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UNIVERSITE PONTIFICALE GREGORIENNE
Faculté de philosophie
Mémoire Licence canonique en
philosophie
Curriculum de spécialisation : Philosophie
pratique.
Rédigé par :
Ngoué Mbaha Luc
LA REFONDATION DU POLITIQUE.
Réflexion sur les procédés de la
philosophie politique moderne-contemporaine :
Suggestion d'une dialectique politique dans la
pensée arendtienne.
Sous la direction de : prof. Antonio Maria
Baggio
Rome Juin 2003
Dédicace et remerciements
A mes regrettés parents
Mbaha Joseph, son épouse née Ngo Ngoué
Marguerite Marie
qui, de tout coeur, ont dignement oeuvré pour la
formation intégrale et la réussite de leur
progéniture.
J'adresse un sincère remerciement au R.PP.
Francisco. Egaña, Flannery Kevin et à la Dott.ssa Barbara Bergami
pour le soutien moral inconditionnel qu'ils ont toujours su m'apporter en des
moments les plus critiques de mon parcours académique. Quant au
professeur Antonio Maria Baggio, directeur de ce mémoire, je dis merci
d'avoir fortement contribuer à l'édification de ma conscience
philosophique.
Merci au Card. Christian Tumi, à NNSS.
Clément Njewel, et Achile Eyabi ;
aux abbés Léonard Batjé Victor Manga,
Sévérin Zoa Obama, et Louis- Marie Mbida
Otelé ;
aux Rvdes Soeurs Marie Michel Ngo Ngwé et Gertrude
Ngo Bilong
qui ont tous su m'indiquer et chacun à sa
manière, le chemin de la liberté spirituelle.
A mes très chèrs amis Bikoula Ignace, Mbenda
Théodore Anne Célestine Ngo Babena, Giovanna D'antonio, Rossella
Massaro et Nounjel Sylvie Chantale qui n'ont jamais cessé de
m'encourager face à l'imprévisibilité de l'existence
humaine.
Cette oeuvre est également dédiée
à vous tous, citoyens de la terre, amoureux de la vérité,
qui combattez sur le front politique de la liberté et menez une lutte
sans merci en vue du perfectionnement de la condition humaine.
Introduction
Comparée à d'autres disciplines, la philosophie
politique moderne et contemporaine s'identifie à une forme de
pensée normative qui tente de décrire les conditions et
méthodes de construction d'une société juste1(*). Au coeur d'une telle logique,
la pensée de Hannah Arendt semble être une des sources
d'inspiration les plus en vue durant ces dernières décennies.
Bien qu'étant restée longtemps en dehors des grands courants de
la philosophie2(*), elle n'a
cependant cessé de redonner vie à la tradition
philosophique ; défendant vigoureusement le sens de la vie publique
et de l'action humaine confrontées à des questions existentiels
et institutionnels dont la conséquence fondamentale est la conscience
d'une triste indétermination vis-à-vis du future : "...Rien
ne nous a été promis, aucune ère messianique, aucune
société sans classe, aucun paradis après la mort".3(*) Hannah Arendt ne s'est pas
seulement contentée de révéler le gouffre qui s'ouvre sous
les pieds de tous les peuples après la seconde guerre mondiale ;
mais elle essaye également de redéfinir l'idée du
politique et le rôle du philosophe dans la vie de la cité. C'est
bien pourquoi l'auteur de la condition de l'homme moderne s'interroge
sur les moyens à travers lesquels la société pourrait se
préserver contre la tentation du totalitarisme qui sans doute contribue
à l'effacement du politique.
L'impératif d'offrir une clef de lecture contemporaine
définissant des critères plus ou moins valides, capables de
procurer la garantie d'une juste interprétation de ces dilemmes
s'impose. Et, l'urgence d'une étude approfondie de la pensée
Arendtienne nous parait également inévitable au sein d'un
débat sur la philosophie politique. A cause de cette double exigence,
l'actuel exposé s'attellera à ouvrir un espace de
réflexion vis-à-vis de l'évolution d'une philosophie
politique. Cet axe de recherche nous introduira au coeur même du
débat dont l'originalité se révèle dans une
interprétation dialectique de la pensée de Arendt qui, partant de
la phénoménologie Heideggérienne et de l'existentialisme
jaspérien, assimila la capacité de découvrir en chaque
évènement historique un horizon surprenant.
Première partie
CADRE FONDAMENTAL D'UNE PHILOSOPHIE POLITIQUE
I. REGARD PANORAMIQUE DE LA QUESTION
I.1 Nécessité et fondement d'une philosophie
politique
Si la philosophie se présente comme une
réalité par essence politique, est-il encore nécessaire
d'élaborer une sous discipline ad hoc tel que la philosophie
politique pour légitimer une réflexion
philosophique sur la réalité politique ? Cette
question ambiguë nous invite sans appel à établir le
fondement, l'originalité et la pertinence même de la philosophie
politique. Les auteurs contemporains d'une telle discipline fixent leur
problématique sur le rapport entre la conscience morale du citoyen et la
loi. Mais déjà l'antiquité nous fournit des bases
nécessaires pour établir un réel fondement de la
philosophie politique. Platon s'est par exemple orienté vers la
perspective d'une éthique politique4(*). Et, à la thèse sophiste selon laquelle
le juste se confond à ce qui est utile au plus fort, le maître
d'Aristote contrapose un modèle idéal de l'Etat, finalisé
à la réalisation des conditions optimales de justice.
L'Etat idéal est notamment gouverné par un
gardien, dépositaire de la sagesse philosophique. Platon affirme ainsi
que le vrai homme politique devrait être capable de mettre l'ordre dans
La Cité, réduisant à tous les niveaux la
multiplicité à l'unité et, la bonne cité serait
celle où prévaut l'unité, la mauvaise, celle où
prédomine la multiplicité et le désordre qui en
découle. Dans le politique d'Aristote, la doctrine de l'Etat
concerne l'arrangement à travers lequel tous les citoyens se comportent
mieux et vivent mieux. La polis est notamment la société
parfaite c'est-à-dire autosuffisante, au sein de laquelle l'homme peut
réaliser le bonheur car celui-ci est par nature un animal
politique : "Il est manifeste [...] que la cité fait
partie des choses naturelles, et que l'homme est par nature un animal
politique, et que celui qui est hors cité, naturellement et non par le
hasard des circonstances, est soit un être dégradé soit un
être surhumain."5(*)
La pensée platonicienne et celle aristotélicienne ont bien
poursuivi leur cours en traversant les idées de Montesquieu. En effet,
ayant été le premier à analyser le problème de la
constitution où il s'agit de concilier l'exigence d'établir un
gouvernement fort et efficace, à celui de préserver la vie
publique libre et démocratique, le fondateur de la science politique a
su pour sa part valoriser l'exigence d'une philosophie politique en
révélant la grandeur du gouvernement républicain :
"Le gouvernement républicain est celui où le peuple en corps, ou
seulement une partie du peuple, a la souveraine puissance."6(*) Par ailleurs, la lecture
attentive et parfois mal comprise de Rousseau a profondément
marqué les théoriciens de la nouvelle philosophie politique.
Les apologistes de la philosophie politique contemporaine,
bien qu'influencés par leurs prédécesseurs ont toutefois
pu se démarquer de manière très subtile vis-à-vis
de ceux-ci. En effet, Carl Schmitt, John Rawls et Hannah Arendt, pour ne faire
appel qu'à ceux-là, ont chacun à sa façon
redimensionné, à la mesure des tendances actuelles, les
fondements d'une philosophie politique. Selon H. Arendt dont la pensée
fait particulièrement l'objet de notre étude, toute la
philosophie politique est liée non seulement à une observation
des faits mais aussi à une classification des institutions politiques et
à une réflexion axiologique sur la valeur de ces institutions. Le
lien indissociable entre la philosophie et la politique révèle
ainsi sa nécessité lorsque Georges Bataille
déclare qu'il semble "désormais impossible de construire une
philosophie indépendante de l'expérience politique : c'est
la rigueur, ajoute-t-il, un principe qui caractérise une orientation
moderne de la philosophie7(*)". C'est en effet l'importance et la valeur
philosophique de l'expérience politique qui confère à la
philosophie politique un caractère essentiel voire inaliénable.
Bertrand Russell l'affirme notamment, lorsque, parlant de la philosophie,
atteste que : "La valeur de la philosophie doit en réalité
surtout résider dans son caractère incertain même. Celui
qui n'a aucune teinture de philosophie traverse l'existence, prisonnier de
préjugés dérivés du sens commun, des croyances
habituelles à son temps ou à son pays et de convictions qui ont
grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la
raison."8(*)
Si l'existence d'une philosophie politique contemporaine
présente une forte nécessité et que son fondement
constitue un véritable pari pour toute possibilité du politique,
il n'en demeure pas moins vrai que les auteurs contemporains ont perçu
cette question de manière différente sur le plan
méthodologique. En fait la vision d'une philosophie politique
contemporaine, bien que orientée vers l'horizon de la recherche d'une
convivialité, opère toutefois à travers des directions
apparemment opposées. L'essentiel réside bien sûr dans la
recherche du vecteur commun conduisant à une philosophie politique au
sens commun du terme. Voyons en quel sens l'aspect méthodologique de la
philosophie politique moderne contemporaine, caractérisée par son
originalité particulière, constitue une figure
indépendante et suffisante en soi.
I.2 Approche méthodologique d'une philosophie
politique moderne et contemporaine.
Revenant aux fondements même de la
réalité politique, il est se révèle, que la valeur
de toute action politique a souvent constitué l'objet central de la
philosophie politique. Aujourd'hui la philosophie politique s'oriente
inévitablement vers une étude systématique de la vie
commune entre personnes physiques qui régissent leurs rapports sur des
concessions de type naturalistes, ou juridiques. Cela signifie que parler de
philosophie politique équivaudrait notamment à
réfléchir méthodiquement sur le vécu quotidien, ou
mieux, opter pour une compréhension du phénomène politique
à partir des catégories anthropologiques, philosophiques,
historiques et juridiques dudit phénomène. C'est aussi, tel que
nous l'avons souligné plus haut, l'instance d'une orientation des
recherches, de manière critique et rationnelle, sur les institutions et
pratiques sociales existantes. C'est un processus de compréhension
relatif au comportement interpersonnel, lequel crée la
possibilité d'une coexistence entre les hommes, sans pour autant
renoncer à l'exigence de la rigueur de la raison.
Une telle orientation de la philosophie politique voudrait
mettre en évidence la nature complexe du phénomène
politique puisqu'il comprend non seulement une composante rationnelle de
l'homme mais aussi le poids des intérêts matériels, des
pulsions instinctives, des passions, des convictions morales et religieuses qui
s'expriment à travers des idées, des comportements rituels, des
symboles, des métaphores et des mythes. Nous arrivons ainsi à
affirmer que toute compréhension critique du phénomène
politique nécessite une connexion de cette réalité
à d'autres aspects de l'expérience humaine. C'est pourquoi les
exposants d'une philosophie politique contemporaine se retrouvent face à
une pluralité de méthodes, visant toutefois le même
objectif. Ils tendent notamment à décrire l'ensemble des
procédés réflexifs qui, au cours des âges ont
conduit les penseurs à l'élaboration d'une telle discipline.
Parlant précisément de ces méthodes, Luc
Ferry et A. Renaut, affirment par exemple que l'actuation de la philosophie
politique devrait procéder par la formulation de l'Idéal
régulateur de toute action et dessiner le cadre d'une ontologie pratique
qui s'appuie sur une critique de la métaphysique9(*). Cette tendance cherche à
éviter la conception historique et philosophique
hégélienne qui légitime le triomphe de la raison au risque
d'étayer des illusions totalitaristes; aussi, elle rejette l'idée
heideggérienne qui se donne au mystère de l'histoire de
l'être, risquant ainsi de susciter tout genre d'irrationalisme. Et, la
conception kantienne fidèle, à une vision morale du monde n'est
pas du tout acceptée par le point de vue de Ferry et Renaut puisqu'elle
court le risque de justifier dans la terreur, un volontarisme
révolutionnaire. Bien d'autres auteurs contemporains se
réfèrent souvent aux droits de l'homme et à la confiance
dans la réalisation d'une conception procédurale de la
démocratie, laquelle s'applique à réinventer les
conditions du concept politique, des prises de décision collectives et
de la délibération publique10(*).
