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La nécropole mérovingienne "la chapelle" de Jau-Dignac et Loirac (Garonne): Détermination de liens de parenté par approche paléogénétique


par Diane Thibon
Université de Bordeaux 1 - Master 2 2009
  

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3. La nécropole mérovingienne

L'organisation, la disposition spatiale des sépultures et des différents pôles de cette petite nécropole ont été en partie détaillée dans la première partie du mémoire, nous nous attarderons donc ici plus particulièrement sur les pratiques funéraires mises en oeuvres au sein de celle-ci.

3.1. Pratiques funéraires

Le groupe mérovingien présent au sein de la nécropole peut sommairement être scindé en deux : les sépultures présentes à l'intérieur du bâtiment et toutes celles à l'extérieur. Ces deux zones funéraires se distinguent sur plusieurs aspects :

- - le type de sarcophage utilisé. Cette différenciation se base sur la morphologie

des cuves, le matériau utilisé, ainsi que la technique de taille des sarcophages.

- la présence ou non de mobilier.

- le nombre et le mode de dépôts des défunts.

 

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L'intérieur de l'édifice abrite exactement 11 tombes dont une grande majorité est représentée par des sarcophages. Fabriqués en calcaire coquiller, ces sarcophages trapézoïdaux qualifiés de type 1 ou de « Bordeaux » (Cartron et Castex 2006), se divisent en deux types de décors. Dans la majorité des cuves, un riche mobilier comprenant plaques boucle, boucles de chausse et autre est associé au défunt. Selon les auteurs, les individus enterrés dans ce bâtiment rectangulaire constitueraient un groupe sélectif d'inhumations plus prestigieuses. En témoigne en particulier un sarcophage (sep 014), contenant une femme d'âge entre 20 et 29 ans qui se distingue par la présence d'une bague en or massif datant du IIIe --IVe siècle. Cet espace funéraire constituerait une petite nécropole aristocratique familiale du haut Moyen Âge (Cartron et Castex 2009). Le bâtiment pourrait correspondre plus particulièrement à une mémoria, c'est-à-dire à un monument funéraire en relation avec la mémoire d'un groupe d'individus. Toutefois, il semble difficile d'y attester un culte chrétien (Cartron et Castex 2006).

Concernant le nombre et le mode de dépôt des défunts au sein de ces sarcophages ; seul

deux d'entre eux semblent avoir fait l'objet de dépôts primaires individuels (sep 013 et 014) perturbés postérieurement. Les autres sarcophages de l'édifice, semblent quant à eux avoir fait l'objet de réutilisations avec superposition d'un seul individu associé à quelques manipulations d'ossements pratiquées sur le 1 er inhumé. Notons que le mauvais état général de certains individus retrouvés au sein de ces sépultures réutilisées, n'a pas permis de diagnose sexuelle et d'estimation fiable de l'âge. En conséquence, aucun regroupement fondé sur ces critères n'a été mis en évidence.

La mémoria, se compose majoritairement d'adultes, mais abrite néanmoins deux sépultures individuelles d'immature. Contrairement aux adultes, aucun mobilier n'est associé

a ces enfants, inhumés dans ce qui pourrait être un contenant en bois.

 

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La nécropole entourant l'édifice comporte une quarantaine de sépultures. Ces tombes, plus ou moins regroupées en pôle aux quatre points cardinaux de l'église, semblent se démarquer de celles retrouvées pour la même période à l'intérieur du bâtiment. Ces sépultures, des sarcophages mais aussi des coffrages en bois et des cercueils, ne contiennent que très

rarement du mobilier. L'unique exception étant un sarcophage isolé situé à l'Est du bâtiment

ou une fibule a été mis au jour au coté du défunt. Cet unique mobilier ainsi que les datations C14 sur les ossements permettent de dater l'installation de ces tombes au milieu du VIIe siècle (Cartron et Castex 2006).

