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La problématique de la mise en oeuvre du DSRP par les collectivités locales au Bénin

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par Laurence Herédia et Cica Mathilda DADJO
Université d'Anvers - Master en gouvernance et développement 2004
  

Disponible en mode multipage

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UNIVERSITE D'ANVERS
INSTITUT DE POLITIQUE ET DE GESTION DU DEVELOPPEMENT

LPA DE LA MROBLEMATIQUE ISE EN CEUVRE DU

PAR LES COLLECTIVITDSRP ES LOCALES AU

BENIN

Laurence Herédia Cica Mathilda DADJO

Mémoire de fin d'études présentée pour l'obtention du grade de Master en Gouvernance et Développement

Superviseur: Prof. Dr. Nadia MOLENAERTS

Année académique 2003-2004

REMERCIEMENTS

Mes vifs et sincères remerciements a:

· tous mes frères et scrurs, cEstuter, £inda, Micutaë(, Moreno, .qsfloe(ie et Tonagnon, pour (es sacrifices cutaque jour so(idairement consentis;

· mademoise((e 5imone O7)f4~~f4&f4 pour son amitié sincère et son soutien;

· monsieur (des BOO.qsflE pour son soutien mora(et affectif;

· monsieur (orent .7-1O7)55O7) pour (e précieux aide apporté (ors des recutercutes;

· monsieur cutar(es .qsflf4CCEM Bf4 C'1( pour sa disponi6i(ité et ses consei(s éc(airés;

· tout (e corps enseignant et au personne( administratif de ('(cPçcD, pour (es efforts fournis dans (e cadre de notreformation;

· tous mes camarades de promotion pour (e cuteminement cuta(eureux que nous avons ensem6(e suiv

Je vous prie tous de trouver ici ('expression de ma profonde gratitude.

DEDICACES

% papa,

a maman,

et a tous ceu, qui m'aiment.

LISTE DES ACRONYMES ET ABREVIATIONS

AID : Agence Internationale de Développement

CCIB : Chambre de Commerce et d'Industrie du Bénin

CDCC : Conseil Départemental de Coordination et de Concertation

CLSP : Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté

CNDLP : Commission Nationale de Lutte contre la Pauvreté

DSRP : Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté

FMI : Fonds Monétaire International

MFE : Ministère des Finances et de l'Economie

NLTPS : Etudes Nationales de Perspectives a Long Terme

ONG : Organisation Non Gouvernementale

OSC : Organisation de la Société Civile

PAS : Programme d'Ajustement Structurel

PDC : Programme de Développement Communal

PDM : Programme de Développement Municipal

PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement

PPTE : Pays Pauvres Très Endettés

PRODECOM : Projet d'appui au démarrage des communes

SNV : Service Néerlandais pour le Développement

UNB : Université Nationale du Bénin

UNESCO : Organisation des Nations Unies pour l'Education la Science et la Culture.

ECDPM : Centre Européen de Gestion des Politiques de Développement

LISTE DES TABLEAUX ET DIAGRAMMES

Diagramme1 : Schéma d'insertion des PDC dans les grandes orientations nationales. 46 Tableau 1 : Classification des élus par niveau d'instruction.............................................51 Tableau 2 : Catégorisation des élus selon les activités professionnelles ........................52 Tableau 3 : Part des dotations en capital des collectivités dans l'ensemble du budget. 58

LISTE DES ANNEXES

Annexe1: Profil pays du Bénin............................................................................................1 Annexe 2: Liste des personnes rencontrées.......................................................................3 Annexe 3 : Organisation institutionnelle de la décentralisation au Bénin.......................4 Annexe 4 : Compétences des collectivités locales au Bénin ............................................5 Annexe 5 : Carte administrative du Bénin.........................................................................6

TABLE DES MATIERES

Remerciements.....................................................................................................................i Dédicaces.............................................................................................................................ii Liste des acronymes et abréviations..................................................................................iii Liste des tableaux et diagrammes .....................................................................................iv Tabledes matières................................................................................................................v Avantpropos .....................................................................................................................vii Introduction.........................................................................................................................1

CH1 DECENTRALISATION ET LUTTE CONTRE LA PAUVRETE, DEFINITIONS
ET LIENS ENTRE LES CONCEPTS..................................................................................4

1.1 La lutte contre la pauvreté a travers les DSRP...................................................4

1.1.1 L'évolution du concept de pauvreté................................................................4

1.1.2 La nouvelle approche de lutte contre la pauvreté : le DSRP..........................5

1.2 L'importance de la décentralisation dans le processus DSRP............................7

1.2.1 La décentralisation comme outil de lutte contre la pauvreté .........................7

1.2.2 Quelle décentralisation pour une réduction effective de la pauvreté7........10

Ch 2 LES OBJECTIFS DE LA DECENTRALISATION AU BENIN..........................14

2.1 Les fondements et les objectifs de la décentralisation au Bénin......................14

2.1.1 Les fondements de la décentralisation ..........................................................14

2.1.2 Les objectifs de la décentralisation...............................................................16

2.2 Les collectivités locales et la lutte contre la pauvreté........................................18

2.2.1 Le mandat des collectivités locales au Bénin................................................19

2.2.2 Les collectivités locales dans la mise en oeuvre des stratégies de lutte
contrela pauvreté.......................................................................................................21

Ch 3 L'ORGANISATION INSTITUTIONNELLE DE LA
DECENTRALISATION AU BENIN..................................................................................24

3.1 Le processus de prise de décision au niveau local............................................24

3.1.1 La participation des citoyens au processus de prise de décision................25

3.1.2 L'autonomie décisionnelle............................................................................28

3.2 Les ressources locales........................................................................................30

3.2.1 La décentralisation financière......................................................................30

3.2.2 La prise en compte des potentialités............................................................32

Ch 4 L'APPROPRIATION DU DOCUMENT DE STRATEGIE DE REDUCTION
DE LA PAUWRETE PAR LES COLLECTIWITES LOCALES...........................................36

4.1 Le processus d'élaboration du DSRP au Bénin.............................................37

4.1.1 Le cadre institutionnel..................................................................................37

4.1.2 Examen du processus participatif................................................................39

4.2 L'appropriation du DSRP par les collectivités locales.....................................42

4.2.1 Sensibilisation/implication des collectivités locales dans la mise en cuvre
duDSRP.....................................................................................................................43

4.2.2 Evaluation de l'appropriation a travers le plan de développement
communal..................................................................................................................45

Ch 5 LES CAPACITES INSTITUIONNELLES DES COLLECTIWITES LOCALES. 50

5.1 Les capacités locales de gestion ........................................................................50

5.1.1 Les ressources humaines...............................................................................50

5.1.2 La problématique du transfert de compétences..........................................54

5.2 Le financement de la lutte contre la pauvreté au niveau local .........................57

5.2.1 Le transfert de ressources vers les collectivités locales................................57

5.2.2 La problématique des transferts de ressources...........................................59 CONCLUSION...................................................................................................................64 Bibliographie.....................................................................................................................66 Annexes..............................................................................................................................70

AvANT PROPOS

L'adoption de l'approche du document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) comme moyen de lutte contre la pauvreté suscite actuellement une grande polémique au sein des acteurs du développement qui lui reprochent entre autre sa trop grande similitude avec les politiques d'ajustements structurels et la sévérité des conditions qui entourent son soutien par les institutions de Bretton Wood.

Nous tenons a préciser, bien que consciente des limites du DSRP et des critiques qui y sont apportées, que l'objectif de ce travail n'est pas de nous interroger sur la pertinence de ce processus. Nous ne chercherons pas non plus a apprécier la qualité du document béninois ni l'efficacité qui pourrait être celles des stratégies définies.

Notre travail porte en effet exclusivement sur une analyse critique du processus d'élaboration et de mise en uvre du DSRP avec comme point focal l'implication des collectivités décentralisées dans le système. Nous laissons donc le soin aux personnes dotées d'une formation plus appropriée en la matière et qui sont mieux outillées que nous pour juger de la qualité et de la pertinence des stratégies adoptées.

Par ailleurs, compte tenu du temps limité dont nous avons disposé pour notre recherche, nous n'avons pu faire une enquête systématique auprès de toutes les collectivités locales. Nous nous sommes donc contenté de faire un sondage d'opinion a l'aide d'entretiens qualitatifs avec certains élus locaux et les responsables de diverses structures impliquées dans la mise en uvre de la décentralisation ou du DSRP (au total 17 personnes).

Enfin, l'une des limites a nos recherches se situe dans la jeunesse tant du processus du DSRP que de celui de la décentralisation au Bénin. Il n'existe donc pas une longue pratique en la matière et les insuffisances que nous relèverons pourront être de ce fait facilement imputables a cette jeunesse. Toutefois notre étude aura l'intérêt d'attirer très tot l'attention sur les difficultés et les blocages avérés ou potentiels a l'implication des collectivités locales dans la mise en uvre du DSRP au Bénin.

RESUME

La décentralisation est un mode d'organisation qui consacre le transfert du pouvoir d'un gouvernement central vers une autorité locale et ce dans divers domaines (administration, politique, finances, économie). Parmi les vertus de ce système on cite notamment la promotion de la lutte contre la pauvreté. Ceci parceque les entités décentralisées peuvent assurer la transmission vers le gouvernement central et les partenaires au développement des besoins spécifiques des communautés, a coordination et la mobilisation des ressources locales.

C'est pourquoi le concept DSRP se base sur la décentralisation pour assurer l'enracinement du processus participatif et l'appropriation par les populations des programmes et politiques définies dans ce cadre. Le processus participatif étant l'un des éléments essentiels de distinction ente les Programme d'Ajustement Structurels et l'approche DSRP, la décentralisation est presque élevé aux rangs des prè-conditions a l'élaboration et a la mise en uvre des documents stratégiques de réduction de la pa uvreté.

Le Bénin classé parmi les pays pauvres très endettés s'est engagé depuis 2000 dans le processus DSRP dans le sillage duquel elle a procédé a une réforme décentralisatrice. Ce qui a aboutit a l'adoption du DSRP 2003-2005 en décembre 2002 et l'instauration de 77 entités décentralisées en mars 2003. Tout ceci, en comptant sur ces derniers pour la promotion de la lutte contre la pauvreté et particulièrement la mise en uvre du DSRP.

Toutefois, l'efficience de la relation entre décentralisation et lutte contre la pauvreté dépends d'un certains nombre de facteurs relatifs aux objectifs et a la qualité de la décentralisation. A ces conditions déterminées par une abondante littérature s'ajoute dans le cas béninois la problématique de l'appropriation du DSRP par les collectivités locales et de leurs capacités a mettre en uvre des politiques allant dans ce sens.

Au Bénin, l'amélioration des services sociaux de base est l'un des principaux objectifs de la décentralisation. Les collectivités locales ont été dotés de compétences conséquentes en la matière et sont désignées comme acteurs premiers dans la mise en uvre du DSRP. Toutefois, l'organisation institutionnelle de la décentralisation dans le pays ne satisfait pas pleinement aux conditions devant activer la relation entre cette réforme et la lutte contre la pauvreté. Ainsi, on relève entre autres une absence d'autonomie réelle des communes eu égard aux faibles moyens financiers dont ils

disposent et un fort degré d'interventionnisme de l'état dans la gestion des affaires locales.

Particulièrement en ce qui concerne l'implémentation du DSRP par les entités locales, le premier obstacle tient au défaut d'appropriation politique et d'implication des autorités locales dans ce processus qui a été engagé avent leur installation. Malgré ceci, les contraintes légales et les intérêts stratégiques aidant, celles-ci ont tant bien que mal aligné leurs plans de développement communaux sur les stratégies définies dans le document. Par ailleurs, les entités locales souffrent en général d'une insuffisance de capacités institutionnelles qui tient autant a des problèmes de gestions (ressources humaines, transfert de compétences) qu'à un manque de moyens financiers. Et ce d'abord a cause de l'ineffectivité des transferts de compétences et ressources; et surtout en raison de ce que les entités décentralisées ne bénéficient point des dotations budgétaires prévues pour l'implémentation du DSRP.

Pour l'heure, la mise en uvre du DSRP au Bénin demeure une action organisée au niveau du gouvernement central et exécuté par les ministères sectoriels. Un travail de lobbying et de négociations de longue haleine attendent donc les élus locaux car tout laisse croire que l'Etat béninois n'est pas prêt a rende effectif la décentralisation dont dépend la mise en uvre par les entités locales du DSRP.

INTRODUCTION

Après deux décennies d'ajustements structurels, qui se sont soldés par une croissance économique mitigée et un accroissement des inégalités, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI) ont lancé en 1999 une initiative conjointe de réorientation de leurs stratégies d'aide au développement. Sous la pression de l'opinion publique, l'alternative qui fut adoptée replace la lutte contre la pauvreté au c ur de leur approche. La nouvelle démarche consiste en l'élaboration par chaque pays d'une stratégie de lutte contre la pauvreté au cours d'un processus participatif incluant l'ensemble des acteurs sociaux aussi bien a son élaboration qu'à sa mise en

uvre et a son suivi. Cette stratégie est présentée dans un document unique de politique économique : le Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP).

Encore appelé cadre stratégique de réduction de la pauvreté (CLSP) ou PRSP en anglais (Poverty Reduction Strategy Paper), le concept du DSRP a été lancé dans le cadre de l'lnitiative de réduction de la dette des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE.)

L'objectif central de l'lnitiative PPTE étant de renforcer le lien entre remise de dette et réduction de la pauvreté, et donc d'inciter les gouvernements concernés a affecter les fonds dégagés dans le cadre de PPTE a la lutte contre la pauvreté, les DSRP sont appelés a devenir un instrument de large portée qui servirait de référence pour l'attribution d'une grande part de l'aide internationale au développement.

Tous les pays a bas revenus désireux de bénéficier d'un allégement de dette dans le cadre de l'initiative PPTE doivent ainsi élaborer une stratégie de lutte contre la pauvreté formalisée dans un DSRP. La mise en uvre et le succès des politiques de réduction de la pauvreté constituent une condition de l'allègement de la dette qui est en méme temps sensé dégager les moyens financiers nécessaires a leur application (CLING eta!, 2002 :169).

Le Bénin, classé parmi les pays pauvres très endetté1 a bénéficié de l'initiative d'allègement de dette et a donc été appelé a élaborer et mettre en uvre une stratégie de réduction de la pauvreté. En méme temps que l'élaboration du DSRP, le Bénin s'est engagé dans un processus de décentralisation. La décentralisation est

1IDH 0,420 en 1999, avec 30% de la population vivant en dessous du seuil de la pauvreté et une dette extérieure de 1087,2 milliard de FCFA en 2002 (PNUD, 2003 a).

d'ailleurs perçue comme une réforme tenant une grande place dans les stratégies de lutte contre la pauvreté, en ce sens qu'elle est l'un des moyens les plus efficaces pour faire participer les populations aux politiques de lutte contre la pauvreté prévues dans le DSRP. Dans cette logique, les collectivités décentralisées, seront les interlocuteurs et les acteurs institutionnels premiers dans le cadre de la lutte contre la pauvreté.

Ainsi, les collectivités locales au même titre que les autres acteurs devront être étroitement impliquées dans l'élaboration et la mise en uvre du DSRP, afin de garantir l'adéquation des politiques avec les réalités locales. De plus, avec la décentralisation, c'est aux élus locaux que revient en premier lieu la responsabilité de l'amélioration de la qualité des services sociaux de base. Il est donc important qu'ils inscrivent leurs actions dans la stratégie générale de lutte contre la pauvreté avec pour objectif d'atteindre au niveau des communes les résultats souhaités par le DSRP.

Mais, au Bénin, le DSRP a été élaboré avant la mise en place des collectivités décentralisées. La stratégie actuelle a été en effet une initiative et un produit de l'administration centrale. La question se pose alors de savoir si, dans la perspective de la décentralisation, l'Etat béninois a prévu des mécanismes organisant la mise en

uvre des DSRP notamment au niveau des collectivités locales, mais aussi de savoir si les autorités locales actuelles se sentiront tenues par la mise en uvre des programmes sectoriels prévus par le DSRP.

Pour harmoniser leurs actions avec les stratégies de réduction de la pauvreté il faut en effet que les collectivités locales s'approprient le contenu du DSRP. Par ailleurs, elles doivent disposer d'une capacité institutionnelle suffisante pour lutter efficacement contre la pauvreté.

L'objectif du présent travail est d'évaluer dans quelles mesures les collectivités locales béninoises sont capables d'entreprendre des actions de lutte contre la pauvreté et plus spécifiquement de mettre en uvre les stratégies définies dans le DSRP.

Pour ce faire, nous analyserons d'abord le role dévolu aux collectivités locales dans la lutte contre la pauvreté au Bénin. Cette analyse s'effectuera d'abords a travers l'étude des mécanismes de la décentralisation et de la place réservée aux collectivités locales dans la mise en uvre du DSRP.

Ensuite, nous nous intéresserons aux conditions nécessaires pour la mise en uvre
efficiente des stratégies de réduction de la pauvreté par les collectivités locales. Il

s'agit notamment des nécessités d'appropriation, et de disponibilité de capacités institutionnelles indispensables a leur mise en uvre.

Mais avant tout, nous nous attèlerons a expliciter, grace a une revue de littérature, les relations qui existent entre les politiques décentralisatrices et la lutte contre la pauvreté. Cette étude préalable nous permettra de retenir un certain nombre de critères objectifs a l'aune desquels nous pourrons procéder a une analyse critique. Notre analyse sera également soutenue par des entretiens qualitatifs réalisés avec certains élus locaux et des responsables des structures impliquées dans la décentralisation et la mise en uvre du DSRP au Bénin.

Chapitre 1

CH 1 DECENTRALISATION ET LUTTE CONTRE LA PAUVRETE, DEFINITIONS ET LIENS ENTRE LES CONCEPTS.

