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L'insécurité alimentaire dans la région du Nord au Cameroun: représentations sociales, stratégies de lutte et enjeux

( Télécharger le fichier original )
par Alain Christian ESSIMI BILOA
Université de Yaoundé I - Master en sociologie 2010
  

Disponible en mode multipage

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THE UNIVERSITY OF YAOUNDE I

UNIVERSITÉ DE YAOUNDÉ I

FACULTÉ DES ARTS, LETTRES ET
SCIENCES HUMAINES

FACULTY OF ARTS, LETTERS
AND SOCIAL SCIENCES

DÉPARTEMENT DE SOCIOLOGIE

DEPARTMENT OF SOCIOLOGY

L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE DANS

LA RÉGION DU NORD :

REPRÉSENTATIONS SOCIALES,

STRATÉGIES DE LUTTE ET ENJEUX

Mémoire présenté et soutenu publiquement en vue de l'obtention
du diplôme de MASTER en Sociologie

Par :

ALAIN CHRISTIAN ESSIMI BILOA
Licencié en Sociologie
Spécialisation : Population et Développement

Sous la direction de :

VALENTIN NGA NDONGO

Professeur

Avril 2010

1

À

Ma très chère et tendre mère Thérèse BILOA,
Pour qui ce travail doit symboliser le fruit de tous les efforts et sacrifices qu'elle a consentis
toute sa vie durant.

REMERCIEMENTs

Notre profonde gratitude s'adresse particulièrement à notre directeur, le Pr. Valentin NGA NDONGO qui a accepté de guider les premiers pas du jeune chercheur que nous sommes. Ses conseils, sa disponibilité, son sens critique, sa rigueur et son incommensurable savoir nous ont permis de mieux cerner notre objet d'étude.

Nos remerciements vont également à l'endroit de tous les enseignants du département de sociologie de l'Université de Yaoundé I en particulier le Pr. Joseph Marie ZAMBO BELINGA, les Dr. Joseph ONANA ONOMO, Luc MEBENGA TAMBA, Jean NZHIE ENGONO, Joseph EPEE EKWALLA, Samuel ELLA ELLA, Robert MBA, Christian BIOS NELEM, Mme Jacqueline EKAMBI pour la qualité de leurs enseignements.

Qu'il nous soit permis par la même de remercier :

- Notre grand-mère Mme veuve ESSIMI née Marie MBALLA qui s'est toujours occupée de nous et a fortement contribué à forger notre personnalité ;

- Notre beau-père Paul Armand NGOMBI qui nous a paternellement accepté comme fils et a su très tôt nous indiquer le chemin que nous devions emprunter ;

- M. Victor ELOUNDZIE, dont la protection et le soutien nous ont permis de garder le

moral haut et fort au cours des épreuves qui n'ont eu de cesse de jalonner notre parcours ; - Mme NDZANA Marie-Bernadette et M. Fabrice AYISSI NEMI pour leur

indéfectible soutien dans le parachèvement de notre cursus académique ;

- Nos frères et sSurs Gabrielle ABENA, Christelle NGA MVOGO, Rodrigue MBOLO, Claude MESSI, Paul MBALLA, Yolande SOUGA, Thierry BILOA ; nos camarades et amis de PROMO 96 dont les encouragements nous ont fait nous surpasser ;

- Pauline Sandrine MBALLA pour toutes les marques d'affection et de réconfort qu'elle n'a pas cessé de nous apporter ;

- Nos informateurs de Yaoundé et de Garoua Mme ABENA, MM. André MBALLA, Mamouda MAWOUMA, Othon MATAPIT, Abdou GARBA, Hamiti TIZI ; et tous ceux dont les noms ne figurent pas, mais dont les informations et les conseils ont permis à ce travail d'arriver à son terme.

ACRONYMES ET SIGLES

- B.I.D : Banque Islamique de Développement

- C.O.R.D.A.P : Conseil Rural pour le Développement de l'Agriculture et la Pêche - F.A.O : Food and Agriculture Organization

- F.I.D.A : Fonds International pour le Développement Agricole

- G.I.C : Groupe d'Initiative Commune

- I.R.A.D : Institut de Recherche Agricole pour le Développement

- MINADER : Ministère de l'Agriculture et du Développement Rural

- MINEPIA : Ministère de l'Elevage, des Pêches et des Industries Animales - O.M.S : Organisation Mondiale de la Santé

- O.N.U : Organisation des Nations Unies

- O.P.R : Organisations Paysannes et Rurales

- P.A.M : Programme Alimentaire Mondial

- P.F.R.D.V : Pays à Faible Revenu et à Déficit Vivrier

- P.N.V.R.A : Programme National de Vulgarisation de la Recherche Agricole - SODECOTON : Société de Développement du Coton

- W.W.W : World Wildlife Fund

1.

LISTES DES GRAPHIQUES ET DES

PHOTOS

LISTE DES GRAPHIQUES

- Graphique de la zone d'étude : le Cameroun&&&&&..&&&&&&&&&&&. 27
- Graphique de la zone d'étude : la région du Nord &&&.&&&&&&&&&&. 28

2. LISTE DES PHOTOS

- Photo 1 : Cases du Nord &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&.. 42 - Photo 2 : Vente de bili bili au marché de Roumdé Adja &&&&&&&&&&&&. 53 - Photo 2 : Le travail à la daba &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&... 56 - Photo 3 : Feuilles de viande séchées au soleil &&&&&&&&&&&...&&&&.. 89 - Photo 4 : La FAO, siège de Yaoundé &&&&&&&&&&&&&&&&.&&&. 95 - Photo 5 : Le PAM, Bureau de Pays Cameroun &&&&&&&&&&&&&&&.. 98 - Photo 6 : Un grenier communautaire &&&&&.&&&&&&&&&...&&..&. 99 - Photo 7 : Feuilles de foléré fraîches et séchées &&&&&&&&&&&&&&. 134

1.

LISTES DES TABLEAUX ET DES

ANNEXES

LISTE DES TABLEAUX

- Tableau 1 : Estimation des besoins et des productions en céréales de la région du Nord

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&. 23

- Tableau 2 : Répartition de la population dans la région du Nord &&&&&&&& 48 - Tableau 3 : Taux de scolarisation des élèves du primaire 2006/2007 &&&&&&&. 63 - Tableau 4 : Estimation des surfaces pâturables dans la région du Nord &&&&. & 71 - Tableau 5 : Production de matière sèche dans la région du Nord &&&&&&&& 71 - Tableau 6 : Bénéficiaires directs des greniers communautaires en 2008 . .... 100 - Tableau 7 : Bénéficiaires indirects des greniers communautaires en 2008 &&&...& 101 - Tableau 8 : Estimation du coût du programme d'alimentation scolaire (2008 --

2012) 103
- Tableau 9 : Rôle/responsabilités des différents intervenants du programme Cantines

scolaires &&&&&&&&..&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&& 104

- Tableau 10 : Quelques projets et opérations d'urgence du PAM &&&&&&&& 106

- Tableau 11 : Type d'ouvrage, fumure, ruissellement, eau infiltrée et rendement du mil
cultivé &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&& 122

2. LISTE DES ANNEXES

- Annexe 1 : Attestation de recherche &&&&&&&&&&&&&&&&&&&.& x - Annexe 2 : Liste des informateurs &&&&&&&&...&&&&&&&&&&&& xi - Annexe 2 : Guides d'entretien &&&&&&&&&&&&&&&&&&..&& & xii - Annexe 3 : Décret n° 86/1414 du 24 novembre 1988 portant création d'un comité de

gestion de l'assistance de la FAO et du PAM &&&&&&&&&&&&&&&.... xiii - Annexe 4 : Décret n° 97/714/PM du 26 décembre 1997 portant création d'un comité de

gestion de des interventions d'urgence dans les provinces de l'Extrême-Nord et du Nord

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&..&. xviii
- Annexe 5 : Quelques projets financés par la FAO.entre 2003 et 2010 &&.&&&. xxi

RésuMé

La présente étude porte sur « l'insécurité alimentaire dans la région du Nord : représentations, stratégies de lutte et enjeux ». Elle met en exergue la façon dont les populations de cette région du Cameroun vivent le phénomène de l'insécurité alimentaire au quotidien. La question qui constitue la pierre angulaire de ce travail est celle de savoir comment les populations de la région du Nord perçoivent le phénomène de l'insécurité alimentaire qui les frappe de manière récurrente ? En d'autres termes, il est question d'explorer les perceptions, les schèmes comportementaux des populations du Nord face aux crises alimentaires. Ceci nous a conduit à poser l'hypothèse selon laquelle les populations du Nord perçoivent l'insécurité alimentaire comme la résultante de facteurs naturels et humains auxquels vient s'ajouter une mauvaise politique de gestion de la part de ceux qui ont pour rôle de mettre un terme définitif à cette situation. Nous avons donc plongé au cSur de l'histoire du Cameroun pour déterminer les facteurs historiques qui ont contribué à structurer l'insécurité alimentaire avant d'en dégager les causes plus ou moins immédiates et les implications. Ce qui nous a permis de ressortir, au sein de la population, les couches les plus vulnérables tout comme les différentes stratégies qui sont implémentées par les populations elles-mêmes, les organismes internationaux et l'Etat pour lutter contre cette insécurité alimentaire. Derrière ces stratégies, nous avons pu dégager des enjeux humanitaires, socio-politiques et économiques. A la fin, nous avons proposé des pistes afin d'améliorer la sécurité alimentaire dans la région du Nord.

ABSTRACT

The present study is entitled "Food insecurity in the North Region: Social Representation, Fighting Strategies and Stakes." It sets out to investigate the different ways in which the populations of the North Region of Cameroon try to solve the problem of food insecurity in a daily-life fight against it in their region. The major preoccupation of this work therefore lies on trying to discover how those northern people perceive and deal with the many food shortages which are recurrent in that area. As a first answer to this question, a main research hypothesis was devised as follows: The peoples of the North Region believe the problem of food insecurity to be caused by both human activity and natural phenomena to which can also be added mismanagement of the persons who are in charge of ruling food affairs in the country. With this in mind, we were lead to dive into the heart of Cameroon's history in an endeavour to search the historical factors which may have had an impact to the current situation, and find the more or less recent causes to food insecurity as well as their repercussions. We where then able to determine the most vulnerable social strata involved as well as the various strategies that are implemented by local populations themselves, international bodies and the country's state in the fight against food insecurity. Besides those strategies, we were also able to come out with some economic, socio-political and humanitarian stakes. Based on these findings, some suggestions and recommendations have been addressed to all actors for the improvement of food security in the North Region.

SOMMAIRE

Dédicace................................................................................................... i Remerciements........................................................................................... ii Acronymeset sigles............................................................................ ... iii Listesdes graphiques et des photos .................................................................. iv Liste des tableaux et des annexes ......................... v Résumé................................................................................................... vi

Abstract.............................................................................................. vii

Sommaire viii

Introduction.............................................................................................. 1

PREMIERE PARTIE : Approche historique et représentations sociales du phénomène de l'insécurité alimentaire &&&&&. &&&&&&&&&&&&&&&&&& . 16 CHAPITRE I : L'insécurité alimentaire : les facteurs historiques 18 CHAPITRE II : La construction de la connaissance sociale sur les causes et les conséquences de l'insécurité alimentaire 25

DEUXIEME PARTIE : Attitudes des acteurs face à l'insécurité alimentaire : les stratégies de lutte &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&.& 81

CHAPITRE III : L'implication des populations dans la lutte contre l'insécurité alimentaire

83 CHAPITRE IV : L'apport des organismes internationaux dans la lutte contre le phénomène de l'insécurité alimentaire 94 CHAPITRE V : L'Etat et la lutte contre l'insécurité alimentaire .............................. 107

TROISIEME PARTIE : Enjeux de l'insécurité alimentaire et perspectives &&..& 112 CHAPITRE VI : Les enjeux de l'insécurité alimentaire et de sa gestion dans la région du Nord.................................................................................................... 114 CHAPITRE VII : Les perspectives pour une amélioration de la sécurité alimentaire ...... 121

CONCLUSION...................................................................................... 141 BIBLIOGRAPHIE .................................................................................. 149 ANNEXES........................................................................................... 162 TABLE DES MATIERES ........................................................................177

INTRODUCTION

I- PROBLÈME

Le Cameroun est situé entre le 2e et le 13e degré de latitude Nord c'est-à-dire dans la zone équatoriale et la zone tropicale. Souvent présenté comme (( un condensé d'Afrique tropicale »1 il comporte deux grands domaines climatiques : le domaine équatorial qui se caractérise par des précipitations abondantes (environ 3890 mm/an), des températures élevées et constantes ; entraînant une amplitude thermique faible. Le domaine tropical quant à lui s'identifie par des températures élevées (18 à 45° C), des pluies peu abondantes et irrégulières (entre 500 et 1200 mm/an ) à cause d'une saison sèche qui s'étend d'octobre à avril. Ce climat tropical sévit essentiellement dans les basses terres où se retrouve la plaine du Nord. Située dans la cuvette de la Bénoué, la région du Nord connaît un taux de croissance de près de 6% avec une population estimée à 1.700.000 d'habitants. Cependant, la production vivrière, stagnante voire en regression2 ne parvient pas à suivre le rythme de l'accroissement démographique. Par conséquent, et si l'on ajoute des conditions climatiques défavorables, des déficits chroniques de production, des problèmes de gestion des stocks vivriers ainsi que des périodes à risque comme la soudure3 (entre juin et septembre), des crises alimentaires frappent les populations , surtout rurales, de façon recurrente.

De ce fait, nous assistons à une mobilisation tous azimuts aussi bien des populations, des pouvoirs publics que des ONGs et des organismes internationaux. Malgré tous ces efforts, des poches d'insécurité alimentaires subsistent et placent les populations concernées dans une situation d'assistanat permanent. C'est pourquoi nous nous interrogeons, dans ce travail, sur les représentations sociales de ce phénomène ainsi que sur les enjeux véritables des différentes stratégies mises sur pied pour juguler cette insécurité alimemtaire.

1 Gaston ACHOUNDONG in Atlas du Cameroun, Paris, Editions J.A, 2006, p.64.

2 D'après l'Office Céréalier, cette production est estimée à environ 390.000 t de céréales plus 47.000 t de paddy ; soit environ 175 kg/personne au lieu des 200 kg nécessaires.

3 Selon Christian SEIGNOBOS et Henry TOURNEUX dans Le Nord-Cameroun à travers ses mots, Paris, Karthala, 2002, p.257 (( la soudure est une période oã l'on a épuisé les réserves de grain de l'année précédente, et oã la nouvelle récolte n'est pas encore disponible. Cette période se situe à la fin de la saison des pluies avant les premières récoltes. On frôle souvent la disette à ce moment de l'année. »

II- PROBLÉMATIQUE

Le 16 octobre de chaque année, la communauté internationale célèbre la journée mondiale de l'alimentation. Autour de cette journée, sont organisés au Cameroun des séminairesateliers, des conférences et autres téléfood4 dont les objectifs majeurs sont, d'une part, mettre en lumière l'état de la production agricole du Cameroun, considéré comme le grenier de l'Afrique Centrale ; et d'autre part, « sensibilser le grand public sur les problèmes de faim, la misère et la malnutrition et trouver les soluions audit problème »5. Depuis longtemps en effet, le Cameroun fait partie du cercle assez restreint des pays subsahariens qui connaissent une relative « autosuffisance alimentaire ». Cette expression étant devenue redondante dans les discours des dirigeants et autres hommes politiques camerounais, ceci laisse supposer que la production alimentaire ou vivrière correspond aux besoins de la population pour ne pas dire qu'elle est excédentaire6.

Cependant, un certain nombre de faits et d'évènements viennent s'inscrire en faux contre ce discours. Dans un premier temps, la FAO a classé le Cameroun en 2002 dans la catégorie des Pays à Faible Revenu et à Déficit Vivrier (PFRDV) en raison de ses mauvaises performances économiques et surtout de la chute de sa production agricole qui ne parvient plus à satisfaire toute la population. D'où le recours à l'importation de produits alimentaires, et parfois à l'aide alimentaire. Ensuite, au cours du mois de février de l'année 2008, le Cameroun, à l'instar de beaucoup d'autres pays comme le Burkina Faso, l'Egypte, la Guinée Conakry, l'Indochine, le Sénégal, le Mali ou les Philipines, a traversé une période de crise marquée par une série d'émeutes. Ces émeutes ont été baptisées par d'aucuns « les émeutes de la faim »7 dans la mesure où l'une des raisons qui ont poussé les populations à descendre dans les rues était l~accroissement du phénomène de l'insécurité alimentaire. Mais bien avant ces évènements de Février 2008 c'est-à-dire le 21 Mai 2006, le PAM a organisé et animé au Boulevard du 20 Mai à Yaoundé, en collaboration avec le MINADER, une marche contre la faim dénommée « Fight Hunger Walk the World ». L'objectif de cette marche était non seulement de collecter divers dons en espèces et en nature, mais aussi et surtout de sensibiliser les camerounais sur le

4 Celui organisé cette année conjointement par le MINADER et la FAO a rapporté environ 40.000.000 F.CFA.

5 Jean KUETE, Ministre d'Etat chargé de l'Agriculture et le Développement Rural, discours prononcé à MFOU le 15/10/2009 lors du lancement de cette journée mondiale de l'alimentation dont le thème était : « Atteindre la sécurité alimentaire en temps de crise ».

6 Nous prenons par exemple l'interview accordée à la Cameroon Radio and Television (CRTV) le 16/10/2007 par M.Angel AYONG, Conseiller Technique N°1 au MINADER à l'occasion de la journée mondiale de l'alimentation.

7 A l'instar de Jean ZIEGLER, l'ancien rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l~alimentation ; ou encore Eugène NYAMBAL, conseiller spécial pour l'Afrique de l'Administrateur du Fonds Monétaire International (FMI).

problème de l'insécurité alimentaire qui a tendance à s'enraciner dans ses zones d'activités prioritaires que sont l'Est et le Nord8.

En effet, ledit Nord est très souvent victime d'un climat aride, de catastrophes naturelles comme les inondations en saison pluvieuse, et de multiples fléaux à l'instar de l'invasion des insectes et des oiseaux granivores. ODECO Cameroun confirme dans une étude menée en 20029 que les principales causes de l'insécurité alimentaire au Nord Cameroun sont l~irrégularité et la durée des pluies (environ 85 jours de pluie/an pour une pluviométrie inférieure à 1.000 mm), la sécheresse, les inondations, ainsi que les insectes et oiseaux granivores qui ravagent les récoltes. Les périodes d'insécurité alimentaire, par exemple pendant la période de soudure au cours de laquelle les greniers sont quasiment vides, sont caractérisées par une insuffisance ou une indisponibilité des ressources alimentaires. Cette raréfaction des produits vivriers sur les marchés entraîne de fortes augmentations des cours des céréales (mil, sorgho, maïs, riz, paddy) qui constituent la base de l'alimentation des populations de cette région. A titre d'illustration, le prix du sac de mil augmente de près de 300% en passant de 8400 frs en janvier à environ 24.000 frs en août. Les autres conséquences sont la baisse de la production, le recours à l'aide alimentaire ou l'endettement pour la nourriture auprès de ceux qui ont des réserves.

Bref, la région du Nord peut donc à ce titre, être considérée comme une zone sensible. Du fait de cette sensibilité, un certain nombre de mesures et de stratégies sont implémentées par l'Etat ainsi que par des organismes de développement. Les actions des uns et des autres touchent des domaines aussi variés que la santé, l'éducation (UNICEF, PLAN-Cameroun...), le genre, l'économie (IRD, BID...) ou encore l'alimentation et l'agriculture avec le FIDA, l'IRAD, le PNVRA, le CORDAP, ou le PAM.

Nassourou ABDOURAHMANE10 analyse les ripostes de l'Etat face à l'insécurité alimentaire. Ces ripostes consistent en la lutte contre les fléaux par les services phytosanitaires, la modernisation de l~agriculture, et l'assistance vivrière. Ces diverses actions des pouvoirs publics et de leurs partenaires connaissent des succès mitigés. Si sur certains plans, les objectifs poursuivis sont atteints, d'autres secteurs ne voient pas leurs objectifs se réaliser.

Jusqu'à date, la plupart des travaux abordant les questions d'insécurité alimentaire sont globalisantes c'est-à-dire englobent les trois régions de l'Extrême-Nord, du Nord et de l'Adamaoua. Certes il n'y a pas très longtemps, ces 3 entités formaient la grande province du

8 Il s'agit là d'une paraphrase des propos de Mme Fatma SAMOURA, ancienne Directrice et Représentante du PAM Cameroun, à l'issue de cette marche.

9 ODECO Cameroun, Les caractéristiques de la sécurité alimentaire au Cameroun, Yaoundé ; 2002 ; P.5

10 ABDOURAHMANE N., MATHIEU B., TEYSSIER A., BELLO R., La sécurité alimentaire : une affaire de paysans, Actes du colloque du 27-31 mai 2002 à Garoua, publiés dans les Cahiers Agricoles, vol. 12, Juillet 2003, p.9.

Nord avec pour capitale Garoua. Mais elles ont depuis été éclatées pour faire place à trois provinces, et par la suite, régions distinctes et autonomes. On ne saurait donc les situer à un même niveau. D'autant plus que la région du Nord a eu un avantage comparatif par rapport à l'Extrême-Nord et à l'Adamaoua. En effet, étant la région d'origine de l'ancien et premier président de la République Ahmadou AHIDJO et abritant la capitale provinciale, elle a bénéficié de beaucoup de privilièges que les deux autres n'ont pas eu. Comme l'affirme Michel SIMEUKAMDEM,

« Les Allemands, qui occupent au début du XXème siècle ce site stratégique, font sortir Garoua d'une longue léthargie en lui octroyant le statut de poste administratif. Dès cette époque, Garoua est choisie au détriment de Maroua et de Ngaoundéré comme chef-lieu d'une circonscription du Nord. En 1916, les français la reconduisent dans la même fonction. A l'indépendance, alors que le Sud éclatait en plusieurs inspections d'administration, le Nord se trouva avec toujours à sa tête, Garoua ... Sous l'influence de divers facteurs parmi lesquels la prise de conscience des autorités du Cameroun indépendant de la nécessité de développer la ville natale du chef de l'Etat A. AHIDJO, la recherche d'une main d'teuvre qualifiée, etc., Garoua s'est transformée, devenant le plus grand centre industriel et commercial d'un Nord, il est vrai, bien démuni »11.

Ainsi, après l'indépendance, les services administratifs se sont développés en même temps que les moyens d'assurer pleinement la fonction de capitale de la grande région. Ce qui se manifeste à travers un réel effort d'équipement de la ville et se traduit par une industrialisation appréciable, consolidée par le transfert du siège de la SODECOTON de Kaélé à Garoua en 1973. La ville compte alors plus du tiers des indusries du Grand Nord (textiles, alimentaires, chimiques...). Elle bénéficie en outre d'un système de boulevards périphériques, unique au Cameroun, permettant un contournement aisé de l'agglomération. Place forte de l'import-export et du commerce en gros par son port, son activité portuaire périclite cependant après la guerre du Biafra, avant de repartir timidement jusqu'à la mise en eau du barrage de Lagdo. La ville concentre par ailleurs, grâce à ses multiples banques, et en particulier l'agence régionale de la BEAC, environ la moitié des activités financières de cette région. Avec son aéroport international, elle assure la fonction de troisième porte d'entrée du Cameroun après Douala et Yaoundé.

Comme nous l'avons dit tantôt, on ne saurait traiter ces trois régions au même pied d'égalité puisque les réalités dans ces trois régions sont différentes. Si les mêmes problèmes peuvent se poser, ce ne sera pas avec la même acuité. Ils seront plus exacerbés d'un côté, et

11 Michel SIMEU-KAMDEM in Atlas du Cameroun, Paris, Editions J.A, 2006, p.114.

moins de l'autre. Les solutions ne seront pas aussi appliquées avec une rigueur identique. En l'occurrence, l'insécurité alimentaire ne se pose pas dans les trois régions avec la même acuité. S'il fallait par exemple créer un parallèle avec les feux de signalisation routière, l'Extrême-Nord représenterait le feu rouge parce que sa situation alimentaire est presque catastrophique et les conditions environnementales sont à la limite du supportable. Le Nord représenterait le feu orange dans la mesure où même si la situation n'est pas tellement critique, des signaux commencent déjà à s'allumer pour montrer qu'il faut faire attention. Quant à l'Adamaoua, elle serait le feu vert puisque sa situation n'est pas alarmante et on peut encore prévenir là-bas quand on guérit déjà de l'autre côté.

Nous nous focalisons dans ce travail uniquement sur la région du Nord ; on dirait le Nord administratif, pour expliquer comment les populations vivent l'insécurité alimentaire dans cette partie du pays.

III- QUESTIONS DE RECHERCHE

III-1 Question principale :

Commemt les populations de la région du Nord-Cameroun perçoivent-elles le phénomène de l'insécurité alimentaire qui les frappe d'une manière reccurente ?

III-2 Questions secondaires

3-2-1 Quelles sont, au sein des populations de la région du Nord, les couches les plus vulnérables à l'insécurité alimentaire ?

3-2-2 De quelle manière les populations s'organisent-elles pour lutter contre l'insécurité alimentaire ?

3-2-3 Quels sont les enjeux que revêt l'insécurité alimentaire ainsi que toutes les stratégies de lutte déployées dans la région ?

III-3 Hypothèse principale

Les populations du Nord-Cameroun perçoivent l'insécurité alimentaire comme la résultante de facteurs naturels et humains auxquels vient s'ajouter une mauvaise politique de gestion de la part de ceux qui ont pour rôle de mettre un terme définitif à cette situation.

III-4 Hypothèses secondaires

3-4-1 Les couches identifiées comme les plus vulnérables à l'insécurité alimentaire sont les personnes âgées et les handicapés.

3-4-2 Pour lutter contre l'insécurité alimentaire, les populations locales développent une multitude de solutions endogènes qui sont appuyées et relayées par les organismes internationaux et les pouvoirs publics.

3-4-3 L'insécurité alimentaire ainsi que les stratégies de lutte qui en découlent recèlent des enjeux humanitaires, économiques et socio-politiques.

IV- DÉFINITION DES CONCEPTS OPÉRATOIRES

IV-1 Insécurite alimentaire

Le sommet mondial sur l'alimentation de 1996 énonce que la sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique, social et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active. Les trois pilliers ou éléments principaux de la sécurité alimentaire sont : la disponibilité, l'accès et l'utilisation des resources alimentaires.

Pour STAATZ, la sécurité alimentaire est : (( la capacité d'assurer que le système alimentaire fournit à toute la population un approvisionnement alimentaire nutritionnellement adéquat sur le long terme ».

FRANKENBERG va dans la même lancée quand il énonce que : (( la sécurité alimentaire est assurée lorsque la viabilité du ménage, défini en tant que unité de production et de reproduction, n'est pas menacée par un déficit alimentaire »12.

Fondamentalement, l'insécurité alimentaire est définie par les communautés comme le manque de moyens, qu'il s'agisse de biens, d'argent, d'aptitudes humaines ou de relations permettant d'assurer une alimentation adéquate.

Nous ne saurions parler de l'insécurité alimentaire sans évoquer des concepts voisins ou y relatifs tels que l'autosuffisance alimentaire ou la souveraineté alimentaire.

IV-2 Autosuffisance alimentaire

L'autosuffisance se définit comme (( l'autonomie de ressources ou de moyens qui dispense une personne ou un pays d'une aide extérieure ». Dans les Directives d'Evaluation Conjointe HCR/PAM, l'autosuffisance se refère à la capacité d'un individu, d'un ménage ou d'une communauté de satisfaire durablement ses besoins essentiels (nourriture, eau, logement, protection personnelle, santé, éducation) avec dignité sans aide extérieure et sans recourir à des

12 Cités par Nassourou ABDOURAHMANE, op.cit, p.3.

activités qui appauvrissent irréversiblement la base des ressources familiales ou communautaires (santé et capacité humaine, facteurs de production et ressources naturelles). Une communauté ou un ménage autosuffisant doit être capable de faire face à des légères fluctuations de conditions climatiques et économiques mais peut avoir besoin d'assistance extérieure lors d'un changement significatif de ces conditions.

IV-3 Souveraineté alimentaire

Le CORDAP la définit comme :

(( le droit pour tout pays ou ensemble de pays à définir sa politique agricole et alimentaire dans l'intérêt de son peuple, à protéger ses paysan(ne)s et producteurs agricoles et ses marchés locaux du dumping et des importations agricoles et alimentaires à trop bas prix, afin que ceux-ci parviennent à satisfaire durablement les besoins d'une alimentation saine, sûre, culturellement acceptable et écologiquement cultivée ; et soit de même le socle pour une rémunération équitable aux paysan(ne)s et aux producteurs agricoles locaux ))13.

IV-4 Représentations sociales

Pour Gilles FÉRREOL, les représentations sociales désignent :

(( le savoir de sens commun, socialement élaboré et partagé, construit pour et par les pratiques et qui concourt à la structuration de notre réalité ... C'est une manière de penser et d'interpréter la vie quotidienne. Elles sont une production mentale sociale ... et sont le produit d'une élaboration tant psychologique que sociale. ))14

D'après Serge MOSCOVICI, les représentations sociales sont :

(( un système de valeur, de motivation et de pratiques relatives à des objets, des aspects ou des dimensions du milieu social qui provient non seulement du cadre de vie des individus et des groupes, mais qui constitue également un instrument d'orientation de la perception des situations et l'évaluation des réponses. ))15

13 Définition contenue dans (( L'appel du CORDAP pour la souveraineté alimentaire du Cameroun )), Yaoundé, 17 avril 2008.

14 Gilles FERREOL, Dictionnaire de sociologie, Paris, Armand Colin, 1995, 2è édition.

15 Serge MOSCOVICI, La psychanalyse, son image et son public, Paris, PUF, 1961.

Pour Denise JODELET,

« le concept de représentations sociales désigne une forme de connaissance spécifique, le savoir de sens commun, dont les contenus manifestent l'opération de processus génératifs et fonctionnels socialement marqués. Plus largement, il désigne une forme de pensée sociale. Les représentations sociales sont des modalités de pensée pratique orientées vers la communication, la compréhension et la maîtrise de l'environnement social, matériel et idéal. En tant que telles, elles présentent des caractères spécifiques au plan de l'organisation des contenus, des opérations mentales et de la logique. Le marquage social des contenus ou des processus de représentation est de reférer aux conditions at aux contextes dans lesquels émergent les représentations, aux communications par lesquelles elles circulent, aux fonctions qu'elles servent dans l'interaction avec le monde et les autres. »16

Bref, la représentation est sociale quand le langage qui permet son expression est symbolique et sociale, quand également elle utilise des concepts propres au champ social. Les représentations sociales revêtent deux traits principaux qui les caractérisent. D'une part, elles sont collectives ( et à ce titre concernent essentiellement le social) et ne peuvent rendre compte des différences individuelles. D'autre part, elles sont des mélanges de concepts, d'images et de perceptions.

Les représentations sociales ont pour fonctions :

- l'orientation des conduites et des rapports sociaux ;

- la justification des conduites et des rapports sociaux ;

- la facilitation de la communication sociale ;

- l'interprétation de la réalité quotidienne et la compréhension des phénomènes nouveaux, étranges ;

- la constitution et la préservation d'une identité psychologique sociale (positive).

Toutes ces fonctions peuvent être résumées en un double fonction : rendre l'étrange familier et l'invisible perceptible en aidant les individus à s'orienter dans leur univers matériel et social.

Les représentations sociales sont à considérer d'un point de vue non pas seulement logique, mais anthropologique, car elles sont au cSur de la culture et de nos pratiques. Leur analyse doit être comparative par définition, comparaison des groupes, des cultures, des idéologies ; et centrée sur la réalité. C'est pourquoi dans ce travail nous jetons, de temps en

16 Denise JODELET, « Représentations sociales : phénomène, concept et théorie » in Serge MOSCOVICI, Psychologie sociale, Paris, PUF, 1984, pp.357 et 378.

temps, un regard panoramique sur les deux régions voisines du Nord à savoir l'Extrême-Nord et l'Adamaoua pour mieux jauger la situation de la région du Nord face au phénomène de l'insécurité alimentaire.

Nous pouvons résumer avec MOSCOVICI que : (( Il n'y a rien dans la représentation qui n'est pas dans la réalité, excepté la représentation elle-même. »17

V- MÉTHODOLOGIE

V-1 Cadre théorique

Dans le cadre de ce travail, deux grilles de lecture ont été mobilisées.

V-1-1 L'analyse stratégique

Cette approche analytique est développée par le sociologue français Michel CROZIER. Dans ses travaux sur l'organisation, il met l'accent sur les dimensions intentionnelle et stratégique du comportement des acteurs. Ainsi, les relations humaines résultent des stratégies des acteurs qui (( manoeuvrent, mobilisent des ressources, négocient, et concluent des alliances pour atteindre des objectifs dont la rationalité est limitée. »18

Dans le cadre de notre recherche, l'analyse statégique nous a permis d'analyser justement les stratégies mises en Suvre par tous les acteurs pour lutter contre l'insécurité alimentaire dans la région du Nord.

Par ailleurs, CROZIER soutient que, quelle que soit la lourdeur des containtes du système, l'acteur conserve toujours une (( marge de liberté qui lui permet de saisir les opportunités qu'offre la situation, de les fructifier »19. Les actions menées par les différents acteurs pour barrer la voie à l'insécurité alimentaire dans la région du Nord ne sont pas fortuites ou gratuites. Ces actions sont, la plupart du temps, la résultante de calculs. Il y transparaît des relans de nature économique, sociaux ou politiques que nous nous sommes chargés de dévoiler et de démystyfier.

17 Serge MOSCOVICI, op.cit., p.211.

18 Michelle GIACOBI, Jean Pierre ROUX, Initiation à la sociologie, Paris, Hatier, 1990, P.291.

19 Michel CROZIER, Erhard FRIEDBERG, L'acteur et le système, Paris, Seuil, 1977.

V-1-2 La sociologie critique

La réalité sociale n'est jamais donnée à l'observation première ou superficielle. Les sociétés étant caractérisées par une certaine « hypocrisie », toute analyse sociologique mérite d'être réalisée à deux niveaux au moins : le niveau patent et le niveau latent. Bien plus, le sociologue doit considérer que le sens profond et réel de son objet ne peut être conquis qu'à travers un dépassement, voire une remise en cause de l'aspect officiel qui ne constitue en fait qu'un voile d'occultation de l'aspect caché, plus révélateur de la dynamique sociale.

Cette conception de la société se trouve à la base de la sociologie critique ; modèle d'analyse dont les origines sont à trouver dans les travaux de l'Ecole de Frankfort. Les pionniers de cette école comme Herbert MARCUSE, Max HORKHEIMER ou Theodor ADORNO élaborent une théorie basée sur une critique de la science et de la raison. Laquelle théorie doit favoriser l'émancipation des hommes en leur dévoilant les mécanismes de domination ; en essayant de comprendre les idéologies qui sous-tendent les actions et les pratiques des « bienfaiteurs ». La sociologie critique a donc pour mission de libérer les énergies internes ; d'aider les peuples à prendre conscience par les moyens de la connaissance. Elle est réactualisée par des auteurs contemporains comme Alain TOURAINE, Georges BALANDIER, Georges GURVITCH ou Jean ZIEGLER. Pour ce dernier, « flans la pratique de la sociologie, si tu arrives à cerner le logos, la raison objective d'un processus, alors, celui qui te lit devient plus libre, parce qu'il acquiert des connaissances sur ce qui lui arrive »20.

L'usage de la sociologie critique se justifie par son principe qui consiste à lire la réalité à deux niveaux. De ce fait, elle recommande au chercheur de se méfier du discours des acteurs, ou tout au plus, de partir de ce discours pour déceler, après critique et déconstruction, le sens profond de leur agir. Ainsi, dans la présente étude, nous nous sommes attelés à analyser les divers mécanismes et procédés mis en place par les populations, les pouvoirs publics et les organismes internationaux. La compréhension de ces procédés, aussi bien par les gouvernants que par les populations, et les implications qui peuvent en découler pourra permettre, aux partenaires en présence, de trouver les voies et moyens qui conduiront à une autosuffisance alimentaire réelle et permanente dans cette région en particulier et au Cameroun en général.

20 Jean ZIEGLER, La Terre qu'on a, Paris, Edi, 1989, p.235.

V-2 Techniques de collecte

Pour mener à bien ce travail, une double démarche a été adoptée : premièrement, une recherche documentaire a été menée. Ensuite, des enquêtes de terrain ont été effectuées et ont consisté en l'observation directe et des entretiens individuels. Ces deux techniques ont permis de rassembler un corpus empirique interéssant qui a été utile dans l'analyse faite dans le cadre de cette étude.

V-2-1 La recherche documentaire

Les investigations bibliographiques, certes, font état de ce que très peu de recherches en sciences sociales ont focalisé leur attention sur la région du Nord particulièrement et sur les ripostes des partenaires de l'Etat et précisément les organismes internationaux face au problème de l'insécurité alimentaire dans cette région. Qu'à cela ne tienne, la documentation mise à notre disposition nous a permis de caractériser dans un premier temps le cadre physique et humain de notre zone d'étude. En seconde analyse, elle a facilité notre compréhension du phénomène de l'insécurité alimentaire qui nous intéresse dans la présente étude et plus précisément ses causes et ses conséquences ; les groupes vulnérables tout comme quelques unes des stratégies de lutte mises sur pied par les acteurs en impliqués.

V-2-2 L'observation directe

Elle est une technique vivante qui permet au chercheur qui vit dans un groupe social, de recueillir les données en appréciant les réalités sociales. Madeleine GRAWITZ souligne que :

« L'observation directe (..) provient du fait que l'observateur observe le groupe entrain de vivre, l'action qui naît, les processus pendant qu'ils se déroulent et non après coup. Il s'agit vraiment d'une observation directe et le plus souvent multidimensionnelle c'est-à-dire attachée à plusieurs aspects »21.

Valentin NGA NDONGO va compléter cette vision en disant qu'il s'agit de : « L'enrégistrement par notes descriptives ou analytiques d'action ou d'observation perçue sur le terrain, dans un contexte naturel »22.

21 Madeleine GRAWITZ, Lexique des sciences sociales, Paris, Dalloz, 1988, 3è ed, P.584.

22 Valentin NGA NDONGO, L'opinion camerounaise : problématique de l'opinion en Afrique Noire, Thèse de Doctorat d'Etat ès Lettres et sciences humaines, Tome 1, Université Paris-Nanterre, 1999, P.11.

Concrètement, dans le cadre de cette étude, nous avons porté une attention particulière sur les conversations, les attitudes, les interactions quotidiennes des acteurs sociaux avec leur milieu de vie. Il s'est agi aussi d'observer les manières de vivre, de gérer les ressources alimentaires par les populations. Cette technique de renseignement nous aura permis de collecter directement certaines informations utiles.

V-2-3 L'entretien semi directif

Pour Madeleine GRAWITZ, l'entretien semi directif est : « une communication orale ayant pour but de transmettre des informations de l'enquêté à l'enquêteur »23. Cette technique distingue l'entretien directif de l'entretien non directif. Selon que le contenu est ou non structuré par l'enquêteur, la participation est active. Chacun intervient à l'intérieur d'un champ délimité en fonction de l'objectif de l'enquête. Le choix motivé de ce type d'entretien est le fait qu'il peut admettre des questions formulées et/ou non formulées à l'avance, des questions ouvertes et celles fermées. Ce qui garantit une certaine marge de liberté aux répondants.

En plus, l'entretien semi-directif écarte aussi les risques de dispersion. Il garde ouverte la possibilité d'obtenir des clarifications à des réponses vagues. Le risque de passer à côté des problèmes importants que l'enquêté peut aborder spontanément est réduit. De plus, le contact direct permet d'interpréter et de comprendre l'attitude, la manière de se comporter de son interlocuteur. Cette technique nous a permis d'avoir des entretiens très fructueux et profonds avec les autorités administratives, politiques, traditionnelles de la région du Nord ainsi que les responsables des organismes impliqués pour mieux cerner la question de l'insécurité alimentaire.