Au sein de cet ensemble, un nouveau type de sarcophage, qualifié de type deux est retrouvé dans la partie ouest. Dans ce secteur, les sarcophages sont taillés dans un calcaire blanc et fin et semblent former un groupe assez homogène et différent de ceux du type 1. Au sud ainsi qu'au nord du bâtiment, quelques sarcophages sont en calcaire coquiller mais il semblerait que seul deux d'entre eux (sep 092 et sep 093) soit assimilable à ceux de la mémoria, de par le matériau et la technique de taille utilisée. Les sarcophages au sud et à l'est de la nécropole n'ont pas pu être rapprochés d'un des deux types car mal conservés, ou encore non fouillés. Certains d'entres eux pourraient également appartenir à un troisième type. Les

sarcophages de la zone extérieure ont, pour une grande majorité, été réutilisés. Parmi eux, on

observe des cas de superpositions avec quelques manipulations d'ossements (sep 092, 094 et

169), des cas de superpositions multiples (jusqu'à 4 individus) accompagnés de réductions
pour les sépultures du secteur ouest (sep 170, 171, 172) et quelques regroupements

d'ossements issus de gestes indéterminés. Les 17 autres sépultures en contenant en bois ne semblent pas avoir fait l'objet de réutilisation (Gleize 2006).

La position des individus lors de leur dépôt a pu être en grande partie reconstituée. Il semblerait que la majorité des individus, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'édifice, ait été couchée sur le dos, les membres inférieurs en extension. Dans les cas, ou elle a pu être déterminée, la position des avants bras est basse, le long du corps ou ramenée vers le bassin ou l'abdomen. Quelques exceptions confirment néanmoins la règle ; certains jeunes enfants peuvent être retrouvés en position foetale, comme dans le cas des sépultures 210 et 170, mais il serait cependant imprudent de rapprocher ces deux cas. L'individu de la sépulture 217 se démarque également par la position de ces pieds, semble t-il croisés.

Dans plusieurs cas, les observations taphonomiques ont permis d'émettre l'hypothèse de l'existence de brancard (sep 122) ainsi que des supports en matière périssable sous la tête (sep 191).

La plupart des jeunes enfants sont retrouvés en dépôt primaire individuel dans des contenants en bois, ainsi que nous avons pu l'observer à l'intérieur de l'édifice (sep 210, 243 et 217). Cependant, seul l'un d'entre eux, un périnatal retrouvé dans le secteur ouest (sep 170), semble bénéficier d'un sarcophage, fait rare à cette époque.

3.2. Le recrutement par âge et par sexe

La nécropole extérieure, comme intérieure, se compose majoritairement d'adultes et, comparé à une population archaïque, il existe un déficit général pour les individus de moins de quinze ans. La prise en compte des taux de mortalité montre que cette différence est du à un biais important chez les immatures de moins de dix ans (Cartron et Castex 2006). Il est par ailleurs important de noter que lors de la post fouille de 2005, il a été mis en évidence dans les niveaux archéologiques de cette zone de nombreux ossements erratiques, généralement immatures. Il est bien entendu difficile de savoir si ces sépultures se rattachent à cette période mais de ce fait, il faut donc considérer cette population mérovingienne comme relativement biaisée.

3.3. Le cas particulier des sarcophages du secteur occidental

Comme nous l'avons vu précédemment, l'ensemble des sarcophages situés dans le secteur occidental de la chapelle forme un groupe relativement défini et homogène au sein de la nécropole extérieure. En effet, cet ensemble de sept sarcophages taillés dans un même type de

calcaire se démarque des autres sur certains aspects. Outre le type de sarcophage, ces sépultures ont en majorité été réutilisées de multiples fois, allant de deux à quatre fois, ce qui est une pratique spécifique à cette zone. A côté de cela, le groupe est topographiquement bien identifiable du fait que quatre des sept sépultures sont très resserrées et alignées de façon organisée. De plus la position du groupe dans la nécropole, face à l'édifice, et la présence d'une agrafe tardive pourraient suggérer une datation postérieure aux inhumations réalisées dans le bâtiment. L'élément le plus notable reste encore le fait qu'un de ces sarcophages renferme un périnatal, fait qui soulève un certain nombre de questions. Quelle est la raison de la présence de cet individu au sein de ces sarcophages ? Est-il apparenté à l'un des individus inhumé à ses côtés ?

