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Les conditions socioéducatives des étudiants ivoiriens au Sénégal après le déclenchement de la guerre du 19 septembre 2002 en Côte d'Ivoire

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par Nonlourou Marie Paule COULIBALY
Université Cheikh Anta Diop de Dakar: Institut de formation et de recherche en population, développement et santé de la reproduct - Maà®trise en population, développement et santé de la reproduction 2006
  

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IV.3 L'initiative de la décision de départ et ses motivations

Voyager à l'étranger nécessite un temps de préparation préalable. La définition de la destination, les conditions à remplir, la planification du budget et le moment du départ sont les principaux éléments qui constituent cette préparation. Il y a toujours des facteurs de "push" qui représentent les causes du départ tels que les répercussions de la guerre. Les facteurs de "pull" attirent ainsi l'étranger vers l'extérieur du pays.

D'ailleurs ces facteurs sont à l'origine de nombreux départs de la Côte d'Ivoire vers l'étranger. Et ce sont ceux qui disposent de moyens financiers suffisants qui peuvent réaliser une telle entreprise.

Figure 2 : Décision de départ

Il y a au total 23 étudiants qui ont préparé leur voyage pour le Sénégal en moins de 6 mois. Seulement 5 parmi les 28 dont les parents ont été à l'initiative du voyage ont mis plus de 6 mois pour préparer le voyage contre 5 qui ont été eux- même à l'origine de son initiative. Ce qui montre que le temps de préparation est relativement court (moins de 6 mois). La courte durée de préparation justifie les difficultés d'adaptation que nous avons relevées.

La majorité (28) est venue au Sénégal sur décision des parents. Ces derniers sont en général, les initiateurs- clé des voyages à l'étranger de leurs enfants même s'ils sont majeurs (âgés d'au moins 21 ans).

Devant la situation de crise et d'insécurité qui prévaut et les interruptions des cours répétées, les parents agissent assez rapidement pour assurer leurs études supérieures. A plusieurs reprises les calendriers scolaires et universitaires ont été perturbés en Côte d'Ivoire à cause des mesures de sécurité prises telles que les couvre- feu, les états d'urgence  pour rétablir la paix dans les villes; aussi et surtout à cause des grèves orchestrées par les étudiants d'une part et celles des professeurs et enseignants d'autre part. La dernière grève date du mois de mars 2006 et a duré plus de deux mois et a été menée par les enseignants du supérieur15(*). Tous ces éléments motivent la décision prompte des parents qui ont les moyens de faire partir leurs enfants.

Tableau 2 Répartition des étudiants venus au Sénégal en fonction des causes du départ socio-politique et éducatif

Les étudiants ont répondu conjointement aux questions concernant leur motif de départ indépendamment l'une de l'autre.

- Système éducatif

situation socio-politique

causes de la venue au Sénégal

Oui

non

TOTAL

Système éducatif

oui

13

5

18

non

3

16

19

Total

1 6

21

37

Au sujet du motif du départ 16 sont venus pour des raisons liées à la situation politique. Parmi eux, le plus grand nombre (13) vont venus à cause du système éducatif et 10 sont inscrits en Faculté des sciences médicales. Cette formation regroupe la majorité des étudiants inscrits à l'université.

En effet, le système universitaire à Abidjan appliqué en 1ère année d'études en sciences médicales avec le tronc commun ne les encourage pas à s'y inscrire. Il s'agit d'un concours où intervient le numerus clausus, c`est à dire, qu'il y a un nombre limité de places disponibles chaque début d`année. Par exemple, en 2003, 298 places sur 350 ont été pourvues pour un total de 1200 candidats. En 2004, 350 places pour un effectif de 1 500 étudiants pendant que 149 autres étudiants admis appelés « reçus collés » ont eu la moyenne requise mais ne figuraient pas parmi les 350 premiers16(*). En effet, malgré la performance et les résultats très appréciables des candidats, seuls prévalent le quota fixant par le nombre de places disponibles en 2ème année, l'obtention d'une moyenne supérieure ou égale à dix (10) et la non obtention de note éliminatoire inférieure ou égale à 5/20 dans chaque matière. C'est d'ailleurs, ce qui a valu péjorativement le surnom de « tombeau commun» au tronc commun des premières années d'études en sciences médicales. Après deux années infructueuses l'étudiant est automatiquement renvoyé de l'université.

