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L'impact local des revenus migratoires dans le departement de Louga (Senegal): approche geographique

( Télécharger le fichier original )
par Papa Issa NDIAYE
Universite Gaston Berger de Saint Louis - Maitrise de geographie 2007
  

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Université Gaston Berger de Saint Louis UFR des Lettres et Sciences Humaines Section de Géographie

L'impact local des revenus migratoires dans le
département de Louga : approche géographique

Présenté par : Sous la direction de

PAPA ISSA NDIAYE SIDY MOHAMED SECK

Chargé D'enseignement

Année académique 2006-2007

Ce travail s'inscrit dans le cadre d'une « collaboration UGBGIRARDEL/ université de Turin-Unito » autour du thème général de recherche : « Développement local, développement durable, dynamiques territoriales et coopération ». Il constitue l'un des résultats des activités menées par le groupe GIRARDEL et l'Université de Turin autour du projet « Coopération décentralisée Turin-Louga ». Notre participation à cette recherche est à l'origine de ce présent mémoire de Maîtrise.

Je remercie tout d'abord mon professeur encadreur Sidy
Mohamed SECK pour sa disponibilité et son implication dans
ce TER. Ses remarques et conseils ont guidé toute la clarté et la
rigueur de ce travail. Et je souhaite renouveler cette expérience
dans les TER à venir.
Au corps professoral de la section de géographie et de l'UFR
LSH

Aux professeurs membres du GIRARDEL intervenant dans le
programme de coopération avec Tutin-Unito : Serigne Modou
FALL, Géraud MAGRIN, Mateugue DIACK, Balla TRAORE
sans oublier Mlle Aminata CAMARA, secrétaire du
GIRARDEL

Mes très sincères remerciements à ma famille, qui m'a tant
soutenue, à la famille Diop (quartier Artillerie, Louga) et à
toutes les familles du département de Louga qui m'ont ouvert
leurs bras pour la réussite de ce travail.

Enfin grand merci à tous mes camarades de l'UGB
Merci a vous tous !

SIGLES ET ACRONYMES

AOF : Afrique Occidentale Française

BHS : Banque de l'Habitat du Sénégal

BICIS : Banque Internationale pour le Commerce et l'Industrie du Sénégal

BST : Banque Sénégalo-Tunisienne (est aujourd'hui devenu Attijari Bank)

BTP : Bâtiment et Travaux Publics

CBAO : Compagnie Bancaire de l'Afrique de l'Ouest CMS: Crédit Mutuel du Sénégal

CNCAS : Caisse Nationale de Crédit Agricole du Sénégal CPS : Crédit Populaire du Sénégal

CRD : Conseil Régional de Développement

DRDR : Direction Régionale du Développement Rural EMUS : Enquête Migration et Urbanisation au Sénégal FMI : Fonds Monétaire International

GIRADEL : Groupe Interdisciplinaire de Recherche pour l'Appui à la planification Régionale et au Développement Local

IFAN : Institut Fondamental d'Afrique Noire

IRD : Institut de Recherche Développement

MG : Money Gram

ONU : Organisation des Nations Unis

PAS : Politique D'ajustement Structurel

PRDI : Plan Régional de Développement Intégré

RGPH3 : Recensement Général de la Population et de L'habitat (décembre 2002, 3ieme recensement)

SGBS: Société Générale des Banques du Sénégal SOCOCIM : Société de Commercialisation du Ciment WU: Western Union

INTRODUCTION GENERALE 5

Introduction 5

Problématique 8

Objectifs 12

Méthodologie 13

PREMIERE PARTIE : Origines et originalités de l'émigration
lougatois .20

Chapitre 1 : Présentation de la zone d'étude 21

Chapitre 2 : De la crise de l'arachide aux effets des politiques d'ajustement structurel : l'émigration, comme solution de sortie de crise 29

Chapitre 3 : Evolution du mouvement migratoire 40

DEUXIEME PARTIE : L'argent des émigrés .55

Chapitre 1 : Les revenus migratoires à Louga 56

Chapitre 2 : les principaux secteurs d'investissement des émigrés 69

TROISIEME PARTIE : Des impacts contrastés 79

Chapitre 1 : Evolution dans l'espace de départ : le monde rural 81

Chapitre 2 : Les impacts en milieu urbain 89

Chapitre 3 : Rôles et place des émigrés dans le développement local.........100

CONCLUSION GENERALE 110

BIBLIOGRAPHIE 112

LISTE DES CARTES ET FIGURES 115

TABLE DES MATIERES 117

ANNEXES 121

INTRODUCTION

« De tout temps, les géographes ont été fascinés par les emplacements des hommes et des civilisations. Toute l'histoire du monde n'est qu'une suite de nomadismes, de conquêtes, de migrations. Les hommes ne sont que mobilité. Etrange paradoxe que de rêver à la fois aux racines et à la route. Ces flux, objets géographiques ne sont que devenir. Dans leur ampleur, l'audace de leur avancée, dans leurs échecs et leurs reculs, se joue l'éternel équilibre entre le possible - héritage du passé- et l'anticipation de l'avenir. Ces migrations toujours renouvelées ont marqué l'espace au cours des siècles et les géographes n'en ont pas toujours retenus la même image» (Bonnamour, in Gonin P et Charef M, 2005).

.

Tout au long de l'histoire de l'humanité, les mouvements migratoires n'ont cessé de se succéder et semblent toucher tous les continents du monde. Ces migrations, lorsqu'elles ne sont pas forcées, résultent directement de la répartition inégale des richesses, qui pousse les personnes à aller là où sont ces richesses.

Selon certains auteurs, la volonté et la capacité d'émigrer à l'étranger résultent à la fois, de la personnalité et de la situation socio-économique du candidat migrant, des circuits d'informations auxquels il a accès, des réseaux migratoires, des contextes politiques et économiques des pays d'origine et d'accueil et de leurs rapports historiques. En effet il est certain que la distribution des hommes à la surface de la terre résulte pour une large part des grandes migrations qui se sont déroulées le plus souvent sur de longues périodes. Comme toute espèce animal, l'homme se déplace continuellement dans l'espace. Ses déplacements ne sont pas aléatoires, ils sont dictés par ses besoins et ses aspirations, et par le jeu des contraires et des potentialités du milieu géographique dans lequel il vit (Noin D, 2001).

Soit les hommes vont là où sont les richesses, soit les richesses sont là où sont les hommes. Les migrations sont donc une expression courageuse de la volonté qu'ont les individus de surmonter l'adversité pour vivre mieux (Annan K, 2006).

A l'échelle mondiale les migrations sont devenues partie intégrante des politiques et
stratégies de développement, aussi bien dans les pays d'origines que dans les pays
d'accueil. D'après les chiffres de l'ONU (2005), le nombre de migrants a presque

doublé en 20 ans. En 2005, 191 000 000 de personnes vivaient hors de leurs pays d'origine (OCDE, 2005).

L'Afrique a toujours été partie prenante de l'histoire des hommes. Elle pourrait en un sens, en être à l'origine puisque l'humanité y aurait vu le jour. Sans remonter aussi loin dans le temps, plusieurs mouvements migratoires (volontaires ou forcés) ont traversé l'Afrique : la traite négrière, les conquêtes arabes, les migrations de travail, etc. Après la deuxième guerre mondiale, les pays d'Afrique subissent les conséquences de la division internationale du travail. La majorité des pays a connu, pendant et après la colonisation, « une spoliation de leurs richesses et une ponction financière des plus stratégiques, adoucie par une thérapeutique humanitaire de complaisance » (Charchira S, in Gonin P et Charef M, 2005 ).

Les nouveaux Etats indépendants n'ont pas réussi à avoir une politique efficiente à l'égard des masses populaires. Que ce soit par manque de moyens ou faute de volonté politique, cet aspect est notable, même si on peut le moduler d'un pays à un autre. Les Etats ont maintenu les infrastructures existantes dans les capitales et se sont contentés au niveau des campagnes de prélever les impôts sans pour autant apporter des contreparties suffisantes. Cette situation sera aggravée par la détérioration des conditions climatiques liée aux sécheresses persistantes depuis les années 70. Plus de 135 millions de personnes en Afrique seraient menacées du fait de la désertification caractérisée par la dégradation des pâturages, la diminution de la fertilité des sols et l'avancée du désert. Ces facteurs agissent ensemble sur les systèmes de production traditionnels, qui du fait de leur vulnérabilité, ne permettent guère de répondre aux besoins d'une population croissante (OCDE, op. cit.).

A ces difficultés écologiques, sont venus se greffer les effets de la conjoncture internationale qui ont frappé de plein fouet le monde. Cela a eu pour conséquence en Afrique, la mise en place de politiques d'ajustement structurel (P.A.S.). Ces mesures, loin d'améliorer la situation des masses populaires sujettes à une paupérisation progressive, en ont fait les principales victimes à tous les niveaux.

La pauvreté et les réductions d'effectifs liées à la mise en place des PAS ont fini
d'obérer les possibilités d'emploi dans nos pays. Au Sénégal, les effets des sécheresses

vont se combiner à ceux des PAS pour favoriser le développement de l'émigration qui va connaître de forts changements dans ses modalités et dans sa géographie. En effet, l'émigration est une pratique de longue date qui a fortement marqué les évolutions des sociétés sénégalaises (Bâ Ch. O, 1996). Amorcé par les habitants de la vallée du fleuve Sénégal, le mouvement migratoire était d'abord et durant longtemps saisonnier ou temporaire (« navétane » et « noorane ») avant de gagner des destinations lointaines (émigration sous-régionale et internationale). Vers la fin des années 80, il en a résulté un déplacement des centres de gravité de la vallée du fleuve Sénégal vers le Bassin arachidier et une participation plus importante des populations qui jusqu'alors s'expatriaient peu, en l'occurrence les lougatois.

Aujourd'hui les processus de migrations sont caractérisés par d'importantes dynamiques de reconfiguration et de complexification. Les facteurs qui contribuent à cette logique de transformation des flux migratoires se situent à plusieurs niveaux et agissent selon des modalités et des temporalités variées. En effet, la circulation des individus ne constitue qu'une dimension de la mise en relation des lieux (par exemple Louga et l'Europe ou les USA) par le fait migratoire. Les transferts de biens, de capitaux, d'idées ou de pratiques accompagnent ou prolongent ces mobilités et fonctionnent comme autant de facteurs d'échanges et d'interactions sociales et économiques entre les groupes.

Dans le rapport OCDE, les transferts de fonds des émigrés vers leurs pays d'origine ont atteint 126 milliards de dollars US, soit plus que le volume de l'aide publique dans plusieurs pays d'émigration. Au Sénégal, prés de 100 milliards de FCFA sont transférés chaque année et ce chiffre ne concerne que les canaux officiels de transfert. Au niveau de Louga, les estimations tournent autour de 20 milliards par an, sans tenir compte des envois informels1. L'utilisation de ces revenus et leurs impacts dans les zones de départ prennent des formes variées induisant des changements plus ou moins notables. Ainsi ces impacts sur le milieu doivent être recherchés et analysés dans leurs dimensions tant économiques et sociales, que géographiques.

1 Estimations du bureau Money Gram, CNCAS Louga

PROBLEMATIQUE

Depuis près de trois décennies, le Sénégal a perdu son statut de pays d'immigration pour devenir un pays d'émigration. Cette évolution dont les prémisses remontent à l'accession à l'indépendance des différents pays de l'AOF s'est accentuée au début des années 80. Elle se traduit de nos jours par une expatriation plus soutenue qui touche l'ensemble des régions du pays. L'émigration vers les pays développés constitue, de nos jours, l'un des sujets de conversation les plus courants dans les milieux populaires sénégalais. La question ne laisse indifférent ni dans les centres urbains où la quasi- totalité de la jeunesse est obsédée par le phénomène « Modou-Modou », ni dans les campagnes où « 70% de l'exode rural est dirigé vers l'étranger » (REMUAO-EMUS, 1993). Alors que la vallée du fleuve Sénégal constituait à l'origine le principal bassin d'émigration sénégalaise, les populations du centre du pays (régions de Diourbel et de Louga) sont de plus en plus représentées dans la migration de longue distance tournée essentiellement vers l'espace Schengen.

La région de Louga dans son ensemble connaît un important flux migratoire et le département de Louga obéit à cette logique. La forte prédominance des ruraux et le recul des activités agricoles du fait de la dégradation des conditions du milieu induisent une forte mobilité de la frange la plus active de la population. Les années de sécheresse ayant entraîné une détérioration et un dépérissement de l'économie de la ville de Louga, il s'en est suivi une migration de ses populations vers les grands centres urbains du pays. Cependant, avec la mise en place des PAS, les difficultés connues dans le monde rural sont ressenties en milieu urbain à la fin des années 80. L'exode massif des populations lougatoises vers les villes des régions plus prospères (Dakar, Thiès et Diourbel) commença à montrer ses limites. Dès lors, les villes dynamiques du pays devinrent moins une destination finale, qu'une étape intermédiaire vers l'extérieur du Sénégal en direction de l'Europe occidentale et des USA. Désormais, aux migrations saisonnières ou temporaires à l'intérieur du pays et de quelques Etats de la sous région, va se substituer progressivement une émigration plus lointaine2. De plus en plus cette

2 Les statistiques du Ministère de l'Intérieur ainsi que les recensements de 1976 (RGP) ,1988 (RGPH) et
de2002 RGPH2 n'apportent pas de réelle connaissance sur la migration internationale ; seules les
enquêtes de 1970-70 (EDN) et de 1993 (EMUS) traitent des flux et stocks migratoires. On notera

migration tournée vers la France, l'Espagne, l'Italie ou les Etats-Unis, s'organise selon une logique familiale ou confrérique et est perçue comme une « ressource ». Il est quasi impossible de voir une « vraie » famille lougatoise sans un parent émigré en Europe ou au USA. Cette tendance généralisée à l'aventure, en ce qu'elle peut engendrer comme transformations dans les milieux de départ, grâce aux revenus transférés, constitue pour ce travail une préoccupation de premier plan.

Ce qui semble incontestable, c'est que les migrants gagnent de l'argent. Et d'après le rapport OCDE de 2005, les transferts de fonds réalisés par les émigrés au bénéfice de leurs familles représentent près de 15 pour cent du produit intérieur brut (PIB) du Sénégal.

Toutefois les flux de transferts des revenus migratoires restent très difficiles à quantifier en raison des nombreux canaux de transferts informels de ces remises. Néanmoins il demeure qu'ils constituent une manne financière très importante. Selon l'institut PANOS, dans la Vallée du fleuve Sénégal beaucoup de villages dépendent exclusivement des revenus des émigres. Depuis quelques années, Louga semble tenir sa survie du fait des revenus engendrés par l'émigration de ses fils, plus de 20 milliards Fcfa par an. Aujourd'hui la ville et certains villages du département tirent leur subsistance des fonds envoyés par les émigrés. Tall souligne que « dans certains villages de la région de Louga, les revenus migratoires représentent 90% des revenus des ménages » (Tall S. M, 1994). Dans les zones urbaines cette dépendance va crescendo. Elle est accentuée par le mythe de l'Eldorado chez les jeunes, mythe entretenu par les sommes colossales envoyées à leurs familles. Ces sommes ne sont pas toujours utilisées dans des investissements productifs. Plusieurs études3 portant sur les impacts des revenus migratoires au Sénégal, montrent que la plupart des dépenses concernent l'entretien de la famille et l'amélioration du cadre et des conditions d'existence. On peut opposer cette situation à celle de certains pays maghrébins où ces revenus ont contribué à la redynamisation des terres agricoles et à la transformation des paysages agraires

également que la plupart des étrangers originaires des pays limitrophes se déclarent sénégalais au moment des enquêtes pour échapper aux contrôles administratifs

3 On peut citer entre autre : Garson, J.-P. et Tapinos, G. 2006 ; Barro, I. et al. 2003 ; Gubert F. et Giordano Th. 2006

permettant dans le même temps de limiter les flux humains (Arab, Ch. in Gonin P et Charef M 2005).

A Louga, l'impact le plus visible de ces revenus en milieu urbain se lit dans l'acquisition de biens matériels (véhicules, matériels électroménagers...), l'ouverture de commerces, et surtout, dans le développement de l'immobilier. Le secteur de l'habitat et de la construction a connu, ces dernières années, une mutation remarquable du point de vue de l'occupation de l'espace. Les tendances récentes laissent entrevoir une présence marquée des immigrés dans l'édification de belles demeures en contraste avec les poches d'habitat précaire dans tous les quartiers de la commune de Louga. Ces deux derniers aspects ont un effet important sur l'urbanisation qui s'accroît. Ces villas à l'architecture remarquable qui poussent comme des champignons, augmentent de fait, l'espace urbain qui tend à conquérir l'espace rural, entraînant des mutations profondes dans la morphologie urbaine.

En milieu rural, ces revenus concourent à façonner un « nouveau mode de vie » et entraînent un abandon progressif des terres. Plusieurs villages du département de Louga ont trouvé un filon dans l'émigration dont les sirènes ne cessent d'appeler les fils du terroir. Les départs sont de plus en plus facilités par les réseaux et les sommes envoyées par le parent émigré. Ainsi on constate une diminution de la force de travail qui n'est pas compensée par l'achat de matériel agricole pour se substituer à ces bras perdus pour les activités rurales des terroirs. L'exode rural s'amplifie et crée un dépeuplement de la campagne.

Ainsi donc, pour mieux cerner la dimension géographique de l'impact de ces flux de devises, il s'agira d'apporter des éléments de réponses à certaines questions. Qui sont les émigrés ? D'où est-ce qu'ils viennent? Où vont-ils ? Comment se font les départs ? Dans quels secteurs sont orientés les revenus envoyés ? ...? Face au développement du phénomène migratoire et à l'importance des revenus transférés, quels sont les différentes répercussions, les différents impacts de ces remises sur le milieu à la fois physique et humaine? Quelles sont les relations entre migration et territoire ? quels sont les effets sur répartition des populations entre ville et campagne, sur l'urbanisation ? En d'autres termes, comment ces départs en migration et les revenus transférés

interviennent-ils, directement ou indirectement, sur les transformations à diverses échelles, des milieux urbains et ruraux de départ dans le département de Louga ? .

C'est a partir des ces différentes considérations que nous nous proposons dans le cadre de ce travail d'étude et de recherche de vérifier les hypothèses suivantes :

H1 : l'impact des revenus migratoires se traduit par d'importantes incidences démographiques dans la distribution spatiale de la population ;

.

H2 : les revenus migratoires, loin de participer au développement des campagnes favorisent le départ de nouveaux candidats et la régression des activités rurales ;

H3 : les revenus migratoires sont à la base des transformations de la morphologie urbaine de la ville de Louga et de son extension sur les terres rurales des contrées voisines.

OBJECTIFS DE LA RECHERCHE

L'objectif principal de ce TER, au-delà d'une initiation à la recherche, est d'analyser, à partir d'une recherche de terrain et d'une démarche géographique, les transformations engendrées par le phénomène de l'émigration dans le département de Louga afin de :

- contribuer à une meilleure connaissance des phénomènes de migration en général,

- contribuer à l'accroissement de la prise de conscience des décideurs et des

chercheurs vis - à - vis de la nécessite d'une approche multidisciplinaire des

problèmes de développement et particulièrement ceux liés aux migrations, - analyser les causes réelles qui soutendent les migrations internationales,

- appréhender et analyser les transformations engendrées par l'émigration dans

des zones du département de Louga

.

METHODOLOGIE

L'élaboration d'un travail d'étude et de recherche exige dès son entame la définition des méthodes, procédures et techniques à suivre. L'analyse de l'impact des revenus migratoires en tant que fait isolé étant à nos yeux une démarche sans intérêt, il nous a paru nécessaire d'appréhender le phénomène migratoire en amont et en aval, c'est-àdire partir des facteurs causaux, de son évolution afin d'arriver aux transformations qu'il engendre sur le milieu. C'est cet aspect qui a guidé notre démarche méthodologique qui s'organise en trois étapes.

1- La revue bibliographique

Cette première étape revêt une importance capitale d'autant plus qu'elle permet une meilleure compréhension du sujet.

Notre recherche documentaire s'est d'abord orientée sur des ouvrages généraux ayant traits au phénomène migratoire et à la région de Louga en générale. Ce passage nous a semblé incontournable pour avoir une vision éclairée du problème général de la recherche mais également de mieux nous rapprocher de notre cible.

La revue de littérature qui s'en est suivie a porté spécifiquement sur le problème qui nous intéresse malgré la pauvreté de la documentation sur le milieu d'étude. Les Travaux d'Etudes et de Recherche (mémoire de maîtrise et thèse) furent d'un grand apport. Ici toutes les informations obtenues présentent un caractère scientifique puisse que découlant de démonstrations et d'analyses pour aboutir en général à la vérification d'hypothèse. Les mémoires de Awa Bâ et de Al Assane Samb, traitant respectivement de « L'impact de l'environnement socioculturel et politico-économique sur les stratégies d'accumulation et d'utilisation du profit chez les acteurs de l'informel : l'exemple des « Modou-Modou » du département de Louga » et d'« Emigration et lutte contre la pauvreté : analyse socio anthropologique de l'impact de l'émigration sur la lutte contre la pauvreté dans la commune de Kebemer », ont apportés un certains nombre d'informations.

Ce travail nous a également conduit partout où nous pensions trouver des informations relatives au thème des migrations. Il s'agit principalement des Bibliothèques Universitaires de l'Université Gaston Berger et de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar et de leurs centres de documentations. Egalement les centres de documentations de l' IRD, de l'IFAN, du GIRADEL et du CIERVAL ont été sollicités. Notons que nous n'avons pas fixé de délai pour la documentation. Elle s'est déroulée tout au long de ce TER, à chaque fois que l'opportunité se présente.

Quelques ouvrages de références apportent un certains nombre d'éléments. « Louga et sa région : essai d'intégration des rapports ville-campage dans la problématique du développement», Moustapha SARR, IFAN Dakar, 1973 permet de mieux cerner la zone d'étude. En effet cet ouvrage décrit l'évolution de Louga depuis la période coloniale en faisant l'historique des différentes étapes des migrations. Dans ce même registre, « L'atlas des migrations Ouest africaines vers l'Europe », Nelly ROBIN, éditions de l'IRD, Paris, 1997 offre une base de données détaillée sur les migrations ouest africaines. Beaucoup d'analyses y sont présentées sur les statistiques de l'émigration à partir de recensement démographique de la population de ces pays, d'estimation du Bureau International du Travail, d'enquêtes réalisées dans le cadre de programmes de recherches. Dans ce document, le Sénégal apparaît comme le troisième pays d'émigration en Afrique de l'Ouest après le Ghana et le Nigeria.

« Géographie de la population » Daniel NOIN, Armand Collin, 2001 reste également un ouvrage de référence. Dans un des chapitres du livre, intitule « Les effets des migrations internationales de travailleurs », l'auteur analyse les impacts à la fois sur les pays d'accueils que les pays de départ en tirant des exemples sur certaines localités du Mali et du Sénégal. C'est également dans cette optique que se sont inscrit Patrick GONIN et Mohamed CHAREF dans « Emigrés - Immigrés dans le développement local » Agadir (Maroc), ORMES, 2005. Ce livre reprend les actes du Colloque du même nom organisé à Saint Louis en 2003. Tout en analysant les impacts économiques de ces flux migratoires, certains articles révèlent que les changements dans la morphologie de la ville sont les éléments les plus visibles de l'impact des revenus migratoires. En outre dans les campagnes les fonds transférés ne participent pas toujours au financement des activités agricoles mais plutôt, à pousser les ruraux vers les villes, augmentant de fait la pression démographique qui génère des problèmes environnementaux.

« Migration, transfert de fonds et développement », OCDE 2005, fait le point sur l'importance des revenus migratoires. Cet ouvrage étudie l'impact des transferts de fonds sur le développement économique dans les pays d'origines des migrants.

Enfin certains travaux de chercheurs sur les migrations au Sénégal demeurent des références incontournables pour ce qui est du phénomène migratoire au Sénégal. A ce titre citons : Malick NDIAYE dans « Les « Modou-Modou » ou ethos du développement au Sénégal, Presse Universitaire de Dakar, 1998 ; et Babacar NDIONE dans « Tendances récentes des migrations internationales dans le Sénégal urbain. Existe-t-il une dynamique de quartier ? Les exemples de Dakar, Touba et Kaolack ».

