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La valorisation des parcs nationaux


par Stéphane ANGO
Ecole Nationale d'Administration - Conseiller des Affaires Etrangères 2009
  

Disponible en mode multipage

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    ECOLE NATIONALE D'ADMINISTRATION SECTION DIPLOMATIE

    26èmePROMOTION

    PROJET TUTORE

    Pour l'obtention du diplôme de l'Ecole Nationale
    d'Administration

    Corps de Conseiller des Affaires Etrangères

    THEME :

     
     
     

    LA VALORISATION DES PARCS NATIONAUX

    ET LES POLITIQUES DE COOPERATION

    CULTURELLE ET SCIENTIFIQUE

     
     

    Présenté et soutenu publiquement par :

    Monsieur Stéphane ANGO

    Tuteur académique :

     

    Tuteur de stage :

    Eustache MANDJOUHOU YOLLA

    Enseignant à l'E.N.A Norbert ASSOUMOU NDONG

    Chef de Division de la Coopération

    Scientifique et Culturelle

    Libreville, juillet 2008

     

    Dédicace

    Je dédie ce travail à mes parents et à toutes les personnes de bonne volonté qui ont contribué à la réalisation de ce mémoire.

    Introduction générale

    Le Gabon est un pays situé au Centre Ouest de l'Afrique, dont la forêt recouvre 80% de la superficie totale du pays, ce qui représente vingt (20) millions d'hectares. C'est un pays de forêt par excellence. C'est donc naturellement que l'économie gabonaise qui « au début du 20ème siècle, basée sur une extraction à faible échelle des produits ligueux et non ligueux de la forêt, est passée à une économie d'extraction mécanisée du bois d'oeuvre, qui visait le chargement des grumes d'Okoumé sur des bateaux de manière brute destinée aux usines de contre-plaqué outremer » (Chris Wilks et al, 2003, p.72). Peu après l'indépendance du pays en 1960, « le pétrole supplanta le bois économiquement et le Gabon passa d'une économie d'extraction du bois à un économie d'extraction du pétrole. » (Chris Wilks et al, 2003, p.73).

    Le Gabon est un pays ayant longtemps basé son économie principalement, sur les devises que lui procure l'exploitation de ses ressources minières en général et pétrolières en particulier. En effet, « le pétrole pèse lourd dans l'économie nationale. Il compte en chiffres arrondis pour 40% du PIB, 80% de la valeur des exportations, 60% des recettes budgétaires de l'Etat » (Roland Pourtier, 2004, p. 40).

    La forte dépendance de cette économie vis-à-vis des ressources minières est une faiblesse structurelle importante, caractérisée par le faible développement du tissu économique et une dépendance accrue vis-à-vis des ressources naturelles non renouvelables. Cette priorité accordée aux seules richesses de son sous-sol a entraîné la marginalisation des autres richesses. Et ce, d'autant plus que « la rente pétrolière a ainsi entamé son déclin depuis 1997 pour atteindre 13 millions de tonnes en 2005. La menace d'un épuisement de pétrole s'est faite plus pressante, entraînant une baisse régulière de 5% par an. Dès lors, bien que la hausse du prix du pétrole permet aux recettes d'augmenter, l'exploitation de nouveaux champs pétroliers et les efforts pour optimiser la récupération des champs existants ne parviennent pas à compenser la baisse de production des champs principaux » (Park Haejin, 2007, p.75).

    Au regard de cette situation, une diversification de l'économie aurait pour but le passage d'une économie de rente à une économie diversifiée plus forte et indépendante où la production et la créativité sont des éléments importants.

    Les autorités du pays en accord avec les conclusions du DSCRP (Document de Stratégie de croissance et de Réduction de la Pauvreté) ont décidé d'axer cette diversification de l'économie vers une meilleure mise en valeur du potentiel du pays dont les moteurs de la croissance devraient être :

    · La forêt et l'environnement ;

    · Les mines et les hydrocarbures ;

    · Le tourisme ;

    · L'agriculture et l'élevage ;

    · La pêche et l'aquaculture.

    Grâce au potentiel forestier d'envergure dont dispose le pays, le secteur environnement connaît un regain d'intérêt.

    A l'occasion du sommet de la terre en 2002 (sommet mondial du développement durable organisé par les Nations Unies) qui s'est tenu à Johannesburg en Afrique du Sud, et qui avait

    réuni une centaine de chefs d'Etat, le Gabon, par la voix de son Président Omar Bongo Ondimba, a annoncé la création de treize parcs nationaux, recouvrant chacune des neuf provinces gabonaises. Ces treize sites, riches en biodiversité, ont été créés à la suite d'études menées par divers organismes de défense de l'environnement tels que le WCS Gabon, La Direction de la Faune et de la Chasse (DFC) et WWF (Fonds mondial pour la nature).

    Avec cette décision, pour l'instant le Gabon est le seul à avoir été fidèle à l'engagement pris dans le cadre du processus de Yaoundé par les présidents des Etats de l'Afrique Centrale de protéger au moins 10% de leur territoire avec des parcs nationaux. Corollairement, cela a eu pour effet de hisser le Gabon parmi les pays qui se préoccupent de la protection de la nature au plus haut point. « Dans de telles proportions, seul le Costa Rica peut se targuer d'un pourcentage de territoire protégé aussi élevé. Les autorités politiques de San José ont en effet été les premières au monde à promouvoir des projets d'écotourisme » (Jean Hervouët, 2007, p.80)

    Au regard de cette décision historique, notre attention a été retenue par « la valorisation des parcs nationaux et les politiques de coopération culturelle et scientifique », c'est ainsi que se libelle le sujet qui fait l'objet de ce mémoire.

    Il nous semble opportun de nous intéresser aux motivations d'une telle prise de position. Et in fine, l'intérêt que le pays pourrait tirer aussi bien du point de vue national qu'international de cette stratégie.

    Il convient de noter que concomitamment à cette décision de création des parcs nationaux, les autorités ont misé sur l'écotourisme. C'est un type de tourisme dit écologiquement durable. « Contrairement aux industries extractives du bois, des mines et du pétrole basées sur des ressources limitées car elles sont difficiles ou impossibles à renouveler, le tourisme peut, moyennant un certain nombre de conditions durer indéfiniment ». (Manuelle Prunier, 2006, p.34).

    De plus, ce choix est motivé par un environnement international favorable. « Le choix de l'écotourisme pour le Gabon s'explique par la passion pour la nature qui anime les milliards de touristes répartis à travers le monde. Car la nature dans le pays offre un spectacle touristique inimaginable, capable de les séduire par des effets qui entraînent l'activité économique du pays » déclarait (Medhi Teale, ex Haut Commissaire gabonais au tourisme lors d'une conférence de presse à Libreville en janvier 2002).

    Au surplus, au cours d'un séminaire atelier régional consacré à l'écotourisme, Monsieur Francesco Frangialli, Secrétaire Général de l'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), aura mentionné qu'en 1990, l'écotourisme avait attiré 25 millions de touristes dans le monde entier. Quinze ans plus tard, ce chiffre est monté à 808 millions, soit un taux de croissance annuel moyen de 65% ! (...).

    Ce secteur connaît aujourd'hui, tous pays confondus le plus forte croissance mondiale dans l'activité touristique (Jean Hervouët, 2007, p. 80).

    Cet environnement favorable s'explique par le fait que, « les touristes commencent à se lasser des vacances dans des paradis artificiels et de plus en plus nombreux sont ceux qui partent

    à la recherche d'expériences authentiques et enrichissantes, quitte à devoir payer plus cher, faire davantage d'efforts et vivre moins confortablement » (Manuelle Prunier, 2006, p. 23).

    La création des parcs nationaux procède d'une justification qui s'établirait aussi bien sur le plan économique que sur le plan environnemental et du point de vue national et international. Le Gabon jouit d'un potentiel touristique disponible qui est extraordinaire : « coté nature, le Gabon peut prétendre proposer à des futurs touristes des paysages variés et spectaculaires (littoral océanique, forêts denses de plaine ou de basse montagne, cours d'eau de tous types et même vastes savanes herbacées ou arbustives) peuplés de presque tout ce que l'Afrique Centrale compte de grands mammifères (des éléphants aux baleines en passant par les gorilles et les antilopes) et d'oiseaux migrateurs ou non (...) sans s'étendre sur les reptiles (notamment les tortues marines) et les insectes qui sont des sources encore sous exploitées de découvertes touristiques. Côté culture, la quarantaine d'ethnies qui compose la population gabonaise propose au reste du monde un foisonnement d'expressions orales, musicales et plastiques qui n'ont été découvertes que tardivement en Occident et qui sont par conséquent encore bien préservées de l'acculturation ailleurs constatée » (Romain Calaque, 2006, p. 5).

    La stratégie des autorités vise la préservation de la biodiversité évoquée précédemment ainsi que, la confortation de l'économie du pays qui passe par la diversification de cette dernière afin de stimuler une croissance durable. « L'écotourisme est le fondement principal de la nouvelle politique d'industrie touristique de l'Etat » (M.L. Ropivia, 2004, p. 56).

    Le secteur assurera la prospérité future en apportant une nouvelle source de revenus. Il peut créer des emplois en créant des entreprises touristiques. « C'est également une chance de développement économique dans un monde rural dont l'agriculture disparaît inexorablement et dont les centres urbains, avec la fin du pétrole, n'ont plus rien à attendre de la décentralisation industrielle » (Bernadin MINKO MVE, 2006, pp. 9 1-92).

    Le thème de la 62ème Assemblée Générale de l'ONU qui portait sur les changements climatiques a permis à notre pays de réitérer son engagement à la préservation de la nature de par son choix sur la création des parcs nationaux qui devraient contribuer aux efforts de maîtrise du réchauffement climatique et par la même occasion participer à la réduction des gaz à effet de serre responsables du changement climatique.

    Il nous revient à terme de nous interroger su les objectifs poursuivis par une telle politique. A n'en point douter, il s'agit là, de rechercher une alternative à la simple exploitation de nos ressources naturelles qui se font de manière brute en général, en mettant l'accent sur la préservation de l'écosystème.

    L'atout dont dispose le pays, de par la richesse de sa biodiversité doit contribuer à la diversification des ressources et à la création de revenus additionnels au profit des populations les plus déshéritées (Muriel Devey, Jeune Afrique n°2418, p. 70). Le développement des parcs nationaux vise à dynamiser le tourisme qui est un secteur dont le poids économique reste très minime.

    La récente inscription en 2007 du parc de la Lopé Okanda au patrimoine mondial de l'humanité consacre et magnifie la richesse de la biodiversité et de la culture du réseau des parcs

    nationaux. Avec cette distinction, la « Lopé-Okanda rejoint le petit cercle des sites classés au patrimoine mondial de l'humanité pour la qualité de sa nature et de sa culture, au même titre que le parc national de Tongariro en Nouvelle-Zélande, le Machu Picchu au Pérou et le parc du Drakensberg en Afrique du Sud ». C'est une grande réussite a déclaré Allen Putney, Vice- Président du Patrimoine Mondial de la Commission Mondiale pour les Aires Protégées (UICN)1. Il s'agira dans cette initiative de faire en sorte que le Gabon devienne la « Mecque de la nature » qui attirera des pèlerins venus des quatre coins du monde pour constater qu'il y a de pareils trésors su la planète.

    Il n'en demeure pas moins que cette initiative aura un impact aussi bien local qu'international. « C'est une initiative dont les répercussions imposeront certainement des sacrifices à court et à moyen terme, mais elle nous aidera à réaliser notre ambition de léguer ces merveilles de la nature aux générations futures » (Omar Bongo Ondimba, cité par Jeune Afrique n°2418, p. 62).

    Après avoir planté le décor concernant les motifs et l'intérêt de l'initiative de la création du réseau des parcs nationaux à travers le pays, il nous semble opportun de relever quels peuvent être les freins qui pourraient entraver la mise en oeuvre de cette initiative en faveur du développement durable.

    Il faut noter que l'écotourisme est le secteur d'activité sur la base duquel doit reposer le développement des parcs nationaux. Il s'avère toutefois que, le département du tourisme qui a en charge la promotion de l'écotourisme, autour des parcs nationaux est un domaine dont « le bilan économique n'a pas toujours été déterminant sur le plan national même si son taux de croissance n'est pas réellement connu faute d'études statistiques fiables » (Stéphanie NKOGHE, 2006, pp.48-49).

    Ainsi, « la part du tourisme dans l'économie nationale est quasiment insignifiante. Elle ne participe qu'à environ 3% du P.I.B » (Aurel NGUEMA citée par Stéphanie NKOGHE, 2006, p. 49). Un certain nombre de difficultés obèrent effectivement le décollage du tourisme au Gabon. Il s'agit notamment « du paradoxe, potentialités touristiques en province, ressources humaines à Libreville » (Stéphanie NKOGHE, 2006, p. 49), il résulte de ce constat un déficit d'implication des ressources humaines dans l'activité touristique provinciale et pourtant les provinces du Gabon concentrent d'énormes potentialités naturelles et culturelles qui ne peuvent qu'intéresser le tourisme (Stéphanie NKOGHE, 2006, p. 49).

    Entre autres difficultés, on peut citer le transport, qui est « la principale raison de ce lent démarrage » (Mylène Remy, 2004, p.46). Les difficultés sont également le fait des pluies torrentielles, « celles-ci constituent pour le réseau routier un handicap majeur, à tel point que des sites magnifiques restent souvent hors d'atteinte par des lignes régulières d'autocars et que l'entretien de routes bitumées y est difficile » (Mylène Rémy, 2004, p. 46).

    Le travail que nous nous proposons de mener ne se focalisera pas sur la description du réseau des parcs nationaux car ce travail a déjà été effectué par des spécialistes des sciences dites « dures » à travers trois ouvrages de références sur les parcs nationaux du Gabon, il s'agit en

    1 Union Mondial pour la Nature

    l'occurrence de : « AKANDA et PONGARA », « IVINDO et MWAGNA » et « LOANGO, MAYUMBA et le BAS OGOOUE ». Ces trois ouvrages ont fort bien décrit les forces naturelles qui ont mis en place les paysages, les éléments principaux de l'histoire humaine les ayant façonnés. Ces ouvrages ont aussi essayé de parler autant que faire se peut des aspects écologiques se rapportant à ces parcs, ainsi que du répertoriage de certaines espèces endémiques2. L'objet de ce travail ne portera donc pas sur les aspects sus - cités, car nous ne disposons ni de l'expertise ni du temps nécessaire pour abattre un tel travail. C'est pourquoi nous avons choisi d'axer ce travail sur les politiques de valorisation des parcs nationaux.

    Il s'agira notamment, en parlant de développement durable, de voir comment la législation intègre les préoccupations écologiques dans la conduite des activités économiques et aussi d'étudier la réorientation de la coopération gabonaise suite à la création des parcs nationaux.

    Pour y arriver nous avons délibérément opté dans une première partie de montrer l'évolution de la législation en matière de protection de l'environnement, ensuite nous essayerons d'éprouver cette législation à l'épreuve des faits tel qu'ils se déroulent dans nos parcs nationaux.

    Dans une seconde partie, nous essayerons de voir quelle politique de coopération mettre en oeuvre aussi sur le plan scientifique que culturelle pour que le pays tire effectivement avantage du réseau de parcs nationaux que regorge la Patrie.

    2 Se dit d'un organisme dont la distribution géographique est limitée à une certaine région.

    Première partie :

    Les parcs nationaux du Gabon à l'épreuve de la

    législation nationale et les menaces à leur survie

    Chapitre I : Evolution de la législation sur la protection des aires protégées

    Il est important de souligner que bien avant le 30 août 2002, date de création des 13 parcs nationaux du Gabon, il existait bel et bien des aires protégées dans notre pays. Le but de la première section de ce premier chapitre est de revisiter la protection environnementale telle qu'elle se faisait, notamment à travers les différentes lois de protection de l'environnement, et de définir qu'elle fut le statut de ces aires protégées. La seconde section du premier chapitre quant à elle, s'intéresse spécifiquement à l'après 30 août 2002 en ce qui concerne les lois régissant la protection des parcs nationaux et présente de manière sommaire et non exhaustive les parcs nationaux et les potentialités de ces derniers.

    Section 1 : La protection environnementale avant le 30 août 2002

    Un certain nombre de lois caractérisent cette période, il s'agit de la loi n°1/82 du 22 juillet 1982 dite loi d'orientation en matière des eaux et forêts, de la loi n°16/93 du 26 août 1993 relative à la protection et à l'amélioration de l'environnement. Enfin, la loi n°16/2001 portant code forestier en République Gabonaise.

    A - Les lois de protection de l'environnement et leurs insuffisances juridiques

    Il convient de rappeler que lorsque survient la loi n°1/82, les préoccupations de protection de la nature et de l'environnement étaient, depuis une décennie, devenues plus fortes. « D'autre part, c'est la première loi applicable au Gabon qui fait référence en même temps à la forêt et à la faune (auparavant, les textes sur la forêt et sur la faune étaient distincts, la gestion de la faune relevant de la loi du 08 juin 1960 règlementant l'exercice de la chasse). » (P. Christy et al. 2003, p. 157). Cette loi concerne non seulement l'exploitation des ressources, mais aussi leur protection.

    La première faiblesse de la 1/82 réside dans son intitulé. Elle montre qu'il s'agit d'une loi sur la forêt et non sur l'environnement dans sa complexité. « De même, il est quasiment difficile de faire le lien entre l'exploitation forestière et la conservation de la biodiversité. Tout porte à croire que ce lien n'est jamais fait comme si, par exemple, il existait aucune autre espèce, que les arbres dans les zones concédées aux exploitants forestiers » (Lomba Moussoutou Nathalie Clarence, 2007, p. 65). De plus, dans cette loi on relève des catégories juridiques dont le statut de protection est fortement différent même opposé, il s'agit du domaine classé. A tel point qu'on ne distingue pas clairement les domaines qui font l'objet de la protection et ceux qui font l'objet de la production. Ainsi, on distingue deux grandes catégories : les forêts domaniales classées qui appartiennent au domaine public de l'Etat qui constituent le domaine à vocation forestière permanente et déterminée et les forêts domaniales protégées qui constituent le domaine à vocation forestière non déterminée, c'est-à-dire, des terres qui peuvent avoir une autre vocation que la production du bois.

