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Les droits de l'homme dans l'ombre de la diplomatie internationale

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par Anna-maria Lukacs
Institut des Droits de l'Homme Lyon - Master 2 Théorie et pratiques des Droits de l'Homme 2008
  

Disponible en mode multipage

Master 2 Professionnel 2007/2008

Théorie et pratiques des Droits de l'Homme:

"Les Droits de l'Homme dans l'ombre de la diplomatie internationale"

Rapport sur le stage effectué au sein du

Centre Tibétain pour la Démocratie et les Droits de l'Homme

Pour la période du:

7 avril 2008-29 Aout 2008

Maitre de stage:

Stagiaire:

Directeur du Master 2:

Urgen TENZIN, Directeur du CTDDH

Anna-Maria LUKACS

André DIZDAREVIC

Les Droits de l'Homme dans l'ombre de la diplomatie internationale

"Aujourd'hui, les Etats ne peuvent plus sérieusement prétendre que les droits de l'homme relèvent uniquement de leurs affaires intérieures en les excluant du champ de contrôle de la communauté internationale. Cette position n'est plus tenable."

Mary ROBINSON,

Ex-Commissaire des

Nations Unies pour les

Droits de l'Homme

Table des matières

Table des matières 2

Liste des abréviations 4

Introduction 8

1. Présentation du Centre Tibétain pour la Démocratie et les Droits de l'Homme (CTDDH). 15

1.1 Circonstances de la création du CTDDH. 15

1.2 Missions du CTDDH. 15

1.1.1 Promouvoir et protéger les droits de l'homme du peuple tibétain au Tibet. 15

1.1.1.1 Les droits de l'homme du peuple tibétain au Tibet. 15

1.1.1.2 Les moyens du CTDDH pour promouvoir et protéger les droits humains du peuple tibétain. 17

1.1.2 Sensibiliser la communauté tibétaine en exil sur les concepts des droits de l'homme et de la démocratie. 18

1.1.3 Le projet Caisse d'Aide au Prisonniers Tibétains. 19

1.3 Fonctionnement du CTDDH. 19

1.3.1 Les instances dirigeantes. 19

1.3.2 Le personnel. 20

1.3.3 Budget: le partenariat avec la Fondation Heinrich Böll. 20

1.4 Méthodes de travail 21

1.4.1 Les sources d'information. 21

1.4.2 Traitement de l'information. 22

2. Mon travail au sein du CTDDH. 24

2.1 Mission principale: Edition d'une brochure d'information sur les événements au Tibet depuis le 10 Mars 2008. 24

2.1.1 Méthodologie de la mission. 24

2.1.2 Difficultés rencontrées. 26

2.1.3 La sécurité informatique. 28

2.2 Missions additionnelles. 30

2.1.1 Rédaction des exposés. 30

2.1.2 Vérification des donnés. 30

2.1.3 Aide à la rédaction de proposition de projet. 31

2.1.4 Aide à la recherche sur le "génocide culturel" au Tibet. 32

3. Les événements au Tibet depuis le 10 Mars 2008. 33

3.1 Les circonstances du soulèvement tibétain. 33

3.2 L'ampleur du soulèvement tibétain. 34

3.3 La réaction chinoise au soulèvement tibétain. 35

4. Bilan critique. 37

4.1 Ce que le stage m'a apporté au niveau personnel. 37

4.2 Ce que le stage m'a apporté au niveau professionnel. 41

5. Conclusion. 44

6. Bibliographie. 46

7. Sitographie. 47

8. Annexes 49

8.1 Liste des publications du CTDDH. 50

8.2 Carte du Tibet Historique. 55

8.3 Carte du Tibet Occupé. 56

8.4 Carte des protestations depuis le 10 Mars 2008. 57

Liste des abréviations

ACT Administration Centrale Tibétaine

AFT Association des Femmes Tibétaines

CAPT Caisse d'Aide au Prisonniers Tibétains

CDHNU Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies

CIT Campagne Internationale pour le Tibet

CSPT Comité de soutient au Peuple Tibétain

CTDDH Centre Tibétain pour la Démocratie et les Droits de l'Homme

CTS Comité Tibétaine de Solidarité

ETL Etudiants pour un Tibet Libre

FHB Fondation Heinrich Böll

FTC Free Tibet Champaign

HRW Human Rights Watch

JO Jeux Olympiques

ONG Organisation non gouvernementale

RFA Radio Free Asia

RPC République Populaire de Chine

RTFC Raise Tibetan Flags Campaign

TCHRD Tibetan Centre for Human Rights and Democracy

TIN TibetInfoNetRemerciements

Ce voyage et la fin de mes études de droit sont l'aboutissement d'un vieux rêve d'enfance qui n'aurait jamais pu se réaliser sans l'aide précieuse de nombreux amis comme: Bernard et Jacqueline qui m'ont accueillis comme leur fille pendant mes années les plus difficiles en France, Thierry qui a toujours réussi à me redonner courage et sourire lorsque je les avais perdus, la famille Lecarpentier qui m'a pris sous son aile protectrice dans l'amitié et la bonne humeur, Pauline qui est devenue ma meilleur amie, François qui me donnait confiance en moi lorsque j'en avais le plus besoin, et la liste est tellement longue que je devrait peut être écrire un autre rapport pour essayer d'exprimer toute la gratitude que je ressens envers ces personnes et bien d'autres, qui par leur amour et par leur soutient m'ont amené petit à petit à considérer la France comme mon chez moi.

De plus, l'aventure de mon intégration en France a culminé par une dernière année universitaire que je considère sans le moindre doute comme la meilleure de mes longues études et cela grâce à l'équipe dévouée et l'enseignement de qualité de l'IDHL, grâce aux rencontres inoubliables que j'ai pu faire en son sein et grâce aux possibilités qu'ils m'ont offert en m'accordant leur confiance. Je tiens ainsi particulièrement à remercier Laurent GEDEON pour son ouverture d'esprit, André DIZDAREVIC pour sa rigueur de "militaire", Mme LORCHEL pour sa patience et tout le corps professoral pour le professionnalisme dont ils ont fait preuve durant l'année.

Je tiens enfin à remercier Michael KÖBERLEIN de la Fondation Heinrich Boll pour sa diligence et l'équipe du CTDDH pour leur accueil et le partage de leur savoir. Je tiens particulièrement à remercier Tenzin URGEN pour sa disponibilité, Tashi CHOEPHEL pour ses conseils éclairants, Tashi PHUNTSOK pour ses leçons sur l'histoire de son peuple, Lobsang TSULTRIM pour son humour mais également toute l'équipe pour m'avoir appris comment garder espoir et bonne humeur dans les moments les plus difficiles que la vie peut nous réserver.

Avant propos

Deux principales raisons m'ont conduit à chercher et à trouver un stage à Dharamsala. La première était ma curiosité relative à la culture tibétaine éveillée il y a très longtemps par Alexandre Csoma Koros, un hongrois de Roumanie comme moi. Cet illustre scientifique, homme remarquable et auteur du premier dictionnaire tibétain-anglais ainsi que de nombreux autres travaux sur le Tibet est le fondateur de la tibétologie. La chose qui m'a beaucoup touché c'est qu'on trouve encore ses travaux sur les étages des librairies et des bibliothèques de Dharamsala.

La deuxième raison est bien sur le stage qu'on est tenu à effectuer dans le cadre du Master 2 de Théorie et pratique des Droits de l'Home et dont l'objectif est d'acquérir une expérience professionnelle dans la pratique des organisations internationales et la protection des droits humains. J'aurais bien sur préféré trouver une organisation au Tibet mais puisqu'il est devenu une destination difficilement accessible aux étrangers je n'avais d'autre choix que de trouver des tibétains ailleurs qui en plus travaillent dans le domaine de la protection des droits humains. Le stage au sein du Centre Tibétain pour la Démocratie et les Droits de l'Homme (CTDDH) réunit parfaitement tant mes objectifs personnels que mes objectifs professionnels.

Le défi a été rendu encore plus intéressant par deux facteurs. Le premier est le fait que le Centre se trouve à Dharamsala en Inde ce qui m'a permis de découvrir en même temps deux cultures totalement différentes, celle des tibétains et celle des indiens ainsi que leur cohabitation. Le deuxième est le fait que je me suis retrouvée en quasi-première loge du jeu politique international qui a suivi la réaction chinoise aux soulèvements tibétains du mois de Mars 2008. Ce contexte m'a offert une lumière particulièrement éclairante sur la place du concept des droits de l'homme dans les nouvelles relations internationales et m'a donné le cadre d'analyse de mon rapport de stage.

Contrairement aux autres régions du monde, l'Asie ne dispose d'aucun système régional de protection des droits humains même si la plupart des pays asiatiques ont ratifié une grande partie des instruments internationaux de protection des droits humains. La raison en est probablement parce que les systèmes de protection nationaux eux même ne sont qu'à un état embryonnaire, voir inexistants selon les critères internationales.

L'absence d'un système régional de protection des droits humains et les aléas de la diplomatie internationale rendent le travail des protecteurs des droits humains encore plus ardu. On peut donc se poser la question comment et dans quelle mesure arrivent ces derniers à faire avancer la lutte pour l'accomplissement des Droits de l'Homme. Promouvoir et protéger les droits humains en France ou un autre pays occidental ne demande pas les mêmes investissements et n'a pas les mêmes effets que dans un pays asiatique.

Ma curiosité était donc impatiente, les intérêts en jeu importants et ce que j'ai trouvé a dépassé tout ce que j'ai imaginé même si j'ai essayé de mettre à coté tous mes préjugées pour pouvoir mieux accueillir les nouvelles expériences. Le stage au CTDDH était non seulement une première expérience professionnelle importante mais aussi un voyage déroutant dans l'inconnu, l'incompréhensible, l'inédit qu'est l'Inde. Juste avant de partir quelqu'un m'avait conseillé de profiter de cette occasion pour déconstruire et reconstruire les représentations que j'ai pu accumuler au fil des années. A présent je ne suis que dans la phase de déconstruction et il me reste encore beaucoup à faire.

Introduction

Les relations sino-tibétaines sont extrêmement complexes et même si le résultat de cette situation est la violation flagrante des droits du peuple tibétain je ne l'évoquerait, au cours de mes développements, que du point de vue de l'efficacité du concept des droits humains aujourd'hui. Néanmoins une brève historique s'impose pour mieux situer le rôle des réfugiés tibétains dans la lutte pour les droits de leurs frères au Tibet.

C'est au deuxième siècle que le Tibet est mentionné pour la première fois dans les documents historiques mais ce n'est qu'au septième siècle que le premier ambassadeur est envoyé en Chine. C'est au septième siècle aussi qu'apparait l'écriture tibétaine, que débute le bref Empire tibétain et qu'il est introduit pour la première fois le bouddhisme. Apres la disparition du premier roi fédérateur, le Tibet continue à agrandir son territoire. En 763 les tibétains envahissent la capitale de la Chine et mettent en place un nouvel empereur mais cent ans plus tard le pays se trouve de nouveau divisé. Le Tibet a un fonctionnement de royauté et de féodalité où le pouvoir central est menacé par les conflits entre clans religieux et les membres de la famille royale. Le pays se constitue progressivement dans une théocratie féodale ou la lutte entre les différentes lignées religieuses sévissent.

Au cours des siècles suivants, les différentes factions tibétaines prennent l'habitude de solliciter l'aide des protecteurs étrangers pour asseoir leur position ou lutter contre une menace militaire. Ainsi les mongols et les chinois, successivement, influencent plus ou moins intensément la vie politique tibétaine.

En 1720 le Tibet devient un Etat vassal de la Chine. Mais ce protectorat est plus ou moins souple en fonction des périodes de trouble ou de calme et avec l'affaiblissement de l'Empire Chinois cette influence devient de plus en plus virtuelle. Le Tibet retrouve une souveraineté de facto au dix-neuvième siècle tout en acceptant une protection militaire. Mais c'est à ce moment aussi que les anglais tentent de les coloniser par différentes stratégies notamment par le biais de la Chine qui a perdu tout pouvoir sur le Tibet. La résistance tibétaine est sauvagement écrasée en 1904 provoquant la fuite du treizième Dalai Lama. Les Anglais vont occuper pendant 75 ans une partie du territoire tibétain et les chinois gardent toujours leur suzeraineté. Les décennies suivantes le Tibet essaye vainement de retrouver son indépendance. Il n'obtiendra jamais aucun soutien de la part des autres pays qui ne pensent qu'à leurs intérêts.

