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La réhabilitation de la CEPGL comme solution à  la crise sécuritaire dans la région des grands lacs africains


par Giresse NGOIE KALOMBO
Université de Likasi - Licence 2013
  

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2.3. Naissance des mouvements rebelles en RDC

Après l'échec de cette tentative de putsch, l'Ouganda et le Rwanda s'emploient à mettre des visages Congolais à la tête d'un mouvement dit de libération qui couvre leur agression. C'est ainsi que naît le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) couvre par deux parrains décidés à garder le contrôle des ressources naturelles dont regorgent les provinces Est de la RDC.

Face à une guerre s'installant durablement (et qu'ils avaient prévue de courte durée), le couple Ougando-Rwandais finit par battre de l'aile. Les deux Etats iront jusqu'à s'affronter militairement en territoire Congolais pour le contrôle de la province Orientale et de son chef-lieu de Kisangani. Cette « guerre dans la guerre », pour reprendre l'expression du Rapporteur Spécial sur la situation des droits de l'homme en RDC monsieur Roberto Garreton, a des visées purement économiques. Elle reflète « le mieux l'esprit de conquête qui anime le Rwanda et l'Ouganda ».18(*)

Les armées Rwandaises et Ougandaises dans une logique destructive, animée par des motifs de prédation économique prennent pour cibles la population locale et l'infrastructure de la ville comme le témoigne l'assemblée épiscopale de Kisangani : « La gravité et l'absurdité du mal commis montrent que la logique de la guerre, inspirée par l'idolâtrie de l'argent, finit par égarer ceux qui s'y engagent, au point de ne plus voir ni pourquoi, ni à qui ils font la guerre ». Le schisme du couple Ougando-Rwandais va se répercuter sur le mouvement rebelle du RCD qui va éclater en « une multitude de factions antagonistes, les unes à la solde du Rwanda, et les autres à la solde de l'Ouganda, mais toutes terrorisant et exploitant la population locale. L'Ouganda participa même à la création d'un nouveau mouvement rebelle entièrement à sa solde... c'est ainsi que le Mouvement pour la Libération du Congo (MLC) de Jean -Pierre Bemba apparut sur la scène déjà bien remplie des rebellions Congolaises ».19(*)

Le recrutement par l'Ouganda de Jean-Pierre Bemba, fils d'un richissime homme d'affaire Congolais, étant lui-même bien pétri par le moule du profit, va consacrer le caractère lucratif de l'entreprise militaire de ce pays, qui du reste sera démontré par le rapport du panel de l'ONU sur le pillage des ressources naturelles du Congo. C'est ce même MLC qui élargira le champ de la régionalisation du conflit des Grands Lacs et confirmera l'hypothèse cynique d'une armée sans frontière en allant par deux fois, de la manière la plus brutale, au secours du régime du président Patassé en République Centrafricaine pour contrecarrer l'avancée des troupes de l'ancien rebelle Bozizé.

Bien que dotés d'une pléthore de mouvements rebelles, le Rwanda et l'Ouganda vont conserver jusqu'en 2003 une présence militaire sur environ 2/3 du territoire de la RDC. Ce n'est qu'après le départ des troupes d'invasions Rwandaises et Ougandaise en 2003 que la guerre va entrer dans sa 3ème phase, durant laquelle on assiste à une prolifération de petits seigneurs de guerre, principalement en Ituri, et l'instauration dans cette région d'une logique de tensions ethniques entre Hema et Lendu curieusement eux-aussi traditionnellement éleveurs ou cultivateurs. Ces tensions et les affrontements qu'elles occasionnent, ont vite fait de rappeler les événements qui contribuèrent à l'occurrence du génocide Rwandais de 1994.

C'est une violence ethnique instrumentalisée par l'Ouganda qui forme dans ses camps militaires ces milices d'Ituri. Ce sera la violence de trop. Elle va conduire l'Union Européenne, grâce à l'insistance de la France, à monter l'opération Artémis afin de rétablir la paix et réaffirmé sa présence dans la région. Elle va aussi aboutir au changement du mandat de la MONUC qui passe du statut d'observateur passif et décrié au statut de protecteur rassurant.20(*)

Le retrait des troupes étrangères non invitées et les efforts de pacification de l'Ituri vont permettre au gouvernement Congolais et aux groupes rebelles d'entamer des négociations qui aboutiront à une transition d'environ 4 ans et aux premières élections démocratiques. C'est aussi face à cette pléiade d'acteurs régionaux, étatiques ou non étatiques, que la communauté internationale lancera l'idée d'une Conférence Internationale pour la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs.

Bien que la guerre soit officiellement terminée, certaines poches d'insécurités subsistes, notamment au Nord Kivu où la dernière des rebellions suspectées d'être soutenue par le Rwanda, celle du général Nkunda Batware mine les bons rapports entre les deux voisins. Le 9 novembre 2007, le Rwanda et la RDC ont signé un nouvel accord à Nairobi en vue de mettre fin à ce climat. A travers cet accord, le Rwanda s'engage à ne plus soutenir de mouvement rebelle en RDC et la RDC promet de résoudre une fois pour toute la question de l'ex-FAR, Interahamwés, Rastas, FDLR et autres présumés auteurs du génocide Rwandais qui se promènent encore dans les montagnes du Kivu.

