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L'identité de la démocratie américaine

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par Catherine MARAS
UPMF Grenoble - Master 1 philosophie 2005
  

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Catherine Maras

L'IDENTITÉ

DE LA

DÉMOCRATIE

AMÉRICAINE

Sous la direction de M. Thierry Ménissier

Soutenu en présence de M. Jean Yves Goffi

Département de philosophie

UFR de science humaine. Université Pierre Mendès France II

Catherine Maras

L'IDENTITÉ

DE LA

DÉMOCRATIE

AMÉRICAINE

Sous la direction de M. Thierry Ménissier

Soutenu en présence de M. Jean Yves Goffi

Département de philosophie

UFR de science humaine. Université Pierre Mendès France II

I- MOTIVATION

Pourquoi avoir choisi d'intituler mon projet de recherche, l'identité de la démocratie américaine ?

Si j'ai choisi d'étudier la démocratie des Etats-Unis et pas d'un autre pays, ce que j'aurais très bien pu faire puisque la notion de démocratie pose déjà en soi un problème philosophique, c'est parce j'ai voulu comprendre pourquoi cette démocratie est sujette à tant de controverses, notamment depuis la fin du siècle dernier. La démocratie américaine est un sujet qui est beaucoup discuté, soumise à de nombreuses critiques, négatives comme positives, émanant de professionnels comme des journalistes, des politiciens, des historiens, des chercheurs, des philosophes ou encore des non- professionnels, comme des citoyens américains, européens, arabes, etc. En bref, la démocratie américaine est un sujet traité, discuté, jugé, par tous ceux qui sont touchés de près ou de loin par la politique américaine, l'économie américaine, le modèle américain ; autrement dit presque toute la planète puisque avec la mondialisation, l'ouverture des marchés, la libéralisation des échanges, presque tous les pays ont été touchés par l'American Way of Life, c'est-à-dire par le mode de vie américain (MC Donald's, Coca Cola, CNN, etc.)

Mais tous ont une vision différente de la démocratie américaine. Il y a me semble t-il, ceux qui contestent radicalement le modèle américain, et ceux qui l'admirent aveuglement. Autrement dit, il y a ceux pour qui, l'Amérique n'est pas une démocratie et d'autres au contraire qui pensent que c'est la plus grande démocratie du monde. Ces deux positions renvoient respectivement à l'antiaméricanisme et au proaméricanisme. Les arguments de chacun sont a posteriori insuffisants, trop partisans pour pouvoir dégager la vérité, recelant une absence de fondement objective. Commençons par l'argument critique d'un philosophe américain, Noam Chomsky, à travers son entretien, Pouvoir et terreur, il est l'un des rares intellectuels américains portant un regard critique sur sa société, les pouvoirs qui la régissent et l'arrière-plan culturel dont ils tirent leur légitimité. Dans cet entretien, Chomsky replace l'attaque terroriste dans le contexte des interventions américaines depuis 1945 au Vietnam, en Amérique centrale, au Moyen Orient, et ailleurs. Le terrorisme, c'est l'exercice dit-il, de la violence contre les populations civiles, qu'elle vienne des organisations extrémistes islamiques ou de l'Etat le plus puissant du monde comme les Etats-Unis. Chomsky est assez convainquant parce qu'il semble maîtriser l'histoire des Etats-Unis, convainquant surtout parce que c'est l'avis d'un intellectuel américain, il semble mieux placé qu'un français pour parler de son régime démocratique ! Pourtant, son analyse est « arrêtée dans le temps » dira Todd, dans son ouvrage intitulé : Après l'Empire, parce que Chomsky compare les Etats-Unis d'aujourd'hui avec la guerre en Irak, aux Etats-Unis des années 60, avec la guerre du Vietnam. Pour Chomsky, l'Amérique a depuis la guerre du Vietnam été mauvaise et toute puissante ; or pour Todd, il faut prendre en compte que les choses ont évolué, que l'Amérique est certes mauvaise mais elle n'est plus toute puissante comme elle l'a été autrefois après la Seconde Guerre Mondiale. Pour Todd, on surestimerait la puissance des Etats-Unis. Depuis quelques années, il soutient l'idée d'un déclin irréversible de « l'empire américain ». Pour lui, la crise irakienne s'inscrit dans ce mouvement. Les Etats-Unis, affirme Emmanuel Todd, n'auraient pas les moyens, notamment financiers, de leurs ambitions, ils seraient même totalement dépendant économiquement. 

« Le pouvoir de contrainte militaire et économique [des Etats-Unis], écrit Todd, est insuffisante pour maintenir le niveau actif d'exploitation de la planète, son universalisme idéologique est en déclin et ne lui permet pas de traiter les hommes et les peuples de façon égalitaire, pour leur assurer la paix et la prospérité autant que pour les exploiter »1(*).

