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Evangélisation et Promotion Humaine

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par Bienvenu KONE
Grand séminaire St Augustin de Bamako - Licence Canonique 2009
  

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CHAPÎTRE II- LA DOCTRINE SOCIALE DE L'EGLISE

Le Concile Vatican II a réaffirmé l'importante de la mission et le rôle de l'Eglise dans le monde lorsqu'il écrit que « l'Eglise, en poursuivant la fin salvifique qui lui est propre, ne communique pas seulement à l'homme la vie divine, elle répand aussi, et d'une certaine façon sur le monde entier, la lumière que cette vie divine irradie, notamment en guérissant et en élevant la dignité de la personne humaine, en affermissant la cohésion de la société et en procurant à l'activité quotidienne des hommes un sens plus profond, la pénétrant d'une signification plus haute.»32(*). C'est pourquoi l'Eglise doit sans cesse rappeler aux hommes et aux femmes de notre monde comment ils doivent se situer en face du monde et de leurs frères dans les relations sociales tout autant que dans les rapports interpersonnels. Car « si les aspects techniques de la pensée et de l'action politique sont à découvrir par un effort d'intelligence dont rien ne peut dispenser, le chrétien cependant recevra de la doctrine de l'Eglise l'inspiration pour une vie politique en tous points conforme aux vraies requêtes de la nature de l'homme et de la société »33(*) comme l'exprime J.JULIEN.

Cette mission n'est point un second rôle que l'Eglise voudrait jouer aujourd'hui en moins une nouvelle mission qui s'ajouterait à sa mission salvifique, mais plutôt une partie prenante de sa mission d'évangélisation. L'Eglise a mission d'éclairer les hommes et femmes de ce temps, elle est invitée à être sel et lumière pour la société humaine. Par l'Eglise, c'est tout disciple du Christ qui est invité à faire sien ce message évangélique pour la promotion de l'homme, pour être fidèle au Dieu qu'il confesse. Et lorsqu'elle invite ses fils et filles à être des acteurs de développement c'est parce que par « chacun de ses membres comme toute la communauté qu'elle forme, l'Eglise croit pouvoir largement contribuer à humaniser toujours plus la famille des hommes et son histoire »34(*).

Le message évangélique a impérativement une portée sociale qui suscite une permanente interpellation à l'adresse de tous les disciples du Christ. Chacun selon son charisme est invité à faire de l'Evangile un facteur d'assainissement, de développement et de rénovation sociale dans son milieu de vie. Membres de la société humaine, les chrétiens, hommes et femmes, ont la mission divine de participer à son édification selon le dessein de Dieu. Car les anthropologues reconnaissent que l'homme est un être social par nature. Il ne s'agit donc pas en premier lieu d'une convention humaine, même si les relations sociales peuvent être réglées par des conventions arbitraires pour faciliter les rapports sociaux. Et c'est dans cette même nature d'être social que l'homme trouve le fondement de sa relation à l'autre. Dès lors l'engagement social pour la promotion intégrale de l'être humain apparaît comme un devoir naturel, mais surtout, un devoir divin, puisque l'homme tient sa nature de Dieu ; c'est-à-dire, que le fait d'être homme, donne le devoir d'oeuvrer au rayonnement de la société et au bien être de tout être humain, faute de quoi on ne saurait se dire véritablement homme. « En raison du caractère social de la personne, il y a donc un lien, une interdépendance entre l'essor de la personne et le développement de la société elle-même »35(*). Le domaine social est le lieu d'invention et de créativité de l'être humain. L'homme construit l'ordre social, en mettant en oeuvre toutes les ressources de sa personnalité, de son intelligence, il favorise les relations humaines.

En somme dans la doctrine sociale de l'Eglise, c'est la perspective d'une évolution et d'une orientation vers une société plus humaine qui mène le croyant au royaume de Dieu, qui est recherchée.

Evangéliser, c'est annoncer le salut de l'homme retrouvé en Christ et aider les hommes à entrer dans cette perspective divine. La mission d'évangélisation de l'Eglise inclut de toutes manières la prise en charge de ses aspirations humaines et temporelles par fidélité à l'Evangile qu'elle porte aux hommes et femmes, dans les réalités quotidiennes. Car le salut en Dieu suppose aussi le bien être intégral et réel de l'homme, dans le règne de paix et de justice rendu présent dans la personne du christ, ici et maintenant. Ce règne de Dieu ne pourrait se réserver à l'au-delà très souvent situé dans un avenir lointain et vague. L'espérance chrétienne en la vie éternelle ne doit pas être un refuge qui fait oublier la vie d'ici bas, ni être une occasion ou une astuce de fuite de sa responsabilité face aux réalités terrestres et au combat de la vie.

