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Dynamique de l'occupation sol dans des niayes de la région de Dakar de 1954 à  2003: exemples de la grande niaye de Pikine et de la niaye de Yembeul

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par Aminata DIOP
Université Cheikh Anta DIOP de Dakar - DEA 2006
  

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INTRODUCTION

L'urbanisation rapide des pays africains a commencé à se manifester depuis les années 1950. Cette période correspond à la naissance mais surtout l'expansion des grandes villes situées sur les zones littorales. Cette situation est née de la concentration dans les centres urbains des services administratifs, des entreprises et des marchés. Elle a entraîné d'importants flux migratoires et a abouti à une macrocéphalie du tissu urbain. Ainsi Vennetier (1991), analysant l'histoire de l'urbanisation des villes africaines, a évoqué l'importante phase qu'est celle de l'après seconde guerre mondiale. En effet, ce fut l'ère des grands travaux mobilisant une forte main-d'oeuvre. Les villes africaines notamment les villes portuaires, ont ainsi connu un essor notoire. Au Sénégal, il y a un déséquilibre entre Dakar qui se modernise et les villes de l'intérieur déclinantes. La capitale dont la population a augmenté de 79,8 % entre 1955 et 1961, a accueilli pendant cette période, des flux de 30000 personnes par an (Seck, 1970). En 1980, sur les 270 entreprises industrielles du pays, 242 sont installées dans la région de Dakar soit 90 % du tissu industriel. L'agglomération regroupait aussi 20 % de la population du pays. Toujours pour la même année, le taux d'urbanisation du Sénégal est de 35 % (PDU, 2003). De 1970 et 1988 la population est passée de 724462 à 1488941. En 2000, la capitale concentre 94 % des entreprises industrielles commerciales nationales. En 2004, 54 % de la population urbaine vit à Dakar (DPS, 2004). Avec un taux de croissance annuel est de 4 %, la demande foncière est devenue insoutenable : 100000 nouveaux arrivants chaque année, soit une demande 10000 nouvelles parcelles (PASDUNE, 2002). Ce fait entraîne l'augmentation des constructions par les sociétés immobilières, de l'auto construction à Pikine et le développement de l'habitat irrégulier. Il y a aussi la construction des infrastructures nées de la demande sociale (écoles, réseau d'adduction d'eau hôpital, marché, station d'épuration des eaux et routes) mais aussi d'autres infrastructures comme le futur technopôle. Selon Ndong (1990), « 74,6 ha en moyenne sont conquis chaque année par l'urbanisation entre 1973 et 1980 ».

L'extension des villes africaines s'est fait selon Merlin (2000) «de façon spontanée et précaire avec le développement de bidonvilles sur des terrains appartenant à l'Etat ou achetés à des lotisseurs privés et vers les périphéries et autres espaces qui naguère étaient plus ou moins naturels ou à vocation agricole». Dans ce contexte d'explosion démographique et d'intensification des activités économiques, les espaces naturels jouent un rôle essentiel dans l'espace urbain, leur existence est nécessaire à la production de l'oxygène et au recyclage des rejets gazeux afin d'assurer un équilibre écologique. Ils ont cependant subi de fortes mutations. Ce sont généralement des phases de dégradation qui se manifestent par leur régression spatiale et leur altération qualitative sous l'influence de facteurs naturels mais surtout à cause d'une urbanisation galopante. C'est ainsi que Niang et al. (2004) soulignent la tendance à l'artificialisation des milieux naturels à Dakar. Cette tendance aboutit à «la conversion des zones de végétation naturelle en zone de cultures ou la conversion des zones de cultures en zone d'habitation». Cette évolution a fait qu'à partir de 1999, il n'y a pratiquement plus d'espaces couverts par une végétation naturelle urbaine excepté le domaine classé.