SETION II : LES PISTES DE RELANCE ET LES TENTATIVES D'INTEGRATION REGIONALE

Au-delà de la nécessité de sortir de la condition préjudiciable de déséquilibre interne dont a souffert la CEPGL, il y a lieu de revisiter le paradigme entier des tentatives d'intégration régionales qu'a connu le continent africain depuis l'accession des anciennes colonies a leur l'indépendance.

Il nous incombe de repenser en profondeur l'idée même de l'intégration africaine qui souffre encore aujourd'hui de son paramétrage coloniale de son assujettissement au objectifs de la mondialisation. Makhtar Diouf21(*) remarque en effet qu'au départ « la stratégie d'intégration économique en Afrique... a d'abord été imposée par les autorités coloniales pour être ensuite confiée à des experts citoyens des anciennes métropoles ...» et qu'en fin « elle n'est plus pensée en fonction du développement de l'Afrique. Elle est au service de la mondialisation... ». Comment pouvions-nous espérer qu'une intégration conçue de cette façon puisse aboutir à un développement stabilisant de nos sous-régions africaines. En multipliant les regroupements sous-régionaux sur des bases erronées, les africains ont juste réussi à multiplier leurs problèmes, et surtout leurs dépenses, sans atteindre les objectifs envisagés. Les efforts d'intégration se sont souvent bornés à créer des organisations à périmètre d'action circonscrit et constant, figées sur des problèmes de nature et d'ordre technique et sectoriel. Elles se sont efforcées habilement, sous couvert du principe de souveraineté, d'éviter tout aspect politique. Comment sortir de « ce paradoxe d'une Afrique qui s'éternise dans le sous-développement tout en détenant le record mondial du nombre d'organisations sous-régionales chargées de promouvoir l'intégration économique»22(*) ? l'erreur ne viendrait-elle pas du fait d'avoir inverser l'importance des rôles de chaque mot dans la séquence « intégration économique » en ne portant l'accent que sur les déterminants économiques de l'intégration africaine, négligeant les aspects (politiques, sociaux, sécuritaires, ethniques et culturels) qui forgent la complexité de toute réalité africaine.

Les pays africains doivent prendre leurs responsabilités et trancher sur l'option à prendre entre se limiter à des « simples instruments de coopération, des lieux de rencontre et de dialogue, ou réaliser une véritable intégration...qui suppose un abandon plus ou moins important de leur souveraineté ...et la capacité de décider comme de faire appliquer des décisions.

Il importe donc de changer de grille de lecture, de se défaire du postulat quasi établi stipulant que les facteurs d'instabilité qui provoquent les guerres africaines sont d'abord de nature économique. C'est ce postulat qui pousse les États africains à ne considérer que le volet économique comme seul levier viable pour l'établissement d'espaces africains de paix et de prospérité partagées.

Arsène Mwaka Bwenge23(*) dénonce cette conception, héritée et propagée par les institutions financières internationales et quelque peu mécaniste. Il propose plutôt l'élaboration d'un modèle qui tiendrait compte des problèmes et préoccupations politiques et sécuritaires.

Nous partageons ce point de vue, non seulement parce que les regroupements économiques sous-régionaux ne se sont pas montrés aptes à prévenir, contenir ou stopper la violence là où elle s'est manifestée (pour la simple raison qu'ils n'étaient pas équipés), mais aussi parce que la solution à l'instabilité récurrente qui prévaut dans la région ne peut que revêtir un caractère holistique. Il ne s'agit donc pas d'inverser la tendance en reléguant l'économie à un rôle de second plan, mais plutôt d'arriver à des solutions africaines qui croisent tous les facteurs en présence.

Les pays africains doivent ainsi concevoir des regroupements basés sur le triptyque Politique, économique et sécuritaire. Seule la définition d'un vrai projet régional (politique) oeuvrant à l'établissement d'une zone de prospérité commune (économique) et d'un espace vital régional stable et solidaire (sécuritaire) délivrera toutes les promesses que le continent recherche depuis les indépendances dans ses efforts d'intégration.

La CEPGL, en explorant les pistes de sa relance, doit dépasser le caractère déclaratoire qui caractérise les regroupements africains pour s'inscrire dans une logique d'actions et de projets concrets contribuant à des objectifs identifiés et mesurables.

Il est pour ce faire impératif de clarifier les attentes de chacun et d'aboutir à une conception commune de l'utilité d'une CEPGL agrandie et relancée. Il faut identifier le dénominateur commun de ces attentes et bâtir la nouvelle CEPGL sur ce socle solide.

Bertin Salumu24(*) tente d'identifié 4 visions conflictuelles comme causes de l'échec de la CEPGL. Nous nous proposons de les concilier dans un nouveau modèle d'intégration capable d'assurer la réussite de la relance actuellement envisagée :

Ø Une vision `mobutienne' qui fait de la RDC « l'alpha et l'oméga » d'une CEPGL limitée à 3 états. Cette vision soumet l'organisation aux seuls intérêts Congolais.