En 1950 la Chine annonce la libération du Tibet et en 1951 entre dans le territoire tibétain. Le 23 mai 1951, l'Accord en 17 points sur la libération du Tibet est signé avec la Chine par la délégation tibétaine sans l'accord de son gouvernement. Le Tibet devient une province de la Chine. En mars 1959 le peuple tibétain se soulève, il est sauvagement écrasé avec un résultat de 80 000 morts. Le Dalai Lama s'enfuit à Dharamsala, en Inde et forme le gouvernement tibétain en exil le 29 avril 1959.

La communauté tibétaine en exil ne compte pas moins de 150 000 réfugiés dont la plus grande majorité se trouve en Inde. Le cas des réfugiés tibétains en Inde est unique au monde en ce qu'ils ont particulièrement bien réussi la reconstruction de leur vie en exil. Une réussite due à de nombreux facteurs comme le courage et la volonté de fer des premiers arrivés, l'accueil généreux du gouvernement indien et le soutien matériel important qu'aient fournis des bienfaiteurs du monde entier. Tout n'est pas, bien évidemment, rose comme on peut l'imaginer et selon une étude réalisée par Lydiane Dumas en 2007, des disparités importantes existent entre les différents camps de réfugiés tibétains en Inde et la cohabitation avec les indiens peut être marquée par des tensions latentes qui éclatent parfois en violentes confrontations. Malgré ces tensions, la cohabitation entre les deux communautés reste généralement pacifique et c'est l'avenir précaire des tibétains exilés qui est plutôt inquiétant. Précarité due à la situation de leur pays d'origine mais aussi au statut de réfugié. En effet il est très difficile de savoir actuellement quel sera le sort du Tibet dans les années à venir et le souhait de la plupart des réfugiés est de retourner dans leur pays mais à condition qu'il devienne libre. De plus leur statut de réfugié ne leur offre pas vraiment le confort de la possibilité de pouvoir planifier une vie comme peut le faire un national. Rien ne s'oppose dans la législation indienne à ce que les réfugiés tibétains obtiennent la nationalité indienne, à part la réticence des tibétains eux même qui ont peur de perdre leur identité par cet acte qui leur assurerait pourtant plus de sécurité.

Malgré la connotation négative qu'on peut rattacher à la notion de précarité, la situation des réfugiés tibétains en Inde est positive surtout si on la compare à d'autres communautés de réfugiés. Ils ont pu reconstruire non seulement un gouvernement mais également la plupart de leurs institutions traditionnelles: de nombreux monastères, des instituts d'études et de médecine traditionnelle, des bibliothèques, des écoles et des cadres de préservation de l'art tibétain. C'est une reconstruction qui est une garantie importante de la préservation de leur identité certes mais qui ne les préserve pourtant pas des changements inéluctables. Ce sont des changements que subit forcément toute société qui a décidé pour une évolution interne et ce sont aussi les changements dus au contact avec d'autres sociétés.

Des changements internes, tout d'abord introduits par le Dalaï Lama lui même, qui dès son arrivé en exil a entrepris la démocratisation du système théocratique et quasi-féodal du gouvernement. Mais ce système reste encore théocratique puisqu'il reste fondé sur l'union de valeurs spirituelles et laïques. Le 2 septembre 1960 a été crée le Parlement tibétain en exil comprenant 46 membres élus représentant chaque province du Tibet historique ainsi que les principales écoles bouddhistes tibétaines. Le 10 mars 1963 a été promulguée une Constitution fondée sur la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Le Parlement est l'organe législatif et le Gouvernement ou le Kashag est responsable devant lui pouvant être renversé à la majorité simple des députés. Le Dalai Lama est le chef de gouvernement mais le Parlement peut lui retirer ses responsabilités politiques à la majorité des deux tiers et nommer un Conseil de régence.

Le Kashag est le corps exécutif majeur de l'Administration Centrale Tibétaine (ACT) : il réunit les ministres avec le Dalai Lama. Il est chargé de prendre les décisions concernant les réfugiés tibétains et la diffusion au niveau mondial d'informations sur la problématique tibétaine. Pour la première fois en 2001 fut élu au suffrage universel le Président du Kashag et c'est lui qui nomme les 7 autres membres du cabinet, les ministres. Il existe également trois commissions autonomes chargées respectivement de : superviser l'élection de tous les corps électifs; du recrutement et de la nomination des fonctionnaires du service public, d'audit, de comptabilité, des départements de l'administration et des structures qui en dépendent.1(*)

C'est un fonctionnement politique qui est en totale rupture avec les traditions et qui représente un pas de géant vers une nouvelle société tibétaine. Mais les intentions réformatrices du Dalai Lama ne s'arrêtent pas là. Dans le cadre d'une négociation réelle avec le gouvernement chinois il est décidé à ne plus être le chef du gouvernement tibétain et il a émis le souhait d'une véritable séparation de l'Eglise et de l'Etat.2(*)

Les changements que subit la société tibétaine viennent également de l'extérieur. Au Tibet c'est un changement qui est imposé à "coup de bâton", en Inde c'est un changement qui est imposé par « l'invasion » des occidentaux en quête de réponses à des questions plus ou moins pertinentes. Les influences de la société indienne se ressentent beaucoup moins fortement pour la simple raison que la communauté tibétaine se garde de l'intégration totale dans le souci de conserver son identité. Ce qui est intéressant est qu'elle se montre beaucoup moins précautionneuse s'agissant de la culture occidentale. Ainsi l'image, que je me suis faite des moines et des nonnes bouddhistes entièrement consacrés à l'étude des textes bouddhiques, s'est ternie à la vue de beaucoup de ces mêmes personnes qui se retrouvent régulièrement dans des cafés pour échanger leur numéros de portables ou leur dernières acquisitions technologiques du monde moderne qu'est le nôtre. Malheureusement ce n'est pas l'adoption de nos gadgets électroniques qui est la pire influence sur les traditions tibétaines. L'alcool et la drogue en font aussi partie. L'effet de ces derniers est bien sur aggravé lorsqu'ils sont consommés par ceux qui n'ont pas de travail ou de projet d'avenir.

Malgré ces mutations imparables, la communauté tibétaine en exil s'efforce de garder sa spécificité tout en s'adaptant progressivement aux nouvelles valeurs de la démocratie et en continuant de lutter pour ceux qui sont restés au Tibet. En effet nombreuses sont les structures qui participent, selon les besoins de la cause et de la communauté, au développement de la nouvelle société tibétaine et à l'amélioration, dans la mesure du possible, de celles restées au Tibet.

Ainsi par exemple l'Ecole Tibétaine de Transit accueille les nouveaux arrivants du Tibet de plus de 18 ans, en leur fournissant logement, nourriture et pour beaucoup d'entre eux une première éducation. Elle accueille plus de 800 étudiants qui peuvent rester pour une période maximale de 5 ans. Les Villages d'Enfants Tibétains assurent l'éducation de plus de 16000 enfants, partout en Inde.3(*) Ce ne sont pas que des simples écoles puisque comme son nom l'indique ce sont des véritables villages ou la majorité des habitants sont des enfants qui peuvent venir de très loin ou juste du village d'à coté. Ces villages fonctionnent comme les internats et les enfants qui viennent de loin ne voient leurs parents, s'ils en ont, que pendant les très brèves périodes de vacances. Ceux qui poursuivent des études supérieures, c'est à dire plus de 80% des élèves sortants, vont devoir rejoindre les grandes villes universitaires indiennes. D'ailleurs la toute première Université Tibétaine en exil vient d'ouvrir ses portes cette année à Bangalore et les premières admissions ont en principe commencé en Juillet. A la différence de l'Université Tibétaine de Sarnath4(*), qui est exclusivement dédié aux études traditionnelles tibétaines, la nouvelle Université a pour objectif de fournir une éducation combinant les études traditionnelles avec les études contemporaines.5(*)

Une autre organisation importante est aussi Gu Chu Sum6(*), association spécialisée dans la prise en charge des ex-prisonniers politiques. L'Association des Femmes Tibétaines (AFT) est composée entièrement de femmes et, comme son nom l'indique, approche la question tibétaine du point de vu spécifique des femmes. Le Congrès de la Jeunesse Tibétaine7(*) est une organisation non gouvernementale (ONG) qui regroupe la partie la plus activiste de la population tibétaine en exil.8(*) Le Comité Tibétaine de Solidarité (CTS)9(*) est composé des membres du parlement et du gouvernement tibétain en exil. Il a été crée récemment, suite aux événements du 10 Mars 2008 et il a pour objet de planifier, d'informer, de coordonner et de conduire le mouvement en exil pour résoudre la crise actuelle au Tibet.10(*) Le Raise Tibetan Flags Campaign (RTFC)11(*) est un mouvement qui a été crée aussi suite aux événements récents au Tibet et son objectif est de promouvoir la prise de conscience en hissant le plus de drapeaux tibétains possible. Les ONG internationales comme Etudiants pour un Tibet Libre12(*) (ETL), TibetInfoNet13(*) (TIN), Campagne Internationale pour le Tibet14(*) (CIT) sont également présentes sur place.

Suite aux événements récents, tous ces groupes se sont fortement mobilisés en organisant des manifestations pacifiques quotidiennement dans les rues de Mcleod Ganj. Les associations AFT, ETL, Gu Chu Sum et le Parti National Démocratique Tibétain15(*) ont formé le collectif Mouvement de Soulèvement du Peuple Tibétain et ont initiés la longue marche de retour au Tibet, largement médiatisée.16(*) D'innombrables manifestations de soutient ont été organisées partout dans le monde pendant cette période surtout lors du passage de la flemme olympique dans les grandes villes.

D'ailleurs c'est le seul acte concret qui a été fait par la communauté internationale en faveur des tibétains cette année et j'entends ici par la communauté internationale  la société civile parce que les gouvernements ont fait preuve d'une démarche plutôt satirique, méprisant ainsi le sang versé par les centaines de tibétains qui sont morts depuis le 10 Mars 2008. Même la très volontaire Angela Merkel a refusé de recevoir le Dalai Lama suite à l'incident diplomatique avec la Chine après la rencontre de l'année dernière, laissant son Ministre de Développement se débrouiller avec les critiques suscités par la rencontre entre ce dernier et le Dalai Lama au mois de Mai.17(*) Et comment pourrons-nous oublier les menaces du Président français de ne participer à la cérémonie d'ouverture à condition que les choses changent significativement au Tibet? Certes il y a eu une tentative de dialogue entre les tibétains et la Chine, mais elle a été aussi stérile que toutes les 6 autres tentatives depuis 200218(*), la Loi Martiale est toujours en vigueur au Tibet (27 Aout 2008) et le Président français à Beijing, laissant sa femme s'occuper du Dalai Lama présent en France au même moment. Le seul dirigeant à boycotter officiellement la cérémonie d'ouverture était le président du Parlement européen, l'Allemand Hans-Gert Pöttering, la chancelière allemande n'ayant d'autre excuse pour son absence que le conflit entre les Jeux et ses congés annuels!19(*)

D'autres acteurs politiques n'ont pas hésité à comparer les Jeux de Pékin au Jeux Olympiques de Berlin de 1936. Mais l'opposition s'arrête là et dès qu'il s'agit des questions plus concrètes, les intérêts économiques prévalent sur tout autre chose. Ainsi par exemple en juin 2007 lorsque les autorités chinoises voulurent adopter une loi réduisant le nombre des salariés sans contrat, à faire payer les heures supplémentaires et à obtenir des négociations salariales, les chambres de commerce américaine et européenne se sont farouchement opposés et le président de l'époque de cette dernière n'a pas hésité à déclarer que cette loi pourrait amener les sociétés étrangères à «reconsidérer leurs nouveaux investissements ou la continuation de leurs activités en Chine», en raison de possibles « augmentation des coûts et réduction de la flexibilité».20(*) Et en même temps qu'ils s'opposent à une "avancé sociale trop brusque" en Chine, les acteurs occidentaux continuent à accuser ce même pays de fausser la concurrence mondiale par le manque de législation sociale tout en le condamnant pour les abus commis contre les droits de l'homme dont la Chine est certainement coupable.21(*) En sachant que la Chine détient la plupart des dettes des grandes économies occidentales on peut se demander comment pourraient faire autrement ces derniers. En attendant la réponse à cette question, qui dépasse largement mes capacités, je ne peux que constater que le concept des droits de l'homme n'est qu'une arme parmi d'autres dans la guerre économique entre les anciennes et les nouvelles puissances mondiales et que les défenseurs des droits humains ont des taches qui dépassent largement leurs moyens.