Cette sévère sélection minutieuse, décourage aussi le choix de cette formation peut causer ainsi des mauvaises orientations vers la filière choisie ou pire le manque de vocation professionnelle à l'avenir; motif de performance réduite dans l'exercice du métier futur.

Par ailleurs, lors de nos entretiens avec certains étudiants de la faculté des sciences médicales de l'université Cheikh Anta DIOP, il ressort que celle- ci présente de meilleurs avantages pour la réussite. Le nombre d'années de formation est réduit d'un an par rapport à celui en vigueur en Côte d'Ivoire. Elle est de 7 ans en l'occurrence pour la faculté de médecine au Sénégal. Aussi, les risques de renvois au 1er cycle des études sont moindres: le système de validation des unités de valeurs sur deux sessions en une année académique reste valable à toutes les années d'études. De plus, dès la première année, les étudiants bénéficient de travaux dirigés, de travaux en laboratoire et de partiels leur permettant d'évaluer le niveau de connaissance au fur et à mesure que les cours sont dispensés. Cela permet aux étudiants d'exploiter leur chance de réussir en comptant sur leurs efforts au travail et non en étant éjecté par un système trop exigeant et peu sûr. Certains iront jusqu'à témoigner que certains de leurs camarades de lycée qui étaient major de leur promotion ont été renvoyés après deux années passées au tronc commun en Côte d'Ivoire.

A ce sujet, les données statistiques de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, montrent que le nombre des étudiants ivoiriens qui viennent étudier dans ses structures est de plus en plus croissant et a doublé en 2 ans (2001- 2003 : de 92 à 186 étudiants) et jusqu'à janvier 2006 il a atteint 229. Bien que ces effectifs ne soient pas très importants devant le nombre élevé d'étudiants Ivoiriens vivant en Côte d'Ivoire, nous remarquons que ces formations à l'étranger sont surtout l'apanage de ceux qui ont un soutien financier appréciable.

Il est à remarquer qu'une quinzaine d'étudiants ne sont pas venus à cause de la situation socio-politique du pays ce qui stipulerait qu'ils seraient venus au Sénégal même si le pays jouissait d'une certaine stabilité. Leur venue n'est inhérente pas à cette situation, les causes pourraient donc se situer à un autre niveau .

Tableau 3: Répartition des étudiants venus au Sénégal en fonction des causes du départ socio-politique et désir d'élargir le champ de la formation

situation socio-politique

causes de la venue au Sénégal

Oui

non

TOTAL

élargir le champ de la formation

oui

3

 15

18

non

13

 6

19

Total

16

21

37

Ceux qui viennent pour élargir le champ de leur formation représentent la moitié des étudiants. Ils fréquentent principalement des écoles interafricaines qui ne sont donc pas présentes sur le territoire ivoirien. Nous avons l'école des sciences médicales et vétérinaires, et le centre africain d'études supérieur en gestion (CESAG).

La situation de crise qui sévit en Côte d'Ivoire est à point nommée, un motif de départ des étudiants du pays. Cette crise pourrait causer à la longue un démantèlement du système éducatif et avoir des répercussions graves sur la population jeune si le climat de paix n'est pas instauré effectivement. Par la suite elle pourrait accentuer « la fuite de cerveaux ». Cela représente donc une menace pour le développement humain et durable.

* 15 In Fraternité Matin du 13 Juin 2006, Côte d'Ivoire: « Crise dans le supérieur : les revendications de la CNEC examinées en conseil de gouvernement aujourd'hui »

* 16 Lettre ouverte N° 9719 in Fraternité Matin du jeudi 7 avril 2005 « Le président de l`Université d`Abobo-Adjamé s`insurge contre les ennemis du tronc commun »

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