Les niayes constituent un écosystème particulier situé sur la Grande Côte de Dakar à Saint-Louis. Sa particularité est liée à sa topographie, à la proximité de la nappe et de la mer dont il subit les influences climatiques, à sa structure géomorphologique et à sa biodiversité. En effet, selon Ndiaye P (1998), les niayes constituent un important réservoir de biodiversité : prés de 419 espèces végétales soit 20 % de la flore sénégalaise et 13 parmi les 31 espèces dites endémiques du Sénégal se trouvent dans cette zone. Du point de vue de la diversité animale les niayes ont une grande richesse ornithologique. Reynaud (1998) cité par UICN (2002), affirme en effet, que133 espèces d'oiseaux sont dénombrées dans la Grande Niaye de Pikine dont 40 sont dites endémiques, 25 migratrices et 51 nidifiant dans ce périmètre. D'après la même source, la niaye de Maristes est au moins deux fois plus riche en espèces que la zone du centre géophysique IRD ex-ORSTOM de Mbour protégée depuis 1954. Enfin les niayes qui constituent l'un des derniers « poumons verts » de la capitale, ont aussi une valeur esthétique certaine qui peut leur conférer une vocation récréative et touristique.

Ces spécificités ont rendu cet écosystème très attractif, fortement convoité par l'habitat et les activités humaines, ce qui explique sa vulnérabilité. Il y a en effet une conjonction de facteurs naturels et anthropiques qui concourent à la disparition progressive des niayes. La péjoration climatique des années 1970 a fortement réduit le potentiel hydrique et a entraîné un début de transformation de ces espaces en zone d'habitation.

Dakar connaît un problème d'espace auquel s'ajoute la nature de son site. En effet, en plus d'être une presqu'île, l'espace dakarois renferme des dunes dont certaines sont encore vives et des zones humides impropres à l'habitat dont l'occupation par les habitations pose des problèmes de cadre de vie. Ceci justifie la préoccupation émise par Sall (1972) et reprise par Tangara (1997) à propos de l'édification de quartiers sur les dunes de Cambérène qu'on croyait stabilisées. Ces quartiers ont non seulement fait disparaître la végétation sur les dunes, mais ont aussi empiété sur une zone dépressionnaire. Les constructions sont donc d'une part exposées au risque d'effondrement et d'autre part aux inondations.

Ndong (1990) met aussi en évidence un certain « retour à la vie des niayes en 1989 avec une évolution positive de 18,3 % pendant la décennie 1980-1989 ». Cette tendance se confirme avec le retour de la pluviométrie (244,1 mm en 1993, 463,2 en 1996) à la station de Dakar. Cette évolution climatique et la proximité de la nappe, exposent les quartiers construits dans les niayes aux inondations. Cette situation est aggravée par l'insuffisance ou l'absence de réseau d'évacuation des eaux pluviales et des eaux usées.

La « boulimie » d'espaces menace donc les niayes et pose aussi le problème des normes urbanistiques et du cadre de vie. Il convient dès lors de s'interroger d'abord sur l'évolution de cet écosystème, ensuite sur les facteurs de changement et enfin sur les problèmes qui sont associés aux changements d'occupation dans les niayes de la région de Dakar.

Ce travail est structuré autour d'un objectif général et de trois objectifs spécifiques. L'objectif général : connaître la dynamique des niayes de la région de Dakar de 1954 à 2003.

Objectif spécifique 1 : montrer les changements de l'occupation du sol,

Objectif spécifique 2 : comprendre des facteurs associés à ces changements

Objectif spécifique 3 : mieux connaître les problèmes environnementaux et sociaux liés aux changements d'occupation du sol dans les niayes de Dakar.

La démarche adoptée se veut pluridisciplinaire et les résultats de la recherche sont structurés en trois parties. Dans la première partie, nous allons présenter le cadre de l'étude. Dans la deuxième partie, il s'agira d'analyser la dynamique de l'occupation à travers les changements spatiaux et les facteurs associés à ces changements. La troisième partie sera consacrée aux problèmes environnementaux et sociaux liés à cette dynamique.

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