Toutes ces visions traversent de notamment la pensée de
Hannah Arendt, laquelle semble pourtant se détacher des théories
contemporaines et ne se fixer qu'aux évènements. Sa
réflexion ne prend son relief qu'au regard de l'histoire qui se fait, et
même lorsque ses idéaux semblent en offrir une image
inversée. C'est pourquoi elle affirme que le caractère
transitoire de la vie peut être partiellement dépassé
à travers la construction d'un monde durable et stable qui permette
l'exercice du souvenir et de l'anticipation de la mémoire et de la
confiance vis-à-vis du future : "Un monde durable et permanant est
ce dont l'homme, en tant qu'être mortel, a besoin : puisqu'il est la
créature la plus éphémère et la plus vaine que l'on
connaisse."11(*) Disons
plutôt que Arendt tend à redécouvrir la philosophie pour
son propre compte en la trahissant parfois. Ce faisant, elle puise aux sources
d'une véritable archéologie conceptuelle ; c'est bien ce qui
confère préciosité et efficacité à sa
méthode de recherche.
Observée dans sa dynamique contemporaine, la
philosophie politique impose une réelle structure inter communicative et
disciplinaire, seule garante de l'exorde d'une société politique
au sein de laquelle l'homme pourrait désormais s'engager et se
révéler pleinement dans toute forme d'action. Certes, nous ne
prétendons pas avoir décrit de manière absolue, la
description d'une méthodologie telle que la philosophie politique nous
la présente aujourd'hui, toutefois il nous semble évident que la
philosophie politique, actuelle s'affirme comme objet d'un exercice
situé à plusieurs dimensions qui offrent à chacun de se
bâtir un cadre de référence personnel. C'est notamment
à ce niveau que cette discipline révèle son
caractère polysémique. Pour cette raison elle nécessite
une étude particulièrement approfondie et
détaillée. Il reste cependant important de noter que la
pureté de toute méthode en philosophie politique telle que le
voudrait Hannah Arendt, consiste non seulement à ne point user des
moyens moralement inacceptables en soi mais aussi à ne pas à
rejeter de manière pharisaïque tout contact extérieur avec
la fondamentale amertume de l'expérience humaine.
Et pour obtenir une véritable compréhension de
ce qu'est la philosophie politique, il s'impose l'urgence comme nous l'avons
déjà souligné plus haut, de la lier à d'autres
secteurs de l'expérience humaine, afin de rentrer au creuset même
de sa propre nature. L`aspect pratique que nous affronterons dans la suite de
cet exposé consiste à révéler le statut, la
vocation pluridimensionnelle de la philosophie politique. Quels sont les
différents horizons qui ouvrent un champ d'action à cette
question devenue plus que jamais centrale dans les sociétés
actuelles? Il s'agit notamment d'affronter l'équivocité de la
philosophie politique dont l'interprétation laisse place à plus
d'une approche.
I.3 Plurivocationalité de la philosophie
politique
Depuis ses origines dans la Grèce antique, la
réflexion sur la politique s'est toujours fortement liée à
la philosophie, constituant avec cette dernière un complexe qui au cours
des siècles a connu une évolution souvent orientée vers
des horizons divers. Il nous convient justement d'identifier les multiples
aspects liés à cette science du "vivre en commun". En effet, le
développement historique de la philosophie présente plusieurs
aspects fondamentaux de la philosophie politique. Bien qu'apparemment
différents, ses aspects révèlent l'étude de la
conduite humaine et les critères à partir desquels les
comportements et les choix des hommes sont évalués. S'il est vrai
que la naissance de la philosophie politique remonte à l'époque
des sophistes, il ne l'est pas moins du fait que Socrate, Platon, Aristote, les
exposants de la philosophie politique moderne, chrétienne et
contemporaine, à travers des formes diverses, présentent la
philosophie politique dans toute sa multiformité essentielle, dans toute
sa complexité par rapport à la réalité même
qu'elle constitue. Mais d'une manière ou d'une autre, toutes ces
diverses possibilités voudraient aboutir au bien être social,
à la survit de l'Etat et au succès même de la
société politique.
La théorie de l'Etat idéal constitue notamment
une des dimensions où s'exerce la philosophie politique. Cette
théorie se polarise précisément entre la description
utopiste du concept 12(*)
et une détermination affinée au réalisme
stratégique qui voudrait aboutir à l'amélioration de
l'Etat13(*). A travers
l'orientation médiévale, cette vision atteint l'ère
moderne avec les réflexions des utopistes et idéologistes du
XVIe siècle. Ces mêmes points de vu sont fortement
présents à l'époque contemporaine comme projets de
sociétés idéales caractérisant les mouvements
réformateurs et révolutionnaires du XIXe et XXe
siècles.
Un second aspect caractérisant la vocation de la
philosophie politique est notamment la recherche d'un critère qui
permette de légitimer le pouvoir. En ce sens, la philosophie politique
s'interroge sur la nécessité de l'Etat. Il est
précisément question de justifier la validité de l'Etat en
tant que société organisée, dotée d'un gouvernement
et considérée comme une personne morale à l'égard
des autres sociétés semblablement organisées. Les
questions fondamentales liées à cette perspective consistent non
seulement à savoir pourquoi l'Etat devrait exister mais aussi, pour
quelles raisons les individus devraient prêter obéissance ou non,
au pouvoir établi. Il est question de faire prévaloir la
capacité du pouvoir politique à s'imposer sur les citoyens,
laquelle capacité ne consiste nullement en la force coercitive dont
dispose le pouvoir mais bien plus se réfère à un principe
de légitimité en mesure de justifier le "droit" de celui qui
commande. Ce principe est précisément reconnu inhérent
à la nature14(*),
à la convention établie par la force ou par la loi15(*), ou alors au
consensus16(*). Les
médiévaux ont notamment su mettre en exergue la conception
théologique du pouvoir pendant que les modernes ont fait
prévaloir l'idée d'un pacte originaire entre les hommes.17(*)
Au XXe siècle, la philosophie politique
s'impose comme recherche de l'essence ou de la catégorie du politique.
Cette époque voudrait notamment mettre en exergue
l'élément spécifique qui distingue le politique des autres
champs de l'expérience humaine. Un tel repère de la philosophie
politique privilégie la considération réaliste de la
politique ; il expose la valeur du système politique tel qu'il est,
non telle qu'il devrait être. Par ce fait même il exalte son
autonomie vis-à-vis de la religion, de l'économie et de
l'éthique.18(*)
Une des plus récentes options de la philosophie
politique s'identifie au caractère méthodologique des sciences
politiques et linguistiques. Ce courant a fortement été
influencé par le néo positivisme et l'avènement de la
philosophie analytique. Dans cette perspective, il est question d'orienter
l'action politique à partir des méthodologies empiriques. Ainsi
la philosophie politique est conçue comme une discipline descriptive,
appelée à clarifier les concepts, les types de discours, les
procédures qui qualifient le langage politique et fournissent des
méthodologies rigoureuses à utiliser dans la recherche
empirique.
Ces multiples aspects exprimant la philosophie politique sont
d'une manière générale des modes selon lesquels la
philosophie politique s'affirme au sein d'une société politique.
Toutes ces tentatives voudraient indiquer aux hommes les conditions sociales,
économiques, politiques et morales qui leurs permettent
d'acquérir le bonheur, il est précisément question d'agir
au niveau de la communauté politique, en s'engageant et se
révélant totalement dans toute forme d'action humaine. De ce
point de vue la politique se présente comme possibilité
où l'individu, moins que dans n'importe quelle autre activité,
n'est pas suffisamment assuré de réaliser sa vocation.
D'une manière particulière, Hannah Arendt a su
mettre en oeuvre son géni qui, partant d'une théorie
phénoménologique de l'opinion, amorça une
élucidation du jugement comme mode de penser élargi. Cette
méthode arendtienne dérive sans doute de la critique du jugement
kantien. Hannah Arendt considère ainsi la politique comme savoir
particulier qui se révèle pleinement dans un sens commun capable
de nous faire partager la richesse de tous les autres points de vue
particuliers. Elle soutient par le fait même que le bien fondé de
toute politique réside au sein d'une croisée d'opinions qui
s'échangent et donne un sens à la vie commune.
II UN ENJEUX DECISIF
II.1 Les mythes politiques dans la philosophie politique
moderne-contemporaine
Les nombreux usages du terme mythe révèlent
l'équivocité du discours mythique par rapport à la
réalité. En se présentant, le mythe possède une
puissance décisive, créatrice et porteuse d'un message de
l'au-delà qu'il s'agit plus de vivre que de comprendre. C'est une
vérité dont la vocation consiste à préserver un
noyau de mystère et de sacralité afin d'éviter que la
réflexion ne lui fasse perdre sa force d'évocation, son
efficacité et, le réduise à une simple allégorie.
Dans cette même optique il se lie à la sphère de
l'expérience politique qu'il transforme et établit comme
vérité non discutable échappant ainsi à l'histoire
et à toute appréhension rationnelle. Il semble pou ainsi dire que
la place du mythe au sein d'un débat sur la philosophie politique
moderne-contemporaine est fondamentale.
Parler des mythes politiques dans le sens de l'actuelle texte
nous conduirait notamment à nous référer à la
doctrine du culte du héros prêché par Carlyle et, à
la thèse de Gobineau sur la diversité morale et intellectuelle
entre les races. En ce sens, la réalité du mythe politique
aboutie à la transformation des idées en armes politique
adaptées à un public précis. Cela nécessite en
effet de nouveaux modes de penser et des nouvelles techniques d'action. Ses
mythes naissent d'une situation conflictuelle sociale et historique puisqu'en
fait, la non résolution des questions majeures donne l'impression d'une
exaspération existentielle. Ainsi, les mythes politiques trouvent un
espace de croissance, propice à leur application dans l'univers du
politique. En réalité, les mythes politiques contemporains ne
constituent qu'une réplique flatteuse au cri de l'homme en situation,
c'est une réponse politique donnée à l'homme
désespéré. En ce sens, le fondement anthropologique de la
pensée mythologique nous révèle le caractère du
mythe comme désir collectif personnifié donc l'intensité
pourrait s'incarner en un chef. Dans un tel cas, la volonté du chef
s'identifie à la loi suprême.
Revenant à la théorie de Carlyle, il est
important de signaler que cette doctrine qui promettait la justification
rationnelle de certaines conceptions émotionnelles, se retenait selon le
conférencier du culte du héros, élément
nécessaire dans l'histoire et inhérent à l'existence
même de l'homme : "A toutes les époques de l'histoire du
monde, nous trouverons que le grand homme a toujours été le
sauveur indispensable de son époque ; la foudre sans laquelle la
matière incandescente n'aurait jamais brûlée."19(*) Avouons toutefois que Carlyle
ne considérait pas sa théorie comme un programme politique
définitif, il était plutôt question d'une conception
romantique du héros, fondamentalement différente des politiques
réalistes et pragmatiques de nos jours. Mais les mythes politiques
actuels apparaissent tout à fait paradoxales car l'homme politique
contemporain est en quelque sorte contraint à une vie d'homo
magus20(*) et
d'homo faber21(*). Cette double réalité constitue
l'aspect surprenant des mythes politiques contemporains. Le mythe n'est plus vu
comme résultat d'une activité inconsciente ou encore moins un
libre produit de l'imagination, c'est plutôt une réalité
artificielle, fabriqué en fonction des objectifs politiques bien
précis.
Ce procédé artificiel représente une
véritable arme mentale qui trouve sa zone opérative non seulement
dans les différentes fonctions du langage mais aussi et surtout dans un
système d'évaluation de nos valeurs morales. Dans cette
perspective, les paroles ont une connotation purement magique car leur
rôle consiste à produire des effets déterminés et
à susciter des émotions précises. Elles sont de ce fait
porteuses et chargées de passions violentes. Ainsi, les régimes
totalitaires voire tyranniques produisent des slogans et des paroles
finalisés à la simple propagande politique, provoquant par le
fait même de violentes passions politiques. L'on assiste pour ainsi dire,
à une ritualisation de l'action politique où les gestes, mus par
une force externe, sont vivaces, violents mais aussi et surtout artificiels.