Pendant la dernière décennie, la communauté internationale a fait preuve d'un regain d'intérêt sur la question de la pauvreté dans le monde. Des différentes réflexions sur cette problématique, il est ressorti une nouvelle approche de lutte contre la pauvreté initiée dans le cadre de l'aide aux pays pauvres très endettés. Cette nouvelle conception se traduit par l'élaboration des documents de stratégie de lutte contre la pauvreté que les pays concernés sont appelés a mettre en uvre. La mise

en uvre de l'approche DSRP a nécessité certaines réformes institutionnelles au

niveau du mode de gestion des Etats. La décentralisation est l'une des plus
importantes réformes prescrite dans ce cadre.

En effet, la mise en uvre des DSRP et les réformes décentralisatrices vont actuellement la main dans la main. La décentralisation apparaIt presque comme une conditionnalité des stratégies de lutte contre la pauvreté. Il est donc important dans le

cadre du présent travail d'éclaircir les liens qui existent entre la mise en uvre des
DSRP et la lutte contre la pauvreté.

1.1 LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETE A TRAVERS LES DSRP.

La démarche actuelle de lutte contre la pauvreté adoptée par les institutions internationales et particulièrement la Banque Mondiale, résulte d'une évolution dans la définition de la pauvreté au plan international. De cette évolution ont émergé de nouvelles considérations a prendre en compte en matière de lutte contre la pauvreté qui se traduisent dans les nouveaux mécanismes de lutte contre la pauvreté dont font partie les DSRP.

1.1.1 L'évolution du concept de pauvreté.

Le concept de la pauvreté ne fait pas l'objet d'une définition unique dans l'abondante littérature consacrée a ce sujet. Toutefois, ces dernières années, la notion de pauvreté a connu une nette évolution. Ainsi, passant de la simple notion de

manque de revenu, la pauvreté est désormais considérée comme un phénomène multidimensionnel qui englobe autant l'insuffisance de revenus, la non satisfaction des besoins essentiels que la privation des capacités fonctionnelles essentielles de la vie.

Ces différentes dimensions de la pauvreté permettent de définir plusieurs types de pauvreté qui ont chacun leur instrument de mesure. Ainsi, selon qu'on insiste sur l'une ou l'autre des dimensions, nous pouvons distinguer la pauvreté monétaire, la pauvreté générale ou encore la pauvreté humaine (KANKWENDA et a!. 1999 : 68, PNUD, 1997 :17-19).

Au-delà de ces différentes approches, divers travaux ont tenté de clarifier et d'unifier le concept de pauvreté. Ainsi, au sommet mondial sur le développement tenu en mars 1995 a Copenhague il a été établi que: la pauvreté se manifeste sous diverses formes : absence de revenu et de ressources productives suffisantes pour assurer des moyens d'existence viables ; faim et malnutrition ; mauvaise santé, analphabétisme; morbidité et mortalité accrues du fait des maladies ; environnement insalubres ; discrimination sociale et exclusion . La pauvreté résulte ainsi de phénomènes économiques, politiques et sociaux qui interagissent et souvent se potentialisent, aggravant ainsi le dénuement dans lequel vivent les pauvres (Banque Mondiale, 2001 :1).

De ce fait, pour réduire la pauvreté il est nécessaire d'élaborer des stratégies qui améliorent les conditions de vie des citoyens. Ceci peut être fait a travers l'augmentation de revenu, la suppression de toutes les contraintes qui empéchent les personnes d'avoir une vie productive, la possibilité offerte aux individus de participer pleinement a la vie de la société. Mais il est aussi indispensable d'améliorer l'environnement dans lequel les populations opèrent et de leur fournir l'accès a des services sociaux de qualité.

Le concept DSRP a essayé d'intégrer ces différentes dimensions dans son approche de lutte contre la pauvreté.

1.1.2 La nouvelle approche de lutte contre la pauvreté : le DSRP

L'une des causes identifiées de l'échec du programme d'ajustement structurel comme outil de lutte contre la pauvreté serait la non prise en compte de toutes les dimensions de la pauvreté. En effet, les programmes d'ajustement structurels étaient uniquement centrés sur les aspects économiques de la pauvreté. Par ailleurs, compte tenu de la relativité désormais reconnue de la pauvreté, il s'avère nécessaire de

centrer les politiques de lutte contre ce phénomène autour des citoyens qui sont seuls habilités a définir les différentes dimensions de la pauvreté auxquelles ils sont

confrontés. De ce fait, le concept DSRP est créé en réponse aux revendications de plus en plus croissantes de centrage des politiques de développement autour des citoyens (NAUDEL, 2002 : 248). En quelques mots, le processus de DSRP doit être basé

sur une analyse en profondeur des causes et déterminants de la pauvreté dans les pays concernés. Ceci, afin de choisir un ensemble d'actions prioritaires a réaliser pour réduire effectivement la pauvreté. Ces stratégies devraient être suivies en référence a

quelques indicateurs clés de résultats. Le Bénin a fait sienne cette approche de la lutte contre la pauvreté dans son document de stratégie de réduction de la pauvreté. La stratégie qui y est développée a l'avantage de mettre en exergue les différents segments sur lesquels pourrait s'appuyer la lutte contre la pauvreté au Bénin (BENIN,

2002a). L'un des grands axes de cette stratégie est l'accélération de la décentralisation.

Outre les réformes importantes apportées aux principes d'attribution et de gestion de
l'aide au développement, le DSRP et les stratégies qu'il intègre sont basés sur les principes fondamentaux suivants:

- Appropriation, participation et responsabilité : les stratégies de réduction de la pauvreté doivent être définies au cours d'un processus participatif impliquant la société civile et le secteur privé du pays concerné, mené sous la direction du gouvernement national, lequel en est donc responsable. L'appropriation nationale des politiques de développement est sans doute l'effet le plus important attendu de l'introduction du DSRP. L'hypothèse sous-jacente est que la participation favorisera l'appropriation, qui a son tour favorisera la performance des stratégies elles-mêmes et des fonds alloués;

- Orientation vers les résultats : les stratégies sont basées sur une analyse en profondeur de la pauvreté, doivent identifier les résultats attendus et les moyens nécessaires pour les atteindre, les indicateurs de résultats et de processus adaptés pour le suivi;

- Vision globale et a long terme : les analyses et stratégies doivent prendre en compte la nature multidimensionnelle de la pauvreté et les délais nécessaires pour y remédier;

- Prioritisation : des priorités doivent être choisies afin de concevoir des politiques réalisables et de les financer de manière adéquate;

- Partenariat : le processus est censé être basé sur le dialogue et le partenariat entre les différents acteurs en jeu : gouvernement, société civile et communauté internationale

(ce qui devrait impliquer la coordination des bailleurs de fonds, et donc réduire les coOts de transaction et améliorer l'efficience de l'aide) (PAUL E., 2002).

L'élaboration des DSRP nécessite donc une connaissance approfondie des causes et déterminants de la pauvreté et une approche participative incluant tous les citoyens dans la prise de décision. Dans ce cadre, les entités locales que sont les collectivités décentralisées apparaissent avec les organisations de la société civile comme les institutions les plus aptes a fournir les informations les plus justes en ce qui concerne les besoins et priorités des populations.

La décentralisation parait a cet effet comme le meilleur moyen pour enraciner le processus participatif et l'appropriation par les populations des programmes et politiques nationaux surtout en matière de lutte contre la pauvreté.

1.2 L'IMPORTANCE DE LA DECENTRALISATION DANS LE PROCESSUS

DSRP

L'une des premieres étapes de la lutte contre la pauvreté est actuellement la définition et l'identification par les populations concernées elles-mêmes des causes et déterminants de la pauvreté dans leur milieu. Ainsi, les stratégies doivent être définies au cours d'un processus participatif impliquant les communautés a la base aussi bien au stade de la conception que dans la mise en uvre des politiques arrêtées. En effet, la réduction de la pauvreté a plus de chance d'aboutir si les populations pour lesquelles les politiques sont élaborées se l'approprient et participent effectivement a leur mise en uvre (PNUD, 2002 : 5). L'un des meilleurs moyens pour assurer et stimuler la participation des populations a la définition des politiques nationales est le rapprochement de l'Etat du citoyen a travers la décentralisation démocratique.

1.2.1 La décentralisation comme outil de lutte contre la pauvreté

De manière générale, la décentralisation est un mode d'organisation du pouvoir qui fait référence au transfert du pouvoir d'un gouvernement central vers une autorité locale. Mais derriere cette définition générale, le processus de décentralisation est complexe et peut prendre plusieurs forme suivant le mode de transfert du pouvoir, la nature des pouvoirs transférés et le mode de désignation des autorités locales qui bénéficient de ce transfert.

Ainsi, la décentralisation peut être administrative, politique, fiscale ou encore économique (World Bank, 2000; BOKO, 2002). Ces formes de décentralisation peuvent être observées séparément ou simultanément suivant les pays. Dans la pratique, une décentralisation efficiente doit contenir un ensemble d'éléments issus des quatre types de décentralisation précédemment identifiés. (BOKO, 2002 : 5).

Cette combinaison des quatre types de décentralisation est appelée décentralisation démocratique et jugée comme le meilleur moyen pour assurer et stimuler l'appropriation des politiques de développement par les citoyens a travers leur participation a l'élaboration et a la définition de celles-ci. Elle apparaIt comme un outil de réduction de la pauvreté. Le gouvernement du Niger affirme a cet effet que F Les collectivités locales constituent un outil irremplaçable dans la lutte contre la pauvreté a travers leur rOle d'orientation des investissements permettant l'accès aux services de base aux populations les plus démunies, car connaissant mieux que quiconque le terrain et capables de susciter l'adhésion des populations sans laquelle tout investissement reste vain)) (NIGER, 2003 : 5).

De plus, le rapprochement de l'administration du citoyen génère une plus grande confiance en instaurant une relation de responsabilité sanction entre les citoyens et l'Etat par le biais des leaders locaux, des entrepreneurs et des organisations de la société civile (Banque Mondiale, 1997: 125 et s).

Particulièrement en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté, le rapprochement de l'administration des populations et la participation de celles-ci devraient contribuer a une meilleure perception des demandes sociales, a l'amélioration des prestations des services publics dans les secteurs sociaux considérés comme parties intégrantes de la lutte contre la pauvreté (Banque mondiale, 2001 :125 -126).

Ainsi, théoriquement, la décentralisation crée un espace de participation des citoyens au processus de développement local, impulse la mobilisation des ressources locales et en assure une allocation efficiente. De cette manière, elle promeut une gouvernance locale qui contribue a une plus grande effectivité des stratégies de réduction de la pauvreté (BOSSUYT et al., 2000:1).

Le Bénin dans sa constitution de 1990 a opté pour la démocratisation et la libéralisation économique mais s'est aussi engagé dans la voie de la décentralisation politique et administrative consacrée par les articles 150 a 153 de cette constitution. En plus de la déconcentration des services administratifs, il est créé des collectivités

locales décentralisées, dotées de personnalité juridique, d'autonomie décisionnelle et financière. Elles sont gérées par des conseils élus et sont appelées a assurer le développement harmonieux de leurs territoires sous la tutelle de l'Etat. Cinq lois ont été adoptées pour préciser les modalités de fonctionnement et d'implémentation de la décentralisation2.

Au Bénin, la décentralisation est appelée a concrétiser l'appropriation et la participation des communautés aux politiques de réduction de la pauvreté et offre l'opportunité de renforcer les capacités des acteurs sociaux pour jouer le role central qui leur incombe dans ce processus de lutte contre la pauvreté (PNUD, 2003b:106). Le DSRP précise que le gouvernement béninois entend faire de la décentralisation un outil efficace de lutte contre la pauvreté parce qu'elle institue une nouvelle conception des populations qui ne sont plus perçues comme de simples bénéficiaires de services con cues en dehors d'elles, mais comme des acteurs qui entreprennent et qui décident par eux-mêmes de ce qui convient le mieux a leur bien-être et exercent un contrOle rapproché sur leurs élus (BENIN, 2002 a). Le principal objectif visé a travers la décentralisation au Bénin est donc la création de conditions favorables a l'exercice de la gouvernance locale aux fins d'une amélioration des conditions de vie des populations.

Ainsi, la décentralisation parait a la fois comme un objectif et un outil de lutte contre la pauvreté. Toutefois, s'il est possible d'établir une relation positive entre la décentralisation et la lutte contre la pauvreté, la premiere ne constitue pas une solution magique pour atteindre les objectifs de la seconde. Plusieurs études ont essayé d'identifier les conditions dans lesquelles la décentralisation peut effectivement contribuer a la réduction de la pauvreté.

2 - loi n°97-028 du 15 janvier 1999 portant organisation de l'administration territoriale en République du Bénin

- loi n°97-029du 15 janvier 1999 portant organisation des communes en République du Bénin

- loi n°98-005 du 15 janvier 1999 portant organisation des communes a statut particulier

- loi n°98-006 du 09 mars 2000 portant régime électoral, communal et municipal en république du Bénin

- loi n°98-007 du 15 janvier 1999 portant régime financier des communes en république du Bénin

1.2.2 Quelle décentralisation pour une réduction effective de la pauvreté?

L'efficience de la relation entre décentralisation et réduction de la pauvreté dépend de plusieurs facteurs relatifs notamment a la qualité de la décentralisation et aux conditions de sa mise en uvre. Certaines analyses théoriques et des études a partir d'expériences de décentralisation ont donc été menées par divers auteurs et institutions pour identifier les conditions dans lesquelles une décentralisation peut effectivement servir a la réduction de la pauvreté.

L'une des premières études systématiques effectuées dans ce cadre (BOSSUYT, 2000) a identifié comme conditions:

- la participation effective des populations concernées a la prise de décisions concernant la détermination des priorités et l'allocation des budgets

- l'élaboration d'une stratégie de mobilisation de ressources et la fourniture de services sociaux de base indispensables pour la lutte contre la pauvreté;

- mise en place part, l'Etat central d'une stratégie d'implication qui promeut la participation des populations a la base dans les structures politiques qui n'ont pas un contrôle direct sur les ressources devant servir au développement;

- la lutte contre la pauvreté est un objectif stratégique de la décentralisation et que le fonctionnement de ses différentes structures soit conçu et orienté pour atteindre cet objectif;

- élaboration des stratégies de lutte contre la pauvreté en fonction des potentialités des collectivités décentralisées a améliorer les conditions de vie des pauvres et des marginalisés (BOSSUYT, 2000 : 2-3).

Dans son rapport sur le développement 2000/2001, la Banque Mondiale s'est également intéressée a la question et reprend la nécessité de la participation des pauvres (empowerment) a laquelle elle ajoute:

- la responsabilisation des gouvernements locaux vis-à-vis de leurs citoyens (accountability) (Banque Mondiale, 2001 :125);

- conception de la décentralisation doit être conçue de manière a ce que les collectivités décentralisées disposent d'une large autonomie décisionnelle et financière;

- soutien des actions des collectivités locales par le gouvernement central qui doit jouer un r0le de coordination et d'orientation en ce qui concerne les objectifs de développement et les politiques macroéconomiques au plan national;

- participation citoyenne au niveau des institution décentralisées pour qu'elles répondent mieux aux besoins des plus pauvres (Banque Mondiale, 2001 : 126- 128).

Les études des expériences de décentralisation pour la lutte contre la pauvreté se sont faits dans les pays les plus pauvres tant en Amérique latine, en Asie qu'en Afrique. A partir des expériences des collectivités locales au Brésil et en Inde (Kerala), Heller a également élaboré une liste de pré-conditions qui sont:

- une grande capacité de l'Etat central;

- une société civile très développée et une force politique organisée avec un
parti politique a forte caractéristique de mouvement social (HELLER, 2001).

A ces trois éléments, Véreld, complétant avec des études portant sur le Mali ajoute sept conditions qui sont:

- l'autonomie administrative, l'autonomie financière;

- le transfert des compétences et des ressources;

- des médias libres et actifs;

- la participation et l'information des citoyens;

- l'approche genre;

- la réforme foncière;

- l'éducation (VERELD, 2003).

Enfin, le PNUD prenant en compte tous ces travaux a établi trois séries de conditions, relatives a la conceptualisation, a l'organisation et a l'implémentation de la décentralisation (PNUD, 2002). Pour ce qui est de la conceptualisation, l'étude met l'accent sur le fait que:

- la décentralisation doit aller de pair avec un effort de mobilisation et de renforcement des capacités de la société civile et des institutions locales, (PNUD, 2002 : 7);

- une décentralisation fiscale effective doit être organisée pour donner aux
collectivités locales les moyens d'assumer leurs r0les;

- Enfin, il est nécessaire de définir de bonnes politiques de développement pour accroItre les revenus et assurer la gestion saine et efficiente des ressources des collectivités locales. (PNUD, 2002 : 23 et s.).

En ce qui concerne les structures et l'organisation, il est indispensable que:

- les dispositions constitutionnelles et législatives définissent clairement les roles et fonctions des différents acteurs ainsi que les limites de leurs autonomies respectives. (PNUD, 2002 : 5);

- la décentralisation soit asymétrique compte tenu des différences de capacités
et de potentialités des entités locales;

- le partenariat public/privé soit organisé pour étendre et augmenter les
capacités des structures de bas niveau;

- des collaborations intersectorielles et des intégrations horizontales et verticales entre les différentes structures nationales a divers niveaux s'instaurent pour optimiser l'utilisation des ressources nationales.

Quant aux conditions d'implémentation, le principal défi est la mise en place de système d'implication des communautés locales dans la lutte contre la pauvreté sans dessaisir l'Etat central de son rOle de définition des politiques macroéconomiques nationales.