V-3 représentativité de l'échantillon

- 1 chef de village

- 20 chefs de ménages

- 2 délégués de GIC ou associations

- 2 autorités administratives (sous-péfets ou autres)

23 Madeleine GRAWITZ, Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 1990, 6è ed, P.744.

- 2 responsables du MINADER (le chargé des situations d'urgence et le chargé des questions d'insécurité alimentaire)

- Le Représentant-Résident du PAM

- Le Représentant-Résident de la FAO

VI- PLAN DE TRAVAIL

Le présent travail est subdivisé en trois parties réparties en deux chapitres pour la première partie, trois chapitres pour la deuxième partie et deux chapitres pour la troisième partie. La première partie analyse les facteurs historiques de l'insécurité alimentaire et analyse les causes et les conséquences immédiates de ce phénomène. Ainsi, le premier chapitre parle des facteurs historiques c'est-à-dire les causes lointaines de l'insécurité alimentaire. Le deuxième chapitre traite de la construction sociale des causes et des conséquences de l'insécurité alimentaire. Dans la deuxième partie, il est question d'étudier les ripostes des principaux acteurs impliqués dans la lutte contre l'insécurité alimentaire à savoir les populations elles-mêmes au troisième chapitre, les organismes internationaux au quatrième chapitre ; et les pouvoirs publics au cinquième. Enfin dans la troisième partie, nous examinons les différents enjeux de l'insécurité

alimentaire dans la région du Nord au sixième chapitre, et nous entrevoyons des pistes quipermettraient d'améliorer la sécurité alimentaire dans cette région dans le septième et dernier chapitre.

PREMiERE PARTiE :

APPRocHE HisToRiQuE ET REPREsENTATioNs
sociALEs Du PHENoMENE DE L'iNsEcuRiTE
ALiMENTAiRE

En nous plaçant dans la perspective éliasienne du « temps long », nous nous rendons compte du fait que l'insécurité alimentaire est un phénomène qui trouve ses racines dans l'histoire du Cameroun post-indépendant et qui s'est patiemment construit et fixé dans les mémoires collectives des populations de la région du Nord. En effet, nous analysons dans cette partie les politiques agricoles du Cameroun afin de pouvoir en déceler les failles qui ont concouru soit à favoriser, soit à ne pas empêcher l'évolution de l'insécurité alimentaire. Dans un deuxième temps, il sera question d'entrer dans les schèmes mentaux et comportementaux des populations du Nord pour comprendre comment elles perçcoivent et ressentent ce phénomène. Autrement dit nous allons examiner les causes et les conséquences de l'insécurité alimentaire ainsi que les principales couches ou catégories sociales les plus exposées.

CHApiTRE 1 :
L'iNsÉCuRiTÉ ALiMENTAiRE : LEs
FACTEuRs HisToRiQuEs

Nous fondons cette reflexion sur l'hypothèse selon laquelle les politiques agricoles menées dans la partie Nord du Cameroun en particulier et dans tout le pays en général depuis les années 1970 ne sont pas encore parvenues à assurer la sécurité alimentaire aux populations de manière permanente et durable en dépit de tous les efforts humains et financiers consentis par l'Etat.

I- LES DÉFAILLANCES DES POLITIQUES AGRICOLES

La politique éconmique au Cameroun depuis son indépendance en 1960 a toujours accordé une place particulière au secteur agricole. C'est ainsi que Amadou AHIDJO déclarait à l'ouverture du Comice agropastoral de Buéa en 1973 que « Avant l'or noir, il y avait l'or vert, et après l'or noir, il y aura l'or vert »24. Les autorités camerounaises se sont depuis rendues à l'évidence que la voie du développement économique passe par le développement de l'agriculture. Ceci parce que cette activité a toujours été la principale en milieu rural, « milieu qui reste le plus concerné par le faible niveau des revenus ainsi que la précarité des conditions de vie »25. Ainsi, toute politique d'améliorartion des conditions de vie des populations passerait par l'augmentation de la production agricole.

De 1960 jusqu'au milieu des années 1980, l'économie camerounaise est passée par une phase de planification caractérisée par l'application de plans quinquénaux. Au final, six plans quinquénaux ont été mis en ceuvre. Cinq ont été exécutés entièrement et le sixième fut interrompu par la crise économique des années 1980. Dans chacun de ces plans quinquénaux, l'agriculture ressort comme un des principaux élémemts sur lequel devait se baser le développement économique. Les objectifs de ces plans seront donc logiquement centrés sur le secteur agricole ainsi que les stratégies de développement rural. Le deuxième plan quinquénal

24 L'or vert c'est l'agriculture et l'or noir c'est le pétrole.

25 Hervé BELLA, Agriculture et croissance économique au Cameroun, ISSEA, juin 2009, p.13.

(1966-1971) a même été baptisé « Plan du paysan ». Globalement, les buts visés par les quatre premiers plans quinquénaux sont sensiblement les mêmes et peuvent se résumer par :

- l'augmentation de la production agricole tant vivrière qu'industrielle ;

- l'amélioration de la productivité dans le secteur agricole ;

- l'amélioration des revenus du monde rural ;

- le développement des structures de transformation locale.

C'est ainsi que durant cette période des plans quinquénaux, l'Etat est fortement impliqué dans l~élaboration et la mise en ceuvre de la politique agricole.

« Il est présent dans les différentes phases de l'exécution de celle-ci. Il s'engage dans les opérations de production, de distribution, de commercialisation, de la recherche. Son souci était d'assurer l'encadrement gratuit des agriculteurs de la production à la commercialisation, y compris le financement. »26

Pour la commercialisation, les prix d'achat aux producteurs, pour certaines productions, étaient administrés par l'Etat. Lequel Etat s'était constitué « maître d'ouvrage » et « maître d'oeuvre ». Les ministères de l~agriculture et de l'élevage disposaient de structures déconcentrées qui fournissaient un encadrement aux paysans : distribution gratuite des intrans, centres de stockage, centres de conseils et de vulgarisation.

Dans cette lancée, l'Etat a créé des sociétés de développement, à qui il incombait l'encadrement des paysans ainsi que la facilitation, pour ces derniers, de l~accès aux crédits et intrans agricoles. Leur action a porté sur la production, la formation et l'information des paysans, ainsi que la garantie d'un circuit de commercialistion assez fiable. Par exemple, pour encadrer les producteurs de riz, l'Etat créa la Société d'Exploitation et de Modernisation de la Riziculture de Yagoua (SEMRY), la Société de Développement de la Riziculture de la plaine de Mbo (SODERIM), ou encore la Upper Noun Valley Development (UNVDA) ; pour le blé et le maïs, la Société de Développement du Blé (SODEBLE) ; pour le coton la Société de Développement du Coton (SODECOTON) ...

A côté des sociétés de développement mais assez proches, les missions de développement sont nées pour répondre à des besoins immédiats dans les domaines oil l'Etat n'a pas jugé utile de créer une société de développement. A l'instar de la Mission de Développement des Cultures Vivrières et Maraîchères (MIDEVIV).

26 Hervé BELLA, op.cit., p.15.

Par ailleurs, des organismes financiers ont vu le jour dans l'optique d'apporter un appui financier aux agriculteurs ; ainsi que des banques de développement. Des principaux organes ayant joué un rôle majeur dans la mise en ceuvre de la politique agricole camerounaise ; on peut retenir le Fonds National de Développement Rural (FONADER), la Banque Camerounaise de Développement (BCD), le Crédit Agricole de Cameroun (CAC).

Pour ce qui est de la recherche, le décret n° 96/050 du 12 mars 1996 crée l'Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD) sous les cendres de l'Institut de Recherche Agricole (IRA) et l'Institut de Recherche Zootechnique (IRZ), dont il a été la fusion. Il lui a été assigné pour mission de conduire les activités de recherche visant la promotion du développement agricole dans les domaines de productions végégtales, animales, halieutiques, forestières et de l'environnement, ainsi que des technologies alimentaires et agro-industrielles. Elle travaille en collaboration avec la SODECOTON, la SEMRY, etc.

Certains établissements d'enseignement supérieur assurent la formation des cadres d'agriculture. Il s'agit de la Faculté d'Agronomie et des Sciences Agricoles (FASA) de l'Université de Dschang ou encore de l'Ecole Nationale Supérieure des Sciences Agroindustrielles (ENSSAI) de l'Université de Ngaoundéré.

L'on ne saurait oublier le Programme National des Engrais (PNE), créé en 1960 avec pour objectifs de sensibiliser la population sur l'usage rationnel des engrais, mettre en évidence l'efficacité des engrais par des démonstrations pratiques. Les instrans agricoles étaient subventionnés par l'Etat et distribués aux agriculteurs. « Ce taux de subvention allait de 75% en moyenne pour les engrais à 100% pour les produits phytosanitaires »27.

Voilà peint, en quelques lignes, le tableau des bonnes intentions manifestées par les pouvoirs publics pour encadrer l'agriculture camerounaise, et partant, assurer la production alimentaire qui devait faire du Cameroun « le grenier de l'Afrique centrale »28.

Cependant, des dysfonctionnements ou des failles ne vont pas tarder à apparaître dans ce bel édifice. Des facteurs endogènes et surtout exogènes pousseront les pouvoirs publics à remettre leurs politiques en cause. En réalité, après la phase de planification et en raison de la mauvaise conjoncture économique marquée par la crise de la décennie 80, l'on a assisté à une phase de libéralisation. Le gouvernement, conjointement avec le Fonds Monétaire International (FMI) a mis en place les Programmes d'Ajustement Structurel (PAS) ainsi que la Nouvelle Politique Agricole (NPA) dès 1990. Avec l'application de cette NPA, le rôle de l'Etat a été profondément modifié dans le secteur agricole. Les mesures de protection et d'encadrement dont

27 Hervé BELLA, op. cit., p.17.

28 Antoine SOCPA, De l'insécurité alimentaire au Cameroun, in Enjeux n°23, Avril-Juin 2005.

bénéficiaient les agriculteurs ont été levées. Par exemple dès 1989, la distribution gratuite d'intrans sera suspendue. Cette mesure sera suivie d'un arrêt des subventions aux engrais, pesticides et herbicides.

Dans leur immense majorité, les organismes créés par l'Etat ne survivront pas très longtemps. Ils seront, soit restructurés, soit tout simplement liquidés et fermés. C'est ce deuxième sort qui fut réservé au FONADER et à la BCD en 1989 à cause de leurs mauvaises performances financières et de leur incapacité à mobiliser et à recycler l'épargne rurale. Ils représentaient de véritables gouffres financiers qui, non seulement se sont révélés incapables de remplir leurs rôles, mais aussi et surtout ont été victimes du manque d'orthodoxie dans la gestion de la part de ceux qui étaient à leur tête. A titre d'illustration, l'UNVDA a englouti près de 7 milliards de frs CFA de 1981 à 1987, la SODERIM environ 7,1 milliards entre 1976 et 1987, la SEMRY plus de 40 milliards de 1979 à 198829.

Les victimes n'étaient pas constituées uniquement des agriculteurs qui étaient censés profiter des services de ces organismes, mais ceux des fonctionnaires qui y travaillaient n'ont pas connu une issue heureuse non plus.

La survivance de l'IRAD ne saurait nous tromper, en aucun cas, sur l'ampleur du désintérêt de l'Etat pour la promotion du secteur rural. L'IRAD a en effet du mal à faire savoir son savoir-faire auprès des petits agriculteurs, qui représentent pourtant plus de 85 % de la production nationale et qui souffrent de de la concurrence déloyale des agriculteurs du Nord nantis d'Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) et de colossales subventions.

Par ailleurs, « les résultats antérieurs de la recherche ont été très peu exploités à cause d'une part de leur inadaptation aux besoins des producteurs agricoles ; et d'autre part de l'inorganisation des services de recherche et de vulgarisation .»30

De plus, les étudiants formés à l'ENSSAI ou à la FASA ont cessé d'être intégrés automatiquement à la fonction publique dès la fin de leur formation. Leur expertise qui s'est, dans le passé, avérée très précieuse, n'a plus été apportée aux agriculteurs. Ces écoles ont de moins en moins attiré les candidats car beaucoup d'entre eux n'envisageaient pas la perspective du chômage après la formation alors que la règle générale, dans un environnement socioéconomique devenu très précaire, est la quête de moyens de survie.

L'Etat en se désengageant, a laissé le financement de l'agriculture depuis les années 1990 aux mains des bailleurs de fonds à travers des projets et programmes. L'Agence Française de Développement (AFD) et l'Union Européenne ont été les principaux pourvoyeurs de fonds du

29 MINADER, Stratégie nationale de développement de la riziculture au Cameroun, mouture III, Mars 2009.

30 Hervé BELLA, op.cit., p.19.

Projet Crédit Rural Décentralisé (PCRD). Le PNVRA a comme principal bailleur de fonds le Banque Mondiale. L'Agence Canadienne pour le Développement International finance des microprojets productifs en faveur des femmes. Mais les priorités de ces bailleurs ne correspondent pas toujours à celles des populations. Ils financent les projets qu'ils veulent bien financer ou alors qu'ils portent dans leurs valises.

En abandonnant les agriculteurs à eux-mêmes, la conséquence inéluctable a été la chute progressive de la production agricole nationale.

II- UNE PRODUCTION EN BAISSE CONSTANTE

Dans la région du Nord, l'alimentation est constituée essentiellement des céréales en l'occurrence le sorgho (pluvial ou le muskuwaari), le mil pénicillaire, l'arachide, les pois de terre (voandzou), le niébé... S'y ajoutent les produits agro-industriels ; souvent importés ou issus d'autres régions du Cameroun : le riz, le blé, le maïs de l'Adamaoua. En fait,

« La culture du maïs semble difficile au Nord de Garoua. Avec les variétés disponibles, elle semble inadaptée au climat (problème d'alimentation en eau), et à de nombreux sols (carences diverses, structures, striga..), aux possibilités d'utilisation (mouture de grain trop coûteuse). »31

Selon toute vraisemblance, la couverture des besoins alimentaires en céréales est en baisse constante au Cameroun depuis quelques décennies : en 1961-1963, elle était de 97% ; en 1971-1973, elle est de 83% ; en 1981-1983, elle s'élève à 84% pour descendre à 59% en 1988- 199032.

Les données de l'Office Céréalier sur la production annuelle nous servent à dresser un tableau des besoins en partant sur la base de 200 Kg de céréales par habitant et par an.

31 Diocèses de Garoua, Maroua, Mokolo, Ngaoundéré et Yagoua, Propos sur le développement agricole au Nord-Cameroun, Avril 1983.

32 Statistiques compilées par ONDOA MANGA dans Analyse des politiques agricoles mises en wuvre au Cameroun depuis 1960 , 2006.

ANNÉE

POPULATION

BESOINS (T)

PRODUCTION
(T)

BILAN (T)

1994-1995

970.000

194.100

435.200

241.200

1995-1996

1.020.000

204.000

413.900

209.900

1996-1997

1.100.000

214.500

344.300

129.800

1997-1998

1.128.000

225.600

329.200

103.600

1998-1999

1.186.000

237.100

213.100

- 24.000

Tableau 1 : Estimation des besoins et des productions en céréales dans la région du Nord entre 1994 et 1999. Source Office Céréalier.

Si on prend le cas particulier du riz, les statistiques révèlent que sa production reste relativement basse. En effet, depuis 1992, elle est restée inférieure à 80.000 tonnes, avec un record de 73.000 tonnes en 1998.

Comme il apparaît dans ce tableau, deux courbes suivent des trajectoires diamétralement opposées. D'une part, et conformément aux conclusions qui ont été tirées des défaillances des politiques agricoles des pouvoirs publics, la production agricole n'a pas pu faire face à l'abandon de cette filière et connaît une chute progressive. D'autre part, la croissance démographique est dans une phase ascendante. Elle est même déjà estimée à 3.282.018 en 2015. Pour Olivier IYEBI-MANDJEK, « Le croît démographique doit beaucoup à l'encadrement médical et à l'acceptation par les populations des campagnes de vaccination et des pratiques hygiéniques. Cela a diminué notablement la mortalité infantile »33.

Lorsque la production alimentaire ne parvient plus à satisfaire les besoins de la population, l'autosuffisance alimentaire ne saurait être atteinte. Lorsque le déficit est accentué et que les mesures prises ne répondent pas efficacement à la situation, c'est l'insécurité alimentaire qui s'installe.

33 Olivier IYEBI-MANDJEK in Atlas du Cameroun, p.82.

Certes, pour les raisons sus-évoquées, l'Etat y est pour beaucoup dans la crise alimentaire que connaît la région du Nord. Cependant, beaucoup d'autres facteurs aggravants entrent en jeu, qui ont tendance à l'exacerber. C'est pourquoi dans le chapitre qui va suivre, il sera question d'explorer les constructions causales sociales qui entourent l'insécurité alimentaire. L'analyse des causes étant indissociable de celle des conséquences, il sera fait question de ces dernières par la suite.

CHApiTRE 2 :
LA CoNsTRuCTioN DE LA CoNNAissANCE
soCiALE suR LEs CAusEs ET LEs
CoNsEQuENCEs DE L'iNsECuRiTE

Comme il a été mentionné précédemment, à la responsabilité de l'Etat qui n'est plus à démontrer, s'adjoignent d'autres facteurs ou causes immédiates à ce phénomène d'insécurité alimentaire dans la région du Nord. Ces facteurs tirent leur essence du comportement des populations qui sont immergées dans une interaction permanente avec leur habitacle naturel. Ceci n'est pas sans implications non seulement sur les populations concernées, mais encore sur cet environnement. Mais avant de nous étaler sur ses multiples causes, nous allons, nous apesantir sur ce que pensent les populations de l'insécurité alimentaire c'est-à-dire comment elles définissent ce phénomène.

JODELET soutient encore à propos des représentations sociales qu'elles constituent :

« une forme de connaissance, socialement elaboree et partagee, ayant une visee pratique et concourant à la construction d'une realite commune à un ensemble social. Egalement designee comme savoir de sens commun ou encore savoir naïf, naturel, cette forme de connaissance est distinguee, entre autres, de la connaissance scientifique ».

Plus loin, elle continue en affirmant que les représentations sociales concernent

« la façon dont nous, sujets sociaux, apprehendons les evènements de la vie courante (..) Bref, la connaissance spontanee, naïve, qui interesse tant aujourd'hui les sciences sociales, celle que l'on a coutume d'appeler la connaissance de sens commun ou encore pensee naturelle, par opposition à la pensee scientifique.

Cette connaissance se constitue à partir de nos experiences, mais aussi des informations, savoirs, modèles de pensee que nous recevons et transmettons par la tradition, l~education, la communication sociale. Aussi est-elle, par bien des côtes une connaissance socialement elaboree et partagee. »34

Les représentations sociales sont donc une sorte d'interface entre l'extérieur et l~intérieur, entre la réalité psychique et la réalité physique. Elles sont non pas une simple image de la réalité

34 Denise JODELET, op.cit.

mais une organisation qui a une signification précise. Elles font référence aux processus individuels, inter-individuels, intergroupes, idéologiques. Générées collectivement et donc partagées par les individus d'un même groupe, elles marquent la spécificité de ce groupe et contribuent à le différencier des autres. Sur le plan symbolique, le groupe véhicule ainsi de l'interdit, des normes, des codes et comportements. Il se forge des contrats explicites et implicites qui l'entraînent à toujours produire de l'imaginaire.

Les individus ou les groupes d'individus vont percevoir la réalité à partir des représentations qu'ils ont construites elles-mêmes à partir des interactions entres ces groupes. Cette réalité ainsi constituée pourra alors être adaptée aux normes et aux valeurs admises par ce groupe.

Au vu de ce qui précède, nous avons exploré les connaissances communes des populations de la région du Nord pour qu'elles partagent avec nous leur conception de l'insécurité alimentaire. Nous pouvons résumer les multiples définitions que nous avons collectées par celle que nous a donnée le lawane HAMITI TIZI d'Houmbal, village situé à 15 km de l'axe routier Garoua-Maroua et à 55 km de Figuil. Pour lui en effet, on parle de (( djoumtéké », l'insécurité alimentaire en fufuldé, lorsque :

(( la nourriture qu'on a pour manger est finie et qu'il n'y a plus rien d'autre c'est-à-dire que tout ce qu'on a gardé dans les greniers pendant les récoltes est déjà fini. Parfois, c'est quand ce qu'on a produit ne suffit pas pour nourrir tout le monde pendant la soudure. Et c'est à ces moments qu'on a le plus besoin d'aide. »

Bref les populations parlent d'insécurité alimentaire lorsque leurs ressources alimentaires ne parviennent plus à satisfaire leurs besoins ; quand elles n'ont plus grand-chose pour leur alimentation et qu'elles sont obligées de recourir à l'aide alimentaire ou à d'autres stratagèmes. Nous analysons plus bas les multiples origines de l'insécurité alimentaire.

LA REGION DU NORD

I- ATTRIBUTIONS CAUSALES DE L'INSÉCURITÉ

ALIMENTAIRE

Pour LEIBNIZ,

« Rien n'arrive sans qu'il y ait une cause ou du moins une raison déterminante, c'est-à-dire quelque chose qui puisse servir à rendre raison a priori pourquoi cela est existant plutôt que non existant et pourquoi cela est ainsi plutôt que de toute autre façon. »35

En d'autres termes, tout phénomène a des antécédents qui peuvent le justifier. Les causes de l'insécurité alimentaire sont de deux ordres. Il y a d'un côté les causes liées à la nature et de l'autre côté les causes inhérentes à l'action de l'homme.

I-1 les causes naturelles

La région du Nord a est située en pleine zone tropicale. Elle a été créée en 1983 et couvre une superficie de 66.333 km2 représentant 14,12 % de la surface du territoire camerounais. Elle partage des frontières communes avec les régions de l'Extrême-Nord au Nord et l'Adamaoua au sud ; et les pays voisins dont le Nigéria, la République Centrafricaine et le Tchad. La région comprend 4 départements à savoir la Bénoué, le Faro, la Mayo Louti et le Mayo Rey ; 14 arrondissements et 4 districts. La situation géographique de cette région l'expose ou la soumet à beaucoup d'aléas climatiques favorables à l'insécurité alimentaire. Le milieu physique en constitue le premier facteur. Ledit milieu physique comprend l'hydrographie, les sols, le relief, le climat et nous nous focaliserons particulièrement sur ceux de ces éléments qui ont une incidence directe ou même indirecte sur la sécurité alimentaire de notre champ d'étude. Puis se sera au tour du milieu humain d'être passé au crible dans la mesure où on accuse parfois les habitudes alimentaires des populations de la région d'être source d'insécurité alimentaire.

35 LEIBNIZ, Théodicée, 1710, paragraphe 44.

I-1-1 Le milieu physique

BABA KAKE et ELIKIA MBOKOLO nous recommandent fortement d'étudier le milieu géographique lorsque nous investigons sur un groupe ou une population car, pour eux :

« L'étude d'une civilisation doit tenir compte de plusieurs facteurs parmi lesquels le peuple et le milieu géographique ne sauraient être négligés. Il serait vain d'aborder un processus historique sans tenir compte des données naturelles et physiques qui dans tous les cas interviennent dans le développement d'une région, d'un pays, d'un continent. »36

C'est dire que le milieu physique conditionne la vie des hommes dans une localité donnée. La connaissance de l'environnement permet aux individus dans un contexte donné de gérer de manière efficace et efficiente les ressources disponibles pour un développement durable.

I-1-1-1 Le climat

D'une manière générale, le climat dans la région du Nord est tropical de type soudanien avec une tendance guinéenne au sud de la province et sahélienne au nord de Garoua. La pluviométrie moyenne annuelle varie entre 500 et 1.200 mm d'eau avec une saison de pluie de 4 à 6 mois par an.

Pendant les mois de décembre et janvier, le climat est froid et sec tandis que pendant les les mois de novembre et décembre, il est froid et humide. La température moyenne est de 35°C et les mois où l'on enrégistre les températures les plus élévées sont ceux de mars et avril avec des températures oscillant entre 18 et 50°C.

On note une opposition entre une longue saison sèche, qui est de rigueur de cinq à sept mois, et une courte saison de pluies. La première saison va d'octobre à juin, la seconde de juin à octobre. Cette prédominance de la saison sèche est caractéristique des pays africains, en particulier ceux du Sahel.

Guy PONTIER et Michel GAUD affirment que :

36 Ibrahim BABA KAKE, ELIKIA M'BOKOLO, Histoire générale de l~Afrique, Paris, Casterman, 1978, p.9.

(( Le continent africain connaît de forts contrastes climatiques, les précipitations et par voie de conséquence les ressources en eau représentent souvent un facteur limitant, contrainte au développement. Les zones arides couvrent près de 60 % du continent ... L'Afrique subsaharienne francophone est bien représentative de cette diversité climatique, puisque l'on j' retrouve toute la palette des régimes climatiques, depuis les zones désertiques aux précipitations rares jusqu'aux zones équatoriales aux précipitations abondantes réparties sur toute l'année. La zone la plus sensible aux aléas climatiques est la zone sahélienne définie au sens large. »37

Cependant, la présence des arbres améliore ce climat de façon considérable, et rend le paysage des montagnes attrayants. Plus loin, ils concluent en affirmant que : (( le climat imprime ainsi fortement son empreinte sur l'environnement et sur les sociétés humaines »38. Ainsi, des éléments du climat tels la durée des pluies ou la sécheresse entraînent souvent l'insécurité alimentaire.

> L'irrégularité et la durée des pluies

A cause des perturbations climatiques qui ont lieu à l'échelle mondiale et nationale, le cycle et le rythme des pluies connaissent progressivement de nombreux dysfonctionnements. La conséquence immédiate est que la croissance des plantes est fortement perturbée et ne produisent plus le rendement escompté. Il arrive donc que les pluies arrivent plus tôt que prévu et durent à peine 45 jours. Par conséquent, les plants qui sont semés et qui commencent à germer ne résistent pas à la sécheresse. HAMITI TIZI nous apprend à ce sujet que :

(( Quand on n'attend pas les pluies et qu'elles arrivent avant l'heure, la sécheresse va aussi vite arriver. Tout ce qui va pousser va mourir parce que ce n'est pas encore solide. Même si ça ne meurt pas, quand on va récolter il n j' aura presque rien dedans parce que ça n'a pas bien pris. »

Parfois, la situation est inversée et les pluies surviennent tard ; ce qui fait que les plants n'atteignent pas la maturité et/ou ne produisent pas suffisamment. Tantôt c'est l'abondance des pluies qui détruit les plants. Le dernier aspect est qu'il arrive qu'il n y ait pas de pluie du tout. Dans ce cas, les semailles sont très difficiles.

37 Guy PONTIER et Michel GAUD, (( L'environnement en Afrique » in Afrique Contemporaine, Trimestriel n°161, 1992, p. 60.

38 Guy PONTIER et Michel GAUD, op.cit.

Quel que soit le cas de figure qui se présente, aucun n'est enviable parce que la production agricole en pâtit. Ce dérèglement du rythme des pluies peut être imputé à la sécheresse qui sévit dans cette partie du pays.

Quand la saison sèche a été très rude, le retour des pluies est souvent caractérisé par d'innombrables inondations. Celles-ci sont fréquentes entre les mois de juillet et d'août. Si elles peuvent être bénéfiques pour l'agriculture, des inondations imprévues dues à des pluies anormalement importantes ont des effets dévastateurs. En effet, la saison des pluies de juillet et août cumule à elle seule 2/3 du total pluviométrique annuel de la région. Ainsi, à la suite des multiples pluies du mois d'août 2007, le réseau hydrographique de la région, constitué essentiellement de cours d'eau saisonniers appelés (( mayos » issus de montagnes avoisinantes, a rapidement été saturé, créant des inondations.

(( Le mal a été accentué par la topographie plane de la pédologie de la région où les sols argileux et très peu perméables entraînent une longue stagnation des eaux. Les routes desservant la région ont été coupées. Les popoulations ont donc dû patienter pendant plusieurs jours, se passant de leurs activités agricoles. Les plus téméraires allaient récolter les produits épargnés par les eaux, perchés sur des pirogues (..)

Cependant, le grand sujet d'inquiétude concerne le risque de suraccident : la survenue d'épidémies, notamment le choléra. Les inondations mettent en effet hors d'usage la quasi-totalité des puits des zones affectées : ceuxci sont envahis par les eaux souillées produites par l'évènement. Le risque de suraccident concerne aussi la survenue possible de la famine dans la localité, car des plantations sont dévastées par les eaux. Les inondations détruisent des greniers contenant les réserves alimentaires de plusieurs familles. Le petit bétail est également emporté par les eaux en furie. Il va sans dire que cela accroît la vulnérabilité des populations en période de soudure, notamment lors de la saison sèche. »39

Le bilan de ces inondations survenues en 2007 dans le village d'Houmbal fait état de : 43 cases et 19 greniers détruits, près de 5 hectares de plantations dévastés, près de 100 têtes de bétail et environ 200 têtes de volailles emportées.

HAMITI TIZI se souvient :

(( Il y a peut-être trois ans, le village a connu une situation grave à cause des inondations. C'était pendant les grandes vacances en août. Il avait plu pendant des jours et des jours. L'année-là, on avait perdu presque tout. Il ne restait rien. Il n'y avait pas grand-chose à manger et les gens avaient faim. Les greniers étaient vides. Si on ne nous venait pas en aide, je ne sais pas comment on allait vivre ici. »

39 MINATD, Rapport sur l'état de la protection civile au Cameroun, Yaoundé, février 2008, pp.34 -35.

> La sécheresse

Les sécheresses sont causées par le manque de pluies sur une longue période. Elles se produisent généralement dans des régions chaudes et sèches. Dans la plupart des cas, la zone est sèche car les précipitations y sont très minimes. La pluie qui tombe sera vite absorbée dans le sol ou sera emportée par le courant d'air qui se déplace sur le terrain. Par conséquent, la terre est très sèche et pas grand-chose n'y pousse. Elle sévit dans la région du Nord entre les mois de février et d'avril. D'après la FAO40, la sécheresse, phénomène insidieux qui progresse lentement, détruit les cultures vivrières, tue les êtres humains et les animaux et à des effet à long terme sur l~environnement. La sécheresse affecte les populations de différentes façons : il est important de comprendre et de suivre ces différences dans le temps pour prévenir la famine. Par exemple, la sécheresse peut entraîner des mouvements inhabituels de troupeaux sur de longues distances, en quête de pâturages, et les mettre en contact avec de nouvelles maladies.

Par ailleurs, les systèmes d'irrigation risquent d'être touchés, notamment lorsqu'il ne pleut pas pendant une très longue période. Les rendements des cultures sont réduits lorsque l'eau d'irrigation vient à manquer ou lorsqu'elle devient trop saline. Les puits peu profonds, les points d'abreuvement et les petits reservoirs s'assèchent ou sont contaminés, ce qui compromet la santé des humains et des animaux.

La terre, qui n'est plus protégée par la végétation, devient vulnérable à l'érosion éolienne et lorsque les pluies reviennent enfin, à l'érosion hydrique. A son tour, l'érosion entraîne une perte de fertilité des sols, ce qui réduit par la suite le rendement des cultures. L'augmentation du ruissellement sur les sols érodés peut entraîner l~envasement des retenues d'eau et des ouvrages d'irrigation, aggraver le phénomène d'érosion et provoquer des inondations.

I-1-1-2 Les sols, le relief et la végétation

Le rapport de l'ORSTOM de 1964 dénombre six catégories de sols dans la région du Nord. Il s'agit :

- des sols en voie d'évolution ;

- des sols peu évolués à minéraux bruts ;

- des sols à sexquiosides ;
- des sols hydromorphes ;

40 FAO, Les situations d'urgence, la réponse internationale et la FAO, document produit par le Bureau régional pour l'Afrique, 1997.

- des planes-sols avec superposition d'une texture argileuse ; - des vertisols.

Le paysage géomorphologique de la région est constitué par deux grands ensembles dont les hautes terres et les plaines. Les plaines sont les zones de culture par excellence et constituent les zones d'intérêts cynégétiques. On peut citer la grande plaine qui s'étend du département du Faro à celui du Mayo-Rey en couvrant une partie de la Bénoué et une partie du Mayo-Louti. Ces plaines occupent 70 % de la surface de la région.

Les hautes terres se dressent de part et d'autre des plaines et constituent les lieux de refuge des animaux sauvages qui dévastent les champs lors des récoltes. On peut citer :

- les hauts plateaux de Doumo et Gurviza dont l'altitude varie de 500 à 1.000 mètres dans le Mayo-Louti ;

- les montagnes de Mousgoye, Douroum et Pseke-Bori dans le Mayo-Louti ; - les monts Tingueling dans la Benoué ;

- les monts Hosséré Vokré (2.049 m) et Atlantika (2.070 m) dans le Faro.

A chaque type de sol et de micro-climat, correspond une végétation donnée. Dans la région du Nord, on peut distinguer deux grandes régions :

- au sud de Garoua : c'est la région soudano-guinéenne qui va de Touboro à Garoua. C'est la savane arborée parsemée des forêts de galerie ;

- au nord de Garoua : c'est la région soudano-sahélienne dominée par les vertisols et les sols ferrugineux sur gneiss où pousse une végétation de steppe dominée par des épineux.

Les sols et le relief de la région du Nord constituent un frein à une diversification des cultures dans la mesure où beaucoup de cultures ne s'adapteraient pas à ce type de sol et de relief. Par conséquent les habitudes alimentaires des populations de cette partie du pays sont plus ou moins conditionnées ou limitées. Ces sols et relief imposent également un calendier cultural très rigide donc peu propice à la diversification.

I-1-1-3 L'hydrographie

Trois types d'écoulement composent le réseau hydrographique dans la région du Nord. Il

s'agit :

- des (( mayos », cours d'eau saisonniers issus des montagnes avoisinantes ;

- des rivières : on peut citer la Bénoué et ses affluents qui sont entre autres le Faro, le Mayo-Kébi, le Mayo-Pitoa ou le Mayo-Badjouma ;

- les barrages de Lagdo et celui de Chifidi, qui est cheval entre la région du Nord et celle de l'Extrême-Nord plus précisément dans l'arrondissement du Mayo-Oulo, mais qui est peu connu du grand public.

Il s'avère que cette hydrographie est loin de constituer un atout pour l'agriculture dans la région du Nord. Le fait par exemple que le barrage de Lagdo dispose d'un vaste périmètre irrigué où le riz est cultivé en priorité avec quelques cultures de contre-saison est plus ou moins négligeable puisque en saison sèche, la plupart pour ne pas dire tous les mayos et rivières s'assèchent et au retour des pluies, ils débordent et provoquent des inondations qui dévastent les cultures, comme il a été dit plus haut.

I-1-2 Les insectes et les oiseaux granivores

Les chenilles légionnaires, les cochenilles, les punaises, les criquets pélerins et autres types d'acridiens, les pucerons, les termites, les coléoptères, les oiseaux constituent de graves menaces pour les récoltes et le cheptel. En effet, ces oiseaux et insectes nuisent à une grande variété de produits dans les régions tropicales et subtropicales : céréales, légumineuses, oléagineux, racines et tubercules, denrées d'origine animale (viandes et poissons séchés), épices. Nous en avons étudié quelques uns ainsi que les dégâts qu'ils peuvent provoquer.

> Les criquets-pélerins

Selon le document de la FAO sus-évoqué, (( le criquet-pélerin constitue une menace permanente pour l'agriculture dans toute l'Afrique au Nord de l'Equateur »41. Souvenons-nous que le Cameroun est situé juste au-dessus de l'Equateur. De son nom scientifique Schistocera

41 FAO, op. cit .

gregaria, il est une espèce de criquet ravageur d'Afrique. Il fait partie de la catégorie des locustes, comme le criquet migrateur ou le criquet nomade.

Le criquet pélérin vit généralement une existence solitaire. Il a une tendance très marquée à éviter ses congénéres et effectue des vols nocturnes discrets. Mais, comme d'autres espèces d'insectes sauteurs, il se transforme complètement lorsque sa population atteint un certain seuil de densité (500 individus / ha) ; et devient migrateur. Il change alors de couleur, passant du vert au jaune, mais surtout de comportement. Sous des conditions climatiques favorables, la population de criquets augmente et on observe la fin de l'évitement mutuel. Le criquet exprime alors une incroyable grégarité. Les individus cherchent à se regrouper, établissant la condition pour créer des essaims et produire les invasions spectaculaires que nous connaissons. En s'attirant les uns les autres, ces acridiens forment des bandes ou d'immenses essaims qui peuvent atteindre plusieurs centaines de millions à quelques dizaines de milliards d'individus.

La question qui se pose alors est celle de savoir comment un timide criquet devient l'agent de véritables catastrophes humanitaires ?

D'après les scientifiques, ce passage de la phase solitaire à la phase grégaire est un changement complexe qui concerne plusieurs caractères physiques, physiologiques et comportementaux. D'après ces mêmes scientifiques, il impliquerait plus de 500 gènes et, jusqu'alors, pas un seul agent n'avait été identifié comme le précurseur de ce changement. Au cours de leurs expériences, les chercheurs des universités de Cambridge et d'Oxford ont montré que la rencontre entre les criquets provoquerait la libération d'une hormone qui est aussi un neurotransmetteur dans leur système nerveux : la sérotonime. Après avoir mis les insectes en contact forcé, la transformation est rapide, elle peut se faire au bout de deux heures. On pouvait penser que le changement était provoqué par la simple vue ou par l'odeur, mais les chercheurs se sont rendus compte que le contact tactile jouait un rôle principal. En caressant les poils hypersensibles qui se trouvent sur les pattes, ou en les stimulant électriquement, le messager chimique qui est la sérotomine se libère et induit la série de transformations.

Tous les deux mois, une nouvelle génération d'insectes peut s'accoupler. La femelle pond ensuite dans le sable, deux ou trois fois, des groupes de 80 à 100 aufs que le soleil couve. En bande, les criquets peuvent se déplacer sur 200 km par jour et dévorent presque l'équivalent de leur poids quotidiennemment. Ce poids est de 2 g pour les individus adultes pour une taille de 6 à 7,5 cm pour les mâles et 7 à 9 cm pour les femelles. Ainsi, un essaim dense de 1 km2 qui

regroupe environ 50 millions d'insectes avalera 100 tonnes de matière végétale fraîche par jour, n'épargnant ni culture, ni végétation naturelle42.

La dernière invasion de criquets pélerins en Afrique a débuté en septembre 2003 et 65.000 km2 de végétation avaient été dévorés à fin juillet 2004. en juillet, les abondantes pluies estivales poussent les essaims d'insectes à migrer du Maghreb vers le sahel, pour se reproduire en rejoignant les zones naturelles de reproduction du sud de la Mauritanie, du Nord-Est du Sénégal et de l'Ouest du Mali.

Pour Abdou GARBA, chef de famille résidant à Bibémi à 20 km de Garoua, « Tout ce que nous redoutons, ce sont les criquets migrateurs. Quand ils viennent, ils ravagent tout, ils mangent toutes les récoltes. »

Ils agissent essentiellement pendant les récoltes quand les plants sont déjà à maturité, ce qui diminue les rendements.

> Les cochenilles (coccoidea)

Ils forment la superfamille d'insectes hémiptères stenorrynches43. On en compte plus de 7.000 espèces. Ces insectes étaient autrefois nommés « poux des plantes » en raison de leurs pièces buccales transformées en rostre piqueur leur permettant d'aspirer les sèves. Les cochenilles sont toutes parasites des végétaux. Ils sont caractérisés par un très fort dimorphisme sexuel. Le mâle adulte possède une unique paire d'ailes (antérieures), des antennes et des pattes développées, alors que les femelles sont aptères. Ces femelles ne possèdent que des appendices réduits (elles vivent fixées sur les végétaux sauf à l'état de nymphe). Elles ne sont pas mobiles et se nourrissent en se fixant sur les tiges ou les feuilles de certaines plantes, comme le mil ou le sorgho, dont elles sucent la sève.