Cette méthode de répression politique voudrait
aboutir à des résultats purement matériels. Cela signifie
que nos mythes politiques n'ont de valence que matérielle,
mécanistique, pour tout dire, limitée. Ils s'attellent à
dominer violemment l'activité et la conscience de l'homme voulant
changer l'homme, afin de pouvoir contrôler ses activités. Mais
l'expérience nous révèle que de telles tentatives mirent
à l'échec puisque la sphère de la liberté
individuelle est foncièrement inaliénable. Et,
célébrant l'échec de la violence, Hannah Arendt
déclare : "le potentiel de violence dont un pays peut disposer ne
pourra bientôt plus fournir une indication valable de sa force
réelle, ni une garantie certaine contre le risque qu'une puissance
nettement plus petite et plus faible ne parvienne à la
détruire."22(*) Ce
qui est évident est que la contingence des mythes politiques, conduisant
à la violence et à la destruction même du politique
exigence une reconnaissance inaliénable des valeurs morales, lesquelles
révèlent leur caractère fondamentale dans l'agir
politique.
II.2 L'exigence d'une valeur morale en politique
Le problème de l'agir, des valeurs et des motivations
de l'action humaine a toujours intéressé la réflexion
philosophique. De la même manière, la dimension politique de
l'homme s'est révélée intrinsèquement liée
à la question morale. Si la valeur s'affirme comme réalité
non seulement désirée mais aussi désirable en politique
et, la morale comme application des principes de valeurs éthiques, dans
quelle mesure pouvons-nous soutenir la nécessité d'une valeur
morale dans l'agir politique ? Cette question nous amène à
réfléchir sur la relation existante entre la vertu et l'agir
politique, en considérant l'éthique politique comme espace dans
lequel la philosophie peut finalement réaliser l'accord interpersonnel
au sein de toute société politique.
Madeleine Barthélemy-Madaule, à travers une
forte sentence
Teilhardienne issue du concept d'évolution, exprime de
manière frappante cette compénétration inaliénable
qui existe entre la morale et la politique : "L'éthique et la
politique sont conséquences de l'énergétique."23(*) En effet selon Teilhard de
Chardin, il existe une forte articulation de l'étique au politique car
l'une et l'autre fondent leurs racines dans les profondeurs même des
valeurs de l'homme. Certes, la finalité de la morale réside dans
les actions en tant que liées aux valeurs du bien ou du mal et, celle de
la politique dans les institutions. Toutefois les finalités politiques
devraient être réajustées par la double exigence du bien
moral et de la possibilité viable des institutions. Il est
évident qu'une exigence de justice et de liberté puisse s'imposer
au coeur même du politique.
Il revient donc à dire qu'au centre d'une exigence
éthique en politique s'impose la valeur médiatrice de cette
même éthique, laquelle participe de manière efficace
à l'évolution totale de l'être. Néanmoins
l'affirmation selon laquelle politique et morale s'affronte dans un dur
antagonisme ne surprend personne. En fait, depuis la sagesse des scribes
égyptiens, l'Ancien Testament, Platon jusqu'aux théoriciens de la
morale contemporaine, ce conflit se note de manière assez importante.
Et, les adversaires de la politique ne tardent pas à soutenir qu'en sa
nature la plus profonde, la politique est mauvaise ; ceux de la morale
atteste que cette dernière n'est qu'une idéologie qui ne comprend
rien sur la question des rapports humains. Devant un tel paradoxe, il s'impose
la nécessité d'opter pour un choix possible. Mais une fois le
choix opéré, il devient important que le moraliste
s'insère dans l'engrenage du politique et que le politique s'inspire des
valeurs morales pour mener son action.
Cette question pertinente implique l'urgence de cultiver un
terrain dans lequel morale et politique s'entendent. Opter pour un tel
engagement n'est pas du tout évident dans un monde comme le notre,
où les valeurs morales connaissent une érosion spectaculaire. Il
s'agirait alors de lutter contre notre propre hypocrisie si nous
désirons édifier une communauté politique morale. Cela
vaut d'énormes sacrifices dans la mesure où l'on est parfois
obligé de renoncer à soi même, à ses
intérêts personnels au profit du bien commun vu comme valeur
universelle. Dans la suite de ce travail, nous essayerons d'affronter de
manière plus ample cette notion du bien commun.
Il est vrai que vouloir établir un rapport positif
entre morale et politique est relatif à un choix libre dans lequel l'on
est appelé à établir une nette différence entre la
bonne et la mauvaise politique. Face à la forte avancée de la
violence, conçue dans ses aspects multiples et variés, la bonne
politique, serait notamment celle là qui réduirait le rôle
et l'effet de la violence enregistrée dans les sociétés
actuelles tout en y augmentant l'influence de la morale, permettant ainsi la
réalisation d'une vie acceptable de tous et pour tous. Cette tâche
que la morale assigne au politique s'inscrit dans un ordre de justice et de
liberté. C'est bien ce qu'Eric Weil souligne lorsqu'il parle de l'homme
qui se veut purement moral : "Il n'évitera pas, dans la
précise mesure où il est honnête et ainsi moral d'avouer
qu'il n'a pas à s'engager dans la politique, mais qu'il y est
engagé parce qu'il veut agir dans le monde. Il ne lui suffira pas
d'affirmer son respect pour la liberté et la justice, il voudra que
liberté et justice règnent parmi les hommes ou plutôt comme
elles ne règnent pas encore, prennent le pouvoir sur ceux qui remplacent
la liberté par leur propre pouvoir arbitraire et font de la justice la
servante de leur bon plaisir."24(*) Cela démontre notamment que la morale ne
voudrait pas seulement être prônée bien plus, elle
possède une forte exigence d'être pratiquée et
réalisée.
Dans sa volonté de réalisation, la morale se
heurte à la rationalité et même à la tyrannie qui
caractérisent le monde moderne lesquelles poussent l'homme au
désespoir et parfois à une sorte d'auto destruction. C'est les
cas des mythes politiques dont nous avons parlés plus haut. Toutefois,
le désir primordial de toute communauté politique demeure
notamment la détermination à mener une vie
réfléchie, quels que soient les sens variés que les uns et
les autres procurent à leur existence. Dans cette entreprise ardue, le
rôle du politique s'affirme seulement lorsqu'il se préserve de
détruire la morale de la communauté, une morale qui se veut
historique, une morale où la convivialité se révèle
comme réalité sensée et digne d'elle-même. Car tout
système politique qui bafoue la morale communautaire contient les germes
de sa propre destruction puisqu'il finit toujours par célébrer
son inefficacité voire son échec. Un tel système
dégradant est d'or et déjà condamné d'après
son propre code d'efficacité et de succès. C'est le cas des
régimes totalitaires issus des prétentions perfectionnistes et
rationalistes de la pensée moderne. Ethique et politique devraient pour
ainsi dire penser pour l'action et agir en pensant. Parfois il se pose des
risques tels : se tromper, échouer, désirer l'impossible.
Mais face à toutes ces imprécations, il faudrait bien trouver une
alternative efficace parmi les multiples possibilités, qui garantissent
la survit de la communauté politique et celles qui permettent aux
citoyens de procurer un sens à leur vie. Toutefois la prudence demeure
la vertu à pratiquer au sein de toute communauté politique.
L'évidence qui se manifeste après la
précédente réflexion est que morale et politique
s'affronte, se combattent et s'interpénètre dans la sphère
de l'histoire vue comme moralisation de la réalité politique. La
morale devrait tenir compte du fait que l'homme évolue dans un univers
complexe, où la conscience de certaines exigences vitales lui
échappe parfois. C'est bien pourquoi la conscience morale est
appelée à se situer et se reconnaître par rapports à
l'ambiguïté et à l'imprévisibilité qui
caractérise le sens même de notre époque. En tout cas
morale et politique ne peuvent procurer sens et dignité à la vie
de l'homme qu'à l'issue de la commune acceptation d'une pensée et
d'une action responsable, reconnaissant de ce fait qu'ils peuvent aussi se
tromper. Ils doivent conjuguer dans la recherche d'une action consciencieuse,
plus claire, cohérente, humainement acceptable, et conduisant pour ainsi
dire, à l'édification politique et historique du bien commun.
II.3 l'enjeu du Bien commun : une
nécessité politique
Cette partie de notre travail voudrait
démontrer l'importance du bien commun au sein d'un projet de
réalisation d'une société politique. C'est notamment dans
cette perspective que Arendt s'attellera à orienter sa philosophie
politique. C'est la manifestation d'une nécessité à penser
la société politique à partir du bien commun. Ce concept
est tellement complexe qu'il présente une certaine multiplication de
repères possibles, lesquels offrent à chaque individu la
possibilité de se bâtir son propre milieu de
référence. C'est une forme de célébration d'une
crise d'identité qui se manifeste par une perte de repères
anciens et de prolifération de repères nouveaux. Une telle
situation nous amène bien évidemment à nous poser des
questions sur la possibilité du bien commun, en tant que projet
réunissant ses différents aspects, le quel est évidemment
supérieur à leur somme.
Si aujourd'hui le bien commun se voit parfois nié et
même relativisé, c'est à cause du développement de
la notion d'incertitude et celui de la mécanique quantique, lesquels
soutiennent l'impossibilité d'atteindre une quelconque notion de vrai.
Ces notions confessent notamment l'impossibilité humaine de faire acte
de raison parfaite. En ce sens, toute vérité, le bien commun
compris, sont alors tenus pour aliénation. C'est une culture qui
soutient l'idée selon laquelle : chacun a droit à sa
vérité. L'on assiste ainsi à la montée de
l'autorité impersonnelle, laquelle s'affirme par un certain effet
corrosif des valeurs morales, alimenté par une disposition permanente de
l'homme à faire le mal. Par ce fait même, l'autorité perd
sa capacité à gérer la tutelle des conditions de
possibilité de l'ordre social.
Le bien commun se révèle alors comme
débat incontournable dans la mesure où il constitue l'histoire
même de l'humanité. C'est une histoire en perpétuel
mouvement, une réalité vivante qui n'offre aucune condition de
destruction à la société politique, une
vérité qui transcende les intérêts particuliers,
laquelle n'est définie ni au sens d'une loi ou encore moins d'une norme
à appliquer simplement. Mais le bien commun suppose un débat,
dans la perspective de ce qui semble juste, bien et fondamental au sein d'une
communauté. Il pourrait cependant s'opposer à la vertu et
à certaines valeurs conventionnelles. Parler du bien commun en tant
qu'exigence d'une réalité politique suppose que l'on identifie un
point de référence permettant aux points de vue particuliers, une
possibilité de confrontation et de conciliation à la
lumière des valeurs communes et éternelles.
Une telle conception du bien commun nous permet d'affirmer que
ce bien est une véritable condition de la liberté individuelle.
En ce sens, le rapport entre bien commun, loi, et exercice de
l'autorité, s'accentue avec plus de vigueur. De même la
légitimité de la loi ne se justifie que si son exercice favorise
la liberté de l'homme ; si cet exercice poursuit notamment la
recherche du bien de la communauté. C'est pourquoi Hannah Arendt pense
que l'autorité devrait nécessairement exclure l'usage des moyens
coercitifs ; car là où la force s'impose de manière
agressive, l'autorité proprement dite a échoué. Il est
clair que c'est le bien commun qui procure un sens à tout corps social
et à l'homme en tant que acteur social. L'ordre politique se voit ainsi
soumis à l'exigence du bien commun. A cet effet l'autorité
politique devrait éviter de confondre les exigences du bien commun
à ceux du droit positif, au risque de parvenir à des
déviances politiques et sociales telles qu'elles se sont produites au
coeur même des régimes totalitaires du XX° siècles. En
effets les aberrations du totalitarisme nous enseignent que la reconnaissance
de l'existence du bien commun ne consiste pas nécessairement à
soumettre les volontés individuelles à un certain ordre moral
arbitraire ; il est plutôt question d'une délibération
prônée au nom de la tolérance des valeurs de l'autre. Un
tel esprit se manifeste à travers une confrontation conduisant à
un compromis sur le sens que l'on entend donner à sa condition de
vie.
Toutefois l'idée qui nous reste fondamentale est
précisément liée au fait que le bien commun est
caractérisé par une prise de décision complexe, toujours
confronté à de nouvelles conditions de la croissance social. La
nécessité de préserver la cohérence de notre
société qui aujourd'hui, bascule dans un océan
d'incertitude et d'insécurité s'impose. A travers une
étude interprétative de la pensée arendtienne, nous
tenterons d'apporter plus d'éclaircissements aux multiples questions et
dilemmes qui ont surgit au long de notre exposé. Nous exposerons la
manière par laquelle Hannah Arent affronte la question du politique.
