WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Une approche socio-historique de la violence au XIXème siècle: le cas d'une conspiration à  Lyon en 1817

( Télécharger le fichier original )
par Nicolas Boisson
Université Pierre Mendès France Grenoble - Master recherche 2008
  

précédent sommaire suivant

II-2. Les explications possibles du soulèvement de 1817

Trois types de facteurs ont pu conduire à ce soulèvement. Le premier, sans pour autant céder à la simplification d'une seule lecture marxiste de l'histoire de ces troubles, est sans nul doute la crise des subsistances des années 1816-1817. Le second correspond à une lecture politique des événements en insistant sur un contexte de divisions et même d'affrontements au sein du camp royaliste favorisant la propagation des peurs et des rumeurs, et donc ouvrant le chemin à des entreprises secrètes, fussent-elles préméditées par leurs acteurs ou provoquées pour le compte des ultras par des agents de l'autorité militaire. Enfin le troisième groupe de facteurs causals correspond aux spécificités de l'histoire lyonnaise, de la contre-réaction d'une partie de ses habitants, engagée dans une forme de duel politique avec les autorités ultra, responsables des violences collectives qu'ont connues leur ville pendant la Terreur blanche et représentantes d'un nouvel ordre moral et policier installé depuis par la Terreur blanche légale.

II-2.1 Une crise alimentaire source de tensions populaires

La France vit dans ces années 1816-1817 une grave crise des subsistances due aux mauvaises récoltes de l'année 1816 et le département du Rhône est particulièrement touché, où les prix du blé et du pain connaissent une hausse considérable. Nous avons déjà présenté les caractères de cette crise des denrées alimentaires. Rappelons tout de même que le prix du blé passa successivement de 21 francs l'hectolitre en novembre 1815 à 38 francs en novembre 1816 et atteignit le montant de 58,75 francs en juin 1817. L'année 1817 sera d'ailleurs l'année où la crise connaît son paroxysme. Cette inflation touche fortement le prix du pain, denrée de première nécessité, constituant la base de l'alimentation des classes populaires. Cette disette est sources de révoltes, de véritables « émeutes de la faim », dans de nombreux départements dés l'année 1816, comme nous avons pu le voir dans le premier thème. Il n'est dés lors guère surprenant que le département du Rhône finisse par vivre de telles « colères de la faim ». On peut même s'étonner du caractère tardif des troubles du Rhône, au regard du fait que les autorités préfectorales étaient contraintes d'augmenter le prix du pain pour assurer la survie de ses producteurs. Chabrol en 1817 se refusa à une nouvelle augmentation du prix du pain, mais il est trop tard, la situation économique des classes populaires est désormais trop déplorable. La ville de Lyon et ses communes voisines vivent donc en cette année 1817 de véritables émeutes de la faim, telles qu'elles ont déjà pu en vivre lors des épisodes de violences collectives de la fin du siècle dernier, présentées dans l'introduction à l'histoire de l'identité lyonnaise. Georges Ribe croît beaucoup au rôle déterminant de cette crise des subsistances dans le déclenchement de la conspiration-insurrection du 8 juin 1817. Il note : « Le malheur voulut que, dans le Rhône, l'attitude des officiers supérieurs ultras transforma une sédition dont les causes étaient plus économiques que politiques en un complot, afin de se prévaloir du titre de sauveur du « trône et de l'autel ». Des condamnations capitales en résultèrent. »243(*).

En effet, on retrouve parmi les revendications des insurgés du 8 juin, la baisse du prix du pain, et notamment de la part de ceux des campagnes. En témoigne par exemple ce court extrait d'une lettre, datée du mois d'août 1817, d'un officier de Saint-Genis Laval au général Canuel : « J'ai arrêté ce matin un homme ayant à son chapeau des signes de rébellion, et provoquant le peuple à s'emparer des Blés pour en fixer le prix. »244(*). Comme nous l'avons déjà mentionné, le conjuré Meyer lors de son interrogatoire par la Cour prévôtale le 25 octobre 1817 précisera que la baisse du prix des subsistances était même un argument pour enrôler des recrus pour la sédition245(*). Et comme le rappelle Georges Ribe à propos de la journée du 8 juin 1817 : « Le plus grand nombre des révoltés réclame le pain à trois sous la livre. Quelques-uns arborent la cocarde tricolore. Le cri le plus souvent répété est celui de : Vive Napoléon II ! Certains, très peu nombreux, font preuve de sentiments républicains. »246(*).

Il est donc clair que la volonté populaire de la baisse du prix des subsistances fut sinon la cause principale de ces « émeutes de la faim », certainement un des solides arguments mobilisateurs des conjurés. Venons-en donc au second type de facteurs déclencheurs, les facteurs politiques généraux d'un cadre d'affrontements au sein du camp royaliste, propice autant à un coup de force d'opposants au régime qu'à une manoeuvre des ultras de déstabilisation du ministère des constitutionnels.

* 243 Georges Ribe, op.cit, p.247.

* 244 Message d'un officier de Saint-Genis Laval au général Canuel, août 1817, Archives départementales du Rhône, côte 4 M 206 : Evénements de 1817, rapport sur les factieux (juillet-août 1817).

* 245 Voir les aveux de Meyer dans Conspiration de Lyon en 1817 : Procédure..., op.cit, BM Lyon Part Dieu, fond ancien, cote 354164, p.27.

* 246 Georges Ribe, op.cit, p.249.

précédent sommaire suivant