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Les clés de l'offensive politico-diplomatique du Japon en direction de l'Afrique et du Cameroun depuis 1991

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par Serge Christian ALIMA ZOA
Université Yaoundé II - DEA 2008
  

Disponible en mode multipage

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DEDICACE

A

mon regretté père Joseph Zoa

ma mère Catherine Mekongo épouse Zoa

ma grand-mère Isabelle Mballa

Deus virum bonum amat eique favet

REMERCIEMENTS

Nous témoignons notre reconnaissance et notre profonde gratitude au Professeur Louis-Paul Ngongo, qui malgré ses nombreuses occupations a bien voulu diriger la présente étude. Nous le remercions pour tous les conseils reçus et l'esprit de rigueur dont il a fait montre tout au long de ce travail.

Il nous est ensuite agréable de présenter notre profonde gratitude à tous les enseignants du département de Science Politique. Ils nous ont permis d'acquérir quelques outils intellectuels, ceux-là mêmes qui furent nécessaires à la réalisation de cette recherche.

Nous avons l'immense devoir de reconnaissance à l'endroit de M. Louis EYEYA ZANGA, Benoît Bienvenu ETO, Félix François NKOLO, Dieudonné MVILONGO, Ernest ESSONO et leur épouse respective ainsi que aux abbés Lucien Bède NAMA et Isidore ONGOLO pour leur soutien moral et matériel décisif.

Notre reconnaissance va de même à l'endroit de M. Bruno Alkis DOMYOU, Roger NZIE, Désiré MEDJO NKOTO et à la princesse Lydia MANGA. Que ces amis soient assurés que leur soutien a été des plus précieux.

Nous remercions M. Jean-Paul ESSOMBA ZIBI, Octave Henri NYAM et son épouse, Mme Joséphine BILONG BI NKEN, Maximilienne OVOUNDI, Josiane NDZIE MBOA, Cunégonde NTSAMA qui n'ont cessé de nous encourager dans le chemin passionnant de la recherche.

Nous ne sommes pas prêts d'oublier le soutien déterminant de nos condisciples de cette promotion de DEA, particulièrement Gaétan OMGBA, Paul Elvic BATCHOM, Emile Sédar BOKALLY, Patrick Roger MBIDA, Rabiatou OUSMANOU, Marie Michou NGO LIBOCK et Martial Arnold ATEBA.

Nous disons sincèrement merci à nos amis, Pierre Désiré EFFA, Armand FOE, Augustine CHI, Serasin ABAG, Yves TSALA, Ahmadou SALI, Flora NAH, Euloge ZENGUI, Alain Dieudonné ZOA, Marie-Thérèse EYENGA, Roger SOUGA, Sonia Michèle WATON, Raoul BINIGA, Diane NGONO, Mahamat TORI, Véronique BIKAÏ et Rosalie DANG pour leur dévouement pour la réussite de cette étude.

A ce même hommage, nous associons non seulement nos frères et nos soeurs Raphaël ALIMA, Marie-Noëlle ETETEBE, George ZOA, Bertrand ATANGA, Josiane NGONO, Sylvie MBALLA et Marcel AMBOMO, mais aussi notre dulcinée Marie Claire BETSENGUE.

Merci grandement à tous ceux qui nous ont aidés, trop nombreux pour être cités tous. Tout en nous excusant, nous les assurons que l'anonymat pour nous n'est pas signe d'oubli, mais d'estime et de considération.

SOMMAIRE

DEDICACE i

REMERCIEMENTS ii

SOMMAIRE iii

LISTE DES GRAPHIQUES ET PHOTOS vii

LISTE DES TABLEAUX viii

SIGLES ET ABREVIATIONS ix

GLOSSAIRE DE QUELQUES TERMES JAPONAIS xi

LISTE DES ANNEXES xii

INTRODUCTION GENERALE 1

I. LA PRESENTATION DU SUJET 1

II. LE CHOIX DU SUJET 8

III. LA DEFINITION DES CONCEPTS 11

IV. LA REVUE DE LA LITTERATURE 17

V. LA PROBLEMATIQUE 20

VI. LE CADRE THEORIQUE D'ANALYSE 23

VII. LES CONSIDERATIONS METHODOLOGIQUES 26

PREMIERE PARTIE LES BASES ET LES MANIFESTATIONS DE L'OFFENSIVE POLITICO-DIPLOMATIQUE DU JAPON 28

CHAPITRE I : LES FONDAMENTAUX D'UNE ORIENTATION DIPLOMATIQUE 29

SECTION I : LE JAPON : UNE MOYENNE PUISSANCE DANS L'ANALYSE DE SES RELATIONS EXTERIEURES 30

A - Environnement politique, économique et social de l'Empire du Soleil-Levant 30

B - Les données thématiques de l'action internationale nippone : des paramètres d'un champ diplomatique 35

C- L'ambivalence réactivisme/proactivisme : une discussion théorique omniprésente 38

SECTION II : LES CONDUITES ET LES ACTEURS COMME SITES D'OBSERVATION D'UNE ATTITUDE SUR LA SCENE INTERNATIONALE 40

A- L'élaboration de la politique étrangère nippone 41

B- Le style de l'entrepreneur diplomatique japonais : un mélange de détermination, de flexibilité et de pragmatisme 49

C- Les instruments du projet de rayonnement diplomatique nippon 52

SECTION III : L'APD DANS LA POLITIQUE ETRANGERE : UN «  CHEVAL DE TROIE » DESTINE A ACCROITRE L'INFLUENCE ET L'AUTONOMIE NIPPONES SUR L'ECHIQUIER INTERNATIONAL 57

A- L'APD : un répertoire récent d'actions pour définir un champ d'intervention diplomatique 57

B- L'« hétérodoxie » de la philosophie de l'APD japonaise à partir de sa charte 60

CHAPITRE II : LES MANIFESTATIONS DE L'OFFENSIVE NIPPONE EN DIRECTION DE L'AFRIQUE 64

SECTION I : LE JAPON ET L'AFRIQUE AVANT 1991 : LA DYNAMIQUE D'UNE DIPLOMATIE DE L'IMMOBILISME 65

A- Les balbutiements nippons en direction de l'Afrique : évocation de quelques faits structurants d'une approche diplomatique 65

B- Les relations entre le Japon et l'Afrique jusqu'en 1990 : entre atonie et modestie 69

SECTION II : L'OFFENSIVE PROPREMENT DITE DE L'EMPIRE DU SOLEIL-LEVANT DEPUIS 1991 : UN REVIREMENT D'ATTITUDE PATENT CONSACRANT UNE NOUVELLE ERE 74

A- Les territoires d'Afrique comme nouveaux domaines propices à une « expérimentation diplomatique » du Japon 74

B- Une ambition de la diplomatie japonaise affirmée : devenir le principal soutien de la renaissance de l'Afrique 78

SECTION III : LA TICAD COMME TECHNOLOGIE DE CONSOLIDATION DE LA « DOCTRINE » AFRICAINE DU JAPON 87

A- La TICAD comme modèle d' « affectio societatis » 88

B- Les réalisations marquantes comme preuves de l'opportunité de la mise sur pied de la TICAD 92

DEUXIEME PARTIE : LES EFFETS ET LES ENJEUX DE L'OFFENSIVE POLITICO-DIPLOMATIQUE DU JAPON 98

CHAPITRE III : LES EFFETS DE L'OFFENSIVE NIPPONE A LA LUMIERE DE LA COOPERATION ENTRE LE JAPON ET LE CAMEROUN 99

SECTION I : LE RECHAUFFEMENT POLITICO-DIPLOMATIQUE ET CULTUREL 100

A- Le Japon et le Cameroun : des relations politico-diplomatiques progressivement « replètes » 100

B- Le Japon et le Cameroun : des relations socioculturelles en développement 108

SECTION II : LES LIENS COMMERCIAUX ET ECONOMIQUES ANCIENS ET DENSES 114

A- La consistance des relations commerciales nippo camerounaises 114

B- La tangibilité de la coopération économique nippo camerounaise 117

SECTION III : LES FRUITS JUTEUX DE L'AIDE JAPONAISE AU DEVELOPPEMENT 121

A- La construction des écoles comme fleuron de la coopération nippo camerounaise 121

B- Le champ des besoins humains basiques : un terrain privilégié de la mise en oeuvre de l'aide nippone au Cameroun 125

CHAPITRE IV : LES ENJEUX DE L'OFFENSIVE NIPPONE EN DIRECTION DE L'AFRIQUE 130

SECTION I : L'OBTENTION DU SIEGE DE MEMBRE PERMANENT DU CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES : UNE OBSESSION DE LA DIPLOMATIE NIPPONE 131

A- La réforme du Conseil de Sécurité : un viatique pour un nouveau rôle international 131

B- Le plaidoyer pro domo japonais comme technologie d'un discours diplomatique 135

SECTION II : LE JAPON EN AFRIQUE OU LES LOGIQUES D'UNE COURSE A L'INFLUENCE INTERNATIONALE 139

A- Les intérêts utilitaristes comme paramètres d'une consolidation graduelle de la présence nippone en terres africaines 140

B- La matérialisation d'une lutte de positionnement et d'ascendance 145

SECTION III : L'ECHIQUIER AFRICAIN : LE NECESSAIRE SURSAUT DU CONTINENT NOIR 150

A- La crise comminutive du développement de l'Afrique 150

B- La coruscation du modèle japonais ou l'ambition modernisatrice 155

CONCLUSION GENERALE 161

REFERENCES 165

LISTE DES GRAPHIQUES ET PHOTOS

I- Graphiques

Graphique 1 : Les pays africains les plus aidés par le Japon en 2000 86

Graphique 2 : Financement des opérations de maintien de la paix de l'ONU en Afrique 136

Graphique 3 : Les exportations japonaises en véhicules neufs en Afrique en 2000 et 2001 143

II- Photos

Photo 1: Les chefs d'Etat africains autour du Premier ministre japonais, Junichori Koïzumi lors du 10 ème anniversaire de la TICAD en septembre 2003 90

Photo 2 : le Président camerounais Paul Biya et son épouse en compagnie de sa majesté impériale Akihito lors de la visite officielle d'avril 2006 à Tokyo. 107

Photo 3 : Le Président camerounais Paul Biya et le Premier ministre japonais, Junichori Koïzumi lors de la visite officielle d'avril 2006 à Tokyo. 107

Photo 4 : Timbre poste exaltant l'excellence des relations nippo camerounaises 111

Photo 5 : un fleuron de la coopération nippo camerounaise : l'école primaire de Ngoa-ekelle à Yaoundé 124

LISTE DES TABLEAUX

Tableau I : Ligues bilatérales parlementaires d'amitié avec les pays de l'Afrique subsaharienne en mars 1990 43

Tableau II:Organigramme du ministère des affaires étrangères du Japon 45

Tableau III :Volontaires Japonais du JOVC en Afrique Subsaharienne entre 1965 et 1992 54

Tableau IV: APD bilatérale des principaux donateurs du CAD en faveur de l'Afrique subsaharienne (versements nets en millions de dollars US aux taux de change de 1996) 59

Tableau V:Visites officielles des chefs d'Etat d'Afrique subsaharienne au Japon avant1990 68

Tableau VI : Visites officielles des personnalités japonaises en Afrique subsaharienne entre 1960 et 1988 70

Tableau VII : Ambassades japonaises ouvertes en Afrique subsaharienne avant 1990. 71

Tableau VIII:Ambassades africaines ouvertes à Tokyo avant 1990. 72

Tableau IX : Visites officielles des personnalités camerounaises au Japon 104

Tableau X : Visites officielles des personnalités japonaises au Cameroun 105

Tableau XI : Fiche d'identité de l'entreprise Sumoca 116

Tableau XII : Récapitulatif des rééchelonnements nippons de la dette camerounaise 118

Tableau XIII : Les 30 premiers projets bilatéraux financés par le Japon au Cameroun en yens (1 yen = 5 F CFA) 119

Tableau XIV : Projets des écoles primaires japonaises au Cameroun 122

Tableau XV : Quote-part de quelques contributeurs aux budgets réguliers des Nations Unies entre 2004 et 2006. 136

Tableau XVI : Contrats d'exploration pétrolière en 2005 en Libye 144

SIGLES ET ABREVIATIONS

Abréviations

Cf. : Confère

Dir : Direction

Ed : Editions

Http : Hyper Text Transfer Protocol

N° : Numéro

P : Page

Vol : Volume

www : World Wide Web

Sigles

AABF : African Asia Business Forum

ACRI : African Crisis Response Initiative

APD : Aide Publique au Développement

BAD : Banque Africaine de Développement

CMA : Coalition Mondiale pour l'Afrique

CNRS : Centre National de la Recherche Scientifique

CNUCED : Conférence des Nations Unies Pour le Commerce et le Développement

EPA : Economic Planification Agency

FAA : Forum Asie Afrique

FAO : Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture

FMI : Fonds Monétaire International

FNUAP : Fonds des Nations Unies pour la Population

FPA : Foreign Policy Analysis

G8 : Groupe des huit pays les plus industrialisés

HCR : Haut Commissariat aux Réfugiés

HSC : Human Security Commission

IDA : International Development Association

IDE : Investissement Direct Etranger

IDH : Indicateur de Développement Humain

IFI : Institutions Financières Internationales

JBIC : Japan Bank for International Cooperation

JETRO : Japan External Trade Organization

JICA : Japan International Cooperation Agency

JOVC : Japan Overseas Cooperation Volunteers

KEIDANREN : Keizai Dantai Rengok

MINREX : Ministère des Relations Extérieures

MITI : Ministry of International Trade Industry

MOF : Ministry of Finance

MOFA : Ministry of Foreign Affairs

NEPAD : New Partnership for Africa's Development

OCDE : Organisation de la Coopération et le Développement Economiques

ODA : Official Development Assistance

OMC : Organisation Mondiale du Commerce

OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement

OMP : Opération de Maintien de la Paix

ONG : Organisation non Gouvernementale

ONU : Organisation des Nations Unies

PAS : Programme d'Ajustement Structurel

PED : Pays en Développement

PIB : Produit Intérieur Brut

PLD : Parti Liberal-Democrate

PMA : Pays les Moins Avancés

PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement

PPTE : Pays Pauvres Très Endettés

RECAMP : Renforcement des Capacités Africaines de Maintien de la Paix

RD CONGO : République Démocratique du Congo (Ex-Zaire)

TICAD : Tokyo International Conference on African Development

UA : Union Africaine

UE : Union Européenne

UNESCO : Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture

UNICEF : Fonds des Nations Unies Pour l'Enfance

URSS : Union des Républiques Socialistes Soviétiques

USA : United States of America

GLOSSAIRE DE QUELQUES TERMES JAPONAIS

BUSHIDO

:

Ethique guerrière

GAIATSU

:

Pression extérieure

GAIMUSHO

:

Ministère des affaires étrangères

HABATSU

:

Clan, clique politique

JIMINTOT

:

Succès économique

JINMYAKU

:

Réseau de relations personnelles et informelles

JUKU

:

Ecole de bachotage

KANRYOHA

:

Parlementaire et ancien bureaucrate

KEIRETSU

:

Groupe d'entreprises liées par des investissements croisés

KOENKAI

:

Groupe de soutien d'un homme politique

KOKUSAIKA

:

Internationalisation

NIHONJINRON

:

Théorie de japonité

PACHINKO

:

Jeu de billes d'acier

PAIPU

:

Accès privilégié des politiciens aux fonctionnaires dans un but clientéliste

RINGISHO

:

Système de procédures respectant les voies hiérarchiques

SAMOURAI

:

Membre de la classe des guerriers du Japon avant 1868

SARARIIMAN

:

Employé salarié

SHOGUN

:

Seigneur de la guerre

SOGO SHOSHA

:

Sociétés de commerce extérieures issues de puissants conglomérats

TATEMAE

:

Prétexte, explication ou justification officielle

TODAI

:

Université impériale de Tokyo

TOJINHA

:

Parlementaire et politicien de base

WA

:

Harmonie, paix

YAZUKA

:

Gangster

ZAIBATZU

:

Groupement d'entreprises autour d'une société de holding avant la Seconde Guerre Mondiale

ZAIKAI

:

Monde des affaires et finances

ZIETAI

:

Forces d'auto- défense

ZOKU

:

« Tribu », groupe de politiciens s'intéressant à un domaine particulier

LISTE DES ANNEXES

Annexe1:

Discours de Yoshiro Mori, Premier ministre du Japon. Durban, le 09 Janvier 2001.

Annexe2 :

Policy speech by Yoriko Kawaguchi, Minister for foreign affairs of Japan. Addis Abeba, the 20 august 2002.

Annexe 3:

Allocution de Junichori Koïzumi, Premier ministre du Japon à la TICAD III. Tokyo, le 29 septembre 2003.

Annexe 4:

Intervention de Paul Biya, Président du Cameroun à la TICAD III. Tokyo, le 29 septembre 2003.

Annexe 5:

Déclaration commémorative du 10ème anniversaire de la TICAD. Tokyo, le 01 octobre 2003.

Annexe 6:

Statement by the press Secretary/Director-General for press and public relation ministry of foreign affairs, on the agreement between Cameroon and Nigeria on the territorial dispute over Bakassi peninsula.Tokyo, the 14 June 2006.

Annexe 7:

Message de fin d'année 2006 de Paul Biya Président du Cameroun. Yaoundé, le 31 décembre 2006.

Annexe 8:

Allocution de Yoshiro Mori, ancien Premier ministre du Japon au 24ème sommet France Afrique. Cannes le 15 février 2007.

Annexe 9:

Statement by H.E Mr Kenzo Oshima, permanent representant of Japan at the public meeting of the security council. New York, the 29 March 2007.

INTRODUCTION GENERALE

Il s'agit pour nous de présenter le sujet par des généralités, d'en motiver le choix, de procéder à une clarification conceptuelle et de dresser une revue critique de la littérature relative à notre thématique. Cette partie définit également la problématique et dégage le cadre théorique de notre analyse.

I. LA PRESENTATION DU SUJET

A- Généralités sur le Japon, l'Afrique et le Cameroun

Bien positionné dans différentes branches de l'économie mondiale que sont l'automobile, l'informatique, les télécommunications, les biotechnologies, les nouveaux matériaux, les constructions navales, la robotique, l'industrie des appareils photographiques et de jeux de vidéo, l'Empire du Soleil - Levant, deuxième puissance économique de la planète reste paradoxalement la nation industrialisée la plus méconnue et la plus caricaturée. D'après Jacques Pezeu -Massabuau (1986 : 3), « peu de pays au monde sont demeurés jusqu'à nos jours à ce point prisonniers d'un réseau de mythes et de croyances fondés sur l'imagination de romanciers ». Claude Chancel (1990 : 9) nous apprend que c'est même la Chine qui a donné son nom à l'archipel : Je -pen en chinois (d'où notre Japon) ; c'est-à-dire « le pays du soleil levant».  Mais sa véritable appellation est Nippon ou Nihon, ce qui signifie «Lever du soleil». C'est en 1870 que le cercle rouge au coeur d'un rectangle blanc devient le symbole du pays. Le drapeau national Hi-no-maru est «le rond du soleil». Les paroles de l'hymne national, le  Kimigayou, tirent leur origine d'un poème de 31 syllabes ou  Waka écrits au Xème siècle. La chanson est une prière pour la paix et la prospérité du Japon. La capitale est Tokyo et la monnaie utilisée est le yen.

Selon la légende japonaise, l'empire aurait été fondé en 660 avant Jésus-Christ par l'empereur Jimmu. Par contre, les historiens classent le Japon parmi les pays les plus jeunes de l'ancien monde. L'Etat n'apparaît qu'au V ème siècle et l'empire, 1000 ans après Jésus-Christ. Entre 1192 et 1867, il est dominé par les Shoguns (seigneurs de la guerre). Le commodore Perry et ses bateaux noirs, en pénétrant dans la baie d' Edo, ont mis fin dès 1853

à l'isolement volontaire qui caractérise le Japon depuis l'instauration du gouvernement Tokugawa au début du XVII ème siècle- interdiction du catholicisme, impossibilité de voyager hors de l'archipel, contrôle rigoureux du commerce extérieur, refus d'accueillir les étrangers non chinois ou hollandais. Cette entrée par effraction jette le pays dans une crise profonde (Itoh, 1998 ; Morley, 1974). Après quelques années d'agonie, s'ouvre en 1867 l'ère de la restauration impériale qui marque le début d'un règne glorieux, véritable point culminant de l'histoire du Japon. Un double objectif mené par l'empereur Meiji est poursuivi sur l'échiquier des politiques de puissance : accélérer la modernisation militaire, créer une armée de terre et une marine afin de rattraper les grandes puissances occidentales, maintenir et approfondir l'entente et la coopération internationales, particulièrement avec les nations anglo saxonnes en ce qui concerne l'industrialisation. A l'aube du XX ème siècle, les victoires sur la Chine (1894-1895) et la Russie (1904-1905) mais aussi l'alliance avec l'Angleterre (1902) et la neutralité bienveillante des Etats-Unis d'Amérique accroissent le rayonnement mondial du Japon. La révolution Meiji est considérée comme l'une des périodes les plus remarquables de l'histoire universelle.

Le petit archipel de 377 864 km² de superficie, est émietté en 4000 îles. De toutes, quatre seulement sont importantes et forment 98% du territoire. Du Nord au Sud : Hokkaido «la Nordique» dont l'ancien nom est Yeso, «la sauvage», Hondo (Honshu) ou Nippon est l'île principale (ce que son nom signifie) avec ses 230 000 km2.  Sikok (Shikoku) dont le nom signifie « les quatre provinces » se situe de l'autre côté de la mer intérieure. Enfin Kiou-siou (Kyushu), « les neuf contrées », est l'île la plus méridionale. Les montagnes dont le point le plus élevé est le Fuji-Yama «montagne du Dieu du Feu» et les collines stérilisent environ 85% de l'espace. La population, de race jaune, est estimée à plus de 127 millions d'habitants. Les Japonais seraient issus à la fois de peuples aborigènes et surtout du mélange précoce, datant du IIIème siècle avant Jésus-Christ, d'abord des caucasoïdes venant du Nord, ensuite des mongoloïdes venant du continent. Sans ressources naturelles, situé sur l'arc de feu du Pacifique, au bout de l'Orient, à la lisière de l'immense ex Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), à 1200 km du coeur de l'Europe occidentale, à 900km de l'Amérique, le Japon est décidément au bout du pays des hommes (Braudel cité par Chancel, 1990 : 9).

Ce pays découpé en 47 préfectures, est la première nation non occidentale développée du monde et réalise aujourd'hui 15% des richesses mondiales. « Cette irruption du Japon dans le monde est la conséquence d'un des grands bouleversements de l'histoire de ce peuple : la prise de conscience de la réalité internationale et des possibilités ainsi offertes à l'expansion » (Pezeu- Massabuau, 1986 : 4). Rares sont les pays ou les Etats qui ont abouti à une littérature aussi laudative. Ceci est dû, prima facie, à la facilité apparente du relèvement face à la défaite militaire de 1945, la rapidité de son ascension, la capacité à défier les Etats-Unis d'Amérique ou l'Union Européenne (UE), la faiblesse de la base matérielle de sa croissance (sources d'énergie, matières premières) par rapport à l'abondance dont disposent  ses concurrents. Ce succès, le Japon le doit « à une modernisation constante de ses structures et à la pointe des technologies les plus avancées » (Biwole Meke, 1989 : 2).

Avec plus de 30 000 000 km2, l'Afrique, troisième continent par la superficie, représente un quart des terres émergées. Elle est baignée par les océans indien et atlantique et s'étend de part et d'autre de l'équateur, séparée de l'Europe par la Méditerranée au Nord, de la péninsule arabique par la mer rouge à l'Est, communicant avec l'Asie par l'isthme de Suez. Continent massif, son altitude moyenne est de 675 mètres. Le Kilimandjaro, situé en Tanzanie est avec ses 5 895 mètres, le point culminant du berceau de l'humanité (découverte de Lucie en Afrique de l'Est, d'Abel au Tchad et très récemment de Toumaï). Les fleuves les plus importants du monde comme le Nil (6 670 km) et le Congo (4 700 km), de nombreux et immenses lacs comme ceux de Victoria, Tanganyika, donnent à l'Afrique un réseau hydrographique consistant (Dubresson et Raison, 2003). Bien qu'ayant une croissance démographique exceptionnelle, l'Afrique est cependant le continent le moins peuplé (750 millions d'habitants). La densité moyenne est faible avec quelques 25 habitants au km2. Le Nigeria, l'Egypte et l'Ethiopie sont les pays les plus peuplés.

Au lendemain des indépendances dans les années 1960, les Etats africains font face à un grand nombre de difficultés liées pour la plupart à leur développement et aux besoins sans cesse croissant de leurs populations (Foirry, 2006 ; Brunel, 2004 ; Annan, 1998). Dans le même temps, les taux d'épargne nationale sont très faibles et le potentiel productif est insuffisant. Ils entraînent dans cette mouvance d'importants besoins de productivité et une dégradation de la compétitivité de certaines productions nationales. Les nombreux handicaps historiques qui constituent  «  l'héritage du passé » (Nyambal, 2006 ; Mbembe, 2005 ; Simo, 1998) auxquels viennent s'adjoindre certaines contraintes de nature structurelle, ont continué à peser lourd sur les décisions et les actions qui ont été prises et engagées dans la voie du redressement. Ce sont : le poids excessif du secteur public dans l'économie, le fonctionnement approximatif des marchés, l'absence de la concurrence, les déficits budgétaires élevés, les systèmes financiers embryonnaires et inadaptés, « une faible productivité, des faibles revenus et une forte distribution » (Gouveritch, 2006). A l'exception de certains domaines culturels, l'Afrique subsaharienne précisément apparaît mondialisée mais peu « mondialisatrice » (Banque Mondiale, 2007 ; Ki- Zerbo, 2003). Elle ne représente en 2007 que 1 % du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial, 1 % des flux d'investissements directs à l'étranger (10 milliards de dollars), essentiellement dans les ressources naturelles, avec une légère reprise et moins de 2 % du commerce mondial. Son économie demeure une économie de rente. Les Indicateurs de Développement Humain (IDH) sont les plus faibles du monde1(*). La pauvreté absolue touche plus de la moitié de la population au point de décomplexer les observateurs les plus méprisants du continent2(*). « Seuls quelques rares pays, tels que l'Afrique du Sud, le Botswana et l'Ile Maurice, possèdent un environnement macroéconomique favorable, un taux de corruption faible, des institutions qui fonctionnent et des technologies avancées » (Hugon, 2005 : 398). L'Afrique reste cependant, un important enjeu stratégique en raison des métaux et hydrocarbures qu'on retrouve dans son sous- sol (Kounou, 2006 : 23). La production de 3.8 millions de barils de pétrole par jour en 2005 qui devrait passer à 6.6 millions d'ici à 2009 attire de nombreux investissements étrangers, américains, européens et asiatiques notamment. «  Dans un tel contexte, l'Afrique est sommée de se ressaisir et de commencer à compter surtout sur ses propres forces » (Diop, 2006 : 82), en faisant fi des préjugés, clichés, lieux communs qui partent de faits établis pour s'élargir à des constructions imaginaires ou mal étayées (Courade, 2006 : 37).

Le Cameroun est un Etat d'Afrique centrale, limité au Nord Ouest par le Nigeria (frontière de 1700 km), à l'Est par le Tchad (1100 km) et la République Centrafricaine (800 km), au Sud par le Congo (520 km), le Gabon (300 km) et la Guinée Equatoriale (190 km), à l'Ouest par le Golfe de Guinée (400 km). Il a une superficie de 475 442 km2 qui le classe au 52 ème rang des 192 membres de l'Organisation des Nations Unies (ONU). Avec des kilomètres de côtes, de montagnes arrondies, de plaines arides et de plateaux verdoyants, de forêts denses aux arbres gigantesques de 30 à 50 mètres de haut, mais aussi de forêts claires qui cèdent la place peu à peu aux savanes, «  le Cameroun est une terre de contrastes » (Ben Yahmed, 2006 : 7). De nombreux cours d'eau irriguent le territoire comme la Sanaga (920 km), le Nyong (800 km) et la Bénoué (1400 km dont 350 km en territoire camerounais). La plupart prennent leur source des « deux châteaux d'eau » du pays ; c'est-à-dire la zone montagneuse de l'Ouest et le plateau de l'Adamaoua. L'ensemble est dominé par le mont Cameroun (4095 mètres). Le Cameroun compte environ 16.5 millions d'habitants en 2006 et un taux de croissance de la population de 1.6 % par an (2005-2006). La capitale du Cameroun est Yaoundé et la monnaie utilisée est le franc CFA. Après deux décennies de croissance soutenue à partir du milieu des années 1960, l'économie de ce pays a connu une récession dès 1985. Depuis, le Cameroun s'est engagé dans un processus de réformes économiques avec le soutien des institutions de Bretton Woods et d'autres bailleurs de fonds multilatéraux comme l'UE ou la Banque africaine de développement (BAD). La croissance du PIB est remontée en moyenne à 4.7 % sur la période 1995-2000, puis à 3.8 % sur 2001-2005. Elle devrait s'établir à 4.6 % en moyenne par an de 2007 à 2009 (Banque Mondiale, 2007). L'IDH est de 35.6 % de la population et celui du développement humain de 0.506 sur 1 en 2004, d'après le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Le Cameroun se classe, selon le rapport 2006 au 144ème rang mondial sur 177 pays en matière de développement. Il doit consentir d'énormes efforts pour mettre ses infrastructures au niveau attendu par la population et requis pour son décollage économique (Courade, 2000). Il serait maintenant intéressant de noter quelques généralités sur la rentrée diplomatique nippone.

B- Généralités sur la rentrée diplomatique nippone

La politique étrangère du Japon se résume pratiquement à deux points essentiels :

- l'engagement pacifique qui succède à l'expansion militaire ;

- l'alliance avec les Etats-Unis d'Amérique, le protecteur militaire. 

Ces orientations de la diplomatie nippone (le multilatéralisme et la recherche systématique de solutions pacifiques) sont la conséquence de la réorganisation institutionnelle de l'Empire du Soleil-Levant sous la tutelle américaine. Elle se fonde sur des documents tels que la constitution de 1949 énonçant la renonciation par le Japon de l'usage et de l'acquisition des moyens militaires, le traité de paix de San Francisco de 1951 par lequel le Japon abandonne toutes ses possessions coloniales à l'exemple des îles Kouriles, ou encore le traité de sécurité nippo américain de 1951 (Serra, 2005 ; Reischauer, 2001 ; Schoppa, 1997).

La mise en oeuvre de la politique étrangère du Japon est du ressort du Ministry of Foreign Affairs (MOFA) encore appelé Gaimusho. Il s'agit d'un ministère dont l'influence sur la politique gouvernementale est faible comparativement à celle des ministères chargés des problèmes économiques, « plus encore le Ministry of Finance (MOF), le Ministry of international Trade and Industry (MITI) qui multiplie ses interventions et influe de façon décisive sur l'activité nationale » (Moreau, 1973 : 311). Grâce au MOFA, le Japon parvient néanmoins à être admis à la Banque Mondiale en 1952 et au Fonds Monétaire International (FMI) en 1955. Ces admissions manifestent la réhabilitation du pays du Soleil - Levant auprès du reste du monde dans un environnement international alors dominé par la Guerre Froide. Cette réhabilitation est confirmée par l'entrée à l'ONU en 1956 et à l'Organisation de la Coopération et le Développement Economiques (OCDE) en 1963, à la Banque Asiatique de Développement, enfin en 1975 au groupe des sept pays « occidentaux » les plus industrialisés (G7) dont le sommet se réunit pour la première fois à Tokyo en 1979. En reconnaissance de son rayonnement, le Japon est même choisi pour accueillir en 1964, les jeux olympiques. Mais il est surtout engagé dans une politique de rationalisation de son économie qui consiste non seulement à encourager dans les branches industrielles- devenues tour à tour prioritaires-, la concentration afin de réaliser des économies d'échelle mais aussi à adopter des stratégies d'anticipation de la demande mondiale. En dehors de l'implantation des missions diplomatiques et de la signature des accords de coopération dans le monde en général et en Afrique en particulier, au Cameroun par exemple dès 1960, le MOFA s'investit davantage dans les cas de routine que dans les cas controversés qui sont réservés au Cabinet et au puissant parti au pouvoir, le Parti Libéral- Démocrate (PLD).

C'est à la faveur de la chute du mur de Berlin le 09 novembre 1989 précipitant la fin de la Guerre Froide que la carte géo politique mondiale est redessinée, « en mettant un terme au face à face des deux super puissances américaine et soviétique » (Blom et Charillon, 2001 : 26). Ecarté jusque là des grandes questions internationales après sa défaite militaire de 1945, le Japon entend profiter de ce nouvel ordre que Zaiki Laïdi (1992) qualifie de « relâché », pour revenir ostensiblement sur la scène diplomatique mondiale. Dans ce contexte d'après Guerre Froide, le développement de l'Afrique est devenu plus que jamais un sujet de première importance ; tant la paix et la sécurité de la communauté internationale en dépendent dans une certaine mesure. Plusieurs signes forts matérialisent à cet effet, de ce que nous nous sommes convenus d'appeler « l'offensive politico-diplomatique du Japon en Afrique ».

D'abord, la déclaration de l'Empire du Soleil-Levant en septembre 1991 à la tribune de la 46 ème Assemblée Générale des Nations Unies. Au cours de cette assise, le Japon surprend la communauté internationale en déclinant son intention d'organiser une conférence sur le développement de l'Afrique dans la finalité de forger un consensus au niveau des partenaires internationaux sur la nécessité d'agir et de mobiliser des ressources pour ce continent. Ensuite, l'adoption en juin 1992 de la Charte de l'Aide Publique au Développement (APD) par le gouvernement nippon. Passant de la parole à l'acte, le Japon devient premier pays donateur mondial avec un volume annuel de versements nets de 13.5 milliards de dollars US pour l'Afrique, supplantant les Etats-Unis d'Amérique avec ses 10 milliards de dollars (Niquet, 1999 : 234 ; Gabas et Mainguy, 1998 : 36). Puis, la mise sur pied en octobre 1993 de la première Tokyo International Conference on African Development (TICAD), afin de dégager les grandes orientations devant être réalisées. En juillet 1995, le Président Sud Africain Nelson Mandela se rend à Tokyo. Une visite qui a la particularité d'impulser la poursuite de l'assistance japonaise en Afrique (Ampiah, 2003; Aicardi de Saint-Paul, 1998 ; Morikawa, 1997). En 1998, le plan d'action de Tokyo est adopté par la TICAD II. Il crée un cadre d'orientation pour ce processus, en vue de définir les objectifs et les principes directeurs pour les mesures à prendre par les pays africains, le Japon et les autres partenaires de développement. « Dans la même perspective, trois Présidents africains : le Sud Africain Mbeki, le Nigérian Obasanjo et l'Algérien Bouteflika, s'entretiendront avec le groupe du G8, en juillet 2000, à l'initiative du Premier ministre japonais » (Ntuda Ebode, 2003 : 122).

Il y a surtout en janvier 2001, la première visite d'un chef de gouvernement japonais en Afrique, en la personne de Yoshiro Mori. Cette tournée est considérée par les observateurs politiques comme « le point d'orgue de l'offensive diplomatique nippone en direction du continent noir » (Jeune Afrique l'Intelligent n°2139, 08 au 14 janvier 2002). La tenue dans la capitale nippone de la conférence ministérielle Japon - Afrique, les 3 et 4 décembre 2001, permet aux diplomates et ministres des affaires étrangères de cinquante deux nations africaines d'examiner l'état de la coopération et de réitérer l'engagement de la communauté internationale en faveur du développement de l'Afrique dans le cadre du New Partnership for Africa's Development (NEPAD). En septembre 2003, le 10ème anniversaire de la TICAD est célébré et suscite un nouvel intérêt pour le continent africain3(*).

Le Premier ministre nippon Junichiro Koïzumi fait de 2005, «  l'année de l'Afrique ». C'est ainsi qu'en avril 2005 à Jakarta, à l'occasion du sommet Asie- Afrique, il annonce que l'APD japonaise en direction de l'Afrique (d'environ 10 milliards de dollars US en février 2006) doublerait au bout de trois ans. En décembre de la même année à Hong Kong, au cours de la conférence ministérielle de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), la « nouvelle initiative du Japon pour le développement en faveur du commerce» est lancée .C'est une mesure globale d'aide aux Pays En Développement (PED) avec une enveloppe d'environ 10 milliards de dollars US pour les trois ans à venir. Les 16 et 17 février 2006 à Addis-Abeba en Ethiopie, Tokyo organise la conférence sur la consolidation de la paix et l'appropriation par les pays africains de leur processus de développement et la sécurité humaine (Jeune Afrique n°2355, 26 février au 04 mars 2006).

Les 15 et 16 février 2007 à Cannes en France, le Japon est invité à participer au 24ème sommet France-Afrique. Une grande première qui n'est pas passée inaperçue. Enfin, en mars 2007 à Nairobi au Kenya dans le cadre de la TICAD, le gouvernement japonais organise une conférence au niveau ministériel avec pour thème « l'énergie et l'environnement pour un développement durable ». Cette réunion est basée sur la reconnaissance du fait qu'améliorer l'accès à l'énergie et maintenir un environnement adéquat sont d'une importance vitale pour le développement durable en Afrique. En 2008, le Japon présidera le sommet du G8 et organisera la TICAD IV.

La coopération entre le Cameroun et le Japon quant à elle s'est développée ces dernières années dans le cadre de la TICAD. Bien que ce pays d'Afrique centrale ne compte pas parmi les principaux clients ou fournisseurs de l'Empire du Soleil-Levant sur le continent noir (Gabas et Mainguy, 1998 : 44 ; Morikawa, 1997 : 24). L'un des volets les plus palpables de cette coopération est le programme de construction des écoles primaires dans les quartiers populeux de certaines agglomérations urbaines. Au terme de l'opération en 2007, le Cameroun comptera quelques 1235 salles de classe dans ses 96 « écoles japonaises » (Cameroon Tribune n°8614/4813, 21juin 2006). Multiforme et fonctionnelle, la coopération japonaise s'analyse actuellement à travers trois volets : l'aide générale non remboursable dirigée essentiellement vers les projets touchant les Base Human Needs (BHN), les prêts pour projets d'assistance et la formation des ressources humaines à travers des stages de formation des Camerounais et Africains au Japon (Koumealo, 2001 ; Ambassade du Japon au Cameroun, 2000). En bout de ligne, quel est l'intérêt qui motive le choix de notre sujet ?

II. LE CHOIX DU SUJET

Cette étude sur les clés de l'offensive diplomatique nippone en direction du continent noir revêt pour nous un intérêt à la fois scientifique et stratégique.

A- L'intérêt scientifique

Aujourd'hui, en héritage d'un passé glorieux, des pays européens occupent dans les grandes institutions internationales une place et exercent un pouvoir qui ne tient plus compte de leur poids économique. Sur les cinq grandes puissances disposant du droit de veto au Conseil de Sécurité de l'ONU, trois sont européennes. Cet héritage de l'immédiat après guerre sera de moins en moins justifié et devra être revisité. L'irruption de la Chine et celle demain de l'Inde, du Brésil et de l'Afrique du Sud nous annoncent une configuration nouvelle du monde. C'est donc dans une scène internationale désormais « habitée de stratégies multiples d'Etats qui s'affaiblissent, résistent ou prospèrent en jouant sur des registres variés, mêlant et bricolant des partitions, passant tour à tour dans la force et la faiblesse des compromis puissants ou boiteux » (Badie, 1999 : 16), que le Japon entend élargir sa zone d'influence en prenant appui sur le continent africain. Il est important de noter l'absence d'études sur l'engagement du Japon en Afrique dans l'analyse de la politique étrangère nippone, en particulier dans les travaux récents qui relèvent son caractère fondamentalement ambitieux et proactif. L'intérêt scientifique du présent exercice académique est donc d'évaluer la pertinence de cette offensive de l'Empire du Soleil-Levant dans son ambition d'étaler son rayonnement sur un espace plus grand, autour de lui.

Ce postulat éprouve une fois encore les bases de la puissance nationale en rapportant celles-ci à l'interdépendance avec les autres puissances en présence. D'ailleurs pour Jean Esmein (1988 : 215), « la diplomatie japonaise devrait être mieux connue. On parle peu de ses actions et pourtant on pourra en faire une histoire particulière ». Pendant longtemps, Tokyo n'a eu que très peu d'intérêt pour l'Afrique (Kamo, 2004 ; Ampiah, 2003 ; Morikawa, 1997). C'est précisément pour cette raison, que le revirement d'attitude du Japon en matière de politique étrangère à l'égard du continent depuis la fin de la Guerre Froide est heuristique. Il confirme que l'étendue du changement de politique étrangère dépend de l'intensité du changement de la configuration de puissance à l'échelle internationale ; mais aussi que l'orientation de ce changement de politique étrangère dépend du processus interne. Ce revirement d'attitude met en lumière les motivations et indicateurs essentiels qui déterminent les tendances générales de la politique étrangère nippone, en soulignant ce que Luc Sindjoun (1999 : 13) appelle «  l'articulation entre l'interne et l'international ».

Aussi, dans le cadre de notre thématique, les observateurs que nous sommes, au rythme même de l'évolution des sociétés et de l'état du monde, sont contraints de revenir sur des questions inhérentes à la politique étrangère, la coopération, l'interdépendance, la diplomatie ou la puissance, auxquelles sont soumises notre intelligibilité. Encore que pour certains auteurs à l'instar de Zaiki Laïdi (1993 : 62), la temporalité politique de l'Empire du Soleil-Levant « redonne vie à des grilles de lecture classiques du système international ». Le Japon qui apparaît aujourd'hui, dans le paysage géopolitique africain comme « une puissance d'appoint stratégique » (Ntuda Ebode, 2003 : 129) constitue ainsi une intéressante piste de recherche.

B- L'intérêt stratégique

Décrypter la doctrine africaine du Japon permet d'espérer une prise de conscience stratégique, un véritable sursaut qui inspirerait aux Africains et aux Camerounais assez d'humilité et beaucoup de détermination pour s'inscrire à l'école japonaise. Tout au moins dans ce qu'elle compte de matières de base : discipline, culte du travail, fierté nationale. « C'est par la métamorphose intellectuelle que l'esprit japonais, contraint à la re-création, s'est trouvé à son tour à l'origine d'une réaction en chaîne de cette matière inépuisable : l'intelligence humaine » (Servan-Schreiber, 1983:10). A la racine de chacune des performances japonaises, dans chacun des secteurs où ils ont progressé, on trouve encore et toujours, le même matériau, le même « explosif » : l'intelligence. Pour le continent noir, regarder du côté du pacifique devient un impératif s'il est résolu à accomplir le changement d'un pas ferme, sûr et prompt. En plus de son expérience fort utile, l'Extrême- Orient avec le Japon et bientôt la Chine sera la zone la plus dynamique de la planète du XXI ème siècle, le plus important pôle de modernité et foyer de la civilisation, souligne Elenga-Ngaporo (2004).

Dans cette mouvance, du fait d'une vision rétrécie qui la confine à ne considérer que ses seuls intérêts immédiats, l'Afrique manque de voix de grand ton, cordiales et visionnaires pour démontrer que le plus important dans tout partenariat c'est de savoir ce que l'on veut. De nos jours, il faut négocier habilement avec les donateurs et les prêteurs. Les Africains doivent apprendre à se servir de ce que Chabal et Daloz (1999 : 117) appellent « la politique du miroir ». Cette politique consiste essentiellement à s'adresser à l'autre, dans ce cas aux donateurs potentiels, dans un langage analogue au sien et plus important encore dans un langage qui renforcera sa conviction qu'il (le donateur) sait exactement ce dont (les bénéficiaires) ont besoin. Un regard attentif sur le Japon peut nous aider à utiliser cette capacité à juger (Baenga Bolya, 1995 ; Kabou, 1991). L'objectif de cette étude vise au demeurant à montrer qu'en optant pour des choix stratégiques de rayonnement, l'Empire du Soleil-Levant est un exemple. Il s'inscrit ainsi dans la dialectique des intelligences et confirme à l'occasion la belle formule de l'historien A. Toynbee selon laquelle, une civilisation est caractérisée par sa riposte à un défi.

Notre motivation du choix du sujet repose sur la nécessité d'approfondir les recherches sur la politique africaine de ce temple de la haute technologie, pépinière prolifique d'ingénieurs polyvalents, qu'est le Japon. Il est question de comprendre d'abord, les variables et les déterminants. Ensuite, de mettre en lumière les traits distinctifs de cette politique. Nous voulons susciter une relecture, une refondation sur l'intensité des initiatives diplomatiques nippones en Afrique. Qualifié par certains observateurs de « géant économique » et de « nain politique » Seizelet (1999) ou encore d'hypertrophie économique et d'atrophie politique, le Japon, ivre de son savoir faire et solidement assis sur ses certitudes, entend désormais s'affirmer sur la scène mondiale.

Cette ambition de la diplomatie de l'Empire du Soleil - Levant dans le circuit international se peaufine progressivement, ce d'autant plus qu'elle est nimbée d'un arrière fond culturel dominé à la fois par la coopération harmonieuse et par l'éthique guerrière (Bushido)4(*) qui consacre la lutte pour une cause perçue comme juste, même si elle va à l'encontre d'un idéal (Chancel, 1990). Pour le Japon, les relations extérieures sont, d'après Michel Vie (1995 : 2), « le moteur de l'histoire, parce qu'il forme une société fermée orientée vers sa sécurité et capable de répondre par la conquête ou par l'indifférence aux menaces, aux protections, ou encore aux chances que représente pour elle tour à tour l'environnement international ». Une meilleure intelligibilité de notre recherche nous conduit à présent à définir les concepts.

III. LA DEFINITION DES CONCEPTS

Pour Madeleine Grawitz (1999 : 94), « le chercheur prudent indiquera la définition adoptée pour les concepts à utiliser ». Dans le cadre de notre travail, trois concepts au préalable retiennent notre attention : la politique étrangère, la diplomatie et la coopération. Par la suite,  nous profitons de clarifier les termes récurrents.

A- Clarification des concepts proprement dits

1- La politique étrangère

Une grande diversité dans les conceptions des auteurs apparaît lorsqu'il s'agit des études de politique étrangère. Pour chacun d'eux, les paradoxes et les dilemmes sont nombreux. Selon Frédéric Charillon (2002), la politique étrangère est l'instrument par lequel l'Etat tente de façonner son environnement politique international. Janice Stein (1972) la définit comme un ensemble de comportements qui traduisent les préoccupations de l'Etat. Plus précis, James Rosenau (1968 : 197) parle à ce propos, d'une « ligne d'action que les responsables officiels d'une société nationale suivent pour présenter ou modifier une situation dans le système international afin qu'elle soit compatible avec les objectifs définis par eux-mêmes ou leurs prédécesseurs ». Pour d'autres, à l'instar de Charles Zorgbibe (1994 : 55), la politique étrangère correspond soit « aux principes qui orientent l'action des gouvernements dans certaines circonstances telles que les doctrines Stimson ou Monroe », soit « aux engagements pris et garantis par les traités » soit encore « à l'ensemble des actions et des décisions exécutées chaque jour par une organisation bureaucratique ». Au même titre qu'une politique énergétique ou une politique sanitaire, la politique étrangère peut être comprise comme une politique publique, c'est-à-dire une politique mise en oeuvre par les services étatiques avec des moyens précis dans le but d'atteindre des objectifs bien définis. Mais il s'agit d'une politique publique très particulière car, son rayon d'action dépasse par définition le territoire national. Elle consiste souvent à réagir ou à s'adapter à des événements externes sur lesquels les décideurs n'ont aucune prise (Charillon, 2002 ; Kessler, 1999). Souvent considérée comme la gardienne des intérêts à long terme d'un Etat, ladite politique publique subit d'importantes transformations permanentes (Barston, 1997).