Nous essayerons de mettre en évidence les réalités qui ont
conduit Hannah Arendt à repenser le politique, en tentant de le refonder
à sa base. Cette réflexion critique nous permettra de
réévaluer la nécessité d'une philosophie politique
dans le cadre des possibilités politiques actuelles.
Deuxième partie
LE PROCESSUS DE REFONDATION DU POLITIQUE
I. POINT DE DEPART
I.1 La problématique du mal
Parler d'un point de départ dans le
contexte de notre étude s'applique à l'identification des
réalités présupposant la volonté de changement qui
traverse la pensée politique de Arendt. Le mal en tant que
réalité est toujours un mal c'est pourquoi la
nécessité de le dépasser et de le combattre s'impose,
même s'il peut être l'occasion d'un approfondissement de la
connaissance même de la personne. Le problème du mal peut
être affronté sous plusieurs aspects. Déjà
présente dans les mythologies archaïques, cette notion a connu une
évolution historique considérable. Dans les Lois, Platon
suggéra qu'il existe deux âmes dans le monde : une qui
produit le bien et l'autre le mal. D'une manière générale,
le mal n'est rien d'autre que la négation du bien, de l'être, du
beau, du vrai ; il ne saurait exister par lui-même puisqu'il est
essentiellement dépendant de ce qu'il nie. Nous nous limiterons
cependant à l'élaboration d'une vision et interprétation
de la question du mal tel que le conçoit Arendt. En bonne augustinienne,
Hannah Arendt pense que le véritable mal est celui moral, il est
volontaire, opéré par l'homme même et étroitement
lié au vice. Il se réduit d'une façon universelle à
la violence et au mensonge. Son origine est précisément
recherchée dans l'imperfection générale de l'homme. Sa
structure ouvre les portes au pessimisme et conduit l'homme à affirmer
le primat du mal sur le bien dans la plupart des évènements du
monde. Ce faisant l'on croit également à son l'influence
prépondérante dans l'évolution de l'histoire.
Pour mettre en évidence certains aspects de la
pensé arendtienne liée au mal, il convient nécessairement
de faire appel à sa déclaration selon laquelle :"seul
l'avènement de la technologie, non les idées politiques modernes
en tant que telles a liquidé la terrible vérité antique
selon laquelle seule la violence et la domination sur les autres peuvent donner
la liberté à certains hommes."25(*) Ce passage est pour le moins que l'on puisse dire
déconcertant. Nous avons l'impression que Arendt fait l'éloge du
progrès technologique tout en stigmatisant de manière
véhémente le monde politique. Dans la même perspective,
elle présente un paradoxe central puisque, parlant de la signification
de la révolution, elle soutient d'une part que le sens d'une telle
réalité est la liberté en action, c'est-à-dire la
capacité de commencer une nouvelle entreprise et de restructurer le
monde politique depuis ses origines ; de l'autre, cette emphase initiale
sur la liberté a été surplombée par un sens
d'impuissance face à la nécessité même d'être.
Du fait, si la révolution française n'a pas pu instaurer un
système social libre c'est justement parce que nous avons assisté
à l'irruption d'une multitude de pauvres dans la politique ; ainsi,
la compassion politisée se transforma en sentiment de pitIé. Et
les besoins que portaient ces derniers furent tellement urgents qu'ils
étaient poussés à annuler toutes les autres
considérations. Mais si les Américains ont connu du
succès, dans leur révolution, c'est précisément
parce que celle-ci ne fut pas déviée, observe Hannah Arendt, par
des objectifs politiques et constitutionnels.
En réalité, aucune révolution n'est
parvenue à résoudre de manière totale la question sociale,
même si Arendt nous informe que la répression de la multitude
était nécessaire pour la liberté de la minorité
dans le conteste pré moderne. Cette observation est notamment
liée à la pensée nietzschéenne, selon laquelle la
plupart sinon toutes les civilisations historiques ont été
fondées sur la domination. C'est une affirmation qui semble
indéniable selon Arendt ; toutefois celle-ci ne partage pas
l'attraction de Nietzsche vis-à-vis de la violence. Hannah Arendt n'a en
effet jamais partagé cette soif romantique de sang qui, au cours des
années soixante, a caractérisée les intellectuels de la
gauche, lesquels militaient corps et âme en faveur de la
guérillas.26(*)
L'éloge du progrès technologique annoncé
par Arendt voudrait simplement manifester le réalisme de sa
pensée politique ; c'est pour quoi elle proclame la
possibilité objective d'une société non coercitive
où le progrès technologique -plus que le changement d'opinions
morale- a transformé notre situation existentielle en nous
conférant de nouveaux dons du ciel. Au lieu d'être
transcendée, la violence s'est transportée dans la sphère
politique dans laquelle elle s'est intensifiée, et est devenue plus
mortelle que la sophistication technologique qui a rendu possible la
libération des masses, de l'esclavage et de la faim27(*). Si des cas de mort de faim,
de soif, de froid et ou de chaleur excessive s'est considérablement
limités cela constitue un facteur positif voire d'extrême
importance par rapport au sens même de notre existence. Toutefois Arendt
est d'accord que la croissance économique et technologique ouvrent les
portes à l'impérialisme, poussant ainsi les modernes à
vénérer les processus de changement qu'ils ne pouvaient plus
bloquer. De même, affirme Arendt, au coeur du totalitarisme, il existe
cette même vénération de processus, dont la
conséquence fondamentale est caractérisée par la tendance
à sacrifier les êtres humains sur le pilori d'un continuel
changement.28(*) Une
terrible vérité de ce genre laisse entrevoir qu'au
centre du message de Arendt, il existe une forte capacité de l'homme
à élaborer de nouvelles pensées et produire de nouvelles
actions. Le prochain point de l'actuel chapitre sera notamment consacré
à une analyse particulière du totalitarisme comme
véritable mal, comme système d'effacement du politique. Dans ce
même environnement, nous étudierons de manière plus
approfondie la terrible vérité dont parle Arendt.
En exaltant la capacité de recommencer comme
étant la plus haute des facultés humaines, Arendt pense qu'il est
possible de mener une action commune qui puisse générer des
énergies, afin de pouvoir combattre ensemble le mal ; elle
démontre qu'il est notamment possible d'établir une forme de
société civile et mettre sur pied de nouvelles institutions en
politique. Notre philosophe n'avait pas tellement foi au politique ; par
rapport à ce que nous pouvons attendre d'un tel système
aujourd'hui, en fait, Arendt en attendait moins, puisqu'elle ne partageait pas
le présupposé selon lequel il est raisonnable de croire en une
liberté politique dans tous les pays. Elle déclare a cet
effet :"Je crois que la liberté soit quasiment le principe le plus
important de toute la vie politique, mais je ne crois pas que la liberté
puisse exister toujours et partout ; tous les pays ne peuvent pas se la
permettre. Je ne pense pas que l'on puisse tellement se permettre la
liberté lorsqu'on est réduit à la misère, disons
mieux la faim."29(*) Si
Hannah Arendt est retenue à juste titre la plus importante parmi les
défenseurs d'une dignité de l'action politique, sa
précédente remarque semble toutefois paradoxale. En
réalité tel n'est pas le cas puisque notre philosophe voudrait
simplement mettre en évidence les limites probables des conquêtes
politiques. Car la politique se présente comme une réalité
toujours menacée non seulement par l'exceptionnel mal du totalitarisme,
mais aussi par l'obscurité du coeur humain constamment présent
dans le jeu politique30(*).
A vrai dire Hannah Arendt s'était fortement
démarquée du progressisme moderne, pour prendre conscience de
l'imperfection de tout ce qui est humain, et de la valeur de l'action
politique. A ce propos, elle était plus pessimiste qu'Augustin car le
futur pour elle se présente comme un champ ouvert dans lequel il n'est
pas du tout possible de parler de prospective d'assurance. Face à une
telle vision l'exigence d'une prise de conscience sur la contingence de la
réalité humaine s'impose. Aujourd'hui, quelques
théoriciens politiques en parlent surtout à cause de l'influence
croissante de la pensée heideggérienne. A ce propos, Arendt se
sent notamment débitrice de Heidegger ;31(*) elle atteste
précisément que la contingence politique s'affirme aujourd'hui de
manière importante. Puisque la plupart des évènements et
résultats politiques sont nécessairement liés à la
contingence de la réalité qui les caractérise. Parlant de
la contingence du politique, Arendt, admet que le bien politique dépend
des actions et des résultats contingents des individus. Si nous
analysons de manière superficielle le concept fondamental de
terrible vérité, selon Arendt, celle-ci pourrait
être soupçonnée de machiavélisme. Comme nous l'avons
déjà souligner, ce thème sera traité dans la suite
de l'actuel exposé.
Il nous semble finalement possible d'attester qu'en terme
politique, la contingence revêt un double caractère. Le premier
est rassurant, à cause de la possibilité du miracle politique, le
second alarmant à cause l'omniprésence du danger, du mal et de
l'échec dans l'agir politique. Ce dernier aspect du politique a
préoccupé d'une manière particulière la
pensée de Arendt. Nous ne pouvons obtenir la clef interprétative
de son attachement vis-à-vis de la dignité du politique
qu'à partir du sens qu'elle accorde au danger, au mal, et à la
contingence de la condition humaine. L'environnement politique dans lequel nous
évoluons aujourd'hui est un terrain vraiment mensonger, plein
d'embûches ; un terrain où les schémas moraux
révèlent leur insuffisance et les bonnes volontés leur
inefficacité. Ici l'on ne peut se fier qu'à la faculté du
jugement, lequel est parfois difficile à interpréter de
manière correcte. Mais s'il nous faut obtenir des enseignements de
Arendt sur le lien existant entre le mal et la réalité politique,
nous devons non seulement réfléchir sur l'analyse qu'elle fait du
totalitarisme mais aussi sur le sens qu'elle confère à la
terrible vérité. Une telle tentative constitue un
véritable repère de la pensée arendtienne et un
incontestable point de départ de toute la philosophie politique de
Hannah Arendt. Si le mal se présente alors comme un
Présupposé du drame politique, il est important de
révéler le cadre dans lequel il se manifeste et les conditions
dans lesquels il se développe. En d'autre termes, il s'impose la
nécessité de révéler le sens dans lequel le
totalitarisme s'est prescrit comme drame de l'humanité toute
entière,transformant la vérité politique en simple
contingence politique.
I.2 La vérité politique et le drame du
totalitarisme
Dans les origines du totalitarisme, Hannah Arendt se
pose de terribles questions portant sur la singularité du drame nazis et
les années qui ont précédés la seconde guerre
mondiale. Ces questions fondamentales touchent de manière
particulière le rapport existant entre la vérité et la
politique. C'est une approche qui met en évidence la
vérité reconnue par la communauté. Une telle
vérité est basée sur de justes jugements et n'admet pas de
médiations.32(*) Le
conflit existant entre la vérité et la politique a notamment
connu plusieurs interprétations au cours de l'histoire débouchant
parfois à l'instauration des régimes totalitaires et à des
gouvernements autoritaristes. Souvent l'on a considéré la
politique en fonction de l'existence c'est le cas de Thomas Hobbes qui parle du
pacte d'assujettissement, nécessaire pour toute société
politique33(*) et parfois
en fonction de la vérité même. Si la réalité
conflictuelle existant entre la politique et la vérité est devenu
plus que jamais considérable, il reste cependant important d'identifier
le lieu de rencontre entre ces deux valeurs
Aujourd'hui, le pouvoir est exercé en fonction des
opinions cela constitue un véritable élément de faiblesse
dans la dynamique politique puisqu'un tel procédé nous
éloigne de la vérité objective. Pourtant au cours de
l'histoire, la politique a connu une profonde nécessité de
vérité. Il s'agit d'une vérité appartenant à
l'autorité fondante, laquelle protège le dessein de la
société politique et préserve les principes et valeurs
fondateurs de la communauté. Cela implique notamment que toute politique
puisse s'homologuer à la vérité afin de ne point
détruire la société politique. Pour tout dire, la
vérité n'est autre chose que le patrimoine commun de
l'humanité. Toutefois, il convient d'ajouter que selon qu'il s'agit du
monde physique ou du monde de l'histoire et des relations humaines, la
vérité revêt un sens absolu ou relatif.