Les cochenilles se nourrissent d'une large variété de plantes, si bien que la plupart d'entre eux sont considérés comme nuisibles. Ils sécrètent une matière cotonneuse, constituée de fins filaments cireux ou d'écailles cireuses. Certaines espèces ont une salive toxique : lorsque la plante est parasitée par un nombre important de cochenilles, on peut voir apparaître sur les

42 Source : Michael L. ANSTEY, Serotonin mediates behavioral gregarization underlying swarm formation in desert locust, Science, 30 january 2009, Vol. 323, N° 5914, pp.627-629.

43 Source : Revue Insectes, n°119, mars 2000.

feuilles des tâches noires correspondant aux toxines qui s'accumulent jusqu'à créer une petite infection. La feuille finit par dépérir peu après, elle tombe, se ratatine, jaunit ou se nécrose.

Chez certaines espèces très petites (difficiles à observer et à remarquer sur la plante), on peut déceler la présence d'un parasite au niveau des jeunes feuilles : les cochenilles se fixent sur la jeune feuille en bourgeon, car c'est le meilleur endroit pour profiter d'une arrivée constante de nouvelle sève, plus riche de surcroît, mais aussi plus tendre, donc plus facile à percer. La conséquence est le sous-développement de la nouvelle feuille au niveau de la morsure ; la sève étant aspirée par le parasite, la feuille n'ayant plus assez de ressources à cet endroit pour se développer normalement.

Visuellement, cela est décelable par l'aspect des nouvelles feuilles qui présentent une sorte d'encoche : c'est le point de la morsure. Tout autour de celle-ci, la feuille est beaucoup moins développée et peut apparaître légèrement difforme à cause de la dissymétrie engendrée par le manque de sève local lors du développement de la feuille. On peut vérifier s'il s'agit bien de cochenilles en laissant la feuille sur la plante (durant quelques jours ou quelques semaines, selon la vitesse de développement de la plante) : l'insecte va se nourrir de manière quasi continue, produisant son bouclier de cire. Cela se traduira par une fine couche, en général brun clair, présente tout autour de l'encoche.

Il est possible qu'un manque d'eau ou certains polluants favorisent cet insecte parasite. Une autre explication peut être à chercher dans la regression ou la disparition des prédateurs naturels, suite à l'augmentation du taux de pesticides dans l'air.

Les cochenilles sont des parasites qui tuent rarement leur hôte, mais qui peuvent poser un sérieux problème en agriculture, en horticulture, en sylviculture et dans les vergers. Ces insectes font des ravages sur les arbres fruitiers et en particulier les pommiers.

> Les termites (isoptères)44

Les termites sont des insectes primitifs de couleur blanchâtre, et de petite taille (5 à 8 mm de longueur pour une largeur de l'ordre du mm), d'où leur surnom de (( fourmis blanches ». Ils sont qualifiés d' (( insectes sociaux », car ils vivent en colonies organisées, tout comme les abeilles, les guêpes ou les fourmis. Leurs colonies sont souvent très importantes et chaque individu y joue un rôle bien précis en fonction de la ((caste » dont il dépend. Schématiquement, il y a les ouvriers (les plus nombreux), les nymphes (futurs reproducteurs), les soldats (pour la

44 André LEQUET, Traité de termitologie, Paris, PUF, 2006, pp.656-661.

défense de la colonie) et enfin le « couple royal » (chargé de la reproduction). Sous certaines conditions, on peut également trouver des individus dits « néoténiques », parfois relativement nombreux, qui tout en conservant des caractères en quelque sorte larvaires, sont néamoins aptes à se reproduire et à générer de nouvelles colonies.

Les termites ne s'installent, et ne prolifèrent, que là oil l'eau leur est accessible. A cet égard, la présence de nappes phréatiques superficielles (les puits en sont un bon indicateur) constitue un facteur éminemment favorable, tout comme la proximité de marais, de cours d'eau, de plans d'eau, de source, et en règle générale de tout facteur d'humidité. La plaine de la Bénoué et la zone qui l'entoure sont suffisamment humidifiées pour encourager la prolifération des termites, au grand dam de la production agricole.

De par le monde, on connaît près de 2.000 espèces de termites, mais la grande majorité d'entre elles prolifère dans les régions tropicales et équatoriales oil les dégâts causés sont considérables. En dépit de leur petitesse et de leur apparente fragilité, les termites sont dotées de mandibules très puissantes aptes à attaquer les bois les plus durs. Outre la vétusté, et en général tout manque d'entretien de l'habitat, et de ses abords, trois facteurs favorisent la présence et le développement des termites. Ce sont

- l'obscurité (car ils sont lucifuges et fuient de la lumière),

- l'humidité (puisqu'elle conditionne leur survie),

- et enfin une température élevée. La région du Nord connaît des températures qui vont parfois au-delà de 50°C à l'ombre. De tels pics ne peuvent qu'attirer les termites. La température à l'intérieur des cases et surtout des greniers, à laquelle s'ajoutent les deux facteurs précédents exposent les récoltes aux assauts des termites ; ce qui va entraîner leur diminution.

Quand l'exposition de la colonie est favorable, et que les conditions climatiques le sont également (ensoleillement, températures élevées), la propagation naturelle se fait par « essaimage » c'est-à-dire que tous les ans, généralement en avril-mai, une nouvelle génération d'adultes s'envole et se disperse aux alentours de la colonie mère. Ces adultes sont noirs et se comportent exactement comme les fourmis volantes. Chaque couple formé peut alors fonder une nouvelle termitière. En dépit de l'envol d'un grand nombre d'individus, cette forme de propagation est relativement peu efficace ; d'autant qu'elle n'est pas toujours possible, car ces insectes volent mal et les prédateurs tels les oiseaux sont très friands de ces proies faciles.

La propagation par « bouturage » est beaucoup plus insidieuse, et finalement plus efficace. Elle se fait un peu à la manière d'une tâche d'huile, gagnant du terrain de place en place, d'arbre en arbre, de maison en maison. Les colonies ainsi créées finissent par former de

véritables réseaux couvrant des zones importantes. Cette forme de propagation s'observe quand l'essaimage devient impossible ou simplement aléatoire. Elle est grandement facilitée par la présence des néoténiques, qui acquièrent la faculté de se reproduire, sans devenir de vrais adultes, au sens morphologique du terme. Leur nombre, parfois relativement élevé, génère des foyers de dissémination très importants, et des colonies se chiffrant par des dizaines voire des centaines de milliers d'individus.

D'après Herman WAMBO-YAMDJEU et al,

(( Les pertes post-récoltes sont aussi un élément important. Elles sont liées à la non-maîtrise des techniques de conservation et de traitement par les populations, mais aussi également au coût élévé des produits insecticides. Le taux de perte après récolte et durant la période de stockage des céréales serait compris entre 25 et 40% de la production stockée. »45

La destruction de la production agricole par les insectes et les oiseaux granivores crée un déficit dans les disponibilités alimentaires. Il s'en suit une crise ou une situation d'insécurité alimentaire dans la mesure où les populations se retrouvent dans un état de dénuement presque complet.

Heureusement, d'après la FAO,

(( La situation relative au criquet pélerin reste calme dans tous les pays à cause de la persistance d'une pluviométrie et de conditions écologiques médiocres (..) En avril 2010, une reproduction à petite échelle aura probablemennt lieu dans les zones de reproduction printanière en Afrique du Nord et en Asie du Sud-Ouest mais on s'attend à ce que les effectifs acridiens restent en deçà de niveaux menaçants. »46

I-1-3 Les pachydermes

Le Cameroun est un pays qui regorge de nombreuses potentialités sur le plan touristique, dû à un milieu naturel qui contribue aussi au maintien de son équilibre écologique. Parmi ces potentialités, il y a les parcs nationaux (Waza, Bénoué, Bouba Njida, Kalamaloué et MozogoGokoro) et les réserves forestières (Kalfou, Faro, Pangar et Djérem, Kimbi, Dja, Douala-Edéa,

45 Augustin Herman WAMBO-YAMDJEU, Michel HARVARD, Aboubakar NJOYA, Développer l'agriculture irriguée pour consolider la sécurité alimentaire au Nord-Cameroun ? Actes du colloque sur : (( Savanes africaines : des espaces en mutations, des acteurs face à de nouveaux défis », Garoua, 2002.

46 Bulletin sur le criquet pélerin, N° 378, Mars 2010.

Campo et Lac Ossa). Les parcs entretiennent une faune riche et variée qui assure au pays un attrait touristique certain et lui permet de maintenir les espèces fauniques rares ou en voie de disparition. Mais les activités économiques et l'installation des hommes dans les zones avoisinantes sont régulièrement perturbées par les incursions sporadiques des animaux qui y vivent, entretenant ainsi des risques permanents de catastrophes. C'est le cas avec les éléphants.

L'éléphant est un grand mamifère herbivore pourvu d'une trompe et de défenses en ivoire. On distingue l'éléphant d'Asie, celui d'Afrique de savane et celui d'Afrique de forêt encore appelé « éléphant nain ». L'espèce de savane, la plus grande, peut mesurer jusqu'à 4 m au garrot. Malgré leur poids énorme47, les éléphants sont capables de se déplacer silencieusement. Ils avancent à grandes enjambées régulières et rythmées. L'épais coussin de tissu élastique qui couvre le talon permet d'amortir les chocs à leurs pas. Les éléphants marchent à la vitesse de 6 km/h, mais peuvent charger à quelques 40 km/h. Lorsqu'on sait comment sont fragiles et précaires les habitations dans les zones rurales des régions de la savane, (cf photo cidessous) on peut dès lors se faire une idée sur les conséquences possibles de leur déplacement spectaculaire, suite logique de la massivité et de l'énormité de cette espèce animale.

Des cases au village HOUMBAL
Photo Alain Christian ESSIMI BILOA

47 1,5 tonne chez l'éléphant de forêt, 5 tonnes chez l'éléphant d'Asie et 7 tonnes chez l'éléphant de savane

Plus intéressant encore, les éléphants sont grégaires et très sensibles aux appels et aux mouvements de leurs congénères. Ils forment généralement des groupes familiaux de 15 à 30 animaux ou plus, composés de femelles et de jeunes menés par une femelle dominante plus ou moins âgée. Seuls les mâles, notamment chez les éléphants d'Afrique, ayant atteint leur maturité sexuelle, vivent en solitaires ou constituent des groupes temporaires. Les éléphants circulent généralement sur des couloirs, sorte d'itinéraires qui semblent être préalablement établis.

Ils ne peuvent pas galoper ou sauter des fossés, mais ils nagent aisément dans les fleuves ou les lacs. C'est ce qui explique la possibilité pour les éléphants de se mouvoir sur un territoire vaste, voire d'un pays à un autre, même en franchissant les obstacles naturels tels les cours d'eau.

Les éléphants ont un régime exclusivement herbivore : ils se nourrissent d'herbes, mais aussi de bulbes, de bourgeons, de bambous, de fruits, etc. Ils peuvent consommer, pour les gros, jusqu'à 225 kg de végétaux et boire jusqu'à 190 litres par jour ! C'est dire combien peut être dévastateur leur passage dans un champ. Les plus petits ingèrent tout de même quotidiennement quelques 100 kg de produits végétaux. En raison de leurs besoins importants, les éléphants consacrent environ 20 h par jour à la recherche de nourriture. Leur trompe est en outre une véritable machine qui joue plusieurs rôles. Elle leur permet, en effet, entre autres, de « foudroyer » des arbres et de porter des objets lourds.

Impact de leur passage

Le passage des éléphants sème la désolation et la famine le long de leur parcours, car ils détruisent non seulement les cultures, mais aussi les greniers et quelquefois les habitations. En 2009, aus mois d'octobre et de novembre, ce sont les villages de l'arrondissement de BOGO (Ardjani, Do Yoldé, Hir A Guewo, Liringo, Wouro, Mango, Dassingaré, Botchao ...) et du district de Dargala (Tchabeyel, Maguirawo, Ouro-Souley ...) ainsi que d'autres villages le long du couloir qui mène à Kaélé qui ont le plus subi le contre-coup de la sortie des éléphants du parc ayant entrepris de migrer vers le sud. On sait par ailleurs que les populations de la zone de la savane du nord vivent de la céréaliculture qui constitue la principale activité des paysans. Au mois d'octobre, les graines de maïs, de mil ou de sorgho sont à leur phase de mûrissement. On comprend dès lors l'impact du passage des pachydermes dans les zones mises en valeur ou le déficit alimentaire auquel les populations victimes auront à faire face. Selon les autorités de Dargala, les dégâts causés se chiffrent à 17,5 hectares de champs dévastés.

I-1-4 Les maladies

La région du Nord est parfois apparue comme le théâtre d'épidémies aussi bien animales qu'humaines. Des épidémies de maladies contagieuses du bétail comme la peste bovine et la fièvre aphteuse sèment la mort dans les troupeaux et perturbent non seulement la consommation mais aussi le commerce. Saïdou GADJI, médecin à l'hôpital régional de Garoua, nous apprend que : « il n'y a pas une méningite, il y a des méningites. Tout dépend de l'origine ».

I-1-4-1 La méningite

D'après l'OMS, (( la méningite est présente dans plusieurs pays, mais les épidémies les plus étendues et les plus fréquentes prennent forme dans les régions semi-désertiques de l'Afrique subsaharienne, que l'on appelle "la ceinture de la méningite" .»

Le Cameroun se trouve, malheureusement, entièrement inclu dans cette (( ceinture de la méningite» et principalement sa partie septentrionale qui se compose des régions de l'ExtrêmeNord, du Nord et de l'Adamaoua.

Maurice TSALEFAC nous apprend à cet effet que, pendant la saison sèche,

(( Le vent contribue à l'installation du froid, comme il participe à l'atmosphère de fournaise par son haleine brûlante et desséchante. L'harmattan règne alors, accompagné de brume sèche qui réduit la visibilité à moins de 500 m. Bénéfique pour les sorghos repiqués, il apporte souvent en revanche des épidémies de méningite. »48

La méningite est une infection des méninges - les enveloppes de la moelle épinière et du cerveau - dans lesquelles circule le liquide céphalorachidien. Généralement, elle est causée par une bactérie ou un virus.

48 Maurice TSALEFAC in Atlas du Cameroun, p.62.

> La méningite d'origine bactérienne

Elle est la plus grave des méningites. Elle peut évoluer très rapidement et parfois, mener à la mort si elle n'est pas diagnostiquée et soignée à temps. Elle touche surtout les enfants. On distingue, selon le type de bactérie en cause :

- La méningite à pneumocoque (streptococcus pneumoniae).

- La méningite à HIB (Haemophilus Influenza de type B).

- La méningite à méningocoques (Neisseria Meningitidis). Cette bactérie est la seule qui cause des épidémies de méningite. Selon l'OMS, elle est présente dans l'arrière-gorge ou le nez de beaucoup de gens (de 10 à 15% de la population). Dans de rares cas, elle vient à bout des défenses naturelles de l'organisme et cause la méningite. Une forme plus grave de l'infection survient si les bactéries atteignent la circulation sanguine et les organes ; on parle alors de « méningococcénie ». On connaît 13 souches de Neisseria Meningitidis. Les souches A, B et C sont celles qui causent le plus souvent des épidémies. Les souches de type B et C prédominent en Amérique et en Europe tandis que la souche C prédomine en Afrique et en Asie.

- La méningite à Listeria (Listeria Monocytogenes). Cette bactérie se trouve dans l'eau et le sol, et peut contaminer les végétaux et les animaux. Il arrive donc que la bactérie se retrouve dans certains aliments : les viandes crues, les charcuteries, les fromages à pâte molle et les fromages à lait cru, les fruis et les légumes (sur la peau seulement). L'infection au listeria monocytogènes ou listériose est généralement banale chez un adulte, mais peut être transmise aux bébés et aux jeunes enfants. Les femmes enceintes y sont particulièrement susceptibles (20 fois plus que l'ensemble de la population) et peuvent transmettre l'infection è leur fatus.

> La méningite d'origine virale

Cette forme de méningite ressemble à une grippe et présente peu de risques. Généralement, les symptômes disparaissent d'eux-mêmes au bout de deux semaines. La méningite virale affecte plus communément les enfants et jeunes adultes. Comme pour la plupart des maladies virales, elle ne peut être soignée avec des antibiotiques.

> Contagion

La méningite bactérienne peut se transmettre par un contact étroit ou prolongé avec une personne infectée. La bactérie est véhiculée par la salive ou les sécrétions provenant du nez et de la gorge. On peut la contracter par des baisers sur la bouche, en partageant des ustensiles, des verres, des bouteilles d'eau, des cigarettes &

> Symptômes

Ils se développent rapidement en l'espace de un ou deux jours.

Pour les nouveaux-nés et les bébés : les cas peuvent être difficiles à déceler, puisque les bébés ne présentent pas les symptômes classiques de la méningite bactérienne. Ils pourront plutôt :

- pleurer sans arrêt,

- être plus irritables ou somnolents qu'à l'habitude,

- manquer d'âppetit ou avoir des vomissements.

Pour les enfants âgés de deux ans et plus, les adolescents et les adultes :

- une forte fièvre qui empêche de boire ou de manger,

- des maux de tête importants,

- une raideur au cou,

- des nausées et des vomissements,

- de la confusion, une léthargie, de la somnolence,

- une hypersensibilité à la lumière,

- parfois une éruption cutanée de plusieurs petits boutons violacés, signe d'une méningococcémie.

> Complications

Plus le diagnostic et le traitement tardent, plus le risque de séquelle neurologique s'accroît. La baisse d'audition, les problèmes de vision, les difficultés d'élocution et les troubles d'apprentissage font partie des séquelles possibles. L'infection peut même provoquer la paralysie et une gangrène des mains ou des pieds pouvant requérir une amputation. Des études indiquent

que 15 à 20 % des nourrissons et des enfants en bas âge qui survivent de la méningite bactérienne en gardent des séquelles neurologiques permanentes.

Lorsqu'une infection bactérienne touche le système nerveux central, elle peut causer la mort en quelques jours et même en moins de 24 heures. La méningococcie est mortelle dans 10 à 15 % des cas.

> Personnes a risque

On peut contracter une méningite à tout âge. Toutefois, le risque est plus élevé dans les populations suivantes :

- les enfants de moins de 2 ans,

- les adolescents et les jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans,

- les personnes dont le système est affaibli. Cela inclut les personnes âgées, celles ayant des problèmes de santé chronique (le diabète ou le SIDA), celles qui sont en rémission d'une maladie, celles qui prennent des médicaments qui affaiblissent le système humanitaire.

La méningite cérébro-spinale est l'une des maladies les plus redoutées et les plus fréquentes dans la région du Nord. Elle affaiblit ou paralyse les agriculteurs qui en sont atteints en les empêchant de vaquer à leurs occupations agricoles. L'année dernière, le fils cadet de Abdou GARBA en a été victime.

« Ma femme était obligée d'aller le garder au centre de santé où il suivait le traitement. A cause de ça, elle ne pouvait pas m'aider à travailler mon champ de coton et son champ de maïs. Mais le plus important c'est qu'il a guéri et il n'a rien eu parce que la maladie là est que quand ça t'arrête, ça te laisse quelque chose au corps. »

I-1-4-2 Le gonflement des pieds

Si la méningite sévit pendant la saison sèche, au cours de la saison pluvieuse, c'est le gonflement des pieds qui est recurrent. En effet, le fait de patauger dans l'eau entraîne la contamination par des vers qui provoquent le gonflement des pieds. Par conséquent, les populations sont obligées de réduire les superficies à cultiver et par la même de réduire la production.

Les maladies ont donc une double implication : elles paralysent les individus et dans le même temps réduisent la production agricole qui à son tour, entraîne l'insécurité alimentaire.

I-2 Les facteurs humains

La nature seule ne suffit pas pour justifier l'insécurité alimentaire dans la région du Nord. L'homme étant en interaction permanente avec son environnement dont il est l'un sinon l'élément majeur, il a une part de responsabilité dans l'insécurité alimentaire qui plane sur cette région. En effet, certaines actions posées par les populations contribuent à entretenir et même à aggraver ce phénomène. Mais avant de nous lancer dans le listing des causes humaines de l'insécurité alimentaire, nous marquons un temps d'arrêt sur la situation démographique et les groupes sociaux en présence dans la région. A partir de ces données, il serait possible de trouver une explication à l'insécurité alimentaire dans cette région.

La population de la région du Nord est estimée à 1.711.000 âmes. C'est une population dynamique qui a une croissance démographique accélérée par les mouvements migratoires organisés ou désordonnés. Elle est très inégalement répartie à travers la région comme l'indique le tableau ci-dessous.

DEPARTEMENT

SUPERFICIE / km2

POPULATIONS

DENSITE (hbts/km2)

Bénoué

13.647

881.000

64,56

Faro

12.000

308.000

7,33

Mayo-Louti

4.162

88.000

74

Mayo-Rey

36.524

434.000

11,88

TOTAL / MOY

66.333

1.711.000

39,44

Tableau 2 : Répartition de la population dans la région du Nord. Source PAM.

La population de la région est cosmopolite et culturellement hétérogène, car composée de plusieurs groupes ethniques. La configuration sociologique du Cameroun septentrional est, pense ALAWADI, dans son article sur les communautés migrantes du Nord-Cameroun , « marquée par la pluralité des régimes socioculturels en présence »49. Elle peut se diviser en trois grandes catégories

- les Faly et les Kangou. Ceux-ci sont des autochtones ou montagnards. Sous le nom de Faly, expliquent Jean BOUTRAIS et al on regroupe une grande quantité de gens d'origines très variées, résultant de migrations successives venues d'horizons divers à des époques différentes et s'étant fondus les uns dans les autres. « De ce métissage est née l'ethnie Faly dont les kangou sont une variété »50 ;

- les Foulbés. Ce sont les conquérants, venus dans le cadre des guerres historiques. Dans le même article, ALAWADI précise que c'est « suite aux mouvements des conquêtes et d'invasion des communautés islamo-peuhles » que « les groupes sociaux autochtones ont été containts de se mettre en demeure ou de déguerpir pour laisser place aux envahisseurs cavaliers en expansion » ;

- les populations allogènes venues s'installer à la suite de mouvements migratoires, avec l'attrait de la Bénoué. Venus pour la plupart de l'Extrême-Nord, ce sont : les Mofou, les Kolé, les Sarah, les Kotoko ; et des peuples venus d'ailleurs : les Bata, les Mada, les Mafa, les Mambai, les Haussa, les Guidar, les Mbororo, les Namchi, les Guiziga, les Moudang, les Dourou ...

Point n'est besoin de rappeler ce que nous avons dit précédemment que ce sont majoritairement les populations venues de l'Extrême-Nord qui s'adonnent à la recherche et à la coupe anarchique du bois de chauffage, activité qui entraîne l'avancée du désert et qui rend difficiles les activités agricoles.

Ces populations qui ont été recensées sont religieusement partagées entre l'Islam, le Christianisme et l'Animisme. L'islam est la religion des musulmans, fondée au VIème siècle par le prophète Mahomet. Elle est une religion monothéiste, et n'admet pas de clergé hiérarchisé. Elle ne connaît comme personnel religieux que l'Imam (directeur des prières) et le Muezzin. L'Islam a été révélée par Allah à ses prophètes. C'est, selon les exégètes, l'aboutissement de la religion contenue dans la Bible et elle s'apuie sur le Coran. Au Cameroun, l'Islam fut introduit

49 Zelao ALAWADI, Communautés migrantes du Nord-Cameroun, in Revue Internationale des Sciences Humaines et Sociales, Vol.1, n°1, 2006.

50 Jean BOUTRAIS et J. BOULET, Le Nord-Cameroun: des hommes une région, Paris, ORSTOM, 1984, p.113.

par la partie septentrionale, et les populations peules furent les premières à y adhérer. Les peulhs ont réussi à islamiser quelques autres groupes ethniques. Cette conversion des ethnies non peuhles s'est faite , soit par contrainte, soit par socialisation progressive, c'est-à-dire au fil des contacts. Les Guidar et les Kolé par exemple sont quelques peuples qui ont intégré la religion musulmane.

Nous nous apesantissons sur cette religion d'abord parce qu'elle est celle qui est majoritairemnt pratiquée dans la région du Nord aussi bien en milieu urbain qu'en milieu rural. L'aspect qui retient notre attention est les interdits alimentaires qu'elle a développés et particulièrement celui de la consommation de la viande de porc. Même en cas de pénurie alimentaire les populations musulmanes sont astreintes à ne pas y toucher.

Le christianisme est l'ensemble des religions fondées sur la personne et les rapportant les paroles et la pensée de Jésus-Christ. Il est né dans le milieu juif de la palestine, au début de notre ère. Il a pour support la Bible. Dans la région du Nord, il est largement répandu au sein des allogènes tels les Mofou ou les Moudang.

Quant à l'Animisme, qui se définit comme la croyance aux forces de la nature ou à celles surnaturelles, on recrute ses adeptes chez les Kirdi, les Faly, les Kangou. Ces deux derniers groupes ont d'ailleurs déployé beaucoup d'efforts pour résister aux tentatives d'islamisation des peulhs. Ils sont restés insoumis et violemment anti-musulmans. Ce refus de l'invasion musulmane est manifeste, car elle s'exprime en toutes occasions, pour contrecarrer ceux des leurs qui ont accepté l~hégémonie peulhe.

I-2-1 La mauvaise gestion des récoltes

Pour la moitié des exploitations de la région du Nord, le volume vivrier produit suffirait à la consommation familiale, mais la gestion du stock de céréales au cours de l~année condamne certains agriculteurs à un cycle d'endettement.

Les mois de septembre à décembre marquent la période des récoltes dans la région. Cette période pourrait être qualifiée de « vaches grasses » ou encore de « période d'euphorie »51 car à ce moment de l'année, il y a des vivres en abondance et parfois même en surabondance. L'occasion est ainsi donnée aux populations d'afficher ou d'adopter des attitudes qui à la longue finissent par provoquer les « vaches maigres ». La constitution des réserves n'est pas évidente. C'est ainsi que, attirés par l~argent que rapporte la vente des produits aussi bien agricoles que les

51 Augustin Herman WAMBO-YAMDJEU et al, op.cit.

animaux, les producteurs vendent le maximum possible sans se préoccuper des périodes à risque qui vont suivre.

Les évènements majeurs tels que les deuils, les mariages, les cérémonies traditionnelles et autres tabaski ou ramadan52 apparaîssent comme des occasions de gaspillage des réserves alimentaires. Ce qui fait que avec un ou deux évènements au cours d'une année, une famille peut se retrouver sans réserves donc en situation d'insécurité alimentaire.

> La cuisson de la bière de mil : le bili bili

Comme l'affirme Alain HUETZ de LEMPS,

« les bières de mil sont les plus importantes des bières traditionnelles de l'Afrique. En fait, sous ce nom, on regroupe l'ensemble des bières élaborées à partir des diverses espèces de petits mil, en particulier le mil pénicillaire ou mil à chandelle, et les gros mils ou sorghos (il existe plus de 25 variétés de sorgho utilisées pour la bière). Certaines céréales du groupe sont résiduelles, telle digitaria iburua qu'on ne trouve plus guère que dans le Nord du Cameroun. »53

Ainsi, les véritables bières de céréales sont des boissons fermentées qui ont, sauf de rares exceptions, un faible pourcentage d'alcool, le plus souvent entre 2 et 6%. Dans certains cas, la fabrication reste assez élémentaire : les grains trempés dans l'eau et plus ou moins cuits sont laissés pendant quelques jours jusqu'à ce qu'ils aient fermenté et on boit ensuite un liquide d'un goût douteux mais suffisamment alcoolisé pour permettre l'ivresse si la quantité absorbée est importante. Le plus souvent, la préparation est beaucoup soignée et on obtient des bières qui peuvent satisfaire le goût des consommateurs.

La fabrication de la bière nécessite un matériel considérable, avec des récipients de taille variée : grandes cuves en terre cuite, jarres, canaris... Elle exige aussi des quantités de grains relativement importantes. NAFISSATOU nous apprend à propos que :

« Avec à peu près 1 kilo de mil je peux faire même 3 litres de bière. Chaque jour je peux faire et vendre 20 litres de bili bili. Mais je fais toujours plus le vendredi parce que après la prière il y a beaucoup de monde. Il y a aussi

52 Fête du mouton célébrée généralement au mois de mars ; et période de jeûne. Il faut préciser que la région du Nord est majoritairement musulmane et les deux fêtes mentionnées sont des obligations pour tout musulman.

53 Alain HUETZ de LEMPS, Boissons et civilisations en Afrique, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, PESSAC, 2001, p.73.

les jours qu'il y a match. Quand le match finit les gens s'arrêtent pour boire et faire les commentaires surtout quand Coton54 gagne. »

En moyenne donc, elle utilise environ 7 kg de mil quotidiennement pour distiller son bili bili. Nous avons estimé le nombre de vendeuses de bili bili du marché de Roumdé Adja à environ 25 ; ce qui amène à une moyenne de 175 kg de mil qui sont transformés en bière chaque jour. Nous en déduisons donc une moyenne mensuelle de 5.250 kg soit environ 63.000 kg annuel qui auraient pu servir à l'alimentation directe de la population. Egalement, comme le dit SEIGNOBOS, « Deux tines de bière de mil équivalent à la consommation de 42 repas familiaux »55. C'est dire tout ce qui est sacrifié pour le seul plaisir des disciples de Bacchus.

Le premier travail de la fabrication de la bière de mil consiste à piler/broyer la céréale. La farine de céréales est ensuite versée dans de grandes jarres à demi enterrées, d'une centaine de litres, où elle est soigneusement diluée par une certaine quantité d'eau (5 ou 6 litres par kg de mil). Lorsque la pâte est prête, la cuisson se fait généralement en deux temps. une première ébulition de 2 ou 3 heures est faite dans des canaris de cuisson d'une centaine de litres. Il faut ensuite laisser le mélange décanter et pour faciliter cette décantation, on ajoute souvent des substances mucilagineuses, feuilles ou écorce de baobab et de fromages, tiges de gombo. Une fois clarifié, le liquide est tranféré dans d'autres canaris pour une seconde cuisson, qui dure plusieurs heures, 4 à 8, parfois 10.

Après refroidissement, on ajoute au moût un levain destiné à accélérer la fermentation. Souvent, on se contente de verser un peu de bière provenannt de préparations pécédentes. Au bout d'une dizaine d'heures, la bière est prête et peut être consommée.

La qualité de la bière et son degré d'alcool dépendent pour une large part de la cuisson et de la durée de la fermentation. On peut se contenter d'une seule cuisson, ce qui économise le bois de chauffage mais donne un liquide assez pâteux et faiblement alcoolisé. Cette qualité dépend également de la qualité des grains utilisés et de l'habileté de la femme qui effectue le brassage. Certaines obtiennent une boissson légèrement alcoolisée de couleur ambrée, d'odeur agréable et de saveur acidulée qui, bue à température ambiante, c'est-à-dire légèrement tiède, plonge rapidement le consommateur dans une douce euphorie.

54 Il s'agit de l'équipe de football Coton Sport de Garoua qui dispute ses rencontres à domicile au stade omnisports Roumdé Adja de Garoua.

55 Christian SEIGNOBOS : La bière de mil dans le Nord-Cameroun. Le carnaval des aliments , Agropolis, Montpellier, 28 mars 2004.

Comme la boisson se conserve peu de temps, la production et la vente connaissent des fluctuations, en fonction des variations du prix du mil et des disponibilités financières des consommateurs.

L'autre difficulté majeure dans le brassage du bili bili est qu'il exige beaucoup d'eau. Il faut environ 80 litres d'eau pour obtenir 40 litres de bière. Or, dans la zone sahélienne, l'eau n'est pas la chose la mieux partagée et il y a d'énormes difficultés à l'obtenir. Plus grave encore est le problème du combustible : pour la longue cuisson de la bière, il faut brûler beaucoup de bois. Il faut entre 0,5 et 1 kg de bois pour produire 1 litre de bière. Ce qui veut dire que le brassage du bili bili non seulement provoque la diminution des réserves alimentaires, mais aussi favorise le déboisement avec tous ses corollaires.

Dans la région du Nord, en dehors de la bière de mil, il y a la bière de sorgho rouge, fabriquée surtout avec la variété « djigari » et largement consommée par les populations non musulmanes comme les Guiziga ou les Mofu, en particulier pour les fêtes rituelles.

Généralement préparée et commercialisée par les femmes, elle est une source majeure de revenus pour ceux qui ne s'adonnent pas à d'autres activités génératrices de revenus. Cependant, cette bière n'a pas seulement un but lucratif. Ainsi pour HUETZ de LEMPS,

« Dans une grande partie de l'Afrique tropicale, les bières de céréales ont été depuis des siècles au ceur de la vie sociale et elles le restent encore dans les régions qui n'ont pas été touchées par l'Islam ou par des missions chrétiennes rigoristes. Les fêtes où la bière coule à flot ont un but et un sens, elles resserent les liens sociaux entre les participants, elles associent les vivants et les morts. »56

Par exemple pendant la fête des récoltes au mois de janvier, chaque famille met au moins

2 ou 3 sacs de mil (environ 200 kg) pour la cuisson de bili bili que les membres boiront pendant au moins trois jours.

Chez les Toupouri, la fête la plus importante est celle du coq (Féokagi) au moment de la récolte du sorgho rouge. Elle marque le nouvel an toupouri et dure deux jours. Bien entendu, il faut préparer beaucoup de bière et se mettre en condition pour la cérémonie : pas de relations sexuelles pendant les deux semaines qui précèdent la célébration au cours de laquelle on sacrifie un taureau, un bauf ou un mouton et surtout des poulets. Le sang des victimes est répandu sur le sol et de la bière de mil est versée sur la tombe des défunts. Ensuite on danse et on boit

56 Alain HUETZ de LEMPS, op. cit., p.98.

beaucoup. Cette cérémonie est à la fois la fête des morts et l'occasion de resserrer l'unité politique, réligieuse et culturelle de la population.

La consommation de la bière de mil se fait à d'autres accasions. Par exemple lors des travaux collectifs comme la construction des maisons ou encore le sarclage des champs, on fait appel à une main d'auvre de secours qu'on entretient avec beaucoup de bière de mil.

Vente de bili bili au marché de Roumdé adja

Photo ESSIMI BILOA Alain Christian

I-2-2 L'usage abusif des ressources environnementales

Les populations du Nord sont, comme dans tout écosystème, en interaction permanente avec leur milieu de vie. Cette interaction permanente non seulement avec l'environnement immédiat, mais aussi des populations entres elles est à l'origine de la pérénisation de l'insécurité alimentaire.

Selon Von MAYDEL,

« Les ressources de la savane contribuent à compléter la ration alimentaire des populations rurales. Divers organes de la plante sont consommés : les feuilles (balanites aegyptiaca) ; le fruit (tamarindus indica, sclerocarya birrea). En outre

la médecine traditionnelle repose essentiellement sur les propriétés curatives de diverses espèces végétales.

Les espèces végétales herbacées et ligneuses de la savane produisent le matériau nécessaire à la production de plusieurs objets utilisés dans la vie domestique. Diverses écorces d'espèces ligneuses sont utilisées pour le cordage (piliostigma thonningri), comme colorants et tamis. Des outils et des ustensiles divers sont faits à partir des espèces ligneuses telles que anogeissus leiocarpus (..)

La production du bois de feu et du charbon constitue dans la région la plus importante forme d'exploitation des espèces ligneuses des savanes. »57

Autrement dit, dans la région du Nord, il y a une destruction abusive de la couverture végétale. Ceci est du à la coupe anarchique des arbres pour constituer le bois de chauffage ou pour commercialiser. Cette coupe anarchique est le fait des populations riveraines mais surtout des migrants venus de l'Extrême-Nord et dont l'activité principale après leur installation est la recherche du bois de chauffage et la chasse. Le bois de chauffage est utilisé dans la cuisson des aliments. Ce bois s'acquiert chez les vendeurs ambulants ou encore il est cherché par les femmes ou par les enfants. Tout comme l'eau dans les zones désertiques, il faut parfois parcourir plusieurs kilomètres pour un fagot de bois que l'on utilise de manière très rationnelle vu la pénibilité liée à son acquisition.

Selon l'Observatoire Mondial de la Viabilité Energétique : rapport du Cameroun (2002), 1% seulement de la population rurale de la région du Nord a accès au gaz domestique et à l'énergie électrique. Le pétrole coûte cher à cause de l'éloignement, la seule source reste le bois que leur offre la savane ou la steppe. La demande en bois de chauffe a augmenté en fonction des besoins et de l'émergence des classes moyennes. Ce bois provient des arbres coupés pour l'extension des champs, en particulier ceux de sorgho. On estime à environ 2 kg la consommation journalière par personne de bois de chauffe. Ce qui engloutirait près de 3.000 tonnes de bois de chauffe par jour. Avec un chiffre d'affaire estimé à près d'un milliard de F.CFA, la filière bois de feu représente un secteur clé de l'économie du Nord-Cameroun58.

La conséquence immédiate est la dégradation accélérée de la flore, entraînant une dégradation des conditions climatiques. On en arrive au prolongement de la durée de la sécheresse avec l'avancée du désert qui empêchent le semis et la production des denrées alimentaires.

57 Von MAYDEL cité par Samuel NDEMBOU dans Le développement rural dans la plaine de la Bénoué : changements géographiques et permanence sociale, Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2001, pp.41-44.

58 Source : YENGUE J. L. , Les améliorations du déboisement et du reboisement dans le Nord du Cameroun , Annales de géographie, n°624, 2002, pp. 138-156.

Pour résumer avec Samuel NDEMBOU,

« Le fort taux de croissance de la population humaine accroît la pression sur les ressources naturelles surtout les ressources forestières. Les plus grands facteurs de cette déforestation sont : l'agriculture itinérante sur brûlis, la coupe du bois de chauffe et d'exportation.»59

L'usage du feu par les populations constitue l'une des causes de la dégradation des écosystèmes qui favorise à son tour l'insécurité alimentaire. Les populations rurales sont divisées en deux grands groupes qui ont pour principales activités l'agriculture et l'élevage. Marginalement, il y a les chasseurs. Les agriculteurs brûlent la brousse dans l'optique de préparer les semis. Les éleveurs brûlent la brousse pour permettre le bourgeonnement des jeunes pousses afin de nourrir leurs bêtes. Quant aux chasseurs, ils brûlent la brousse pour déloger le gibier mais encore pour éloigner les bêtes féroces et les serpents des habitations et se sentir en sécurité.

Personne ne maîtrise toujours l'ampleur de ces feux de brousse qui se propagent parfois dans les exploitations voisines en production ; voire au niveau des maisons d'habitation. Le rapport de la FAO sus-mentionné conclue que :

« Les incendies peuvent détruire de vastes étendues forestières en quelques jours, infligeant des dégâts qui prendront des années à être réparés. Ils peuvent entraîner des pertes de vie humaine, de bétail, de faune sauvage et de cultures ainsi que des dommages considérables aux biens, aux moyens d'existence et à l'environnement naturel. »60

I-2-3 L'outillage agricole et les techniques culturales archaïques

Les principales activités auxquelles se livrent les populations de la région du Nord est l'agriculture, l'élevage, et le commerce. La pêche reste artisanale et concentrée dans la zone de Lagdo et sur les cours d'eau à écoulement permanent. La population agricole est estimée à 1.113.555 habitants avec 633.335 actifs agricoles61. Cependant, malgré la fertilité des sols, on observe une faible productivité. Cette faible productivité est due, pour la plupart au taux peu élevé de la productivité du travail, qui ne repose que sur le travail humain. Alain DUBRESSON

59 Samuel NDEMBOU, op.cit., p.46.

60 FAO, op.cit.

61 Source : Délégation régionale de l'Agriculture du Nord.

et al, faisant une autopsie de la situation des agricultures africaines, remarquent que : « le travail humain repose largement encore sur l'énergie humaine, transmise par la houe »62.