A partir de ces différentes considérations, nous retenons que pour servir efficacement la lutte contre la pauvreté:

1- La décentralisation doit avoir comme objectif stratégique la lutte contre la
pauvreté (BOSS UYT, 2000).

· les fondements et objectifs de la décentralisation doivent être orientés vers la lutte contre la pauvreté;

· les collectivités locales doivent, a partir de leurs attributions, tenir un rOle prépondérant dans la lutte contre la pauvreté. Ainsi, ils doivent avoir un mandat conséquent et être fortement impliqués dans la mise en uvre du DS R P.

2- L'organisation institutionnelle de la décentralisation doit par ailleurs donner aux collectivités les moyens de jouer leur rOle dans la lutte contre la pauvreté. Ainsi:


·
le processus de prise de décision doit permettre une participation citoyenne de la part des populations afin de mieux répondre a leurs besoins (Banque Mondiale, 2001 ; HELLER, 2001 ; PNUD, 2002 ; VERELD, 2003);


·
les collectivités décentralisées doivent avoir les ressources locales nécessaires a la mise en uvre de leurs politiques (PNUD, 2002; Banque Mondiale, 2001 ; VERELD, 2003).

Dans les chapitres suivants Nous nous emploierons donc a la vérification de l'existence de ces différentes conditions au niveau des communes béninoises. Toutefois, ces conditions permettent uniquement de vérifier si la décentralisation peut effectivement jouer son role d'instrument de lutte contre la pauvreté. Or, dans le présent travail, nous nous intéressons plus particulièrement a la question de la mise en uvre des stratégies de réduction de la pauvreté par les collectivités décentralisées. Aussi, en dehors de leur potentialité générale a lutter contre la pauvreté, il faudra que les collectivités locales s'approprient le DSRP et soient en mesure d'élaborer et d'exécuter des programmes allant dans ce sens.

L'appropriation est particulièrement importante compté tenu du fait que les collectivités locales n'existaient pas sous leur forme actuelle pendant l'élaboration du DSRP qui a été adopté avant l'installation des élus locaux. Nos entretiens avec les différents acteurs porteront donc essentiellement sur la question de l'appropriation par lés élus locaux et sur la problématique des capacités institutionnelles en matière de lutte contre la pauvreté. Cela nous permettra de faire le point de la situation actuelle et d'amorcer des analyses prospectives en tenant compte des nouvelles dispositions prises ou envisagées en la matière par les différentes parties.

Les deux derniers chapitres seront donc consacrés a l'étude de l'appropriation et a l'analyse des conditions actuelles d'exécution du DSRP au niveau local.

Chapitre 2

CH 2 LES OBJECTIFS DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

En optant pour la démocratisation de son système politique en 1990, le Bénin a également opté pour une démocratisation de la gestion des affaires publiques accompagnée d'un processus de décentralisation qui a abouti aux premières élections communales et municipales en décembre 2003. L'adoption de ce nouveau mode de gestion des affaires publiques constitue une rupture avec la forte tradition centralisatrice des régimes politiques que le pays a connu depuis son indépendance. Cela laisse supposer que les politiques béninois s'attendent a obtenir avec la décentralisation des retombées dont l'ampleur mérite le dépassement de leur frilosité habituelle devant toute forme de transfert de pouvoir a des entités autonomes.

Aussi pour déterminer si la lutte contre la figure au nombre de ces attentes, il faut en analyser les fondements et objectifs ainsi que la place réservée aux collectivités locales dans la lutte contre la pauvreté.

2.1 LES FONDEMENTS ET LES OBJECTIFS DE LA DECENTRALISATION AU BENIN

Au début des années 90, le Bénin, après 17 ans de marxisme-léninisme était aux prises avec une crise politique aggravée par une situation socio économique désastreuse. Après 40 années de centralisme dans la gestion des affaires publiques, le décollage socio-économique, politique et culturel tant attendu après les indépendances n'était pas encore amorcé. Le choix de la démocratie libérale et de l'économie de marché par les constituants béninois de cette époque était donc a la fois un moyen de sortie de crise et de relance du processus de développement du pays. La prescription de la décentralisation relève également de ce double objectif qui en imprègne les principes et objectifs.

2.1.1 Les fondements de la décentralisation

La décentralisation de l'administration territoriale est au Bénin un principe constitutionnel adopté a la Conférence des Forces Vives de la Nation de février 1990.

Les principes de cette réforme ont été définis a la table ronde sur les états généraux de l'administration. Ces principes ont servi de cadre a l'élaboration des cinq lois organisant actuellement la décentralisation.

2.1.1.1 Historique de la décentralisation

Les récentes lois sur la décentralisation au Bénin ne constituent pas la première expérience du pays en la matière. Depuis l'époque de la colonisation une amorce de décentralisation avait été esquissée. Après les indépendances en 1961, une nouvelle loi créa également des collectivités territoriales autonomes appelées communes mais celles-ci restèrent des circonscriptions administratives dirigées par un représentant du pouvoir.

L'orientation marxiste-léniniste adoptée par le gouvernement révolutionnaire en 1975 se traduisait par une profonde réforme de l'administration a relents décentralisateurs. Mais malgré la vulgarisation de loi3 instituant une double autorité administrative et financière, le transfert des pouvoirs au bénéfice des conseils élus ne fut jamais effectif. La gestion des collectivités locales était donc étroitement contrôlée et dirigée par le gouvernement central.

Les délégués a la Conférence des Forces Vives de la Nation en Février 1990 ont décidé de rompre avec cette tendance centralisatrice et ont adopté le principe de la décentralisation administrative comme système d'administration au Bénin. Ainsi, la constitution du 11 décembre 1990 consacre le principe de la libre administration des collectivités locales par des conseils élus.

Aussi, il fut organisé en Janvier 1993 a Cotonou les états généraux de l'administration territoriale dont les travaux ont abouti a la définition du cadre général et des grands principes de la décentralisation béninoise.

2.1.1.2 Lesprincipes de la décentralisation au Bénin

Les principes définis lors des états généraux de l'administration territoriale ont tracé le cadre et l'esprit de la décentralisation au Bénin. Ces principes ont été complétés par cinq lois sur la décentralisation. Le contenu de ces lois peut se synthétiser en neuf principes que sont:

1. couplage de la décentralisation avec une déconcentration. Ceci avec un seul niveau de décentralisation : la commune et un seul niveau de

3loi 0 31-009 du 10 octobre 19810

déconcentration : le département. Ainsi, il est créé 77 communes réparties dans12 départements;

2. administration libre des collectivités décentralisées par des conseils élus au suffrage universel direct;

3. la création des communes de droit commun et des communes a statut particulier que sont les trois principales villes : Cotonou, Porto-Novo et Parakou;

4. attribution aux collectivités locales de compétences propres et de compétences qui leur sont déléguées par l' Etat;

5. organisation de l'autonomie budgétaire des communes;

6. instauration de tutelle administrative sur les communes par les services déconcentrés de l'administration centrale;

7. obligation pour l'Etat de soutenir les collectivités locales en ressources humaines, financières et matérielles;

8. organisation de la solidarité intercommunale;

9. mobilisation de ressources locales par les communes qui peuvent établir une coopération décentralisée avec des partenaires nationaux ou étrangers (PNUD, 2001 :28).

Un respect effectif de ces principes permettrait d'instaurer au bénin une véritable décentralisation démocratique devant permettre le développement harmonieux de tous les territoires. Dans les chapitres suivants, nous nous emploierons donc a vérifier dans quelles mesures les dispositions législatives et les pratiques actuelles assurent le respect de ces principes.

2.1.2 Les objectifs de la décentralisation.

La décentralisation au Bénin est conçue comme faisant partie intégrante du processus de démocratisation engagé en 1990. Elle est une réponse institutionnelle a une demande de démocratie de proximité. Dans ce cadre elle a pour enjeux principaux la promotion de la démocratie a la base et le développement local.

2.1.2.1 La démocratie locale.

((La notion de démocratie locale dans le concept de la décentralisation est, avant tout l'idée d'un système de gestion politique du territoire qui, pour s'accomplir, doit favoriser la définition par les populations des solutions aux problèmes de leur cadre de vie)) (NACH MBACK, 2001 : 32-33). S'inscrivant dans cette logique, l'article 2 de la loi n°

97-029 du 15 Janvier 1999 stipule que la commune constitue le cadre institutionnel pour l'exercice de la démocratie : Elle est l'expression de la décentralisation et le lieu privilégié de la participation des citoyens a la gestion des affaires publiques locales .

La décentralisation est donc une réponse au besoin de démocratisation des années 90 et est perçue comme un approfondissement du processus démocratique jusqu'au niveau local. Les objectifs visés par la décentralisation pour la promotion de la démocratie a la base sont:

· la participation des citoyens a la gestion des affaires publiques au niveau local;

· la prise en charge par les populations de leurs responsabilités en matière de gouvernance;

· La mise en valeur du potentiel de chaque localité en vue de son développement (PNUD, 2001 : 38).

Pour ce faire, l'organisation institutionnelle de la décentralisation permet le rapprochement de l'administration des biens publics du citoyen, par le biais du transfert de certains pouvoirs aux entités locales a divers niveaux. La participation des populations aux affaires locales est assurée par leur implication dans le choix de leurs dirigeants et l'instauration d'organes délibérants ou consultatifs a divers niveaux (voir annexe 2: organisation institutionnelle de la décentralisation) au Bénin. Grace au principe de la transparence dans la gestion des affaires locales, les populations pourront participer a l'instauration d'une gouvernance locale. Enfin, la loi organise la prise en compte des priorités de développement local dans la politique nationale en instituant les plans de développement communaux sur lesquels doivent reposer en grande partie les stratégies nationales de développement (PNUD, 2003 b: 107-109).

2.1.2.2 Le développement local.

Le Bénin a fait le choix de la décentralisation dans une période oU le pays était confronté, non seulement a une crise politique mais également a une grave crise économique. Au Bénin, comme dans la plupart des pays d'Afrique francophone, la décentralisation est perçue comme une solution au désengagement de l'Etat et la prise en charge du développement par les communautés a la base, selon une conception autogestionnaire (NACH MBACK, 2003 :32). En ce sens, avec le rapprochement de l'Etat du citoyen assure une appropriation des politiques de

développement par ces derniers. La Banque Mondiale affirme a cet effet que les programmes publics donnent de meilleurs résultats lorsqu'ils sont exécutés avec la participation des bénéficiaires et lorsqu'ils exploitent le potentiel associatif de la collectivité (Banque Mondiale, 1997:11).

La décentralisation permet donc d'adapter les services sociaux aux préférences locales grace a la participation des citoyens, ce qui impulse au niveau local une dynamique de développement endogène. De plus, elle stimule l'investissement privé grace a la mise en place de cadres de développement économiques solides au niveau local, ce qui assure des recettes supplémentaires et la croissance économique locale.

La loi sur la décentralisation au Bénin dispose que la collectivité territoriale concourt avec l'Etat au développement économique, social, sanitaire, culturel et scientifique ainsi qu'à la protection de l'environnement et a l'amélioration du cadre de vie . Les collectivités locales constituent la pierre angulaire du développement a la base. Le plan d'orientation 1998- 2002 du Bénin précise que la décentralisation doit permettre:

· une émergence de nouveaux espaces politiques en vue d'une cogestion des affaires publiques au niveau local;

· une amélioration de la satisfaction des besoins fondamentaux et de la prod uctivité;

· une revalorisation des espaces locaux;

· une nouvelle perspective de conception du développement local pensée par rapport aux spécificités locales et centrée sur un terroir spécifique donné (République du Bénin, 1998 cité par PNUD, 2001 :55).

2.2 LES COLLECTIVITES LOCALES ET LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETE.

Dans les textes, la lutte contre la pauvreté ne figure pas explicitement ni comme objectif de la décentralisation, ni comme role des collectivités locales. Toutefois, une analyse des mandats des collectivités locales et de la place qui leur est dévolue dans la mise en uvre du DSRP révèle que les communes au Bénin sont des acteurs premiers de la lutte contre la pauvreté.

2.2.1 Le mandat des collectivités locales au Bénin.

La loi 97- 029 du 15 janvier 1999 portant organisation des communes en République du Bénin accorde aux communes un mandat relativement étendu en matière de développement socio-économique. Bien qu'il n'y figure aucune responsabilité en matière de lutte contre la pauvreté, les collectivités locales se sont vues confier un certain nombre de responsabilités éminemment pertinentes en la matière.

2.2.1.1 Les compétences des collectivités locales.

Les collectivités locales au Bénin ont des compétences propres et des compétences qui leurs sont déléguées par l'Etat (voir annexe 4: Compétences des collectivités locales).

Ainsi, elles devront assurer intégralement l'aménagement du territoire, de l'habitat et l'urbanisme, le développement des infrastructures, de l'équipement et des transports. Elles sont appelées a garantir la protection de l'environnement, l'hygiène et la salubrité du cadre de vie des populations dont ils ont la charge. Elles assurent également l'entière charge des enseignements maternel et primaire. Enfin, elles se doivent d'organiser les services marchands, l'orientation et la promotion des investissements économiques et la coopération.

Par ailleurs, elles partagent avec l'Etat central la responsabilité du développement dans les domaines de l'enseignement, de l'éducation et de l'alphabétisation. Il en est de même pour l'organisation de la santé, de l'action sociale et culturelle.

Enfin, l'Etat délègue aux collectivités décentralisées les fonctions régaliennes que sont l'administration de l'état civil et des opérations de recensement, la police administrative, la défense nationale et civile, l'organisation des opérations de désignation des membres du conseil de village et de quartier de ville.

Ces divers domaines de compétence des communes les amènent a définir des politiques et a mener des actions qui rentrent directement dans le cadre de la lutte contre la pauvreté.

2.2.1.2 Les actions des collectivités dans le cadre de la lutte contre lapauvreté

Comme mentionné plus haut, la pauvreté est un phénomène multidimensionnel causé par des facteurs tant économiques, politiques, que sociaux (Banque Mondiale, 2001 : 1). De ce fait, réduire la pauvreté nécessite la mise en uvre de stratégies améliorant le bien-être des citoyens.

Il s'agit d'améliorer l'accès des populations aux services sociaux de base que sont l'enseignement, la santé, l'environnement social, mais également de permettre aux individus de participer pleinement a la vie de la société (augmenter leurs capacités productives). En reconnaissant les collectivités comme moteurs de la démocratie locale, le législateur béninois en fait donc un instrument de lutte contre la pauvreté dans sa dimension politique.

Par ailleurs, il ressort de l'analyse des compétences citées ci-dessus que les communes doivent mener des actions entrant directement dans le cadre de l'amélioration des services sociaux de base dont elles sont actuellement les premiers responsables.

Concrètement, il appartient aux communes de développer des initiatives spécifiques dans les domaines de l'hygiène, de la santé publique et de la protection de l'environnement. Elles contribuent par là a l'amélioration de l'accès des populations a des services efficaces de santé et a leur bien-être. Elles devront donc assurer la fourniture et la distribution de l'eau potable, les services d'assainissement et la salubrité publique mais également la construction, l'équipement et l'entretien des centres de santé et de promotion sociale.

De méme, chaque commune devra engager des politiques d'investissement dans l'enseignement, l'alphabétisation et l'éducation des adultes pour favoriser et promouvoir l'éducation. Elle doit a cet effet assurer la construction, l'équipement et l'entretien des établissements de l'enseignement primaire et maternel de méme que la promotion des langues nationales4.

Enfin, la commune intervient dans la promotion des bases productives de l'économie a travers l'exploitation du patrimoine domanial qui lui revient, le développement des infrastructures locales, l'habitat, les biens publics collectifs, la gestion des services publics locaux et des marchés. Pour ce faire, elle assure la réalisation et l'entretien des routes, marchés, gares routières, abattoirs, éclairage public etc. Elle contribue ainsi a accroItre les opportunités de création d'emplois durables et des revenus. Autant d'actions qui participent a la réduction de la pauvreté.

4 Article 82 et suivants de la loi 97-029 du 15 janvier 1999.

2.2.2 Les collectivités locales dans la mise en oeuvre des stratégies de lutte contre la pauvreté.

Le r0le prépondérant des collectivités locales dans la mise en uvre des stratégies de lutte contre la pauvreté a une double origine. D'abord, il découle du diagnostic et des axes d'interventions retenus par le DSRP. Ensuite, s'inscrivant dans la théorie générale des processus DSRP, les décideurs béninois ont consacré la commune comme principale actrice de la mise en uvre des stratégies de réduction de la pa uvreté.

2.2.2.1 Le contenu du DSRP béninois.

Le Bénin s'est engagé dans le processus d'élaboration de son document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) depuis décembre 1999. La version préliminaire dudit document a été préparée par le gouvernement et soumise aux conseils d'administration de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International (FMI) en juillet 2000. La version définitive, adoptée en février 2003 a été jugée par les experts de l'AID et du FMI comme un document définissant un cadre adéquat pour la stratégie de réduction de la pauvreté au plan national.

Le diagnostic de la pauvreté ayant servi de fondement a l'élaboration des politiques identifie entre autres causes et déterminants de la pauvreté dans leurs localités les facteurs ci-après:

· le faible développement des activités génératrices de revenu;

· l'enclavement de certaines localités de production;

· l'accès difficile a l'eau potable et auxsoins de santé primaire;

· l'ensablement et l'appauvrissement des cours d'eau;

· l'analphabétisme et la déperdition scolaire;

· la dégradation de l'environnement (sécheresse, baisse de la fertilité des sols, surpãturages, inondation, érosion c0tière);

· la mauvaise gestion des projets de développement et des fonds communautaires (BENIN, 2002 a:15-16).

Il est a remarquer que les compétences des communes s'étendent sur des domaines qui les amènent a entreprendre des actions ayant un impact direct sur ces facteurs identifiés comme déterminants de la pauvreté au Bénin.