    Par ailleurs, en tant que code d'exploitation des ressources naturelles, cette loi est révélatrice d'une option essentiellement répressive qui fait peu de place à une gestion concertée de la diversité biologique et qui ignore quasiment les modes de gestion populaires et traditionnels

    de la biodiversité . On constate aussi que : « les modalités de gestion de la faune établies par cette loi outre qu'ils ne sont pas toujours d'une clarté certaine, accordent un peu trop d'intérêt à la chasse et à la réglementation plutôt qu'à la conservation de la diversité biologique. A cet égard, les définitions ne sont pas toujours claires. Il en va ainsi en matière de faune où l'on a quelques peines à saisir la notion de faune cynégétique » (Lomba Moussoutou N.C, 2007, p. 65).

    La loi 16/93 du 26 août 1993 est celle relative à la protection et à l'amélioration de l'environnement. Elle fait suite à la conférence de Rio de 1992 dénommée aussi « Sommet de la terre », qui reflète l'apogée d'une prise de conscience qui se matérialise par la signature lors de ce sommet de l'Agenda 21, de la déclaration de Rio, ainsi que trois (3) textes majeures (convention- cadre sur le changement climatique, convention sur la protection de la biodiversité, principes relatifs à la protection des forêts). Il s'agit d'une prise de conscience consécutive aux évènements dramatiques (catastrophes naturelles et industrielles qui sensibilisent les médias et les décideurs aux questions environnementales).

    La loi 16/93 a le mérite de porter correction à certains points de la loi 1/82. Toutefois, elle n'apporte pas de réponse précise à la question de la biodiversité, elle reste générale. Mais la loi 16/93 est unique en son genre, car elle traite de la protection et de la préservation de l'environnement prise globalement. L'article 2 de ladite loi définit l'environnement ainsi qu'il suit : « l'environnement au sens de la présente loi est l'ensemble des éléments naturels et artificiels ainsi que des facteurs sociaux, économiques et culturels, dont les interactions influent sur le milieu ambiant, sur les organismes vivants, sur les activités humaines et conditionnent le bien être de l'homme ».

    La loi 16/93 va encore plus loin que la loi 1/82, car elle intègre les ressources naturelles qui comprennent les éléments suivants, selon l'article 6 : « les mers et les océans, les eaux continentales, le sol et le sous-sol, l'air, la faune et la flore, les aires protégées ». De plus, elle intègre dans son titre III les pollutions et les nuisances qui sont des résultantes de l'activité humaine. Aussi, l'article 63 de la présente loi prévoit la mise en oeuvre des études d'impact et des plans d'urgence. Elle stipule en plus que tous les contrevenants s'exposent à des sanctions pénales. Après avoir décelé quelques insuffisances spécifiques à chacune de ces lois, il ressort que la politique gabonaise en matière de gestion de l'environnement tel qu'exposé par ces deux lois présente des carences communes qui découlent d'autres facteurs.

    L'applicabilité des textes en matière de protection de l'environnement connaît quelques soucis. En effet, l'effort de protection de l'environnement est très insuffisant eu égard à l'ampleur de la tâche et à l'importance de l'enjeu si bien que les lois pré-citées et les déclarations d'intention des responsables politiques n'ont guère suffit pour y remédier. Cette situation déplorable découle d'une part, de la faiblesse du corpus législatif et d'autre part, de la relative inapplication du peu de réglementation existante.

    S'agissant de l'inapplicabilité de la réglementation en vigueur cela découle du fait qu'il s'agit d'une tendance générale de l'ordre politico-juridique gabonais (Lomba Moussoutou N.C, 2007, p. 66). Au demeurant, « il est fréquent de constater qu'une loi plus ou moins bien faite au Gabon, reste toujours lettre morte et finisse même par tomber en désuétude. Il s'agit d'un état d'esprit particulier qui révèle le rapport au droit des gouvernants et des gouvernés. Ainsi, autant tout le monde est d'accord pour l'édiction d'une réglementation, autant chacun, une fois la loi

    adoptée s'efforce de ne pas l'appliquer, tout au moins à soi-même. (...). Chacun s'efforce de la contourner sinon de la violer » (Idem p.66). Il en résulte que des lois n'ayant jamais été abrogées ne s'appliquent pas dans la vie courante.

    On relève également des retards quant à la prise des textes d'application des différentes lois, d'où la non applicabilité de plusieurs lois du fait de leur caractère général. Les premiers textes d'application de la loi 1/82 par exemple ne sont intervenus qu'en 1987, trois autres ont suivi plus de 10 ans plus tard 1994.

    Un autre problème qui n'est pas moins important, est celui de la non intégration véritable des engagements internationaux de l'Etat dans l'ordre juridique interne. Si bien que : « tout cela donne l'impression que ces engagements n'ont qu'un but «esthétique» visant à servir l'image extérieure de l'Etat auprès des bailleurs de fonds. C'est le cas entre autres de la convention de la biodiversité, de la convention africaine pour la conservation de la nature et des ressources naturelles » (idem p. 67).

    B - Le statut des aires protégées

    Comme les différentes lois de protection de l'environnement, le statut des aires protégées a évolué, il requière qu'on se place dans une perspective chronologique pour le comprendre.

    Il est toutefois utile de savoir qu'à l'indépendance, « il existait quatre aires protégées au Gabon : la Lopé, Wonga-Wongue, Petit Loango et Ngové-Ndogo, et l'ensemble Ndendé, Mont Fouari et Nyanga (réserve de faune de Nyanga nord). Deux ans après l'indépendance, le 17 novembre 1962, sont créés : l'aire d'exploitation rationnelle de faune de la Moukalaba-

    Dougoua, et, sous le nom d'aire d'exploitation rationnelle de faune de Setté-Cama, les secteurs d'Iguéla, de Setté-Cama et de la plaine Ouanga (...). Le 13 septembre 1967, est créé le domaine de chasse du Mont Kouri, et le 02 octobre 1971, la réserve naturelle intégrale d'Ipassa », (P. Christy et al. 2003, pp. 160-161). Une distinction pouvait cependant être faite, en effet « les réserves pourront être soit des aires dans lesquelles les espèces seront protégées pendant un certain nombre d'année, soit des aires dans lesquelles ne seront autorisées à chasser que les détenteurs de permis nettement définis. L'article 17 de la loi du 08 juin 1960 règlementant l'exercice de la chasse précise que : « sont maintenus les parcs nationaux, les réserves de faune et domaines de chasse existant à la date de promulgation de la présente loi seront groupés en aire d'exploitation rationnelle de faune et feront l'objet de règlements d'exploitation. »

    La réserve de faune n'assure que la protection des animaux, et non celle de l'écosystème. C'est donc légalement que les concessions forestières et les concessions minières ont été attribuées dans les réserves de faunes avant 1982.

    La loi 1/82 dispose dans son article 38 que : « la réserve de faune est un périmètre dans lequel la flore et la faune bénéficient d'une protection absolue ». Cet article est complété par l'article 46 qui interdit toutes formes d'exploitations susceptibles de modifier l'environnement et ses ressources. Les concessions forestières s'avèrent dès à présent illégales dans ces zones, sauf si on procède préalablement, au déclassement de la zone protégée.

    Les aires protégées de l'époque au Gabon sont soumises à de fortes pressions économiques. Jusqu'alors, la pression économique la plus forte qui s'est exercée sur les aires protégées est celle de l'exploitation forestière.

    Toutefois, l'exploitation forestière ne devrait pas s'accompagner comme l'enregistre la pratique de l'exercice de la chasse. Bien que l'attribution de permis forestiers dans les réserves de faune ait conduit l'administration à prendre des dispositions relatives à l'exercice de la chasse et de la protection de la faune, il n'en demeure pas moins qu'on a cependant plus souvent laissé faire que restreint les droits d'exploitation de la faune. Après avoir brossé globalement le statut de ces aires protégées nous verrons successivement les premières aires protégées qui sont au nombre de quatre.

    La Lopé

    Dans un premier temps, le parc national de l'Okanda et la réserve naturelle intégrale de l'Offoué qui sont des zones adjacentes sont créés le 27 septembre 1946. Les statuts pré-cités auraient dû assurer une protection intégrale de ces zones contre la chasse et l'exploitation forestière. Ce ne fut pas le cas. La loi du 08 juin 1960 transforme l'ensemble en aire d'exploitation rationnelle de faune. Toutefois, « l'arrêté n°3494/MEFPTE du 02 mai 1996 modifie les appellations, les limites et les superficies en créant un noyau central, d'une superficie de 167.018 ha classé en réserve naturelle intégrale, et en constituant les superficies périphériques du noyau central (369.000 ha) en zone-tampon ou périphérique ou les activités économiques et cynégétiques peuvent être autorisées par décret et où les activités forestières conservent leur droit tout en étant soumise à un cahier de charge particulier. La superficie du noyau central est agrandie par l'arrêté du 23 mai 1996. La principale activité dans la réserve fut l'exploitation forestière.

    Au sein de cette réserve, il a été installé en 1983, la station d'études des gorilles et chimpanzés de Franceville. « Cette station de recherche a mené de nombreux projets de recherches et les résultats ont été publiés dans des revues scientifiques, des livres, des thèses de doctorat et des journaux à plus large audience ».(P. Christy et al. 2003, pp. 164-165).

    Setté Cama

    Le domaine de chasse de Ngové-Ndogo est créé par l'arrêté du 08 février 1956, il couvre 250.000 ha dans l'Ogooué-Maritime. Le décret du 20 février 1956 crée le parc national de Petit Loango, d'environ 50.000 ha.

    Cette aire est agrandie, elle passe à 700.000 ha et recouvre l'Ogooué Maritime et la Nyanga, elle change aussi de dénomination, pour devenir l'aire d'exploitation rationnelle de faune de Setté-Cama. L'aire protégée de Setté Cama présente la plus grande variété d'écosystèmes parmi les aires protégées du Gabon : cordons littoraux, mangroves, forêts marécageuses, forêt de terre ferme, savanes herbeuses, marécages ouverts.

    Comme dans l'aire protégée de la Lopé, l'exploitation forestière s'y est déroulée très tôt, elle s'est limitée aux secteurs côtiers du fait de sa situation.

    « La découverte du gisement on shore de Rabi-Kounga remonte à 1985. (...) La déforestation pour l'activité d'exploitation a été évaluée à 6 km2/an » (P. Christy et al. 2003, p. 165). On voit bien que cette aire protégée a connu une très forte pression du fait de la découverte en son sein du plus grand gisement pétrolier du Gabon. Cette découverte a ainsi mis en veilleuse la vocation de protection d'une très grande partie de l'aire protégée.

    Moukalaba

    L'aire d'exploitation rationnelle de faune de Moukalaba-Dougoua fut créée le 17 novembre 1962, elle comprend la réserve de faune de Moukalaba-Dougoua (80.000 ha) et le domaine de chasse de Moukalaba (20.000 ha). Cette aire protégée recouvre le versant oriental des monts Doudou secteur forestier, et à l'est la plaine de Moukalaba, couverte de savane. C'est la seule aire protégée ou soient représentées les savanes arbustives à herbes hautes caractéristiques des deux couloirs de la Nyanga et de la Ngounié. Tout comme les précédentes aires protégées, Moukalaba a fait l'objet de l'exploitation forestière.

    Monts Doudou

    L'aire d'exploitation rationnelle du massif forestier des monts Doudou est classée par décret du 23 janvier 1998. D'une superficie de 332.000 ha, elle s'insère entre l'aire d'exploitation rationnelle de faune de Setté-Cama à l'Ouest, et celle de Moukalaba, à l'Est : elle permet la création de ce qui est aujourd'hui appelée complexe de aires protégées de Gamba. La protection d'un élément du massif du Mayombe et la richesse botanique de cette région, ou deux espèces endémiques venaient d'être décrites ont été les principales motivations scientifiques ayant joué pour l'érection de cette zone en aire protégée.

    En somme, avant 2002, le statut des aires protégées au Gabon était de trois types (réserve de faune, domaine de chasse et aire d'exploitation rationnelle). Ce statut ne permettait pas l'exploitation des ressources naturelles à des fins touristiques. Ces réserves de faune n'assurait que la protection des animaux et non de l'écosystème c'est-à-dire, des habitats et de l'ensemble des espèces végétales.

    Ainsi, c'est légalement que des concessions forestières et des concessions minières purent y être attribuées (loi du 08 juin 1960).

    La modification de cette loi par la loi d'orientation en matière des eaux et forêts du 22 juillet 1982 dit que : « la réserve de faune est un périmètre dans lequel la flore et la faune bénéficient d'une protection absolue » et interdit toute forme d'exploitation susceptibles de modifier l'environnement et ses ressources.

    Comme nous venons de le voir, les parcs nationaux avaient déjà été créés dans notre pays, toutefois, ils n'existaient que dans les textes, sans être dotés d'une administration et sans gestion appropriée. Ils furent à terme transformés ou rétablis en réserves de faune.

    Section II : La protection environnementale à la suite de la création des parcs nationaux du Gabon

    Les parcs nationaux répondent d'une part, à un souci de conservation des espaces naturels et des espèces animales et végétales, d'autre part, à des considérations économiques qui doivent permettre de développer un secteur de plus en plus important à l'échelle mondiale, celui du tourisme de nature (hebdo informations n°463, 2002). Cette réglementation spécifique sur les parcs nationaux voit le jour du fait que les aires protégées existantes n'étaient pas adaptées selon la loi, au développement des activités touristiques. Nous nous attèlerons à présenter la législation actuelle sur les parcs nationaux et nous les présenterons par la suite.

    A- La législation actuelle sur les parcs nationaux

    Les parcs nationaux sont le résultat de nombreuses années de recherche du Gouvernement gabonais avec l'appui de partenaires internationaux tels que : l'Union pour la Conservation de la Nature (UICN), le World Wildlife Fund for Nature (WWF) et la Wildlife Conservation Society (WCS) (CNPN, 2003 p. 4).

    Les recherches ainsi effectuées classent le Gabon comme un lieu unique au monde en terme de richesse de ses trésors naturels. Ainsi, à elle seule, la flore gabonaise est plus diversifiée que l'ensemble des pays de l'Afrique de l'Ouest .

    Comme nous l'avions souligné, les parcs nationaux existaient bien avant le 30 août 2002, ainsi l'article 75 de la loi n°16/2001 définit le parc national comme une portion du territoire ou la flore, la faune, les sites géomorphologiques, historiques et d'autres formes de paysages jouissent d'une protection spéciale et à l'intérieur de laquelle le tourisme est organisé et règlementé. Toutefois, selon l'article 81 de la loi 16/2001, la gestion d'un parc national est placée sous l'autorité d'un conservateur nommé par décret pris en conseil des ministres sur proposition du ministre chargé des Eaux et Forêts.

    Cependant, certaines dispositions de la loi 16/2001 vont connaître des modifications. Il s'agit en l'occurrence de l'article 81, qui crée un nouvel organisme interministériel placé directement sous l'autorité du Président de la République dénommé « Conseil National des Parcs Nationaux » (CNPN) ; par ordonnance n°6/2002 du 22 août 2002. Cette ordonnance est accompagnée de 13 décrets portant création de chacun des parcs nationaux du Gabon. Ces décrets vont du décret n°607/PR/MEFEPEPN au décret n°619/PR/MEFEPENPN. Ces différents décrets fixent les limites des différents parcs. Ces décrets sont pris en application des articles 9, 75, 76 et 90 de la loi n°16/2001 portant classement des différents parcs nationaux. Les décrets reconnaissent la gestion de ces parcs au ministère chargé des eaux et forêts. De plus, l'article 7 de ces différents décrets prévoit que des activités touristiques soient organisées. Par ailleurs, toutes les autres activités sont normalement interdites à l'exception de celles résultant de droit d'usages coutumiers.

    Il convient de préciser que quatre ans après la création des parcs nationaux, par décret du président de la République en date du 20 janvier 2006 fixant la composition du Gouvernement

    «les parcs nationaux ont été rattachés au département ministériel en charge de l'Economie Forestière des Eaux et de la Pêche».

    La loi 003/2007 relative aux parcs nationaux a été promulguée le 27 août 2007. Elle donne lieu à la création du Haut Conseil des Parcs Nationaux et de l'Agence Nationale des Parcs nationaux soit deux instances dirigeantes. Auparavant rattachés au Ministère de l'Economie Forestière, des Eaux et de la Pêche, les parcs nationaux sont désormais rattachés au Ministère en charge du Tourisme.

    Les parcs nationaux peuvent faire l'objet de classement ou de déclassement. Le déclassement est préconisé lorsque la zone ou l'aire protégée considérée présente un intérêt économique majeur pour la nation. Les articles 90 et 91 de la loi n°16/2001 portant code forestier en République Gabonaise prévoient effectivement que les aires protégées soient classées ou déclassées. Le code de l'environnement relevant de la loi 16/93 contient des articles spécifiques aux Etudes d'impact environnemental. L'article 49 par exemple du chapitre IV explicite le besoin de passer par des études d'impact. En effet, avant de donner l'autorisation d'implanter des installations publiques, ou privées susceptibles d'incommoder le voisinage ou de nuire à la santé, il faut nécessairement recourir à une étude d'impact environnemental.

