Les images ne seraient pas seulement la trame du rêve, mais ce que la conscience en retient ou en reconstruit: au cours du rêve lui-même, le mouvement de l'imagination se dirige vers le moment premier de l'existence où s'accomplit la constitution originaire de l'individu.  « Avant tout partage, le rêve est ce moment qu'on retrouve dans l'âme romantique, où le sujet et l'objet, la personne et l'univers naissent ensemble encore indivises. » dira J.Lacroix à propos de la vision foucaldienne du rêve. Le plus intéressant toutefois, indépendamment des critiques adressées à la psychanalyse ou -ce qui nous intéresse moins ici- à la phénoménologie, c'est que Foucault introduit en quelque sorte le travail qu'il va effectuer sur la folie quelques années plus tard en donnant au rêve une certaine valeur de vérité, cachée, souterraine, voire inquiétante. Comme il le dit lui même: "Ce que la folie dit d'elle même c'est, pour la pensée et la poésie du début du XIXe , ce que dit également le rêve dans le désordre de ses images : une vérité de l'homme, très archaïque et très proche, très silencieuse et très menaçante; une vérité en dessous de toute vérité, la plus voisine de la naissance de la subjectivité, et la plus répandue au ras des choses; une vérité qui est la profonde retraite de l'individualité de l'homme et la forme inchoative du cosmos. "5(*)

Parallèlement à son introduction au livre de Binswanger, Foucault travaille à l'écriture d'un petit livre pour la collection « Initiation philosophique » des PUF : Maladie mentale et personnalité.

* 3 «Truth,power,self :An interview»in Technologies of the self,a seminar with Michel Foucault cité par Didier Eribon, Michel Foucault, Flammarion,Paris, 1989, p.104.

* 4 Ducio Trombadori, Colloqui con Foucault, in Didier Eribon, Michel Foucault, Champs-Flammarion, 1989, p.66.

* 5 Michel Foucault, Histoire de la folie, TEL Gallimard, Paris, 1961 (-1972), p. 638.

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