Un agriculteur au travail à Houmbal avec comme outil la daba
Photo Alain Christian ESSIMI BILOA

Les instruments modernes tels que le tracteur, la roue ou la charrette y restent coûteux et rares. Il existe, dans les villages, des cas de mise en valeur des sols, notamment par la SODECOTON et quelques grands agriculteurs au rang desquels se trouvent les chefs traditionnels. Ceux-là utilisent des techniques culturales intensives : ce sont des techniques qui permettent une concentration des cultures, afin que le volume par hectare soit élévé. Elles augmenteraient ainsi le volume de production. Mais, dans l'ensemble, l'exploitation des terres se fait de façon extensive. Ce type d'exploitation est caractérisé par une faible densité de ressources (travail, capital) à l'hectare ; et la productivité n'y est pas très élevée, proportionnellement à l'hectare.

D'après le délégué régional de l'agriculture du Nord, les paysans les plus dynamiques sont les allogènes. Cette situation peut s'expliquer par le fait que l'agriculture a toujours été pour eux une activité de base, et s'inscrit dans leur habitus, au sens bourdieusien du terme. C'est dire

62 Alain DUBRESSON, Jean-Pierre RAISON, L'Afrique subsaharienne, une géographie du changement, Paris, Armand Colin, 1998, p.69.

que l'agriculture est pratiquée en famille, et très tôt les enfants y sont initiés, contrairement aux peulhs ou aux faly qui ne sont pas agriculteurs de nature. (( Ce monde paysan n'est pas lui non plus homogène »63, remarque BOUTRAIS. Il distingue à ce propos quatre types de paysans :

- les paysans authentiques ; ceux possédant des techniques agricoles plus savantes et plus

élaborées, en même temps que les traditions les plus solides : ce sont les Mafa, les

Toupouri, les Podokwo &

- les paysans sans tradition agricole solide : les Guiziga, les Moudang, les Mousgoum, les Massa &

- les pasteurs sédentarisés, grands propriétaires terriens, parfois entrepreneurs agricoles : les Foulbés, les Mandara &

- les paysans encadrés : partiellement les Massa, les Mousgoum

A propos des peulhs, BOUTRAIS précise que :

(( La majorité des Foulbés est maintenant sédentarisée. Sans tradition agricole, le monde peulh a dû s'adapter à cette situation nouvelle, la disparition du travail servile l'a obligé à une reconversion ... Beaucoup de Foulbés travaillent eux-mêmes la terre. Quand ses moyens financiers sont suffisants, il utilise la culture attelée, cultive des superficies importantes en faisant appel à une main-d'euvre salariée, parfois permanente, le plus souvent saisonnière. »64

La mécanisation de l'agriculture a souvent été présentée comme l'une des solutions pour augmenter la production et la productivité agricoles. Mais, dans une bonne partie du territoire national, la mécanisation dont il est question reste et demeure une pure vue de l'esprit. C'est ainsi que dans la région du Nord, à quelques exceptions près, les agriculteurs continuent d'utiliser un outillage rudimentaire, pour ne pas dire préhistorique, constitué de petites houes, de dabas, de coupe-coupe etc.

Issiakou YAYA nous apprend à ce propos que :

(( Depuis peu de temps, j'ai un tracteur et j'utilise des pesticides. Mais avant, j'avais une houe traditionnelle que beaucoup d'autres utilisent toujours et je faisais l'engrais naturel. Certains de mes voisins ont des charrues. »

Comme il transparaît dans ce témoignage, certains agriculteurs, à la limite, possèdent des charrues tirées par des baufs. Issiakou constitue l'exception qui confirme la règle car à peine 1

63 Jean BOUTRAIS et J. BOULET, op.cit., P.106.

64 Jean BOUTRAIS et J. BOULET, op.cit., P.106.

agriculteur sur 10 est en mesure de se doter d'un engin agricole, de l'utiliser et de l'entretenir au vu de leurs moyens financiers ou de leur formation. Avec les conditions climatiques qui sont et qiu continuent à se dégrader, l~agriculture est devenue de plus en plus pénible. C'est ainsi que dans un premier temps, la production vivrière a commencé par stagner avant de plonger, provoquant des pénuries de vivres préjudiciables à la population.

I-2-4 La régulation sociale

D'après Gilles FÉRREOL, la régulation sociale désigne « le processus par lequel se créent, se transforment et disparaissent les règles »65. C'est l'objet du contrôle social d'assurer son maintien et de lutter contre la déviance. Avant d'aller plus loin, voyons comment sont structurées les sociétés traditionnelles de la région du Nord. Dans cette région, on retrouve des sociétés à chefferies comme dans les Grassfields66. Par définition, la chefferie traditionnelle est un territoire sur lequel s'exerce l~autorité d'un chef de tribu, encore appelé chef traditionnel. Ainsi, est chef traditionnel, selon Jean Pierre FOGUI,

« Tout individu ou groupe d'individus qui détenaient et exerçaient le pouvoir avant la conquête coloniale (..), ainsi que les individus qui furent investis par l'autorité coloniale de certaines compétences analogues à celles détenues par les gouvernants de la période pré-coloniale »67.

Il s'agit, en d'autres termes, et dans le contexte post-colonial, de tout individu ou groupes d'individus qui exerce le pouvoir « légitime » dans une localité. Ce pouvoir est dit légitime parce qu'il est reconnu par les populations. En langue peulhe, la chefferie est désignée par le mot « Lamidat ». Le chef est alors appelé « lamido ». Il détient un pouvoir qui est de type local, puisque s'exerçant sur les populations vivant sur son territoire. La chefferie traditionnelle est une structure centralisée, bien organisée, hiérarchisée et ayant des institutions spécialisées de domination. Le chef traditionnel représente donc l~autorité locale.

Le lamidat est subdivisé en lawana, chacun d'eux ayant à sa tête un lawane. Le lawane est assisté, dans l'exercice de son autorité, de six notables que sont : l'Imam, le Wakili, le Kaïgama, le Galdima, le Sarkifaada et le Sarkisaanou. En deçà des lawanes, on retrouve les djaworo, ou chefs de quartiers. Le lawane et le djaworo sont à la tête d'organes déconcentrés du

65 Gilles FERREOL, Dictionnaire de sociologie, Paris, Armand Colin, 1995, 2è édition, p.229.

66 Contrairement aux sociétés acéphales du Grand Sud Cameroun.

67 Jean-Pierre FOGUI, L'intégration politique au Cameroun. Une analyse des relations centre-périphérie, Paris, LGDJ, 1990, p.20.

lamidat. La premier a sous sa direction plusieurs villages. Il s'occupe des litiges mineurs, le lamido n'étant saisi que lors des cas graves. Le lawane transmet les directives du lamido aux djaworos. Ces derniers ont sous leur administration un village ou un quartier ; leur territoire de commandement est donc plus petit.

La notion de régulation sociale, telle que révisée et adaptée par NDEMBOU, se définit comme : (( La façon dont les gens gèrent et se font gérer. Le système de gestion des hommes et des ressources mis en place par les autorités traditionnelles foulbé dans la plaine de la Bénoué favorise le prélèvement sur tout ce qui rapporte. »68

En effet, les chefs traditionnels apparaissent comme des courtiers du développement, au regard des responsabilités qui leur ont été déléguées par la société coloniale, celles qui leur sont déléguées par l'Etat actuel, et le groupe social même qu'ils sont censés diriger. MOTAZE AKAM, dans un article sur le système lamidal du Nord-Cameroun et le phénomène du courtage69, met en exergue la réappropriation par les lamibés de leurs statuts et rôles dans la société, en vue de tirer des bénéfices personnels. Jean-Pierre FOGUI, paraphrasant MONTESQUIEU, stipule que : (( tout homme dépositaire du pouvoir est porté à en abuser tant qu'il ne rencontre pas en face de lui un contre-pouvoir servant de garde-fou »70. Le lamido pratique du courtage élémentaire ; il occupe une position stratégique dans la société toute entière. Cette position le place au centre de la production des rapports sociaux, et comme médiateur inamovible des ressources humaines, du fait d'une triple ascendance. Le lamido est d'abord un chef spirituel : le lamidalisme tire ses racines dans l'Islam, le lamido est considéré par populations, de façon symbolique, comme le représentant d'Allah sur terre. Il est aussi un chef politique et social : il est à la tête d'un canton, dont il est responsable. Le lamido est enfin un chef de guerre : à l'origine ; les lamibés des anciens royaumes foulbés étaient d'abord des généraux de l'armée d'Othman DAN FODIO. Ces trois fonctions essentielles du lamido expliquent la genèse de ce dernier comme courtier dans le contexte de l'histoire sociale aussi bien précoloniale que coloniale du Nord-Cameroun. Cette absence de garde-fou dont parle FOGUI renvoie à l'espace de liberté laissé aux chefs par l'autorité coloniale. D'après lui, elle a conduit naturellement les autorités traditionnelles à des abus.

C'est le lamido qui gère la (( djakka », entendue comme l'aumône légale obligatoire que doivent verser les croyants musulmans. Ce terme est lié à l'idéologie islamique. La djakka est

68 Samuel NDEMBOU, op.cit., p.48.

69 MOTAZE AKAM, Lamido, rapports sociaux et courtiers du développement au Nord-Cameroun in Revue des sciences sociales, Ngaoundéré-Anthropos, 1999, Vol.4, pp.101-141.

70 Jean-Pierre FOGUI, op.cit., p.146.

gérée par le lamido, en sa qualité de représentant d'Allah et de gestionnaire du trésor public. La djakka est progressivement transformée en véritable structure rentière par les chefs, ceci leur permet quelquefois de développer leurs richesses personnelles et d'asseoir leur puissance. C'est pour illustrer cela que FOGUI écrit :

« Au Nord-Cameroun, les lamibés contrôlaient, par la perception des redevances coutumières, la culture du coton et l~élevage. A titre d'exemple, les fulbé payaient l'impôt traditionnel, le Zakhat (un bauf sur 30 chaque année), ainsi que les Haussa (un panier de mil ou de maïs par saré). Les arabes et leurs assimilés payaient l'Oussoura (1/10 è de l'héritage, 10 bIufs à l'occasion de la nomination d'un chef) »71.

Le lamido exige certaines redevances à ses sujets, qui se concrétisent en bien matériels et économiques, et qui sont à leur avantage. Selon l'étude de MOTAZE AKAM, les dignitaires et la population ont pour coutume de verser au Tlixé (sultan) des redevances qui peuvent s'exprimer en nature : moutons, bceufs ou chevaux. Ces rapports sociaux font jouer au lamido des rôles d'entremetteur entre le visible et l'invisible, entre les populations et les pouvoirs métropolitains auxquels les chefs musulmans réussissent à imposer la pratique de l'indirect rule (administration indirecte) faute d'atteindre directement les populations locales.

Ce prélèvement apparaît dans bien des cas comme de l'extorsion dans la mesure oil il ne permet pas aux producteurs de nourrir, pour bien longtemps, l'espoir d'enrichissement par le fruit de leur labeur. L'exploitation d'une parcelle de terre a un prix à payer, de même que l'exploitation d'un moulin à céréales, l'élevage, la pêche, le commerce, etc.

« Tout ce qui rapporte est sujet à taxation. La taxe s'exprime même par type de culture : ainsi, la taxe de la production du coton est différente de celle des produits vivriers. »72, continue NDEMBOU.

La terre est le facteur de production déterminant en agriculture. Le lamido est le dépositaire de la tradition et l'héritier ancestral. C'est dans cette logique qu'il est l'unique détenteur de tout ce qui se trouve sur son lamidat.

BIYONG BIYONG nous rappelle à son sujet que : « En tant que chef supérieur et haut dignitaire de la religion musulmane, il est le seul qui donne le droit d'usage aux terres ; on y accède par les moyens suivants : héritage, location, gage et don. »73

71 Jean-Pierre FOGUI, op.cit., p.149.

72 Samuel NDEMBOU, op.cit., p.50.

La location est la pratique la plus courante. Elle dure une saison agricole et est plus ou moins renouvelable. Le prix varie en fonction de la qualité du sol et de sa superficie. A défaut de payer, une partie de la récolte est donnée en échange au propriétaire de la terre.

Au niveau individuel, ce système de gestion pousse les producteurs à ne plus adopter un comportement d'accumulation. Les habitations montrent bien la tendance à ne plus faire de l'accumulation. Le grenier est devenu de plus en plus rare dans le paysage.

« Le signe extérieur d'abondance entraînant une ponction plus importante, les producteurs ont pris l'habitude d'écouler sur le marché une grande quantité de ce qu'ils ont produit. En le faisant juste après la récolte, l'offre est plus importante que la demande sur le marché et les prix sont bas, ce qui ne permet pas l'enrichissement. La réserve est souvent insuffisante pour permettre à tous de franchir la période de soudure précédant la prochaîne récolte. »74

Jusque là, le producteur sera encore piégé par les tenants du pouvoir traditionnel coutumier. Ces derniers organisent les circuits commerciaux et régulent le marché. Ils stockent ainsi d'importantes quantités de produits alimentaires qu'ils revendent à ces mêmes producteurs au prix fort au moment de la soudure.

En réalité, confirme MOTAZE,

« les lamidos sont aussi de grands planteurs investisseurs, producteurs indirects du coton. Ils utilisent dans leurs champs personnels une main d'auvre médiate et variée : les ~'salariés''agricoles, permanents ou temporaires qu'ils rémunèrent très faiblement, les villageois dans leurs actes d'allégeance aux chefs (journées de travail chez les chefs) »75.

I-2-5 La sous-scolarisation

Historiquement, le Grand-Nord du Cameroun s'est toujours présenté comme en retard par rapport au reste du pays sur le plan scolaire. L'ancien président Ahmadou AHIDJO en faisait déjà mention, à la veille du troisième plan en ces termes :

73 Jean Pierre BIYONG BIYONG, Pistes pour améliorer la sécurité alimemtaire dans le Nord-Cameroun, Université de Liège, 2002, p.19.

74 Samuel NDEMBOU, op.cit., p.52.

75 MOTAZE AKAM, op.cit., p.118.

« Au terme du deuxième plan, la région Nord de notre pays demeure encore en retard sur le plan scolaire, car la scolarisation n'atteint que 21 %. Ce troisième plan doit pouvoir accélérer la scolarisation dans le Cameroun tout entier mais porter celle du Nord à 50 % ».

Les données plus ou moins récentes que nous présentons dans le tableau ci-dessous nous permettrons de vérifier si le vSu d'AHIDJO a été exaucé et dans quelle proportion. C'est pourquoi nous avons choisi de présenter les données de l'ensemble du pays afin que la comparaison et les déductions soient plus aisées.

RÉGION

TAUX NET DE SCOLARISATION (%)76

GARÇONS

FILLES

GARÇONS +
FILLES

INDICE DE
PARITÉ BASÉ
SUR LE SEXE

ADAMAOUA

83,46

68,93

76,47

0,83

CENTRE

87,33

92,15

89,63

1,06

EST

81,74

77,46

79,66

0,95

EXTREME-NORD

91,36

65,11

78,62

0,71

LITTORAL

61,64

67,86

64,56

1,10

NORD

80,53

66,23

73,59

0,82

NORD-OUEST

79,61

74,64

77,13

0,94

OUEST

81,34

79,51

80,41

0,98

SUD

81,17

83,51

81,76

1,04

SUD-OUEST

75,22

81,87

78,36

1,09

TOTAL/MOY.

80,76

75,44

78,18

0,93

Tableau 3 : Taux de scolarisation des élèves du primaire 6-11 ans année scolaire 2006/2007.
Source : Division de la planification des projets et de la coopération du MINEDUB.

76 Le taux net de scolarisation est la population effectivement inscrite dans le primaire, sur la population scolarisable.

Ces statistiques nous permettent de faire les constats suivants :

- le taux de scolarisation est allé au-delà des espérances d'Ahidjo. Il a allègrement dépassé les 50 % dont il rêvait à une époque. Preuve que les directives qui avaient été données on été respectées.

- Cependant, les jeunes filles du primaire de la région du Nord sont les moins scolarisées du Cameroun. Même l'indice de parité sur le sexe est presque le dernier du pays (derrière les voisins de l'Extrême-Nord).

- L'écart entre les filles et les garçons est très perceptible preuve que la jeune fille du Nord n'a pas beaucoup de chances d'accéder à des postes de travail offerts par l'administration et va majoritairement se retrouver dans le secteur primaire (agriculture, pêche) et quelque peu dans le tertiaire (commerce).

La sous-scolarisation apparaît comme un élément favorable pour un certain nombre de raisons. Les personnes qui ont peu ou pas du tout eu accès à une scolarisation poussée ont rarement l'occasion de se frotter à une nouvelle vision que la leur. Or, selon la sociologie dynamique de Georges BALANDIER, il n'y a pas de statique sociale. Toutes les sociétés, comme les faits sociaux, sont dynamiques, évanescentes, mutantes, changeantes ; en perpétuelle construction, déconstruction et reconstruction, pour parler comme Thomas KUHN. Cette évolution est possible avec le contact avec des groupes, des civilisations, des entités étrangères au groupe et chez qui on peut copier des points positifs qui peuvent s'avérer nécessaires pour notre propre évolution. En n'ayant pas accès à la civilisation occidentale, les populations sousscolarisées se ferment l'accès à quelques unes de leurs techniques et savoirs qui leur ont permis de révolutionner leur agriculture et d'être presqu'en surproduction au point de tranférer cet excédent aux zones en sous-production sous forme d'aide alimentaire. La région du Nord en reçoit constamment.

De plus, ces populations peuvent bien avoir la volonté de s'arrimer à la modernisation de leurs activités agricoles. Mais l'acquisition d'engins comme les tracteurs peut s'avérer plus ou moins compliquée dans la mesure où ils manqueront de l'expertise nécessaire qui leur permette de les conduire et de les entretenir.

Les causes de la sous-scolarisation de la région du Nord sont historiques et socioculturelles.

> Les facteurs historiques

La première école a été implantée au Cameroun en 1844, à Bimbia, une région voisine de Limbé, dans le Sud-ouest. C'était sous l'initiative du pasteur Merrich, de la Baptist Missionary Society car, rappelons-le, l'auvre scolaire au Cameroun est liée à celle des missionnaires (protestants et catholiques). Au Nord-Cameroun, l'école fut implantée en 1905, soit 61 ans après la toute première école. « En effet, écrit DONGMO, l'enseignement formel a été introduit au Cameroun du Sud vers le Nord et cette région a été atteinte tardivement »77.

La présence des missionnaires au Cameroun est le fait de la colonisation. En dehors même de cette difficulté pour l'école d'atteindre le Nord, la colonisation du Nord-Cameroun a eu lieu bien après celle des autres régions ; compte tenu des contacts plus faciles que les colons ont pu établir avec les populations de la zone côtière. Une fois le contact établi avec le Nord, le pouvoir colonial s'est appuyé sur les autorités traditionnelles : celles-ci représentaient pour les colons le moyen d'atteindre la population, la « courroie de transmission » entre administration et population, et outil de diffusion de leur politique. Mais ces chefs musulmans étaient pour la plupart hostiles à l'école. Pour BOUTRAIS,

« la lenteur de la pénétration de la scolarisation au Nord, élément majeur de toute évolution sociale, est bien sûr l'effet de distance, mais elle a été fortement aggravée par un fait historique : les administrations coloniales allemandes puis françaises cherchent à appuyer leur autorité sur les structures politiques musulmanes, censées contrôler les masses païennes. Pour ne pas choquer les convictions religieuses de ces précieux auxiliares, la province fut donc pratiquement fermée aux missions chrétiennes jusqu'à la deuxième guerre mondiale. Or, ce sont celles-ci qui ont, ailleurs diffusé massivement l'instruction »78.

Peu ouvertes aux missionnaires, les autorités traditionnelles musulmanes le furent aussi à l'égard de l'école, ce qui occasionna une forte résistance face à l'entreprise d'intégration du Nord-Cameroun au milieu éducatif (scolaire) en y bâtissant des écoles. Ces résistances prirent plusieurs formes : interdiction aux enfants et surtout aux jeunes filles de se rendre dans les écoles, rejet de ceux et celles qui s'y rendaient, rupture des contacts avec les responsables chargés d'encadrer les enfants. Certains allaient jusqu'à cacher leurs enfants dans les maisons ou

77 DONGMO, Evolution récente de la scolarisation des jeunes dans l'Adamaoua , Ngaoundéré, Anthropos, revue des sciences sociales, 1996.

78 Jean BOUTRAIS, op.cit., p.46.

les villages alentours puisque, faute d'effectif élevé, les colons étaient obligés d'aller eux-mêmes chercher les enfants dans leurs domiciles.

A ces facteurs historiques, viennent se greffer des facteurs relevant du milieu social et culturel.

> Les facteurs socio-culturels

De nombreuses études on eu pour centre d'intérêt la scolarisation au Nord-Cameroun. Et toutes s'accordent sur un fait : les populations du Nord-Cameroun et particulièrement celles qui sont d'obédience musulmane sont réfractaires à la culture occidentale. Elles le sont encore plus en ce qui concerne l'école. Cette position hostile est étroitement liée à l'idée que ces populations se faisaient du milieu scolaire, donc, à leur mentalité, leur façon de vivre, et leur façon de voir les choses.

C'est ainsi que les habitants du Nord développèrent des stéréotypes réfractaires à la (( culture des blancs », la culture occidentale. L'école fut perçue de façon péjorative, voire négative par les chefs et les parents. Pour FOGUI, les autorités traditionnelles (( ont ostensiblement tourné le dos à l'école occidentale »79. L'école était perçue par les peuples musulmans du Nord comme une entreprise de déstructuration des valeurs essentielles d'une société ; le vecteur d'une contre-culture. Envoyer son enfant à l'école revenait donc à tourner le dos à la tradition, aussi bien qu'à la religion.

Compte tenu de cet esprit qui sévissait à cette époque, les milieux musulmans du Nord-Cameroun ont longtemps été réfractaires à l'école française, surtout les foulbés. Des pesanteurs au niveau des mentalités ont considérablement retardé et obstrué le processus de l'implantation de l'école occidentale dans ladite région.

Astadjam YAOUBA affirme dans son mémoire que :

(( Cette hostilité est encore plus grande en ce qui concerne la jeune fille (cf. tableau ci-dessus). Rappelons que la religion musulmane est fondée sur un certain nombre de principes, qui vont du mode de conduite au mode vestimentaire. Les filles en effet, doivent être voilées, ce qui n'est pas toujours pris en compte par les responsables qui fournissent les tenues scolaires. Mais les arguments des chefs et parents du Nord ne se limitent pas à la tenue que doit mettre la jeune fille pour se rendre à l'école. C'est le système scolaire tout entier qui est rejeté, car pour eux, il inculque des façons de faire qui ne sont pas bonnes pour un enfant encore moins pour une fille »80

79 J.P. LOGUI, op. cit., p.159.

80 Astadjam YAOUBA, Enjeux et contraintes du développement local au Nord-Cameroun : le cas des groupes d'initiative commune (GIC) dans la localité de Pitoa , Université de Yaoundé I, 2007, p.43.

Cette vision négative de la culture occidentale développée au Nord-Cameroun ne signifie nullement que l'Islam est contre la science. Elle relevait de jugements hâtifs, de préjugés à l'égard de l'école. C'est pourquoi, après de nombreuses années, qui ont nécessité beaucoup de tolérance, car rappellons-le, les racines des préjugés sont profondes une certaine ouverture d'esprit et de frontière, la situation commença à changer. Un progrès dans les mentalités amena les parents à envoyer leurs enfants s'instruire, sans pour autant que cette recherche de l'instruction n'empiète sur les valeurs que prône leur religion.

Le statut socio-professionnel des parents est aussi un facteur déterminant de la scolarisation des enfants. Les enfants issus de parents analphabètes ont tendance à fréquenter davantage les milieux scolaires. Les parents en contact avec le milieu professionnel sont également plus aptes à envoyer leurs enfants à l'école, et les encourager dans leurs études puisque il existe une corrélation entre d'une part l'analphabétisme ou non des parents et la scolarisation des enfants et d'autre part, entre la profession des parents et la scolarité des enfants.

II- LES CONSÉQUENCES DE L'INSÉCURITE ALIMENTAIRE

Toute cause a nécessairement des effets qui peuvent être positifs ou négatifs. Pour ce qui est de l'insécurité alimentaire, elle a des conséquences néfastes sur ceux qui en sont victimes, et sur la région en général.

II-1 La fluctuation et l'inaccessibilité des prix des céréales sur le marché

Le constat fait en 1983 par les diocèses du Grand-Nord est sans équivoque : « Certaines années, l'autosuffisance alimentaire du Nord-Cameroun est difficilement réalisée. Les prix des céréales atteignent des prix inaccessibles à des couches importantes de la population. »81

Dans la région du Nord, on assiste à une variation considérable des prix le long de l'année, avec des pics observés autour des mois d'août et de septembre. Le prix du mil en août par exemple augmente de près de 300 % par rapport au prix de janvier. Plus précisément, le prix en janvier est de 8.400 francs CFA en moyenne tandis qu'en août, il est d'environ 24.500 francs CFA en moyenne le sac.

81 Diocèses de Garoua, Maroua, Mokolo, Ngaoundéré et Yagoua, op.cit.

Pour le PAM,

« Etant donné que les ménages pauvres consacrent une proportion importante de leur revenu à l'alimentation, une hausse des prix, même légère, peut entraîner une réduction importante de leur consommation alimentaire. Les ménages qui pratiquent l'agriculture de subsistance sont moins vulnérables que ceux qui doivent acheter toute la nourriture. »82

Concrètement, pendant les périodes d'insécurité alimentaire, le nombre de repas

quotidien est parfois réduit à 1 au lieu de 3 en période « normale ». Il arrive même parfois que certaines familles prennent un repas tous les deux jours. Cette situation a sûrement des implications sur la nutrition et l'intégrité physique des individus, surtout sur les couches vulnérables telles les enfants et les personnes âgées.

Les prix jouent un rôle important au niveau de la consommation alimentaire, en raison à la fois de leur incidence sur les revenus et des effets de remplacement qu'ils exercent. Pour un foyer pauvre, l'augmentation des prix d'un produit alimentaire et en particulier d'une céréale comme le riz, le mil ou le maïs, peut avoir une incidence importante sur le pouvoir d'achat familial. Par exemple en diminuant la ration alimentaire, il y a risque de sous ou de malnutrition qui est souvent le prémisse ou un indicateur de l'insécurité alimentaire.

La forte variabilité de l'offre se traduit par une fluctuation importante des prix des céréales sur l'année et entre les années. Le prix des céréales est ainsi resté pratiquement stable et bas (entre 6.000 et 10.000 francs CFA le sac) de novembre 1999 à septembre 2000 alors qu'il avait beaucoup varié pendant la même période de l'année précédente marquée par une sécheresse (7.000 à 25.000 francs CFA)83.

Egalement, Les années 1998 et 2001, déficitaires, se sont révélées particulièrement opportunes. Les cours ont atteint des niveaux élevés, jusqu'à 50 000 F CFA le sac de 100 kilos dans certains marchés en 1998. Les agriculteurs ont ainsi réalisé des économies ou des bénéfices - selon leur stratégie de mise sur le marché - de 120 % en 1998 et de 60 % en 2001. En revanche, fin 1998, les prix au moment de l'achat des céréales étaient encore élevés. Durant la campagne 1999, les crues exceptionnelles ont permis une excellente production autour du lac Tchad, alors que des pluies abondantes favorisaient les productions pluviales sur l'ensemble du Nord-Cameroun. Les commerçants de N'Djamena, qui tirent habituellement les prix vers le haut, ne se sont donc pas rendus sur les marchés nord-camerounais et les prix en période de soudure étaient de 40 % inférieurs à ceux de la période de récolte, ce qui a lourdement grevé la trésorerie des groupements engagés dans l'opération.

82 PAM, Les caractéristiques de la sécurité alimentaire au Cameroun, PAM, Yaoundé, 2002, p.54.

83 Données recueillies auprès de la délégation régionale du commerce du Nord.

Pour HAVARD et ABAKAR,

« Ces fluctuations se répercutent immédiatement sur l'offre, car si le prix sont bas, les paysans réduisent la part des céréales dans leur assolement, et si les prix sont élevés, ils l'augmentent. Dans les terroirs suivis par le PRASAC, les prix peu élevés des céréales entre novembre 1999 et septembre 2000 ont eu pour effet une réduction de 20% des superficies en céréales dans les exploitations entre les campagnes 1999-2000 et 2000-2001, au profit du coton et de l'arachide. En conséquence, la proportion des exploitations agricoles de ces villages incapables de satisfaire leurs besoins alimentaires à partir de leur propre production est passée de 47% en 1999-2000 à 60% la campagne suivante. »84

En réduisant les surfaces céréalières, les agriculteurs s'exposent et exposent le reste de la population à des pénuries alimentaires qui dérivent inéluctablement vers l'insécurité alimentaire.

Bien qu'il soit difficile de séparer les effets sur la santé de l'insécurité alimentaire des effets plus généraux de la pauvreté, on peut constater que les personnes des ménages aux prises avec l'insécurité alimentaire sont sujet à une mauvaise santé fonctionnelle, une activité réduite, de multiples états chroniques et la dépression majeure. En outre, ces personnes ont une prévalence élevée de régimes alimentaires insuffisants au niveau de nombreux nutriments, dans les protéines, l'acide folique et le fer. Ces personnes vivant l'insécurité alimentaire peuvent aussi trouver plus difficile de gérer les troubles médicaux qui exigent des interventions diététiques.

II-2 Les migrations des populations et les transhumances

Les terres fertiles se faisant rares dans la région du Nord, la partie dévolue à l'agriculture et l'élevage connaît des problèmes de surpopulation. La stratégie la plus fréquente est l'émigration vers d'autres zones ou lieux, où des terres sont encore disponibles et la pluviométrie plus favorable. Elle provoque chaque année dans les terroirs d'arrivée des regains de tension pour la maîtrise de l'espace entre agriculteurs migrants, chasseurs et éleveurs itinérants. L'envoi de fonds par les migrants est indispensable à l'équilibre financier des ménages des terroirs d'origine. Localement, certaines activités commerciales souvent gérées par les femmes (fabrication d'alcools, petits élevages domestiques, etc.) fournissent des revenus monétaires en partie destinés à assurer un minimum alimentaire.

84 HAVARD M., ABAKAR O., Bilan de la campagne agricole 2000-2001 dans les exploitations des terroirs de reférence du PRASAC au Cameroun , IRAD/PRASAC, Garoua, 2001, p.20.

Mais cette migration, ne résoud pas le problème ; elle se contente de le déplacer ou de le retarder. A titre d'illustrationn au plus fort de la crise alimentaire dans l'Extrême-Nord, certaines personnes sont descendues dans la région du Nord. Elles y ont même créé des villages comme celui de Mafa-Kilda, situé non loin de Garoua, il y a près de 3 décennies. Ce village de migrants de l'Extrême-Nord est vite arrivé à saturation ; des signes de dégradation des ressources naturelles y sont désormais perceptibles. Comme les migrants continuent d'arriver, les paysans repoussent toujours plus loin les limites du terroir à la recherche de terres agricoles ; d'autres quittent le village pour aller plus loin. On assiste ainsi à un flux migratoire permanent.

Cette forte présence humaine exerce une pression sur les terres agricoles qui ont déjà des problèmes, parfois même avec une incidence significative sur les aires protégées. Aussi, voit-on depuis quelques années la disparition à petits pas les méthodes traditionnelles de mise en repos qui permettait aux sols de reconstituer son potentiel de production. La population qui pratique l'agriculture n'ayant pas de terre, développe un comportement de refus de faire des aménagements (apport de la matière organique) parce que pour elle, cette terre peut leur être retirée.

Par ailleurs, l'exode rural, et majoritairement celui des jeunes, fait en sorte que les terres sont abandonnées aux vieillards qui n'ont plus assez de force pour cultiver sur de grandes superficies et de manière régulière. Par conséquent, les quantités produites demeurent insuffisantes et le spectre de l'insécurité alimentaire ne cesse de planer sur la région.

> Les transhumances

Du latin (( trans )) (de l'autre côté) et (( humus )) (la terre, le pays), la transhumance désigne la migration périodique du bétail de la plaine vers la montagne et vice versa en fonction des conditions climatiques ou des disponibilités alimentaires.

Comme nous l'allons démontrer plus loin dans cette étude ( dans les stratégies de lutte contre l'insécurité alimentaire, chapitre 3), en dehors de l'agriculture, les populations de la région du Nord s'adonnent à l'élevage. L'insécurité alimentaire et climatique pousse parfois les pasteurs à se déplacer avec leurs bêtes. Avant de nous apesantir sur les effets de cette transhumance, nous avons jugé utile de revenir sur le cheptel de la région du Nord.

Les effectifs réels sont extrêment difficiles à connaître avec certitude. Les chiffres fournis par le MINEPIA, en l'absence de recensement récent (le dernier date de 25 ans), se basent sur les animaux vaccinés ; et sont donc sujet à des biais importants. Par expérience, nous savons que

généralement, les éleveurs M'bororos ne font vacciner leurs animaux que tous les trois ans, et qu'ils sont majoritairement dans le Mayo Rey et le Faro. Les éleveurs du Mayo Louti sont majoritairement des agro-éleveurs pratiquant une intensification qui les pousse à vacciner plus leurs bêtes. La Bénoué possède les deux types d'éleveurs. En nous basant sur les chiffres de l'étude de faisabilité du projet d'hydraulique pastorale (PRCPB) et la vaccination 2001 contre la péripneumonie contagieuse des bovins, nous arrivons à près d'un million de têtes de bovins, et environ 900.000 ovins et caprins.

Les surfaces pâturables sont estimées ainsi qu'il suit :

Surface

Total

Inutilisable

Vivriers

Coton

Zic/parcs

Pâturables

Bénoué

13.614

2.264

2.104

366

3.397

5.483

Faro

12.028

2.767

249

15

6.851

2.146

Mayo Louti

4.162

707

1.177

182

0

2.096

Mayo Rey

36.524

4.648

598

310

19.400

12.168

TOTAL NORD

66.328

9.786

4.128

873

29.648

21.893

Tableau 4 : Estimation des surfaces pâturables dans la région du Nord
Sources : SODECOTON / Service régional des projets, enquêtes et statistiques

agricoles du Nord / MINEPIA

Le tableau qui suit présente la production potentielle de Matière Sèche (MS) en tonnes

DÉPARTEMENT

PARCOURS

RÉSIDUS
AGRICOLES

TOTAL MATIÈRE
SÈCHE

Bénoué

663.564

252.000

915.564

Faro

324.600

17.905

342.505

Mayo Louti

209.600

149.623

359.223

Mayo Rey

2.346.195

107.760

2.453.955

TOTAL NORD

3.543.959

527.288

4.071.247

Tableau 5 : Production potentielle de Matière Sèche (MS) dans la région du Nord Sources : SODECOTON / Service régional des projets, enquêtes et statistiques

agricoles du Nord / MINEPIA

Le potentiel global de la région du Nord fournit des ressources permettant de nourrir un cheptel au moins aussi important que celui estimé actuellement. Même si les méthodes sont grossières dans l'estimation du cheptel, la rareté de la ressource n'est pas avérée de manière globale. La ressource est inégalement répartie dans l'espace de la région et dans le temps. La matière sèche produite n'est pas utilisée uniformément tout au long de l'année. Les résidus de récolte le sont durant 3 à 5 mois et l'utilisation des parcours dépend de la saison. Seule la transhumance permet de s'adapter à cette disponibilité inégale de la ressource et d'optimiser son utilisation. Le problème de l'alimentation des ruminants dans la région du Nord est celui de l~accès à la ressource.

Les exemples des migrations connues dans la région ne sont pas le fait de la dégradation de la ressource, mais le fait de sa disparition (mise en eau du barrage de Lagdo sur 70.000 ha), ou de l'impossibilité soudaine d'y accéder (création ou réactivation de zones de chasse). D'autres migrations se font pour fuir les conflits avec les agriculteurs, ou les relations conflictuelles avec les chefferies (arrondissements de Demsa, de Tchéloa ou de Bibémi). Si l'insécurité pour l~accès aux pâturages devient trop forte, de même que l'insécurité des biens, il y a aussi migration (départements du Mayo Rey et de la Bénoué dans sa partie Sud et Est).

Pour BOUTRAIS,

« les éleveurs ne possèdent pas leurs pâturages et n'ont jamais l'assurance de pouvoir y rester longtemps. L'incertitude foncière entrave tout investissement quelconque des éleveurs, aussi bien dans leur habitat que dans leurs pâturages. Régler le problème foncier des pâturages représente le préalable indipensable à toute amélioration de l'élevage traditionnel »85.

Les buts du nomadisme et de la transhumance sont la recherche de l'eau, de pâturages et de la sécurité. Le vrai nomadisme tend à diparaître de la région. Il est le fait de groupes M'bororos qui, pour la plupart, sont depuis au moins dix ans sur les mêmes zones. Il y a une volonté massive et manifeste de se fixer de la part de ces populations, qui se mettent majoritairement à cultiver. Par contre, la transhumance est pratiquée à grande échelle. Elle permet l'exploitation de pâturages qui ne peuvent être occupés toute l'année du fait de leur insalubbrité (présence de glossines), du manque de point d'eau pour le bétail, de leur inondation en saison de pluies ou tout simplement parce qu'il n'y a plus d'herbe. Dans la région du Nord, les éleveurs transhument dans la vallée de la Bénoué et du Mayo Kébi en saison sèche (la

85 Jean BOUTRAIS, Deux études sur l'élevage en zone tropicale humide (Cameroun), Bondy (France), Travaux et documents de l'ORSTOM, n°88, 1978.

transhumance vers le Mayo Kébi explique le maintien d'une forte activité élevage dans le Mayo Louti). Un autre mouvement fort se fait vers les pâturages du Faro et du Mayo Rey voire de l'Adamaoua. Véritable paradoxe, une transhumance de l'Adamaoua vers le Sud du Mayo Rey s'est mise en place ces dernières années.

BOUTRAIS poursuit plus loin en affirmant que :

« La transhumance est toujours active chez les foulbés et les arabes choas. On peut estimer qu'elle mobilise chaque année, environ la moitié de l'effectif total des bovins (..) Quelques milliers de têtes de petit bétail y participent aussi ; les troupeaux et les bergers qui les guident s'éloignent de leur habitat principal soit pendant la saison sèche, moins pendant la saison des pluies »86.

La transhumance obéit à une logique d'utilisation optimale des ressources naturelles et des résidus de récolte plutôt qu'à une stratégie de réponse à une crise aiguë de raréfaction de la ressource. Une étude de l'agence néerlandaise de coopération SNV menée en 2000 montre clairement qu'il y a des espaces disponibles, que la progression de l'agriculture ne se fait pas selon un front se déplaçant vers le sud, mais qu'elle suit les voies de communication.

Les conflits de plus en plus nombreux entre agriculteurs et éleveurs ont pour source une absence d'organisation dans l'occupation des terres qu'à une raréfaction de la ressource. C'est le manque d'organisation dans cette occupation qui aboutit au gaspillage de la ressource et qui rend son accès difficile.

Cependant, la recherche des pâturages par les éleveurs est rendue difficile pour les raisons suivantes :

- la circulation des animaux rencontre de plus en plus à cause d'une installation de l'agriculture qui prend peu en compte les zones traditionnelles de pâturage et les pistes à bétail ;

- d'une année sur l'autre, l'agriculture occupe souvent les lieux de résidence des éleveurs en voulant profiter de la fumure ;

- les zones d'intérêt cynégétiques (ZIC) et les parcs forment un véritable barrage empêchant l'accès au sud de la région (Mayo Rey et Faro) qui portent pourtant la majorité de la ressource ;

86 Jean BOUTRAIS, op.cit.

- ni les chefferies ni l'Administration ne garantissent l'accès à cette ressource ; des délimitations de zones de pâturage avaient été faites dans les années 60, mais elles ne sont plus respectées ; les délimitations actuellement tentées rencontrent de grosses difficultés de respect d'accords pourtant négociés ;

- l'insécurité des biens et des personnes dans certaines zones fait qu'elles ne sont pas utilisées ;

- enfin, l'augmentation sans précédent du coût des déplacements ou des séjours du fait de la multiplication des communes rurales qui prélèvent des taxes de manière non harmonisée et à des taux fixés arbitrairement et les pratiques des chefferies qui, pour beaucoup, ont un budget où la part de l'élevage est prépondérante, font que les grands espaces sont délaissés.