    Malgré un cadre législatif pas mal étoffé par les lois sus-évoquées, il ressort qu'un certain nombre de contraintes sont susceptibles de constituer un frein à la réalisation des objectifs fixés par le Gouvernement, il s'agit des contraintes institutionnelles, économiques et sociales.

    La création des parcs nationaux a en partie levé les contraintes institutionnelles en matière de conservation. « Toutefois, il reste à mettre en place une législation rigoureuse sur la protection des espèces animales et végétales vivant dans les écosystèmes érigés en parcs. De même, il va être nécessaire de mettre en place une législation propre à la conservation, qui s'adapte au rôle économique des parcs. Ces dispositions légales vont être nécessaires pour donner à la conservation la base juridique et légale sur laquelle elle s'appuiera » (CNPN, Stratégie de mise en oeuvre d'un réseau de Parcs Nationaux au Gabon, 2003, p. 10). La révision de la charte des investissements viendrait à point nommé si son contenu favorise les conditions d'émergence des entreprises locales ainsi que l'arrivée des investisseurs extérieurs. Une révision de la fiscalité relative aux différents secteurs qui gravitent autour des parcs est également utile. Les principaux secteurs concernés sont le tourisme, reste le coût de transport et l'hôtellerie. L'une des contraintes majeures au développement de l'écotourisme reste le coût de transport aérien relativement élevé.

    A coté des contraintes institutionnelles, on note également des contraintes économiques. L'entretien et la gestion des parcs nationaux coûtent chers. Ils ont été estimés pour l'année 2005 à deux milliards de FCFA, or, le Gouvernement ne peut fournir les financements nécessaires.

    Le Gabon n'est pas à ce jour une destination touristique bien que le pays ait un fort potentiel. Seulement 5% des voyageurs arrivant au Gabon viennent pour visiter le pays. De plus, seuls deux parcs ont développé des structures écotouristiques rentables : le parc de Loango notamment avec «opération Loango» et le parc de la Lopé.

    Les financements existent sur le plan international pour la conservation des aires protégées, l'agence nationale des parcs nationaux doit s'organiser pour permettre la levée de ces fonds.

    Enfin, les contraintes sociales qui ne sont pas des moindres concernent surtout les incompréhensions qui naissent du fait que les populations vivant autour des parcs ne sont prises en compte dans les différents projets.

    B - Présentation des Parcs Nationaux du Gabon

    Cette sous section du chapitre I va nous permettre de présenter les parcs nationaux du Gabon. En effet, après avoir fait un bref tour d'horizon de la législation sur les parcs nationaux, nous ne saurions terminer ce chapitre sans présenter chacun des parcs nationaux en essayant de faire ressortir pour chacun sa spécificité. La carte n°1 nous montre la répartition spatiale des différents parcs nationaux du Gabon. Cette présentation ne serait pas complète si nous n'évoquions pas les enjeux qu'induit la création de ces derniers. Ainsi, pour chaque parc nous présenterons les grands traits de la végétation et de la faune, nous verrons ensuite les intérêts pour la conservation et le tourisme.

    Carte n° 1 : Répartition spatiale des parcs nationaux du Gabon

    Source : Guide officiel Gabontour

    Le parc national de l'Ivindo

    Ce parc est situé dans les provinces de l'Ogooué-Ivindo et de l'Ogooué-Lolo. Il couvre une superficie de 300 000 ha. Une très grande partie de la végétation est constituée de forêts guinéocongolaises denses humides. L'Ouest et le Sud du parc national montrent une forte influence atlantique avec prédominance de l'okoumé (Aucoumea klaineana). La majeure partie du parc est constituée des forêts précitées qui sont anciennes ou très anciennes, mais sur le plateau d' Ipassa elles sont perturbées et secondarisées par les tornades fréquentes (J.P Vande Weghe, 2006, p. 253).

    Entre autres caractéristiques de cette végétation on observe des forêts ripicoles inondables le long des grands cours d'eau, des forêts marécageuses qui occupent de petites dépressions mal drainées. Une flore particulière habite les nombreuses chutes.

    La faune du Parc national de l'Ivindo compte 131 espèces de mammifères, dont 17 primates, 13 carnivores et 16 ongulés. Le gorille (Gorilla Gorilla) et le chimpanzé (Pan traglodytes) sont abondants. L'avifaune3 compte 397 espèces, parmi lesquelles figure le Picatharte du Cameroun.

    L'ichtyofaune4 est riche, elle est semblable à celle de l'Ogooué, elle est particulièrement riche en mormyridés « sur le plan entomologique, la faune des papillons s'avère très riche en espèces qui vivent dans le sous-bois des vieilles forêts et certaines espèces considérées comme très rare dans toute l'Afrique Centrale sont communes dans le bassin de la Langoué. Plusieurs espèces nouvelles ont été découvertes » (idem p. 253).

    L'intérêt pour la conservation est représenté par la population d'éléphants avec de grandes défenses, des forêts anciennes peu perturbées par l'homme, la diversité entomologique est très grande. La station de l'IRET5 est un atout immense pour la recherche, elle constitue un atout pour la mise en oeuvre d'un tourisme de haut niveau.

    Ce parc présente un atout touristique indéniable avec les chutes de l'Ivindo, surtout celle de Kongou, et celle de Djidji qui figurent parmi les plus spectaculaires d'Afrique Centrale. La baie de la Langoué permet à certaines périodes de l'année d'observer en toute sécurité l'éléphant, la sitatunga, le buffle et le gorille sans les déranger.

    Le parc national de Mwagna

    Il est situé dans la province de l'Ogooué-Ivindo, il s'étend sur une superficie de 115 500 ha. Comme pour le parc de l'Ivindo la plus grande partie de la végétation est constituée de forêts guinéo-congolaises denses humides de terre ferme, non exploitées et non dégradées. Au centre du

    3 Ensemble de la faune ailée.

    4 Ensemble de la faune de poisson.

    5 Institut de Recherche en Ecologie Tropicale.

    parc, il existe une grande baie. Bien que les ressources fauniques soient mal connues, on constate que les éléphants sont assez nombreux. On observe aussi les primates, des artiodactyles (potamochère, chevrotain, buffle). Concernant l'avifaune, herpetofaune6 et l'entomofaune7 presque rien n'est encore connu. En terme de conservation, on note les nombreuses baies qui constituent les points forts du parc qui attirent une importante population de bongos.

    S'agissant du tourisme, ce parc est actuellement trop éloigné des centres et des axes routiers pour pouvoir être visité de manière régulière.

    Parc national de Loango

    Il est situé dans la province de l'Ogooué-Maritime. Ce parc jouit d'une très grande diversité floristique. On dénombre aussi bien des pelouses pionnières sur le haut des plages, des forêts ombrophiles, des forêts sclérophylles8 littorales, des forêts marécageuses ainsi que des mangroves.

    La faune mammalienne9 compte 80 espèces : on dénombre aussi 16 espèces de primates. Parmi les carnivores, on été observés, la panthère (Panthera pardus), le chat doré (Felis aurata). Le lamantin (Trichechus senegalensis) a été observé dans la lagune. Parmi les ongulés on note la présence d'éléphants en nombre important, de buffles (Syncerus caffer). L'avifaune compte 342, espèces, 37 espèces de reptiles sont mentionnées, parmi lesquels on compte le crocodile du Nil (Crocodylus niloticus), la tortue olivâtre (Lepidochelys olivacea), la tortue luth (Dermochelys coriacea).

    « Sur le plan de l'entomofaune, seuls les papillons diurnes ont fait l'objet de recherches. Au total, 250 espèces ont été trouvées, mais une seule espèce est strictement inféodée au forêts côtières situées entre l'Ogooué et le fleuve Congo, le nymphalidé (Euriphene fouamini) » (J. P Vande Weghe, 2007, p. 300)

    L'intérêt pour la conservation de ce parc est grand, car la mosaïque forêt - savane - marais en bordure de l'océan attire une forte densité des grands mammifères herbivores et constitue ainsi un écosystème unique.

    De plus, « les marais des plaines inondables des rivières Ngové et Eshira constituent un ensemble unique en Afrique Centrale. Ils nourrissent une très importante population d'oiseaux aquatiques, surtout de mai à août, et abritent une population probablement assez importante de Lamantins » (idem p. 301). Les plages sont très visitées par la tortue luth (Dermochelys coriacea) en période de ponte.

    L'intérêt pour le tourisme découle de l'aspect inaltéré du parc national, la possibilité de sortir en mer pour observer les grands cétacés est une attraction de choix entre fin juin et début septembre. La possibilité de voir les tortues luth entre octobre et avril est une autre attraction. Ce

    6 Ensemble de faune constitué de batraciens et de reptiles

    7 Ensemble de faune constitué d'insectes.

    8 Se dit de certaines plantes dont les feuilles dures et épaisses leur permettent de s'adapter à des conditions

    climatiques arides

    9 Qui à rapport aux mammifères.

    parc offre aussi pour les birdwatchers une avifaune assez riche. La pêche sportive peut être pratiquée dans de bonnes conditions tant au nord qu'au sud du parc.

    Parc national de Mayumba

    Ce parc est situé dans la province de la Nyanga, il s'étend sur une superficie de 91 040 ha. La végétation de ce parc est assez semblable à celle du parc de Loango.

    « La partie terrestre du parc national abrite une importante population de buffles et d'éléphants. Parmi les primates, le mandrill est présent. L'avifaune est encore incomplètement connue et très peu d'observations herpétologiques sont disponibles, mais plusieurs éléments méridionaux sont présents dans le parc national, notamment la tourtelette émeraudine (Tutur chalcosilos), la marine est riche. Parmi les cétacés qui ont été observés le mégaptère (Megaptera movaeangliae) (...), les tortues luth nichent en grand nombre. Ce parc national à la particularité de représenter un des sites de ponte de la tortue luth le plus fréquenté au monde ; de plus, la présence du dauphin à bosse de l'Atlantique y est importante » (idem p. 302).

    L'intérêt pour le tourisme de cette région réside du fait que d'octobre à mars, il soit possible de voir en une seule nuit de nombreuses tortues luth venir pondre sur les plages. L'observation des mammifères marins y est fort aisée.

    Parc national de la Lopé

    Ce parc est situé à la confluence de nombreuses provinces : Ogooué-Ivindo, Ogooué-Lolo, Moyen-Ogooué et la Ngounié. Il s'étend sur une superficie de 4970 km2.

    La Lopé est un site unique où des anciens refuges de savanes datant de 40.000 ans se juxtaposent aux forêts du pleistocène du massif du Chaillu riche en plante endémique. Les forêts à marantacées, les plus proches des savanes dans le nord, constituent un habitat idéal pour les éléphants et les gorilles et, en conséquence détiennent la biomasse de mammifères la plus élevée connue jusqu'à présent des forêts pluviales tropicales.

    La Lopé est l'endroit en Afrique ou l'on peut découvrir le Mandrill. La Lopé abrite également de grandes populations de gorilles et de chimpanzés et les densités d'éléphants les plus élevées en Afrique. De plus, la vallée de l'Ogooué est un riche sanctuaire préhistorique. En effet, la Lopé est l'un des sites archéologiques les plus anciens en Afrique, avec des pointes de flèches de la pierre, des gravures rupestres de l'âge de fer et d'autres signes d'occupation humaine vieux d'au moins 400 000 ans.

    La Lopé est un site idéal pour la recherche en forêt. La station d'étude des gorilles et des chimpanzés (SEGC) est un centre de formation en pleine expansion. Il a été fondé en 1983 par le CIRMF10 afin d'étudier le comportement des gorilles et des chimpanzés.

    Le parc national d'Akanda

    Ce parc est situé dans la province de l'estuaire. Il couvre une superficie de 540 km2. La forêt côtière bordant le nord de la péninsule, de la forêt de la Mondah jusqu'à Akanda héberge de nombreuses plantes qui ne poussent qu'ici au Gabon, car elles ont besoin du supplément d'humidité apporté par la mer. Le parc d'Akanda renferme d'importantes ressources naturelles renouvelables. Les mangroves autour de Libreville représentent d'importantes zones d'alevinages pour plusieurs espèces de poissons de mer.

    Les vasières du parc sont un des sites d'hivernage les plus importants d'Afrique Centrale. Le parc national d'Akanda joue un rôle essentiel pour la reproduction des poissons. Ce qui garantit la sécurité alimentaire des générations futures. Il fournit également un espace de loisirs aux résidents librevillois. Les forêts du nord et de l'ouest sont biologiquement précieuses, car des orchidées et d'autres plantes rares y poussent grâce au fort taux d'humidité que l'océan procure au bout de la péninsule. Le parc d'Akanda renferme les plus grandes populations de bec-enciseaux d'Afrique qui se reposent sur les bancs de sables découverts par la marée. Les vasières procurent de la nourriture à des milliers de limicoles d'Europe.

    Le parc national de Pongara

    Ce parc est situé dans la province de l'Estuaire. Il couvre une superficie de 870 km2. Ce parc se trouve à moins d'une heure du principal centre de population du Gabon. On y trouve des milliers d'hectares de mangroves qui renferment une quantité importante d'alevins et de crevettes.

    Les plages de ce parc sont des lieux de ponte pour les tortues marines. Les forêts de ce parc abritent des populations survivantes de petits singes, de buffles, de céphalophes. Les marais d'eau douce sont peuplés de poissons et ses prairies regorgent également de nombreuses espèces de fleurs, d'insectes et d'oiseaux.

    Des centaines de tortues luth pondent à Pongara, la majorité juste au sud de la Pointe Denis. Les tortues marines ont trouvé en Pongara un endroit romantique et elles voyagent d'aussi loin que le Brésil pour se reproduire et pondre leurs oeufs sur les plages du Gabon d'octobre à mars. Plusieurs espèces de dauphins vivent en mer près de Pongara ou y passent en migration.

    10 Centre International de Recherches médicales de Franceville.

    Parc national de Minkebé

    Ce parc est situé dans les provinces à l'extrême nord-est du Gabon. Il couvre les provinces du Woleu-Ntem et de l'Ogooué-Ivindo. C'est le plus vaste des parcs du Gabon. Minkebé fait partie de la plus grande étendue sauvage restant en Afrique. C'est l'une des forêts les plus intacte d'Afrique et le plus grand bloc forestier inhabité du Gabon. Il possède une faune et une flore diversifiée et des dômes rocheux appelés Inselberg qui offrent des panoramas à perte de vue sur la forêt. Minkebé est constitué par une diversité d'écosystèmes. C'est une forêt dominée par des légumineuses. La population d'éléphants de forêt est particulièrement importante, mais celle des gorilles et des chimpanzés est aujourd'hui faible à cause de l'épidémie d'Ebola qui a sévit dans la région dans les années 90. Cette région représente une vaste forêt pluviale intacte qui joue à la fois le rôle de réservoir globale de carbone et de château d'eau du bassin de l'Ivindo, dont les immenses marécages retiennent l'eau comme une éponge.

    Parc national des Monts de Cristal

    Ce parc est situé dans la province de l'Estuaire. Il couvre une superficie de 1 200 km2. Ce parc est couvert d'une forêt pluviale ancienne dont la majorité n'a pas été perturbée par l'homme. Mousses, orchidées et bégonias y sont abondants. Ce parc est l'une des zones les plus diversifiées d'Afrique pour les plantes et les papillons. De plus, on y trouve aussi de grands mammifères charismatiques tels que mandrills et éléphants. Ce parc est riche en arbres et plantes épiphytes et lithophytes nécessitant beaucoup d'humidité. Il est reconnu au niveau international pour sa richesse biologique. Un fort taux d'humidité a permis à une flore particulièrement riche de s'épanouir depuis des dizaines de milliers d'années. Les Monts de Cristal sont considérés par de nombreux botanistes comme ayant la plus grande diversité végétale de toute l'Afrique. Au surplus, ce parc est d'une importance capitale pour les Gabonais, par ses bassins versants qui alimentent de nombreux cours d'eau. Les barrages hydroélectriques de la SEEG11 fournissent l'électricité à Libreville.

    Parc national de Birougou

    Ce parc est situé au coeur du massif du Chaillu, dans les provinces de la Ngounié et de l'Ogooué-Lolo. Il couvre une superficie de 690 km2. Il dispose d'importantes richesses biologiques et culturelles. Ce parc regorge de refuges de forêts humides d'Afrique. En effet, certaines zones en altitude ont maintenu leur couverture forestière et leur climat humide au gré des diverses périodes arides et humides de l'évolution climatique et géologique d'Afrique, d'où leur nom de refuges.

    Ces dernières sont des réservoirs où on trouve des espèces ayant évolué à diverses périodes et où la variété d'espèces peut persister pour très longtemps.

    11 Société d'Energie et d'Eau du Gabon

    Le potentiel biologique du parc lui confère un statut de site critique de l'UICN. Il reste pourtant encore très peu connu de la science. De plus, c'est un bassin versant important qui regorge de richesses culturelles.

    Parc national de Waka

    Ce parc est situé dans la province de la Ngounié. Il couvre une superficie de 1070 km2. Les monts qui cernent ce parc sont uniques de par leur richesse cultuelle les liant aux peuples alentours. Les peuples de Waka se proclament à l'origine de la religion bwiti. Ils gardent les secrets mystérieux de la forêt et leurs rites démontrent un lien étroit avec la nature. Le tourisme culturel peut s'appuyer sur la force spirituelle de Waka et de ses alentours. L'histoire naturelle du massif est bien connue des populations locales, mais n'a pas encore été beaucoup étudiée par la communauté scientifique. L'expertise locale est importante car elle permet de fournir des informations sur les changements qui ont affecté cette région au cours du temps.

    Parc national de Moukalaba-Doudou

    Il est situé dans les provinces de la Nyanga et de l'Ogooué-Maritime. Il couvre une superficie de 5000 km2. Ce parc est composé d'habitats variés, des forêts humides de montagnes aux marécages, des rivières, des savanes herbeuses hébergeant des espèces uniques.