2- La phase de visite et d'enquête de terrain

2-1 l'information préliminaire auprès des services techniques et des diverses institutions

En dehors des données bibliographiques nous avons recherché des informations au niveau des diverses institutions à Louga. Cette phase s'est déroulée du 1ier au 16 mars 2007. Elle a été principalement axée sur la visite de toutes les structures susceptibles de nous fournir des informations sur la question étudiée. Cette étape a été réalisée avec le concours des étudiantes de l'Université de Turin inscrites dans le même projet4.

Les services techniques régionaux visités comprennent les services régionaux de l'Urbanisme, du Cadastre, des Impôts et Domaines, de la direction de l'Agriculture. Ces structures nous ont fourni essentiellement des documents administratifs et des rapports. Le dépouillement de ces documents a permis de faire une présentation de la zone d'étude à partir des données statistiques, des plans ainsi que des cartes obtenues.

C'est au niveau des collectivités locales que l'on a pu avoir les documents de stratégies d'intervention des autorités pour mieux accompagner les transformations qui s'opèrent. Nous avons eu des entretiens avec des responsables du Conseil Régional et de la Mairie de Louga sur les politiques et les mesures prises en faveur des émigrés. Il faut

4 Il s'agit de Agnése et de Esther, étudiantes en Master de Science Politique à l'Université de Turin-Unito.

également souligner que le Conseil Régional de Louga a spécialement ouvert un bureau pour les émigrés.

Les associations d'émigrés établies dans la commune, comme le « Self Help » et le « FESPOP », ont été également approchées. Elles ont facilité le contact avec des émigrés en vacance qui ont bien voulu apporter leur contribution à ce travail.

Les projets et ONG établis à Louga (AQUADEV, projet SIG, CISV) ont mis à notre disposition une cartographie de la région de Louga et des informations sur leurs activités.

Les structures de transferts d'argent établies à Louga nous ont tour à tour accueilli. Malgré leur réticence dans la mise à disposition de certaines informations (pour des raisons de confidentialité), leurs contributions nous ont permis d'avoir une idée sur les montants, les fréquences et les destinations des sommes transférées, mais également il faut comprendre que parallèlement à ces circuits officiels de transferts d'argent se sont développés des canaux informels bien rodés.

2-2- Choix des sites d'études

Le choix du département de Louga pour notre étude de l'impact des revenus migratoires se justifie par l'importance numérique des émigrés dans la localité et surtout l'accroissement considérable des revenus transférés par ces derniers. D'autres part, il faut souligner que ce travail s'inscrit dans une dynamique de recherche en équipe. Ainsi plusieurs aspects de l'émigration lougatoise sont étudiés par d'autres membres de l'équipe, selon une approche soit sociologique ou économique, dans d'autres localités de la région de Louga.

Pour nous, les premiers éléments recueillis ont permis de définir les zones d'étude en milieu urbain et en milieu rural. Puisque cette étude porte sur l'espace départemental, il fallait procéder à un échantillonnage de sites représentatifs de l'impact des revenus migratoires. Ces choix ont été essentiellement opérés à partir des entretiens avec

certaines personnes ressources5 et des documents obtenus lors de la phase précédente de recherche d'informations.

En milieu urbain, la commune de Louga se compose de 12 quartiers.6 En raison de la forte spéculation foncière et de la rareté des terrains, il reste à peine 5% de terres communales situées vers l'est de la ville7. Les émigrés ont tendance à occuper les quartiers périphériques grignotant de fait les terres de la communauté rurale de Nguidilé. Parallèlement, les vieux quartiers centraux subissent des transformations sous l'influence des revenus migratoires. Ainsi dans notre étude, les quartiers de Djang Bambodj, de Voile d'or et de Keur Serigne Louga ont été retenus. Ces quartiers présentent un fort pourcentage d'émigrés8. Il s'agira par ailleurs, d'étudier le centre- ville afin d'analyser les transformations de l'habitat et celles liées à l'activité commerciale dues aux investissements des émigrés.

Pour ce qui est du milieu rural, les associations d'émigrés et les ONG nous ont beaucoup aidé dans le choix des sites à étudier. Dans les campagnes lougatoises, certains villages se distinguent nettement en raison de l'architecture remarquable de leurs maisons. Ces villages qui donnent l'aspect de quartiers résidentiels se singularisent par leur nombre élevé d'émigrés (exemple : 800 émigrés à Niomré). Deux (2) communautés rurales de l'arrondissement de Mbédiéne ont été ciblées : Nguidilé et Niomré où respectivement deux villages (Djélerlou Syll et Maka Bra Gueye) et un village (Niomré) ont été enquêtés.

2-3- L'enquête

Le premier séjour de terrain nous a également servi de phase de pré-enquête et de test du questionnaire9 établi. C'est ainsi, puisque nous habitons dans la zone d'étude, les grandes vacances scolaires ont permis de réaliser l'enquête aussi bien en milieu rural qu'urbain. Elle s'est déroulée du 3 août au 29 août 2007. L'univers de notre enquête concerne : les émigrés en vacances, les anciens émigrés reconvertis dans des activités

5 Il s'agit du personnel des services administratifs, des associations d'émigrés, des émigrés rencontrés

6 Service du cadastre

7 Bamba Sylla, agent municipal, président de la commission domaine et foncier

8 Il n'existe pas de chiffre exact sur le nombre d'émigrés

9 Voir en annexe

économiques, les ménages d'émigrés, les relais d'émigrés. Soulignons que les relais d'émigrés sont des individus qui sont sur place et constituent les hommes de confiance des émigrés, ils gèrent leurs transferts et agissent à leur nom.

La délimitation des échantillons dans les quartiers cibles ne fut guère facile. Mais en utilisant les données sur le nombre de ménages dans chaque quartier, nous avons enquêtés 10% de ces ménages en ce qui concerne la commune de Louga. Le choix des ménages s'est basé sur une déduction empirique, par rapport au standing de la maison. Dans chaque ménage, une seule personne a été enquêtée.

Le total de l'effectif enquêté est de 162 personnes dont 99 femmes, reparti comme suit : Commune de Louga : 78 dont 35 à Djang Bambodj, 31 à Keur Serigne Louga et 12 à Voile d'or.

Niomré : 48

Djélerlou Syll : 22

Maka Bra Gueye: 14

Il fait noter qu'en milieu rural, c'est grâce à l'assistance des autorités locales que nous avons pu interroger les populations.

3- Traitement des données

Après les phases de collecte des données à la fois qualitatives et quantitatives, nous avons procédé au dépouillement et au traitement des données. En dehors de la transcription des entretiens10 les données alphanumériques et cartographiques ont été traitées à l'informatique grâce à des logiciels adaptés.

3-1- Les données alphanumériques (statistiques)

Le traitement des données recueillies durant l'enquête a permis de faire des tableaux et graphiques pour étayer l'analyse du phénomène migratoire dans le département des Louga. Grâce aux logiciels EXCEL et WORD nous avons pu faire des diagrammes et courbes de l'évolution des transferts, de la part des émigrés dans les pays d'accueils entre autre.

10 Tous les entretiens ont été enregistrés.

3-2- Les données cartographiques

Au départ, un stage au niveau de la cellule cartographie de l'AQUADEV devait nous donner la possibilité de réaliser entièrement la cartographie. Faute de ce stage, nous nous sommes orientés vers la cellule SIG de l'Agence Régional de Développement (ARD) de Louga et du Centre de Suivi Ecologique (CSE). Ces deux structures nous ont particulièrement aidé dans la réalisation de nos cartes. La plupart des cartes ont été faites avec Arc View, moins nous avons également utilisé les logiciels Autocad, MapInfo, Micro Station et Paint.

D'autres parts, grâce à Google Earth nous avons pu récupérer quelques photos satellites des zones étudiées dans le but de suivre l'évolution des périmètres communaux et villageois. Les photos prises offrent une résolution pas très nette mais les différents aspects recherchés ont été mis en évidence. Ce travail a été complété par des prises de photographie sur le terrain pour mieux illustrer les transformations sur l'habitat.

PREMIERE PARTIE

Origines et originalités de

l'émigration lougatoise

Cette première partie se propose de situer d'abord le sujet dans son cadre géographique. Ensuite les différents facteurs explicatifs de l'émigration lougatoises seront traités. Le troisième chapitre tentera de décrire l'évolution du mouvement migratoire à partir de la vallée jusqu'à ses débuts dans le paysage lougatois, mais aussi, de montrer les caractéristiques démographiques de cette émigration.

Chapitre 1: PRESENTATION DE LA ZONE D'ETUDE

A/ PRESENTATION SUCCINCTE DE LA REGION DE LOUGA

La région de Louga, anciennement province du Ndiambour, a été mise en place par la réforme administrative de 1976. Elle été alors la huitième région administrative du Sénégal. Créée par la loi n° 76 61 du 26 Juin 1976 qui consacra la partition de l'ex - région de Diourbel en deux entités administratives distinctes, la région de Louga couvre une superficie de 24 847 km2, soit 12, 60 % du territoire national. Elle occupe en terme de superficie la 3ème place au niveau national après les régions de Tambacounda (59 602 k km2 : 30,30 % du territoire national) et de Matam (29 424 km2 : 15 % du territoire national).

Comprise entre les latitudes 14° 70 et 16° 10 Nord et les longitudes 14° 27 et 16° 50 Ouest, elle est limitée au nord et à l'est par la région de Saint-Louis, au sud par les régions de Thiès, Diourbel et Kaolack. L'océan Atlantique constitue la limite occidentale de la région lui offre une façade maritime qui s'étale sur près de 50 km. Louga occupe ainsi une position de carrefour qui lui a valu d'être pendant longtemps une zone d'échanges entres plusieurs régions.

La région compte présentement trois (3) départements : Louga, Linguère et Kébèmer, onze (11) arrondissements ; 46 communautés rurales et 2600 établissements humains, dont quatre communes (Louga, Kébèmer, Linguère et Dahra). Ces trois départements sont très inégalement étendus. C'est ainsi que le département de Linguère11 constitue avec ses 15 375 km2 le plus vaste (61, 80 % du territoire régional). Viennent ensuite les départements de Louga et de Kébèmer qui couvrent respectivement 5 649 (22,70%) et 3 823 km2 (15, 50 % de la superficie régionale).

11 Bien qu'amputé des communautés rurales de Vélingara (2585 km2) et de Lougré Thioli (1756 km2)

De par sa position géographique, la région de Louga appartient au domaine sahélien caractérisé par l'alternance de deux saisons : une courte saison pluvieuse s'étendant de mi- juillet à mi-octobre et une saison sèche couvrant une période de huit à neuf mois (mi-octobre à mi-juillet). Elle englobe des températures élevées qui s'amplifient au fur et à mesure qu'on s'éloigne de la côte. Les pluies très peu importantes, dépassent très rarement, depuis une décennie, 300 mm de hauteur d'eau par an. La période hivernale dure 2 à 3 mois. La distribution des pluies varie de façon très erratique d'une année à une autre ainsi que le montre le tableau 1. Par ailleurs plusieurs séquences d'années pluvieuses peuvent s'intercaler ou se juxtaposer avec des années peu pluvieuses.

Tableau 1 : Evolution des moyennes pluviométriques annuelles de la région

Années

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

Hauteur mm

334,2

274,8

270,1

348,3

296,8

330,2

462,1

426,1

383,3

249,3

352

Nbr de jours

21

21

24

23

22

24

30

31

28

20

27

Sources : DRDR Louga

Les températures restent élevées durant la majeure partie de l'année sur l'essentiel du territoire régional. Les zones proches de la côte, sous l'influence des alizés maritimes, bénéficient de températures plus clémentes se situant généralement entre 22,5°C et 31 °C avec des minima de 15,1°C et des maxima de 29,2°C à 39,7°C. Les périodes les plus chaudes coïncident généralement avec les mois de Mai (38,1° c) et d'Octobre (37,7°c). Ces températures élevées, occasionnent un rapide assèchement des points d'eau, diminuant ainsi les possibilités d'abreuvement du bétail. Elles constituent par ailleurs des facteurs limitants pour le développement de l'agriculture et du maraîchage.

Le territoire régional se compose principalement de trois grandes unités pédologues : -les sols ferrugineux tropicaux peu lessivés (Sols Dior)

-les affleurements latéritiques

-les sols bruns et brun rouges

Ces sols sont surexploités, particulièrement au centre et au sud. Cette situation écologique alliée aux aléas climatiques a modelé un déséquilibre au niveau de la végétation.

Quant à la zone des Niayes située sur la façade maritime, elle est constituée par une bande de terre s'étendant sur 15 km de large, de la mer vers l'intérieur. Dans la région de Louga elle est limitée au nord par la région de St Louis (Taré) et au sud par la région de Thiès et s'étend sur une longueur de 54 km environ. La végétation des Niayes reste marquée par sa complexité due au recoupement des domaines sahéliens et subguinéens (PRDI, 2004). Les espèces rencontrées sont souvent localisées dans les dépressions dunaires. Les sols sont riches et constituent un milieu idéal pour les cultures maraîchères et fruitières largement dominantes dans les systèmes de production.

Sur la base du dernier recensement de 2002, la population régionale était de 677 750 habitants soit 6,9% de la population totale du pays. Cette population est essentiellement composées de Wolof (64,4%) et de Al Pulaar (29,5%). La configuration spatiale prédispose à une occupation de l'espace très disparate. La répartition de la population est assez hétérogène avec une massification dans la zone Ouest (Louga et Kébèmer). La densité moyenne (27 habitants/km2) cache des disparités : 12,7 habitants /km2 pour Linguère, et à 49,1 habitants/km2 à Louga. On note également un grand écart entre les communautés rurales avec 5 habitants au km2 à Tasseré Forage contre 120 à Ndande. La population est en majorité rurale. On compte 126 253 citadins dans les quatre communes soit un taux d'urbanisation de 18,6%. Cependant la commune de Louga atteint un taux de 26,5% (RGPH3, 2002).

B/ PRESENTATION DES ZONES D'ETUDES

Le département de Louga s'étend sur une superficie de 5649 km2 soit 22% du territoire régional. Il comprend les arrondissements de Coki, Keur Momar Sarr, Mbédiéne et Sakal et la commune de Louga (Cf. carte 1).

Carte 1 : Département de Louga

Tableau 2: Découpage administratif du département de Louga

Département

Arrondissements

Communautés Rurales

Superficies (km2)

 
 

1. Coki

323

 
 

2. Ndiagne

231

 

Coki

3. Pété Ourack

109

 
 

4. Thiamène Cayor

351

 
 
 

1. Gandé

704

 
 

2. Keur Momar Sarr

719

 

Keur Momar Sarr

3. Nguer Malal

519

MILIEU

 

4. Syer

785

 

RURAL

 
 
 
 
 

1. Kelle Gueye

95

 
 

2. Mbédiéne

233

 

Mbédiéne

3. Nguidilé

186

 
 

4. Niomré

224

 
 
 

1. Léona

416

 

Sakal

2. Ngueune Sarr

235

 
 

3. Sakal

519

 

MILIEU

 
 
 

URBAIN

Commune de

 

3035,25

 

Louga

 
 

Source : Direction de l'Aménagement du Territoire

Notre étude porte sur la commune de Louga et les deux communautés rurales de NGuidilé et Niomré dans l'arrondissement de Mbédiéne.

En 2002 la population départementale était de 277 397 habitants repartie comme suit :

Tableau 3: Caractéristiques démographiques de la population dans le département
de Louga

DENOMINATION

NBRE de concessio ns

NBRE

de ménages

Population de droit

Hommes

Femmes

Total

Rapp. Masc

Densité

ENSEMBLE RURAL

15154

18623

97632

106103

203735

92

 

% Ensemble urbain

32,1

29,9

26,3

26,8

26,5

90

 

Commune de LOUGA

7158

7934

34806

38856

73662

90

 

DEPARTEMENT DE LOUGA

22312

26557

132438

144959

277397

91

49,1

Source : DPS, Résultats provisoires RGPH3 -2002

La répartition de la population par sexe laisse apparaître dans l'ensemble une majorité de femmes : on dénombre 91 hommes pour 100 femmes. Cette inégalité est très variable au cours des âges et parfois même très marquée. Dans les tranches d'âges de 25 à 54 ans, la supériorité numérique des femmes atteint des sommets. Cette situation pourrait

s'expliquer par la migration largement plus fréquente chez les hommes qu'au niveau des femmes. Au delà de 55 ans vers les 80 ans, on rencontre plus d'hommes, ce qui pourrait découler des retours de migration12.

B-1/ La commune de Louga

La commune de Louga s'étend sur une superficie de 3 035,25 hectares. De par sa position géographique Louga commune joue un rôle de carrefour. En effet la ville de Louga, se situe à 200 Km au nord de Dakar, à 30 Km de la côte ouest, à 70 Km au sud de Saint Louis et à la croisée des routes qui conduisent à l'est vers Dahra, Linguère, Matam et Touba.

Le périmètre communal a subit plusieurs élargissements. Actuellement la commune s'étend sur douze (12) quartiers13.

Tableau 4: répartition des quartiers dans la commune de Louga, 2004

8471

N° Ord.

 

Nom du quartier

Nombre de concessions

Nombre de ménages

1

Artillerie

584

652

2

Thiokhna

767

866

3

Montagne Sud

806

951

4

Montagne Nord

411

543

5

Santhiaba Nord

679

988

6

Santhiaba Centre

351

402

7

Santhiaba Sud

539

660

8

Keur Serigne Louga Est

745

813

9

Keur Serigne Louga Nord

773

885

10

Keur Serigne Louga Sud

726

763

11

Artillerie II

803

831

12

Grand Louga

112

117

TOTAL

7295

 

Source : Mairie Louga

12 Résultats du troisième recensement général de la population et de l'habitat, (2002) Rapport de présentation LOUGA, 2007

13 Commission domaine et foncière de la Mairie de Louga

B-2/ Les communautés rurales de Ngidilé et de Niomré

Dans les campagnes lougatoises, l'émigration est omniprésente. Cependant elle se manifeste à des degrés divers selon la localité. A l'échelle départementale, les communautés rurales de Nguidilé et de Niomré ont de forts taux d'émigration. Ces deux communautés rurales de l'Arrondissement de Mbédiéne se situent respectivement au Nord et à l'Est de la commune de Louga.

B-2-a/ La communauté rurale de NGuidilé

La communauté rurale de NGuidilé encercle la commune de Louga. Elle se situe au sud-ouest du département. Sa population était évaluée en 2002 à 16 082 habitants dont 8516 femmes et 7566 hommes. Cette prédominance de femmes est du au fait que ce sont les hommes qui émigrent, ce qui est valable dans toutes les localités à forte proportion d'émigrés. Dans la communauté rurale de Nguidilé, deux villages, Maka Bra Gueye et Djélerlou Syll, se singularisent par leur développement lié au phénomène d'émigration. Dans ces villages, les revenus migratoires constituent la principale source de revenus des populations.

Le village de Maka Bra Gueye se situe à 5 km de Louga sur la route nationale 2 vers Saint Louis. Sa population tourne autour de 1500 habitants et vit essentiellement de l'agriculture. Cependant les sécheresses des années 70 et 80, qui ont sévèrement affecté l'agriculture, ont poussé les populations vers de nouvelles stratégies d'adaptation au contexte économique et social. L'émigration, d'abord interne (exode rural), s'est développée avant de s'orienter vers une perspective internationale à partir des années 80. Actuellement le village compte une centaine d'émigrés dont la majorité se trouve en Italie, le reste étant en France et en Espagne.

Le village de Djelerlou Syll. Il se situe à 4 km au Nord/Est de Louga. Fondé depuis 1343 avec seulement deux concessions appartenant à deux frères d'où le nom de « Syll », le village compte aujourd'hui 58 concessions où plusieurs générations cohabitent à l'intérieur d'une même concession. Ce chiffre ne prend pas en compte les

nouvelles constructions qui occupent les périphéries du village et qui sont essentiellement l'oeuvre des émigrés. Sa population tourne autour de 2000 habitants.

B-2-b/ La communauté rurale de Niomré

La communauté rurale de Niomré rassemble 48 villages dont le chef lieu est le village de Niomré. Fondé en 1663, ce village du Ndiambour se situe à 10km à l'Est de Louga. Il est rendu célèbre par son fort taux d'émigration. Aujourd'hui ce village donne l'apparence d'une « ville » ou des « fronts d'urbanisation » s'avancent de tous les cotés. Sa population totale est de 13 850 habitants (RGPH 3, 2002) et comme partout où l'émigration est développée, les hommes sont bien moins nombreux avec un rapport de masculinité de 80 hommes pour 100 femmes. Avant le développement de l'émigration, l'activité villageoise était principalement orientée vers l'agriculture et l'élevage. La tendance à l'émigration ne s'est accélérée que vers les années 1985. Aujourd'hui les émigrés de Niomré vont majoritairement en Espagne, en Italie et en France.

Chapitre 2 : DE LA CRISE DE L'ARACHIDE AUX EFFETS DES POLITIQUES D'AJUSTEMENT STRUCTUREL : L'EMIGRATION, UNE SOLUTION A LA DEGRADATION DES CONDITIONS DE VIE.

La migration est sans doute un des phénomènes les plus anciens de la civilisation humaine. Depuis la nuit des temps, l'homme s'est toujours déplacé d'une contrée à une autre, d'une région à une autre, par curiosité, par soucis de s'enrichir des expériences des autres, pour améliorer ses conditions d'existence, ou tout simplement, pour assurer sa survie dans un environnement plus favorable.

La région de Louga fait partie des zones où la propension à l'émigration internationale est devenue très forte. Ce phénomène a un impact sur la population mais également sur la vie économique de la région. Il est parfois soumis à de très grandes variations conjoncturelles. La région de Louga a connu ces dernières décennies des sécheresses qui ont rendu les conditions de vie très vulnérables et précaires. Toute la structure économique a été bouleversée et l'environnement fortement dégradé. Ceci a amené les populations à développer des stratégies de survie dont le départ en émigration.

Ce qui revient le plus souvent comme facteur explicatif de l'émigration dans le département de Louga réside dans la détérioration des conditions climatiques depuis 1973 qui a sérieusement affecté la production agricole. Cependant comme le souligne Laurence Marfaing (2003) dans son livre Les sénégalais en Allemagne: « la sécheresse qui sévit au sahel à cette époque est certes catalyseur mais non pas, contrairement aux idées reçues, la cause ». Les causes de la forte vague des migrations depuis les années 70 sont en effet plus profondes ; elles sont liées à l'évolution historique, économique et sociale du pays et de la région. Un effet de « suivisme » joue également un rôle important dans l'explication des facteurs de l'émigration.

A/ CONTRAINTES CLIMATIQUES ET DIFFICULTES DE L'AGRICULTURE

A-1/ Contraintes climatiques

Depuis la fin des années 70 les régions du sahel subissent une sécheresse liée à une importante diminution des précipitations. Les conséquences qui s'en sont suivies sont dramatiques. L'analyse des données sur la pluviométrie laisse apparaître que la baisse des précipitations s'est amorcée depuis la fin des années 60, en phase avec ce qui a été observé au sahel et s'est intensifié au cour des années 80. Cette diminution atteint en moyenne 20% par rapport à la pluviométrie enregistrée auparavant et parfois des valeurs supérieures à 25%.

Tableau 5: Evolution de la pluviométrique dans le département de Louga par
rapport aux 3 normales.

Normales/ Départements

Louga

1931-

1960

472,2 mm

1951-

1980

406, 5 mm

1961-

1990

323, 1 mm

Source : Ecographie du Sénégal subsaharien

L'examen de ces chiffres permet de noter une diminution tendancielle des normales qui participe à l'aggravation de la dégradation de l'environnement régional. Cette péjoration climatique fragilise les ressources naturelles et constitue ainsi un des facteurs limitants.

Dans le département de Louga, la situation pluviométrique de ces dernières décennies reste alarmante. L'adaptation de certaines cultures au déficit hydrique est difficile, et ce qui se répercute sur les rendements. Selon O. L.14, chef de la division production végétale de la DR-DR de l'Inspection Régionale de l'Agriculture de Louga, « la situation alimentaire au

14 Entretien du 21 mai 2007

niveau de Louga est très difficile et serait encore plus grave n'eut été l'apport significatif de l'argent envoyé par les parents émigrés ».

Tableau 6: Evolution de la pluviométrie annuelle dans la commune de Louga et
l'arrondissement de Mbédiéne depuis 1992

ANNE
ES

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

LOUG

202,4

361,4

361,4

275,7

317,6

164,1

238,5

407,6

423,6

285,1

215,2

156,4

373,2

350,9

A

20*

26

26

34

25

21

25

28

33

32

18

30

24

29

Arr. de

211,3

400,3

218,2

306,6

317,7

198,6

220,2

412,0

432,6

326,6

?