Source : PAM

III- LA CATÉGORISATION DES PRINCIPALES VICTIMES DE L'INSÉCURITE ALIMENTAIRE

Il apparaît primordial de préciser au préalable, afin de lever toute équivoque qui se poserait, que pendant les périodes à risque, l'insécurité alimentaire ne fait pas une quelconque discrimination au sein des populations. Elle frappe sans distinction de sexe, d'âge, de religion & Cependant, cette insécurité alimentaire n'est pas vécue par tous au même degré en fonction ou à cause du rang que certaines couches sociales occupent sur l'échelle sociale ou sur la pyramide des âges. Dans les paragraphes qui suivent, il est opportun de savoir justement dans quelles mesures certains semblent plus vulnérables à ce phénomène que d'autres.

III-1 Les personnes âgées (plus de 60 ans)

Cette catégorie a été identifiée comme vulnérable dans la mesur où les personnes âgées rencontrées estiment ne plus avoir suffisamment de force pour cultiver la terre. Cela veut dire que ces personnes sont presque improductives ; ce qui les met en situation de dépendance vis-à-vis de leurs enfants ou d'une quelconque personne.

HABIBA, 62 ans, nous apprend que :

« Ça fait plus de 5 ans que je ne travaille plus les champs parce que j'étais tombée malade et le docteur m'a demandé de me reposer parce que je n'ai plus beaucoup la force. Maintenant, je compte sur mes belles-filles pour manger chaque jour. Comme mon premier fils a trois femmes, elles me donnent la nourriture chacun à son tour. Je ne demande pas la nourriture parce que c'est mon enfant qui les a dit de souvent me servir. Elles doivent seulement obéir leur mari sinon elles auront les problèmes avec lui. »

Pendant l'insécurité alimentaire, ces personnes valides dont dépendent les personnes âgées se soucient en premier lieu de leurs progéniture avant de penser à toute autre. Le plus souvent donc, on « oublie » de leur servir un bol de riz ou de mil et se retrouvent entrain de dormir le ventre vide. Tout ce qu'elles peuvent faire, c'est parcourir les maisons de leurs enfants (pour ceux qui sont encore en mesure de le faire) ; ou encore envoyer un enfant demander à manger pour eux dans les différents concessions.

III-2 Les handicapés

On nomme handicap la limitation des possibilités d'interaction d'un individu avec son environnement, causée par une déficience qui provoque une incapacité, permanente ou non et qui mène à un stress et à des difficultés morales, intellectuelles, sociales et/ou physique. Le handicap exprime une défience vis-à-vis d'un environnement, que ce soit en termes d'accessibilité, d'expression, de compréhension ou d'appréhension. Il s'agit donc plus d'une notion sociale et d'une notion médicale.

Le mot handicap vient de l'expression anglaise « hand in cap » ce qui signifie littéralement « la main dans le chapeau ». Dans le cadre d'un troc de biens entre deux personnes, il fallait rétablir une égalité de valeur entre ce qu'on donnait et ce qu'on recevait : ainsi, celui qui recevait un objet d'une valeur supérieure devait mettre dans un chapeau une somme d'argent pour rétablir l'équité. L'expression s'est progressivement transformée en mot puis appliquée au domaine sportif (courses de chevaux notamment) au XVIII ème siècle. En hippisme, un handicap correspondait à la volonté de donner autant de chances à tous les concurrents en imposant des difficultés supplémentaires aux meilleurs.

Historiquement, le handicap se définissait par opposition à la maladie. Le patient était malade tant que son problème pouvait être pris en charge médicalement ; il était reputé handicapé une fois devenu incurable. En 1980, le britannique Philip WOOD a transformé radicalement la vision du handicap en le définisssant comme un désavantage dont est victime une personne pour accomplir un rôle social normal du fait de sa déficience (lésion temporaire ou définitive) ou de son incapacité (réduction partielle ou totale des capacités pour accomplir une activité). Avec la parution de la Classification Internationale du Fonctionnement, du Handicap et de la Santé (CIF, CIH-2), l'OMS a introduit une nouvelle typologie du handicap qui prend plus en compte les facteurs environnementaux. Le handicap peut y être défini comme la rencontre d'une déficience avec une situation de la vie quotidienne.

La loi française du 11 février 2005 portant sur l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées stipule que :

« constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d'activités ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substancielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles,

mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé envahissant. »

D'après la Classification Internationale des Handicapés, on nomme handicapé « Toute personne souffrant d'une déficience, aspect lésionnel, ou d'une incapacité, aspect fonctionnel, qui limite ou interdit toutes activités considérées comme normales pour un être humain. »

La classification des divers handicaps distingue les handicaps :

- physique : moteur et sensoriel ou relationnel ;

- mental : déficiences intellectuelles et relationnelles durables ;

- associé ou multihandicap : cumul de plusieurs handicaps ;

- polyhandicap : cumul de handicaps moteur, intellectuel et de la communication.

Dans le cadre de cette étude, ce sont principalement les handicapés moteurs et sensoriels qui ont retenu notre attention ; parce qu'étant les plus visibles et ceux que nous avons le plus rencontrés lors de notre séjour sur le terrain.

> Les handicaps sensoriels

La cécité et la surdité sont deux déficits très différents entrainent de la part de l'entourage des réactions diverses. Environ 100 millions de personnes dans le monde sont touchées par ces déficits ,ais nous ne saurions donner ne serait-ce une estimation de cette catégorie dans la région du Nord, faute de statistiques disponibles auprès des services sociaux ou de santé de la région. Qu'à cela ne tienne, nous en avons vu un grand nombre déambuler dans les avenues, les rues, les marchés ou devant les mosquées.

L'importance du déficit sensoriel amène à créer des sous-catégories : c'est ainsi que l'on distinguera de la cécité complète l'amblyoptie qui correspond à une vision de moins de 4/10. La différence est réelle puisque tout amblyopte (ou mal-voyant) peut en principe mener une vie indépendante sans l'aide constante d'une tierce personne.

Un autre aspect du handicap à prendre en compte est sa date de survenue. On devra différencier cécité congénitale et cécité acquise. Psychologiquement, les aveugles-nés sont très différents des jeunes enfants devenus aveugles après l'âge de trois ou quatre ans, alors qu'ils avaient pu bénéficier d'acquisitions dans le domaine visuel. Ces derniers, même lorsqu'ils n'ont pu conserver de souvenir visuel, sont privilégiés par rapport aux aveugles-nés en ce qui concerne

certains domaines de la connaissance, tel celui de la représentation spatiale. Mais les aveugles tardifs peuvent en revanche se trouver défavorisés par de grandes difficultés à développer des moyens de compensation de leur infirmité (par exemple l'apprentissage de l'écriture Braille). Il en est de même chez les sourds et malentendants. Ceux dont l'infirmité a été précoce souffrent de difficultés du raisonnement et de la pensée abstraite qu'on peut raisonnablement rapporter à la privation des communications par le langage.

> Les handicaps moteurs

Ils constituent une catégorie très hétérogène puisqu'on y range les amputations, les atteintes neurologiques centrales et périphériques, les affections musculaires ou ostéoarticulaires. TIDJANI raconte que :

« Pendant les fêtes de fin d'année, mon fils Amadou a eu un accident de moto. C'était tellement grave qu'on lui a amputé la jambe qui avait été broyée lors de l'accident. Maintenant, il ne se déplace plus normalement et ne peut donc plus nous aider à travailler au champ. »

Diverses dans leurs origines, les déficiences motrices le sont également par les réactions qu'elles suscitent. A incapacité égale, le paralysé sentira planer autour de lui une certaine méfiance, alors que l'amputé ne se verra pas demander plus qu'il ne peut faire. Mais en contrepartie, il provoquera, plus que le paralysé, un sentiment de gène et de malaise lié à la mutilation et au symbolisme qui s'y rattache. Le malaise vis-à-vis de certains handicaps moteurs naît aussi de la méconnaissance des accidents neurologiques qui en sont la cause. Le tableau de l'hémiplégie est relativement familier surtout chez le vieillard hypertendu ; ou celui de la paraplégie, que la fréquence des accidents de la circulation a rendu tragiquement quotidien (causant des sections de la moelle épinière). De même les séquelles de la poliomyélite sont facilement identifiées.

Mais le public ne connaît pas les manifestations cliniques des maladies dégénératives du système nerveux central (telles les dégénérescences spino-cérébelleuses DSC ou de l'infirmité motrice cérébrale IMC. Les troubles de motricité volontaires sont dus à une encéphalite de la petite enfance, à un accouchement difficile, à une incompatibilité sanguine.87

C'est peut-être à l'une des causes de ce dernier groupe que la paralysie de SAMADINE est due. Nous pensons qu'elle a très probablement été victime d'une DSC ou d'une IMC bien

87 Guy DREANO, Guide de l'éducation spécialisée, Paris, Dunod, 2002, p.25 et svtes.

qu'elle avance une tout autre raison liée au mauvais sort, à la sorcellerie ou à la mélédiction tel que cela transparaît dans son témoignage :

« Mon père avait eu un problème quand j'étais petite avec un éléveur parce que ses animaux étaient venus manger la nourriture dans notre champ. Mon père l'a accusé chez le djaworo et on lui a demandé de payer ce que ses moutons avaient mangé. Il s'est fâché et a dit à mon père que ça n'allait pas finir comme ça. Un jour, je me suis couché et le matin, je ne pouvais pas me lever. On a tout fait. Rien. Mon père a fait venir un marabout à la maison et c'est lui qui a dit que c'est le type qui avait eu le problème avec mon père qui m'avait lancé une malédiction et que lui, il ne pouvait pas me guérir complètement parce que le gris-gris était trop fort. C'est depuis là que mes pieds sont pliés comme tu vois-là. »

A cause du handicap, les individus voient se réduire inexorablement leur champ de mobilité. Ils sont quasiment improductifs et vivent de ce fait aux crochets de ceux qui sont valides ; ou simplement sont réduits à la mendicité. Il arrive que, lorsque la personne handicapée devient une charge insupportable pour la famille et que les disponibilités alimentaires sont réduites à leur plus simple expression, ledit membre est progressivement abandonné par les siens en étant privé de sa ration alimentaire. Si la période difficile perdure et/ou se durcit, les handicapés sont purement et simplement bannis et exposés à toutes les conséquences dont il a été fait cas antérieurement. Leur handicap les pénalise un peu plus parce que c'est une souffrance à laquelle vient se greffer d'autres souffrances ; s'amplifiant mutuellement.

ATTiTuDEs DEs AcTEuRs FAcE à
L'iNsEcuRiTE ALiMENTAiRE : LEs
sTRATEGiEs DE LuTTE

DEuXiEME pARTiE :

Pour tous les acteurs concernés par l'insécurité alimentaire, la lutte contre ce phénomène apparaît comme une préoccupation vitale. Les stratégies de gestion des situations de pénurie alimentaire mises sur pied sont aussi bien formelles qu'informelles. Les stratégies informelles sont celles qui reposent sur des arrangements entre individus ou ménages ; ou qui font appel à des groupes tels les communautés ou les villages. Les stratégies formelles quant à elles font appel aux mécanismes de l'Etat et ceux des organismes internationaux et autres ONGs. En l'occurrence, il s'agit dans cette étude de la FAO et du PAM.

CHApiTRE 3 :
[-'iMpLiCATioN DEs popuLATioNs
DANs LA LuTTE CoNTRE L'iNsECuRiTE
ALiMENTAiRE

Etant donné que les populations sont concernées au premier chef par le problème de l'insécurité alimentaire puisqu'elles en sont les victimes directes, elles posent des actions qui vont dans le sens de la lutte contre ce phénomène. Quelquefois, ces actions sont isolées et individuelles. Mais parfois aussi, elles sont concertées et collectives. Abdou GARBA nous apprend à propos que :

« Face it l'insécurité alimentaire, nous nous sommes réunis pour mettre nos forces productives ensemble, et trouver des stratégies communes, car en groupe on est toujours plus fort. On nous dit chaque fois que l'union fait la force. Et depuis qu'on travaille ensemble, ça va un peu mieux. »

I- LA CONSTRUCTION DES GRENIERS

La première arme trouvée par les populations de la région du Nord pour lutter contre l'insécurité alimentaire est de constituer des réserves de céréales en particulier et de vivres en général pendant les récoltes et qui seront utilisées pendant les périodes de déficit telles la soudure. Pour conserver ces céréales, les populations construisent des greniers. Ces derniers tiennent une place essentielle dans les concessions et les villages. HAMITI TIZI nous confie que :

« Ici au village, dès qu'on a fini de récolter le mil ou le sorgho, on sèche ça et on garde ça dans les greniers. Dans le grenier il n'y a pas de problème parce que ça ne se gatte pas lit-bas dedans surtout si ça bien séché. Si c'est beaucoup, on vend une partie pour acheter les produits, pour payer l~école des enfants ou rembourser les dettes ; et on mange l'autre. On garde aussi une partie pour semer la prochaine fois ».

Les greniers sont également un signe de prestige social dans la mesure oil il est un indicateur de prospérité et d'abondance : on mesure la richesse d'une personne à l'aune de la

forme et de grandeur de son ou ses greniers. Plus le grenier est grand, plus il est censé contenir une grande quantité de récolte, signe d'une bonne production et par anticipation, d'une bonne future vente.

Le grenier est construit selon la même technique que la cuisine, dont la porte est percée après le montage des parois. Le pied du grenier est bâti sur des plaques de pierre, puis le corps est monté et ensuite l'étage de bois et de terre où est ménagé une trappe. On façonne alors les bords du hublot et enfin, avec de la glaise, la cupule. Le grenier de l'homme, réservé aux seuls sorghos, n'est pas cloisonné alors que celui de la femme est divisé en quatre parties : deux grands compartiments pour les sorghos et les haricots et deux petits pour l'oseille, le souchet & L'étage, outre les effets personnels, renferme chez l'homme le mil de semence et chez la femme la provision hebdomadaire de sorgho, les calebasses etc.

Les greniers, groupés en cercle, sont abrités par une case et si leur nombre excède 5 ou 6, les perches du toit reposent sur des entretoises qui relient le haut des greniers.

Selon le groupe ethnique, la forme du grenier diffère. Par exemple, il y a :

- le grenier (( bouteile » : c'est un grenier extérieur en terre, dont la forme rappelle celle

d'une bouteille. On le trouve chez les Mousgoum, les Massa, les Toupouri ou les Guiziga - le grenier (( cyclope » : c'est une grenier tubulaire en terre, à voûte arrondie, doté d'une

seule ouverture circulaire dans la partie sommitale latérale.

Les problèmes inhérents au grenier sont ceux que nous avons évoqués plus haut. S'il est avéré que son importance n'est plus à démontrer, il constitue la première cause de (( racket » dont sont victimes les populations. En effet, comme il en a été question de la régulation sociale, les autorités traditionnelles s'arrogent le droit d'imposer les agriculteurs à partir de leurs réserves alimentaires. Par ailleurs, la modicité de leurs moyens et leur manque de formation et d'information entraîne parfois un mauvais entretien de ces réserves et de leur contenu. Etant donné qu'ils sont construits, à l'image du reste des habitations, avec un matériau pas assez solide, ils ne sont pas très solides et sont exposés aux intempéries et aux insectes tels les termites qui mettent à sac les grains stockés.

II- LA VENTE DES RUMINANTS

En dehors de l'agriculture, les populations de la région du Nord que nous avons rencontrées pratiquent le petit élevage. Cet élevage constitue d'ailleurs plus de 40% des activités des agriculteurs. En effet, le bétail a été, dans plusieurs sociétés, un instrument de capitalisation et d'épargne, dans la mesure où il constitue un instrument de travail. L'énergie fournie par le bauf, le cheval, le chameau ou encore l'âne a été ou est d'un apport considérable pour le développement de l'agriculture. La laine, le cuir et les peaux de bêtes ont longtemps servi et continuent de servir à l'habillement et à la confection d'objets. Cependant, la fonction alimentaire a pris le dessus sur toutes les autres.

Il existe un nombre élevé de systèmes de production. Ceux-ci dérivent de la diversité biologique et de celle des milieux naturels et socio-économiques : les élevages hors-sol (de type intensif et pratiqués dans un milieu artificiel), les élevages partiellement liés au sol, et ceux qui sont étroitement liés au sol (système extensif) &

Dans la région du Nord, en dehors de quelques grands éleveurs, la grande majorité des populations agricoles pratiquent un type d'élevage étroitement lié au sol. Dans ce système, les animaux tirent directement l'essentiel de leur subsistance du milieu de vie. Cet élevage est surtout bovin c'est-à-dire qu'il concerne les espèces telles que le bauf, le buffle, le bison etc. ; bien qu'on rencontre aussi des ovins (brebis, moutons ...), des caprins (chèvres), des équins (cheval), des asins (âne), des porcins (porcs), des canins (chiens) et de la volaille (Poulets, canards, pintades ...).

« L'épargne animale », si nous pouvons appeler ainsi cette pratique, est justement une forme d'épargne car lorsqu'il y a un peu d'argent pendant la période d'euphorie post-récolte, les ménages l'investissent en achetant du petit bétail. D'abord ces animaux sont fortement sollicités lors de tous les évènements qui se déroulent dans la communauté (fêtes, cérémonies ...). Ensuite, leur importance apparaît avec un peu plus de d'ampleur dans un autre contexte. En effet, lorsque les réserves alimentaires sont diminuées ou simplement épuisées, ce sont ces animaux qui volent au secours des agriculteurs propriétaires. Soit ils sont consommés directement, soit ils sont vendus sur le marché.

Cette vente permet aux ménages d'avoir des liquidités et de s'acheter de la nourriture. Bien évidemment, pendant la soudure, les prix ne sont pas pratiqués en toute équité. Les propriétaires de vivres ou les commerçants, conscients du caractère critique de la situation et

sachant pertinemment les besoins des populations en denrées alimentaires, achètent les animaux à des prix inférieurs à leur prix normal. Abdou GARBA dénonce cette pratique car, se souvientil, « Les gens ne sont pas bien. Une fois, j'ai été forcé de vendre une grosse chèvre à 5.000 frs alors que ça pouvait me produire 25.000 même 30.000 frs. »

Cet argent permettra d'acheter des vivres afin de satisfaire les besoins alimentaires de la famille ; mais encore, de résoudre les problèmes ponctuels de santé ou de scolarité des enfants. Le véritable problème est que, malgré les efforts consentis par les uns et les autres, c'est l'homme qui est presque toujours chargé de s'occuper de cette mission. Il n'est pas de ce fait tenu à rendre compte de la vente ni de la répartition ou de la gestion des revenus issus de ladite vente.

III- L'ÉCHANGE DE BIENS CONTRE LA NOURRITURE ET LE RECOURS A L'ENTRAIDE

Il arrive que les petits ruminants dont il a été fait mention dans la première partie de ce chapitre ne soient pas systématiquement vendus pour s'acheter de la nourriture. Par moments, il y a un simple troc entre propriétaires d'animaux et propriétaires de vivres. Mais dans cet échange, celui qui est privilégié c'est le possesseur des denrées alimentaires dans la mesure oil, étant sollicité en premier, c'est donc lui qui fixe les termes de l'échange. Il s'arrange ainsi à sortir bénéficiaire de l'échange soit en sous-estimant la valeur de l'animal ou des animaux qui sont mis sur la balance, soit en sur-évaluant, et la conjoncture lui est favorable, la valeur marchande de ses denrées.

En dehors des animaux, d'autres biens de consommation courante peuvent être mis à contribution dans l'échange contre la nourriture. Il s'agit par exemple des appareils ménagers, des boubous, des nattes et même des talismans... L'un de nos informateurs qui n'a pas voulu se faire identifier nous révèle que :

« J~ai un beau-fils qui m'avait offert un boubou de grande valeur à l'Aïd el Kébir en 1996 je crois bien. Trois ans après88, on avait eu de sérieux problèmes pour manger parce qu~il y avait eu la sécheresse. Ici au village89, l'un des amis du djaworo que mon boubou lui plaisait beaucoup m'avait dit qu'on fait l'échange. Que moi je lui donne mon boubou et que lui me donne un demi-sac de mil. J'avais

88 Il s'agit probablement de la grande sécheresse que la région avait traversé entre 1999 et 2000. La production alimentaire avait été désastreuse et les conséquences néfastes pour les populations.

89 Le village en question est Ndélélé, situé à 5 km de Figuil sur l'axe routier Figuil-Léré au Tchad.

d'abord refusé mais après deux semaines comme ça, je suis reparti lui voir pour lui dire que j'accepte. »

Puisque tout le monde ne dispose pas d'animaux ou de liquidités financières, certains ménages démunis se tournent parfois vers la famille, le voisinage ou le djaworo pour obtenir une quelconque aide afin de se nourrir. En d'autres termes, ils mendient leur pitance lorsqu'ils ne perçoivent pas une autre issue ou quand ils ne sont pas en mesure de rembourser en cas d'emprunt. En effet, dans les situtions extrêmes, certains recourent à l'emprunt des denrées alimentaires. Malheureusemt, les quantités empruntées sont souvent insignifiantes pour un remboursement élevé. Autrement dit, il s'agit ni plus ni moins de l'usure. L'informateur précédent le confirme lorsqu'il nous apprend que :

« Tu empruntes une tasse de mil au mois de mars et tu rembourses une tasse et demie ou deux et même parfois plus en argent ou en nature ; c'est comme tu peux. On rembourse comme ça pendant les récoltes en septembre ou en octobre. »

IV- LE SÉCHAGE

Face aux conditions climatiques et au contexte socio-environnemental, les populations n'ont eu de cesse de faire usage d'une stratégie ancestrale héritée de leurs ascendants. Il s'agit du séchage des aliments. Cette technique constitue le principal moyen de conservation des produits agricoles. Il permet de réduire les pertes après-récoltes, mais aussi les coûts de transport et autorise ainsi une commercialisation au-delà des frontières nationales. Pour les consommateurs et pour les négociants, il accroît la disponibilité et la régularité des produits sur le marché. Pour les producteurs, il permet d'augmenter les revenus et de mieux les répartir dans le temps.

Puisque le climat ne favorise pas la conservation des produits à l'état frais dans la région du Nord, beaucoup de produits sont séchés afin d'être conservés. C'est le cas de certains légumes, du gombo, de la tomate, du piment (tatassé)... Leur durée de vie est plus longue et ils constituent, à n'en point douter, de précieuses réserves pour les populations en temps de crise alimentaire. Le soleil facilite cette technique qui ne coûte pas grand-chose aux paysans sauf quelques efforts physiques. Il suffit par exemple pour l'oignon qu'il soit découpé en fine lamelles ou en echalottes et de les sécher sur une natte pendant quelques journées au soleil. Le foléré sert non seulement à la fabrication du jus, mais encore à préparer des sauces qui sont consommées de préférence avec du couscous maïs.

Même la production animale n'échappe pas au séchage. Les populations ont eu l'ingénieuse idée de faire sécher la viande qu'elles ont baptisé (( kilishi ». Il se définit comme (( la viande séchée en feuilles au soleil et assaisonnée »90.

Assurée par les hommes, l'activité de production de kilishi est le domaine resrvé de la tribu haoussa. De religion musulmane, cette ethnie semble s'identifier par cette pratique traditionnelle de transformation de la viande. Les acteurs se répartissent dans des tranches d'âge couvrant trois générations, avec une prédominance de la tranche comprise entre 20 et 40 ans. Nous n'avons recolté aucune information précise qui justifie pourquoi cette activité est et reste la chasse gardé du genre masculin. Nous en déduisons donc, au vu de quelques indications et du constat fait sur le terrain, que étant donné que c'est essentiellement l'homme qui s'adonne à l'élevage du bauf qui est la principale matière première du kilishi, il est donc bien placé pour manipuler cet animal. Par ailleurs, la pénibilité du travail et la division sociale du travail dans cette région font en sorte que les femmes n'ont ni les moyens, ni le temps de se lancer dans la production de kilishi. Les hommes préfèrent leur laisser le monopole de la distillation du bili bili pour qu'elles les laissent tranquiles dans la production du kilishi.

Quant à la prépondérance des haoussas sur le circuit de la production du kilishi, c'est parce que c'est un peuple de pasteurs nomades et qui a, au fil des générations, appris à apprivoiser et à conserver sa source de vie.

L'atelier de kilishi est en général situé en bordure de route, le plus souvent à la périphérie d'un marché ou d'une zone commerciale. Il est construit en briques de terre et peut être une location ou une propriété familiale.

90 Christian SEIGNOBOS, Henry TOURNEUX, op.cit., p.118.

Feuilles de viande séchées au soleil
Photo Alain Christian ESSIMI BILOA

La viande de bauf est la principale matière première du kilishi, les muscles utilisés étant exclusivement le filet, le faux-filet et la cuisse. L'absence de tendon dans ces muscles apparaît comme le critère primordial dans le choix du muscle. A ce critère, s'ajoute la teneur en lipide du muscle. Les producteurs recherchent, dans l'ensemble, une viande grasse qui ne soit pas pour autant du tissus adipeux. Celui-ci doit être éliminé, au même titre que les tendons, lors de l'opération de nettoyage de la viande. En conséquence, la vainde destinée au kilishi doit être tendre et pas maigre.

La viande de bauf est priviligiée pour la production du kilishi par rapport à d'autres viandes comme celle du mouton parce que, d'après les producteurs, elle est de meilleure qualité, est plus résistante et a meilleur goût que les autres. De plus, elle se conserve plus longtemps. La durée de vie en moyenne de kilishi est de 6 mois minimum. Cependant, il nous a été fait part du fait que si un kilishi a été bien fait et est conservé dans des conditions optimales c'est-à-dire de temps en temps exposé au soleil, il peut mettre un année entière et même plus. A ce qu'il paraît, le kilishi est comme le vin : il se bonifie avec le temps.

L'approvisionnement en viande se fait généralement chez le boucher ou à l'abbatoir municipal. L'achat est réalisé à chaque production , et se fait le matin, ce qui justifie que les opération de transformation commencent toujours après 9h du matin, période à laquelle les carcasses sortent de l'abbatoir. Les opérations unitaires les plus significatives de la production sont le débitage, le séchage, l'enrobage et le rôtissage.

Le débitage de la viande est l'opération clé qui consiste en un déroulage parallèlement aux fibres d'un morceau de viande prélablement découpé en parallélépipède. L'opération de déroulage nécessite un couteau fin et tranchant et prédétermine le rendement de la production en terme de nombre de feuilles de kilishi. En effet, ce déroulage permet de passer d'un morceau d'environ 5cm d'épaisseur à des lamelles d'environ 1 à 2 mm d'épaisseur. L'irrégularité de l'épaisseur des feuilles associée à l'apparition intermittente de trous, apparaît comme le critère par lequel se juge l'habileté du dérouleur. C'est pourquoi cette opération est généralement effectuée par les membres les plus expérimentés de l'atelier, voire le patron lui-même.

Après débitage, les feuilles de viande fraîche subissent un premier séchage, variable selon les producteurs. Les plus anciens, attachés à la tradition séculaire de production de kilishi, préfèrent un séchage-fumage au feu doux, pendant une nuit entière, suivi, le lendemain, d'un séchage 3-4h au soleil ; lequel semble surtout destiné à éliminer ou chasser l'odeur de la fumée. En saison pluvieuse, en raison de l'irrégularité du soleil, le séchage par l'intermédiaire du feu est une voie obligée pour tous les producteurs. Dans ce cas, les lamelles ne sont pas fumées directement, mais tout simplement étalées sur une natte placée dans une cuisine chauffée au feu de bois.

Les feuilles de viande séchées sont ensuite enrobées par un cocktail d'ingrédients dont la matrice est la pâte d'arachide partiellement délipidée, étendue à l'eau et contenant du sel et des épices dont les principaux sont : l'oignon, le ndjindja, le cube maggi ou le clou de girofle, la « massoro ». Le piment fait également partie des épices majeures, avec la particularité que son utilisation est différenciée selon qu'on a affaire à un kilishi pimenté ou non-pimenté. Certains producteurs ajoutent diverses écorces et graines aromatiques (kimba, passakori, koullah...).

Les feuilles enrobées subissent un second séchage, pendant 2 à 3 heures au soleil lorsque celui-ci est disponible, ou, le cas échéant, au feu doux, avant d'être éventuellement rôties rapidement (2 à 5 mn) au feu de bois. C'est au cours de ce rôtissage que se développe, en principe, l'arôme du kilishi.

V- LES AUTRES STRATÉGIES

MATAPIT Othon a vu juste lorsqu'il pense que : « les populations du Nord sont plus réceptives aux techniques de vilgarisation et aux innovations technologiques que partout ailleurs. »

Ainsi, lorsque les foulbés l'ont introduit dans la région, ces populations n'ont pas hésité à adopter le mil de sécheresse par rapport aux multiples avantages qu'il est susceptible de présenter. Nourriture de base de la population, il joue un rôle important dans leur vie sociale et religieuse. C'est en fonction de lui que sont élaborées les systèmes agricoles. Il est en outre le pivot autour duquel gravitent les rites agraires ; et les greniers à mil constituent l'élément dominant dans les enclos familiaux. Les champs de mil constittuent l'élément dominant des paysages agricoles, même comme il fait face à une cocurrence farouche du coton.

La multiplicité des formes cultivées de mil est un des traits originaux de la céréaliculture. Il y a deux grands types de mil : ceux de saison de pluie et ceux de saison sèche. Les premiers suivent le cycle habituel des cultures pratiquées à cette altitude : semés à l'arrivée des pluies en avril et juin, ils sont récoltés à la fin de la saison pluvieuse ou au début de la saison sèche. Les seconds sont cultivés sur des sols à texture argileuse, appelés « kare » (singulier « karal ») en fufuldé. Ils se présentent parfois en culture de décrue. Semés en pépinières, ils sont repiqués à la fin de la saison des pluies et mûrissent en saison sèche, utilisant pour leur croissance les réserves d'eau retenues dans le sol.

Pour BOUTRAIS,

« Alors que les mils de saison des pluies, auxquels conviennent la majoritédes sols, sont cultivés dans toute la région, la culture des mils de saison sèche est

conditionnée par la présence des kare, c'est-à-dire des vertisols lithomorphes ou hydromorphes ; les premiers, formés sur roches grenues, sont situés sur des interfluves aplanis, les seconds, sur matériaux alluviaux, occupent des dépressions périodiquement inondées par les eaux de pluie ou les déversements de fleuves. Ces deux types de vertisols sont imbriqués avec d'autres sol sur une grande partie de la plaine, mais sont absents dans la région montagneuse y compris des hauts-plateaux encastrés entre zones accidentées.

C'est donc uniquement dans les plaines que les mils de saison sèche peuvent être cultivés»91.

91 Jean BOUTRAIS, op.cit.

Avec leur cycle cultural décalé par rapport aux autres cultures, ces mils présentent en effet l'intérêt de ne réclamer la main d'auvre paysane qu'après la période de grosse activité agricole. Ils permettent ainsi un étalement des travaux, où l'on sait que la concentration des activités pendant les quelques mois de saison pluvieuse est le principal handicap dont souffre l'agriculture à cette latitude.

Les mils de saison sèche sont des sorghos se rattachant à deux grands groupes dénommés en fufuldé « muskuuwari » et « babouri », et comprenant chacun de nombreuses variétés. Il sont repiqués fin septembre et récoltés en février.

La culture du muskuuwari réclame des techniques particulières par rapport au mil de saison pluvieuse et une main-d'auvre importante. L'emploi systématique de manSuvres amène les agriculteurs à s'endetter pour pouvoir repiquer à temps. Ils peuvent emprunter auprès de « courtiers » ou de chefs coutumiers, avec remboursement à la récolte en nature ou en espèces, en revendant les bSufs achetés quelques mois plus tôt. Quand les prix augmentent en période de soudure, ceux qui ont les moyens de stocker (commerçants, fonctionnaires, chefs traditionnels...) écoulent les céréales acquises à bon compte.

. Le terrain est préalablement débarassé totalement de sa végétation. Les plants sont repiqués dans des trous creusés à l'aide de pieux et remplis d'eau : long et pénible travail nécessitant une main d'auvre abondante. Les travaux d'entretien sont par contre assez réduits, les sarclages sont inutiles. Lorsque le grain mûrit, il est fortement exposé aux dégâts causés par les oiseaux ; et des guetteurs chargés de les effrayer se postent parfois dans les champs. Ceux-ci, pour cette raison, sont toujours regroupés, formant de vastes étendues dont le vert contraste en saison sèche avec la brousse avoisinante brûlée par le soleil.

HAMITI TIZI confirme que

« quand on travaille le muskuuwari en saison sèche on fait souvent les champs côte à côte. Comme ça, quand le mil est déjà mûr, on envoie souvent les enfants les surveiller parce que comme les oiseaux aiment ça, il faut toujours les chasser sinon il vont tout manger. Les enfants les chassent avec les cailloux ou bien il font beaucoup de bruits en criant ou en tapant sur les trucs pour que les oiseaux là fuient. Parfois aussi on fait les épouvantails et quand les oiseaux voient ça ils croient qu'il y a quelqu'un et ils passent. Mais dès que ces oiseaux voient que ça ne bouge pas, tant pis ils vont entrer dans le champ et faire les dégâts. »

Le muskuuwari peut être cultivé de longues années de suite sans épuiser le sol. Le plus souvent, il revient chaque année aux mêmes emplacements, mais il peut alterner avec le coton sur certains vertisols lithomorphes assez bien drainés.

Au niveau de l'exploitation, chaque famille cultive simultanément plusieurs parcelles de mil de saison des pluies, réparties entre ses membres, tandis que le muskuuwari se présente sous forme d'un seul grand champ. Le développement du muskuuwari a transformé la physionomie agricole des plaines de la région et a facilité l'essor de la porduction cotonnière ; mais il ne peut plus se poursuivre au même rythme, car l'on approche du terme où toutes les réserves de kare disponibles vont être mises en valeur.

CHApiTRE 4 :
L'AppoRT DEs oRGANisMEs
iNTERNATioNAuX DANs LA LuTTE
CoNTRE LE pHENoMENE DE
L'iNsECuRiTE ALiMENTAiRE

Les efforts des populations dans leur lutte contre l'insécurité alimentaire ne réussissent pas toujours à résoudre ce problème. Le Cameroun étant membre à part entière du système des Nations Unies dont il a été respectivement sous mandat (quand l'ONU était encore dénommée Société Des Nations SDN) et sous-tutelle, bénéficie à ce propos de ses services au travers de ses organes spécialisés. Les princioaux organismes des Nations Unies spécialisés sur les questions alimentaires et dont on explore les mécanismes au Cameroun sont la FAO et le PAM.

I- LE FONDS DES NATIONS UNIES POUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE (FAO)

Cet organisme a vu le jour en 1945 pour améliorer l'état nutritionnel, le niveau de vie, la production agricole et les conditions de vie des populations. Parmi les objectifs spécifiques qui lui ont été assignés, il y a entre autres combattre la faim et la pauvreté en oeuvrant pour le développememt agricole ; fournir une aide directe au développement ; conseiller les gouvernements en matière de politique et de planification agricoles.

La FAO est avant tout un organisme de développement et ses activités de secours reflètent cette vocation. Elle aide les pays à prévenir les situations d'urgence agricole et alimentaire et à se préparer en conséquence. Elle donne rapidement l'alerte en cas de catastrophes naturelles et humaines sur la production agricole et sur les disponibilités alimentaires locales. Elle évalue les besoins de secours immédiats pour la reprise à plus long terme ; elle fournit des intrans et des services agricoles aux agriculteurs dans les zones touchées. Elle aide les pays à planifier et à réaliser les travaux de redressement et de reconstruction du secteur agricole et à concevoir des programmes et des projets qui permettront une reprise durable et les rendront moins vulnérables à de nouvelles catastrophes.

Siège de la FAO à Yaoundé (en réfection)
Photo Alain Christian ESSIMI BILOA

Le Cameroun a signé l'accord de siège avec cette institution le 02 septembre 1978 avec pour mission d'appuyer le gouvernement dans sa politique de lutte contre la pauvreté et le renforcement de la sécurité alimentaire. La FAO est basée à Yaoundé au quartier Bastos et son représentant-résident actuel est le canadien Ousmane GUINDO, désigné le 01 mars 2008.

Ses domaines d'intervention sont :

- le développement des capacités nationales dans les secteurs agricole, agropastoral, forestier et halieutique ;

- l'appui aux institutions agricoles privées et publiques ;

- le développement des petites et mmoyennes entreprises du secteur agricole et agroalimentaire pour la mise en place des infrastructures en milieu rural (eau potable, marchés, barrages d'irrigation, pistes agricoles ...) ;

- l'intervention en situation d'urgence et de lutte contre les calamités naturelles ménaçannt la sécurité alimentaire (criquets migrateurs, oiseaux granivores, sécheresse, inondations...) ;

- l'élaboration et le respect des normes alimentaires.

La FAO veut aider les communautés agricoles à prévenir les effets les plus dommageables de la sécheresse en améliorant les pratiques de gestion des ressources en terres et en eau, en introduisant les variétés tolérantes à la sécheresse et en encourageant la diversification des cultures et l'adoption de systèmes d'exploitation qui constituent des sources nouvelles d'alimentation et de revenu. Le système d'alerte rapide au niveau national comme au niveau mondial est particulièrement efficace dans le cas de catastrophes dont l'apparition est lente, comme la sécheresse : en effet, ces alertes sont fréquemment une question de vie ou de mort pour les populations touchées.

Dans le cadre de la lutte contre l'insécurité alimentaire au Cameroun, la FAO finance des projets agricoles et organise des téléfood.

I-1 Le financement des projets agricoles

Plusieurs projets liés au secteur agricole ont été financés ou sont en cours de financement par la FAO. Il en sera donné quelques illustrations. En juillet 2008, un protocole d'accord avec le MINADER a été signé dans le but de secourir les jeunes petits producteurs agricoles camerounais par l'approvisionnement en engrais et semences. Ledit projet a été approuvé le 01er mars 2009 de la même année. Ses objectifs sont :

- la formation et l'installation des jeunes agriculteurs ;

- le renforcement en mécanisation aggricole dans les écoles d'agriculture ;

- le développement de la culture attelée ;

- le développement des unités de montage de tracteurs et machines agricoles ; - la formation et l'installation des artisans ruraux.

Egalement, un accord de 190 millions de F.CFA a été signé pour améliorer les semences agricoles dans l'optique d'augmenter la production et assurer l'autosuffisance alimentaire. Dans la région du Nord mais aussi dans l'Extrême-Nord, la FAO appuie les organisations paysannes par la multiplication et la diffusion de variétés précoces de maïs, sorgho et mil (mai et avril 2009).

Dans le cadre de l'alimentation scolaire, la FAO a financé entre 2007 et 2008 la création d'un jardin scolaire à l'école publique de MADAGA à hauteur de 2.669 US dollars soit 1.334.500 F.CFA dans le but de compléter les denrées sèches distribuées par le PAM.