    L'abondance de primates et de grands singes dans cette région pourrait faire de cette zone l'un des meilleurs sites d'Afrique pour observer les gorilles de forêt pluviale. Ce parc est connu des scientifiques pour avoir les plus fortes densités de primates du Gabon. Les forêts ayant été exploitées sont abondantes et contiennent de succulentes Marantacée, une des principales sources de nourriture pour les gorilles comme pour les éléphants et autres espèces. C'est également une zone remarquable pour les amateurs d'oiseaux. C'est le seul parc du Gabon ou l'on peut observer l'élégant Cobe défassa (antilope).

    Parc national des plateaux Batéké

    Il est situé dans la province du Haut-Ogooué. Il couvre une superficie de 2050 km2. La végétation est représentée par un immense océan d'herbe au coeur de la forêt équatoriale. Par endroit, le relief doux est coupé par de spectaculaires falaises de sable multicolores. La présence de multiples vestiges archéologiques sur les sommets des collines témoigne que des milliers de personnes ont vécu dans cette région autrefois. Des prédateurs charismatiques tels que les lions et les hyènes qu'on croyait disparus subsistent.

    Des savanes sableuses, des forêts galeries et des rivières se mêlent sur les plateaux Batéké pour constituer des paysages spectaculaires abritant une grande diversité d'espèces. Des animaux comme les éléphants de forêt, les gorilles, les buffles et les potamochères sortent de l'abri des arbres pour se nourrir dans la savane ou boire dans la rivière. La diversité des savanes permet à des nombreuses espèces d'oiseaux des plateaux Batéké de se rencontrer. A tel point que cette

    diversité attire les ornithologues dans la région de Léconi. De plus, la culture téké est toujours vivace dans la région et offre des possibilités de tourisme culturel.

    Chapitre II : La valorisation des parcs nationaux et les menaces subsistantes

    Dans le présent chapitre, il sera question pour nous d'évaluer la valorisation des parcs nationaux, telle qu'elle s'est faite depuis la création du réseau des parcs nationaux. Par la suite, nous jetterons un regard sur les différentes menaces qui pèsent sur le réseau des parcs nationaux à travers des faits retraçables qui se sont produits dans les parcs nationaux, qui continuent de s'y produire, où alors nous évoquerons les projets qui, s'ils sont mis en oeuvre provoqueraient des désastres aussi bien écologiques qu'environnementaux.

    Section 1 : La valorisation des parcs nationaux du Gabon

    Selon la définition de l'Union Mondiale pour la conservation de la nature (UICN), le parc national peut se définir comme une aire protégée gérée principalement dans le but de protéger les écosystèmes et à des fins récréatives. L'ordonnance n°6/ 2001 du 31 décembre 2001 portant code forestier en République gabonaise reconnaît principalement deux types d'activités pouvant se mener dans un parc national : les activités d'ordre touristique et scientifique. Nous verrons donc successivement comment ces différentes activités se sont déployées dans les parcs nationaux

    A-les parcs nationaux et le tourisme

    Malgré les potentialités dont dispose le pays dans le tourisme de nature, il reste à l'état embryonnaire. Toutefois, au cours des dernières années, le gouvernement a toutefois montré un intérêt croissant pour le tourisme dans l'optique d'une valorisation durable de ses vastes ressources naturelles et de lutte contre la pauvreté. Cette tendance a été accompagnée par de nombreuses agences et institutions internationales ainsi que des individus.

    Force est de reconnaître que, « le tourisme est une activité complexe qui implique des acteurs nombreux et très différents. Une industrie du tourisme ne se monte donc pas en quelques mois, ni en quelques années. C'est un processus lent, qui demande beaucoup de patience, d'argent, d'efforts et de professionnalisme. En Afrique, trop souvent les ONG se sont engagées elles mêmes dans le développement du tourisme. Or c'est une activité commerciale qui doit être laissée aux professionnels, tout comme on laisse les soins de santé au corps médical et

    l'exploitation forestière aux sociétés forestières. Les ONG de la conservation peuvent toutefois jouer un rôle très important, voire fondamental, en associant leur savoir et leurs efforts à ceux d'un opérateur touristique. C'est dans cet esprit qu'a été conçu Opération Loango. » (J.P Vande Weghe, 2007, p.66)

    L'Opération Loango part du principe selon lequel le tourisme paye la conservation, elle développe l'écotourisme pour valoriser les terres sauvages dans et autour du parc national de Loango. Elle a été fondée en collaboration avec le WCS et le gouvernement gabonais en l'an 2000. C'est désormais l'entreprise d'écotourisme la plus rentable au Gabon. En 2005, 10000 visiteurs ont séjourné dans son lodge haut de gamme uniquement accessible en avion. De plus, les profits générés sont directement réinvestis. (Gabon, Automne 2006, p34). Le parc de Loango n'est pas le seul parc qui est l'objet de la visite de touristes. « Environ 2000 touristes visitent le parc de la Lopé chaque année, des séjours y sont organisés par Opération Loango qui gère également le parc national de Loango. L'établissement principal, la Lopé Hôtel se situe dans un espace magnifique au-dessus du majestueux Ogooué, avec des bungalows et des suites, une piscine et un restaurant. « Avec son panorama sur le fleuve de plus de 500m de large, dominé par le mont Brazza et l'étendue de savane et de collines couvertes de forêt, l'hôtel se trouve sur l'un des emplacements les plus spectaculaires d'Afrique, affirme la New-York Magazine.» (Gabon, automne 2007, p.33)

    La récente inscription du parc national de la Lopé en 2007, au patrimoine mondial de l'humanité, laisse augurer pour ce parc, une plus grande fréquentation touristique. « Cet honneur prestigieux conféré à l'écosystème et au paysage culturel de Lopé-Okanda est une première pour le Gabon. Il en fait une vedette internationale comme le parc du Kilimandjaro et les chutes Victoria, autres sites africains choisis. Les parcs nationaux qui disposent d'infrastructures dignes de ce nom, et qui font l'objet d'une fréquentation régulière de la part des touristes sont ceux cités ci avant. Il faut reconnaître que, « le développement du tourisme se heurte cependant à de nombreux obstacles, en premier lieu au manque de personnel qualifié dans tous les domaines, tant dans l'accueil et l'hôtellerie que dans l'interprétation. Si un bon chef de cuisine et un accueil chaleureux sont essentiels au niveau de l'appréciation de l'hébergement, de bons guides sont la clef incontournable de toute excursion réussie en forêt. (...) Ces obstacles sont d'autant plus contraignants que la concurrence internationale est sans pitié et que les produits touristiques concurrents sont innombrables. Le développement du tourisme s'apparente donc à une course contre la montre, car si les parcs nationaux ne parviennent pas à rapporter rapidement ils pourraient bien disparaître. » (J.P Vande Weghe, 2007, p.66-68)

    B- Les parcs nationaux et la recherche

    La recherche est le socle sur lequel repose l'écotourisme. Il ne saurait donc avoir écotourisme, ni même gestion durable, s'il n y a pas au préalable eu recherche scientifique. « Non seulement il est indispensable de savoir quelles espèces abrite une aire protégée, mais il faut aussi savoir où ces espèces se trouvent, comment elles vivent et comment elles interagissent. Un parc national sans recherche est donc un peu comme une bibliothèque sans catalogue ou un avion sans manuel technique ! » (J.P Vande Weghe, 2007, p.70)

    La recherche scientifique dans les aires protégées commence avec le CNRS. L'organisme français décaissa les fonds nécessaires qui aboutirent à la construction de la mission biologique du Gabon (MBG), dont l'inauguration eut lieu le 13 avril 1963 à Makokou par le feu président Léon Mba. Il s'en suivit la construction à Ipassa du laboratoire de primatologie et d'écologie

    équatoriale dont les travaux prirent fin en 1972. (Paul Daruis Posso cité par Vande Weghe, 2006, p.44)

    En 1979, l'Institut de recherche en écologie tropicale fut nationalisé et devint un département du centre national de recherche scientifique et technologique. En 1983, la réserve naturelle intégrale d'Ipassa devint réserve de biosphère avec obligation de remplir les fonctions de conservation, de développement, de recherche, de formation, d'éducation et de surveillance continue. Les recherches qu'on effectuait à l'IRET atteinrent une notoriété telle que : Cette initiative s'inscrivait dans la logique d'un laboratoire dont la renommée dépassait largement les frontières du Gabon et de l'Afrique. Plusieurs centaines d'articles furent publiés ainsi que plus d'une trentaine de doctorats, dont quatre gabonais. Des dizaines de DEA et DESS furent soutenus .

    C'est grâce à ces recherches que le parc national de l'Ivindo, notamment des ressources dont il regorge sont plus ou moins bien connu. Toutefois, « avec la nationalisation et la réduction drastique des différents budgets, la recherche se poursuivit à un rythme de moins en moins soutenu. Ce n'est qu'avec l'implication en 1998 de l'Union Européenne qu'on a pu assister à une reprise des activités.

    Parmi les parcs nationaux ayant fait l'objet de recherches scientifiques poussées, on compte aussi le parc de la Lopé. La principale caractéristique de ce parc sont les vestiges archéologiques qui datent de plus de 400 000 ans et la richesse faunistique et floristique ont fortement joué à l'érection de ce parc comme patrimoine mondial de l'humanité. De plus, « les vestiges archéologiques remontent à plus de 400 000 ans et datent d'avant l'apparition de l'Homo Sapiens. La riche mosaïque des écosystèmes des savanes et des forêts illustre quant à elle l'adaptation de l'Afrique aux fluctuations climatiques durant le pléistocène. » (Lee White cité par Gabon, Automne 2006, p30). Il est essentiel de souligner que la consécration du parc national n'aurait pas été possible si une recherche scientifique poussée n'avait pas été mise en oeuvre. On a pu dénombrer 200 publications scientifiques des chercheurs de la Station d'Etude des Gorilles et des Chimpanzés, agence locale du Centre International de Recherches Médicales de Franceville et de l'organisation WCS. On dispose ainsi d'un site exceptionnel qui permettrait de prévoir et contrôler les effets du changement climatique sur les écosystèmes tropicaux. Le principal écueil des recherches menées dans les aires protégées découle du fait qu'elles se réduisent à des enquêtes socio-économiques. (J.P Vande Weghe, 2007, p.70). Il est toutefois nécessaire de souligner qu'il existe bien dans notre pays, une zone dans laquelle la recherche est reluisante. C'est grâce à l'appui du groupe Royal Dutch Shell que la Smithsonian Institution a pu effectuer de très importantes recherches qui ont abouti à l'évaluation de la biodiversité la plus complète jamais réalisée au Gabon. (J.P Vande Weghe, 2007, p.71)

    A partir du bilan de la recherche, telle qu'elle se fait dans les aires protégées , on peut tirer un parallèle avec l'exploitation écotouristique et voir que les aires protégées qui connaissent un début d'exploitation sont celles qui ont le plus bénéficiées des recherches les plus poussées . A telle enseigne que ces aires protégées sont les mieux connues de par, le potentiel de biodiversité dont elles regorgent. Quant au reste des parcs nationaux, ils brillent par une faible connaissance des ressources et des processus écologiques. D'après un atelier organisé le 25 et le 26 avril à l'hôtel intercontinental de Libreville au sujet de la recherche scientifique dans les parcs nationaux on a pu « constater que les recherches recensées sont entreprises à plus de 50% par les non nationaux. Par ailleurs, les travaux exécutés obéissent rarement à des méthodes standardisées, qui permettraient plus tard la comparaison des données des différentes études. Les prélèvements, les manipulations, les utilisations et la commercialisation de tous les tissus, les souches ou tout autre produit extrait des parcs ne renvoient à aucun référentiel. De même, le

    Gabon ne dispose pas de guide en matière d'aménagement/déménagement de centre de recherche dans un parc national, ni de convention modèle traitant des formes de partenariat entre les institutions nationales et les chercheurs gabonais. » ( http://www. cenarest.org/rapport final sur les parcs nationaux. Pdf)

    La recherche scientifique dans les parc nationaux du Gabon pèche par :

    -l'absence d'un cadre juridique et institutionnel clair, qui structure et codifie la recherche dans les parcs,

    -le manque d'évaluation permanente et de la régulation du système de recherche pour le développement des parcs nationaux,

    -l'individualisation, dispersion et absence de pérennité des thématiques de recherche, -absence d'orientation vers la valorisation économique dans les parcs.

    Section 2 : Les problèmes occasionnés par les autochtones et par l'industrie.

    Six ans après la création des parcs nationaux, la gestion des parcs se met en place, en rencontrant toutefois des heurts, l'opinion publique s'en empare. Les problèmes qui surgissent proviennent des populations qui vivent autour des parcs qui d'une manière ou d'une autre, exploitent les ressources spontanées qu'ils abritent. A coté des problèmes pré-cités il y a aussi les conflits d'intérêts qui naissent entre l'administration des parcs nationaux et les exploitants forestiers ou les exploitants miniers.

    A- les problèmes engendrés par les populations vivant autour des parcs nationaux

    Pour illustrer nos propos, nous nous appuierons sur quelques parcs nationaux du Gabon.

    Les populations les plus proches du parc national de l'Ivindo sont celles de Makokou et celles de nombreux villages situés le long de la route Makokou-Ovan. « L'activité la plus répandue reste l'agriculture, concentrée dans une bande de 3 à 5 km le long de la route (...). La production est consommée localement et le surplus est écoulé à Ovan ou Makokou. Le manioc est toutefois abandonné au bout de 2 à 3 ans et les bananiers au bout de 5 à 10 ans. Un nouvel espace de forêt est alors défriché » (JP Vande Weghe, 2006, p. 47)

    L'agriculture est souvent combinée à la chasse et à la pêche. Tout comme les agriculteurs, les pêcheurs de la route Ovan-Makokou pêchent dans la Mvoung et dans l'Ivindo aux abords des chutes de Mingouli. Aussi bien les pêcheurs que les agriculteurs exercent leurs activités au sein même du parc national de l'Ivindo, ce qui est contraire à la loi. En effet, le décret n°612/PR/MEFEPEPN du 30 août 2002 portant classement du parc national de l'Ivindo, en son article 7 stipule que : « A l'intérieur du parc national de l'Ivindo, les activités touristiques sont organisées selon le plan d'aménagement prévu à l'article 6 ci-dessus. »

    Toutes les autres activités sont normalement interdites dans les limites du parc national à l'exception de celles résultant des droits d'usages coutumiers. Ainsi, conformément à ce décret il est strictement interdit d'organiser d'autres activités en dehors des activités touristiques. Les populations qui résident à proximité de ce parc exercent donc leur activité en violation flagrante des dispositions règlementaires.

    Entre autres, activités se pratiquant dans le parc de l'Ivindo, il y a la chasse. « La chasse au fusil se pratique souvent plus loin des villages. Ainsi, les chasseurs des hameaux situés le long de la route Makokou-Ovan chassent dans les forêts au nord de l'Ivindo, mais rarement ils pénètrent à plus de 5 km en forêt dense. Le gibier visé comprend les céphalophes, les singes et le potamochère » (J.P Vande Weghe, 2006, p.50).

    Avec la raréfaction du gibier due à des prélèvements dépassant la productivité de la forêt du fait de la pression des populations urbaines prêtes à payer cher pour la viande de brousse, la superficie utilisable par la faune est aussi en constante régression suite à l'extension de l'exploitation du bois et de l'agriculture.

    Le parc de Mwagna n'est pas en reste car des activités illégales y sont également répertoriées. En effet, « dans le nord, les chasseurs du village Malouma, situé à une dizaine de kilomètres du parc, disent ne plus chasser au sud de la rivière Louaye, mais leur piste pénètre encore et jusqu'à 5km dans le parc et lors de la dernière prospection de 2004 un groupe de chasseurs fut effectivement rencontré à l'intérieur du parc ». (JP. Vande Weghe, 2006, p. 51). Il est nécessaire de dire que, les populations vivant autour ou à coté des parcs pratiquent la chasse pour la viande qui peut avoir comme première finalité la consommation des villageois ; et la chasse commerciale « qui est un phénomène complexe qui repose à la fois sur la pauvreté des populations rurales et la demande croissante des populations urbaines qui représentent au Gabon 80% de la population totale du pays. Bien qu'elle ait oublié la réalité du milieu forestier, cette population a conservé le goût du gibier ». La chasse commerciale est plus destructrice pour la faune car du fait de la demande croissante la pression cynégétique est très importante ce d'autant plus que le gibier se raréfie en dehors des parcs. Mais il y a encore un autre type de chasse bien plus dommageable pour la conservation et la protection de la faune. En effet, « à coté de la chasse pour la viande, destinée à la consommation locale ou à la commercialisation, il existe d'ailleurs une autre chasse à la fois très rentable et très destructive. C'est la chasse pour l'ivoire. La ville frontière de Mékambo en serait la plaque tournante dans le nord-est du Gabon et le parc national de Mwagna serait l'un de ses terrains d'action favoris (...). En 2004, un chasseur a ainsi été appréhendé près de Makokou avec des défenses énormes qui ne pouvaient provenir que du parc national de l'Ivindo. Comme ailleurs en Afrique Centrale, ces chasseurs «malchanceux, souvent dénoncés par jalousie, ne représentent cependant que l'extrémité visible de réseaux dont les ramifications comprennent à la fois des commerçants, des fonctionnaires et des notables, tant en province qu'à Libreville» (idem pp. 52-53).