225,7

362,4

412,3

MBED

 

23

25

26

26

21

21

17

30

32

 

20

20

25

IENE

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

*En gras Nombre de jour de pluie Source DR-DR IRA Louga

L'analyse des données du tableau 6 révèle une pluviométrie très aléatoire dans la zone. Aux années de bonne pluviométrie (1999, 2000) peuvent succéder des années plus sèche où les moyennes tournent autour de 200mm/an (1992, 2003). Même si ce sont plusieurs facteurs combinés qui permettent une bonne récolte, les années de forts rendements/ha coïncident avec des années de bonne pluviométrie

D'autre part la diminution notable de la pluviométrie a sévèrement compromis les rendements agricoles très tributaires des précipitations. Ainsi comme le dit le chef du village de Djélerlou Syll15 :

« Nous sommes des paysans et des éleveurs. Nos parents ne vivaient que de cela. Mais depuis quelques années l'agriculture ne marche plus. Les pluies se font rares, la sécheresse s'est installée. La terre ne produit plus assez pour assurer la survie des populations du village. Quand les premiers émigrés sont partis et qu'ils ont commencé à entretenir convenablement leurs familles, on a vu que l'émigration constituait une solution. Depuis tous les jeunes du village partent en Espagne, en Italie ou en France et ceux qui sont encore là, ne pensent qu'au jour où ils partiront, au détriment de la terre. Peut-être, si la terre produisait encore suffisamment, ils seraient restés. Mais en tout

15 Entretien du 05 avril 2007 avec Baye Modou Syll, chef du village de Djélerlou Syll

cas, l'émigration est une bonne chose, car elle permet notre survie, il suffit juste de regarder autour de vous »16

Ces propos traduisent parfaitement la perception de l'émigration par les populations lougatoises comme une conséquence directe des difficultés écologiques et de l'agriculture. L'exode rural qui était la première solution s'est très vite orienté vers l'internationale, à la suite des difficultés économiques qui touchèrent le monde urbain.

A-2/ Effondrement de l'agriculture

Les problèmes qui se posent aux agriculteurs lougatois ne sont pas récents, et touchent à la fois les cultivateurs de produits vivriers et les producteurs de cultures commerciales, en particulier d'arachides. Depuis toujours, les méthodes de culture pratiquées sont très simples. La plupart des agriculteurs se contentant de cultiver leurs modestes lopins de terres au moyen de simples outils manuels, sans pratiquement aucun engrais ou aide extérieure.

Bien que le secteur agricole fasse vivre plus de 60 % de la population sénégalaise et représente 18 % du produit intérieur brut, il ne bénéficie que de 10 % des investissements de l'Etat17. Dans le département de Louga, 70% de la population évolue dans le secteur agricole. Pendant plusieurs dizaines d'années, y compris du temps de la colonisation française, le secteur des arachides s'est taillé la part du lion du financement agricole public. En effet, depuis l'indépendance en 1960, presque toute la formation technique, les subventions et les services de vulgarisation agricole fournis par l'État ont été axés sur la production arachidiére.

Cette mobilisation de moyens n'a toutefois pas permis d'améliorer considérablement les conditions de vie dans les zones rurales, même dans les principales régions productrices d'arachides. La fin de la garantie des prix au producteur de l'arachide par la France au début des années 1970, la dégradation des terres, les aléas pluviométriques, la mise en oeuvre d'une politique de prix défavorable aux producteurs ruraux et l'apparition de

16 Tout autour on voit une Grande Mosquée et des maisons à terrasse carrelées à l'architecture espagnole, des boutiques...

17 DR-DR Louga

produits concurrents comme le soja sur le marché international ont constitué autant d'entraves au développement de l'économie arachidiére (Ly El H. mars 1999).

Vers le milieu des années 80, le Gouvernement sénégalais a commencé à adopter de nouvelles politiques économiques à la demande du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale. Ces politiques ont eu pour effets de réduire les services de vulgarisation agricole et de supprimer progressivement la subvention des intrants. Trop pauvres pour acheter comptant les engrais dont ils avaient besoin, de nombreux paysans qui ont dû emprunter de l'argent au début de la saison des semailles, se sont retrouvés lourdement endettés lorsque les précipitations étaient insuffisantes ou que le cours de leurs produits avaient fortement baissé.

Dans la région de Louga, le sol s'est érodé ou s'est acidifié. Les vagues de sécheresse successives ont frappé très durement la région à la fin des années 70 et au début des années 80, aggravant la dégradation de l'environnement et la paupérisation des villages de la région. Ces conditions climatiques défavorables, entraînant par une production agricole déjà très insuffisante, ont conduit à une situation de quasi-famine dans la plupart des campagnes du pays.

Tableau 7: Evolution des superficies et de la production agricoles dans le
département de Louga

Année

Arachide

Mil

Niébé

Maïs

Manioc

Spfcie

Prdt

Spfcies

Prdt

Spfcies

Prdt

Spfcies

Prdt

Spfcies

Prdt

1994

52.665

27.544

24.865

3.183

13.921

4.872

-

-

-

-

1995

32.276

32.563

25.694

6.521

12.761

5.104

-

-

-

-

1996

44.412

28.786

35.075

66.029

16.739

2.745

-

-

-

-

1997

35.146

6.889

19.162

24.091

22.249

2.915

-

-

-

-

1998

21.296

9.583

38.732

77.049

23.444

4.789

-

-

-

-

1999

27.012

13.236

36.090

10.827

42.390

10.755

-

-

-

-

2000

57.842

41.935

53.837

15.075

33.165

10.248

-

-

-

-

2001

77.148

52.461

30.123

4.067

27.090

12.516

96

58

-

-

2002

71.638

17.965

37592

1.466

43.664

5.851

-

-

-

-

2003

38.734

21.063

19096

859

33.136

10.284

42

-

47

235

2004

10.649

34.756

94.061

24.371

71.685

15.166

2.051

430

2.250

1.130

2005

-

10.341

-

-

-

-

-

-

-

-

Spfcie = superficie en hectares Prdt = production en tonnes

Source : DR-DR Louga

L'examen du tableau 7 révèle les variations de la production des différentes spéculations. Par exemple, pour l'année 1997, la production arachidiére était que de seulement 6 889 tonnes alors que l'année précédente elle se chiffrait à 28.786 tonnes dans le département. Les autres années de faible production ont été enregistrées dans presque toutes les productions. Cela vient confirmer la faible productivité du secteur agricole due en partie à l'appauvrissement des sols et à la baisse et/ou l'irrégularité de la pluviométrie. Par ailleurs, la diminution de la main d'oeuvre agricole résultant de l'émigration et de l'exode rural joue un rôle important dans l'explication de la faiblesse des rendements en rapport avec les superficies mises en culture.

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B/ LES EFFETS DU CONTEXTE ECONOMIQUE ET DES POLITIQUES D'AJUSTEMENT STRUCTUREL

Les causes économiques sont celles qui font la plus grande unanimité entre les spécialistes des migrations, quel que soit le niveau explicatif retenu. Les chercheurs reconnaissent que la rationalité économique explique en grande partie les comportements des individus dans leur propension à émigrer.

Les systèmes précapitaliste et capitaliste apparus après la révolution industrielle, la pauvreté et la misère dans certains pays sont des raisons qui ont provoqué un nombre assez conséquent de crises. Ces crises liées à une augmentation du chômage, à la détérioration des conditions de vie, à l'insécurité croissante, ont pour la plupart provoqué l'émigration des peuples souffrants.

L'émigration répond souvent à un besoin économique. En effet, en plaçant son voyage sous le signe de l'épargne, le concerné ne peut pas manquer de s'intégrer davantage dans la dynamique économique moderne. Les problèmes de développement et la crise économique sont parmi les premiers facteurs de l'ampleur des migrations internationales dans tout le Sénégal et dans la région de Louga en particulier.

Au début des indépendances, le contexte économique du Sénégal était largement influencé par le modèle néo-colonial de croissance. L'activité était administrée par l'Etat et surtout sur la commercialisation et la transformation de l'arachide. La plus grande partie des terres cultivées était consacrée à l'arachide.

Jusqu'à la fin des années 60, la croissance de l'économie liée en grande partie à la croissance de l'agriculture, s'est accélérée jusqu'à atteindre 3%. Mais le début des années 70 correspond au déclin de l'agriculture. Le renversement des tendances de l'agriculture et de l'économie sénégalaise marquée par une stagnation des surfaces cultivées, une dégradation des terroirs, la fin des prix de soutien français à l'arachide (les exportations deviennent soumises aux cours mondiaux) sont à l'origine de déséquilibres structurels importants. A cela s'ajoute, comme l'évoque Gilles Duruflé (1988), dans L'ajustement structurel en Afrique, le fait que « la logique de création et de distribution des revenus déconnectés de la sphère de production a pour effet d'entretenir

la croissance de la consommation de façon relativement indépendante de l'évolution des ressources, qui, elles, stagnent ».

Cette stagnation et cette fluctuation de l'économie arachidiére et du secteur primaire ont des conséquences directes sur l'ensemble des activités : le pouvoir d'achat a été durement touché en ville, et plus encore en milieu rural. En campagne, l'agriculture suit les variations erratiques de la pluviométrie. Cette période correspond au début de la péjoration climatique au Sahel, se traduit également dans le bassin arachidier. Le monde rural lougatois, dont la subsistance tenait aux cultures sous pluie culture, sera fortement touché. C'est dans ce contexte de crise de l'économie sénégalaise que les institutions financières internationales vont mettre en place les PAS.

Face a la dégradation sévère des finances publiques (baisse de recettes d'exportation), les autorités sénégalaises ont adopte en novembre 1979 un Plan à moyen terme de Redressement Economique et Financière (PREF) et font appel au FMI et à la Banque Mondiale. Ces deux institutions, à travers les objectifs visés, posent comme condition, la réduction à court terme des déséquilibres de la balance des paiements et du besoin de financement extérieur de l'Etat.

Les résultats, pour les moins obtenus par les PAS au Sénégal depuis 1979 sont une concentration des revenus plus accrue, au détriment de la justice distributive, et parfois également, de l'efficacité économique. On assiste à la marginalisation et à la paupérisation de certaines couches importantes de la population, à la campagne et en ville.

Les populations lougatoises qui avait trouvé une solution à la crise du monde rural à travers l'exode rural se retrouvèrent à nouveau contraintes à de nouvelles stratégies d'adaptation. En 1981, l'instauration du visa de sortie du territoire nationale, n'a pas empêché les populations de s'orienter vers l'émigration internationale. En effet « la déclaration des droits de l'homme ratifiée par les Etats européens, a permis à ces derniers de tenter d'harmoniser leurs politiques avec la création de l'espace Schengen, derrière lequel ils se cachent volontiers pour mettre en place une politique de immigration ou une législation complexe permettant ou non aux étrangers de s'installer dans le pays d'accueil » (Kébé Nd. M. 2006 - 2007). Les pays européens, malgré leurs

politiques de fermeture, vont constituer les nouveaux pôles d'accueil de ces populations à la recherche d'opportunités.

C/ L'EFFET DU SUIVISME

Des raisons non économiques conduisent également des populations à quitter provisoirement ou durablement leurs lieux d'origine. L'histoire et la géographie des groupes ethniques peuvent constituer d'importants motifs de mobilités. A force d'envoyer leurs ressortissants en migration, certaines sociétés ont transformé le phénomène de la migration en habitude. Les raisons des migrations ne sont pas toujours seulement d'ordre économique ou politique, elles sont également de nature éducative, religieuse, sociale ou culturelle. Des recherches empiriques conduites en Afrique de l'Ouest montrent que la migration ne peut être vue seulement en tant que processus économique, mais doit être considérée également comme un processus social (Petit in AMMASSARI S, 1994).

En effet, «des causes anciennes ont créé un contexte historique qui a transformé la migration en habitude et qui l'a très fortement orientée vers l'extérieur; mais cela ne suffit pas à expliquer la permanence du phénomène, son accroissement sensible au fil des années » (Gaude J. 1982). L'ampleur de la migration est d'un niveau tel à Louga que la presque totalité des jeunes ne pensent plus qu'à émigrer, d'où l'importance du phénomène mimétique. C'est connu, la capitale du Ndiambour est devenue au fil des années une importante zone d'émigration où le rêve des jeunes garçons est avoir un visa, ce fameux sésame qui permet de quitter le pays.

A Louga, il existe deux types d'émigrés : les « gauchers » et les « goorgorlu ». Les premiers, se livrent à des activités illicites, se caractérisent par leur aisance financière et matérielle : voiture de luxe, villas insolentes, dépenses incontrôlées dans les cérémonies de tout genre, gaspillage au gré des fantaisies. Les seconds sont par contre, des émigrés ordinaires, leurs dépenses se font de façon modérée voire économe. Ils mettent trois fois plus de temps que les premiers à amasser de l'argent en Europe. Leurs maisons se construisent étape par étape, après plusieurs séjours à l'étranger. Si à Louga beaucoup de gens ne rêvent que de l'émigration, c'est pour une bonne part à cause des émigrés « gauchers » et de l'image qu'ils donnent de l'Europe une fois au bercail. A les voir

évoluer au pays, on a l'impression qu'en Europe, la vie est belle, trop belle, et que l'argent se ramasse à la pelle.

L'émigration affecte également l'éducation nationale à Louga, à plusieurs niveaux. Dans les établissements secondaires, les enseignants sont unanimes à reconnaître le peu d'intérêt que les élèves, particulièrement les garçons, portent aux études. Au lycée Malick Sall de Louga, un professeur nous dit « avoir dans une de ses classes 35 filles sur un total de 50 élèves environ. Certes, il s'agit d'une classe, mais le fait est révélateur » dit-il. Le professeur poursuit son analyse en affirmant que « même le projet de la scolarisation des filles devrait être relativisé à Louga à cause du phénomène de l'émigration. Sinon on risque dans le long terme, de constater l'effet inverse ».

Outre cette volonté des uns d'échapper au contrôle social, et des autres de les maintenir, les zones d'arrivée (Europe occidentale) exercent aussi une forte attraction sur les jeunes. Les migrants qui, à leur retour, racontent avec magnificence la vie qu'ils menaient en migration ont largement participé à créer le mythe du migrant. Dès lors ils deviennent des «modèles identificatoires », des personnes qui incarnent le mieux la modernité.

Le silence sur les conditions résidentielles et professionnelles réelles des migrants renforce le désir des jeunes qui veulent découvrir la vie, souvent présentée comme paradisiaque, dans les lieux d'immigration. Pour maintenir le mystère qui entoure leur situation, les migrants revenus au village ne se plaignent jamais. Au contraire, ils parlent des avantages de la migration en évitant soigneusement de d'évoquer les difficultés endurées. L'essentiel étant de bien paraître, même au prix d'une grande prodigalité. « La réussite -réelle ou simulée- du migrant n'engage pas que sa personne mais implique également la notoriété de toute sa famille » (Bâ Ch. O. 1995-1996).

Enfin, il existe encore des causes qui sont plutôt liées à la complexité même du phénomène migratoire. En effet, dans certains cas, les causes peuvent devenir des conséquences et vice-versa. Pour exemple, une des causes essentielles souvent avancées dans l'étude des migrations, est que, c'est le déficit pluviométrique qui engendre le déficit alimentaire et pousse les populations à s'exiler. Or, en ce qu'elle ponctionne dans la population active, on s'aperçoit que la migration diminue considérablement la

main-d'oeuvre agricole. Pour compenser leur absence, les migrants envoient de l'argent destiné à payer des gens qui vont travailler dans leurs champs. De plus, l'argent envoyé par les migrants sert aussi à financer la migration de ceux qui, au village, attendent leur tour. En permettant de recruter une main-d'oeuvre étrangère, elle permet à d'autres actifs de prendre le chemin de la migration. Cette imbrication des causes et des conséquences de la migration milite en faveur de l'examen du processus migratoire dans une perspective dynamique afin de mieux mettre en évidence le rapport entre les facteurs sociaux, culturels, économiques, et psychologiques qui conduisent des populations de Louga à émigrer (Anonyme, 2004).

Chapitre 3: EVOLUTION DU MOUVEMENT MIGRATOIRE

A/ L'EMIGRATION AU SENEGAL: l'émigration toucouleur dans la vallée du fleuve Sénégal

A-1/ Les origines

Située dans la partie septentrionale du Sénégal, la vallée du fleuve tient son originalité de l'existence du fleuve. Elle englobe le département de Podor, la région de Matam et le département de Bakel. Les origines de l'émigration toucouleur de la vallée du fleuve Sénégal sont semblables à ceux de l'émigration lougatoise. Cependant cette première demeure plus ancienne et a pu bénéficier d'un contexte politique plus favorable.

« Les prémisses des migrations actuelles doivent être recherchées dans les bouleversements économiques qui affecteront la région dans la moitié du XIXieme siècle début XXiéme siécle » (Minviélle J P, 1985). Par ailleurs, les sécheresses successives depuis les années 1968 ont également rendu la situation économique de la vallée du fleuve Sénégal assez difficiles. L'espoir qu'avait suscité au milieu des années 1970 l'introduction de l'irrigation à grande échelle dans la vallée s'est transformé, dans certains cas, en scepticisme. Les difficultés des paysans pour faire face aux conditions matérielles et financières requises afin de maximiser leurs rendements en sont les principales raisons. De plus en plus l'économie de la région connaît d'importants changements. La migration internationale des populations de la vallée du fleuve Sénégal prend de plus en plus d'envergure.

Les premiers motifs de déplacement des populations de la vallée du fleuve Sénégal pourraient être qualifiés d'anciennes. Traditionnellement, les migrations étaient liées aux exigences du commerce transsaharien. Ensuite se sont greffés les facteurs religieux, avec la vague d'islamisation, puis la colonisation. Aujourd'hui les causes de l'émigration des ressortissants de la vallée du fleuve Sénégal sont plutôt économiques. De manière globale, la migration au niveau de la vallée est présentée comme une

tentative de réponse face aux facteurs de répulsion dans les zones de départ ou « push factors » et d'attraction dans les zones d'arrivée ou « pull back factors » (Lee, 1996). Dans la vallée les causes économiques se sont manifestées par la dégradation des conditions climatiques. En effet la crise écologique - sécheresse de 1968-73, 1980 - en entraînant un dégradation notoire des ressources agricoles, a conduit les habitants de la vallée du fleuve Sénégal à recourir, de manière régulière, à la migration.

A-2/ Organisation

Actuellement cette migration s'organise selon des logiques bien établies. Dans la vallée elle est l'expression de stratégies familiales plutôt que le résultat d'initiatives individuelles. La migration s'inscrivait, au départ, dans le cadre de la colonisation. Elle a d'abord était africaine avant de s`orienter vers l'Hexagone. Apres les indépendances, les migrations internationales semblent avoir pris des orientations géographiques nouvelles. En ce qui concerne les Soninkés les premiers déplacements se caractérisèrent par un accroissement des flux en destination de la France. Chez les Hal Pulaars, les premiers mouvements ont renforcé l'exode rural vers les centres urbains du pays et de la sous régions (Mauritanie). Les activités exercées dans les centres urbains visaient à trouver du numéraire nécessaire pour l'entretien de la famille restée dans la vallée et secondairement à chercher des moyens pour financer l'émigration internationale en Afrique puis vers la France.

Cette émigration est devenue aujourd'hui importante numériquement, lointaine dans ces destinations, longue dans sa durée et diversifiée dans sa forme. Les espaces migratoires connaissent un élargissement. L'occident ne se limite plus exclusivement à la France mais intègre également l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, voire les Etats-Unis.

D'autre part les réseaux migratoires se diversifient. De la préparation du candidat à son insertion dans le pays d'accueil, une panoplie de mécanisme et d'étapes s'imbrique dans un réseau hiérarchisé dans une logique soit familiale, soit ethnique ou religieuse qui concourre à faciliter l'insertion du migrant. C'est ce qu'affirme Cheikh Oumar BA dans sa thèse « les réseaux (...) créent des conditions favorables à une vie communautaire basée souvent sur l'entraide. Ils constituent un ensemble de structures sociales qui

servent à l'accueil et à l'insertion résidentielle et/ou socio-professionnelle des migrants ».

A-3/ Impacts

Les migrants originaires de la vallée sont essentiellement des paysans. C'est pourquoi « les conséquences de la migration se répercutent principalement sur l'organisation agricole » (Bâ, op. cit.). En effet, la migration entraîne la diminution de la main d'oeuvre agricole (agriculture, élevage), la régression et la désorganisation des activités productrices. D'autre part comme le souligne Lavigne-Deleville (1991) « la diffusion des comportements acquis à la suite des contacts avec l'extérieur, ou à la simple migration d'une frange importante de la population sont de nature à modifier les rapports sociaux ». Cependant l'argent que les émigrés envoient sert à acheter les vivres de premières nécessités qui se substituent aux productions traditionnelles. Il servira également à améliorer l'habitat, à thésauriser, comme moyen de promotion, à investir dans le commerce à acheter des véhicules ou investir dans l'immobilier à Dakar. Enfin cet argent permet aussi de financer la migration.

Cependant, comme évoqué plus haut, le contexte économique lié à la dégradation des conditions écologiques était la cause principale de l'accélération du mouvement migratoire dans la vallée. Ces mêmes difficultés vont se retrouver dans la zone du bassin arachidier. les mêmes causes vont produire les même effets, et les populations vont à leurs tours s'orienter vers cette nouvelle solution de sortie de crise. C'est alors l'apparition dans le champ migratoire sénégalais de groupes qui s'expatriaient peu en l'occurrence les mourides. Cette confrérie va constituer dans le contexte lougatois les pionniers de la migration internationale qui fait suite à la crise du monde urbain.

Le bassin de recrutement des candidats à l'émigration vers les pays occidentaux, longtemps limité à la vallée du Fleuve Sénégal et mobilisant essentiellement des flux organisés selon des bases ethniques et familiales, s'est étendu au centre ouest du pays et à la plupart des grandes villes. L'Enquête sur les Migrations et l'Urbanisation au Sénégal (EMUS) de 1993 révèle que « crédités de 20% des migrants internationaux vers l'Europe dans les années 60, les wolofs représentent 60% des migrants vers le nord

(Europe et Amériques) au milieu des années 80. De même, la participation des mourides à la dynamique migratoire n'est plus à démontrer. Dans les années 60, les mourides représentaient seulement 10 à 12% des migrants vers le nord, depuis les années 80, ils constituent environ 40% des migrants internationaux ». Selon Ali Tandian « en 1992, les régions de Louga et Diourbel alimentent largement les flux migratoires des sénégalais vers l'Italie. Le Sénégal serait le premier pays immigrant de l'Afrique Noire et occuperait la huitième place des pays représentés en Italie. Les chiffres officieux dépassent 40 000 sénégalais présents en Italie, dont 65% de marchands ambulants et plus de 85% originaires des régions de Louga et Diourbel, domaine traditionnel des Wolofs » (Tandian A in Gonin P et Charef M, 2005).

Depuis l'instauration de politique de fermeture des frontières, les flux se sont inversés vers de nouvelles destinations : Italie, Espagne, Etats-Unis. De nouveaux entrepreneurs sociaux se sont professionnalisés dans l'organisation de la migration internationale. On passe d'une émigration de travail à une émigration d'installation, avec tous les problèmes d'insertion professionnelle et d'intégration dans les pays d'accueil.

B / CARACTERISTIQUES DE L'EMIGRATION LOUGATOISE

Le département de Louga fait partie d'une des plus grandes zones de départ de l'émigration sénégalaise. Cependant les données statistiques des derniers recensements généraux de la population renseignent peu sur l'ampleur du phénomène. Beaucoup d'estimations font état de 10% de la population lougatoise répartie un peu partout dans le monde (Europe occidentale, Etats-Unis et même l'Afrique). Ces chiffres restent loin en dessous de la réalité puisque l'émigration lougatoise est de plus en plus soumise à la clandestinité.

De plus, l'organisation et la structure de l'émigration lougatoise prennent l'allure de celles de la vallée du fleuve Sénégal: en procédant plus d'une initiative familiale que d'un défi individuel.

B-1/ Aspects démographiques

Les données de ce chapitre seront tirées des résultats de nos enquêtes18 auprès des populations des différentes zones d'études du département de Louga.

B-1-a/ Age et sexe

Dans le département, ce sont en majorité les hommes qui émigrent : 94,4% contre 5,6% de femmes dans l'effectif total enquêté. Le poids des femmes reste encore faible encore quand il s'agit de l'émigration internationale. Les facteurs explicatifs sont liés à la tradition qui veut que les femmes gardent le foyer.