La politique étrangère n'est plus seulement une affaire de relations entre des gouvernements ou encore un instrument administratif docile d'une machine d'Etat à la poursuite d'un intérêt national clair. Elle a même aujourd'hui parmi ses priorités grandissantes, deux dimensions. La dimension économique et commerciale d'abord, dont on peut avoir l'impression qu'elle triomphe depuis la fin de la Guerre Froide par le truchement entre autres de l'aide aux exportations ou bien la gestion de la dette. La dimension « règlement de conflit », qui vient ensuite mettre en mouvement les diplomaties les plus importantes et rappeler par là même aux décideurs que la force compte toujours, que la puissance n'est pas seulement « souple », pour reprendre le qualificatif de Joseph Nye (1990). Une politique étrangère doit en l'occurrence savoir intervenir ou éviter d'intervenir, de façon neutre ou engagée. Mais comment l'évaluer ? Les travaux de Graham T. Allison (1971) sont de ceux qui font le plus autorité. En procédant par des cadres d'analyses conceptuels plutôt qu'empiricistes, la politique étrangère est étudiée en tant que processus décisionnel (decision, making, process).

En fin de compte, nous nous apercevons que la politique étrangère est davantage un ensemble de programmes, principes, orientations, ententes, actions et institutions qui fondent les relations d'un Etat avec les autres Etats. Aussi, la politique étrangère pour les réalistes « est circonscrite aux relations diplomatiques et stratégiques et vise essentiellement à préserver ou à maximiser la puissance militaire et politique de l'Etat national » (Ethier, 2003 : 127).

2- La diplomatie

La diplomatie peut être définie empiriquement comme la branche de la politique qui concerne les relations internationales. Pour Funck-Brentano et Sorel (1990 : 74), elle est « la science de la constitution sociale et politique des Etats et l'art d'en concilier les devoirs, les droits et les intérêts. Son but est de maintenir, d'affermir et de développer les relations pacifiques entre les Etats ». Puisée dans le droit international public, fruit à la fois du fondement et du résultat des négociations internationales, elle génère deux droits en général corrélatifs. D'abord, le droit de légation actif ou possibilité d'envoyer des agents diplomatiques. Ensuite, le droit de légation passif ou possibilité d'en recevoir. La diplomatie est présentée par l'école réaliste comme « la conduite du commerce avec les autres unités politiques, l'art de convaincre sans employer la force » (Aron, 1984). Elle s'oppose par ricochet à un autre concept : la stratégie. Il s'agit ici de la conduite d'ensemble des opérations militaires qui n'exclut pas le recours à la force armée. La diplomatie tire son essence dans le fait qu'aucun Etat ne peut défendre ses intérêts sans tenir compte de ceux des autres Etats ; chaque pays étant une composante de la communauté internationale. Dans la relation diplomatique, Diane Ethier (2003) y lit une dimension essentielle, celle de l'autorité ou de la légitimité d'un Etat dans la mesure où l'indépendance de celui-ci repose sur l'habilité à obtenir la reconnaissance, l'appui des avantages des autres Etats. C'est pourquoi, « le dialogue entre Etats, les rouages par lesquels leurs gouvernements conduisent ce dialogue et les réseaux de promesse, de contrat, d'institutions et de codes de bonne conduite qui en résultent, constituent la substance de la diplomatie » (Watson, 1992 : 14-15). La diplomatie fait apparaître un phénomène contradictoire : l'antagonisme des Etats en présence mais également leur volonté de coopération. Cette volonté de coopération conduira chacun des partenaires antagonistes à ne pas imposer à l'autre une capitulation totale, afin de donner des satisfactions à chacune des parties.

Selon Peter Toma et Robert Gorman (1991 : 166), la négociation et le marchandage sont la raison d'être et le principal instrument de la diplomatie. Toute entente entre Etats est le résultat d'une négociation et d'un échange. La nouvelle diplomatie à en croire ces deux auteurs a une forme hybride car elle combine les négociations sécrètes ou privées avec des déclarations publiques sur les résultats obtenus lors de ces négociations. Etablies d'un commun accord par deux gouvernements qui se sont mutuellement reconnus, les relations diplomatiques aboutissent à échanger des missions à la tête desquelles seront placés des chefs de poste (ambassadeurs) entourés de collaborateurs à vocation plus ou moins spécialisés comme des attachés militaires, culturels ou commerciaux. Les analyses classiques à l'instar de celles de Keith Hamilton et Richard Langhorne (1995) ont recensé cinq fonctions diplomatiques principales : la représentation, l'information, le conseil, la négociation et la protection des intérêts de l'Etat accréditant et de ses ressortissants dans les rapports avec l'Etat accréditaire. Toutefois, la sociologie de la diplomatie par ailleurs développée par Samy Cohen (2002), permet de mettre en évidence d'autres fonctions émergentes notamment celles de la préparation et de l'explication des décisions et autres traités respectivement avant et après l'action internationale.

En somme, la diplomatie est ce concept qui encourage les Etats à résoudre leurs différends par le dialogue et la négociation d'ententes juridiques. Quoique principalement fondée sur la confiance, elle n'est pas exempte de méfiance, ce qui explique que la diplomatie fasse appel, d'après Romain Yakemtchouk (2002), à la ruse, au mensonge, aux menaces et au chantage tout autant qu'au dialogue franc et ouvert.

3- La Coopération

En relations internationales, la coopération davantage assimilée à la paix, est un concept central (Barash, 2000). Les acteurs préfèrent ce mode relationnel en raison de sa nature pacifiste et sincère. On choisit la paix plutôt que la guerre, la coopération plutôt que la paix. Deux états par ailleurs tenus pour antithétiques par l'école réaliste. La coopération est le fruit d'un comportement vertueux, non belliqueux caractérisé par l'absence de toute tension grave susceptible de mettre fin à la situation d'équilibre existante. Elle réduit ainsi l'incertitude, favorise le commerce, l'échange et la prospérité (Axelrod, 1992) et peut à la limite apparaître comme une simple parenthèse entre deux guerres (Aron, 1984). En fait, la coopération est un double processus : politique et social. D'abord, politique parce qu'il s'agit d'amener les acteurs en conflit à trouver un compromis, à restaurer le dialogue, à mettre fin à l'affrontement (Annan, 1998 ; Boutros-Ghali, 1992). En la matière, c'est la diplomatie qui est activée et les techniques de négociations mobilisées (Berton, Kimura and Zartman, 1999). Social ensuite, car d'après Amelie Blom et Frederic Charillon (2002), la construction de la paix peut nécessiter la reconstruction d'un Etat, avec sa société civile, où le dialogue entre communautés doit être établi et où la confiance doit être restaurée. La viabilisation de cette reconstruction doit naturellement s'inscrire dans un système international où est logé un cadre relationnel apte à prévenir ou à régler pacifiquement les tensions.

Au demeurant, même le conflit tant décrié n'est plus perçu comme un dysfonctionnement, mais plutôt comme une forme de dialogue qui implique l'usage commun, encore qu'il est latent dans les tensions qui jalonnent les périodes de coopération. A cet effet, selon Georg Simmel (1995), « le conflit est une source de régulation qui traverse et structure une multitude de champs et de formes sociales (...) il structure les relations collectives et renforce, quand il ne crée pas, l'identité sociale ». Pour autant, la coopération demeure l'instrument révélateur de la capacité des acteurs à gérer les crises. Plusieurs Etats entretiennent aujourd'hui de nombreux conflits d'intérêts tout en poursuivant leur coopération, à l'instar du modèle de l'intégration régionale, pertinente manifestation de l'objectif de paix. De plus, on se rend compte que « dans le passé, le terme coopération a souvent été utilisé comme euphémisme à la place de celui d'aide, pour des raisons psychologiques ou politiques» (Salmon, 2000 : 269). De ce fait, les Nations Unies ont recommandé dès 1959, de substituer le mot coopération à celui d'aide en ce qui concerne l'assistance technique ; l'étendue de la réciprocité et la portée synallagmatique des dispositions de celle-ci variant évidemment, en fonction du niveau de développement des Etats souverains en présence (Mouelle Kombi, 1996 : 86).

Au total, qu'on la considère comme une absence de guerre ou comme une gestion de conflits ou encore comme assistance technique, la coopération comme concept s'impose. Il en est de même de l'utilité dans notre étude, de clarifier les termes récurrents.

B- Clarification des termes récurrents

Cerner les termes récurrents est un préalable impératif pour l'intelligibilité de toute entreprise de recherche. Aussi il est utile de clarifier les mots de notre étude tels que : offensive, clés, bases, manifestations, effets et enjeux. Nous les élucidons et les opérationnalisons tout d'abord à partir de la conception qu'en ont les militaires.

Le mot « offensive » renvoie à une action d'envergure menée par une force armée et destinée à imposer à l'ennemi sa volonté, à le chasser de ses positions et à le détruire. Nous intégrons de cette définition, l'idée d'une grande entreprise diplomatique aspirant, au sens où l'entend James Rosenau (1990), à augmenter et à afficher sa puissance sur une zone d'influence déterminée. Nous abordons l'offensive comme une importante initiative diplomatique dont la finalité est d'occuper une forte position sur la scène internationale.

Les « clés » quant à elles sont des pièces métalliques qui permettent d'ouvrir ou de fermer les serrures, de monter ou de démonter le ressort d'un mécanisme. Elles désignent dans notre travail, des renseignements théoriques et empiriques que nous utilisons comme variables explicatives du déploiement diplomatique du Japon sur le continent noir. Nous en avons retenu quatre à savoir : les bases, les manifestations, les effets et les enjeux. Ces clés seraient de nature à montrer que « la politique étrangère est formulée de manière à tirer profit des opportunités offertes par les changements de puissance au niveau international » (Guzzini et Rynning, 2002 : 34).

Les « bases » dans la conception militaire sont des zones où sont disposées des unités, des stationnements de mise en oeuvre des opérations militaires, des lieux où sont réunis toutes les installations nécessaires à la préparation, au lancement, au contrôle d'une attaque. Dans le cadre de notre thématique, les bases nous renvoient à un ensemble d'informations à caractère historique, politique, économique, sociologique et culturel qui concourent à l'aménagement d'une conquête nippone de l'espace international. Les « manifestations » sont entendues comme des signes matériels, des marques, des empreintes servant à reconnaître et à identifier cet activisme diplomatique. Le terme « effet » signifie ce qui résulte d'une action, d'un fait, d'un principe, d'un calcul. Dans notre approche, il s'agit des réalisations concrètes et palpables. En ce qui concerne le mot « enjeu », il désigne une somme d'argent ou un objet que l'on risque dans une partie de jeu et qui revient au gagnant. Il est compris dans notre étude dans le sens de gains ou de pertes auxquels les différents acteurs « rationnels » sont exposés à travers la proactivité japonaise ; celle-ci pouvant du reste être mise en exergue par la revue de la littérature.

IV. LA REVUE DE LA LITTERATURE

D'emblée, il convient de souligner que cette revue de la littérature n'est pas exhaustive. A ce titre, nous avons remarqué que la production scientifique sur les relations internationales et parallèlement les représentations faites sur le Japon, continuent de bénéficier d'une attention soutenue du public et de la critique. L'exploitation à cet effet d'ouvrages généraux sur l'Empire du Soleil-Levant - quatre d'entre eux ont retenu notre attention par la richesse de leurs analyses- nous a paru indispensable.

Le premier, direxit Jean Eismein (1988), issu d'un cycle de conférences magistrales pour le compte de la fondation française pour les études de défense nationale, a parmi ses mérites, celui de récapituler et critiquer les raisons que l'on avance pour dire que le Japon est appelé à jouer un grand rôle dans la politique mondiale. Le second, publié pour la première fois en 1946 et depuis lors complété et réédité, est un véritable classique qu'on ne pourrait se permettre de ne pas consulter. Edwin Reischauer (2001), l'ambassadeur des Etats-Unis d'Amérique à Tokyo de 1961 à 1966 et professeur à Harvard, y soutient que l'occupation américaine au Japon, sans doute à cause de son inspiration quasi révolutionnaire, est la plus belle réussite de la politique asiatique des Etats-Unis. Le troisième, sous la plume de Karel Van Wolferen (1997) rompt avec l'explication traditionnelle et cherche à comprendre comment le Japon est gouverné. Son analyse dissipe quelques mythes soigneusement entretenus. Ainsi, derrière une façade d'institutions et d'usages qui le rendent apparemment proche des démocraties occidentales, se déploie en réalité un système largement informel et d'autant plus puissant que le pouvoir y est diffus, comme insaisissable. Le quatrième et dernier est celui de Marlis G. Steinert (1987). Il soutient que le Japon appartient à deux triangles, occidental et asiatique qui se recoupent et où sa position varie en fonction des domaines politique, économique et militaire. Ces auteurs ont apporté beaucoup d'éclairages à notre travail, en reconnaissant en quoi consiste la puissance que l'on prête au Japon. Toutefois, ils n'ont pas proposé véritablement d'éléments de comparaison avec d'autres sphères, comme d'autres par ailleurs l'ont fait.

Sur le plan théorique justement, Kent Calder (1988) nous aura apporté un plus, ceci en faisant ressortir la thèse de « l'Etat réactif » de la politique étrangère nippone. Il a fortement influencé au cours de ces vingt dernières années toutes les études afférentes à l'activité diplomatique japonaise notamment celles de Robert Orr (1990). Qualifiée de réactive et passive, Calder démontre que la politique étrangère japonaise est moins le résultat d'un processus indépendant de décisions ou de choix dans l'intérêt supérieur du pays, par les autorités nationales, qu'une conséquence de pressions extérieures et plus particulièrement celles des Etats-Unis d'Amérique. Malheureusement, cette thèse est battue en brèche par un double constat. D'abord, le Japon a parfois réagi directement aux propos des pays africains, lorsque ceux-ci par exemple ont critiqué ses relations commerciales avec l'Afrique du Sud durant l'apartheid. Ensuite, le caractère réactif de la diplomatie nippone ne peut être assimilé à de la passivité. Le gouvernement japonais a souvent utilisé l'argument de la pression extérieure pour apporter des solutions définitives à des problèmes internationaux persistants.

Loin d'avoir des réactions instructives aux directives des Etats-Unis d'Amérique, Donald Yasumoto (1995) conclut que le Japon adopte des actions indépendantes, basées sur une évaluation de ses intérêts nationaux. Cette analyse de la conduite nippone reste cependant imprécise aussi bien sur le plan de sa structuration que de ses modalités. Michel Vie (1995) et Scarlett Cornelissen (2004a ; 2004b) parviennent partiellement à combler cette insuffisance, en ce sens que pour eux, Tokyo affronte le monde en faisant de la recherche de la sécurité économique, l'objet fondamental de sa politique. Par conséquent, l'intervention de l'Empire du Soleil - Levant, lorsqu'elle a lieu ne modifie jamais substantiellement le rapport de force dans la partie du globe où elle s'applique. En acceptant le monde tel qu'il est, multipolaire et multi conflictuel, la politique étrangère du Japon lui confère le statut de puissance moyenne.

Nous nous sommes plus particulièrement intéressés aux travaux de Kwekuh Ampiah (2004 ; 2003 ; 1997), Jun Morikawa (1997), Shozo Kamo (2004 ; 2003), Reinhart Drifte (2000 ; 1998), Marc Aicardi de Saint-Paul (1999 ; 1998 ; 1993) et Minoru Obayashi (2004 ; 2003 ; 1996). Même si pour la plupart, ils ont polarisé leur attention sur la relation nippone avec l'Afrique du Sud, leurs recherches paraissent néanmoins être celles qui ont le mieux systématisé le caractère spécifique de la diplomatie de l'Empire du Soleil-Levant vis-à-vis de l'Afrique. Ces études ont mis l'accent sur l'attitude distante que le Japon a eu envers le continent pendant longtemps, conséquence de la distance à la fois sociale, culturelle et géographique entre les deux entités, avec pour résultats des rapports limités. Ces rapports sont aujourd'hui principalement destinés à servir uniquement ses préoccupations économiques et stratégiques. Et c'est justement là où lesdits travaux nous laissent un goût d'inachevé car ils ne nous disent pas clairement si la montée du Japon en Afrique représente une véritable chance pour le continent.

De leur côté, Eugène Nyambal (2006), Elenga-Ngaporo (2004), Ntuda Ebode (2003) et Baenga Bolya (1995 ; 1991) suggèrent que l'Afrique pour sortir de son immobilisme, au mieux de sa léthargie pluriséculaire, serait bien inspirée de regarder vers l'Asie et plus précisément le Japon, une société traditionnellement fermée qui par la seule volonté de sa classe dirigeante, a été radicalement transformée puis modernisée. Pour les pays ayant subi la colonisation européenne, le Japon serait donc une nation qui aurait su transcender l'opposition entre tradition (asiatique) et modernité (occidentale). Mais on sait bien que cette opposition là est illusoire, car fondée sur une vision ethnocentrique du monde où toutes les sociétés devraient connaître la même évolution vers une même finalité.

La Chine est à présent une source d'incertitudes et de pronostics divers pour l'ensemble de la scène internationale et, a fortiori pour le Japon. C'est pourquoi son ombre ne peut ne pas planer sur notre étude. Les travaux parmi tant d'autres de Jacques Mistral (2006), de Valerie Niquet (2006), d'Adama Gaye (2005) ou encore de Guangkai Xiong (1997) sont à ce propos édifiants. On y découvre que Pékin ne craint pas de placer le respect de la souveraineté comme l'un des paradigmes dominants de son rapport à l'Afrique. En mêlant prêts concessionnels, annulations de dettes, fournitures de services dans des secteurs aussi essentiels que les infrastructures, la santé ou l'éducation, il tranche avec les conditionnalités qu'imposent les autres puissances. Mais ce déluge des aides économiques et commerciales et la douceur des formules de coopération que les chinois ont déroulé devant l'Afrique, ne doivent pas nous faire perdre de vue, la nécessité de lire les intentions de cet allié si prévenant, pour mieux peser sur l'orientation de sa relation stratégique.

Les articles de la Foundation Foreign Press Center (FFPC) constitués de synthèses de déclarations de personnalités et d'éditoriaux récents de journaux japonais sur l'environnement politique, diplomatique, social et économique de l'Empire du Soleil-Levant, nous ont assurément beaucoup apporté en termes d'éclairages actualisants. Le chercheur en effet, étant appelé à consulter « les documents parmi lesquels il extrait une information factuelle (statistiques ou faits) ou des opinions qui lui serviront à appuyer son argumentation » (Chindji Kouleu, 2000 : 32). Il en est de même pour l'importante contribution en mémoires et thèses des étudiants de l'Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC) abordant les questions de coopération avec les pays asiatiques. En somme, tous ces auteurs et beaucoup d'autres apparaissant aux références, ont attiré l'attention sur la thématique qui est la nôtre. Ils ont accumulé un important matériau dont nous allons tout simplement nous inspirer pour poser notre problématique.

V. LA PROBLEMATIQUE

De manière générale dans la tradition conservatrice, la problématique comprend trois parties : la construction d'un problème ou de l'objet, la question centrale qui peut être éventuellement suivie de questions subsidiaires et l'hypothèse de recherche pouvant également être soutenue d'hypothèses secondaires.

A- La Construction du problème

La date du 9 novembre 1989 (chute du mur de Berlin) symbolise désormais pour les observateurs politiques, la fin de la Guerre Froide et l'ouverture d'une ère nouvelle dans les relations internationales. Au-delà du symbole, la disparition de l'Union Soviétique signifie la fin de la bipolarité et avec elle, « la fin d'un dialogue certes conflictuel mais néanmoins permanent entre deux super puissances qui au-delà de leur rivalité partageaient la même vision des relations internationales. Celle du joueur d'échec rationnel, dont les calculs étaient justifiés par la notion d'intérêt national » (Blom et Charillon, 2001 : 66). L'effondrement du communisme en Europe, l'état de dislocation où se trouve plongé l'ancien empire russe, le succès de l'économie de marché consécutif à la « mondialisation  de l'économie » (Adda, 1998), ont donné lieu à une vaste littérature.

Les questions de sécurité ont semblé être reléguées au second plan et l'économie appelée à jouer le rôle principal. Dans une vision rendue étroite par cette forme d'économisme5(*), la politique a été invitée au festin par une porte noble, mais réduite : l'expansion prometteuse ou potentielle de la démocratie et des droits de l'homme. Tout en réclamant de manière maladroite un droit de contrôle sur les questions européennes, africaines, asiatiques, les Etats-Unis d'Amérique, si on s'en tient aux recherches d'Emmanuel Todd et Youssef Courbage (2007 : 8) et même du futurologue Alexandre Adler (2002 : 306), se sont essentiellement distingués par une grande indifférence aux affaires du monde. Indifférence que les attentats du 11 septembre 2001 ont plus tard tragiquement révélée. Fort de ce contexte international, l'Empire du Soleil-Levant, longtemps inhibé par son statut de puissance vaincue en 1945, déploie à présent une diplomatie « tous azimuts » sur l'échiquier mondial. Depuis 1991, il est entré dans une période de recomposition politique qui pourrait se prolonger pendant longtemps. Ce réajustement interne converge avec la recherche d'une nouvelle position dans le monde et particulièrement en Afrique. Elle s'élabore, estime Karoline Postel-Vinay (1997 : 118), dans des termes politiques, stratégiques mais également plus abstraits et identitaires. Le Japon ayant par ailleurs son propre parcours à entreprendre, son propre cadre de références à recomposer, ses choix diplomatiques comptent. Il convient donc pour nous de déterminer les mécanismes et les logiques de cette stratégie de reconquête de l'espace international.

B- La question de recherche

1. Quels sont les axes majeurs de la politique étrangère du Japon ? Quelles sont les caractéristiques de la diplomatie nippone ? En se rapprochant de l'Afrique, l'Empire du Soleil-Levant ne fait-il pas que se plier à des injonctions extérieures de plus en plus pressantes ou bien recherche t-il au contraire de son propre chef, le moyen de consolider en sa faveur, un rang de puissance moyenne dans le monde ? Comment l'engagement économique nippon fait- il place progressivement dès 1991 en Afrique à une attitude plus politique ? Comment se manifeste concrètement la nouvelle présence du Japon sur le continent noir en général et au Cameroun en particulier ?

2. L'offensive de l'Empire du Soleil-Levant va-t-elle s'approfondir, et si oui se fera-t-elle au détriment de ses partenaires africains ? Quelle est l'ambition du Japon dans le cadre d'une coopération Asie-Afrique ? Les Africains cesseront-ils d'être des perdants apparents de la mondialisation et quels itinéraires peut emprunter l'Afrique réelle, si complexe et si peu sûre d'elle-même au regard de l'expérience nipponne ? En résumé comme question centrale, comment et pourquoi les Japonais aujourd'hui plus que par le passé s'intéressent à l'Afrique dans un contexte favorable de « prise de conscience d'une scène mondiale où cohabitent des visions du monde différentes, et où la contestation de l'ordre légal rationnel de l'occident est forte » (Blom et Charillon, 2001 : 71) ?

C- L'Hypothèse

Selon Madeleine Grawitz (1999), l'hypothèse est une « proposition de réponse à la question posée ». Partant de cette définition, celle que nous avançons est que le Japon aspire aujourd'hui à un rang diplomatique mondial en accord avec sa puissance économique, non seulement pour effacer son passé guerrier6(*), mais aussi pour ne plus apparaître comme un « nain politique ». Dans sa stratégie de reconquête de l'espace international qui « pourrait être le début d'une nouvelle guerre d'influence » (L'Express International n°2932, 13 au19 septembre 2007), l'Empire du Soleil-Levant compte sur les puissances occidentales à commencer par les Etats-Unis d'Amérique, son protecteur. L'alliance stratégique avec Washington que le Président Bill Clinton a qualifié de « relation bilatérale la plus importante de la scène internationale » est essentielle pour Tokyo, incapable d'assurer seul sa sécurité et ses intérêts vitaux menacés à la fois par une Corée du Nord en voie de nucléarisation et par une Chine qui ne résiste que mollement aux sirènes du nationalisme. La diplomatie nippone dès lors envisage engranger le maximum de sympathies des pays du Sud, africains en l'occurrence, pour en faire des alliés potentiels susceptibles de défendre, voire de partager ses positions sur les tribunes internationales. Ces derniers peuvent de toute manière peser d'un certain poids dans les mécanismes démocratiques internationaux de prises de décisions tels que les Nations Unies et lui permettre d'obtenir un siège permanent au Conseil de Sécurité (Hugon, 2006b ; Kamo, 2003 ; Drifte, 2000).

Disposant d'un droit de veto, l'Empire du Milieu s'oppose farouchement à cette admission au sein du sanctuaire de la diplomatie mondiale. L'opposition du voisin chinois (mais aussi Sud coréen) est le résultat des conflits culturels, politiques et militaires, millénaires. Elle est surtout la matérialisation de la lutte de positionnement économique ou d'ascendance sur l'échiquier mondial en définitive. D'après le rapport « China : bigger and better » de la Banque d'Investissement Lehman Brothers publié en janvier 2007, l'économie chinoise pourrait dépasser celle de l'Allemagne en 2010, celle du Japon en 2020 et être la première du monde en 2040. Déjà en Afrique, avec son principe du gagnant / gagnant qui privilégie la coopération, la non ingérence, la souveraineté des Etats et néglige les droits de l'homme, la Chine se pose en tant que puissance régionale concurrente du pôle Japon / Etats-Unis (Hugon, 2006a : 381). De son côté, l'Inde se fait plus présente sur le continent noir à travers d'importants investissements dans des pays comme le Nigeria, le Sénégal ou le Soudan. Certains observateurs comme Guillard et Boisseau Du Rocher (2006) lui promettent la deuxième économie mondiale d'ici 15 à 20 ans. En comptant également avec les objectifs utilitaristes inhérents à l'accès aux matières premières et les stratégies de présence de ses firmes, il s'agit clairement pour Tokyo à travers son offensive africaine, de rattraper Pékin voire New Delhi, dans la course à l'influence sur les questions internationales. A la suite de cette logique, l'Afrique offre au Japon, ipso facto, un terrain diplomatique idéal lui permettant de concrétiser ses objectifs de politique étrangère qu'un cadre théorique d'analyse pourrait ressortir.

VI. LE CADRE THEORIQUE D'ANALYSE

Notre étude s'investit dans le champ de l'analyse de la politique étrangère, plus célèbre sous l'expression anglo-saxonne de Foreign Policy Analysis (FPA). James Rosenau est sans doute avec Charles Kegley et Charles Hermann (1987), l'un de ceux qui ont le plus milité pour son approche scientifique. Ces auteurs décrivent la politique étrangère comme un instrument par lequel l'Etat essaye de dessiner son environnement international. Contrairement à la perspective des études souvent comparées des inputs et des outputs chères à la Public Policy en matière de politique étrangère, notre démarche est davantage proche des chercheurs plus classiques. Ces derniers comme Alexander George et Gordon Craig (1983), décryptent la politique étrangère en tant que diplomatie ou art de gouverner (Statecraft). Pour appréhender globalement la stratégie nippone de reconquête de l'espace international, il nous a semblé judicieux de convoquer comme unique paradigme, l'un des plus importants des relations internationales : le réalisme. Nous évoquons les postulats, les épreuves et la pertinence des thèses réalistes pour justifier notre choix théorique.

A- Historicité et postulats du paradigme réaliste

La littérature courante fait monter ses racines à l'antiquité. Il prend une emphase avec Hobbes au XVIIIème siècle qui s'intéresse à la dimension conflictuelle des phénomènes internationaux et de l'anarchie, caractéristiques de la société internationale. Selon l'école réaliste, dont les hérauts ont pour nom Machiavel, Clausewitz, Morgenthau et Aron, les phénomènes internationaux se fondent sur la réalité telle qu'elle existe et non sur un quelconque idéal. Ces auteurs ont toujours préféré la lucidité et développé une vision cynique ou pessimiste des rapports humains. Les Etats sont à la recherche permanente de leurs intérêts qu'ils réalisent en termes de puissance (Guzzini et Rynning, 2002). Ils sont considérés comme les seuls acteurs rationnels et leurs décisions de politique étrangère correspondent au rapport coûts / bénéfices le plus satisfaisant.

S'appuyant sur une tradition bodinienne et hobbesienne, Henry Kissinger (1994) observe la scène internationale comme un théâtre de quête de puissance, d'équilibre et de poursuite d'intérêts. « C'est cette puissance comparée à celle des autres, qui permet ou non d'affirmer ses prérogatives dans un monde marqué par l'omniprésence du rapport de force » (Blom et Charrillon, 2001 : 14). En évoquant cette perspective, nous devons garder à l'esprit que l'interprétation réaliste des relations internationales participe en réalité d'un processus commun : celui qui est né avec la paix de Westphalie de 1648 et qui a établi un ordre politique plus tard qualifié d'ordre étatique international. On peut donc convenir à la lumière de ses relations internationales que, le Japon s'affirme de plus en plus comme un acteur dont la voix compte parmi les puissances. Son poids économique, sa contribution de premier plan aux projets de développement et aux missions de paix onusiennes le distinguent. Il est surtout à la recherche des appuis internationaux en faveur de ses aspirations internationales. En ce sens, « la mesure de la puissance est fondée sur la prise en considération des ressources de divers ordres qui permettent à un Etat d'avoir des chances sérieuses de faire triompher sa volonté ou alors qui lui confèrent une position de suprématie sur l'échiquier géopolitique » (Sindjoun, 2002 : 157).

B- A l'épreuve d'un nouvel ordre mondial

Au milieu des années 1950, une première remise en question des dogmes réalistes eut lieu. Elle s'est manifestée par l'ouverture de politiques étrangères à des approches s'attachant au rôle des individus et des institutions bureaucratiques dans le processus décisionnel. Durant les deux décennies suivantes, les postulats réalistes se virent défier par les analyses cognitives s'intéressant à la perception des décideurs ou à leurs systèmes de valeurs (Jervis, 1978). Cela a naturellement contribué à fissurer la thèse selon laquelle, la politique étrangère n'était qu'une affaire d'interactions interétatiques. Une simple affaire de « boules de billard », pour reprendre la célèbre métaphore d'Arnold Wolfers (1962). Les auteurs prirent acte des évolutions de la scène mondiale et amendèrent l'approche réaliste en s'attachant à des acteurs autres que les seuls Etats. Ainsi, Robert Keohane et Joseph Nye (1977) théorisèrent ce qu'ils appellent « l'interdépendance complexe » à savoir : la sensibilité et la vulnérabilité croisées des Etats sur certains enjeux auxquels participent également les groupes de pression, des organisations internationales.

La fin de la Guerre Froide dans les années 1990, résultant moins d'un changement radical de la répartition de la puissance dans le système international que d'un processus interne aux Etats socialistes, a marqué l'échec du modèle d'analyse réaliste. Des phénomènes tels que l'intégration (l'UE par exemple), les conflits ethniques, les nouveaux modes de violence internationale, l'essor des droits de l'Homme ou la prise en compte des préoccupations environnementales ont échappé à ce modèle théorique (Badie et Smouts, 1999). La souveraineté sur laquelle s'appuyaient les réalistes entre à son tour en crise avec la naissance à l'interface de l'externe et de l'interne de plusieurs espaces et la perte de la pertinence du territoire (Appadurai, 1997 ; Badie, 1995). Il est reproché à l'école réaliste de se baser sur des postulats anthropologiques desquels sont déduites des « conséquences discutables ». De plus, elle négligerait des variables importantes pour ne retenir que des facteurs aussi vagues que l'intérêt national ou même la puissance. Fondée sur un type idéal, elle aurait tendance à une simplification abusive de la réalité qui oppose exagérément deux extrêmes : l'ordre de l'Etat-nation et l'anarchie du système des relations internationales.

C- La pertinence persistante des thèses réalistes

Toutes ces réflexions énoncées ci-dessus n'épuisent pas pour autant la théorie réaliste pour deux raisons. La première est que ses choix sont d'ordre méthodologique et ne proposent qu'un cadre destiné à faciliter l'analyse. La seconde est tout simplement qu'elle a entre temps évolué. Un courant dit « néoréaliste » (Waltz, 1979) est apparu. Ainsi, des auteurs comme Robert Keohane ou Susan Strange, s'efforcent de prendre en compte la dimension économique dans la compétition que se livrent les Etats. De la sorte, les principales lignes de conduite du réalisme demeurent pertinentes. D'abord, les institutions internationales ne peuvent rien contre l'anarchie de la scène mondiale ; seuls les Etats peuvent véritablement maintenir l'ordre. Ensuite, il existe une compétition dans laquelle ces Etats sont en quête de gains relatifs, c'est-à-dire, les uns par rapport aux autres dans un jeu à somme nulle (Rapoport, 1967). Enfin, les questions de sécurité, la quête de puissance et la capacité des Etats en la matière restent centrales. Le réalisme n'est donc pas obsolète.  « Le lien entre le processus de puissance internationale et le processus politique interne, continue de faire la grande force de cette école dans les débats sur la politique étrangère » (Guzzini et Rynning, 2002 : 57).

Le paradigme réaliste dans son approche révisionniste, esquissée par Randall Schweller (1996) est valablement à même pensons nous, d'approfondir notre analyse sur la manière dont un pays, le Japon, dans une démarche méthodique et cohérente, en prenant appui sur l'Afrique, entend élargir sa zone d'influence sur la scène internationale. Sans armée officielle mais avec un budget militaire impressionnant, ébranlé après la crise financière des années 1990 mais en plein rebond, le Japon cumule décidément des singularités, note Jean François Sabouret (2005). Ce paradigme nous permettra de démontrer que l'activité diplomatique nippone s'inscrit dans la sauvegarde de ses intérêts nationaux vitaux. Car, « l'aide au développement qui est liée à la géopolitique, au commerce et au système bancaire, ne peut pas être simplement qualifiée de cadeau. Donner et recevoir comprend des zones grises : ces actes peuvent dissimuler l'échange ou la contrainte » (Sogge, 2002 : 47). Cette hypothèse établit la coopération comme résultat d'un calcul d'intérêt, comme moyen d'obtenir autre chose dans une relation qu'Axelrod (1992) qualifie de  « donnant-donnant ». C'est pourquoi, dans une perspective empirique ou positiviste, nous faisons appel au niveau des considérations méthodologiques de notre travail à la grille analytique comme mode de mise en relation des faits.

VII. LES CONSIDERATIONS METHODOLOGIQUES

Pour cela, les techniques documentaires sont mises à contribution. Il s'agit de consulter une masse de matériaux écrits : archives, textes et communiqués officiels, extraits de journaux (Bardin, 1977), en visitant à l'occasion certains sites Internet. A partir de ces documents, nous nous attelons à reconstituer la part de l'entrepreneur diplomatique dans la construction d'une politique étrangère révisionniste. Le dépouillement de certains articles de presse nous permet de conforter cette étude à travers l'examen des discours des personnalités politiques. Il a l'avantage de dégager des options diplomatiques qui évoluent et se confrontent. Nous nous appuyons également sur des statistiques, tableaux, graphiques et photos pour mettre en évidence l'état d'activité de l'Empire du Soleil-Levant.

Dans la finalité de rechercher les césures qui permettent de juger du changement ou de la constance dans les phénomènes observés, nous mobilisons la méthode historique pour aboutir, au sens de Madeleine Grawitz (1999), à une reconstruction de la réalité. Cette approche a pour nous trois mérites. D'abord, elle conforte la délimitation temporelle de notre étude qui prend comme point de départ l'année 1991 ; année ouvrant une nouvelle ère des relations internationales avec la fin de la Guerre Froide. Ensuite, elle aborde la quête nippone d'influence sur l'échiquier africain de manière diachronique, c'est-à-dire d'en saisir son déroulement dans le temps. Enfin, elle rend intelligible l'entreprise diplomatique japonaise en répondant aux questions « quand », « comment » et « pourquoi ».

Nous faisons reposer notre analyse sur le concept de « stratégie » (Crozier et Friedberg, 1977). En effet, l'étude entend analyser la proactivité de l'Empire du Soleil-Levant comme tactique qui consiste à se servir de ses relations avec le continent noir pour signaler au monde, les orientations de sa politique étrangère. Il s'agit d'un processus porteur d'enjeux et façonné par l'intrication des jeux des acteurs « rationnels » dans un contexte de rapports de force.

Pour mener à bien cette étude, notre travail sera divisé en deux parties. Il s'agira dans un premier temps, de nous appesantir sur les bases et les manifestations de l'offensive politico-diplomatique du Japon. Nous mettons en exergue les fondamentaux de la politique étrangère nippone et les signes matériels servant à reconnaître l'activisme africain de l'Empire du Soleil-Levant depuis 1991. Dans un second temps, les effets et les enjeux de cette offensive japonaise sur le continent noir sont au centre de nos préoccupations. Pour cela nous entendons éclaircir au préalable les effets, en prenant un cas précis pour nous édifier ceteris paribus. Ce point focal est la dynamique coopérationnelle entre le Japon et le Cameroun7(*). Il s'agira par la suite et en dernier arrêt, de décliner les enjeux que révèle l'entreprise diplomatique nippone dans son ambition de reconquérir l'espace international.

PREMIERE PARTIE

LES BASES ET LES MANIFESTATIONS DE L'OFFENSIVE POLITICO-DIPLOMATIQUE DU JAPON

Depuis fort longtemps, au sein du commandement des hommes, s'est différenciée une prérogative capable dans des sociétés souvent animées d'un puissant esprit de rivalité et d'appropriation : celle de définir un comportement collectif vis-à-vis de l'étranger. Une étude comme celle portant sur la politique étrangère du Japon, «un pays aujourd'hui en transition » (Postel-Vinay, 1997 : 8), ne peut pas faire l'économie d'une lecture sur sa configuration et ses éléments caractéristiques. D'autant plus que « pour avoir une idée exacte de l'influence dont jouit un Etat sur ses partenaires, point n'est besoin de prendre en considération l'ensemble de ses rapports extérieurs, mais seulement un secteur stratégique de ceux-ci à savoir ses relations internationales » (Kontchou Kouomegni, 1977:5).

Dans cette première partie, les fondamentaux lato sensu de l'orientation diplomatique nippone sont interrogés. Nous mettons en exergue entre autres le fait que dans ses relations extérieures, en disposant de l'opposition réactif / proactif comme cadre d'analyse, le Japon opte en réalité pour une « politique de moyenne puissance » (Cornelissen, 2004a : 33). Nous nous attelons à examiner non seulement les conduites des acteurs mais aussi le dispositif de l'aide publique japonaise (chapitre I). Nous analysons par la suite, la place du continent noir dans l'agenda diplomatique de l'Empire du Soleil-Levant à travers notamment l'engagement politique africain du Japon depuis 1991 et surtout le processus de la Tokyo International Conference on African Development plus connue sous l'acronyme de TICAD (chapitre II).

CHAPITRE I :
LES FONDAMENTAUX D'UNE ORIENTATION DIPLOMATIQUE

L'analyse concentrée des relations extérieures du Japon, « démocratie d'âge mûr de l'Extrême- Orient » (Hook, Gilson, Hughes and Dobson, 2001), fait ressortir couramment une série de traits qui sont d'une part caractéristiques de la nation japonaise donc spécifiques, d'autre part symptomatiques pour une société moderne hautement industrialisée, comparables à d'autres sociétés avancées. Nous notons également que « l'Empire du Soleil- Levant a toujours exprimé une ferme volonté de s'ouvrir au monde. Seulement son passé impérialiste et les séquelles de la Seconde Guerre, le poussait à mettre en oeuvre des grands chantiers qui se révéleront être plus tard des actions de relations publiques internationales » (Kouakam Mbenjo, 2005 : 13). Ces oeillères idéologiques n'empêchent pas pour autant au Japon d'être arrivé à un carrefour et de continuer à s'interroger sur sa politique étrangère et sur sa place dans le monde (Steinert, 1987 : 172). Pourquoi dans l'analyse de ses relations extérieures, Tokyo apparaît- il davantage comme une moyenne puissance ? Quelles sont les conduites des acteurs du projet diplomatique nippon ? L'APD est -elle véritablement le « cheval de Troie » destiné à établir une nouvelle « sphère de co-prospérité » (S. Islam cité par Gabas et Mainguy, 1998 : 47) de la politique étrangère du Japon ? Notre propos dans ce chapitre est de montrer les fondamentaux d'une orientation diplomatique.

Au delà de la découverte de l'environnement socio politique et économique de L'Empire du Soleil-Levant, nous mettons l'accent sur les traditions diplomatiques historiques de Tokyo et sur le débat de la réactivité ou la proactivité de sa politique étrangère (section I). Dans un pays où le lien entre politique intérieure et politique extérieure est si étroit où les considérations de politique intérieure influencent autant sa politique extérieure que les événements internationaux, une brève description des instances et des conduites des acteurs impliqués dans le processus de décision parait nécessaire (section II). Nous mettons aussi en exergue le fait qu'en devenant un des bailleurs de fonds les plus importants, l'archipel a fait de son APD un outil pour accroître son influence et son autonomie sur la scène internationale (section III). Cette approche en trois étapes nous semble en tout cas précieuse pour comprendre la vision de la politique étrangère que le Japon veut présenter à l'intérieur et à l'extérieur de ses frontières.

SECTION I : LE JAPON : UNE MOYENNE PUISSANCE DANS L'ANALYSE DE SES RELATIONS EXTERIEURES

Selon Green (2001), il n'est pas de grand projet international sans signification politique au sens fort du terme. La question théorique de « moyenne puissance » tient compte d'un certain nombre de facteurs, de signes annonciateurs en rapport avec l'extension de l'agenda diplomatique et la combinaison de plus en plus complexe des instruments politiques. Il convient donc dans cette section de partir du « donné », id est de présenter l'environnement politique, social et économique du Japon, sans abonder évidemment une fois de plus dans le cadre géographique, déjà trop bien connu (A). Cela nous permet pour la suite, de mieux envisager la diplomatie nippone dans ses données thématiques majeures (B) pour finalement apprécier l'état de son activité (C).

A - Environnement politique, économique et social de l'Empire du Soleil-Levant

En moins d'un siècle et demi que le Japon a entamé la transformation de ses structures socio politiques et économiques féodales, ses performances technologiques et commerciales sont impressionnantes et son développement spectaculaire. La réconciliation politique entre l'idée de représentation et celle de la légitimité (1), puis le flamboiement de sa situation économique et sociale (2) ont fait du Japon un symbole de réussite.

1-La réconciliation politique entre l'idée de représentation et celle de la légitimité

L'avènement de la constitution de 1947 annonce une réconciliation spectaculaire entre l'idée de représentation et celle de légitimité. Évolution rendue possible par la proclamation de la souveraineté populaire et l'affaiblissement corrélatif du statut public de la monarchie, le respect des droits fondamentaux de l'homme, le renoncement à la guerre, l'institutionnalisation du parlementarisme et la proclamation de la prépondérance de la Diète (pourvoir législatif) qualifiée d'organe suprême de l'Etat par rapport au Cabinet (pouvoir exécutif). Si les observateurs se trompent plus fréquemment sur la réalité politique japonaise que sur celle de ses voisins, c'est que le Japon possède l'appareil démocratique le plus complet hors de l'Occident et que l'on considère généralement qu'il appartient à la même catégorie géopolitique que les industries occidentales. Dans cette logique, si l'on excepte les dix mois (1947-1948) pendant lesquels des socialistes de tendance conservatrice ont participé à une coalition confuse, on peut dire que, depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, un même groupe relativement restreint de politiciens joue à s'échanger les sièges ministériels, se contentant de faire une petite place à leurs seuls protégés sans que l'opinion publique paraisse exercer la moindre influence sur les décisions majeures (Vogel, 2006 ; Miyamoto, 1996 ; Eismein, 1988). Ce groupe de politiciens porte le nom de PLD8(*), une coalition de Habatsu ou clans politiques. Il est rare que le Japon soit présenté comme un pays à parti unique. Edwin Reischauer (2001) dit par contre que le peuple a une telle confiance dans les politiciens qui ont conduit la nation au succès économique (Jimintôt) qu'il ne se lasse pas d'eux. De la sorte, « l'opposition parlementaire au Japon ressemble au choeur de la tragédie grecque. Ses sempiternels commentaires sur l'état de la nation et ses lamentations sur les péchés du PLD sont aussi rituels qu'inoffensifs » (Vogel, 2006). Toutefois, il est à observer la certaine ébullition politique que connaît la scène japonaise ces dernières années avec l'avènement en 2003 du Parti Démocrate9(*) (PD). Cette formation politique que Philippe Pons qualifie de « parti omnibus » (Le Monde, 31 juillet 2007), regroupe le Nouveau Parti du Japon, le Parti Libéral et les Démocrates de gauche.

Avec la cuisante défaite aux élections sénatoriales partielles du 29 juillet 2007 dernier, « la pire essuyée par le parti conservateur depuis sa création en 1955 » (Le Monde, 31 juillet 2007), remarque le politologue Gerry Curtis de Columbia University, le Premier ministre Shinzo Abe après moult atermoiements a fini par démissionner le 11 septembre 2007. Affaibli par cette élection qui était aussi son baptême de feu électoral depuis son accession au pouvoir le 26 septembre 2006, il a été remplacé par Yasuo Fukuda, ancien Secrétaire Général du gouvernement, homme de sérail plutôt modéré. Loin de s'attaquer aux maux hérités ou non de la politique réformiste de son prédécesseur, Junichori Koïzumi, l'ancien Premier ministre japonais a porté ses principales priorités sur la renaissance de l'identité nationale et la révision constitutionnelle dans un contexte international en mouvement (Muto, 2006). Fils d'un ancien ministre des affaires étrangères, M. Abe appartient à une grande dynastie de la droite10(*) au passé sulfureux dans lequel son grand père, Nobusuke Kishi, a été ministre dans le Cabinet du général Tojo qui lança l'attaque sur Pearl Harbor. Plus jeune homme à 52 ans à occuper la fonction de Premier ministre dans l'après guerre et le premier né pendant cette période, Shinzo Abe n'a jamais renié vraiment ce passé familial dans un pays qui n'a pas officiellement demandé pardon pour ses crimes de guerres. Au contraire, il s'est rendu régulièrement au sanctuaire Yasukuni, où sont honorés les militaires « ayant donné leur vie pour le Japon », parmi lesquels quatorze criminels de guerre dont son grand oncle, Yosuke Motsuaka. M. Abe a été considéré par la gauche japonaise comme un politicien ultralibéral, archi conservateur et nationaliste. Ses adversaires dans la région n'ont pas hésité à le qualifier de « faucon ». Le 15 décembre 2006, le Sénat a approuvé la création du ministère de la défense11(*) et l'enseignement du patriotisme à l'école, voulus par lui.

Comme dans la plupart des monarchies constitutionnelles, l'empereur est le symbole de l'Etat et de l'unité du pays. Selon Maruyama Masao (cité par Eismein, 1988 : 137), « l'empereur est un être ambigu, puisqu'il est chargé de fonctions à la fois politique et spirituelle, et plutôt spirituelle étant donné que c'est un être qu'il est interdit de définir, qui échappe à toute tentative de définition. C'est un centre mais un centre caché ». Par définition, un centre caché ne prend pas de responsabilités. Ce qui incidemment ne l'empêche pas de s'imposer à ses sujets comme un être suprême et sacré et d'exiger d'eux la fidélité, par conséquent la responsabilité absolue. L'actuel empereur Akihito qui a accédé au trône en 1989 est le 125 ème du Japon. Le pouvoir judiciaire calqué sur le modèle américain revient à la cour suprême et aux instances inférieures telles que les cours d'appels, les tribunaux de première instance et les tribunaux de proximité. Il contribue à son niveau au flamboiement économique et social du Japon.