C'est pourquoi l'Eglise appelle tous enfants à prendre une part active dans la mission salvifique d'évangélisation dans toutes ses perspectives en réaffirmant que « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ »36(*). Cette affirmation de l'Eglise est donc une interpellation adressée à tous les fidèles chrétiens, à s'engager pour la cause de l'humanité, surtout pour les plus pauvres, en signe d'une étroite solidarité avec toute la famille humaine dont ils sont membres. Comme l'affirme Jean Paul II « Le fils de l'homme qui s'est incarné il y a deux mille ans par amour pour les hommes, accomplit son oeuvre aujourd'hui : nous devons avoir un regard pénétrant pour la voir et surtout nous devons avoir le coeur large pour en devenir nous-mêmes les artisans »37(*). Car l'engagement social du fidèle chrétien pour la promotion de l'être humain et de tout être humain sans exception, dans le respect de sa dignité, est une exigence impérative de la vocation chrétienne. Mais le progrès social n'est véritablement promotion de l'homme que s'il est au service de la personne humaine, s'il respecte sa dignité. Une mise à l'écart des réalités socioculturelles et politico-économiques de l'homme par l'Eglise reviendrait certainement à vouloir le conduire au ciel comme si la terre où il est d'abord accueilli n'existait pas. Car les chrétiens ne vivent pas en dehors du monde et donc, ils sont invités à y porter la lumière de l'Evangile qu'ils ont eux-mêmes reçu.

II-1 L'ÊTRE HUMAIN, BUT DE LA DOCTRINE SOCIALE DE L'EGLISE

Nous sommes dans un monde qui juge l'être humain sur son agir, sur sa fonction, ses capacités plus que sur son être en soi. Il faut donc nous rappeler que l'homme par nature à une valeur, indépendamment de son rang social, de sa race, de son appartenance ethnique et indépendamment de tout autre critère de jugement ou de distinction. Cette dignité « naturelle » lui a été conférée par Dieu, son Créateur. C'est dire que la dignité de l'être humain réside dans sa nature, en tant qu'être créé à l'image et à la ressemblance de Dieu (Gn1,27-28) ; Ce qui fait de l'homme un être « sacré » portant donc la marque divine de son Créateur. Ainsi, affirmer la primauté de la personne humaine sur les structures (économiques, politiques, industrielles), l'inviolabilité de sa dignité, le droit à la vie pour tout homme depuis la conception jusqu'à sa fin naturelle, est un devoir de chrétien. Toute l'anthropologie chrétienne à son fondement essentiel dans le fait que l'être humain est à l'image de Dieu.

En plus, rappeler l'amour et la solidarité dans une société aujourd'hui marquée par les tensions et les violences multiples, faire du souci des pauvres la condition sine qua non de la transformation sociale, sont des constantes de l'esprit évangélique transmis et enseigné par l'Eglise pour éclairer la société humaine.

Le Concile Vatican II va réaffirmer l'importance de cette dignité intrinsèque de l'être humain « Cet Evangile annonce et proclame la liberté des enfants de Dieu, rejette tout esclavage qui en fin de compte provient du péché, respecte scrupuleusement la dignité de la conscience et son libre choix, enseigne sans relâche à faire fructifier les talents humains au service de Dieu et pour le bien des hommes, enfin confie chacun à l'amour de tous »38(*).

L'Eglise dans sa mission d'évangélisation s'engage donc efficacement à travers ses pasteurs, tous ses fils et filles à « honorer et promouvoir la dignité de la personne humaine, sa vocation intégrale et le bien de toute la société. C'est l'homme en effet qui est l'auteur, le centre et le but de la vie socio-économique. »39(*). Car de nos jours la dignité de la personne n'est pas toujours respectée. L'être humain est souvent instrumentalisé, réduit à une machine de production ou de plaisir exacerbé et vicieux. Les conditions de vie et de travail, le salaire et les heures de travail de certains employés, la violence faite aux femmes à travers le monde, la maltraitance et l'abus fait aux personnes vulnérables en sont des preuves.

Aujourd'hui, dans certaine partie de notre monde, l'être humain est souvent réduit à un matériau biologique manipulable, un outil de recherches scientifiques.

Il nous faut donc nécessairement découvrir la dignité inaliénable de l'être humain qu'il tient de son origine divine. Instrumentaliser la personne humaine reviendrait à l'écraser dans son intégralité physique et morale. Mais, cette exploitation est également une négation de son Créateur qui est Dieu.

Sur notre continent africain aujourd'hui, nous assistons à des guerres ethniques, à la pauvreté, à la misère, à la famine, à l'exploitation des enfants dans les mines et les rébellions dans des conditions indignes de l'être humain.