Tableau 8: Répartition par sexe de la population émigrée

SEXE

EFFECTIFS

POURCENTAGE

Masculin

153

94

Féminin

9

6

Total

162

100%

Source : données enquêtes personnelles, 2007

Dans le détail la part des femmes varie selon la localité. En milieu rural, Niomré, Maka et Djélerlou, on note une absence des femmes. C'est en milieu urbain que l'on voit l'émigration féminine du département. En outre, lors de nos enquêtes, les maisons étaient essentiellement peuplées de femmes, d'enfants et de personnes âgées. Cet état de fait peut être corrélé à la forte propension des jeunes hommes à émigrer. Si globalement la migration des femmes reste numériquement moins importante dans le département, on note ces dernières années une nette augmentation dans leur nombre. Khady, une dame qui habite Djang Bambodj donne son point de vue « vous savez, devant la conjoncture, les mariages se raréfient. Il faut alors chercher des issues de prise en charge personnelle ; l'émigration constitue une voie assez fructueuse »19. C'est ce que montre le tableau de la répartition par age de la population migrante.

Par ailleurs, l'analyse de la répartition par age des émigrés montre que l'émigration
affecte les tranches d'ages les plus actives. Le pourcentage des moins de 41 ans

18 Voire page 17

19 Entretien du 24 juillet 2007

représente 66% du total, dont 23% pour la tranche 20 - 30 ans et 43% pour celle entre 30 - 40 ans.

Tableau 9: Répartition par age de la population émigrée

AGE

EFFECTIFS

POURCENTAGE

15 - 20

4

2

20 - 30

37

23

30 - 40

69

43

40 - 50

41

25

Plus de 50

11

7

TOTAL

162

100%

Source : données enquêtes personnelles, 2007

Les émigrés de plus de 50 ans constituent la première génération des migrants partis vers la fin des années 70. Ils sont les pionniers de l'émigration lougatoise. Leur nombre s'est considérablement réduit du fait que beaucoup d'entre eux ne partent plus ou se sont reconvertis dans une activité commerciale. Cette même situation se retrouve pour les moins de 20 ans qui sont trop jeunes pour tenter l'aventure. Cette migration à la recherche d'emploi est l'expression du manque de confiance et de la vision pessimiste que la jeunesse lougatoise a de la situation et des perspectives d'avenir sans horizon du pays qui les pousse vers « l'eldorado européen ». la plupart de ces émigrés sont mariés, avec une famille restée le plus souvent sur place.

B-1-b/ Situation matrimoniale, appartenance ethnique et religieuse

La situation matrimoniale de l'émigré tient un grand rôle dans la fréquence des envois. En effet 59% des émigrés sont mariés, ce qui constitue une obligation d`envoyer régulièrement de l'argent pour l'entretien de la famille. Ces émigrés ont fait une durée assez important en émigration - plus de 5 ans - pour suffisamment amasser de l'argent.

Tableau 10: Situation matrimoniale des émigrés

SITUATION
MATRIMONIALE

EFFECTIFS

POURCENTAGE

Marié

96

59,25

Célibataire

63

38,83

Divorcé

3

1,85

Veuf

-

0

TOTAL

162

100%

Source : données enquêtes personnelles, 2007

Les « nouveaux » émigrés sont quant à eux majoritairement des célibataires. Ils n'ont pas encore fait suffisamment de temps en migration pour pouvoir construire une maison et fonder une famille. En effet, dans les sociétés lougatoises, l'émigré doit d'abord avoir un toit avant de fonder une famille. Cependant, le pourcentage de célibataire cache encore - dans une certaine mesure- la réalité en milieu rural. Les traditions rurales veulent que les hommes se marient très jeunes surtout s'ils ont de l'argent. Enfin les facteurs religieux et ethniques sont également des éléments déterminants dans la caractérisation de l'émigration lougatoise.

Tableau 11: Répartition des émigrés selon l'appartenance religieuse

RELIGION

CONFRERIE

EFFECTIFS

POURCENTAGE

Musulmans

Tidjane

62

38

Mouride

84

52

Autres

14

9

Chrétiens

 

2

1

Total

 

162

100%

Source : données enquêtes personnelles, 2007

La part très faible des chrétiens (1,23%) s'explique par le contexte local où la population chrétienne lougatoise représente moins de 2%. Ce sont les Mourides qui ont ouvert les voies de l'émigration lougatoise. Aujourd'hui leur part reste encore dominante ; 51,85% contre 38,27% chez les Tidjanes qui n'ont commencé à émigrer que vers les années 80.

La forte présence des Mourides explique les forts liens de solidarité qui se sont tissés un peu partout en Europe et au Etats-Unis entre les émigrés qui sont regroupées en « dahira20 » ou associations de « talibé21 » de tel ou tel marabout. Ces organisations ont facilité la formation de réseaux migratoires qui, en plus de l'appartenance confrérique, se fondent parfois sur l'appartenance ethnique.

20 Regroupement ou association de personnes (talibés) issues d'une même confrérie musulmane, sous l'égide d'un guide spirituel

21 Disciple

La prédominance chez les émigrés de l'ethnie Wolof (61%) s'explique par la forte prédominance des wolofs au sein de la population lougatoise (tableau 12). Ensuite viennent les Hal Pulaar 30% et de loin derrière, les Serérers avec 5%.

Tableau 12: Appartenance ethnique des émigrés

ETHNIE

EFFECTIFS

POURCENTAGE

Wolof

98

61

Hal Pulaar

49

30

Serére

5

3

Autres

10

6

TOTAL

162

100%

Source : données enquêtes personnelles, 2007

Les informations collectées révèlent, au sein des ethnies, que les différentes castes représentées ont des destinations préférentielles, selon que le groupe est plus ou moins bien représenté dans le pays d'accueil. Les « Guéwéls22 » et les « Laobé23 » s'orientent plus vers l'Espagne alors que les autres castes se partagent les autres destinations comme l'Italie, la France, les Etats-Unis...

B-2/ Destination et organisation de l'émigration internationale lougatoise

22 Griots

23 Boucherons, boisseliers

Carte 2: Destinations des émigrés à partir des principaux foyers de départ dans le département de Louga

B-2-a/ Destination des émigrés lougatois

Le « Ndiamour-Ndiambour » ou habitant de la région de Louga a une tradition de mobilité. La Guinée, la Coté d'Ivoire et le Gabon ont été les premières destinations ; ensuite vers la fin des années 70 ils ont investi l'Europe et plus particulièrement la France. Cette période correspondait à la politique française d'ouverture à l'immigration internationale de travail. Ce n'est que plus tard, quand la législation française a commencé à se durcir, que les pays de l'Europe du sud comme l'Espagne et l'Italie ont commencé à accueillir les émigrés lougatois.

Certaines études empiriques montrent que les migrants ne sont généralement pas issus des couches les plus pauvres de la population. La raison est simple : la migration, surtout lorsqu'elle se fait à destination de l'étranger, engendre des coûts (frais de transport, coûts d'obtention des documents nécessaires à la migration,...) que ne peuvent supporter les ménages les plus défavorisés. Cette contrainte est d'autant plus forte, que les pauvres n'ont souvent ni la possibilité de fournir des garanties suffisantes pour pouvoir emprunter, et une épargne propre pour financer le départ en émigration.

Malgré toutes ces difficultés, le nombre d'émigrés ne cesse d'augmenter. Cet élan, presque généralisé au départ, qui touche à la fois les hommes et les femmes, s'organise dans une dynamique bien structurée qui permet au candidat, futur émigré, de réussir son voyage.

L'Europe reste la destination favorite des émigrés lougatois. En effet 96% des flux migratoires est orienté vers le vieux continent. L'Afrique et les Etats-Unis représentent des pourcentages très faibles respectivement, 2,49% et 1,23%.

Figure 1 : Diagramme pays de destinations des émigrés lougatois

destination des émigrés lougatois

6,79

11,11 2,491,23

30,24

48,14

France

Italie

Espagne

Autres pays européens Pays africains

Etats unis

Source : données enquêtes personnelles, 2007

Dans les détails l'Italie domine : 48,14% des émigrés originaires du département y sont installés. L'Espagne suit avec 30%, soit un peu moins de 10 000 émigrés. La France constitue un grand paradoxe, puisque au départ du Sénégal, la quasi totalité des candidats ont comme destination ce pays. Cependant, en raison du durcissement de la réglementation française en matière d'immigration et des difficultés liées à l'obtention d'un travail, les émigrés en ont fait une plaque tournante. Ils ne restent que quelques jours avant des traverser la frontière pour l'Italie ou l'Espagne. Après 1994, la France semble être pour les migrants sénégalais une porte d'entrée vers l'Italie grâce à l'intermédiation des "passeurs" entre Nice et San Remo autour du poste frontalier de Vintimille. La plupart des migrants Sénégalais bénéficiaires des régularisations de la loi Dini24, déclarent être entrés en Italie en passant par la France après avoir obtenu un visa de très court séjour (Fall, A. S., 2003 ).

Le rythme élevé des départs, est ainsi facilité par des réseaux officieux. Cette
amplification des départs est soutenue par des réseaux complexes à la quête d'un
élargissement de l'espace migratoire lougatois par l'exploration sans cesse de nouvelles

24 Loi du 21 février 1998 portant réglementation de l'immigration. L'article 19 affirme explicitement : « L'entrée sur le territoire de l'État pour des motifs de travail dépendant, même saisonnier, et de travail autonome, s'effectue dans le cadre des quotas d'entrée fixes » chaque année par des décrets signés par le président du Conseil « sur la base des critères et autres indications » (art. 3, alinéa 4).

destinations. Les investissements rapides et colossaux de ceux qui sont partis il n'y a pas longtemps sont des facteurs attractifs pour les candidats potentiels.

B-2-b/ Organisation de l'émigration internationale lougatoise

La migration internationale s'organise selon des référents nouveaux où la question de l'identité est fondamentale (Fall A. S, op. cit.). Cette migration relativement récente est dirigée principalement vers l'Europe du Sud. A ses débuts, elle était plutôt organisée selon des logiques familiales. Mais de plus en plus aujourd'hui elle est organisée selon une identité émergente qui est la confrérie religieuse. Les réseaux confrériques, contrairement aux réseaux familiaux, sont plus ouverts, dynamiques, modulables.

L'organisation de l'émigration lougatoise en réseau trouve son origine dans l'organisation de la société sénégalaise. La vie communautaire traditionnelle et les pratiques anciennes de l'islam dans la région ont constitué les deux principaux motifs qui ont favorisé la constitution de « réseaux de solidarité » c'est-à-dire des « regroupement des personnes qui partageant des objectifs communs, crée les conditions favorables à une vie communautaire basée sur l'entraide mutuelle » (Bâ, op. cit. ). Ces réseaux sont pour les émigrés des structures sociales qui servent à l'accueil et à l'insertion résidentielle et/ou socio-professionnelle du migrant.

Au niveau du département de Louga, les réseaux sont moins représentés contrairement en Europe où ils sont biens structurés. En effet, les us et coutumes locaux veulent que celui qui aspire à la migration doit garder son projet secret. C'est dans l'ombre que se prépare le départ du candidat. Il existe des personnes - des passeurs - qui facilitent le voyage des candidats. Ce service rendu s'échange contre trois à quatre millions de FCFA. Ce qui signifie que la migration n'est pas à la portée de toutes les bourses.

Dans les familles lougatoises, seul le départ du premier migrant est financé par la famille. Ce dernier, une fois bien installé, s'occupe de la venue des autres membres (frères, cousins...) En migration, les derniers venus sont accueillis par leurs aînés de la même famille. Ainsi les charges financières qui lui étaient assignées vont se réduire considérablement avec les envois des frères ou cousins émigrés. De ce fait, il aura la latitude de construire une maison, de fonder une famille et si possible, d'investir.

Cependant, il semble important de nuancer de telles généralités. En effet outre les fortes inégalités sociales, il existe des familles au sein d'un même village, d'un même quartier qui n'ont jamais pu vivre en communauté. Ces derniers dans le cadre de la migration font appel aux réseaux confrériques. Un autre bémol réside dans le fait que, comme l'explique Barry (1971), « les guerres entre les différentes tendances qui minent souvent l'entente villageoise - voire du quartier- constituent une autre raison militant contre l'existence d'une « solidarité mécanique » entre tous les lougatois, et qui serait transposable en situation migratoire ». Néanmoins la solidarité islamique reste d'actualité et de rigueur.

La religion, ou plus exactement, la confrérie est une identité fortement présente dans les modes de sociabilité parmi les migrants de la nouvelle génération, contrairement aux migrants de l'ancienne génération qui mettaient en avant des valeurs relatives à la famille, à l'honneur et à l'ethnie. Daum C. (1994) remarque que les associations religieuses mourides constituent des cadres d'impulsion des investissements collectifs suppléants dans ce domaine les carences de l'Etat ». La constitution de réseaux n'est pas l'apanage des seuls mourides. Les autres confréries participent à cette logique et poursuive les mêmes objectifs pour faciliter l'intégration de leurs compatriotes.

C/ EMIGRATION ET EVOLUTION DEMONGRAPHIQUE DANS LES ZONES DE DEPART

Les incidences de la migration lougatoise sur l'évolution démographique se lisent dans la structure par sexé de la population lougatoise. En effet la comparaison des données entre les effectifs et la répartition par sexe de la population en 1976 et 1988 montre une évolution plus rapide chez les femmes que chez les hommes.

Tableau 13: Effectif et répartition par sexe de la population en 1976 et 1988 à Louga

 

Population départementale

Population régionale

Hommes

Femmes

TOTAL

Hommes

Femmes

TOTAL

1976

82 774

87 698

170 472

206 607

212 992

419 599

1988

94 965

105 397

200 362

245 273

262 299

507 572

2002

135949

146101

282051

330279

347471

677750

Sources : RGPH1, 2 et 3

Les caractéristiques de l'émigration lougatoise essentiellement masculine se reflètent sur la répartition de la population résidente. Depuis les débuts de cette émigration, les différents recensements ont montré une prédominance de femmes sur les hommes : 87 698 femmes contre 82 774 hommes en 1976 et 105 397 contre 94 965 en 1988. Dans les différents classes d'ages observées dans les pyramides de 1988 et 2002, il y'a moins d'effectifs entre 30 et 50 ans, comparé à la pyramide des ages au niveau national.

Figure 2: Pyramide des ages du département de Louga en 2002

Hommes Femmes

Sources : DPS Louga, 2007

Ainsi dans les classes d'ages représentant l'age de travailler, ou plutôt de la migration, les femmes sont dominantes. Si à la naissance le rapport de masculinité semble être équilibré, il commence à pencher en faveur de femmes dés l'age de 20 ans. Cette situation a été confirmée dans nos enquêtes puisque la plupart des personnes enquêtées étaient de sexe féminin à cause de l'absence des hommes. L'équilibre n'est retrouvé que vers 60 ans, alors que beaucoup sont rentrés de migration.

Somme toute, la structure de la population lougatoise reste fortement marquée par la
présence de l'émigration. Dans ces débuts, cette émigration, qui était résolument
orientée vers l'hexagone, a fini par s'ouvrir à de nouvelles destinations particulièrement

en Europe du sud. D'autres part, elle a gagné en importance d'abord sur le plan numérique mais, aussi et surtout, à travers les transferts de fonds qui les accompagnent. Les transformations qu'elle engendre sur le milieu lougatois requièrent une autre approche de l'impact de ces revenus.

DEUXIEME PARTIE
L'argent des émigrés

Les revenus migratoires constituent une manne financière très importante pour le département de Louga. Grâce aux structures de transfert d'argent, les émigrés assurent l'entretien de leur famille contribue au développement de l'économie local. Les deux chapitres qui suivent traiteront respectivement des revenus migratoires (circuits de transferts, modalités, montants...) et des domaines d'investissement des émigrés.

Chapitre 1: LES REVENUS MIGRATOIRES A LOUGA

Les transferts migratoires constituent un enjeu de taille pour les pays en développement. Les montants des fonds sont aujourd'hui deux fois plus élevés que le volume total de l'aide au développement et représentent l'une des principales sources de devises dans certains pays (OCDE, op. cit.). En 2005, les envois de fonds vers les pays en développement ont atteins 100 milliards de Dollars. Si les transferts qui s'effectuent par les canaux informels étaient pris en compte, ce chiffre serait nettement plus élevé. Nous analysons ici uniquement la part officielle des transferts mesures dans la balance des paiements, étant donné les difficultés dans la mesure de leur composante informelle. Le Sénégal reçoit entre 80 à 100 milliards de FCFA en moyenne par an depuis 2001. Au niveau de Louga, les estimations tournent autour de 20 milliards par an, sans tenir compte des envois informels25.

Evaluer le volume réel des transferts monétaires des migrants reste une tâche très difficile. Une grande partie de ceux-ci ne se font pas par les canaux officiels et échappent ainsi aux statistiques. Aux transferts monétaires, s'ajoutent des transferts en nature, consistant principalement en biens de consommation, qui ne sont généralement pas comptabilisés. Autre problème pour estimer l'importance des transferts opérés par les migrants vers leurs pays d'origine, les définitions différentes qui sont adoptées pour les transferts monétaires migratoires et le manque d'harmonisation des nomenclatures des balances de paiements utilisées par les différents pays (Garson et Tapinos (1981) (Blion, 2001).

Les données qui vont être traités ont été recueillies au niveau du bureau Western Union de la Poste centrale de Louga et du bureau Money Gram logé à la CNCAS de Louga. Cependant on note une grande frilosité dans la publication des informations concernant les transferts de la part de ces institutions. Néanmoins les résultats recueillis permettent d'avoir un aperçu sur l'importance des remises transférées et leurs principales utilisations.

25 Estimations du bureau Money Gram, Louga

A/ INSTITUTIONS ET MODES DE TRANSFERTS

Les transferts financiers sont devnus plus significatifs avec la dévaluation du franc CFA intervenue en janvier 1994. Avec la diversification des modes de transfert, on assiste à l'amorce d'un processus de formalisation. Les banques s'adaptent pour capter les transferts des émigrés par une intermédiation financière avec les institutions financières américaines comme Money Gram et Western Union. Le système bancaire jadis rigide, s'adapte aux besoins des transferts des émigrés en terme de simplicité et de rapidité. Certaines banques au Sénégal comme la SGBS, la BICIS ont initié des comptes extérieurs pour la mobilisation de l'épargne des émigrés.

A-1/ Structures de transferts

Au niveau du département de Louga, les principales structures officielles de transfert d'argent présentes au Sénégal sont représentées. En fonction de la provenance où de la destination des envois, telle ou telle structure est utilisée. L'ancienneté de l'implantation au niveau local est également un critère déterminant.

Tableau 14: Structures officielles de transferts d'argent

 

Money gram

Western Union

Money Express

Mutuelle

Nombre de points

3

9

2

1

Localisation

Louga ville

Louga ville

Louga ville

Niomré

Source : enquêtes personnelles.

On a dans le détaille:

- 9 point Western Union implantés au niveau de la Poste, de la CBAO, de la SGBS, de la BICIS et du CMS.

Western Union (WU) est un opérateur nord-américain créé en 1871 qui a évolué dans le transfert monétaire à travers un système télématique basé sur un serveur central. Au Sénégal, Western Union a démarré en 1995 avec la Compagnie Bancaire de l'Afrique de l'Ouest. La CBAO, à son tour, a contracté avec la Poste comme sous agent de WU

en 1997. WU dans sa politique d'extension collabore également avec d'autres banques de la place, notamment la SGBS, la BICIS et Ecobank. Aujourd'hui, le réseau de Western Union s'est concentré dans les zones de forte émigration. WU et contrôle 90% du marché de transferts formels extérieurs au Sénégal.

Le premier point Western Union implanté à Louga est celui de la Poste Centrale en 1997. Avec l'augmentation importante des émigrés et des besoins de services qui se manifestent, cette structure va ouvrir un deuxième point au niveau de la deuxième Poste de la commune en 1999. Mais depuis 2000, les points Western Union sont de plus en plus logés au niveau des succursales de banques à travers des accords de partenariat. Western Union SGBS est ouvert en 2001 et sera suivi par les points au niveau de la BICIS et de la CBAO. Entre mai 2007 et juillet 2007, quatre nouveaux bureaux de Western Union ont été ouverts dans la commune. Ce qui témoigne du dynamisme de ce secteur.

- 3 points Money Gram qui sont logés au niveau de la CNCAS, de la BST et du PAMECAS.

Money Gram est un système de transfert rapide d'argent crée en 1988 basé à Denver (Etats Unis), avec un bureau à Londres qui gère les transferts. Au Sénégal, la Banque Sénégalo Tunisienne (BST) est l'agent principal de Money Gram. Une convention existe avec la Caisse Nationale de Crédit Agricole du Sénégal (CNCAS), mais celle-ci est sous un agent de la BST et n'effectue que la réception des transferts. Les envois de fonds via le système Money Gram proviennent essentiellement des pays suivants : l'Italie (le plus gros marché), l'Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, les Etats Unis. Le système de transfert de Money Gram est similaire en apparence à celui de WU. Malgré cela, sa part de marché reste de loin inférieure à celle de WU qui dispose quand même d'un réseau beaucoup plus étendu (9 points WU de service contre 3 seulement pour MG).

Le premier point Money Gram est celui de la CNCAS ouvert en 2002. Pour les deux autres points leurs dates d'implantation sont respectivement 2004 et 2005 au niveau de la BST et du PAMECAS.

-2 point Money Express qui sont logés au Crédit Populaire du Sénégal et à la BHS. Le produit Money Express a été créé, non pas par une banque, mais par une société informatique sénégalaise : Chaka Computer. Le produit Money Express, dans

ses débuts n'était utilisable que pour les envois à partir des Etats Unis, mais depuis quelques temps, des transferts proviennent de l'Italie et de l'Espagne où il existe une forte communauté d'émigrés sénégalais. Le transfert se fait en temps réel et Money Express offre une gamme complète de services de transfert : cash à cash, compte à cash (suite à une demande pressante de la clientèle), compte à compte, cash à compte. Pour prendre possession du montant transféré, le bénéficiaire est tenu de montrer une pièce d'identification mais une certaine souplesse existe pour des cas de bénéficiaires ne disposant pas de cette pièce. Cette flexibilité n'existe pas au niveau des autres opérateurs tels que Western Union, Money Gram qui sont très stricts sur l'identification correcte des bénéficiaires pour éviter de devoir supporter des pertes en cas de paiements indus. Le produit Money Express est réputé moins cher sur le plan national et international que celui de WU (quelque fois 25 à 30 % moins cher). Malheureusement nous ne disposons pas des statistiques sur les montants des transactions via cette compagnie.

Photo 1: Concentration des points de transferts en centre ville

Money Gram de la BST

Western Union de la BICIS

Photo : Papa Issa Ndiaye, octobre 2007

En ce qui concerne la commune de Louga, il est frappant de constater que à l'exception de point Western Union de la Grande Poste, tous les autres points des transferts sont localisés au centre-ville (voir carte 3).

Cette distribution spatiale est du au fait que ces structures de transferts sont logés dans des services qui leurs sont antérieurs. Cela n'empêche que le volume des transferts demeure important dans tous ces points.

Carte réalisée par Papa Issa Ndiaye avec l'appui du CSE Dakar

Carte 3 : Localisation des structures de transfert d'argent dans la commune de Louga

A-2/ Modes de transferts

Quatre types de transferts regroupés en deux modes sont utilisés, parfois conjointement, par les migrants pour rapatrier une partie de leur argent :

*Les modes officiels sont le mandat postal et le virement bancaire;

*Les modes informels sont le transport en espèces par le migrant lui-même et/ou par une tierce personne, également appelés transferts « à la valise » ou « circuit mallette ».

Les diverses enquêtes suggèrent que le convoiement en espèces est le mode le plus souvent utilisé. Le réseau bancaire est peu utilisé car la situation de clandestinité du travailleur migrant dissuade d'ouvrir un compte bancaire. Le mandat postal, rarement payé dans les délais, a perdu de sa crédibilité. Par contre, une utilisation de plus en plus grande est faite des services internationaux de transfert d'argent tels que Western Union ou Money Gram qui disposent d'un système plus fiable et de procédures plus rapides.

A coté des structures officielles, se sont développés des réseaux informels de transferts d'argent. Ces réseaux, dirigés par d'anciens émigrés reconvertis dans le commerce, facilitent les envois de revenus à des coûts plus faibles que ceux des structures officielles. De nouveaux modes de transferts informels ont depuis quelque temps fait leur apparition. Le «dépôt téléphonique » est une des méthodes les plus utilisées. Quelqu'un souhaitant opérer un transfert se rend chez un commerçant, une société ou un particulier et dépose le montant qu'il veut transférer. Un numéro lui est donné qu'il communique au bénéficiaire et en échange duquel l'argent sera décaissé par un correspondant local. Ce circuit permet aux entreprises de part et d'autre de faire des affaires plus rapidement et plus efficacement qu'en passant par des circuits officiels qui sont considérés trop chers.