2-Le flamboiement économique et social du Japon

Après la Seconde Guerre Mondiale, le Japon a connu une période de haute croissance économique due à l'essor rapide de l'industrie d'autant plus que « le système mis en oeuvre pendant la guerre a été conservé en tant que système économique après-guerre », a écrit Takafusa Nakamura (1985). L'Empire du Soleil-Levant s'est vite spécialisé dans les industries naissantes et exigeantes en savoir et en savoir faire dans la finalité de le faire savoir, comme à l'exposition technique annuelle de Tsukuba. Malgré le marasme économique des années 1990, le Japon demeure l'un des pays les plus prospères du monde avec un PIB estimé à 4 623 398 millions de dollars US en 2006 (Boniface, 2006). Les marques japonaises sont internationalement reconnues comme Toyota, Nissan, Sony, Fugifilm ou Panasonic. Tout comme la technologie nippone à l'instar de l'oeuvre de la firme Honda,  Asimo,12(*) le robot humanoïde qui peut parler et marcher. Les grandes banques du Japon sont, soit des émanations des puissants conglomérats bâtis sur la production industrielle (Fuji, Sumitomo, Mitsui ou Mitsubishi Bank) soit de grands groupes bancaires et commerciaux comme la Dai-Ichi Kangyo (la première banque du Japon) ou la Sanwa Bank. La bourse de Tokyo porte le nom du « quartier des guerriers » où elle est installée. L'indice Nikhei est l'équivalent du Dow Jones à Wall Street, du Footsie au Stock Exchange et de l'indice CAC à Paris. L'épargne des particuliers et celle des entreprises constituent de véritables «amazones financières », note Bernard Hamp (cité par Yoshikawa, 1998).

L'agriculture occupe une place de choix dans cette économie avec le développement du riz dont la grande partie est consommée par les Japonais. Sa faible portion de terres cultivables fait de lui, un pays de faible taux d'autosuffisance alimentaire. En revanche, l'archipel dispose avec ses 27 000 km de côtes, d'abondantes ressources maritimes avec une industrie piscicole très dynamique, occupant ainsi le premier rang mondial pour la pêche. Son système de transport est très développé avec un réseau routier et ferroviaire qui couvre pratiquement tout le pays et des services aériens et maritimes importants. « L'archipel nippon ne forme désormais plus qu'une seule île», souligne Philippe Pons (Le Monde, 15 Mars 1988).

Sur le plan social, malgré son ouverture au monde, le Japon est resté traditionnel (Okakura, 2006). C'est ainsi que parmi les sports les plus pratiqués figurent les arts martiaux. Qui ne connaît le  Summo (qui à l'origine était un rituel à caractère religieux et agricole), le  Kendo  (art du sabre), l'Aikido et le Karaté, sports de défense ou encore le Judo, dérivé du  Ju-jitsu  qualifié d' « art de souplesse », auxquels il faut ajouter le populaire tir à l'arc japonais, le  Kyudo ? Le côté culturel nippon se retrouve aussi dans leur habitat qui bien qu'il soit moderne, dispose toujours d'une pièce traditionnelle dont le sol est recouvert d'un tapis de paille appelé  Tatami.

Dans le domaine vestimentaire, l'habit traditionnel c'est le  Kimono, généralement en soie. Le système de l'enseignement public au Japon est quant à lui formé sur cinq types successifs d'établissements13(*). Pour Claude Chancel (1990 : 24), «  l'espoir de tous les débutants, c'est d'accéder un jour à Todai, l'université impériale de Tokyo ou aux quelques autres universités impériales ou privées de grand renom. Dès leur jeune âge, les Japonais commencent leur apprentissage dans la finalité de présenter ce concours ». Pour ce faire, il y a les  Juku, ces cours parallèles très prisés qui pullulent au Japon.

Le Japonais travaille dur pour payer son logement, pour financer les études de ses enfants, pour assurer la sécurité de ses vieux jours. Cela explique ses 2500 heures de travail par an. « C'est l'appartenance à l'entreprise qui donne son identité au travailleur japonais » ont remarqué Michel Albert et Jean Boissonnat (cités par Chancel, 1990 : 35). Avant de dépenser, les habitants de l'Empire du Soleil-Levant épargnent. Il s'agit d'une politique nationale inculquée très tôt aux enfants. Les Japonais apprécient les activités ludiques. Ils jouent presque chaque jour au Pachinko (jeu de billes d'acier) et s'intéressent aux Mangas14(*). Que pourrait-on relever de leur façon de penser ?

Généralement traduite par le mot « harmonie », la notion de Wa est liée aux idéaux d'homogénéité, de bienveillance, et constitue l'une des composantes fondamentales de la symbolique dans laquelle baigne l'existence des Japonais (Sabouret, 2005 ; Kitayama, 1988). Par les chemins qui mènent à la contemplation, à la méditation, à la délivrance, la plupart des religions pratiquées au Japon comme le shintoïsme, le bouddhisme ou le confucianisme, invitent au respect de la tradition, évoquant la pratique du Zen (Lavelle, 1997). Selon Dennis Gira (Cité par Eismein, 1988 : 114), les considérations sur l'origine de ces différentes traditions religieuses s'accordent assez bien avec les propos souvent avancés sur l'affirmation de la particularité du peuple japonais encore appelée le   Nihonjinron,15(*) véritable théorisation de la japonité.

Les enseignants, la presse et la télévision rappellent continuellement aux Japonais la nature unique de leur culture, la spécialité de leurs croyances, de leurs traditions et de leurs façons d'envisager la vie. Confirmées par de nombreuses références obliques dans des publications gouvernementales, ces idées font encore l'objet d'un matraquage systématique par le biais d'une littérature expressément vouée à cette théorie. On y trouve non seulement réitérée l'idée que les Japonais sont incomparablement différents mais fréquemment aussi, l'affirmation que le mode de vie japonais est préférable à tout autre au monde parce que supérieur. S'il se quintessencie parfois en d'improbables hypothèses,  le   Nihonjinron n'en exprime pas moins des croyances populaires, très répandues. Pour Karel Van Wolferen (1997 : 291), « on peut considérer les écrits du Nihonjinron comme autant d'essais défendant l'idéologie de la japonité contre l'avancée des idées occidentales sur les valeurs individuelles, contre le modèle politique occidental, et contre la menace que la logique occidentale fait peser sur la culture politique japonaise ».

Le raffermissement de l'activité économique laisse espérer que l'archipel émerge d'une décennie de stagnation. Selon le rapport publié en Avril 2006 par le FMI, la croissance nippone se situe aux tous premiers rangs des pays occidentaux (2.8% prévu pour 2007). Un résultat lié à la demande extérieure vigoureuse des pays comme la Chine et aux progrès accomplis dans la restructuration des entreprises et dans la réforme économique. On peut ici parler de « rerégularisation », une expression du chercheur en science politique Steven K. Vogel (2006), car l'Etat japonais continue à intervenir pour stabiliser les nouvelles configurations du marché. Toutefois, l'Empire du Soleil- Levant affronte encore pour devenir un « pays magnifique »16(*), plusieurs sérieux obstacles à une croissance durable, notamment une déflation tenace et une contraction continue des prêts bancaires et prix fonciers. Parallèlement, « la situation financière des administrations publiques continue de se dégrader, menaçant la viabilité budgétaire au moment même où le vieillissement démographique exerce des pressions croissantes sur la dépense publique » (OCDE, 2005 : 1).

B - Les données thématiques de l'action internationale nippone : des paramètres d'un champ diplomatique

La politique étrangère du Japon, comme celle de tous les pays se traduit par l'emploi des thèmes clés qui reviennent dans la majorité des déclarations officielles ou autres documents de base. Ces thèmes expriment les préoccupations et problèmes majeurs (Petit et Jami, 2005 ; Colards, 1999). Certains acquièrent avec le temps un caractère plutôt rhétorique, d'autres sont l'expression, des orientations de base, d'objectifs permanents ou encore traduisent des visées conjoncturelles ou relèvent de la tactique diplomatique. Toujours est-il que toute politique étrangère s'inspire de tous ces éléments que Pascal Dejoli Mbogning (1999 : 36) appelle « le référentiel ». En ce qui concerne l'Empire du Soleil-Levant, la paix et la prospérité sont des slogans employés pour encourager le libre échange (1) et la solidarité internationale (2).

1- La rhétorique de la paix et de la prospérité comme support du libre échange

Cinq ans après la défaite, la Guerre de Corée ouvre au Japon la voie vers ce que Marlis Steinert (1987 : 13) observe comme « une nouvelle ascension dans l'arène internationale ». Dans le climat de la Guerre Froide, les Etats-Unis d'Amérique ont besoin de renfort et signent rapidement un traité de paix à San Francisco en 1951 avec les ex-ennemis. L'Empire du Soleil-Levant pour accroître son influence diplomatique, entre dans des organisations internationales comme le FMI, la Banque Mondiale, le GATT, l'ONU, l'OCDE entre autres (Newman, 2000). La plupart de ses thèmes diplomatiques sont traités dans les « Diplomatic Blue Book » aussi appelés « White Papers ». De la sorte, il y a la publication du Gaimusho qui a résumé la politique étrangère des années 1960. Sont évoqués les concepts de base : la liberté, la sécurité et la prospérité. Le désir de fonder la sécurité du pays, son existence sur la justice et la volonté de paix, avait été exprimé d'une part dans le préambule de la constitution japonaise, renforcé d'autre part dans l'article 9 ; « le leitmotiv de sa politique de défense » (Reischauer, 2001). Quel serait l'instrument japonais pour rendre une telle paix possible ?

Il semblerait que ce soit sa « diplomatie luttant pour la paix » déployée à l'ONU, comprenant thématiquement entre autres le règlement pacifique des conflits, le désarmement, l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire et le dialogue Nord-Sud. A côté du thème fondamental de la paix, c'est celui séculaire de la prospérité qui est mis en évidence. La « diplomatie de la prospérité » consiste en l'expansion du commerce par l'abaissement des tarifs, la libéralisation des importations, la coopération financière pour le développement scientifique. C'est une diplomatie en faveur du libre échange et de la coopération internationale (Steinert, 1987 : 64) basée sur la maintenance de liens très étroits avec les Etats-Unis d'Amérique et ceci dans tous les domaines. Bien qu'il ait atteint une certaine situation de self-reliance, le Japon doit promouvoir une entente avec l'ensemble des nations et multiplier des échanges culturels. La « diplomatie multilatérale » est apparue pour la première fois dans le livre diplomatique de l'année 1974. Elle est la conséquence de ce que les observateurs économiques ont appelé les « Nixon shokku » et de la crise du pétrole. Cette « diplomatie multilatérale » est marquée par les visites du Premier ministre à l'étranger ainsi qu'une présence continue dans les différents continents. Aussi,  dans le cadre de l'ONU, elle mise sur la coopération dans les grandes enceintes internationales comme le FMI, le GATT ou l'OCDE.

2- La rhétorique de la paix et de la prospérité comme support de la solidarité internationale

Le gouvernement nippon s'emploie en se donnant officiellement l'ambition d'une politique globale et popularisant l'idée d'une nécessaire « internationalisation » (Kokusaika) à obtenir de l'étranger un jugement plus favorable, tout en portant à un degré supérieur l'expression économique (Van Wolferen, 1997 : 449 ; Vie, 1995 : 245). Depuis «la dégénérescence » des régimes communistes et la fin de l'affrontement politico symbolique qu'il signifiait, on a pu parler de l'accroissement de l'indépendance des Etats, de l'émergence d'un monde unipolaire, de l'avènement d'un monde « post international ». Face à ces modifications externes considérables, le Japon est forcé de s'interroger une fois encore sur les buts et moyens de sa politique étrangère et son rôle dans la communauté internationale.

En Afrique du Sud le 9 janvier 2001 par exemple, le Premier ministre Yoshiro Mori s'est prononcé pour une diplomatie nippone au XXIème siècle en faveur de la paix, introduisant à la même occasion pour la première fois, le concept de « sécurité humaine ». Dans ce sens, a-t-il souligné, le succès ou l'échec de la coopération avec l'Afrique pour y assurer cette « sécurité humaine », constitue un test important pour le fondement même de la diplomatie japonaise. Lors de son discours de politique générale le 26 septembre 2006 à la Diète, le Premier ministre Shinzo Abe a encore abondé sur « les ritournelles »  traditionnelles de la diplomatie nippone. Son gouvernement, a-t-il martelé, sur le plan des affaires étrangères et de la sécurité aura, pour but « de démontrer encore plus clairement l'alliance entre le Japon et les Etats-Unis d'Amérique, au service de l'Asie et du reste du monde, et de contribuer activement à une solidarité internationale ». Dans son intervention17(*) durant le colloque de l'Institut Japonais des Etudes Internationales, le 30 novembre 2006 à l'hôtel Okura, M. Taro Aso alors chef de la diplomatie japonaise, a parlé de « diplomatie vertueuse » et de l' « arc de la liberté et de la prospérité » indiquant à l'occasion que ces deux expressions constituent le nouvel axe de la politique extérieure nippone. « Le rôle de la diplomatie est aussi, poursuit-il, de donner aux citoyens une certaine fierté réaliste, décente et paisible. En ma qualité de ministre des affaires étrangères, je cherche à mener une diplomatie qui suscite le dynamisme et donne confiance aux Japonais ».

Nous nous apercevons grosso modo que toute politique est inspirée d'un référentiel. Ce dernier n'est qu'un « ensemble de normes prescriptives qui donne un sens à un programme politique en définissant des critères de choix et des modes de désignation des objectifs » (Müller cité par Mbogning, 1999 : 37).Il est dès lors utile d'apprécier l'état d'activité de la politique étrangère de Tokyo.

C- L'ambivalence réactivisme/proactivisme : une discussion théorique omniprésente

Selon Scarlett Cornelissen (2004a : 37), l'ambivalence reactivisme/ proactivisme a imposé à la recherche portant sur la politique étrangère de Tokyo, une orientation stricte qui a consisté à marginaliser l'émergence d'autres démarches théoriques. Elle a plus mis en avant ce que nous nous sommes convenus d'appeler « l'hétéronomie » de la diplomatie nippone (1). Cet état de l'activité de l'action internationale de l'Empire du Soleil-Levant conduit pourtant aujourd'hui à une approche d'analyse plus consensuelle (2).

1- « L'hétéronomie » de la diplomatie nippone

Dans son analyse, Kent Calder (1988) qualifie l'archipel d' « Etat réactif », en raison du fait qu'il ne peut pas prendre d'initiatives dans le cadre de sa politique étrangère même s'il dispose d'assez de pouvoir et de moyens pour le faire. Tokyo changerait de politiques sous la pression de l'extérieur sans se préoccuper systématiquement du maintien de la cohérence dans ses interventions. Calder conclut que toutes les dimensions de la politique étrangère économique nippone, y compris l'APD ont un caractère réactif. A sa suite, Orr (1990) et Pharr (1994) décrivent cette orientation diplomatique de « passive » et « peu novatrice ». Miyashita (1999) estime même que le Japon n'agit de façon véritablement autonome dans le domaine de la politique étrangère que lorsque son intérêt diverge considérablement de celui de Washington. La grande majorité des études réalisées sur la politique étrangère nippone ont porté essentiellement sur le rôle du Gaiatsu (pression extérieure) dans le processus de décision. Le concept de Gaiatsu est fortement ancré dans le psychisme japonais, ce qui explique les changements historiques dans l'orientation vers le monde extérieur (Itoh, 1998). Cependant, les chercheurs ont surtout utilisé ce concept pour examiner les relations du Japon avec les Etats-Unis d'Amérique, et démontrer combien la politique étrangère nippone est dictée par eux (Schoppa, 1997 ; Bouissou, 1992). La description faite par Takashi et Jain (2000) de la « diplomatie Karaoké »18(*) du Japon est révélatrice de ce point de vue. L'un des exemples le plus souvent avancé est celui de l'interruption de l'aide japonaise au lendemain de la répression de la place Tienanmen qui a été une mesure involontaire prise à contre coeur envers Pékin, pourtant un partenaire stratégique vital, sous la pression américaine.

En ce qui concerne le continent noir, Jun Morikawa (1997 : 20) rappelle que lors de la campagne anti communiste en Afrique durant la Guerre Froide, les Américains ont sollicité et obtenu la contribution japonaise pour soutenir les efforts de développement de l'Egypte, le Soudan, la Somalie, le Kenya, la RD CONGO (ex-Zaïre) et le Malawi. Ces pays devaient bénéficier par la suite des allocations de l'Official Development Assistance (ODA). Au même moment, des sanctions économiques étaient imposées à l'Angola et au Mozambique. Les thèses d'une position dominante du Japon dans l'aide internationale de l'après Guerre Froide en réponse aux pressions des Etats-Unis d'Amérique, devenus entre temps pour Josef Joff (2007 : 3) une « hyper puissance », en vue d'un partage de fardeau des problèmes mondiaux (par exemple les deux Guerres du Golfe) ou en tant qu'instrument pour faire avancer ses intérêts propres (Pharr, 1994 ; Rix, 1993) s'inscrivent également dans cette tradition d'analyse. D'après les chercheurs ralliés à cette thèse de l'Etat réactif, les raisons des liens politiques étroits entre le Japon et les Etats-Unis d'Amérique sont à la fois historiques et systémiques. Elles découlent donc d'une relation d'interdépendance biaisée entre les deux (Miyashita, 1999) et de la dépendance de l'Empire du Soleil-Levant de l'influence stabilisatrice de Washington sur l'échiquier international, pour maintenir la sécurité sur ses activités de développement économique et commercial. Ce qui a par ailleurs permis au Japon de «  prospérer en sécurité au coeur d'une zone où les conflits faisaient rage, alors qu'il n'était pas libre de ses armements » (Ntuda Ebode, 2003 : 127).Il n'empêche que l'analyse de l'état d'activité de la diplomatie de Tokyo tend progressivement vers une approche consensuelle.

2- L'état d'activité de la diplomatie de Tokyo : vers une approche d'analyse plus consensuelle

Prenant en contre le précédent postulat, Donald Yasutomo (1995) observe que, la politique étrangère japonaise n'a jamais hésité à affirmer son indépendance. Dès lors, la qualifier de réactive serait inique. Une série de nouvelles études (Green, 2001 ; Hook and al, 2001) usant d'arguments théoriques et empiriques démontrent que l'engagement du Japon avec le reste du monde, soit revêt un caractère commercial et proactif (Potter and Sueo, 2003),  soit révèle son désir de jouer un rôle catalyseur (Drifte, 1998) sur le plan international. Le pays use en réalité de moyens subtils pour se faire distinguer sur la scène mondiale en abdiquant tout d'abord dans le domaine de la défense ; pour adopter ensuite ce que Langdon (1974 : 2) observe comme une « non-politique » qui met sur le même plan des politiques actives et passives .Cette forme consensuelle délibérée de diplomatie lui permet motu proprio d'entretenir des liens traditionnels avec les Etats-Unis d'Amérique, tout en encourageant l'établissement de nouvelles relations avec des partenaires stratégiques importants (Hook and al,  2001).

L'engagement de l'archipel par rapport au continent noir prend ainsi un caractère spécifique. Son rôle en tant que bailleur de fonds bilatéral et multilatéral est révélateur d'un certain comportement sur le plan de la politique étrangère. Pour Scarlett Cornelissen (2004a : 39), « le Japon tend à influencer vis-à-vis de l'Afrique et à avoir un impact sur son développement et sa sécurité ». En se conduisant en moyenne puissance sur le continent africain,  la démarche nippone permet d'avoir un regard neuf sur la dichotomisation réactive/proactive de sa politique extérieure. Elle adhère à l'idée d'un système mondial et au rôle des moyennes puissances dans le maintien de l'ordre mondial au point où selon Robert Cox (1989 : 825), les éléments clés du rôle de la moyenne puissance sont la possibilité de se distancer quelque peu d'une implication directe dans les grands conflits ; un niveau suffisant d'autonomie par rapport aux grandes puissances ; un engagement dans le sens de l'ordre et de la sécurité dans les relations interétatiques et la facilitation du changement dans le système mondial. C'est pourquoi à en croire Marc Aicardi de Saint-Paul (1998 : 150), « grâce à la fin de la Guerre Froide, le Japon a accru son autonomie sur la scène internationale ». Il peut suffire pour cela, de prendre comme sites d'observation les conduites et les acteurs.

SECTION II : LES CONDUITES ET LES ACTEURS COMME SITES D'OBSERVATION D'UNE ATTITUDE SUR LA SCENE INTERNATIONALE

Si les relations du Japon avec le monde ont été déterminées surtout par l'action du monde sur le Japon, ce n'est pas qu'il faille ignorer la dimension intérieure des réponses. La politique étrangère nippone, l'obsession sécuritaire font constamment place à des discussions sur le choix des moyens, qui réapparaissent selon Michel Vie (1998 : 2) « dans les processus de décision sous la forme d'hésitations où se manifestent les clivages internes d'une société fondamentalement pluraliste mais que saisit globalement l'angoisse d'une survie jamais assurée dans l'univers constamment hostile ». Aussi, les conduites et les acteurs comme sites d'observation de l'action internationale de Tokyo peuvent être envisagés non seulement à partir de l'élaboration de la politique étrangère (A), mais aussi à partir du style de ses entrepreneurs (B), ou encore des instruments de son projet de rayonnement diplomatique (C).

A- L'élaboration de la politique étrangère nippone

D'après Marcel Merle (1986), quels que soient les secteurs géographiques d'orientation, les choix en matière de politique étrangère incombent aux autorités politiques qui ont la responsabilité de définir à tout moment et en toutes circonstances la position de leur pays face aux prétentions et aux manoeuvres des autres pays. Les autorités en question sont celles qui sont investies par les règles constitutionnelles en vigueur, du soin d'entretenir des relations avec l'étranger. Selon la constitution japonaise de 1947, l'organe suprême de l'Etat est le parlement. L'article 73 de ce document indique pourtant que la conduite des affaires étrangères et le pouvoir de conclure des traités sont confiés au Cabinet et nécessitent seulement l'approbation de la Diète. En réalité, les pouvoirs dans le domaine de la politique extérieure de l'Empire du Soleil-Levant sont partagés au sein d'une élite tripartite (1). Ce qui a pour conséquence la dispersion des centres décisionnels (2).

1- Le PLD, la bureaucratie et le monde des finances ou les véritables détenteurs du pouvoir décisionnel

Selon le droit constitutionnel interne et le droit international public, les principaux décideurs de la politique étrangère sont les détenteurs du pouvoir exécutif central d'un Etat (Ethier, 2003 : 127). En ce qui concerne précisément l'archipel nippon, la plupart d'auteurs (Mbogning, 1999 : 60 ; Morikawa, 1997 : 91) s'accordent à affirmer que les pouvoirs sont plutôt partagés au sein d'une élite tripartite : le PLD (a) , la bureaucratique (b) et le monde des finances (c).

a) Le Parti Libéral-Démocrate

S'agissant du PLD composé d'une série de factions19(*) en compétition, les personnages les plus importants à côté du Président, auquel incombe toujours la tâche de Premier ministre sont : le secrétaire général, le Président du conseil exécutif et le Président du Policy Affairs Research Council (PARC). Ce conseil groupant des comités permanents et spécifiques, qui correspondent aux ministères, agences et comités parlementaires, permet une sorte de bureaucratie parallèle. En réalité, « les dirigeants du PLD travaillent en coopération étroite avec la bureaucratie gouvernementale » (Steinert, 1987 : 15). Beaucoup de ministres ont d'ailleurs été des fonctionnaires eux mêmes avant d'embrasser la carrière politique. Ainsi, on a pu dire que c'est en fait la bureaucratie qui gouverne le Japon ou que le PLD est une extension du service public (Vogel, 2006; Ogasawara, 2004 ; Aoki, 1996). La ligne de partage entre ces deux groupes était autrefois beaucoup plus marquée qu'aujourd'hui. On continue cependant de faire la distinction, et les parlementaires sont parfois classés en deux catégories : les Tojinha ou politiciens de base et les Kanryoha ou anciens bureaucrates. Ces derniers qui n'apprécient guère cette étiquette, insistent sur le fait qu'ils sont, n'en déplaise, des élus du peuple (Van Wolferen, 1997 : 161). Il existe plus de deux cents associations de parlementaires dont beaucoup entretiennent des relations de soutien mutuel avec des entreprises. Le PLD est, en conséquence, vulnérable aux pressions qu'exercent les milieux d'affaires et, ordinairement, les directeurs généraux du MITI ne sont pas insensibles aux pressions qui émanent du PLD. Sur les questions africaines, quel est le poids de ce parti dans l'élaboration de la politique étrangère ?

Il est à noter que le PLD n'a pas souvent eu à s'impliquer d'une manière décisive, sans doute selon Jun Morikawa (1997 : 93), en raison de l'irrégularité des visites de hautes personnalités japonaises (Premier ministre, ministre des affaires étrangères...) sur le continent et l'inexistence au sein du PARC d'une section spécialement chargée de l'Afrique. Les quelques initiatives à relever viennent donc des parlementaires PLD, bien qu'ils consacrent d'ailleurs davantage leurs temps et leur énergie sur les problèmes de leur circonscription électorale. Ces élus sont généralement des médiateurs lorsque des contrats sont signés entre les entreprises japonaises et les pays récipiendaires des projets ODA. Par le passé, ils ont soutenu l'idée d'augmenter l'aide vers l'Afrique notamment après la mission Kono Fumihito en 1970 et crée la Japan South Africa Parlementarian Friendship League (JSAPFL) en juin 1984, pour sensibiliser l'opinion internationale sur les méfaits de l'apartheid. Au discrédit des membres PLD de la Diète, on peut noter à partir du tableau I, le nombre limité et l'inactivité des ligues parlementaires d'amitié.

Tableau I : Ligues bilatérales parlementaires d'amitié avec les pays de l'Afrique subsaharienne en mars 1990

Ligue

Etablie le

Président en 1990

Japon - Guinée

29 Mai 1974

Abe Shintaro

Japon - Nigeria

16 Mai 1977

Harada Shozo

Japon - Ethiopie

21 Juin 1985

Okuda Keiwa

Japon - Côte d'Ivoire

21 Juin 1985

Okuda Keiwa

Japon - Zambie

27 Février 1986

Hosoda Kichizo

Japon - Kenya

12 Février 1988

Tsuchiya Yoshihiko

Japon - Zimbabwe

16 Octobre 1989

Yamanaka Sadanori

Japon - Tanzanie

12 Décembre 1989

Hata Tsutomo

Source : MOFA.1990. Afurika Binran. Tokyo.

b) La bureaucratie

On peut évaluer à une vingtaine d'administrations gouvernementales qui participent à des degrés divers à l'élaboration et à l'exécution de la politique étrangère japonaise (Aicardi de Saint-Paul, 1998 : 153). Chacune d'elles a des objectifs et des priorités qui lui sont propres. Les intérêts divergents sont parfois source de tension entre le MOFA, le MITI et l'Economic Planification Agency (EPA). Les ministères sont liés entre eux par un échange de fonctionnaires. Ainsi, par exemple, le nombre de fonctionnaires du MOFA au MITI est élevé. Le MITI par contre fournit le plus grand contingent de fonctionnaires parmi les non diplomates dans les postes à l'étranger. Assez proche des milieux d'affaires, ses préoccupations sont logiquement la stimulation des exportations, ainsi que l'obtention de sources de matières premières sures et constantes. Comme l'écrit Chalmers Johnson (1977 : 23), un des meilleurs connaisseurs de cette célèbre institution, le MITI fut le principal artisan du miracle économique japonais. Il dispose d'un réseau d'informateurs et contrôle l'industrie par son pourvoir de refuser des brevets ou autorisations légales aux financiers de l'aide. L'International Finance Bureau (IFB) qui dépend de cette autorité, fut à l'origine avec le MOFA, de l'augmentation spectaculaire de l'APD nippone au milieu des années 1970. L'EPA quant à elle, est une agence gouvernementale ayant pour mission de coordonner et de superviser la coopération japonaise avec les pays du Sud.

C'est donc au MOFA que revient le travail de routine et la préparation des dossiers, ce d'autant plus que «  de tous les lieux de prise de décisions politiques, le ministère des affaires extérieures est celui où le gouvernement est le moins responsable, l'opposition la moins efficace, l'opinion publique la plus ignorante, et la manie du secret la mieux ancrée. Une situation idéale pour les ministres  »  (Sassoon, 1996 : 177). Mais dans l'exemple nippon, « il est difficile d'évaluer son poids exact dans le processus de décision ; il varie de cas en cas et de ministre à ministre » (Steinert,  1987 : 16). Malgré le fait d'une diminution universelle du rôle des diplomates due à la technicité croissante des problèmes (Cohen, 2002 ; Kessler, 1999) et de la politique des rencontres au sommet, le simple fait de collecter et de présenter les données, la qualité de ses fonctionnaires, assurent au Gaimusho une place de choix, celle de coordinateur, et de ce fait son action est parfois difficile à cerner (Reischauer, 2001; Eto, 1976 ; Hellmann, 1969). Selon la nature de la décision à prendre, les responsabilités sont partagées entre le MOFA, le pouvoir politique et d'autres ministères, notamment s'il s'agit de problèmes économiques, financiers ou de sécurité. « La possibilité pour les décideurs de choisir l'option qui offre le meilleur rapport coûts /bénéfices dépendant de la qualité, de la fiabilité des informations dont ils disposent sur les enjeux, les causes et les conséquences prévisibles des différentes options disponibles » (Ethier, 2003 : 132). Et comment est organisé le MOFA ?

Comme la plupart des ministères des affaires étrangères, le Gaimusho (voir tableau II) a des bureaux géographiques (affaires asiatiques, américaines, européennes et océaniques, Moyen-Orient et Afrique) et des bureaux fonctionnels (affaires économiques, coopération économique, traités, Nations Unies, information publique et affaires culturelles) .  Les affaires bilatérales sont traitées par les bureaux géographiques et les affaires multilatérales par les bureaux sectoriels. De plus, il existe trois départements : celui de la recherche et de l'analyse ; celui des affaires consulaires et de l'émigration ; et celui des affaires culturelles dans le bureau précité de l'information publique et des affaires culturelles. C'est à l'intérieur du département de la recherche et de l'analyse que sont élaborés des plans à court, moyen et long terme et qu'on entretient des relations étroites avec des organismes analogues d'autres pays, notamment avec les Etats-Unis d'Amérique, mais aussi avec certains PED. C'est aussi le lieu où l'on prépare les « livres bleus » publiés par le MOFA, les déclarations officielles mais aussi les informations internes. Le département de la recherche et de l'analyse a d'ailleurs trois tâches précises : « informer l'opinion publique, assumer le rôle de porte parole du ministère et de gérer les relations avec les missions diplomatiques japonaises à l'étranger » (Steinert, 1987 : 17).

La politique africaine de Tokyo est essentiellement élaborée par le bureau des affaires du Moyen-Orient et de l'Afrique (Aicardi de Saint-Paul, 1998 : 153 ; Morikawa, 1997 : 99) qui rend compte des préoccupations d'ordre diplomatique, politique, humanitaire, d'environnement et de sécurité. En concertation avec le MOFA, le MITI et l'EPA, il formule

Tableau II:Organigramme du ministère des affaires étrangères du Japon

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

Secretariat du ministre

Département pour l'information publique et les affaires culturelles

Département pour les affaires culturelles

Département pour les affaires consulaires et les migrations

Bureau des affaires Nord américaines

Bureau des affaires asiatiques

Bureau des affaires de l'Amérique latine et des Caraïbes

Bureau des affaires économiques

Bureau des affaires de l'Europe et de l'Océanie

Bureau des affaires du Moyen-Orient et de l'Afrique

Bureau de la coopération économique

Bureau des traités

Bureau des analyses, d'informations, de la recherche et du planning

Bureau des Nations Unies

Institut de formation

des services extérieurs

Ambassades, consuls, missions permanentes

Source : MOFA. 1992. Organisation du gouvernement du Japon. Tokyo

ipso facto la politique relative aux prêts en yens et est chargé de l'attribution des dons et de la coopération technique par l'intermédiaire de la Japanese International Cooperation Agency (JICA). Ce bureau comprend quatre divisions connues sous les dénominations « First Africa, Second Africa, First Middle East, et Second Middle East ». Les « livres bleus » nous renseignent que la « First Africa Division » regroupe 30 Etats.20(*) La « Second Africa Division » couvre 17 Etats.21(*) La « First Middle East Division » inclut les Etats africains suivants : Algérie, Egypte, Soudan, Tunisie, Maroc et Libye. D'après Jun Morikawa (1997 : 99), les divisions consacrées à l'Afrique qui disposent par ailleurs d'un personnel assez réduit de 26 fonctionnaires au siège et 138 en Afrique travaillent en synergie pour une diplomatie nippone systématique et unique vers le continent de Nelson Mandela.

c) Le monde des finances

Reste à considérer un dernier groupe de participants à ce jeu du pouvoir : le monde des finances, cible préférée des théoriciens qui envisagent la politique japonaise sous l'angle de la conspiration. Karel Van Wolferen (1997 : 45) écrit qu'il s'agirait «  d'un vaste ensemble composé de fonctionnaires placés dans les milieux d'affaires et en particulier, de ceux qui s'expriment à travers les puissantes fédérations industrielles ». Grands capitaines d'industrie, ils jouent un rôle déterminant sur les prises de position. Selon cette interprétation, le PLD et les hauts fonctionnaires ne sont que les portes parole du monde des finances. De multiples liens existent entre le PLD et les milieux d'affaires, qui le financent d'ailleurs largement. Par la nomination des ministres, le parti au pouvoir coiffe l'administration et celle-ci de son côté coopère étroitement avec le PLD, estimant la politique trop importante pour la laisser aux seuls politiciens (Steinert, 1987 : 17). C'est par ce processus d'interpénétration de dialogue constant, (Nemawashi), qu'il s'est formé un large consensus entre milieux économiques et administration, notamment avec celle du MITI (Johnson, 1977 : 23) qui a valu au pays le sobriquet de « Japan incorporated ». Que dire justement de ces fédérations industrielles ?

Elles jouissent, en l'occurrence le Keidanren, d'un extraordinaire pouvoir. Ce dernier est une fédération qui rassemble des groupes industriels de première importance ainsi que des entreprises commerciales, des négociants en gros, des banques, des compagnies d'assurance et des sociétés financières. Deuxième par son importance, le Nikkeiren (Fédération Japonaise des Associations Patronales) a été chargé d'aider à contrôler les mouvements sociaux et l'augmentation des salaires. Le Kenzai Doyukai (Comité pour le Développement Economique) offre une tribune qui permet à l'élite du monde des affaires de formuler les bases théoriques de la politique industrielle. Mais comme partout dans le monde industrialisé, ces milieux économiques remarque Sadako Ogata (1977 : 175), ne forment pas un bloc homogène et leurs intérêts divergent souvent. A la base existent les entreprises individuelles, les Kigyo. Ensuite, on trouve les associations d'entreprises entre firmes de la même branche, les Gyokai et finalement on désigne par le même terme assez vague de Zaikai aussi bien les dirigeants des grandes organisations fédérales mentionnées ci-dessus. Pour Marlis Steinert (1987 : 18), selon la situation et les intérêts impliqués, soit des firmes individuelles, soit des branches industrielles différentes, les représentants des organisations patronales peuvent jouer un rôle dans le processus décisionnel, tout en étant souvent divisés entre eux. Le Zaikai s'est donné deux fonctions principales, écrit Jun Morikawa (1997 : 103). La première est celle de créer un environnement politique et économique favorable pour la prospérité des affaires aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du Japon. La seconde est de coopérer et de participer activement dans l'élaboration de la politique étrangère22(*).

On voit ici que les trois corps constitués à savoir le PLD, la bureaucratie et le monde des affaires, décrits supra, peuvent jouir par moment de pouvoirs surprenants qui alternent parfois avec une faiblesse inattendue. Jamais une élégante équation ne rendra compte avec précision de leurs relations mutuelles quant à la répartition du pouvoir. Par le fait essentiel qu'aucun d'eux ne peut être envisagé comme le sommet de la pyramide de l'élaboration de la politique étrangère du Japon, il est souvent souligné la dispersion des centres décisionnels.

2- La dispersion des centres décisionnels

Plus le pouvoir central est fort et son autorité étendue, plus la connexion entre une augmentation de la puissance et une augmentation des ambitions de politique étrangère sera rapide. Cette assertion de Fareed Zacharia (cité par Guzzini et Rynning, 2002 : 54) ne se vérifie pourtant pas à l'expérience japonaise. Ici, les bureaucrates mijotent leur cuisine économique en procédant régulièrement à des ajustements pour faciliter une plus grande expansion. Les politiciens et les autres les laissent faire. Les parlementaires largement choisis pour leurs talents de pêcheurs de voix, passent le plus clair de leur temps à préparer leur réélection. Dans la mesure où cette opération est enclenchée en grande partie par la capacité à répandre la « manne » étatique, ils sont perpétuellement endettés auprès des bureaucrates, gardiens du budget. Les industriels continuent d'accroître leurs parts sur les marchés étrangers et obtiennent de nouveaux marchés avec l'aide des fonctionnaires. Ultimo, personne n'est plus le patron mais chacun est en mesure de faire pression sur quelqu'un, ce qui permet à la machine de tourner sans heurts. Karel Van Wolferen (1997 : 53) utilise la formule de « pyramide tronquée ». La classe dirigeante japonaise formant un véritable establishment aux relations étroites entre élites politiques, économiques et administratives conduit à une dispersion des centres d'autorité et des noyaux décisionnels (Miyamoto, 1996 : 85). La nécessité de «coordination » et de «  modulation »-deux expressions chères à Shinkichi Eto (1976 : 257)- déduit une lenteur du processus de décision.

Les élites politiques, économiques et administratives du Japon sont pourtant extrêmement sensibles à l'opinion dans leur pays par la voie de la presse. Les énormes organes quotidiens se plagient les uns des autres, si bien qu'ils en viennent à proposer un point de vue à peu près uniforme sur les questions du jour. Parlant presque d'une seule voix, ils ont généralement une grande influence sur le sentiment populaire, qu'il s'agisse de questions internes ou de relations internationales. Philippe Pons évoque «une société de communications »23(*). Les hommes politiques, les fonctionnaires, les dirigeants économiques consultent souvent leurs amis journalistes pour savoir quelle sera la réaction publique à un problème donné. Le MOFA informe hebdomadairement deux fois la presse japonaise, une fois les journalistes étrangers. Dans la formulation des déclarations officielles, il est tenu compte des différents courants d'opinion, mais aussi de l'opinion «  mondiale », telle qu'elle est rapportée par les missions diplomatiques. Dans le cas de questions délicates qui risquent de provoquer des réactions émotionnelles, des efforts particuliers sont entrepris dans le domaine de l'information du public (Steinert, 1987 : 19). Le gouvernement dispose lui-même de ses services de sondages, et les « White Papers » en publient de larges extraits.

Au total, « le pouvoir est diffusé dans un ensemble de corps constitués sémi-indépendants et semi- interdépendants qui ne sont pas plus électoralement responsables qu'ils ne sont soumis les uns aux autres. Si tous participent à certains aspects de la politique étrangère, aucun d'entre eux ne mandate les autres » (Van Wolferen, 1997 : 54). Une telle situation met en avant le style même de l'entrepreneur diplomatique japonais.

B- Le style de l'entrepreneur diplomatique japonais : un mélange de détermination, de flexibilité et de pragmatisme

Les réalistes comme Thomas Christensen (1996) formulent l'hypothèse générale selon laquelle les Etats sont en quête d'influence. Ils examinent à cet effet, la façon dont les décideurs répondent aux configurations de puissance et mobilisent dans cette perspective les ressources et les soutiens nécessaires sur le front domestique. Le style de l'entrepreneur diplomatique japonais s'observe plus facilement dans les négociations à deux que dans les conférences multinationales (Eismein, 1988 : 251). Les hommes ont leur tempérament propre mais ils sont tenus par les instructions des gouvernants pour la négociation (Berton, Kimura and Zartman, 1999) par les positions de départ, par les tactiques auxquelles on les invite à se ranger. De tout cela peut venir un style incarné par les héritiers spirituels des Samouraïs (1). Face au processus décisionnel, leur conduite navigue entre pragmatisme rusé et immobilisme irresponsable (2).

1- Les héritiers spirituels des samouraïs ou les bureaucrates moulés à Todai

D' où viennent les bureaucrates du MOFA ? Il est important de remarquer que 78% sont issus de l'université impériale de Todai. Les premiers ministres de l'après guerre dont l'influence a été sensible ont fait leurs classes dans celle-ci ; avec les deux exceptions notoires de Tanaka Kakuei et Takeshito Roboru. Dans la majorité des Cabinets, les portefeuilles les plus importants dont celui des affaires étrangères sont détenus par des anciens de Todai. Plus d'un quart de députés et plus d'un tiers de sénateurs viennent de la célèbre faculté de droit. D'après Steven K. Vogel (2006), des 1454 entreprises les plus importantes, 401 Présidents sont diplômés de Todai auxquels s'ajoutent encore 140 diplômés de Kyoto et 72 de Hitotsubashi, deux universités de réputation à peu près équivalente. « Si Todai est le sommet incontesté de l'enseignement japonais, ce n'est pas en vertu de ses qualités universitaires mais parce que, par tradition, ses diplômés accèdent aux échelons administratifs les plus élevés, d'où il découle qu'ils sont immédiatement branchés sur le réseau en place des anciens élèves » (Van Wolferen, 1997 : 127).

Le monde des anciens de la faculté de droit de cette université est extrêmement exclusif. Même s'ils sont issus de « parcours d'élite » parallèles, ceux qui lui sont étrangers ne se sentent jamais intégrés aux ministères qu'ils servent24(*). Le ciment commun de la classe dirigeante japonaise est moins l'appartenance à une grande famille, bien que cela puisse encore jouer un rôle, qu'une éducation commune à la faculté de droit et d'économie de Tokyo. C'est particulièrement le cas pour les fonctionnaires du MOFA qui sont animés par un tel sens du devoir et de la discipline qu'on a pu les appeler les héritiers spirituels des Samouraïs. Il s'agit ainsi au sens où l'entend Jean Eismein (1988 : 235) d'une « diplomatie aristocratique ». De l'étude culturelle et psychologique, bases de cette diplomatie japonaise, se dégagent deux aspects majeurs : la coopération harmonieuse et l'éthique guerrière (Bushido).

De l'application de ces deux normes, dans l'évolution du contexte intérieur au processus décisionnel extrêmement compliqué, se situe la formation d'un consensus entre les nombreux acteurs impliqués qui dégage à son tour quelques principes d'action pour la négociation à la japonaise : vaincre la méfiance et la résistance des diplomates opposés ; garder strictement secret le contenu des négociations ; s'adapter toujours à la situation ; délibérer soigneusement et scrupuleusement. Dans ce sens, il suffit aux négociateurs japonais de bien exposer leurs causes pour que l'autre partie saisisse les biens fondés de l'intérêt nippon (Blaker, 1977b : 55). D'où un optimisme au départ qui succède à la résignation si le but visé n'est pas atteint. Il est à noter que les négociateurs nippons abordent leurs tâches avec des instructions courtes, à partir de positions organisées pour la défensive. Instructions courtes en ce sens que la liste des concessions qu'elles donnent le droit de faire, est en général très réduite. Les négociateurs ne devraient faire de consensus qu'après les premières concessions de leurs vis-à-vis (Esmein, 1988 : 231).

La politique étrangère du Japon s'appuie donc sur la détermination, la flexibilité et le pragmatisme. Fidèles à la coopération harmonieuse, les diplomates de l'archipel moulés pour la plupart à Todai, utilisent la négociation dans les relations internationales. Ce penchant pour la négociation n'inclut pas forcement une volonté de compromis (Toma and Gorman, 1991). Bien au contraire, être obligé de faire un compromis est un signe de défaillance. Par conséquent, un compromis n'est possible qu'en contrepartie d'une concession forte faite par les adversaires. Selon la théorie des choix rationnels, dérivée de l'approche réaliste de Hans Morgenthau (1948), ce ne sont pas les perceptions et la personnalité des leaders politiques qui orientent leur choix de politique étrangère, mais leur raison. Cela signifie qu'ils cherchent en tout temps à parvenir à une solution optimale, à choisir parmi les options qui s'offre à eux, celle qui impliquera des coûts minima et des bénéfices maxima au regard de l'intérêt national. Eu égard à ce qui précède, les diplomates nippons semblent à leur tour dans le processus décisionnel, partagés entre pragmatisme rusé et immobilisme irresponsable.

2- Les diplomates et le processus décisionnel : entre pragmatisme rusé et immobilisme irresponsable

La procédure normale de travail est organisée selon le système de Ringisho, c'est-à-dire que les propositions élaborées à la base remontent tous les échelons jusqu'au sommet. C'est là que la décision, mûrie lentement, s'épanouit. Pour Thierry de Beauce (1979 : 29), « la décision n'apparaît que lorsque ses raisons sont devenues évidentes, sans qu'on ne sache jamais où elle a germé ». De ce fait, il est difficile de parler de « décideurs » au Japon, dans le sens occidental du terme. Tout ce que l'on peut noter, c'est que le ministre des affaires étrangères mène les opérations d'un commun accord avec les directeurs généraux des bureaux ou des divisions, avec leurs remplaçants et leurs assistants. Les ambassadeurs et les conseillers ne participent pas directement à la prise de décision. Seules les informations fournies par eux jouent un rôle fondamental. Dans un tel processus, des lenteurs et des délais semblent inévitables, d'autant plus qu'il ne s'agit pas seulement d'un « consensus hiérarchique ascensionnel » (Steinert, 1987 : 17), mais d'un consensus parmi des éléments différents : parti au pouvoir, bureaucratie et milieux d'affaires, qui sont en quelque sorte « liés en série » (Eto, 1976 : 17). Pour Henry Kissinger (1979 : 324), le système décisionnel japonais extrêmement lent et compliqué, basé sur un large consensus, peut s'avérer très efficace dans l'exécution des décisions, contrairement aux Etats-Unis d'Amérique où les décisions sont parfois prises très rapidement tandis que leur mise en application est retardée, voir même impossible.

La nature particulière du processus de décision au Japon pose, à en croire Micheal Blaker (1977a : 55), des problèmes ardus aux diplomates et négociateurs nippons.  Elle leur demande à la fois une grande ténacité et une flexibilité toute particulière, qui ne sont pas perçues de l'extérieur à leur juste valeur. Comme l'écrit Robert Jervis (1978), l'environnement dans lequel la prise de décision en politique étrangère a lieu, serait composé de « fines particules » de la puissance (fine grain of power) qui comportent quatre dimensions dominées essentiellement par le dilemme de sécurité. Lorsque les conversations sont bloquées au cours des négociations par exemple, la difficulté d'obtenir l'autorisation de faire de nouvelles concessions a conduit fréquemment les diplomates japonais à la tactique du renvoi, si bien qu'on y a vu une méthode familière. En tout cas, elle est en général bien comprise par les commettants ; mais elle est à bien des égards, anesthésiante (Eismein, 1988 : 232). Il arrive dès lors que les entrepreneurs diplomatiques nippons se prévalent ou essaient de mobiliser l'opinion publique japonaise pour renforcer leur position. Mais « comme partout, celle-ci ne joue que rarement un rôle décisif dans une décision de politique étrangère, tout au plus a-t-elle pu la rendre plus difficile ou la retarder » (Steinert, 1987 : 19). De toute manière pour pérenniser son projet de rayonnement diplomatique, le Japon a mis à contribution un certain nombre d'instruments.