I-2 Le Téléfood

A la suite du sommet mondial de l'alimentation de 1996 à Rome, la FAO a demandé à chaque pays membre d'adopter des stratégies internes d'autofinancement de ses activités. L'idée qui avait été préconisée fut l'organisation de Téléfoods. Il s'agit d'une soirée au cours de laquelle des dons en espèces sont collectés ou levés. Les sommes obtenues sont déposées dans un compte de la FAO et serviront à financer des projets qui répondent à des critères bien précis. En 2009, le Cameroun organisait la 10ème édition parce que certaines n'ont pu avoir lieu comme celle de 2000 à cause de la tenue à Yaoundé des assises sous-régionales de la FAO ; ou celle de 2004 à cause du calendrier électoral. En effet, au cours de cette année, étaient organisées des élections présidentielles et personnalités de la République qui sont les potentiels donateurs étaient éparpillées sur l'étendue du territoire pour battre campagne. 40.000.000 de F.CFA ont pu être collectés l'année dernière. En somme, 78 projets téléfood ont été financés pour un montant de 185.190.000 F.CFA92. Leur suivi et leur évaluation sont assurés par la FAO.

II- LE PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL (PAM)

Comme sa consoeur la FAO, le PAM est l'un des organes du système des Nations Unies en charge des questions alimentaires. En effet, créé en 1963, il lui a été assigné comme objectif de : « fournir de l'aide alimentaire en priorité aux pays dont les ressources alimentaires sont insuffisantes et à apporter son assistance à la mise en place des projets de développement économique et social »93.

A court terme, il se propose de distribuer des denrées alimentaires aux populations sinistrées pour que ces dernières ne soient pas exposées à la sous-alimentation. A plus long terme, la vision du PAM est de : « sauver des vies, alléger les conséquences de la famine et permettre aux

populations victimes de la pauvreté et de l'insécurité alimentaire de faire des investissements quileur viendront en aide »94.

C'est le 03 avril 1968 que le Cameroun l'accord de base avec cet organisme. Le bureau de pays se trouve derrière l'hôtel de ville de Yaoundé. Il a une antenne à Bertoua et un sous-bureau à Garoua au quartier Marouaré vers le Motel pour desservir les zones à déficit alimentaire que sont l'Adamaoua, le Nord et l'Extrême-Nord.

92 Source : FAO

93 PAM, Directives d'évaluation conjointe HCR/PAM, juin 2004, 1ère édition, p.329.

94 PAM, Ibid, p.331.

Siège du PAM à Yaoundé
Photo Alain Christian ESSIMI BILOA

Le PAM fonctionne par programmes quinquenaux. Le programme de pays en cours s'étale entre 2008 et 2012. Ce programme prend en compte l'analyse pays 2006 et et les axes définis comme prioritaires ; en particulier les analyses fondées sur les axes 2 et 6 du Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté révisé en juin 2005 à savoir : « le renforcement de la croissance par la diversification de l'économie et le renforcement des ressources humaines, du secteur social et l'insertion des groupes défavorisés dans le circuit économique »95.

Le programme de pays Cameroun 2008-2012 (dont le code est 10530.0) comporte deux composantes et qui répondent aux objectifs du document du plan cadre des Nations Unies pour l'Assistance au Développement (UNDAF). Il s'agit de l'appui à l'éducation de base et de l'appui à la sécurité alimentaire et au développement rural. Le coût total du programme de pays s'élève à 14.523.995 US dollars soit 7.261.997.500 F.CFA dont une contribution de 9.759.770. US dollars (4.879.885.000 F.CFA) du PAM et 4.764.225 US Dollars (2.382.112.500 F.CFA) de la part du gouvernement camerounais ; ce qui équivaut à environ 33%.

95 DSRP, 2003.

Le PAM opérationnalise son programme par la construction de greniers communautaires, les cantines scolaires et bien d'autres porgrammes.

II-1 La construction des greniers communautaires

Le PAM a baptisé ce programme « le grenier vilageois ». Le grenier communautaire est une réserve de céréales construite dans un village dans l'optique de stocker des céréales au moment des récoltes pour les utiliser pendant les périodes de disette. Sa capacité oscille entre 15 et 30 tonnes de céréales.

Un grenier communautaire dans le village LANGUI MAHOL
Source : PAM

A cet effet, le PAM répertorie et sélectionne des groupes d'hommes, mais surtout de femmes (GIC) sur la base de critères de vulnérabilité (à l'insécurité alimentaire) et surtout d'organisation (autour de GIC bien structurés). Ces groupes adressent des demandes et si le

PAM les retient, il lance la construction du grenier par l'entremise d'un sous-traitant. Lorsque la construction du grenier est achevée, le PAM l'approvisionne à hauteur de 10 à 20 tonnes.

Un comité de gestion, établi par la communauté ou le GIC, s'occupe du stockage, de la conservation, de la commercialisation (unijquement pendant les disettes) et du réapprovisionnement des céréales. Cependant, lors de la vente, ce sont les couches les plus défavorisées, identifiées par les populations, qui sont privilégiées. Les prix pratiqués sont raisonnables non seulement pour que la concurrence soit stimulée par rapport aux commerçants qui ont tendance à contrôler à monopoliser le marché local.

A la fin des opérations, les quantités reçues sont remboursées avec 1 ou 2 kg en plus, mais les bénéfices générés profitent aux populations impliquées.

C'est depuis 2000 que le PAM finance la construction des greniers communautaires dans le Grand-Nord en général. Le constat montre que le nombre de greniers va crescendo au fil des années. En 2006 par exemple, 21 greniers ont été construits dans la région. En 2008, c'set 55 greniers qui ont vu le jour et en 2009, le chiffre a atteint 17596.

Tout le monde peut bénéficier des greniers communautaires. Par exemple en 2008, on a recensé pour les 55 greniers construits 1620 bénéficiaires directs. Mais un accent particulier est mis sur les femmes, comme l'attestent les tableaux ci-dessous :

Nombre de
greniers

Nombres de
bénéficiaires directs

Nombre
d'hommes

Nombre de
femmes

% de
femmes

55

1.620

413

1.207

74%

Tableau 6 : Bénéficiaires directs des greniers communautaires en 2008. Source PAM.

Nombre de
greniers

Nombres de
bénéficiaires
indirects

Nombre
d'hommes

Nombre de
femmes

% de
femmes

55

165.000

79.200

85.800

52%

Tableau 7 : Bénéficiaires indirects des greniers communautaires en 2008. Source PAM.

96 Par comparaison, dans la même période dans l'Extrême-Nord, 126 greniers ont été construits en 2006, 159 en 2007 et 130 en 2008 tandis que dans l'Adamaoua, aucun grenier n'a été construit en 2006 et 2007 et seulement 20 en 2008. Données fournies par la représentation du PAM à Garoua qui supervise les opérations dans tout le Grand-Nord.

Le PAM ayant constaté des cas de détournement des dons, qui sont revendus en zone urbaine et non au profit des bénéficiaires cibles, a instauré un suivi après deux ou trois semaines. Mais surtout une formation est assurée aux comités de gestion en charge du management des greniers. Ainsi,

« A rapid assessment is carried out to identify eligible communities to the establishment and running of a granary. Thereafter consultation will take place with stokeholders to further brief them on modalities and requirements of a granary management as well as the community commitments. Further to each consultation process the beneficiaries should put in place a steering committee composed of mainly women to whom they will delegate the management authority. In addition to the food assistance, WFP also is porviding technical assistance of local NGOs to assist in building the institutional (organizational and managerial) capacity of the management committee.»97

Chaque projet a une durée de cinq ans. Après cela, les villageois se prennent en charge eux-mêmes. En résumé, ce sont les populations qui elles-mêmes qui gèrent leurs greniers. L'aide du PAM n'est pas ainsi accordée à des individus isolés, mais à des groupes ou à des communautés. Mais le PAM a d'autres stratégies dans le cadre de la lutte contre l'insécurité alimentaire.

II-2 Les autres stratégies du PAM : les cantines scolaires, le programme « Vivres contre
travail »98 et l'assistance alimentaire

Le premier projet d'assistance aux écoles mené par le PAM date d'octobre 1973 à juin 1980 dans le cadre du « Projet CMR 773 ». Il était destiné aux élèves des écoles primaires dotées d'un internat et ceux des Ecoles Techniques d'Agriculture. Ce projet a alors permis d'octroyer 20.788 tonnes de diverses denrées en faveur de 50.000 bénéficiaires. Le programme d'alimentation scolaire au sein du Programme de pays 10214.0 (2003-2007) qui s'est achevé a

97 WFP and Cameroon : a community-based system to better cope at local level with seasonal food storages and/or high food prices in Northern Cameroon, February 2009, p.2.

98 PAM, Note d'information sur le programme d'alimentation scolaire au Cameroun, Yaoundé, Février 2009, pp.2- 4.

assisté pendant la dernière année de sa mise en ceuvre 367 écoles avec plus de 82.500 bénéficiaires. Les principales recommandations sectorielles de l'appréciation sur l'activité « alimentation scolaire » du programme de pays a recommandé :

- de poursuivre l'appui à l'éducation à travers l'alimentation scolaire ;

- d'améliorer le suivi de l'exécution et de mesurer son impact éducatif notamment grâce à un renforcement des capacités des agents du MINEDUB participant à la gestion de l'activité ;

- de mener un plaidoyer auprès du Gouvernement pour qu'il s'engage de manière plus affirmée, y compris dans ses choix budgétaires, dans la prise en charge porgressive de la gestion et de l'approvisionnement des cantines scolaires, permettant leur pérénnisation à terme et un désengagement progressif du PAM.

Le Programme de Pays en cours se fixe pour objectifs :

- faciliter l'accès des jeunes à l'éducation et réduire l'inégalité entre les sexes ; - accroître le taux d'inscription et de fréquentation scolaires ;

- réduire le taux d'abandon scolaire ;

- accroître le taux de scolarisation des filles ;

- maintenir les filles à l'école au cours des 3 dernières classes du cycle primaire ; - réduire l'inégalité géographique au niveau de l'éducation de base.

Le PAM a fourni, au cours de l'année scolaire 2008/2009, 3.000 tonnes de denrées (riz, haricot, niébé, huile, sel et maïs) à plus de 51.000 enfants assistés. Le nombre de bénéficiaires du programme actuel est estimé à 55.000 élèves dont 7.750 filles pour les rations à emorter pendant la première année du projet. Le Gouvernement devrait se charger de l'alimentation scolaire des autres enfants nécessiteux qui ne sont pas pris en compte par le présent programme de pays. Les enfants reçoivent un repas à l'école 165 jours par an. Le PAM fournit des rations à emporter aux filles scolarisées des trois dernières années du primaire sur la base d'une assiduité d'au moins 80%. Ces rations devraient inciter les familles à inscrire et maintenir les filles à l'école. Sur une durée de 5 ans (la durée du programme 2008-2012 en cours), le PAM fournira 14.765 tonnes de produits alimentaires, dont 12.804 tonnes de céréales, 1.367 tonnes de légumes secs, 45 tonnes d'huile végétale et 137 tonnes de sel iodé. La contribution régulière des parents à l'alimentation scolaire de leurs enfants sous forme de légumes, viande, poisson, arachide et condiments constitue un supplément nutritionnel substanciel et de bois de chauffe pour la préparation des repas.

Le tableau ci-dessous indique combien pourra coûter ce programme au PAM. En se basant sur les coûts indiqués sur les IFP du CP1530.0, le coût moyen par élève bénéficiaire s'élève à environ 44 et 143 US dollars respectivement pour la ration humide et la ration à emporter pour les jeunes filles.

Rubrique

Tonnage

Coût à la
tonne
(XAF)

Coût total

Nombre
d'élèves
bénéficiaires

Coût moyen par
élève bénéficiaire
(XAF)

Cantines
scolaires

1.751

698.824

1.211.383.824

55.000

22.025

Ration
sèche

1.163

476.297

553.933.411

7.750

71.475

Tableau 8 : Estimation du coût du Programme d'Alimentation Scolaire (2008-2012).
Source PAM

Le PAM souhaite ainsi faire d'une pierre deux coups : mettre les enfants à l'abri de l'insécurité alimentaire et encourager leur scolarisation ; répondant par la même aux deuxième et troisième Objectifs du Millénaire pour le Développement à savoir : assurer l'éducation primaire pour tous et promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes.

Les partenaires impliqués dans l'exécution de cette activité sont le Gouvernement à travers le Secrétariat Permanent du Comité de Gestion de l'Assistance FAO/PAM (partenaire opérationnel) et le MINEDUB (partenaire technique). Les modalités d'intervention et d'organistation sont définies dans le tableau ci-dessous.

INTERVENANTS

 

RÔLE / RESPONSABILITÉS

PAM


·

Fournit les denrées alimentaires (céréales, haricot, huile, sel iodé ou toute autre denrée disponible) et non alimentaire (matériel de magasin,...) au Gouvernement


·

Livre les denrées alimentaires au niveau des magasins régionaux de Ngaoundéré, Garoua et Maroua


·

Conseille le Gouvernement sur l'utilisation de l'aide

alimentaire


·

Contrôle l'utilisation de l'aide alimentaire du PAM


·

Effectue des missions de contrôle, de suivi et d'évaluation sur le terrain

COMITÉ DE
GESTION DE
L'ASSISTANCE


·

Assure la gestion logistique de l'aide alimentaire


·

Confectionne les différents rapports (rapports trimestriels, rapports d'exécution du projet, rapport de mi-parcours et

FAO/PAM

 

les transmet au PAM


·

Assure l'assure l'acheminement des denrées du PAM vers les cantines scolaires


·

Assure un bon entreposage des vivres du PAM


·

Effectue des missions de contrôle et d'évaluation

UNITÉ CENTRALE
DE
COORDINATION


·

Définit les grandes orientations du Programme


·

Supervise la gestion logistique et technique du Programme


·

Dresse la liste des écoles bénéficiaires


·

Effectue des missions de contrôle et d'évaluation


·

Analyse les informations concernant le Programme


·

Prend des mesures pour s'assurer que seuls les enfants inscrits mangent à la cantine

UNITÉ
RÉGIONALE DE
COORDINATION


·

Supervise le suivi technique et logistique du Programme au niveau régional


·

Propose les écoles susceptibles de bénéficier de l'aide alimentaire du PAM à l'UCC


·

Collecte et/reçoit et analyse les données relatives au Programme au niveau régional


·

Mesure l'impact du Programme au niveau de la région


·

Confectionne et achemine à l'UCC un rapport trimestriel de fonctionnement des cantines de la région


·

Assiste aux opérations de reconditionnement et de constat d'avaries au niveau du magasin régional

MINISTÈRE DE
L'ÉDUCATION DE
BASE


·

Assure la sélection des écoles bénéficiaires de l'assistance conformément aux critères établis


·

Préside les réunions de l'UCC


·

Initie toutes actions nécessaires en direction des délégations régionales visant à garantir un bon suivi du Programme


·

Veille à l'application du par les écoles bénéficiaires de la réglementation en matière de gestion des cantines telles que prescrite

· Assure la supervision nationale du Programme
(composante fondamentale 1)

DÉLÉGUÉ
DÉPARTEMENTAL DU
MINEDUB

· Recommande à l'Unité régionale de nouvelles écoles susceptibles de bénéficier de l'aide du PAM

 
 
 
 

INSPECTEUR
D'ARRONDISSEMENT

· Présélectionne les écoles susceptibles de recevoir l'aide du PAM

 
 

DE L'ÉDUCATION DE
BASE

 

sur tout ce qui concerne le Programme

 

Forme les directeurs d'écoles aux modalités de gestion des cantines

 

Supervise et visite les cantines scolaires de sa zone

 

Confectionne un rapport trimestriel et le transmet à sa hiérarchie

 

Propose la suppression de certaines écoles pour des raisons de mauvaise gestion

 

Mesure l'impact du projet au niveau de son

arrondissement

 

Tableau 9 : Rôle/responsabilités des différents intervenants du Programme Cantines
scolaires. Source PAM

> Le programme « Vivres contre travail »

Dans ce programme, le PAM identifie dans sa zone d'intervention des travaux d'ordre communautaires. Ces travaux concernent des domaines aussi variés que les ouvrages hydroagricoles, la conservation des eaux ou des sols ... On peut citer la construction des biefs, radiers, digues, passages busés ... 89 tonnes de céréales sont ainsi en cours de livraison pour assister les travailleurs communautaires.

Projets

Periode

Titre

Volume en
denrees (t)

Cout en fcfa
pour le PAM

CMR 773

1973 - 1980

Appui au IIIème plan

24.830

1.066.000.000

CMR 773/I

1980 - 1986

Appui au Vème plan

21.977

2.601.250.000

CMR 773/II

1986 - 1992

Appui aux V et VIème
plans

41.436

6.991.750.000

CMR 4077

1992 - 1996

Appui du PAM au PAFT

6.080

1.207.104.000

CMR 4387

1992 - 1996

Alimentation scolaire en
appui à la DSA

16.367

2.233.995.000

CMR 4387/I

1998 - 2004

Alimentation scolaire en
appui à la DSA

18.223

6.665.710.100

CMR 10031.0

2001

Projet d'action rapide de
sécurité alimentaire et
développement rural

 

352.632.000

CMR 10214.0 Activité 1

2004 - 2007

Assistance alimentaire aux
écoles primaires dans les
provinces de l'Adamaoua,
du Nord et de l'Extrême-

Nord

18.752

4.774.902.600

CMR 10214.0 Activité 1

2004 - 2007

Sécurité alimentaire et
développement rural dans
les provinces de
l'Adamaoua, du Nord et de
l'Extrême-Nord

6.096

1.627.423.200

TOTAL

153.761

26.453.712.600

EMOP (Emergency Operation) : les opérations d'urgence

EMOP 938

Avril 1971

Assistance à la population
(sécheresse)

 

47.333.160

EMOP

Septembre
1988

Assistance es faveur des
populations sinistrées des
provinces du Nord et de
l'EN

 

51.600.000

EMOP 6084

1999

Calamités naturelles NO et
EN

2151,1

 

CMR 100101.0

2001

Sécheresse Nord et EN

4643

1.519.487.900

 

Tableau 10 : Quelques projets et opérations d'urgence du PAM. Source PAM.

CHApiTRE 5 :
L'ETAT ET LA LuTTE CoNTRE LE
pHENoMENE DE L'iNsECuRiTE
ALiMENTAiRE

Depuis qu'elle a commencé à sévir et à s'intensifier dans la région du Nord, les pouvoirs publics n'ont pas ménagé leurs efforts pour tenter de juguler l'insécurité alimentaire et ses effets sur les populations. Pour maîtriser et limiter la variabilité du déficit céréalier, des mesures sont mises en oeuvre. La lutte se fait ainsi en amont pour augmenter et sécuriser la production afin de répondre à des besoins sans cesse croissants ; et en aval pour mieux valoriser et mieux gérer la production afin de réduire les pertes et faciliter l~accès des produits. Ce combat tous azimuts est mené au travers de la création d'organismes et l'adoption de programmes et projets.

I- LA CRÉATION D'ORGANISMES : L'OFFICE CÉRÉALIER

L'un des facteurs qui accentue souvent les effets de l'insécurité alimentaire dans la région du Nord est l~approvisionnement des populations en denrées pendant les périodes de disette. C'est dans cette optique que l'Office Céréalier voit le jour en 1975 ayant son siège à Garoua. Cet organisme est mandaté par l'Etat pour constituer un stock permanent de sécurité, disponible pour approvisionner les marchés en céréales en période de forte augmentation des prix, afin de les limiter. Il remplit donc une fonction de régulation du marché car il doit tout mettre en oeuvre pour empêcher l~inflation en maintenant une offre suffisante qui réponde à la demande. De cette manière, la spéculation pratiquéd par des commerçants sans scrupules est plus ou moins freinée et les prix restent relativement bas.

Depuis sa création et surtout depuis la grande sécheresse de 1984-1985, lorsque le Gouvernement veut accorder des aides alimentaires et en fonction des disponibilités, il les puise dans les stocks de l'Office qui appartient à l'Etat. Dans la situation actuelle, il dispose dans ses magasins d'environ 5.000 tonnes de céréales99 ; grâce au concour financier de l'Etat. Ce qui n'est pas négligeable quand la disette s'annonce.

99 Il s~agit précisément de 45.534 quintaux au 30 juillet 2009. Source l'OC.

L'Office Céréalier est sur un projet de stockage céréalier avec la Banque Islamique de Développement (BID) et l'Organasation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP). Ce projet vise à stocker 15.000 tonnes de céréales. Dans le cadre de ce projet, les deux bailleurs de fonds prennent en charge les gros investissements notamment :

- la construction des magasins de stockage,

- le désenclavement de certaines zones à production céréalière par l'aménagement des pistes rurales,

- la mise en place d'une capacité suffisante de transport de céréales,

- la mise en place des outils et des produits de traitement des stocks.

Le Directeur Général de cette structure, Gilbert GOURLEMONT, nous a fait part de l'autre domaine dans lequel s'investit l'Office Céréalier : « Au niveau de la recherche agronomique, on essaie de trouver des variétés adaptées à cycle court pour combattre la sécheresse. On essaie également de trouver des variétés qui puissent être à l'abri des attaques des prédateurs ».

Jusqu'à présent, les résultats atteints dans ce sens n'ont toujours pas été très probants. C'est pourquoi les actions de l'Office Céréalier restent centrés sur ses objectifs de départ à savoir la constitution de réserves de sécurité.

II- L'ADOPTION DE PROGRAMMES DE LUTTE CONTRE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE

Avec l'atteinte du point de décision de l'initiative Pays Pauvre Très Endetté (PPTE), dont le point d'achèvement a été atteint en avril 2006, une nouvelle orientation a été donnée à la politique économique avec notamment la rédaction du DSRP. Dans ce document, des actions spécifiques avaient été dirigés vers des filières choisies. Il s'agissait des féculents, des céréales, des fruits et légumes ainsi que des cultures d'exportation. Les actions visaient en général l'accroissement de la production par une amélioration de la productivité au travers de la vulgarisation de semences de qualité et des itinéraires techniques. Pour les cultures vivrières, l'augmentation de la production s'avère être une condition pour réduire les importations alimentaires et assurer la sécurité alimentaire.

C'est dans cette optique que entre 2000 et 2007, le Cameroun a adopté, avec l'appui de la FAO, le Programme Spécial pour la Sécurité Alimentaire (PSSA). Le pogramme comportait notamment les composantes suivantes :

- la maîtrise de l'eau ;

- la diversification de la production (producteurs individuels appartenant à des groupes identifiés) ;

- l'intensification (démonstration sur des produits agraires) ;

- l'intervention sur le petit élevage (volailles, porcins, ovins ...) ;

- l'analyse des contraintes spécifiques à chaque site.

A cause de multiples dysfonctionnememts qui n'ont pas permis à ce programme d'atteindre les objectifs qui lui avaient été fixés, les autorités ont commencé à tabler, dès 2006, sur un nouveau programme qui intègrerait une vision plus large et plus technique. C'est ainsi qu'en janvier 2009, le Programme National de Sécurité Alimentaire (PNSA) a été adopté et un atelier de programmation des activités 2010 s'est tenu en septembre 2009. Les principales composantes de ce nouveau programme sont :

- les aménagements hydro-agricoles ;

- la maîtrise et la gestion de l'eau ;

- l~intensification des cultures vivrières ;

- la diversification des systèmes de production vers le petit élevage, la pêche artisanale et l'aquaculture ;

- l'amélioration post-récolte (transformation, conservation, stockage et

commercialisation) ;

- l~agriculture urbaine et peri-urbaine ;

- la nutrition et les filets de sécurité alimentaire ;

- la mise en place de mécanismes institutionnels.

Le PNSA est placé sous la tutelle du MINADER et a à sa tête un coordonateur National. L'actuel et tout premier coordonateur est le sieur Boniface NYADO. La relative jeunesse de ce programme ne nous permet pas encore de juger ses actions mais si l'on s'en tient à la feuille de route dont quelques éléments ont été listés plus haut, nous pensons que un pas est susceptible d'être franchi dans la lutte contre l'insécurité alimentaire. C'est d'ailleurs le leitmotiv qui a induit la mise sur pied de ce programme.

III- LES AUTRES STRATÉGIES DE LUTTE CONTRE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE

L'Etat, en dehors des deux stratégies ci-dessus mentionnées, en déploie d'autres pour lutter contre l'insécurité alimentaire. Par exemple, il promeut le stockage des céréales par les populations elles-mêmes par l'entremise du projet Développement Paysannal et Gestion du Terroir (DPGT) à travers les Associations des Producteurs Stockeurs de Céréales (APROSTOC). Le but de ce projet est :

- un accès permanent à un stock vivrier de sécurité ;

- une meilleure rémunération du travail des producteurs ;

- un assainissement de la trésorerie des exploitations.

Lorsque les déficits céréaliers sont chroniques, des réponses ponctuelles sont apportées par les pouvoirs publics à travers la distribution d'une aide alimentaire d'urgence auprès des populations sinistrées. Par exemple en 1997-1998, le gouvernement a sollicité 26.000 tonnes de denrées auprès du PAM et de la FAO et en a obtenu 12.100 tonnes. Au cours des 15 dernières années, 8 opérations d'urgence ont été mises en oeuvre pendant les soudures les plus difficiles. Un comité de gestion des interventions d'urgence dans les régions de l'Extrême-Nord et du Nord a été mis sur pied en décembre 1997 par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, suite à l'invasion du criquet migrateur africain ; et afin de mieux gérer ces opérations d'urgence. Ce comité de gestion dispose de deux antennes régionales qui :

- évaluent l'état des infestations, les besoins en moyens de lutte phytosanitaire et en aide alimentaire ;

- procèdent au recensement des populations sinistrées ;

- organisent les opérations de lutte phytosanitaire et de distribution de l'aide alimentaire sur le terrain ;

- et veillent à l'exécution des décisions du Comité dans leur ressort.

Cependant, l'aide alimentaire pose des questions de gouvernance. L'imprécision des statistiques agricoles empêche d'établir des situations et de prendre des décisions. Les volumes distribués sont sans commune mesure avec les déficits annoncés : en 1999, 9 500 tonnes de céréales devaient répondre à un déficit gonflé à 155 000 tonnes. Ces campagnes d'aide sont pourtant très onéreuses (3,78 milliards de FCFA pour l'aide financée en 1998 par l'Union

européenne) et de nombreux cas de détournements sont signalés. L'aide alimentaire devient, de fait, le support d'opérations médiatiques à la gloire des cellules gouvernementales et des caciques locaux impliqués. Elle correspond le plus souvent à un saupoudrage généralisé plutôt qu'à une distribution ciblée. L'espoir de gains politiques fait que la notion de zone vulnérable n'est pas acceptée : il faut servir le plus grand nombre, quelle que soit l'acuité de la disette, pour obtenir un bénéfice électoral maximal.

Nous avons mentionné au niveau des causes naturelles de l'insécurité alimentaire les maladies qui frappent les populations. Parmi celles-ci figurait en bonne place la méningite. Cependant, il faut relever que cette maladie connaît une expansion regressive du fait des campagnes de vaccination qui se déroulent, depuis 2000, de manière systématique dès le début de la sécheresse. Ces campagnes de vaccination sont appuyées par une intense campagne d'information et de sensibilisation à travers les médias publics et privés locaux. C'est ainsi que des 2.044 cas pour 235 décès enrégistrés en 1998, nous sommes passés à 272 cas pour 49 décès en 2002 pour parvenir à 157 cas pour 33 décès en 2003100.

100 Données fournies par la Délégation Régionale de la Santé Publique du Nord.

TRoisiEME pARTiE :

ENjEuX DE L'iNsEcuRiTE
ALiMENTAiRE ET pERspEcTivEs

D'après Jean ZIEGLER, la sociologie est « un effort d'explication, de dévoilement, de ddémystification, de subversion de ce qui n'apparaît pas dans la production de la société »101.

Il s'agit, dans cette partie, de décrypter, de révéler, de mettre en lumière, de dévoiler la face occultée de l'insécurité alimentaire et les enjeux qui se cachent derrière la lutte contre ce phénomène. En effet, il apparaît que chaque acte posé ou chaque action envisagée cache une intention ou tout au moins n'est pas purement fortuit. On peut toujours en déceler quelques relans qu'il est question ici de dévoiler, démystifier et démythifier.

Plus loin, ZIEGLER continue en affirmant que le savoir sociologique permet de donner des

« armes pour comprendre notre situation et indiquer les voies et moyens d'actions pour sa transformation (..) Sa tâche est de révéler la société derrière les écrans déformateurs des représentations que les idéologies imposent aux hommes »102.

Il nous imcombe également à ce niveau de proposer ou de présenter un certain nombre de pistes qui pourraient être envisagées pour améliorer la sécurité alimentaire dans la région du Nord et partant, promouvoir l'autosuffisance alimentaire dans cette région.

101 Jean ZIEGLER, Retournez les fusils ! (Manuel de sociologie d'opposition), Paris, Seuil, 1980, p.

102 Jean ZIEGLER, ibid., p.

CHApiTRE 6 :
LEs ENjEuX DE L'iNsEcuRiTE
ALiMENTAiRE ET DE sA GEsTioN DANs
LA REGioN Du NoRD

Selon JANIN et SUREMAIN, « la gestion de la faim a toujours été un enjeu sociétal et politique majeur »103.

Othon MATAPIT va dans le même sens en affirmant que « l'insécurité alimentaire a plusieurs dimensions : une dimension sociale, une dimension économique, une dimension politique et une dimension humanitaire. »

Ces réflexions mettent en lumière les différents enjeux que revêt la l'insécurité alimentaire ainsi que sa lutte que nous nous proposons de décrypter dans la suite de ce travail.

I- LES ENJEUX HUMANITAIRES

La dimension humanitaire de la lutte contre l'insécurité alimentaire se place en tête de tous les enjeux que peuvent cacher les actions des acteurs impliqués dans cette lutte. Koffi ANNAN en affirmant en 2002 que « la faim est l'une des pires violations de la dignité humaine », reconnaît que en ca sd'insécurité alimentaire, ce sont les vies humaines qui sont d'abord ménacées. Quand on connaît le nombre de personnes qui meurent à travers le monde chaque minute à cause de la famine, l'urgence d'intervenir en cas de danger se fait ressentir. Car la lutte contre l'insécurité alimentaire permet de sauver des vies, d'améliorer l'état nutritionnel des individus.

Il serait sans doute très difficile pour nous d'évaluer le nombre plus ou moins exact de vies sont suavées de l'insécurité alimentaire dans la région du Nord. Peut-être ces poopulations auraient-elles survécu sans les différentes interventions dont elles ont été et sont les bénéficiaires. Peut-être même que ces interventions ont plus profité aux intervenants qu'aux bénéficiaires. Toujours est-il que avec un regard objectif, le bilan des stratégies de lutte plaide en leur faveur. Les milliers de tonnes de vivres qui sont distribués chaque année pendant les

103 JANIN P., SUREMAIN Ch. De , « La question alimentaire en Afrique : risques de politisation », Tiers-Monde, vol. 66, N°131, 2008.

périodes de crise alimentaire sont d'un apport indéniable pour l'équilibre physique et psychique des bénéficiaires.

En 2005 par exemple, les rations d'urgence ont été fournies à 237.700 personnes. Cette contribution a un impact immédiat et substanciel sur des milliers de personnes vivant dans les régions les plus défavorisées. Par conséquent, elles sont plus actives et en pleine possession de leurs moyens et peuvent, par la même, participer pleinement au processus de développement.

Les vies sauvées dans la région du Nord permettent de maintenir à flot la population camerounaise car d'aucuns estiment que le Cameroun est un pays sous-peuplé par rapport à sa superficie, la densité de sa population ainsi que les potentiels dont dispose ce pays et qui ne sont pas encore suffisamment exploités, faute de main d'auvre abondante et qualifiée.

II- LES ENJEUX ÉCONOMIQUES

L'insécurité alimentaire ne sauve pas que des vies. Elle permet également de renflouer les poches ou plutôt les caisses de certains acteurs qui sont impliqués dans cette lutte. A leur tête les spéculateurs. Déjà en 1983, la spéculation était dénoncée dans le document technique des diocèses du Grand-Nord en ces termes :

« la commercialisation des céréales et de l'arachide est dominée par un certain nombre de gros marchands qui achètent sur les marchés des villages. Il n'existe aucun contrôle et guère de surveillance des marchés locaux. »104.

Le scénario est le suivant : des cocseurs sillonnent, pendant les périodes de récoltes, les villages à la recherche de la production agricole des agriculteurs. Ils acquièrent à bas ou à vil prix de grandes quantités de céréales et autres produits. La loi du marché s'applique avec toute sa vigueur car plus l'offre est élevée, plus le prix est bas. Comme c'est pratiquement la période des « vaches grasses », les producteurs qui disposent de suffisamment de réserves et qui ont besoin d'argent pour survenir à leurs besoins (écolage, santé, habillement, fêtes ...) n'hésitent pas à vendre, on dirait même brader, ce qu'ils ont si péniblement produit et parfois sans prévoir un « trésor de guerre » qui leur permette survivre pendant la période des « vaches maigres ». Les cocseurs livrent à leur tour à de grands marchands, les grossistes. Il arrive souvent que le gros commerçant d'une localité soit le lamido en personne ou l'un de ses affidés.

104 Diocèses de Garoua, Maroua, Mokolo, Ngaoundéré et Yagoua, op.cit., p.20.

Lorsque la crise alimentaire survient, ces commerçants vendent au prix d'or ce qu'ils ont acquis à vil prix ; ce faisant au passage de (très) gros bénéfices. D'aucuns, pour glaner encore plus de profit, vont jusqu'à commercialiser leurs marchandises dans d'autres régions du Cameroun ou carrément dans les pays voisins notamment le Nigéria et le Tchad. Dans ce cas, les prix sont exorbitants et les bénéfices maximisés. Dans le même document, les diocèses du Grand-Nord constatent : « des transferts de riz et de pois de terre vers le Nigéria. Nombre des exportations ne sont pas bien contrôlées aux frontières, pénalisant ainsi l'économie de la région, les années de disette. »105

Les vivres qui passent frauduleusement la douane permettent à quelques agents ou préposés des douanes camerounaises d'engranger de faramineux montants dans un système oil la corruption s'est érigée en valeur absolue106. Les marchandises ainsi sorties frauduleusement non seulement dépouillent les marchés, mais encore empêchent la rentrée des devises dans les caisses de l'Etat quand celui-ci en a énormémént besoin dans l'optique justement de créer des conditions de vie favorables aux citoyens dont il a la responsabilité. Seuls quelques personnages profitent de la situation pour se faire de gros sous et atteindre un bien-être individuel, laissant la grande majorité de la population dans un dénuement presque total.

Financièrement, une autre catégorie d'intervenants dans la lutte contre l'insécurité alimentaire profite largement de ce phénomène. Ce sont les organismes internationaux et les ONG. En effet, leurs opérations se chiffrent, comme nous l'avons constaté au chapitre 4, en milliers voire en millions de dollars américains ; ce qui équivaut à beaucoup de millions ou de milliards de francs CFA. Quand on y ajoute tous les frais inhérents aux déplacements ou aux mises en mission de leurs personnels, l'insécurité alimentaire est plutôt pour eux une aubaine, une « poule aux cufs d'or » qui n'a pas intérêt à mourir. Ce serait scier la branche sur laquelle ils sont assis puisqu'ils y trouvent leur compte.

Dans le cinquième chapitre, nous avons relevé les efforts consentis par l'Etat aussi bien en amont qu'en aval pour limiter l'insécurité alimentaire et ses conséquences. Ainsi, les pouvoirs publics investissent ou ont investi des milliards de francs dans les organismes de développement qu'ils créent à cet effet et dans tous les projets qu'ils ont mis sur pied. Les résultats escomptés n'ont pas toujours été atteints. De plus, les budgets d'investissement et de fonctionnement sont souvent mal gérés ou simplement détournés par des responsables véreux, entraînant le dépôt de bilan tel que mentionné au premier chapitre. Par ailleurs, beaucoup de projets et programmes qui

105 Diocèses de Garoua, Maroua, Mokolo, Ngaoundéré et Yagoua, op.cit., p.21.

106 En 1998 par exemple, le Cameroun a occupé le 1er rang mondial des pays les plus corrompus selon l'ONG britannique Transparency International. Les douanes constituent l'un des secteurs les plus gangrénés par ce fléau en compagnie de la police, de la justice et des impôts.

ont bénéficié ou qui bénéficient encore des financements de l'Etat ont été mal ficellé et cachent des failles dont se servent ceux qui les coordonnent pour grignoter les capitaux. Encore que tous les responsables qui sont nommés à la tête d'une quelconque structure ou programme bénéficient d'un traitement princier en terme de rémunération et d'avantages bref de « l'article 2 »107.

III- LES ENJEUX SOCIO-POLITIQUES

Au-delà des aspects humanitaire et économique de l'insécurité alimentaire et des stratégies de lutte inhérentes, peuvent transparaître en arrière-plan des enjeux sociaux et/ou politiques majeurs. Ainsi, NDEMBOU pense que les lamibés entretiennent à leur manière l'insécurité alimentaire au sein des populations dans la mesure où « démographiquement minoritaires, les chefferies ont beau jeu de créer l'insécurité alimentaire pour préserver leur hégémonie régionale. »108

Il qualifie le système de prélèvement qu'ils ont instauré, et dont il a été fait mention plus haut ( cf. La régulation sociale, 1ère partie, chapitre 2, 1-2-4), de « pouvoir d'affamer » puisque s'exerçant en priorité sur les moyens de survie des populations ; rendant difficile la cohabitation entre dominants et dominés. En effet, REYNAUD109 a défendu l'idée d'une régulation conjointe où la règle commune peut être un compromis ou une accomodation entre groupes rivaux. Constitutive des rapports sociaux, cette régulation devient alors un enjeu. Elle peut aboutir au contrat, mais aussi au conflit. Ce sont des conflits qui émaillent en effet les rapports entre les autorités traditionnelles et les populations.

NDEMBOU pousse ainsi l'analyse plus loin en affirmant que :

« Très souvent aujourd'hui, les producteurs en viennent à refuser certains aménagements puisque, disent-ils, cela va aiguiser l'âppetit des autorités traditionnelles qui ne tarderont pas à exercer davantage de pression sur eux. Dans certains villages, la SODECOTON a effectué des aménagements pour tous habitants mais qui ont été immédiatement récupérés par les autorités traditionnelles qui ont imposé à tous une redevance sur un aménagement pour

107 Cet article 2 figure sur tous les décrets, arrêtés ou décisions portant nommination de responsables à quelque poste de reponsabilité. Il stipule que « L'intéressé aura droit aux avantages de toute nature prévus par la réglémentation en vigueur .»

108 S. NDEMBOU, op.cit..

109 Jean Daniel REYNAUD, Les règles du jeu. L'action collective et la régulation sociale, Paris, Armand Colin, 1989.

lequel ils n'ont rient déboursé. Dans ce contexte, les rapports sociaux sont loin d'être paisibles. »110

La conclusion que nous pouvons tirer de ces propos est que l'insécurité alimentaire que vivent les populations de la région du Nord permet parfois, pour ne pas dire la plupart du temps, aux autorités traditionnelles de consolider leur pouvoir hégémonique. Cette situation trouve son fondement du fait de l'organisation sociale hiérarchique. Certes ces lamibés n'ont plus le droit de vie et de mort sur leurs sujets comme à une époque plus ou moins lointaine. Il n'en demeure pas moins que leur influence est certaine. D'ailleurs, ils structurent, avec les autorités administratives, la vie socio-politique et économique du groupe. Le plus souvent, ils imposent leur loi et leur volonté à leurs administrés. Possédant eux-mêmes des réserves stratégiques de denrées, ils connaissent difficilement l'insécurité alimentaire.

Considérant le fait qu'ils servent de courroie de transmission entre les populations dont ils sont les porte-parole et les garants, et l'Etat et ses partenaires, c'est parfois chez le lawane ou le djaworo que les denrées sont stockées avant d'être distribuées aux populations bénéficiaires. Celui-ci peut alors user et même abuser de son autorité au moment de la distribution.

Sur un plan plus large, la lutte contre l'insécurité alimentaire peut être sur un plan purement politique. Si la sécurité alimentaire représente pour la FAO « un facteur majeur de stabilité politique au sein des Etats », les acteurs impliqués dans la lutte peuvent orienter leurs actions à des fins politiques. L'alimentation étant un droit inaliénable de l'homme, parce qu'elle fait partie de ses besoins fondamentaux, tout ce qui peut concourir à maintenir so équilibre nutritionnel est susceptible d'être instrumentalisé.