    Dans le parc national de Loango, on note une source de conflit entre les villageois et la conservation, dû aux agriculteurs qui se plaignent des dégâts causés régulièrement par les éléphants. « Ce problème est particulièrement difficile à résoudre dans le cas des quelques villageois qui habitent encore le parc national de Loango. Ces gens, une trentaine de personnes en tout, habitent de manière dispersée et se plaignent continuellement des éléphants qui ravagent leurs champs, mais refusent de se regrouper ou de quitter leur «terre ancestrale. Dans d'autres pays d'Afrique, ils auraient été relogés et indemnisés, mais au Gabon cela semble impossible » (JP Vande Weghe, 2007, p. 58). A côté des conflits entre les villageois et la conservation à cause des dégâts effectués par les éléphants, il y a ceux des pêcheurs qui viennent d'Afrique de l'ouest et qui ont des coutumes néfastes. « Les pêcheurs venus d'Afrique de l'ouest, implantés au Cap Lopez ou à Mayumba, ont quant à eux introduit des coutumes néfastes que les populations locales ne connaissent pas et qui nuisent à la faune, notamment la chasse aux sternes migratrices

    sur les plages. Or il est bien connu, grâce au baguage, que la raréfaction de ces oiseaux sur leurs colonies en Europe est en grande partie liée à la chasse qui leur est faite sur les côtes du golfe de Guinée, surtout de la Sierra Leone au Ghana » (JP Vande Weghe, 2007, p. 61).

    Comme pour le parc de l'Ivindo, la chasse commerciale est une activité pratiquée par les villageois vivant à coté du parc de Loango. Ce commerce de viande de brousse est en grande partie illicite, mais au Gabon - il faut bien l'admettre - il est bien difficile de faire respecter les lois relatives à l'environnement : les animaux protégés sont tués comme les autres et commercialisés publiquement sur les marchés ou dans les restaurants.

    Ce problème de chasse commerciale de viande de brousse est d'autant plus délicat à résoudre, du fait que ni les autorités, ni les ONG actives dans la conservation n'offrent des ressources alternatives de subsistance.

    B - Les problèmes occasionnés par l'industrie forestière et minière

    Jusqu'alors nous n'avions traité que des problèmes dus aux populations vivant autour des parcs nationaux, mais les activités qui posent le plus de problèmes pour la conservation et la protection de l'environnement sont les activités industrielles, dans lesquelles on distingue l'exploitation forestière et l'industrie minière. S'agissant de l'exploitation forestière, il faut reconnaître qu'avec la création des parcs nationaux, seules les zones qui avaient été attribuées avant la création des parc nationaux purent être exploitées. Ces zones ont cependant été rétrocédées dès la fin de leur concession.

    Du coté de la non attribution de concession forestière dans les parcs nationaux, l'Etat a probablement respecté ses engagements.

    Le principal problème de l'exploitation forestière réside dans le fait que, dans les concessions forestières attribuées à des exploitants près des parcs nationaux le contrôle de la chasse n'est pas effectif. En effet, « (...) la construction des pistes ouvre la forêt aux chasseurs et c'est là que se situe actuellement au Gabon, comme dans toute l'Afrique Centrale, l'impact le plus problématique de l'exploitation. Non seulement beaucoup d'ouvriers chassent eux-mêmes dès qu'ils en ont l'occasion, mais bien souvent ils introduisent dans les campements des concessions des membres de famille qui chassent ou des chasseurs étrangers. Une partie du gibier alimente alors les circuits commerciaux et, très rapidement, la forêt se vide de sa faune avec le manque chronique de personnel en charge du contrôle auquel s'ajoute un manque de moyens et un manque de motivation. Cette situation est difficile à gérer et met les sociétés forestières dans une position très ambiguë vis-à-vis de leur personnel. Jusqu'à quel point peut-on d'ailleurs leur demander de se substituer à l'Etat ? » (JP Vande Weghe, 2006, p. 54). Pour résoudre ce problème, les exploitants s'engagent dans des partenariats avec des ONG de conservation. « C'est le cas de la CBG, qui exploite la CFAD de Mandji sur la limite nord du complexe de Gamba. Au travers du WWF, elle a ainsi pu obtenir un appui du Fonds Français pour l'Environnement Mondial (FFEM) dans le cadre du programme CAWHFI afin d'appuyer techniquement la mise en oeuvre d'un plan de gestion de la faune » (JP Vande Weghe, 2007, p. 62).

    Les problèmes occasionnés par l'exploitation pétrolière peuvent prendre diverses formes. L'une de ces formes est la pollution des parcs nationaux côtiers. La pollution pose des problèmes

    difficiles à résoudre étant donné que l'Etat ne dispose pas de moyens suffisants de contrôle (JP. Vande Weghe, 2007, p. 64). Les pollutions des côtes gabonaises par les hydrocarbures et de surcroît des parcs nationaux sont ainsi devenues monnaie courante. « En 2005, plusieurs cas de pollution ont été observés. Sur les plages des parcs nationaux de Mayumba et de Loango se sont déposés des nappes d'hydrocarbures dont les analyses d'échantillons n'ont permis ni d'identifier la source ni de déterminer les responsables » (Idem p. 64). « La dernière date de janvier 2007, en pleine période de ponte des tortues marines. Ceci constitue un sérieux problème pour la protection de la préservation de la nature » (idem p. 64). Un autre problème de l'exploitation pétrolière, ce sont les opérations sismiques qui provoquent des nuisances qui perturbent la faune. Durant la phase d'exploitation pétrolière, les opérations sismiques génèrent des bruits et des vibrations qui dérangent la faune et détruisent certains habitats naturels.

    Il faut toutefois noter que les conséquences de l'exploitation pétrolière sont plus insidieuses qu'elles ne laissent paraître. « Cependant les conséquences les plus importantes de l'exploitation pétrolière sont peut-être indirectes et plus insidieuses : les populations qui en vivent sont relativement bien rémunérées et consomment de grandes quantités de poissons et de viande de brousse, surtout du fait de la faiblesse de l'agriculture et de l'absence de l'élevage. Sans le vouloir, l'industrie pétrolière a ainsi contribué à la quasi-disparition locale de l'hippopotame et du lamantin ou à la raréfaction inquiétantes des céphalophes, du buffle et de plusieurs espèces de singes dans les forêts du bassin côtier » (JP Vande Weghe, 2007, p. 65).

    Un constat de menace des parcs nationaux se fait ressentir globalement notamment par l'exploitation minière et pétrolière, à tel point que les parcs nationaux compte tenu de la prolifération des menaces ne présentent aucune garantie concernant la sécurité environnementale. La prolifération des menaces fait suite à la vague d'attribution des permis de prospection miniers et pétroliers qui ont cours actuellement dans notre pays.

    Akanda par exemple est menacé par la construction du nouvel aéroport de Libreville dans sa très proche périphérie. Le parc situé à proximité, le parc de Pongara est également menacé, « une compagnie française, Maurel et Prom, envisage de faire passer un gazoduc à travers le parc de Pongara, à la demande de la SEEG propriété du groupe français VEOLIA » (http:// www.brainforest.org/ parcs menaces.htlm)

    Le parc national de Loango, qui est le parc le plus prisé en matière touristique et qui est suffisamment reconnu par les tours opérators connaît lui aussi quelques difficultés. « Une compagnie pétrolière chinoise, SINOPEC a commencé des prospections avec l'aval du ministère des mines mais en contrevenant au code de l'environnement et à la loi actuelle sur les parcs nationaux. Les conséquences négatives sont déjà identifiées.

    Au sud du Gabon, dans le parc national de Mayumba, le seul parc entièrement marin, inquiète par les projets qui y ont cours. « Une compagnie pétrolière française, Maurel et Prom envisage de faire passer un pipeline à travers le parc de Mayumba. » (http:// www.brainforest.org/ parcs menaces.htlm)

    De tous les projets cités ci avant, le projet de Belinga est à n'en point douter, du fait de son ampleur, celui qui a le plus retenu l'attention aussi bien de l'opinion nationale qu'internationale. En effet, « Dès 1995, des géologues y ont localisé un gisement de fer sous le relief montagneux de la région. Des études évaluent mêmes les réserves à plus d'un milliard de tonnes, avec une teneur en minerai de 64%. Belinga abriterait donc le plus important gisement inexploité du monde. » (Bongo, la Chine et les écologistes. Jeune Afrique.htm). Le chantier de la mise en exploitation s'est heurté à des militants écologistes. L' ONG Brainforest reproche aux autorités

    gabonaises de n'avoir effectué aucune étude préalable d'impact sur l'environnement. Une négligence d'autant plus grave aux yeux des organisations écologistes que Bélinga se situe dans la deuxième plus vaste forêt du monde. En 2002, alors que Greenpeace s'alarmait de l'éventuelle disparition des gorilles, des chimpanzés et des bonobos dans les dernières forêts vierges du bassin du Congo, le Gouvernement gabonais avait alors créé treize parcs nationaux, sur 11% de son territoire. Aujourd'hui le projet Bélinga est perçu comme un inquiétant retour en arrière. En somme ce qui inquiète les écologistes, se sont les infrastructures lourdes qui accompagneront ce projet tels que la construction du tronçon de chemin de fer, la construction d'un port en eaux profonde à Santa Clara et d'un barrage hydroélectrique au sein même du parc de l'Ivindo. « Selon OBO, les ONG veulent faire de son pays une simple réserve uniquement destinée à recycler le gaz carbonique émis par les grand pays, qui pour leur part, refusent égoïstement de respecter l'environnement. »

    (Bongo, la Chine et les écologistes. Jeune Afrique.htm).

    A la suite de la polémique sur la destruction de l'environnement relayée par les différents médias internationaux « le 14 septembre, il (le chef de l'Etat) a convoqué son gouvernement et les membres du corps diplomatique accrédités à Libreville pour marteler sa détermination à mener jusqu'au bout le chantier de Bélinga, censé commencer en 2011. (...), le Président a fustigé l'attitude des ONG occidentales : comment comprendre que ceux là même qui n'ont pas reussi à imposer chez eux un minimum de mesures préventives en faveur de l'environnement viennent chez nous en utilisant le tapage médiatique, le mensonge et la calomnie pour obliger mon pays à sacrifier son développement sur l'autel de la nature ? » (Bongo, la Chine et les écologistes. Jeune Afrique.htm). Mais sa colère passée, Omar Bongo Ondimba devait quelques jours plus tard recevoir des militants écologistes pour leur proposer d'être représentés dans le comité de suivi du projet. En dépit de la polémique, il faut rappeler que la loi gabonaise autorise une déclassification à condition de classer une autre zone dans les mêmes proportions

    Deuxième partie :

    Les enjeux de la valorisation et la réorientation

    possible des politiques de coopération

    gabonaises suite à la création des parcs

    nationaux

    Chapitre III : Les enjeux de la valorisation des parcs nationaux du Gabon

    La valorisation des parcs nationaux offre une perspective nouvelle de développement pour le Gabon. Cette nouvelle perspective de développement va dans le sens de la diversification de l'économie gabonaise, qui jusqu'alors était principalement dominée par l'exploitation brute de ses matières premières. Les lignes qui vont suivre vont nous permettre de dégager quels sont les enjeux de la gestion des parcs nationaux du point de vue de vue de leur promotion locale.

    Section 1 : Les enjeux de la gestion des parcs nationaux

    De la gestion des parcs nationaux découle deux principaux enjeux, les enjeux économiques et sociaux et les enjeux écologiques et scientifiques.

    A- Les enjeux économiques et sociaux

    Depuis son indépendance en 1960, l'économie gabonaise est surtout basée sur l'extraction de ses matières premières dont la première fut le bois. Au début des années 70, l'économie gabonaise est désormais dominée par l'exploitation du pétrole qui représente plus de 80% des revenus d'exportation, 60% des recettes budgétaires et environ 40% du PIB courant.

    La dépendance de l'économie gabonaise à une ressource au prix si volatile soumet le Gabon, à vivre au rythme des fluctuations des cours du brut et en fonction des volumes des exportations, eux mêmes dépendants de la taille des gisements. Or, après avoir atteint un pic de 18 millions de tonnes, la production de brut n'a cessé de décroître pour se stabiliser aujourd'hui autour de 13 millions de tonnes. À la vue de cette situation, les plus hautes autorités du pays ont décidé de la diversification de l'économie qui met un accent particulier sur la valorisation des ressources naturelles renouvelables. Au regard de ce qui précède, il ressort que l'enjeu premier attendu de l'exploitation des parcs nationaux est la diversification et la restructuration du tissu économique gabonais, de manière à faire en sorte que l'économie gabonaise dépende de moins en moins du secteur pétrolier et faire émerger de nouveaux secteurs générateurs de revenus et permettre par la même occasion l'élargissement d'un marché de l'emploi qui devient de plus en plus étroit. « A l'instar de certains pays africains pour lesquels le tourisme en général, l'écotourisme en particulier, contribue pour beaucoup au PIB, le Gabon à travers son réseau de parcs, à l'opportunité de faire émerger une forêt filière éco touristique. Celle-ci serait, en même temps que les secteurs bois et pêche industrialisée et le secteur environnement à développer, une alternative au secteur pétrolier dont la contribution au budget national décroît au fil des années. L'objectif étant à moyen et à long terme de parvenir à : (i) une diversification de l'économie, (ii) une dynamisation du secteur privée, et une faible dépendance à l'égard du secteur pétrolier. » (CNPN, 2003, p.6)

    S'il y a une activité non extractive qui pourrait valoriser les parcs nationaux c'est bien l'écotourisme. C'est un type de tourisme basé sur le respect de l'environnement.

    Pour y arriver, le Gabon doit lever un certain nombre de contraintes. En effet, « les préalables pour parvenir à concrétiser le fort potentiel économique des parcs passent par (i) la mise en place de structures d'accueil et de moyens de communication adéquats, (ii) l'aménagement efficient des parcs, (iii) la formation des différents intervenants de la filière, (iv) la réforme de la politique d'entrée au Gabon, (v) la réforme de la fiscalité des secteurs du tourisme et des transports, (vi) la mise en place d'un environnement législatif libéralisé favorable à la venue d'entrepreneurs non gabonais et des opportunités de crédit favorables à l'émergence des privés gabonais avec un accent particulier sur la micro- finance.

    L'enjeu social des parcs nationaux est indéfectiblement lié à l'enjeu économique qui vient d'être abordé.

    L'enjeu social est composé de deux volets :

    - la création d'emplois engendrée par l'administration des parcs ;

    - l'amélioration des conditions de vie des populations rurales vivant à l'intérieur ou à proximité des parcs.

    Le potentiel de création d'emplois du secteur de l'écotourisme est immense. En dehors des emplois classiques générés par l'hôtellerie et la restauration, l'écotourisme génèrera de nouveaux métiers dans la gestion des parcs tels que les éco-gardes, éco-guides et les conservateurs.

    Le développement de l'écotourisme communautaire qui est une forme d`écotourisme qui implique les populations locales dans la gestion des activités écotouristiques des parcs permettrait de lutter contre la pauvreté en milieu rural.

    La mise en oeuvre d'un projet d'écotourisme n'est cependant pas aisée, car il nécessite des investissements importants. Toutefois, les bénéfices auxquels on devrait s'attendre pourraient rapidement compenser les engagements initiaux. Le Gabon dispose à travers son réseau de parcs nationaux d'un fort potentiel économique comme le montre ce tableau de simulation de fréquentation du parc national de Loango.

    Tableau n°1 : Simulation de fréquentation au parc national de Loango

    Statut

    Droit d'accès /
    par jour
    (xi)

    Nbre de
    touristes
    / jour pour le
    tourisme de

    Nbre de
    touristes
    / jour pour la
    pêche sportive

    Nbre de
    touristes
    / jour pour le
    tourisme

    (xi*
    (qi1+qi2+qi3)

     
     

    vision

    (q2)

    scientifique

     
     
     

    (qi)

     

    (q3)

     

    Etrangers non
    résid.

    15 000 F.CFA

    10

    5

    3

    270 000 F.CFA

    Etrangers

     
     
     

    6

     

    résidents

    7 500 F.CFA

    15

    10

     

    232 5000 F.CFA

    Nationaux

     
     
     
     
     
     

    2 500 F.CFA

    20

    15

    9

    110 000 F.CFA

    Total

    -

    45

    30

    18

    612 500 F.CFA

    Ce tableau montre qu'il existe des opportunités de développement de l'écotourisme qui
    pourraient être avantageuses aussi bien pour les opérateurs économiques privés que pour l'Etat,

    en million de F.CFA 2006

    2006

    2007

    2008

    2009

    2010

    2011

    2012

    2013

    2014

    2015

    Bénéfice tiré de l'écotourisme

    52

    60

    78

    90

    140

    140

    160

    191

    255

    306

    Bénéfice différentiel tiré de la séquestration du carbone

    1 465

    2 867

    4 207

    5 485

    6 700

    7 853

    8 944

    9 972

    10939

    11842

    Bénéfice tiré des ressources génétiques

    79

    16

    0

    0

    0

    0

    0

    0

    0

    0

    Bénéfice de non-usage

    680

    680

    680

    680

    680

    680

    680

    680

    680

    680

    TOTAL

    2 275

    3 622

    4 965

    6 255

    7 520

    8 673

    9 784

    10844

    11873

    12828

    s'agissant du parc national de Loango.

    Un autre exemple sur l'estimation économique des bénéfices auxquels on pourrait s'attendre pour le parc national de l'Ivindo nous donne les résultats suivants :

    Tableau 2 : Evaluation des bénéfices associés au scénario avec PNI

    Cette étude de Lescuyer montre que les bénéfices vont en s'accroissant au fil des années. De plus, le scénario sans parc national de l'Ivindo montre que les bénéfices auxquels on s'attendrait seraient très nettement inférieurs à ceux auxquels on s'attendrait avec un parc national.

    Si la filière écotouristique venait effectivement à prendre son essor, elle pourrait être à l'origine de la valorisation du monde rural qui jusqu'à présent a souffert de l'absence d'activités économiques et de l'exode rural.

