WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La reformulation Rawlsienne des principes de la justice

( Télécharger le fichier original )
par Pénéloppe Natacha MAVOUNGOU
Institut catholique de Toulouse - Master 2 de philosophie 2011
  

sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

INSTITUT CATHOLIQUE DE TOULOUSE

FACULTE DE PHILOSOPHIE

Mémoire

Master de Philosophie

Spécialité Ethique, Culture et Humanité

Thème :

La reformulation Rawlsienne des principes de la justice

Présenté et soutenu par

MAVOUNGOU-PEMBA Pénéloppe Natacha

Sous la direction de :

Émeric Travers

Année académique 2010-2011

Remerciements

Je remercie tous ceux qui m'ont aidé, inspiré et soutenu dans mes recherches pour la rédaction de ce mémoire.

Je remercie tout d'abord Monseigneur Jean Claude Makaya-Loemba, grâce à qui j'ai pu comprendre et commencer à réaliser mon désir de travailler en faveur de la justice sociale en vue de la restauration de l'être humain.

Je remercie ensuite Ernest-Marie MBonda qui m'a fait découvrir John Rawls et sa théorie de la justice comme équité.

Je remercie aussi, le père Miguel Olaverri, administrateur apostolique du diocèse de Pointe-Noire. Je remercie Mgr Robert Le Gall, Archevêque de Toulouse, ainsi que les soeurs Thérésiennes de Pointe-Noire. Je n'oublie pas les pères Marcellin Pongui et Paulin POUCOUTA pour leurs encouragements.

Un merci particulier à monsieur Travers Émeric, mon directeur de mémoire avec qui j'ai eu la joie de travailler, et que je remercie pour sa disponibilité et sa patience dans la direction de ce mémoire.

Un grand merci à la commission Justice et Paix de Pointe-Noire, à Antoine Gazeau, Constant Ayouka, Alexis NDINGA, la famille Clemh-Mavoungou, Karl-Trésor, Aymard Badinga, Stève Bobongaud, Christian Mounzéo, Brice Makosso, Césarine Massiala et Anny Kaseka ; ainsi qu' à tous mes camarades du Master et nos professeurs de la faculté de Philosophie, pour leur sollicitude et leur soutien.

Votre précieuse aide et vos précieux encouragements m'ont aidé à accomplir ce travail.

Introduction

Lorsque paraît Théorie de la justice en 1971, John Rawls a été le premier à s'étonner du succès qui s'en est suivi, car en écrivant ce livre, il le destinait à la lecture de quelques amis et collègues qui s'y intéresseraient et qui, éventuellement pourraient en discuter avec lui. Cet étonnement de John Rawls traduit déjà l'ouverture d'esprit qui le caractérisera tout au long de son parcours philosophique, notamment par l'accueil des critiques qui lui seront adressées. Car si Théorie de la justice connaît de grands succès, elle sera aussi vivement critiquée. C'est dans cet esprit de critiques et de reformulation que s'inscrit ce travail de recherche. Ce mémoire qui s'intitule La reformulation Rawlsienne des principes de la justice a pour objectif d'étudier les principes de la justice reformulés par John Rawls. Or étudier la théorie d'un auteur implique que l'on commence par situer historiquement et philosophiquement sa pensée. C'est pourquoi, dans l'interrogation du contexte à la faveur duquel Théorie de la Justice a pu voir l'extraordinaire intérêt qu'elle suscite aujourd'hui, nous prendrons en compte les lignes principales de La justice comme équité1(*).

