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Effets et remise en cause des RTT en hôtellerie restauration


par Anthony Durand
Université de Perpignan, Institut Jacques Maillot - Master 2006
  

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2) En leur donnant encore plus de place, les 35 heures ont accentué les inégalités d'accès aux loisirs :

Alors qu'en 1936, la réduction du temps de travail était dictée par le souci de donner du temps libre aux travailleurs, les lois Aubry avaient pour objectif premier non pas l'accroissement du temps libre mais le partage du travail. Cependant, l'impact attendu sur l'accroissement de loisir en résultant était un élément qui avait été pris en compte.

Augmentant encore le temps disponible, les lois sur les 35 heures ont-elles pour autant amélioré la situation des Français quant à l'accès aux loisirs ? Il apparaît malheureusement à l'analyse que si la réduction du temps de travail a eu un effet réel sur la consommation de loisirs, elle a par là même accentué les inégalités d'accès qui caractérisent cette consommation et créé une déception à la hauteur des attentes suscitées.

Malheureusement : un impact limité sur les départs en vacances

Concernant les voyages, les 35 heures ont introduit des modifications réelles mais limitées. A la demande du secrétariat d'Etat au tourisme, le Centre de recherches pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC) a réalisé en 2002 une étude sur l'incidence des 35 heures sur le comportement de départ des Français, dont il ressort que si les 35 heures n'ont pas modifié le volume global des départs des Français, elles ont toutefois joué sur la façon de partir. Entre 2001 et 2002, les départs des Français ne se sont pas globalement accrus. En revanche, la structure des vacances a été modifiée par la réduction du temps de travail. Un cinquième des bénéficiaires des RTT ont ainsi déclaré avoir bénéficié de vacances plus longues, en accolant des jours de RTT aux congés légaux ; 12 % ont déclaré être partis en week-end grâce à la RTT, et 9 % avoir fait des départs supplémentaires « à la journée ». Deux phénomènes apparaissent clairement.

D'une part, les 35 heures ont permis une désynchronisation des flux, en facilitant les départs au dernier moment, le décalage sur la semaine des départs et des arrivées ceux-ci n'ayant plus forcément lieu comme auparavant le vendredi soir ou le samedi matin et le dimanche et l'étalement des congés sur l'ensemble de l'année. Les 35 heures ont, d'autre part, donné un coup de fouet aux séjours de proximité, dans les régions de résidence, et favorisé le commerce, les parcs de loisirs et les visites culturelles lors d'excursions ponctuelles.

Evolution de la fréquence des séjours depuis les RTT

(en %)

 

Week-ends et séjours courts

Séjours longs

Plus souvent

Inchangé

Moins souvent

Plus souvent

Inchangé

Moins souvent

Cadres

49,9

43,4

1,3

28,5

68,7

0,9

Professions 

intermédiaires

32,7

56,3

1,8

15,9

76,5

1,1

Employés et ouvriers

20,3

60,6

2,9

9,7

75,8

1,3

Source : La réduction du temps de travail, des politiques aux pratiques - La Documentation française - juin 2003

Comme nous pouvons le constater, seulement les cadres partent en week-end ou courts séjours plus souvent, alors que pour les employés et les professions intermédiaires la situation n'a pas beaucoup changée.

Ces modifications de comportement n'ont toutefois pas eu, comme on aurait pu l'espérer, d'incidence majeure sur l'économie touristique. Comme l'a justement fait remarquer M.André Daguin*, « est-ce que les 35 heures ont eu une influence sur la fréquentation des hôtels et restaurants ? C'est un jeu à somme nulle. Les petites auberges à une heure ou une heure et demie de voiture des grandes villes ont connu des week-ends plus fréquentés. Dans le même temps, les hôtels des grandes villes perdaient une ou deux nuitées. Au final, cela s'est compensé. »

De fait, les départs supplémentaires générés par les RTT se sont concrétisés par des séjours en famille ou chez des amis (dans des hébergements non-marchand) pour 15 % des bénéficiaires des RTT interrogés. En outre, l'accroissement supplémentaire de temps libre résultant des 35 heures n'a finalement que peu profité aux départs en voyage, qui sont en queue des occupations citées par les bénéficiaires des RTT.