Selon JANIN et SUREMAIN, la crise alimentaire que le monde a traversée en 2008

« a fourni à certains gouvernants une scène politique : promettant aides et secours à 'leurs populations', vantant les mérites de leur "diplomatie alimentaire3, incitant à 'produire plus et manger local', dénonçant les "commerçants spéculateurs3. Certains en ont retiré des gains de popularité qui dépassent sans aucun doute l'efficacité des quelques mesures prises. »111

En parlant justement des mesures prises, certains gouvernants, après avoir laissé la situation de l'insécurité alimentaire pourrir sans prendre les dispositions qui auraient pu anticiper ou réduire ce phénomène, se sont érigés en « sapeurs pompiers » pour apparaître aux yeux des

110 S. NDEMBOU, op.cit.

111 JANIN et SUREMAIN, op. cit.

populations comme leurs « sauveurs ». Ces mesures étaient ou sont sans commune mesure avec la situation de crise. Par exemple dans la région du Nord, on laisse d'abord le prix du mil atteindre des sommets et qui sont supérieurs aux revenus des populations rurales déjà paupérisées ; et par la suite, on baisse le prix de quelques francs. L'impact d'une telle mesure sur les denrées elles-mêmes est presque négligeable. Mais les retombées politiques, elles, sont nettement plus perceptibles.

Parce que la règle qui prévaut dans le contexte actuel est « la politique du ventre » comme parlerait Jean-Francois BAYART112, la distribution de l'aide alimentaire est parfois précédée de grandes mobilisations ou meetings politiques au cours desquels ceux qui apportent cette aide profitent de la situation pour des (re)positionnements politiques.

Antoine SOCPA condense cette reflexion en soutenant que :

« dans certaines situations, l'aide alimentaire est même utilisée comme des dispositifs de mobilisation et d'instrumentalisation politique. Dans plusieurs pays africains, les politiciens donnent à manger aux populations en échange de leurs suffrages. »113

Même si, au moment oil l'aide alimentaire est apportée, il n'y a aucune échéance électorale à court terme, on fera appel à la mémoire collective pour rappeler, opportunément, aux populations qu'elles ont été soutenues, dans tous les sens du terme, pendant les moments difficiles et qu'il serait de bon ton de renvoyer l'ascenseur à celui ou ceux qui ont su se montrer généreux. Par exemple, la sécheresse de 2001 a donné l'occasion à certaines élites politicoadministratives de venir en aide aux populations. La même générosité a été réclamée aux populations lors de l'année électorale qui suivait. L'année 2002 a été en effet marquée par par la tenue des élections législatives et municipales. Les voix des populations ont été sollicitées avec l'argument selon lequel elles n'ont jamais été abandonnées en temps de crise et qu'elles feraient bien de ne pas abandonner ceux qui ne les ont pas abandonnées. En outre, si ces voix étaient accordées à qui de droit, cette « générosité » n'allait pas s'arrêter.

La plus haute autorité de l'Etat, à savoir le Président de la République, à chaque crise alimentaire, n'a pas manqué de prendre des mesures d'urgence pour soulager « ses chers compatriotes ». L'une de ces mesures est l'envoi de l'aide alimentaire d'urgence. A titre d'illustration, il a fait parvenir aux populations sinistrées par la sécheresse de mai 2005, 2.000 tonnes de vivres. Il ne l'apporte pas lui-même, mais il délègue cette tâche à une tierce personne.

112 Jean-François BAYART, L'Etat en Afrique : la politique du ventre, Paris, fayard, 1989.

113 Antoine SOCPA, op.cit .

Même si le Chef de l'Etat ne demande pas explicitement un retour d'ascenseur aux populations, certains parmi ceux qui sont chargés de convoyer ladite aide ont tôt fait de convaincre (même si cela est très difficilement vérifiable) les populations que c'est grâce à leur entregent et à leur relation personnelle avec le Président que cette aide leur est parvenue ; récoltant au passage gratifications, congratulations, respect et reconnaissance des poppulations.

Ensuite, ces (( convoyeurs » croient bon de rappeler aux sinistrés que le Chef de l'Etat sollicite en retour leur soutien inconditionnel et indéfectible dans sa politique des (( grandes ambitions » et ses différentes manSuvres politiques. Ainsi, (( motions de soutien et de déférence » (selon l'expression consacrée) fusent de tous les côtés, même si ce (( peuple profond » n'est parfois pas informé du contenu et des dividendes du document qui est publié et dont il est le signataire.

CHAPiTRE 7 :
PERsPECTivEs PouR uNE AMELioRATioN
DE LA sECuRiTE ALiMENTAiRE DANs LA
REGioN Du NoRD

La lutte contre l'insécurité alimentaire dans la région du Nord-Cameroun vise à rendre les populations autosuffisantes à long terme. Des stratégies miltiples et multiformes sont implémentées par divers acteurs pour parvenir à cette fin. Cependant, d'autres voies peuvent être envisagées et qui permattriait éventuellement de compléter de compléter les efforts qui sont déjà déployés. Certaines des méthodes ou solutions qui sont proposées dans ce travail sont d'ores et déjà expérimentées et/ou envisagées. Cependant, il serait peut-être temps qu'elles soient intensifiées pours les unes, paufinées pour les autres afin d'optimiser les résultats.

I- LA CONQUÊTE DES TERRES ET L'AMÉLIORATION DES
TECHNIQUES DE MAÎTRISE DE L'EAU : LA DEMI-LUNE114

Les pluies qu'on enrégistre dans la région du Nord sont très orageuses, avec forte intensité, donc agressives. Si bien que leur incidence sur les sols ferrugineux tropicaux, réputés fragiles, est le ruissellement et l'érosion. Toute l'eau se perdant vers les bas-fonds, le pourcentage des terres étant important, et le régime hydrique dépendant des précipitations interannuelles, l'agriculture pluviale est très aléatoire. Il est alors important de définir de nouvelles techniques susceptibles de diminuer le ruissellement et d'améliorer par conséquent l'infiltration des eaux de pluies.

Le demi-lune est une technique de récupération des terres dégradées sur les sols sableux. Elle a été initiée au Niger en 1973 par une reflexion commune menée par la mission catholique de Tchirozerine et un kibbouts situé dans le désert du Néguev. La demi-lune a la forme d'un demi-cercle, dont le diamètre se trouve sur courbe de niveau, une partie de la surface sert d'impluvium. Ces ouvrages sont placés en quiconce, forment un réseau pouvant couvrir de grandes superficies.

114 Jean Pierre BIYONG BIYONG, op.cit., p.32 et suivantes.

La demi-lune fonctionne comme un ouvrage de collecte des eaux de ruissellement. Les quantités d'eau stockées sur la surface cultivée, et donc théoriquement disponible pour la plante, vont de 1,9 à 5,7 mm. La demi-lune ne permet pas d'atteindre les rendements très élevés lors de bonnes pluviométries, mais permet d'assurer un niveau de production satisfaisant même lorsque les pluviométries sont déficitaires.

 

Fumure
Kg/ouvrage

Ruissellement
%

Eau infiltrée
Mm

Rendements
Kg/ha-1

Normal

 

0,6

360

356

Cordons de pierres

 

0,2

361

269

Nu encroûté

 

50

181

0

Demi-lune

0

0

906

292

Demi-lune

8

0

906

412

Demi-lune

16

0

906

336

Demi-lune

24

0

906

418

Banquette

0

0

634

478

Banquette

16

0

634

594

 

Tableau 11 : Type d'ouvrage, fumure, ruissellemesnt, eau infiltrée et rendement du

mil cultivé. Source Jean Pierre BIYONG BIYONG.

« Pendant toute la saison de pluies, un changement de la teneur en eau du sol n'intervient que dans les 30 premiers centimètres du sol »115. En dessous, la teneur en eau du sol reste constante et très basse. L'infiltration est minime à l'intérieur des demi-lunes. Elle se fait principalement de manière verticale et les plus grandes pertes se font par percolation. Le mil dont les racines puisent de l'eau jusqu'à une profondeur maximale de 2 m, ce phénomène de percolation peut causer des conséquences négatives sur le développement et le rendement du mil.

115 BENDER et DRACK, cités par BIYONG BIYONG, op.cit., p.34.

II- L'INTENSIFICATION ET LA DIVERSIFICATION DU SYSTÈME
AGRICOLE ET DE LA PRODUCTION ANIMALE

La céréale représente la principale constituante des habitudes alimentaires des populations de la région du Nord. Une nécessité s'impose d'adopter une large gamme de cultures pour une sécurité alimentaire durable. C'est le cas par exemple des racines et des tubercules qui doivent être encouragés.

« Ces cultures ont des atouts indéniables que le paysan peut exploiter notamment son adaptabilité aux sols très marginaux et à la sécheresse. Ils regorgent d'importantes quantités de calories, enfin ils donnent des rendements élevés, les feuilles sont aussi consommables. »116

Les racines et tubercules constituent une source non négligeable de revenus pour les paysans. Les sous produits (cossettes, galettes, tapioca ...) peuvent être vendus également. Heureusement, ils entrent déjà dans les us des populations de la région dans la mesure où en 1998/1999, 4.195 tonnes d'ignames ont été produits et pendant la saison agricole 1999/2000, ce sont 3.679 tonnes qui ont été produits117. Mais cette production reste insuffisante.

L'handicap majeur qu'on peut relever dans la consommation des racines est leur valeur nutritionnelle. Celle-ci est de quantité vraiment médiocre et cela ne va pas sans poser des problèmes sur la santé humaine.

Cette diversification du système agricole doit aussi porter sur le maraîchage. A l'heure actuelle, le maraîchage se limite essentiellement autour des cases et à l'autoconsommation. Ce dernier doit se combiner de avec d'autres activités destinées à procurer des revenus complémentaires. Il est adapté au climat à influence soudano-sahélien. Les produits qui en sortent à l'instar de l'oignon, du haricot ou de la tomate sont très prisés sur les marchés locaux. D'ailleurs, la culture de l'oignon et du haricot entre de plus en plus dans les mSurs des populations. Par exemple pendant la période agricole 1999/2000, 428 hectares de plantations ont produit 7.072 tonnes d'oignons. Le haricot (niébé) fut produit à hauteur de 12.598 tonnes. Cependant, cette production est marginale par rapport à ce que peut produire la région voisine de l'Extrême-Nord118.

116 BIYONG BIYONG, op.cit., p.36.

117 Source MINADER.

118 A la même période, l'Extrême-Nord a produit 48.575 tonnes d'oignons sur 4.894 hectares d'exploitations ; et 36.374 tonnes de haricot. Source : MINADER.

Les cultures fruitières, quoique très sensibles à la sécheresse, ne doivent pas rester à la traîne. La production a souvent une rentabilité pour celles des exploitations qui disposent d'eau en permanence, et le paysan doit intégrer dans sa nutrition la consommation des fruits qui semble nécessaire pour l'édification de son organisme. Une expérience de ce genre est exposée par Anselme KAMENI et al. à propos des mangues. Ils estiment en effet que :

« Au Cameroun, la production du manguier (Mangifera indica) est forte pendant la période de récolte qui dure (2 à 3) mois an suivant les régions. En zone rurale, il y a alors un problème de surproduction et le séchage de la mangue serait une voie intéressante pour la conservation de cette surproduction »119.

Brièvement, nous résumons cette technique du séchage de la mangue ainsi qu'il suit :

> Matériel et méthodes

Les fruits de trois variétés de mangue améliorées (Amélie, Zill et Irwin) et d'une variété locale (Horé Wandou) ont été récoltés à deux degrés de maturité : maturité commerciale et maturité avancée. Après préparation des fruits, la pulpe a été découpée en lamelles et séchée soit par séchoir solaire, soit par exposition directe au soleil. La composition physico-chimique des échantillons de pulpe a été étudiée avant et après séchage.

> Résultats

Après un séchage à 50 °C pendant 24 h, les lamelles de mangue séchée obtenues ont présenté une teneur en eau comprise entre (16 et 24) %. Des différences significatives sont apparues dans les rendements au séchage des variétés étudiées. Les teneurs des différents constituants physico-chimiques analysés ont varié en fonction des variétés et du degré de maturité des fruits récoltés. Les taux moyens de conservation des constituants (vitamine C, sucres réducteurs, extraits secs solubles) après séchage ont été supérieurs à 56 % sauf pour la teneur en fibres dont le taux de conservation a été de 16 %. Les mangues séchées directement au soleil ont été semblables à celles obtenues par passage en séchoir électrique malgré une durée de séchage plus longue et un moindre taux en vitamine C.

119 Anselme KAMENI et al, Aptitude au séchage des fruits de quelques variétés de manguiers cultivées au Cameroun, CIRAD, EDP Sciences 2003.

> Conclusion

Les variétés Amélie, Zill, Irwin et la variété locale Horé Wandou se prêtent bien au séchage qui conserve les principaux éléments nutritifs avec des rendements importants.

Par ailleurs, l'élevage dans la région du Nord dépend de la disponibilité en eau et du fourrage. Les principaux problèmes proviennent de l'insuffisance des pâturages, de l'absence des soins appropriés et enfin des conflits entre agriculteurs et éleveurs. Le potentiel productif des pâturages peut être augmenté par l'intégration d'une graminée pérenne spontanée : l'andropogon ganajus, comme à Bobo-Diolasso au Burkina Faso. Cette graminée a une valeur fourragère très recherchée par les animaux. Les tiges sont également fort utilisées par les paysans pour la confection des toits et des palissades. Les graines et les plantules sont peu compétitives par rapport à d'autres herbacées.

L'itinéraire technique est simple, répond à la protection contre l'érosion et enfin ne nécessite pas un investissement coûteux. Il y a toutefois quelques contraintes techniques qui peuvent être de nature à décourager les agriculteurs. On peut citer par exemple les difficultés à se procurer des semences en quantité suffisante. Celles-ci doivent être recueillies auprès des reservoirs naturels d'andropogon, au moment de la fructification des tiges. C'est aussi un travail fastidieux (pour des raisons liées à la biologie de la plante) et qui plus est, nécessite de la part des paysans un reflexe d'anticipation, de prévoyance.

III- LE REBOISEMENT

Le couvert végétal de la région du Nord est très fragilisé parce que sujet à de multiples agressions. Avec le désert qui avance de plus en plus, il est impérieux de trouver les voies et moyens pour freîner cette avancée et reconstituer la flore qui va (re)créer les conditions favorables à l'agriculture. Conscients de cet état de chose, les pouvoirs publics ainsi que des organismes et sociétés tels le World Wildlife Fund (WWF) ou Mobile Telephon Network (MTN) se sont lancés, depuis des décennies, dans des campagnes de reboisement afin de faire (re)pousser les arbres qui ont été abattus pour les besoins des populations. BIYONG BIYONG pense à cet effet que : « la plus grande contribution des arbres à la production vivrière et à la sécurité alimentaire se situe au niveau de l'exploitation et de la conservation de la productivité des terres ».120

120 BIYONG BIYONG, op.cit., p.38.

Ainsi, un arbre comme l'acacia albida doit être (re)instauré. De son nom scientifique « faidherbia albida », il est le seul arbre du sahel à perdre ses feuilles en saison de pluies et à reverdir pendant la saison sèche. Il s'alimente dans les nappes phréatiques profondes et ne concurrence pas les cultures. Par contre, sa litière améliore les sols. Il exploite et valorise des éléments nutritifs (eau, azote...) contenus dans les couches profondes du sol qu'il permet de faire remonter en surface, en assurant ainsi une importante contribution de matière organique au terrain. S'y ajoutent son rôle d'ombre pour les animaus en saison sèche, son effet de brise vent et sa fonction de rétention des eaux de ruissellement, contributions toutes vitales pour les agriculteurs et les éleveurs de la région.

Pour d'autres ruraux, l'acacia albida assurera surtout du bois d'auvre ainsi que la disponibilité de certaines productions complémentaires (fruits, gousses, feuilles, écorces, tanin121...) qui jouent un rôle fondamental en période de sécheresse ou de défaillance des cultures annuelles. C'est en particulier le cas de l'effouragement du cheptel. Cependant, pour BIYONG BIYONG,

« à côté de ces bénéfices, la présence de l'acacia albida ainsi que sa plantation ou regénération comporte aussi des éléments de concurrence avec les cultures (compétition pour le soleil et la luminosité, entrave à la mécanisation des méthodes culturales) et de conflit potentiel dans le cadre des équilibres socio-fonciers (propriété distincte du sol et des plantes, usages différents entre agriculteurs et éleveurs).

En outre, sa regénération est difficile à mettre en euvre à cause du taux de mortalité élevé des plantules et la lenteur de la croissance de l'arbre. »122

Malgré cette objection, nous pensons que la durée qu'a pris le déboisement devrait être proportionnel et peut-être même inférieur à celle du reboisement. Pour avoir des solutions pérennes, il faut réfléchir et agir sur le long terme car les objectifs qu'on fixe à court terme peuvent être uniquement des réponses d'urgence qui ne peuvent que calmer la situation sans toutefois résoudre définitivement le problème. En terme de reboisement, il est préférable de compter les échéances en décennies.

121 Tanin : substance d'origine organique que l'on trouve dans pratiquement toutes les parties des végétaux (écorces, racines, feuilles...). Elle joue le rôle d'armes chimiques défensives contre certains parasites. Il est caractérisé par une sensation de déssèchement en bouche.

122 BIYONG BIYONG, op.cit., p.39.

IV- LA COORDINATION ET L'HARMONISATION DES

INTERVENTIONS DES DIFFÉRENTS ACTEURS

Comme le miel attire les abeilles, l'insécurité alimentaire attire nombre d'acteurs. Chacun y va de ses stratégies mais toutes visent le même objectif a priori : l'autosuffisance alimentaire permanente des populations. Ces acteurs sont l'Etat, les bailleurs de fonds, les organismes internationaux, les ONG, le secteur privé et les populations. La circulation des informations entre les divers intervenants est floue ; tous évoluent en rang dispersés.

BIYONG BIYONG affirme à cet effet que :

« Il est dificile de savoir ce que font les uns et les autres, bref l'on constate qu'il y a un manque de transparence sur ce que fait chaque différent acteur ou catégorie d'acteurs. La consultation entre les différents acteurs est insuffisante dans la région et beaucoup d'interférences sont légion »123.

La nécessité s'impose donc à l'Etat, qui est le garant du bien-être des populations, d'encadrer et d'harmoniser les actions de tous les intervenants. Ces actions parcellaires peuvent être mises en commun afin de permettre une optimisation des résultats. Tous les intervenants doivent inscrire leurs actions dans le respect du cadre institutionnel existant et des politiques adoptées par le gouvernement.

Un premier pas dans ce sens a été franchi en 1986 avec la création, par décret N°86/1411 du 24 novembre 1986, d'un Comité de gestion de l'assistance de la FAO et du PAM, sous la tutelle du MINAGRI (devenu MINADER).

Selon ce décret, le comité est chargé de la gestion, du suivi et de la coordination de toute

forme d'assistance dispensée ou initiée au Cameroun par ces deux organismes. A cet effet, il :

- identifie, formule, exécute ou suit l'exécution, en rapport avec les départements ministériels et organismes concernés des projets et programmes d'action concrète dans lesquels cette assistance est octroyée ;

- coordonne et suit les activités des deux institutions et celles de leurs programmes spéciaux entreprises au Cameroun dans le domaine de l'alimentation et de l'agriculture notamment dans les secteurs de la production végétale et animale, la pêche, la foresterie, la formation, la recherche et la vulgarisation ;

123 BIYONG BIYONG, op.cit., p.40.

- assure avec les représentants de la FAO et du PAM l'évaluation des projets et programmes assistés ;

- assure des liaisons permanentes entre les différents ministères et organismes publics intéressés par les activités de la FAO et du PAM ;

- centralise les contributions, subventions, dons de toutes origines destinés à soutenir la réalisation de son programme d'actions concrètes d'une part, et d'autre part supervise sous l'autorité du ministère de tutelle toutes les opérations ayant trait à la gestion de l'assistance alimentaire d'urgence en cas de calamité ;

- organise et exécute en rapport avec le représentant-résident du PAM, toute opération d'achat et de distribution de produits alimentaires locaux dans le cadre de la politique des transactions triangulaires définies par le PAM dans le but de stimuler la production alimentaire nationale et de favoriser la coopération technique entre pays en développement.

Dans le cadre de ses activités, le comité dispose de trois magasins de stockage à Maroua, Garoua et Ngaoundéré respectivement. Il assure le stockage, la manutention et le transport des vivres depuis ces magasins jusqu'aux bénéficiaires (écoles, villages ...). Les activités du comité sont coordonnées par un Secrétaire Permanent124.

Mais, l'Etat devrait encore mieux faire dans l'encadrement des structures de développement rurales et plus particulièrement les OPR. Regroupées au sein de GIC, les populations essaient de trouver des solutions communes à l'insécurité alimentaire. Ces GIC travaillent ainsi dans des domaines aussi variés, qui vont de l'agriculture à l'élévage en passant par le commerce. L'agriculture est cependant l'activité qui prédomine, compte tenu du fait qu'elle constitue un des principaux leviers de son économie. Plus de 90 % de ces GIC font de l'agriculture leur activité principale. Environ 5 % développent des activités mixtes, parmis lesquelles l'agriculture.

Cette agriculture concerne :

- la maîtrise des techniques culturales, la maîtrise de l'usage des herbicides ; - la production et la commercialisation d'oignons ;

- la production et la vente d'intrans agricoles ;

- la production du sorgho, du maïs, de l'arachide, du niébé et du coton

124 L'actuel Secrétaire Permanent est M. Othon MATAPIT, ingénieur agronome.

L'élevage est pratiqué par une minorité et est orientée vers :

- les espèces bovines ;

- les caprins ;

- les volailles ;

- les porcins.

Le commerce est pratiqué par une minorité, et concerne la vente d'intrans agricoles, de produits pharmaceutiques, la vente d'espèces produites par différents acteurs.

L'Etat decrait mettre l'accent sur les OPR de femmes dans la mesure où, selon Astadjam YAOUBA,

(( au-delà des bénéfices tangibles qu'elles apportent ou souhaitent apporter à la communauté, le regroupement des femmes au sein des OPR est une manière pour elles de s'imposer, de tenter d'obtenir une reconnaissance sociale, puisqu'elles sont quotidiennement marginalisées et exclues des sphères de décision. Elles cherchent par là une autonomie vis-à-vis des hommes et de leur isolement familial : elles peuvent sortir, travailler ensemble, faire des projets en commun, échanger leurs points de vue sur l'avenir et même la vie quotidienne de la communauté »125.

L'Etat est interpellé en vue de résoudre les différends qui émaillent les relations entre ces GIC et les autorités traditionnelles. Lesdites relations ne sont pas totalement neutres. La plus souvent, elles sont empreintes d'inimitié. Plusieurs GIC se plaignent de l'attitude et du comportement des lawane et des djaworo qui, selon eux, loin de leur vouloir du bien, cherchent à détourner leurs avoirs. L'Etat devrait codifier ces rapports afin de les rendre plus harmonieux et donc plus propices au développement.

L'Etat lui-même n'est d'ailleurs pas exempt de tout reproche dans ses rapports avec les OPR puisque à l'intérieur des groupements, des mécontentements sont perceptibles chez les ruraux, car l'Etat, pour décider du financement d'un projet, élabore ses propres critères, fixe les règles, et les paysans n'ont pas d'autre choix que de s'y soumettre et d'attendre passivement. De plus, continue Astadjam YAOUBA,

(( la plupart des GIC de Pitoa sont unanimes sur les difficultés que leur pose le manque de politique agricole. Outre cette défaillance de l'Etat au niveau de la politique agricole, son souci d'accroître ou de préserver son influence sur le terrain est également un facteur limitant pour les OPR. Les logiques sont quelquefois opposées entre l'encadrement administratif et les paysans. L'Etat, dans ses interventions, cherche à appliquer un programme qui a été élaboré dans

125 Astadjam YAOUBA, op. cit., p.68.

le cadre d'une structure hiérarchique, pendant que les paysans ont pour souci d'adapter des stratégies de production à un contexte fluctuant »126.

Tous ces dysfonctionnements de l'administration ne représentent pas pour les OPR un environnement bénéfique. La naissance et la consolidation des dynamiques paysannes nécessitent des conditions favorables qui dépendent en grande partie de l'Etat car, il est de son ressort de contribuer à définir des règles du jeu claires et précises. Ainsi, les GIC pourront s'investir totalement dans la production agricole qui est leur cheval de bataille et participer à la réduction de l'insécurité alimentaire dont les populations sont victimes.

V- LES AUTRES PISTES POUR AMÉLIORER LA SÉCURITÉ

ALIMENTAIRE

Quelques autres solutions peuvent être brièvement passées en revue en vue de faire barrage à l'insécurité alimentaire dans la région du Nord.

> L'amélioration du réseau routier et de la circulation Nord-Sud

Le Cameroun dispose, sur le plan national, d'un ensemble de routes d'une longueur d'environ 50.000 km (hors voiries urbaines)127. La stratégie d'entretien du programme sectoriel des transports adoptée en 1992 a introduit la notion de « réseau prioritaire ». Le réseau jugé non prioritaire représente 43% du réseau national. Le désengagement des travaux publics sur certains tronçons secondaires est parfois relayé par des sociétés comme c'est le cas dans la région du Nord avec la SODECOTON pour évacuer sa production cotonnière.

Par conséquent,

« Les communications entre le Nord et le Sud du pays restent difficiles à cause du manque ou de la mauvaise qualité des routes. Pour ne pas concurrencer le rail, il n'existe pas jusqu'à présent une route bitumée qui relie le Sud du Nord »128.

126 Astadjam YAOUBA, op. cit., p.92.

127 Source Ministère des transports.

128 Fernand Guy ISSERY in Atlas de l'Afrique. Cameroun, p.92.

Or le Sud Cameroun (avec l'Ouest bamiléké et le pays éton), constitue ce que Antoine SOCPA appelle les zones « à hautes aptitudes agronomiques »129. L'ouverture des voies de communication et la circulation effective des biens pour l~approvisionnement rapide du Nord-Cameroun en produits vivriers du Sud pourraient constituer une solution à la crise alimentaire de la région du Nord. Ainsi, les marchés, en temps de disette, seraient achalandés des denrées venues du Sud. La seule inconnue est l'adaptabilité desdits vivres aux habitudes alimentaires plus ou moins figées des populations.

Cependant, depuis la dévaluation du franc CFA et avec l'inflation et les taxes, ce transport des denrrées du Sud vers le Nord est très difficile. Les commerçants se plaignent par exemple de l'augmentation de la Taxe sur le Chiffre d'Affaires (TCA) à 18,7 % et la hausse du coût de transport qui est arrimé à celui du carburant. S'ils veulent conserver leur marge bénéficiaire et récupérer leurs investissements, ils sont obligés de vendre à des prix élevés qui ne correspondent pas toujours au pouvoir d'achat très réduit des consommateurs.

Par ailleurs, entre le Nord et le Sud, il faut franchir d'innombrables barrières de police et de contrôles douaniers oft les transporteurs laissent souvent des plumes quelle que soit la régularité de leurs papiers. Autant d'obstacles qui pèsent sur lourdement sur les coûts de transaction.

Même à l~intérieur de la région, le réseau routier est tellement insuffisant que de nombreux villages restent inaccessibles pendant la saison de pluies. Les paysans ne peuvent plus écouler le surplus de production au niveau des marchés saisonniers. Voilà pourquoi en période de soudure, l'acquisition de certaines denrées alimentaires constitue une gagure pour les populations. Et même si les produits alimentaires, intrans agricoles existent, ils sont renchéris suite à l~éloignement.

En outre, les coupeurs de route créent un climat d'insécurité permanent et empêchent ou réduisent l~approvisionnement du Nord du pays. Par la même, ils émoussent les intentions de ceux qui veulent se lancer dans le transport du Sud vers le Nord et vice-versa.

L'Etat est alors interpelé pour se réinvestir dans l~aménagement de son parc routier car comme dit l'adage, « là où la route passe, le développement suit ». Il doit encourager les transporteurs en leur procurant une sécurité maximale. Les efforts des Brigades d'Intervention Rapides (BIR) sont certes appréciables, mais la situation sécuritaire reste instable. La diminution des tracasseries policières et douanières est souhaitée car les coûts d'investissement en seraient réduits ; les prix sur le marché également.

129 Antoine SOCPA, op.cit.

> L'amélioration de l'information sur les marchés

Une autre solution serait l'amélioration de l'information sur les marchés. En effet, la production des informations fiables sur les zones à production agricole potentielle permettra à temps réel des acquisitions que l'on pourra par moment atténuer des crises alimentaires. La mise au point de l'agrométéorologie, l'usage de l'indice de végétation (système d'interprétation géographique) et la relance du système d'alerte rapide semblent nécessaires. Ces outils nouveaux jouent un grand rôle de prédiction et de prévention des risques de pénurie alimentaire. Peut-être faille t-il former les camerounais pour améliorer d'éventuels services existants et pour créer une véritable veille de ces différents services.

> L'intensification de la lutte contre les acridiens

La lutte contre les fléaux tels les oiseaux et les insectes granivores doit être intensifiée. MEYA GARBA nous apprend à cet effet que :

« Nous avons demandé au Préfet de dire au Gouvernement qu'au lieu de faire qu'on nous donne l'aide alimentaire, qu'ils viennent lutter contre les criquets. Nous connaissons là où les essaims se forment. Avec les avions et les insecticides, on peut bien les tuer. C'est vrai que les criquets mangent nos récoltes, mais nous les mangeons aussi ».

L'une des problématiques de la lutte contre les essaims de criquets est l'usage de grandes quantités d'insecticide, malgré les effets polluants sur le milieu biologique. Le criquet pèlerin possède des prédateurs naturels : les hérons, les cicognes, les lézards, les rats, les singes, en sont friands. Mais la consommation de tous ces insectivores est largement dépassée par la rapidité du cycle reproducteur du criquet pélerin. Les femelles sont très prolifiques et en quelques mois, soit trois ou quatre générations, un essaim peut multiplier ses effectifs par 10.000, voire 1 million130. Des mouches, des guêpes et des coléoptères s'attaquent aux Sufs, des araignées à ses larves. Mais ces prédateurs sont beaucoup moins prolifiques et ne peuvent non plus pourchasser les essaims dans leurs migrations.

Les micro-organismes sont également un système de lutte envisagé. La substance provenant de bactéries (Bacillus Thuringiensis), la bactospénie PM est très efficace contre les chenilles et les papillons. Mais elle est éliminée par le système digestif des acridiens. Aux USA,

130 Michael ANSTEY, op.cit , p. 630.

on pulvérise des Nozemas, protozoaires parasites habituels des criquets. Efficace sur les sédentaires, la méthode semble inopérante sur les migrateurs. Plus prometteuse semble la production par synthèse de toxines de champignons.

Le principal moyen de lutte est donc la lutte chimique. L'expérience a montré qu'arroser chimiquement les nuages d'insectes volants est inefficace. Les doses mortelles mettraient en péril tous les êtres vivants de la contrée. Le traitement retenu se pratique le matin, juste avant l'envol. Pour empêcher les aufs d'éclore, il est parfois recommandé de labourer le sol à grande profondeur. Mais, le plus souvent, le relief et les moyens d'accès l'interdisent.

Soutenus par les écologistes, les pyréthrinoïdes sont des molécules de synthèse copiées sur les toxines naturelles du pyrèthre, un végétal qui pousse en Afrique. Efficaces mais peu rémanents, ces produits exigent des pulvérisations fréquentes et coûteuses. L'Etat peut s'en occuper dans la mesure où il dispose de moyens matériels et humains que les populations elles n'ont pas.

La plus heureuse surprise est venue avec les dérégulateurs de croissance comme le Téflubenzuron. Répandue sur les larves, avant la poussée des ailes définitives, cette sorte d'hormone empêche le raidissement du nouveau squelette de chitine lors de la dernière mue. Ne pouvant s'extraire de leur tégument précédent, 99 à 100 pour 100 d'insectes meurent avant d'avoir pu s'envoler. Inoffensive pour les oiseaux et les mamifères, cette potion peut-être dangereuse pour les autres insectes.

> La diversification des sources de revenus

Afin de réduire la dépendance des populations vis-à-vis des céréales, il serait bénéfique pour elles de diversifier leurs sources de revenus. L'enjeu dans ce cas est double dans la mesure où non seulement les réserves alimentaires ne sont pas utilisées à d'autres fins qu'à la consommation par les populations, mais en plus une large marge de manSuvre sera accordée aux individus qui vont disposer de moyens substanciels pour acquérir des denrées supplémentaires ou toute autre chose.

Nous pensons que les populations de la région du Nord peuvent s'intéresser à la production à une échelle commerciale d'une plante qui est déjà, fort heureusement, fortement ancrée dans leurs habitudes alimentaires et qui est appréciée pour les vertus qui lui sont imputées non seulement dans la région, mais aussi hors des frontières régionales. De plus, elle s'adapte parfaitement aux conditions climatiques de la région et ne pose pas un problème de conservation dans la mesure où elle est consommée aussi bien fraîche que sèche. Il s'agit de l'oseille de

Guinée plus connue dans la région sous le nom de « foléré ». Elle apparaît comme une culture bien rentable dont quelques précisions seront faites dans les lignes ci-dessous.

L'oseille de Guinée dont le nom scientifique est Hibiscus sabdariffa comprend deux formes : la forme sabdariffa à calices comestibles et la forme altissima qui serait une forme mutante de la première. Il existe aussi des formes intermédiaires. Cette espèce, certainement originaire d'Afrique, se retrouve dans les régions tropicales d'Asie et d'Amérique latine.

- Les plantes de la forme ou du groupe «sabdariffa» peuvent mesurer jusqu'à deux mètres de haut ; leurs tiges sont largement ramifiées, glabres. La fleur possède un calice charnu, continuant à croître après la floraison.

- Les plantes de la forme « altissima » sont de plus haute taille, jusqu'à trois à cinq mètres, ramifiées seulement vers le sommet. Ses tiges fournissent des fibres ayant beaucoup de points communs avec celles du kénaf (Hibiscus cannabinus). Elles sont surtout cultivées en Asie (Thaïlande, Inde, Indonésie, Java, Vietnam et Philippines).


· Description de la forme à calices comestibles

C'est une plante herbacée, annuelle, à feuilles alternes de forme et de dimensions variables : elles peuvent être ovoïdes entières ou lobées (trois ou cinq lobes), de sept à quinze centimètres de long. Les fleurs sont axillaires solitaires, formant de faux épis lâches, elles sont hermaphrodites et l'espèce est autogame. Cette espèce présente deux phénotypes : un phénotype jaune vert ou « albus » et un phénotype rouge vert ou « ruber ». Les variétés du type rouge, les plus couramment utilisées possèdent une pigmentation anthocyanique rose, rouge, rouge sombre : leurs tiges et leurs feuilles sont plus ou moins

colorées de rouge violacé ou verdâtre ; les calices des fleurs sont rouges, la corolle jaune pâle à oeil rouge foncé devient rouge.

Les variétés de type jaune vert sont dépourvues de pigmentation : les tiges et le dessus des feuilles sont vert clair à jaune orange, le dessous des feuilles et les calices sont verts ; ceux ci deviennent ensuite jaune clair avec des corolles également jaunes.

Les parties consommées de ces deux types de variétés n'ont ni le même goût, ni les mêmes utilisations, ni les mêmes propriétés.

Les fruits sont des capsules de 1,5 à 3 centimètres à sommet acuminé, se terminant en pointe piquante, de couleur brune et contiennent de nombreuses graines de 5 à 6 mm.

Le Foléré devrait sa présence au Cameroun grâce aux Peulhs qui se sont installés dans le Grand-Nord camerounais, arrivés à la fin du 18ème siècle lors des mouvements migratoires en Afrique, en provenance de la cuvette tchadienne ; ceci à cause du fait que l'oseille de Guinée est un légume très important dans l'alimentation des Peuls. Sa culture et sa consommation se répandront peu à peu dans les autres régions du pays avec le déplacement de certains Peuls à la recherche de nouvelles conditions de vie par l'élevage et le commerce. C'est dire que la culture de cette plante dans beaucoup de régions est liée à la présence des Peulhs.

La culture du foléré est conditionnée par une pluviométrie de 800 à 1 600 mm

- en période continue d'au moins six mois, avec un minimum de 100 à 150 mm par mois pendant toute la durée du cycle végétatif qui est de 5 à 6 mois.

- Température : entre 18 et 35° C.

- Latitude : entre 20° C de latitude nord et 30° C de latitude sud.

- La plante est très sensible au photopériodisme : elle est de jours courts ; la floraison demande une durée de jour inférieure à 11 h 45.

Les qualités de sol ne sont pas une contrainte mais des sols limoneux, limono argileux ou sablo argileux et bien drainés sont préférables. La durée du cycle est de 150 à 180 jours maximum.

La culture du Foléré, ne posant pas de difficultés majeures, elle peut être cultivée sur toute l'étendue du territoire. Sa production varie en fonction des régions et des variétés appréciées. C'est ainsi que dans le Grand Nord (Garoua, Maroua, Ngaoundéré), on rencontre le Foléré rouge et vert.

. Le semis

La préparation du sol se fait en planches de longueur variable, mais de largeur oscillant entre

1 mètre et 1 mètre et demie. Le labour est d'environ 25 centimètres et se fait en début de saison des pluies. Le semis se fait en lignes espacées de 90 cm à 1 m, par poquets de 3 à 4 graines et à 3-4 cm de profondeur. On démarre après la levée à 2 pieds tous les 20 cm Pour les variétés de la forme altissima, on pratique des écartements de semis plus importants

· La fertilisation

- La fumure de fond comprend :

250 à 300 kg de fumier ferme (bovin ou porcin= 4 à 5 brouettes)/ 20 m2 enfouis à l'aide d'une houe ; 1/2 sac (12 à 15 kg) de fientes de volaille ou 1 kg de NPK (17.17.17 ou 15.15.15)= 20 boîtes de tomate/ 20 m2, répandu lors de la préparation du lit de semence.

- La fumure d'entretien comprend :

2 semaines après la levée, 500 g d'urée (environ 10 boîtes de tomate) / 20 m2.

Après la première coupe, 1 kg de NPK (environ 20 boîtes de tomate)/ 20 m2. Après la deuxième coupe, 500 g de nitrate de chaux (environ 20 boîtes de tomate) Après la troisième coupe, 1 kg de NPK (environ 20 boîtes de tomate)/ 20 m2

· L'entretien

Il consiste à effectuer chaque fois que cela s'impose des arrosages, des sarclages, des binages, des buttages. Souvent sensible aux maladies et parasites, il faut envisager des traitements phytosanitaires (contre les nématodes, les champignons, les insectes).

· La récolte

Les récoltes de feuilles peuvent débuter assez rapidement, 6 à 8 semaines après le semis, et être renouvelées 2 à 3 fois. La récolte de calices se fait 5 à 6 mois après le semis ou 15 à 20 jours après la floraison quant ils sont tendres et charnus.

Le calice est détaché de la capsule par incision sur sa base cartilagineuse. Lorsqu'on souhaite obtenir de la poudre, on récolte la fleur entière.

· Les rendements

Les rendements sont d'environ 1 kg à 1,4 kg de calices frais par pied.

La récolte des fibres est effectuée en début de floraison. Les rendements sont de l'ordre de 1 à 1,5 tonnes de fibres sèches/ha

> Une nouvelle expérience de stockage villageois : la solution importée de l'Extrême-Nord131

Pour résoudre le problème de l'insécurité alimentaire, la région du Nord pourrait s'inspirer de son aînée en matière d'insécurité alimentaire l'Extrême-Nord, qui développe depuis longtemps déjà un certain nombre de stratégies. Celle qui aura le plus retenu notre attention est la constitution de greniers communs. Ce système de stockage des céréales au village est parti d'un travail d'écoute des agriculteurs et du constat d'endettement de certaines exploitations causé par la vente de céréales à bas prix en période de récolte pour rembourser les dettes contractées lors de la mise en culture. Ces greniers sont essentiellemnt financés par les groupements de producteurs de coton et leurs principaux objectifs sont d'assurer une meilleure sécurité alimentaire par un stockage de proximité et une meilleure rémunération pour les exploitants qui dégagent des excédents céréaliers.