Sans en être totalement consciente à l'époque, c'est dans ce contexte que j'ai commencé mon stage au CTDDH au mois d'avril. Je m'attelais à ma tache avec enthousiasme et avec l'espoir, insufflé par mes collègues, que peut être les choses vont cette fois vraiment changer. Certes pour moi les choses ont changé: j'ai eu une expérience inoubliable, j'ai appris énormément de choses et probablement je ne verrais plus jamais le monde avec le même oeil mais pour le tibétains au Tibet, rien n'a changé et il y a même le risque qu'après la fin des Jeux leur condition s'empire. Néanmoins ils m'ont également montré comment voir plus loin qu'une nouvelle défaite et comment résister même si les chances sont quasi-inexistantes.

1. Présentation du Centre Tibétain pour la Démocratie et les Droits de l'Homme (CTDDH).

1.1 Circonstances de la création du CTDDH.

Le CTDDH à l'origine faisait partie du gouvernement tibétain en exil en tant que bureau spécialisé en droits humains du Département des Relations Internationales. En 1996 il est devenu la première ONG tibétaine de défense des droits humains à s'être établie en Inde. L'objectif de cette conversion était de créer un organisme apolitique qui pourrait porter une critique plus objective sur la politique du gouvernement chinois au Tibet du point de vue des droits de l'homme et pour disposer d'une liberté de parole plus importante qu'un gouvernement.

Le logo du CTDDH est l'image d'une colombe blanche à la hausse de flammes. La colombe et le rameau d'olivier sont les emblèmes universels de la paix. Les flammes, dessinées dans le style tibétain traditionnel, représentent les souffrances du peuple tibétain, ainsi que les effets dévastateurs et la force purificatoire de la vérité.

1.2 Missions du CTDDH.

Le CTDDH a deux missions principales: promouvoir et protéger les droits de l'homme du peuple tibétain au Tibet et sensibiliser la communauté tibétaine en exil sur les concepts des droits de l'homme et de la démocratie. Accessoirement il s'occupe également du projet français Caisse d'Aide au Prisonniers Tibétains (CAPT).

1.1.1 Promouvoir et protéger les droits de l'homme du peuple tibétain au Tibet.

1.1.1.1 Les droits de l'homme du peuple tibétain au Tibet.

Depuis l'invasion du Tibet par la Chine les tibétains subissent une répression continue et systématique de leurs droits les plus élémentaires de la part des autorités chinoises dans la continuation de la révolution culturelle. Sous prétexte d'apporter progrès et changement au système féodal qu'ont connu les tibétains, les autorités chinoises détruisent progressivement leur culture, leur histoire et leur avenir.

A partir de 1959, date de l'insurrection et de la fuite du Dalai Lama vers l'Inde, une série de réformes ont été mis en place au Tibet, notamment l'abolition du servage. Mais à part cet unique résultat positif, les réformes ont eu pour conséquence la destruction de plus de 6000 monastères, la répression totale de toute liberté religieuse, le déni des droits civils et politiques ainsi qu'économiques, sociaux et culturels.

Selon Amnesty International, depuis 1987, plus de 214 tentatives de manifestations pour l'indépendance ont été réprimées et les manifestants arrêtés expédiés dans des camps de travail. Tous ont été condamnés à des peines allant de 3 à 20 ans de prison. De nombreux chefs spirituels ont été contraints de fuir22(*) sous la menace de disparitions forcées, de détentions arbitraires, tortures23(*) et traitements inhumains24(*). Ceux qui restent sont obligés de suivre des séances de "rééducation patriotique" dont l'objet principal consiste à essayer de faire renier par les tibétains le Dalai Lama et toute leur tradition

En plus des restrictions de leur liberté religieuse et culturelle, les tibétains subissent une marginalisation de plus en plus manifeste dans l'accès aux soins, au travail, à l'éducation. Le nombre des chômeurs tibétains a considérablement augmenté depuis l'arrivage massif des travailleurs chinois par le train reliant la Chine et le Tibet mis en place en 2007.25(*) Les populations nomades sont contraintes à la vie sédentarisée et confrontées aux difficultés économiques que cela induit tandis que l'exploitation des nombreuses ressources naturelles est réservée exclusivement aux populations chinoises.26(*) La situation semble sans issue d'autant plus que toute tentative de dialogue constructive avec les autorités chinoises sont vouées à l'échec d'avance.

1.1.1.2 Les moyens du CTDDH pour promouvoir et protéger les droits humains du peuple tibétain.

Le Centre accomplit sa mission par divers moyens comme les enquêtes, la recherche, les publications ainsi que les ateliers de discussion et les campagnes de sensibilisation.

Le CTDDH effectue des enquêtes systématiques sur la situation des droits humains au Tibet et surveille les politiques de la République Populaire de Chine (RPC). Le Centre publie chaque année un rapport annuel, des rapports thématiques, des profils d'anciens prisonniers politiques, des bulletins mensuels, des communiqués de presse et des brèves.27(*)

Les publications se font en anglais et en tibétain. Il n'y a qu'une brochure d'information sur le CTDDH qui est traduite dans d'autres langues: français, espagnol et allemand. Pendant ma présence au Centre une voyageuse française est passée et leur a proposé de traduire quelques-uns de leurs travaux. Proposition précieuse puisque aucune des sources principales ne dispose de version française, même pas le site du gouvernement tibétain alors qu'il est traduit en huit autres langues.

Les rapports annuels reprennent et synthétisent toutes les informations qu'ils ont accumulé pendant l'année écoulée et ils sont publiés au mois de janvier de l'année suivante.28(*) Ils publient également de nombreux rapports thématiques qui approfondissent des sujets plus spécifiques comme les prisonniers, la torture au Tibet, la peine de mort en Chine et ainsi de suite.29(*)

Le CTDDH participe régulièrement à la Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies (nouvellement Conseil des Droits de l'Homme) ainsi que dans d'autres conférences régionales, nationales et internationales. Cette participation vise à mettre en lumière la situation des droits humains au Tibet, de faire pression et de créer un réseau pour la promotion et la protection des droits de l'homme au Tibet. Le CTDDH mène également des campagnes d'envergure internationale telles que la rédaction de lettre, la signature des recours, et des appels pour des visites des délégations et des médias internationales.

1.1.2 Sensibiliser la communauté tibétaine en exil sur les concepts des droits de l'homme et de la démocratie.

Le CTDDH organise des ateliers, des débats publics et des campagnes visant à susciter une culture des droits de l'homme et de la démocratie au sein de la communauté tibétaine en exil. Deux ateliers ont lieu par an pour les étudiants et les différents publics cibles en même temps que le personnel du CTDDH visite les écoles, les institutions et les différents établissements pour donner des conférences. Le CTDDH organise également diverses activités de campagne et de programmes de sensibilisation afin d'élargir et d'approfondir les connaissances du public cible et afin d'obtenir leur soutien.

De mon expérience personnelle ce volet d'activité du Centre semble s'amoindrir dans le sens ou certes les travaux du Centre sont reconnus comme référence par les différentes ONG et les instances internationales mais très souvent lorsque je discutai avec les tibétains, ils ne savaient pas de quoi il s'agissait. Lorsque j'en ai parlé au directeur il a admis que ces dernières années, ils se sont plus concentrés sur la recherche et la publication sur les violations des droits humains des tibétains au Tibet que sur l'éducation de la communauté en exil. Ils ne se définissent pas comme une organisation activiste mais plutôt comme un groupe de recherche, un travail qui demande déjà beaucoup de ressources. Certes ils vont dans les écoles, des écoliers visitent le Centre, ils donnent des conférences à des occasions particulières mais ces activités sont devenues secondaires parmi les priorités du Centre.

J'ai discuté avec le directeur sur les possibilités de rendre plus visible leurs travaux au sein de la communauté à Dharamsala et j'ai proposé d'instaurer un espace d'affichage à l'entrée du temple principal. Tout en admettant que c'était une bonne idée il a émis l'objection que s'ils demandent un espace spécial à l'administration du temple toutes les autres associations vont faire de même. Je trouve que l'idée n'est pas à jeter et qu'un tel espace serait vraiment utile puisque, même si toutes leurs publications se trouvent sur Internet, je doute que la plupart des tibétains aient l'argent suffisant de passer des heures dans les cafés Internet pour les lire.

Ce qui me réjouit par contre c'est que j'ai rencontré une jeune tibétaine qui a l'intention de créer des espaces réels de discussion et de débat pour la communauté. Ce n'est pour l'instant qu'une idée mais cela prouve qu'une nouvelle génération émerge qui est consciente des lacunes de ce système semi-démocratique qu'à adopté le gouvernement tibétain et qui ont des idées pour amener progressivement des changements réels.

1.1.3 Le projet Caisse d'Aide au Prisonniers Tibétains.

La CAPT a été crée par le Comité des Soutient au Peuple Tibétain (CSPT), une ONG française fondée en 1987 avec l'objectif d'informer l'opinion publique française et d'agir auprès des responsables politiques. En 1992, le CSPT a organisé une campagne de parrainage des prisonniers politiques tibétains et en 1996 créée le projet CAPT, programme d'accueil et de soutient aux prisonniers politiques tibétains. Le CAPT a été géré jusqu'en 2006 par des français puis le CTDDH a pris le relais.

Actuellement le rôle du CTDDH consiste à établir le profil des ex-prisonniers politiques et de proposer au CSPT ceux qu'ils considèrent éligibles au programme. En général le CSPT accepte toutes les propositions du Centre qui est ensuite chargé de redistribuer l'argent aux bénéficiaires. Actuellement 50 ex-prisonniers politiques bénéficient du programme et le montant de l'aide est entre 3000 et 5000 roupies tous les trois mois en fonction des sponsors.

1.3 Fonctionnement du CTDDH.

1.3.1 Les instances dirigeantes.

Sa Sainteté le Dalaï Lama est le "patron" du CTDDH. Contrairement à ce qu'on pourrait penser le mot "patron" ne couvre qu'un lien de spiritualité. Le Centre est totalement indépendant du gouvernement tibétain en exil. Le Comité consultatif international est composé de personnalités du monde entier.

Le CTDDH fonctionne sous l'égide d'un conseil d'administration composé de sept à douze membres issus des différents secteurs de la société qui agissent à titre de fiduciaires du Centre. Le Directeur exécutif, en tant que principal membre de la haute direction, assume l'entière responsabilité du Centre.

1.3.2 Le personnel.

Le CTDDH a un personnel entièrement tibétain qui connaît la réalité d'une vie sous l'occupation et qui sait ce qu'est d'être né en exil ou d'avoir été prisonnier politique. Deux d'entre eux ont été prisonniers politiques. Le directeur-adjoint a d'ailleurs témoigné au mois de mai devant la Cour de Justice Espagnole qui s'est saisie d'une plainte déposée par des ONG tibétaines à l'encontre de la Chine accusée de crime contre l'humanité. Les mises en examen sont des politiques de haut rang, dont deux ministres en exercice ainsi que deux généraux des armées.30(*)

L'équipe se compose du directeur, d'un sous-directeur, de deux chercheurs, d'un agent responsable des relations avec les organisations internationales, de deux agents de terrain, un responsable de communication et du support audio-visuel, une secrétaire, une comptable, un agent de service, un chauffeur et un volontaire tibétain qui travaille avec eux depuis deux ans. Apparemment les candidatures des volontaires du monde entier sont nombreuses mais j'étais la première avec un statut de stagiaire. D'ailleurs j'ai l'impression qu'il y a eu une confusion générale sur l'origine de ma candidature. En fait ma candidature est passée par l'intermédiaire de la Fondation Heinrich Böll, dont le siège de Delhi était ma première cible, mais qui n'avait pas de place et qui m'a recommandé le Centre. Lorsque j'ai demandé au directeur s'il a acceptait ma candidature introduite par la FHB, il a répondu par l'affirmative. Situation assez intéressante puisque c'est en vérifiant la crédibilité du Centre que j'ai découvert la FHB et que j'ai candidaté à leur siège de Delhi en attendant la réponse de l'AFT.

