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Auxiliaires médicaux et médecins africiains au Togo sous domination coloniale: 1884-1960

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par Zinse Emmanuel MAWUNOU
Université de Lomé - Maitrise 2006
  

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2 - Les auxiliaires médicaux sous les Allemands

La santé a été l'une des tâches prioritaires de l'administration allemande au Togo (Dadja 1983 : 263). Pourtant, les Allemands ont eu la difficile charge d'amener les indigènes à la pratique médicale des Blancs, tâche délicate du fait que les guérisseurs et les charlatans avaient « pignon sur rue » et avaient parfois des connaissances en botanique (Cornevin 1987 : 217). Ce qui présage que les actions des auxiliaires médicaux n'étaient pas chose aisée. Mais avant d'en arriver là, voyons si ce corps socioprofessionnel avait une législation.

2-1- Le régime législatif du personnel des auxiliaires médicaux et les salaires

Le corps des auxiliaires autochtones avait connu un début un peu difficile. Concernant la législation, ce corps n'était qu'un résidu issu du besoin du colon allemand présent sur place. C'était d'ailleurs sur proposition du médecin général résidant au Togo que se faisait le recrutement des futurs auxiliaires médicaux.

Dans ces conditions, et surtout que la colonisation était à ses débuts pour l'Allemagne qui s'était lancé dans cette aventure très tard, aucun texte juridique ne réglementait la profession des auxiliaires médicaux.6(*) Ce qui veut dire que tout se réduisait à la volonté du médecin général.

Cette latitude qu'avait le médecin général avait des répercussions sur les salaires des agents de santé autochtones. En ce qui concerne le travail salarié, il avait beaucoup souffert sous l'administration allemande.

N'ayant pas pu l'éliminer car existant bien avant leur arrivée, les Allemands avaient du mois déformé de façon considérable le salaire en le fixant à son niveau le plus bas (Gayibor 2005 : 233t2).

Toutefois, on pouvait remarquer qu'il y avait eu une politique d'augmentation de salaire sous l'administration allemande. Cette augmentation dépendait entre autre de l'ancienneté dans la profession, de la qualité des services rendus par l'agent de santé. Ces critères étaient importants dans la définition de la hiérarchie.

2-2- La hiérarchie des auxiliaires médicaux

La hiérarchie des auxiliaires médicaux, avons-nous dit, était définie par rapport à leur ancienneté dans cette profession ; ce qui veut dire que les auxiliaires médicaux d'une promotion sont, selon la hiérarchie, supérieurs à ceux qui les suivront et ainsi de suite.

Mis à part cette façon de définir la hiérarchie, certains agents qui montraient du zèle dans les travaux, et par là avaient acquis la considération et la confiance du Blanc étaient promus parmi leurs promotionnaires.

De toute façon les auxiliaires médicaux avaient exercé des activités très considérables sous l'administration allemande.

2-3- Les actions les auxiliaires médicaux

Les auxiliaires médicaux avaient eu différentes activités sous l'administration allemande. Malgré la formation très insuffisante qu'ils recevaient, leurs prestations furent remarquables.

On les retrouvait dans les villages, même les plus isolés, en poste ou en tournée de vaccination. Le fait qu'ils arrivaient, par leurs soins gratuits, à soulager certains malades leur valait beaucoup de considération et de respect (Gayibor 2005 : 289t2).

Très souvent les tournées se faisaient en compagnie de leurs supérieurs blancs dans les localités et régions de l'intérieur pour procéder aux vaccinations. C'était lors des épidémies de variole, de peste et parfois même de paludisme que s'organisaient ces genres de tournées au cours desquelles les Allemands profitaient pour faire des recensements et contrôler les mouvements migratoires dans les régions.

Toutefois, des difficultés étaient enregistrées au cours des travaux. Elles s'illustraient par le caractère de méfiance qu'avaient les populations envers les agents de santé.

La raison en était que beaucoup de personnes tombaient malade et parfois même mourraient malgré les tournées de vaccination. Par exemple, après une tournée de vaccination contre la variole, les populations étaient parvenues à la conviction que les régions soumises à la vaccination affichaient un taux de mortalité très élevé et que la pratique ancienne qui consistait à contaminer légèrement les personnes valides procurait une immunité beaucoup plus efficace que la vaccination pratiquée par les Européens.

Ainsi, on comprend aisément pourquoi les médecins avaient besoin du concours non seulement des chefs traditionnels mais aussi (cas rares) des policiers.