    B-les enjeux écologiques et scientifiques

    Le Gabon regorge d'importantes potentialités touristiques aussi bien d'un point de vue culturel, entretenu par une riche diversité ethnique, qui représente un paysage rituel et artistique très riches.

    Au point de vue floristique, on considère que cette région est l'une des plus riches en nombre d'espèces par unité de surface de toute l'Afrique tropicale avec plus de 6000 espèces d'arbres. La faune ne compte pas moins de 130 espèces de mammifères dont 19 espèces de primates avec d'importantes populations de grands primates (gorilles et chimpanzés). La population d'éléphants est avec 60 000 individus environ l'une des plus importantes et stables d'Afrique. L'avifaune compte plus de 650 espèces d'oiseaux. La présence de nombreux reptiles et des différentes tortues marines contribue également à la richesse faunique du Gabon. La conservation des ressources biologiques est d'autant plus importante, qu'à travers le monde les forêts tropicales sont dévastées pour des raisons économiques. Il y a donc là un risque non négligeable de perte de la biodiversité du fait de la non conservation des forêts tropicales et de leurs ressources génétiques.

    La forêt tropicale est l'habitat de nombreuses espèces inconnues ou très peu étudiées qui pourraient être à l'origine de nouveaux principes actifs utilisés par les industries pharmaceutique, cosmétique ou agricole qui pourront avoir une utilité dans les jours avenir.

    De plus, « deux secteurs sont directement concernés par la conservation des ressources génétiques de cet écosystème : le secteur agricole et le secteur pharmaceutique, qui demeurent dépendants du matériel génétique naturel pour accroître l'efficience de leur production. Les ressources génétiques « naturelles » sont, par exemple présentes dans un grand nombre de traitements thérapeutiques. Environ un quart des prescriptions dispensées dans les pharmacies américaines contiennent un ou plusieurs ingrédient provenant de plantes ( Farnsworth et Soejarto, 1989, » cités dans (G. Lescuyer, 2006, p.40)

    L'exemple du projet Biodivalor qui a été initié en 1997 et qui établissait un partenariat entre l'ONG Pro Natura International et l'institut de pharmacopée et de médecine traditionnelle (IPHAMETRA) montre que grâce à ses ressources génétiques l'écosystème forestier des parcs nationaux est susceptible d'apporter une forte valeur ajoutée à la transformation de produits végétaux prélevés dans la forêt gabonaise. « Les recettes générées par la vente d'échantillon botaniques et les redevances d'exploitation des brevets d'utilisation des principes actifs extraits de ces échantillons étaient partagées à moitié entre le Trésor Public et un fonds spécial d'écodéveloppement conformément aux principes de la convention sur la diversité biologique, ce fonds devait servir à financer la mise en place de services d'intérêt collectif contribuant à l'amélioration du cadre de vie et du bien être des populations locales.

    De telles coopérations sont à promouvoir, car la coopération entre Pro Natura International et l'IPHAMETRA a rapporté 167 705 euros. Cependant cette coopération a pris fin en 2001.

    L'étude réalisée par Lescuyer montre également que ce type d'exploitation pourrait rapporter encore davantage. S'agissant de la recherche scientifique dans les parcs nationaux, elle apportera une meilleure connaissance des ressources et offrirait un plus large éventail de produits pour le tourisme de nature. Au surplus, « il apparaît presque incontournable que de nombreux laboratoires de recherche en écologie tropicale, de façon générale, pourrait bientôt envisager d'implanter des centres de recherche au Gabon ou appuyer des institutions gabonaises de recherche aux fins de profiter du contexte pour découvrir et nommer de nouvelles espèces où mieux connaître celles déjà répertoriées ou encore d'étudier les propriétés médicinales ou comestiques de certaines plantes. » (CNPN, 2003, p.7)

    L'herbier national du Gabon a bénéficié durant plus de 5 ans (1999-2005) du projet biodiversité botanique du Gabon, financé par le ministère des Affaires Etrangères du Royaume des Pays-Bas. Ce projet avait pour objectifs de faire du Gabon un centre national d'expertise dans le domaine de la biodiversité végétale afin de contribuer à la protection et à l'aménagement des forêts tropicales. « C'est ainsi qu'au terme du projet (février 2005), l'herbier national du Gabon a vu ses collections informatisées au 2/3, (...) l'augmentation du nombre de publications scientifiques dont la plus récente est la liste des plantes vasculaires du Gabon paru en 2006 ; la formation du personnel technique et scientifique ; l'intensification des contacts scientifiques et la mise en réseau de la base de données de l'HNG avec des instituts taxonomiques partenaires ( Université de Wageningen, Missouri Botanical Garden, Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, Jardin botanique de Meise, Kew Botanical Garden » (Ludovic Ngok Banak, l'Union n°96 19 du mardi 15 janvier 2008,p5)

    La volonté de conservation de la biodiversité gabonaise par les plus hautes autorités fait en sorte que le pays reçoive l'appui indéniable de nombreuses institutions nationales mais aussi de la majorité des organisations non gouvernementales qui s'investissent dans la protection et la

    gestion rationnelle des ressources naturelles. Cet appui est illustré par le tableau qui suit qui montre les appuis dont le parc national de l'Ivindo a pu bénéficié ces dernières années à des fins de conservation de la biodiversité.

    Tableau 3 : Financements internationaux actuels du PNI

    Financements internationaux :
    bailleurs et intitulé du projet

    Mise
    en
    oeuvre

    Durée

    Montant total

    Montant estimé
    pour PNI

    Union Européenne: «Réhabilitation et

    valorisation de la station de l'Institut de Recherche en Ecologie Tropicale de Makokou/Ipassa»

    IRET -
    CIFOR

    4 ans

    2 618 000 €

    2 618 000 €

    AFD: « Appui aux parcs nationaux du Gabon »

     

    5 ans

    5 800 000 €

    1 500 000 €

    USAID-CARPE II - CBFP Landscape n° 4, Ivindo sector subregion

    WWF - WCS

    3 ans

    652 000 $

    652 000 $

    Contributions privées à la « Fondation Internationale Gabon Eco-Tourisme »

    FIGET

    3 ans

    250 000 €

    250 000 €

    Mac Arthur Fondation : « Assessing the
    human welfare effects of establishing

    protected areas for biodiversity
    conservation»

    WCS

    7 ans

    405 000 $

    100 000 $

    US Fish & Wildlife Service: «Formation des écogardes»

    WCS

    1 an

    40 000 $

    40 000 $

    L'enjeu écologique et scientifique est grand et la façon dont il sera géré dépendra du futur économique voir même social des parcs nationaux du Gabon.

    Section 2 : La promotion des parcs nationaux

    La promotion des parcs nationaux au niveau national passe par l'intéressement des populations locales à la politique de vulgarisation des parcs et par la recherche des investisseurs privés.

    A- L'écotourisme communautaire

    Les parcs nationaux constituent un espoir pour le développement du tourisme au Gabon. Les potentialités naturelles et culturelles permettent de l'espérer et assurent que les populations locales devront être les bénéficiaires de ce développement. D'où la nécessité de développer une forme de tourisme qui allie conservation et développement durable. L'écotourisme communautaire est une démarche dans laquelle le tourisme durable est réalisé avec une implication directe des populations locales.

    L'écotourisme communautaire permet une revalorisation des patrimoines culturels, il correspond à une stratégie de mise en oeuvre à partir de laquelle le patrimoine de chaque communauté peut être mis en circulation. (Christian Johnson Ogoula, 2006, p.148). L'appropriation de l'écotourisme communautaire suppose au préalable une bonne connaissance des populations locales de leur patrimoine culturel afin que ces dernières puissent faire profiter aux touristes leurs savoirs et savoir-faire.

    Son but est d'aboutir à une intégration de la connaissance des communautés locales dans la gestion des parcs nationaux. Patrimoine matériel et immatériel constitueraient des ressources non négligeables pour le développement d'activités touristiques et des éléments permettant aux communautés locales de participer à la gestion des parcs.

    Une autre alternative s'offre également aux populations locales. Mais au préalable, il faudrait qu'une loi soit instituée pour permettre de transférer aux populations locales la gestion suivant leur tradition de préservation de ressources comprises dans la limite de leurs terroirs. « La motivation des populations pour la gestion et la conservation des ressources naturelles devrait faire baisser le coût de la protection environnementale, notamment la lutte anti-braconnage, et les populations mieux formées, à même de s'organiser, de prendre des décisions, d'occuper des emplois, de consommer sur base de leurs propres revenus, en meilleur santé et pouvant assurer à leurs enfants un niveau de scolarité plus élevé, devraient passer de l'état de charge pour l'Etat à celui de contribuer à l'économie nationale.» (J.P Vande Weghe, 2007, p.68)

    Enfin, les populations locales peuvent également tirer profit d'un partenariat avec les opérateurs privés. « Ces derniers pourraient appuyer les communautés par des formations, le développement de produits de tourisme communautaire et la promotion. Ces partenariats sont à formaliser sous la forme de contrats (mise en place d'une charte, de code de bonne conduite pour les parties et d'un système de labellisation. » (Christian Johnson Ogoula, 2006, p.150)

    Les populations locales pourraient se voir employer comme des guides, elles pourraient aussi participer à l'hébergement des visiteurs des parcs nationaux.

    Si le développement de l'écotourisme communautaire n'est pas bien avancé dans notre pays, il existe tout de même des projets pilotes dont on pourrait s'inspirer pour vulgariser leur développement autour des parcs nationaux. Il a été développé un programme d'appui à la mise en oeuvre d'une expérience de tourisme communautaire à Setté Cama dans le cadre d'un programme plus large dénommé PSVAP (Programme Sectoriel de Valorisation des Aires Protégées). « La forme choisie pour l'entreprise Setté Cama est une coopérative appartenant à toute la communauté, d'où son nom : Abietu bi Setté Cama_ c'est le bien de Setté Cama. En plus de sa caisse de fonctionnement, la coopérative place une part des retombées du tourisme dans une caisse qui constitue l'épargne du village. (...) Dès sa première année, Abietu bi Setté Cama, a prouvé à la fois sa capacité à attirer et à satisfaire des clients et sa capacité à motiver et à rassembler des populations. Ouverte en janvier 2004, l'initiative a accueilli 465 nuitées en 2004 et 724 nuitées en 2005. En cette année, les rentrées ont été de 17,1 millions de francs CFA, soit environ 26 000 euros. En tout 90% des ménages de Setté Cama ont bénéficié du projet. Avec la caisse d'épargne du village, le premier financement voté par la population a été la construction

    d'une épicerie car le village, dépourvu de tout magasin, est à 2 heures de la ville de Gamba en pirogue. » (J.P Vande Weghe, 2007, p.68)

    A travers cet exemple d'écotourisme communautaire, on voit bien que les populations locales peuvent bénéficier de retombées de l'écotourisme engendré par les parcs nationaux.

    B- L'investissement privé

    L'investissement privé dans le secteur de l'écotourisme pâtit du fait qu'au Gabon le tourisme reste à l'état embryonnaire. Et cela en dépit du fait que notre pays dispose de ressources qui sont sans commune mesure avec certains pays africains qui ont décidé de faire du tourisme de nature leur credo, à cause de la part importante qu'il représente dans leur PIB.

    Les promoteurs écotouristiques ne sont pas légion au Gabon. La principale société qui développe l'écotourisme est la SCD qui a développé dans le cadre de l'opération Loango un partenariat avec une ONG américaine de la conservation, la Wildlife Conservation Society (WCS) et le gouvernement gabonais. La SCD gère deux parcs nationaux du Gabon, il s'agit du parc national de Loango et de celui de la Lopé. Mis à part ces parcs nationaux qui font l'objet de la gestion d'un investisseur privé, les autres parcs nationaux qui ne bénéficient pas du soutien d'un opérateur privé ne disposent pas d'infrastructures pouvant accueillir les touristes dans les meilleures conditions de confort possible. Cette situation découle directement d'une raison simple, les autres parcs nationaux ne disposent pas de plans d'aménagement et de gestion, ni même de plan de développement touristique. Compte tenu de cette situation, les ONG environnementales tels que le WCS et le WWF s'impliquent ainsi dans l'écotourisme, c'est notamment le cas du parc national de l'Ivindo, où est développé un tourisme de vision de l'avifaune par le WCS.

    La résorption de cette situation passe par la révision de la charte des investissements du Gabon, pour réduire au maximum la charge fiscale qui pèse sur les investisseurs dans ce domaine particulier. La nouvelle charte des investissements pourrait par exemple prévoir une exonération totale des promoteurs écotouristiques pendant un certain nombre d'années au minimum 5 ans, afin que ces derniers puissent rapidement recouvrer leur capital d'investissement.

    Chapitre IV : La valorisation des parcs nationaux d'un point de vue global et sectoriel

    Le 30 août 2002, le Gabon par la voix de son président a décidé de mettre en friche près de 11% de son territoire à des fins de conservation. De part cette décision historique, le pays doit s'attendre à des bénéfices économiques qu'il pourrait tirer de cet actif naturel. La première section de ce chapitre s'appuiera sur des politiques globales tandis que la seconde sur les politiques sectorielles

    Section 1 : Les politiques globales de valorisation

    Parmi les politiques globales de valorisation on distingue d'une part, la séquestration du carbone et d'autre part, la coopération.

    La détérioration de l'environnement qui est à mettre à l'actif de la conjugaison de nombreuses pollutions telles que l'effet de serre, la destruction des forêts tropicales, la pollution des océans fait que plus que par le passé, soient prises en compte les interdépendances globales qui unissent les hommes à la nature. En effet, porter atteinte à cette dernière, conduit inexorablement au péril de l'une et de l'autre. Etant donné que la solution ne peut se trouver exclusivement dans le cadre étatique, une approche globale est nécessaire du fait que les problèmes environnementaux sont souvent transfrontaliers.

    A- Le stockage du carbone

    La terre est entrée dans une phase de bouleversements climatiques résultant de l'accumulation de gaz à effet de serre, qui sont la résultante directe des activités humaines. Les niveaux de dioxyde de carbone ont connu une croissance rapide au siècle dernier pour atteindre des proportions record.

    D'après les prévisions des scientifiques les conséquences de l'augmentation du dioxyde de carbone sont plus qu'alarmantes. Ainsi, ces derniers estiment que dans les années avenir, il y aura une hausse généralisée des températures et comme effet d'entraînement, on observera la hausse du niveau marin. Ce supplément de dioxyde de carbone affectera également le climat. Pour lutter contre le réchauffement climatique global, l'attention de la communauté internationale se porte de plus en plus sur le rôle des forêts dans les échanges de carbone. Par ailleurs, « il a été estimé que la quantité de carbone stocké dans les forêts du monde est dix fois supérieure à tous les combustibles fossiles brûlés ces cent dernières années. Les forêts du Gabon sont estimées contenir 0,94-2,54 milliards de tonnes de carbone. » (Chris Wilks, 2003, p.63)

    Comment se fait le stockage du carbone par les forêts ?

    Pour répondre à cette interrogation, nous nous appuierons sur la théorie des puits de carbone. D'après cette dernière, « les forêts denses agissent comme des « pièges à carbone » et la majorité des scientifiques pensent que la préservation est vitale dans la lutte contre le réchauffement climatique. Leur théorie s'articule sur une fonction naturelle des forêts qui, avec la

    photosynthèse, absorbent le dioxyde de carbone et stockent dans les arbres la matière organique et le sol. Plus la forêt est ancienne, plus elle contient de carbone. C'est la raison pour laquelle les forêts établies stockent beaucoup plus de carbone que les forêts exploitées de manière intensive. » (Gabon, printemps 2008, p.3 1)

    C'est ainsi qu'on estime que : « la forêt du Gabon absorbe à elle seule le dioxyde de carbone produit chaque année par les trois pays les plus industrialisées de l'Union européenne, a constaté le président français. Rien que pour cela, nous devons ouvrir les yeux et nous rendre compte que l'Afrique ne demande pas la charité. C'est le monde qui a besoin de l'Afrique et des forêts du bassin du Congo. » (Gabon, automne 2007, p.6)

    La séquestration du carbone est une voie vers laquelle le Gabon doit se diriger pour lui permettre d'atteindre son objectif de conservation. Bien qu'étant une valeur d'usage indirect, la négociation sur le marché international du stock de carbone séquestré par le Gabon pourrait lui permettre d'apporter des devises supplémentaires pour une valorisation effective des différents parcs nationaux. Ce type d'exploitation indirecte s'avère beaucoup plus rentable pour notre pays, car une exploitation directe qui concerne l'exploitation forestière n'apporterait pas les mêmes bénéfices comme l'a montré Lescuyer dans son étude sur le parc national de l'Ivindo. L'exploitation indirecte représenterait aussi un stabilisateur dans le processus de changement climatique qui s'avère désormais irrémédiable. L'exploitation indirecte par le biais de la séquestration du carbone, permettrait non seulement au pays de bénéficier de devises en contre partie de ses efforts de conservation et de développement durable, mais aussi à la communauté internationale, car le changement climatique s'en trouverait atténué, ce qui ne serait pas le cas si le Gabon avait choisi l'option de l'exploitation directe.

    La carte suivante nous présente une estimation du carbone que peuvent stocker les forêts gabonaises. Cette carte nous permet de quantifier avec une certaine précision, la rétribution à laquelle le pays doit s'attendre en fonction du prix pratiqué sur le marché mondial. Le prix de la tonne de carbone a été estimé à 8 euros par tonne de dioxyde de carbone en 2005 dans le rapport du groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, il sera de 13 euros à 54 euros d'ici à 2030. (Gabon, printemps 2008, p.31). Dans cette optique, le Gabon pourrait percevoir près de 120 millions de dollars selon les estimations de Gustavo Fonseca en 2007.