Au regard de l'exercice du politique dans le monde moderne et
contemporain, il ressort un vecteur plus ou moins commun c'est que le pouvoir
est exercé par rapport à l'opinion des citoyens et non en
fonction de la vérité. Une telle approche laisse entrevoir des
éléments de faiblesse, de limite et de mystification même
du pouvoir politique. Telle qu'elle est exercée aujourd'hui, il nous
semble que la politique modifie sans appel les principes fondamentaux de la
vérité, tout en la détruisant. En ce sens, le pouvoir
prend possession de la vérité, la manipule et l'on arrive ainsi
à une perte totale de l'autorité. C'est bien ce que Antonio Maria
Baggio décrit dans son article Verità e politica, paru
dans Nuova Umanità. Il démontre qu'en politique,
l'abandon de la vérité s'accompagne de la perte
d'autorité.34(*) En
effet, tout pouvoir devrait être autoritaire puisqu'il n'est
qu'instrument de réalisation du patrimoine communautaire conservé
par l'autorité. Romano Gaurdini met en évidence ce
caractère ontologique du pouvoir en soutenant que "L'homme ne peu
être homme et en plus de cela exercer ou moins un pouvoir ; exercer
ce pouvoir est essentiel pour lui."35(*) Cette remarque de Guardini laisse entrevoir une
certaine nécessité de limitation du pouvoir. Le pouvoir devrait
être limité parce qu'il présuppose une origine absolu et
transcendante, un objet concret sur lequel il s'exerce c'est-à-dire la
personne humaine et un mode d'exercice qui soit à la mesure du respect
de son origine et de son objet.
En réalité, c'est la conscience du mal et la
tendance mensongère qui dénature le pouvoir et conduit à
une autorité irresponsable laquelle s'affirme dans la structuration d'un
régime unique. Un régime qui n'admet aucune opposition
organisée, où le pouvoir politique dirige souverainement et tend
parfois à confisquer la totalité des activités de la
société qu'il domine. Un tel processus totalitariste se fixe pour
objectif la conquête et l'organisation du monde à travers une
idéologie unique. C'est ainsi que les dictatures du XXe siècle,
en s'imposant par la violence matérielle, ont voulu dominer et
contrôler totalement et de façon permanente la totalité des
individus dans la totalité de leur existence, voulant par le fait
même obtenir et conserver l'adhésion et le consentement des
dominés. Les hommes mobilisés étaient en
réalité des hommes abandonnés et la politisation apparente
de toute forme de politique et de la sphère publique n'avait pour sens
qu'une puissante volonté de domination. En somme le totalitarisme
moderne et post-moderne tend simplement à l'élimination radicale
de toute possibilité de dépassement et de remise en question. Ses
diverses considérations imposent pour le moins que l'on puisse dire, la
destruction même de toute réalité totalitariste et une vive
nécessité de repenser le politique puisqu'un tel processus -le
totalitarisme- évoque uniquement l'impersonnalité et l'anonymat
des agents qui le composent, lesquels se livrent à une justification et
explication forcées du système.
Si Arendt a consacré une grande partie de sa vie
à décrire et à expliquer le totalitarisme, c'est justement
parce qu'elle a vu en ce système, une des causes fondamentales du mal
politique dont souffre notre époque. Son analyse du totalitarisme
trouvera son expression la plus dense dans son oeuvre citée plus
haut : Les origines du totalitarisme. Elle y montre en quoi le
totalitarisme constitue une singularité particulière,
désigné par le régime nazi et le régime Stalinien.
Elle réfléchit également sur l'antisémitisme
moderne qu'elle décrit comme agent catalyseur de tous les autres
problèmes politiques. Par ailleurs, l'étude de
l'impérialisme lui permet de conclure que ce système est la
première phase de la domination politique de la bourgeoisie bien plus
que le stade ultime du capitalisme. Selon Arendt, tous les systèmes
totalitaristes sont soutenus par les masses, lesquelles apparaissent avec la
révolution industrielle. Elles sont notamment le fruit de
l'automatisation de la société et du déclin des
systèmes des parties de classe. L'homme de masse est celui-là-
qui fait l'expérience du déracinement social et culturel. Il
s'identifie totalement au chef du mouvement totalitaire lequel doit son pouvoir
à son habileté à manipuler les masses.
Selon Arendt, l'importance des masses est fondamentale dans la
constitution et le dynamisme du système totalitaire. Une fois qu'elles
sont organisées, le mouvement totalitaire se développe à
travers la fomentation d'une puissante propagande .et l'inculcation d'un solide
endoctrinement. Une telle propagande et un pareil endoctrinement s'articulent
autour d'une réalité fictive, et la violence se développe
constamment afin de réaliser les doctrines idéologiques et les
mensonges politiques. Mais il est important de tracer une nette
différence entre pouvoir et violence ; c'est ce que certifie la
philosophe lorsqu'elle déclare : "Une des différences les
plus caractéristiques qui permettent de distinguer le pouvoir de la
violence est que le pouvoir a toujours besoin de s'appuyer sur la force du
nombre, tandis que la violence peut s'en passer, dans une certaine mesure, du
fait que pour s'imposer elle peut recourir à des instruments."36(*) Si par ailleurs Arendt
qualifie les mouvements totalitaires comme étant des
sociétés secrètes au grand jour, c'est justement
parce que le chef qui y a un rôle centrale incarne, comme nous l'avons
signalé dans la première partie de notre travail, la double
fonction de défenseur magique du mouvement contre le monde
extérieur et, de pont qui relie le mouvement à celui-ci. La
police secrète y constitue le noyau central car ses critères de
fonctionnement imprègnent l'ensemble de la société
totalitaire où les espaces privés et publiques sont
littéralement niés. C'est le règne de la terreur.
S'il est vrai qu'aujourd'hui le totalitarisme constitue une
réalité dont la perception reste assez floue et vague,
-étant donné que certains nient son existence, en tant que
réalité spécifique, en dehors du nazisme et du stalinisme-
il n'en demeure pas moins vrai qu'à travers ses analyses sur les faits
liés à cette réalité, Hannah Arendt a su apporter
une importante contribution, laquelle favorise une connaissance approfondi d'un
tel phénomène. En fait les réflexions et la pensée
de Arendt, inaugurent l'avènement d'une attitude intellectuelle et
éthique qu'il urge d'adopter. Il ne suffit pas seulement de constater et
critiquer les affres du système mensonger totalitaire, bien plus l'on
est appelé à repenser l'essence et la fondation même des
systèmes démocratiques. Ces derniers, jusqu'à lors, ont
manifesté leur, incapacité d'empêcher la montée des
régimes dictatoriaux disons mieux du totalitarisme sous ses formes les
plus diversifiées et les plus variées. Si par ailleurs, la
question du violent conflit exercé entre l'obéissance et la
volonté se présente comme critère ontologique expliquant
la crise du totalitarisme, dans quel sens pouvons nous alors comprendre la
problématique d'un tel paradoxe.
I.3 Paradoxe conflictuel entre la volonté et
l'obéissance
Un des éléments constitutifs
de la philosophie politique de Arendt est bien le rapport existant entre la
volonté et l'obéissance des citoyens. Cette réalité
représente sans doute un des multiples présupposés du
système refondateur arendtien. Hannah Arendt se pose
précisément la question de savoir comment est-il possible que
pendant la période totalitariste, la volonté d'une multitude de
personnesse plie à la domination. Le paradoxe douloureux est que dans
une telle situation, l'on se voit porté à obéir à
la volonté qui nous commande d'obéir. Cette même
obéissance est également liée au langage de commandement
fermement utilisé dans les régimes totalitaristes, lesquels
produisaient des sociétés atomisées où les
individus avaient foncièrement perdu leurs relations sociales et
familiales normales en adoptant des liens de fidélité et
d'obéissance vis-à-vis de celui qui les commande. Au fond, une
fidélité compromise de cette manière et une telle
obéissance inacceptable sont bien porteuses d'une profonde conscience
douloureuse ; elles ont aussi comme racine, pour utiliser l'expression de
Ernest Jürgen, la Totalmobilmachung c'est-à-dire la
mobilisation totale de la société
Tous ces procédés politiques ont pour cibles les
masses sociales dont nous avons parlés plus haut, même si ces
dernières n'ont qu'un rôle passif à l'intérieur du
système. Ces masses produisent des mutations radicales dans la structure
politique. A l'aide de la technique mensongère, les régimes
totalitaires fabriquent des vérités présumées
à partir de la manipulation des faits ; ils reconstruisent et
réinterprètent la réalité au fil des jours sous une
perspective globale et totalisante en excluant toute possibilité de
spontanéité et d'imprévisibilité des
évènements. Les principales victimes d'un tel `jeu' politique
sont évidemment les masses. En cela elles confèrent un sens
d'organisation sociale et politique aux régimes totalitaires. Ce sens
est dans son fond une réalité chaotique voire impersonnelle. Pour
comprendre le paradoxe de l'acceptation du conflit existant entre la
volonté et l'obéissance, il est nécessaire de lier notre
réflexion à l'idée selon laquelle le monde est un chaos
que nul ne peu maîtriser ni connaître et, auquel les hommes
attribuent un ordre artificiel.37(*) Les partisans de cette théorie pense que le
sens de la réalité est donné à travers une
décision de la volonté. A partir d'une telle conception, presque
toutes les philosophie importantes de la fin du XVIIIe et du début du
XIXe siècle se sont présentées comme philosophies de la
volonté38(*).
Il est claire qu'une telle exaltation de la volonté
porte à la naissance d'une psychologie de la foule, avec
l'avènement d'un meneur des foules, qui comme nous l'avons soutenu dans
le point sur les mythes politiques, utilise les des mythes politiques, qu'ils
soient vrais ou faux, pourvue qu'ils fonctionnent et emmènent à
l'établissement d'une hiérarchie. Une telle hiérarchie
contraste sans appel toute forme de valeur éthique. Ainsi
l'Übermensch ou le surhomme de Nietzsche représente une
espèce de dénivellement social qui tenterait de redonner un sens
à la vie et à la civilisation humaine toute entière.
Cependant il appairait un dédoublement psychologique dans la conscience
de celui qui vit l'expérience d'une volonté de domination car
celui qui commande est également celui qui obéit. En
obéissant, l'on expérimente la sensation de la contrainte, de
l'oppression et de la résistance ; en commandant, l'on
éprouve une forte sensation de plaisir.
En réalité il n'est pas si facile de se
libérer du conflit qui oppose la volonté à
l'obéissance lorsqu'on est déjà identifié au groupe
et surtout au chef. La condition d'extrême dépendance s'accentue
et l'on arrive parfois au fanatisme. Une telle situation est totalement
déconcertante et suscite notamment une forte volonté de
libération. Mais pour s'en libérer, il faudrait
nécessairement créer des conditions d'interdépendance
sociale et politique. Le problème reste et demeure poignant puisque dans
les régimes totalitaires, -quelque soit leur forme- l'on aliène
de manière radicale sa conscience politique et perd totalement le
contrôle de sa volonté. C'est le règne de fortes pulsions
privées de toute rationalité. Ainsi la crise de volonté et
de l'obéissance vue sous une perspective totalitariste fonde les bases
d'un système de destruction et d'effacement total du politique.
L'illustration la plus évidente de cette réalité est que
la pensée de totalité et du totalitarisme a grandement ouvert le
chemin aux totalitarismes politiques du XXe siècle et, à la
considération de la guerre comme épreuve de force
résolutive entre totalité et contraposées. Une des
caractéristiques de la totalité est bien de ramener toute chose
dans un horizon ultime de l'être. Ainsi, la logique de la totalité
qui se présente comme source d'égoïsme et de violence trouve
ses limites dans le rapport éthique expérimenté à
partir de la rencontre avec le visage d'autrui, où
l'altérité d'autrui est radicalement reconnue et
respectée39(*).
Si la complexité du politique se révèle
également par le paradoxe d'une volonté et d'une
obéissance absurde, nous pouvons affirmer que Arendt a trouvé en
ce conflit, une grande occasion pour élaborer son système
refondateur. Les trois points de départ que nous avons exposés
constituent des prémices décisives et particulières dans
le cadre du système refondateur de Arendt. Son désir de
réhabilitation de l'agir politique s'exprime distinctement à
travers le triple diagnostique du mal tel que nous avons tenté de le
décrire et, la volonté de le vaincre. Maintenant il faudrait
révéler les moyens et méthodes que Arendt met en oeuvre
pour réhabiliter l'action politique. C'est l'aspect dialectique d'une
pensée qui se veut toujours constructive, renouvelée et
dynamique.
