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Paix et Education chez Kant. Esquisse d'une pédagogie de la paix

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par Fatié OUATTARA
Université de Ouagadougou - DEA 2007
  

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I.1. La quête du sens de l'éducation à la paix

L'homme ne peut devenir homme que par l'éducation. Il n'est que ce que l'éducation a fait de lui.

Kant, Réflexions sur l'éducation, p.98-99.

De prime abord, l'expression ?éducation à la paix? est révélatrice d'un malaise ; elle pose cruellement le problème de la conflictualité, de la violence destructrice, de la guerre. C'est sans aucun doute ce malaise tant décrié qui fait de l'exigence de la paix par l'éducation une nécessité impérieuse de notre siècle de vitesse.

Il faut donc élever les défenses de la paix dans l'esprit des hommes par l'éducation à la paix et non à la violence, comme c'est le cas des écoles terroristes clandestines. Elle n'a pas pour ambition d'inciter au mépris de l'Autre, à la xénophobie, au racisme, à l'intégrisme, maîtres mots d'un certain terrorisme moral, psychologique et physique. Elle prend le mal avec sérieux et détermination. Il est de ce chef insensé de soutenir que toute éducation est une pour la paix. L'homme ne peut devenir vraiment homme de paix ou homme pacifique que par l'éducation à la paix. L'éducation à la paix est une branche de l'éducation en général ; elle constitue un élément important dans la longue chaîne de transmission des savoirs sur lequel l'accent n'est toujours pas mis en famille, à l'école et dans les centres de formation professionnelle. C'est une erreur monumentale que de négliger ou de jeter cet élément précieux aux oubliettes sous prétexte qu'on est en paix, qu'il faut attendre la guerre pour construire la paix.

Dans une société traversée par des conflits de toutes sortes, il est important que les éducateurs puissent apprendre à réguler leurs propres comportements et ceux de leurs concitoyens afin que chacun arrive à participer à cet idéal commun de paix. Cette fonction anthropologique de l'éducation va permettre à l'homme de se discipliner, de remplacer son animalité en humanité, de se garder de s'écarter de l'humanité par la faute de la grossièreté de sa nature impulsive et instinctive : ?l'indiscipliné est violent?, nous enseigne Kant. La vocation du philosophe de l`éducation à la paix est pour ce faire de « travailler et de traiter la structure humaine de l'homo violens de manière à maintenir, à travers dérives, affolements, échecs, le cap sur l'homo sapiens 8(*) ».

Cette réflexion se justifie par le fait que l'être humain vit sa naissance et son évolution de façon violente au fur et à mesure qu'il grandit. Du point de vue de la psychanalyse, l'être humain est victime d'une violence sociale qui se rapporte aux stratégies de refoulement des pulsions négatives sous la conduite des lois sociales nécessitant une éducation familiale et institutionnelle. Le rôle de l'éducateur à la paix est conduire l'homme de cette situation jugée insatisfaisante et imparfaite, violente et instable, vers l'état de paix parfait, l'état dans lequel il se libère, se rend autonome, se sert de sa raison ou de sa liberté pour prendre en main son destin « si nous entendons par liberté la possibilité donnée à l'homme de faire ce qu'il veut aussi longtemps qu'il n'empiète pas sur la liberté de son voisin 9(*) ». Il s'agit de rendre sensée la liberté de l'homme et non de l'instruire forcement à l'usage de sa liberté. L'éducateur à la paix doit trouver pour celui qu'il éduque le moyen de penser, de le faire penser pour son propre compte, de construire pour lui-même sa propre pensée. Il doit lui donner les ressources ou la matière de sa pensée, tout ce dont il se sert pour penser à son devenir, aux autres et avec eux et à leur devenir. La pensée pour la paix devient ainsi une pensée ontologique également commercialisable.

C'est dans cet ordre d'idées que nous parlerons d'humanisme kantien au service de la paix. Émanciper l'homme en vue de la paix, le faire parvenir à la pratique des choses de l'esprit, c'est lui permettre de savoir distinguer le bien du mal ; c'est aussi pour l'homme de avoir « besoin de sa propre raison (....), il faut qu'il se fasse à lui-même son plan de conduite (...). L'espèce humaine est obligée de tirer peu à peu d'elle-même par ses propres efforts, toutes les qualités naturelles qui appartiennent à l'humanité 10(*) ». Il lui faut se débarrasser de ses mauvaises habitudes qui finissent par devenir une seconde nature. Il a le devoir de se convertir, c'est-à-dire de se mettre au service de l'humanité qui l'appelle désormais. Mais l'homme qui a vécu dans le vice, qui a perpétré le mal, et qui éprouve la nécessité de se convertir, ne le sera pas dans un bref délai. Selon Kant, « l'homme qui a conscience d'avoir du caractère dans son mode de pensée ne tient pas ce caractère de la nature ; il doit l'avoir conquis (...) l'acte qui fonde ce caractère à la manière d'une seconde nature, constitue une promesse solennelle que l'homme se fait à lui-même ; cet acte, et dès l'instant où il se produit, sont une ère nouvelle, inoubliable pour lui 11(*) ».

Grâce à l'éducation à la paix, l'homme peut se convertir et être de nouveau appelé à posséder une certaine dignité qui le rend plus noble que tout autre créature et à laquelle il ne doit plus renoncer, car elle est la marque de l'humanité en lui ; ce devoir envers soi-même en appelle au  devoir envers autrui. « On doit inculquer de très bonne heure à l'enfance la vénération et le respect qu'il doit avoir pour le droit des autres et l'on doit veiller à ce qu'il le pratique 12(*) ». Ce qui permettra à l'enfant de prendre plus tard conscience et d'être utile à la société. Prévenir par l'affirmation de finalités humanistes les risques d'une déshumanisation progressive de l'existence par l'agir néfaste de l'homme contre lui-même, tel serait en grande partie le but que l'éducation à la paix s'assigne et dont elle se donne les moyens d'aboutir. Nos espoirs grandissent au fur et à mesure que l'horizon des savoir s'élargit et nous offrent plus de chance et d'espace pour une meilleure expérimentation de l'éducation à la paix sous nos cieux. S'agit-il d'enfermer l'homme dans un laboratoire pour en savoir jusqu'où il peut aller grâce à l'éducation ? Si non, qu'en est-il véritablement ?

* 8Roger Dadouin, La violence, Paris, Hatier, 1993, p.38.

* 9 E. Weil, « L'éducation en tant que problème de notre temps », dans Philosophie et Réalité, Beauchesne Editeur, 1982, p.302.

* 10 Extrait du Traité de pédagogie de Kant, trad., J., Barni, in Itinéraires philosophiques de Anne Carvallo et de Chantal Pouméroulie, Paris, Hachette, 1992, p.35.

* 11 Anthropologie du point de vue pragmatique, trad., Foucault, Paris, Vrin, 1964, p.141.

* 12 Réflexions sur l'éducation, traduction Alexis Philonenko, Vrin, 8è édition, Paris, 2000, p.183.

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