C- Les instruments du projet de rayonnement diplomatique nippon

Stefano Guzzini et Sten Rynning (2002) avancent que l'étendue du changement de politique étrangère dépend de l'intensité du changement de la configuration de puissance à l'échelle internationale, mais aussi que l'orientation de ce changement de politique étrangère dépend du processus interne. Aussi, l'amélioration de l'image du Japon dans le monde passe par l'internationalisation (Kouakam Mbenjo, 2005: 20). Afin de promouvoir son rayonnement diplomatique, un grand nombre d'instruments virent le jour provoquant la prédominance des agences gouvernementales d'une part (1) et l'émergence des acteurs non gouvernementaux d'autre part (2).

1- La prédominance des agences gouvernementales

Il s'agit principalement de la Japanese International Cooperation Agency (a), de la Japan Oversea Cooperation Volunteers (b) et de la Japan Bank for International Cooperation (c).

a) La Japanese International Cooperation Agency (JICA)

Elle est héritière de l'Oversea Technical Cooperation Agency (OTCA) fondée le 30 juin 1962. En 1971, l'évolution du contexte international conduisit le Council for Economic Cooperation to Foreign Countries (CECFC) à suggérer l'association de prêts bonifiés et de dons aux autres activités de l'OTCA. « C'est dans cet esprit que fut réorganisé l'agence nippone de développement qui prit le nom de JICA le 01 août 1974. Celle-ci resultait de la fusion de l'OTCA avec le Japan Emigration Service » (Aicardi de Saint-Paul, 1998 : 154). Placée sous la tutelle du MOFA, la JICA est chargée de la coopération technique, de l'envoi de volontaires, de l'étude et de l'exécution de l'investissement et du financement pour le développement, de l'émigration avec assistance aux victimes de désastres (Elenga-Ngaporo, 2004 :135). Pour réaliser ces objectifs, la JICA dispose d'une cinquantaine de bureaux régionaux avec une quinzaine en Afrique. En 1994, ses effectifs s'élevaient à 1100 personnes avec 297 exerçant à l'étranger (Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 :39). La coopération technique a pour but d'assurer le transfert et la diffusion des technologies, des compétences et du savoir faire japonais afin de faciliter la mise au point des technologies adaptées aux PED. En 1996, cette coopération a globalement représenté un total de 20.3 milliards de yens pour l'Afrique recouvrant des activités comme celle de la formation des stagiaires, qui s'effectue autant au Japon qu'à l'étranger. Le nombre des Africains s'élevait à 1363 (JICA, 1998). Les Nippons ont envoyé au cours de la même année 836 experts en Afrique. Le collège d'agriculture et de technologies Jomo Kenyatta est l'exemple type souvent cité par les autorités japonaises.

b) La Japan Overseas Cooperation Volunteers (JOVC)

C'est une organisation née en 1965 et calquée sur le modèle du Peace Corps américain. Jun Morikawa (1997 : 219) nous rappelle que ses concepteurs ont pour nom Kaifu Toshiki et Noboru Takeshita, deux anciens premiers ministres japonais, alors à l'époque leaders de la section jeune du PLD. Ils pensaient fournir un idéal nouveau aux jeunes de leur parti en particulier et des Nippons en général qui tireraient un sentiment de fierté né de la collaboration avec les pays pauvres. A ses débuts le programme était modeste et globalement limité à l'Asie (Miyashita and Sato, 2001 ; Soderberg, 1996). Puis il s'est développé considérablement, puisqu'en 1996, 1048 volontaires -âgés de 20 à 39 ans- étaient envoyés dans 61 pays ; parmi eux 28 % coopéraient en Afrique. Sur place, les volontaires travaillent en symbiose avec la population locale dans des domaines divers : vulgarisation de technologies agricoles,  formation professionnelle et génie civil ou recherche. Le pays qui reçoit le plus grand nombre de volontaires japonais en Afrique est le Malawi. Entre 1971 et 1992, il en a accueilli 870 avec un record symbolique de 84 pour la seule année de 1980 (voir tableau III).

Le gouvernement de Tokyo n'a pas donné une explication officielle à cette présence remarquée. Selon Jun Morikawa (1997 : 221), Lilongwe a été l'une des rares capitales du continent noir à avoir entretenu de très bonnes relations avec Pretoria durant l'apartheid. Il était indispensable pour les Japonais de contribuer à la stabilité du régime Banda qui a établi des relations diplomatiques avec l'Afrique du Sud depuis 1967.

Tableau III : Volontaires Japonais du JOVC en Afrique Subsaharienne entre 1965 et 1992

 

Botswana

Burundi

Ethiopie

Ghana

Côte d'ivoire

Kenya

Liberia

Malawi

Niger

Rwanda

Sénégal

Tanzanie

Zambie

Zimbabwe

1965

 
 
 
 
 

3

 
 
 
 
 
 
 
 

1966

 
 
 
 
 

11

 
 
 
 
 
 
 
 

1967

 
 
 
 
 

16

 
 
 
 
 
 
 
 

1968

 
 
 
 
 

14

 
 
 
 
 

30

 
 

1969

 
 
 
 
 

8

 
 
 
 
 
 
 
 

1970

 
 
 
 
 

27

 
 
 
 
 

35

 
 

1971

 
 
 
 
 

13

 

22

 
 
 

53

6

 

1972

 
 

38

 
 

28

 

15

 
 
 

19

6

 

1973

 
 

8

 
 

10

 

7

 
 
 

32

3

 

1974

 
 

17

 
 

15

 

19

 
 
 

20

12

 

1975

 
 
 
 
 

31

 

22

 
 
 

17

10

 

1976

 
 

12

 
 

22

 

34

 
 
 

19

9

 

1977

 
 

4

12

 

20

 

26

 
 
 

20

15

 

1978

 
 
 

18

 

39

 

45

 
 
 

13

12

 

1979

 
 

6

20

 

44

7

53

 
 
 

7

23

 

1980

 
 

5

19

 

61

 

84

 
 

3

16

20

 

1981

 
 

2

27

 

41

7

48

 
 

8

17

20

 

1982

 
 

7

30

 

42

13

49

 
 

17

19

7

 

1983

 
 

8

27

 

45

9

52

1

 

12

27

23

 

1984

 
 

16

31

 

44

14

49

11

 

13

18

42

 

1985

 
 

20

32

 

67

32

63

4

 

17

31

33

 

1986

 
 

14

42

 

46

23

44

12

5

21

26

50

 

1987

 
 

21

39

 

35

21

40

15

6

25

48

46

 

1988

 
 

12

37

 

40

29

51

12

23

25

32

41

 

1989

 
 

17

40

 

27

15

40

14

5

23

34

40

8

1990

 
 

8

34

 

17

 

26

17

3

21

30

35

9

1991

 
 

1

36

6

23

 

40

15

2

32

36

27

21

1992

5

6

10

37

3

31

 

41

18

8

16

32

32

25

Total

5

6

226

481

9

820

170

870

119

52

233

688

556

63

Source: JICA. 1994. Japan Overseas Cooperation Volunteers .Tokyo.

c) La Japan Bank for International Cooperation (JBIC)

Dénommée jusqu'au 1 er octobre 1999, Fonds de Coopération économique d'Outre-mer, la JBIC est l'organisme japonais de coopération qui octroie des prêts bilatéraux de longs termes avec des taux d'intérêts réduits, ordinairement appelés « prêts APD » (Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 : 13). En accord avec le MOFA, le MOF, le MITI et l'EPA, la JBIC relaye le gouvernement japonais dans la poursuite des négociations, et affine l'étude de faisabilité des projets et prêts. Les premiers sont accordés aux gouvernements étrangers. En 1996, ils s'élevaient pour l'Afrique à 79.904 milliards de yens, ce qui ne représentait que 6.3 % du total. Le montant cumulé des engagements de 119 prêts destinés à ce que Marc Aicardi de Saint-Paul (1998 : 156) appelle le « continent lointain », s'élevait à 661 milliards de yens au 31 mars 1996. Les principaux bénéficiaires au Sud du Sahara depuis l'origine du programme étaient le Kenya (152.4 milliards de yens), le Ghana (99.1) et le Nigeria (55.1).

Outre les activités de la JICA et de la JBIC dont la fusion est par ailleurs annoncée dans le cadre de la réforme de l'APD nippone (Cameroon Tribune n° 8595/4794, 10 mai 2006), d'autres agences interviennent dans la coopération avec les pays africains : la Japan Foundation chargée à travers l'octroi de bourses, de « développer la compréhension entre nations et de promouvoir l'amitié à l'échelle internationale » (JICA, 1997) ; la Japan External Trade Organisation (JETRO) ; l'Association for Overseas Technical Scholarship (AOTS) pour la formation des employés de sociétés privées étrangères  et la Japan Overseas Development Corporation (JODC) destinée à encourager le développement industriel. A côté de ces agences, il est à observer l'émergence des acteurs non gouvernementaux.

2- L'émergence des acteurs non gouvernementaux

Marcel Merle (1988) définit une Organisation Non Gouvernementale (ONG) comme tout groupement, association ou mouvement constitué de façon durable par des particuliers appartenant à différents pays en vue d'objectifs non lucratifs. Longtemps très en retard par rapport à leurs homologues des autres pays développés, les ONG nippones commencent à tenter d'influencer un peu plus la politique étrangère de leur pays (Aicardi de Saint-Paul, 1998 : 157). L'existence de la plupart de ces ONG remonte à une trentaine d'années. Depuis 1991, le gouvernement japonais a bien saisi tout le profit qu'il pouvait tirer de ces « bonnes volontés » pour améliorer l'image de marque du pays à l'étranger. Il a donc favorisé le développement de ces organisations par différents avantages fiscaux. L'International Volunteer Savings Scheme, lancée à l'initiative du ministère des postes et télécommunications en 1991, permit aux souscripteurs des caisses d'épargne d'abandonner une partie de leurs intérêts à un fonds d'assistance aux réfugiés et aux victimes des catastrophes (Rix, 1993 : 23). C'est ainsi que 24 millions de dollars US ont été récoltés en 1993. Au cours de la même année, l'Agence Nippone de l'Environnement (ANE), nouvellement créée par l'Etat, a financé 104 projets pour un montant global de 4 millions de dollars US.

L'ONG nippone la plus connue est sans doute la Sasakawa Foundation créee en 1980. Son Président Sasakawa Ryoichi25(*), aux idées ultraconservatrices, fonda en 1984 la Sasakawa Africa Association (SAA) à la suite de la famine qui ravageait une vingtaine de pays africains (Morikawa, 1997 : 224). Il associa le Dr Norman Borlaug, prix Nobel de la paix pour ses travaux sur la révolution verte et l'ancien Président américain Jimmy Carter, ainsi que son organisation « Global 2000 ». Parmi les pays africains bénéficiaires de la « manne » de la SAA, figurent essentiellement pour les projets agricoles, le Ghana, la Tanzanie, le Bénin, le Togo et le Nigeria. A la mort de son fondateur en juillet 1995, la SAA a été rebaptisée la Nippon Foundation.

Une autre ONG, l'Africa-Japan Forum (AJF), issue de la fusion du Japan Volunteer Center (JVC) et d'autres organisations du même type naquit en mars 1994, dans le grand élan qui suivit la TICAD I. Jusqu'aux élections multiraciales Sud africaines du 27 avril 1994, la plupart des ONG nippones avait appelé à isoler l'Afrique du Sud. Elles embarrassèrent les autorités de leur pays dont les intérêts économiques et géostratégiques s'accommodaient plutôt bien du statu quo ante. Les ONG japonaises multiplient aujourd'hui les activités en faveur des populations pénalisées pendant l'apartheid. Mais d'une manière générale, « le Japon recourt peu aux ONG, les entreprises constituant sont principal relais » (Gabas et Mainguy, 1998 : 53). L'appui au secteur des infrastructures économiques dans les domaines de l'énergie et des transports se justifie par une logique de promotion des investissements privés. En Afrique cependant, il est à remarquer dans le cadre des projets japonais depuis quelques années, un soutien croissant d'ONG sans d'ailleurs forcement s'assurer de leurs compétences pour remplir les rôles qu'on leur assigne. La bonne réputation de certaines autorisant toutes les autres à bénéficier du même a priori favorable. Mais cette ouverture à la société civile considérée sous l'angle des ONG est un phénomène marquant qui ne semble pas avoir d'équivalent en Asie (Drifte, 1998 ; Katsumata, 1997 ; Kawabata, 1994), tout comme d'ailleurs l'usage de l'APD dans sa politique étrangère qui a pour objectif d'accroître l'influence et l'autonomie nippones sur l'échiquier international.

SECTION III : L'APD DANS LA POLITIQUE ETRANGERE :
UN «  CHEVAL DE TROIE »26(*) DESTINE A ACCROITRE L'INFLUENCE ET L'AUTONOMIE NIPPONES SUR L'ECHIQUIER INTERNATIONAL

Depuis la Seconde Guerre Mondiale, l'évolution de l'APD peut se caractériser d'après Jean-Jacques Gabas et Claire Mainguy (1998 : 36) en six points : une croissance rapide de son volume autour de 57 milliards de dollars ; les Etats-Unis d'Amérique occupent la place de leader mondial souvent relayés par le Japon ; une place importante pour l'UE ; un profond bouleversement dans le choix des bénéficiaires ; une place dans le volume total des flux financiers qui ne cesse de croître depuis le début des années 1980 pour atteindre 17% en 1996 ; enfin une évolution marquée dans les « philosophies » sous-jacentes aux programmes d'aide. Au-delà de ce constat peu ou prou apodictique, il est important de relever que l'APD est aussi un répertoire récent d'actions fonctionnant comme une problématique (A). Elle s'intègre par conséquent dans la politique étrangère. Du dispositif japonais à examiner, il ressort ce que nous observons comme une « hétérodoxie » de sa philosophie (B).

A- L'APD : un répertoire récent d'actions pour définir un champ d'intervention diplomatique

Appréhender l'APD dans cette perspective nécessite de la décrire comme une pratique du club des pays riches représentés par l'OCDE (1) qui laisse entrevoir des mobilisations réticulaires (2).

1- L'APD : une pratique nouvelle des pays riches représentés par l'OCDE

L'APD est un répertoire d'actions datant de la Seconde Guerre Mondiale. C'est une aide qui émane du secteur public, dans le but principalement de faciliter le développement économique et d'améliorer les conditions sociales. Elle est présentée par Nabyla Daidj (1998 : 34) comme indispensable à la création de la croissance économique en Afrique. Pour les pays riches représentés par l'OCDE et pour la Banque Mondiale (2007), les objectifs officiels de l'APD en ce début de siècle peuvent se résumer en : la réduction de la pauvreté matérielle, principalement par la croissance économique mais aussi au moyen d'infrastructures publiques et de services sociaux de base ; la promotion de la bonne gouvernance par des institutions assez efficaces, honnêtes et responsables démocratiquement élus pour gérer l'économie et l'ordre judiciaire, mais aussi au moyen de la promotion des droits civils et politiques ; au renversement des tendances négatives en environnement. L'APD provient essentiellement des pays industrialisés en direction des PED. Selon Maurice Flory (cité par Mouelle Kombi, 1996 : 85), « ces relations entre Etats souverains sont en raison de l'inégalité de développement, qui est précisément la raison d'être de leur coopération. L'inégalité de développement, contrepoint capital de la théorie de l'égalité souveraine, place donc l'autre des partenaires dans la position de fournisseur et l'autre dans celle de demandeur ». L'objectif visé par les Nations Unies depuis de nombreuses années et affiché par les pays riches d'affecter 0.7% de leur PNB à l'APD, semble de plus en plus éloigné de la réalité. Quatre pays seulement ont atteint cet objectif27(*). L'aide japonaise a rejoint celle des pays européens au milieu des années 1980, mais la part des Etats-Unis d'Amérique représentait encore 32% de l'APD fournie par les pays de l'OCDE (Ensign, 1992 : 14). Il faut attendre 1991 pour que l'aide japonaise dépasse celle des Etats-Unis. En 1993, Washington fournissait 9721 millions de dollars d'APD et Tokyo 11 259 millions, ce qui représentait respectivement 17.7% et 20.6% de l'APD des pays de l'OCDE (Gabas et Mainguy, 1998 : 37). Cette APD laisse généralement entrevoir des mobilisations réticulaires.

2- Les mobilisations réticulaires des types d'APD

En supposant une articulation spécifique dans sa démarche, l'APD intègre d'une part, l'ensemble des dons et des prêts aux pays et territoires bénéficiaires de l'aide répertoriée par le Comité d'Aide au Développement (CAD) de l'OCDE, et d'autre part, la coopération technique. Les dons incluent l'aide générale ainsi que l'aide d'urgence, de la culture et de l'alimentaire. L'assistance porte sur les domaines variés tels que l'amélioration des conditions de logement, de l'environnement, les télécommunications, le transport, les soins médicaux. Dans le domaine culturel, elle est orientée en priorité vers les équipements éducatifs et les programmes télévisuels (Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 : 37). Les prêts bilatéraux accordés pour les longs termes et à taux d'intérêts très faibles sont une autre forme d'aide. Marc Aicardi de Saint-Paul (1998 : 152) écrit dans le cas précis de l'APD nippone, que l'aide bilatérale représente 87% en 1996. La part des dons accordés par le Japon à l'Afrique, était quant à elle de 660 millions de dollars soit 27.5% du total. Il convient de souligner à partir du tableau IV ut infra, que depuis les années 1990, les principaux bailleurs de fonds bilatéraux de l'Afrique subsaharienne sont la France, l'Allemagne, le Japon, les Etats-Unis et les Pays-Bas.

Tableau IV: APD bilatérale des principaux donateurs du CAD en faveur de l'Afrique subsaharienne (versements nets en millions de dollars US aux taux de change de 1996)

PAYS

1981-1982

1986-1987

1995

1996

1997

France

2259

2664

2665

2429

2450

Allemagne

1512

1461

1221

1221

1057

Japon

645

814

1164

1084

877

Etats-Unis

1063

1129

1074

635

782

Pays-Bas

598

738

670

684

644

Royaume-Uni

609

527

613

630

585

Suède

480

593

417

465

441

Danemark

245

360

360

453

432

Norvège

230

418

388

395

414

Italie

274

1586

398

322

300

Source : OCDE-CAD rapport 1998.

L'APD multilatérale est à présent une aide qui transite par l'intermédiaire d'organisations internationales. Celles-ci peuvent être classées d'après Nabyla Daidj (1998 : 22) en trois grandes catégories : les organismes des Nations Unies tels que le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), le Programme Alimentaire Mondial (PAM), le PNUD, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) ; les institutions Financières Internationales (IFI), telles que l'Association internationale de développement (IDA), les guichets concessionnels des banques régionales telles que la BAD ; la Commission des Communautés Européennes (CCE). Depuis 1994, l'IDA28(*) est le premier contributeur multilatéral en Afrique. La CCE est le second en consacrant par exemple en 1997, 42.8% de la totalité de son APD à l'Afrique subsaharienne. A un niveau global au cours de la même année, les pays membres de l'UE ont transféré 18% de leurs programmes d'APD par les instruments de coopération. Selon David Sogge (2002 : 4), «  l'aide multilatérale a contribué à protéger les donateurs contre les risques politiques liés à une action unilatérale lorsqu'une brèche est ouverte dans la souveraineté d'un Etat aidé, c'est-à-dire lorsque l'aide est liée à des conditions macroéconomiques et politiques ». Le Japon précisément a accru nettement sa participation aux organisations multilatérales ces dernières décennies (Newman, 2000 : 4). L'augmentation des engagements financiers nippons à l'égard des IFI en a fait le premier contributeur pour le Fonds Africain de Développement (FAD) et le second pour la BAD, organisme pour lequel il a adhéré en 1983. L'archipel participe également à des programmes spécifiques de la Banque Mondiale à l'égard de l'Afrique, comme le « Special Programm of Assistance (SPA) for low income Debt-Distressed Countries », qui aide les pays d'Afrique subsaharienne à faire face aux difficultés relatives à la mise en oeuvre de l'ajustement structurel (Kouakam Mbenjo, 2005 : 19 ; Aicardi de Saint-Paul, 1998 : 152).

En somme, ces mobilisations réticulaires montrent bien que l'APD n'est finalement rien de plus qu'un répertoire d'actions, pour projeter le pouvoir d'un Etat au-delà de ses frontières nationales, rien d'autre qu' « un outil de politique étrangère » (Sogge, 2002 : 35). En ce qui concerne particulièrement la philosophie de l'APD japonaise au niveau de sa charte, l'on pourrait cependant déceler une certaine « hétérodoxie ».

B- L'« hétérodoxie » de la philosophie de l'APD japonaise à partir de sa charte

La pression de la communauté internationale (Kamo, 2004 : 56 ; Hook, 1995 : 72), a incité le Japon à faire de son APD l'un de ses axes stratégiques pour contrebalancer l'excèdent commercial. Depuis lors l'archipel a intégré plus directement l'APD dans sa politique étrangère. Les principes énumérés par le Premier ministre Kaïfu en avril 1991, ont donné naissance à une charte ayant pour finalité non seulement de servir de clé de lecture (1), mais aussi de renforcer l'utilité stratégique, la transparence et l'efficacité de la diplomatie nippone de l'aide (2).

1- Une charte pour servir de clé de lecture à la diplomatie nippone de l'aide.

Selon Makoto Sato et Chris Alden (2004 : 13), « la politique africaine du Japon s'articule essentiellement autour de son APD. Cette dernière est l'expression de sa diplomatie, de ses visées commerciales et de sa dynamique humanitaire ». Ses stratégies diffèrent en général de celles des autres bailleurs de fonds. On a souvent accusé  l'APD japonaise d'être gérée de façon fragmentée, d'avoir une capacité limitée et de manquer de ligne de conduite philosophique pour guider ses interventions (Lancaster, 1999 : 180 ; Gabas et Mainguy, 1998 : 46). Cette pratique peut donner lieu à différentes interprétations. D'abord, elle est conforme à la position japonaise selon laquelle les bénéficiaires sont responsables de leur propre développement (Self-Help).Ensuite, elle pourrait aussi provenir d'une insuffisance de l'assistance technique qui n'offre pas les moyens de développer une stratégie. Enfin, la faiblesse du nombre de personnes chargées de gérer les aides par rapport aux montants octroyés et leur dispersion dans plusieurs agences et ministères. L'idée qui prévalait était que les investissements directs constitueraient le meilleur moyen de préparer le terrain et de garantir une certaine sérénité des relations entre l'Empire du Soleil-Levant et les PED (Koppel and Orr, 1993). Des auteurs comme Allan Rix (1993 : 34) à travers ce schéma, n'ont pas hésité à parler dès lors de « mercantilisme ». Du coup, on retrouve la problématique ut dictum du « cheval de Troie » pour définir la stratégie trilogique du Japon qui se résume à l'aide, à l'investissement et au commerce.

Avec la chute du mur de Berlin, le gouvernement nippon s'est vu obliger de clarifier les principes politiques qui le conduisent à accorder des aides (Islam, 1991 : 53). C'est ainsi que le 30 juin 1992, le Cabinet adopte officiellement pour la première fois une charte de l'APD, dont les grands thèmes sont : la coexistence harmonieuse des efforts visant à préserver l'environnement et de ceux déployés en faveur du développement ; la non utilisation de l'aide à des fins militaires ; l'examen attentif des dépenses militaires ; la situation de la démocratie et du respect des droits de l'homme par les pays bénéficiaires (Sato et Alden, 2004 : 20 ; Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 : 41). Toutefois, les standards de « bonne gouvernance » ne sont pas appliqués avec la même rigueur sur les cinq continents. Parmi les pays pour lesquels les Japonais ont eu à suspendre leur aide figurent : le Kenya (novembre 1991), le Soudan (octobre 1992), la Gambie et le Malawi (juin 1992), la Sierra Léone (mai 1993), la République Démocratique du Congo (RD CONGO, ex-Zaïre) et le Nigeria en 1993. Dans le cadre de cette charte, l'aide est affirmée comme instrument de promotion du software (aide à l'éducation, la santé...) et beaucoup moins de hardware (infrastructures). Ainsi, Jean-Jacques Gabas et Claire Mainguy (1998 : 53) y décèlent une nouvelle orientation qui « va de paire avec une distribution plus importante de l'aide par le canal des ONG, préoccupation commune à l'ensemble des bailleurs, ainsi qu'à la recherche d'une aide moins liée ». Cette orientation n'exclut pas que la charte renforce l'unité stratégique, la transparence et l'efficacité de la diplomatie nippone de l'aide.

2- Une charte pour renforcer l'unité stratégique, la transparence et l'efficacité de la diplomatie nippone de l'aide

A la suite des contraintes de la longue récession économique, l'APD nippone connaît une réduction budgétaire de 27.1% en 2001 et le MOFA subit à son tour une réforme. Le Gaimusho a été secoué par une multitude de scandales : fraude, détournement de fonds et comptabilité truquée par les services au siège à Tokyo et au niveau des agences à l'étranger. Ils ont déclenché chez les Japonais une certaine méfiance quant au contrôle et à la gestion de l'aide financière par le MOFA ; dès lors «  affirmer sans hésitation que l'APD, toutes actions confondues, est malgré tout efficace n'est plus guère accepté. Le temps des bonnes intentions est révolu pour faire place à celui des évaluations » (Gaulme, 1998 : 102). Sur la base des recommandations d'un comité consultatif, le MOFA a décidé d'opérer des réformes dans cinq domaines : audit, évaluation, partenariat avec les ONG, renforcement et utilisation des ressources humaines et diffusion d'informations. Ces réformes se sont concrétisées sous la forme d'une nouvelle charte de l'APD adoptée en août 2003 par le Cabinet. Cette nouvelle charte reprend les principes fondamentaux de l'ancienne, à savoir coexistence harmonieuse des efforts de préservation de l'environnement et du développement, non utilisation de l'aide à des fins militaires, attention portée aux dépenses militaires et à la situation des droits de l'homme. De plus, elle précise de façon explicite pour la première fois que le Japon fera une gestion plus « stratégique » de son APD (Sato et Alden, 2004 : 24).

La charte contient également des mesures de prévention de la fraude et de participation des citoyens japonais. Dorénavant, la « qualité » sera privilégiée par rapport à la « quantité ». Les plans à moyen terme comprenant des objectifs chiffrés sont abandonnés et plusieurs autres domaines sont favorisés comme l'hygiène, la médecine, l'éducation, la situation de la femme. La charte met l'accent sur le partenariat et la collaboration avec les autres donateurs et la communauté internationale. Elle indique de façon très nette la fin d'un système où l'aide est essentiellement déclenchée par une « demande » en bonne et due forme des bénéficiaires potentiels. Même si les principes servent à orienter les décaissements au titre de l'assistance, la charte a été fortement revue, au cours des dernières années, surtout pour renforcer l'utilité stratégique, la transparence et l'efficacité de l'aide japonaise (MOFA, 2003).

Au terme de ce premier chapitre consacré exclusivement aux fondamentaux de l'orientation diplomatique nippone, constituant les bases de son offensive, force est de retenir que l'Empire du Soleil-Levant se positionne sur la scène internationale comme un acteur majeur cherchant à atteindre des objectifs d'envergure mondiale. L'environnement politique, économique et social de ce pays partagé entre l'Occident et l'Orient, les données thématiques de son action internationale, l'ambivalence de son état d'activité, présentent à tout le moins, un modèle conventionnel de moyenne puissance dans les caractéristiques de sa politique étrangère. Cette première incursion dans les affaires de la diplomatie japonaise nous a également permis de faire connaissance avec une diplomatie aristocratique dont les idées ne paraissent pas avoir, en raison de la prolifération des centres d'initiatives ou de pouvoir et une relativisation consécutive des réseaux tripolaires du système, toute l'audience qu'elles mériteraient. Au demeurant, en devenant un des bailleurs de fonds mondiaux les plus importants, l'archipel nippon a explicitement développé une philosophie de l'APD souvent hétérodoxe qui tend à accroître son influence et son autonomie sur l'échiquier international. Cette approche diplomatique originale appelle dans le cadre de notre recherche, à la mise en exergue des manifestations de l'offensive nippone en direction de l'Afrique.

CHAPITRE II :
LES MANIFESTATIONS DE L'OFFENSIVE NIPPONE EN DIRECTION DE L'AFRIQUE

Depuis des décennies, la transformation continue des relations internationales suscite, comme à chaque rupture significative dans la vie des sociétés, l'annonce d'un monde nouveau et la proclamation des valeurs appelées à fonder son destin. La réitération de ces lieux communs se trouve par ailleurs confrontée à un mouvement profond. Elle est interne aux sociétés où l'on voit imploser l'ordre sociopolitique traditionnel, épuiser ses représentations idéologiques et renouveler ses ressources affectives et imaginaires. C'est ainsi que pour Chris Alden (2004 :5), envisager les relations de l'Afrique «  Berceau de l'humanité » avec l'Asie, terre de civilisations millénaires, c'est s'engager sur un terrain miné. Il faut mettre hic et nunc en cause, nos conceptions les mieux ancrées de ce que sont les relations internationales, poursuit-il. Ceci pour éviter des formules conduisant à des grilles d'interprétations erronées.

Aussi, les questions qui nous interpellent dans le présent chapitre sont les suivantes : comment le Japon a t-il modelé sa relation avec l'Afrique avant 1991 ? En d'autres termes, quels sont les faits structurants de son approche diplomatique au cours de cette période avec le continent noir ? La fin de la Guerre Froide marque t-elle un nouveau départ de l'action internationale nippone sur l'échiquier africain ? La TICAD décrite par le gouvernement japonais comme le noyau même de sa politique africaine, est-elle un véritable instrument consacré au développement de ce continent ? Nous nous proposons d'une part, de montrer que les relations entre le Japon et l'Afrique ont jusqu'en 1991 été modestes. D'autre part, d'inventorier les différentes initiatives qui sont de nature à assouvir davantage son besoin d'affirmation sur la scène internationale. Notre démarche s'intéresse ainsi à l'engagement africain de Tokyo depuis la fin de la Guerre Froide comme un revirement d'attitude patent (section II). Elle s'intéresse également à la TICAD comme technologie de consolidation de la « doctrine » africaine du Japon (section III). Il est cependant utile d'observer au préalable, les relations entre l'Empire du Soleil-Levant et l'Afrique avant 1991 comme la dynamique d'une diplomatie de l'immobilisme (section I).

SECTION I : LE JAPON ET L'AFRIQUE AVANT 1991 : LA DYNAMIQUE D'UNE DIPLOMATIE DE L'IMMOBILISME

Comme l'affirme Joseph Vincent Ntuda Ebode (2003 : 121), « les relations nippo africaines ne datent pas d'aujourd'hui. En effet, si l'on met de côté l'escale forcée de six mois au Mozambique des jeunes messagers japonais à leur retour d'Europe en 1586, c'est en 1918 que le Japon établit son premier consulat à Cape Town ». Il revient matériellement pour appréhender « la dynamique japonaise d'une diplomatie de l'immobilisme » envers l'Afrique, d'évoquer quelques faits structurants ou autres balbutiements qui modèlent ces relations (A). Nous pouvons par la suite observer que jusqu'en 1990, les relations nippo africaines sont surtout atones et modestes (B).

A- Les balbutiements nippons en direction de l'Afrique : évocation de quelques faits structurants d'une approche diplomatique

Evoquer quelques faits structurants de l'approche diplomatique japonaise vis-à-vis de l'Afrique revient à souligner les premiers pas d'une conduite singulière (1). Ceux-ci laissent traduire à la fois une « diplomatie des ressources » (Essengue Essono, 1991 : 35 ; Steinert, 1987 : 166) et une « diplomatie multidirectionnelle » (2).

1- Les premiers pas d'une conduite singulière

Il est plausible que le Japon n'ait qu'une connaissance très limitée de l'Afrique. Les premières relations ayant été établies, dès le XIVème siècle, au grand désavantage des peuples africains, par l'intermédiaire des colons européens et des esclavagistes, lorsque les Arabes, les Portugais, les Hollandais et les Américains débarquaient sur les côtes nippones accompagnés d'esclaves noirs (Aicardi de Saint-Paul, 1999). Un autre mode de relation s'instaure à partir du XVIème siècle, lorsque les Japonais en route pour l'Europe ou l'Amérique se voient contraints de faire escale en Afrique.  Mombassa, le Cap et Luanda sont les premières destinations africaines des Japonais. La période coloniale connaît un développement sans précédent des échanges commerciaux entre l'Empire du Soleil-Levant et certains pays d'Afrique, particulièrement ceux où la présence européenne est à l'origine du développement des infrastructures (Kawabata, 1994). De 9 millions de yens en 1913, ce commerce passe à 127 millions de yens en 1941. Les alliances avec l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste provoquent son éviction de la plupart des marchés africains. Après son effondrement total, consécutif à la défaite du pays lors de la Seconde Guerre Mondiale, l'économie nippone est relancée à partir de 1950. La conférence de Bandung, qui réunit les pays non alignés en avril 1955, va lui offrir une plate forme permettant de renouer ses relations économiques avec plusieurs pays africains notamment le Liberia, l'Ethiopie, le Soudan et la Côte de l'or (Ghana) également représentée à ladite conférence. Au cours de cette rencontre que Pierre Queille (1969 : 53) décrit comme « le premier authentique grand congrès afro-asiatique », les peuples d'Asie et d'Afrique ont défini des programmes d'actions et ont adopté des positions communes en vue d'une coopération économique et culturelle entre les deux continents (Mbogning, 1999 : 49).

Par la suite on a vu l'Empire du Soleil-Levant ouvrir sa première ambassade à Addis-Abeba en 1958. Puis c'est le tour de celle d'Accra en 1959, Lagos et Entebbe en 1960. Le prince héritier japonais Akihito et la princesse Michiko pour une grande première, font même une visite réussie en Éthiopie en novembre 1960. Le Japon ouvre en mai 1961 huit offices du JETRO en Afrique, notamment à Abidjan, Lagos, Douala, Nairobi, Kinshasa, Dar-es-Salam, Harare et Johannesburg. Ils servent à promouvoir l'aide et à identifier les produits que le Japon doit importer et apprendre, comment exporter les siens dans le marché africain (Morikawa, 1997 : 61). En 1966, des prêts nippons sont consentis au Nigeria, au Kenya, à la Tanzanie et à l'Ouganda. D'après Kweku Ampiah (2004 : 94), l'archipel répond ainsi de façon directe aux restrictions que les pays ont imposées sur ses importations et tente de corriger l'important déséquilibre qui s'est installé en leur faveur. En février 1970, le gouvernement japonais envoie la mission « Kono Fumihito » dans neuf pays29(*) à laquelle Marc Aicardi de Saint-Paul (1998 : 149) y voit « la première manifestation de l'intérêt porté par les Nippons aux ressources minérales africaines ». De mars à septembre 1970, l'Algérie, l'Egypte et 11 pays subsahariens30(*) sont invités à participer à l'exposition internationale d'Osaka.

Aux Nations Unies, le Japon soutien la cause de l'indépendance des colonies et leur droit à l'autodétermination. S'il y a un autre principe cher aux PED et notamment aux Africains pour lequel le Japon peut même être considéré comme un pionnier, c'est de l'observation de Marlis Steinert (1987 : 163), dans la lutte contre le racisme. Lors de l'élaboration des statuts de la SDN à Versailles, le Japon a tenté en vain d'y faire incorporer in limine litis, le principe de la non-discrimination raciale. Il a finalement été retenu, et Louis-Paul Ngongo (1987 : 31) nous le rappelle opportunément, l'obligation faite à tout Etat exerçant les droits de souveraineté en Afrique de « veiller à la conservation des populations indigènes ainsi qu'à l'amélioration de leurs conditions morales et matérielles » de vie. A l'ONU, le Japon a toujours été partisan de ce principe et il a contribué financièrement aux trois fonds pour l'Afrique du Sud en faveur des victimes de la politique d'apartheid et du racisme. Une autre expression de cette politique a été l'observation des sanctions économiques contre l'ex-Rhodésie (Zimbabwe). A ce sujet, il a introduit chez lui des mesures de surveillance interne (Fukunaga, 1975). Le même principe a également influencé sa position à l'égard du problème de la Namibie et de celui de l'apartheid. Pour souligner cette attitude, le Japon a interdit à ses ressortissants de se rendre en Afrique du Sud pour des motifs culturels et sportifs, et aucun visa n'a été délivré à des Sud-africains voulant visiter le Japon pour les mêmes raisons. Il a également été interdit aux Nippons, d'investir en Afrique du Sud ou d'y fournir des armes. Néanmoins, d'importantes relations commerciales persistent avec la République Sud-africaine, qui fournit au Japon 30% de son amiante et le tiers de son manganèse (Le Monde, 09 août 1979). D'une manière générale, l'intervention nippone sur la scène africaine a eu à mobiliser la « diplomatie des ressources » et la « diplomatie multidirectionnelle ».

2- « Diplomatie des ressources » et « diplomatie multidirectionnelle » : deux palliatifs nippons d'intervention sur la scène africaine

Au cours d'une conférence de presse organisée à l'occasion du dixième anniversaire de l'OUA en mai 1973, les ambassadeurs africains à Tokyo ont fait part publiquement de leur mécontentement face à ce qui paraissait pouvoir s'apparenter à une aide nippone au régime de l'apartheid (Ampiah, 2004 : 96). Ils ont d'ailleurs évoqué l'esprit de Bandung en rappelant au Japon ses obligations, en tant que membre du groupe des Etats afro asiatiques. Réagissant à cette sortie des ambassadeurs africains, le ministre des Affaires étrangères nippon, Ohira Masayoshi soutient que le Japon réussira à surmonter ces problèmes politiques résultant de l'accroissement de son commerce avec l'Afrique du Sud. Pour ce dernier, « il est largement reconnu que le continent africain gagne en importance sur la scène internationale » (cité par Morikawa, 1997 : 71). Peu après que Toshio Kimura ait remplacé Ohira à la tête de la diplomatie nippone, la première visite en Afrique d'un ministre des affaires étrangères en poste est effectuée en automne 1974. Ce voyage qui a eu pour étape le Ghana, le Nigéria, la Tanzanie et la RD Congo (ex Zaïre), a été qualifié par le successeur de Toshio Kimura, Kichi Miyazawa, comme un évènement « faisant date » (Fukunaga, 1975 : 6). La crise pétrolière de 1973, explique Marc Aicardi de Saint-Paul (1998 : 149), y est pour beaucoup. Elle rend de facto encore plus aigu, le souci de sécurité des approvisionnements en matières premières. Progressivement, le Japon a resserré les liens avec certains pays africains. Des chefs de gouvernement et d'Etat ainsi que d'autres dirigeants de pays africains situés au Sud du Sahara ont visité l'Empire du Soleil-Levant.

Tableau V:Visites officielles des chefs d'Etat d'Afrique subsaharienne au Japon avant1990

Novembre

1956

Ethiopie

Empereur

Haile Selassie I

Novembre

1965

Madagascar

Président

Tsiranana

Avril

1971

RD CONGO

Président

Mobutu

Avril

1973

Cameroun

Président

Ahidjo

Avril

1979

Sénégal

Président

Senghor

Septembre

1980

Zambie

Président

Kaunda

Mars

1981

Tanzanie

Président

Nyerere

Avril

1982

Kenya

Président

Arap Moi

Septembre

1984

Gabon

Président

Bongo

Septembre

1986

Niger

Président

Seyni Kountche

Juin et juillet

1988

Sénégal

Président

Diouf

Octobre

1989

Zimbabwe

Président

Mugabe

Décembre

1989

Tanzanie

Président

Mwinyi

Source : MOFA. 1990. Afurika Binran. Tokyo.

En 1978, le Japon a accordé aux pays du Sud du Sahara une aide sous forme de dons d'une valeur de 18.25 millions de dollars US et sous forme de coopération technique évaluée à 23.45 millions de dollars. L'aide a épousé la forme de prêts en yens d'une valeur de 63.79 millions de dollars. Pour marquer de nouveau l'intérêt du Japon envers le continent noir, le ministre des affaires étrangères Sunao Sonoda s'est rendu en juillet 1979 au Nigeria, en Côte d'Ivoire, au Sénégal, en Tanzanie et au Kenya. Avant son départ, M. Sonoda a déclaré qu'il veut faire de cette tournée, « la rampe de lancement d'une nouvelle diplomatie japonaise conçue à l'échelle du monde » (Les Nouvelles du Japon, octobre 1979). Au milieu des années 1980,  l'Afrique a connu une sécheresse sans précédent qui a touché le Sahel et la majeure partie du continent. Le gouvernement japonais s'est activement engagé dans la campagne de lutte contre la famine organisée par la communauté internationale. Le ministre des affaires étrangères, Shintaro Abe s'est rendu en 1984 en Zambie, en Ethiopie et en Egypte pour visiter les zones touchées par la famine. Au chapitre des missions économiques après celles dite « Kono » en 1970, l'on peut relever celles organisées en 1984 (Zambie, Zimbabwe, Nigeria et RD CONGO) et les deux en 1988 d'abord en Tanzanie, Côte d'Ivoire, Nigeria et Sénégal puis ensuite au Zimbabwe, Cameroun et Nigeria. Au point de vue de la valeur des échanges, les premières places en ce qui concerne l'exportation sont tenues par ordre décroissant, par le Libéria, l'Afrique du Sud, le Nigeria, l'Algérie, l'Egypte. Quant à l'importation, on obtient la hiérarchie suivante : l'Afrique du Sud qui occupe de loin la première place, suivie à grande distance par le Libéria, la Zambie, le Ghana, la RD CONGO, et l'Egypte (White Paper on International Trade, 1979). En clair, nous pouvons convenir avec Marlis Steinert (1987 : 166) que si la visite du ministre des affaires étrangères en 1974 a presque exclusivement été conçue dans le cadre de la « diplomatie des ressources », celles de 1979 et même de 1984 se veulent l'expression de la « diplomatie multidirectionnelle », qui tient compte du rôle que jouent les pays africains à l'ONU. Les relations entre le Japon et l'Afrique jusqu'en 1990 sont cependant dominées par l'atonie et la modestie.

B- Les relations entre le Japon et l'Afrique jusqu'en 1990 : entre atonie et modestie

Les relations nippo africaines ne sont pas toujours présentées en termes très flatteurs, écrit péremptoirement Scarlett Cornelissen (2004a : 40). En effet, les études relatives à l'engagement du Japon, qui a pourtant depuis 1960 accédé à un rang économique mondial des plus importants, mettent l'accent sur l'attitude distante qu'il a eu envers l'Afrique pendant longtemps (Morikawa, 1997 ; Hyashi, 1996). Ce qui laisse supposer entre ces deux entités, l'édification d'un « archétype » de rapports politiques et économiques limités (1) dont il convient de relever quelques gloses de cet attentisme diplomatique, mieux les raisons de ce désintérêt incandescent (2).

1- Un « archétype » de rapports politiques et économiques limités

Comme l'a remarqué si bien Shintaro Abe, le ministre japonais des affaires étrangères en tournée en Afrique en 1984, « les relations entre le continent noir et l'Empire du Soleil-Levant sont modestes » (Africa n° 159, novembre 1984). Sur le plan politique jusqu'en 1990, rares sont les personnalités japonaises en fonction qui ont foulé la terre africaine.

On pourrait observer du tableau VI qu'aucun empereur ou Premier ministre n'a jugé utile de s'y rendre. La présence institutionnelle est tout aussi faible au niveau par exemple des représentations diplomatiques (tableau VII). Sur le plan économique, le Japon a commencé à investir à l'étranger dans les années 1950. Au cours de cette décennie, son influence se limite uniquement à l'Asie et aux pays développés (Kamo, 2003 ; Gabas et Mainguy, 1998 ; Bouissou, 1992). Dans les années 1970 et 1980, il a étendu son influence aux PED par une politique d'investissement.

Tableau VI : Visites officielles des personnalités japonaises en Afrique subsaharienne entre 1960 et 1988

Ø Famille royale

 
 

Novembre 1960

Prince Akihito et princesse Michiko

Ethiopie

Mars 1983

Prince Akihito et princesse Michiko

Zambie, Tanzanie, Kenya

Février et mars 1984

Prince Akihito et princesse Michiko

RD CONGO (ex Zaïre), Sénégal

Ministres des Affaires étrangères

 

Octobre et novembre 1974

Kimura

Ghana, Nigeria, Tanzanie, RD CONGO

Juillet 1979

Sonoda

Nigeria, Côte d'Ivoire, Sénégal, Tanzanie, Kenya

Novembre 1984

Abe

Zambie, Ethiopie

Vice ministres des Affaires étrangères

 

Juin 1981

Aichi

Zambie, Zimbabwe, Côte d'Ivoire, RD CONGO, Liberia

Juin et Juillet 1982

Tsuji

Rwanda, Tanzanie, Zambie, Kenya, et Gabon

Juillet 1983

Ishikawa

Guinée, Sénégal, Ethiopie

Juin et Juillet 1984

Kitogawa

Madagascar, Zimbabwe, Malawi, RCA, Somalie

Juillet 1985

Moriyama

Cameroun, Kenya, Ouganda

Septembre et octobre 1987

Hamano

Ghana, Côte d'Ivoire

Juin 1988

Hamada

Ouganda, Madagascar

Source : MOFA. 1990. Afurika Binran. Tokyo.

En 1985, l'Afrique a reçu 1.41% de l'ensemble des investissements privés qui ont préféré l'Océanie 45%, l'Amérique latine 21.2%, l'Europe 19.8% et l'Asie 11.7% du total. Selon Elenga-Ngaporo (2004 : 133), « quand on prend l'ensemble des investissements publics et privés, l'Afrique en tant que bénéficiaire, vient toujours loin derrière les autres continents ». Pour la même année 1985, la répartition indique : Amérique du nord 32.2%, Asie 23.3%, Amérique latine 18.7%, Europe 13%, Océanie 5%, Afrique 3.97%, Moyen-Orient 3.6%. La distribution par zone géographique des investissements directs cumulés 1951-1989 se présente de la manière suivante en milliards de dollars US : Amérique du Nord 109 , Europe 45, Asie 40 , Amérique latine 37, Océanie 14 , Afrique 5.

A la lumière de ces chiffres, il se dégage que l'Afrique n'est pas un bénéficiaire de poids des fonds japonais. Malgré l'établissement de liens politiques et économiques au début du XXème siècle, Tokyo a marqué peu d'enthousiasme pour l'Afrique et ses rapports ont été principalement destinés à servir ses intérêts économiques (Kamo, 2003 ; Ampiah, 1997 ; Aoki, 1996 ; Rix, 1993).

Tableau VII : Ambassades japonaises ouvertes en Afrique subsaharienne avant 1990.