II. LA DIALECTIQUE D'UNE PENSEE
II.1 Le sens du politique chez Arendt
La principale approche de la théorie
politique de Hannah Arendt est précisément liée à
la notion de pouvoir et de liberté. Ainsi, la .politique selon Arendt se
révèle comme étant la capacité de sortir de la
minorité et de la passivité politique imposées par les
formes de totalitarisme modernes et contemporains, afin d'inaugurer une
série d'actions qui connectent l'homme à l'homme et favorisent le
développement des potentialités réprimées en nous.
La politique est dont un mode de rompre les liens qui nous aliènent et
nous avilissent. C'est la capacité de répugner et combattre la
banalité du mal, tout en découvrant la richesse des
possibilités humaines réactivant les valeurs cachées ou
étouffées. C'est un véritable pari de la liberté
qui insiste sur l'action comme commencement et dont les retentissements
restent imprévisibles puisque aucun savoir politique ne peut se projeter
dans un avenir vraiment à venir et foncièrement inachevé.
Arendt refuse évidemment de voir en la politique, un complexe
d'expectatives, d'espérances et de tensions orientées vers une
époque eschatologique de paix et de libération totale. Une telle
utopie, fondamentalement de dimension religieuse, s'est notamment
sécularisée dans le totalitarisme, le marxisme l'illuminisme, au
sein même de l'idéalisme et du positivisme ; cette utopie
messianique ne pourrait selon Arendt, orienter l'action de l'homme.
D'une manière générale, Arendt exclut
toute forme de messianisme au sein de sa pensée politique car seule une
histoire dans laquelle l'auteur prend parti révèle le sens
même du politique. Et, pour donner un sens à sa réflexion
sur la terreur du totalitarisme, aux grandes révolutions du XVIIIe
siècle et au drame de l'antisémitisme, Arendt s'appuie sur des
enquêtes historiques. Mais l'objectif caché de tout système
politique authentique consiste à instaurer une république
idéale, Arendt pense que l'idéal d'une telle république
est assise sur l'autorité d'une fondation, régie par des lois et
devant garantir à chacun un droit de co-partage au gouvernement. Une
chose est certaine c'est que la période post-totalitaire est fortement
liée à la rhétorique de la démocratie elle se
limite notamment à en faire une puissante apologie tout en conservant
une certaine apathie vis-à-vis des difficultés qu'elle comporte.
Une telle attitude nécessite une prise de position sérieuse et un
dépassement qualitatif au sein d'un processus de restructuration.
Si la politique est conservation des justes différences
entre les hommes, la redécouverte des formes de compatibilité
s'impose. Il s'agit alors de penser le particulier comme contenu de
l'universel. Ce procédé relève précisément
de la faculté de jugement, laquelle n'est ni volonté d'agir, ni
volonté de comprendre mais bien plus expérimentation de la
liberté. Une telle réévaluation implique
nécessairement une révolution dans la méthode de
l'investigation politique. Cette méthode échappe notamment
à la rationalité scientifique qui pendant longtemps a
constitué l'apanage du monde philosophique et scientifique moderne. En
effet, l'époque moderne embrassait le monde avec un réalisme
intellectuel, technique et scientifique. Elle voudrait dominer la nature
à partir de la programmation, de la recherche scientifique, de
l'efficience technique, et à travers un processus de en plus
accéléré où l'homme se rend patron de l'univers.
Ces idées ont permis une augmentation rapide de la puissance de l'homme,
laquelle est rentrée dans sa phase critique parce que devenue
incontrôlable. A ce niveau, le pouvoir apparaît
problématique dans son essence même et, notre conscience nous
révèle le rapport conflictuel qui désormais l'oppose au
politique, lequel devient une menace permanente pour l'homme. C'est aussi un
des dilemmes fondamentaux que Arendt voudrait affronter dans son système
de restructuration, en procurant un sens vital et existentiel au pouvoir. Elle
tente en effet d'ordonner le pouvoir afin qu'en l'utilisant, l'homme puisse
rester homme. Il se révèle donc que les progrès
technologiques ne sont pas assez suffisant pour les sociétés
démocratiques40(*).
Ni la rationalité scientifique, ni l'idée philosophique ne sont
en même de fournir un modèle au monde politique.
Il s'agit là d'une remarque assez pertinente et il
faudrait bien trouver une solution à un tel embarras. Arendt pense que
ce n'est nécessairement pas la prévoyance technique qui constitue
le domaine du politique mais bien plus la réalité d'une prudence
pratique ouverte aux multiples intentions humaines et à
l'ambiguïté de l'histoire même.41(*) Le caractère même
du politique réside dans la création d'un sens commun capable de
faire partager la multitude des points de vue particuliers. C'est
l'avènement d'un système fondé sur la croisée des
opinions et dont le but fondamentale est la redécouverte d'un sens
humain de la vérité du politique. Arendt voudrait ainsi
démanteler la précédente tradition philosophique
condamnée par le divorce de la théorie et de l'action pour
finalement renouer un rapport immédiat avec le passé. Bien
évidemment, la théorie de Arendt reste vulnérable puisque
la pesanteur de l'économie et la force de la représentation
politique demeure des questions à ne pas marginaliser. En fait, l'on
devrait nécessairement penser à une action qui ne soit pas le
moyen d'une fin et opérer une nette distinction entre décision et
domination de la majorité. Dans cette perspective, l'on voit clairement
le sens que Arendt voudrait conférer au politique ; il s'agit de
récupérer l'humanité dans la forme d'une relation plus
publique et désintéressée entre les hommes.
Dans une telle relation, l'inter subjectivité occupe
une place de choix. Elle y est conçue comme fondement de la perception
du monde objectif ou comme communauté de la communication idéale
où le sujet communicationnel apparaît en même temps comme
sujet et objet, comme agent et subissant de son propre agir. Arendt identifie
cette inter subjectivité avec ce qu'elle nome le Dazwischen ou
le fait d'être ensemble dans un espace intermédiaire : "Car
le fait que le sujet se révèle fait partie intégrante de
chaque relation humaine. Les processus de l'agir ne peuvent pas laisser
derrières eux des résultats ou des produits finaux. Mais avec
toute son intangibilité, cet espace n'est pas moins réel que le
monde des choses que nous avons visiblement en commun. Nous appelons cette
réalité l'entrelacement des relations humaines, indiquant
notamment par cette métaphore sa nature peu tangible"42(*)
A travers son vécu quotidien, Hannah Arendt a su
découvrir que chaque personne est importante pour toute autre, qu'elle
peut influencer et comprendre l'autre. Elle pense en fait qu'aucune
société ne pourrait devenir humaine de manière
spontanée ni même au moyen de la philosophie ou encore moins de la
connaissance intellectuelle, seulement à partir du moment où les
relations entre les hommes deviennent vraiment humaines. Avec Arendt, la
redéfinition du politique ne peut notamment plus se limiter à des
justifications pré politiques telles la religion, la métaphysique
ou la psychologie. Il faut désormais démontrer que la politique
n'est pas une chimère, mais bien une opportunité humaine. Cette
opportunité consiste évidemment en ce que Arendt appelle la
`condition humaine' : c'est la condition même de vie, liée
à la naissance, à la mort, à la mondanité et
à la pluralité humaine. Pour Arendt, vivre c'est être entre
les hommes. La politique est donc un agir qui s'opère dans l'homme
même et la liberté se révèle alors comme un agir en
commun. Une telle liberté peut aussi se manifester à travers la
constitution et la division des pouvoirs. Ainsi, la politique n'est plus
définit dans le sens vertical mais dans celui horizontal et le sens d'un
agir consensuel devient alors pouvoir.43(*)En somme l'intersubjectivité se manifeste comme
l'expression civile et humaine de toute communauté. En ce sens,
l'analyse du phénomène politique réalisée par
Arendt nous conduit à réfléchir sur le sort de la
démocratie après le drame de l'émergence du totalitarisme.
II.2 Une nouvelle approche de la théorie
démocratique
Dans sa perspective historique
concrète, la démocratie exprime une réalité qui
visiblement, divise les opinions. Ce terme qui s'origine du grec demos
(peuple) et kratein (commander) signifie le gouvernement par le
peuple. C'est un régime où le suffrage universel est
exercé de manière libre, sans contrainte morale ou encore moins
physique. La structure politique et administrative d'un tel système se
caractérise par un équilibre des pouvoirs entre l'exécutif
et le législatif. Il serait peut-être mieux de dire qu'il
s'agirait de combiner cet équilibre de pouvoir avec la ferme
possibilité d'une action continue et efficace, sans obstruction d'un
pouvoir artificiel par l'autre. Aujourd'hui, cette notion possède une
attraction tellement forte que tous les gouvernements s'en réclament,
même ceux qui couvent les dirigismes et les formes de totalitarismes le
plus absolus. Dans la structure de sa pensé refondatrice, Arendt
s'active à repenser la validité d'un système
démocratique ; et c'est bien dans cette perspective que nous
orienterons la réflexion de l'actuel point de notre rédaction.
En fait très peu d'auteurs dans l'histoire de la
pensée politique ont su fonder comme Arendt, le pouvoir politique sur le
cours même de sa propre action. Elle a notamment ouvert un chemin qui
permet à l'homme de penser et d'agir politiquement. Elle nous offre
ainsi la possibilité de fonder le pouvoir dans un horizon de
l'égalité humaine. Si par ailleurs Hannah Arendt n'a jamais voulu
être appelée philosophe, c'est justement parce qu'elle savait que
réduire l'incertitude démocratique, -limiter la
possibilité permanente de fonder le pouvoir à un simple
échange de paroles- à une politique a priori ne signifiait autre
chose que retomber dans la politique que personne ne fait, la politique des
philosophes. Toutefois, la compréhension communicative du pouvoir,
laquelle définit toute possibilité de porter à terme, en
théorie et en pratique, un projet politique liant
l'autodétermination et le développement des individus, à
l'auto développement politico démocratique de la
société, naît précisément de cette vision
d'échange mutuel . En ce sens, le pouvoir politique se présente
comme étant une fin en soi, excluant par le fait même toute
tentative et possibilité d'être
dégénéré en stratégie, en force ou en
violence. C'est ainsi que la démocratie participée confère
un élan démocratique au sujet politique, cet élan lui
permet pour ainsi dire, de porter à terme la vraie révolution
démocratique.
Mais une véritable question se pose par rapport
à la réalisation des principes de la démocratie. Quel
agent moteur pourrait favoriser l'accomplissement de tels principes ?
Hannah Arendt pense que c'est la désobéissance civile qui
constitue l'axe central d'une telle réalisation puisqu'elle est le
vecteur capital dans la fondation d'un pouvoir communicatif ; c'est un
canal primordial pour le développement des principes
démocratiques. Cette désobéissance consiste notamment en
des discours ou actions, créateurs d'un espace politique ; c'est
une forme de désapprobation politique, de caractère exemplaire,
en vue du développement de la réalité
démocratique. La désobéissance civile constitue un
véritable exemple paradigmatique de la génération du
pouvoir communicatif à travers le développement de sa
sphère publique plus ou moins spontanée. Mais si aujourd'hui la
droite et la gauche classique de l'univers politique situent le pouvoir
politique au sein même du pouvoir de l'Etat, il n'est pas étonnant
que nous soyons arrivés à des conceptions
instrumentalisées du pouvoir, et à la confiscation de celui-ci
par l'Etat et sa tendance à s'identifier au peuple. C'est bien en ce
sens que Friedrich Nietzsche déclare : "L'état c'est le plus
froid de tous les monstres froids. Il ment froidement, et voici le mensonge qui
rampe de sa bouche : `Moi l'Etat, je suis le peuple.' C'est un
mensonge ! [...] Ce sont des destructeurs, ceux qui tendent des
pièges au grand nombre et qui appelle cela un Etat : Ils suspendent
au dessus d'eux un glaive et cent appétits."44(*) En réalité, il
est difficile de déclarer que les deux tendances sus citées
puissent ouvrir un véritable chemin vers la démocratie puisque
l'authentique destin des institutions politiques doit surtout dépendre
de l'agir collectif ; mais ses systèmes, ces institutions ne
représentent pas tellement des faits sociaux permanents.