D'origine anglo-américaine, John Rawls est né en 1921 et mort en 2002. Sa vie est marquée par plusieurs expériences. Sur le plan historique, la vie de Rawls est marquée par sa participation à la guerre dans les combats en Nouvelle Guinée, par le désastre de la guerre du Viêt-Nam et par l'effervescence des mouvements pour la lutte en faveur des droits civiques des noirs, vers la fin des années soixante. A cela, il sied d'ajouter la promulgation des lois sur l'égalité des chances, la réduction des impôts, le problème de la sécurité sociale, la liberté de l'information, de même que l'aide à l'éducation. Au niveau philosophique, il est important de souligner que depuis la découverte des Amériques, la liberté a toujours été au centre de la pensée philosophique américaine, de même que le rapport de l'individu à la communauté. Cette vision américaine de la philosophie, installe peu à peu l'interventionnisme de l'Etat dans les affaires sociales et économiques. Ce qui, contre toute attente finira par susciter l'opposition entre le libéralisme et l'Interventionnisme. C'est dans cette atmosphère que sera publiée la Théorie de la Justice qui, tout en étant de tendance libérale, s'attachera à se situer au centre de ce débat politique.

En plus de ces aspects philosophiques et historiques, John Rawls est considéré, référence faite à ses écrits, comme un philosophe libéral. Il fait donc partie du courant de pensée libéral, encore appelé Libéralisme. Ce dernier est considéré comme la doctrine qui a dominé la philosophie politique américaine de l'après guerre et qui affirme la primauté de la liberté, des droits individuels et de la responsabilité personnelle. Pour le libéralisme, chaque être possède des droits individuels inaliénables.

Toutefois, si la philosophie politique anglo-américaine de l'après-guerre est libérale, il ne faut pas omettre que la défense des droits des individus et des libertés qui la caractérise est diversifiée. Aussi plusieurs auteurs s'accordent à dire qu'il existe des philosophies politiques libérales américaines, les différences se situant par rapport à la place accordée à l'individu. Il y a tout d'abord le courant libéral classique qui confère à la personne la maîtrise de sa personne et de ses biens. Ensuite il y a l'individualisme radical ou encore le libertarianisme (libertarisme pour d'autres), soutenant une position très individualiste de la liberté. Enfin l'individualisme plus modéré encore appelé libéralisme social démocrate qui préconise la coopération sociale et la collaboration, en s'appuyant sur un principe de justice comme équité, visant à donner à chaque individu des moyens minimaux lui permettant d'organiser son existence autour de l'essentiel. Cette classification nous conduirait réellement et compte tenu de sa théorie de la justice comme équité, à classer Rawls dans cette dernière catégorie, car il souligne sans cesse qu'une société sans un minimum de coopération sociale n'est pas possible. Bien que philosophique, la théorie de Rawls s'intéresse à des questions économiques, sociales et éthiques. Ce qui lui vaudra l'intérêt de plusieurs domaines de pensée, notamment les sciences humaines et sociales.

D'ailleurs, sans imposer la présence de l'Etat, Rawls pense qu'une coopération sociale pour établir des choix est toute aussi importante que la liberté individuelle de chaque citoyen. Il intègre dans le libéralisme les notions de justice sociale, de coopération et de collaboration, essentielles à l'édification d'une société juste et équitable. Dans une telle hypothèse, l'indépendance de la liberté est tempérée par l'égalité équitable des chances. Mais Rawls juge, tout de même, utile d'insister sur la priorité du principe de liberté sur celui de l'égalité équitable des chances.

En ce qui a trait à ses expériences liées à l'influence historique, Rawls déduira que l'être humain est prompt à la destruction massive de ses semblables pour un plus grand intérêt. Ce qui révèle en substance la maxime utilitariste2(*), qui est, avec le libéralisme, un courant de pensée en vogue à cette époque. Pour John Rawls, cette doctrine justifie le sacrifice des minorités au bénéfice des grandes majorités, c'est pourquoi il lui faut une alternative, d'où le projet de la théorie de la justice comme équité, considérée comme une réponse. Outre le rejet de cette doctrine utilitariste, le projet rawlsien de la justice n'est pas à séparer de son intérêt pour la défense des valeurs libérales.