Pays

Etablies

Autres pays couverts

Ethiopie

Avril 1958

 

Ghana

Mars 1959

 

Congo (Zaïre)

Juin 1960

Congo (Brazzaville), Rwanda, Burundi

Nigeria

Décembre 1960

 

Sénégal

Janvier 1962

Mali, Mauritanie, Gambie, Guinée- Bissau, cap vert

Côte d'Ivoire

Février 1964

Burkina Faso, Niger, Benin, Togo

Kenya

Juin 1964

Ouganda, Seychelles, Somalie

Tanzanie

Février 1966

 

Madagascar

Février 1968

Comores, îles Maurice

Zambie

Janvier 1970

Botswana, Lesotho, Swaziland

Gabon

Novembre 1972

Cameroun, Tchad, Guinée équatoriale, Sao Tome et Principe

Libéria

Janvier 1973

Sierra Léone

RCA

Janvier 1974

 

Guinée

Janvier 1976

 

Zimbabwe

Mai 1981

Angola, Mozambique, Namibie

Source : MOFA. 1990. Afurika Binran. Tokyo

Il est à noter pour la période de 1951-1985, que la répartition géographique des investissements directs et privés japonais en Afrique - si l'on écarte bien entendu l'Afrique du Sud - place en tête le Libéria avec 3.2% des investissements japonais de la période et concernent des entreprises de transport maritime.  Viennent ensuite la RD CONGO 0.4%, le Nigeria 0.2%, la Zambie 0.2%. Dans les autres pays du continent se dissémine 0.4% de l'ensemble des investissements privés japonais. Ces chiffres posent la question du désintérêt de l'Afrique par l'Empire du Soleil-Levant.

2- Les gloses d'un attentisme diplomatique ou les raisons d'un désintérêt incandescent

Un certain nombre de raisons à la fois politiques et économiques, peuvent justifier la timidité des relations entre l'Afrique et le Japon jusqu'en 1990. Premièrement, elles ont un caractère historique. Après l'écrasement de sa puissance politique et militaire et la destruction de son économie à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, le Japon, malgré une place sans cesse grandissante parmi les ténors de l'économie mondiale, renonce à jouer un rôle politique majeur sur la scène internationale. C'est le cas dans sa sphère d'influence « naturelle » que constitue l'Asie orientale (Postel-Vinay, 1997 ; Bouissou, 1992), que dans des régions éloignées comme l'Afrique, contrôlée par des puissances qui ont contribué à sa défaite de 1945. La présence de ces dernières a semblé fortement, impressionner les autorités japonaises au point d'estimer d'après Charles Hargrove que « l'Afrique incombait aux anciennes puissances impériales de l'Europe et en particulier à la France, qui avait conservé avec ses ex-colonies un tissu de liens très serrés » (Africa n° 159, novembre 1984).

Deuxièmement, l'excellence des relations entre Tokyo et Pretoria. Lors de sa tournée à travers le continent noir en 1975, le ministre japonais des affaires étrangères, Toshio Kimura a reconnu que les rapports avec l'Afrique du Sud ont toujours été un obstacle à de meilleures relations avec les pays africains, ardents défenseurs de la cause des noirs au pays de Nelson Mandela et en Afrique Australe, mais que « le Japon se trouve dans l'impossibilité de couper ses liens commerciaux avec l'Afrique du Sud dans l'immédiat » (Africa n° 43, mars 1975). Ce qui amène Lazare Biwole Meke (1989 : 172) à souligner que « bien que guidé par des considérations économiques, le choix du Japon n'en était pas moins un choix politique qui jouait partiellement en sa défaveur ». Le nombre assez limité d'ambassades africaines à Tokyo qu'on observe au tableau VIII, est révélateur d'une certaine tiédeur dans la relation nippo africaine.

Tableau VIII:Ambassades africaines ouvertes à Tokyo avant 1990.

Pays

Etablies

 

Pays

Etablies

Ethiopie

Avril 1958

 

Zambie

Août 1975

Ghana

Mai 1960

 

Sénégal

Septembre 1975

Nigeria

Octobre 1964

 

Kenya

Janvier 1979

RD CONGO

Juillet 1967

 

Rwanda

Mai 1979

RCA

Juin 1968

 

Bénin

Avril 1981

Gabon

Décembre 1968

 

Djibouti

Avril 1981

Liberia

Février 1969

 

Zimbabwe

Mars 1982

Madagascar

Mars 1969

 

Somalie

Octobre 1982

Côte d'ivoire

Septembre 1969

 

Cameroun

Janvier 1988

Tanzanie

Février 1970

 

Mauritanie

Juillet 1989

Guinée

Décembre 1972

 
 
 

Source : MOFA. 1990. Afurika Binran. Tokyo.

Troisièmement, le problème de la sécurité des approvisionnements. L'archipel nippon n'a pas mis sous les boisseaux que sa « politique d'importation, s'agissant des produits primaires qui sont extrêmement vitaux pour son industrie et son économie, ne serait pas laissée à la merci du hasard ou des querelles politiques. C'est la raison pour laquelle il avait fortement investit dans des régions où il avait le sentiment que le climat politique garantissait une satisfaction ininterrompue de ses besoins, fut il d'un coût plus élevé » (Africa n°75, Novembre 1977). A cette époque, l'Afrique où s'est incrustée « une culture violente d'origine militaire » (Kounou, 2003 : 150) connaît des problèmes de stabilité politique. Entre 1963 et 1966, au moins 21 cas d'interventions politiques majeures par des militaires ont été observés sur le continent au Sud du Sahara. Vers le début de 1968, 23 coups d'Etat réussis y ont été enregistrés en cinq ans, la fin des années 1970 au moins 40 manifestations importantes d'intervention militaire y ont été relevées. Au cours des années 1980, 14 coups d'Etat ou tentatives de coup de force militaire y ont été perpétrés. A travers une analyse qui ne manque pas de pertinence, Dominique Bangoura (1987) a démontré l'importance du facteur militaire sur l'évolution politique du continent. Il est donc plus sûr et plus intéressant pour le Japon de se tourner vers des pays et régions stables, développés qui en sus, sont géographiquement plus proches. Il s'agit entre autres de l'Australie, du Canada et l'Asie du Sud-est, voisins et producteurs de plusieurs matières premières que l'Afrique peut offrir au Japon. Ils sont tout indiqués pour être des fournisseurs et des clients privilégiés de l'Empire du Soleil-Levant d'autant plus que ces pays appartiennent au même système politique et économique que lui (Biwole Meke, 1989 : 173). En outre, la distance qui sépare les ports asiatiques et ceux de l'Afrique de l'Ouest par exemple est un obstacle important31(*), remarque Elenga-Ngaporo (2004 : 137).

Les raisons du désintérêt incandescent des Nippons vis-à-vis de l'Afrique jusqu'en 1990 sont donc variées. Les Japonais ont par exemple toujours pris soin de ne pas « bousculer la porcelaine », c'est-à-dire ne pas contrarier l'évolution des politiques occidentales à l'égard de l'Afrique. Surtout depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale avec la conclusion du traité de sécurité nippo américain, en vertu duquel le Japon fut amené à suivre scrupuleusement les orientations politiques de Washington (Serra, 2005; Reischauer, 2001 ; Schoppa, 1997). En réalité, explique Norio Maruyama, directeur de la première division Afrique au MOFA, « les Japonais connaissaient très peu et très mal le continent noir » (Jeune Afrique l'Intelligent n° 2139, 8 au 14 Janvier 2002). En raison des liens historiques, géographiques, stratégiques et économiques, la politique de coopération japonaise a souvent été naturellement portée en priorité sur l'Asie (Ogasawara, 2004 : 67 ; Postel-Vinay, 1997 : 9). Nous comprenons dès lors pourquoi « le Japon n'a pas eu en effet, de politique africaine réellement construite avant les années 1990 et, jusqu'à cette époque, il n'avait pas l'intention de renforcer les relations politiques et diplomatiques qu'il entretenait avec l'Afrique subsaharienne. Cependant le fait que l'APD accordée à ces pays y ait induit une croissance considérable incita le gouvernement japonais à établir une politique africaine propre » (Kamo , 2004 : 55).

SECTION II : L'OFFENSIVE PROPREMENT DITE DE L'EMPIRE DU SOLEIL-LEVANT DEPUIS 1991 : UN REVIREMENT D'ATTITUDE PATENT CONSACRANT UNE NOUVELLE ERE

La fin de la Guerre Froide a permis aux relations entre le Japon et l'Afrique de prendre une orientation différente où manifestement Tokyo veut renforcer ses liens avec le continent noir et les rendre utiles et profitables, estime Scarlett Cornelissen (2004a : 40). La mise sur pied d'un vaste programme expansif d'APD qui a fait du Japon le premier bailleur de fonds de plusieurs pays africains et l'organisation d'une initiative multilatérale de grande envergure pour soutenir les progrès en Afrique, connue sous l'acronyme TICAD, sont des indicateurs du niveau élevé de l'offensive nippone. Dans cette stratégie de reconquête de l'espace international, les territoires d'Afrique apparaissent comme des nouveaux domaines propices à une « expérimentation diplomatique nippone » (Kamo, 2004 : 63) (A), qui laisse chemin faisant dévoiler une de ses ambitions : celle de devenir le principal soutien de la renaissance du continent africain (B).

A- Les territoires d'Afrique comme nouveaux domaines propices à une « expérimentation diplomatique » du Japon

Il convient ici d'avoir en ligne de mire, non seulement les créneaux sur lesquels se déploie la diplomatie japonaise sur l'échiquier africain (1) mais aussi, la montée en importance des implications politiques (2).

1- Développement, maintien de la paix, règlements pacifiques des conflits : des créneaux diplomatiques ostensibles sur l'échiquier africain

A la tribune de la 46ème Assemblée Générale des Nations Unies, le Premier ministre japonais Toshiki Kaïfu surprend la communauté internationale en déclinant l'intention de son pays, d'organiser une conférence sur le développement de l'Afrique dans la finalité de forger un consensus au niveau des partenaires internationaux sur la nécessité d'agir et de mobiliser des ressources pour ce continent. Cette déclaration est le premier signe matériel de l'offensive nippone en direction de l'Afrique. Elle a d'autant plus surpris qu'à ce moment, le soutien financier au continent noir est éclipsé par une certaine lassitude en matière d'aide que connaît la communauté internationale (Takashi and Jain, 2000). En effet, « la fin de la Guerre Froide, l'afro pessimisme, la mondialisation et le risque de marginalisation du continent vont provoquer une seconde crise de conscience. Celle-ci ne porte plus sur la nécessité de contester l'hégémonie occidentale, mais celle de diversifier les partenaires, de compenser les pertes et d'équilibrer les puissances. C'est alors que le Japon va apparaître comme un acteur d'appoint de première importance » (Ntuda Ebode, 2003 : 125).

Cette période coïncide avec l'abolition définitive du régime de l'apartheid et la naissance d'une Afrique du Sud démocratique. Vivement critiqué jusqu'alors par la communauté internationale pour ses relations commerciales avec Pretoria, Tokyo a dû imposer à ses entreprises privées, des restrictions volontaires dans leurs échanges. Le Japon a levé ces sanctions en 1991 et a finalement renoué ses liens diplomatiques avec l'Afrique du Sud. En 1992, « la mission diplomatique japonaise a d'ailleurs eu un rôle dans le règlement pacifique de la crise durant le processus de négociations » (Sato et Alden, 2004 : 21). Depuis l'arrivée au pouvoir de l'African National Congress (ANC), le Japon a ouvertement fait de l'Afrique du Sud un des principaux bénéficiaires de son aide au continent. Il s'est également lancé dans des actions de coopération sous la forme d'Opérations de Maintien de la Paix (OMP) avec des partenaires comme les Etats-Unis d'Amérique, la France et le Royaume-Uni.

Les deux premiers pays ont lancé chacun dès les années 1990, un programme d'OMP en Afrique avec l'African Crisis Responses Initiative (ACRI) pour les Etats-Unis d'Amérique et le Renforcement des Capacités Africaines de Maintien de la Paix (RECAMP) pour la France. De l'analyse de Koïchiro Matsuura (1998), le gouvernement nippon trouve davantage d'intérêts au RECAMP car celui-ci ne se limite pas à un programme d'entraînements militaires stricto sensu ; il comprend également des actions non militaires et autres activités de secours humanitaires. L'Empire du Soleil-Levant exploite ces différentes initiatives comme des créneaux lui permettant d'apporter sa contribution à la stabilité internationale. Un des engagements majeurs nippons a été l'envoi des Forces d'Auto Défense (FAD ou Self Defense Forces, SDF) encore appelés Zieitai, « pour des missions de maintien de la paix et des activités de secours humanitaire » (Serra, 2005). C'est ainsi qu'en 1993, après le cessez-le-feu entre le gouvernement du Front de Libération du Mozambique (FRELIMO) et les forces combattantes de la Résistance Nationale du Mozambique (RENAMO), le Japon a envoyé ses FAD dans ce pays de l'Afrique australe, dans le cadre du maintien de la paix de l'Opération des Nations Unies au Mozambique (ONUMOZ). Cette opération a été suivie en 1994 par l'envoi de ces forces dans les camps de réfugiés en RD CONGO pour secourir les réfugiés rwandais dans le cadre de la Mission des Nations Unies au Rwanda (MINUAR). A travers ces différentes initiatives, nous pouvons vérifier l'accent sur le projet de l'Etat et de son calcul dans la conduite des affaires étrangères, de la guerre et de la paix, dégagés par le réalisme ainsi que l'interprétation schmittienne.

En juin 1992, le Japon adopte sa charte de l'APD en s'appuyant sur des considérations humanitaires, car « de nombreuses personnes souffrent encore de la famine et de la pauvreté dans les PED, qui constituent une grande majorité de pays du monde. Du point de vue humanitaire, la communauté internationale ne peut se permettre d'être indifférente à cette situation » (Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 : 41). Pour Marc Aicardi de Saint-Paul (1998 : 148), le devoir de « contribution internationale » est sans doute, un des axes les plus significatifs de la politique nippone à destination de l'Afrique. C'est pourquoi cette charte de l'APD a insisté également sur cet aspect de la coopération avec le continent africain. « Il est nécessaire de mener une coopération avec l'Afrique en proportion de la puissance de notre pays. Elle constitue un des éléments nécessaires pour valoriser l'APD comme un moyen important de notre contribution internationale » (Obayashi, 1993 : 143). Passant de la parole à l'acte, l'archipel japonais devient le premier bailleur de fonds mondial, position qu'il a conservée pendant une dizaine d'années. La spécificité africaine de l'assistance de Tokyo est qu'elle est exécutée ut dictum en grande partie sous forme de dons soit 64.8% de l'APD. « Avec l'augmentation du montant de l'aide nippone, ses implications politiques ont pris une importance nouvelle » (Sato et Alden, 2004 : 19).

2- La montée en importance des implications politiques

D'après Ariel Colonomos (2002 : 119), « la conduite de la politique étrangère s'inspire également de valeurs qui donnent corps à son discours et orientent parfois certaines de ses pratiques ». La mise sur pied en octobre 1993 par le Japon soutenu par l'ONU, la Coalition Mondiale pour l'Afrique (CMA)32(*), le PNUD et la Banque Mondiale, du processus de la TICAD, décrite infra, participe de cette logique avec les concepts d'« appropriation » et de « partenariat ». La TICAD vise la promotion d'un dialogue entre les différents pays africains et leurs partenaires, ainsi qu'à la mobilisation d'appuis pour les efforts de développement entrepris par l'Afrique elle-même. En juillet 1995, le nouveau Président Sud africain démocratiquement élu Nelson Mandela, se rend à Tokyo. Cette visite a la particularité d'impulser la poursuite de l'assistance nippone à l'Afrique. « Le Japon voudrait voir l'Afrique du Sud constituer une base industrielle pour les marchés intérieurs africains, mais aussi pour les marchés en dehors du continent » (Ampiah, 2004 : 98).

Un autre signe matériel de l'offensive nippone en direction de l'Afrique est sans doute, « le plan d'action de Tokyo »33(*). Ce document qui fait la synthèse des politiques d'aide déjà mises en oeuvre en direction de l'Afrique a une triple vocation. D'abord, renforcer les fondements du développement à savoir : la paix et la bonne gouvernance. C'est ainsi qu'une contribution de plus de 1.6 millions de dollars US a été allouée au mécanisme de prévention, de gestion et de règlement de conflits de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA). Ensuite, investir pour les ressources humaines, investing in people. Les effets escomptés sont la construction d'écoles permettant de scolariser 310 000 enfants, l'accès à l'eau potable pour 2.7 millions de personnes et aux services médicaux (comprenant la vaccination) pour 170 millions de personnes. Enfin, réduire la pauvreté par le biais de la croissance économique. In concerto, avec le FMI, la Banque Mondiale et le PNUD, le Japon a organisé des séminaires sur la gestion de la dette. « Par l'ajout dans le Plan d'Action de Tokyo des deux principes que sont l'appropriation et le partenariat, les pays africains et les donateurs reconnurent l'émergence d'une vraie politique africaine » (Kamo, 2004 : 68). En suivant l'affirmation sartrienne, « mon choix, c'est mon image », l'on découvre que la politique étrangère japonaise procède nécessairement d'un choix et d'un engagement. Celui-ci fait sens au regard des valeurs qu'il occasionne. Le choix procède dans l'international d'une logique de décision, d'un processus, comme le montre Jervis (1969), inévitablement associé à des images et à des représentations. Ainsi pour surmonter les handicaps historiques et géographiques de ses liens avec l'Afrique, Tokyo entend mener sur ce que l'on a appelé à juste titre les « nouveaux territoires de la diplomatie japonaise », des efforts indépendants sur le plan du développement africain et des questions de paix ; lesquels sont inhérents à sa position sur la scène internationale (MOFA, 2001b). Son ambition étant du reste de devenir le principal soutien de la renaissance de l'Afrique.

B- Une ambition de la diplomatie japonaise affirmée : devenir le principal soutien de la renaissance de l'Afrique

Les dernières décennies du XXème siècle ont été marquées par des modifications considérables dans les relations internationales en terme politico-diplomatique, militaire, économique et commerciaux, ceci d'une manière globale. C'est dans une perspective à la fois de coopération au développement et d'échanges économiques qu'est venu s'inscrire le raffermissement de l'engagement japonais dans les affaires africaines (1) avec des résultats peu ou prou relevés pour une volonté diplomatique désormais affichée (2).

1- Le raffermissement de l'engagement japonais dans les affaires africaines

Il se dévoile sur les terrains de la solidarité (a) et du partenariat (b).

a) Un engagement ambitionnant la solidarité avec l'Afrique

En juillet 2000, la réunion des ministres des affaires étrangères du G8 tenue à Miyazaki au Japon, conclut à la nécessité pour les Etats membres de s'efforcer de prévenir les conflits en adoptant une approche globale intégrant les dimensions politiques, sécuritaires, économiques, sociales et de développement. Conformément aux préceptes de cette approche, le gouvernement japonais a rendu public son propre programme intitulé « Action du Japon », qui précise que les politiques de développement seraient formulées de façon à contribuer à l'élimination des causes potentielles de conflits. Quelques jours plus tard, « dans la même perspective, trois Présidents africains : le Sud Africain Mbeki, le Nigérian Obasanjo et l'Algérien Bouteflika s'entretiendront avec le groupe du G8 à l'initiative du Premier ministre japonais » (Ntuda Ebode, 2003 : 122). Il s'agit effectivement du premier échange entre des dirigeants de pays d'Afrique et des pays membres du G8. Cette initiative durant le sommet de Kyushu-Okinawa, contribue à ce que la communauté internationale renforce davantage son engagement à lutter contre les maladies infectieuses qui sévissent en Afrique. La mise sur pied du fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, accompagné d'un geste significatif japonais en ce sens de 200 millions de dollars US est un signe majeur du soutien de Tokyo au continent africain.

En janvier 2001, la première visite d'un chef de gouvernement japonais en Afrique en la personne de Yoshiro Mori est considérée par les observateurs politiques comme « le point d'orgue de l'offensive diplomatique nippone en direction du continent noir » (Jeune Afrique l'Intelligent n°2139, 08 au 14 janvier 2002). Cette tournée du Premier ministre japonais au Kenya, en Afrique du Sud et au Nigeria marque de façon claire « la fin d'une période d'indifférence du Japon vis-à-vis du continent » (Cornelissen, 2004a : 40). L'espoir exprimé par Yoshiro Mori de voir cette visite signaler le début d'une nouvelle ère de relations, avec pour objectifs de faire de son pays, le soutien principal d'une véritable renaissance de l'Afrique, montre le désir du gouvernement nippon d'entretenir des relations privilégiées avec le continent noir34(*). Les discours qu'il a prononcés à cette occasion en affirmant de bout en bout, impavidité et ton pastoral, ont rencontré un écho35(*). Le Premier ministre a dessiné les contours d'une diplomatie offensive. Il a ainsi posé les bases d'une nouvelle politique japonaise en matière de coopération se dotant à l'occasion d'une véritable « doctrine » africaine. « Afin de promouvoir la coopération avec l'Afrique, a-t-il déclaré, le Japon considère que les deux axes essentiels de sa politique sont d'une part, l'aide au développement et d'autre part les actions pour la prévention des conflits et en faveur des réfugiés ».

Les 03 et 04 décembre 2001, la capitale nippone accueille « plus de 400 délégués représentant 52 pays africains-tous sauf la Somalie-28 pays asiatiques, européens et américains et 32 organisations internationales. C'est un signal fort pour l'Afrique et le maintien de la TICAD » (Jeune Afrique l'Intelligent n°2143, 16 au 24 février 2002). Cette conférence ministérielle Japon-Afrique, est aussi la première rencontre où l'ensemble de la communauté internationale a été appelé à discuter sur le NEPAD. Elle souligne « combien est juste et à propos, l'approche adoptée par le processus de la TICAD ainsi que le plan d'action de Tokyo. Elle permet aux participants de constater à quel point les problèmes africains exigent l'engagement continu de l'ensemble de la communauté internationale » (MOFA, 2003c). Au cours de cette année là, le Japon cède aux Etats-Unis d'Amérique son rang de premier fournisseur d'APD des pays membres de l'OCDE en chiffres absolus. N'étant plus en mesure de susciter l'intérêt des pays africains par le montant de son APD à lui seul, l'Empire du Soleil-Levant, qui a malgré tout besoin d'alliés sur la scène internationale, «  décide donc de renforcer son engagement dans le domaine politique vis à vis de l'Afrique (Kamo, 2004 : 64). Cela pourrait passer par le partenariat.

b) Un engagement ambitionnant le partenariat avec l'Afrique

L'offensive nippone en direction de l'Afrique amorce une nouvelle phase avec la célébration du 10ème anniversaire de la TICAD en septembre 2003, suscitant un nouvel intérêt pour le continent noir. Dans son allocution de bienvenue, le Premier ministre Junichori Koïzumi a fait savoir que « le Japon encouragera l'investissement des entreprises japonaises en Afrique par le biais des prêts d'investissement à l'étranger et d'autres mesures, avec un objectif d'un montant total de 300 millions de dollars US environ sur cinq ans ». La déclaration commémorative du 10eme anniversaire de la TICAD est présentée comme « une étape majeure supplémentaire qui verra de grands projets vers le développement africain au 21eme siècle » (MOFA, 2005a). L'Empire du Soleil-Levant fait de 2005, « l'année de l'Afrique ». C'est ainsi qu'à Jakarta en avril, à l'occasion du sommet Asie-Afrique, le Premier ministre Koïzumi annonce que l'APD japonaise en direction de l'Afrique (environ 10 milliards de dollars US en février 2006) doublerait au bout de trois ans. Il mentionne également un plan de développement des ressources humaines, avec l'objectif d'en faire bénéficier 10 000 africains en quatre ans à partir de 2008. Au cours de la conférence ministérielle de l'OMC tenue à Hong-Kong en décembre, « la nouvelle initiative du Japon pour le développement en faveur du commerce » est officiellement lancée dans le but de favoriser la croissance des PED et notamment celui des Pays les Moins Avancés (PMA) grâce au commerce et à l'investissement. Il s'agit d'une mesure globale d'aide aux PED avec une enveloppe de 10 milliards de dollars US courant sur les trois ans qui suivent, pour l'accès aux marchés de franchise et quotas pour la quasi-totalité des produits originaires de tous les PMA. L'heure est donc à la mobilisation pour l'Afrique, et les discours nippons se veulent généreux.

Un palier de plus est franchi les 16 et 17 février 2006. Tokyo en partenariat avec l'ONU, la CMA et la Banque Mondiale organise la conférence sur la consolidation de la paix à Addis-Abeba en Ethiopie. Cette session voit la participation d'une centaine de délégations gouvernementales, d'organisations régionales et internationales, de 07 représentants de la société civile, ainsi que des ONG africaines, asiatiques, européennes et américaines. En mettant l'accent sur l'appropriation par les pays africains de leur processus de développement et sur la sécurité humaine, les discours ont porté sur les « mesures détaillées ainsi que sur la politique qui permettront la mise en place effective de l'aide continue aux pays ayant connu des conflits pendant la reconstruction et le développement » (Jeune Afrique n°2355, 28 février au 04 mars 2006). La conférence a donc notamment insisté sur les mécanismes autonomes de prise en charge et sur les solutions africaines aux conflits. Ces derniers devront être résolus sans ingérence occidentale.

A l'invitation de Jacques Chirac, Président de la République française, se tient au palais des festivals et des congrès à Cannes les 15 et 16 février 2007, la 24ème conférence des Etats d'Afrique et de France avec pour thème : « l'Afrique et le monde et l'équilibre du monde ». Il est débattu au sein des trois corbeilles : les matières premières ; la place et le rôle de l'Afrique dans le monde et les rapports du continent avec la société de l'information. 49 délégations de pays africains ont participé avec la France à la conférence, ainsi que les représentants de l'ONU, de l'UA, de la commission européenne et de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Pour la première fois, le Président en exercice de l'UE, Angela Merkel, chancelière d'Allemagne, est invitée à participer au sommet. Le Japon a également pour la première fois été invité et représenté en la personne de Yoshiro Mori, ancien Premier ministre et Président de la commission Afrique à la Diète. « Nous voyons l'Afrique comme un partenaire important au sein de la communauté internationale, a-t-il expliqué et nous aimerions renforcer davantage nos liens avec l'Afrique, dans nos efforts à l'égard des différents défis et tâches qui se constituent pour la communauté internationale ».

Aussi, dans le cadre de la TICAD, l'Empire du Soleil-Levant organise en mars 2007 à Nairobi, une conférence de niveau ministériel avec pour thème : « l'énergie et l'environnement pour un développement durable ». Cette réunion est basée sur la reconnaissance du fait qu'améliorer l'accès à l'énergie et maintenir un environnement adéquat soit d'une importance vitale pour le développement durable en Afrique. On s'aperçoit ainsi sur un plan purement théorique, qu' « une politique étrangère réaliste, menée suivant un calcul coût/bénéfices et consciente des limites imposées par la quête de puissance des autres Etats, peut in fine éviter les drames humains » (Blom et Charillon, 2002 : 20).

Un autre signe matériel de l'offensive nippone en direction de l'Afrique, c'est aussi la sortie très remarquée le 28 mars 2007, à propos des relations entre l'ONU et les organisations régionales en particulier l'UA dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales, de M.Kenzo Oshima36(*), représentant permanent du Japon aux Nations Unies. Le diplomate affirme que son pays « supporte les efforts et les activités de l'UA et les organisations régionales, à travers des mesures incluant des soutiens financiers tout en étant disposé à faire davantage ». Le Japon a en effet fourni une assistance financière à l'UA pour ses activités au Darfour et pour les projets de réinsertion des réfugiés dans la région des grands lacs en déboursant respectivement 8.7 millions et 2 millions de dollars US. En 2008, le Japon aura non seulement à organiser la TICAD IV, mais aussi à présider le sommet du G837(*). Avec des résultas peu ou prou relevés, l'engagement africain dans les affaires africaines se raffermit depuis 1991.

2- Des résultats peu ou prou relevés pour une volonté diplomatique désormais affichée

De l'entreprise de déploiement de l'Empire du Soleil-Levant sur l'échiquier africain, il est à noter les forces (a) et les faiblesses (b).

a) Quelques forces de l'offensive nippone

Pour le directeur de la première division Afrique au MOFA, Norio Maruyama, « l'engagement de Mme Ogata, l'organisation des TICAD, la tournée de Yoshiro Mori ont contribué à médiatiser notre politique de coopération. Avant c'était abstrait » (Jeune Afrique l'Intelligent n°2139, 08 au 14 janvier 2002). Depuis la fin de la Guerre Froide, les relations nippo africaines se sont raffermies. La présence institutionnelle japonaise s'est renforcée avec l'ouverture d'une quinzaine de nouvelles missions diplomatiques en Afrique. Les visites des personnalités de l'Empire du Soleil-Levant en Afrique se sont multipliées. Les ministres, les directeurs généraux du MOFA, les ONG et autres opérateurs économiques sillonnent de plus en plus les pays africains. Celle en 2002, du ministre des affaires étrangères, Yoriko Kawagushi en particulier, en Ethiopie et en Angola, a connu un succès remarquable. Les membres du groupe d'amitié parlementaire Japon-Afrique dont l'ancien Premier ministre Yoshiro Mori est le Président, ont pu visiter 49 Etats africains depuis 2004. « Nos engagements vis-à-vis de l'Afrique constitue un des dossiers les plus importants pour la diplomatie de notre pays, que nous voulons globale » n'ont cessé de marteler les responsables nippons. Les déplacements des chefs d'Etat africains dans l'archipel entre autres, ceux du Malien Alpha Oumar Konaré, le Sénégalais Abdoulaye Wade, le Nigérian Olesegun Obasanjo, le Camerounais Paul Biya et surtout le Sud Africain Thabo Mbeki se sont aussi poursuivis à un rythme soutenu. Shozo Kamo (2004 : 57) parle même de « 200 visites effectuées par les ministres africains au cours de la même période, dont la majorité était originaire de pays bénéficiant de l'APD japonaise » à savoir, la Tanzanie, la Zambie, la RD CONGO, le Nigeria, le Niger, Ile Maurice, Madagascar, l'Ethiopie et le Kenya.

Les rencontres informelles en marge des différents sommets internationaux ont également augmenté. Cette dernière pratique a été marquée par les Japonais notamment lors du sommet du G8 de Kyushu-Okinawa. Dans les enceintes internationales, les diplomates japonais plaident désormais sans relâche pour une meilleure prise en compte des problèmes de l'Afrique. Il convient de rappeler que chaque conférence initiée par le gouvernement japonais « a contribué au maintien de l'intérêt de la communauté internationale pour le développement africain à des périodes où le monde se détournait de l'Afrique en faveur d'autres régions »38(*). A titre d'exemple, la TICAD a été organisée en 1993 après la Guerre Froide. En 1998, elle a coïncidé avec la crise asiatique tandis que la conférence ministérielle Japon-Afrique de 2001 s'est tenue immédiatement après les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis d'Amérique. En ces instants cruciaux, en conjonction avec d'autres initiatives régionales et internationales, la diplomatie japonaise n'a cessé de mettre en lumière le développement africain et l'impulsion politique de défendre sa cause. Cela a permis d'inclure des dossiers africains à l'ordre du jour dans une série de forums internationaux dont la conférence internationale sur le financement du développement, les sommets du G8, le sommet mondial pour le développement durable et le troisième congrès mondial sur l'eau. Cette impulsion a permis d'aboutir à la coopération concertée de la communauté internationale dans le cadre des Nations Unies et du processus du G8, complétée par ailleurs par les efforts de l'Afrique de sa propre initiative comme en témoigne le NEPAD et l'UA. « Ces circonstances permettent au Japon de resserrer ses liens avec les pays africains. Stimuler les relations qu'il entretient avec l'Afrique a pour effet de nourrir l'ambition d'un pays qui aspire à obtenir un rôle  accru dans le monde » (Kamo, 2004 : 57).

Dans son allocution39(*) au centre de conférence des Nations Unies à Addis-Abeba en Ethiopie, le 26 août 2002, Yoriko Kawaguchi, chef de la diplomatie nippone a souligné que le « Japon a supporté financièrement les activités de démarcation des frontières entre l'Ethiopie et l'Erythrée, le déménagement des mines anti-personnelles de la région, dans la finalité de soutenir le règlement pacifique du conflit frontalier entre ces deux pays. Le Japon a aussi soutenu le programme de réinsertion des anciens soldats de Sierra Leone ». Elle a également fait savoir que la première visite d'un ministre japonais des affaires étrangères en Angola avait pour objectif de consolider la paix dans ce pays par les voies de la coopération. En 2001 déjà, la JICA a eu à publier un rapport sur les conflits. En terme d'aide au développement, ce rapport a reparti les mesures en renforcement de la paix en trois phases consécutives : l'aide humanitaire d'urgence en temps de conflit,  l'aide au développement pendant la période d'après guerre, suivie des mesures de prévention des conflits (JICA, 2001). Le Japon a préconisé la mise en place d'une commission spéciale des Nations Unies sur la sécurité humaine (Human Security Commission, HSC) qu'il a d'ailleurs soutenu financièrement jusqu'à la soumission de son rapport final au secrétaire général de l'ONU en mai 2003.40(*)

L'archipel nippon, d'après le Premier ministre Koïzumi dans son allocution précitée, a accueilli plus de 10 000 stagiaires venant des pays africains et plus de 7 000 experts japonais ont été envoyés en Afrique. En volume, le continent noir par ailleurs attire 19.4% en moyenne des subsides dont dispose les ONG japonaises avec un nombre sur le terrain qui n'a cessé d'augmenter ; enracinant à l'occasion les relations nippo africaines (Aicardi de Saint-Paul, 1998 : 159). Durant son séjour africain, Yoriko Kawagushi a par exemple eu à rencontrer pas moins de 26 volontaires japonais oeuvrant en Ethiopie dans les secteurs d'activités aussi variés que sont les infrastructures, la mécanique automobile ou l'éducation.

Près de 160 pays reçoivent l'APD du Japon, qui était le premier donateur bilatéral dans 47 pays en 1995 dont 7 pays africains41(*). Il est à rappeler que l'Empire du Soleil-Levant est au premier rang des contributeurs pour le Fonds Africain de développement (FAD), le FNUAP et l'UNESCO. Il est le deuxième au budget du PNUD, l'UNICEF, la FAO, l'OMS, le HCR après les Etats-Unis d'Amérique. C'est aussi le cas au niveau du FMI et de la Banque Mondiale. Sa contribution alimente notamment l'IDA, organe de la Banque Mondiale qui joue un rôle très important dans le développement de l'Afrique. Même si le japon est le plus grand contributeur dans le fonds fiduciaire (Trust Fund) des Facilités d'Ajustement Structurel Renforcées (FASR) avec un apport de 6 milliards de dollars US soit 46% du total (Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 : 40), son offensive en Afrique peut laisser fissurer quelques faiblesses.

b) Quelques faiblesses de l'offensive nippone

Cette volonté politique s'accompagne d'une faiblesse des relations économiques entre l'Afrique et le Japon au regard des échanges. A l'exception de l'Afrique du Sud, ces échanges sont négligeables. La part de l'Afrique dans les exportations totales du Japon est en moyenne de 0.9% (dont 0.4%, la seule Afrique du Sud) pour la période 1998-2000 ; dans l'autre sens, la part de l'Afrique dans les importations totales du Japon est de l'ordre de 1.1% (dont 0.8%, la seule Afrique du Sud). La part cumulée du Japon dans les Investissements Directs Etrangers (IDE) en Afrique, de 1951 à 2000, n'est que de 1.5% dont 79% de ce dernier pourcentage pour le seul Liberia (enregistrement des navires sous pavillon libérien). Dans son intervention à l'occasion du 10ème anniversaire de la TICAD, le 23 septembre 2003, le Premier ministre Junichori Koïzumi a tenté d'y remédier en exprimant son souhait dans le domaine du commerce et de l'investissement, « d'accroître les expériences réussies qui montrent de façon visible, les avantages mutuels pour l'Afrique et le Japon. Le projet d'aluminerie de Mozal, le plus important de sa catégorie au monde, représente un exemple de coopération associant les secteurs publics et privés entre le Japon et les pays de l'Afrique australe ».

Au regard de « l'aide au développement qui constitue un indice non négligeable » (Ntuda Ebode, 2003 : 122), il est à observer qu'elle est en expansion, mais en réalité, toujours insuffisante par rapport au rang économique mondial qu'occupe le Japon. De 19 millions de dollars US en 1973, elle atteint 274 millions en 1989, 790 millions en 1990, 860 millions en 1992, 1140 millions en 1994 et 980 millions en 1998. Elle s'est dès lors stabilisée consacrant bon an mal an seulement, 1 milliard de dollars US à l'Afrique soit 12.1% de l'ensemble de l'aide japonaise. « Moitié moins que la France mais, 20% de plus que les Etats - Unis » (Jeune Afrique l'Intelligent n°2145, 18 au 24 février 2002) s'empresse benoîtement de préciser le directeur général des affaires d'Afrique subsaharienne au MOFA, Nobutake Odano.

Autre constat négatif : l'aide japonaise en direction du « berceau de l'humanité » est disproportionnée et bénéficie en priorité aux pays d'Afrique australe et orientale et aux pays d'Afrique du Nord ; l'Afrique centrale apparaissant comme le parent pauvre de sa stratégie d'implantation. Compte tenu des importants investissements nippons sur son territoire, l'Afrique du Sud échappe aux différents classements de la destination de l'aide de l'Empire du Soleil-Levant. A titre d'illustration, rien que dans le domaine de l'automobile, l'entreprise Bridgestone a investi en 2002 dans son usine Sud africaine 150 millions de rands, tandis que Nissan Diesel Motor Company Ltd construisait une usine d'assemblage avec un investissement d'un montant de 300 millions de rands. Depuis 2004, son objectif est d'exporter la moitié des 60 000 véhicules qui sont produits en Afrique du Sud vers ses voisins africains et en Europe. A partir de 2007, l'entreprise envisage de doubler sa capacité de production afin d'augmenter ses exportations de 80 000 véhicules. « Globalement, le Japon a effectué 41 investissements en Afrique du Sud entre 1994 et 2003 » (Ampiah, 2004 : 100). Dans un communiqué conjoint publié lors de la visite du Président Thabo Mbeki à Tokyo en octobre 2001, les deux pays se sont félicités des « investissements de grande envergure du Japon en Afrique australe ces dernières années, ainsi que des transferts de technologies effectués et de la création des emplois qui les ont accompagnés »42(*). De la même manière, le Kenya et le Nigeria apparaissent comme les pivots tous désignés respectivement pour l'Afrique orientale et l'Afrique occidentale. Autres bénéficiaires ailleurs sur le continent : « ceux qui à l'instar du Sénégal ont montré des progrès réalisés en terme de bonne gouvernance » (Jeune Afrique l'Intelligent n°2139, 08 au 14 janvier 2002). A voir le graphique I, le Ghana est donc le pays africain le plus aidé par le Japon ; les liens entre ces deux Etats sont antérieurs à la Seconde Guerre Mondiale.

Graphique 1 : Les pays africains les plus aidés par le Japon en 2000

Source : JICA 2001

Malgré ces initiatives isolées, l'aide japonaise en direction du continent noir dans son ensemble est caractérisée par un manque d'intérêt lié à la faiblesse de ses relations économiques avec l'Afrique. D'après Minoru Obayashi (2004 : 86), « le peu d'intérêt économique que portent les milieux d'affaires japonais au continent explique entre autre, ce désintérêt également pour la coopération japonaise et le développement africain ». Et ce n'est pas tout : en l'état actuel des choses, l'échange des personnes reste limité. En effet, parmi les Japonais expatriés, seuls 0.7% résident en Afrique et, parmi les étrangers résidant au Japon, seuls 0.5% sont Africains (JICA, 2005). « Ainsi, et c'est une évidence, l'Afrique reste un sujet peu prioritaire aux yeux des dirigeants japonais », poursuit Minoru Obayashi (2004 : 86). Dans cette situation, il est naturel que ces derniers se préoccupent plus de la visibilité en Afrique de leur diplomatie que d'une réelle amélioration du niveau de vie de la population africaine43(*).

En somme, la volonté diplomatique nippone de devenir le principal soutien de la renaissance de l'Afrique s'affiche tout de même progressivement par de résultats peu ou prou relevés dans « une scène internationale marquée par de profondes disparités de puissance et de moyens, résolument propice à la conquête » (Colonomos, 2002 : 124). Cette volonté pourrait opportunément s'appuyer sur la TICAD qui apparaît comme une technologie de consolidation de sa « doctrine » africaine.

SECTION III : LA TICAD COMME TECHNOLOGIE DE CONSOLIDATION DE LA « DOCTRINE » AFRICAINE DU JAPON

La TICAD, organisée conjointement par le gouvernement du Japon, la CMA, le bureau du conseiller spécial de l'ONU pour l'Afrique, le PNUD et la Banque Mondiale est une initiative lancée en 1993 et organisée tous les cinq ans, en vue de promouvoir un dialogue politique de haut niveau entre les pays africains et leurs partenaires et de mobiliser le soutien de la communauté internationale pour qu'elle appuie les initiatives africaines de développement. Elle apparaît ainsi comme un modèle d' « affectio societatis » (A), présentant des réalisations somme toutes marquantes (B).

A- La TICAD comme modèle d' « affectio societatis »

Depuis sa création dans les années 1990 au moment où « les questions africaines étaient devenues de plus en plus marginales dans le système politico économique mondial avec la libéralisation économique et politique de l'après Guerre Froide » (Kamo,  2004 : 58), la TICAD a évolué en tant que processus destiné à promouvoir le développement africain. Elle est devenue au fil des années une « grand-messe » de la coopération japonaise avec le continent noir (1) par des actions opérationnelles qu'elle met à son actif (2).

1- Une « grand-messe » de la coopération japonaise avec l'Afrique

La TICAD telle qu'elle est souvent présentée par le gouvernement japonais, est un instrument qui vise à aider l'Afrique à mener les efforts nécessaires et adaptés aux priorités qu'elle s'est fixée pour son développement. Cette « grand-messe » incarne aussi une conception du développement de l'Afrique qui prend en compte le principe du partenariat mondial fondé sur l'égalité entre tous les partenaires44(*). Elle s'est déjà tenue en trois sessions connues sous les vocables de TICAD I (a), TICAD II (b), TICAD III (c).

a) La TICAD I

La première TICAD s'est tenue en octobre 1993. Près de 1000 participants issus de 48 pays africains, de 13 pays donateurs, de 10 organisations et plus de 45 pays et organismes venus en qualité d'observateur ont assisté à la conférence, dont notamment cinq pays africains conduits par leur Président à savoir l'Ougandais Yoweri Museveni, le Ghanéen Jerry Rawlings, le Burkinabé Blaise Compaoré, le Botswanais Keith Masire et le Béninois Nicéphore Soglo. La conférence s'est penchée sur des thèmes tels que la réforme politique et économique, le développement du secteur privé, l'intégration et la coopération régionale, l'expérience de l'Asie au service du développement de l'Afrique, ainsi que la coopération internationale. Le Premier ministre japonais, Moriteru Hosokawa a annoncé l'intention du Japon d'offrir son soutien à la démocratisation en Afrique et à l'ajustement structurel, à la coopération en matière de formation et d'environnement en priorité, ainsi qu'à l'exercice d'une aide efficace (Kamo, 2004 ; Morikawa, 1997). Les participants ont adopté la « déclaration de Tokyo sur le développement de l'Afrique », prônant une coopération dynamique qui servirait de base aux nouvelles orientations de l'ONU pour le développement du continent dans les années 1990. Les trois points essentiels de la déclaration de Tokyo ont concerné la critique de la dépendance excessive de l'Afrique par rapport à l'APD, un encouragement à l'appropriation par les pays africains de leur démocratisation et de leur bonne gouvernance, ainsi qu'une proposition d'organiser dans le cadre de la coopération Sud -Sud, un séminaire Asie-Afrique (Aicardi de Saint-Paul, 1993 : 2625). C'est ainsi que le premier forum Asie-Afrique (FAAI) s'est tenu en Indonésie en 1994 et a identifié les secteurs spécifiques où l'expérience asiatique serait utile. Le second a eu lieu en Thaïlande en 1997 dont l'objet a été d'évaluer les progrès effectués depuis le FAAI et de préparer les bases de la TICAD II.

b) La TICAD II

La deuxième TICAD a été organisée du 19 au 21 octobre 1998. Ainsi, ont participé 80 nations y compris 51 pays d'Afrique, 10 pays45(*) d'Asie et 16 pays donateurs ainsi que 40 organisations internationales, 13 chefs d'Etat et de gouvernement y ont assisté ainsi que des représentants du secteur privé et des ONG. Un progrès depuis la TICAD I a été observé, celui du cadre des réformes économiques et politiques destinées à promouvoir les principes démocratiques ainsi que des activités commerciales orientées vers le marché. La conférence a dû également se pencher sur les problèmes de paupérisation croissante ainsi que sur les problèmes de gouvernance qui continuent d'entraver le développement de l'Afrique. Les délibérations de la TICAD II étayées par de vastes consultations lors des réunions préparatoires ont culminé avec le « plan d'action de Tokyo », évoqué supra. Le Premier ministre japonais Keizo Obushi a saisi cette occasion pour annoncer que son gouvernement envisage d'accorder une somme d'environ 90 milliards de yens (près de 450 milliards de FCFA) au cours des cinq années suivantes, repartie entre les domaines de l'éducation, de la santé, de la médecine et de l'eau. L'agenda politique a occupé une place plus centrale dans la TICAD II que lors de la première. En marge de celle-ci, le Japon a organisé 14 rencontres bilatérales entre le Premier ministre nippon et les chefs d'Etat africains, et 15 autres entre le ministre japonais des affaires étrangères et ses homologues africains (Aicardi de Saint-Paul, 1998 : 159) ; des signes annonciateurs d'une TICAD III plus relevée.

c) La TICAD III

La troisième TICAD a eu lieu du 29 septembre au 1er octobre 2003. Des délégués de 89 pays, dont 50 pays africains et 47 organismes internationaux, ainsi que des organisations civiles, y ont participé. Elle a eu pour ordre du jour la question d'un soutien unifié au NEPAD, lequel incarne l'appropriation par l'Afrique du processus de développement, et a envisagé l'expansion du partenariat mondial pour le développement de ce continent en encourageant la coopération Asie-Afrique. Une attention particulière a été accordée à la sécurité des personnes et à la consolidation de la paix pour les peuples africains. En dépit donc de l'annonce faite par le ministre japonais Junichori Koïzumi, dans son allocution d'ouverture d'un objectif d'aide japonaise à l'Afrique d'un montant total de 1 milliard de dollars US (sous formes de dons) pour les cinq années à venir, et de la fameuse « déclaration commémorative du 10ème anniversaire », la TICAD III ne « comportera aucune nouveauté de fond, ni même l'annonce d'une augmentation de l'APD en direction de l'Afrique » (Kamo, 2004 : 65). En revanche, l'agenda politique a occupé une place toujours aussi centrale. Le Japon a organisé 23 entretiens bilatéraux entre le Premier ministre japonais et les chefs d'Etat africains. Il importe à présent de ressortir les actions opérationnelles liées à la TICAD.