Figure 3:Circuits de transferts le plus utilisés par les émigrés du département de
Louga

moyens de transferts

12%

2%

47%

17%

3%

19%

Poste

Structure de transferts Banques

Passeurs

Amis

Lui-même

Source : données enquêtes personnelles, 2007

Les structures de transferts jouent un rôle très important dans les envois monétaires. Dans l'enquête réalisée, 47% des familles utilisent ce moyen qu'ils considerent plus rapide et plus fiable. Les mandats internationaux via la Poste sont progressivement délaissés en raison de la lenteur des paiements.

Les transferts informels (passeurs, amis, lui-même...) représentent prés de 50% des envois des émigrés. Ces circuits échappent à toute possibilité de contrôle. Selon certains enquêtés, les sommes envoyées à travers ce circuit sont beaucoup plus importants que les envois par voie « formels ». (Haj Ali Oulta in Gonin P et Charef M, 2005) qui a étudié les transferts migratoires au Maghreb pense que l'importance des transferts effectués par les canaux informels confirmerait l'hypothèse d'une propension à l'émigration clandestine.

B/ MONTANTS DES TRANSFERTS

L'essentiel des revenus collectés par le migrant est transféré dans le pays d'origine. Le
montant moyen annuel transféré par personne vers le pays d'origine est de 5 à 10
millions de FCFA chez les émigrés lougatois26. Les 3/4 de ces sommes sont destinées

aux familles, le reste va à des activités économiques ou à des investissements dans l'immobilier en général. La manne financière des émigrés représente dans certains villages de la région de Louga 90% des revenus des ménages. Les fonds des émigrés constituent dans beaucoup de zones le principal apport financier de beaucoup de familles. L'argent des émigrés a le mérite, grâce aux structures de transferts, d'arriver à bon port, ce qui n'est pas le cas souvent de l'aide publique au développement.

Le tableau suivant indique les montants moyens des transferts des émigrés lougatois. Ces montants dépassent souvent le salaire moyen d'un sénégalais. Cependant, ces moyennes cachent certaines réalités car il peut arriver que ces envois atteignent des montants faramineux lorsqu'il s'agit de fêtes ou d'événements religieux, ou plus simplement, pour la construction d'une maison.

Tableau 15: Montant moyen des transferts réguliers

Montants en

milliers

50 - 100

100 - 200

200 - 300

Plus de 300

Pourcentage

2

60

33

5

Source : enquêtes personnelles

B-1/ Montants des transferts selon l'institution

B- 1-1/ Western Union

Cette structure est la plus utilisée au niveau du département de Louga. Elle est entrée dans le quotidien des lougatois et s'est insérée dans le langage wolof. Il est fréquent d'entendre dire « western ma » qui signifie littéralement « fait moi western union » autrement dit, « envoie moi de l'argent par Western Union ».

Cette structure est implantée à Louga depuis 1997, en premier d'abod de la Poste
centrale. Les envois proviennent essentiellement de la France, de l'Espagne, de l'Italie

26 Estimations faites à partir de nos enquêtes. Cependant ces chiffres restent des fois bien en dessous de la réalité. Certaines études empiriques montres que les émigrés peuvent transférés des dizaines de millions

et des Etats-Unis. Selon M N, agent à la poste centrale de Louga, c'est à l'occasion des fêtes musulmanes qu'ils reçoivent les plus gros transferts. A titre illustratif, dans la matinée du 05 mars 2007, 26 568 437 FCFA ont été transférés27. La raison en était la célébration du « Grand Magal de Touba ».

Les montants transférés à travers cette structure sont variables d'une année à une autre comme le montre le tableau 16.

Tableau 16 : Montants transférés au niveau de Western union de la Poste centrale

Année

Montant million de franc CFA

1997

 

16,46*

1998

1

496,09

1999

2

538,92

2000

3

419,69

2001

2

368,21

2002

1

509,96

2003

1

777,77

2004

1

921,19

2005

1

253,13*

2006

2

611,46

2007 jusqu'au 03 mars

901

110 251*

*Données incomplets Source : Poste centrale de Louga

Les données de 2005 restent incomplètes et ne concernent qu'une partie de l'année. La diminution des montants constatée depuis 2001 résulterait de l'ouverture des autres points Western Union qui captent une part non négligeable des transferts. Dans les autres agences Western Union, les montants transférés, bien qu'on ne dispose pas des chiffres exacts, représenteraient au total, selon le directeur de la CBAO Louga, entre 3 à

4 milliards par an.

27 Poste centrale de Louga

B-1-2/ Money Gram

Les agences Money Gram sont implantées à Louga depuis 2002. C'est au niveau de la CNCAS que Money Gram s'est implanté en premier, la moyenne des transferts annuels est de 3,6 milliards par an. Si dans les premières années, 75 a 80% des envois provenant de l'Italie, depuis 2005, il y a un glissement vers l'Espagne28. Actuellement, même si les sommes en provenance d'Italie dominent toujours (46%), l'Espagne gagne de l'importance et représente 42% des envois. Cette situation s'explique par un glissement de l'effectif des émigrés vers l'Espagne où les conditions d'entrée sont moins ardues et les contrôles de papiers moins rigoureux.

Tableau 17 : Montants transférés au niveau de Money Gram, CNCAS

Année

Nombre d'opérations

Montants en millions de FCFA

2002

12

500

3

055

2003

18

400

3

925

2004

18

800

3

756

2005

19

871

3

692

2006

18

700

3

575

Source: Money Gram, CNCAS Louga

A l'analyse de ces données, il reste incontestable que les revenus migratoires transférés atteignent des montants très importants et on note une constance dans les montants annuels des envois, même si le nombre d'opérations fluctue.

Figure 5: Histogramme Evolution des transferts au Money Gram (CNCAS) de
2002 à 2006

28Entretien avec le directeur de la CNCAS

En dehors du milieu urbain, nous trouvons dans la communauté rurale de Niomré une Mutuelle de Crédit29, qui sert également de structure de transfert d'argent. Les populations de Niomré et des villages environnants peuvent y recevoir directement les mandats de leurs parents émigrés.

C/ FREQUENCE DES TRANSFERTS ET UTILISATION DES REVENUS

Le débat sur la fréquence des envois des émigrés lougatois demeure encore entier. Les institutions financières de transfert d'argent ne parviennent pas à cerner cette question en raison des nombreux canaux de transfert utilisés. Cependant, l'enquête menée au niveau des ménages dans certaines localités du département, permettent d'avoir un aperçu sur l'étendue du phénomène. La fréquence des envois n'est pas uniforme que se soit entre le milieu rural et le milieu urbain ou selon la situation matrimoniale de l'émigré lui-même. Dans une étude réalisée par l'institut PANOS et qui a été réactualisée par Tall (1994) au niveau de Louga, il ressort que dans certains villages à fort taux d'émigrés, plus de 90% des revenus des ménages proviennent des envois monétaires des émigrés.

Figure 6: Diagramme de fréquence des envois

FREQUENCE DES ENVOIS

4%

7%

66%

23%

2fois/ mois 1fois/ mois 1fois/ 2mois 1fois/ +3mois

Source : enquêtes personnelles, 2007

29 Nous ne disposons pas des montants des transferts dans cette structure.

Les réponses collectées révèlent que les envois sont plus réguliers chez les émigrés mariés. Ces envois sont plutôt mensuels contrairement aux célibataires, qui avec moins de charges sociales, qui peuvent rester de fois jusqu'à trois mois. Les envois sont également soumis aux possibilités de l'émigré. Cependant il peut arriver qu'il effectue plus de deux envois dans le mois.

Pour les émigrés mariés les envois sont mensuels et atteignent généralement 150 000 à 200 000 FCFA. Ils servent à assurer l'entretien de la progéniture.

Chez les célibataires, leurs charges sociales sont moins étendues. Leurs envois sont beaucoup plus soumis à des variations temporelles. Ils sont très irréguliers mais cependant se distinguent dans les montants envoyés. Ils dépassent généralement 200 000FCFA à chaque fois.

En dehors de ces envois plus ou moins réguliers qui sont destinés à l'entretien de la famille, on distingue les envois ponctuels qui servent à régler des besoins précis. C'est le cas par exemple lors de cérémonies et fêtes comme les baptêmes, mariages, tabaski, Magal de Touba etc. Ils peuvent atteindre entre 500 000 à 1 000 000 FCFA. Les statistiques du bureau Western Union de la Poste centrale montrent que la moyenne des transferts tourne autour de 15 000 000 FCFA par jour durant les fins de mois, contre 30 000 000 FCFA lors des veilles de fêtes.

Chapitre 2: LES PRINCIPAUX SECTEURS D'INVESTISSEMENT DES EMIGRES

Dans ce chapitre il ne nous est pas possible de fournir des statistiques sur les investissements des émigrés. Le caractère informel de se secteur a rendu infructueuse nos tentatives dans ce domaine. L'objectif sera de déceler les mécanismes et les motivations qui poussent les émigrés à investir dans tel ou tel secteur.

Les rapatriements de fonds effectués par les émigrés et les effets multiplicateurs sur les revenus constituent une ressource essentielle pour les foyers qui les reçoivent. Les suppléments de ressources mises à leur disposition font des émigrés des agents de développement local et international (Fall A. S. op. cit.) Agissant en liaison avec des associations fondées sur la communauté d'origine, les émigrés lougatois participent à des activités économiques qui aident à intégrer leur localité dans l'économie nationale voire mondiale.

Plusieurs études ont montré que de nombreux migrants originaires de l'Afrique de l'Ouest contribuent à la mise en place d'infrastructures économiques, sociales, religieuses et culturelles dans leur pays d'origine (OCDE, op. cit. ). Ces initiatives, sont prises par le biais d'associations, de familles ou individuellement. Les émigrés ont investi dans l'amélioration et la diversification du patrimoine immobilier, dans le secteur tertiaire, et dans une moindre mesure dans l'agriculture au niveau local.

A- DOMAINE D'INVESTISSEMENT DES EMIGRES LOUGATOIS

Le principal souci de l'émigré lougatois est de fournir une source de revenus à sa famille restée au pays. En plaçant son voyage sous le signe de l'épargne, l'émigré doit cependant satisfaire à des obligations liées, entre autre, à l'entretien de sa famille. Certaines études30 révèlent que plus de 80% des envois des émigrés sont destinés à la consommation (dépenses quotidienne, factures, cérémonies...). Malgré cela l'émigré cherche également à assurer une stabilité et un bien être des siens en réalisant des investissements. Ces investissements, bien que difficiles à cerner, sont principalement

30 Voire Tall S M, Ndiaye M

orientés vers l'immobilier et le secteur tertiaire des services. La prolifération des activités commerciales dans le département de Louga témoigne du dynamisme de ces investissements. L'agriculture quant à elle, ne bénéficie que très peu de ces ressources financière. A travers nos enquêtes on sent nettement la volonté d'investir de certains émigrés. Cependant, de nombreuses contraintes se dressent devant eux pour l'accomplissement de leurs projets. En illustration, l'Association des émigrés de Niomré détiendrait plus de 800 000 000 FCFA de capital31. Mais le faible niveau d'instruction et le manque de confiance32 empêchent la valorisation de cet argent.

Tableau 18: Domaines d'investissements des émigrés

SECTEUR

DOMAINE

POURCENTAGE

POURCENTAGE CUMULE

IMMOBILIER

Achat de terrain

38,13

66,52

Construction

28,39

TERTIAIRE

Import export

5,55

24,69

Boutique magasin

6,79

Cyber, télécentre

Salon de coiffure

3,70

Matériaux de

construction

8,65

AGRICULTURE

Maraîchage

3,70

5,55

Elevage

1,85

AUTRES

 

3,23

3,23

 

100%

100%

Source : enquêtes personnelles, 2007

Le tableau 18 montre qu'une bonne partie des investissements des émigrés lougatois est dirigée vers l'immobilier. La sécurité de l'investissement que procure le secteur de l'immobilier est un atout considérable pour l'émigré. Le secteur tertiaire commence également à se développer. A ses débuts l'investissement était plutôt orienté dans l'import export de pièces détachés et de matériels électroménagers. Aujourd'hui ce sont

31 Chiffres communiqués par le président de l'association Ousmane Kanté. Entretien du 06 avril 2007

32 Il est très difficile pour ces émigrés, après avoir travailler dur sans aucune aide, de confier leur argent à un inconnu.

plus les boutiques d'habillement, les télécentres et les salons de coiffure qui attirent l'investissement avec l'apparition des femmes comme gérantes. La vente de matériaux de construction connait également un développement fulgurant. L'agriculture est le parent pauvre de l'investissement des revenus migratoires. Le secteur n'attire que 5% des investissements dans une zone composée de plus de 70% de ruraux. D'une manière plus détaillée, nous avons :

B/ LES INVESTISSEMENTS DANS L'IMMOBILIER

Certes, l'émigration des lougatois vers l'Europe et les Etats-Unis a entraîné différentes transformations sociales, économiques, spatiales. L'immobilier demeure le secteur de prédilection des investissements des émigrés. Ce choix des émigrés pour leur investissement est lié à des enjeux divers :

*le rôle symbolique et pratique d'être propriétaire d'une maison, de se loger, de loger sa famille ;

* la sécurité de l'investissement et les possibilités de rentabilisation locative ;

* les démarches administratives sont limitées pour les émigrés ayant un niveau d'instruction assez bas ;

* la facilité de gestion des investissements immobiliers : le montant du loyer est connu d'avance.

A Louga, la valeur foncière du sol s'est considérablement accrue au fil des années. La forte demande de la part des émigrés en constitue la raison principale. Dans les quartiers de la commune, les terrains se vendent à des prix pouvant atteindre plusieurs millions. Cette situation se retrouve même en milieu rural où à Niomré les terrains de 300 à 400m2 qui longent la route principale coûtent jusqu'à 10 000 000 FCFA33. La demande étant supérieure à l'offre, cela favorise la spéculation foncière qui atteint des niveaux jamais égalés. Dans les quartiers centraux de la commune de Louga, nous dit Monsieur Wade, agent au service des impôts et domaines34, une parcelle de 300m2 peut coûter jusqu'à 25 000 000 FCFA. Pour les émigrés, la terre n'est que le support d'une future mise en valeur immobilière qui sera destinée soit à l'habitation de l'émigré lui-même ou de sa famille, soit à la location. La valeur locative reste plus ou moins élevée selon le

33 Enquêtes personnelles, 2007

34 Entretien du 17 avril 2007

standing de l'immeuble. Elle varie entre 50 000 et 200 000 FCFA par mois dans la commune. Cette possibilité de rentabilisation sans beaucoup de difficultés pousse donc les émigrés à privilégier se secteur.

Les investissements dans l'immobilier ne sont pas toujours localisés dans le département. En effet une étude de l'impact de l'émigration lougatoise a montré que beaucoup d'investissements dans l'immobilier sont réalisés à Dakar où les possibilités de gains sont plus importantes. A Dakar, le quartier de Fadhia au Parcelles Assainies, ressemble à une enclave lougatoise. La majorité de construction appartiennent à des émigrés lougatois.

Somme toute l'orientation quasi exclusive des investissements des émigrés lougatois vers le secteur de l'immobilier ne saurait remettre en cause les retombées économiques. On ne peut négliger les retombées directes de l'immobilier, son rôle moteur dans la relance des autres secteurs est réel. Les emplois induits par le bâtiment se renouvellent d'un chantier à l'autre. Une kyrielle de nouveaux métiers dans les bâtiments bénéficie des retombées de la manne financière émigrée investie dans le secteur. L'investissement immobilier est un investissement à forte intensité de main-d'oeuvre. Les artisans et commerçants engagés dans la production de matériaux entrant dans la construction de maisons ont vu leurs affaires se développer. Le commerce de matériaux de constructions importés d'Italie, de France ou d'Espagne assure la prospérité de beaucoup de commerçants

L'accumulation financière issue des investissements immobiliers permet de s'ouvrir vers d'autres secteurs d'investissement. En effet l'orientation de l'investissement migrant vers le secteur de l'immobilier n'est remise en cause que par quelques velléités d'investissement de quelques uns d'entre eux dans le commerce import-export de véhicule, de pièces détachées, de matériaux de construction, de services. La part de l'agriculture demeure encore très faible.

C/ LE TERTIAIRE ET LES SERVICES EN EXPANSION

Le secteur tertiaire constitue le domaine de prédilection des investissements des émigrés
après l'immobilier. Ce secteur est largement dominé par le commerce informel. En effet

le faible niveau d'instruction des émigrés lougatois ne permet pas à ces derniers d'entreprendre des investissements dans des secteurs qui nécessite des démarches administratives et la constitution de dossiers souvent complexes. A l'image des « baolbaol », l'émigré lougatois est un fin commerçant qui a acquis une certaine expérience du métier pendant sa migration. En investissant dans le commerce, certains émigrés créent un prolongement de leur activité en migration.

Dans le département de Louga, le commerce constitue le principal domaine d'intervention dans le secteur tertiaire et le principal pourvoyeur d'emplois en milieu urbain, en particulier pour les femmes et les néo-citadins. Plus de la moitié de la population active (58,10%) sont des travailleurs du secteur tertiaire35. Ce secteur est très dynamique dans le département. La faible performance de l'agriculture pousse une frange importante de la population à investir, grâce aux revenus migratoires, ce secteur. Détenu jadis par les Libanos-Syriens, le commerce est devenu aujourd'hui l'activité privilégiée des lougatois.

Le secteur a une capacité constante d'adaptation aux conditions changeantes de l'environnement économique local. Il fait vivre un grand nombre de personnes et contribue à la création de centaines d'emplois.

Tableau 19: Répartition des activités du secteur tertiaire dans le département de

Louga

 

LOUGA

 

LOUGA

Catégories

Total

Urbain

Catégories

Total

Urbain

Boulangerie

17

14

Gros

6

6

Bars

2

2

1/2 Gros

18

13

Restaurant

42

17

Détail

333

236

Hôtel

2

2

Quincaillerie

20

14

Taxi clando

53

38

Station Svce

7

6

Textiles

63

36

Librairie

4

4

Menuiserie

25

17

Dépôt Ciment

31

27

Ent. Transp.

10

6

Dépôt Gaz

6

5

Ent. Bâtiment

25

17

Foirals

9

3

Charbonnerie

15

12

Epicerie

4

4

Télé centres

89

62

Cyber café

18

17

Source : Chambre de commerce et de métiers de Louga

35 RGPH3, rapport régional Louga

Pour l'émigré, en investissant dans ce secteur, cela permet d'alléger les charges familiales et sociales qu'il assume. En effet, les bénéfices tirés de cette activité peuvent contribuer à réduire les envois monétaires qu'il effectue ou leur fréquence. Cependant, ce ne sont pas dans toutes les activités commerciales que l'émigré lougatois investit. Il existe des secteurs plus porteurs comme le commerce import-export de véhicules d'occasion, de pièces détachées, la vente de matériaux de construction, les boutiques d'habillement, les télécentre, les cyber café...

L'import-export représente un secteur très dynamique dans les investissements émigrés. C'est l'une des premières opportunités d'investissement à être exploité par les émigrés lougatois. Ce secteur, dans ses débuts ne nécessite pas un investissement colossal de la part de l'émigré. En effet, dans l'importation de véhicules d'occasions et de pièces détachées, la facilité d'obtention de la marchandise en Europe a permis à ce secteur de se développer très vite. Il suffit alors pour l'émigré d'assurer le convoi qui se fait généralement par voie maritime. Ce secteur présente un double avantage la disponibilité de la marchandise et des bénéfices considérables qu'ils procurent. M. T L, ancien émigré reconverti dans l'import-export de pièces détachées, explique que ce commerce procure entre 50 et 100% de bénéfices, raison pour laquelle il est très prisé dans leurs investissements. Au niveau de la commune de Louga, on dénombre plus d'une vingtaine de magasins de pièces détachées qui appartiennent dans leur quasi-totalité à des émigrés. L'import-export de matériel électroménager commence également à prendre son essor. Des magasins de bazars se sont spécialisés dans ce commerce.

Cependant un coup d'arrêt est venu frapper de plein fouet ce secteur depuis l'avènement de la loi sur les voitures importées au Sénégal36. Cela loin de décourager l'investissement émigré l'a réoriente dans la vente des matériaux de construction.

La vente de matériaux de construction : À Louga le désir de tout émigré est d'avoir un toit, de construire une villa splendide avec tous les éléments de confort. Pour une localité qui vit au rythme de l'émigration, il n'est pas étonnant que le secteur de la construction soit en pleine expansion. Les nouvelles constructions sortent de terre comme des champignons. Cet état de fait implique une forte demande en matériaux de

36 Cette loi interdit l'importation de véhicules de plus de cinq ans.

construction. Les émigrés lougatois désireux d'investir ont saisi l'occasion pour faire fructifier leurs capitaux. Actuellement, la vente de matériaux de construction à travers les quincailleries enregistre de nombreux investissements de la part des émigrés. Le secteur de l'aluminium et du marbre connaît également un développement fulgurant. Inconnu il y'a seulement quelques années, l'utilisation des ces matériaux est devenue incontournable dans les nouvelles constructions. L'évolution des matériaux utilisés (cf. chapitre 8) renouvelle constamment les opportunités d'investissement. Depuis quelques années le commerce de matériaux importés d'Europe du sud s'est taillé une place non moins importante dans les investissements des émigrés. En outre pour l'émigré, en investissant dans ce secteur, il se crée une clientèle dominée en majorité par les émigrés. Les emplois créés profitent plus aux hommes. Les femmes, quant à elles, évoluent dans la gérance des boutiques d'habillement, des télécentres et cyber café.

Les boutiques d'habillement : Au même titre que la vente de matériaux de construction, le secteur de l'habillement attire les investissements des émigrés lougatois. L'enquête que nous avons menée au niveau du marché central de Louga montre que plus des 3/4 de ces boutiques sont la propriété d'émigrés.

Les boulangeries : ce secteur est investi par les émigrés, principalement dans la communauté rurale de Niomré. En effet dans la localité, en dehors de l'association des émigrés qui évolue plus dans le social, certains émigrés ont préféré investir dans les boulangeries. Les deux qui alimentent le village et ces environs sont des fruits de l'investissement émigré. Ceci est bien vu par la population locale car elles emploient une quarantaine de personnes.

Les télécentres et cyber cafés : la situation des télécommunications dans le département de Louga a connu une évolution considérable ces dernières années. Avec l'avènement des télécentres, le téléphone est devenu un outil accessible à tous. Les statistiques de la SONATEL révèlent une augmentation de plus de 300% dans le marché des télécentres entre 1997 et 2005. L'introduction des TIC avec l'avènement des cyber cafés, a créé de nouveaux métiers. Les facteurs explicatifs de cette rapide croissance peuvent être liés à l'intérêt que les émigrés portent à ce secteur et à ses opportunités d'investissement. Dans la plupart des cas, l'émigré investi dans la création d'un télécentre pour se femme ou ses soeurs. En ^lus des emplois créés, les télécentres

financés par les émigrés permettent de procurer une autre source de revenus à sa famille.

D'autres domaines d'investissement existent et qui retiennent l'attention des émigrés. Certains émigrés relativement bien instruits s'attaquent à des secteurs jusque là inconnus des émigrés lougatois. Des projets dans le transport, l'hôtellerie, la transformation et la conservation des produits maraîchers... commencent à voir jour.

Cependant l'investissement dans le secteur agricole reste encore très timide.

D/ L'INVESTISSEMENT AGRICOLE TIMIDE

Le secteur primaire bénéficie de peu d'attention de la part des émigrés. Cette situation contraste avec le contexte local où plus de 70% de la population est rurale sans oublier que l'essentiel de la population migrante lougatoise provient du monde rural.

D-1/ les potentialités

Malgré sa localisation dans le domaine sahélien, l'agriculture lougatoise présente quelques potentialités d'exploitation. Le déficit pluviométrique en plus des aléas climatiques peut être contournés en raison d'investissements efficaces de la part des pouvoirs publics. La région de Louga dans sa totalité est prédisposée à une vocation agropastorale. Elle joue un rôle non moins négligeable dans l'économie nationale. Elle occupe le quatrième rang dans la production maraîchère.