L'essentiel de l'oeuvre de Rawls peut être comprise comme étant, et Rawls n'a cessé de l'articuler, une théorie de la justice comme équité. Rawls estime qu'il faut comprendre Théorie de la justice comme étant une théorie de la justice comme équité, car la notion d'équité est une base importante pour que la justice soit juste. Elle est en quelque sorte une obligation d'impartialité pour les citoyens. C'est pourquoi il la conçoit comme antérieure aux choix des principes de justice. Une des dimensions incontournables de la théorie de la justice comme équité, est la considération de la justice comme une conception politique sur laquelle Rawls insistera à partir de 1987. Pour John Rawls, la Théorie de la justice est destinée pour une démocratie constitutionnelle, c'est pourquoi elle est politique. Aussi, se propose t-il de donner une théorie qui prenne en compte les questions sociales des plus défavorisés, d'où la définition de la justice comme étant la première vertu des institutions sociales. Ainsi, après avoir expliqué que sa théorie de la justice est une justice sociale, John Rawls trace les lignes de son projet :

Je voulais élaborer une conception de la justice assez systématique pour pouvoir se substituer à l'utilitarisme dont une forme ou une autre n'a cessé de dominer la tradition de la pensée politique anglo-saxonne. La raison principale en était la faiblesse, selon moi, de l'utilitarisme comme base des institutions d'une démocratie constitutionnelle [...]. Je ne pense pas que l'utilitarisme puisse fournir une analyse satisfaisante des droits et des libertés de base des citoyens en tant que personnes libres et égales, ce qui est pourtant une exigence absolument prioritaire d'une analyse des institutions démocratiques. C'est alors que l'idée du contrat social, mais rendue plus générale et plus abstraite au moyen de l'idée de position originelle, m'apparut comme la solution. Le premier objectif de la théorie de la justice comme équité était donc de fournir une analyse convaincante des droits et des libertés de base ainsi que de leur priorité. Le second objectif était de compléter cette analyse par une conception de l'égalité démocratique, ce qui m'a conduit au principe de la juste égalité des chances et au principe de différence. 3(*)

S'inscrivant dans la tradition moderne, Rawls n'imagine pas une justice sans lien avec la répartition des droits aux individus, c'est pourquoi selon lui, la justice doit consister à assigner des droits aux individus, de manière totalement impartiale. D'où il se fixe comme objectif de présenter une théorie de la justice dont le choix des principes s'inspire du contrat social des philosophes modernes, parce que l'objet de cette procédure ce sont les principes de la justice. La théorie de la justice de John Rawls considère l'individu comme un être libre capable de se prendre en charge, et ne pouvant se réaliser qu'en rapport avec les autres membres de la société. Il parle à cet effet de la coopération sociale qu'il considère comme indispensable à l'organisation de la structure de base de la société. Un homme ne peut se réaliser sans penser à l'intérêt collectif. Rawls veut à cet effet rendre compatible le respect des libertés avec l'égalité équitable des chances. Il considère donc la justice sociale comme le principe fondamental pour le politique.

Tel que présenté par Rawls, le contrat social est pensé sous un aspect hypothétique, c'est-à-dire qu'à partir d'une position originelle, les contractants, placés sous le voile de l'ignorance, choisissent des principes de justice : le principe d'égale liberté et le principe de différence. Ces principes sont soumis à une double contrainte de priorité lexicale. Toutefois, la théorie de la justice n'a pas pour objectif simplement de réinterroger le contrat social. Elle vise aussi à refonder la tradition contractualiste pour en dégager les éléments qui permettent de répondre efficacement à l'utilitarisme dominant. Ce recours à la tradition du contrat social, ne prend pas seulement en compte le projet normatif de liberté, d'égalité et de justice dont cette tradition est porteuse, mais aussi la dimension philosophique de la démocratie qu'elle véhicule. C'est pour cela que, dans son propos, Rawls précise qu'il n'entend pas examiner la justice des institutions en général ni la justice du droit international et des relations entre Etats. Il souligne clairement qu'il entend examiner la justice pouvant servir dans l'organisation d'une société démocratique bien ordonnée.