Photo 1: Les chefs d'Etat africains autour du Premier ministre japonais, Junichori Koïzumi lors du 10 ème anniversaire de la TICAD en septembre 2003

Source : Jeune Afrique n° 2355, 26 février au 4 Mars 2006 P. 54

2- Les actions opérationnelles mises à l'actif de la TICAD : un penchant pour le mastic social

La traduction des philosophies et des priorités promues dans la mise en oeuvre concrète des projets de la TICAD comprend d'une part les besoins humains essentiels et la gouvernance démocratique (a) et d'autre part la réduction de la pauvreté, la promotion de l'investissement et du transfert de technologie (b).

a) Les besoins humains essentiels et la gouvernance démocratique

Avec l'aide du Japon ainsi que d'autres partenaires de la TICAD, quelques 245 millions d'Africains ont connu une amélioration de leur état de santé. Un appui a été fourni en particulier aux mesures sanitaires destinées à la santé maternelle et infantile, la planification familiale, l'information, l'éducation et la communication, l'autonomisation des femmes et la lutte contre le VIH sida. « Le Japon s'est engagé à apporter une assistance active afin d'éradiquer la poliomyélite du continent africain en fournissant des vaccins et des équipements réfrigérants et sanitaires, 1699 millions de yens ont été déboursés en faveur du Kenya, de la Tanzanie, de la Côte d'Ivoire, du Ghana et du Malawi » (Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 : 32). Environ trois millions de personnes reçoivent un approvisionnement en eau potable, et 2.6 millions d'enfants bénéficient d'opportunités en matière d'éducation qui leur étaient jusque là inaccessibles comme, par exemple de nouveaux bâtiments scolaires (MOFA, 2003c). Conformément aux recommandations du programme de Tokyo en matière de paix et de sécurité, le mécanisme de l'UA pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits a reçu une aide en vue de mettre en place des systèmes d'alerte rapide et de tenir des conférences destinées à régler les différends. Dans le domaine de la gouvernance, les parties prenantes à la TICAD ont appuyé l'initiative du NEPAD, en vue de l'établissement d'un mécanisme africain d'examen par les pairs entre les pays africains ; aux fins de maintenir de bonnes pratiques en matière de gouvernance.

b) Réduction de la pauvreté, la promotion de l'investissement et le transfert de technologies

Pour parvenir à la réduction de la pauvreté et à l'amélioration socio économique en Afrique par le développement des aptitudes des populations locales à résoudre leurs problèmes, le Japon a décidé en 1998 après la TICAD II, d'établir au Kenya un centre de formation. L'African Instiute for Capacity Development (AICAD), situé dans les locaux de la faculté d'agriculture et de technologie Jomo Kenyata. « Ce centre a pour objectif : d'utiliser des connaissances et des techniques nouvelles ou existantes ; de créer un savoir faire durable adapté aux conditions locales ; de développer et utiliser des expertises locales » (Ogasawara, 2004 : 71). Il est a priori censé fonctionner en tant qu'institut de formation, de recherche conjointe et de développement, ainsi que de collecte et de diffusion d'informations relatives au renforcement des capacités. Les activités de l'AICAD visent principalement les pays de l'Afrique orientale tels que le Kenya, l'Ouganda et la Tanzanie. L'accent a également été mis sur l'amélioration prioritaire de l'infrastructure dans quatre principaux secteurs : transports, communication, énergie et eau. Les perspectives de commerce et d'investissement se sont améliorées grâce à la création de forums commerciaux Asie-Afrique (Africa-Asia Business Forums, AABF) en 1999 (en Malaisie), 2001 (en Afrique du Sud), 2004 (au Sénégal) et 2005 (Ile Maurice). A travers ces forums sous les auspices de la TICAD, environ 180 accords d'une valeur totale de 150 millions de dollars US ont été conclus. Suite à la TICAD II, l'Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) a crée en 1999 en Malaisie, une institution baptisée « centre Hippalos »46(*), du nom du marin grec légendaire qui avait constaté que les vents de mousson de l'océan indien favoriseraient la navigation de l'Arabie vers l'Inde. Ce centre, également connu sous le nom de Centre Afrique-Asie pour la promotion de l'investissement et de la technologie, vise à encourager les investissements et les transferts de technologies des pays d'Asie à ceux d'Afrique. Le centre a choisi le Ghana, la Côte d'ivoire, le Mozambique, l'Ouganda, le Sénégal, la Tanzanie et le Zimbabwe pour participer à des activités de projets. « Il fournit des données sur la situation économique, les systèmes juridiques nationaux, les possibilités en matière d'investissement et des informations utiles en matière d'investissement » (MOFA, 2003b). Il s'agit là en quelque sorte des preuves de l'opportunité de la mise sur pied de la TICAD.

B- Les réalisations marquantes comme preuves de l'opportunité de la mise sur pied de la TICAD

Pour Minoru Ogasawara (2004 : 67), la promotion de la coopération Asie-Afrique est devenue l'une des spécificités de l'engagement nippon en Afrique à travers la TICAD (1). Mais en s'interrogeant globalement sur les retombées réelles de ce processus et dans le souci de nuancer, il est à noter que certains travaux scientifiques à l'instar de ceux de Minoru Obayashi (2004 ; 2003 ; 1996) ont mis en avant des résultats fragiles pour un constat provisoire (2).

1- La stimulation de la coopération Asie - Afrique

La modification de la charte de l'APD en août 2003, a montré clairement la détermination du gouvernement nippon à agir, en indiquant que le « Japon va promouvoir la coopération Sud - Sud dans le partenariat avec les pays d'Asie et d'autres régions qui connaissent un développement plus avancé »47(*).  Parmi les initiatives qui retiennent régulièrement l'attention, l'on cite très souvent le nouveau riz pour l'Afrique (a) et les activités liées au secteur privé, aux technologies de l'information et de la communication, et même au programme des volontaires (b).

a) Le nouveau riz pour l'Afrique ou le NERICA

Le NERICA (New Rice for Africa) ou nouveau riz pour l'Afrique, constitue un remarquable exemple de coopération entre l'Asie et l'Afrique. Il améliorerait les perspectives de sécurité alimentaire (MOFA, 2003). Cette nouvelle variété de riz associe la hardiesse des espèces de riz d'Afrique occidentale à la grande productivité du riz asiatique. Il a été mis au point par l'Association pour le Développement de la Riziculture en Afrique de l'Ouest (ADRAO) et ses partenaires en Afrique, en Asie, en Europe et en Amérique du Nord et du Sud. Il a également reçu l'appui de nombreux donateurs en commençant par le gouvernement du Japon suivi du PNUD, la Banque Mondiale, la fondation Rockefeller, l'Agence Américaine pour le Développement international (USAID), la BAD, la FAO. Le NERICA a une teneur en protéine beaucoup plus élevée et résiste mieux aux mauvaises herbes, aux maladies et aux insectes nuisibles. Ce riz a un cycle de croissance plus court que les variétés de riz classiques (90 jours comparé à 130 à 150 jours pour les autres) et il offre un rendement supérieur d'au moins 50% sans utilisation d'engrais, et un rendement de 200% avec un faible apport en engrais. L'Initiative pour le Riz Africain (ARI) lancée en mars 2002, vise à accélérer la diffusion du NERICA dans l'ensemble de l'Afrique, en partant de sept pays pilotes d'Afrique de l'Ouest, à savoir le Bénin, la Guinée, le Mali, le Nigeria, le Togo, la Côte d'Ivoire, pour inclure des pays d'Afrique australe et de l'Est : Ethiopie, Madagascar, Malawi, Mozambique, Ouganda, Tanzanie et Zambie. Le cadre du secteur privé, les technologies de l'information et de la communication, le programme des volontaires font également parti des réalisations marquantes de la TICAD.

b) Le cadre du secteur privé, les technologies de l'information et de la communication, le programme des volontaires

Les forums d'affaires Asie-Afrique de Kuala Lumpur (Malaisie) en octobre 1999 et de Durban (Afrique du Sud) en juillet 2001, ont instauré des partenariats commerciaux et ont attiré un plus grand flux d'investissements étrangers directs et d'échanges commerciaux entre l'Asie et l'Afrique. Une série d'ateliers destinés à renforcer les compétences s'est tenue notamment à Harare (Zimbabwe) en juillet 1995 et à Abidjan (Côte d'Ivoire) en juillet 1996, axée sur des sujets clés tels que l'administration et le fonctionnement des entreprises. « Une stratégie visant à effacer les perceptions négatives que chaque région peut avoir de l'autre a été élaborée, afin d'instaurer la confiance et de multiplier les possibilités de conclure des affaires » (MOFA, 2003a). Le Conseil Afro Asiatique d'Affaires48(*) (African Business Council), sorte de chambre de commerce Afrique-Asie a vu le jour en mars 2005. C'est un instrument qui vise à faciliter l'accès aux marchés et à améliorer la croissance des petites et moyennes entreprises grâce aux échanges de pratiques commerciales nées de partenariats public-privé.

Une initiative de la TICAD en vue d'appuyer l'élaboration de politiques et le renforcement des capacités en matière de technologies de l'information et de la communication a été mise en place au Cameroun, au Nigeria, en Tanzanie et en Zambie. Des centres de création de réseaux, en coopération avec Cisco Systems, ont été établis dans plusieurs pays. Un régional visant à promouvoir l'échange d'informations commerciales entre l'Asie et l'Afrique a été crée au Bénin et il est prévu d'en étendre la portée.

Les volontaires de l'ONU (VNU) TICAD, bénévoles venant de toute l'Asie, travaillent dans de nombreux pays africains aux fins de transférer le savoir-faire technique dans le domaine de la gouvernance, du développement du secteur privé et du développement agricole. Au Kenya, par exemple, le Volontary Nurul Henda Chowdhuy du Bangladesh qui travaille en tant que spécialiste du micro financement soutenu par la TICAD, a aidé plus de 3000 personnes à lancer de modestes activités génératrices de revenus (JICA, 2005). Il reste cependant plausible que la TICAD soit une initiative importante en matière de diplomatie mais mineure en matière de développement.

2- La TICAD : une initiative importante du Japon en matière de diplomatie mais mineure en matière de développement

Comme processus à prétention globale, la TICAD a vocation à se consacrer au développement du continent noir. L'analyse de son modus operandi montre d'après certains travaux (Obayahi, 2004 ; Ohara, 2003) que son emprise effective est beaucoup plus limitée, se bornant à n'être qu'un instrument de visibilité diplomatique (a), plutôt mineur en matière de développement (b).

a) Un instrument de visibilité diplomatique

Le point de vue, parfois repris dans des études et des recherches (Alden et Katsumi, 2003 ; Drifte, 2000 ; Aicardi de Saint-Paul, 1999) sur la consistance de la TICAD, du moins dans son instrumentalisation en vitrine diplomatique, a deux explications majeures.

Premièrement, l'agenda, le contenu ainsi que les documents et déclarations issus de cette conférence sont scrupuleusement étudiés, point par point, par le gouvernement japonais avant d'être proposés à d'autres organisateurs et participants. Le constat qui se dégage de ces différentes sessions de la TICAD est «celui du manque d'originalité des discussions, contrairement à d'autres instances internationales, et ce sans valeur ajoutée » (Obayashi, 2004 : 79). Cette initiative reste ou parfois même trop « diplomatique ». Tous les sujets qui peuvent provoquer l'opposition ou l'accusation entre les participants sont préalablement écartés. Lors de la TICAD II par exemple, qui a été la première conférence internationale sur l'Afrique, juste après l'échec des négociations de l'OMC à Cancun, beaucoup de participants africains ont espéré en vain que la conférence joue le rôle de porte-parole des préoccupations des pays africains par rapport à cette institution.

Deuxièmement, l'Afrique est un « continent lointain » (Aicardi de Saint-Paul, 1998 : 158) pour la population japonaise. La TICAD est une occasion de visibilité et de communication pour le gouvernement nippon pour montrer à sa population, à la communauté internationale et surtout aux pays africains, la contribution qu'il apporte à l'Afrique. Le fait qu'autant de chefs d'Etat et des personnalités internationales se rassemblent au Japon, assure « un marketing politico diplomatique » puissant et efficace pour les dirigeants de l'Empire du Soleil-Levant. La liste des participants de la TICAD III confirme à en croire Shingeki Komine (2004), cette dimension politique. En effet, 66% des participants africains (sans compter les chefs d'Etat) viennent des ministères des affaires étrangères et /ou de la coopération, et seuls 34% viennent des ministères travaillant dans les domaines du développement effectif de leur pays, tel que le plan, les finances, l'économie etc. A cette étape, nous pouvons à première vue, déduire que le gouvernement japonais reste attentif à travers l'organisation, la préparation, au contrôle du contenu et du déroulement des discussions, afin d'éviter des débordements qui auraient un impact sur sa politique. D'après Jenko Ohara (2003), la TICAD n'est pas destinée à renforcer ou à concrétiser son engagement du développement africain, mais constitue, un instrument de visibilité pour une meilleure présence diplomatique en Afrique et dans le monde. Sans doute, l'évolution de la part de l'Afrique dans l'APD japonaise, est un indicateur non négligeable de l'impact du processus de la TICAD, qui peut nous permettre de vérifier cette hypothèse.

b) Un processus mineur en matière de développement

Depuis le début du processus de la TICAD, la contribution japonaise en direction de l'Afrique est en progrès en termes de volume.  Mais la tendance n'est pas à l'augmentation si l'on s'en tient à la part de l'Afrique (Afrique du Nord incluse) dans l'APD totale. L'on a enregistré une nette diminution après le record de 15.3% de l'APD totale en 1989, diminution allant jusqu'à un niveau de 10.1% à la veille de la TICAD I en 1993. La TICAD II est demeurée sans effet sur cette tendance à la baisse. « En 2002, fut enregistré le plus mauvais résultat depuis la décennie 1980, avec une part africaine de 8.7% dans l'APD totale. Le processus de la TICAD est donc sans réel impact en terme de part consacrée à l'Afrique dans le budget de la coopération japonaise sur le moyen et le long terme » (Obayashi, 2004 : 81). On peut renforcer cette analyse au moins à deux niveaux. Au niveau de l'évolution des domaines d'intervention de la coopération japonaise en Afrique, l'essentiel des dépenses a pris la forme de financements de conférences et de contributions complémentaires aux organisations internationales (Newman, 2000 ; Toffler, 1991). Il est aisé de constater par exemple que sur les 32 projets listés dans le cadre de la TICAD par le MOFA en 2001, 14 ont été consacrés à des décaissements aux organisations internationales, les 6 derniers étant des programmes ou projets en cours ou similaires. Quant au niveau des décaissements aux secteurs d'engagement, si on prend le cas de la TICAD II, ils ont diminué de 35% en 1998, l'année de la conférence, et se sont globalement maintenus. En 2002, ils ont baissé presque jusqu'à ceux de 1992, id est celui d'avant le démarrage de l'exercice de la TICAD.

Par ailleurs, la société civile japonaise qui travaille pourtant dans le sens de l'efficacité de l'aide et du développement africain a de manière explicite, le plus souvent eu un rôle marginal lors des TICAD. Le directeur de l'action civile pour la TICAD (ACT), une sorte de regroupement d'ONG, a fait en 2003 un constat amer de sa participation en tant qu'observateur : « dans le résumé du Président de la TICAD III, a-t-il dit, le rôle des ONG est évoqué comme l'interaction et la complémentarité entre les initiatives publiques et celles de la société civile. Comment pouvons-nous remplir même ce rôle si nous ne pouvons qu'observer ? Je reste pour ma part convaincu que nous avons été utilisés par les organisateurs comme un alibi de la ``présence des ONG''» (Komine, 2004). La seule et nette originalité de la TICAD est le concept de coopération Sud-Sud qui vise à promouvoir les investissements asiatiques vers le continent africain. Cependant, un think tank du MOFA conclut dans son rapport à propos de cette coopération que, « jusqu'à présent, il existe très peu d'exemples de coopération Sud-Sud, et cette initiative manque de réalisations concrètes » (Ohara, 2003).

En définitive, il ressort de cette deuxième incursion dans les affaires diplomatiques japonaises que les relations nippo africaines jusqu'en 1990 sont plus caractérisées par une diplomatie de l'immobilisme, au regard du rang mondial économique acquis par l'Empire du Soleil-Levant depuis les années 1960. Elles se présentent prima facie, comme un « archétype » de rapports politiques et économiques limités car véritablement, « il n'apparaît pas que l'Afrique ait pu bénéficier des effets influents, c'est-à-dire bénéfiques du développement spectaculaire du Japon » (Essengue Essono, 1991 : 34). La fin de la Guerre Froide permet aux relations nippo africaines de prendre une orientation différente où manifestement, Tokyo veut renforcer ses liens avec le continent noir. Ce virement d'attitude par le biais d'une série d'initiatives politico-diplomatiques consacre une nouvelle ère de relations entre le Japon et l'Afrique ; la finalité étant de se hisser au niveau de chef de file mondial sur le plan politique dans son soutien à des initiatives africaines (Cornelisen, 2004a : 41). Dans cette perspective, la mise sur pied de la TICAD, la « grand-messe » de la coopération japonaise avec l'Afrique, se situe moins comme un argumentaire visant à concrétiser son engagement au développement africain que comme un instrument diplomatique de la visibilité du Japon non seulement en Afrique, mais aussi dans le monde. Cela pose la question des effets et des enjeux qui gravitent autour de l'offensive nippone sur la scène diplomatique africaine.

DEUXIEME PARTIE :

LES EFFETS ET LES ENJEUX DE L'OFFENSIVE POLITICO-DIPLOMATIQUE DU JAPON

Le monde du nouveau siècle ne connaîtra la stabilité et la prospérité que si les problèmes de l'Afrique sont résolus. Fort de cette conviction qui fait désormais partie de ce que nous appelons la « pharmacopée lexicale » de sa politique africaine, le Japon s'emploie activement à mobiliser les partenaires de la communauté internationale pour apporter son appui aux efforts de l'Afrique confrontée aux défis du développement. Le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c'est-à-dire promouvoir tout homme et tout l'homme. Le développement devient pour reprendre le célèbre aphorisme du Pape Paul VI (1967 : 22), « le nouveau nom de la paix ». A la 46ème Assemblée Générale des Nations Unies en 1991, l'Empire du Soleil-Levant a appelé à une aide permanente en faveur de l'Afrique à une période où l'assistance financière aux pays africains a été éclipsée par une lassitude en matière d'aide qui a semblé gagner la communauté internationale suite à la fin de la Guerre Froide.

Depuis lors, la situation dans laquelle évolue le continent noir a connu l'émergence de nouveaux donateurs. Le commerce et l'investissement par le secteur privé, indispensables aux initiatives de l'Afrique pour réduire la pauvreté et parvenir à une croissance économique autonome, ont eux aussi connu un léger frémissement. Le Japon dont la gestion fragmentée de l'APD a souvent été critiquée, a contribué pour sa part à ce regain d'intérêt avec « une aide qui a eu sur le développement en Afrique, un impact positif et des résultats supérieurs à celle d'autres bailleurs de fonds » (Lancaster, 1999 : 183). L'objectif de cette deuxième partie est de mettre en lumière les effets et les enjeux qui gravitent autour de la proactivité nippone sur l'échiquier africain. Nous entendons éclaircir ces effets en prenant un cas précis pour mieux nous édifier. Ce point focal est la dynamique coopérationnelle entre le Japon et un pays d'Afrique que Jean Imbert (1982 : 3) considère d'ailleurs comme « le centre de gravité du continent noir », à savoir le Cameroun  (chapitre III). Il s'agira par la suite de décliner les enjeux que révèle l'entreprise diplomatique de la « démocratie d'âge mûr  de l'Extrême-Orient » (Hook, Gilson, Hughes and Dobson, 2001) dans son ambition de reconquérir l'espace international (chapitre IV).

CHAPITRE III :

LES EFFETS DE L'OFFENSIVE NIPPONE A LA LUMIERE DE LA COOPERATION ENTRE LE JAPON ET LE CAMEROUN

A Oita, grouillante métropole située à l'extrême Ouest du Japon, dans la région de Kyushu, les rencontres internationales de football, se déroulent dans un stade ayant la forme d'un gros oeil. D'où sa dénomination en anglais  « Big Eye ». Et dans l'après-midi ensoleillé du mercredi 19 novembre 2003, un groupe d'une dizaine d'artistes musiciens et danseurs, venus du Cameroun s'emploie à l'animer, à l'occasion d'une prestation musicale et chorégraphique (Culture Infos n°007, Août 2004). Le Cameroun et le Japon sont deux pays dont les cultures n'ont que très peu de similitudes. Pourtant, les contacts entre ces deux nations sont relativement anciens et même antérieurs aux années 1960. Ils ont abouti par la force des choses à l'établissement des liens diplomatiques matérialisés par l'ouverture réciproque de missions diplomatiques et l'échange d'ambassadeurs.

Les relations nippo camerounaises ont elles lato sensu une consistance sur le plan politico-diplomatique ? La thèse de la rareté des échanges culturels entre les deux peuples est-elle fondée ? Peut-on qualifier les relations commerciales et économiques entre Tokyo et Yaoundé de fructueux ? « L'ouverture diplomatique tous azimuts qui est l'un des credo majeurs de la politique étrangère du Cameroun » (Mouelle Kombi, 1996 : 143) permet t'elle une certaine visibilité de l'aide japonaise dans ce pays d'Afrique centrale ? Notre propos dans ce chapitre illustratif des effets de l'offensive nippone en direction de l'Afrique, est de montrer que le Japon et le Cameroun entretiennent de bonnes relations d'amitié, de compréhension mutuelle, qui surtout depuis 1991 ne cessent de se diversifier. Aussi, nous pouvons noter un réchauffement politico-diplomatique et culturel (section I). Il se conjugue par ailleurs avec des relations commerciales et économiques anciennes et denses (section II). Nous dénombrons également les fruits juteux qui mettent en relief l'aide japonaise au développement du Cameroun (section III).

SECTION I : LE RECHAUFFEMENT POLITICO-DIPLOMATIQUE ET CULTUREL

La coopération entre les Etats peut se stabiliser grâce à « de vastes accords qui définissent le régime international » de telle ou telle activité, des règles qui n'interdisent pas que naisse « un intérêt commun, représentant lui-même plus que la somme des avantages particuliers » écrit Serge Sur (2006:29). Dans le cas des relations nippo camerounaises, il est à observer que sur le plan politico-diplomatique, elles sont surtout depuis la fin de la Guerre Froide « replètes » (A) et que les échanges notamment socio culturels entre les deux peuples se sont développés (B).

A- Le Japon et le Cameroun : des relations politico-diplomatiques progressivement « replètes »

Elles se manifestent aussi bien au niveau des bases des liens diplomatiques (1) que des échanges des visites des Hommes d'Etat (2).

1- Les bases des relations diplomatiques

Les premiers contacts entre le Japon et le Cameroun sont antérieurs à la Deuxième Guerre Mondiale puisqu'il est signalé la présence nippone parmi les partenaires commerciaux du Cameroun en 1938. En janvier 1960, date d'accession à l'indépendance, le Cameroun devient un acteur des relations internationales et « sujet à part entière du droit international » (Ndam Njoya, 1972 : 273) en établissant des relations diplomatiques avec des Etats comme le Japon, représenté aux cérémonies par M. Fujieda. Une option fondamentale, « notre politique de non alignement et de coopération nous porte tout naturellement à dépasser le cadre de l'Afrique (...) pour étendre la trame de nos amitiés à d'autres régions du monde, notamment à la lointaine Asie, berceau de toutes les grandes potentialités économiques et humaines » assure le Président camerounais Ahmadou Ahidjo (1976:132). Bernard Chantebout (1986 : 10) ne parle pas d'autres choses en insistant sur la nécessité pour les peuples d'Afrique et d'Asie de s'entraider par l'affirmation de leur solidarité.

Malgré la signature de quelques traités, l'officialisation des relations entre le Japon et le Cameroun a revêtu un caractère plus symbolique que pratique car pendant plus de 25 ans, ces deux Etats n'ont pas procédé à des échanges de représentants résidents. Les intérêts du Cameroun dans l'archipel nippon ont été gérés par l'ambassadeur camerounais à Pékin depuis décembre 1972, idem pour celui du Japon à Libreville (voir tableau VII). Ce qui a amèné certains observateurs politiques à noter « la faiblesse des flux politiques » (Mbogning, 1999 : 146) des relations nippo camerounaises. Les nominations des premiers ambassadeurs, avec ouverture d'ambassade à Tokyo et à Yaoundé sont intervenues respectivement en 1987 pour le Cameroun, et 1991 pour l'Empire du Soleil-Levant. Avec la fin de la Guerre Froide, le Japon a pris l'initiative d'élargir son rayon d'actions dans le domaine des relations publiques internationales et plus précisément en Afrique. C'est pourquoi « dans un souci d'efficacité, le MOFA a entrepris d'implanter dans les pays amis, des représentations diplomatiques avec un personnel capable de mener des études afin de renseigner le gouvernement japonais sur les besoins réels des populations » (Kouakam Mbenjo, 2005 : 35). Depuis 1991, cinq diplomates nippons se sont succédé à la tête de l'ambassade à Yaoundé à savoir par ordre d'arrivée, Suzuki Tadashi, Takeru Sassaguchi, Namio Takagi, Masaki Kuneida et l'actuel Kensuke Tsuzuki. Ce dernier qui a accompli sa carrière au sein de nombreuses représentations diplomatiques japonaises à l'étranger et occupé le poste de directeur de la première division de l'Afrique au MOFA, a présenté ses lettres de créance au chef de l'Etat camerounais le 28 décembre 2006. Le diplomate Lejeune Mbella Mbella, deuxième ambassadeur49(*) du Cameroun au Japon, a quant à lui présenté les siennes au prince héritier le 18 juin 2002.

Les deux pays sont respectueux du principe de non ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats et se soutiennent mutuellement au sein des institutions internationales. C'est ainsi que le Cameroun a apporté son soutien à la candidature de Koïchiro Matsuura, alors ambassadeur du Japon en France, au poste de directeur général de l'UNESCO. L'Empire du Soleil-Levant qui abrite le siège de l'Organisation Internationale des Bois Tropicaux (OIBT) a soutenu de son côté, l'élection le 12 mai 2007 d'Emmanuel Ze Meka au poste de directeur exécutif de cette instance, avec rang de secrétaire général adjoint de l'ONU. Paul Bamela Engo a aussi eu à bénéficier de l'appui nippon50(*) pour son élection à la fonction de juge au tribunal international du droit de la mer à Hambourg. Le Cameroun a par ailleurs obtenu le « soutien du Japon qui siège au conseil d'administration du FMI lors de l'examen du dossier d'atteinte du point d'achèvement de l'initiative PPTE » (Cameroon Tribune n°8588/4787, 28 Avril 2006). Les 23 et 24 Juin 2003 déjà, le Cameroun a eu à abriter l'une des trois réunions préparatoires de la TICAD III. Une véritable entreprise diplomatique qui a renforcé l'axe Tokyo-Yaounde. Selon Seigi Hinata, ambassadeur chargé de la TICAD III, ce choix n'est pas le fruit du hasard puisque « le Cameroun est devenu un grand pilier de la croissance économique dans la région. Il faut le soutenir en renforçant l'éducation de sa jeunesse, en améliorant ses télécommunications ; notamment l'Internet, en formant des techniciens dans le domaine de l'électronique, de sorte que les investisseurs qui font les affaires via Internet aient des raisons supplémentaires de s'installer au Cameroun » (Cameroon Tribune n° 7867/3156, 25 juin 2003). Les experts de 25 pays d'Afrique centrale et occidentale, le PNUD, les Nations Unies, la Banque Mondiale, la CMA sont venus à Yaoundé pour examiner les thèmes relatifs au développement des Etats ainsi que les modalités d'appui du processus de la TICAD à la mise en oeuvre du NEPAD. De cet ensemble de données, quelle perception théorique pourrait-on déduire des liens politico-diplomatiques entre le Japon et le Cameroun ?

Pour Pascal Dejoli Mbogning (1999 : 55), la coopération qui existe entre Tokyo et Yaounde se trouve simplement dans la perception par les Etats de la nécessité d'entraide mutuelle et de la coexistence pacifique. Ce que les auteurs internationalistes ont appelé « l'interdépendance », une approche harmoniste qui envisage la société internationale comme un tout, dont l'autonomie des éléments ne doit pas masquer la solidarité (Sur, 2006). Cette notion qui s'est développée dans les années 1960, id est au moment même où les jeunes nations indépendantes étaient à la recherche des partenaires, est une notion multidimensionnelle qui englobe aussi bien des aspects politiques que socio culturels (Huntzinger, 1987 : 187). Nous pouvons ainsi relever que le Japon et le Cameroun sont tous les deux, membres des Nations Unies et des institutions spécialisées de l'ONU. A ce titre, les deux pays ont une similitude de vues sur les grands problèmes internationaux notamment sur la détente, la sécurité internationale, le désarmement et la résolution des conflits par les moyens pacifiques et le dialogue. Ce n'est donc pas une surprise par exemple, que Tokyo ait réagi positivement après la signature des accords de Greentree51(*) du 12 juin 2006, relatifs au règlement pacifique du conflit frontalier sur la péninsule de Bakassi entre le Cameroun et le Nigeria qui a respecté le principe de l'uti possidetis. Dans son souci de consolider les acquis de paix et d'accompagner la gouvernance démocratique, le Japon a entrepris certaines initiatives.

Durant les dernières élections Présidentielles de 2004, le gouvernement nippon a offert des urnes transparentes, formé des observateurs notamment ceux de l'ONG Conscience Africaine- qui a reçu un don de 8 400 000 Fcfa- et affecté une dotation financière à l'Observatoire National des Elections (ONEL) pour le suivi du déroulement des dites opérations. « Cette action peut être vue comme un acte de prévention des conflits quand on sait qu'une élection mal organisée et mal gérée peut être l'étincelle qui amène une guerre civile » (Kouakam Mbenjo, 2003 : 41). Dans le cadre de l'appui au cinquième programme du RECAMP, qui entend donner aux pays africains les capacités à maintenir eux-mêmes la paix en Afrique, le Japon a financé la construction et l'équipement d'un magasin de médicaments à Garoua (Cameroon Tribune n°8635/4834, 06 juillet 2006). Pour Alain Fogue Tedom (2003 : 191), il est important de souligner que toute démarche internationale qui vise à aider l'Afrique noire à rompre avec la violence et, plus particulièrement la violence politique, doit privilégier l'instauration de l'Etat de droit et donc de la sécurité. Ainsi, l'évocation des bases de l'établissement de relations diplomatiques conduit naturellement à l'étude des échanges des visites entre les dirigeants des deux pays.

2- Les échanges de visites des Hommes d'Etat

Les échanges de visites entre les dirigeants de deux pays sont ils des indicateurs indéniables de l'état de leurs rapports ? Les analyses de manière générale convergent dans sa prise en compte. D'après Serge Sur (2006), l'accent est mis sur les relations politiques car elles sont considérées comme de relations de puissance, accordant une grande importance au facteur matériel c'est-à-dire diplomatique. Il est vrai comme le précise le même auteur, que le coeur de la théorie réaliste reste la logique de « la recherche de l'intérêt national qui est la conservation, voire l'expansion de la puissance de l'Etat ». La modestie du nombre des visites d'Hommes d'Etat entre le Japon et le Cameroun a avant la décennie des années 1990, fait penser à une « fébrilité diplomatico-politique » (Mbogning, 1999 :148). En effet, en parcourant les tableaux IX et X de notre document, nous nous rendons bien compte que les seuls faits d'armes à signaler du côté camerounais sont la visite du Président Ahidjo en avril 1973 et celle du ministre des relations extérieures, Jacques Roger Booh Booh en 1989 à Tokyo. Et côté japonais, il n'y a que celle du vice ministre des affaires étrangères, madame Moriyama en juillet 1985. Ces relations par la suite vont s'intensifier au niveau du Cameroun, « par une politique de présence et de participation active et réaliste qui s'efforcera de consolider toujours davantage l'indépendance et le rayonnement du Cameroun », écrit Maurice Kamto (1985 : 15).

C'est ainsi que le 12 novembre 1990, le Président Paul Biya qui « a un rôle de premier plan dans l'élaboration et la direction de la politique étrangère et donc dans l'encadrement politique des compétences internationales du Cameroun » (Mouelle Kombi, 1996 : 15) assiste, pour sa première visite officielle à l'Empire du Soleil-Levant, aux cérémonies d'intronisation de sa majesté Akihito52(*), 125ème empereur du Japon. La deuxième visite officielle du chef de l'Etat camerounais a eu lieu du 29 septembre au 1 octobre 2003, en compagnie d'autres dirigeants d'Afrique et du monde pour prendre part à la TICAD III. Une rencontre de toute première importance marquée par l'adoption d'une déclaration qui exprime clairement la volonté partagée du Japon et de l'Afrique de donner un nouvel élan à leur coopération.

Tableau IX : Visites officielles des personnalités camerounaises au Japon

 
 

Président de la République

- Avril 1973 

- Février 1990

- Septembre 2003

- Avril 2006

Président Ahmadou Ahidjo

Président Paul Biya

Président Paul Biya

Président Paul Biya

Ministres

- 1989

- 1998

- Octobre 1998

- Juin 2001 

- Décembre 2001

- Mai 2002

- Novembre 2003

- Janvier 2006

- Août 2007

Jacques Roger Booh Booh, ministre des relations extérieures

Charles Etoundi, ministre de l'éducation nationale

Justin Ndioro, ministre des investissements publics et de l'aménagement du territoire

Pierre Hele, ministre du tourisme

Joseph Owona, ministre de l'éducation nationale

Shey Jones, secrétaire d'Etat au plan et à l'aménagement du territoire

Bidoung Mpkatt, ministre de la jeunesse et des sports

Joseph Owona, ministre de l'éducation nationale

Haman Adama, ministre de l'éducation de base

Augustin Edzoa, ministre des sports et de l'éducation physique

Source : auteur

Dans son intervention à la tribune de la TICAD III, Paul Biya a souligné que cette initiative « a effectivement contribué à susciter un plus grand intérêt pour l'Afrique sur la scène internationale » (Cameroon Tribune n°7941/4230, 30 septembre 2003). En plus de son tête à tête avec l'empereur Akihito, il a eu des échanges avec le Premier ministre Junichiro Koïzumi. Il a rencontré également l'honorable Eto Seihiro, Président de la ligue parlementaire du groupe d'amitié Japon-Cameroun. Rien n'a filtré de cet échange, mais il est aisé de situer son importance dans le renforcement des relations de coopération entre les deux pays. Le landerneau médiatique53(*) a fait remarquer le rôle croissant de la diplomatie parlementaire ; menée dans le cadre des rapports interparlementaires par ceux là même qui votent les textes régissant les volets social, économique ou culturel de la coopération.

Tableau X : Visites officielles des personnalités japonaises au Cameroun

Juillet 1985

Moriyama, vice ministre des affaires étrangères

Août 1999

Koïchiro Matsuura, ambassadeur du Japon en France

Juin 2000

Yasikuni Enoki, directeur général des affaires du Moyen - Orient et de l'Afrique au MOFA

Janvier 2002

Yamaguchi Tamei, secrétaire parlementaire au MOFA

Février 2003

Yasumu Sakamoto, maire de Nakatsue Mura

Juin 2003 :

Seigi Hinata, ambassadeur chargé de la TICAD III

Janvier 2004

Koïchiro Matsuura, directeur général de l'UNESCO

Août 2004 

Etoh Seishiro, Président de la ligue d'amitié parlementaire Japon /Cameroun

Janvier 2005

Itsunori Onodera, secrétaire parlementaire au MOFA

Février 2005

Yasumu Sakamoto, maire de Nakatsue Mura

Juin 2005

Namio Takagi, conseiller spécial du ministre japonais de l'agriculture et de la pêche

Février 2006

Masaru Miwa, maire de Tsushuma City

Juillet 2006

Yamagiwa Daishiro, parlementaire

Août 2006

Seiken Sugiura, ministre de la justice

Octobre 2006

Kazuhisa Matsuoka, vice-Président de la JICA

Source : auteur

Il est à noter également que du 16 au 20 Avril 2006, à la tête d'une importante délégation ministérielle, le Président camerounais a effectué sa troisième visite officielle en terre nippone. Une rencontre au sommet avec le Premier ministre japonais suivi d'un déjeuner en sa résidence ; une audience de première importance avec sa majesté impériale suivi d'un déjeuner dans l'intimité du palais; un contact chaleureux avec les Camerounais résidant au Japon et puis un détour à Kyoto, ancienne capital impériale, auront été les grands moments de ce séjour. Pour Masaki Kuneida, alors ambassadeur japonais à Yaoundé, « c'est la première visite officielle dans un cadre strictement bilatéral. Maintenant qu'elle est achevée, il va sans dire que nos relations bilatérales en sortent renforcées » (Cameroon Tribune n°8384/4783, 24 Avril 2006).

Que dire à présent des visites des ministres camerounais dans l'archipel ? Elles ont pour la plupart été motivées par les signatures de contrats pour les projets de construction des écoles primaires ou la participation à des compétitions sportives. Si le champ de la manoeuvre diplomatique s'est élargi, ces déplacements des dirigeants politiques camerounais montrent bien que l'approche méthodologique n'a pas changé pour une raison qui n'est pas négligeable ; à savoir que la politique entre les Etats reste dominée par les facteurs psychologiques qui animent toutes les activités sociales. D'ailleurs, pour Alain Plantey (1993 : 372), « il ne faut pas y chercher autre chose que la transposition de ce que l'être humain, en collectivité ou individuellement, contient en lui-même ». La mobilisation de la plupart des activités humaines résultant du sentiment d'un besoin et de la recherche d'un avantage. Dès lors, il est possible de reconnaître avec Kontchou Kouomegni (1977 : 114) que, «  grâce à l'analyse des déplacements des hommes politiques, considérés comme complément à l'étude faite sur les échanges de missions diplomatiques permanentes, on peut apprécier l'orientation géographique et idéologique du comportement international des gouvernements africains ».

Photo2 : le Président camerounais Paul Biya et son épouse en compagnie de sa majesté impériale Akihito lors de la visite officielle d'avril 2006 à Tokyo.

Source : Cameroon Tribune n° 8584/4783, 24 avril 2006 P.1

Photo 3 : Le Président camerounais Paul Biya et le Premier ministre japonais, Junichori Koïzumi lors de la visite officielle d'avril 2006 à Tokyo.

Source : Cameroon Tribune 8584/4783, 24 avril 2006. P.1

Au niveau des personnalités japonaises qui se sont rendues au Cameroun, il est à marquer particulièrement la visite en août 2006, de Seiken Sugiura, ministre de la justice, numéro deux du gouvernement et secrétaire général de l'association des parlementaires du groupe d'amitié Japon-UA. Il s'agissait de la toute première d'un ministre japonais en exercice. Constatant de visu des écoles primaires à Yaoundé et le centre de pêche de Kribi, fleurons de la coopération nippone, Seiken Sugiura affirme que « le Japon garde une image indélébile du passage des Lions Indomptables lors de la coupe du monde de football 2002 ». Selon lui, les succès de ces derniers illustrent bien les potentialités d'un pays considéré comme étant « l'Afrique en miniature » (Cameroon Tribune n°8659/4858, 09 Août 2006).

Deux autres déplacements à caractère politico-diplomatique ne sont pas passés inaperçus. Il y a d'abord en janvier 2005, celui du secrétaire parlementaire Itsunori Onodera à la tête d'une importante délégation des responsables du MOFA. Il a visité les installations du Port Autonome de Douala (PAD) qui a bénéficié d'un prêt de 30 milliards de FCFA du gouvernement japonais pour l'acquisition des équipements servant à la manipulation des conteneurs. La seconde descente sur le terrain a eu lieu à Sangmelima, chef lieu du département du Dja et Lobo, province du Sud, dans l'une des 96 écoles primaires construites dans différentes localités du Cameroun. Cette visite de travail a été sanctionnée par la signature d'un accord de coopération technique54(*) entre les deux pays. Ensuite et enfin celui médiatisé du directeur général des affaires du Moyen-Orient et de l'Afrique au MOFA, Yasikuni Enoki en juin 2000, qu'on peut valablement considérer comme un prodrome des nouvelles priorités de la diplomatie nippone en direction du continent noir pour le 21ème siècle. A la suite de Stein Rynning (2001), nous nous apercevons ainsi que le projet diplomatique se fonde sur un agenda stratégique fait d'échanges de visites des Hommes d'Etat qui partagent une même vision de l'ordre international. En est - il de même pour les relations socio culturelles entre le Japon et le Cameroun ?

B- Le Japon et le Cameroun : des relations socioculturelles en développement

Les relations socioculturelles entre le Japon et le Cameroun dans le passé n'ont pas été « abondantes » (Mbogning, 1999:163). Elles se sont entre temps développées d'une manière significative depuis 1991, tant sur le plan de la coopération décentralisée (1) que sur celle des échanges entre les peuples (2).

1- Vers de nouveaux horizons : l'oriflamme de la coopération décentralisée

Les premiers jalons de coopération décentralisée entre le Cameroun et le Japon ont été posés à l'occasion de la 17ème coupe du monde de football, au Japon au courant de l'année 2002. L'équipe de football des « Lions Indomptables » a été accueillie par la ville japonaise de Nakatsue Mura, dans la province d'Oita. Le Ministère des Relations Extérieures (MINREX) et le Fonds Spécial d'Equipement et d'Intervention intercommunale (FEICOM), ont posé les bases de cette coopération lors d'une mission conjointe effectuée au mois de mai et juin 2002. Depuis que Nakatsue Mura, petit village de près de 5 000 habitants a servi de camp de base aux  «Lions Indomptables », le maire de cette commune, Yasumu Sakamoto et sa population entretiennent d'excellentes relations d'amitié et d'accords de jumelage entre Nakatsue et la commune de Meyomessala d'une part, et entre Sangmelima et Oita d'autre part.

Les couples Sangmelima/Oita et Meyomessala/Nakatsue ont constitué le coup d'envoi et le modèle d'un processus appelé à s'élargir dans le cadre de la Cameroon-Oita Friendship Association. Le maire de la commune de Meyomessala a accueilli une délégation conduite par le maire de Nakatsue Mura, forte d'une quarantaine de membres en février 2003. Une délégation de la préfecture d'Oita, conduite par son gouverneur, s'est également rendue à Sangmelima au cours du mois d'octobre de la même année. Dans cette logique, « des conventions de jumelage ont été signées entre les deux parties, où celles-ci, s'engageaient à coopérer dans divers domaines, notamment le domaine socioculturel, incluant l'éducation » (Le Communal n° 10, novembre 2006). Il était en effet question d'encourager les échanges constructifs entre établissements scolaires relèvant de leur circonscription respective. La principale réalisation de la partie japonaise dans le domaine de l'éducation est un projet d'aménagement de l'école des villages Efoulan/Yassaman près de Meyomessala dont le contrat de don a été signé le 07 Janvier 2004. A la fin du projet, survenue le 06 Janvier 2005, une somme totale de 48 140 100FCFA avait été déboursée. L'objectivation de ce qui précède peut conduire à la mise en exergue d'une coopération décentralisée concrète reflétant un dynamisme politico - diplomatique. Un tel constat positif, à en croire Zaki Laïdi (1993 : 66) ne peut pas être le résultat de l'accumulation matérielle. Il faut plutôt y trouver le poids de l'histoire, la vitalité d'un appareil diplomatique ou le sens de l'opportunité politique des dirigeants qui introduisent aussi des différentiels de puissance significatifs.

Les déclarations des maires japonais à l'endroit du Cameroun, non dénuées d'admiration et de lyrisme semblent le confirmer. Pour celui de la ville de Tsushima City, Masura Miwa, « l'image que les Japonais ont du Cameroun est celle d'un pays qui dispose d'une grande équipe de football  les Lions Indomptables. Nous devons ainsi travailler pour renforcer les relations de coopération qu'entretiennent depuis des années nos deux pays »  (Cameroon Tribune n°8384/4783, 24 Avril 2006). Ainsi parlait le maire de la ville japonaise de Tsushima City, Masura Miwa. C'était à l'issue d'une audience que venait de lui accorder au nom du ministre camerounais des relations extérieures, le ministre délégué chargé des relations avec le monde islamique,Adoum Gargoum. « Nous allons travailler dans une dynamique qui vise à intéresser davantage les citoyens et surtout les hommes d'affaires de Tshushima City à investir au Cameroun » a-t-il ajouté, indiquant en outre que son séjour avait un but exploratoire. Il en a profité notamment pour rencontrer les maires d'Awae, Esse, Mfou, Nkol Afamba et Soa. Au menu : des perspectives de partenariat entre la mairie japonaise et celles de la Mefou et Afamba. La visite de Masura Miwa fait suite à la participation du Cameroun à la foire universelle d'Aichi en 2005. Le ministre du commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, y a trouvé un partenaire attentif en la personne du maire de Tsushima City. « Après avoir soutenu une soirée culturelle et pour le Cameroun, ce dernier avait alors pris langue avec le ministre pour aboutir à des partenariats » (Cameroon Tribune n°8536/4735, 14 Février 2006). Nous pouvons remarquer de la sorte, que les échanges entre les deux peuples se sont multipliés à travers des initiatives exaltant l'excellence de relations nippo camerounaises.

2- Les échanges entre les peuples : une multiplicité d'initiatives

Le 27 Octobre 2006, la coopération entre le Cameroun et le Japon a marqué un grand pas  en avant avec l'inauguration officielle du bureau de la JICA à Yaoundé55(*). La cérémonie a donné l'occasion de revisiter le chemin parcouru depuis 1965- année au cours de laquelle a commencé la relation entre le Cameroun et la JICA- et de se projeter vers l'avenir. Dans son discours inaugural, le vice Président de la JICA, Kazuhisa Matsuoka a révélé que le nouvel élan « permet désormais d'activer les échanges réciproques entre les peuples camerounais et japonais » (Cameroon Tribune n°8714/4913, 30 Octobre 2006). Cette option se concrétise avec l'affectation au Cameroun de six volontaires japonais. Ces pionniers issus du programme JOCV, ont pour mission pendant leur séjour de deux ans, de « contribuer au renforcement de la capacité de développement de leur pays d'accueil, le Cameroun, en vivant et en travaillant avec son peuple ». Toutes choses qui augurent de nouvelles retombées qui vont certainement booster une relation qui, bien que très chaleureuse et fructueuse n'a pas encore atteint son paroxysme, comme l'a si bien fait remarquer M. Kazuhisa Matsuoka. Dans un milieu mondial d'une prodigieuse vitalité, de telles initiatives fournissent des facilités, des occasions, des lieux de rencontre, des médiations par des conseils entre différents peuples. « Ces forces économiques et culturelles ne sont pas toutes pacifiques, mais elles obligent la diplomatie à prendre en meilleure considération les préoccupations concrètes des citoyens » (Plantey, 1993 : 375).

Ainsi, les 26, 27 et 28 Août 2007, une vingtaine de maîtresses du primaire et de la maternelle ont participé à Mfou et à Mbalmayo à un séminaire sur les techniques pédagogiques par le jeu, sous la houlette de ces volontaires japonais. Cette rencontre de sensibilisation et d'informations sur l'éducation de la petite enfance est intervenue dans le cadre des stages effectués par deux directrices d'écoles maternelles, les dames Mengue Mvogo et Lema Marguerite au Japon. Les deux enseignantes ont bénéficié de cette formation grâce à la JICA56(*) (Cameroon Tribune n°8918/5117, 23 Août 2007). Depuis 1980, c'est plus de 200 Camerounais, hommes et femmes qui ont pu bénéficier de ce programme pour des durées de 6 semaines à 8 mois. Ces stages se font dans des domaines aussi variés que la planification économique, les télécommunications, le développement urbain, l'agriculture, la sécurité alimentaire, l'éducation, la douane, la mécanique (Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 : 27). Pour renforcer les liens entre les deux peuples, une association des anciens stagiaires de la JICA avec comme premier Président Emmanuel Mbarga, a vu le jour et est installée à Yaoundé. Les Camerounais résidant au Japon se sont aussi regroupés, autour de M. Fru Anthony, leur Président.

Photo 4 : Timbre poste exaltant l'excellence des relations nippo camerounaises

Source : Cameroon Postal Services

Au mois de novembre 2003, une semaine culturelle camerounaise au Japon et précisément à Oita-Nakatsue, baptisée « vent du Cameroun », s'est déroulée suivant un scénario bien articulé. Un groupe d'artistes, musiciens et danseurs venus du Cameroun ont eu à interpréter au stadium du « Big Eye », un thème populaire japonais « Sukiyeki Song » repris en choeur, par les 40 000 spectateurs qui ont peuplé les gradins de ce joyau architectural, dans l'attente du match de football devant opposés leur équipe nationale à celle du Cameroun. Les autres modules ont été une exposition comprenant grosso modo, des objets culturels et d'artisanat d'art ; une dégustation du café et du jus d'ananas du Cameroun, appréciés par les Japonais qui ne tarissent pas d'éloges à l'endroit de ce label agricole ; et une concoction articulée notamment autour des thèmes de Richard Bona, en vogue dans certains milieux musicaux du Japon (Culture Infos n°007, août 2004).