Les ressources pédologiques, qui ont subi de profondes dégradations avec l'intensification de la culture arachidière de rente, peuvent être remobilisées grâce à l'apport de fertilisants et l'utilisation de moyens et/ou techniques agricoles adéquats. Dans la partie ouest du département, les Niayes présentent de grandes potentialités agricoles. Les étendues d'eaux formées au niveau des dépressions et la présence d'une nappe peu profonde favorisent le dynamisme agricole des Niayes. La libéralisation du secteur agricole, le désengagement de l'État vis-à-vis des producteurs commencent à engendrer des changements. De nouvelles cultures peuvent être tentées dans la zone.

Le complexe hydrographique que constitue le Lac de Guiers offre un potentiel en eau important pour l'agriculture irriguée. La micro irrigation inspirée des modèles de la ferme pilote de Keur Momar SARR ouvre des perspectives à exploiter. En outre l'amélioration du système traditionnel d'irrigation gravitaire qui domine encore, devrait assurer une meilleure productivité.

L'élevage offre également quelques potentialités puisque celui des bovins occupe la troisième place au niveau national derrière les régions de Tambacounda et de Saint Louis (Matam y compris), le deuxième rang pour les petits ruminants. L'élevage est la seconde activité de la région. La grande zone sylvo-pastorale constitue un parcours pour les troupeaux. La production laitière et de viande peut être améliorée grâce à des investissements consistants dans l'amélioration des races et le modernisation des élevages.

D-2/ Des investissements très faibles

Malgré les atouts que présente le secteur primaire (agriculture et élevage) l'investissement des émigrés demeure encore très faible dans ce secteur. Rares sont les émigrés qui après avoir amassé un capital suffisant s'orientent vers ce secteur qui peut être porteur de l'économie locale. A l'échelle départementale, les investissements agricoles engagés par les émigrés sont minimes comparés au volume des remises consacrées à l'investissement dans le secteur tertiaire. Peu d'études ont été faites sur la question, ce qui ne permet pas d'avoir des données fiables sur ces investissements.

Toutefois; les investissements qui existent, sont surtout orientés vers la zone des Niayes dans la culture maraîchère. Depuis quelques années nous dit O Nd37 un ancien émigré, « le secteur enregistre des apports financiers de la part des émigrés et ce sont les cultures spéculatives qui attirent de plus en plus les investisseurs ».

L'élevage bénéficie également, à un rythme encore plus lent, des investissements des
émigrés. Ceux ci sont surtout orientés vers la transformation des produits dérivés

37 Entretien du 29 juillet 2007

comme la transformation des produits laitiers. Cet intérêt qui commence à s'affirmer pour le secteur primaire est peut être du à la saturation du secteur tertiaire.

En définitive « on est passé d'une migration de subsistance à une migration d'accumulation. L'accumulation financière des émigrés peut-elle être le terreau sur lequel vont se développer les germes d'une économie de production? Il ne s'agit pas seulement d'injecter de l'argent dans un secteur ou un pays, pour contribuer à son développement. La multiplication d'investissements dits productifs est liée à un environnement institutionnel et économique favorable, des structures d'encadrement performantes, conformes aux perspectives de développement des émigrés, un esprit d'entreprise » (Fall A. S. op cit.)

Les émigrés ont été les éléments amortisseurs des effets de la dévaluation du franc CFA en 1994. Ils ont relancé la production immobilière en important des matériaux de construction. Cependant, l'orientation exclusive des investissements des émigrés vers la ville contribue au dépeuplement des campagnes, au vieillissement et à la féminisation des actifs ruraux, et à des changements dans les habitudes de consommation qui sont défavorables à la redynamisation de l'économie agricole régionale.

TROISIEME PARTIE :

Des impacts contrastés

Les transformations engendrées par les revenus migratoires sont nombreuses dans le département de Louga. Elles ont profondément modifié le paysage des villages et conduit à la régression du secteur agricole (chapitre 6). En milieu urbain, le développement de l'urbanisme et de l'habitat constitue les symboles de la réussite économique des émigrés (chapitre 7). Enfin le dernier chapitre traitera du rôle des émigrés dans le développement local.

L'émigration participe à une mise en relation de deux milieux différents. Entre pays du Nord et pays du Sud, le fait migratoire ne se limite pas seulement à l'aspect de la mobilité. Elle engendre de profondes mutations, aussi bien dans les espaces de départ, que dans les pays d'accueil. Les envois de fonds, les transferts de technologie, les changements sociaux sont autant de facteurs qui contribuent à rappeler la présence de l'émigration dans un lieu donné.

Dans le département de Louga, il n'est pas très difficile de cerner les effets des transferts migratoires. La dépendance de l'émigration est un fait très ancré dans les sociétés lougatoises. L'émigration vers l'Europe qui est relativement récente a contribué à modifier fortement la configuration spatiale aussi bien en ville qu'en campagne. Partis à la recherche d'un travail lucratif, les émigrés lougatois ont pour principal but le retour au pays, si possible en étant très riches afin d'investir l'économie locale. L'émigration par ses diverses retombées - monétaires et en nature sous forme d'équipements - a contribué pour une large part à modeler la structure socio-spatiale dans le département.

Cette émigration, d'une manière générale, répond à un besoin économique. En effet, l'objectif de l'émigré est de parvenir à entretenir sa famille. Les 3/4 des envois sont destinés à la satisfaction de besoins primaires liés à l'entretien de sa famille. Cependant, si l'émigré parvient à amasser suffisamment d'argent, alors il entreprend des investissements. En général les investissements des émigrés lougatois sont peu productifs et sont destinés à procurer une aisance sociale à la famille de l'émigré. Le secteur de l'immobilier et de la construction constitue leur domaine de prédilection. Ce qui crée un impact considérable dans la morphologie spatiale aussi bien dans la ville que dans les villages lougatois à fort taux d'émigrés.

Les transformations liées à l'émigration s'opèrent à un rythme soutenu. Le développement de l'immobilier et l'extension des espaces communaux et villageois sont autant d'impacts partagés entre le milieu urbain et le milieu rural. De même, les modèles architecturaux et les matériaux utilisés dans la construction ont considérablement évolués avec le mouvement migratoire. Cependant en zone rurale, on remarque l'apparition de « nouveaux modes de vie » liées surtout à la régression du

secteur agricole. Des comportements jusque là urbains pénètrent dans les campagnes lougatoises et commencent à les modifier.

Chapitre 1 LES EVOLUTIONS DANS L'ESPACE DE
DEPART : LE MONDE RURAL

Au Sénégal, rares sont les études qui se sont intéressées aux conséquences de l'émigration en milieu rural. Au départ, les études sur les migrations internationales ont mis l'accent sur les conditions d'émergence du phénomène et timidement sur les effets induits par ces mouvements de populations dans la vallée du fleuve Sénégal. Cependant, comme l'évoque Sylvie CHADEMAIL, (1998) « la migration n'est pas seulement vécue par celui qui la réalise mais aussi par tous ceux qui en connaissent l'existence ». Dans sa logique, elle affirme qu' «elle joue un rôle important pour de nombreux espaces. L'aménagement et l'avenir de nombreux villages ne dépendent pas seulement du nombre d'émigrés mais aussi des sommes envoyées».

Les difficultés écologiques et économiques de ces dernières décennies sont considérées comme l'un des premiers facteurs explicatifs de l'émigration au niveau des campagnes lougatoises. Ce mouvement, qui était d'abord dirigé vers les centres urbains comme Diourbel, Thiès, Touba et Dakar et dans une moindre mesure vers quelques pays de la sous région, est désormais exclusivement orienté vers l'Europe et les Etats-Unis. Cette migration qui semble se généraliser, constitue pour ces populations une solution de sortie de crise face au contexte économique national difficile surtout en milieu rural. Ainsi, ces émigrés deviennent de nouveaux espoirs pour leurs familles laissées au village, et qui dans bien des cas, dépendent exclusivement des revenus envoyés par ces derniers.

A/ LA TRANSFORMATION DU BATI ET L'EXTENSION DES

VILLAGES

Les revenus croissants de l'émigration ont des impacts sur la morphologie spatiale des villages lougatois. Les villages ne sont plus les même ; les premiers apports de la migration ont modifié leur physionomie. Dans les villages de Maka Bra Gueye, Djélerlou Syll ou Niomré qui ont servi de cas à notre étude, le fait migratoire est

fortement ancré dans les mentalités. Les discussions sur les réalisations de tel ou tel émigré constituent les principaux sujets de conversation de ceux qui ne sont pas encore partis.

Les revenus envoyés, en plus de l'entretien de la famille, servent à l'acquisition de biens immobiliers. Cela qui se traduit par un développement rapide des constructions avec des nouveautés dans les modèles architecturaux.

A-1/ La transformation du bâti

C'est en milieu rural que l'impact de l'émigration est plus visible dans le département de Louga. Il se lit aisément dans la morphologie et l'habitat villageois. L'immobilier est un important secteur d'investissement personnel pour les migrants qui, en attendant leur retour, offrent déjà à leurs familles de meilleures conditions de vie. Maintenant, des villas luxueuses avec tous les éléments de confort ont remplacé les cases en paille. Dans le village de Djélerlou Syll, ce qui frappe d'emblée le visiteur, c'est l'architecture des maisons qui n'ont rien de rural (photo 2). A l'intérieur des maisons, la présence de différents objets de la vie courante témoigne de l'implication financière des migrants dans le quotidien des familles. L'image traditionnelle des campagnes sénégalaises est dépassée dans cette localité. Les populations sont unanimes quant aux bienfaits de l'émigration.

Photo 2 : Une villa d'émigré à Djélerlou Syll

Photo : Papa Issa Ndiaye, octobre 2007

Le développement de l'habitat dans ces milieux n'a rien à envier à l'habitat des villes sénégalaises. D'ailleurs, c'est ce qu'explique un maçon que nous avons rencontré dans le village de Maka Bra Gueye. Pour lui, depuis quelques temps, les émigrés des villages proposent des modèles architecturaux en avance sur ceux de la ville. La tendance depuis quelques temps est aux constructions à étages. En plus les ruraux sont plus fantaisistes quant à l'image qu'ils veulent donner à leurs villas. L'originalité est très recherchée pour leurs modèles. En effet Mme Lö38 du service régional de l'urbanisme de Louga explique que pour les constructions en milieu rural, les émigrés se rapprochent très peu de leurs services pour les formalités administratives. Ils préfèrent copier sur le modèle du voisin tout en apportant quelques modifications.

L'image des villages lougatois s'en trouve profondément modifiée. Cela constitue une caractéristique essentielle de l'émigration en ces lieux. Le dynamisme du secteur immobilier ne s'arrête pas seulement aux maisons. L'émigré lougatois est très sensible aux besoins de sa communauté. Les forts liens d'appartenance à la communauté villageoise font que ces derniers sont très concernés par la mise en place d'infrastructures dans leurs villages. Les réalisations de mosquées ou de cases de santé constituent des opportunités pour l'émigré d'apporter sa contribution à l'équipement de leur village. Ces infrastructures tiennent un rôle symbolique dans les impacts des revenus migratoires. C'est ce qu'affirme Stéphanie LIMA « dans ce contexte, participer à la construction d'une mosquée marque un renouvellement d'allégeance au terroir et aux valeurs de la société » (Lima S. in Gonin P et Charef M, 2005)

Cependant, si la majorité des migrants se lance dans la construction d'édifices religieux, certains se lancent dans des projets de développement économique et social. Les écoles et les postes de santé introduisent peu à peu des ruptures dans l'image des villages. Dans certains villages, les réalisations issues de l'argent des émigrés vont plus loin. La route Louga - Djelerlou constitue un bel exemple d'ouvrage réalisé grâce à l'émigration et qui a un impact considérable sur la géographie locale et la mobilité des populations.

38 Mme Lô, technicienne au service régional de l'urbanisme de Louga. Entretien du 02/8/07

Photos 3 : Deux mosquée construites par les émigrés de Djélerlou Syll

Mosquée construite grâce au financement d'un émigré du village en Italie

Grande Mosquée où se tiennent également les cérémonies religieuses (Gamou, Magal)

Photos Papa Issa Ndiaye, octobre 2007

A-2/ L'extension des villages

Dans le même registre, cette propension des émigrés à la construction est le principal moteur du développement des villages. Certains villages, il y'a quelques temps peu étendus, atteignent, sous l'impulsion de l'émigration, des tailles remarquables. L'évolution accélérée dans certains villages a commencé avec le développement de l'émigration à Louga. Les limites des villages sont constamment repoussées par les nouvelles constructions qui sortent de terre à un rythme soutenu. La taille de certains d'entre eux, comme Niomré, mérite de reconsidérer les critères de définitions de la ville au Sénégal. Ce village, situé à 12 km de Louga, se singularise par sa taille qui lui donne l'allure d'une cité urbaine. Selon Ousmane Kanté39 « avant l'avènement de l'émigration, le village n'était pas aussi grand et on ne trouvait que des maisons en pailles ou en zinc. Depuis, cette architecture a presque disparu, laissant la place à de belles villas en dur. En plus, la valeur foncière a beaucoup évolué et le prix des terrains, situés sur la route avoisinent les 10 millions de franc FCA.»

39 Entretien le 06 avril 2007 avec Ousmane Kanté, président association des émigrés de Niomré

On retrouve la même situation dans le village de Djélerlou Syll. De deux concessions à la création du village il y'a V siècle, on en comptent actuellement 5840.

Photo 4 : Photographie aérienne du village de Djélerlou Syll

Source : image Google Earth

Les limites du village sont constamment repoussées par de nouvelles constructions des émigrés comme le montre la photo 4. Les périphéries du village ressemblent à un grand chantier et les villas sortent de terre à un rythme soutenu.

B/ LES NOUVEAUX « MODES DE VIE »

Les transferts migratoires ne se résument pas seulement aux envois monétaires. Les transferts de biens d'équipements, de technologies et parfois de certains comportements sociaux accompagnent les transferts migratoires jusque dans les villages les plus reculés du département. Certains comportements, caractéristiques de la civilisation urbaine, sont en train de faire leur apparition dans les campagnes lougatoises. En effet, certains

40 Chiffre obtenu à partir du recensement des services des impôts et domaines (avril 2007). Les concessions sont généralement très large et peuvent occuper tout le lot.

sociologues de l'ecole de Chicago41 soutiennent l'idée qu'il peut y avoir diffusion de la culture urbaine dans les campagnes, sans pour autant estomper les différences de lieux. Dans les pays développés, grâce aux migrations pendulaires de certaines populations qui habitent en campagne et travaillent en ville, on note une transposition des « modes de vie citadine» dans les campagnes notamment dans l'utilisation des éléments de confort. Dans les campagnes lougatoises, le contact de leurs fils avec d'autres réalités engendre également des variations dans leur mode de vie.

Grâce à l'argent des émigrés, le pouvoir d'achat de ces ruraux a sensiblement augmenté. Ce qui procure une plus grande liberté dans le quotidien des populations. En plus, avec l'électrification des villages et la télé-satellite les femmes passent désormais plus de temps devant le petit écran nous dit Baye Modou Syll.

D'autre part, l'émigré accorde beaucoup d'importance à l'éducation de ses enfants. Presque tous vont au primaire. Ce n'est qu'au secondaire que les abandons sont nombreux, quand le garçon atteint l'age d'aller en migration.

Avant l'avènement de l'émigration les activités tournaient autour de l'agriculture et de l'élevage. La survie de chacun dépendait de son travail agricole. Depuis que les fils des villages lougatois ont commencé à émigrer, il existe un apport substantiel de devise qui annule cette dépendance au travail agricole. Aujourd'hui les jeunes ont de moins en moins le goût du travail agricole. Dans l'attente d'un éventuel voyage, ils essaient de passer tant bien que mal leur journée. Ce sont des séances interminables de thé, des discussions qui n'en finissent pas... Ce que déplorent les anciens des villages qui dans leur jeunesse n'avaient pas tous ce temps puisque acculés par les travaux agropastoraux.

C/ UNE AGRICULTURE EN REGRESSION

Comme évoqué plus haut (chapitre 5), le secteur agricole bénéficie de peu d'investissements de la part des émigrés lougatois. La faiblesse de la productivité agricole, liée à la dégradation des conditions écologiques, n'encourage guère la relance du secteur.

41 On peut citer entre autre Simmel, Lee, Park

Au départ, les candidats à l'émigration du monde rural lougatois étaient essentiellement des actifs du secteur agricole. Cependant les difficultés qu'a connues le secteur furent à l'origine de leur départ en migration. Beaucoup de parents de ces émigrés ont pensé qu'après avoir amassé suffisamment d'argent, ces émigrés allaient donner un coup de pouce au secteur en proie à de grandes difficultés. Ce fut rarement le cas. Pire, dans certaines localités du département, l'apport substantiel de revenus de la part des émigrés a conduit à un délaissement progressif du travail de la terre par les jeunes au profit d'un futur espoir d'émigrer.

C'est un constat amer qui se dégage de la bouche de nombreux agriculteurs des villages lougatois qui éprouvent une grande déception - malgré leur total soutien au mouvement migratoire- par rapport à leurs attentes.

« La relance du secteur agricole pouvait se faire grâce à l'argent envoyé par nos fils. Mais cela n'est guère le cas. Dans le village, ce sont les mêmes moyens que l'on utilise depuis des décennies. De plus, avec la perte de bras, surtout les meilleurs en faveur de l'émigration, il n'y a pas une compensation avec l'utilisation de moyens plus efficaces pour la culture. Aujourd'hui même, les jeunes qui ne sont pas encore partis sont de moins en moins intéressés par le travail agricole. Il n'y a que nous les vieillards et les femmes qui nous occupons encore des champs. Les rendements sont faibles. Le travail fourni ne nous permet pas d'avoir de bons rendements. En période hivernale, c'est comme si dans le village on ne cultivait plus, tellement il y'a peu de gens qui vont encore aux champs. L'émigration est très différente de la période des « noranes » ou on pouvait passer toute la saison sèche en migration à travers les villes du pays, mais pendant la saison des pluies, tout le monde rentrait pour cultiver. »42

Ce témoignage est assez révélateur de la situation qui prévaut dans la plupart des
villages qui connaissent un fort taux d'émigration. Certains jeunes que nous avons
interrogés nous affirment qu'ils dépendent entièrement des revenus que leur envoient

42 Entretien avec Baye Badara Lo du village de Niomré, le 6 avril 2007

leurs parents en émigration. Ainsi, ils ne « se tuent » guère aux travaux champêtres pour des rendements médiocres.

Certes, la terre ne produit plus assez. Mais, ce qui contribue le plus à la décadence du secteur agricole dans le milieu rural lougatois, c'est la quasi dépendance de ces populations aux revenus migratoires. Dans certains villages, les potentialités de relance du secteur, grâce au lac de Guiers, sont peu exploitées. Le financement de l'agriculture de la part des émigrés pourrait rendre la situation meilleure. A l'image de ce qui se passe dans les pays maghrébins, les investissements agricoles ont permis de combler la perte de main d'oeuvre du fait de l'émigration. (Haj Ali Oulfa, op. cit.). De même au niveau de la vallée du fleuve Sénégal l'implication des émigrés à la culture irriguée a permis de fixer une part de la population et du coup d'assurer un dynamisme de ce secteur.

Dans le département de Louga, une intervention des émigrés dans le secteur agricole ne devrait pas être impossible. Certes, les interventions de l'Etat demeurent encore faibles voire inexistantes mais, une plus grande participation des émigrés à travers leurs fonds, serait bénéfique à la relance du secteur agricole. Les revenus migratoires, plutôt que de détourner la jeunesse avec le mythe du gain facile à l'étranger - et aussi leur force de travail- doivent plutôt les inciter au travail. D'autre part en milieu urbain -moins qu'en milieu rural- les impacts de ces revenus ont profondément marqué la physionomie du paysage. C`est ce qui ressort de l'analyse que nous proposons d'exposer dans le chapitre suivant.

Chapitre 2: LES IMPACTS EN MILIEU URBAIN

Les impacts des revenus migratoires sur le milieu urbain lougatois sont nombreux, mais moins diversifiés qu'en milieu rural. Ils se résument généralement au développement de l'immobilier et à la création de quelques activités économiques. Les émigrés sont des vecteurs de changements aussi bien dans le système social que dans la morphologie du paysage urbain.

Dans ce chapitre, l'analyse sera accès sur les mutations spatiales depuis l'avènement du mouvement migratoire.

.

A / LES TRANSFORMATION DANS LA MORPHOLOGIE URBAINE

Pour étudier les transformations dans la morphologie urbaine, il faut répondre à la question suivante : Louga a t-elle connu un changement véritable ces deux dernières décennies? Tout le monde accepte le fait que l'émigration a profondément modifié la structure et la morphologie spatiale de la commune. Dans les années 70, on avait tendance à comparer la commune de Louga à «un gros village» qui avait de la peine à intégrer son arrière pays et dont l'économie reposait essentiellement sur l'agriculture. A l'image des autres villes secondaires du pays, Louga a bénéficié de peu d'investissement de la part des autorités étatiques. Ce qui a longtemps laissé dans l'impasse la ville et qui ne pouvait compter que sur elle-même et sur dynamisme de ses fils.

Depuis la fin des années 80, qui correspond à l'essor de l'émigration lougatoise, la commune a commencé à enregistrer un apport substantif de devises grâce aux revenus migratoires. Cela s'est traduit par un accroissement des investissements, aussi bien sur le foncier que sur l'économie du secteur tertiaire. On assiste à une prolifération de petites activités commerciales qui viennent en apport à l'économie arachidiére. Les magasins de vente de pièces détachées, d'import-export font leur apparition dans le paysage urbain. La ville qui était réputée calme, commence à enregistrer un dynamisme. D'autre part, l'augmentation du pouvoir d'achat des populations lougatoises qui bénéficient désormais des revenus migratoires, impose une offre en services importante.

Pour des investissements destinés principalement au foncier et à l'immobilier, les incidences sur l'image de la ville seront sans contestes. Les constructions des émigrés restent particulières dans leurs aspects, leurs physionomies, leurs architectures et parfois même dans les matériaux utilisés. De ce fait, face à leur croissance extraordinaire, elles modifient carrément l'image, jadis, peu reluisante de la ville. Aux maisons traditionnelles ont succédé des villas qui font rêver plus d'un.

Enfin, on ne saurait taire l'impact considérable qu'a eu Feu El Hadji Djily MBaye sur le développement de la ville. Il fut un des premiers à encourager l'émigration lougatoise et à inciter les émigrés au retour et à investir dans l'économie de la ville, voire du pays. Son empreinte sur le paysage de la ville reste considérable. Beaucoup de ses réalisations ont contribué à faire de Louga ce quelle est aujourd'hui.

B/ ARCHITECTURE ET MATERIAUX

Le secteur de l'habitat et de la construction a connu, ces dernières années, une mutation remarquable du point de vue de l'occupation de l'espace. Les tendances récentes laissent entrevoir une présence marquée des émigrés dans l'édification de belles demeures en contradiction avec les poches d'habitats précaires dans tous les quartiers de la commune de Louga.

Le bâtiment exprime dans cette localité, «un élément de réussite et d'ascension sociale et entretient une fierté auprès des familles qui ont leur progéniture à l'extérieur» souligne un ancien conseiller municipal reconverti dans le secteur des BTP.

Dans la commune de Louga l'impact le plus visible des revenus migratoires se lit dans les transformations qui s'opèrent dans l'habitat à travers les modèles architecturaux. Partout, s élèvent des villas en terrasse et à étage (photos 5 et 6). Elles sont ensuite le plus souvent carrelées et le marbre couvre le plafond. Sur les balcons, dominent des vitres teintées, bien accrochées à des cadrans en aluminium. L'amélioration de l'habitat est incontestablement l'aspect le plus visible des mutations liées à l'émigration. Cet aspect est considérable. Nos entretiens et enquêtes nous permettent d'affirmer que presque tous les émigrés ont soit construit ou le projettent.

Photos 5 : Exemples maisons d'émigré à Louga

 

Le toit en tuile verte est une des caractéristiques de ces maisons

Cadrant en aluminium qui retient les vitres tintés

Carrelage qui se généralise sur les murs extérieurs

Photo : Exemple de maison d'émigré lougatois

le marbre est devenu incontournable dans les nouvelles constructions des émigrés

Photo : Chantier en construction d'une maison d'émigré

Photos : Papa Issa Ndiaye, octobre 2007

Cependant, l'évolution de l'architecture des villas et des matériaux utilisés, est indissociable de l'évolution du mouvement migratoire lougatois. En effet, chaque période a produit un modèle architectural dominant avec l'utilisation de certains types de matériaux dans la construction. Trois périodes ont pu être décelées dans l'évolution de l'habitat au niveau de la commune depuis l'avènement de l'émigration. Cependant quelle que soit la période, une chose demeure, l'émigré lougatois aspire au grand standing.