    Carte n°2 : de la distribution du carbone fixé dans la végétation du Gabon

    Toutefois, bien que l'Afrique soit généralement admise comme la région qui produit le moins de gaz à effet de serre, qui sont à l'origine du réchauffement climatique planétaire, il n'en demeure pas moins que l'Afrique reste la grande oubliée des fonds affectés au réchauffement planétaire. Pour atténuer un tant soit peu ce phénomène, l'Afrique aura besoin d'une importante aide financière. Or, il se trouve que la même Afrique peine déjà à mobiliser les fonds nécessaires pour lutter contre la pauvreté et elle n'a pas non plus réussie à convaincre les investisseurs, d'investir dans des projets de protection de l'environnement sur le continent. Ce qui est une injustice car, « les scientifiques africains estiment que le continent contribue déjà activement à la lutte contre le réchauffement planétaire, notamment grâce à ses forêts, qui absorbent et retiennent le gaz carbonique, principal facteur de réchauffement. L'Afrique compte 17% des forêts de la planète et près du quart des forêts tropicales, qui contribuent à purifier l'air des émissions

    polluantes produites à des milliers de kilomètres. » (L'Union n°9548 du vendredi 19 octobre 2007, p.4).

    Pour une reconnaissance du rôle des forêts africaines, un certain nombre de pays d'Afrique et d'autres régions du monde ont demandé aux pays industrialisés de reconnaître l'importance des forêts pour l'environnement, de rémunérer les pays en développement en échange de leur préservation. A ce jour, seuls quelques programmes pilotes ont été menés à petite échelle et l'action de l'Afrique contre le changement climatique se heurte au manque de moyens financiers. Le marché du carbone enregistre les tendances suivantes : « les transactions de gaz carbonique s'élèvent aujourd'hui à 22 milliards de dollars. L'Afrique espérait bénéficier du faible montant de ses émissions pour attirer les capitaux du Mécanisme pour le Développement Propre. Ce sera peut être le cas, mais au milieu de l'année 2007, elle n'avait bénéficié que de moins de 2% des projets financés par le mécanisme dans le monde. » (L'Union n°9548 du vendredi 19 octobre 2007, p.4).

    Comment explique t-on alors le manque d'intérêt des investissements du mécanisme ?

    Ce désintérêt s'explique d'après les experts par les conditions généralement peu propices aux investissements qui règnent en Afrique. De plus, le manque d'organismes financiers et commerciaux dignes de ce nom, ainsi que l'insuffisance des moyens administratifs et de gestion du continent. Cette situation n'est pas sans espoir , puisque l'accord de Kyoto arrivera à échéance en 2012 et qu'il ne fait plus aucun doute que le réchauffement planétaire est plus rapide que prévu, il n'est donc pas impossible que l'Afrique puisse désormais tirer profit du potentiel d'absorption de gaz de ses forêts.

    Cette évolution pourrait aussi se hâter grâce à l'intervention du groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat établi par les Nations Unies. Il existe donc un clivage entre les pays industrialisés et les pays en développement. Bien qu'étant responsable de la majeure partie des émissions de gaz carbonique, les pays du nord exercent des pressions préventives sur les pays du sud, redoutant que ces derniers n'accentuent dans l'avenir la pollution atmosphérique. Mais ces pays invoquent le droit au développement et soulignent qu'aucun processus d'industrialisation n'est possible sans se livrer dans un premier temps, à une consommation massive d'énergie. C'est pourquoi, la protection de l'environnement semble passer ici par l'octroi de compensations financières que le nord industrialisé accorderait au sud en développement pour que cet ensemble d'Etats puisse satisfaire à des normes de production moins polluantes. (Josepha Laroche, 2000, pp.454-455).

    Sans cette juste compensation financière, les pays d'Afrique sont menacés d'une part par la déforestation, « les forêts d'Afrique disparaissent actuellement au rythme de plus de 5 millions d'hectares par an ; victimes d'une exploitation commerciale excessive et non viable, et des méthodes de défrichage par brûlis. Des études indiquent que 66 millions d'hectares de forêts ont été détruites entre 1980 et 1995 et que le rythme de déforestation s'intensifie. » (l'Union n°9548 du vendredi 19 octobre 2007, p.4) D'autre part, le fait que le bois constitue un produit d'exportation important pour certains pays, la réduction de ces exportations pourrait se solder par un manque à gagner difficile voire impossible à combler.

    Heureusement pour nous, le Gabon échappe à une mauvaise utilisation de son domaine forestier, non seulement du fait de sa faible densité de population, mais aussi par la fait que, « le Gabon mène une politique de gestion durable. Ainsi, son taux de déforestation moyen entre 1990 et 2000 avoisinait les 0%. Il fait partie des pays très boisé susceptible de voir ses efforts récompensés suite à la démarche de la communauté internationale de reconnaître les dispositions des plus hautes autorités à oeuvrer pour la conservation de la nature.

    B- la coopération internationale

    Avant d'envisager toute forme de coopération, il est utile de rappeler pourquoi les forêts tropicales naturelles sont si importantes. « Bien que ne couvrant que 5% des terres émergés les forêts tropicales abritent plus de la moitié des espèces végétales et animales terrestres. » (OIBT, 2007, p.30). Parmi les espèces dont regorgent les forêts tropicales, on compte aussi bien les grands mammifères que les primates, ainsi que de nombreuses autres espèces qui sont peu visibles. On peut ainsi dire que dans son ensemble, la biodiversité stabilise notre atmosphère et notre climat, protège les bassins hydrographiques et renouvelle les sols. Elle permet également de maintenir l'adaptabilité des écosystèmes, utile en cas de modification brutale des paramètres du milieu. De plus, « à partir de la biodiversité, nous développons des cultures et obtenons les premiers intrants et matériaux génétiques servant à l'industrie, à l'agriculture, aux plantations forestières et à la médecine, ces biens représentent des milliards de dollars de revenus annuels et nous dépensons aussi des milliards dans le tourisme et les loisirs pour jouir de la nature et de sa diversité. » (OIBT, 2007, p.30)

    Comme nous l'avons souligné dans la section précédente, les forêts d'Afrique disparaissent à un rythme de 5 millions d'hectares par an du fait de la déforestation. Or, l'Afrique compte le quart des forêts tropicales dans le monde, elle est considérée grâce au bassin du Congo comme le second poumon de la planète, après celui de l'Amazonie. Le Gabon est relativement épargné par ce phénomène de déforestation du fait de sa faible population et du faible impact de l'industrie forestière sur sa forêt. Eu égard à ce constat, le Gabon peut être considéré comme un bon élève de la conservation. L'érection de près de 11% du territoire en aires protégées ne fait que confirmer les dispositions des plus hautes autorités à oeuvrer pour la conservation de la nature.

    Les huit nations qui détiennent 80% des forêts tropicales humides parmi lesquelles on dénombre : le Brésil, l'Indonésie, la Malaisie, la Papouasie Nouvelle-Guinée, le Gabon, le Cameroun, le Costa Rica et la République du Congo ; ont décidé de faire front contre la déforestation et la réduction des dégradations. Les pays pré-cités grâce à la puissance diplomatique dont ils peuvent se prévaloir du fait de l'importance de leur forêt pour la planète veulent que la protection des forêts soit inclus dans le projet d'accord post 2012 qui élargit le protocole de Kyoto. En effet, le protocole de Kyoto qui est un accord de référence pour la réduction des gaz à effet de serre ne prévoit pas de dispositions pour la protection des forêts.

    La communauté internationale semble enthousiaste à l'idée que les transferts de fonds se fassent des pays industrialisés vers les nations des tropiques afin de ralentir les émissions des gaz à effet de serre en faisant baisser le taux de déforestation et en limitant les pertes des forêts à l'avenir.

    Si d'aventure, ce lobby de pays forestier peut obtenir gain de cause, le Gabon serait l'un des pays les plus avantagés. « Dans un article paru récemment dans Public Library of science Biology et intitulé No forest left behind (n'abandonnons aucune forêt), Gustavo Fonseca directeur exécutif du centre for applied biodiversity science et vice président de conservation internationale estime la valeur des crédits préventifs du Gabon à 80 millions d'euros par an, l'une des plus élevée du monde du fait de son taux de déforestation très faible, pratiquement neutre. » (Gabon, printemps 2008, p.32).

    Le Gabon a d'autant besoin d'être épaulé dans la conservation de son patrimoine naturel que l'on estime que la surveillance et l'inventaire des richesses contenues dans les parcs nationaux à 15 millions de dollars par an. (Le Point n°1689, 27 janvier 2005, p.81). Or le Gabon n'est disposé qu'à apporter 2 millions de dollars.

    Les pays riches se sont ainsi engagés à apporter du moins pour les premières années des fonds pour aider le pays dans son effort de conservation. C'est ainsi que des pays qui traditionnellement oeuvrent pour la conservation des forêts équatoriales se sont illustrés par des financements en faveur de ce projet. Il s'agit de la France, la Grande-Bretagne, le Japon et les Etats-Unis.

    S'agissant de la France, cette dernière par le biais du Fonds Français pour l'Environnement Mondial (FFEM) a financé entre 2003 et 2006 un appui au développement de l'écotourisme en Afrique centrale dont le montant s'élève à 0,94 million d'euros à travers le projet RAPAC (Réseau des Aires Protégées d'Afrique Centrale). Toujours grâce au FFEM, la France a développé le PRGIE (Programme Régional de Gestion de l'Information Environnementale) dont le but est de renforcer les réseaux de communication et d'échanges, à travers le développement d'outils informatiques, produire et publier de la documentation sur des sujets liés à l'environnement. La France s'est aussi illustré grâce au soutien par l'Agence Française de Développement pour un montant de 8 millions d'euros à appuyer la diversification de l'économie gabonaise et soutenir les efforts de conservation du Gabon à travers les parcs nationaux.

    A la suite d'une visite de Colin Powel, les Etats-Unis ont promis quant à eux 53 millions de dollars pour la conservation de la biodiversité en Afrique Centrale. (Le Point n°1689, 27 janvier 2005, p.81).

    Le Gabon ne doit toutefois pas s'attendre que cette manne soit pérenne. C'est pourquoi le pays doit essayer de tirer le maximum de profit d'organisations intergouvernementales qui oeuvrent pour la conservation comme l'OIBT (Organisation Internationale des Bois Tropicaux). C'est une organisation qui dans son programme d'action s'est doté de deux démarches complémentaires dans la conservation de la biodiversité. La réduction au minimum des pertes de la biodiversité liées à l'extraction des produits forestiers. Il aide également les pays membres à créer et à gérer des aires de protection intégrales. « L'OIBT a apporté son concours à plus de 10 millions hectares d'aires transfrontalières vouées à la conservation , dans lesquelles deux pays au moins coopèrent à l'aménagement et à la conservation d'espaces transfrontaliers grâce à l'établissement du sanctuaire transfrontalier Mengamé-Minkebé pour gorilles à la frontière entre le Cameroun et le Gabon.

    Le Gabon pourrait ainsi multiplié les partenariats avec les pays voisins pour la promotion d'aires transfrontalières vouées à la conservation. Il pourrait ainsi créer des zones similaires avec le Congo entre le parc national de Conkouati, où encore avec Sao-Tomé pour la conservation des tortues marines. Il pourrait aussi élargir les couloirs transnationaux associés à Minkebé, grâce à l'étude réalisée par le WWF et ECOFAC. Cette zone couvrirait Minkebé (Gabon), Odzala (Congo) et du Dja, de Nki de Boumba-Bek (Cameroun). Cette zone deviendrait une des zones clés pour la conservation de corridors ou en créant des nouvelles zones protégées reliant les aires protégées existantes.

    Après avoir exploré les différentes pistes qui s'offrent au Gabon, eu égard à sa politique de conservation d'un point de vue global, voyons à présent les politiques sectorielles que le pays peut mettre en oeuvre afin de tirer le maximum de profit de la création de ses parcs nationaux.

    Section 2 : Les politiques sectorielles

    A la faveur du second sommet de la terre qui s'est tenu en juin 1997, dans le cadre d'une session extraordinaire des Nations Unies, il a été unanimement reconnu que le bilan était loin de répondre aux multiples attentes, qui si elles avaient été correctement suivies auraient permis d'atténuer, un tant soit peu, les menaces qui pèsent sur l'écosystème. Les gouvernements n'avaient pas tenu les engagements pris à Rio. « En effet, les trois conventions qui avaient été adoptées en 1992 ainsi que « l'agenda 21 » qui devait constituer le programme de développement durable pour le troisième millénaire n'ont pas été mis en oeuvre. Restent donc les politiques sectorielles, certes moins ambitieuses, mais qui peuvent avoir une valeur programmatique. »

    De ces politiques sectorielles nous pouvons en envisager deux : il s'agit des échanges dette/ nature et de l'éco-business.

    A- Les échanges dette/nature

    L'échange dette/nature est un mécanisme de conversion de dette qui ouvre de nouvelles perspectives en matière de protection de l'environnement. C'est un instrument au service du redressement économique des Etats endettés comme des politiques publiques environnementales. L'échange dette/nature vise une meilleure protection du milieu naturel des pays en développement, tout en travaillant à la réduction de leur dette. (Josepha Laroche, 2000, pp439- 440)

    Dans ce mécanisme une ONG qui a préalablement obtenu l'accord d'un Etat débiteur, fait la démarche auprès d'un Etat débiteur pour racheter sa dette en devises pour un prix inférieur à sa valeur nominale dans le but d'obtenir en contrepartie le décaissement par ce pays d'un montant en monnaie locale supérieur au prix de la créance. Le montant obtenu est ensuite utilisé pour la mise en oeuvre d'un programme de protection de l'environnement. Ce procédé permet au pays débiteur non seulement de racheter sa dette à moindre coût mais qu'en plus, cet argent est réinvesti dans le pays sous forme de projet de protection de l'environnement. Ce procédé est intéressant pour tous les partenaires. Les ONG gagnent en notoriété et bénéficient de fonds supplémentaires pour mener à bien les activités de protection de l'environnement. Le créditeur dispose d'une opportunité de se débarrasser de créances qui risqueraient de ne jamais être recouvrées.

    Bien qu'apparente, la simplicité de ce procédé se révèle toutefois complexe du fait du nombre des intervenants qui sont cinq au minimum :

    -l'investisseur, il s'agit de l'organisme qui finance l'acquisition de la dette à convertir, ici c'est l'ONG environnementale ;

    -le créancier, une banque privée membre du club de Londres ou des créanciers publics, partie au club de Paris ;

    -le pays débiteur par l'intermédiaire de son ministère des finances ;

    -le bénéficiaire ultime de la conversion de dette, une société locale ou une ONG du sud.

    Le problème qui se pose est que ce mécanisme lorsqu'on le rapporte au volume de conversion de dette qui a été révisé jusque là, sa proportion reste très marginale, car les pays débiteurs préfèrent le plus souvent avoir recours au principe de conversion de dette dit classique pour attirer les investissements étrangers vers les secteurs productifs ou alors contribuer à des programmes de privatisation et non pas de faciliter l'activité d'ONG sur leur territoire.

    Parmi les pays ayant bénéficié du mécanisme de l'échange dette/nature entre 1987 et 1989 au nombre des organes impliqués il y avait non seulement des ONG traditionnelles mais aussi de deux gouvernements : les Pays-Bas et la Suède.

    Entre autres problèmes, on note le fait que les pays en développement sont très peu enclin à accepter les conditions de ce type d'accord qui induisent par ailleurs des ingérences et des atteintes à la souveraineté. Les pays créditeurs quant à eux craignent de perdre leur influence d'où leur hésitation à transférer d'importantes responsabilités aux ONG pour la réalisation des programmes de protection de l'environnement. Enfin, les gouvernements bénéficiaires des pays en développement tardent eux-mêmes à se mettre en conformité avec les obligations contractuelles qui leur permettraient de bénéficier de la conversion de leur dette en investissements pour la protection de l'environnement.

    Notre pays a récemment bénéficié du mécanisme d'échange dette/nature. Cela a été possible grâce au soutien de l'ONG WWF et de la facilitation du PFBC (Programme des Forêts du Bassin du Congo). Le bénéficiaire à terme étant l'Agence Nationale des Parcs Nationaux). En effet, déclarant que le monde devait aider le Gabon à préserver ses forêts, le président Sarkozy a annoncé que la France convertirait en aide une partie de la dette gabonaise à son égard, soit 50 millions d'euros sur les sommes dues au club de Paris. » (Gabon, automne 2007, p.6)

    Tel que l'accord de conversion de dette a été conclu, nous constatons qu'il ne répond pas vraiment au mécanisme d'échange dette/nature que nous avons préalablement décrit. Toutes les conditions ne sont pas remplies pour que cette transaction soit qualifiée d'échange dette/nature. L'investisseur ici n'est pas une ONG qui rachète une partie de la dette, c'est plutôt la France qui a décidé unilatéralement de la conversion de la dette gabonaise. Elle s'est servie d'une ONG en l'occurrence le WWF.

    De plus, la conjoncture économique gabonaise étant particulièrement favorable du fait du choc pétrolier actuel, avec un baril avoisinant les 140 dollars, l'Etat avait donc suffisamment de fonds pour rembourser sa dette par anticipation qui s'élevait à 1,6 milliards d'euros. Or le mécanisme tel que nous l'avons décrit se met surtout en branle lorsque le pays débiteur connaît une conjoncture difficile, à tel point qu'il éprouve des difficultés à rembourser sa dette. C'est à cette occasion que le créditeur use du mécanisme pour se débarrasser de créances qui risqueraient de ne jamais être recouvrées.

    Il ressort que le mécanisme d'échange dette/nature ne constitue pas un moyen de résoudre la crise de l'endettement, mais doit être considéré comme une technique de protection de l'environnement.