Autrement dit, de protecteur du «Monde libre», les Etats-Unis seraient devenus un « prédateur ». L'objectif des Etats-Unis, ne serait plus effectivement de défendre la démocratie libérale, mais de contrôler politiquement les ressources mondiales. Ce qui constitue un objectif inaccessible parce que démesuré : la Russie, l'Europe et le Japon sans compter la Chine et l'Asie sont des obstacles insurmontables avec lesquels il faut désormais négocier et le plus souvent plier. D'après Todd, les Etats-Unis ne peuvent rester qu'un centre symbolique du monde. « L'empire américain », s'achemine donc vers une décomposition inévitable. Ce n'est pas l'avis d'André Kaspi ou encore de Jean-François Revel. Ainsi dans l'Obsession anti-américaine, Revel y dénonce une tendance répandue de dénigrement gratuit des Etats-Unis, en particulier de la part des Européens et des Français, tout en tentant une explication du phénomène. Ce livre est donc en quelque sorte un argumentaire très complet contre les mille mauvaises raisons de détester les Etats-Unis, leur politique, leur façon de vivre, leur richesse et leur unilatéralisme. Selon Revel, l'Amérique, contrairement à Todd, est toute puissante, tant au niveau économique, technologique, militaire que culturel ; « "l'hyperpuissance" américaine actuelle, écrit-il, n'est que la conséquence directe de l'impuissance européenne ancienne contemporaine »2(*). Cette puissance est souvent contestée par les Européens, Revel constatera que les Français parlent des Etats-Unis rarement avec sérénité. Tout de suite la passion s'en mêle : on schématise, on caricature, on tombe dans le manichéisme. La description qu'Emmanuel Todd fait par exemple de l'après-11 septembre, n'apporterait pour Revel rien de nouveau, elle ne fait que prolonger une vieille attitude européenne selon laquelle ce sont toujours des Etats-Unis que vient le danger. Certes, écrit Revel, la société américaine, comme beaucoup de sociétés démocratiques, a beaucoup de défauts et elle mérite de nombreuses critiques. Mais pourvu que « ces critiques fussent justifiées et que ces défauts fussent les vrais défauts ». Pour André Kaspi, s'il y a tant de critiques injustifiées, c'est parce que l'hégémonie américaine suscite « la jalousie, l'hostilité même si bien des Etats en tirent parti »3(*), mais c'est aussi parce que ceux qui critiquent sont ignorants. Leurs critiques reposent en règle générale sur des clichés, celui en particulier de l'Américain obèse, infantile, impérialiste et dépourvu de culture, étant entendu que les Français sont les seuls à être vraiment cultivés, comme en témoigne sa télévision, ses loft story et ses star academy !

Cette polémique au sujet du modèle américain, et plus particulièrement sur la politique américaine actuelle, suffit pour s'apercevoir déjà qu'il existe de grandes divergences d'opinions, qu'il n'y a pas une opinion occidentale ou américaine unique et unilatérale sur la question de la démocratie américaine. Ces différentes positions concernant les Etats-Unis sont intéressantes, parce que chacune d'elles reflète un aspect différent, notamment en ce qui concerne la politique américaine. Mais aucune d'elles n'est réellement satisfaisante prise isolément, les analyses ne sont pas toujours convaincantes, l'opinion subjective est parfois trop omniprésente. Revel par exemple utilise les mêmes armes que les antiaméricains, au détriment de la quête d'objectivité et de la solidité du propos. Pire, si pour les antiaméricains tout ce qui vise les Etats-Unis est forcément négatif, pour Revel toute critique des Etats-Unis est nécessairement antiaméricaine, autrement dit l'analyse avant même qu'elle se déploie en est empêchée. L'analyse de Todd par exemple, soulève quelques contradictions comme par exemple lorsqu'il écrit « l'Amérique se refuse à régler la question israélo-palestinienne, alors qu'elle en a le pouvoir absolu »4(*), il reproche en quelque sorte à l'Amérique son inaction, son isolationnisme, il blâme autrement dit l'Amérique d'être égocentrique, de ne se préoccuper que de ses propres intérêts nationaux, mais de l'autre côté il blâme l'Amérique pour ce qu'elle fait, son interventionnisme en Irak. Ou encore, il écrit que l'économie américaine est en déclin, alors que les chiffres de l'OCDE indiquent que l'économie américaine a augmenté de plus d'un tiers (34,2 %) en moins d'une décennie, de 1992 à 2001 (presque le double de la croissance de l'Union européenne et plus du triple de celle du Japon pendant la même période). La liste d'erreur qui jalonne l'ouvrage de Todd est longue.

Les clichés sur l'Amérique, qu'ils soient positifs ou négatifs, appauvrissent notre compréhension de la démocratie américaine. Mon objectif est donc de sortir de ces clichés, afin d'offrir une analyse lucide sur la question de l'identité de la démocratie américaine.

* 1 TODD, E., Après l'empire : essai sur la décomposition du système américain, Paris, Gallimard, 2002, p.96.

* 2 REVEL, J.-F., L'obsession anti-américaine : son fonctionnement, ses causes, ses inconséquences, Paris, Plon, 2002, p.42.

* 3 KASPI, A., Les Etats-Unis d'aujourd'hui : mal connus, mal compris, mal aimés, Paris, Perrin, 2004.

* 4 TODD, E., Après l'empire : essai sur la décomposition du système américain, Paris, Gallimard, 2002, p.11.

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