De ce diagnostic il a été défini quatre grands axes de réduction de la pauvreté ont été retenus dans le DSRP du Bénin:

· Renforcement du cadre macroéconomique a moyen terme,

· Développement du capital humain et gestion de l'environnement,

· Renforcement de la bonne gouvernance et des capacités institutionnelles,

· Promotion de l'emploi durable et renforcement des capacités des pauvres a participer au processus de décision et de production.

2.2.2.2 Le role des collectivités décentralisées dans la mise en oeuvre du DSRP.

Dans le nouveau processus DSRP, les collectivités décentralisées sont censées être des acteurs premiers non seulement dans l'élaboration, mais également dans la mise en uvre des stratégies définies.

De manière générale, la mise en uvre des différents volets des stratégies de lutte contre la pauvreté est assurée par les structures de l'administration ayant en charge le volet concerné, ceci sous la coordination du ministre, président de la commission nationale pour le développement et la lutte contre la pauvreté (CNDLP). Plus précisément, la mise en uvre des actions et programmes retenus dans la stratégie relèvera des compétences des ministères, départements ou collectivités locales concernés.

Il en découle pour toutes les collectivités décentralisées la responsabilité de la mise en

uvre des stratégies relevant de leurs domaines de compétence sur les territoires dont ils ont la charge. Or, comme constaté plus haut, les collectivités locales ont d'assez importantes responsabilités dans les domaines identifiés comme les plus pertinents pour la lutte contre la pauvreté au Bénin. Elles sont donc appelées a élaborer et a mettre en uvre des politiques sectorielles appropriées, conformément aux axes d'interventions définies par le DSRP.

Outre les actions concernant le renforcement du cadre macroéconomique, les collectivités territoriales devront s'impliquer activement dans la réalisation des objectifs définis par le trois autres axes. D'abord, les domaines d'intervention choisis pour le développement du capital humain et la gestion de l'environnement relèvent tous de la compétence des communes et municipalités. Pour atteindre cet objectif, des stratégies ont en effet été préconisées dans les domaines suivants : éducation,

alphabétisation, santé, eau potable, assainissement et environnement, électrification rurale, aménagement de pistes de desserte rurale, nutrition et sécurité alimentaire.

Ensuite, la promotion de la bonne gouvernance et des capacités institutionnelles concerne directement les collectivités locales a la fois en tant qu'acteurs et objets des politiques sectorielles; la lutte contre la corruption, la réforme administrative, la décentralisation et la consolidation de la démocratie sont en effet les actions retenues dans ce cadre.

Enfin, la promotion de l'emploi durable et de la capacité des pauvres a participer au processus de décision et de production fait appel aux compétences des collectivités en matière de développement local, de protection sociale et d'aménagement du territoire.

Cependant, il est important de noter, bien que les collectivités locales aient été désignées comme acteurs de la mise en uvre du DSRP, qu'elles n'ont pas été associées a l'élaboration du Document.

En effet la réforme décentralisatrice du Bénin n'a connu son aboutissement qu'en mars 2003, date de l'organisation des premières élections locales. Le DSRP adopté en février 2003 est donc antérieur a l'installation des collectivités locales en tant qu'entités décentralisées de l'Etat.

Les collectivités décentralisées n'ayant donc pas participé sous leur forme actuelle a l'élaboration du DSRP, il est nécessaire qu'un processus d'appropriation de ces politiques soit mis en uvre pour assurer leur participation effective a l'exécution des stratégies prévues. C'est pourquoi nous reviendrons plus loin sur la question de l'appropriation par les collectivités locales du document de stratégie de réduction de la pauvreté.

Avec la décentralisation et le processus du DSRP, la lutte contre la pauvreté au Bénin ne saurait plus être organisée sans une participation active des collectivités locales. Les municipalités et communes béninoises sont appelées a devenir des instruments incontournables de lutte contre la pauvreté. Le succès d'une telle entreprise serait grandement facilité par une organisation institutionnelle appropriée de la décentralisation.

Chapitre 3

CH 3 L'ORGANISATION INSTITUTIONNELLE DE LA DECENTRALISATION AU BENIN.

Au Bénin, bien que la lutte contre la pauvreté ne soit pas expressément mentionnée comme objectif de la décentralisation, les communes et municipalités de par leurs compétences sont placées au c ur de cette lutte. Ce role dans la lutte contre la pauvreté a été renforcé par la place réservée aux collectivités décentralisées dans le mécanisme de mise en uvre du DSRP.

Mais pour que ces collectivités puissent effectivement être des instruments de lutte contre la pauvreté, il faut que l'organisation institutionnelle de la décentralisation leur en donne les moyens nécessaires. En nous référant au chapitre préliminaire, nous pouvons affirmer a cet effet que la lutte contre la pauvreté par les collectivités locales dépend du processus et de l'autonomie de prise de décision au niveau des structures locales de décision. Mais les collectivités territoriales doivent également disposer d'une autonomie financière suffisante et être traitées en fonction de leurs capacités qui peuvent varier d'une commune a une autre. Un autre élément important pour assurer l'efficacité des collectivités locales est la qualité des ressources humaines dont ils disposent. Cette épineuse question sera abordée avec plus de détails dans le chapitre consacré a l'évaluation des capacités institutionnelles.

3.1 LE PROCESSUS DE PRISE DE DECISION AU NIVEAU LOCAL

L'importance du processus de prise de décision dans la lutte contre la pauvreté relève du fait que le succès et la pertinence des actions dépendent de leur ancrage dans les réalités locales et la prise en compte des perceptions et besoins des populations concernées. Pour cela, il faut une participation des citoyens a la prise de décision au niveau des collectivités. L'endogénéité des actions de lutte contre la pauvreté ne peut être en effet garantie que par une participation effective des populations a la prise de décision.

Par ailleurs, les collectivités locales doivent disposer de l'autonomie décisionnelle nécessaire pour traduire en plan d'action la volonté de leurs citoyens.

3.1.1 La participation des citoyens au processus de prise de decision.

Au Bénin, la participation des populations a la prise de décision se fait grace au système d'élection de leurs représentants au niveau des conseils locaux. Ces derniers sont censés traduire pendant les conseils, les désirs et besoins des populations qu'ils représentent.

Mais encore faut-il que les élus locaux et les fonctionnaires des administrations locales soient responsables et comptables de leurs actions devant la population.

3.1.1.1 Le système de rep résentation au niveau local.

La décentralisation vise la création d'un cadre d'exercice de la démocratie a la base et la promotion d'une véritable citoyenneté a travers un rapprochement des organes de décision de la base qui désigne ses représentants par des élections (PNUD, 2003 b: 108). Le rapprochement du citoyen au Bénin est organisé en trois échelons : le niveau départemental, le niveau communal et le niveau infra communal.

Au niveau départemental, le conseil de concertation et de coordination est compétent pour délibérer sur les questions principales de développement telles que le schéma directeur d'aménagement territorial, les projets de développement etc. Ce conseil a a sa tête le préfet représentant de l'Etat et regroupe les maires des communes, leurs adjoints, et des représentants de diverses catégories socio professionnelles5. Ces trois représentants sont tous élus dans leurs structures respectives et constituent avec les maires un échantillon assez représentatif de la population. Mais en réalité, le conseil départemental de concertation et de coordination (CDCC) demeure un simple organe de consultation car ses décisions n'engagent point le préfet. Tous les pouvoirs au niveau départemental demeurent donc concentrés dans les mains du préfet dont les compétences n'ont de limite que celles prévues par la loi6.

Au niveau communal, l'organe délibérant est le conseil communal ; celui-ci est composé de membres élus dont le nombre varie suivant l'importance de la population de la commune. C'est ce conseil qui élit en son sein le Maire, chef de l'exécutif de la commune.

5 Un représentant de l'union départementale des producteurs, un représentant de la chambre consulaire départementale et un représentant de la fédération départementale des associations des parents d'élèves.

6~rticles 16 a 20 de la loi 97-028 portant organisation du 15 janvier 1999.

La commune est divisée en circonscriptions administratives locales placées sous l'autorité de la mairie. Il s'agit des arrondissements, eux-mémes subdivisés en quartiers de ville ou en villages selon que l'on soit en milieu urbain ou rural. Leurs organes délibérants sont respectivement le conseil d'arrondissement et le conseil de quartier ou de village dont les membres sont également élus et désignés démocratiquement. Ces conseils jouent un role consultatif et font des propositions sur toutes les affaires concernant leur territoire, en particulier sur les questions relatives au développement et a la bonne administration de leurs entités.

Il existe donc un système de représentation qui permet la participation des citoyens a travers leur implication dans le choix de leurs dirigeants surtout au niveau communal. Toutefois, le système de désignation des membres de ces conseils comporte encore de graves insuffisances tant au niveau de la représentativité des différentes couches de la population, de la société civile que de l'approche genre. Dans le rapport 2003 sur le développement humain au Bénin il est constaté que:

F Le mode des élections comporte encore des lacunes profondes en ce sens qu'il ne favorise pas l'émergence par la voie des urnes d'une représentativité effective et équitable de toutes les couches de la population . Il ne permet pas non plus la promotion des leaders d'opinion, des intellectuels communautaires, des personnes ressources locales bien avisées des questions de développement.

On peut constater notamment que le niveau de la représentativité de la société civile est encore faible. Seul le Conseil départemental de concertation et de coordination compte trois représentants de la société civile. Au niveau de l'arrondissement, du village ou du quartier de ville qui constituent les unités de base pour l'organisation de la vie communautaire, aucune représentation de la société civile n'est prévue par la loi; ce qui peut émousser la participation dynamique des communautés existantes qui ont déjà capitalisé une certaine expérience en matière de développement local (PNUD, 2003b: 108-109).

Par ailleurs, une analyse approfondie des compétences, du mode de fonctionnement et de prise de décision au niveau des organismes infra communaux révèle que leur caractère d'organes propre a la gestion décentralisée n'est qu'une apparence. Elles ne sont en réalité que des relais administratifs des conseils communaux ou municipaux et fonctionnent comme des structures d'administration locale déconcentrées (LALEYE, 2003 : 89).

Le système de décentralisation au Bénin comporte encore de forts relents centralisateurs qui ne permettent pas encore une participation effective de toute la population a la prise de décision. Et ce, malgré l'organisation d'élections pour la désignation des représentants locaux. Ceci risque de conduire a une capture du processus de décision par une élite locale.

3.1.1.2 Responsabilité et comptabilité.

Pour que le système de représentation permette la prise en compte effective des besoins des populations, il faut également que les élus locaux et les fonctionnaires des administrations locales rendent compte de leurs actions devant la population. De même la population doit disposer d'un moyen de sanction des élus locaux qui n'auraient pas bien défendu leur cause.

Le vote démocratique semble le seul moyen dont disposent les populations pour sanctionner leurs élus locaux en cas de défaillance. Ces derniers sont liés par les engagements pris envers leur électorat et se doivent donc de respecter les choix dictés par les besoins des populations et de promouvoir des programmes en leur faveur.

Mais encore faut-il que les populations soient informées sur les principaux aspects de l'administration de la collectivité afin de pouvoir juger les actions de leurs représentants. Au Bénin, le principe de la transparence dans la gestion de la collectivité contient une obligation légale d'information des citoyens sur les activités de la commune7.

Théoriquement, les dispositions légales garantissent donc la disponibilité et l'accessibilité pour tous des informations sur la gestion de la commune. Mais dans la pratique, l'effectivité de ce principe n'est pas assurée quand on sait que la majorité de la population béninoise est analphabète et que la langue officielle de travail est le français.

Quant a la responsabilisation et a l'imputabilité des actes des élus locaux et des fonctionnaires communaux, elles ne peuvent être effectives que si les citoyens disposent de moyens de recours et de mise en accusation de leurs élus locaux. A cet

7 La loi prévoit l'ouverture au public des délibérations et actes des conseils communaux ainsi que la publication des documents budgétaires par l'autorité de tutelle. Il en est de même des conseils d'arrondissement, de village et de quartier de ville dont les réunions doivent se tenir en lieux publics. De plus, tous les actes communaux peuvent être consultés sur place et tout citoyen dispose du droit d'en faire copie. Article 34 de la loi 97029 du 15 janvier 1999.

effet, les textes sur la décentralisation prévoient le recours des citoyens devant l'autorité de tutelle pour inexécution par l'autorité locale des tâches qui lui sont dévolues8. Tout citoyen ayant subit un préjudice du fait de la commune ou de ses agents peut également ester en justice contre elle. Mais encore faut-il que le citoyen ordinaire soit parfaitement au courant de la délimitation des compétences entre l'Etat et les communes afin de pouvoir situer les responsabilités et agir en conséquence.

De plus, la justice paraIt particulièrement inaccessible aux couches les plus pauvres, les moins éduquées et les plus illettrées de la population qui ignorent largement leurs droits et ne disposent pas des moyens financiers nécessaires pour les défendre.

3.1.2 L'autonomie décisionnelle.

Afin de traduire en actes et en programmes la satisfaction des besoins exprimés par leurs populations, les communes doivent disposer d'une autonomie décisionnelle suffisante. L'étendue de cette autonomie dépend de la délimitation des compétences entre les collectivités locales et l'Etat central mais également de l'organisation de la tutelle.

3.1.2.1 La délimitation des compétences.

La loi reconnaIt a la commune deux types de compétences; des compétences qui lui sont propres en tant que collectivité territoriale et des compétences qui lui sont déléguées par l'Etat.

Toutefois, elle ne précise pas clairement les limites des compétences dans ces domaines par rapport a celles de l'Etat. Les dispositions législatives stipulent juste que la commune exerce toutes ces compétences aux stratégies sectorielles, réglementaires et normes nationales en vigueur. Il en résulte une imprécision quant a la délimitation des compétences entre les communes et l'Etat.

De méme, il est très difficile a la lecture des dispositions législatives de discerner les compétences qui sont propres a la commune, celles qu'elle partage avec l'Etat et celles qui lui sont déléguées par l'Etat. Ainsi, les domaines énumérés par le programme pour le développement municipal comme faisant objet de répartition de compétences entre les collectivités locales et l'Etat (PDM, 2000 :5), sont considérés comme domaines de compétence propre des communes par le PNUD (PNUD, 2001 :32).

8~~ticle 161 et 162 loi O 97-029 du 15 janvier 1999.

Face aux diverses interprétations auxquelles donne lieu ce flou juridique, le dernier rapport du PNUD sur le développement humain après avoir constaté le fait s'est juste contenté d'énumérer les principaux domaines dans lesquels les collectivités territoriales ont des pouvoirs (PNUD, 2003b: 106).

Cette absence de classification peut empiéter sérieusement sur l'autonomie décisionnelle des collectivités décentralisées. D'autant plus que le Bénin a une longue tradition de centralisme qui rend les fonctionnaires réticents a tout transfert de pouvoir vers le bas. Ce qui risque d'être favorable aux responsables de l'administration centrale dans leurs stratégies pour limiter dans les faits l'autonomie des collectivités locales (NACH MBACK, 2003 : 424).

3.1.2.2 L'organisation de la tutelle.

La tutelle administrative sert a maintenir l'unité et la cohésion nationales, il s'agit d'un contrôle administratif exercé par l'autorité centrale sur les actes des collectivités décentralisées. Au Bénin, l'autorité de tutelle des collectivités locales est le chef des services déconcentrés du territoire dont relève la commune : le Préfet. La tutelle sur les communes est assurée par les chefs des 12 circonscriptions administratives et départementales du pays.

Le pouvoir de tutelle sur la commune comporte trois principales fonctions. Elle consiste d'abord pour l'Etat a porter assistance aux communes, a soutenir leurs actions et a veiller a l'harmonisation de leurs actions avec celles de l'Etat. Elle consiste également au contrôle de légalité des actes pris par les responsables communaux que sont le conseil communal et le maire. Enfin, l'autorité de tutelle exerce un contrôle sur le budget de la commune. Le contrôle de tutelle s'exerce par approbation, par annulation ou par substitution de la décision des autorités communales. La législation a établi une liste exhaustive des matières dans lesquelles les décisions des autorités locales ne peuvent entrer en vigueur qu'après approbation du Préfet (voir annexe 4).

Les matières dans lesquelles l'exercice des compétences des collectivités locales est soumis a un contrôle administratif a priori couvrent l'essentiel des transferts de pouvoir dont bénéficient les collectivités locales, puisque les questions budgétaires, fiscales, de services urbains et de gestion du personnel sont au c)ur même de l'autonomie locale (NACH MBACK, 2003 : 426).

Il existe ainsi très peu de matières sur lesquelles les décisions des autorités locales sont exécutées de plein droit. Mais ces délibérations doivent également être transmises a

l'autorité de tutelle et ne deviendront exécutoires que 15 jours après leur transmission, délai qui est réduit a 8 jours en cas d'urgence déclarée. L'autorité de tutelle dispose également d'un pouvoir d'inspection des services de la commune et peut prononcer la suspension du conseil communal.

L'étendue de la tutelle administrative compromet ainsi l'autonomie locale et ralentit les actions des collectivités locales. La plupart des décisions sont encore placées sous le contrôle des autorités centrales, ce qui confine les collectivités décentralisées dans une grande dépendance administrative.

3.2 LES RESSOURCES LOCALES.

Les collectivités locales doivent pouvoir mobiliser les ressources indispensables pour jouer leurs rôles et mettre en uvre les décisions qu'elles auraient prises. L'autonomie décisionnelle doit donc s'accompagner d'une autonomie financière. Toutefois, l'Etat doit tenir compte des différences de capacité et de potentialité des communes afin de leur offrir le soutien nécessaire.

3.2.1 La décentralisation financière.

En matière de décentralisation financière, le législateur béninois a utilisé plusieurs modalités de transfert de ressources. Ainsi, les collectivités locales ont une fiscalité locale diversifiée de méme que l'autorité de mobiliser d'autres ressources par emprunt ou par le biais des produits de leurs investissements.