    B-L'eco-business

    Si l'écologie à longtemps été considérée comme une contrainte, aussi bien par les pouvoirs publics et plus encore par les milieux économiques, elle apparaît désormais comme une opportunité pour les firmes de réorienter leur secteur recherche-développement et de redéployer leur stratégie commerciale en conséquence. « La protection de l'environnement est devenue un facteur de croissance et de compétitivité commerciales au point de représenter un nouvel instrument de régulation des échanges économiques internationaux. » ( Josepha Laroche, 2000, pp442-443).

    Les entreprises s'efforcent de réduire les pollutions liées au cycle de production, leur objectif étant à long terme la quasi-disparition des déchets rejetés à l'extérieur.

    Notre pays a ainsi vu certaines entreprises s'impliquer dans la protection de l'environnement. Le
    complexe des aires protégées de Gamba, dont fait partie intégrante le parc national de Loango a

    vu sa situation en ce qui concerne la recherche s'améliorer à tel point qu'elle est devenue grâce à un appui du groupe Royal Dutch -Shell une des aires protégées d'Afrique centrale dont l'évaluation de la biodiversité est la mieux connue. Pour en arriver là, il aura fallu depuis 2000 une étroite collaboration entre la Smithsonian Institution et le groupe Royal Dutch -Shell qui travaillent à l'évaluation de la biodiversité pour adopter des approches écologiquement responsables dans les processus de développement et d'extraction de ressources naturelles. « Le programme a débuté par une évaluation scientifique des aires protégées de Gamba visant à développer la recherche et à aider l'industrie pétrolière dans la mise en place d'une meilleure gestion environnementale à l'échelle locale. Il était avant tout indispensable de récolter des données de base concernant la présence et la distribution de nombreux groupes taxinomiques au sujet desquels rien ou pratiquement rien n'était connu dans la région. Pareil programme ne pouvait se faire qu'en établissant des liens étroits entre les partenaires du gouvernement, des communautés, de l'industrie, du monde scientifique et de la conservation. » (J.P Vande Weghe, 2007, p.71)

    Conclusion générale

    Les aires protégées existaient au Gabon bien avant la création des parcs nationaux en 2002. Cependant, les différentes lois régissant la protection des aires protégées comportaient des insuffisances juridiques, si bien que l'effort de protection demeurât très insuffisant et ce d'autant plus qu'à la faiblesse du corpus juridique devait s'ajouter une inapplication du peu de réglementation existante.

    Le statut des aires protégées a évolué, auparavant ouverte à la chasse, la protection va progressivement s'étendre à l'ensemble de l'écosystème. L'obstacle le plus important au développement de ces aires protégées fut le fait que des concessions forestières et minières purent y être attribuées. Déjà à cette époque les aires protégées faisaient l'objet de fortes pressions économiques dues à l'exploitation forestière et à l'exercice de la chasse commerciale par les populations locales.

    Le ministère en charge des forêts et de la conservation, appuyé par le WWF et le WCS lança une évaluation des sites critiques pour la conservation entre 2000 et 2002. Cette dernière aboutie à la création des 13 parcs nationaux en août 2002, à l'occasion du sommet de la terre de Johannesburg. Par cette décision, le Gabon devînt le seul à avoir été fidèle à l'engagement pris dans le cadre du processus de Yaoundé par les présidents des Etats de l'Afrique centrale de protéger au moins 10% de leur territoire avec la mise en place des parcs nationaux.

    Cette décision devrait répondre à la recherche d'une alternative à la simple exploitation de nos ressources naturelles en priorisant la préservation de l'écosystème.

    Le cadre réglementaire des aires protégées va connaître dès lors, une nette amélioration. C'est ainsi que la vocation et les usages autorisés dans les parcs nationaux visent la conservation de la biodiversité et la protection des fonctions écologiques. Les activités écotouristiques et scientifiques sont les seules à y être autorisées, avec une possibilité mineure d'exercer certains droits coutumiers.

    On constate toutefois que dans la pratique les menaces qui pèsent sur les parcs nationaux subsistent, elles sont non seulement le fait de l'industrie minière et forestière, mais aussi des populations vivant aux alentours des parcs nationaux.

    La création des parcs devrait donc induire s'ils sont correctement gérés des avantages aussi bien d'un point de vue économique qu'environnemental. Les bénéfices à attendre pourraient être élargis à la nation toute entière et même à la planète dans son ensemble.

    L'écotourisme est considéré comme le secteur d'activité fleuron, qui à terme doit se substituer à la manne des capitaux qui ont afflué à la suite de la création des parcs nationaux. Or, il se trouve que la part du secteur touristique dans le PIB du pays était demeurée insignifiante.

    Les parcs nationaux sont considérés par les autorités gabonaises comme des projets de développement permettant de dynamiser des zones rurales encore trop à l'écart des avancées socio-économiques du pays. En effet, ce secteur présente de nombreuses opportunités d'emploi, ainsi qu'une source d'apport de devises à même de favoriser les activités génératrices de revenus.

    En outre, le développement des parcs nationaux vise à dynamiser un secteur dont le poids économique reste limité.

    Mais depuis la création des parcs nationaux, les investisseurs privés ne sont pas nombreux dans le domaine écotouristique, à tel point que certaines ONG se substituent à ces derniers pour la découverte des splendeurs des parcs nationaux qui ne disposent pas d'infrastructures adéquates.

    De plus, sur le plan de la recherche scientifique, les richesses dont regorge le réseau des parcs nationaux n'ont jusqu'alors que partiellement été explorés, or le développement de l'écotourisme ne saurait se faire sans une meilleure connaissance des espèces aussi bien faunistiques que floristiques.

    Les enjeux de la valorisation des parcs nationaux peuvent se décliner en enjeux économiques et sociaux et en enjeux écologiques et scientifiques.

    Les enjeux de la valorisation des parcs nationaux peuvent se décliner en enjeux économiques et sociaux et en enjeux écologiques et scientifiques. La valorisation des parcs nationaux passe aussi par la promotion de ces derniers aussi bien auprès des populations locales que de la communauté internationale sans oublier les investisseurs privés. C'est ainsi que pour vulgariser les parcs nationaux une collection d'ouvrages dénommée, les parcs nationaux du Gabon a été éditée. Cette dernière compte à son actif actuellement trois ouvrages qui couvrent six parcs nationaux du Gabon. Grâce à cette collection les parcs nationaux sont mieux connus aussi bien sur le plan national qu'international. De nombreux articles sont parus dans des revues internationales de renom tel que le National Geographic, des films documentaires portant sur le potentiel écotouristique du pays ont été diffusés dans de grandes chaînes occidentales. De plus, des articles parus dans les magazines comme Vie Sauvage (France), Travellers (Royaume-Uni), Wanderlust (Pays-Bas) ont relayé le potentiel écotouristique dont dispose le pays. Cette opération de séduction s'est même poursuivie auprès des tours opérators afin que la destination Gabon figure sur la palette de destinations qu'offrent ces dernières.

    La promotion et la valorisation des parcs nationaux va connaître sa consécration en 2007 avec l'érection du parc national de la Lopé-Okanda au patrimoine mondial de l'Unesco. Cette nouvelle distinction devrait faire en sorte que l'afflux touristique autour de ce parc aille en s'accroissant au fil des années. Notre pays doit davantage rechercher ce genre de distinction car elles permettent de booster le potentiel touristique d'une région par la publicité gratuite qui est faite autour de ces distinctions.

    Le Gabon fait partie du deuxième grand groupe de forêt tropicale du monde après celui de l'Amazonie. Sa forêt regorge d'une diversité écologique importante. La faible pression démographique ainsi qu'un taux de déforestation très faible font que notre pays occupe une place de choix sur le plan mondial de par le carbone séquestré dans ses forêts qui jouent un rôle très important dans la régulation, voire même l'atténuation du changement climatique global, entre autres services rendus par les forêts gabonaises il y a également la conservation de la biodiversité et la protection des bassins versants.

    Tout compte fait, bien que les services rendus par la forêt gabonaise représentent une immense valeur économique, les propriétaires des forêts ne perçoivent que rarement une rémunération pour ces services. Toutefois, l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto en 2005 est une étape importante parce qu'elle illustre la reconnaissance universelle du principe de précaution et l'acceptation par la grande majorité des Etats, des contraintes qui pèsent sur les pays qui font des efforts de conservation et la justification des compensations financières pour pérenniser ces efforts.

    A la faveur des risques environnementaux qui pèsent sur la planète, du fait du réchauffement climatique global de la terre, et des catastrophes naturelles qui en découlent, un nouveau champ des relations internationales voit le jour, il s'agit de la diplomatie environnementale. Cette dernière découle d'une part, de la prise de conscience écologique des décideurs et d'autre part, du fait que l'actualité scientifique et médiatique aidant, l'environnement s'impose dans les enceintes multilatérales comme dans les grands rendez-vous politiques. Les sommets et les déclarations se multiplient, dans le même temps les sommes investies dans les fonds consacrés à l'environnement s'accroissent.

    Les enjeux de la diplomatie environnementale sont donc naturellement des enjeux écologiques, ensuite des enjeux de développement durable, enfin des enjeux sur le clivage des intérêts Nord-Sud.

    La diplomatie gabonaise qui jusqu'alors avait été axée sur une diplomatie au service de la paix s'est progressivement tournée du fait de la réduction des recettes pétrolières vers une diplomatie au service du développement. Cette nouvelle donne implique une recherche des investissements tous azimuts, notre diplomatie se doit donc de s'approprier cette diplomatie environnementale, dans laquelle compte tenu de son potentiel le pays dispose d'un avantage certain, il doit par conséquent occuper une place de choix en tant qu'acteur important de ce champs de relations internationales.

    La diplomatie gabonaise doit donc être particulièrement active dans les différents sommets afin que le choix de la préservation de ses ressources naturelles qu'elle s'est engagée à conserver lui procure des bénéfices substantiels en compensation. A une diplomatie de la main tendue pratiquée par les pays en développement à travers l'aide au développement, des pays comme le Gabon qui disposent d'un aussi grand potentiel forestier, doivent s'unir et présenter un front commun, face aux pays développés qui sont les principaux pollueurs de la planète. Afin de solliciter auprès de ces derniers une plus juste rétribution des services rendus par leur forêt. Cela permettrait à certains pays de sortir du carcan des pays assistés, pour se prendre eux-mêmes en charge grâce aux bénéfices qu'ils tireraient de la conservation de leurs forêts. Ainsi, des politiques globales de valorisation telles que la séquestration du carbone et la coopération internationale pourraient être mises à profit comme des sources de revenus complémentaires pour le pays.

    Les diplomates gabonais se trouvant dans nos ambassades à l'étranger se doivent donc de s'approprier ces politiques et cela d'autant plus que les enjeux de la valorisation des parcs nationaux sont multiples et interdépendants les uns les autres. Nos ambassades à l'étranger doivent faire la promotion de la filière écotouristique gabonaise surtout dans les pays développés pour que la destination Gabon soit de plus en plus prisée et que les flux touristiques aillent en s'accroissant.

    Ce filon de l'écotourisme étant très rigoureux, les autorités gabonaises doivent par ailleurs se conformer aux engagements de protection et de préservation, car si les menaces que nous avons énumérées dans la première partie persistent, les ONG ne cesseront de le dénoncer, la filière écotouristique pourrait alors prendre un coup. C'est pourquoi la certification des parcs nationaux doit être préconisée afin de garantir le standing des sites écotouristiques gabonais.

    .

    Bibliographie indicative

    Ouvrages

    CHRISTY Patrice, 2000 : « Répertoire des textes juridiques d'Afrique Centrale en matière d'environnement », Gabon, Libreville, Multipress, 64p.

    CHRISTY Patrice, JAFFRE Roland, NTOUGOU Omer, WILKS Chris ; 2003 : « La forêt et la filière bois au Gabon », Editions multipress Gabon, 389 p.

    National Geographic Society, Wildlife Conservation Society, 2002 : « Les parcs nationaux du Gabon: Stratégie pour le troisième millénaire, Libreville, imprimerie multipress

    Vande Weghe Jean Pierre, 2005, « Akanda et Pongara. », Wildlife Conservation Society, Libreville, 208p.

    Vande Weghe Jean Pierre, 2006, « Ivindo et Mwagna : eaux noires, forêts vierges et baïs. », Wildlife Conservation Society, Libreville, 272p.

    Vande Weghe Jean Pierre, 2007, « Loango, Mayumba et le Bas Ogooué » : eaux noires, forêts vierges et baïs. », Wildlife Conservation Society, Libreville, 272p

    Ss la dir Blockhus (J.M), Dillenbeck (M.R), Sayer (J.A), Per Wegge, 1995, « La conservation de la diversité biologique: dans les forêts tropicales », l'UICN, Gland, Suisse et Cambridge, Royaume- Uni.

    Ss la dir de Minko Mve Bernadin, Nkoghe Stéphanie, 2006 : «Tourisme au Gabon», Paris, L'Harmattan, 155p.

    Laroche Josepha, 2000 : « Politique internationale », Paris, L.G.D.J, 2ème édition, 616p.

    Ss la dir de Pourtier Roland, 2004 : « Atlas de l'Afrique : Gabon », Paris, les éditions J.A, aux éditons du Jaguar 74 p.

    Lescuyer Guillaume, 2006, « L'évaluation économique du parc national de l'Ivindo au Gabon : une estimation des bénéfices attendus de la conservation de la nature en Afrique centrale », CIRAD- Forêt, Montpellier, 56p.

    Rapports et Mémoires

    Lomba Moussoutou Nathalie Clarence, 2007, « Le Gabon et les politiques internationales en matière de protection de l'environnement de 1972 à 2002 », Mémoire de maîtrise d'Histoire, UOB, FLSH, 130p.

    Varela Emilie, 2006, « Proposition d'un circuit écotouristique dans le complexe des aires protégées de Gamba », Rapport de stage pour l'obtention du Master 2ème année d'Ingénierie en écologie et gestion de la biodiversité, Université de Montpellier II des Sciences et Techniques du Languedoc, Montpellier, 52p.

    CNPN, 2003 : « Stratégie de mise en oeuvre d'un réseau des parcs nationaux au Gabon, Libreville, Document de travail, 18p.

    Articles de revues

    Haejin (P.), 2007, « Diversité économique : une croissance exemplaire », in L'essentiel des relations internationales -Hors-série n°6 Décembre-Janvier , pp.74-78.

    Hervouët (J.) 2007, « Ecotourisme-environnement : la vision du chef de l'Etat dans la protection de la faune et de flore », in L'essentiel des relations internationales -Hors-série n°6 Décembre- Janvier , pp.79-81.

    Devey (M.) 2007, « Nouvelle destination verte ? », in Jeune Afrique n°24 18 du 13 au 19 mai p.70.

    White (L.), 2008, « Changement climatique : au secours de la planète », in Gabon printemps 2008, pp.28-35.

    Textes de lois

    Déclaration de la conférence de Johannesbourg du 26 août au 4 septembre 2002, 7p. Loi n° 1/82 du 22 juillet 1982 dite loi d'orientation en matière des Eaux et Forêt.

    Loi n°1/93 du 26 août 1993 relative à la protection et à l'amélioration de l'environnement.

    Hebdo information n° 463 (14 décembre 2002) Journal hebdomadaire d'informations et d'annonces légales. « La politique des parcs nationaux » pp.210-226.

    Hebdo information n° 452 (16 mars 2002) Journal hebdomadaire d'informations et d'annonces légales. Loi 16/2001 du 31 décembre 2001 portant code forestier en République Gabonaise, pp.38-56.

    Internet

    ( http://www. cenarest.org/rapport final sur les parcs nationaux. Pdf) http:// www.brainforest.org/ parcs menaces.htlm

    TABLE DES MATIERES

    Dédicace 1

    Introduction générale 2

    Première partie : Les parcs nationaux du Gabon à l'épreuve de la législation nationale et les

    menaces à leur survie

    8

    Chapitre I : Evolution de la législation sur la protection des aires protégées

    .9

    Section 1 : La protection environnementale avant le 30 août 2002

    9

    A- Les lois de protection de l'environnement et leurs insuffisances juridiques

    9

    B- Le statut des aires protégées

    11

     

    Section 2 : La protection environnementale à la suite de la création des parcs nationaux du Gabon

    A- La législation actuelle sur les parcs nationaux

    .14

    B- Présentation des parcs nationaux du Gabon

    .16

     

    Chapitre II : La valorisation des parcs nationaux et les menaces subsistantes

    .23

    Section 1 : La valorisation des parcs nationaux du Gabon

    ...23

    A- Les parcs nationaux et le tourisme

    .23

    B- Les parcs nationaux et la recherche

    ...24

     

    Section 2 : Les problèmes occasionnés par les autochtones et par l'industrie

    ..26

    A- Les problèmes engendrés par les populations vivant autour des parcs nationaux

    .26

    B- Les problèmes occasionnés par l'industrie forestière et minière

    28

     

    Deuxième partie : Les enjeux de la valorisation et la réorientation possible des politiques de

    coopération gabonaises suite à la création des parcs nationaux

    ..31

    Chapitre III : Les enjeux de la valorisation des parcs nationaux du Gabon

    ..32

    Section 1 : Les enjeux de la gestion des parcs nationaux

    .32

    A- Les enjeux économiques et sociaux

    ..32

    B- Les enjeux écologiques et scientifiques

    .34

     

    Section 2 : La promotion des parcs nationaux

    ..36

    A- L'écotourisme communautaire

    ...36

    B- L'investissement privé

    38

     

    Chapitre IV : La valorisation des parcs nationaux d'un point de vue global et sectoriel.. .39
    Section 1 : Les politiques globales de valorisation 39

    A- Le stockage du carbone

    ...39

    B- La coopération internationale

    ..43

     

    Section 2 : Les politiques sectorielles

    ..44

    A- Les échanges dette/nature

    45

    B- L' eco-business

    46

    Conclusion générale

    48

    Bibliographie indicative

    .52

    Table des matières

    ..56






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