1.3.3 Budget: le partenariat avec la Fondation Heinrich Böll.

CTDDH reçoit l'intégralité de son financement, c'est à dire 3.500.000 roupies (56.451 euros) par an, de la FHB. Pour des raisons de fiscalité, l'argent est d'abord versé à l'ACT qui va ensuite le transférer aux comptes du CTDDH. En effet les ONG en Inde ne peuvent recevoir des donations sans avoir à payer des taxes importantes sauf si elles ont obtenu des exonérations fiscales. La FHB fait partie du mouvement politique des Verts. Basée en Allemagne, la Fondation maintient 24 bureaux à l'étranger et soutient actuellement environ 130 projets dans 60 pays sur les quatre continents. Elle promeut les valeurs de l'écologie, du développement durable, de la démocratie et des droits humains. Elle met un accent particulier sur l'égalité entre les sexes ainsi que sur le respect des minorités ethniques.31(*)

Le CTDDH dépend aussi, dans une moindre mesure, d'autres organismes de financement ainsi que de dons individuels pour les petits projets et des activités telles que les ateliers et les campagnes.

Le Centre compte actuellement 150 membres permanents mais les cotisations sont maintenues à un minimum pour encourager les gens à se joindre au CTDDH et de leur permettre de connaître et de recevoir des informations sur la situation des droits de l'homme au Tibet. La cotisation annuelle est de 100 roupies (1 euro et 61 centimes) pour les membres en Inde, 20 USD pour les étudiants étrangers et 40 USD pour les autres. Sur demande, les membres ont le droit de recevoir gratuitement chaque mois les mises à jour sur les droits de l'homme et d'autres publications.

1.4 Méthodes de travail

1.4.1 Les sources d'information.

CTDDH est unique en son genre puisqu'il bénéficie d'un accès direct et immédiat à l'information de la part des réfugiés tibétains fuyant par le Népal à Dharamsala. La principale source d'information du Centre sont les réfugiés tibétains fraichement arrivés du Tibet. Mais cette source d'information n'est pas la seule. Le Centre reçoit également des renseignements directement du Tibet sans pour autant avoir un réseau stable d'informateurs. Les publications du Centre étant bien connus, très souvent les individus, qu'ils soient des laïques ou des monastiques, les contactent spontanément par téléphone ou Internet. Les rares journalistes étrangers qui ont accès au Tibet fournissent également des renseignements précieux au Centre.

Ils ont une politique de protection de leurs sources très stricte puisque les autorités chinoises ont une définition très large de la notion de trahison d'Etat. Ainsi la moindre indiscrétion du Centre sur l'identité de leurs informateurs peut avoir des effets dévastateurs sur ces derniers qui mettent en péril non seulement leur sécurité personnelle mais également celle de leurs familles.32(*)

Selon un de mes collègues cette année était la première fois qu'il y a eu autant d'information en provenance direct du Tibet par l'intermédiaire de téléphones portables qui ont permis non seulement la transmission des informations verbales mais également la transmission de nombreuses photos.

1.4.2 Traitement de l'information.

Le CTDDH est la référence en matière d'information sur la situation des droits humains au Tibet. Il est internationalement reconnu autant par les différentes organisations gouvernementales ou non gouvernementales que par les sociétés médiatiques en tant que première source d'information fiable et authentique. Ceci est le résultat du travail minutieux qu'effectue l'équipe du Centre. En effet toute information faisant objet de publication est scrupuleusement vérifiée avant d'être porté à la connaissance du grand public en croisant les différentes sources dont ils disposent.

La plupart des employés du Centre parlent couramment l'anglais et deux d'entre eux le chinois aussi. Le fait de connaître la langue chinoise leur permets de surveiller la presse chinoise qui est l'un des moyens de propagande le plus puissant du gouvernement chinois au sein de la population chinoise mais qui est très peu accessible à la compréhension du public international. Le gouvernement chinois a bien sur des chaînes de télévision, des journaux et des sites internet en anglais et même en français mais les informations qu'on y trouve sont triées et présentées en fonction du message destiné à la communauté internationale, fortement biaisées donc et très sommaires, ce qui limite considérablement le travail de recherche. Moi même j'ai été empêchée à trouver certaines informations nécessaires à mon travail pour la simple raison qu'ils n'étaient disponibles qu'en chinois.33(*)

Le fait donc que le Centre ait la capacité de surveiller la presse chinoise est extrêmement important parce que cela leur permet de réagir en connaissance de cause à la désinformation propagée par le gouvernement chinois et de la contrer dans la mesure du possible.

2. Mon travail au sein du CTDDH.

2.1 Mission principale: Edition d'une brochure d'information sur les événements au Tibet depuis le 10 Mars 2008.

2.1.1 Méthodologie de la mission.

Dans le cadre de ma première mission j'ai été chargé de compiler une brochure d'information relatant les événements au Tibet depuis le 10 Mars 2008. En effet lors de 49ème anniversaire du soulèvement tibétain de 1959 ont éclaté les premières manifestations tibétaines et qui n'ont pas cessé jusqu'aux Jeux Olympiques (JO). Ma tache était de présenter toutes les démonstrations qui ont eu lieu et qui étaient en cours dans un ordre chronologique. Ce qui était prévu initialement comme un travail bref, est devenu un quasi-livre dépassant les 80 pages étant donné que les manifestations ont touchés toutes les régions du Tibet Historique.

Comme je l'ai précisé plus tôt une des missions du CTDDH est d'informer sur les violations des droits humains des tibétains par les autorités chinoises. La répression sanglante des émeutes récentes par ces mêmes autorités a eu pour conséquence directe l'afflux incessant et quotidien d'informations nouvelles. Mais ces informations ne couvraient pas la totalité des régions concernées par les protestations. Le but de cette brochure d'information était de donner l'image la plus complète possible sur l'ensemble des événements. Ainsi ma tache consistait à comparer et à compléter les informations recueillis par le CTDDH à d'autres sources du même genre. Toutes les informations sur lesquelles j'ai travaillé se trouvaient sur Internet. Les autres sources étaient celles de 4 organisations différentes et indépendantes du CTDDH. Ces organisations étaient: le Gouvernement Tibétain en Exil34(*) ou l'ACT, le TSC, les associations Free Tibet Champaign35(*)(FTC), TibetInfoNet36(*) et Radio Free Asia (RFA).

L'ACT s'est constitué le 29 avril 1959 après la fuite du Dalai Lama du Tibet et est basée à Dharamsala dans l'Etat du Himachal Pradesh en Inde. Elle a pour mission à la fois de prendre en charge les réfugiés tibétains et de restaurer la liberté au Tibet. L'association FTC est une ONG, crée en 1987, basée à Londres, elle milite pour le droit à l'autodétermination des tibétains. Le TIN est une ONG qui fournit des informations, des analyses et des publications sur la situation au Tibet. Le RFA, basée aux Etats Unis, est une société privée, à but non lucratif, qui diffuse des nouvelles et des informations dans les neuf langues asiatiques aux auditeurs qui n'ont pas accès pleine et libre aux médias.37(*)

Les sources les plus complètes et les plus utiles du point de vue de ma tache, après celle du CTDDH, ont étaient celles du CTA et du TIN. Selon les premières instructions la brochure aurait du être d'une taille à peu près de 30 pages mais étant donné la quantité d'information que j'ai trouvé le directeur a décidé de ne plus poser de limite concernant le nombre des pages.

Ce document a servi de base pour un documentaire audio-visuel dans le cadre d'une conférence de presse le 6 Aout 2008. Réalisé avec la collaboration de Rebecca Novick38(*) et destiné à une distribution gratuite, le DVD sur les événements au Tibet a également été présenté au Temple Principale à Mcleod Ganj ; pour beaucoup de spectateurs c'était une première prise de conscience de l'ampleur du soulèvement au Tibet. Comme la plupart des autres travaux du Centre, le film est aussi disponible en ligne. De plus, le Centre a envoyé plus de 250 de ces DVD par voie postale à différentes organisations et de nombreux autres exemplaires ont été distribués lors des divers présentations organisées à Macleod Ganj. Les réactions ont été chaque fois très positives et émouvantes. D'ailleurs après l'avoir vu en ligne, plusieurs personnes se sont proposées spontanément pour la traduction dans d'autres langues, puisque actuellement le film n'est disponible qu'en anglais et en tibétain, la traduction en chinois est déjà en cours.

Le rapport sur les événements au Tibet est toujours en cours d'édition. Un de mes collègues est chargé de la mise en page du livre qui va demander beaucoup de temps parce qu'ils souhaitent ajouter les photos dont ils disposent selon la date des événements. Apparemment il va être publié au mois d'octobre.

2.1.2 Difficultés rencontrées.

Une des premières difficultés que j'ai rencontrées étaient d'ordre linguistique. Tous les documents et sites internet sur lesquels j'ai travaillé étaient en anglais. Même si j'avais des bonnes bases en anglais, je savais que les premiers temps seraient difficiles puisque la pratique quotidienne me manquait Mais je me suis beaucoup plus vite habituée à l'usage quotidien de l'anglais qu'à la langue tibétaine. En effet les ressources sur lesquelles je travaillais étaient bien en anglais, mais tous les noms de personnes, de lieux étaient en tibétain auxquels je n'étais absolument pas habituée auparavant. Concrètement cela s'est traduit par une lenteur dans ma lecture comparative des différentes sources. L'objectif était de donner l'image la plus complète sur la situation tout en évitant les doublons. N'ayant pas l'habitude des noms en tibétain, il m'était très difficile de m'en souvenir s'il s'agissait bien des événements, des lieux et des personnes différents ou pas pour une même date.

Faute de pouvoir apprendre le tibétain en quelques semaines, j'ai remédié à ce problème par l'utilisation de la fonction "Trouver" du logiciel Word mais non fiable à 100% car il s'est avéré que les différentes organisations utilisent des orthographes différentes pour les mêmes noms de lieu ou de personne. Il fallait donc relire de nombreuses fois pour éviter les doublons ou les faux doublons.

N'ayant jamais rédigé auparavant un document aussi volumineux et à destination du grand public j'ai pris conscience pour la première fois des nombreuses difficultés que l'on peut rencontrer. J'ai du le relire au moins 20 fois et à chaque relecture je trouvais quelque chose à corriger.

La deuxième difficulté était d'ordre méthodologique. Comme je l'ai précisé plus tôt ce qui fait la force du CTDDH est sa fiabilité. J'ai également précisé que l'une des sources complémentaires qui m'apportait le plus d'information était le TIN. Le problème avec le TIN était qu'il ne précisait pas suffisamment leurs sources. Les informations publiées n'étaient accompagnées que du nom de l'organisation et de la date à laquelle les événements ont été rapportés par la source en question mais sans l'auteur, sans la date de publication, sans le lien exact auquel on pouvait le retrouver. Ainsi pour pouvoir respecter le protocole de toute publication et qui est aussi celui du CTDDH, j'ai du rechercher la source première et exacte de plus de 80 paragraphes sur Internet.

Au delà des problèmes de droit d'auteur, un enjeu plus important était la fiabilité des informations provenant des autres sources. En effet, beaucoup d'événements publiés par les autres organisations dont le CTDDH en avait également connaissance n'ont pas été publiés par le Centre en raison de l'absence d'une confirmation suffisante. C'est pour cette raison, qu'une fois rassemblées toutes les informations que j'ai trouvé pertinentes, la moitié de l'équipe a du relire plusieurs fois le document avant d'accepter une version finale.

La troisième difficulté n'était pas directement liée à la rédaction du rapport mais plutôt à sa publication et a relevé un problème d'organisation qui à mon avis aurait pu être évité. En effet, au mois de mai, on m'a annoncé que le CTDDH devait être présent à la session de juin 2008 du Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies (CDHNU) et que le document de base de sa présentation serait la brochure d'information sur laquelle j'étais en train de travailler. Je continuais donc dans cette optique, l'inquiétude commençait à me gagner, le délai approchant et le travail loin d'être terminé. Une des raisons du retard était que la vérification de mon travail par mes collègues a pris plus de temps que cela n'aurait du. Depuis le 10 Mars 2008 le Centre avait un travail urgent ce qui explique un relatif manque de temps mais n'explique pas qu'e l'un de mes collègues se soit littéralement endormi sur mon rapport pour finalement ne me donner que très peu de conseils pertinents. Heureusement un autre collègue s'y est attelé avec beaucoup plus de sérieux et j'ai enfin pu commencer à refaçonner le rapport, conformément aux exigences réelles du Centre.

Malheureusement le passage devant le CDHNU a été annulé à cause d'une mauvaise organisation En effet deux voyages devaient être organisés ensemble : le premier à Genève pour passer devant le CDHNU et le deuxième en Allemagne pour des discussions avec la Fondation Heinrich Böll. Le visa pour la Suisse a pu être obtenu dans les temps mais pas celui pour l'Allemagne J'ai trouvé cela frustrant non seulement parce qu'on m'a laissé dans l'ignorance mais également et surtout parce une belle occasion de s'exprimer devant une instance internationale a été ratée à un moment ou toute l'attention internationale se trouvait concentré sur la cause tibétaine.