3.2.1.1 La décentralisationfiscale.

La décentralisation fiscale au Bénin se traduit dans la pratique par l'instauration d'une fiscalité locale et le transfert d'une partie des recettes fiscales nationales aux communes.

Pour ce qui est de la fiscalité locale, la loi reconnaIt aux communes le droit de percevoir certains impôts et taxes sur leurs territoires. La création des impôts reste du domaine de la loi et il appartient au conseil local d'en fixer le taux par rapport a la limite du plafond déterminé par la Loi de finance.

Malgré l'importance numérique des divers taxes, impôts et redevances9, il faut noter que la mobilisation des ressources fiscales communales n'est pas encore efficiente au Bénin. D'abord parce que l'assiette fiscale communale est encore difficile a appréhender malgré les potentialités des collectivités locales, et surtout parce que dans la majorité des communes, le patrimoine local imposable reste du domaine de l'économie non structurée (PNUD, 2003 b: 112).

Les ristournes sur fiscalité nationale dont bénéficient les collectivités locales portent sur la taxe touristique prélevée par l'Etat, la taxe sur les véhicules a moteur, la taxe sur la valeur ajoutée perçue par la douane et la taxe sur l'exploitation des carrières et mines. La loi ne précise ni les modalités de transfert de ces ristournes, ni la proportion réservée a ux collectivités locales.

Il s'agit là d'une des insuffisances de la décentralisation fiscale qui, ajoutée a l'ineffectivité des transferts de compétences en matière fiscale ne permet pas aux communes d'établir leurs budgets de fonctionnement de manière autonome. De plus les seules ressources fiscales ne peuvent suffire aux communes pour assumer leur mission de développement local.

3.2.1.2 Les ressources non fiscales des collectivités locales

Elles portent de manière générale sur les recettes de l'exploitation du patrimoine communal et des services publics. Les communes peuvent recevoir de l'Etat des subventions ou dotations d'investissement et d'équipement. Elles bénéficient également des dons et legs et reçoivent des subventions des partenaires au développement. Le recours a l'emprunt est aussi permis pour le financement de leurs infrastructures et équipements.

Par ailleurs, pour renforcer les moyens de fonctionnement des communes et leur capacité d'investissement il a été prévu la création d'un fonds de solidarité inter3 communale et d'une institution de financement des collectivités locales10.

Le fonds de solidarité intercommunale devra servir a promouvoir un développement équilibré des communes. Le financement de ce fonds est assuré par des transferts intercommunaux (péréquation horizontale), par les apports de l'Etat (péréquation

9 Les taxes patentes et licences de communaux portent sur diverses activités telles la propriété foncière, les transports, les équipements, les spectacles et divertissements, les débits de boisson et la publicité. Par ailleurs une nouvelle taxe appelée taxe sur le développement local a été instituée au bénéfice des collectivités locales.

10 Article 56 de la loi 98-007 du 15 janvier 1999.

verticale) et par des apports des partenaires au développement. Mais les modalités de fonctionnement de ce fonds n'ont pas encore été clairement définies.

L'institution de financement des collectivités locales devra fonctionner comme une institution bancaire accordant des prêts a faible taux d'intérêt pour le financement des opérations d'investissement des communes.

Enfin, les communes peuvent avoir recours a la coopération décentralisée avec d'autres Etats dans la recherche de ressources pour le financement de leurs actions de développement11.

Ainsi la loi prévoit une décentralisation financière qui jusqu'à ce jour n'est pas encore pleinement effective, de plus, l'autonomie financière réelle des communes est remise en cause par l'insuffisance des ressources financières locales qui les amène a recourir a diverses sources de financement étroitement contrôlées et réglementées par l'Etat central12.

3.2.2 La prise en compte des différences de potentialité.

Les niveaux de développement sont généralement très inégaux dans la plupart des pays en développement et se traduisent par des disparités marquées entre régions, ou entre zones urbaines et rurales. Au risque d'accentuer les disparités régionales, le cadre institutionnel de la décentralisation doit prendre en compte ces différences de potentialité dans l'attribution des compétences aux collectivités. De plus, quelles que soient leurs capacités, les collectivités locales ont toutes besoin du soutien de l'Etat pour mieux accomplir leurs tâches.

3.2.2.1 La décentralisation asymétrique.

La prise en compte des différences de capacités et de ressources des collectivités amène a une différenciation des fonctions et roles des collectivités locales : c'est la décentralisation asymétrique (PNUD, 2002 : 5).

Au Bénin, la prise en compte des disparités entre les différentes communes s'est traduite par la création de trois communes a statut particulier, a Cotonou, Porto-Novo et Parakou qui sont les trois plus grandes villes du pays. Les facteurs pris en compte pour cette décentralisation asymétrique sont la taille et l'autosuffisance budgétaire

11 ~rticle 57 de la loi 98-007 du 15 janvier 1999 et article 108 de la loi 97-029 du 15 janvier 1999.

12 Les modalités de fonctionnement et de gestion des prêts du fonds de solidarité et de l'institution de financement des communes sont fixées par l'Etat ainsi que celles de la coopération décentralisée.

des collectivités locales. Concrètement, la différence entre les communes a statut particulier et les autres communes se traduit par une augmentation des attributions du maire et des compétences propres de la commune.

Ce système permet uniquement d'octroyer plus de compétences et donc plus d'autonomie aux collectivités locales qui ont les moyens de les assumer. Mais la décentralisation asymétrique devrait également permettre de venir en aide de manière spécifique aux collectivités les moins nanties, et la création des trois communes a statut particulier ne prend donc pas encore en compte toute la diversité des situations des collectivités locales. En effet, a l'intérieur du groupe des collectivités locale ordinaires)> il existe encore une très grande variabilité en terme de population, d'étendue et surtout de ressources. Le système de péréquation horizontale du fonds de solidarité intercommunale aurait favorisé une meilleure prise en compte de ces disparités spécifiques dans le cadre de la décentralisation (PNUD, 2003 b:104).

Les communes les plus démunies ont donc plus quejamais besoin du soutien de l'Etat afin d'assumer leurs fonctions.

3.2.2.2 Le soutien de l'Etat central.

Le soutien de l'Etat aux collectivités décentralisées est un principe constitutionnel consacré par l'article 153 de la constitution du 11 décembre 1990 en ces termes : F l'Etat doit veiller au développement harmonieux de toutes les collectivités territoriales sur la base de la solidarité nationale, des potentialités régionales et de l'équilibre interrégional )>.

Ainsi, la prévoit que dans l'exercice de leurs compétences, les communes peuvent solliciter les concours des services techniques de l'Etat13. Sur le plan financier, le soutien de l'Etat passe par ses dotations, sa contribution au fonds de solidarité intercommunale et a l'institution de financement des communes14. Par ailleurs, sur le plan institutionnel, il a été crée deux structures de soutien a la mise en uvre de la décentralisation et aux collectivités locales ; la mission de décentralisation et la maison des collectivités locales.

La mission de décentralisation placée sous l'autorité du ministre chargé de l'administration territoriale a pour role de proposer au gouvernement une stratégie

13Article 108 de la loi 97-029 du 15 janvier 1999. 14Article 56 de la loi 98-007 du 15 janvier 1999.

globale pour la mise en uvre efficace, la gestion dynamique et réaliste des réformes de l'administration territoriale. La maison des collectivités locales quant a elle est chargée d'apporter un appui aux collectivités locales par la mise au point d'outils d'aide a la décision et l'animation d'un réseau de conseil et d'assistance aux communes.

Ces deux structures initient plus d'activités que la direction générale de l'administration territoriale chargée du suivi et de l'accompagnement des collectivités territoriales mais également de la formation technique et du recyclage des agents des collectivités territoriales.

Enfin, une disposition spéciale prévoit pendant une période de trois ans a partir de la mise en place des communes un soutien budgétaire de l'Etat aux communes dont les ressources financières se révèleraient insuffisantes pour l'équilibre de leur budget de fonctionnement15. Jusqu'en 2005, les collectivités locales bénéficieront donc de cet appui de l'Etat mais il n'est pas sUr qu'au bout de ces trois années les collectivités les plus pauvres soient effectivement en mesure de prendre intégralement en charge leur propre fonctionnement.

Des analyses faites qui précèdent il résulte que, le processus de décentralisation est encore a ses débuts et comporte encore des limites notamment en ce qui concerne:

· la clarification des r0les et compétences entre l'Etat et les collectivités locales;

· le niveau d'interventionnisme de l'Etat;

· l'autonomie réelle des communes eu égard aux faibles moyens financiers dont disposent la plu part des communes;

· la participation effective des citoyens a la prise de décision;

· le transfert effectif des compétences aux autorités locales.

Malgré ces insuffisances, les collectivités décentralisées sont appelées a jouer un r0le important dans la lutte contre la pauvreté notamment en ce qui concerne la mise en

uvre des stratégies de réduction de la pauvreté. Pour une réussite de la lutte contre la pauvreté, les communes et municipalités béninoises devront donc malgré leurs handicaps s'investir dans la mise en uvre de ces stratégies définies au niveau national.

15 L'Etat se doit d'assurer le bon fonctionnement de toutes les communes par des subventions et crédits spéciaux inscrits annuellement au budget national. Article 184 de la loi 97-029 du 15 janvier 1999.

75

Chapitre 4

CH 4 L'APPROPRIATION DU DOCUMENT DE STRATEGIE DE REDUCTION DE LA PAUVRETE PAR LES COLLECTIVITES LOCALES.

Selon la Banque Mondiale, les cadres stratégiques de réduction de la pauvreté doivent être définis avec la participation des représentants des couches les plus pauvres que sont la société civile, les associations de développement ainsi que les gouvernements locaux. De ce fait, le DSRP est un document élaboré de manière commune par tous les acteurs du développement local ; il est donc la propriété collective de ces différents acteurs au nombre desquels figurent en bonne place les collectivités locales.

Il paraIt alors un peu ambigu de parler d'appropriation du DSRP national par les collectivités locales dans la mesure oU l'appropriation se fait par rapport a un programme qui au départ n'était pas le vôtre. Mais le fait est que, dans le cas béninois, le DSRP n'a pas été élaboré avec la participation des collectivités locales simplement parce que comme mentionné plus haut, ces entités n'existaient pas pendant le processus d'élaboration du document. C'est ce qui justifie la nécessité de mise en uvre d'un processus d'appropriation du DSRP par les collectivités locales du Bénin. Ce chapitre sera donc consacré aux conditions d'appropriation du DSRP par les gouvernements locaux. Toutefois, les populations a la base ont été représentées par les structures déconcentrées de l'Etat et les organisations de la société civile lors de l'élaboration du DSRP. Il serait donc intéressant de questionner au préalable le processus d'élaboration afin de déterminer si les représentants des couches vulnérables ont pu influencer et contrôler le choix des priorités. Une participation effective de ces représentants constituerait en effet un facteur déterminant dans l'appropriation par les collectivités locales car les priorités définies dans le DSRP coIncideraient dans ce cas avec leurs principales préoccupations.

4.1 LE PROCESSUS D'ELABORATION DU DSRP AU BENIN.

Après nous être intéressés au cadre institutionnel de l'élaboration du DSRP, nous allons procéder a un examen du processus participatif.

4.1.1 Le cadre institutionne

Le processus d'élaboration de la stratégie de réduction de la pauvreté au Bénin selon la formule en faveur des PPTE a été lent en comparaison avec d'autres pays d'Afrique et d'ailleurs. Après une lutte acharnée entre le Ministère du plan et celui des finances pour la détermination de la structure qui mènerait le processus, il a été mis en place la Commission Nationale pour le Développement et la lutte contre la Pauvreté (CNDLP).

4.1.1.1 La Commission Nationale pour le Développement et la Lutte contre la Pauvreté.

La conception et le contrôle du processus DSRP sont coordonnés au sein d'une structure, ayant a sa tête la CNDLP. La CNDLP a été créée par décret présidentiel du 2 novembre 2000, sur proposition du Ministre d'Etat chargé du plan. La CNDLP est présidée conjointement par le Ministre du Plan (Président) et le Ministre des Finances et de l'Economie (Vice-président). Les membres du comité: sont tous les autres Ministres (17 en décembre 2000), le chef de la cellule macroéconomique de la Présidence, l'Université nationale du Bénin et les représentants de la société civile et du secteur privé tels la Chambre de Commerce et d'lndustrie du Bénin (CCIB), les syndicats et associations de femmes, les agriculteurs.

Les organes exécutifs de la commission sont le comité technique et le secrétariat technique. Le comité technique comprend des personnes de huit Ministères (Plan, Finance et Economie, Développement rural, Industrie, Education, Santé publique, lntérieur, Protection sociale et de la famille), de la CCIB et de l'UNB. Ce comité est chargé de rendre opérationnelles les orientations données par la commission.

Le secrétariat technique ou secrétariat permanent est composé d'un secrétaire technique, d'un assistant et de quelques membres de personnel. Il est chargé de la gestion journalière. Celui-ci a été le réel moteur du DSRP. Cependant, BIERSCHENK et a! (2001) déplorent que tous les membres du secrétariat ne semblent pas impliqués activement dans la préparation du DSRP et que certains comprennent difficilement l'anglais alors que la majorité des débats et des guides en la matière sont dans cette

langue. De plus, le secrétariat technique a été installé au sein du MFE, et son équipe est composée de tout le personnel ayant travaillé au sein du secrétariat permanent du PAS, auxquels ont été ajoutés quatre consultants spécialement engagés a cet effet. Le secrétaire permanent de la CNDLP n'est de ce fait que le secrétaire technique du Programme d'Ajustement Structurel.

Enfin, l'une des plus grandes insuffisances de la CNDLP est l'absence en son sein de représentants du Parlement et des structures déconcentrées de l'Administration territoriale. Ainsi, il est reproché a la CNDLP une représentativité incomplète des différentes tranches de la population et sa trop grande accointance avec l'ancien organisme de gestion du PAS (PAUL, E., 2002).

Toutefois, la CNDLP a été la cheville ouvrière pour la mise en uvre du processus
d'élaboration du DSRP tel que prescrit par la loi.

Il est important de noter qu' après l'élaboration du DSRP, l'organisation de la mise en

uvre du DSRP a été modifiée par un nouveau décret16 portant attribution, composition et fonctionnement de la CNDLP. Désormais, la CNDLP est dirigée par une assemblée plénière composée de tous les membres de la commission. A celle-ci s'ajoutent le comité ministériel, le secrétariat permanent, l'observatoire du changement social et les comités départementaux. Les deux dernières structures sont chargées du suivi-évaluation du DSRP respectivement aux niveaux national et départemental. Ce nouvel arrété a également occulté l'importance des collectivités locales puisqu'elles ne sont représentées qu'au niveau des comités départementaux. De plus, il n'a pas prévu la création des comités communaux de suivi tels que prévus dans le DSRP.

4.1.1.2 Leprocessus d'élaboration du document.

Le processus d'élaboration du DSRP a commencé au Bénin en novembrel999, par un atelier technique rassemblant les agences gouvernementales concernées: le FMI, la Banque Mondiale et les autres partenaires au développement. La version préliminaire du document a d'abord été élaborée par le gouvernement et adoptée par le conseil d'administration de la Banque Mondiale et du FMI. Le document intérimaire existait donc avant la création et l'installation de la CNDLP en novembre 2000.

13D~~ret nb2OO4GO82 du 21 février 2004.

La CNDLP a alors conduit le processus d'élaboration du DSRP définitif conformément au schéma adopté en conseil des ministres le 17 janvier 2001. Les grandes étapes de ce processus peuvent se résumer comme suit:

· organisation des séances de sensibilisation sur la nouvelle orientation de la politique de développement en faveur des décideurs, des fonctionnaires de l'administration et des représentants des différentes composantes de la société civile;

· réalisation de cinq études thématiques pour disposer d'une base scientifique permettant d'asseoir la stratégie. Elles proposent un cadre institutionnel pou mettre en uvre la DSRP;

· organisations de concertations départementales et centrales avec des groupes structurés (gouvernement, association de femmes, acteurs privés et publics des secteurs de la santé et de l'éducation, personnel de l'administration territoriale et décentralisée);

· examen du plan du DSRP, définition des objectifs et des politiques, choix des priorités prenant en compte l'évaluation des facteurs coUt-efficacité et les résultats des concertations;

· rédaction du projet du DSRP;

· adoption et validation du DSRP.

ldéalement, ce processus devrait permettre la définition d'une stratégie de réduction de la pauvreté basée sur un diagnostic correct des facteurs de pauvreté avec la participation effective et la prise en compte des préoccupations de la population. C'est pourquoi, nous allons interroger le processus participatif utilisé lors des différentes concertations afin de déterminer dans quelle mesure on pourra affirmer que le DSRP répond aux préoccupations des plus pauvres. De la qualité et de l'effectivité du processus participatif dépend en effet, comme mentionné plus haut, l'appropriation des politiques définies dans le DSRP par les gouvernements locaux actuels.

4.1.2 Le processus participatif

Par rapport aux modalités de participation prônées par la Banque Mondiale, le processus participatif instauré dans le cadre de l'élaboration du DSRP au Bénin comporte quelques limites qu'il importe de relever.

4.1.2.1 Portée du processus participatifselon la Banque Mondiale.

Selon la Banque Mondiale, dans sa publication sur les stratégies de réduction de la pauvreté, la participation se définit comme le processus par lequel les acteurs influencent et contrôlent le choix des priorités, l'élaboration des

politiques/programmes, l'allocation des ressources et/ou la mise en uvre des

programmes (TIKARE et a!, 2001). Les groupes suivants sont suggérés pour participer
au processus:

· le grand public en particulier les groupes vulnérables,

· les institutions étatiques, y compris le parlement, le gouvernement central et les gouvernements locaux,

· les organisations de la société civile comme les ONG, les organisations communautaires ou de base, les syndicats, les institutions académiques;

· le secteur privé;

· les bailleurs de fonds aussi bien nationaux qu'internationaux.