La complexité de notre époque nous invite
à éviter des réponses définitives en politique
puisque notre société vit dans une perpétuelle
transformation et dans des mutations conflictuelles permanentes.45(*) Une telle problématique
exige la mise sur pied de nouveaux schémas d'interprétation
vis-à-vis des mutations politiques et sociales qui interviennent au sein
des systèmes politiques démocratiques actuels. Aujourd'hui nous
ne pouvons point considérer le politique comme milieu d'action de
l'homme sans toutefois le lier directement à la démocratie. Et
l'impératif démocratique de notre époque voudrait
conjuguer sous une forme créative, le pouvoir social, avec le pouvoir
économique, et celui de l'Etat qui, dans un système
représentatif, s'alloue au service de la
société.46(*) Cette forme d'approche démocratique
révèle l'originalité des conditions politiques et sociales
de la positivité du droit, laquelle semble être une réelle
conséquence de la variation politique et économique. Mais sur le
plan de l'organisation, le droit est élaboré par le
système politique et ce système est fortement exposé
à des risques de fluctuations incontrôlables. C'est une des
raisons pour lesquelles la positivité du droit présuppose le
passage de la société politique à la société
économique. Un tel impératif démocratique
révèle que l'histoire réelle des institutions
évolue de manière claire mais fortement diversifiée,
à cause des manipulations opérées par une élite
impunément fanatique. Dans ce sens, toutes les institutions peuvent
être objets d'une profonde transformation démocratique. Mais avec
le drame des tensions entre partis politiques, nous assistons à une
version contemporaine du conflit historique existant entre la démocratie
de base et la démocratie représentative.
Face à une telle complexité de la
réalité politique et à une progressive tendance vers un
éventuel effacement du phénomène démocratique,
l'urgence d'une nouvelle théorie de la démocratie
révèle une fois de plus son importance. Il serait sûrement
opportun d'évoquer le paramètre normatif de la démocratie
comme facteur décisif pour la création d'une culture
démocratique. Mais nous avons l'impression que les tentatives politiques
qui militent pour une conception stratégique du pouvoir ont souvent
failli47(*). Il
résulte clairement que toute science politique qui oeuvre à
travers un concept de pouvoir stratégique ne peut prétendre ni
affirmer, ni même expliquer un tel pouvoir puisque le pouvoir naît
au sein de la société. Et le pouvoir démocratique ne peut
être légitimé que par le peuple. En effet, le pouvoir ne
peut naître que de la capacité des hommes de se comprendre entre
eux et d'agir de commun accord à travers des formes de
consensus.48(*) Toute
instrumentalisation du pouvoir est inconcevable ; de même, aucun
usage stratégique du pouvoir n'est acceptable. Le pouvoir politique ne
saurait naître d'un contrat de soumission et de session de pouvoir
à l'Etat tel que le conçoit Hobbes ; mais il apparaît
dans un système de compromis interne et horizontal face à l'Etat.
C'est bien pourquoi, parlant de la doctrine de l'Etat, J.J Rousseau fonde le
contrat sur un pacte spontanément instauré entre les membres
d'une communauté, où chacun en particulier renonce à la
liberté illimitée de la condition de nature. En effet, l'individu
qui souscrit au contrat se subordonne à la volonté
générale, toutefois, celui-ci ne perd pas sa propre
liberté étant donné qu'en réalité, il ne se
soumet qu'à la volonté générale, laquelle est en
vue du bien commun.49(*)
La substance de l'idée démocratique chez Arendt nous laisse
croire que celle-ci limite sa conception du politique à un passé
idéalisé, celui de la polis grecque50(*), mais en réalité
tel n'est pas le cas puisque le passé est toujours vivant dans nos
consciences. Et, dans sa dynamique révolutionnaire, Arendt se
préoccupait surtout d'apporter une réponse à la question
du lien existant entre le pouvoir constitué et le pouvoir constituant.
Cependant Une interrogation importante reste à éclaircir :
c'est la problématique liée aux conditions d'efficacité
d'un système démocratique favorable à
l'émancipation intégrale des sociétés Humaines.
II.3 Conditions d'une démocratie plus humaine
Après avoir déterminé les mesures d'une
nouvelle approche de la théorie démocratique, il est
précisément convenable de vérifier les conditions
effectives qui favorisent l'avènement et l'application d'une telle
théorie. Le concept du pouvoir communicatif, cher à Habermas
trouve une place de choix dans la pensée politique de Arendt. En
recherchant les critères qui rendent efficace le pouvoir communicatif,
Habermas voulait notamment sortir la réalité politique d'un
territoire qui n'est réellement pas le sien, celui de l'environnement
utopique, afin de la ramener dans la dimension du vécu concret. A cet
effet, il se donna le devoir d'échafauder une espèce de
justification et de légitimation d'un programme du pouvoir
communicatif ; toutefois la possibilité et la validité d'une
telle entreprise constructive demeurent problématiques. Pour manifester
son point d'accord avec Hannah Arendt, le philosophe sociologue allemand
déclare : "Je suis d'accord avec Hannah Arendt que les convictions
divisées de manière communicatives constituent une source de
pouvoir légitime, de la même manière je suis d'accord avec
elle qu'un pouvoir reconnu sans coercition provient des habitudes
communicatives de la vie quotidienne. [...] Grâce au concept communicatif
du pouvoir, l'on peu comprendre l'institutionnalisation des rapports de force
comme une transformation de celle-ci en pouvoir lequel a une apparence de
légitimité."51(*).
Une telle légitimité semble être la
meilleure expression que nous puissions procurer à la notion arendtienne
de l'espace publique. Ce lieu où les citoyens, en condition
d'égalité et de liberté, traitent des questions qui ne
proviennent pas nécessairement d'eux et, qui n'ont évidemment pas
été ratifiées par eux-mêmes. Ce qui est
évident est que seul l'Etat peut exercer le pouvoir de manière
légitime, mais étant bien sûr en relation étroite
avec la société qui en est la source. De grands risques
s'imposent parfois lorsqu'on voudrait à tous prix procurer des
justifications rationnelles à un pouvoir qui favorise un
équilibre instable, contingent et mutable entre l'Etat et la
société. Il se révèle important d'affirmer une
fois de plus que la réalisation des principes démocratiques
contenus dans la constitution ne peut s'accomplir que grâce à
l'acceptation des différents espaces publiques.52(*) Nous pouvons dire que c'est le
contexte public qui constitue le facteur déterminant dans l'alimentation
d'un processus démocratique. Une telle vision du système
démocratique fonde ses racines dans le double conteste de l'analyse des
divers processus historiques de la démocratie et la tendance à la
critique du réductionnisme politique. Dans tous les cas, le processus
démocratique ne pourrait aisément se construire que si les
opérateurs politiques confèrent une importance
particulière à l'environnement publique. C'est ce qu'affirme
Habermas lorsqu'il déclare : "Dans une démocratie digne d'un
tel nom, les procédés de formation de la volonté politique
juridiquement institutionnalisés, et qui ont trouvé un fondement
constitutionnel (comprises les élections), doivent être
reliés [...] à une formation de l'opinion non codifiée,
mais, de manière argumentative, elle doit être
contrôlée au maximum, Un réseau de libre association serait
utile pour une telle finalité en deçà du plan
d'organisation des partis reconnus par l'Etat, des média
délégués, des associations d'intérêt, et
ainsi de suite"53(*)
Un tel projet se présente comme étant une
réalité en perpétuel devenir, un phénomène
toujours en construction. Il s'agit de repenser sur l'héritage des
révolutions précédentes, d'abord, en des termes normatifs,
ensuite comme projets, tout en essayant au maximum de les adapter au contexte
sociopolitique actuel. C'est pourquoi, une véritable république
démocratique, où les principes démocratiques se
réalisent de manière plus humaine, devrait se présenter
non comme système accompli mais bien plus comme réalité
à accomplir. Ainsi, la souveraineté acquiert son véritable
contenu normatif et historique non seulement dans les procédés
juridiquement institutionnalisés mais aussi dans l'infrastructure d'un
environnement politique publique qui s'alimente au sein de la
spontanéité. C'est par exemple en ce sens que la
désobéissance civile revêt un caractère politique
spontané, purement revendicateur, lequel remet en question la
démocratie entendue comme système représentatif de la
majorité. Si nous allons chercher le sens profond de la
désobéissance civile assez régulièrement
opéré dans les mouvements socio politiques de notre
époque, nous réaliserons qu'elle ne consiste pas
nécessairement en ce qu'elle critique mais bien plus en la
manière donc est opérée la critique. L'oeuvre d'une
possible repolitisation des démocraties modernes et contemporaines, se
résumerait notamment à mettre en évidence et
dépasser les limites éthiques, juridique et politiques, de la loi
de la majorité.
Le caractère normatif et juridique à travers
lequel se développe la pensée de Habermas est également
lié à la réflexion politique de Rawls, Luhmann et
même Dwordkin. A travers leurs idées, ces auteurs voudraient
précisément rompre avec le système représentatif de
la loi de la majorité. Ceux-ci reconnaissent toutefois la contingence
d'une telle prétention, espérant cependant que celle-ci puisse se
transformer en jugements effectifs, capables d'être
institutionnalisés par le système politique même. Ce
présuppose se situe à l'avant-garde d'une réelle
volonté démocratique contemporaine. Hannah Arendt
l'intègre notamment dans son système refondateur en plus, elle
s'attache à la pensée discursive comme élément
favorisant l'instauration d'une véritable culture démocratique.
Au-delà de toute considération, il est évident que seul le
caractère démocratique d'un gouvernement confère
dignité liberté et paix aux peuples. C'est notamment ce
qu'affirmait Aristote lorsqu'il déclarait : "Si c'est en
démocratie que se trouvent principalement, comme le soutiennent
certains, la liberté ainsi que l'égalité, il en sera ainsi
principalement de la même manière le pouvoir politique. Et puisque
le peuple est majoritaire et qu'est souveraine l'opinion de la majorité,
il est nécessaire qu'une telle constitution soit
démocratique."54(*)
Cet éloge de la démocratie devrait stimuler les consciences
politiques à plus de responsabilité et d'implication active et
constructive vis-à-vis du destin politique de notre humanité.
Conclusion
Au terme de notre réflexion, nous nous retrouvons
projetés dans un univers politique caractérisé par sa
complexité, son imprévisibilité, mais aussi, fortement
soumis à la loi de l'éternelle contingence. A partir d'un bref
regard sur la question d'une philosophie politique, nous avons essayé
d'analyser le sens même du politique tels qu'il se définit et
s'exerce dans les systèmes modernes et contemporains. A la suite d'une
telle réflexion, il s'est imposé l'irruption de la forte penser
arendtienne au sein même de l'engrenage politique de notre époque.
C'est ainsi que l'analyse philosophique et politique de Arendt, -laquelle porte
précisément sur le totalitarisme et ses manoeuvres- a
suscité une réflexion qui à notre avis devrait urgemment
être menée. Il faut repenser le politique disons mieux, il faut
transformer le drame du politique en une question pour notre pensée et
en énergie pour notre action ; le refonder à sa base en vue
d'une action plus efficace et plus humaine.
Une telle exigence engendre une profonde analyse sur
l'essence même du politique. C'est la plus importante des sciences
pratiques puisque sa finalité est le bien commun. Elle est
nécessairement liée à l'éthique et orientée
vers la collectivité, non aux intérêts individuels ou de
groupes. En fait le caractère authentique du politique réside
dans le dialogue, lequel constitue une véritable opportunité de
contribution à la décision unitaire. Si l'époque
moderne-contemporaine a excellé par une horrible décadence de
l'agir politique, il est important de redimensionner une telle
réalité. L'agir politique devrait pour ainsi dire embrasser toute
activité interpersonnelle visant la transformation du monde actuel,
créant par le fait même une communauté d'hommes libres,
égaux, une société où la violence et toutes les
formes du totalitarisme sont exclues, une entente où le bien
escompté est celui de l'humanité. De telles considérations
s'ouvrent à la catégorie de la véritable amitié
politique qui selon Aristote est l'unique garantie de la concorde
sociale : "Il semble également que l'amitié tienne les
cités unies et que les législateurs se préoccupent plus
d'elle que de la justice. En effet, la concorde semble être quelque chose
de semblable à l'amitié."55(*)
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TABLE DES MATIERES
Iintroduction
Première partie
CADRE FONDAMENTAL D'UNE PHILOSOPHIE
POLITIQUE
I. REGARD PANORAMIQUE SUR LA QUESTION
I.1 Nécessité et fondement d'une philosophie
politque
I.2 Le cadre méthodologique d'une philosophie politique
moderne contemporaine
I.3 Plurivocationalité de la philosophie politique
II. UN ENJEU DECISIF
II.1 Les mythes politiques dans la philosophie politique
moderne contemporaine
II.2 L'exigence d'une valeur morale en politique
II.3 L'enjeu du bien commun: une nécessité
politique
Deuxième partie
PROCESSUS DE REFONDATION DU POLITIQUE
I. POINT DE DEPART
I.1 La problématique du mal
I.2 La vérité politique et le drame du
totalitarisme.