Le succès de l'oeuvre de Rawls correspond aux critiques que suscitent la publication de Théorie de la justice, car, les interprétations philosophiques de la pensée de John Rawls, ont, depuis plus de trois décennies, alimentés les débats du domaine de la philosophie politique en particulier, et des sciences humaines, en général. Que ce soit sur le plan de l'économie, de la sociologie, des sciences politiques, il paraît difficile, désormais de ne pas faire référence à Théorie de la justice de John Rawls, lorsqu'il s'agit des questions de justice sociale. Ouvert aux critiques et reconnaissant à quelques endroits les limites de son projet, John Rawls, entreprendra l'oeuvre de reformulation de son oeuvre. Entreprise qui ne s'achèvera qu'avec sa mort, car la dernière publication de Rawls, La justice comme équité, Reformulation, est considérée comme son « chant de cygne »4(*). L'intitulé même de cet ouvrage signale qu'il s'agit d'une reformulation des textes déjà écrits par lui, depuis 1957, singulièrement une reformulation de Théorie de la justice, son oeuvre capitale publiée en 1971. Les critiques adressées à Rawls lui ont non seulement permis de rectifier ses erreurs, mais aussi de réviser et d'améliorer, voire reformuler les principes de la justice comme équité. En lisant cette reformulation, on y devine que l'idée de justice qui a taraudé l'esprit de Rawls depuis 1971 ne cessera d'être sa préoccupation qu'à sa mort. En effet, comme le souligne Alain Renaut, « Rawls est l'homme d'un seul livre »5(*), parce que tous ses écrits publiés après Théorie de la justice, ont simplement tourné autour de la question de la justice sociale et politique et que l'essentiel de ses publications ont consisté à reformuler Théorie de la justice, son seul livre.

Considéré comme un événement intellectuel « hors du commun »6(*), la parution de Théorie de la justice, apporte non seulement des éclaircissements sur le concept de justice, mais aussi, parce qu'elle renoue avec la modernité, notamment avec la théorie du contrat social, elle se place au carrefour de la philosophie politique. L'abondante littérature secondaire qu'elle suscite en est la preuve. En trente ans (2001) ou quarante ans (2011), l'oeuvre de John Rawls a été traduite en plusieurs langues et a été commenté par plusieurs auteurs. En témoignent les reformulations continuelles qu'il n'a cessé de réaliser à l'intérieur de cet ouvrage. La chronologie de ses oeuvres, à partir de Théorie de la justice, pourrait être établie de la manière suivante :

1971 : Publication de Théorie de la justice

1975 : Première reformulation à l'occasion de la traduction allemande

1986 : Justice et démocratie

1993 : Libéralisme politique

2001 : La justice comme équité, Reformulation.

Après Théorie de la justice en 1971, Rawls remaniera plusieurs fois le texte original de cette oeuvre (la première fois en 1975 en vue de la traduction allemande). C'est sur cette traduction allemande que se feront désormais toutes les autres traductions, de même que la traduction française. Déjà dans la préface de Théorie de la justice en langue Française, il précisera que cette traduction contient déjà des reformulations. Ce qui souligne une légère différence entre Théorie de la justice de 1971 en Anglais et Théorie de la justice traduite de 1987 ; Justice et Démocratie (qui est un condensé d'articles écrits par Rawls entre 1981 et 1988) mais qui reprend en général les idées de Théorie de la justice ; Libéralisme politique, qui est une autre formulation de Théorie de la justice, puis en dernier lieu La justice comme équité, Reformulation qui est considéré comme le testament philosophique de John Rawls. C'est le dernier livre qu'il écrit de son vivant. C'est finalement sur ce dernier livre que porte ce mémoire. Il sera fait de temps à autre référence à Théorie de la justice, pour signaler le passage qu'il opère et aussi la fidélité qui caractérise cette théorie de Rawls, malgré les nombreuses critiques. C'est pour cela que nous avons tenu à préciser que ce travail n'est pas un travail de comparaison.

