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Les entraves au développement du commerce entre les Etats membres de la CEDEAO

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par Abdoul Aziz SANA
Ecole Nationale des régies financières - Administrateur des services financiers 2008
  

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B- LES OBSTACLES ADMINISTRATIFS

Les difficultés concernent non seulement la complexité de la procédure à l'importation ou à l'exportation et des formalités à remplir, mais aussi de la pratique administrative proprement dite à savoir le comportement des agents.

1- La complexité des procédures

Nul n'ignore que cette complexité est un facteur entravant la progression notable des échanges commerciaux. Parmi elles on peut citer :

a) La dissymétrie des seuils entre l'UEMOA et la CEDEAO : malgré la volonté D'harmoniser les procédures entre l'UEMOA et la CEDEAO, il existe toujours un déphasage au niveau des seuils (à ne pas dépasser) retenus pour certains éléments constitutifs du prix de revient ex-usine d'un produit et la valeur ajoutée. Il est ainsi :

y' Des traitements et des salaires : 20% du prix de revient pour la CEDEAO et 15% du prix de revient pour l'UEMOA ;

y' des travaux, des fournitures et des services extérieurs : 10% du prix de revient pour la CEDEAO et 7% du prix de revient pour l'UEMOA ;

y' des frais financiers : 3% du prix de revient pour la CEDEAO et 0% du prix de revient pour l'UEMOA.

Il n'est donc pas exclu de voir une demande d'agrément être rejetée au niveau de l'UEMOA (agrément à la Taxe Préférentielle Communautaire) et acceptée au schéma de libéralisation de la CEDEAO. Il est donc judicieux de mettre en place un système de gestion informatisée des agréments accordés au niveau national, mais aussi ceux relevant de la présidence de la commission (niveau communautaire) et de finaliser l'harmonisation des critères d'agrément des produits entre l'UEMOA et la CEDEAO. Il faut rappeler que l'Union Monétaire Economique Ouest Africain (UEMOA) est le regroupement de huit (8) pays tiers 16 qui font également partie de la CEDEAO.

b) la dissymétrie au niveau des charges fiscales : la mise en place d'une Union douanière devrait avoir pour conséquence immédiate un allègement de la charge fiscale qui pèse sur les biens lors de leurs échanges. Tel n'est pas le cas en Afrique de l'Ouest où on

16 Ce sont les pays membres de la CEAO

assiste plutôt à un alourdissement de la charge fiscale pour les particuliers dans l'espace CEDEAO ; ce, à cause de la double imposition douanière inhérente au chevauchement et à l'effet cumulé des impositions relevant de la CEDEAO et de l'UEMOA. L'exemple typique en la matière concerne les prélèvements opérés par les deux organisations en vue de compenser les pertes de recettes de porte subies, du fait de la libéralisation des échanges et la constitution des ressources propres. Le Prélèvement Communautaire de Solidarité de l'UEMOA et le Prélèvement Communautaire de la CEDEAO dont il s'agit conduisent dans leur application à une double imposition des pays de l'UEMOA. Le projet de budget du Burkina Faso exercice 2000 est illustratif à cet égard. On peut, en effet, lire à l'article 22 dudit projet de la loi de finances que « pour compter du 1er Janvier 2000, les dispositions des articles 3, 3 bis et 6 de la loi n°12/92/ADP du 22 décembre 1992 du tarif des douanes sont modifiées et rédigées ainsi qu'il suit :

Article 3 : Le nouveau tableau des droits et taxes d'entrée comprend :

V' le Droit de Douane (DD) 0% ; 5%; 10% ; 20% ;

V' La Redevance Statistique (RS), 1% taux unique ;

V' Le Prélèvement Communautaire de Solidarité (PC S), 1% taux unique ;

V' Le Prélèvement Communautaire (PC) 0,5% taux unique ;

V' Les Taxes de Consommation prévues par le Code des impôts ;

V' La Taxe additionnelle sur le sucre ;

V' La Taxe Conjoncturelle à l'Importation (TCI) applicable à certains produits sensibles dont la valeur est tributaire des prix internationaux, son taux est de 10% ;

V' La Taxe Dégressive de Protection (TDP) ».

Cet exemple illustre cette question de la double imposition et permet en outre, de toucher du doigt les incidences du Prélèvement Communautaire (PC) de la CEDEAO sur le niveau du Tarif Extérieur Commun de l'UEMOA. L'existence du PC dévoie la philosophie du TEC fondée sur le protectionnisme minimal. Il y a ipso facto un renchérissement de la charge fiscale de 0,5% pour les importations en provenance des Etats tiers et en direction des Etats membres de l'UEMOA. Ainsi, pendant que les pays de l'UEMOA doivent appliquer à la fois le PCS et le PC, ceux de la CEDEAO, hors UEMOA, ne sont astreints qu'au seul PC. Cette situation n'est pas sans danger pour les consommateurs et les entreprises des pays faisant partie de l'UEMOA, ce d'autant plus que ces Etats ne peuvent, du fait du système de recouvrement du PCS s'échapper à son reversement à la BCEAO.

En effet, les Etats qui n'honorent pas ses engagements, voient automatiquement leurs comptes débités auprès de la BCEAO à hauteur de la somme due ; toute chose qui n'existe pas dans les Etats hors UEMOA du fait de la souveraineté monétaire dont jouissent ces Etats.