*Les pionniers : les premières maisons des émigrés étaient très simples. Elles étaient calquées sur le modèle d'une maison de famille traditionnelle sénégalaise avec plusieurs chambres. Le séjour (salon) n'était pas pris en compte, de même que la cuisine et les toilettes. Ces dernières étaient construites à l'extérieur, à l'écart du bâtiment. Ce modèle assez simple était couvert d'un toit en pente, le plus souvent en zinc ou tuile. Leurs particularités résidaient dans leurs couleurs souvent ocres, jaunes, orangées ou rosées. Ce modèle architectural qui a prévalu durant la fin des années 80, a été détrôné par les villas en terrasse.

Figure 6 : Façade principale des premières maisons d'émigré

Terrasse
en pente

Source : Direction de l'urbanisme de Louga, 2007

*L'arrivée de la deuxième génération d'émigrés dans les années 90 a marqué un changement véritable dans l'évolution du mouvement migratoire lougatois. De

nouvelles destinations ont commencé à émerger. L'Italie devient un pays de plus en plus visé par les émigrés. Cela a eu un impact sur le paysage immobilier lougatois. Des modèles importés de l'architecture occidentale font leur apparition dans le secteur immobilier. C'est la génération des villas en terrasse avec la cage d'escalier où dominent des tuiles vertes. Les maisons en pente sont progressivement abandonnées ou transformées en terrasses. Egalement, la cuisine et les toilettes commencent à être intégrées dans le bâtiment. Un émigré du quartier de Ndiang Bambodj explique sa mésaventure avec sa mère qui ne pouvait pas concevoir que la cuisine soit à l'intérieur du bâtiment. En effet, dans les sociétés sénégalaises, la cuisine et les toilettes ont longtemps étaient à l'écart des habitations, dans un coin de la maison.

Cette deuxième génération d'émigrés a donné une nouvelle impulsion à l'architecture des maisons. La dimension esthétique est de plus en plus prise en compte dans les nouvelles constructions. D'autre part, malgré la taille assez grande du bâtiment, le nombre de chambre diminue - 4 à 6 chambres- au profit d'un séjour et d'un garage pour la voiture. Les matériaux aussi évoluent. C'est le carrelage qui se généralise. L'importexport de matériaux de construction connaît un essor considérable. A l'intérieur des villas, presque tous les équipements sont importés. L'émigré se crée un style de vie particulier.

Photo 6 : Façade principale maison de la deuxième génération d'émigré

Carrelage sur tous les murs

Garage pour la voiture de l'émigré

Photo : Pape Issa Ndiaye, octobre 2007

*Actuellement les villas des émigrés prennent de plus en plus compte de la rentabilisation du terrain. Face à la forte spéculation foncière qui atteint des records, se développent les constructions en hauteur. Ils sont généralement l'oeuvre des émigrés « gauchers » car seuls eux peuvent supporter leurs coûts très élevés. Dans ces villas à étages, le rez-de-chaussée est souvent destiné à une activité commerciale (magasins) et les étages à usage d'habitation. Ce qui frappe au premier regard de ces villas est leur splendeur. Elles font rêver tous les jeunes et contribuent à entretenir le mythe de l'émigré très riche qui gangrène la société lougatoise. Les matériaux sont aussi nouveaux avec l'utilisation du marbre importé d'Italie et de l'aluminium

Photo 7: Façade principale d'une maison d'émigré avec magasin

Photo Papa Issa Ndiaye, octobre 2007

Ce développement de l'immobilier est sans répit. Les nouvelles constructions poussent comme des champignons aussi bien dans les poches vides des anciens quartiers, que dans les nouveaux lotissements des quartiers périphériques. Que se soit à Ndiang, Voile d'Or ou dans les autres quartiers de la commune, le secteur de la construction connaît un dynamisme remarquable. Louga reste le troisième client de la SOCOCIM pour la

fourniture en ciment derrière Dakar et Touba. Ces villas qui symbolisent la réussite de l'émigré ont joué un rôle déterminant dans le développement de la ville. Selon les autorités municipales, l'émigration est le moteur de l'urbanisation de la ville et constitue le principal facteur explicatif de l'extension rapide du périmètre communal.

C/ L'EXTENSION DU PERIMETRE COMMUNAL DE LOUGA

L'émigration joue un rôle d'accélérateur de l'urbanisation de la ville de Louga. Dans les quartiers plus le taux d'émigres est élevé, plus les constructions dans la localité sont nombreuses. Malgré son taux d'urbanisation assez faible (18,4% pour le département), le développement de la ville se fait suivant un rythme très rapide. Une évolution rapide sur le paysage et l'espace de la commune peut être observée depuis la fin des années 70 (voir carte 4). En effet, on constate une extension tout azimut des limites de la commune. De nouveaux lotissements sont mis en place. De nombreux quartiers ont vu le jour sous l'impulsion de la forte demande des émigrés.

En 1982, un CRD a été organisé pour attirer l'attention des autorités sur l'action de l'émigration qui est résolument orientée vers le secteur de l'immobilier. Les impacts de la demande de plus en plus forte en terrain implications sur le périmètre communal qui est très limité par la communauté rurale de Nguidilé. Ce constat a été pris en compte dans le PRDI, mais actuellement la situation a largement dépassé les projections des autorités.

Le périmètre communal a été considérablement élargi suite aux lotissements consécutifs et aux installations massives des populations. L'arrêté du 2 novembre 1954 fixait la superficie du périmètre communal à 1800 hectares. Actuellement la commune couvre 12 quartiers et s'étend sur 3035,25 hectares, soit une extension de 75%43 . Cet accroissement en moins de trois décennies est révélateur de l'impact de l'émigration dans le développement communal. En effet, avant 1975, l'évolution de la commune se faisait à un rythme lent. Les principaux quartiers étaient Thiokhna, Artillerie et Montagne. Ce n'est qu'après 1975 que des quartiers comme Keur Serigne Louga, Djang Bambodj, Voile d'Or ont commencé à se développer et à augmenter l'espace communal. Ces nouveaux quartiers ont la particularité d'avoir des taux d'émigration très élevés.

43 Commission domaine et foncière de la Mairie de Louga

Carte 4 : extension du périmètre communal de Louga Source : AQUADEV Louga, 2007

De nouveaux quartiers ou plutôt des « cités » apparaissent. Ces « cités », construites par les émigrés, ont la caractéristique de regrouper les membres d'une même descendance. C'est le cas de la « cité Mboubéne » à Ndiang Bambodj.

Un autre aspect de l'extension de la ville peut se lire à travers la croissance des demandes d'autorisation de construire. Même si ces dernières ont connu une décroissance (figure 7) durant les années 90, les facteurs explicatifs peuvent être corrélés à la situation économique locale avec la dévaluation du franc CFA. Le secteur de la construction a subi un coup d'arrêt. Cependant, depuis 1997, on note un regain dans les constructions qui se manifeste par des demandes de plus en plus nombreuses.

Figure 7 : Evolution des demandes d'autorisation de construire

Source : Service régional de l'urbanisme de Louga, 2007

Figure 8 : Les transformations socio-spatiales liées à l'émigration lougatoises. Schéma de synthèse

Impacts socio-spatiaux des revenus
migratoires dans le département de Louga

Transformations en milieu rural

-Au niveau de l'habitat

* Architecture des maisons * Matériaux utilisés

* Extension villageoise

-Au niveau agricole

* Faiblesse des rendements

* Réduction de la main d'oeuvre

*Abandon des champs

-Au niveau social

* De nouveaux modes de vie * Comportements urbains

Transformations en milieu urbain

-Urbanisation

* Morphologie urbaine * Architecture

* Matériaux

-Spéculation foncière

* Rôle de l'émigration dans le foncier

-Extension du périmètre communal

-Emergence économique *Emigration et investissement

Que se soit en milieu urbain ou en milieu rural, les impacts de ces revenus sont sensibles. Ils ont permis un développement sans précèdent du secteur immobilier ainsi que la construction d'infrastructures dans certaines localités. Cependant, les efforts devraient être orientés, voire canalisés pour un plus grand impact de ces revenus. Les différents efforts des collectivités locales et des associations d'émigrés vont dans ce sens. Malgré les multiples facteurs de blocages que se dressent devant eux, beaucoup de projets peuvent être réalisés. A l'heure actuelle, les émigrés ont une part à jouer dans le développement de leurs terroirs. L'émigré ne doit pas être seulement une source de devises pour sa famille, il doit participer dans un sens plus large au développement communautaire.

Chapitre 3 ROLES ET PLACE DES EMIGRES DANS LE DEVELOPPEMENT LOCAL

Depuis quelques années, l'émigration prend de plus en plus de place dans les politiques des pouvoirs publiques. Aussi bien dans les pays d'accueil que dans les zones de départ, la question ne laisse personne indifférente. Le rôle que l'émigré doit jouer comme acteur du développement reste certes partagé entre différents chercheurs, mais les actions des associations d'émigrés ont de plus en plus tendance à renforcer cette participation des émigrés dans la construction de leur terroir.

A- L'EMIGRE : ACTEUR DU DEVELOPPEMENT LOCAL ?

Cette partie s'inspire essentiellement des idées de la communication de Gonin P. et Charef M.44 lors du colloque « Emigrés - Immigrés dans le développement local », tenu à Saint Louis en 2003.

A-1/ Définition des concepts

Les deux notions « migration » et « développement » sont en elles-mêmes complexes et les mettre en relation contribue à amplifier cette complexité. En effet chacun y va pour définir ces deux termes. La migration désigne un changement de résidence habituelle avec franchissement d'une frontière selon une durée déterminée et des objectifs précis. Cette définition prend en compte les critères d'espace, de résidence, la dimension temporelle et dans une moindre mesure, l'activité. L'émigré est alors perçu comme une personne qui quitte son pays vers un autre à la recherche d'opportunités. Au delà de cette définition générique l'émigré lougatois est généralement appelé dans le vocable local « Modou-Modou », ce que Malick Ndiaye45 définit comme « un produit de la ville ou de la campagne qui vient d'une classe moyenne. C'est un être doté d'un esprit d'entreprise et d'initiative et qui fait montre d'un pragmatisme remarquable.

44 « Place et rôle des émigrés/immigrés dans le développement local » in émigrés/immigrés dans le développement local

45 Sociologue à l'IRD

Déformation du prénom wolof « Mouhamadou », actuellement le terme a un sens nouveau qui renvoie à des référents économiques ».

Quant au développement, on est dans le registre des concepts « valises ». Notion polysémique par excellence, « il peut être rural ou urbain, endogène ou exogène, local ou global, durable ou soutenable » (Gonin P op. cit.). Accolé au terme local « le concept interpelle tous les projets qui s'adressent à des actions situées dans un espace local ». Il a beaucoup évolué et devient de plus en plus d'actualité avec les implications pratiques des politiques de participation et de décentralisation que les programmes contribuent à promouvoir. A GIRARDEL, on entend par développement local une «mobilisation endogène d'acteurs locaux en vue de la réalisation d'un projet inscrit dans un territoire, permettant d'y vivre mieux (Magrin G. in Les Cahiers de GIRARDEL no5, 2007).

La mise en oeuvre du développement local est un « processus multidimensionnel d'élaboration de programmes d'actions indépendantes, et par ailleurs une convergence des résultats dont la cohérence ne peut se vérifier qu'après les réalisations » (Kébé, op. cit.)

Ainsi, cette relation entre migration et développement n'en demeure pas moins ambiguë. Elle traduit des réalités divergentes. Dans biens des situations, le départ est lié à la non-satisfaction des besoins élémentaires, une des caractéristiques des régions en difficulté. Ceux qui partent sont généralement les populations les plus jeunes. En associant ces deux termes, on doit aussi imaginer ce qui les oppose : rester ou partir dans son pays pour contribuer à son développement ? Partir pour mieux revenir ou durer en migration pour permettre aux autres - ceux qui sont restés- de vivre ?

A-2/ L'émigré : acteur du développement local ?

Dans toutes les zones à forts taux d'émigration de ses fils le débat reste le même : les revenus transférés par ces derniers font-ils de ceux-là des acteurs du développement ? Les points de vue divergent et le débat s'enrichit. Pour les pays d'émigration, les transferts monétaires des émigrés demeurent l'un des principaux facteurs avancés pour expliquer leur politique migratoire, en plus de la réduction du chômage et la possibilité de permettre aux familles d'émigrés d'avoir une vie économique décente. Dans le contexte de la décentralisation, le développement local prend beaucoup plus de relief et

devient l'affaire de tous. L'importance numérique des migrants dans le département de Louga explique pourquoi cette association entre migration et développement est devenue une réalité sociale, économique et politique. L'existence dans les pays d'installation d'associations de solidarité et d'entre aide entre migrants originaires d'un même terroir a été un puissant facteur incitatif aux projets de développement. A l'origine ces projets étaient focalisés sur des investissements sociaux (construction de mosquée, de poste de santé, d'école, etc.) mais ils intègrent de plus en plus les autorités dans la définition des projets pour un développement homogène.

Dans l'autre camp, dont les discours sont relayés par les pays d'accueil de ces émigrés, la perte des bras les plus valides constitue une entrave forte au développement des pays de départ. Malgré les remises transférées, il existe de moins en moins sur place des ressources humaines nécessaires pour créer les conditions idoines au développement. Le développement ne se résume pas à une affaire de « financement » mais il faut des ressources humaines capables de bâtir leur terroir et de permettre son essor. Actuellement personne ne remet en cause le fait que les émigrés lougatois engagent un certain nombre d'actions individuelles, avec pour objectifs l'amélioration de leur situation familiale. De même, les associations d'émigrés comme le Self Help, l'association des émigrés de Niomré, sont autant d'acteurs qui participent à la réalisation de projets à l'échelon local. La construction de centre de santé, de salles de classes, d'édifices religieux contribue au développement de ses localités.

Cependant, l'apport monétaire des émigrés, qui est systématiquement mis en avant, peut jouer un rôle incontestable en matière de développement local ; mais il ne peut avoir une portée véritable que s'il est intégré dans le cadre d'une planification homogène visant un aménagement réfléchi, qui intègre ces émigrés en tant que vrais acteurs du développement. Les collectivités locales doivent jouer ce rôle.

B- LES POLITIQUES DES AUTORITES LOCALES LOUGATOISES

Pendant très longtemps, l'émigration lougatoise s'est heurtée à la sourde oreille de la part des autorités locales. Ce mouvement qui, depuis près de trois décennies, gagne en importance grâce aux revenus transférés et à ces incidences démographiques était, peu ou pas pris en compte dans les actions de développement local. Au moment où les

revenus migratoires dans le département de Louga atteignent 20 milliards par an et constituent l'une des principales sources de revenus de nombreuses familles, l'émigration n'est que très peu prise en compte dans le PRDI de Louga. Si le développement fulgurant de l'urbanisation de la ville de Louga, dont la cause principale semble être liée aux impacts de l'émigration, a attiré l'attention des autorités administratives vers les années 80, la réaction des autorités locales elle s'est faite désirée. Ce n'est que vers la deuxième moitié des années 90 que quelques velléités de politiques en faveur des émigrés ont été initiées par la mairie de Louga.

Quant au Conseil Régional, des premiers efforts en faveur des émigrés ont été menés par l'équipe mise en place depuis l'alternance intervenue en 2000.

B-1/ La Mairie

Pendant très longtemps, il y a eu peu d'actions en faveur des émigrés. Ce n'est qu'après la création d'un Conseil Supérieur pour les Sénégalais de l'Extérieur que les émigrés ont commencé à être impliqués dans les plans de développement.

Le Président Abdou Diouf évoquait « les multiples facteurs qui concourent à ce que les émigrés soient des acteurs privilégiés du développement de notre pays. L'attachement qu'ils gardent à leur patrie, leur sens de la solidarité, leur générosité, l'expérience et la formation dont ils bénéficient au cours de leur séjour en dehors de nos frontières et, aussi, l'épargne que beaucoup d'entre eux réunissent, les désignent tout particulièrement pour remplir ce rôle éminent » (Kébé, op. cit.). L'Etat, de même que les collectivités locales, ont le devoir de les encourager. C'est ce qui a inspiré Madame A. Mb. Ndiaye, alors maire de la commune, d'initier un programme de logement en faveur des émigrés de la localité. Ainsi, face à la forte demande des émigrés en terrains de construction, la mairie avait initié un programme de distribution de parcelles dans la zone de Keur Serigne Bara. Ce fut le seul programme destiné spécifiquement aux émigrés et qui n'a malheureusement pas eu de suite.

Depuis lors, certaines actions sont entreprises, mais sans implication majeure des émigrés. En effet, l'émigré lougatois étant fortement ancré dans les mentalités villageoises qui accordent peu de confiance aux autorités - politiques- ce qui rend presque caduque toute action entre eux. Cependant la mairie attend beaucoup de ces émigrés, surtout dans la facilitation des accords de coopération entre les collectivités

locales des pays d'accueil de ces émigrés et la ville de Louga. C'est d'ailleurs sous l'intermédiation des émigrés que s'est tissé un accord de coopération entre la Commune de Louga et la ville de Turin en 2007. Le Conseil Régional, quant à lui reste plus sensible au rôle que les émigrés doivent jouer dans le développement local.

B-2/ Le Conseil Régional

Depuis la mise en place de l'équipe actuelle du Conseil Régional, le rôle des émigrés semble être de plus en plus pris en compte dans les efforts de développement régional. Ainsi, face à la problématique de l'émigration dans la région et aux nombreuses sollicitations des émigrés pour des projets de développement local, les autorités régionales ont organisé en janvier 2006 la première édition du « Forum des émigrés ». Cette manifestation avait pour but de donner la parole aux émigrés et de définir ensemble des programmes spécifiques pour que les « Modou-Modou » joue leurs partitions dans le développement de la région. Au sortir de ce forum intitulé « l'émigration : enjeux, problèmes et perspectives » le Conseil Régional a senti la nécessité d'ouvrir un Bureau des émigrés dans ses services.

Ce bureau a la charge de suivre les travaux du forum mais également d'initier les projets et programmes à mettre en oeuvre pour une participation plus accrue des émigrés dans le développement régional. Depuis peu d'actions ont été menées nous dit M Khoulé, responsable de ce bureau. Mais le manque d'action des autorités est pallié tant bien que mal par les associations d'émigrés dans chaque localité.

C- LE ROLE DES ASSOCIATIONS D'EMIGRES DANS LE DEVELOPPEMENT LOCAL

Dans le département de Louga, l'une des particularités de chaque localité est d'avoir une association regroupant tous ses émigrés repartis en Europe ou aux USA. Cette forme de regroupement s'inscrit dans une dynamique d'impulsion et de participation au développement du terroir. Ces associations interviennent pour la plupart dans le domaine de l'entre aide sociale à travers des actions de financement de projets à caractères sociaux. Deux de ces associations font l'objet de cette étude, choix qui est guidé par leurs différences de démarches et d'actions.

C-1- L'action de «Self Help»

C-1-a/ L'association

Njambour Self Help est une Association apolitique à but non lucratif créée en décembre 2001 par des ressortissants de la Région de Louga résidant en Europe. Soucieux de participer au développement de la région de Louga, ces émigrés ont senti la nécessité de se regrouper pour unifier leur force et contribuer à la construction de leur terroir. C'est ainsi qu'est née cette association dont le siège se trouve au niveau de la commune de Louga. L'objectif au départ, était de favoriser l'entre aide entre les émigrés, mais et surtout, fournir une assistance aux parents restés à Louga. Beaucoup d'actions de solidarité sont entreprises par les membres de l'association qui assurent son fonctionnement grâce aux cotisations versées.

Au fil du temps, le champ d'action de Self Help s'est élargi. L'association joue de plus en plus un rôle de facilitateur entre les collectivités locales du nord et les autorités locales de la région de Louga46. En effet, beaucoup d'accords de partenariat sont scellés entre l'Italie -qui est le premier partenaire de Self Help- et la région de Louga grâce à l'intermédiation des membres de l'association. On peut noter les partenariats avec :

 

la région italienne Emilio Romagna

l'hôpital de Bergamo (Italie) la Commune de Faenza (Italie) la COOPI. (Italie)

Province de Mantova (Italie)

A travers ces partenariats, les actions exécutées s'inscrivent dans une dynamique d'appui au développement local. Seulement, il faut noter que ces initiatives s'articulaient jusque là autour du secteur sanitaire. Désormais, avec l'appui du projet Initiatives de Co-développement, l'association recadre son secteur d'intervention qui va inclure l'éducation, la formation, l'hydraulique villageoise et les activités génératrice de revenus

46 Voire mémoire de maîtrise Moustapha Tine, section sociologie UGB, en cours.

C-1-b/ Les réalisations

Les activités déjà réalisées sont pour l'essentiel centrées sur des actions d'appui au secteur de la santé. D'autres projets sont en cours de réalisation et participent tous à l'épanouissement et au bien être des populations de la région. Dans l'entretien que nous avons réalisé avec le secrétaire permanent de Self Help47, ce dernier affirme que «le voeu de chaque émigré est de contribuer au développement de Louga. Cependant, dans l'individualité les résultats seront presque caducs. Ainsi, en regroupant les moyens, à travers l'association, il sera possible de s'attaquer à des secteurs comme la santé, l'éducation, etc., en apportant des équipements par exemple».

Le tableau suivant récapitule les actions déjà réalisées par l'association au niveau de la région.

Tableau 20: Réalisation Self Help

Actions

Bénéficiaires

Valeurs / Quantités

Prévention du choléra

08 familles religieuses le jour du Gamou.

153 Litres d'eau de Javel

Région médicale

180 litres d'eau de Javel 84 litres de grésil

150 000 F

Dotation en équipement et matériel sanitaires

Postes de santé

21 lits = 630 000 F

Poste de santé de Linguère

1 Ambulance = 1 220 000 F

Commune de Louga et Kébémer

2 Corbillards = 4 640 000 F

Hôpital régional de Louga

1 appareil échographique =

1 417 000 F

Hôpital régional de Louga

Une développeuse automatique = 5 070 000 F

Hôpital régional de Louga

152 Blouses = 1 320 000 F

 

Matériel de Nettoiement =

2 936 518 F

Hôpital régional de Louga

Rétinographe = 97 500 000 F

Hôpital régional de Louga

Lit d'accouchement = 325 000 F

115 058 518 F

Dotation en médicaments

Conseil régional de Louga
Hôpital régional de Louga

Anti rétroviraux = 2 500 000 F

Association Suxali

Maïmouna et Action pour le développement du Niambour

Lots de médicaments = 5 000 000 F

Région Médical

Lots de médicaments =

47 Entretien le 3 septembre 2007

 
 

15 000 000 F

 

Centre de Santé de Louga, Linguère, kébémer, Communes et Communautés rurales, Maison d'arrêt, école coranique de Koki

Lots de médicaments = 3 F

937 000

26 437 000 F

 

TOTAL

141 645 518 F

 

D'autres activités en cours

Projet de SAMU avec la région italienne Emilio Romagna ;

Projet de coopération entre l'hôpital de Bergamo (Italie) et le Centre ; hospitalier Régional Amadou Sakhir Mbaye de Louga ; Financement d'un projet de goutte à goutte d'une valeur de 35.000.000 F CFA à Gankette par la Commune de Faenza sous la supervision de Self Help ;

Projet de construction d'un service sanitaire Médico-social ; Construction d'un poste de santé à Ndièye Satouré CR Sakal en coopération avec la COOPI.

Aujourd'hui le Self Help travaille en étroite collaboration avec les collectivités locales de la région de Louga. La Mairie de Louga, de même que le Conseil Régional, joue pour l'association, un rôle de répondant officiel dans les partenariats avec les collectivités locales étrangères. Certes, l'engouement que suscite l'association depuis sa création n'est plus le même mais, les diverses actions menées, grâce au financement des revenus migratoires et des partenaires, participent au développement de la région et par là donne à ces émigrés un sentiment d'utilité.

C-2/ L'association des émigrés de Niomré

C-2-a- L'association

L'association des émigrés de Niomré fait partie de l'une des premières associations d'émigrés fondées dans la région de Louga. Sa création date de 1978. Elle est ouverte à l'ensemble des fils du village de Niomré émigrés en Europe. L'objectif est l'entre aide entre les émigrés de la localité, mais aussi, l'appui à la mise en place d'infrastructures

dans le village. A la différence du Self Help, l'association des émigrés de Niomré ne bénéficie pas de partenariat avec les collectivités locales étrangères. Les différents projets réalisés par l'association ont été financés par les cotisations de ses membres. Cotisations :

Cotisation annuelle = 110 Euros

Caisse d'entre aide = 100 Euros/ an

L'association compte 800 membres qui cotisent régulièrement. A travers l'association, les émigrés s'impliquent activement dans les résolutions des problèmes socioéconomiques de la localité.

