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Mobilité résidentielle et processus d'étalement de la ville de Niamey (Niger).

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par Abdoulaye ADAMOU
Abdou Moumouni Dioffo - Doctorat de Géographie 2012
  

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Conclusion générale

A l'issue de cette étude, on peut dire que l'étalement de Niamey est la manifestation d'une faible maîtrise de l'espace-ville. Il a pour facteur principal la fonction résidentielle qui se présente comme une réponse à la mobilité résidentielle intra-urbaine des ménages de la ville. Pour comprendre cela, il a fallu retracer la trajectoire résidentielle intra-urbaine des ménages niaméens afin de déterminer le modèle dominant et son implication sur la consommation de l'espace. Ce faisant, le deuxième objectif de la présente étude est atteint. En effet, l'étude a permis de voir que la trajectoire résidentielle intra-urbaine des ménages est à la base de la demande résidentielle dont la satisfaction donne lieu à un déplacement du ménage et de son logement des zones d'habitat centrales vers la périphérie. Cela entraîne la naissance permanente de nouveaux quartiers à la périphérie. De ce fait, l'analyse de ce modèle de trajectoire dominant a permis de démontrer que la mobilité résidentielle intra-urbaine est le moteur de l'étalement urbain. Par conséquent, il est permis de dire que la deuxième hypothèse de cette étude est vérifiée.

La prédominance du modèle de trajectoire résidentielle intra-urbaine pousse les multiples acteurs urbains à anticiper sur les besoins en logements ou en parcelles qui seraient en majorité, exprimés par les ménages vivant déjà dans la ville, mais dont la taille et le statut d'occupation sont appelés à évoluer au fur et à mesure qu'ils se déplacent entre les espaces résidentiels intra-urbains. Les installations qui en résultent, dépendent des opportunités de logements offertes aux ménages candidats, alors que leurs déménagements dépendent principalement de deux motifs à savoir les migrations et l'appréciation du logement (le prix du loyer compris).

Par ailleurs, l'analyse de la mobilité résidentielle intra-urbaine rend compte d'un tri urbain38(*) qui s'opère entre les espaces urbains niaméens. En effet, les citadins ayant bénéficié d'une mobilité sociale et/ou résidentielle ascensionnelle ont tendance à quitter les quartiers  centraux pour s'établir dans les quartiers riches ou dans les zones plus périphériques. En conséquence, la zone d'habitat centrale est en train d'être abandonnée à des ménages pauvres condamnés à vivre sur place. A la longue, on assistera à la naissance de quartiers sensibles39(*) dans cette zone qui fait aussi l'objet d'une mutation foncière de plus en plus importante.

Malgré leur trajectoire résidentielle centrifuge à travers les strates de la ville, la plupart de chefs de ménage restent locataires. Ce qui montre les difficultés d'accès au foncier et l'existence d'une forte spéculation foncière et immobilière. La maison individuelle, la spéculation ainsi que la thésaurisation foncière sont autant d'éléments qui concourent à renforcer la fonction résidentielle dans le processus de l'étalement. Il en résulte une mauvaise gestion urbaine qui vient accélérer le processus d'étalement de ville de Niamey. Cet état de fait confirme la troisième hypothèse de la présente étude. De plus, l'examen de la gestion urbaine a permis d'exposer les étapes de l'évolution spatiale de la ville de Niamey à l'aune de la planification urbaine ; ce qui rejoint le deuxième objectif de cette étude.

A cet effet, l'étalement se présente comme un gaspillage foncier qui pose de sérieux problèmes d'équipements et d'infrastructures dans les quartiers périphériques qui naissent et dont des secteurs entiers attendent d'être desservis par les réseaux de la SEEN (eau courante), la Nigelec (électricité) ou de la SOTRUNI (transport en commun). Pire, les services de la mairie y sont quasiment absents (assainissement, viabilisation, etc.). Une telle situation ne peut avoir que des implications négatives sur la qualité de vie des habitants qui doivent patienter encore au moins 10 ans avant de voir l'ensemble de leurs besoins satisfaits. Cette situation n'est pas prête de s'améliorer car les projections en 2020 montrent que l'étalement urbain prendra des proportions plus inquiétantes tant que la logique actuelle de développement spatial se maintiendra. Il en résultera une certaine ségrégation basée sur l'inégalité d'accès aux infrastructures entre les ménages vivant dans les différentes strates de la ville.

En outre, les enquêtes effectuées dans le cadre de cette étude montrent la forte polarisation de l'espace urbain par le centre ville. Cela rend les ménages de la périphérie davantage sensibles à l'augmentation des distances lieu de travail-domicile, dans une ville où les transports en commun sont peu développés et dont la strate 3 ou zone intermédiaire n'a pas eu le temps de se construire et de se densifier quand les lotissements systématiques ont donné naissance aux quartiers récents périphériques. Une telle situation n'a pas permis l'équipement complet et la densification de cette zone intermédiaire.

Dans l'esprit du quatrième objectif, l'étude vise à trouver des solutions efficaces au problème d'étalement. Pour ce faire, il a fallu d'abord faire l'état des lieux des solutions préconisées jusqu'ici. Dans cette démarche, l'analyse a montré que l'étalement de la ville n'a pas été une solution adéquate au problème de logement qui sévit à Niamey. Au contraire, elle révèle un déficit de mise en valeur des parcelles produites en périphérie du fait de l'auto-construction et de l'autofinancement de l'habitat par les ménages face à l'absence d'une politique cohérente en la matière. Cela est dû au fait qu'à Niamey, la planification n'a pas comme objectif primordial la lutte contre l'étalement urbain, en ce sens qu'elle vise encore le maintien d'une ville horizontale. De plus, l'affairisme foncier très développé et la non-mise en place de structures chargées de la mise en oeuvre des instruments d'urbanisme sont à la base de l'incohérence entre planification urbaine et pratique urbaine. Néanmoins, Niamey reste une ville lotie comparativement aux capitales ouest-africaines comme Bamako et Ouagadougou. L'habitat spontané y demeure encore marginal car toujours circonscrit par des lotissements dont l'objet est de limiter leur extension.