L'Eglise a donc une mission plus pressante en ces zones de troubles. C'est pourquoi à travers ses pasteurs, ses fidèles et tous les hommes de bonne volonté, elle interpelle l'homme face à lui-même et face à la création tout entière. Les systèmes étatiques tyranniques et dictatoriaux qui enlèvent à l'homme toute les formes de liberté, liberté d'expression, liberté de réunion, liberté d'entreprise constituent également des formes d'aliénation et de refus de la dignité de l'être humain qu'il faut combattre par la vérité de l'Evangile. Cet engagement pour la promotion sociale de l'homme nécessite également que le croyant oeuvre pour la justice et la paix dans sa société ; et par une lutte, bien entendu pacifique, pour l'éradication des formes d'injustices et de violences.

Il faut également sortir de ses extrêmes pour enfin prendre conscience que toute personne humaine est une histoire, histoire du mystère d'amour de Dieu. C'est en raison de son origine divine que l'homme ne peut être instrumentalisé ni maltraité sans qu'on s'en prenne à son Créateur. C'est le fondement théologique du combat pour la dignité humaine, pour la justice et la paix sociale, pour la promotion humaine, la libération et le développement intégral de l'homme et de tout homme40(*) que mène l'Eglise il y a plus de deux mille ans.

L'Eglise ne s'érige pas en experte d'une théorie économique ou politique et ne prétend pas détenir un bâton magique pour résoudre les problèmes sociaux d'une manière miraculeuse. Mais par son engagement à promouvoir la vérité, la justice et la paix, en raison de sa conception très élevée de l'homme et de la société, elle vise à promouvoir la reconnaissance de la dignité de l'homme et de tout homme. Cet homme qui est l'objet de la mission, c'est tout être humain quelque soit son origine, sa situation sociale et sa religion. C'est donc l'homme et son salut intégral qui demeurent au coeur de la doctrine sociale de l'Eglise. Le salut intégral de l'homme est la raison d'être de la doctrine sociale de l'Eglise. Il s'agit de l'homme, « l'homme considéré dans son unité et sa totalité, l'homme corps et âme, coeur et conscience, pensée et volonté»41(*). La mention de l'homme corps et âme revêt une grande importance, puisqu'elle évoque l'homme vivant, et l'homme vivant est corps et âme. C'est donc l'homme considéré dans tous ses aspects physiologique, intellectuel et spirituel. Et « grâce à la doctrine sociale, l'Eglise annonce Dieu et le mystère du salut dans le Christ, et, pour la même raison, elle révèle l'homme a lui-même »42(*). La promotion intégrale de l'être humain constitue une partie indissociable de l'unique mission assignée par le Christ à ses apôtres : « Allez donc ! Faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ; apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donné »43(*).

« Les relativismes actuels et les irénismes dans le domaine religieux ne sont pas un motif valable pour faillir à cet onéreux engagement qui appartient à la nature même de l'Eglise et qui constitue sa tâche primaire »44(*) rappelait Benoît XVI dans son homélie du 25 avril 2005. Une mission que tous les fidèles sont appelés à faire sienne pour que l'Evangile transcende nos réalités temporelles. Puisque l'histoire de l'homme et de tout homme, « prend tout son sens dans l'Incarnation du verbe de Dieu qui est le fondement de la dignité humaine restaurée »45(*). La fidélité de l'Eglise à cette Bonne Nouvelle inclut la fidélité aux conséquences inhérentes à la Parole de Dieu, qui englobent le social et la relation de l'homme dans son rapport avec autrui ; c'est-à-dire, que l'Evangile appelle à une prise de conscience effective de la fraternité et de la charité chrétienne envers tous les hommes et envers tout homme. Car la conversion à l'Evangile transforme notre représentation du monde, bouleverse l'échelle de nos valeurs, nos critères de jugements, nos règles tacites et confuses qui structurent et gèrent le fonctionnement de la société, celles qui repartissent les hommes en classes sociales, pour leur assigner un rôle et une place selon le dessein de Dieu.

* 32 Gaudium et spes n°40 §3

* 33 J.JULIEN, Le chrétien et la politique, Tournai, Desclée, 1963, p.199

* 34 Gaudium et Spes n°40 §3

* 35 Gaudium et Spes n°25

* 36 Gaudium et Spes n°1

* 37 Novo Millenio Ineute n°58

* 38 Gaudium et Spes n°41 §2

* 39 Gaudium et Spes n°63

* 40 Ecclésia in Africa n°69

* 41 Gaudium et Spes n°3

* 42 Centesimus Anno n°54

* 43 Mt 28,19-20

* 44 Documentation catholique 102 (2005), p.553

* 45 Ecclésia in Africa n°69

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