Figure 8 : Sépulture 169, 170 et 171 (in Cartron et Castex 2006).

Des prélèvements de mandibule, en vue d'analyse génétique, ont été effectués sur chacun des 13 individus des sépultures 169, 170, 171 et 172 (La figure 8 présente uniquement les sépultures des individus analysés dans le cadre de cette étude). Ces prélèvements présentent un double intérêt. Ils pourraient tout d'abord permettre la compréhension du fonctionnement de ces sarcophages, groupe archéologiquement pertinent, ainsi qu'une discussion sur un éventuel lien de parenté entre les individus d'une même structure (Castex et Cartron 2007). Ils

pourraient dans un second temps apporter des informations d'ordre méthodologiques. Ces prélèvements ont été effectués avec plus ou moins de précautions suivant les sépultures. Il s'agirait donc d'observer si ces différences ont eu des répercutions sur les analyses génétiques.

Pour ces quatre sépultures, il convient de noter que les couvercles des sarcophages étaient absents mais les cuves, bien conservées, présentaient un remplissage homogène.

Le tableau ci-dessous (tabl .1) détaille l'âge et le sexe des individus inhumés dans chaque sarcophage. Seuls les sarcophages analysés en lors de notre étude paléogénétique sont présentés dans ce tableau.

 
 
 
 

umé

me

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Tableau 1 : Détail des individus inhumés dans les sarcophages.

La sépulture 169, accueillait 3 individus dont les dépôts superposés et différés dans le temps, n'ont entrainé que très peu de manipulations des premiers inhumés.

La sépulture 170 est un peu plus complexe. Lors de la réutilisation de la cuve, le squelette du 1er inhumé a été en partie réduit et une grande majorité de ces os ont été retirés puis redéposés sur le deuxième inhumé. La position décentrée de la jeune femme ainsi que l'enchevêtrement de ces os avec ceux du périnatal laissent penser à un éventuel dépôt simultané de ces deux corps. Une relation mère-enfant unirait-elle ces deux derniers inhumés ? Cette information pourra peut-être être apportée par des analyses génétiques. Par ailleurs, l'hypothèse d'un support en matière périssable type brancard ou civière a été émise face à la présence d'un espace vide situé sous la jeune femme. Pour finir, signalons également la découverte d'une agrafe à double crochet dans le remplissage de la cuve qui renvoie à la période du mérovingien récent 3 (entre 660 et 750 ap. J.-C).

La sépulture 171 a fait l'objet de plus de remaniements. En effet, les deux premiers inhumés, au départ superposés, ont subi plusieurs manipulations avant le dépôt du 3ème individu. Ainsi, certains de leurs ossements auraient été sortis puis redéposés dans les angles

du sarcophage, sans doute de manière à ménager le plus d'espace pour la superposition du dernier inhumé.

D'un point de vue paléopathologique, aucune lésion importante n'a été décelée chez ces treize individus. Bien au contraire, on note une absence d'hypoplasie linéaire chez six d'entre eux alors que cette pathologie de l'émail dentaire est fréquente à 68 % (12/ 19) dans l'effectif de la population de la nécropole (Gleize 2006).

La recherche de caractères discrets osseux s'est montrée infructueuse (Cartron et Castex 2006 ; Gleize 2006). Une étude menée sur les caractères discrets dentaires des individus de la nécropole n'a malheureusement pas permis d'apporter d'information intéressante laissant penser à un quelconque lien de parenté entre certains de ces individus (Laforest 2008). La présence d'un même caractère est cependant observé (entocunulide sur une M3 inférieur) sur deux individus du sarcophage 172.

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