C-2-b- Les réalisations

L'association a toujours oeuvré pour le développement de Niomré. En s'attaquant aux domaines sanitaire et religieux différentes réalisations ont pu être menées à terme grâce au dynamisme de ses membres. A son actif l'association compte :

La réhabilitation, l'élargissement et l'équipement du centre de santé mis sur place par l'Etat ;

Achats d'ambulances et de médicaments ;

La prise en charge complète du fonctionnement du centre et du personnel de santé (infirmier, sage femme, chauffeur, ambulance) ;

Achat de moto pompe à 13 millions et entretien du forage. Chaque année l'association participe à hauteur de 3 millions pour rendre l'eau buvable ;

La mise sur place d'une radio communautaire fonctionnelle ;

La construction de la grande mosquée du village ;

La participation au financement des activités religieuses du village grâce au fond de la caisse d'entre aide ;

Enfin, une des particularités de cette association réside dans le fait qu'elle assure l'entretien des familles en difficultés, surtout lorsque l'émigré de la famille se trouve en difficultés en Europe.

Conclusion générale

Composante essentielle de la mondialisation, la migration internationale en est, à plus d'un titre, le parent pauvre. En effet, la flagrante contradiction entre le protectionnisme migratoire des pays nantis et le souhait de plus en plus répandu des populations démunies de tenter leur chance au-delà de leurs frontières a pour conséquence la multiplication des réseaux clandestins et la précarisation de la situation des migrants. Cette situation résulte certes de la déréglementation consécutive à la crise économique, mais aussi du mythe de l'eldorado européen entretenu par les sommes envoyées.

Pendant très longtemps l'hexagone fut la destination favorite des émigrés lougatois. Depuis les années 90, il y a un glissement vers les pays de l'Europe du sud, particulièrement l'Italie et l'Espagne.

Les transferts de fonds qui les accompagnent, s'accroissent également de manière considérable depuis prés de deux décennies. Ils sont une composante essentielle de l'économie du département. Les différentes structures officielles de transferts d'argent sont aujourd'hui de plus en plus concurrencées par les réseaux de transferts informels. Cela n'empêche que les sommes envoyées génèrent d'importantes mutations dans la configuration socio-spatiale, aussi bien en ville, qu'en campagne.

Dans l'analyse que nous avons effectuée, il ressort que l'accélération de l'urbanisation et le développement de l'habitat dans la commune sont indissociables du phénomène migratoire. Cependant, c'est en milieu rural que les impacts de l'émigration sont plus visibles. Ayant participé au déclin du secteur agricole, ces revenus ont introduit de nouveaux styles dans la manière de vivre de ces populations. La dépendance vis-à-vis de ces transferts devient d'autant en plus forte que le taux d'émigration est élevé dans la localité. Enfin, et ce qui est une caractéristique essentielle de l'émigration dans ces villages, l'architecture des maisons, qui n'est rien d'autre qu'une transposition des modèles architecturaux des pays d'accueil, modifient le paysage des campagnes.

Du côté des autorités gouvernementales et locales, les efforts pour mieux encadrer les migrants, et du coup, les revenus transférés, restent souvent sans effets. A l'heure actuelle, il demeure difficile de parler de développement local sans tenir compte des actions des émigrés. Ainsi, à travers des associations fondées sur les liens d'origine,

beaucoup d'actions sont réalisées et qui entrent dans le cadre du développement de leur localité. Certes, si beaucoup acceptent l'émigré comme acteur du développement, il ressort que des actions isolées, qui ne sont pas intégrées dans une planification cohérente et harmonieuse, demeurent peu pertinentes. L'investissement dans des domaines productifs des envois de fonds est un préalable pour une meilleure participation des émigrés au développement.

La problématique des revenus migratoires dans les espaces de départ reste inachevée. Même si plusieurs auteurs en ont consacré leurs recherches, dans la région de Louga, beaucoup de perspectives de recherche s'offrent. Il serait intéressant, dans un milieu à vocation sylvo-pastorale, d'approfondir les interactions entre émigration et agriculture. De même, en milieu urbain, la problématique de l'urbanisation et de l'émigration mérite d'être réactualisée.

Les impacts de l'émigration ne se limitent pas à ces aspects évoqués. Il incombe, aux chercheurs, d'ouvrir encore des perspectives plus intéressantes sur ce thème d'actualité.

BIBLIOGRAPHIE

1- ANDS, 1993 « Enquête sur les migrations et l'urbanisation au Sénégal (EMUS) »

2- BA Awa, 1995-1996, « L'impact de l'environnement socioculturel et politicoéconomique sur les stratégies d'accumulation et d'utilisation du profit chez les acteurs de l'informel : l'exemple des « Modou-Modou» du département de Louga » Mémoire de maîtrise, Saint Louis, UGB.

3- BA Cheikh Oumar, 1996, « Dynamiques migratoires et changements sociaux au sein des rapports jeunes/vieux des originaires de la vallée du fleuve Sénégal» thèse de troisième cycle, Département Anthropologie, Dakar, UCAD, 288p

4- Cerstin SANDER & Issa BARRO, 2004 « Étude sur le transfert d'argent des émigres au Sénégal et les services de transfert en microfinance», Social Finance Programme, Document de Travail (No. 40)

5- CHADEMAIL Sylvie, 1998 « Migrations internationaux et diasporas », Paris, Armand Collin, 188p

6- CHAREF Mohamed et GONIN Patrick, 2005, « Emigrés - Immigrés dans le développement local », Agadir (Maroc), ORMES, 361p.

7- Conseil régional de Louga, « Plan Régional de Développement Intégré de Louga », Novembre 2004, 98p

8- COUSSY Jean et VALLIN Jacques, 1996 « Crises et politiques en Afrique : crises économiques, politiques d'ajustement structurel et dynamiques démographiques» CEPED, ORSTOM

9- DAUM C, 1994, « Ici et là-bas, immigration et développement, les associations des émigrés ouest africain en France », Migration et développement, vol 6, No 32, mars avril, pp 99-110

10- DURUFLE Gilles, 1988, « L'ajustement structurel en Afrique (Sénégal, Coté d'Ivoire, Madagascar) »Paris, Khartala

11- FALL Abdou Salam, 2003, « Enjeux et défis de la migration internationale de travail ouest-africaine» Cahiers de migrations internationales 62f , BIT, Genève, Secteur de la protection sociale programme des migrations internationales bureau international du travail, 51p

12- FALL Papa Demba, 2003 « Migration internationale et droits des travailleurs au Sénégal » UNESCO, Section de la migration internationale et des politiques multiculturelles, SHS/2003/MC/5, 49p

13- FALEH Ali, et al. 2001 « Impacts de l'émigration marocaine vers l'Espagne sur le développement régional et les transformations socio-spatiales dans la région

Alhoceïma-taza-taounate» Département de Géographie, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Saïs-Fès Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès. Maroc, 12p

14- GAUDE (Jacques), (sous dir.), 1982 - « Phénomène migratoire et politiques associées dans le contexte africain », B.I.T., Genève, 298 p.

15- KEBE Ndongo Mané, 2006 - 2007, « Impact local des revenus migratoires dans le département de Louga : approche socio-économique» Mémoire de maîtrise, UFR des Sciences économiques et de gestion, Saint Louis, UGB, 82p

16- LAVIGNE-DELEVILLE Philippe, 1991, « La rizière et la valise, irrigation, migration et stratégies paysannes dans la vallée du fleuve Sénégal» Paris, Syros- Alternatives, 231p

17- LY El Housseynou et al. ? Mars 1999 « Diagnostic des politiques sociales au Sénégal»

18- MAGRIN Géraud, « le développement local introuvable » in « Les cahiers de GIRARDEL », No5, octobre 2007

19- MARFAING Laurence, 2003 « Les sénégalais en Allemagne : quotidien et stratégies de retour» Paris, Khartala

20- Ministère de l'économie et des finances, novembre 2004, « Situation économique et sociale de la région de Louga », 87p

21- MINVIELLE J-P, 1985 « Paysans migrants du Futa Toro », Paris, éditions de l'ORSTOM

22- NDIAYE Malick, 1998 « Les « Modou-Modou » ou ethos du développement au Sénégal, Presse Universitaire de Dakar

23- NDIONE Babacar, 2004 « Tendances récentes des migrations internationales dans le Sénégal urbain. Existe-t-il une dynamique de quartier ? Les exemples de Dakar, Touba et Kaolack ». 23p

24- NOIN Daniel, 2001 « Géographie de la population »Paris, Armand Collin

25- OCDE, 2005 « Migration, transfert de fonds et développement », OCDE, 386p

26- PARROT Laurent, 1993, « Le rôle des transferts migratoires dans l'économie des ménages de la vallée du fleuve Sénégal » Dakar, ORSTOM

27- Rapport forum des émigrés (4 - 5 janvier 2006), « l'émigration : enjeux, problèmes et perspectives » Conseil Régional de Louga

28- Résultats du troisième recensement général de la population et de l'habitat - (2002) rapport de présentation, mars 2007, Sénégal

29- ROBIN Nelly, 1997 « L'atlas des migrations Ouest africaines vers l'Europe de 1985 à 1993» Paris, éditions de l'IRD,

30- SAMB Al Assane, 2003-2004 « Emigration et lutte contre la pauvreté : analyse socio anthropologique de l'impact de l'émigration sur la lutte contre la pauvreté dans la commune de Kebemer » mémoire de maîtrise, Saint Louis, UGB.

31- SARR Moustapha « Louga et sa région : essai d'intégration des rapports villecampage dans la problématique du développement » Dakar, IFAN

32- SAVINA Ammassari « Gestion des migrations et politiques de développement: optimiser les bénéfices de la migration internationale en Afrique de l'Ouest » cahiers de migrations internationales, 72F, Genève, BIT, 99p

33- SIMON G, 1990, « Les effets des migrations sur les pays d'origines : le cas du Maghreb» Paris, éditions SEDES,

34- TALL S. M, 1994 « Les investissements immobiliers à Dakar des émigrants sénégalais», Revue Européenne des Migrations Internationales. Vol. 10, n03 : pp. 13- l5

35- TOURE Moriba et FADAYOMI T.O. « Migration et Urbanisation au Sud du Sahara : Quels impacts sur les politiques de populations et de développement ? », Dakar, CODESRIA

LISTE DES FIGURES ET CARTES

CARTES

Carte 1 : Département de Louga 24

Carte 2 : Destinations des émigrés à partir des principaux foyers de départ dans le

département de Louga 48

Carte 3: Localisation des structures de transfert d'argent dans la commune de Louga. 61

Carte 4 : extension du périmètre communal de Louga ..96

FIGURES

Figure 1 : Diagramme pays de destinations des émigrés lougatois 50

Figure 2: Pyramide des ages du département de Louga en 2002 53

Figure 3: Circuits de transferts le plus utilisés par les émigrés du département de Louga 63
Figure 5: Histogramme Evolution des transferts au Money Gram (CNCAS) de 2002 à

2006 ..66

Figure 6: Diagramme de fréquence des envois 67

Figure 7 : Façade principale des premières maisons des émigrés ..92

Figure 8 : Evolution des demandes d'autorisation de construire 97

Figure 9 : Les transformations socio-spatiales liées à l'émigration lougatoises. Schéma

de synthèse

..98

PHOTOS

 

Photo 1: Concentration des points de transferts en centre ville

59

Photo 2 : Une villa d'émigré à Djélerlou Syll

82

Photos 3 : Deux mosquées construites par les émigrés de Djélerlou Syll

..84

Photo 4 : Photographie aérienne du village de Djélerlou Syll

85

Photos 5 : Maisons d'émigrés à Louga

91

Photo 6 : Façade principale maison de la deuxième génération d'émigré

.93

Photo 7: Façade principale d'une maison d'émigré avec magasin

94

 

116

TABLEAUX

Tableau 1: Evolution des moyennes pluviométriques annuelles de la région 22

Tableau 2: Découpage administrative de la zone d'étude ..25

Tableau 3: Caractéristiques démographiques et distribution spatiale de la population . .25
Tableau 4: répartition des quartiers dans la commune de Louga, 2004 .26

Tableau 5: Situation pluviométrique dans le département de Louga par rapport aux 3 Normales 30

Tableau 6: Pluviométrie annuelle dans la commune de Louga et l'arrondissement de Mbédiéne 31

Tableau 7: Evolution des superficies et de la production agricole dans le département de

Louga

..34

Tableau 8: Répartition par sexe de la population émigrée

.44

Tableau 9: Répartition par age de la population émigrée

45

Tableau 10: Situation matrimoniale des émigrés

45

Tableau 11: Répartition des émigrés selon l'appartenance religieuse

46

Tableau 12: Appartenance ethnique des émigrés

47

Tableau 13: Effectif et répartition par sexe de la population en 1976 et 1988 à Louga..52

Tableau 14: Structures officielles de transferts d'argent

57

Tableau 15: montant moyen des transferts réguliers

.64

Tableau 16 : Montants transférés au niveau de Western union de la Poste centrale......

65

Tableau 17 : Montants transférés au niveau de Money Gram, CNCAS

..66

Tableau 18: Domaines investissements des émigrés

70

Tableau 19: Répartition des activités du secteur tertiaire dans le département de

 

Louga

.73

Tableau 20: Réalisation Self Help

106

TABLE DES MATIERES

REMERCIEMENTS

...2

SIGLES ET ACRONYMES

3

SOMMAIRE ..

.4

INTRODUCTION

5

PROBLEMATIQUE

8

CADRE ET OBJECTIFS DE LA RECHERCHE

..12

METHODOLOGIE

13

1- La revue bibliographique

13

2- La phase de visite et d'enquête de terrain

..15

 

2-1 l'information préliminaire auprès des services techniques et des diverses institutions

..15

2-2- Choix des sites d'études 16

2-3- L'enquête 17

3- Traitement des données ..17

3-1 - Les données alphanumériques (statistiques) 18

3-2- Les données cartographiques 19

PREMIERE PARTIE : Origines et originalités de

 

l'émigration lougatoise

...20

Chapitre 1: PRESENTATION DE LA ZONE D'ETUDE

.21

A/ PRESENTATION SUCCINCTE DE LA REGION DE LOUGA

21

B/ PRESENTATION DES ZONES D'ETUDES

23

B-1/ La commune de Louga

26

B-2/ Les communautés rurales de Ngidilé et de Niomré

27

B-2-a/ La communauté rurale de NGuidilé

27

B-2-b/ La communauté rurale de Niomré

28

Chapitre 2 : DE LA CRISE DE L'ARACHIDE AUX EFFETS

DES POLITIQUES D'AJUSTEMENT STRUCTUREL : L'EMIGRATION, UNE SOLUTION A LA DEGRADATION DES CONDITIONS DE VIE ...29
A/ CONTRAINTES CLIMATIQUES ET DIFFICULTES DE

L'AGRICULTURE 30

A-1/ Contraintes climatiques ..30

A-2/ Difficultés de l'agriculture .31

B/ LES EFFETS DU CONTEXTE ECONOMIQUE ET DES

POLITIQUES D'AJUSTEMENT STRUCTUREL 35

C/ L'EFFET DU SUIVISME .37

Chapitre 3 : EVOLUTION DU MOUVEMENT

40

MIGRATOIRE

A/ L'EMIGRATION AU SENEGAL: l'émigration toucouleur dans la

vallée du fleuve Sénégal

40

A-1/ Les origines

40

A-2/ Organisation

41

A-3/ Impacts

42

B / CARACTERISTIQUES DE L'EMIGRATION LOUGATOISE

43

B-1/ Aspects démographiques

44

B-1-a/ Age et sexe

..44

B-1-b/ Situation matrimoniale, appartenance ethnique et religieuse

.45

B-2/ Destination et organisation de l'émigration internationale

lougatoise 47

B-2-a/ Destination des émigrés lougatois 49

B-2-b/ Organisation de l'émigration internationale lougatoise 51

C/ EMIGRATION ET EVOLUTION DEMONGRAPHIQUE DANS LES

ZONES DE DEPART 52

DEUXIEME PARTIE : L'argent des émigrés 56

Chapitre 1: LES REVENUS MIGRATOIRES A LOUGA 56

A/ INSTITUTIONS ET MODES DE TRANSFERTS 57

A-1/ Structures de transferts 57

A-2/ Modes de transferts 62

B/ MONTANTS DES TRANSFERTS ..63

B-1/ Montants des transferts selon l'institution ..64

B- 1-1/ Western Union 64

B-1-2/ Money Gram 66

C/ FREQUENCE DES TRANSFERTS ET UTILISATION DES REVENUS ..67 Chapitre 2 : LES PRINCIPAUX SECTEURS

D'INVESTISSEMENT DES EMIGRES 69

A- DOMAINE D'INVESTISSEMENT DES EMIGRES LOUGATOIS 69

B/ LES INVESTISSEMENTS DANS L'IMMOBILIER ..71

C/ LE TERTIAIRE ET LES SERVICES EN EXPANSION .72

D/ L'INVESTISSEMENT AGRICOLE TIMIDE .76

D-1/ les potentialités 76

D-2/ Des investissements très faibles .77

TROISIEME PARTIE : Des impacts contrastés 79

Chapitre 1 LES EVOLUTIONS DANS L'ESPACE DE

DEPART : LE MONDE RURAL 81

A/ LA TRANSFORMATION DU BATI ET L'EXTENSION DES

VILLAGES 81

A-1/ La transformation du bâti 82

A-2/ L'extension des villages .84

B/ LES NOUVEAUX « MODES DE VIE » .85

C/ UNE AGRICULTURE EN REGRESSION ..86

Chapitre 2 : LES IMPACTS EN MILIEU URBAIN 86

A / LES TRANSFORMATION DANS LA MORPHOLOGIE

URBAINE 89

B/ ARCHITECTURE ET MATERIAUX 90

C/ L'EXTENSION DU PERIMETRE COMMUNAL DE LOUGA .95

Chapitre 3 ROLES ET PLACE DES EMIGRES DANS LE

DEVELOPPEMENT LOCAL ..100

A- L'EMIGRE : ACTEUR DU DEVELOPPEMENT LOCAL ? 100

A-1/ Définition des concepts 100

A-2/ L'émigré : acteur du développement local ? 101

B- LES POLITIQUES DES AUTORITES LOCALES

LOUGATOISES 102

B-1/ La Mairie ..103

B-2/ Le Conseil Régional .104

C- LE ROLE DES ASSOCIATIONS D'EMIGRES DANS LE DEVELOPPEMENT LOCAL ..104

C-1- L'action de «Self Help» 105

C-1-a/ L'association 105

C-1-b/ Les réalisations 106

C-2/ L'association des émigrés de Niomré ..107

C-2-a- L'association 107

C-2-b- Les réalisations 108

110

BIBLIOGRAPHIE 112

LISTE DES FIGURES ET CARTES 115

TABLE DES MATIERES 117

ANNEXES 121

Conclusion générale

Annexes

Annexe 1

QUESTIONNAIRE POPULATION VILLE / VILLAGE

SECTION 1 : IDENTIFICATION

..

101- Numéro dossier

 
 

102- Sexe

Masculin

 

1

Féminin

 

2

103- Age

 
 

104- Ou êtes vous né ?

 
 

Dans la ville / village

 

1

Dans une autre localité du pays

 

2

à l'étranger

 

3

105- Quelle est votre ethnie ?

 

1

wolof

hapuular

 

2

autres

 

3

106- Quelle est votre caste ?

 

1

guér

guéwel

 

2

teugue

 

3

laobé

 

4

autres

 

5

107- Quelle est votre religion ?

 
 

Musulmane

tidjane

 

1

mouride

 

2

khadrya

 

3

autres

 

4

Chrétienne

 
 

Catholique

 

5

protestant

 

6

autres

 

7

108- Avez-vous été à l'école ?

 
 

École française

 

1

École arabe

 

2

École coranique

.3

 

109- Exercez vous une activité professionnelle ?

oui .1

non .2

110- Dans quel domaine

Fonction publique 1

informel .2

activité agricole 3

Autres (précisez) 4

SECTION 2: MIGRATIONS

201- Combien de parents émigres avez-vous ? 1

202- Que représentent-ils dans votre famille

Fils .1

Mari 2

Frère/soeur 3

Cousin ....4

Autre 5

203- Age ..1

204- Ou est-il né ?

Dans le village / ville 1

Ailleurs 2

205- Où vivait-il avant de partir ?

Dans le village/ ville 1

Dans une autre ville, precicer 2

206- Que faisait-il avant de partir ?

Chômeur 1

Travailleur informel 2

Travailleur agricole 3

Autres (préciser) 4

207- Quel est le motif de la migration ?

Amélioration des conditions de vie 1

Manque de travail 2

Possibilité de gain plus importantes 3

Autre, preciser .4

208- Où est-il ?

France 1

Italie 2

Espagne 3

Etats-Unis 4

Autres (préciser) .5

209- Comment est-il parti. (Si 2 expliquer) ?

Trajet direct .1

Trajet avec escale 2

210- Qu'est qui a guide le choix de leur destination ?

Existence de réseau de parente .1

Facilité d'accès au pays d'accueil 2

autres 3

211- Combien d'années passées en migration ?

Moins de 1 ans 1

1 a 3 2

3 a 6 3

6 a 10 4

Plus de 10 5

212- Combien de fois est-il revenu au pays ?

0

.1

1

2

2

.3

3

4

4

.5

Plus de 5

6

213- Est-il marié ?

 

Oui

1

Non

2

214- Si oui combien d'enfants

 

215- où est sa famille ?

Ici au Sénégal 1

Avec lui en émigration .2

216- Quel est le nombre de personne en charge

SECTION 3 REVENUS

?

MIGRATOIRES

.1

2

301- Envoie-il de l'argent ?

Oui

Non

302- Quelle est la fréquence des envois

1 fois/ mois

 

1

1 fois/2 mois

 

2

1 fois/ 3 mois

 

.3

Autre (préciser)

 

4

303- Quel est le montant de ces envois

?

 

50 000 a 100 000

 

.1

100 000 a 200 000

 

2

200 000 a 300 000

 

3

Plus de 300 000

304- Quel moyen de transfert utilise t-il ?

 

4

Mandats postaux

 

....1

Virements bancaires

 

2

A l'aide d'un tiers,

préciser

 

3

Autre

 

4

305- Envois t-il autre chose que de l'argent ?

 
 

Oui

 

1

Non

 

2

306- Si oui, quoi ?

 
 

Matériel électroménager

 

.1

Automobile

 

2

Matériel agricole

 

.3

Autre (préciser)

 

4

307- Disposez-vous d'une autre source de revenus

?

 

Oui

 

1

Non

 

2

308- Si oui laquelle ?

Agriculture/élevage 1

Commerce 2

Immobilier 3

Autre (préciser) .4

309- Quel utilisation faite vous de ces revenus migratoires ?

Dépense quotidienne .1

Investissement 2

Autre, preciser 3

310- Quelles sont les réalisations faites grâce à ces revenus ?

Acquisition de terrain/ maison 1

Achat de fond de commerce/ création d'activité 2

Mariage/ dot 3

Achat de matériel agricole ..4

Départ d'un autre membre de la famille 5

Autre (préciser) .6

311- Quels sont vos projets avec ces revenus ? Immobilier .....1

Agricole 2

Préparation d'un autre candidat ..3

Autre 4

312- Quelle vision avez-vous de l'émigration ?

313-

Que pensez-vous des revenus migratoires ?

Annexe 2

GUIDES D'ENTRETIEN

Guide d'entretien (mairie, conseil régional, institutions financières) Rapports émigrés et l'institution

Les politiques et programmes en faveur des émigrés

Les réalisations accomplies par les institutions

Les transferts monétaires effectués par les émigrés (statistiques)

Guide d'entretien (associations d'émigrés) Dénomination et fonctionnement

Objectifs poursuivis

Les principales réalisations

Rapports avec les institutions locales

Les difficultés rencontrées

Guide d'entretien (adressés aux émigrés)

Les motifs de la migration

Les modalités de la migration (trajectoire, accueil, insertion) Les transferts monétaires

La régularité de ces transferts

Les objectifs visés à travers ces transferts

Les domaines d'investissement

Pourquoi le choix de ces domaines

Les difficultés rencontrée dans les réalisations






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