Sur la base de ce qui précède, on peut affirmer que la Banque Mondiale envisage pour les DSRP, un processus de participation profonde pour lequel les participants doivent être capables d'influencer et de contrôler la formulation des politiques /programmes, l'établissement des agendas, l'élaboration des budgets et leur mise en

uvre. Ainsi, pour la Banque Mondiale, le processus devrait être largement participatif et inclusif prenant en compte non seulement les personnes marginalisées mais aussi les organisations représentatives et les institutions faItières.

De façon idéale, on peut dire que la définition donnée par la Banque Mondiale de la participation est conforme au processus requis pour une implication profonde et large des différentes catégories de la société. Cependant, une étude réalisée par Frances STEWART et Michael WANG en mars 2003 a révélé que la contribution de la société civile n'est pas significative dans la plupart des pays bénéficiaires.

De manière générale, l'examen des différents processus participatifs s'est révélé peu convainquant. On note en effet que les processus de DSRP ont été caractérisés principalement par des structures ad' hoc et pratiquement aucune institutionnalisation de la participation, les formes de participation utilisées relevant surtout de consultations, moins souvent de collaboration et rarement de prises de décisions

(EBERLEI, 2001). Le processus participatif béninois a également souffert de cette insuffisance générale notée au niveau des DSRP.

4.1.2.2 Les limites au processus participatifbéninois.

Au Bénin, le processus DSRP a fait preuve d'un relatif effort en matière de participation sur le terrain, d'autant plus que la consultation de la société civile pour lYélaboration des politiques était inexistante dans le pays (PAUL, E., 2002).

En fait, comme décrit plus haut, divers acteurs ont été consultés ; des représentants de la société civile, du secteur privé et des ministères sectoriels. Toutefois, les séminaires départementaux se sont beaucoup plus apparentés a des séances d'informations qu'à une réelle concertation entre les différents acteurs.

Il est a remarquer que la plupart des participants a ces séminaires départementaux ont reçu leurs invitations et les documents appropriés moins d'une semaine avant, voire a la veille des séminaires. On doit manifestement en conclure que les représentants des OSC n'ont pu ni consulter leur base, ni préparer sérieusement les séminaires comme l'approche participative l'avait laissé entendre (BIERSCHENK et a!. 2001). De plus, les séminaires se sont entièrement déroulés en français sans traduction dans les langues locales alors que la majeure partie de la population béninoise ne maItrise pas cette langue.

De nombreux griefs ont été ainsi soulevés a l'encontre de la crédibilité du processus participatif. Elisabeth PAUL a retenu notamment que:

· au niveau national, les ministères sectoriels n'ont guère reçu de soutien de la part de la CNDLP pour l'élaboration de leur document propre; le Parlement n'a pas été impliqué formellement, a peine a-t-il été informé du processus et consulté sur l'avant-projet de document final;

· la société civile et le secteur privé n'ont été impliqués qu'au niveau national et non sectoriel. En outre, vu la virtualité )> de nombreuses ONG béninoises et la forte interrelation entre les sphères politique, civile et privée au Bénin, ladite société civile n'est guère crédible comme contrepoids effectif au gouvernement dans le débat sur les politiques de réduction de la pauvreté (PIROTTE, 2002; BIERSCHENK eta!, 2001);

· la composition des séminaires départementaux était loin d'être idéale, ce qui a fait que les élus locaux et les pauvres eux-mêmes n'ont qu'à peine été

consultés. La décentralisation, qui aurait permis une meilleure représentation locale, n'etait hélas pas encore effective. Ainsi donc, les résultats des consultations participatives ne sont pas considérés comme de haute qualité technique, vu que les séminaires n'ont touché qu'une faible partie de la population et que le processus participatif semble s'être réduit a une simple validation ex-post;

· la couverture médiatique du processus a été très limitée;

· de toute façon, il apparaIt qu'il n'existe guère de capacités réelles en dehors

du gouvernement pour débattre d'une question aussi importante que la

pauvreté, ni au niveau du Parlement, ni des partis politiques, ni de ladite

société civile;

· enfin, la participation dans le processus de DSRP semble n'avoir touché que des acteurs institutionnels et non des acteurs primaires (méme au cours des séminaires départementaux) et n'avoir été qu'une action ponctuelle (un passage obligé) et non un processus dans la durée, ce qui lui ôte beaucoup de crédibilité (PAUL E., 2002).

Particulièrement en ce qui concerne l'appropriation par les collectivités locales, la principale limite résulte dans le fait que les consultations départementales n'ont pas été précédées de séminaires au niveau des 77 sous-préfectures du Bénin. Or les limites territoriales des collectivités locales actuelles correspondent a celles des souspréfectures préexistantes.

De la non-implication des différents acteurs au niveau le plus bas (la sous-préfecture), résulte actuellement l'inexistence au niveau des collectivités locales, de personnes autant de la société civile que de l'administration ayant directement été impliquées dans l'élaboration du DSRP. Une telle participation aurait favorisé l'appropriation par les collectivités locales car une partie des leaders locaux aurait tenu a l'implémentation des politiques.

4.2 L'APPROPRIATION DU DSRP PAR LES COLLECTIVITES LOCALES

Les collectivités locales n'ayant pas participé a l'élaboration du DSRP, il faudrait impulser l'appropriation du programme a travers un processus d'information et d'implication dans la mise en uvre des stratégies.

Toutefois, une réelle appropriation du DSRP par les collectivités locales se lirait a travers leurs programmes d'action ou plans de développement communautaires qui dans ce cas contiendraient des programmes conformes aux stratégies du DSRP.

4.2.1 La sensibilisation/implication des collectivités locales dans la mise en oeuvre du DSRP.

Une implication efficiente des collectivités locales dans la mise en uvre du DSRP nécessite au préalable l'organisation d'un processus d'information-sensibilisation sur son contenu.

Pour la mise en uvre des stratégies du DSRP, des actions de vulgarisation sont prévues. Le document énonce a cet effet que la mise en uvre efficace du DSRP repose sur un certain nombre d'exigences dont l'une essentielle est sa bonne connaissance et son appropriation par tous les acteurs identifiés dans le document (BENIN 2002a).

A cet effet, il a été prévu la mise en uvre d'une politique de vulgarisation aux
niveaux national, départemental et communal.

Cette politique consiste au niveau communal en l'organisation d'une série d'ateliers de formation sur les programmes, leurs objectifs et les responsabilités des structures départementales. Le document recommande également la mise en uvre de toutes autres actions pertinentes pour mobiliser les différents acteurs autour des objectifs du DS R P.

Mais, jusqu'à ce jour, aucune action de sensibilisation en direction des responsables communaux ne semble avoir été engagée par les responsables du DSRP.

La CNDLP ne dispose d'aucune stratégie de sensibilisation spécifiquement destinée aux collectivités locales. Cette attitude relève de la méfiance générale que les gouvernements africains éprouvent a l'égard des institutions locales. Actuellement il existe en effet très peu d'informations concernant les modalités de mise en uvre du DSRP. Hormis les membres de la CNDLP, aucun des responsables concernés tant au niveau des organismes chargés de la décentralisation qu'au niveau des élus locaux, ne dispose d'informations concrètes concernant les modalités de leur participation a la mise en uvre du document (entretiens personnels).

Une telle situation ne favorise donc pas l'appropriation du DSRP par les collectivités décentralisées, surtout que de manière générale, le processus a été limité a un

groupe de cadres de haut niveau en contact avec la communauté internationale (PAUL, E., 2002).

Les élus locaux interrogés sur la question de leur appropriation du DSRP ont tous fait preuve d'une certaine indifférence a l'égard du contenu du document. Rares étaient ceux qui avaient déjà eu sous la main un exemplaire du document qui jusqu'à ce jour n'a pas encore été édité pour publication. Il s'agit uniquement des responsables des communes ayant déjà leur plan de développement communal (entretiens personnels).

Cette indifférence des communes serait due au fait que la mise en uvre du DSRP n'aurait pas véritablement démarré. Les responsables du Ministère du Plan interrogés a ce sujet ont expliqué que pour l'année 2003, le processus du DSRP a été limité exclusivement a un certain nombre de ministères17. Ce sont donc uniquement les ministères concernés qui ont eu a être informés et sensibilisés sur la mise en uvre du DS R P.

Un autre argument tient au jeune age des collectivités locales qui du fait de leur récente installation n'ont pu être impliquées dans le processus passé. Mais même dans le nouveau plan de sensibilisation nationale sur le DSRP qui doit démarrer a la fin du mois d'aoUt 2004, la programmation a été limitée exclusivement au niveau départemental (entretiens personnels).

Cela dénote d'un certain désintéressement de la CNDLP du role éventuel des collectivités locales car malgré leur jeune age, ils ont déjà bénéficié de plusieurs programmes IEC concernant divers domaines de leurs attributions.

A l'heure actuelle, la seule implication des communes dans la mise en uvre du DSRP consiste en leur représentation au niveau des comités départementaux de suivi mis en place a cet effet. Ces comités n'étant pas encore opérationnels malgré leur création depuis le 14 aoUt 200318, on n'est pas en mesure de juger du degré d'implication et de participation des élus locaux. Une réelle participation des communes a ce comité faciliterait grandement leur appropriation du processus car ce comité est l'organe exécutif des stratégies au niveau départemental. Il assure également l'évaluation des politiques et actions publiques de lutte contre la pauvreté.

17Ministère de la justice, ministère de la santé publique, ministère de l'environnement', ministère de l'enseignement primaire et secondaire, ministère de l'enseignement technique et professionnel, ministère des transports, ministère de l'industrie, du commerce et de la promotion des petites et moyennes entreprises

18Par arrêté interministériel n°27/MCPPD/MFE/MISD/DC/SGM/DGPP/DESP du 14 aoüt 2003.

L'institution la plus habilitée a assurer l'appropriation du DSRP par les communes, le comité communal, n'a malheureusement pas été prise en compte dans l'organisation actuelle de la CNDLP. Ce comité, uniquement composé d'élus locaux et de responsables administratifs de la commune était censé faire la revue et la collecte d'informations relatives aux actions de lutte contre la pauvreté.

Pour le moment, l'observatoire du changement social promet s'atteler dans les prochains mois a l'opérationnalisation des comités départementaux de suivi (entretiens personnels).

4.2.2 L'évaluation de l'appropriation a travers le plan de développement communa l

Malgré l'absence d'une appropriation politique réelle du DSRP par les collectivités locales, celles-ci seront amenées a faire des interventions dans le cadre de la lutte contre la pauvreté.

Analysons a présent dans quelle mesure les collectivités locales ont respecté le principe d'harmonie entre leurs programmes d'action et les grandes orientations nationales contenues dans le DSRP.

4.2.2.1 L'harmonisation despolitiques communales avec les grandes orientations nationales

Selon l'article 108 de la loi 97029 du 15/01/1999, l'une des modalités d'exercice des compétences communales est leur harmonisation avec les grandes orientations nationales. Les communes ont donc l'obligation d'agir en conformité avec les stratégies sectorielles, les réglementations et normes nationales en vigueur.

Le DSRP étant considéré comme un document d'orientation nationale, les communes se voient dans l'obligation légale de suivre ses directives ou au moins de veiller a ce que leurs programmes ne contrarient pas ses objectifs.

Le plan de développement communal doit donc s'insérer dans les priorités nationales et régionales. Les principaux documents de référence a cet effet sont:

· les études nationales de perspectives a long terme (NLTPS),

· le document de stratégie de réduction de la pauvreté,

· le programme d'action du gouvernement;


·
les stratégies de développement sectoriel (Mission de décentralisation 2003c :16-17).

Chaque commune devrait donc s'inspirer de ces documents pour élaborer son plan de développement tout en tenant compte de ses potentialités, de sa vocation et de ses ambitions. L'insertion du plan de développement communal dans la planification nationale et régionale devra s'opérersuivant le schéma ci-après.

Diagramme1 : Schéma d'insertion des PDC dans les grandes orientations nationales.

DSRP
2003-2005

Capacités internes

Faiblesses

Forces

PAG
2001-2006

Association des populations et
ambitions des autorités communales

Plan de développement régional
(Niveau départemental)

PLAN DE DEVELOPPEMENT
COMMUNAL

Vision Bénin 2025
(2000-2025)

Autres programmes
thématiques

Autres Programmes
sectoriels

Opportunités
Environnement
Menaces

Source : Guide pour la planification du développement communal, Mission de décentralisation,
novembre 2003.

Ainsi donc, les communes sont tenues de prendre en compte les orientations du DSRP pour l'élaboration de leur cadre stratégique de développement.

Pour ce faire, le conseil départemental de concertation et de coordination est obligatoirement consulté sur les programmes de développement de la commune et sur la mise en cohérence de ceux-ci avec les orientations nationales.

Pour assurer le respect de cette disposition, la loi soumet le plan de développement communal a l'approbation de l'autorité de tutelle pour le contrôle de la légalité. Ce n'est qu'après ce contrôle et l'approbation du préfet que le plan acquiert existence légale et devient exécutoire19.

19Article 142, 143 et 144 de la loi 97-029 du 15 janvier 1999.

Spécifiquement en ce qui concerne le DSRP, il est important de noter que le CDCC est membre du comité départemental de suivi. Cette disposition permettra de mettre un accent particulier sur la mise en cohérence avec les objectifs du DSRP.

Mais pour le moment, ni le CDCC ni les comités départementaux de suivi ne sont opérationnels. Pourtant, certaines communes et municipalités ont déjà élaboré et fait approuver leur plan de développement. Nous allons donc étudier le contenu de ces plans communaux afin de voir dans quelle mesure ils intègrent les orientations du DS R P.

4.2.2.2 Evaluation de l'appropriation par rapport au contenu des plans de développement communal (PDC).

Sur les 77 communes, seulement 10 disposent a l'heure actuelle d'un plan de développement communal. Cette situation est due a des difficultés institutionnelles sur lesquelles nous allons revenir dans le prochain chapitre.

Pour l'élaboration de leurs plans communaux de développement, les collectivités locales, ont fait appel a des cabinets de consultants ; ces derniers ont tenu a respecter le plan d'insertion du PDC dans les orientations nationales. Sur les dix plans de développement locaux déjà élaborés en aoUt 2002, nous avons pu en obtenir six20. Parmi ceux-ci, trois ont été élaborés avant l'adoption du DSRP et l'installation des nouveaux maires. Dans chacun de ces plans, les visions nationales a partir desquelles ont été élaborées des visions communales étaient essentiellement le NLTPS et le programme d'action du gouvernement (PAG). Ces visions communales ont servi en dernier lieu a la détermination des différentes actions du PDC.

Ici, les rédacteurs des PDC ont donc veillé a la cohérence entre leurs programmes et les objectifs définis par les Etudes Nationales de Perspectives a Long Terme (NLTPS ; Bénin 2025, Alafia). Cela ne contredit en rien le DSRP puisque comme le rappelle la Mission de Décentralisation, le NLTPS a servi de référence a l'élaboration du Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (Mission de décentralisation 2003c, 17).

Quant aux communes qui ont élaboré leurs plans de développement a partir de l'année 2003 (Lokossa, Glazoué) elles ont toutes expressément fait référence au DSRP après le NLTPS pour l'intégration de leurs objectifs dans les grandes orientations

201l s'agit des communes de BaniKoara, Dogbo, Glazoué, Kandi, Kérou et LoKossa.

nationales. La SNV qui soutient actuellement 30 communes béninoises dans l'élaboration des PDC affirme qu'il est expressément tenu compte des orientations du DSRP dans les différents programmes. Les communes de Sèmè-Kpodji et de Porto-Novo qui élaborent actuellement leur PDC se réfèrent également aux orientations du DS R P.

Ainsi, les actions définies dans les PDC rentrent de manière générale dans la logique du DSRP. Toutefois dans aucun des PDC il n'a été défini des objectifs stratégiques dont le but déclaré serait la contribution a l'atteinte des résultats attendus par le DSRP.

Malgré cela, la majorité des actions et programmes contenus dans les PDC peut facilement être classée sous les différents axes d'interventions définies par le DSRP. Ainsi, la promotion et la diversification de la production agricole, le développement de l'hydraulique, la couverture sanitaire et la promotion de la femme sont entre autres divers objectifs inscrits a la fois dans le DSRP et dans plusieurs PDC.

Cela démontre que le DSRP a fait un diagnostic assez exact des causes et déterminants de la pauvreté au Bénin. C'est pourquoi, les PDC sans avoir cherché de manière précise a atteindre les objectifs du DSRP sont arrivés a définir des politiques qui correspondent a maints égards aux actions prévues par le DSRP.

S'il n'y a pas eu une adhésion formelle ou politique des élus locaux aux stratégies du DSRP, dans la pratique leurs actions tendent vers la réalisation de ses objectifs.

On peut donc conclure qu'il n'y a pas eu un processus d'appropriation du contenu du DSRP par les collectivités locales mais que les obligations légales les ont conduit a prendre en compte les orientations du DSRP dans l'élaboration de leurs PDC. Cette prise en compte est également influencée par le fait que le DSRP a été adopté par les bailleurs de fonds qui en font désormais leur cadre stratégique d'aide. Les communes sont donc conscientes qu'elles ont intérét a s'inscrire dans la méme logique pour pouvoir bénéficier des subventions internationales.

Il nous reste donc a savoir si les communes ont actuellement les capacités institutionnelles nécessaires a la mise en application de ces plans.