Comme l'indique cette Chronologie, La justice comme équité est donc la dernière reformulation de Théorie de la justice où l'auteur y reprend notamment l'essentiel de sa théorie, en y répondant aux critiques qui lui ont été adressées par d'autres auteurs et des limites qu'il a pu relever lui-même. Cette oeuvre, dans son ensemble est consacrée à la reformulation des principes de justice, comme l'indique Rawls au début de la préface de La justice comme équité. Il faut dire que le remaniement opéré dans la reformulation arrive à point, car en tant qu'il est considéré comme un testament philosophique, La justice comme équité réévalue l'importance de Théorie de la justice, au moment où plusieurs études philosophiques, politiques et sociales, et économiques se questionnent quant à sa pertinence.

A l'origine de notre travail, il y a une volonté de souligner l'impact des corrections sur la reformulation rawlsiennes des principes de la justice opérées dans La justice comme équité, Reformulation. On a l'impression que le retentissement de Théorie de la justice, son premier livre, a occulté celui du dernier, dans la mesure où il s'agit d'une reformulation. Pourtant bien comprendre la théorie Rawlsienne, c'est plonger dans son univers de reformulation pour voir comment il reste fidèle à ses intuitions, puis comment intégrant les critiques d'autres auteurs, il reformule son projet, sans perdre de son originalité. Dans la préface de la traduction française de 1987 Rawls souligne :

C'est avec beaucoup de plaisir que j'entreprends cette préface destinée à la traduction française par Catherine Audard de mon livre, Théorie de la justice. En dépit des nombreuses réactions critiques qu'il a suscitées, j'en soutiens toujours les grandes lignes et la doctrine centrale. Bien entendu, comme on pourrait s'y attendre, j'aurais aimé avoir exprimé certaines choses différemment et j'y apporterais maintenant un certain nombre de modifications non négligeables. Mais si je devais réécrire entièrement Théorie de la justice, cela ne donnerait pas, comme les auteurs ont tendance à le dire, un livre complètement différent 7(*)»

L'objectif que nous nous sommes fixés dans ce mémoire, c'est d'analyser l'évolution, des principes de la justice depuis la publication de Théorie de la justice. Néanmoins, l'oeuvre de Rawls, étant immense et dense, nous avons choisi de nous limiter, dans le cadre de ce master, à un aspect de sa théorie, précisément la reformulation des principes de la justice, contenue dans La justice comme équité. Il est bien sûr impossible de parler de La justice comme équité, sans faire allusion à Théorie de la justice. Ce qui prouve la présence, à plusieurs endroits des citations tirées de Théorie de la justice, pour souligner l'évolution des principes.

La reformulation de la justice comme équité est une synthèse de la conception politique de la justice de John Rawls. Il y montre l'intime « cohérence de vues entre sa théorie de la justice sociale développée dans sa Théorie de la justice, et les développements plus récents de sa pensée, pour l'essentiel consacrés à la pratique politique dans un contexte pluraliste »8(*). L'un des traits importants dans cette évolution de la théorie de Rawls, c'est que dans La justice comme équité, il se désolidarise des questions des libertés naturelles et de celle de l'égalité formelle des chances. En outre, sa théorie est moins procédurale dans Libéralisme politique ainsi que dans La justice comme équité, contrairement à Théorie de la justice.

En suivant de manière systématique l'intuition de John Rawls dans La justice comme équité, nous nous proposons dans cette étude d'examiner d'abord le cadre global de la reformulation rawlsienne des principes de la justice, en scrutant d'une part les critiques des principes de la justice faites par Rawls à l'égard de lui-même et que nous avons nommées critiques internes. D'autre part, nous analyserons les critiques des principes de la justice faites par d'autres auteurs9(*), et que nous avons intitulées critiques externes, en nous appuyant sur le courant « libertarien »10(*), précisément avec la critique de Robert Nozick. Ensuite, considérant avec l'auteur de Théorie de la justice, l'importance de la reformulation des principes de la justice et la révision du contenu, notre analyse est principalement consacrée aux idées fondamentales de structure de base et de position originelle qui sont comme la porte d'entrée pour la compréhension des principes de la justice et de la compréhension de la règle de la priorité lexicale. Pour rester fidèle à la structure de Rawls, nous nous sommes basés sur les sections 16 jusqu' à 22, puis la section 32 de La justice comme équité. En conclusion, tentant de resituer la théorie des principes de Rawls dans la philosophie contemporaine, nous ferons une relecture de la justice comme équité, en soulignant l'originalité de l'oeuvre de Rawls. Ensuite, actualisant cette théorie, nous soulignerons l'impact actuel de l'égalité équitable des chances et de l'idée d'inviolabilité de la personne.