· Principes des greniers autofinancés

Les stockeurs sont membres de groupements cotonniers dont les fonds servent à l'achat des céréales. À la récolte, le groupement de producteurs de coton achète une partie de la production de sorgho à ses membres. Les sacs sont stockés nominativement dans un même local en attendant que les prix augmentent. Le « grenier commun » est alors ouvert par le groupement, à la demande des stockeurs. Afin d'intéresser les différents types d'exploitation agricole, deux options sont proposées :

- si l'agriculteur dispose d'un stock alimentaire suffisant pour sa propre consommation jusqu'à la prochaine récolte, il demande au groupement de vendre son stock sur le marché à un meilleur prix. Le groupement se rembourse alors de l'avance qu'il a concédée et remet le bénéfice au stockeur ;

- si l'agriculteur a épuisé son disponible alimentaire, il a la possibilité de racheter le sorgho à prix coûtant pour sa consommation.

Ce système favorise une épargne en nature et modère les recours aux crédits usuraires. À plus long terme, les exploitations ont la possibilité de consolider leur gestion en reproduisant chaque année cette épargne en grain. Expérimenté en 1996 auprès de quatre groupements, ce

131 Source : Abdourahmane NASSOUROU, op. cit.

système a connu un écho très favorable auprès des agriculteurs. Afin d'étendre l'opération, le projet Dpgt, relayé par Terdel (TERritoire et DEveloppement Local), un bureau d'études camerounais créé en 2000 lors de la privatisation du volet « Gestion de terroir » du projet, a formé les groupements à la gestion de ces greniers. En 6 ans, l'extension des greniers communs leur a conféré une ampleur régionale. Dans l'Extrême-Nord, 249 groupements disposent aujourd'hui de leur grenier, ce qui représente 15 000 exploitations agricoles mobilisant près de 179 millions de FCFA pour stocker environ 2 300 tonnes de céréales. Le stockage concerne surtout le sorgho muskuwaari, dont la faible teneur en eau facilite la conservation des grains, mais aussi le sorgho pluvial, le maïs ou le riz paddy.

. Contraintes au stockage, amorces de solutions

La contrainte principale réside dans l'insuffisance de ressources financières des groupements coton : seulement 25 % des membres de ces groupements ont accès à ce stockage autofinancé et une partie importante de la production céréalière est toujours commercialisée à la récolte. Dans la zone cotonnière de l'Extrême-Nord où l'intervention a été lancée, 30 % des groupements cotonniers ont adopté le système de greniers communs mais la pratique du stockage se limite à 8 % des exploitations. Des capitaux complémentaires sont indispensables au renforcement des capacités d'achat de céréales par les groupements. Avec l'appui de Terdel, des organisations paysannes, les Aprostoc (associations de producteurs stockeurs de céréales), s'emploient à diversifier les sources de financement des greniers communs par recours au crédit bancaire, qui représente 10 % des fonds mobilisés en 2001 et 2002, et à de nouveaux partenaires. En 2001, le PAM a accordé près de 1 000 tonnes de céréales réparties entre 120 greniers communs et vendues par les Aprostoc en période de soudure. Les recettes ont permis de décupler les capacités de stockage en 2002. La reconnaissance des Aprostoc par le PAM a permis de faire évoluer l'aide alimentaire ponctuelle vers un soutien dans la durée à des structures paysannes responsables de la sécurité alimentaire de leurs villages.

L'idée de créer des unions de groupements stockeurs s'est d'abord imposée pour réguler les mises sur le marché à l'échelle régionale et éviter que plusieurs « greniers communs » approvisionnent les mêmes marchés le même jour. Dans la mesure où les céréales stockées sont essentiellement consommées par leurs propres producteurs, ces organisations se sont orientées vers des services d'appui aux groupements de producteurs-stockeurs : appuis à la gestion du stockage, négociation de crédits, conseils techniques sur les systèmes de production céréaliers.

Une fonction encore potentielle des Aprostoc est celle de la représentation des agriculteurs céréaliers vis-à-vis des instances nationales et internationales intervenant sur la question de la sécurité alimentaire.

Depuis la création de l'Aprostoc Diamaré en 1997, cinq nouvelles unions ont vu le jour. Ces associations couvrent désormais la majeure partie de la zone cotonnière de l'Extrême-Nord. Pour répondre aux demandes d'appui en stockage et en formation technique, les associations se dotent progressivement d'un réseau de (( conseilers paysans » chargés de prestations de services auprès de 10 à 20 groupements. Actuellement, les six Aprostoc rémunèrent 10 conseillers paysans. Les revenus des Aprostoc proviennent d'un droit d'adhésion annuel par groupement, d'une taxe par sac stocké, de taux d'intérêt sur le (( crédit céréales » et de participations financières des groupements aux formations dispensées par les conseillers.

Le projet Dpgt s'est appuyé sur ces conseillers paysans pour la création et la diffusion d'innovations dans les itinéraires techniques du sorgho repiqué. En réponse aux sollicitations des agriculteurs sur les problèmes d'enherbement des terres muskuwaari, le projet a contribué à la mise au point de traitements herbicides permettant la récupération de parcelles et l'allègement des temps d'entretien et de préparation.

La création de ce type de services au sein d'organisations professionnelles agricoles est conforme aux orientations stratégiques du ministère de l'Agriculture. En effet, il prévoit (( un processus de substitution progressive des organisations paysannes au service public qui doit se recentrer sur les fonctions spécialisées hors de portée de ces dernières ».

Les Aprostoc constituent désormais un interlocuteur privilégié pour la recherche et le développement, même si l'impact du stockage reste encore limité : les céréales stockées ne représentent que 0,5 % de la production de l'Extrême-Nord. Toutefois, une part importante de la production étant auto-consommée, une augmentation, même très faible, du stockage en grenier commun peut avoir un effet significatif de stabilisation des marchés céréaliers par un rééquilibrage de l'offre et de la demande tout au long de l'année. Le développement des capacités de stockage au village par la construction de magasins et la constitution de fonds de roulement autonomes devraient permettre aux agriculteurs et à leurs organisations de peser davantage sur les marchés céréaliers.

Cette évolution implique un transfert des compétences en appui/conseil, gérées initialement par le Dpgt puis Terdel, vers les conseillers paysans.

Une intervention reste à engager sur l'ensemble de la filière céréalière pour généraliser les « greniers communs » et promouvoir une recherche-développement en agronomie afin de lever certaines contraintes à la production signalées par les agriculteurs. Sur ce dernier point, une des priorités consiste à relancer les travaux sur les sorghos de contre-saison, longtemps restés en marge des programmes de recherche agronomique. En 30 ans, les surfaces consacrées au muskuwaari ont doublé, pour atteindre désormais près de 200 000 hectares, et les attentes des agriculteurs sont importantes en matière d'appui technique et de conseil. Ainsi, la réponse aux problèmes d'enherbement dans les terres à sorgho repiqué a permis de faire émerger d'autres demandes, aujourd'hui sans réponses, tant sur des problèmes phytosanitaires que sur la conception d'itinéraires techniques innovants ou la gestion des céréales et des assolements au sein des exploitations familiales.

Parallèlement aux activités opérationnelles, l'un des enjeux est de fournir les éléments nécessaires à la co-construction d'une politique de sécurité alimentaire à l'échelle provinciale. Les données manquent pour hiérarchiser les problèmes et définir la nature des actions à entreprendre. Il s'agit de participer à la production et à la diffusion d'informations sur l'état saisonnier de la production agricole, des prix et des marchés vivriers. Un observatoire de la production agricole, progressivement cofinancé par les organisations paysannes, pourrait s'insérer au sein d'une fédération des Aprostoc afin d'en conforter le rôle et la légitimité. Enfin, cette intervention devrait imaginer les contours d'un cadre d'échanges et de concertation entre acteurs (administrations, organisations paysannes, ONG, commerçants, transporteurs...), notamment pour valoriser les diverses expériences sur le stockage et coordonner les actions en la matière.

CONCLUSION

L'insécurité alimentaire constitue l'un des thèmes majeurs des médias parce qu'elle ne cesse de faire des victimes au jour le jour. Les groupes sociaux ne connaissant pas les mêmes réalités, il s'est agit pour nous dans ce travail, d'explliquer et de comprendre ce phénomène en général et particulièrement dans la région du Nord. Loin de nous toute intention de faire une monographie de cette région. Le plus important était de caractériser l'insécurité alimentaire en entrant dans les mémoires collectives, les représentations sociales qui attribuent les causes et les conséquences de ce phénomène et qui induisent un certain nombre de stratégies derrière lesquelles peuvent se cacher beaucoup d'enjeux.

En effet, l'hypothèse principale qui a conduit et guidé nos investigations bibliographiques et nos enquêtes de terrain était celle selon laquelle « les populations de la region du Nord perçoivent l'insecurite alimentaire comme la resultante de facteurs naturels et humains auxquels vient s'ajouter une mauvaise politique de getsion de la part de ceux qui ont pour rôle de mettre un terme definitif à cette situation ». De cette hypothèse principale ont été déduits trois hypothèses secondaires qui sont : « les couches identifiees comme les plus vulnerables à l'insecurite alimentaire sont les personnes Ogees et les handicapes » ; « pour lutter contre l'insecurite alimentaire, les populations locales developpent une multitude de solutions endogènes qui sont appuyees et relayees par les organismes internationaux et les pouvoirs publics » ; « l'insecurite alimentaire ainsi que les strategies de lutte qui en decoulent recèlent des enjeux humanitaires, economiques et socio-politiques ».

Notre démarche nous a permis d'avoir un échange avec les populations de la région. Notre série d'entretiens avec les populations victimes de l'insécurité alimentaire, les responsables des organismes étatiques et internationaux qui luttent contre l'insécurité alimentaire nous ont permis de construire un corpus empirique interessant. A l'aide de ce dernier, nous avons pu vérifier nos hypothèses de recherche après une approche axée sur l'analyse stratégique et la sociologie critique. Le travail éffectué en amont par la consultation des documents relatifs à notre sujet d'étude ; et en aval par les nombreuses procédures de terrain (observation directe, entretiens semi-directifs )ont permis d'avoir une idée sur l'insécurité alimentaire, ses causes, ses conséquences, les couches les plus vulnérables, les stratégies de lutte ainsi que les enjeux qui se cachent derrière chaque action posée ou envisagée.

Ainsi, pouvons-nous retenir, au regard de tout ce qui précède, que l'insécurité alimentaire peut être justifiée par des facteurs historiques. L'Etat, après avoir encouragé et pris en charge le paysan, s'est désengagé de ses responsabilités à cause principalement de la crise économique des années 1980 et des programmes d'ajustement structurel. En même temps, il a encouragé les cultures de rente. Comme le calendrier des cultures vivrières se superpose parfois à celui du

coton, les paysans ont eu tendance à privilégier la deuxième culture au détriment du vivrier. La chute des prix sur le marché mondial a eu des conséquences dramatiques sur les producteurs car ceux-ci ont perdu de substanciels revenus qui leur permettaient de survivre. L'absence d'encadrement suffisant lors de la conversion du rentier vers le vivrier a eu pour effet un tassement de la production qui ne correspondait plus aux besoins d'une population sans cesse croissante.

Ces populations définissent l'insécurité alimentaire comme le manque de vivres suffisants pour tout le monde. Elles attribuent l'insécurité alimentaire à deux grandes catégories de causes : les causes naturelles et les causes humaines. Dans la première catégorie de causes, on trouve :

- l'irrégularité et la durée des pluies : soit les pluies arrivent plus tôt que prévu et durent à peine 45 jours, soit elles arrivent tard ; ou alors il ne pleut pas du tout. Dans un cas de figure comme dans l'autre, ce sont les cultures qui en pâtissent ;

- la sécheresse : elle a généralement lieu entre les mois de février et d'avril et a des conséquences non seulement sur les cultures, mais encore sur les systèmes d'irrigation et sur les mayos, fleuves saisonniers qui s'assèchent très facilement pendant la saison sèche ;

- les inondations : à l'opposé du facteur précédent, la surabondance de pluies entre les mois de juillet et d'août constitue un frein à l'agriculture car elles détruisent les plantations. De plus, elles mettent en péril le cadre de vie des populations car elles impactent négativement sur l'habitat et les infrastructures. Même le bétail, qui sert souvent de réserves en temps de disette, n'échappe pas souvent à la furie des eaux ;

- les insectes et les oiseaux granivores : criquets pélerins, chenilles et autres termites envahissent les champs à maturité et causent d'incommensurables dégâts. En outre, ils causent des déficits post-récolte conséquents parce que les populations ne disposent pas des connaissances ou des moyens de lutte adéquats et efficaces ;

- les pachydermes : les éléphants qui sortent des réserves pour vadrouiller à travers les villages et les champs détruisent les cultures et les habitations. Comme ce sont des espèces protégées par les lois nationales et internationales, les populations sont pratiquement impuissantes et ne peuvent que constater les dégâts ;

- les maladies : aussi bien le bétail que les personnes sont très souvent victimes d'épidémies : la peste bovine et la fièvre aphteuse sèment la mort dans le bétail, tandis

que les hommes sont victimes de la méningite en saison sèche et du gonflement des pieds en saison pluvieuse. Conséquences : paralysie temporaire, handicaps, réduction des surfaces cultivées et par ricochet de la production vivrière ;

Parmi les facteurs humains, nous pouvons citer :

- la mauvaise gestion des récoltes : en cas de bonne récolte, les populations sont tentées de vendre pour ne pas dire brader leurs productions aux aladji et/ou aux cocseurs qui leur proposent des prix attactifs. Attirés par l~argent, les producteurs vendent le maximum possible, oubliant parfois de constituer des réserves. Par ailleurs, la distillation du bili bili amenuise considérablement les stocks céréaliers car c'est à base de mil que les femmes fabriquent cette boisson qui est fort prisée par les populations de la région du Nord. Sa commercialisation, qui est le monopole une fois de plus des femmes, permet d'avoir régulièrement de l~argent. Cet argent n'est malheureusement pas épargné pour l'achat des denrées alimentaires mais simplement affecté à la consommation de boisson à 90 % des cas dans la mesure oil l'homme intervient à ce niveau de la chaîne et gère en compagnie de sa femme, dans le meilleur des cas, l'argent provenant de la vente du bili bili ;

- l'usage immodéré des ressources environnementales : la coupe anarchique des arbres pour le bois de chauffe ou pour la pratique de l~agriculture détruit ou amenuise le couvert végétal de la région. Cette destruction a un effet sur les conditions climatiques dans la mesure oil elle accélère leur dégradation ; ce qui en retour rend plus pénibles les travaux agricoles. La production vivrière en est diminuée, suscitant des crises alimentaires ;

- l'outillage agricole archaïque : la mécanisation de l~agriculture n'est pas encore véritablement opérationnelle dans la région du Nord. Les paysans continuent de travailler avec des outils qui datent d'un autre âge : houes, dabas, machettes et autres charrues à bceuf constituent encore l'arsenal des agriculteurs. La production dans ce cas reste basse ou plutôt tend à diminuer tandis que les besoins des populations augmentent de façon exponentielle et se retrouvent presque toujours au-dessus de l~offre. Ce qui provoque d'incessantes pénuries alimentaires ;

- la régulation sociale : c'est le système de gestion des populations qui prévaut dans la région du Nord. Le lamido, chef traditionnel investi d'un pouvoir quasi divin, possède toutes les terres de son lamidat et tout ce qui s'y trouve (en dedans et en dehors). Dans ce sens, il taxe tout ce qui peut l'être, aussi bien les terres, la production vivrière ou celle animale. Ce système n'encourage pas la constitution des réserves alimentaires dans la

mesure oil plus ces réserves sont importantes, plus lourdes sont les taxes. D'ailleurs, à cause de ce système, des frictions sont permanentes entre les autorités traditionnelles et leurs administrés qui digèrent de moins en moins cet état de choses.

L'on ne saurait parler des causes sans mentionner les conséquences. En effet, causes et conséquences sont intimement liées car l'une est l'implication de l~autre ; ou bien l'une est à l'origine de l~autre. Ainsi, l'insécurité alimentaire a des conséquences sur la région du Nord. Il s'agit principalement de la fluctuation des prix des céréales et de leur inaccéssibilité. Quand l~offre devient inférieure à la demande, à cause de la spéculation ou de l'insuffisance de la production, les prix sont renchéris et les vivres deviennent inabordables par rapport au faible pouvoir d'achat des populations.

L'insécurité alimentaire a des effets néfastes sur la santé de ceux qui en sont victimes. Leurs capacités physiques et psychiques sont fortement diminuées et elles ne peuvent plus vaquer normalement à leurs occupations. Dans le cas des agriculteurs, ils sont obligés de diminuuer les surfaces cultivables ; ce qui réduit à son tour la production vivrière et maintient l'insécurité alimentaire.

L'autre conséquence de l'insécurité alimentaire dans la région du Nord est la migration des populations. En effet, pour fuir l'insécurité alimentaire, les populations se déplacent en quête de nouvelles aires géographiques, entraînant malheureusement dans leur sillage le phénomène auquel elles tentent désespérément d'échapper. De plus, l'exode rural auquel on assiste diminue la population active car c'est la jeunesse et les personnes vigoureuses qui s'en vont en quête de cieux plus cléments. Les personnes âgées qui restent ne disposant plus d'assez de forces pour travailler de grandes surfaces agricoles, la production ne peut augmenter, comparativement à la population globale qui ne cesse de croître à un rythme effréné.

Au sein de ces populations, les plus vulnérables sont sans conteste les personnes âgées et les handicapés. Physiquement diminuées, ces couches ne peuvent s'impliquer pleinement au processus de production agricole. De ce fait, elles dépendent du reste de la population valide et constituent par la même presque toujours un fardeau dont on n'hésite pas parfois à se débarrasser en temps de crise alimentaire.

Face donc justement aux crises alimentaires répétitives, tous les acteurs se mobilisent en fonction des moyens dont ils disposent. Les populations sont les premières à se mettre en branle pour parer à l'insécurité alimentaire, appuyées en cela par les organismes internationaux sous

l~encadrement des pouvoirs publics. Les populations procèdent par exemple à la vente des ruminants qui constituent une espèce d' « épargne animale » dont elles ont recours en cas de disette. Parfois, ces populations procèdent à un simple troc avec les possesseurs des vivres. Dans ce cas, elles mettent sur la balance tout ce qu'elles peuvent posséder de précieux contre de la nourriture. La séparation d'avec ces objets est parfois difficile à gérer mais cela vaut mieux que de souffrir d'insuffisance alimentaire.

L'usure constitue également une arme très utilisée ; cette fois par les possesseurs de vivres. Ils prêtent aux individus des quantités de denrées alimentaires pendant les périodes de disette et se font rembourser, pendant les récoltes, plus du double de ce qu'ils ont prêté à leurs congénères. Initiative certes peu louable, peut-être même immorale ; mais qui s'avère salvatrice tant qu'elle peut sauver la vie de ceux qui en ont recours.

Cependant, l'une des stratégies les plus usitées par les populations est le séchage. Peu coûteux, pour ne pas dire gratuit, il ne nécessite principalement comme matière première que le soleil, qui n'est pas rare dans la région. Cette technique permet de conserver des vivres qui seront ultérieurement utilisés pendant les disettes ou la soudure. Tout ou presque y passe : tomates, piments, légumes, oignons, poissons, viande etc. Avec le séchage, les produits sont quasi permanents sur le marché et les revenus sont réguliers. La planification peut ainsi se faire plus facilement et des décisions à long terme prises.

Comme les efforts des populations ne suffisent pas, des « times de bonne volonté » que sont les organismes internationaux volent à leur secours, parce que le Cameroun est membre à part entière de l'Assemblée Générale de l'Organisation des Nations Unies (ONU). Dans ce travail, il a été fait cas du Food and Agriculture Organization (FAO) et du Programme Alimentaire Mondial (PAM). Ils sont les deux organismes spécialisés de l'ONU en charge des questions alimentaires. Le premier cité se lance essentiellement dans le financement des projets agricoles pour améliorer la production agricole et animale ; tandis que le deuxième encourage la constitution de réserves alimentaires par la construction de greniers communautaires. De plus, il fournit les cantines scolaires du primaire en denrées alimentaires qui sont gracieusement distribuées aux élèves scolarisés du primaire, avec un accent sur les jeunes filles. Le double objectif visé est encourager l~alphabétisation dans une région oil le taux de scolarisation est l'un des plus bas du Cameroun, et mettre les enfants à l'abri de l'insécurité alimentaire. Enfin, le PAM met sur pied des programmes d'aide alimentaire d'urgence en cas de crise. Cette aide alimentaire consiste en des sacs de riz, de mil mais aussi des produits tels que la sardine, le poisson frais, les biscuits, la tomate en conserve, le sucre. Dans plusieurs cas, l'aide alimentaire,

bien souhaitée et nécessaire, ne correspond pas toujours aux habitudes alimentaires des populations sinistrées. Conséquence de cette inadéquation : les produits destinés aux populations sont revendus à bas prix aux commerçants locaux. Bref, comme le pense l'un de nos informateurs, « l'aide alimentaire est bien, mais ne suffit pas. Le mil qu'on nous envoie n'a pas de goût comme ce que nous cultivons nous-mêmes ici. Nous péférons notre propre mil sorti de nos champs ».

Au-dessus de tout le monde, au vu de ses responsabilités, des moyens et des potentialités dont il dispose dans le cadre de la lutte contre l'insécurité alimentaire, se trouve l'Etat. Il mène un combat multiforme parce qu'il est sur tous les fronts, en amont comme en aval. Il régule le marché à travers l'Office Céréalier ; promeut le stockage par le soutien aux APROSTOC, et distribue l'aide alimentaire d'urgence pendant les crises aimentaires. Mais seulement, dans la région du Nord, les mesures de régulation son difficiles à mettre en oeuvre. Elles peuvent être efficaces quand l'insécurité alimentaire est conjoncturelle, limitée en volume (quelques milliers de tonnes) et dans l'espace ; car les moyens humains, financiers et matériels nécessaires sont raisonnables. Mais, ces mesures de régulation apparaissent inadaptées et nettement insuffisantes quand l'insécurité alimentaire est structurelle et importante en volume (plusieurs dizaines de milliers de tonnes), comme c'est le cas actuellement, car les moyens à mettre en oeuvre sont extrêmement importants.

Certes « le sociologue n'est pas le médecin de la société », mais nous avons pensé en dernier lieu déblayer le chemin en préconisant quelques pistes en vue d'améliorer la sécurité alimentaire dans la région du Nord. Celles-ci vont de la conquête des terres à la maîtrise de l'eau en passant par l~intensification et la diversification du système agricole et de la production animale, le reboisement, la coordination et l'harmonisation des interventions des différents acteurs, l~ouverture des voies de communication et la circulation effective des biens entre le Sud et le Nord du pays, l'amélioration de l'information sur le marché ou encore la sécurisation du transport routier par la réduction des tracasseries douanières et policières et la lutte contre les coupeurs de route.

Le chemin qui mène à la sécurité alimentaire dans la région du Nord est long et parsemé d'embûches. Mais, une véritable volonté et une plus grande implication des acteurs, quels qu'ils soient, permettra de passer outre tous ces obstacles et d'atteindre une sécurité alimentaire

permanente et durable qui rendrait les populations de cette région autonomes et autosuffisantes. Elles ne demandent que cela.

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(( L'opinion camerounaise : problématique de l'opinion en Afrique Noire », Thèse de Doctorat d'Etat ès Lettres et sciences humaines, Tome 1, Université Paris-Nanterre, 1999.

YAOUBA, Astadjam :

(( Enjeux et contraintes du développement local au Nord-Cameroun : le cas des groupes d'initiative commune (GIC) dans la localité de Pitoa », Université de Yaoundé I, 2007.

IV. ARTICLES

ABDOURAHMANE N., MATHIEU B., TEYSSIER A., BELLO R. :

BOUTRAIS, Jean :

(( La sécurité alimentaire : une affaire de paysans », Actes du colloque du 27-31 mai 2002 à Garoua, publiés dans les Cahiers Agricoles, vol. 12, Juillet 2003.

(( Deux études sur l'élevage en zone tropicale humide (Cameroun) », Bondy (France), Travaux et documents de l'ORSTOM, n°88, 1978.

JANIN P., SUREMAIN Ch. De : KAMENI, Anselme et al :

MOTAZE AKAM :

ONDOA MANGA :

PONTIER, Guy, GAUD, Michel : SEIGNOBOS, C. :

WAMBO-YAMDJEU, A. H., HARVARD, M., NJOYA, A. :

(( La question alimentaire en Afrique : risques de politisation », Tiers-Monde, vol. 66, N°131, 2008.

(( Aptitude au séchage des fruits de quelques variétés de manguiers cultivées au Cameroun », CIRAD, EDP Sciences 2003.

(( Lamido, rapports sociaux et courtiers du développement au Nord-Cameroun » in Revue des sciences sociales, Ngaoundéré-Anthropos, 1999.

(( Analyse des politiques agricoles mises en Suvre au Cameroun depuis 1960 », Yaoundé, 2006.

(( L'environnement en Afrique » in Afrique Contemporaine, Trimestriel n°161, 1992, p. 60.

« La bière de mil dans le Nord-Cameroun. Le carnaval des aliments », Agropolis, Montpellier, 28 mars 2004.

(( Développer l'agriculture irriguée pour consolider la sécurité alimentaire au Nord-Cameroun ? » Actes du colloque sur : Savanes africaines : des espaces en mutations, des acteurs face à de nouveaux défis , Garoua, 2002.

V. RAPPORTS

YENGUE, J. L. :

ALAWADI, Zelao :

CORDAP :

Diocèses de Garoua, Maroua, Mokolo, Ngaoundéré et Yagoua : FAO :

HAVARD M., ABAKAR O. :

MINADER :

MINAGRI :

MINATD :

PAM :

SEIGNOBOS C. :

(( Les améliorations du déboisement et du reboisement dans le Nord du Cameroun », Annales de géographie, n°624, 2002.

(( Communautés migrantes du Nord-Cameroun », in Revue Internationale des Sciences Humaines et Sociales, 2006.

(( L'appel du CORDAP pour la souveraineté alimentaire du Cameroun », CORDAP, Yaoundé, Avril 2008.

Propos sur le développement agricole au Nord-Cameroun, Avril 1983.

- Les situations d'urgence, la réponse internationale et la FAO, Bureau régional pour l'Afrique, 1997.

- L'insécurité alimentaire dans le monde en 2008. Rome, 2009.

(( Bilan de la campagne agricole 2000-2001 dans les exploitations des terroirs de reférence du PRASAC au Cameroun », IRAD/PRASAC, Garoua, 2001.

Stratégie nationale de développement de la riziculture au Cameroun, mouture III, Mars 2009.

- Document de stratégie agricole, Yaoundé, 2001.

- Etat de la sécurité alimentaire au Cameroun, 2001. Rapport sur l'état de la protection civile au Cameroun, Yaoundé, février 2008.

- Les caractéristiques de la sécurité alimentaire au Cameroun, Yaoundé, 2002.

- Note d'information sur le programme d'alimentation scolaire au Cameroun, Yaoundé, Février 2009.

(( Environnement : propos d'experts et représentations paysannes dans le Nord-Cameroun », séminaire PRODIG, 06 décembre 2002.

TEARFUND : (( Les sociétés peules face aux aléas climatiques. Un

exemple du Sud : le Cameroun Septentrional », 2005.

TEYSSIER A., HAMADOU O. : Renforcer la résistance des communautés à gérer l'insécurité alimentaire dans la région du Sahel, 2004. Gestion de terroirs et gestion de ressources naturelles au Nord-Cameroun, SODECOTON/DPGT

Garoua/MINAGRI/AFD/SCAC (11 rapports
semestriels 1995-2000).

ANNEXEs

163

LISTE DES INFORMATEURS

INFORMATEURS

OCCUPATION

LIEU ET DATE
DE
L'ENTRETIEN

HAMITI TIZI

Lawane d'Houmbal

Houmbal, 04/02/2010

Abdou GARBA

Agriculteur

Bibémi, 05/02/2010

Issiakou YAYA

Agriculteur

Garoua, 04/02/2010

HABIBA

Agricultrice / handicapée

Garoua, 03/02/2010

TIDJANI

Agriculteur

Garoua, 04/02/2010

NAFISSATOU

Brasseuse et vendeuse de bili bili

Roumdé Adja,
04/02/2010

MEYA GARBA

Agriculteur

Bibémi, 05/02/2010

Haoua MOUSSA

Fabricant et vendeur de kilishi

Garoua, 03/02/2010

Saïdou GADJI

médecin à l'hôpital régional de
Garoua

Garoua, 05/02/2010

Boniface NYADO

coordonnateur National PNSA

Yaoundé, 24/02/2010

Othon MATAPIT

Secrétaire Permanent Comité de
gestion de l'assistance FAO/PAM

Yaoundé, 22/02/2010

Mamouda MAWOUMA

Chef de division des interventions
de la FAO au Comité de gestion
de l'assistance FAO/PAM

Yaoundé, 22/02/2010

MBALLA André

VAM Officer PAM

Yaoundé, 23/02/2010

Mme ABENA

VAM Officer PAM

Yaoundé, 23/02/2010

GUIDE D'ENTRETIEN POPULATIONS AGRICOLES

- Production agricole et animale

- Techniques de conservation des produits agricoles - Consommation de la production

- Méthodes et outils de travail

- Périodes de disette ou d'insécurité alimentaire

- Causes et conséquences de l'insécurité alimentaire - Moyens de lutte contre l'insécurité alimentaire

- Gestion de l'aide alimentaire

GUIDE D'ENTRETIEN POPULATIONS NON-AGRICOLES

- Principales activités de survie - Gains et gestion desdits gains - Apport des activités pratiquées à l'insécurité ou à la sécurité alimentaire

- Solutions au phénomène de l'insécurité alimentaire

GUIDE D'ENTRETIEN RESPONSABLES PNSA, OFFICE CEREALIER, FAO, PAM,
COMITE DE GESTION DE L'ASSISTANCE FAO/PAM, MINADER

- Date et raisons du début d'intervention dans la région du Nord

- Politique appliquée

- Différentes localités d'intervention

- Critères de choix des zones d'intervention

- Causes et conséquences potentielles de l'insécurité alimentaire dans la région - Moyens de lutte contre l'insécurité alimentaire

- Degré d'implication des populations dans la lutte contre l'insécurité alimentaire - Différents partenaires dans la lutte

171

TABLe Des mAtières

DEDICACE &&&&&&&.&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&...& i
REMERCIEMENTS &.&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&& ii

ACRONYMES ET SIGLES&&&&&&.&&&&&&&&&&&&&&&&&. & iii

LISTES DES GRAPHIQUES ET DES PHOTOS &&&&&&&&&&&&&&.&&& iv

LISTE DES TABLEAUX ET DES ANNEXES &&&&&&&&&&&&&&&&. v

RESUME &&&. &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&& . vi
ABSTRACT & &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&& vii
SOMMAIRE &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&.. viii

INTRODUCTION &&&&&&.&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&& 1

I. PROBLEME &&&&&&&&&&&&...&& &&&&&&&&&&&&&.&&& 2

II. PROBLEMATIQUE &&&&&&..&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&& 3

III. QUESTIONS DE RECHERCHE &&&..&&&&&&&&&&&&&&.&&&&&. 7

III-1 Question principale &&&..&. &&&&&&&&&&&&&.&&&&&&. 7

III-2 Questions secondaires &&&&..&&&&&&&&&&&&&&&.&&& 7

III-3 Hypothèse principale &&&&&&&&..&&&&&&&&&&&&.&&& 7

III-4 Hypothèses secondaires &&&&&&..&&&&&&&&&&&&&&&& 7

IV. DEFINITION DES CONCEPTS OPERATOIRES &&&&&&&&&&&&.&&...& 8

IV-1 Insécurité alimentaire &&&&&&&&&&&&..&&&&&&.&&&&&. 8

IV-2 Autosuffisance alimentaire &&&.&&&&&&&&&&&&&&&.&&&. 8

IV-3 Souveraineté alimentaire &&..&&&&&&&&&&&&&&&&&.&&& 9

IV-4 Représentations sociales &&&&&&..&&&&&&&&&&&&&&&& 9

V. METHODOLOGIE &&&&&&&&&&&&..&&&&&&&&&&&&&&.&. 11

V-1 Cadre théorique & &&&&&&&&&&&&&& &&&&&&&&.&. 11 V-1-1 L'analyse stratégique & &&&&&&&&&&&&&&&&&.& 11 V-1-2 La sociologie critique &&&&&&. &&&&&&&&&&&&.& 12

V-2 Techniques de collecte &&&&&...&&&&&&&&&&&&&&&&.&. 13 V-2-1 La recherche documentaire &&&&&&&&...&&&&&&&.& . 13

V-2-2 L'observation directe &&&. &&&&&&&&&&&&&&&&. 13
V-2-3 L'entretien semi directif &&&&&. &&&& .&&&&&&.&&. 14

V-3 Représentativité de l'échantillon &&&. &&&&&&&&&&.&&&&&.. 15

VI. PLAN DE TRAVAIL &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&...&&& 15

PREMIÈRE PARTIE : APPROCHE HISTORIQUE ET REPRÉSENTATIONS SOCIALES DU PHÉNOMÈNE DE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE &&&&&&.... 16

CHAPITRE I : L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE : LES FACTEURS HISTORIQUES

&&&&&&&&...&&&&&&&&&&&&&&& &&&&&&&&.&&&&& 18

I. LES DÉFAILLANCES DES POLITIQUES AGRICOLES &&&&&&&&&&&&.... 18

II. UNE PRODUCTION EN BAISSE CONSTANTE &&&&&&&&&&&&&&&... 22

CHAPITRE II : LA CONSTRUCTION DE LA CONNAISSANCE SOCIALE SUR LES
CAUSES ET LES CONSÉQUENCES DE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE &&&&.. 25

I. ATTRIBUTIONS CAUSALES DE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE &&&...&&.&& 29

I-1 les causes naturelles &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&.. 29
I-1-1 Le milieu physique&&. &&&&&&&&&&&&&&&& && 30
I-1-1-1 Le climat &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&. 30
I-1-1-2 Les sols, le relief et la végétation &&.&&&&&&&&&.. 33
I-1-1-3 L'hydrographie&&&&&&&&&&&&&&&&&&& 35
I-1-2 Les insectes et les oiseaux granivores &&&&&&&&&&&&&& 35
I-1-3 Les pachydermes & &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&. 41
I-1-4 Les maladies &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&.. 43
I-1-4-1 La méningite &&&&&&&&&&&&&&&...&&&& 43
I-1-6-2 Le gonflement des pieds &&&&&&&&&&&&&&&. 47

I-2 Les facteurs humains &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&.&&&& 47 I-2-1 La mauvaise gestion des récoltes &&&&&&&&&&&&&&&.. 50 I-2-2 L'usage abusif des ressources environnementales &&&&&&&&& 54 I-2-3 L'outillage agricole et les techniques culturales archaïques &&. && . 56 I-2-4 La régulation sociale &&&&&&&&&&&&&&&&.&&&&. 58 I-2-5 La sous-scolarisation &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&. 62

II. LES CONSÉQUENCES DE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE &&&&&&&&&.&. 67

II-1 La fluctuation et l'inaccessibilité des prix des céréales sur le marché &&&.&& 67

II-2 Les migrations des populations et les transhumances&&&&&&&&&.&.&. 69

III. LA CATÉGORISATION DES PRINCIPALES VICTIMES DE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&.&&&&. 76

III-1 Les personnes âgées (plus de 60 ans) &&&&&&&&&&&&&&&. & 76

III-2 Les handicapés &&&..&&&&&&&&&&&&&&&&&&&.&&&. 77

DEUXIEME PARTIE : ATTITUDES DES ACTEURS FACE A L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE : LES STRATÉGIES DE LUTTE &&&&&&&&&&&&&&.& 81

CHAPITRE III : L'IMPLICATION DES POPULATIONS DANS LA LUTTE CONTRE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE &&&&&&&&&&&&&&&&&&...&&..&. 83

I. LA CONSTRUCTION DES GRENIERS &&&&&&&&&&&&&...&&&&&& 83

II. LA VENTE DES RUMINANTS &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&...& 85

III. L'ÉCHANGE DE BIENS CONTRE LA NOURRITURE ET LE RECOURS A L'ENTRAIDE &&&&&&&&&&&&&. &&&&&&&&&&&&&&&&& 86

IV. LE SÉCHAGE &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&.. 87

V. LES AUTRES STRATÉGIES &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&...&&& 91

CHAPITRE IV : L'APPORT DES ORGANISMES INTERNATIONAUX DANS LA LUTTE CONTRE LE PHÉNOMÈNE DE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE &&&.& 94

I. LE FONDS DES NATIONS UNIES POUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE

(FAO) &&&&&&&&&&&&&&&&&&.&&&&&&&&&&&&&&&.& 94

I-1 Le financement des projets agricoles &&&&&&...&&&&&.&&&&&& 96

I-2 Le Téléfood &&&&&&&&&&&&&&&&&...&. &&&&&&&.& 97

II. LE PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL (PAM) &&&&&&&&&&&&.... 97

II-1 La construction des greniers communautaires &&&&&&&&. &&..&..& 99

II-2 Les autres stratégies du PAM : les cantines scolaires, le programme « Vivres contre travail » et l'assistance alimentaire &&&&&&&&&&&&&&&&&.& 102

CHAPITRE V : L'ÉTAT ET LA LUTTE CONTRE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&...&&&&. 107

I. LA CRÉATION D'ORGANISMES : L'OFFICE CÉRÉALIER &&&&&&&. && 107

II. L'ADOPTION DE PROGRAMMES DE LUTTE CONTRE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&...&.& 108

III. LES AUTRES STRATÉGIES DE LUTTE CONTRE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE &&...&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&& .&.. 110

TROISIEME PARTIE : ENJEUX DE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET PERSPECTIVES &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&...&&..& 112

CHAPITRE VI : LES ENJEUX DE L'INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE SA

GESTION DANS LA RÉGION DU NORD &&&&&&&&&&&&&&&&..& . 114

I. LES ENJEUX HUMANITAIRES &&&..&&&&&&&&&&&&&&&&& .& 114

II. LES ENJEUX ÉCONOMIQUES &&&&&&&&&&&&&&&&&&&...&&.. 115

III. LES ENJEUX SOCIO-POLITIQUES &&&&&&&&&&&&&&&&&..&& 117

CHAPITRE VII : LES PERSPECTIVES POUR UNE AMÉLIORATION DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&..& 121

I. LA CONQUÊTE DES TERRES ET L'AMÉLIORATION DES TECHNIQUES DE MAÎTRISE DE L'EAU : LA DEMI-LUNE &&&&&&&&&&&&&&&&&&&. 121

II. L'INTENSIFICATION ET LA DIVERSIFICATION DU SYSTÈME AGRICOLE ET DE

LA PRODUCTION ANIMALE &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&& 123

III. LE REBOISEMENT &&&&&&&&&&&&&&&&&&&...&&&&&. & 125

IV. LA COORDINATION ET L'HARMONISATION DES INTERVENTIONS DES

DIFFÉRENTS ACTEURS &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&...&. 127

V. LES AUTRES PISTES POUR AMÉLIORER LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE &&& 130

CONCLUSION &&&&&&..&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&& .& 141

BIBLIOGRAPHIE &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&& 149 ANNEXES &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&...&&&&& ix TABLE DES MATIÈRES &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&.& & xxii






La Quadrature du Net