Chapitre 5

CH 5 LES CAPACITES INSTITUIONNELLES DES
COLLECTIVITES LOCALES

La mise en uvre du DSRP par les collectivités locales nécessite d'une part une appropriation correcte du document par les élus locaux et suppose d'autre part que les communes soient dotées de bonnes capacités de gestion et des ressources financières suffisantes. Plus spécifiquement dans le cadre du DSRP, elles doivent bénéficier des aides budgétaires destinées a cet effet.

5.1 LES CAPACITES LOCALES DE GESTION

Les communes ont besoin de ressources humaines et de moyens logistiques afin de mener a bien leur mission. Dans la majorité des communes béninoises, l'une ou l'autre de ces ressources est déficiente, ce qui handicape sérieusement la qualité de gestion de communes.

5.1.1 Les ressources humaines.

L'une des principales sources des difficultés de gestion au niveau local se situe au niveau du déficit en ressources humaines. Celles-ci sont constituées du personnel administratif et technique travaillant pour la commune et des élus locaux qui doivent diriger la mise en uvre des stratégies.

5.1.1.1 Les capacités des ébus b~caux

Une étude menée en 2003 par le PNUD (BEDIYE et a!., 2003) révèle que les élus locaux ont un niveau d'instruction très faible. Comme le montre le tableau 1, près de 30 % d'entre eux sont sans diplôme et seulement 26 % ont un niveau universitaire. Ceci représente un handicap important surtout lorsqu'on sait que la décentralisation est a sa toute première expérience. En tant que premiers élus locaux ils sont donc appelés a mettre en place toute une organisation institutionnelle et structurelle de gestion des communes. Le défaut d'instruction rend donc particulièrement difficile la tâche des élus locaux dont certains ne maItrisent pas actuellement l'étendue de leurs responsabilités nile statut de la commune au sein de l'Etat.

Tableau 1 : Classification des élus par niveau d'instruction

Départements

Niveau (%)

 

Moyen (BEPC+)

Faible (CEPE)

Bas (sans diplôme)

Alibori

21

24

16

37

Atacora

30

46

10

27

Atlantique

31

27

22

19

Borgou

22

31

13

32

Collines

28

28

12

22

Couffo

21

32

11

34

Donga

34

36

06

23

Littoral

41

32

11

34

Mono

25

44

07

23

Ouémé

26

36

09

35

Plateau

22

22

09

47

Zou

27

27

14

30

Moyenne nationale

26

32

12

30

 

Source : BEDIYE eta! (2003).

Par ailleurs, les statistiques présentées plus haut sont des moyennes établies au plan national qui cachent de grandes disparités. Ainsi, il y a une grande concentration d'élus locaux de niveau d'instruction élevé dans certaines communes comme le Littoral et l'Atlantique qui affichent respectivement 41% et 31% d'élus locaux ayant un niveau universitaire. Cela implique donc que dans certains autres départements, le pourcentage d'élus locaux sans diplôme ou avec un faible niveau est largement supérieur à la moyenne nationale. Le département du Plateau fait partie de ceux-là avec plus de 47% d'élus locaux sans diplômes. Les chiffres dont nous disposons ne couvrant que le niveau départemental (il existe 12 départements au Bénin pour 77communes), il est évident que les disparités sont encore plus grandes au niveau communal surtout quand on prend en compte le fait qu'il y a toujours plus d'intellectuel dans les milieu urbain que dans les milieux ruraux. La méme étude menée par rapport aux activités professionnelles révèle que 42% des élus n'ont pas de profession reconnue par l'Etat. Ce sont généralement des élus sans diplôme scolaire. Toutefois la présence d'agriculteurs, d'instituteurs et d'enseignants du secondaire est très importante.

Tableau 2 : Catégorisation des élus selon les activités professionnelles

Départe ents

Activités professionnelles (%)

 

Ingénieur

Ad inistrateur

Professeur

Instituteur

Agriculteur

Co erçant

Forces ar ées

Autres

Alibori

1

0

1

09

08

37

07

2,1

34

Atacora

0

0,8

0

08

17

16

0,8

9

55

Atlantique

0,7

05

04

10

07

13

11

4

46

Borgou

0

01

04

11

16

24

07

3,1

36

Collines

02

02

04

09

14

14

04

1,1

48

Cou44o

0

01

03

07

19

19

11

0,9

38

Donga

0

05

03

11

21

11

08

3,3

39

Littoral

0

03

09

09

03

0

16

4,4

58

Mono

01

01

07

05

25

10

08

2,4

43

Oué é

0,7

03

02

12

12

10

16

2,1

32

Plateau

0

02

01

11

19

12

24

0,0

29

Zou

0,8

06

01

08

13

14

12

2,1

43

Moyenne Nationale

0,6

03

03

10,4

15

16

10

2,6

39,42

 

Source : BEDIYE eta! (2003).

Cette catégorisation des élus locaux n'est que le reflet de la situation nationale car le taux d'analphabétisme au Bénin est de 70%.

La catégorisation professionnelle de élus locaux a montré qu'une forte proportion d'entre eux à un bas niveau et exercent des petits métiers. Ceci a un impact important sur l'exercice de leur fonction car les élus locaux dans leur ensemble ne connaissent pas les roles qu'ils doivent jouer aux postes qu'ils occupent. Ils ne connaissent pas non plus les relations qu'ils doivent développer les uns envers les autres et avec les services déconcentrés de l'Etat. Cette ignorance est source de conflits d'attribution qui ne facilitent pas l'exercice serein des fonctions communales (BEDIYE et a!., 2003).

Toutefois, les élus ont de très grandes ambitions pour leurs communes et ceci dans divers domaines. Mais ils n'ont pas toujours les capacités intellectuelles pour traduire ces ambitions en programmes et projets de développement.

La situation serait meilleure s'ils disposaient d'un personnel qualifié, capable de traduire leurs visions politiques en programmes concrets.

5.1.1.2 Le deficit depersonnel communal

Le faible niveau d'instruction des élus locaux ne serait pas dommageable en soi si ceux-ci disposaient d'un personnel communal de qualité. Or, il existe là également un déficit aussi bien qualitatif que quantitatif.

Les communes béninoises ont hérité du personnel des anciennes sous préfectures et elles ont le droit de faire de nouveaux recrutements d'agents sur leurs budgets propres. Mais compte tenu de leur récente installation et des difficultés budgétaires qu'elles rencontrent, peu de communes ont réellement recruté de nouveaux agents pour étoffer leur personnel.

C'est donc presque exclusivement le personnel des anciennes sous préfectures qui est actuellement employé dans les communes. Or une étude de la Maison des Collectivités Locales en 2000 a montré que l'état des ressources humaines au niveau des futures collectivités locales est peu reluisant. Ce personnel souffre en effet de déficits aux plans quantitatif et qualitatif, mais fait également l'objet d'une mauvaise gestion.

L'effectif total du personnel communal pour les 77 communes du Bénin est de 4066 agents très inégalement répartis sur l'ensemble du territoire national. L'exemple le plus illustratif de cette disparité est celui de la commune de Cotonou qui a elle seule compte plus de 1000 agents soit près de 25% du total national.

Au niveau qualitatif, on peut constater au sein du personnel communal une forte prépondérance d'agents appartenant a une catégorie peu ou pas qualifié (51,82% en catégorie D et 11,6% en catégorie E). Il y a donc une prépondérance des agents ayant vocation a occuper des emplois correspondant a des tâches d'exécution courante (catégorie D) ou ne nécessitant pas de qualification particulière (catégorie E) au détriment des agents ayant vocation a occuper des emplois correspondant a des fonctions de direction, de contrôle (catégorie A, 4,76%), d'élaboration et d'application a haut niveau (catégorie B, 2,04%) ou méme a des tâches d'exécution spécialisées (catégorie C, 4,01%).

Les services des communes béninoises sont donc systématiquement sous encadrés a l'exception des grandes villes (Cotonou, Porto-Novo, Parakou) qui disposent d'un assez fort taux de personnel d'un bon niveau technique. Méme les villes moyennes ne disposent qu'exceptionnellement de cadre de niveau licence. En moyenne, moins de 5% du personnel des communes est éligible a la catégorie des cadres. Mais comme le souligne NACH MBACK (2003 :441), le personnel de la catégorie des cadres ne signifie pas non plus personnel qualifié. Le critère, ici, tient essentiellement compte du niveau d'étude ou de formation de l'agent, sans que ces études ou cette formation ne

répondent forcément a un profil spécifique en matière d'ingénierie administrative ou technique.

Ainsi, l'enjeu des ressources humaines communales se réduit parfois a la simple question de savoir oU trouver un personnel minimum capable d'appuyer les nouveaux élus locaux pour assurer le démarrage des communes (NACH MBACK, 2003: 440). Si l'on ajoute a cela le faible niveau d'instruction des élus locaux décrit plus haut la carence en ressources humaines des collectivités locales prend des dimensions dramatiques.

Les collectivités locales ont de ce fait d'énormes difficultés pour élaborer des plans de développement communautaire conséquents. Il est encore plus délicat de leur demander l'élaboration de stratégies sectorielles rentrant dans le cadre de politiques spécifiques de lutte contre la pauvreté.

De ce fait, elles font massivement appel a des consultants et a des structures de soutien a la décentralisation pour l'élaboration des stratégies. Mais pour leur mise en )uvre il leur faut nécessairement disposer de personnel qualifié. Le renforcement des capacités a travers la formation professionnelle s'impose donc aux collectivités locales afin qu'elles soient dotées d'un personnel a la hauteur de leurs responsabilités.

5.1.2 La problématique du transfert de compétences

Une autre limite aux capacités locales de gestion est la question du transfert effectif des compétences pour que les collectivités locales puissent disposer des moyens logistiques nécessaires a la gestion des communes. La cession de ces moyens est subordonnée au transfert de compétences.

5.1.2.1 Le retard dans les transferts de compétences

A l'heure actuelle, très peu des compétences nouvelles recommandées ont été réellement transférées aux collectivités locales. Si théoriquement, la loi demande le transfert des compétences, ce ne sont que les compétences exercées par les anciennes sous préfectures qui sont effectivement transférées aux communes. Or, les sous préfectures étant simplement des administrations de commandement placées sous l'autorité des préfets, on se rend bien compte que les communes n'ont pas encore l'autonomie décisionnelle édicté par le principe de la décentralisation béninoise.

Les ministères sectoriels et les administrations déconcentrées hésitent a se dessaisir de leurs prérogatives au bénéfice des communes. De ce fait, les maires n'ont pas réellement la maItrise de la gestion de leur localité. Il leur est donc difficile de mettre en uvre des programmes de lutte contre la pauvreté dans des domaines dont ils n'ont pas encore la gestion.

Par ailleurs ce défaut de transfert prive les communes des moyens logistiques et techniques qui leur auraient été transmis en méme temps que l'exercice des compétences (entretiens personnels). Cela constitue donc un frein majeur a une lutte efficace contre la pauvreté par les collectivités locales. Pour le directeur de la Maison des Collectivités Locales, il ne s'agit que de l'inévitable résistance au changement. Il y a nécessairement une période de latence qui permet aux différents acteurs de prendre la mesure des changements politiques institutionnels et relationnels que la décentralisation induit dans divers secteurs d'activité (Issa Démolé Moko, interview accordé au Municipal, n° 067-070 décembre 2003: 6-7). Le représentant du PDM interrogé a cet effet estime qu'il est indispensable d'organiser des séances de sensibilisation en direction des cadres de l'administration centrale pour qu'ils soient plus réceptifs aux changements de la décentralisation.

Actuellement, il a été mis sur pied une commission paritaire composée des représentants des ministères et des communes pour déterminer les modalités pratiques de transfert des compétences. Il est demandé a chaque ministère de faire le point des compétences que la loi transfère et d'établir un chronogramme de transfert effectif des compétences (entretiens personnels).

Toutefois, il existe encore des blocages au niveau des cadres qui ne veulent pas se départir de leurs anciennes prérogatives. Seul le ministère de l'environnement a amorcé la phase de transfert effectif des compétences.

Les communes devront organiser un lobbying et entrer en négociations avec l'exécutif qui doit leur céder tout ou partie des compétences a court, moyen et long terme. En effet, on imagine mal comment elles pourront gérer leurs communes quand par exemple les crédits de construction d'écoles, de centres de santé, de routes (qui relèvent des compétences des communes) sont inscrits dans les budgets des ministères oU se combinent toutes les pesanteurs pour bloquer le transfert.

5.1.2.2 Les moyens logistiques

Le défaut de transfert de compétences décrit plus haut entraIne au niveau des collectivités locales un manque crucial de moyens logistiques. Les communes ayant hérité pour l'heure uniquement des biens des sous préfectures se trouvent particulièrement démunis. A part les trois communes a statut particulier et quelques communes urbaines importantes les autres communes sont entièrement dépourvues de matériels de travail et d'équipements techniques.

Dans la majorité des communes, la mairie ne dispose en général que d'une seule ligne téléphonique. Quant aux fournitures et équipements de bureau, ce sont les communes privilégiées qui peuvent s'enorgueillir de posséder par exemple un microordinateur. L'essentiel se résumant simplement a quelques tables et chaises et a des machines a écrire mécaniques. En ce qui concerne les voitures et les équipements nécessaires pour assurer la voirie et l'entretien des routes, ils ne sont disponibles que dans les communes urbaines. Les autres communes doivent en cas de besoin faire appel a la préfecture ou aux différentes directions départementales concernées, la loi prévoyant le soutien et l'assistance technique des services de l'administration centrale aux communes. Mais comme le fait remarquer l'un des élus communaux interviewés, les communes relevant d'un même département peuvent être assez nombreuses et les cadres de ces administrations font preuve d'un manque de bonne foi pour répondre a leurs sollicitations (entretiens personnels).

Les ministères doivent donc suivre l'exemple de leur confrère du MEHU en rapprochant les services publics des communes. Il faudra alors procéder a un redéploiement de leurs services vers les entités déconcentrées et les doter de moyens techniques supplémentaires. Ainsi, ils pourront jouer efficacement leur role d'assistance aux collectivités locales.

Toutefois, les communes pour s'assurer une autonomie effective devront se doter d'un minimum de moyens logistiques. Mais pour cela il faut qu'elles puissent entrer en pleine possession de l'exercice de leurs compétences. C'est seulement dans ces conditions qu'elles pourront planifier de manière conséquente leurs programmes d'investissement et de développement.

L'insuffisance des capacités locales de gestion constitue un handicap non négligeable pour la mise en uvre des stratégies de lutte contre la pauvreté encore

aurait-il fallut que les communes disposent des moyens financiers nécessaires a la mise en uvre desdites stratégies.

5.2 LE FINANCEMENT DE LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETE AU NIVEAU LOCAL

La mise en uvre des différents programmes définis dans le DSRP se fait grace a des dotations budgétaires aux ministères et institutions concernées. Les axes stratégiques et priorités qui sont contenus dans les budgets programmes font l'objet d'attention particulières pour les programmations des dépenses (BENIN, 2002a: 70). Les communes ayant défini des programmes rentrant dans le cadre du DSRP devraient donc a cet égard bénéficierdu soutien de l'Etat.

5.2.1 Le transfert de ressources vers les collectivités locales

Dans le cadre de la mise en uvre du DSRP, il est prévu des transferts budgétaires en direction des communes et d'autres modes de financement de la lutte contre la pauvreté au niveau local.

5.2.1.1 Part du budget de l'Etat effectivement transféré aux collectivités locales

De 2001 a 2003, en terme de dépenses en capital, des dotations ont été inscrites dans les budgets au profit des collectivités locales. Mais peu de ressources ont été effectivement transférées. Les faibles taux d'exécution constatés en 2002 et surtout en 2003 s'expliqueraient selon la CNDLP par le fait que la décentralisation pose encore des problèmes de transfert de compétences et de renforcement des capacités.

Dans tous les cas les ressources transférées sont largement en dessous des besoins des collectivités dans un schéma de lutte contre la pauvreté oU le développement a la base est une priorité. Les parts de dépense en capital dans le budget général affectées aux collectivités sont faibles aussi bien pour les prévisions que pour les réalisations. Le tableau 3 montre que moins de 1% des fonds sont affectés aux collectivités locales que ce soit en dotations ou en engagements.

Tableau 3 : Part des dotations en capital des collectivités dans l'ensemble du budget.

Années

Dotations totales
en capital du
budget (en
millions FCFA)

Dotations en
capital des
collectivités
(en millions
FCFA)

Part des
collectivités
dans
dotations en
capital (%)

Engagements
totaux en capital
du budget (en
millions FCFA)

Engagements
en capital des
collectivités
(en million
FCFA)

Part des
collectivités
dans les
engagements
en capital (%)

2001

160 860

1050

0,65

128 011

329

0,26

2002

175 628

1 134

0,65

118 739

151

0,13

2003

169 827

915

0,54

123 281

10

0,01

 

Source: Rapports d'exécution du Budget Général de l'Etat 2001, 2002 et 2003.MFE

Des dispositions sont donc nécessaires pour améliorer non seulement le taux d'exécution mais aussi la part de dotation des collectivités locales.

Les maires affirment par ailleurs que les communes n'ont jusqu'ici que des subventions d'équilibre prévu pour leur budget de fonctionnement et qui existaient déjà du temps des sous préfectures. Les subventions pour les investissements nécessaires a la lutte contre la pauvreté et méme au développement en général demeurent les grands absents.

Les lignes budgétaires prévues pour le financement de la lutte contre la pauvreté vont pour le moment uniquement en direction des ministères sectoriels. Ceci, bien que les compétences reconnues aux communes couvrent largement les domaines prioritaires identifiés pour la période 2003-2004. Il s'agit principalement du secteur éducatif, de la santé, des infrastructures routières, de l'environnement et de l'appui a la gestion urbaine. Autant de secteurs oU dorénavant les principaux responsables sont les communes.