Cet exemple nous démontre qu'il ne faudrait pas non plus oublier le problème de la comptabilité UEMOA-CEDEAO. A cet effet, pour que l'intégration des économies Ouest africaines aboutisse, il est nécessaire de supprimer les divergences et incompatibilités relatives aux politiques et programmes des deux organisations intergouvernementales. Il est donc impératif de mettre en cohérence les efforts de coopération en Afrique de l'Ouest si l'on veut maximiser les gains de l'intégration régionale.

c) la dissymétrie dans le rythme de désarmement : concernant ce volet, les schémas

de libéralisation de la CEDEAO et celui de l'UEMOA affichent des divergences en ce qui concerne les règles d'origine, le régime tarifaire applicable aux produits industriels originaires.

Se rapportant aux règles d'origine, si elles sont les mêmes pour ce qui touche les produits du cru et de l'artisanat traditionnel, elles diffèrent en ce qui concerne les produits industriels. L'examen et la mise en rapport des deux systèmes de définition de l'origine font ressortir que les règles de la CEDEAO sont moins strictes ou plus lâches que celles en vigueur dans l'UEMOA. Cette situation est propice au développement de la duplicité et de l'arbitraire dans l'application des normes douanières.

La politique de réductions tarifaires se caractérise, elle, par un double rythme de désarmement. Chacune des organisations a élaboré un schéma de libéralisation assorti d'un calendrier d'exécution. La CEDEAO avec son schéma de libéralisation aujourd'hui en vigueur et qui fait l'objet de la décision A/SEC/6/6/89 du 30 juin 1989 entend asseoir un désarmement progressif, modulé et empreint d'équité. L'UEMOA quand à elle, a opté pour un désarmement linéaire plus caractérisé par l'idée de sélectivité que d'équité. Sous une telle situation, les Etats membres de l'UEMOA sont exposés à un désarmement à double vitesse et ceux de la CEDEAO hors UEMOA à une vitesse, ce qui est une situation très difficile née des divergences contenues dans les schémas de libéralisation.

Ainsi, l'effet d'équité recherché par le schéma de la CEDEAO est mis à rude épreuve, sinon annihilé par le désarmement entamé par l'UEMOA. Cette situation aurait pu se compliquer

davantage si le TEC de la CEDEAO avait pu être établi à la date du 1er janvier 2000. Que serait-il advenu si le calendrier CEDEAO avait été respecté ? Les Etats de l'UEMOA se seraient retrouvés devant une situation inextricable, celle de devoir appliquer deux TEC. A cette simple évocation, on mesure les conséquences qu'une telle situation aurait eues sur l'activité des services des douanes mais surtout un contentieux n'aurait pas manqué de se développer à propos de la préférence accordée à l'un ou à l'autre des TEC.

Il est donc impératif d'opérer une harmonisation avant la naissance du TEC CEDEAO. Mais, il serait aussi désintéressant d'aligner le TEC CEDEAO a celui de l' UEMOA dans la mesure où le taux maximum de 20% appliqué par l'UEMOA est très faible car il ne protège pas suffisamment les industries de la Communauté. Il faudra donc négocier de nouveaux tarifs tout en annulant ceux de l'UEMOA. En additif certaines pratiques administratives concourent à la défaillance du système de libéralisation mis en place.

2- Les pratiques administratives

Y referant, nous pouvons retenir parmi d'autres la lenteur administrative et le comportement des agents.

a) les lenteurs administratives : il n'est pas impératif de s'appesantir sur cet aspect.

Tout le monde a pu se rendre compte de l'inertie et de la lenteur de nos administrations. Au Burkina Faso par exemple, si vous avez un dossier qui doit être normalement étudié par l'administration dans le mois de décembre, il est quasi certain que vous ne l'aurez pas, dans ce mois. Il est coutume d'attendre que tout le mois de décembre est inondé de fêtes et de grèves.

On pouvait penser que sur le plan strictement économique, la situation serait meilleure mais telle n'est pas le cas. Les opérateurs économiques se plaignent de la difficile mobilisation et la lenteur d'instruction des agents des douanes pour les visiter pour les apurements et qu'ils perdent un temps considérable pour obtenir les certificats d'origine ; ce qui, pour les produits fragiles (périssables) constitue un frein majeur dans le développement des échanges. Il n'est pas rare de voir de cargaisons entières avariées, faute d'avoir pu passer les services de douane. Les industriels affirment par exemple avoir attendu plus de six (6) mois la décision leur

autorisant à importer certaines marchandises communautaires. Ils soulignent qu'ils sont obligés de payer des pots de vin pour accélérer le processus.

D'autres facteurs qui sont soient exogènes, soient endogènes influent négativement sur le développement des échanges intracommunautaires.

b) Le comportement des agents administratifs : les administrations invoquent souvent des usages indus du régime suspensif pour justifier des contrôles administratifs abusifs. Des régimes suspensifs résultant la plupart du temps des Codes des investissements en vigueur dans les pays membres de l'UEMOA, permettant à des entreprises de bénéficier, entre autres , des franchises de droits de douane, en principe transitoires, sur leurs intrants pour la production destinée à l'exportation. Alors qu'en principe les mêmes règles d'origine régissent toutes importations en provenance des pays de la CEDEAO. On observe en pratique que ces règles ne sont appliquées que si les produits ne concurrencent pas les producteurs nationaux. Cela semble confirmer que le zèle des douaniers est à vocation de protection ; les exigences administratives ne s'exercent que lorsque l'intérêt économique semble être en jeu.

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"Là où il n'y a pas d'espoir, nous devons l'inventer"   Albert Camus