I.3 Paradoxe conflituel entre la volonté et
l'obéissance.
II DIALECTIQUE D'UNE PENSEE
II.1 Le sens du politique chez Arendt
II.2 Une nouvelle approche de la théorie
démocratique
II.3 Conditions d'une démocratie plus humaine
Conclusion
* 1 Les auteurs de la
philosophie politique contemporaine en général présument
que le projet pour lequel ils oeuvrent consiste non seulement à
déterminer ce qui est juste mais aussi à dire aux acteurs
politiques ce qu'ils devraient faire. L'exemple classique à cet effet
est la déclaration de J. Rawls au début de A theory of
justice : "Une théorie, bien qu'étant
élégante et économique, doit être rejetée ou
révisée si elle est inexacte ; de même les lois et les
institutions quoi qu'elles soient efficientes et bien organisées,
doivent être reformées ou abolies si elles sont injustes" il
semble en effet présomptueux utiliser le terme "doivent" au lieu de
"peuvent". Consulter J. Rawls, The theory of the justice, Oxford
University press, Oxford 1972, p3.
* 2 En dépit de sa
formation classique impeccable, en dépit de ses rapports avec Heidegger
et Jasper, elle n'hésita pas à rester longtemps dans l'ombre.
* 3 H. Arendt, The Burden of
our time, Secker and Warburg, London 1951, pp. 4437-439. Cette note
terrifiante de Arendt à résonance athée se retrouve aussi
chez Nietzsche. Mais cela ne signifie nullement qu'elle partage la tendance
antireligieuse de Nietzsche
* 4 Dans le Criton,
Platon met en exergue l'argumentation éthico politique
adoptée par Socrate en vue de consolider sa décision de ne pas
s'évader de prison. L'analyse des propositions socratiques nous porte
ainsi à élaborer des considérations d'éthique
politique tel l'hypothèse contractualiste selon laquelle la loi est vue
comme accord entre individus et, la personnification de la loi où
Socrate identifie le cours de sa vie à celle de chaque individu.
* 5 Aristote, Les
politiques, Livre I, 2, 1253-a, trad. P. Pellegrin, coll. GF,
Flammarion.
* 6 C. L. de Secondat, baron
de Montesquieu, De l'esprit des lois, [Livre IIe, chap. Ier
Bibliothèque de la Pléiade, Paris 1748, p. 239]
* 7 G. Bataille,
L'érotisme, Paris, UGE 10/18, p. 227.
* 8 B. Russel,
Problèmes de philosophie, 1912, [trad. Guillemin, Petite
Bibliothèque Payot, 1968 p.182]
* 9 L. Ferry et A. Renaut ont
élaboré plusieurs travaux qui argumentent cette conception d'une
philosophie politique orientée par l'idéal d'un humanisme non
métaphysique. Parmi ces travaux, nous pouvons citer : L. Ferry,
Philosophie du droit I :
-Le droit. La nouvelle querelle des anciens et des modernes,
PUF, Paris 1984 ; Philosophie politique II : Le
système des philosophie de l'histoire, PUF, Paris 1984.
-L. Ferry et A. Renaut, Philosophie politique III : Des
droits de l'homme à l'idée républicaine, PUF, Paris
1985 ; la pensée 68. Essai sur l'antihumanisme contemporain,
Gallimard, Paris 1985 ; 68-86. Itinéraire de
l'individu, Gallimard, Paris , 1987; Heidegger et les modernes,
Grasset, Paris 1988.
- A. Renaut, Le système du droit. Philosophie et droit
dans la pensée de Fichte, PUF, Paris 1986 ; L'Etre de
l'individu. Contribution à une histoire de la subjectivité,
Gallimard, Paris 1989 ; Philosophie du droit (en
collaboration avec Lukas Sosoe), PUF, Paris 1991.
* 10 Parmi ces auteurs nous
pouvons citer Tocqueville qui a grandement oeuvré en vue de la
reconstruction de la sphère de la société civile ;
aussi, Habermas et Appel avec respectivement leur éthique
communicationnelle et éthique de la discussion.
* 11 H. Arendt, Between
past and future, Viking Press, New York 1968, p.95.
* 12 Platon développe
profondément cette notion dans la République,
* 13 Une elle théorie
est amplement exposée par Aristote dans Politique.
* 14 Cette conception est
attachée à la vision antique du politique, tel que le soutenaient
Platon et Aristote.
* 15 Les sophistes se
réclamaient fortement liés à ce mode de percevoir le
principe qui légitimait le pouvoir politique.
* 16D'une telle tendance, se
réclamaient le stoïcisme et la république romaine
* 17 Les théories
contractualistes de T. Hobbes, J. Locke et celle de J.J. Rousseau sont notables
et apporte plus d'éclaircissements à ce propos.
* 18 Une lecture approfondie de
C. Schmitt serait utile à qui voudrait en avoir des informations
approfondies.
* 19 Carlyle, On Heros,
Lez.I, pp13, ed. Centenaria, V, 13
* 20 C'est l'homme des temps
primitifs et de la civilisation primitive, lié à la magie.
* 21 C'est l'homme technicien,
l'artisan.
* 22 Hannah Arendt, Sur la
violence, 1970 [in, Du mensonge à la violence,
trad. G. Durand, coll. Agora, Pocket, p.113]
* 23 M
Barthélemy-Madaule, La personne et le drame humain chez Teilhard de
Chardin, ed. du Seuil, Paris, 1967, p.171.
* 24 Eric Weil, Philosophie
et réalité, in Derniers essais et conférences, B.A.B,
Paris, p. 247.
* 25 H, Arendt, On
revolution, Faber and Faber, London 1963, p. 110.
* 26Cf. Hannah Arendt,
Crisis of the Republic, Harcourt Brace Jovanovich, New York, 1972, pp.
113-115.
* 27 Cf. H. Arendt, Was ist
Politik ? Aus dem Nachlass, sous la direction de U. Ludz, ed. Piper,
München 1993, pp. 74-77.
* 28 H. Arendt, The origins
of totalitarism, ed. Allen and Unwin, London 1967, pp. 463-466.
* 29 H. Arendt, Dissent,
power and confrontation, Sous la direction de A. Klein, ed. McGraw-Hill,
New York 1971, p. 132
* 30 Pour s'en convaincre, nous
conseillons la lecture de Hannah Arendt, in The human condition,
University of Chicago Press, Chicago 1958, trad. It. Vita active,
Bompiani, Milano 1964, nous apporterait plus d'informations à ce
sujet.
* 31 Pour en avoir une
idée plus claire, il est important de lire : D.R. Villa, Arendt
and Heidegger : The faith of politique ed. Princetone University
Press, Princetone 1996, pp. 133-141.
* 32 Hannah Arendt Tire une
telle conception de l'Apologie de Socrate, une des ouvres
Platoniciennes traitant la question du rapport de la vérité
liée à la politique.
* 33 Dans son oeuvre
Léviathan, or the Matter, Forme and power of a Commonwealth,
Ecclesiacall and Civil, PE, London 1651. , Hobbes expose sa philosophie
politique; il soutient notamment que le pacte d'assujettissement
contracté par les individus est à l'origine de la formation de
l'Etat, identifié dans la figure allégorique du Léviathan,
le dieu mortel qui représente l'homme artificiel, l'artifice humain
destiné à substituer le produit défectueux de la
nature.
* 34 Cf. A.M. Baggio,
Vérità e politica in Nuova Umanità,
XXII (2000/3-4) 129-130, p.339
* 35R. Guardini, Die Macht.
Versucht einer Wegwisung (1950), tr. It. Il potere,
Morcelliana, Brescia 1993, p.129.
* 36 H. Arendt, Sur la
violence, in Du mensonge à la violence, trad. G. Durand,
coll. 'Agora', Pockect, Paris, 1970, p. 142.
* 37 Une telle position est
largement partagée par Nietzsche, Bergson, Sorel et même Weber.
* 38 Pour en avoir une
idée plus claire, il nous suffit d'approfondir les concepts de :
Volonté de puissance chez Nietzsche, Volonté de
croire chez Jaspers, la Volonté en tant que `coup d'état
chez Bergson et la Volonté en tant que créatrice
l'esprit de scission chez Sorel.
* 39 Pour en avoir une
idée plus claire nous suggérons de lire E. Lévinas in
Totalité et infini, Essai sur l'extériorité, PE
L'Aia, 1961.
* 40 Cette théorie est
bien développée par U. Rödel, G. Frankenberg et H. Dubiel,
in Die demokratische Frag, Suhrkamp, Frankfurt a. M. 1989, pp. 17 ss.;
C. Offe, The new Social Mouvment, `Social Research', LII, 1985 ;
Id., Partidos politícos y nuevos movimentos sociales, Sistema,
Madrid 1990.
* 41 Sur ce point, Hannah
Arendt est plus poignante que Aristote et Habermas.
* 42 Hannah Arendt, Vita
Activa oder von tätiger Leben, Piper, München 1967, p.173.
* 43 A ce propos, nous notons
que sur le plan institutionnel, Hannah Arendt dépasse le concept de
pouvoir tel que le conçoit Montesquieu ; c'est pourquoi selon
Arendt, le pouvoir doit être renforcé par la division même
des pouvoirs.
* 44 F. Nietzsche, Ainsi
parlait Zarathoustra, 1ère partie, `De la nouvelle
idole', trad. H. Albertt et J. Lacoste, coll. `Bouquins', Robert Laffont,
Paris 1883-1885, p.320.
* 45 Pour plus d'informations
à ce sujet, nous conseillons la lecture de H. Dubiel, Politik und
Aufhlärug, in Die Zukunkf der Aufklärung. Herausgegeben von
J. Rüsen, E. Lämmert, P. Glotz, Suhrkamp, Frankfurt a. M. 1988,
p.27.
* 46 Cette vision est fortement
présenté par A. Maestre, in El poder en vilo, Tecnos,
Madrid, 1994, chap. I et IV ; A. Arato, Revolution, Civil society and
Democracy, `Praxis international', X, ½, 1990.
* 47 A cet effet, Max Weber a
conceptualisa dans l'opportunité, laquelle se manifeste dans la relation
sociale, d'imposer sa volonté personnelle même contre des
résistances.
* 48 H. Arendt, The Hhuman
condition, University of Chicago Press, Chicago 1958.
* 49 J.J Rousseau, Du
contrat social, OEuvres complettes III, Gallimard, Paris 1964.
* 50 C'est la plus importante
critique que Habermas a pu adresser à Hannah Arendt. Nous pouvons la
découvrir in : J. Habermas, Profili politico-filosofico,
cit., pp.179-178 ; Id., Zur Rekonstruktion des histirischen
Materialismus, Suhrkamp, Frankfurt a. M. 1976, p.295.
* 51 J. Habermas, A Reply
to my Critics, in Haberms. critical debates, sous la direction de
D. Held et J. B. Thompson, McMilan, London 1982, p.269.
* 52 A ce propos, nous
conseillons la lecture de la nouvelle introduction de Habermas, à la
dernière édition de Die Structurwandel, der
Öffentlichkeit, Suhrkamp, Frankfurt a. M. 1990, pp. 11-50
* 53 J. Habermas, Die
nachholende Revolution, Suhrkamp, Frankfurt a. M. 1990, pp. 94-95.
* 54 Aristote, Les
Politiques, Livre IV, 4, 1291 b, trad. P. Pellegrin, coll. GF, Flammarion.
* 55 Aristote, Ethique
à Nicomaque, VIII, 1, 1155a, 23-26.
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