Les personnes interrogées selon une étude du Ministère du Tourisme en Novembre 2005 déclarent en effet avoir affecté leur surcroît de temps disponible au repos (47 %), à la famille et aux enfants (45 %), au bricolage et au jardinage (41 %), aux amis (34 %), au shopping (33 %), à la télévision (31 %), aux tâches domestiques et ménagères (27 %), aux sorties (23 %) et aux activités sportives (20 %) bien avant les voyages (16 % des citations).

Seules activités moins souvent citées que les voyages : les activités artistiques et créatives (11 %) et surtout les activités associatives (10 %), dont les promoteurs de la réforme attendaient pourtant un regain.

Un impact décevant sur l'hôtellerie & les loisirs

Au-delà des simples départs en vacances, c'est l'ensemble des activités de loisirs, d'hôtellerie, de para-hôtellerie et de restauration qui auraient pu être dynamisées par les 35 heures. Or, tant les observateurs que les études relèvent d'une part que les habitudes en terme d'occupation de temps libre n'ont pas été modifiées, et d'autre part que les inégalités d'accès aux loisirs qui préexistaient ont encore été accrues.

Alors qu'elles auraient pu créer un mouvement général d'engouement pour les loisirs, les 35 heures ne se sont en réalité pas traduites par une modification en profondeur de la pratique des loisirs.

En effet, les conditions de mise en oeuvre des RTT, s'accompagnant d'une intensification du travail et d'exigences accrues en matière de flexibilité, ont dans bien des cas provoqué des situations de stress et de fatigue, parfois dramatiques. De ce fait, loin d'utiliser la réduction du temps de travail pour se divertir, les salariés l'ont consacrée le plus souvent au repos, faute de moyens. Ce phénomène a été souligné à maintes reprises.

M. André Daguin* : président de l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie 

En outre, les 35 heures ont eu pour effet pervers d'accroître encore les inégalités dans le temps libre qui sont en France aussi fortes que les inégalités de revenus.

· première inégalité : les RTT n'ont été réellement libératrices de temps libre que pour les salariés qui ont bénéficié de journées ou demi-journées de RTT. A l'inverse, ceux pour qui elles se sont traduites par une réduction de quelques minutes de l'horaire de travail quotidien n'en ont tiré aucun bénéfice pour leurs loisirs.

· s'y ajoute une seconde inégalité, qui réside dans la réalité de la contrainte économique, laquelle a pesé lourdement pour nombre de salariés. En effet, la modération salariale accompagnant la mise en oeuvre des 35 heures qui ont ainsi été en grande partie supportées par les salariés, et au premier chef les plus modestes d'entre eux n'a pas permis aux ménages les moins fortunés de tirer bénéfice de l'accroissement de leur temps libre au profit de leurs loisirs. Ceci explique sans doute en partie l'appréciation sans équivoque selon laquelle 44 % des personnes soumises aux 35 heures seraient prêtes à « renoncer à leurs jours de RTT en contrepartie d'une hausse de salaire » (selon un article de la Confédération Française Démocratique du Travail 2003).

Loin d'augmenter les loisirs pour tous, les 35 heures ont donc créé encore de nouvelles inégalités.

Force est de constater que ce sont en fait les personnes qui partaient déjà le plus qui ont accru leur départ grâce aux 35 heures, à savoir les cadres et les Franciliens. Alors que 16 % de la population est partie en vacances et au moins quatre fois en week-end en 2002, population que le CREDOC qualifie de « privilégiés du départ », les « habitués du non-départ », qui n'ont bénéficié ni de week-end, ni de vacances depuis deux ans, représentent plus du tiers de la population : « retraités, bas revenus et non diplômés y sont surreprésentés. Chez eux, finalement, les RTT n'ont eu guère d'effet en matière de tourisme ».

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