Notre travail s'articule ainsi autour de deux parties composées chacune de deux à trois chapitres, eux-mêmes divisés en sections. Cette structure convient à la structure de notre travail, puisque dans la conclusion, nous essayerons de faire une ouverture de la pensée de John Rawls, sur la nature de ses enjeux dans le monde actuel, dix ans après la parution de La justice comme équité. Ces deux parties de même que la conclusion forment l'idée générale de cette étude.

* 1 Nous ferons souvent référence à la justice comme équité, en tant que théorie, et à La justice comme équité, comme titre d'un ouvrage. La différence est à situer au niveau du caractère italique qui caractérisera le titre du livre.

* 2 Utilitarisme : L'utilitarisme : doctrine qui évalue ses actions par rapport aux conséquences (plus grand bonheur pour le plus grand nombre. Au sein même de l'utilitarisme, il ya plusieurs tendances, mais celle qui intéresse particulièrement Rawls, c'est celle de Sidgwick en priorité. Ce dernier met en avant un principe d'utilité qui consiste à définir la justice par le bonheur du plus grand nombre. C'est donc l'intérêt de la communauté qui prime par rapport à celui de l'individu (l'efficacité d'abord). L'utilitarisme demande de maximiser le bien être général. A cet égard, on dirait que l'utilitarisme a pour objectif le sacrifice ce certains au profit du plus grand nombre.

* 3 John Rawls, Théorie de la justice, (A theory of justice), trad. Catherine Audard, Paris, Éd. du Seuil, 1987, « préface de John Rawls » p. 10.

* 4 Soumaya Mestiri, Rawls, Justice et équité, Paris, PUF, Coll. « philosophie », 2009, p 5.

* 5, Ernest-Marie Mbonda : John Rawls, Droits de l'homme et Justice politique, (présentation de Alain Renaut), Québec, Presses de l'université de Laval, Coll. « Mercure du nord », 2008, p. 7.

* 6 Bertrand Guillarme, «  Rawls, Philosophe de l'égalité démocratique », dans Alain Renaut (dir), Les philosophies politiques contemporaines (tome 5), coll. Histoire de la philosophie politique, Paris, Ed. Calmann-Lévy, 1999, p. 307.

* 7 John Rawls, Théorie de la justice, Op. cit., p.9.

* 8 John Rawls, La Justice comme équité, Reformulation (Justice as fairness A restatement), Bertrand Guillarme (trad.) Paris, La Découverte, 2008, p. 5.

* 9 Théorie de la justice de John Rawls a été critiquée par plusieurs auteurs. On reconnaît plus souvent trois courants principaux : les libertariens, les communautariens et les égalitariens. Il y a entre autres des auteurs qui ont critiqué Rawls : Ricoeur, Habermas. Mais ici nous nous limitons à un libertarien : Robert Nozick

* 10 Libertarien vient du mot libertarianisme qui est une doctrine de philosophie politique née à la fin des années 1960, à la suite d'une rupture avec les conservateurs et d'une alliance avec la gauche radicale. S'appuyant sur une attitude d'indépendance radicale, ce courant a pour principe fondamental l'inviolabilité absolue des droits individuels. Les libertariens défendent une doctrine libérale, anarcho-capitaliste et considèrent la liberté comme une valeur absolue.

sommaire suivant