Cependant, il y a lieu de faire de la lutte contre l'étalement un élément fondamental de la planification de la ville de Niamey en agissant sur la mobilité résidentielle des ménages ; faute de cela, le risque à courir est celui de passer d'une situation d'étalement de la ville à celle de son éclatement.40(*)

L'ampleur que prend le phénomène d'étalement de la ville, montre que la planification urbaine a échoué. Pour relever le défi, la présente étude démontre qu'il faut impérativement placer la question de la mobilité résidentielle au centre des préoccupations. Ce qui corrobore la quatrième hypothèse qui stipule que la maîtrise de l'étalement urbain doit passer par une modification modèle de trajectoire résidentielle des ménages niaméens. Dans cette optique la planification urbaine doit jouer sur la localisation des ménages en les recentrant sur la strate 3 et en les maintenant dans la strate 2 qui est un lieu de départ important vers la périphérie.

Rappelons qu'il existe une articulation entre la trajectoire résidentielle intra-urbaine et le parcours migratoire des chefs de ménage de Niamey. En effet, la trajectoire résidentielle des ménages niaméens est entrecoupée par des migrations internes et internationales.

L'observation de ces migrations montre une prédominance des flux internes polarisés par Niamey la capitale du Niger, alors que les migrations internationales qui sont de faible envergure, sont focalisées sur les pays de l'Afrique de l'Ouest puis sur la France. Ici, l'analyse de ces migrations révèle que les chefs de ménage de Niamey ne sont pas de grands migrants, car leur parcours migratoire se résume en moyenne à trois lieux ; il s'agit d'un parcours peu diversifié et trop centré sur Niamey.

L'analyse du profil migratoire et des spécificités résidentielles des chefs de ménage de chaque strate de Niamey qui est le premier objectif de cette étude, a permis de voir l'impact des migrations sur la redistribution des ménages parmi les espaces résidentiels constituant la ville.  Notons que les migrations se présentent comme un facteur discriminant important dans l'occupation des espaces de la ville de Niamey. L'analyse montre que les plus longs et plus diversifiés profils migratoires s'observent chez les chefs de ménage des quartiers résidentiels comme Cité Fayçal et Kouara Kano. Les profils migratoires les moins développés concernent les chefs de ménage de Gamkallé ou Liberté qui sont respectivement un village urbain et un quartier traditionnel en banco du centre ville.

Au regard de ce qui précède, il est permis de dire que les migrations imposent une empreinte différentielle sur les espaces résidentiels de la ville de Niamey. De plus, elles contribuent au renforcement du tri social déjà mis en oeuvre par la mobilité résidentielle intra-urbaine des ménages. Ici, le tri social s'appréhende non pas du point de vue ethnique, mais du point de vue de la tendance à la concentration dans des espaces privilégiés de la ville, de ménages dont le chef présente un profil migratoire plus long et plus diversifié ainsi qu'un niveau d'instruction et une fonction plus élevé  que chez les autres. Il s'agit dans ce cas, d'une ségrégation dite latente que les migrations sont en train de mettre en place dans la ville. Cela vérifie la première hypothèse de cette étude, selon laquelle les migrations internes et internationales constituent un facteur discriminant dans le processus d'intégration socio-spatiale des citadins dans la ville de Niamey.

En définitive, pour un développement optimal et durable de la ville de Niamey, il y a lieu de procéder à des simulations de scénarios possibles de développement de la ville de Niamey sous l'impact de la mobilité résidentielle au moyen d'un Système d'Information Géographique (SIG). Pour ce faire, il est indispensable d'effectuer une deuxième enquête dans deux ans, au niveau des mêmes logements enquêtés, afin de voir l'évolution de la mobilité résidentielle au sein des quartiers déjà retenus pour cette étude, dans une logique d'analyse comparative (diachronique) des données.

De plus, une étude sur la gouvernance urbaine à Niamey doit être envisageable pour résoudre la question de mauvaise gestion urbaine.

Par ailleurs, le logement doit être perçu comme un enjeu central de l'action des maires. Ce qui impliquerait la mise en oeuvre d'un système cadastral exhaustif permettant de vulgariser le titre foncier et de réduire les droits de mutation ou transfert.

* 38 Les mécanismes du tri urbain consiste en une sélection dans l'ensemble de la population, des individus les mieux en même de vivre dans un secteur particulier et un milieu particulier. (R. Park, 1929 « la ville comme laboratoire social »in l'école de Chicago)

* 39 Quartier sensible : quartier concentrant des déséquilibres économiques et sociaux importants par rapport au reste de l'agglomération : fort taux de chômage, pourcentage élevé de familles nombreuses, de population d'origine étrangère et de jeunes, échec scolaire et délinquance.

* 40 Eclatement urbain (urban collapse) : on parle d'éclatement urbain quand « une ville étend son territoire sur un ensemble de fragments reliés par la structure visible ou cachée des axes et des réseaux de communication. A côté des anciens pôles de développement et des anciennes centralités, apparaissent de nouvelles formes de développement, de nouveaux types de polarisation, des micros-centralités » ( http://www.archi.fr/EUROPAN ).

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