Au bout d'un certain temps je me suis rendu compte que ce travail est le plus important de mon stage. Pour la première fois en charge d'un travail aussi volumineux, j'ai eu du mal à évaluer si la lenteur du processus était justifiée ou pas. J'en ai parlé au directeur qui m'a "réconforté" en me disant qu'un chapitre du rapport annuel demandait plusieurs mois de travail d'une personne et comme toutes les publications sont les résultats d'un travail d'équipe, le temps nécessaire aux corrections et vérifications s'ajoutait  ; le collègue qui m'a le plus aidée a confirmé en me précisant que la nature du rapport sur lequel je travaillais demandait encore plus de temps que d'habitude, en raison de la quantité des informations et des vérifications à effectuer. J'ai pris conscience de la nature complexe du travail de recherche et d'investigation. C'est un processus qui demande beaucoup de rigueur, de patience et de temps.

Néanmoins, les deux autres stagiaires, se plaignait également de l'absence de surveillance et de suivie de leur travail. J'ai l'impression que le directeur n'a pas très bien compris son rôle dans mon stage. Lors de mes recherches sur Internet je suis tombée sur une de leur page où ils ont publiés la démission de deux anciens employés l'année dernière. Les deux femmes ont démissionnés en raison d'une bourse qu'elles ont obtenu pour aller au Etats Unis et avant l'échéance des trois ans auquel elles étaient tenues par leur contrat de travail. Lorsque j'ai demandé à un de mes collègues ce que signifié l'obligation de trois ans, il m'a répondu que c'était un moyen de garder suffisamment longtemps les employés pour que le Centre puisse en profiter de la formation qu'il leur a fournit. En partant de ces faits je me dis que peut être ils pensent que ca vaut pas la peine d'investir du temps et de l'énergie sur la formation d'une stagiaire qui vas rester que pour quelques mois. En tout cas même sans la connaissance de tout le règlement du Centre concernant les employés, je considère que la publication des informations sur les circonstances de démission des employés n'est pas très éthique même si ils ont commis des fautes.

2.1.3 La sécurité informatique.

Pendant six ans j'ai surfé sur Internet en France et j'ai eu deux virus : la première fois mon ordinateur était utilisé par une autre personne et la deuxième fois il a été sur le CD d'installation du service Free. A Dharamsala je crois que j'attrapais deux virus par minute! Tous les ordinateurs du bureau crashaient au moins une fois par semaine entrainant perte et lenteur de travail sauf pour les deux ordinateurs équipés du système d'exploitation Linux. Mon ordinateur n'as pas fait exception à la règle et après avoir crashé une première fois j'ai donc décidé d'installer Linux et pour des problèmes de comptabilité, j'ai également gardé Windows sur une partie du disque dur mais au moins j'étais sur que je ne perdrais pas toutes les donnés en cas d'un nouvel incident.

Je ne sais pas si c'est un phénomène habituel mais je n'ai jamais vu autant de virus informatiques. Selon une société de construction d'antivirus, cette année il y a eu une explosion de virus sur Internet, le nombre des malwares et autres logiciels espions augmentant 2,4 fois plus durant les 6 premiers mois de 2008 qu'au cours de 2007.39(*) Sans tomber dans la paranoïa, d'autant plus que plusieurs sociétés de médias chinoises40(*) et occidentales41(*) en ont témoigné, j'ai pu constater moi même que tous les sites pro tibétains ont été mis hors fonctionnement pour plusieurs jours consécutifs après les événements du mois de Mars et le sont encore aujourd'hui en plein déroulement des JO.42(*) Le phénomène était particulièrement flagrant au mois d'Avril et les jours précédents l'ouverture des JO.

C'est dans ces périodes également que j'ai eu des problèmes récurrents de connexion à mes boites aux lettres. Au début du mois d'Aout, quelqu'un utilisait mon compte MSN Messenger pendant que j'étais connectée. Après avoir changé une première fois le mot de passe, j'ai compris que je devais répéter la même opération tous les trois jours. C'était l'adresse mail d'où j'envoyais toutes mes lettres collectives.

Lorsque j'ai commencé mon stage, un de me collègues m'avais averti qu'apparemment les étrangers demeurant quelque temps étaient surveillés. Je ne sais pas si cette affirmation était fondée mais je crois qu'il faut faire attention avec qui et de quoi on parle.

D'ailleurs le CTDDH va organiser au mois de Septembre un séminaire pour les ONG et le personnel du gouvernement, sur la sécurité informatique avec un intervenant irlandais pour apprendre comment mieux se protéger contre les attaques informatiques.

2.2 Missions additionnelles.

2.1.1 Rédaction des exposés.

Dans un premier temps il m'a été demandé de rédiger un document plus court d'un maximum 10 pages avec le même objectif : présenter la situation depuis le 10 mars 2008 dans le même ordre chronologique. Cette fois la limite était plus stricte et je ne l'ai dépassé que de peu. Destiné à des dirigeants des pays et des organisations internationales, je trouve que le style demandé n'était pas suffisamment synthétique.

J'ai également rédigé une autre synthèse beaucoup plus brève (4 pages) sur le même sujet pour être présenté au Parlement britannique qui l'a publié avec la communication d'autres ONG internationales.

2.1.2 Vérification des donnés.

Du fait de la restriction d'accès des étrangers au Tibet et de la censure du gouvernement chinois sur les moyens de communication, il est très difficile d'obtenir des informations vérifiables de l'intérieur du pays. Cela est d'autant plus important que toute publication d'information erronée par des organismes pro-tibétaines seront utilisées par la propagande chinoise pour décrédibiliser ces communications. Ainsi par exemple une photo illustrant des policiers chinois déguisés en moines tibétains a circulé pendant des mois en début de l'année sur Internet comme preuve de la perfidie des autorités chinoises. En fait il s'agissait d'une photo prise en 2003 lors du tournage d'un film et par ailleurs cette photo a été publiée pour la première fois par le CTDDH sur le dos de leur rapport annuel de 2003.

Une autre erreur a été commise par les médias occidentaux lorsqu'ils ont publié une photo représentant la répression des manifestants tibétains par la police népalaise en la présentant comme si les événements se passaient au Tibet. Erreur qui est devenue une parfaite occasion pour les autorités chinoises de démontrer la mauvaise fois des médias étrangers à l'égard de la Chine.43(*)

Lors du séjour du Dalai Lama en France en Aout 2008, c'est le prestigieux journal Le Monde qui a commis une erreur grossière en publiant le 21 Aout 2008 une déclaration du Dalai Lama selon laquelle il y aurait eu 140 nouveaux morts suite à des répressions récentes des autorités chinoises. Apparemment il s'agissait d'une erreur de traduction et une rectification a été publiée le lendemain44(*) mais la nouvelle avait déjà fait le tour du monde donnant une nouvelle fois l'opportunité au gouvernement chinois à décrédibiliser la presse occidentale.

Il est donc extrêmement important que les informations publiées soient fiables au maximum. C'est pour cette raison que j'ai participé à la vérification de la liste de ceux qui sont morts depuis le 10 Mars en parcourant Internet à la recherche des noms pour comparer avec les listes des différentes organisations. Le CTA a confirmé la mort de plus de 200 personnes mais le CTDDH confirme120 morts Finalement le Centre a abandonné l'idée de publier tout de suite une liste définitive et va le faire dans son rapport annuel qui devrais sortir en Janvier 2009 pour avoir le temps de rassembler des informations sures.

2.1.3 Aide à la rédaction de proposition de projet.

La principale source de financement du CTDDH est fournie par la Fondation Heinrich Böll et ce depuis le début de l'existence du Centre. Mais chaque année le Centre doit rendre compte des dépenses et présenter ces projets d'avenir pour obtenir des nouveaux financements de la FHB. C'est à la rédaction de ce projet que j'ai participé en écrivant la justification des propositions pour la rédaction des rapports sur la condition des femmes au Tibet et sur la question de l'environnement au Tibet du point de vue des droits de l'homme. En faisant les recherches je me suis rendu compte qu'il y a très peu de rapports concernant les femmes au Tibet et ceux qui existent datent des années 90.

J'ai s demandé la raison pour laquelle le Centre n'a jamais rien publié sur les femmes et la réponse était qu'il n'y a rien à rapporter sur les femmes tibétaines en exil et qu'ils ont le projet de le faire sur les femmes au Tibet.

Effectivement selon mes impressions les femmes tibétaines en exil semblent bénéficier d'un bien meilleur traitement que les femmes de la société indienne. Selon mes collègues de travail plus de la moitié des employés gouvernementaux sont des femmes. Il reste quand même beaucoup de chemin à parcourir pour les femmes puisqu'elles ont rarement un poste à haute responsabilité. Ainsi par exemple il n'a y a jamais eu de Dalai Lama femme. Certes la remarque peut sembler inappropriée mais il s'agit de la société tibétaine ou le Dalai Lama est vénéré comme un Dieu et dès l'apparition de cette institution il occupait la fonction de dirigeant du pays et de la société. D'ailleurs pour la première fois dans l'histoire, le Dalai Lama parle de la possibilité que son successeur, c'est à dire le prochain Dalai Lama, pourrait être une femme.45(*)

2.1.4 Aide à la recherche sur le "génocide culturel" au Tibet.

L'expression de "génocide culturel" est une notion floue qui pour l'instant ne fait l'objet d'aucune définition stable et qui, surtout, n'a aucune valeur juridique. Néanmoins c'est une expression largement utilisée en rapport avec la situation au Tibet et notamment par le Dalai Lama lui même. Au mois de juillet le CTDDH, en collaboration avec l'ONG indienne Human Rights Law Network46(*), s'est lancé dans la rédaction d'un rapport sur le génocide culturel au Tibet, sous la direction d'un de mes collègues et avec l'assistance de deux autres étudiants en droit, l'un indien et l'autre américain. J'ai participé à ce travail au mois d'Août en faisant des recherches sur les artistes et les intellectuels qui vivent et travaillent au Tibet. Dans le cadre de ce projet j'ai eu l'occasion de participer à une série d'interview effectuée à l'Ecole Tibétaine de Transit déjà décrites dans l'introduction.

Le projet étant protégé par la confidentialité, je ne pourrai pas fournir de détails mais je peux déjà souligner la répression flagrante et accrue par les autorités chinoises des intellectuels tibétains pendant les mois qui ont suivis les événements de 10 Mars et qui n'a pas encore cessé. C'est ainsi que la fameuse écrivaine tibétaine Woeser a été arrêté le 25 Aout 2008 par la police chinoise.47(*) Woeser, une féministe et fervente critique du système en place, a été parmi les rares personnes qui a réussi à transmettre des informations sur ce qui se passait au Tibet à travers son blogue, mais dès les premières semaines elle a été empêché de continuer son travail. Son blog a été mis hors fonctionnement très vite et elle avec son mari ont été assigné à résidence. Le 1 Avril 2008, c'est Jamyang Kyi, une autre écrivaine tibétaine, féministe, musicienne et productrice, qui a été arrêtée et mise en détention. Sa famille a perdu tout contact avec elle depuis le 7 avril 2008.48(*)

3. Les événements au Tibet depuis le 10 Mars 2008.

3.1 Les circonstances du soulèvement tibétain.

Comme je viens de le décrire dans les sections précédentes la situation des droits humains au Tibet est déplorable et la frustration des tibétains augmente d'année en année. A cette situation s'ajoute l'impossibilité de dialogue avec les autorités chinoises ce qui n'a pu que conduire aux événements de 10 Mars, les Jeux Olympiques ayant été perçus comme l'occasion qui aurait pu amener des réels changements dans les relations sino-tibétaines.

Mais le dialogue entre les deux camps ressemble plus à une discussion entre un sourd et un muet qu'à un échange entre deux parties responsables. Tandis que le Dalai Lama demande l'autonomie, le gouvernement chinois ne cesse de répéter qu'il n'y aura pas de dialogue tant que le Dalai Lama ne renonce pas à l'idée de l'indépendance. Lors que le Dalai Lama demandait l'apaisement des manifestants tibétains les autorités chinoises l'accusaient de conspiration et d'activités séparatistes. Pendant que la Dalai Lama faisait appel à "ses frères et soeurs chinois" ces mêmes "frères et soeurs" le traitaient de "serpent déguisé en moine".