Pour l'année 2004, il a été accordé une fois de plus uniquement une subvention spéciale d'équilibre destinée a porter le montant du budget de chaque commune a 40.000.000 de francs CFA au moins21.

Ceci laisse entrevoir que le chemin est encore long avant que les collectivités ne puissent bénéficier de dotations budgétaires suffisantes pour financer les programmes de lutte contre la pauvreté.

21 Arrêté n°934/MFE/DC/SGM/DA/DGB/DGCTI du 20 juillet 2004 portant octroi de subventions spéciales d'équilibre aux communes.

5.2.1.2 Les autres sources definancement de lutte contre lapauvreté.

En dehors des dotations budgétaires, l'Etat béninois met en uvre un programme national appelé programme de développement communautaire. Plusieurs projets ont été initiés dans ce cadre pour promouvoir le développement a la base et renforcer les capacités des populations afin qu'elles participent a la préparation de la prise de décision et au processus de développement de leurs localités. Il s'agit de l'un des rares programmes conçus spécifiquement en direction des communes dans le cadre de la lutte contre la pauvreté. Ces projets sont répartis sur l'ensemble du territoire national. Toutes les communes du Bénin sont donc couvertes par un programme de développement communautaire (CNDLP, 2004). Nous ne disposons malheureusement

pas des données suffisantes pour mesurer l'importance et l'efficacité de ces
programmes au niveau communal.

Par ailleurs, pour ce qui est du financement de la lutte contre la pauvreté, le DSRP prévoit également la promotion de services financiers décentralisés. Actuellement, selon les calculs de la cellule de microfinance, le taux de pénétration des services financiers décentralisés a atteint 26.3% en 2003 (CNDLP, 2004 : 5). Ainsi, un peu plus du quart de la population économiquement pauvre a accès et bénéficie des services d'épargne et de crédit auprès des institutions de microfinance. Ce taux est encore très faible au regard des objectifs définis dans le DSRP. Pour apporter un meilleur soutien aux collectivités locales, il faudra mettre en place le Fonds de soutien aux services financiers décentralisés afin d'accroItre leurs capacités d'intervention. Ceci permettra, a défaut de soutien direct aux communes, d'augmenter le volume des activités économiques au niveau local, ce qui, a long terme, sera source de ressources supplémentaires pour les communes.

Enfin, aucune des structures de financement des collectivités locales prévues par la loi n'est encore fonctionnelle.

Cette insuffisance de soutien financier a la lutte contre la pauvreté par les communes rentre dans le cadre de la problématique générale de transfert de ressources sur laquelle il serait intéressant de revenir.

5.2.2 La problématique du transfert de ressources

Les modalités de transfert de compétence doivent être clairement définies afin que les collectivités locales bénéficient pleinement des appuis financiers dans le cadre de la lutte contre la pauvreté.

5.2.2.1 Les modalités de transfert de ressourcesfinancières aux communes

La législation béninoise ne préconise pas le transfert concomitant des compétences et des ressources. L'Etat a la latitude de décider de l'allocation de dotations ou de subventions et d'en décider du montant et des critères de répartition (PDM, 2003 : 66). Pour le moment, c'est uniquement les modalités d'avances de trésorerie aux communes qui ont été fixées. Ainsi, l'Etat va consentir des avances aux communes dans deux cas:

· insuffisance momentanée de la trésorerie communale;

· obligation de faire face a une dépense exceptionnelle survenue au cours d'un exercice dans des circonstances imprévisibles au moment de la préparation du budget de la commune22.

Les avances de trésorerie aux communes ne pourront donc pas être utilisées dans le cadre de la mise en uvre de programmes de lutte contre la pauvreté. On ne peut pas intégrer des actions programmées de lutte contre la pauvreté dans les deux cas cités plus haut. Il s'agit en effet exclusivement de préts remboursables sur deux ans pour des dépenses indispensables et urgentes ou imprévues. De plus, il est exclu que les avances de trésorerie soient sollicitées pour des déficits budgétaires23. Cela suppose que les avances de trésorerie ne sont pas destinées a couvrir des investissements budgétaires nécessaires a la lutte contre la pauvreté.

Pour l'heure, les collectivités devront faire recours aux subventions que l'Etat prévoit accorder aux collectivités locales.

Dans le budget, les subventions étatiques se limitent exclusivement a celles qui existaient du temps des sous préfectures. Il s'agit de la subvention aux communes en remplacement des taxes civiques et de la subvention d'équilibre du budget de fonctionnement.

Au total, les 77 communes se partageront 7 milliards de FCFA de subvention, soit l'équivalent du budget de la municipalité de Cotonou pour l'exercice 2001. De plus les termes de répartition de ces subventions ne sont pas encore connus. Et si l'on tient compte des critères démographiques et des niveaux d'équipement, on se rend compte que pour certaines communes, la dotation de l'Etat ne représentera presque

22~rt~c~es 4 et 5 du décret nb2000G413 du 15 octobre 2001.

23 ~rtjc~es 7 et suivant du décret nb2000G413 du 15 octobre 2001.

rien dans leurs recettes budgétaires (PDM, 2003 : 67). Par ailleurs, on constate bien que les subventions prévues rentrent presque exclusivement dans le cadre des budgets de fonctionnement. Le problème de transfert de ressources pour les investissements est donc étroitement lié a celui du transfert des compétences. Car tant que les compétences ne seront pas effectivement transférées, les fonds prévus pour la lutte contre la pauvreté iront toujours aux ministères sectoriels. L'un des enjeux majeurs de l'implication des collectivités locales dans la mise en uvre du DSRP se situe donc au niveau du transfert effectif des compétences et des ressources y afférentes.

5.2.2.2 Quelques perspectives pour un transfert des compétences et des ressources dans le cadre de la lutte contre la pauvreté

Le blocage du transfert des ressources et de l'effectivité de la gestion des

compétences par les communes est diversement apprécié. Tous les maires condamnent le gouvernement et les partisans de l'opposition se demandent s'ils ne font pas les frais de leurs choix politiques. Au ministère des finances on stigmatise la fragilité des administrations locales et le manque de sérieux des maires (entretiens personnels).

Une étude réalisée a ce sujet par le ministre des finances sur ce qu'il adviendrait des ressources transférées aurait aboutit a la conclusion que 60% des ressources seront détournées ou mal gérées dans les administrations locales (LOKO : 2003) dont on a dénoncé par ailleurs le manque de cadres compétents. Pour le directeur de la Maison des Collectivités Locales, l'argument qui consiste a dire que les communes ne disposent pas des compétences techniques est valable. Mais ce handicap peut être surmonté grace a la possibilité de gestion déléguée prévue par la loi.

Dans tous les cas, toutes les parties sont conscientes qu'il faudra trouver une solution concertée au transfert de compétences et de ressources. Le pouvoir central et les collectivités locales doivent définir ensemble les modalités de mise en uvre des transferts au niveau local.

Le Ministère des Finances a récemment créé a cet effet une commission paritaire sur les transferts des compétences et des ressources. Cette commission doit procéder a une étude sur les différentes ressources et compétences a transférer et faire une proposition de chronogramme et de modalité d'exécution de ces transferts. Cette proposition sera alors soumise a l'approbation des maires et du gouvernement (entretiens personnels).

Mais, en ce qui concerne de manière spécifique les subventions dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, aucune disposition n'est prise et la CNDLP n'a pas déterminé les modalités d'attribution des subventions.

A ce sujet, le DSRP a prévu que les appuis budgétaires se feront de manière sectorielle. Mais il n'existe aucune précision concernant la distribution entre les différents acteurs intervenant dans le secteur. Faudra-t-il pour chaque secteur déterminer la part qui revient aux collectivités locales et celle qui revient aux ministères?

Pour le moment, les arbitrages intersectoriels se font entre les ministères avec une clé de répartition qui tient compte de la masse des activités a réaliser. Les bailleurs de fonds quant a eux ont la possibilité de faire un appui budgétaire simple portant sur l'ensemble du processus DSRP ou des appui ciblés en fonction de leurs domaines d'intérêt (entretien personnels avec les membres du CNDLP).

Une seconde option serait de laisser aux ministères le choix de déterminer les montants qu'ils alloueront aux collectivités locales. Mais cette dernière solution contribuera a accroItre la dépendance des communes par rapport au gouvernement central.

A notre avis, la meilleure solution serait de mettre en place un système de péréquation qui tienne compte de l'étendue des compétences de chaque acteur dans le secteur concerné. Une fois qu'on aurait ainsi déterminé la part qui revient aux collectivités locales, il faudra dans un second temps assurer l'arbitrage entre les différentes collectivités locales.

Il s'agit donc de déterminer les conditions d'éligibilité des communes a ces appuis budgétaires et les clés de répartitions des subventions. Les critères pouvant être utilisés dans ce cas concerneront notamment le poids démographique, le niveau d'équipement dans le domaine considéré, la qualité du programme proposé par secteur.

Mais, compte tenu de la forte tradition centralisatrice de l'administration béninoise, les communes devront s'organiser en un lobbying efficace pour entreprendre des négociations avec l'Etat afin de faire avancer le dossier.

L'Association Nationale des Communes créée en novembre 2003 pourrait servir de cheville ouvrière dans la recherche de solution a la question. Mais ces principaux

responsables sont alliés a la mouvance présidentielle, ce qui semble limiter leurs capacités de revendication auprès du gouvernement (entretiens personnels).

Pourtant l'ensemble des bailleurs de fonds qui soutiennent le processus DSRP et qui ont la possibilité d'influencer les actions du gouvernement pourraient constituer un autre allié important. Pour ce, les communes devront très tot s'organiser et proposer l'une des modalités de transfert qui les arrange le plus et essayer d'acquérir a leur cause les différents décideurs impliqués dans la lutte contre la pauvreté au Bénin.

CONCLUSION

Les collectivités locales sont appelées a devenir les principaux acteurs de la lutte contre la pauvreté au Bénin. Ceci transparaIt autant a travers les objectifs de la décentralisation (gouvernance locale, amélioration des services sociaux de base) que dans le mandat et les compétences de celles-ci. Toutefois, l'organisation institutionnelle de la décentralisation présente certaines insuffisances notamment en ce qui concerne le degré d'autonomie décisionnelle et financière des entités décentralisées. Ce qui diminue l'aptitude des collectivités locales a entreprendre des actions de lutte contre la pauvreté.

Particulièrement en ce qui concerne le DSRP, elles sont actuellement dans l'incapacité d'assurer l'implémentation des stratégies définies par celui-ci. Cette situation est du a la fois a un défaut d'implication des entités locales dans le processus DSRP et a une insuffisance des capacités institutionnelles au niveau local.

En effet, la prise en compte des orientations du document dans les plans de développement locaux n'est pas le fruit d'une appropriation réelle du DSRP par les autorités locales. Cela résulte d'une obligation légale d'harmonisation de ces plans avec les grandes orientations nationales et du soutient apporté par leurs partenaires potentielles aux stratégies définies dans le document. Sinon, aucune action visant l'appropriation voir l'implication des collectivités locales dans le processus DSRP n'a été entreprise a ce jour.

Par ailleurs, les entités décentralisées souffrent actuellement d'un manque de capacités institutionnelles qui compromet l'exécution de tout programme de lutte contre la pauvreté. Cette insuffisance se caractérise par un déficit qualitatif et quantitatif en ressources humaine et un défaut de moyens technique te logistiques qui résultent d'un défaut de transfert de compétences et des ressources y afférents. A ceci s'ajoute le fait que les collectivités locales ne bénéficient pas encore des appuis budgétaires prévus dans le cadre de l'implémentation du DSRP.

Dix huit mois après l'installation des nouvelles autorités locales au Bénin, la mise en )uvre du DSRP par les collectivités locales n'est pas encore amorcée. Cette situation est du autant a l'état d'avancement de la décentralisation qu'aux réticences du gouvernement central quant a l'implication des collectivités locales au processus

DSRP. Car, la mise en uvre du DSRP au niveau local dépend de l'effectivité de la décentralisation.

Pour assurer l'implémentation du DSRP par les entités locales béninoises, il faudra d'une part lutter pour que la décentralisation devienne une réalité grace au transfert effectif des compétences et ressources concomitantes de l'Etat central vers les collectivités locales. D'autre part, il est nécessaire que celles-ci soient associées a la coordination et a la gestion des actions de lutte contre la pauvreté au niveau national. Une représentation des entités décentralisées au niveau de la commission nationale pour le développement et la lutte contre la pauvreté serait une action importante dans ce sens.

L'une des voies pour atteindre ces objectifs est la constitution par les entités décentralisés d'un lobbying efficace pour négocier avec le gouvernement central les modalités des transferts de compétences et de ressources et leur implication effectives dans les prises de décisions au niveau national surtout en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté. Mais encore faudrait-il qu'ils surmontent leurs différends politiques afin de se présenter en un bloc uni face au gouvernement central.

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Ressources Internet utilisées www.ecdIDm.org

www.worldbank.org

www.beninensis.net

www.gouv.bj

www.IDdm-net.org

www.undID.org

ANNEXES

Annexel : ProfiL pays du Bénin

Annexe 2: Liste des personnes rencontrées.

1- ABOU MoussiLiatou: Experte en programmation participative, PRODECOM

2- AGBOTA Ambroise: Expert NationaL en charge des conditions de vie et de La pauvreté, Observatoi re des Changements Sociaux.

3- AHOHOUNKPANZON MicheL, ConseiLLer en PoLitiques, PNUD Bénin.

4- AKPATA Joseph: Maire de La commune d'Ifangni, 1er Vice-président de L'Association NationaLe des Communes du Bénin.

5- ALLAGNON Ignace, Adjoint au secrétaire permanent de La CNDLP.

6- DEHA Antoine: Coordinateur projet Mise en pLace d'un mécanisme de suivi de La gouvernance LocaLe au Bénin >, projet PNUD/ANCB/MISD.

7- GBEDAN Mathias : Maire de La commune de Sèmè Kpodji.

8- GBEDIGA Raymond : Secrétaire généraL adjoint, Mairi e de Porto Novo.

9- HOUESSOU Akodjigbé RaouL : Maire de La commune de Lokossa.

10- HOUSSOU FLorent ComLan: Secrétaire GénéraL Adjoint, ministère chargé du pLan.

11- IGUE Oscar, Directeur du Département Communication, Informationet Assistance, Mission de décentraLisation.

2ème

12- METOGNON Benjamin Houngnimabou: Adjoint au maire, Mairi e de Porto-
Novo.

13- NACH MBACK CharLes : Chargé de mission appui aux poLitiques nationaLes de décentraLisation, PDM.

14- ODJUGBE Justine : Coordinatrice de L'Observatoire des Changements Sociaux.

15- SASSE FLorentin: ConseiLLer technique a La gestion des ressources humaines, Maison des coLLectivités LocaLes.

16- WEINSOU CLaude Guy: ConseiLLer senior en pLanification, SNV.

Annexe 3 : Organisation institutionneLLe de La décentraLisation au Bénin.

Département

Autorité de tutelle

Conseil municipal ou
communal (Elus au su11rage
universel direct et secret)

Organe délibérant

Le budget communal

Le plan de développement communal

Le développement économique, social, sanitaire, culturel et scientifique La protection de l'environnement L'amélioration du cadre de vie La coopération intercommunale La coopération décentralisée

E

L E

C T

I O

N S

L

O

C A

L E S

Chef d'arrondissement
Confirmé par arrêté du
maire

Conseil de village ou de
quartier de ville

d é s

i g

n a ti

o

n

é

l e

c t

i o n s

Arrondissements

Subdivision administrative des
communes sans personnalité
juridique ni autonomie
financière

Villages ou quartiers de
ville
Subdivision administrative de
base sans autonomie

Désignation

Elections

Commune
Unique niveau de décentralisation

Chef de village ou de quartier
de ville

Conseil d'arrondissement
Composé des chefs de village
et de quartier

Maire et adjoints Organe exécutif

Exécution des délibérations du conseil municipal

Représentation de la commune Elaboration et exécution du budget Direction des services communaux Recrutement et gestion du personnel Gestion des biens de la commune Direction de la police administrative Protection civile

Officier d'état civil

Officier de police judiciaire

e m b

r e

s

Electorat

Annexe 4: Compétences des coLLectivités LocaLes au Bénin

Domaines

Compétences

Compétences

soumises au contrôle de tutelle a priori

1. Gestion administrative

Budgets

Personnel communal

Gestion des biens publics
communaux

Coopération décentralisée

- gestion des propriétés
communales

- budgets

- gestion du personnel
communal

- mission a l'étranger des
maires et ses adjoints

2. aménagement du territoire foncier et urbanism

Schémas directeurs de
l'aménagement de la commune

Plans d'urbanisme et habitat Autorisation d'occuper

- Elaboration des
documents d'urbanisme

- Dénomination des rues,
places et édifices publiques

3. Environnemen t et gestion des ressources naturelles

Fourniture et distribution d'eau
potable

Gestion et protection des ressources naturelles: forêts, faunes et espaces verts, sols

Gestion et traitement des déchets ménagers et industriels

Hygiène et salubrité

 

4. Développemen t économique et planification

Plan de développement local services marchands

Investissements économiques Interventionnisme économique Impôts et taxes

- marchés publics

- modalités de mise en
cuvre des impôts

- emprunts avances et
prêts

5. Infrastructure s, équipements et transport

Marchés, gares, embacardères
abattoirs

Pompes funèbre cimetière Eclairage public

Télécommunication locale hydraulique

Infrastructures radiophoniques et
télévisuelles

Transport public, police de
circulation, voirie

 

6. Services sociaux de base

Santé

Enseignement primaire et maternel Actions sociales

 
 

7. cultures loisirs et sports

Infrastructures culturelles et
sportives

Tourisme, musées et artisanat Animation locale

 

Annexe 5 : carte administrative du Bénin

Source: Ministère de l'intérieur, de la sécurité et de la décentralisation






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