Parfois, certains fuyaient dans les brousses ou simplement se cachaient à l'approche des médecins. C'est ainsi que la commission de lutte contre la maladie du sommeil confirme cette résistance des malades et ainsi, la lutte contre les grandes endémies (lèpre, maladie du sommeil) entreprise par les Allemands donna finalement peu de résultats (Gayibor 2005 : 577t1).

Mais après tout, quel a été le bilan de l'action médicale allemande au Togo ?

2-4- Bilan de l'action médicale allemande au Togo

A la lumière de ce qui précède, nous pouvons dire que la période allemande a utilisé uniquement les services de médecin généralistes d'origine allemande. En matière sanitaire, les Allemands ont fait très honnêtement leur travail. Plusieurs médecins de très hautes valeurs marquèrent le pays par des études poussées, tels le professeur Rodenwaldt et les docteurs von Raven, Külz, Sunder et Krüger.

Ces médecins allemands étaient aidés par des Togolais dont aucun n'avait bénéficié d'une formation de médecin en Allemagne. Ainsi, tous les Togolais ayant servi dans le domaine sanitaire étaient tous des agents subalternes. Toutefois, ceux-ci, n'ayant bénéficié d'aucune structure particulière ni d'écoles de formation étaient néanmoins appréciés par leurs supérieurs et par la population.

Notons par ailleurs qu'officiellement aucune formation de sage-femme n'a été donnée au cours de la période allemande. Cependant dans son mémoire « Un médecin des tropiques raconte sa vie », 1957, le docteur Rodenwaldt affirmait avoir introduit l'éducation des sages-femmes dans le pays. Mais on ne saurait donner le nombre de personnes formées ni le lieu où cette formation avait été donnée (Tolgou 1998 : 35).

De plus, notons que la médecine curative était essentiellement basée dans le Sud du pays et seule la médecine préventive s'étendait vers le Nord en cas d'épidémie.

Les malades noirs et blancs n'étaient pas traités de la même manière dans les hôpitaux, car il se pratique un traitement discriminatoire (Gayibor 2005 : 575t1). Certes, tous étaient consultés par le même médecin mais dans des salles différentes. Les soins étaient gratuits pour les soldats les élèves et les prestataires. En effet, cette gratuité des soins pour ces groupes n'était que l'application d'une réglementation datée du 4 février 1909.7(*) Ces groupes, selon cette réglementation, appartenaient à la première catégorie.

La deuxième catégorie comprenait les habitants aisés qui pouvaient également se faire soigner en payant un tarif compris entre 2 et 3,4 marks.

Enfin la dernière catégorie comprenait les habitants indigents qui payaient un tarif compris entre 1,5 et 2 marks. (Sebald 1988 : 509).

Au nombre d'infrastructures sanitaires, les Allemands ont eu certaines réalisations. Le premier hôpital vit le jour à Petit Popo (Aneho). Il fut ouvert en 1894 et baptisée Nachtigal. Après l'hôpital Nachtigal, il y a eu construction d'autres hôpitaux tels que l'hôpital Reine-Charlotte (1909) à Lomé, le dispensaire de Kpalimé (1907) et celui d'Atakpamé (1912) (Gayibor 205 : 574t1 ; Tolgou 1998 : 32 ; Cornevin 1987 : 217).

D'une manière générale, la médecine traditionnelle qui était en vogue depuis la nuit des temps a été supplantée par la médecine moderne introduite par les Allemands, ainsi jetèrent-ils les bases de cette médecine moderne au Togo. Leur rôle principal était la protection sanitaire et l'hygiène des populations, la lutte contre les endémies afin d'entretenir la force de travail indispensable à la mise en valeur du territoire.

La naissance des professionnels de la santé dans la société togolaise découle de la volonté politique des Allemands d'amener à la pratique médicale occidentale des populations qui ne se soignaient que par des plantes. C'est alors que des équipements sanitaires furent mis en place, dotés de personnel médical blanc aidé par les autochtones.

Tout était mis en place pour la mise en oeuvre de l'idéal allemand quand brusquement, en 1914, les Allemands avaient été surpris par la première guerre mondiale après seulement trente ans de présence au Togo.

* 6 La profession des auxiliaires médicaux évoque plusieurs éléments : le recrutement des futurs auxiliaires ; leur formation et la durée de la formation ; le personnel et ses conditions de travail ; les salaires.

* 7 C'était une réglementation relative aux médecins, aux hôpitaux, aux polycliniques et à la pharmacie.

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