Et ce jeu cruel de surd-muet dur depuis plus de 50 ans ne laissant aucun choix aux tibétains quant aux moyens de mettre en oeuvre leur droit à l'autodétermination reconnu à tous les peuples dans les instruments de droit internationaux. Cette situation ne pouvait qu'aboutir aux événements du 10 Mars, la torche olympique offrant un éclairage inespéré.

3.2 L'ampleur du soulèvement tibétain.

Personne n'a pu prévoir ce qui a suivi la commémoration du cinquante-neuvième anniversaire du soulèvement tibétain à Lhassa de 1959. Surement pas la le Comité International Olympique lorsqu'il a décidé d'honorer la Chine avec l'accueil des Jeux Olympiques. L'étonnement est d'autant plus grand que les manifestations ont très vite débordées la traditionnelle région de Lhassa prenant une ampleur que n'ont jamais connue les protestations tibétaines.

Selon des sources au sein du Tibet, environ trois cents moines du monastère de Drepung, situé à la périphérie de la capitale, a tentés de lancer une protestation pacifique le 10 mars vers Barkhor Street, Lhassa. Ils ont été entravés de procéder à leur marche pacifique par un grand nombre de policiers chinois armés avant d'atteindre Lhassa. Le même jour, un groupe d'environ dix personnes, dont deux moines et des laïcs, a commencé une autre marche pacifique à partir de Tsuklakhang Temple en criant des slogans d'indépendance, en distribuant des brochures et en haussant les drapeaux tibétain interdits. Ils ont été immédiatement arrêtés par les fonctionnaires du Bureau de la Sécurité Publique (BSP).

Le même jour une protestation a également été signalée dans la zone traditionnelle tibétaine d'Amdo dans le comté de Mangra dans la province du Qinghai. Les 137 moines de Lhutsang monastère dans le comté de Mangra, et 215 laïcs de la région ont été empêchés par la Police Armée du Peuple (PAP) quand ils sont arrivés devant la salle de l'Assemblée du comté où un spectacle parrainé par le gouvernement était en cours mais qui à l'approche des tibétains a été forcé d'abandonner. Plus tard, des moines et des laïcs ont commencé à crier des slogans "Vive le Dalaï Lama" et "Le Dalaï Lama devrait revenir au Tibet".

Le 10 mars est devenu le point de départ de ce qu'on peut appeler un soulèvement général qui a touché toutes les régions du Tibet historique (voir la Carte du Tibet Historique en Annexes). Ce qu'on appelle le Tibet Historique est un territoire d'une surface de 2 500 000 km carré et actuellement il est divisé en trois régions : le Ü-Tsang (dont le territoire revient aujourd'hui majoritairement à la province chinoise du Xizang, ou Région Autonome du Tibet), l'Amdo (correspondant aujourd'hui globalement aux provinces chinoises du Qinghai et du Gansu) et le Kham (dont le territoire est partagé entre les provinces chinoises du Xizang, du Sichuan et du Yunnan).

3.3 La réaction chinoise au soulèvement tibétain.

Depuis que la Chine a été chargée de l'organisation des Jeux Olympiques son seul souci est de montrer l'image la plus avantageuse possible sous les feux des projecteurs internationaux. A coté des travaux pharaoniques et des efforts désespérés pour réduire la pollution, elle a également essayé de tout mettre en oeuvre pour garder l'ordre jusqu'aux Jeux Olympiques.

La manière dont elle a géré les événements de 10 Mars a été d'abord marquée par un certain laxisme pour devenir très vite sanglante et radicale. La réaction des autorités chinoises dans les premiers jours a été étonnamment mesurée surtout lorsqu'on se souvient du massacre de 1989 qui a suivi le soulèvement tibétain ou de Tien An Men. 10000 policiers étaient présents lorsque les manifestants tibétains se sont mis à bruler des voitures et à saccager des magasins dans le centre de Lhassa, mais ils ne se sont pas interposés.

Ce laxisme curieux pousse à se demander si les autorités chinoises n'ont pas attendu une certaine dégénération de la situation pour mieux pouvoir justifier ensuite une intervention sanglante, qui n'a pas tardé d'ailleurs.

Très vite le Tibet a été complètement coupé du reste du monde. Les étrangers ont été expulsés dès les premiers jours et leur accès est encore interdit aujourd'hui (27 Aout 2008). Malgré tous les appels internationaux qui ont été lancés, la Chine a systématiquement refusé l'accès des médias ou des observateurs internationaux comme par exemple celui du Louise Arbour, Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme jusqu'au 1 Juillet 2008. La Chine n'a autorisé que trois "visites guidées"49(*) dans la région du Tibet au cours des ces derniers mois pour quelques journalistes dans des conditions strictement surveillées et contrôlés.

Les lignes téléphoniques ont été étroitement surveillées et les conversations interceptées, tous les sites internet chinois susceptibles de véhiculer des informations gênantes ont été censurés et comme je l'ai déjà mentionné les sites occidentaux et tibétains ont fait l'objet d'attaques répétés. Par exemple l'accès à You Tube a été bloqué le 16 Mars après la diffusion des vidéos et des photos relatives aux manifestations et le gouvernement a refusé toute explication sur ce blocage.

Se sont dans ces conditions que nous sont parvenus les peu d'information sur ce qui se passait réellement au Tibet. Ce sont des courageux tibétains qui ont tenté par tous les moyens possibles de continuer à informer leurs proches et la communauté en exil, la plupart du temps à travers les téléphones portables qui ont échappés aux confiscations massives qu'à effectué la police chinoise. Mais les confiscations ne concernaient pas que les portables et les connections Internet. Des pillages, recherches et arrestations ont été menés monastère par monastère, rue par rue, maison par maison pour trouver les instigateurs de manifestations, pour obliger de dénoncer et pour répandre la peur et la terreur au sein de la population tibétaine.

Dès le 15 Mars plusieurs appels à se rendre ont été émis par les autorités chinoises à l'attention des "criminels" impliqués dans les démonstrations, en promettant un traitement de faveur pour ceux qui se rendraient, mais chaque fois les raids d'arrestation ont commencé plusieurs jours avant le délai. Même si la Loi Martiale n'as pas été officiellement déclarée la situation de fait en a tout l'air. Il y a une présence généralisée des militaires, les magasins sont fermés et le déplacement des citoyens sévèrement contrôlés. Le stress auquel la population est soumise est immense et de nombreux cas de suicides ont été reportés, faits d'autant plus significatifs que le suicide est un des péchés les plus graves dans la religion bouddhiste.

Les premières condamnations dont ont fait l'objet les manifestants tibétains ne sont pas plus rassurants. C'est le 29 Avril 2008 que les premiers jugements de 30 tibétains sont tombés: trois d'entres eux ont été condamnés à l'emprisonnement à vie, sept à prison ferme de plus de 15 ans et le reste à prison ferme entre 3 et 14 ans. Leurs seul crime a été d'exercer le droit à la liberté d'opinion et d'expression. De plus nombreux cas de torture ont aussi été signalés et plusieurs de prisonnier libérés sont morts suite aux blessures qui leur ont été infligées pendant leur détention.

Malgré le fait que plus de 6500 personnes ont été arrêtées depuis le mois de mars et plus de 200 personnes sont mortes selon l'ACT, les manifestations ont continué encore pendant le mois d'Aout (voir Carte des protestations depuis le 10 Mars 2008 en Annexes).

4. Bilan critique.

4.1 Ce que le stage m'a apporté au niveau personnel.

Au moment de l'écriture de ce rapport je me trouve toujours en Inde il est donc fortement probable que je ne réalise pas encore entièrement ce que ce voyage m'as vraiment apporté, mais il est certain que je ne verrais plus les choses du même oeil qu'auparavant. J'ai déjà eu l'occasion de voir ce que c'est de vivre dans un pays différent de mon pays d'origine mais les deux expériences sont quasi incomparables pour plusieurs raisons. Quand je suis allée en France j'étais très jeune, incertaine de moi même et de ce que l'avenir pourrait me réserver mais la même curiosité m'habitait qu'aujourd'hui, malgré le fait qu'à l'époque j'étais un enfant et aujourd'hui je suis une jeune adulte en fin d'étude et en début de carrière. La nuit précédent mon voyage en Inde, je l'ai passé à l'aéroport ou j'ai rencontré un steward danois et qui m'a dit que si je survis à l'Inde je survivrais à tout! Effectivement j'avoue que je me demande comment j'aurais réagi si j'avais du faire ce voyage à mes 20 ans. Il ne s'agit pas d'une survie physique proprement dite bien sûr mais il s'agit définitivement de la survie, ou plus tôt de la disparition, de tout un ensemble de préjugés qui était la mienne et qui a été profondément bouleversé.

Tous les voyageurs qui ont atteint l'Inde sont d'accord pour dire qu'il est le pays des paradoxes par excellence et je ne peux ne pas être d'accord. Aucune des logiques auxquelles j'étais habituée ne fonctionnent ici. On va de surprises en surprises constamment qu'elles soient mauvaises ou bonnes. La seule règle en Inde c'est qu'il n'y a pas de règle, ou la seule chose prévisible est que tout est imprévisible avec les bons et les mauvais cotés que cela implique. On dit qu'après un voyage en Inde ceux qui sont patients deviennent impatients et ceux qui sont impatients deviennent patients! Moi je crois que je suis passée par toutes les phases: le premier mois c'était l'euphorie, le deuxième j'ai commencé à ouvrir mes yeux, le troisième j'étais en colère, le quatrième j'étais déprimé et j'avais envie de repartir, le cinquième mois je me suis dit que finalement j'aimerais bien rester encore un peu...J'ai dépassé la quatrième phase après avoir fait la liste des choses que je détestais et que je ne pouvais pas changer en me rendant ainsi compte que je n'ai que deux possibilités, celle de la fuite ou celle de l'adaptation. Une fois de plus j'ai choisi l'adaptation parce qu'une fois de plus je me suis rendu compte qu'il n'y a pas d'expérience plus enrichissante que les voyages. On peut lire des millions de livres, regarder des centaines de films, faire des longues années d'études, jamais on aura la perception de choses auquel le voyage nous donne accès.

Une de mes grandes questions avant de partir était de savoir comment les gens appliquent ces magnifiques ensembles de pensées que sont l'hindouisme et le bouddhisme. J'ai lu de nombreux livres sur les deux et je les concevais plus comme des philosophies que comme des religions, démarche intellectuelle facile, bien sur, sans aucune expérience de terrain. D'après ce que j'ai vu, aujourd'hui je sais que ce sont des religions comme les autres, composées de la philosophie originale et des différentes interprétations dont ils ont fait l'objet au cours des siècles. Ce qui me séduisait le plus dans leurs théories c'était l'impression d'une liberté totale de pensée et donc de discussion, de remise en cause. Mais après de nombreuses discussions avec mes collègues, des amis et des voyageurs je me rends compte que toutes les religions et philosophies deviennent ce que les gens en font. Elles peuvent devenir le moteur des terroristes ou les règles de base d'une attitude pacifique envers la vie en toutes circonstances. Elles peuvent justifier une remise en question perpétuelle ou une acceptation fatidique des événements. Elles peuvent être à l'origine de progrès ou de stagnation.

Comme ce ne sont pas les pensées d'une personne qui la définissent mais ces actes, ce n'est pas la religion d'un peuple qui la définit mais leur système de fonctionnement général. On peut avoir une religion aussi belle que l'hindouisme et vivre selon l'intolérable système des castes. On peut avoir une philosophie de vie aussi évolué que le bouddhisme et ressentir du mépris envers le peuple qui nous a accueillis. Une des choses qui m'as le plus choqué était lorsque ma logeuse tibétaine m'a fait savoir que je ne pourrais pas accueillir mes amis indiens parce qu'elle n'aime pas les indiens. Après enquête je me suis rendu compte que c'est un sentiment qui est partagé par beaucoup de tibétains. Cela m'a profondément déçue et j'ai essayé de comprendre pourquoi un peuple qui a fuit la répression d'un régime autoritaire traite avec ingratitude ceux qui l'ont accueilli.