Ø Une vision `musevenienne' de la région des Grands Lacs, bien plus large que la seule CEPGL, devant aboutir en aval à la création d'une république swahiliphone regroupant le sud Soudan, la RDC, le Nord de l'Angola, le Burundi, le Rwanda et l'Ouganda (qui en serait le fer de lance). C'est là donc une vision expansionniste de l'influence de l'Ouganda qui recherche un arrière pays ou une périphérie pour assurer et soutenir sa croissance économique, mais aussi la résurgence du besoin stratégique de relier sa cote Indienne au littoral atlantique (RDC, Angola).

Ø Une vision `Kagamienne', qui considère la région des Grands Lacs comme un tutsiland (composé de tous les pays qui abritent des populations tutsies, quelque soit leur statut ou leur nombre) avec la RDC comme hinterland. Cette vision correspond au vieux rêve d'un hypothétique empire Hima-Tutsi. C'est une vision protectrice de l'ethnie tutsie, marquée par les exactions et le génocide dont elle a été victime, que le régime de Kigali brandi pour justifier son interventionnisme militaire dans la région.

Ø Une vision dite occidentale de « balkanisation » du Congo qui faisant abstraction de la souveraineté étatique de la RDC viserait à arrimer les provinces du Kivu au Rwanda et au Burundi, résolvant ainsi les problèmes de viabilité économiques et les problèmes de surpopulation de ces deux états.

Ces visions à priori divergentes pourraient se retrouver, d'une façon ou d'une autre prises en compte, dans le nouvel ensemble à construire. Elles laissent transparaître des aspirations profondes de Leadership, de viabilité économique, de désenclavement et de sécurisation des populations.

Sur le plan du leadership régional, bien exprimé dans les visions `mobutienne' et `musevenienne', avec la RDC comme ancienne puissance régionale et l'Ouganda comme nouveau prétendant au poste, la nouvelle CEPGL doit s'efforcer d'assurer à tous ses Etats membres le même rayonnement. Un rayonnement régional permettant et encourageant la prise d'initiative de chacun indépendamment du poids économique, géographique et démographique des parties en présence. Il faut pour cela arrivé à définir un « Co-leadership » régional, aboutir à une meilleure appropriation par tous de la région et de ses initiatives.

SECTION III : L'IMPLICATION DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE FACE AUX DIFFERENTS CONFLITS DANS LA REGION DE GRANDS LACS

Les dispositifs régional s'est vu assister, dès décembre 2003, par un Groupe des Amis de la Région des Grands Lacs (GOF) regroupant 28 pays et ayant pour objectif principal la coordination et la canalisation des différents appuis diplomatiques, techniques et financiers nécessaires à la préparation de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL).

Coprésider par le Canada et les Pays Bas, le GOF s'invite à assister l'ONU et l'Union Africaine en vue d'assurer le succès d'une région des Grands Lacs porteur d'espoir.

Devant l'impasse régionale et l'atrocité des affrontements, le contexte de guerre et les ravages qu'il a engendré dans la région des Grands Lacs25(*), en général, et en République Démocratique du Congo en particulier; la communauté internationale et le Conseil de sécurité des Nations Unies vont déclarer la situation de la région des Grands Lacs comme une véritable menace pour la paix et la sécurité internationale. Ce constat va les pousser à appeler, par les résolutions 1291 et 1304 du Conseil de Sécurité des Nations Unies de février et de juin 2000, à l'organisation d'une conférence internationale sur la région des Grands Lacs26(*) ayant pour objectif principal l'établissement d'un réseau régional à même de faciliter l'adoption et la mise en oeuvre d'un pacte de stabilité, sécurité et développement articulé autour de quatre thématiques :

v Paix et sécurité ;

v Démocratie et bonne gouvernance ;

v Développement économique et intégration régionale ;

v Action humanitaire et question sociale.

* 18 Roberto Garreton « Rapport sur la situation des droits de l'homme en RDC », in ligue nationale pour le droit de l'homme, février 2001, p.14.

* 19 Assemblée Episcopale de Kisangani du 16 septembre 2000.

* 20 Hervé CHAUZEVILLE, op cit, p.150.

* 21Makhtar Diouf, Mondialisme et Régionalisme, le nouveau régionalisme en Afrique, Dakar, éd. IFAN, Université C.A. Diop, 2008, P.36

* 22Idem

* 23 Arsène Mwaka B., op cit, p.25

* 24Bertin Salumu, « Région des Grands Lacs d'Afrique : réalité géographique ou manipulation géopolitique ? », in l'Africain, no 220, 2005 : 28-33.

* 25Léonie Mbazoa, responsable du Comité National Préparatoire en République Centre Africaine, exposé « Présentation générale de la Conférence des Grands Lacs ». Atelier de sensibilisation des autorités administratives locales et des leaders locaux autour de la Conférence International sur la Région Grands Lacs du 23 au 24 aout 2006, Mbaïki RCA. www.cf.undp.org/at-gdlac.htm

* 26IDEM

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