A l'invitation du chef de l'Etat camerounais, le directeur général de l'UNESCO, le Japonais Koïchiro Matsuura a effectué une visité officielle en Janvier 2004. Que faut-il en retenir ? Celui qu'on appelle le « patron des cultures du monde » a eu à recevoir le doctorat honoris causa de l'Université de Yaoundé II. Il a également parcouru en un lieu-le musée national-la diversité culturelle du pays que Jean Imbert (1982 : 3) a qualifié d' « Afrique en réduction ». Pas moins de 35 groupes de danses épousant les quatre grandes aires culturelles du pays (Fang-Beti, Sawa, Grassfieds et Soudano-Sahelienne) ont investi son esplanade, témoignant au-delà, les liens étroits qui unissent Tokyo et Yaoundé. Dans un espace mondial qui se rétrécit, le grand rôle de la diplomatie est de franchir l'obstacle culturel qui sépare et parfois oppose les peuples suivant l'histoire, la race, la religion et d'autres facteurs dans une diversité qui stimule les civilisations (Smouts, 1999 ; Barston, 1997 ; Merle, 1988). L'image qualifiée de « très belle » (Cameroon Tribune n°9270/4469, 18 Janvier 2005), par le secrétaire parlementaire au MOFA, Itsunori Onodera, que les Japonais se font du Cameroun, est inhérente aux prestations de son équipe nationale de football.

Après 2001 (coupe des confédérations), 2002 (coupe du monde), 2003 (match amical à Oita, les « Lions Indomptables » ont séjourné pour la quatrième fois au pays du Soleil-Levant. Ils ont affronté pour la troisième fois de l'histoire la sélection nationale japonaise, le 22 Août 2007 et ont perdu par zéro but contre deux. Les deux équipes se sont opposées en 2001(victoire du Japon : 2-0) et en 2003 pour leur premier match amical qui s'est soldé par un score vierge (0-0). Ça été ibidem à Oita, ville qui a souvent déroulé le tapis rouge au propre comme au figuré aux Camerounais. Il est à noter que le « Lion Indomptable » Patrick Mboma a évolué au Japon et que deux Japonais en l'occurrence, Kimitoshi Nougawa et Ryo Tokuza ont fait partie des effectifs du Canon Sportif de Yaoundé au cours de la saison 2004-2005. Les Japonais et les Camerounais ont appris à se fréquenter et à s'estimer. L'on relève ainsi plusieurs mariages comme celui d'Engwari Pamela avec un Nippon (Cameroon Tribune n°8584/4783, 24 Avril 2006). Le docteur MaSuda Hideo qui a passé une dizaine d'années dans les formations hospitalières camerounaises de 1994 à 2005, a été décoré lors du dernier séjour du Président Paul Biya dans l'archipel.

Par le biais du projet Cisco lancé au Cameroun en mars 2001, et dont l'académie régionale est installée au centre de calcul de l'Université de Yaoundé I, le Japon avec le soutien du PNUD, a contribué à l'amélioration des performances des étudiants en technologies de l'information et de la communication. Il est à noter également l'échange de documents et des idées à travers des revues et autres ouvrages de vulgarisation régulièrement distribués par l'ambassade du Japon à Yaoundé. Cette dernière procède depuis mai 1998 à des séances d'échanges culturels dans les établissements scolaires secondaires (Cameroon Tribune n° 6709/2998, 22 Octobre 1998). Dans cette optique, un organe d'expressions a été mis sur pied. Il s'agit d'un journal trimestriel publié par l'ambassade denommé Sakura. Concernant les conférences de presse, l'ambassade en a fait usage plus d'une fois pour expliquer la politique diplomatique nippone au Cameroun, à l'instar de celle organisée le 15 mai 2004 à l'Université de Yaoundé I au cours de laquelle, son excellence Masaki Kuneida a présenté les résultats et résolutions des différentes TICAD. Un reportage conçu en juin 2005 par la Cameroon Radio and Television (CRTV), souvent rediffusé, montre le même diplomate se rendant à Doualayel, une localité particulièrement excentrée du département du Faro et Deo, province de l'Adamaoua, pour rencontrer un élève du Collège d'Enseignement Secondaire (CES) de céans, dénommé Hassan Malam Kaoua. La prouesse de ce dernier est celle d'avoir appris à écrire et à s'exprimer parfaitement en japonais avec pour unique modus operandi l'écoute régulière et les documents envoyés par le service français de la NHK Radio Japan. Avant l'ambassadeur, il n'avait pas encore vu un seul compatriote de l'empereur Akihito.

Ce constat du réchauffement politico-diplomatique et culturel des relations nippo camerounaises depuis 1991 nous conduit à la découverte de l'état des liens commerciaux et économiques.

SECTION II : LES LIENS COMMERCIAUX ET ECONOMIQUES ANCIENS ET DENSES

Si les relations politico-diplomatiques entre le Japon et le Cameroun ont connu dès le départ une certaine fébrilité, la plupart d'observateurs s'accordent à avancer que les liens commerciaux et économiques entre ces deux Etats sont intenses (Mbogning, 1999: 149 ; Mouelle Kombi, 1996 : 175). Bien plus, ils ont le caractère particulier d'être anciens car, volens nolens, ces liens sont antérieurs à 1960, année de l'indépendance du Cameroun. Ainsi examinerons nous, la consistance des relations commerciales (A) et la tangibilité de la coopération économique entre ces deux pays (B).

A- La consistance des relations commerciales nippo camerounaises

Comme l'a souligné en septembre 1962, le Président de la République fédérale du Cameroun, Ahmadou Ahidjo (cité par Biwole Meke, 1989 : 51) lors de la présentation des lettres de créance de l'ambassadeur du Japon accrédité au Cameroun, «  les relations commerciales entre le Japon et le Cameroun sont fructueuses ». Les premiers échanges remontent en effet vers les années 1930. En 1938, le Cameroun a importé du Japon des biens d'une valeur de 31 millions de FCFA (Ndam Njoya, 1972 : 248). Depuis lors, ces échanges se sont développés allant des joint-ventures aux investissements japonais au Cameroun (1) in transitu par la promotion mutuelle des produits nationaux (2).

1- Des joint-ventures aux investissements japonais au Cameroun

En février 1961, la société nippone Mitsui et la Société Nationale des Investissements (SNI) ont crée la SICACAO. En mai de la même année, l'Empire du Soleil-Levant ouvre huit offices du JETRO dont celui de Douala (Morikawa, 1997 : 61). Ils servent à promouvoir l'aide et à identifier les produits que le Japon doit importer et apprendre comment exporter les siens. Les deux Etats décident par la suite d'asseoir leurs relations commerciales sur des bases juridiques. Le premier accord est signé à Tokyo le 25 septembre 1962. D'une part, il réaffirme la volonté des deux gouvernements à tout mettre en oeuvre pour augmenter le volume de leurs échanges commerciaux par les facilités tant douanières qu'administratives. D'autre part, il liste les différents produits susceptibles de faire l'objet d'échanges entre les deux pays. Cet accord du 25 septembre 1962 est reconduit en mars 1963. En dehors de cet accord bilatéral, les relations commerciales entre le Japon et le Cameroun sont couvertes par un accord multilatéral que les deux pays ont signé à Kyoto (Japon) lors des 41ème et 42ème session du conseil de coopération douanière tenues dans cette ville du 16 au 23 mai 1973. L'objectif de cette convention est d'assurer le plus haut degré de simplification et d'harmonisation des législations douanières des différents pays signataires, afin d'accroître les échanges et de développer le commerce international57(*). En réalité, « si le Cameroun avait en effet choisi de nouer les relations commerciales avec le Japon, c'était parce que, comme pour nombre d'autres PED, la nécessité de diversifier les partenaires économiques et de coopérer avec les plus performants d'entre eux s'imposaient à lui, non seulement pour affirmer son indépendance, mais également comme facteur de développement » (Biwole Meke, 1999 : 5).

Plusieurs types d'acteurs participent aux échanges entre le Japon et le Cameroun. Il s'agit en premier lieu de ceux qu'on qualifie d'acteurs institutionnels ; à savoir les structures publiques. Côté nippon et comme opérateurs commerciaux publics, on a : le MITI et le JETRO. Côté camerounais, il y a eu l'Office National de Commercialisation des Produits de Base (ONCPB) qui s'est occupé de la commercialisation du cacao, du café et du coton de 1976 à 1989 et la Chambre de commerce d'industries et des mines du Cameroun. Le second type concerne les entreprises, petites ou grandes, ainsi que les particuliers qui passent des commandes ponctuelles au Japon, par l'intermédiaire des sociétés de commerce installées au Cameroun. Ces transactions concernent généralement du matériel qui n'est pas distribué en série et est destiné à des professionnels. Plusieurs sociétés se sont insérées dans le circuit de distribution des produits japonais au Cameroun.

Dans le domaine de l'automobile, la société Sumoca, filiale de Sumitomo Corporation s'est imposée depuis sa création en 1983 à Douala. Concessionnaire automobile, Sumoca s'est spécialisée dans la vente et la réparation des marques Mitsubishi, Kia, Hyundai. Elle ne commercialise plus de nos jours que les véhicules Mitsubishi et la marque Citroën qu'elle a mise sur le marché camerounais depuis le 10 mai 2005. En termes de parts sur le marché, si l'on en croit les états mécanographiques publiés par la direction des statistiques en 2005, la Sumoca occupe la troisième position.

Tableau XI : Fiche d'identité de l'entreprise Sumoca

Dénomination

Summit motors Cameroon

Sigle

Sumoca

Registre de commerce

0868

Numéro de contribuable

M 098 300 000 302-T

Forme juridique

Société Anonyme

Capital social

500 000 000 FCFA

Boite postale

7028 Yaoundé Cameroun

Téléphone

(237) 22 302806/ 99 68 23 57

Fax

(237) 22 30 29 99

Site Internet

www.sumoca.net

Numéro statistique

2416 002-A

Source : auteur

Ses concurrents directs à savoir la Société Camerounaise pour le Développement de l'Automobile (SOCADA) et le leader, la Cameroon Motors Industries (CAMI) qui dominent la distribution des produits automobiles japonais au Cameroun, appartiennent à la puissante Compagnie Française de l'Afrique Occidentale (CFAO) implantée à Douala depuis juillet 1974. La CAMI offre des produits variés58(*). Son succès est lié à la marque Toyota qu'elle commercialise. Ces éléments nous amènent à nous interroger sur la nature des produits nationaux concrets échangés entre le Japon et le cameroun.

2- La promotion mutuelle des produits nationaux

En ce qui concerne la nature des produits échangés entre le Japon et le Cameroun, Lazare Biwole Meke (1989 : 55) fait un certain nombre d'observations. La plus importante est sans doute la longueur des listes où il constate un contraste saisissant. Celle des produits japonais, toutes rubriques confondues est nettement plus longue que celle des produits camerounais. Cela montre la différence de développement entre ces deux pays. Cette analyse est prolongée par Pascal Dejoli Mbogning (1999 : 149) qui y déduit un type de relation d'Etat de la « périphérie » ; le Cameroun, qui vend au Japon des produits de base tels que le café, le cacao, le coton, le bois, l'aluminium et quelques ferrailles. De l'autre côté, on est en présence d'un Etat du « centre »59(*) qui exporte vers le Cameroun les produits finis notamment des voitures et des motos, des appareils électroniques et électroménagers, des appareils d'optique, du matériel de quincailleries, des textiles, des produits chimiques et accessoires photographiques, ainsi que les produits alimentaires comme les conserves de poisson et crustacés. Ainsi « à l'exception de quelques articles artisanaux, les produits japonais sont essentiellement des produits manufacturés typiques des pays industrialisés, alors que les produits camerounais sont des produits primaires à une écrasante majorité » (Biwole Meke, 1989 : 55). A l'exception des années 1973 et 1974 au cours desquelles le choc pétrolier a frappé de plein fouet l'Empire du Soleil-Levant, les relations commerciales entre les deux Etats sont caractérisées par un déficit quasi chronique défavorable au Cameroun.

Pour l'année 2001/2002, il a atteint 60 milliards 778 millions de FCFA. Ce déficit est essentiellement imputable à la faible compétitivité des produits camerounais. Le seul bémol du côté camerounais résidant dans les exportations qui, malgré leur évolution sinusoïdale sont croissantes puisque de 39 millions en 1960, elles sont passées à 2 milliards 48 millions en 1972, puis à 8 milliards 750 millions en 1980 et 8 milliards 588 millions de FCFA en 199760(*). Cette croissance des exportations fait de Tokyo, un client important de Yaoundé. En somme, « sur le plan commercial, les échanges sont intenses. Le Japon, troisième fournisseur du Cameroun après la France et les Etats-Unis en est également le sixième client. L'excédent de la balance commerciale bénéficie aux Japonais depuis de longues années » (Mouelle Kombi, 1996 : 157). La réouverture annoncée au Cameroun du bureau de la JETRO fermé en 1995, devrait en principe, non seulement contribuer à améliorer per capita le niveau des échanges et encourager le commerce direct mais aussi assurer la tangibilité de la coopération économique entre ces deux Etats.

B- La tangibilité de la coopération économique nippo camerounaise

Le gouvernement japonais a entamé véritablement son programme de coopération économique au Cameroun en 1980, avec pour tout premier projet celui portant sur l'augmentation de la production agricole. Par la suite en 1982, il débourse un prêt pour servir à l'achat de matériels d'entretien routier notamment pour le Parc National de Génie Civil (MATGENIE). Ce prêt de 16 milliards de FCFA est exécuté par le ministère des travaux publics et des transports. Dans un contexte de croissance économique qui justifiait des investissements lourds, les négociations aboutissent à la signature d'un accord de crédit de 30 milliards de FCFA en 1986. Ce prêt concerne le projet de modernisation du port de Douala, porte d'entrée et de sortie de marchandises pour le Cameroun et certains pays de la sous région (République Centrafricaine, Tchad, Nord du Congo). L'organisme d'exécution du projet est l'Office National des Ports du Cameroun (ONPC) au bénéfice des opérateurs économiques et l'Etat camerounais. C'est la JBIC qui a financé ce prêt, l'un des plus importants que le Japon ait accordé au Cameroun. « Mais peu après cet accord, la grave crise économique qui frappait le Cameroun accompagnée de la mise en place des programmes d'ajustement structurel, et plus particulièrement de la réforme du secteur des transports, conduisaient à une reconsidération du projet avec un troisième acteur, la Banque Mondiale » (Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 : 13). Le 7 Juin 1999, c'est un projet corrigé qui fait l'objet d'un accord tripartite (Cameroun-Banque Mondiale-JBIC) sur la modernisation du terminale à conteneurs du port de Douala. Le projet compte : la construction de deux portiques de quai qui permettent de réduire la durée de séjour des marchandises ; la réalisation d'ouvrages de génie civil, l'informatisation complète de toutes les activités du terminale à conteneurs pour une gestion plus efficace des activités et des recettes.

Conformément aux accords de Paris d'octobre 1997, par lesquels les pays membres du Club de Paris, s'engagent à alléger la dette extérieure du Cameroun. Le Japon rééchelonne la dette camerounaise à maintes reprises comme l'indique le tableau XII. L'objectif de l'Empire du Soleil-Levant est de contribuer à la réduction de certaines contraintes liées à la mise en oeuvre des Programme d'Ajustement Structurel (PAS) au Cameroun.

Tableau XII : Récapitulatif des rééchelonnements nippons de la dette camerounaise

Dates

Montants

26 Août 1992

200 millions de FCFA

30 Mars 1995

3,1 milliards de FCFA

10 novembre 1997

1 milliard de FCFA

18 juin 1999

3,2 milliards de F CFA

Source : (Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 : 14)

Le Cameroun ayant atteint en avril 2006, le point d'achèvement de l'initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), le gouvernement japonais a annulé la totalité de sa dette le 26 octobre 2006. Elle s'élevait à environ 50 milliards de FCFA et avait été contractée à travers le projet de développement routier en 1982 qui a permis l'achat du matériel d'entretien routier du MATGENIE en vue du bitumage de la route Yaoundé-Nsimalen et le projet de modernisation du terminal à conteneurs du port de Douala dont le crédit a été octroyé en 1986. Masaki Kuneida, alors, ambassadeur du Japon au Cameroun a souligné pendant son intervention de circonstance, que son pays, à travers ce geste, veut contribuer hic et nunc à la réduction de la pauvreté en enlevant au Cameroun ce fardeau qu'est la dette, laquelle a été plusieurs fois échelonnée (Cameroon Tribune n°8713/4912, 27 octobre 2006). L'annulation de la dette du Cameroun envers le Japon participe des résolutions prises par le Club de Paris auquel le Japon est admis comme observateur.

Des trente premiers projets bilatéraux financés par le Japon au Cameroun (voir tableau XIII), il ressort quelques points saillants. Premièrement et par rapport à notre thématique, il se dégage que de 1980-année du début du programme japonais d'aide- à 1990, le Cameroun n'a bénéficié que de 12 projets évalués à quelques 3029 milles yens de dons et 9588 milles yens de prêts. De 1991 jusqu'à 2003, la tendance est à la hausse tant au niveau du nombre de projets (18) que sur le montant reçu (11 316 milles yens). Il est à préciser que les prêts ont disparu. Ce virement d'attitude nippone est donc perceptible.

Tableau XIII : Les 30 premiers projets bilatéraux financés par le Japon au Cameroun en yens (1 yen = 5 F CFA)

Nom du projet

Année

Dons

Prêts

1

Augmentation production vivrière

1980

250 000 000

0

2

Développement routier

1982

0

3 588 000 000

3

Exploitation des eaux souterraines

1983

540 000 000

0

4

Développement de la pêche

1988

600 000 000

0

5

Aide pour victimes lac Nyos

1986

52 000 000

0

6

Modernisation port du Douala

1986

0

6 000 000 000

7

Exploitation des eaux souterraines

1988

620 000 000

0

8

Equipements sportifs

1988

39 000 000

0

9

Labo de langues Université de Yaoundé

1989

39 000 000

0

10

Magasins de stockage alimentaire

1990

641 000 000

0

11

Augmentation production vivrière

1990

200 000 000

0

12

Equipements pour programmes TV

1990

48 000 000

0

13

Magasins de stockage alimentaire

1991

641 000 000

0

14

Augmentation production vivrière

1991

250 000 000

0

15

Dons pour PAS

1991

900 000 000

0

16

Equipements sportifs

1991

46 000 000

0

17

Extension de la radio diffusion

1992

606 000 000

0

18

Augmentation production vivrière

1992

200 000 000

0

19

Equipements médicaux des hôpitaux

1992

457 000 000

0

20

Extension de la radio diffusion

1993

114 000 000

0

21

Extension de la radio diffusion

1994

280 000 000

0

22

Adduction d'eau potable

1994

448 000 000

0

23

Adduction d'eau potable

1995

415 000 000

0

24

Adduction d'eau potable

1996

416 000 000

0

25

1er projet de construction des écoles

1997

1 104 000 000

0

26

1er projet de construction des écoles

1998

1 108 000 000

0

27

1er projet de construction des écoles

1999

1 006 000 000

0

28

2ème projet de construction des écoles

2001

978 000 000

0

29

2ème projet de construction des écoles

2002

983 000 000

0

30

2ème projet de construction des écoles

2003

1 345 000 000

0

 

Total

 

14 345 000 000

9 588 000 000

Source : AMBASSADE DU JAPON AU CAMEROUN

Deuxièmement sur les 30 projets, 28 sont des dons (14 345 milles yens) et 2 des prêts (9 588 milles yens). Dans sa politique de coopération avec le Cameroun, le Japon se positionne davantage plus comme un donateur qu'un prêteur avec des projets de développement « clé en main ». Cette position s'est confirmée le 20 juin 2006 avec un don de 8.5 milliards FCFA pour certains projets parmi lesquels, la réhabilitation du stade omnisports Ahmadou Ahidjo de Yaoundé.

Estimés à 1.5 milliard de F CFA, les travaux ont été exécutés et livrés par l'entreprise nippone Nissoken Architects Engeineering. Ils ont consisté en la pose des pelouses naturelles, l'étanchéité, fixation de nouveaux garde-fous, pose de la peinture sur les gradins, installation des marqueurs de score mobiles, aménagement de la salle de presse, réhabilitation et construction de nouvelles toilettes, pose des chaises pour invités spéciaux, réparation des escaliers existants. Cette action a dit le diplomate Masaki Kuneida, a pour objectif de « contribuer au développement du football au pays des Lions Indomptables et stimuler sa qualification pour la prochaine coupe du monde » (Cameroon Tribune n° 8614/4813, 21 juin 2006). Il est à préciser que ce projet spécifique de réhabilitation de stade, est à contre courant de la politique de coopération de Tokyo, plus orienté vers les secteurs sociaux comme la construction des écoles et des hôpitaux. Pour Kazunari Shirai, architecte et contrôleur des travaux, « le Cameroun est le premier pays au monde à bénéficier de ce genre de travail » (Cameroon Tribune n° 8946/5145, 02 octobre 2007). Même si le système d'aide japonais est décentralisé et sélectif, il reste dominé par une foi dans le modèle asiatique de développement. Cette approche empirique est du reste une réminiscence de l'allégorie du « vol d'oies sauvages » (Akamatsu, 1961 : 208) qui décrit un type de liens interétatiques qui s'insèrent dans un schéma dynamique « ordonné », entre les pays dont les avantages comparatifs et les rythmes de développement diffèrent. Elle permet de toute manière, de mieux apprécier les fruits juteux de l'aide japonaise au développement.

SECTION III : LES FRUITS JUTEUX DE L'AIDE JAPONAISE AU DEVELOPPEMENT

En 1960, lorsque Tokyo et Yaoundé ont établi des relations diplomatiques, les deux capitales ont principalement centré leur coopération dans les domaines économique et surtout social. Grand pourvoyeur de l'aide au développement en Afrique dans le cadre de la TICAD, le Japon dans son assistance au Cameroun, s'est particulièrement investi dans les secteurs sensibles. C'est le cas de l'éducation où la construction des écoles primaires japonaises est devenue le fleuron de la coopération nippo camerounaise (A). C'est aussi le cas de la santé, l'agriculture, la pêche, la culture, la communication et le développement des infrastructures rurales qui constituent en termes de réalisations, des terrains privilégiés de la mise en oeuvre de l'aide japonaise au Cameroun (B).

A- La construction des écoles comme fleuron de la coopération nippo camerounaise 

Nous pouvons à cet effet observer qu'il y a d'une part les ouvrages relevant des échanges de notes (1) et ceux qui ne le sont pas (2).

1- les ouvrages relevant des échanges de notes61(*)

La qualité des ressources humaines est la base du développement de toute nation. Le Japon est tout particulièrement attaché à ce principe qui est l'un des facteurs de sa réussite économique car il y a plus de 200 ans, avant l'ouverture de l'archipel au monde extérieur, son taux de scolarisation était déjà plus élevé que celui des pays européens les plus avancées. « Cette situation a permis aux Japonais, le moment venu, de mettre à profit leur ouverture sur le monde extérieur et de surmonter les situations de crises qu'a connu le pays, notamment après la Deuxième Guerre Mondiale » (Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 : 3). A l'occasion de la 9ème Assemblée Générale de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) en avril 1996, l'Empire du Soleil-Levant s'est engagé à contribuer à l'objectif fixé par la communauté internationale d'offrir d'ici 2015, l'éducation primaire à tous les enfants africains. Cet engagement s'est traduit sous forme d'aide financière non remboursable et de coopération technique, pour un montant de 60 milliards de FCFA. L'attachement de Tokyo à l'éducation a par ailleurs, été mis en relief lors du sommet du Millénaire de l'ONU en l'an 2000 où ont été adoptés les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Lors des différentes TICAD, le Japon a réaffirmé son engagement à l'encadrement des ressources humaines, renforçant ainsi les actions entreprises dans ce cadre, dont le Cameroun bénéficie à travers le projet non remboursable de constructions d'écoles primaires. Il y aura ainsi plusieurs échanges de notes entre les deux pays.

Les sites de projet de constructions d' « écoles primaires japonaises » ont été choisis dans des zones urbaines populeuses où existaient des écoles vétustes et de faible capacité. Le projet se propose de remplacer ces dernières par des structures modernes et fonctionnelles. Il est ainsi à noter depuis 1997 qu'il y a eu trois projets scindés chacun en trois phases.

Tableau XIV : Projets des écoles primaires japonaises au Cameroun

Projet

Date de signature de l'échange de notes

Budget (FCFA)

Réalisation

1er

Phase 1

Août 1997

6,4 milliards

Construction de 9 écoles et la construction partielle de 5 écoles à Douala

Phase 2

Octobre 1998

6,8 milliards

6 écoles et la finition de 5 écoles à Douala et la construction de 2 écoles et la construction partielles de 3 écoles à Yaoundé

Phase 3

Août 1999

5,8 milliards

Construction de 6 écoles et la finition de 3 écoles à Yaoundé

2ème

Phase 1

Août 2001

5,65 milliards

10 écoles et 144 salles de classe dans le centre

Phase 2

Juin 2002

5,7 milliards

3 écoles et 56 salles de classe dans le centre ; 6 écoles et 74 salles de classe dans le Sud

Phase 3

Juin 2003

8 milliards

12 écoles et 163 salles de classe à l'Ouest

3ème

Phase 1

Août 2004

4 milliards

8 écoles et 125 salles de classes dans le Centre ; 5 écoles et 43 salles de classes dans le Sud

Phase 2

Juin 2005

8,8 milliards

10 écoles et 171 salles de classes dans le Sud-Ouest ; 2 écoles et 16 salles de classe dans le centre

Phase 3

Juin 2006

4,5 milliards

7 écoles et 75 salles de classe dans l'extrême Nord, 4 écoles et 42 salles de classe dans le Nord.

Source : Le Communal N° 10/ novembre/ décembre 2006 P.27

Le Japon a eu à débourser « près de 46 milliards de FCFA pour la construction et l'équipement de 96 écoles et 1235 salles de classe au Cameroun couvrant les provinces du centre, littoral, Ouest, Sud, Sud-Ouest, Nord et extrême Nord » (Cameroon Tribune n° 8614/4813, 21 juin 2006). Pour la première phase du premier projet, il s'est agi des écoles publiques de Bepanda, de la Cité berge, de Bonadiwoto, de Nkolbong, de Logbessou, de Nylon, de l'aéroport, de Massoumbou, des écoles publiques bilingues de Ndobo, Bonabéri et Bonamoussadi, des Government Elementary and Primary School (GEPS) de Bépanda et du camp Bertoud. La troisième phase du troisième projet se focalise sur les écoles primaires de Garoua au Nord et de Maroua dans l'Extrême-Nord ; deux provinces qui jusque-là n'avaient pas bénéficié de ces infrastructures scolaires. En parcourant le tableau XIV, nous nous apercevons que les provinces du Centre et du Littoral sont les plus pourvues alors que celles de l'Adamaoua, de l'Est et du Nord-Ouest attendent encore d'être servies. Comment expliquer cette disparité ? La réponse officielle n'a pas varié d'un iota. Il est question de privilégier les zones urbaines populeuses.

Le don d'écoles primaires est un cadre de transfert technologique et de création d'emplois. Le partenaire japonais en charge des travaux de construction travaillant en étroite collaboration avec des entreprises camerounaises, aussi bien pour les travaux de construction et d'assainissement, que pour le mobilier des salles de classes et bureaux (Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 : 5).

Photo 5 : un fleuron de la coopération nippo camerounaise : l'école primaire de Ngoa-ekelle à Yaoundé

Source : 2002-2007 le Gouvernement en action. P.57.

Comment les Camerounais perçoivent-ils la construction des écoles primaires par les Japonais ? Au terme d'un sondage62(*) qu'il a réalisé dans les villes de Yaoundé et de Bafoussam, Kouakam Mbenjo (2005 : 85) constate que les personnes enquêtées ont déjà toutes entendu parler du Japon (100%). Il ressort également de cette étude que les sondés ne sont pas indifférents à la construction des écoles par les Japonais au Cameroun (97.10%). Cette action a même influencé positivement leur opinion sur l'Empire du Soleil-Levant (47%). Les personnes enquêtées sont convaincues que les Nippons veulent aider le Cameroun (83.05%) et considèrent le Japon comme un pays ami (60.33%). L'incidence de ces écoles sur les performances scolaires n'a pas encore été scientifiquement évaluée. Mais il est déjà plausible de noter que cette démarche nippone soit de nature à bâtir une image flatteuse de ce pays auprès des milliers d'écoliers camerounais. Nombreux, les ouvrages japonais en matière de construction et d'équipements éducatifs se sont étendus au-delà de ceux relevant des échanges de notes.

2- Les autres ouvrages de constructions et d'équipements

Le Japon a également entrepris la réfection et l'équipement du Centre d'Education et de Réhabilitation des Sourds et Malentendants (CERSOM) de Bafoussam. D'un montant de plus de 24 millions F CFA, ce projet a permis l'extension du centre par la construction de 4 salles de classe et le renforcement du matériel pédagogique. On note aussi l'équipement de l'école primaire Azire dans la province du Nord-Ouest pour un montant de 19 millions de F CFA. Créée en 1949, cette école devenue vétuste a bénéficié de la construction de quatre salles de classe supplémentaires, des toilettes et une bibliothèque moderne.

Le 13 mars 1999, le projet d'extension du « groupe scolaire les hirondelles » de Garoua dans la province du Nord a été approuvé pour un montant de 20 millions FCFA. Le don japonais a doté cette école primaire et maternelle née en 1990 de 3 salles de classe supplémentaires. Il en est de même de l'école primaire de Wouro Sangue dans l'Adamaoua, qui pour un montant de près de 4 millions de FCFA a vu sa structure s'étendre par l'acquisition d'une autre salle de classe. A Mora dans l'Extrême Nord, il a été plutôt question de rénovation du centre d'éducation bilingue moderne crée en 1996. Ce centre a été agrandi par la construction de 6 salles de classe supplémentaires pour un montant de plus de 27 millions de FCFA.

Le collège Joseph Stinzi d'Obala a été le théâtre le 9 novembre 2006, de la manifestation des excellents liens de coopération entre le Cameroun et le Japon. Les élèves vont désormais étudier dans cinq nouvelles salles de classe construites par le Japon. Valeur du don : 45 millions de F CFA. « Le coup de pouce des amis japonais a été salué dans l'enceinte du collège par la communauté éducative » (Cameroon Tribune n° 8716/4915, 10 novembre 2006). Dans d'autres localités, ce sont plutôt des centres de formation professionnelle qui ont été construits et/ou équipés. L'un des exemples est le centre de formation professionnelle rapide des secrétaires et couturières. Ce centre crée en 1996 et spécialisé dans l'éducation extrascolaire a pour mission de juguler le chômage des jeunes filles mères en détresse et des femmes désoeuvrées. « Il a bénéficié en 1999 d'un don du Japon d'un montant total de plus de 15 millions de F CFA pour son équipement en machines à écrire électriques, ordinateurs et imprimantes, machines à coudre » (Kouakam Mbenjo, 2005 : 55).

En fin de compte, la construction des écoles primaires ouvre le champ des besoins humains basiques qui se présente comme un terrain privilégié de la mise en oeuvre de l'aide nippone au cameroun.

B- Le champ des besoins humains basiques : un terrain privilégié de la mise en oeuvre de l'aide nippone au Cameroun

Les besoins humains basiques se déclinent aussi bien sur le plan de la santé et de l'hydraulique rurale (1) que sur le plan de l'agriculture, la pêche et la communication (2).

1- Santé et hydraulique rurale : des domaines suivis

« Dans les PED, 2.1 millions d'enfants décèdent chaque année de maladies évitables par la vaccination » (Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 : 8). C'est pour remédier à ce fléau que le gouvernement nippon, en collaboration avec l'UNICEF, a élaboré un programme de coopération destiné à appuyer les pays dans la définition et la mise en oeuvre des Programmes Elargis de Vaccination (PEV). La tuberculose, la diphtérie, la coqueluche, le tétanos et la poliomyélite sur lesquels les PED mettent l'accent, en suivant les recommandations de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). L'appui du Japon à hauteur de 250 millions de FCFA par an et par PED consiste pendant cinq ans en la mise à disposition des vaccins ; l'achat de seringues et autres petits matériels pour la vaccination ; la mise a disposition des véhicules 4 x 4 et la fourniture d'équipements pour la chaîne du froid. Dans le cadre de la lutte contre le sida, l'Empire du Soleil-Levant accorde des dons au gouvernement camerounais ; pour la fabrication et la distribution de matériel éducatif (affiches, autocollants dépliants) et fabrication d'emballages de préservatif. A la fin de l'année 2004, l'enquête démographique et de santé évaluait à 5.5 % au lieu de 12%, le taux de séroprévalence au Vih/Sida dans la population sexuellement active (15-49 ans). Mais il ne faut pas s'y tromper, pour Fred Eboko (2006 : 104), les indicateurs de santé qui avaient progressé depuis l'indépendance et surtout depuis le boom pétrolier, ont connu un net fléchissement dès le début des années 1990. Cette décennie a vu tous les indicateurs de santé de base du Cameroun se dégrader, de l'espérance de vie à la naissance aux taux de mortalité infantile et maternelle. La détérioration de l'encadrement sanitaire, liée à la crise du système de santé durant la période de récession du pays, est une des causes de cette situation, due aussi aux effets sociaux négatifs des PAS. Remplacer et ajouter des équipements nécessaires aux traitements et aux diagnostics internes, répondre aux urgences obstétriques, quelques uns des maîtres mots de cette autre phase de la coopération nippo camerounaise dans le domaine sanitaire.

Qu'a concrètement fait l'Empire du Soleil - Levant ? En 1992, il a accordé 1 milliard 98 millions de F CFA pour équiper les hôpitaux centraux de Yaoundé et de Douala (fourniture de gastroscopes, bronchoscopes, échocardiographies, unités dentaires, appareils de radiographie dentaire, tables d'opération gynécologique, bistouris électriques, chariots d'urgence). Toutes les dix provinces du Cameroun ont reçu au moins une fois un don du Japon constitué pour l'essentiel d'équipements sanitaires et/ou de la construction des centres de santé associé à la formation des personnels sanitaires. On peut citer entre autres comme probatio - probatissima, l'hôpital Mary Health of Africa à Fontem, pour 23 970 700 F CFA, le centre de santé de Djinang pour 26 580 000 F CFA, les services d'urgences de la croix rouge camerounaise pour 21 000 000 F CFA ou encore le centre de santé développé de Nkoabang pour 19 900 000 F CFA.

Dans cette lutte pour assurer le devenir de l'homme, l'Empire du Soleil-Levant a aussi grimpé sur la dunette pour résoudre les problèmes liés à l'accès des couches sociales à l'eau potable. Entre 1996 et 1998, le Japon a accordé un financement de 6 milliards et un million de F CFA pour l'adduction d'eau en milieu rural dans les provinces du centre (Awae, Ngomedzap), du littoral (Dibombari), de l'Ouest (Bandjoun, Tonga). Le 20 juin 2006, le gouvernement nippon a déboursé 2.5 milliards de FCFA dans le projet d'hydraulique rurale. Le projet est censé réduire les risques de contamination des maladies infectieuses liées à la qualité de l'eau dans les zones rurales et alléger les travaux domestiques aux femmes et aux enfants. « Au cours de cette phase, 100 forages seront construits au total dont 55 dans le centre, 38 dans le littoral, 7 dans l'Adamaoua, plus de 46 000 personnes disposeront d'eau potable » (Cameroon Tribune n°8614/4813, 21 Juin 2006). La quatrième phase a été officiellement lancée le 10 août 2007 dernier. Elle renforce l'appui en matière d'hydraulique rurale. Le gouvernement japonais a une fois de plus accordé un don au Cameroun s'élevant à 1.8 milliard de FCFA pour 85 forages disséminés dans les provinces de l'Adamaoua et du Sud. A coté de l'hydraulique rurale, les domaines de l'agriculture, la pêche et la communication ne sont pas en reste.

2- Agriculture, pêche et communication : des domaines soutenus

Entre 1980 et 1992, le Japon a financé dans le domaine de l'agriculture 4 milliards de FCFA pour l'acquisition par les agriculteurs de toutes les dix provinces, des pesticides, des pompes à moteur à eau, des motoculteurs. Et pour 4 milliards de F CFA, des magasins de stockage de vivres frais ont été construits à Edéa, Foumbot et Ngaoundéré en 1991. En ce qui concerne la pêche, l'Empire du Soleil-Levant a souvent financé l'acquisition de matériel. 2000 pêcheurs camerounais dont 300 au lac Maga, 500 au lac Tchad, 600 au lac Lagdo, 400 au lac Mbakaou et 200 au lac Bamendjin ont reçu des équipements évalués à 2 milliards de F CFA en 198563(*). Le geste le plus significatif des Nippons dans ce secteur est incontestablement le centre de pêche artisanale de Kribi, inauguré le 15 mars 2006 et qui a coûté pas moins de 2 milliards de F CFA. « Nous avons toujours pensé que le potentiel halieutique du Cameroun était peu exploité, et qu'il était alors souhaitable que cette richesse contribue au bien être de la population », a déclaré celui qui était ambassadeur du Japon au Cameroun, Masaki Kuneida (Cameroon Tribune n° 8567/4766, 29 mars 2006). Véritable joyau architectural, le centre de pêche de Kribi est composé de cinq bâtiments principaux où on retrouve entre autres, des bureaux administratifs, une salle de réunion, 24 restaurants, un passage, un dépôt de caisses à poisson froid, une salle de fabrique de glace et une terrasse.

L'aide japonaise au Cameroun s'est intéressée à la communication. Un don de 4.8 milliards de F CFA a été accordé entre 1992 et 1994 pour améliorer la qualité du réseau de stations radio FM dans six provinces à savoir : Douala (Littoral), Bertoua (Est), Bafoussam (Ouest), Bamenda (Nord-Ouest), Garoua (Nord), Buea (Sud-Ouest). En août 2007, un autre investissement nippon à hauteur de 3.6 milliards de FCFA a été consenti pour remettre à niveau les équipements des stations FM de Yaounde, Ngaoundéré et Maroua ainsi que des installations de la CRTV à Ebolowa (Cameroon Tribune n°8911/ 5110, 13 août 2007). Lorsqu'on ajoute les dons pour petits projets locaux, qui consistent à fournir un moyen flexible et rapide pour financer les petits projets de développement orientés vers la population de base, il s'avère effectivement que le champ social est un terrain privilégié de la mise en oeuvre de l'aide japonaise au Cameroun.

Au terme de ce chapitre, il est à souligner que les relations nippo camerounaises sont anciennes et antérieures à la Seconde Guerre Mondiale. Bien que les liens diplomatiques entre les deux Etats aient été établis dès 1960, ils ont beaucoup plus revêtu un caractère symbolique que pratique. C'est en 1991 avec l'ouverture de l'ambassade de l'Empire du Soleil-Levant à Yaoundé que ces relations sont devenues progressivement « replètes » (Ambassade du Japon au Cameroun, 2000 : 2). Cela s'est traduit par des soutiens mutuels au sein des institutions internationales, car « ce sont les intérêts et la grandeur du Cameroun qui comptent » (Kamto, 1985 :15), et par les nombreux échanges de visites des Hommes d'Etat. On peut dans cette mouvance parler d'une « idylle naissante », entrevoir in nuce à la lumière des différentes déclarations sur le Cameroun des personnalités japonaises reprises par les médias, que le sport en général et singulièrement le football, voire la musique, sont des vecteurs64(*) de la diplomatie. Ce réchauffement politico-diplomatique conforte non seulement le développement des échanges socioculturels mais aussi, la consistance des relations commerciales entre les deux pays. Le champ social apparaît à cet effet comme le terrain privilégié de la mise en oeuvre de cette volonté nippone, à travers les réalisations et autres projets de développement « clé en main » appréciés par les Camerounais pour leur impact sur leur vie quotidienne. Il importe à présent de s'intéresser aux enjeux mêmes de l'offensive nippone en direction de l'Afrique.

CHAPITRE IV :
LES ENJEUX DE L'OFFENSIVE NIPPONE EN DIRECTION DE L'AFRIQUE

Pour Pierre de Senarclens (1993 : 120), la réflexion des considérations de l'ordre international est indissociable des considérations éthiques et normatives. Mais en période de mutations rapides et de crises, les principes et les enjeux des relations internationales sont par définition incertaines. Les débats sur la « fin de l'Histoire » (Fukuyama, 1993) montrent combien il est hasardeux de se projeter dans l'avenir après l'érosion des croyances idéologiques de la Guerre Froide. Dans un contexte où les attributs de la puissance deviennent aléatoires, alors que les Etats disposant d'importants moyens militaires ou économiques hésitent à remplir les obligations politiques inhérentes à leur statut (Todd et Courbage, 2007), tout effort de prospective sur les principes de l'ordre international paraît risqué. Du moins, dans les circonstances où le rapport entre sens et puissance devient problématique, comme l'a si bien montré d'ailleurs Zaki Laïdi (1992). L'analyse des vicissitudes du positionnement de l'Afrique dans la politique étrangère du Japon depuis 1991, a cependant permis de relancer un certain nombre de débats sur les modalités qui le structurent.

Quel fondement, quel sub-jectum fait reposer la proactivité nippone sur le continent noir ? En d'autres termes, que recherche Tokyo à travers son déploiement politico-diplomatique en Afrique ? Quels enseignements peuvent tirer les Africains d'un pays qui a accompli avec un « éclat retentissant son développement industriel » (Elenga-Ngaporo, 2004 : 69) ? Il est question dans ce dernier chapitre consacré aux différents enjeux, de recenser les motivations prédominantes de l'activisme de l'Empire du Soleil-Levant sur l'échiquier africain. Mais aussi à l'aune du modèle japonais « d'apprentissage et de rattrapage technologique » (Nyambal, 2006 : 118), de revisiter la question du développement de l'Afrique. Chemin faisant, nous pouvons remarquer d'une part, que l'obtention d'un siège de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, est devenue une obsession de la diplomatie nippone (section I). D'autre part, que les intérêts utilitaristes pour les terres africaines constituent désormais pour Tokyo, des priorités dans sa course à l'influence internationale (section II). Cette offensive japonaise doit conduire à une réelle prise de conscience des Africains, capable d'enclencher le processus du décollage du continent noir (section III).

SECTION I : L'OBTENTION DU SIEGE DE MEMBRE PERMANENT DU CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES : UNE OBSESSION DE LA DIPLOMATIE NIPPONE

Une série d'études (Ntuda Ebode, 2003 ; Green, 2001 ; Drifte, 1998) usant d'arguments théoriques et empiriques démontrent que l'engagement du Japon envers l'Afrique révèle son désir de jouer un rôle catalyseur sur le plan international. Cet engagement a été généralement intéressé et surtout utilisé comme moyen pour permettre à l'Empire du Soleil-Levant d'obtenir le « précieux sésame » d'un siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies (Osada, 2001). En recherchant l'appui des capitales africaines (Hugon, 2006b : 380), Tokyo fait de la réforme de ce « sanctuaire de la diplomatie mondiale » un viatique incontournable dans sa quête d'un important rôle sur la scène internationale (A) en employant un puissant plaidoyer discursif (B).

A- La réforme du Conseil de Sécurité : un viatique pour un nouveau rôle international

L'accès du Japon à un nouveau rôle international passe par la réforme du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Cette instance de la diplomatie mondiale qui reste dominée par les vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale (1) nécessite des ajustements (2).

1- le Conseil de Sécurité : une instance dominée par les vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale

Compte tenu de l'importance du vote africain à l'Assemblée Générale des Nations Unies et des ambitions du Japon d'obtenir un siège permanent au Conseil de Sécurité (Drifte, 2000 ; Nepote et Sybille de Vienne, 1999), il est devenu stratégiquement essentiel pour Tokyo de s'attacher à améliorer ses relations avec les pays de l'Afrique subsaharienne. Ces derniers en 1978, avaient déjà démontré leur capacité de nuisance, en contribuant à l'échec de l'élection du Japon comme membre non permanent de cette instance de l'ONU (Le Monde, 9 août 1979). L'objectif d'accroître le nombre de nations susceptibles d'appuyer la présence nippone sur la scène politique mondiale, notamment à l'Assemblée Générale des Nations Unies est devenu, dans un « monde en coagulation » (Plantey, 1993 : 372), un véritable enjeu diplomatique. Il a pris de l'ampleur lorsqu'en septembre 1992, «  le Japon a ouvertement annoncé son intention de devenir membre permanent du Conseil de Sécurité » (Sato et Alden, 2004 : 27). Il est utile de souligner que les efforts de l'Empire du Soleil-Levant pour améliorer son profil sur la scène internationale ont coïncidé avec l'augmentation de son APD en direction du continent noir ainsi que la mise sur pied de la TICAD65(*). La conséquence étant pour lui, «  l'obligation d'être perçu comme un soutien de causes diverses en faveur de la paix dans le monde, un facteur qui rendrait l'Afrique relativement attrayante, compte tenu des problèmes de développement du continent » (Ampiah, 2004 : 110)

L'ONU est née aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale avec pour ambition de maintenir la paix et la sécurité internationale, «  à partir d'un dispositif plus efficace que la SDN » (Blom et Charillon, 2001:115). Organe permanent des Nations Unies qui, à la demande d'un Etat ou du secrétaire général, peut siéger très rapidement lorsque la situation l'exige, le Conseil de Sécurité est la seule instance qui puisse prendre des décisions obligatoires applicables aux Etats membres, dans le cadre du maintien de la paix66(*). Mais il s'agit le plus souvent par voie de recommandations. Composé de quinze Etats, dix d'entre eux sont élus pour deux ans par l'Assemblée Générale sur la base d'un double critère : la contribution des pays candidats à la sécurité internationale (ce qui, en principe devrait se traduire par la désignation d'Etats bénéficiant d'un certain « poids » sur la scène internationale) et l'application du principe d'une juste répartition géographique (qui alloue trois sièges à l'Afrique, deux sièges à chacune des régions Asie-Pacifique, Amérique latine -Caraïbes et « Europe occidentale et autres Etats » et enfin, un siège aux Etats d'Europe orientale). Ce sont les membres non permanents du Conseil qui ne sont pas immédiatement rééligibles et la désignation à cette fonction temporaire ne va pas de soi. Environ 80 Etats n'ont jamais siégé au Conseil de Sécurité et une quarantaine n'a bénéficié que d'un seul mandat. Les cinq autres membres sont dits «  permanents » .Ils constituent les « P5 », jusqu'à présent club très fermé des principales puissances sorties victorieuses de la Seconde Guerre Mondiale : Etats-Unis d'Amérique, France, Chine, Royaume-Uni et Russie (qui a succédé à l'URSS en décembre 1991).