En fait la situation est très complexe. Même si le gouvernement tibétain n'est reconnu par aucun pays, la cause tibétaine bénéficie d'une attention internationale hors du commun qui se traduit notamment par un important soutient financier. Ainsi la plupart des communautés tibétaines en exil sont bien plus riches que les populations locales indiennes. Ceci est particulièrement vrai pour Dharamsala ou la plupart des touristes viennent parce que c'est la résidence du Dalai Lama ce qui assure une activité touristique conséquente pour les commerçants et qui en l'occurrence sont majoritairement les tibétains. Ainsi dans la plupart des restaurants et commerces les propriétaires sont des tibétains et les employés des indiens. Cette situation a conduit inéluctablement à une certaine jalousie de la part des locaux et qui a plusieurs fois explosé sous forme de violentes confrontations. En 1994, après le meurtre d'un indien par un tibétain, il y a eu une insurrection générale contre les biens des tibétains, qui suite à cela, ont refusé d'employer et de faire du commerce avec la communauté indienne. Une fois que les choses se sont calmées les deux communautés se sont de nouveau rapprochées puisqu'ils ont réciproquement besoin de travailler ensemble.

Aujourd'hui, d'après mes impressions, les deux communautés vivent ensemble d'une manière généralement pacifique mais avec des sentiments réciproques très complexes. Ainsi j'ai pu voir de belles amitiés indo-tibétaines en même temps que ma logeuse m'a strictement interdit d'amener des indiens dans sa maison et en même temps qu'un patron de restaurant indien me mettait en garde contre certain des garçons tibétains qui considèrent le mariage avec une occidentale comme le passeport vers un avenir plus prometteur. Aujourd'hui, après la déception et la colère, je crois que c'est avec plus de compréhension que j'arrive à considérer cette situation. Les deux sociétés sont dans un processus de changement très intense pour à la fois des raisons très différentes et très semblables. Les indiens sont chez eux tandis que les tibétains en exil sont des réfugiés sans pays mais les deux sont dans la difficile période d'apprentissage de la démocratie avec des moyens et des buts différents.

L'Inde a toujours été décrite comme un pays impressionnant mais je crois que ce qui la rend encore plus fascinante aujourd'hui c'est qu'elle est pleine mutation de tous les points de vue et à des vitesses complètement différentes. Je n'ai malheureusement pas rencontré autant d'indiens que j'aurais voulu du fait de la particularité de l'endroit, mais à chaque rencontre j'ai entendu des histoires contradictoires. Ainsi pour le militaire retraité que j'ai rencontré dans le train en allant à Agra, il n'y a aucun obstacle à un mariage interreligieux. Pour le jeune guide touristique c'était la différence de religion qui l'a empêché de faire partie définitivement de la famille de sa dulcinée dans la même période qu'avec son groupe d'amis ont comploté la fuite et le mariage d'autres compagnons. Pour l'amie qui m'a accueillie à Delhi, une intellectuelle et femme d'affaires, il n'y a aucun obstacle à ce que n'importe quelle femme indienne devienne la prochaine Indira Ghandi en même temps que la majorité des illettrés en Inde sont des femmes.

Moi en tant que femme, je ne me suis à aucun moment sentie en danger, mais je me suis de manière quasi-permanente sentie comme une espèce de gibier sous le regard des hommes, surtout indiens. Il y a bien sur des exceptions, mais j'ai l'impression que la grande majorité des hommes indiens et tibétains appliquent le mythe de la femme occidentale facile à toutes les femmes de couleur blanche. D'ailleurs les vidéos clips musicaux indiens sont très révélateurs de cet état d'esprit: beaucoup d'entre eux sont peuplés majoritairement des femmes s'habillant et dansant d'une manière extrêmement provocatrice, mais les seules qui peuvent être touchées se sont les occidentales. Quelque soit la manière de danser, jamais un des danseurs ou des chanteurs vas toucher la femme indienne. Une philosophie qui se traduit parfaitement dans la vie quotidienne dans leur regard sur les femmes blanches. C'est un regard qui est très lourd à porter d'autant plus qu'il est impossible de leur expliquer que dans la société d'ou on vient le mariage n'est plus la forme suprême du couple contrairement à la leur ou c'est une obligation sacrée et imposée par la famille. Apparemment 80% des mariages sont encore des mariages arrangés. Ce qui est intéressant à noter par contre c'est qu'ils n'ont que 4 ou 5% de divorce. Mais ca serait une interprétation hâtive de croire que les mariages arrangés rendent plus heureux ou marchent mieux. En effet la pression sociale et familiale est extrêmement forte et j'ai constaté avec stupéfaction qu'un père de famille refuse d'aller contre la volonté de son père même si cela est son plus fort désir. Par contre il y a toujours des exceptions, et les moeurs et les attitudes diffèrent énormément selon les régions, les classes de société ou selon les familles.

En tout cas du peu que j'ai vu et entendu je comprends mieux pourquoi la conception occidentale des droits de l'homme ne peut pas s'appliquer telle qu'elle à ce genre de société puisque même si les droits de l'homme contiennent une partie importante de droits collectifs, ils restent tout de même fondés sur les droits de l'être humain en tant qu'individu. Alors comment pourrait-on l'appliquer à une société ou l'individu n'existe que par et pour la communauté? Il serait également une utopie de croire que le concept de la démocratie peut fonctionner de la même manière dans un pays d'un milliard d'habitants que dans un autre de 60 millions ou que dans une communauté restreinte qui tente de passer directement d'un système théocratique à la démocratie.

4.2 Ce que le stage m'a apporté au niveau professionnel.

Je crois que les stagiaires ont toujours un léger sentiment de frustration du fait que leur statut ne leur confère que très peu, voir le plus souvent, aucun pouvoir. Cela est encore plus vrai lorsqu'il s'agit d'un stage de fin d'étude, stade auquel on est censé être déjà de jeunes professionnels.

Malgré cela, je suis extrêmement contente d'avoir pu effectuer ce stage au sein du CTDDH surtout lors de ce moment historique qu'était le plus important soulèvement tibétain depuis 1959. C'était une occasion rare et précieuse même si j'ai du constater avec tristesse que le concept des droits de l'homme n'est pas aussi efficace qu'on pourrait le souhaiter. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, cela a renforcé encore plus mon envie de continuer à lutter pour la réalisation des Droits de l'Homme. En fait je pourrais me sentir vraiment heureuse si les défenseurs des droits humains pouvaient se retrouver sans travail mais j'ai bien peur que cela ne soit qu'une utopie digne d'un monde imaginaire.

Au delà du constat des difficultés du métier et de l'amélioration spectaculaire de ma maitrise de l'anglais, j'ai eu une excellente occasion de participer au travail de l'équipe et j'ai remarqué avec émotion qu'ils me considéraient comme une des leurs à qui ils n'hésitaient pas à demander son opinion, de l'aide ou des conseils. C'était la première fois que je devais rédiger des documents à destination d'un public large au nom d'un organisme qui me dépassait et l'un de mes moments préférés était lorsque mes collègues en répondant à ma question « mais qu'est ce le Centre veut dire exactement », me rappelait systématiquement que je faisais partie de l'équipe et que je dois utiliser le pronom de "nous" en parlant du Centre. C'est à ces moments aussi que je me suis rendu compte des inconvénients du fait d'être soumise à la censure de mes pensées tout en apprenant la langue de bois si particulière de la diplomatie. En effet beaucoup de mes analyses que je trouvais tout à fait appropriées ont été considérés comme trop critiques et j'ai du donc les modifier et les adapter aux exigences et au style habituel du Centre.

D'ailleurs une des choses que je trouve dommageable dans les publications du Centre et d'autres organismes tibétaines est justement cette absence de critique à l'égard de la communauté internationale. Je peux comprendre la démarche du gouvernement tibétain en tant qu'instance officielle mais je ne peux acquiescer au langage quasi-doucereux des associations tibétaines lorsqu'elles parlent de la réaction internationale à la situation tibétaine. Selon mon analyse cette démarche est motivée soit par une peur de perdre ces financements soit par un optimisme et une naïveté dont je ne me sens absolument pas capable personnellement.

On peut se demander quels seraient les résultats d'une attitude plus franche mais quelques soient les raisons de cette situation je considère que cela traduit une certaine complicité, ou du moins justifie en partie, le laxisme de la communauté internationale et remets en cause le principe d'indépendance des ONG. D'ailleurs le Président français à repoussé sa rencontre avec le Dalai Lama pendant les JO en arguant que ce dernier ne l'as pas demandé. Mais le Dalai Lama n'as pas refusé non plus une invitation puisqu'il n'y en a jamais eu de la part des autorités françaises alors que l'Allemagne a au moins arrangé une entrevue brève avec un de ses Ministres.

C'est ici aussi que j'ai réalisé que la logique de fonctionnement du gouvernement est totalement différente de celle de la société civile qui la subit la plupart du temps, surtout quand elle n'a pas les moyens de se rendre compte les buts réels du premier. Une des choses qui m'ont le plus frappé est qu'on peut trouver des cafés Internet à tous les cinq pas et que tout le monde dispose d'un téléphone portable alors qu'il y a un manque évident d'infrastructures les plus basiques. Tout le monde peut accéder à Internet mais il faut faire le tour de la ville pour trouver des sanitaires qui en général sont dans un état lamentable et extrêmement sales. Ce n'est généralement pas le cas dans les hôtels mais cela n'empêche pas que les coupures d'électricité, et d'eau en période de mousson, sont quotidiennes, les routes sont dangereuses à cause du mauvais entretien, il y a des poubelles partout, les gens font leurs besoins pressants dans les rues et les maladies comme le TBC ou le SIDA sévissent dans la communauté.

Certes on peut se demander pourquoi le gouvernement préfère investir des milliards dans les tours téléphoniques dans une communauté ou finalement très peu de gens ont réellement besoin de téléphones portables alors que tout cet argent qui pourrait servir à des choses bien plus utiles va sortir carrément de la communauté et va aller directement dans les poches des grandes compagnies de communication. Le GTL, entreprise de construction des tours de communication présente en Himachal Pradesh a enregistré une croissance de 155% a la fin du mois de Juin 2008 par rapport à la même période de 2007!50(*) Mais on peut aussi se demander pourquoi les gens, qui ont aujourd'hui accès à toute la production audio-visuel de l'occident, ne sont stimulés que par les prouesses technologiques et la mode qu'ils y trouvent et qu'ils ne pensent pas à réclamer des choses plus consistantes et plus importantes comme des écoles, des emplois, des logements ou une sécurité sociale. Le gouvernement indien a dépensé des millions dans son nouveau programme spatial alors que la moitié de sa population est illettrée, ce qui explique peut être le soutien de ce dernier au premier. Comment se vanter d'être la plus grande démocratie du monde lorsque la majorité de la population n'a pas les moyens de comprendre les mécanismes et les enjeux de cette même démocratie?

Néanmoins je n'oublie pas que ce sont des sociétés en plein transition et il se peut qu'en quelques années les faits que je viens d'évoquer fassent parti d'un lointain passé.

5. Conclusion.

Une fille que j'ai rencontrée à Mcleod Ganj et qui s'appele Wen King en a eu assez de ne pas avoir des nouvelles en provenance du Tibet et a décidé de passer deux mois là bas. Elle est partie fin Aout et son voyage n'as pas duré plus de deux semaines. De double nationalité taïwanaise-américaine, elle a décidé de voyager avec son passeport taïwanais et elle a donc était traité en tant que citoyenne chinoise par les autorités publiques chinoises. Grace à son chauffeur elle a réussi à passer les barrières militaires postées à l'entrée du Tibet et elle est entrée dans une zone où ca fait des mois qu'aucun journaliste n'a mis les pieds. Elle a été constamment suivie dès le début de son aventure et elle a été arrêtée lorsqu'elle était en train de prendre une photo à partir du toit d'un monastère. Elle a été accusée de détention illégale des secrets d'Etat. La police l'a retenue pendant 30 heures dont plusieurs ont été consacrées à son interrogatoire. Après avoir fouillé toutes ses affaires et avoir effacé le contenu de son disque dur on l'a "gentiment" reconduit à son hôtel. Wen est retournée à Dharamsala après avoir eu la peur de sa vie et après avoir compris qu'elle n'a aucune chance de continuer sa mission. Selon elle, Kardze à plus de 100.000 km de Lhassa, l'endroit qu'elle a réussi à atteindre, ressemble toujours à une zone de guerre.51(*) Le 18 Aout 2008 d'autres incidents ont été reportés de la région de Kham même si le nombre exact des victimes n'as pas encore été confirmé.

La Chine a gagné non seulement le pari des JO mais aussi le pari de la sécurité et de la diplomatie. En effet lors des tremblements de terre au mois de mai dans la province de Sichuan elle a réagit d'une manière on ne peut plus appropriée, une réaction particulièrement mise en lumière par la gestion irresponsable de la crise humanitaire en Birmanie, par le régime militaire et détournant l'attention de ce qui se passait a Tibet. Malgré toutes les déclarations, rappels et menaces adressés à son encontre, la Chine a vu défiler à "ses" JO tous les chefs politiques sans exception, le tout étant couronné par 51 médailles d'or, que les athlètes chinois ont certainement mérité.

Tous les ONG tibétaines sont d'accord pour dire que la situation au Tibet va probablement s'empirer après que l'attention internationale va se calmer. Néanmoins la résistance tibétaine a trouvé un nouveau souffle et nombreux sont les facteurs qui changent l'évolution de leur lutte: la nouvelle jeunesse plus consciente qui émerge petit à petit, les changements qui se dessinent dans le gouvernement tibétain, l'explosion des nouveaux moyens de communication et surtout les changements de la société chinoise. Les tremblements de terre de Sichuan ont étés une première occasion pour les populations civiles de se rendre compte de leur force d'action. En effet malgré la réaction médiatique extrêmement rapide, l'aide du gouvernement chinois aux régions affectées a suffisamment tardé pour qu'une organisation civile efficace se mette en place et des volontaires de toute la Chine ont afflué pour apporter aide et secours aux sinistrés. C'était non seulement un magnifique exemple de solidarité mais aussi une preuve que la société chinoise devient capable d'agir en commun sans l'omniprésence de son gouvernement.

Mais le gouvernement chinois ne changera pas tant que la société chinoise ne le fait pas et les tibétains ne deviendront pas une super puissance mondiale. Selon mon analyse personnelle la cause tibétaine ne pourrait pas avancer sans l'évolution de la société chinoise. C'est la prise de conscience du peuple chinois de son potentiel démocratique qui pourra permettre un réel dialogue pour les tibétains même si leur courage fait preuve depuis plus de 50 ans. Ils ont développé une manière de résister à l'oppression qui mérite attention et soutient au nom des Droits de l'Homme et de la Justice.

Malgré toutes les frustrations et les désagréments que j'ai pu ressentir en tant que stagiaire, le séjour et le stage à Dharamsala est devenu avant tout une leçon d'espoir, de patience, de tolérance, de persévérance et de compassion. J'ai été confrontée non seulement aux contradictions et incohérences des sociétés indiennes et tibétaines mais aussi, et surtout, aux miennes en découvrant que mon art de remise en question personnelle était loin d'être parfait et en se renforçant dans mon désir de continuer à lutter pour la réalisation des droits humains.

6. Bibliographie.

T. LAIRD : Une histoire du Tibet, Conversations avec le Dalai Lama, Editions Plon, Paris, 2007

TCHRD: Annual Report 2007, disponible au www.tchrd.org

TCHRD: TCHRD 1996-2006 A Decade of Human Rights Research, 2006, disponible au www.tchrd.org

TCHRD: Railway and China's Development Strategy in Tibet: A Tale of Two Economies, 2006, disponible au www.tchrd.org

TCHRD: KUXING:Torture in Tibet, 2005, disponible au www.tchrd.org

TCHRD: Strike Hard Campaign-China's crackdown on political dissidence, 2004, disponible au www.tchrd.org

HRW: Trials of a Tibetan Monk: The Case of Tenzin Delek, 2OO4, Vol. 16, disponible au http://hrw.org/reports/2004/china0204/

7. Sitographie.

http://blog.mondediplo.net/

http://fr.wikipedia.org/

http://hrw.org/

http://news.xinhuanet.com/

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http://tempsreel.nouvelobs.com/

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http://www.tibetanflags.org/

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http://www.tibetgov.net

http://www.tibet-info.net/

http://www.tibetinfonet.net/

http://www.varanasicity.com/education/tibetan-university.html

http://www.zdnet.fr/

thttp://www.ndpt.net/

8. Annexes

8.1 Liste des publications du CTDDH.




8.2 Carte du Tibet Historique.52(*)

8.3 Carte du Tibet Occupé.53(*)

8.4 Carte des protestations depuis le 10 Mars 2008.54(*)

Avertissement: cette carte a été mise à jour le 30 Mars 2008.

On peut voir une carte plus récente, plus détaillée et interactive sur le lien suivant:

http://tchrd.org/maps/march_2008/

* 1Source : http://www.tibet.net/en/cta/bodies.html.

* 2 T. LAIRD : Une histoire du Tibet, Conversations avec le Dalai Lama, Editions Plon, Paris, 2007, page 372.

* 3 Tibetan Childrens Village. Site en anglais: http://www.tcv.org.in/home.shtml

* 4 Central Institute for Higher Tibetan Studies, http://www.varanasicity.com/education/tibetan-university.html

* 5 "Go join new Tibetan college in Bangalore soon!", Gendun Gyatso, Phayul.com, 14 Février 2008, disponible sur http://www.phayul.com/news/article.aspx?article=Go+join+new+Tibetan+college+in+Bangalore+soon!&id=19249

* 6 Voir site en anglais: http://www.guchusum.org/

* 7 Tibetan Youth Congress. Site en anglais: http://www.tibetanyouthcongress.org/aboutus.html

* 8 Voir aussi: FOSSIER Astride, "Congrès de la Jeunesse Tibétaine, un acteur fort et controversé pour l'indépendance du Tibet.", disponible au http://www.irenees.net/fr/fiches/acteurs/fiche-acteurs-121.html

* 9 Tibetan Solidarity Committee. Site en anglais: http://www.stoptibetcrisis.net/

* 10 Tibetan Solidarity Committee, site en anglais http://www.stoptibetcrisis.net

* 11 Site en anglais: http://www.tibetanflags.org/

* 12 Students for a Free Tibet. Site en anglais: http://www.studentsforafreetibet.org/

* 13 Site en anglais: http://www.tibetinfonet.net/

* 14 International Campaign for Tibet. Site en anglais: http://www.savetibet.org/

* 15National Democratic Party of Tibet. Site en anglais: thttp://www.ndpt.net/

* 16 "The long march to Tibet", Tenzin Tsundue, Hindustan Times, 17 Juin 2008, disponible au http://tibetanuprising.org/2008/06/17/the-long-march-to-tibet/

* 17 " German Minister Meets Dalai Lama Amid Protests", DW-WORLD.DE, 19 Mai 2008, disponible au http://www.dw-world.de/dw/article/0,2144,3345693,00.html

* 18 " Dialogue Chine - Dalaï Lama : pas de progrès", Tibet-info.net, 5 Juillet 2008, disponible au http://www.tibet-info.net/www/Dialogue-Chine-Dalai-Lama-pas-de.html

* 19 " Les chefs d'Etat présents à la cérémonie d'ouverture", Nouvelobs.com, 9 Aout 2008, disponible au http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/sports/les_jo_de_pekin_2008/20080808.OBS6667/les_chefs_detat_presents_a_la_ceremonie_douverture.html

* 20 http://www.chinadaily.com.cn/china/2007-05/07/content_867069.htm

* 21 " Chine-Tibet, des identités communes", Martine Bulard, Les blogs du Monde Diplomatique, 30 Avril 2008, disponible au http://blog.mondediplo.net/2008-04-30-Chine-Tibet-des-identites-communes

* 22 Voir par exemple: "Trials of a Tibetan Monk: The Case of Tenzin Delek", Human Rights Watch, 2OO4, Vol. 16, No. 1 (C) disponible au http://hrw.org/reports/2004/china0204/

* 23 Voir: "KUXING:Torture in Tibet", TCHRD, Special Reports, 2005, disponible au http://www.tchrd.org/publications/topical_reports/torture/torture.pdf

* 24 Pour plus de details voir: "Strike Hard Campaign-China's crackdown on political dissidence", TCHRD, Special Reports, 2004, disponible au http://tchrd.org/publications/topical_reports/strike_hard-2004/strike_hard-2004.pdf

* 25 "Annual Report 2007", TCHRD, Chapter "Development in Tibet", p. 93, diponible au http://www.tchrd.org/publications/annual_reports/2007/ar_2007.pdf

* 26 «No One Has the Liberty to Refuse», Human Rights Watch, 2007, Volume 19, No. 8 (C), available at http://hrw.org/reports/2007/tibet0607/

* 27 Voir la liste des publications du CTDDH en Annexes.

* 28 On peut trouver tous les rapports annuels en anglais sur leur site internet par le lien suivant: http://www.tchrd.org/publications/annual_reports/

* 29 On peut retrouver l'intégralité de leurs rapports thématiques en anglais sur leur site internet par le lien suivant: http://www.tchrd.org/publications/topical_reports/

* 30 "Les victimes du génocide au Tibet témoigneront devant la haute cour d'Espagne", La communauté tibétaine de France, 23 Mai 2008, disponible au http://www.tibetan.fr/?LES-VICTIMES-DU-GENOCIDE-AU-TIBET

* 31 http://www.boell.de/service/home.html

* 32 Un article très éclairant à ce sujet : Rebecca Novick, "Leaking State Secrets", Phayul, 31 Juillet 2008,disponible au http://www.phayul.com/news/article.aspx?article=Leaking+State+Secrets%3A+Beijing+Finds+Nothing+Noble+in+Speaking+Out+on+Human+Rights&id=22169

* 33 Notamment le nombre exact des arrêtés pendant les manifestations du mois de Mars 2008 ainsi que le nom de ce qui ont été condamnés suite à ces arrestations.

* 34 http://www.tibetgov.net

* 35 http://www.freetibet.org

* 36 http://www.tibetinfonet.net

* 37 http://www.rfa.org/english/about

* 38 Elle est entre autres productrice d'une émission radio sur le Tibet qu'on peut écouter en ligne sur le lien suivant: http://www.thetibetconnection.org/aboutus.html

* 39 " Explosion des logiciels malveillants en 2008", Christophe Guillemin, 17 Juillet 2008, ZDnet.fr, disponible au http://www.zdnet.fr/actualites/informatique/0,39040745,39382342,00.htm

* 40 Mark Sweney, "China blocks media due to Tibet unrest", The Guardian, 17 Mars 2008, disponible au http://www.guardian.co.uk/media/2008/mar/17/chinathemedia.digitalmedia?gusrc=rss&feed=worldnews

* 41 "With foreign media still barred from Tibet, what is the government hiding?", Reporters Without Borders, Asia Press Release, 23 Avril 2008, disponible au http://www.rsf.org/article.php3?id_article=26685

* 42 "iTunes blocked in China after protest stunt", Stephen Hutcheon, Phayul, 20 Aout 2008, disponible au http://phayul.com/news/article.aspx?id=22560&article=iTunes+blocked+in+China+after+protest+stunt

* 43 "Chinese experts condemn biased reports on Lhasa riot by western media", Xinhuanet, 24 Mars 2008, disponible au http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/24/content_7848051.htm

* 44 "Le dalaï-lama dénonce "le projet de répression brutale" au Tibet", Henri Tincq, Le Monde.fr, 22 Aout 2008, disponible au http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/08/21/le-dalai-lama-denonce-le-projet-de-repression-brutale-au-tibet_1086218_3216.html

* 45Harmony Siganporia, " `My successor can be a woman'", Dnaindia, 21 Janvier 2008, disponible au http://www.dnaindia.com/report.asp?newsid=1146451

* 46 Site en anglais: http://www.hrln.org/

* 47 "Tibet's most famous woman blogger, Woeser, detained by police", Jane Macartney, Phayul.com, 26 August 2008, disponible au http://phayul.com/news/article.aspx?id=22638&t=1&c=1

* 48 "Jamyang Kyi (f), 42 ans, musicienne ...", www.isavelives.be, Amnesty International, 1 Mai 2008, disponible au http://www.isavelives.be/fr/node/1411

* 49 Le 27 Mars, le 9 April et le 3 Juin.

* 50 "GTL Infrastructure registering a growth of 155%", IndiaPRwire, Press Release, 18 Juillet 2008, disponible au http://www.indiaprwire.com/pressrelease/telecommunications/2008071811268.htm

* 51 Pour voir en detail son histoire: "Arrested in Tibet: A Young American's Journey of Fear", Rebecca Novick, The Huffington Post, 12 Aout 2008, disponible au http://www.huffingtonpost.com/rebecca-novick/arrested-in-tibet-a-young_b_118342.html

* 52 Source: http://www.tibet-info.net/www/IMG/pdf/historique.pdf

* 53 Source: http://www.tibet-info.net/www/IMG/pdf/occupe.pdf

* 54 Source: http://www.phayul.com/tibet/protest-map/