Ces membres de droit jouissent d'un autre privilège, qui fut mis au point par Churchill, Staline et Roosevelt lors de la fameuse conférence de Crimée qui se solda par les accords de Yalta de février 1945 (Gaddis, 2005). Ils disposent, grâce à ce que l'on appelle le « droit de veto », du pouvoir d'empêcher l'adoption de tout projet de résolution ne leur convenant pas. Après avoir été longtemps « bridé » (entre 1946 et 1990, ce « droit de veto » fut utilisé plus de 200 fois, en particulier par l'URSS), le Conseil de Sécurité est devenu véritablement opérationnel avec la fin de la Guerre Froide (Smouts, 1994). Depuis lors, le droit de veto n'a été utilisé qu'une dizaine de fois et le Conseil a adopté plus du double du nombre de résolutions que durant ses 45 premières années de fonctionnement. Et l'utilisation, naguère exceptionnelle, des pouvoirs confiés au Conseil de Sécurité par le chapitre VII de la Charte de San Francisco est devenue aujourd'hui quasi routinière. La fin de la Guerre Froide a également relancé ipso facto le débat sur la composition du Conseil de Sécurité et son élargissement67(*). De ce débat, il ressort la nécessité de procéder à des ajustements au sein de cette instance diplomatique.

2- Le Conseil de Sécurité : une instance nécessitant des ajustements

La nature même des Nations Unies (reflétée par sa structure réelle, si officieuse, cachée derrière son organigramme de façade infiniment démocratique), en plus de sa principale raison d'être aux yeux de ses fondateurs, a beaucoup plus à voir avec « le maintien du pouvoir des vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale qu'avec l'accroissement de la démocratie politique ou économique partout sur la planète » (Bennis, 1996 : 46 - 47). Dans le même esprit, Pierre de Senarclens (1993 : 123) écrit que le Conseil de Sécurité dans la forme actuelle requiert de sérieux ajustements car, volens nolens « ayant été crée sur le modèle d'un concert de grandes puissances pour résoudre un type de conflits internationaux qui a perdu de son importance ».

En réponse aux voeux du corps diplomatique résidant à Yaoundé, le chef de l'Etat camerounais s'est prononcé également pour « une réforme progressive du système, onusien actuel qui tienne compte de l'évaluation des grands équilibres mondiaux au cours des dernières années et de l'émergence de nouveaux Etats. Une meilleure représentativité de notre organisation commune, en particulier du Conseil de Sécurité, accroîtrait sa légitimité et, on peut l'espérer, son efficacité » (Cameroon Tribune n° 8763/4962, 5 janvier 2007). Il a réitéré ce souhait en prenant la parole dans le cadre du débat général de la 62ème session de l'Assemblée générale des Nations Unies le 27 septembre 200768(*). Au surplus, quatre des cinq membres permanents, hormis la Chine représentait en 1950, 36% de l'humanité. En 2003, cette proportion n'était plus que de 8%. Les dix autres membres, dits « élus », le sont pour deux ans et n'ont aucune prise sur les « P5 » qui, ensemble ou séparément, pratiquent la loi du plus fort. On comprend dès lors que la communauté internationale revendique un Conseil de Sécurité réformé pour traduire les réalités du monde d'aujourd'hui et incarner une nouvelle légitimité. Mais la double question qui reste posée est celle du choix et de la nature des pouvoirs à conférer aux membres à intégrer.

Boutros Boutros-Ghali (1992) a proposé « une réforme ambitieuse du système de sécurité collective »69(*). Le 20 mars 1997, un groupe de travail mis en place depuis 1994 par l'Assemblée Générale sur cette question et présidé par le Malaisien Ismail Razali a présenté un certain nombre de suggestions dont l'extension du Conseil de 15 à 24 membres. Ces propositions sont toujours sur la «  table des négociations ». La réforme du Conseil de Sécurité ne peut se faire que par une révision de la Charte des Nations Unies, qui doit être acceptée et ratifiée par plus des deux tiers (128 pays) du total des membres (192 pays), dont les cinq membres permanents qui ont le droit de veto. Pour cette raison, le gouvernement japonais continue à intensifier son offensive diplomatique pour que se réalise la réforme du Conseil de Sécurité. En mobilisant son APD en direction du continent noir et en initiant des processus multilatéraux comme la TICAD, l'Empire du Soleil-Levant compte sur le soutien des 53 pays africains, qui représentent environ 30% du total des membres des Nations Unies, pour rehausser son profil politique (Rose, 2000). De leur côté les Africains tiennent également, comme le soutient Ntuda Ebode (2003 : 130), «  le Japon comme une puissance stratégique d'appoint, le pays grâce auquel le continent pourrait entrer au Conseil de Sécurité ».

Nous passons ainsi de ce que Jean Daniel Aba (2001 : 622) appelle «  la diplomatie mère Theresa » à une diplomatie «  real politik » intégrale où l'Empire du Soleil - Levant emploie un puissant plaidoyer pro domo.

B- Le plaidoyer pro domo japonais comme technologie d'un discours diplomatique

Sur la question de l'élargissement du Conseil de Sécurité des Nations Unies, nous nous appesantissons sur les propres arguments du gouvernement nippon (1). Arguments qui par la suite ont eu à bénéficier du coup de pousse du rapport « Annan » (2).

1- Les arguments du gouvernement nippon

Depuis 1992, l'Empire de Soleil-Levant s'est doté d'un argumentaire qui lui permet de conforter sa position de postulant naturel et sérieux, « en vue de l'adjonction de sièges nouveaux de membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU » (Kamo, 2004 : 64).

Premièrement, depuis la création des Nations Unies en 1945, la communauté internationale a fait l'objet de mutations considérables avec notamment la Guerre Froide et son issue, la décolonisation, l'intégration régionale et la mondialisation. Le nombre d'Etats membres de l'ONU est passé de 51 à 192. Au cours de ces 60 années, le cadre institutionnel notamment celui du Conseil de Sécurité est en principe resté le même. Pour le gouvernement nippon, la composition de cette instance internationale devrait refléter la réalité du 21ème siècle et non pas celle de 1945. Outre les PED d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine qui doivent être représentés de façon permanente, « des Etats membres qui souhaitent et sont capables d'endosser des responsabilités dans le maintien de la paix internationale et la sécurité doivent jouer un rôle à part entière dans la prise de décision du Conseil de Sécurité » (MOFA, 2005b). Tokyo demande depuis longtemps la suppression sur la Charte des Nations Unies, des mentions d' « ennemis » (appliqués à des pays qui furent les vaincus de la Seconde Guerre Mondiale, notamment le Japon et l'Allemagne), les qualifiant d' « anachroniques ».

Deuxièmement, la contribution dans le maintien de la paix et de la sécurité internationale. L'Empire du Soleil-Levant supporte un cinquième des coûts des OMP de l'ONU, et cela se vérifie aisément en Afrique (voir graphique 2). Il a déployé des troupes pour participer à ces opérations et cinq à celles humanitaires, prouvant à l'occasion qu'il accorde une grande importance à la construction de la paix et des nations en phase post-conflit.

Graphique 2 : Financement des opérations de maintien de la paix de l'ONU en Afrique 2006

Source : www. mofa. go.jp

Si on observe à présent le tableau XV, qui affiche les quotes - parts de quelques contributeurs aux budgets réguliers des Nations Unies, il apparaît que l'Empire du Soleil - Levant se classe au deuxième rang avec 19.468% des cotisations estimées entre 2004 et 2006. une contribution trois fois plus importante que la France, quatre fois que le Royaume Uni, six fois que la Russie, vingt et une fois plus que la Chine.

Tableau XV : Quote-part de quelques contributeurs aux budgets réguliers des Nations Unies entre 2004 et 2006.

Etat

Date d'admission

Quote - part en pourcentage

Etats - Unis d'Amérique

24 octobre 1945

22,000

Japon

18 décembre 1956

19,468

Allemagne

18 septembre 1973

9,630

France

24 octobre 1945

6,494

Royaume - Uni

24 octobre 1945

5,076

Russie

24 octobre 1945

2,873

Chine

24 octobre 1945

0,901

Inde

30 octobre 1945

0,305

Brésil

24 octobre 1945

1,514

Afrique du Sud

07 novembre 1945

0,365

Nigeria

07 octobre 1960

0,070

Egypte

24 octobre 1945

0,069

Cameroun

20 septembre 1960

0,014

Cote d'Ivoire

20 septembre 1960

0,012

Ghana

08 mars 1957

0,007

Sénégal

28 septembre 1960

0,006

Source : www.un.org

Il a aussi alloué 2.1 milliards de dollars US entre 2001 et 2003 pour les programmes et les agences spécialisées ; devenant ainsi le deuxième contributeur mondial. Cette démarche appuie l'analyse de Luc Sindjoun, (2002 : 157), selon laquelle « la mesure de la puissance est fondée sur la prise en considération des ressources de divers ordres qui permettent à un Etat d'avoir de chances sérieuses de faire triompher sa volonté ou alors qui lui confèrent une position de suprématie sur l'échiquier géopolitique ». Tokyo s'engage à endosser d'autres responsabilités en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité en mettant à profit l'ensemble de ses compétences et de son expérience acquises jusqu'à présent (MOFA, 2005b). Dans sa déclaration au cours de la 55ème session de l'Assemblée Générale des Nations Unies le 21 septembre 2004, le Premier ministre japonais, Junichiro Koïzumi l'a encore rappelé.

Troisièmement, la contribution nippone au développement mondial. L'archipel oeuvre activement pour atteindre les OMD dans des secteurs tels que l'éducation, la santé, l'eau et l'assainissement, et l'agriculture. Il promeut le concept de « Sécurité Humaine », qui vise à protéger et habiliter les personnes contre les menaces graves et importantes contre la vie humaine. Le Japon a instauré le fonds Trust Fund for Human Security au sein de l'ONU. Au mois de décembre 2004, le montant total des contributions s'élevaient à 256 millions de dollars US. Il s'est engagé à fournir 10 millions de moustiquaires d'ici la fin d'année 2007 pour éviter les infections de paludisme (MOFA, 2005 b). Que disent les réalistes de cette approche des relations internationales ?

Ils proclament que tous les Etats pratiquent la politique de puissance, mais précisent cependant que certains de ces Etats la pratiquent différemment des autres. Hans Morgenthau (1948 : 39) par exemple, n'observe que la quête de puissance comme principale finalité des Etats, pouvant donner lieu à trois types de politique étrangère. D'abord une « politique du statu quo », destinée à conserver sa puissance. Ensuite, une « politique d'impérialisme », destinée à augmenter sa puissance. Enfin, une « politique de prestige » destinée à afficher sa puissance. L'offensive diplomatique nippone obéit à bien des égards à une schématisation réaliste sui generis. Ce n'est donc pas une surprise que le Japon s'est déclaré favorable à la recommandation faite par Koffi Annan dans son rapport sur la réforme de l'ONU ; institution qui s'apparente désormais à « une organisation résiduelle » (Salame, 1996). Ce rapport présenté à l'Assemblée Générale des Nations Unies le 21 mars 2005, appelant à une décision sur l'élargissement du Conseil de Sécurité pourrait être considéré comme un coup de pouce aux ambitions diplomatiques nippones.

2- Le coup de pouce du rapport « Annan » aux ambitions diplomatiques nippones

Le rapport « Annan » déclare que le Conseil doit être « largement représentatif » et que sa composition devrait être modifiée pour « associer davantage à la prise de décisions ceux qui contribuent le plus à l'organisation sur les plans financier, militaire et diplomatique ». Le ministre des affaires étrangères, Nobutaka Machimura, a fait ainsi part, le même jour, de la réaction du gouvernement japonais : « le rapport du secrétaire général donne un nouvel élan vers l'application de cette réforme, conformément aux intérêts du Japon qui s'en réjouit » (Japan Brief / FPC n° 0523, 28 mars 2005). Lors d'une conférence de presse le 22 mars, Hiroyuki Hosoda, secrétaire général du gouvernement s'est félicité de ce rapport, « étant donné que le Japon a un très fort désir de devenir membre permanent, nous allons poursuivre nos initiatives diplomatiques ». On a par la suite assisté à une intensification du soutien exprimé à la candidature nippone : le 19 mars 2005, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleeza Rice, en visite au Japon, a annoncé que les Etats-Unis y sont favorables ; le 22 mars, Alexander Downer, ministre australien des affaires étrangères, a fait de même dans un discours prononcé à Tokyo ; le 27 mars, Jacques Chirac, Président de la république française, s'est exprimé dans le même sens lorsqu'il a rencontré le Premier ministre Koïzumi au Japon.

Quelles difficultés l'Empire du Soleil-Levant devrait surmonter pour voir son objectif se réaliser ? Il y a d'abord lieu de faire observer que le Japon est toujours visé par des demandes de réparation aussi bien symboliques que financières « en raison du comportement de son armée dans les pays occupés pendant la Seconde Guerre Mondiale et au titre du traitement infligé aux prisonniers de guerre et de leur travail forcé » (Colonomos, 2002 : 132). La fin de la Guerre Froide a provoqué à son tour une entrée dans l'ère de la repentance en consolidant l'éthique du recours70(*). Si les relations internationales sont scandées par le couple du diplomate et du soldat, comme le souligne Raymond Aron (1984), l'on peut considérer la politique mondiale de la repentance comme une nouvelle variable, le résultat d'un mariage qui se prolonge dans « une lune de miel planétaire », celui de l'avocat et de l'historien. Cet espace se constitue, sous la forme d'une escalade que certains, comme Jean-Michel Chaumont (1997), ont désigné par la métaphore de la « concurrence des victimes », sans pour autant nous éclairer à l'instar des travaux de John Rawls (1996), sur la conduite morale des Etats, dans un monde qui pourtant foisonne d'injonctions éthiques.

Ensuite, l'autre difficulté pour la diplomatie nippone dans sa stratégie de reconquête de l'espace international est la demande, réitérée par le secrétaire général des Nations Unies dans son rapport, de voir les pays développés faire passer leur APD à 0.7% de leur PNB d'ici à 2015. Cet objectif, mentionné comme un « important critère de la contribution », requise pour les pays qui deviendront les nouveaux membres du Conseil de Sécurité, constitue un « impedimenta » pour le Japon pour qui ce pourcentage se situe actuellement à 0.2%. Répondant à une interview du quotidien nippon Asahi Shimbun, Yasushi Akashi, ancien sous-secrétaire général de l'ONU, a commencé par indiquer qu'il pensait que Tokyo pouvait se féliciter du rapport « Annan », sans cependant s'enthousiasmer outre mesure. Il a ajouté : « le fait que le Japon ne consacre que 0.2% de PNB à son APD donne une mauvaise impression (...). Pour être permanemment au Conseil de Sécurité, le Japon doit obtenir le soutien des Etats-Unis, des PED notamment africains, mais aussi s'assurer la compréhension mutuelle de la Chine et de la République de Corée » (Japan Brief/ FPC n° 0523, 28 mars 2005). Cette option aurait a priori l'avantage d'intégrer certaines logiques de la course à l'influence internationale, justifiant même la présence du Japon en Afrique.

SECTION II : LE JAPON EN AFRIQUE OU LES LOGIQUES D'UNE COURSE A L'INFLUENCE INTERNATIONALE

D'après Dean Achison (cité par Brewster, 1985), la politique étrangère est l'ensemble de la politique nationale considérée à partir des exigences imposées par le vaste monde qui s'étend au-delà de nos frontières. Ce n'est pas une juridiction, c'est un point de vue, un système de valeurs, le plus important peut être aujourd'hui pour la survie d'une nation. Clairement, elle « n'a qu'un seul objectif, la protection et la promotion de l'intérêt national » (Mouelle Kombi, 1996 :10). Outre les motivations géostratégiques et politiques, le déploiement de l'Empire du Soleil-Levant sur le continent noir depuis plusieurs décennies, répond des intérêts utilitaristes inhérents à l'accès aux ressources naturelles et à la présence de ses firmes sur des marchés protégés (A). Il est la matérialisation d'une lutte de positionnement et d'ascendance sur l'échiquier international (B).

A- Les intérêts utilitaristes comme paramètres d'une consolidation graduelle de la présence nippone en terres africaines

Sur le continent noir, la diplomatie économique du Japon est caractérisée par la recherche de matières premières et les stratégies de présence de ses firmes (2). Elle découvre ainsi en l'Afrique, un terrain utilitariste qui prend de l'importance (1).

1- L'Afrique comme terrain utilitariste prenant de l'importance pour l'Empire du Soleil - Levant

Depuis longtemps, les Japonais connaissent le commerce. Leurs corsaires furent actifs sur les mers autour de l'archipel. L'histoire économique du pays nous révèle le rôle considérable des marchands dans le décollage économique du Japon (Yoshikawa, 1998 ; Sautter, 1993 ; Guillain, 1972). Au XXème siècle, le pays du Soleil-Levant doit gérer une multitude de dépendances, explique Claude Chancel, (1990 : 95).

La dépendance énergétique : le pays importe pratiquement 100% du pétrole qu'il consomme, plus de 90% du gaz naturel et plus de 80% du charbon dont il a besoin. Il faut ajouter à cette liste l'uranium. La dépendance pour les matières premières : on sait l'importance historique de l'industrie textile nippone. Le pays importe 100% du coton brut et de la laine qu'il travaille, en plus du bois, du pétrole et du charbon nécessaire pour les fibres chimiques. Le Japon importe aussi 100% de ses besoins en bauxite et en nickel, près de 100% du minerai de fer et plus de 98% du cuivre qu'il utilise. Le pays dépend de l'étranger aux deux tiers pour le bois et la pâte à papier. La dépendance alimentaire : à l'exception de la production du riz, désormais excédentaire, mais au prix élevé, l'Empire du Soleil-Levant doit importer des fruits (agrumes), de la viande de boeuf, les deux tiers du sucre qu'il consomme, 90% du blé et 95% du soja ainsi que des aliments pour animaux. « Le Japon est à la fois un pays presque totalement dépendant de l'extérieur pour ses approvisionnements en matières premières, en particulier minérales et un exportateur de produits manufacturés, perçu comme particulièrement agressif par ses partenaires commerciaux et alliés » (Giraud, 1988 : 59). La crise pétrolière de 1973 a rendu nerveux les responsables japonais, de telle sorte qu'ils ont entrepris de parcourir le monde, en dehors du Moyen-Orient dont ils dépendaient à 80% des besoins en hydrocarbures, pour trouver des sources d'approvisionnement en énergie plus fiables et envisager leur politique en matière de ressources naturelles avec plus d'attention qu'auparavant.

L'Afrique subsaharienne est dès lors devenue lato sensu une source féconde de ressources naturelles stratégiques avec le pétrole et l'uranium notamment. Dans cette optique, « le Nigeria, avec son pétrole, et l'Afrique du Sud, avec ses métaux rares, ont fait l'objet de dangereuses convoitises » (Ampiah, 2004 : 95). Ce n'est pas une coïncidence qu'un ministre des affaires étrangères du Japon pour une grande première, en l'occurrence Toshio Kimura, visite en 1974 l'Egypte et quatre pays d'Afrique subsaharienne (Ghana, Nigeria, RD CONGO et Tanzanie). Cet intérêt pour le continent noir se manifeste à nouveau en 1979, aussitôt après la deuxième crise pétrolière, avec le déplacement du ministre Sunao Sonoda dans cinq pays d'Afrique subsaharienne (Nigeria, Côte d'Ivoire, Sénégal, Tanzanie et Kenya). M. Kimura a plus tard expliqué les deux mobiles de sa visite dans ce continent. Primo, il s'est inquiété de la vulnérabilité de l'économie japonaise dont la base matérielle est faible et, dans ce contexte, « l'Afrique, avec ses immenses richesses dans ce domaine, mais qui restait un terrain quasi vierge pour la diplomatie économique nippone, prenait une importance toute particulière » (Sato et Alden, 2004 : 17). Secundo, il n'a pas pu rester indifférent au ressentiment populaire, crée par l'extension des activités financées par des capitaux japonais dans plusieurs pays d'Asie du Sud-est. Tirant les leçons de ces expériences négatives, il a souhaité établir des relations avec les pays africains. L'on comprend pourquoi les principaux bénéficiaires de l'aide japonaise ont souvent été les pays miniers comme le Niger, le Sénégal , la Zambie71(*), la RD CONGO (ex-Zaïre), le Nigeria, la Guinée et le Botswana, constatent d'ailleurs Jean-Jacques Gabas et Claire Mainguy (1998 : 50).

C'est ainsi que pour David Sogge (2002 : 66), l'Empire du Soleil-Levant a aussi placé le commerce au centre de son aide. Un instrument de bonne conscience qui tendrait à se substituer à toutes les transformations qui auraient été nécessaires dans les relations internationales (Comeliau, 1998 : 202). « Ce changement correspondait en réalité à une stratégie devant permettre au Japon d'échapper aux accusations des Etats-Unis et de l'Europe sur les énormes bénéfices commerciaux extérieurs qu'il avait réalisés au cours des années 1980 » (Kamo, 2004 : 56). Toujours est il que ç'a été le prix à payer pour demeurer sous la protection militaire de Washington à une époque où la Guerre Froide faisait rage (Aicardi de Saint-Paul ; 1998 : 148). Selon la direction des statistiques du commerce du FMI en 2003, sur la période de dix ans entre 1992 et 2002, les exportations totales en provenance des pays africains vers les pays asiatiques ont doublé, passant de 10 à 20 milliards de dollars US. En ce qui concerne le Japon pour l'année 2001, les importations totales en provenance des pays africains avoisinent 4.5 milliards de dollars US. Elles portent pour les postes les plus importants sur les minerais (34%) et les produits industriels (26%) notamment l'automobile (MOFA, 2001b).

2- La recherche des matières premières et les stratégies de présence des firmes japonaises

Les Japonais sont intéressés par les matières premières du continent africain et déploient à cet effet un certain nombre de stratégies de présence de leurs firmes. En 1995 par exemple, Mitsui Busan a investi 28 millions de dollars US en Afrique du Sud, dans une joint-venture avec Consolidated Metalurgical Industries pour la production de ferrochrome. Mitsubishi Corporation a pris 53.4%, équivalent à 45 millions de dollars US de la South African Company Hernic Ferrochrome. Le projet alimente Mitsubishi avec des « réserves minières à long terme de chrome, suffisantes pour produire 1 million de tonnes de ferrochrome au cours des 40 prochaines années » (Réseau de la Japan Corporate News, 10 Octobre 2002). A plus grande échelle, Mitsubishi Corporation est également partenaire dans la Mozal Sarl, un projet d'aluminerie au Mozambique, qui a été mis en oeuvre en mai 1998. Sa participation à concurrence de 25% dans la production de métaux non ferreux compte « parmi les investissements les plus importants effectués dans ce domaine par une seule compagnie japonaise »72(*).

En ce qui concerne les volumes d'exportations des produits industriels notamment ceux communiqués par l'industrie automobile japonaise, l'on s'aperçoit que le marché domestique africain en véhicules neufs (built-up) a progressé. Pour l'année 2000, l'Afrique du Nord comme zone continentale apparaît au graphique 3, comme le plus gros client des industries automobiles japonaises. Le chef de file est bien entendu l'Egypte (24 841) suivi par la Libye (7 918), la Tunisie (6 360), le Maroc (5 596) et l'Algérie (4 821). Hormis cette zone, les pays africains qui sortent du lot sont l'Afrique du Sud (21 715), le Nigeria (7 816), le Kenya (3 093) et l'Ile Maurice (1 560). En Afrique centrale le Gabon fait un score honorable avec 1296 véhicules neufs achetés. Il est à souligner que Toyota avec la vente de 210 000 véhicules hybrides en 2005 a accédé au premier rang de constructeur automobile mondial au détriment de General Motors, qui a détenu ce spectre pendant plus de 70 ans (Ecofinance du 13 au 19 novembre 2005). Le constructeur japonais est le seul présent sur tous les marchés de la planète.

Graphique 3 : Les exportations japonaises en véhicules neufs en Afrique en 2000 et 2001

Source : Jeune Afrique Economique n° 336 du 17 décembre 2001 au 13 janvier 2002 P. 30

En bout de ligne, deux pays africains bénéficient plus particulièrement du commerce et des investissements nippons. « L'Egypte, au Nord avec une certaine stabilité régionale, puis l'Afrique du Sud, pays le plus méridional d'Afrique, pour des raisons de stratégie industrielle en direction de l'Océan indien », croit savoir Anne Androuais (2004 : 121). Le premier a effectivement obtenu au cours de l'année 2002 près de 220 millions de livres égyptiennes, en termes d'investissements directs extérieurs japonais. Il importe vers l'Empire du Soleil-Levant, plus de 69 millions de dollars US. Le second entre 1998 et 2002, a comptabilisé rien que dans le secteur matériel de transport, 31 opérations et investissements pour un montant de 80.4 milliards de yens. Autant d'éléments qui autorisent Jeanne Essengue Essono (1991 : 2) à affirmer que « le Japon a encore besoin de l'Afrique, qui ne possède pas d'industries lourdes, alors que les produits japonais ayant acquis une crédibilité au niveau mondial, rencontrent la concurrence sur les marchés saturés des pays industrialisés ».

Pour Philippe Hugon (2006b : 380), c'est donc la recherche des matières premières et les stratégies de présence des firmes japonaises qui dominent. Le 02 octobre 2005 par exemple, la Libye a eu à attribuer des concessions d'exploration pétrolière selon le système de l'appel d'offre. Il a concerné 44 blocs on shore et off shore couvrant une superficie de 100 000 km². Parmi les sociétés bénéficiaires qui ont obtenu des participations dans des périmètres en association avec la compagnie pétrolière nationale libyenne, on note au tableau XVI que cinq sont nippones. L'ensemble de celles - ci a versé 21 millions de dollars US sur les 103 millions soit un peu plus de 20%.

En outre, huit pays africains à savoir : le Cameroun, le Ghana, le Kenya, le Sénégal, La Tanzanie, la Tunisie, l'Ouganda et la Zambie sont déjà ciblés par la TICAD Exchange.

Tableau XVI : Contrats d'exploration pétrolière en 2005 en Libye

Compagnie

Pays

Montant (en millions de dollars)

Nippon/Mitsubishi

Japon

2.5

Japex/Nippon/Mitsubishi

Japon

1.7

Teikoku/Mitsubishi

Japon

12.0

Japex

Japon

3.0

Total/Inpex

France/ Japon

1.8

CNPC

Chine

6.1

Pertamina

Indonésie

15.0

ONGC

Inde

6.0

Oil India/Indian Oil

Inde

3.0

ENI

Italie

11.5

Statoil

Norvège

3.0

Norsk Hydro

Norvège

7.1

Statoil/BG

Norvège/Royaume Uni

1.0

BG

Royaume Uni

15.0

Exxon Mobil

Etats - Unis

1.5

Tatneft

Russie

6.0

Turkish Petroleum

Turquie

7.3

Source : Financial Times, 06 octobre 2005

En somme, Tokyo veut disposer à travers le continent noir d'un  moyen pour avoir un accès aisé aux matières premières, tout en créant un marché pour les produits nippons. A la même occasion, il espère développer certaines parties de l'Afrique subsaharienne par la construction d'usines pour ses entreprises manufacturières, usines à partir desquelles les produits japonais pourront être exportés vers les marchés européens et chinois par exemple. L'archipel voudrait aider activement l'Afrique subsaharienne in situ « à mieux s'intégrer dans l'économie mondiale, pour autant qu'il puisse en tirer des avantages économiques substantiels » (Ampiah, 2004 : 110). Cette proactivité nippone sur l'échiquier africain souligne en tout cas, « le début d'une nouvelle guerre d'influence » (L'Express International n° 2932, 13 au 19 septembre 2007). Elle s'inscrit dans un processus porteur d'enjeux et façonné par l'intrication des rôles entre acteurs « rationnels», au sens du concept de stratégies que se font Michel Crozier et Erhart Friedberg (1977 ; 41 - 46), mettant ainsi en relief la matérialisation d'une lutte de positionnement et d'ascendance.

B- La matérialisation d'une lutte de positionnement et d'ascendance

Dans une scène internationale par essence « une arène où l'éthique est exclue, un enfer réfrigéré où la sperenza n'a pas lieu d'être » (Colonomos,  2002 : 115), la présence croissante du Japon en Afrique depuis 1991 s'explique également d'après Philipe Hugon (2006b : 380), à sa rivalité avec la Chine. Deux aspects retiennent ici dès lors notre attention.  Les contours de cette rivalité sino japonaise en terres africaines (1) et le réveil des ambitions militaires de l'Empire du Soleil-Levant (2).

1- Tokyo et Pékin voire New Delhi ou la guerre d'influence en terres africaines

La dimension onusienne demeure essentielle dans la rivalité qui existe entre Tokyo et Pékin en terres africaines. Comme le souligne le Général Xiong Guangkai (1997), les pays africains représentent à eux seuls plus de deux tiers des effectifs de l'ONU. Jusqu'au début des années 2000, la question du vote au sein de la commission des droits de l'homme semblait constituer un élément important. Cette importance s'est réduite depuis que les grandes puissances ont renoncé à présenter des résolutions « antichinoises ». Des éléments nouveaux sont apparus, confirmant l'importance de ce vote africain : la réforme des Nations Unies et l'éventuelle entrée du Japon au Conseil de Sécurité. Ils font ressortir « un véritable duel diplomatique entre Pékin et Tokyo dans l'arène africaine » (Niquet, 2006 : 362). La Chine tente d'obtenir de son côté, le soutien à l'ONU des pays africains sur la question de la définition des zones économiques exclusives qui l'oppose au Japon en mer de Chine, en leur offrant un « package diplomatique ».

Pékin joue ainsi de son double statut de PED et de grande puissance capable de peser sur des grandes orientations stratégiques du monde, une position à en croire, Xiong Guangkai (1997), que nul ne peut lui contester. L'exemple de la résolution sur le Darfour adoptée en 2004, fortement édulcorée par la Chine, en constitue une bonne illustration (Braud, 2005). L'Empire du Soleil-Levant et l'Empire du Milieu se retrouvent par ailleurs sur le champ des OMP de l'ONU en Afrique, bien que sur le fond, la Chine ne s'engage que modérément dans le règlement des conflits, très réticente devant la nécessité de prendre parti. Elle déploie toutes les armes du « soft power » défini par Joseph Nye (1990) comme « la capacité d'obtenir ce que l'on peut par l'attraction plus que par la coercition ». La Chine a cependant ouvert trois usines de fabrication d'armes légères au Soudan près de Khartoum, d'autres usines de munitions et d'armes ont également été construites au Zimbabwe et au Mali. C'est aussi en Afrique qu'elle a trouvé un marché pour ses avions d' « entraînement » K 8, fournis à la Namibie, au Soudan et au Zimbabwe (Hilsum, 2005).

La puissance montante de la Chine crée un dilemme pour ses voisins. Les pays d'Asie sont manifestement confrontés à des objectifs contradictoires dans leurs relations avec Pékin. Ils entendent bien sûr tous s'inscrire dans la dynamique de croissance, mais ils ne souhaitent pas que cette puissance économique altère significativement la posture diplomatique et stratégique de la Chine. La difficulté est particulièrement claire pour le Japon. Comme Washington, « Tokyo privilégie l'intensité croissante des liens économiques pour renforcer l'intégration de la Chine dans l'économie mondiale et favoriser l'adoption par ce pays de politiques pragmatiques » (Mistral, 2006 : 343). D'un autre côté, la relation bilatérale Chine-Japon reste marquée par des souvenirs historiques mal assumés et le renforcement de l'axe Washington-Tokyo a toujours été perçu à Pékin comme « un contre-feu préventif » à l'encontre d'une influence chinoise croissante. L'équilibre est tout aussi difficile à redéfinir pour Séoul, Pékin jouant un rôle pivot dans la gestion de la crise Nord coréenne. La Chine est donc dans tous les esprits73(*). La dimension politico stratégique de l'intérêt chinois pour l'Afrique se complète dans une synergie particulièrement dynamique, d'un volet économique diversifié et d'importance croissante, notamment dans la prise de marchés dans le domaine clé de l'énergie, mais aussi dans les minéraux, le bâtiment et les travaux publics (BTP) ou le marché des biens de consommation courante. Pour la Chine, l'Afrique présente le double intérêt d'être un réservoir de ressources et un vaste marché accessible aux produits chinois (Niquet, 2006 : 366).

Depuis 2004, la Chine est le second importateur de pétrole africain, derrière les Etats-Unis et devant le Japon74(*). Pékin importe du pétrole d'une dizaine de pays africains, d'abord du Soudan (12% des importations) où la Greater Nile Petroleum Operational Company (GNPOC) est détenue à 40% par la compagnie chinoise d'Etat, China National Petroleum Corporation (CNPC) et ensuite de l'Angola. L'importance du marché chinois est par ailleurs vitale pour ces deux pays, puisque 60% de la production de l'Angola sont exportés vers l'Empire du Milieu.

Les pays du golfe de Guinée voient leur importance s'accroître (Niquet, 2006 : 368 ; Owona Nguini, 2005 : 8 ; Ntuda Ebode, 2004 : 44-47). Le Président Hu Jintao s'y est rendu en 2007 pour développer les accords pétroliers avec le Cameroun et le Nigeria, après avoir été une année avant au Gabon et en Guinée Equatoriale. La stratégie chinoise en Afrique est particulièrement dynamique et joue ouvertement au paradigme du « gagnant-gagnant » et du principe de « non ingérence » qui s'oppose aux choix des puissances occidentales et surtout du Japon (Hugon, 2006b ; 381 ; Gaye, 2005 : 4). Cette stratégie répond au demeurant à une certaine attente des Africains qui, depuis la fin de la Guerre Froide ont constaté un retrait des occidentaux75(*). Le soutien ouvert à des régimes particulièrement discutables, au Soudan ou au Zimbabwe, met la Chine en porte à faux avec l'ensemble de la communauté internationale « responsable », et entre en contradiction avec le discours officiel de Pékin sur l'émergence pacifique et le rôle de grande puissance intégrée que la Chine occupe. Pour Philippe Braud (2006), il ne fait l'ombre d'aucun doute que l'Empire du Milieu apparaît en Afrique « comme essentiellement prédatrice, selon le modèle hier mis en oeuvre par les puissances coloniales » avec comme corollaire un trafic illégal souvent mentionné, mais dont les chiffres sont difficiles à établir et à vérifier (Lafarge, 2005). La stratégie de Pékin qui permet aux régimes les plus contestables de la région de reconstituer une économie de rente fondée sur l'exploitation massive des ressources naturelles, sans réel transfert de richesses ou de savoir faire vers les populations locales, pourrait rendre moins efficaces les éventuelles pressions exercées pour obtenir une amélioration de la gouvernance et une démocratisation des régimes en place.

N'ayant pas de multinationales minières et pétrolières de grande envergure, le Japon n'a jamais été accusé par quiconque de piller les ressources naturelles. Il a laissé aux compagnies nationales ou aux multinationales des autres pays industrialisés le souci de les exploiter. Cette politique d'approvisionnement qui met en avant la puissance d'acheteur, est apparue comme « moderne » aux yeux des pays protecteurs du Tiers monde, mais aussi de l'Australie et du Canada (Giraud, 1988 : 73). Grâce au volume de sa population, à sa forte croissance, à ses performances dans les secteurs à haut niveau technologique et à son arsenal militaire, l'Inde s'impose à son tour comme l'autre puissance émergente qui rivalise avec le pôle Japon/Etats - Unis d'Amérique. Elle est présente par les réseaux de la diaspora en Afrique de l'Est (Kenya, Ouganda), en Afrique du Sud et dans l'Océan indien (Maurice, Madagascar). Les sociétés indiennes ont investi dans le phosphate (Maroc, Sénégal, Tanzanie), dans les télécommunications (Malawi) dans le transport routier (Sénégal) et dans les secteurs de pointe où elles ont de nombreux avantages mais également dans le domaine pétrolier. L'Inde a en partie aligné sa politique africaine sur celle de la Chine avec de nombreuses dérogations aux droits (Hugon, 2006b : 380). La reconnexion du continent noir au système international après l'afro pessimisme des années 1990 est aujourd'hui, selon Ntuda Ebode (2007), facilitée par l'importance des forêts du bassin du Congo dans l'équilibre écologique mondial et son écosystème, l'émergence du golfe de Guinée comme un acteur majeur, la globalisation de la lutte contre l'immigration africaine et le terrorisme. Cette lutte contre le terrorisme est de nature à réveiller les ambitions militaires nippones.

2- Le réveil des ambitions militaires nippones

Il reste que le Japon serait très vulnérable en cas de conflit mondial d'extrême tension géopolitique, coupant ses voies maritimes d'approvisionnement (Ntuda Ebode, 2003 : 126 ; Addler, 2002 : 322 ; Giraud, 1988 : 74). On peut penser à l'avenir, de même que le Japon accordera une attention plus soutenue à ses problèmes de sécurité stratégique des approvisionnements, il voudra accéder à plus d'autonomie en matière de défense. Il est certes vrai que jusque là, le Japon qui est entièrement dépendant de l'extérieur, dispose de la plus grande sécurité ; il peut tenir d'après l'OCDE (2005) 125 jours en cas de rupture des approvisionnements, suivi par l'Allemagne (102 jours), la France (96) et les Etats - Unis d'Amérique (82). Le Premier ministre Shinzo Abe, tout comme son prédécesseur Junichori Koïzumi, avait annoncé, au prétexte de la « menace Nord coréenne76(*) », son intention de modifier par referendum, l'article 9 de la constitution pacifiste, pour permettre de transformer les FAD (240 000 hommes très bien équipés) en véritables forces armées, susceptibles de prendre part à des actions de sécurité collective et d'intervenir avec ou sans feu vert onusien sur des théâtres extérieurs (Muto, 2006 ; Serra, 2005 ; Mayaudon, 1997).

Une intention désormais encouragée à Washington77(*) par l'entourage du Président George W. Bush, qui souhaite disposer en Asie du Nord-est d'un allié militairement puissant pour contenir la Chine dans le cadre de « la lutte contre la terreur » (Mistral, 2006 : 342). Encore que, un principe pragmatique affirme la nécessité du nucléaire comme dissuasion du conflit armé et de sa propre utilisation au nom d'une raison de l'homme et au vu de l'histoire de cette arme (Nye, 1986). Pointées du doigt par Tokyo pour l'absence de transparence de ses investissements militaires, la Chine et la Corée du Nord ont été désignées comme « préoccupations sécuritaires » dans le programme nippon de défense nationale pour l'année fiscale 2007. Les inquiétudes stratégiques du Japon vis-à-vis du régime de Pékin sont renforcées dans la perspective d'une éventuelle réunification de la Corée. Celle-ci signifierait l'émergence d'une puissance moyenne potentiellement détentrice d'armes nucléaires et dont la diplomatie a des accointances avec la Chine dans une période où « la possibilité d'un conflit interétatique majeur demeure plus élevé en Asie que dans d'autres régions du monde » (National Intelligence Council, 2005).

Depuis la fin de la Guerre Froide, l'Empire du Soleil-Levant dans une posture inédite, semble bien décidé hic et nunc à s'affirmer comme une puissance diplomatique et militaire de premier rang sur la scène régionale et au plan international. Malgré des équipements militaires très sophistiqués et un budget de la défense important - environ 40 milliards de dollars US annuels - le Japon est limité dans ses interventions à l'étranger par sa constitution pacifiste (Muto, 2006 ; Ishihara and Mahathir, 1994)  et par le blocage de sa candidature comme membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Pour retrouver un pôle diplomatique à part entière et un statut de puissance militaire « normale », le renforcement de l'alliance politique et stratégique avec les Etats-Unis d'Amérique reste la pierre angulaire de la politique étrangère nippone, malgré la réprobation d'une partie de l'opinion publique (Le Monde Diplomatique, avril 2006). Le Japon collabore au développement avec les Américains, d'un système de défense antimissile et autorisera à partir de 2009, un porte avion nucléaire à mouiller dans la base navale de Yokosuka. Recroquevillée sur la relation privilégiée qu'elle entretient avec Washington, la diplomatie nippone prend le risque d'une marginalisation sur la scène asiatique et peut être internationale.

Au total, nous pouvons convenir avec Chris Alden (2004 : 11) que la diplomatie discrète du Japon contraste bien sûr avec l'exubérance de la Chine dans l'expression de ses intérêts et la progression soutenue du commerce et la présence humaine de l'Inde sur le continent africain. Pour l'ensemble de ces trois pays, l'Afrique est désormais le lieu pour venir exprimer des ambitions mondiales et réaliser des objectifs économiques. Il s'agit maintenant pour le continent noir comme enjeu de cette offensive des pays asiatiques en général et du Japon en particulier, de savoir tirer le meilleur bénéfice pour son développement. D'où l'exigence de son nécessaire sursaut.

SECTION III : L'ECHIQUIER AFRICAIN : LE NECESSAIRE SURSAUT DU CONTINENT NOIR

Après plus de quarante ans « d'indépendance » et près de trente-cinq d'aide au développement, mieux de « coopération », l'Afrique a atteint un niveau de pauvreté inégalé, quoique les perspectives actuelles de l'économie mondiale semblent lui offrir un environnement extérieur relativement plus favorable (Hugon, 2005 :398). Tous les indicateurs économiques, la production agricole, la production industrielle, les exportations ont pour le mieux stagné quand ils n'ont pas enregistré une tendance à la baisse. Ces indicateurs mettent en relief la crise comminutive du développement de l'Afrique (A). Pareille situation requiert que le continent noir interroge son histoire et qu'il se mette aussi à l'écoute, notamment de l'Asie où le Japon se présente comme un modèle d'ambition modernisatrice (B).

A- La crise comminutive du développement de l'Afrique

La marginalisation de l'Afrique après cinq siècles de contacts ininterrompus avec les autres civilisations est une réalité incontournable. Elle se manifeste par l'état des lieux désastreux du continent noir (1) où entre le poids du passé et le défi du développement, les mentalités sont ampoulées (2).

1- L'état des lieux désastreux ou la protubérance d'une débâcle

Mis à part le sort particulier des pays comme l'Afrique du Sud, le Bostwana ou l'île Maurice, les échecs économiques de l'Afrique subsaharienne sont concordants dans tous les domaines. « Les résultats sont désastreux », clame Elenga-Ngaporo (2004 : 106). Le PIB de l'ensemble équivaut à celui des Pays-Bas ou du Mexique en 1990 (250 milliards de dollars US) moins que celui d'un pays comme l'Espagne en 1997 (550 milliards de dollars). L'Afrique du Sud exclue, elle ne représente que 2% du PIB, 1.7% des exportations et moins de 1% de la valeur ajoutée industrielle du monde alors qu'elle regroupe à peu près 12% de la population mondiale. Le PNB moyen par tête d'habitant de l'ordre de 350 dollars US déjà en 1991, place l'Afrique dans son ensemble dans la situation des pays les plus pauvres de la planète (Commission pour l'Afrique, 2005). Plus de 80% des exportations africaines sont des produits primaires (Brunel, 2004). Le continent exploite les produits agricoles et miniers à l'état brut ; en moyenne, la part des produits manufacturés dans les exportations est passée de 7% à 8% entre 1965 et 1992. L'Afrique a vu sa position s'effriter sur les marchés qu'elle dominait naguère. C'est notamment le cas de l'huile de palme, de l'arachide, du cacao, du café, du bois dont les marchés se développent au profit de l'Asie du Sud-est, en particulier en Malaisie, Thaïlande, et en Indonésie. Selon les données de la Banque Mondiale sur la dernière décennie du siècle précédent, le déficit commercial de l'Afrique subsaharienne est passé de 6 millions de dollars US en 1990 à 11.5 milliards en 1996 puis à 16.1 milliards en 1999. Les pays africains sont par ailleurs lourdement endettés.

Les insuffisances au niveau des infrastructures de production représentent une contrainte supplémentaire. A l'exclusion de l'Afrique du Sud, l'Afrique est le continent le moins connecté du reste du monde, remarque Jacques Bonjawo (2005). Malgré les progrès récents liés à la diffusion du téléphone portable, et aux moyens de communications, l'Afrique au Sud du Sahara a l'un des taux les plus bas d'accès à l'ordinateur. Pour la Banque Mondiale, 1.19% d'Africains avaient accès à un ordinateur personnel en 2003 contre 6.7% en Amérique Latine et 46.6% dans les pays avancés. En ce qui concerne le secteur énergétique, la plupart des entreprises au Nigeria, au Cameroun, au Sénégal ou en Ouganda, sont obligés d'avoir leurs propres générateurs électriques pour faire face aux carences en matière de fourniture d'électricité. « Dans ces conditions, il est tout simplement difficile de transformer l'Afrique en un centre industriel faisant de la production de masse pour le marché domestique ou l'exportation » (Nyambal, 2006 : 28). En raison de l'absence d'investissements, le réseau routier a peu évolué. En effet, l'Afrique subsaharienne dispose de moins de routes bitumées que la Pologne et des pays comme la RD CONGO, ont aujourd'hui moins de routes bitumées qu'en 1960. La mortalité infantile et juvénile atteint 175% et même 250% dans certains pays. L'espérance de vie est de 51 ans, 64 ans pour l'ensemble des PED.

Qu'en est-il des taux de scolarisation ? Ils sont très bas, de l'ordre de 35% à 50% dans le primaire avec des classes surchargées, des maîtres peu nombreux, insuffisamment formés et peu ou mal équipés. De plus l'effort financier est mal orienté et dirigé essentiellement vers le secondaire et le supérieur. En moyenne, moins de 25% de la classe d'âge des 12-18 ans est scolarisée dans le secondaire comparativement à l'Indonésie 48%, à la Malaisie 57%, à la Corée 84%. Quant aux effectifs universitaires, la proportion est de l'ordre de 3% en Afrique, 7% en Malaisie, 37% en Corée pour le groupe d'âge correspondant.

Le continent subit une « hémorragie de ses cerveaux78(*) dont l'ensemble constitue pourtant un acteur important de l'avancée technique et la technologique du monde » (Pondi, 2007). En outre, l'accès régulier à un point d'eau aménagé est devenu problématique au Tchad, au Congo Brazzaville, en Angola, en Guinée Equatoriale et au Cameroun (Kounou, 2006 : 110). « La production alimentaire par habitant a baissé, du fait notamment de la pandémie du sida qui a des conséquences sanitaires et économiques incalculables » (Hugon, 2005 : 400). L'Afrique subsaharienne compte en 2007, 75% du total mondial de séropositifs avec des taux de prévalence qui atteignent près de 40% au Botswana. Les objectifs du NEPAD de 7% de croissance ou ceux de l'ONU pour les OMD79(*), qui impliquent une aide accrue et un soutien de la communauté internationale, ne sont pas au rendez-vous. Et dans cette situation de pauvreté, que fait alors la société civile africaine ? Les interrogations autour de l'impact de ses activités persistent (Ndue, 2003), car en réalité entre le poids du passé et le défi du développement, les mentalités ampoulées restent tenaces.

2- Entre le poids du passé et le défi du développement, « l'excavation » d'une mentalité ampoulée

Il est indéniable que le passé, id est la colonisation et même la traite des esclaves, pèse d'un poids lourd dans la situation africaine d'aujourd'hui. Pour Elenga-Ngaporo (2004 : 123), « on ne peut pas nier les traumatismes, subis par l'Afrique subsaharienne pendant cinq siècles de dissolution, de désorganisation, d'étouffement, de destruction systématique, de dévastation, de rapine, de spoliation ». Il faut reconnaître que les sociétés africaines n'en sont pas totalement revenues et l'on ne saurait banaliser « ces entreprises d'assujettissement », formes historiques nouvelles du rapport entre maître et esclave, comme le définit Frantz Fanon (1961 : 6). Les quatre siècles de traite négrière et les pesanteurs de la domination coloniale constituent encore un lourd handicap (Gouveritch, 2006). Le poids économique et culturel des anciennes puissances coloniales à l'instar de la France qui « ne serait plus tout à fait elle-même aux yeux du monde, si elle renonçait à être présente en Afrique » (Mitterrand cité par Fogue Tedom, 2003 : 178), est encore très pesant et constitue un obstacle à l'imagination, à la créativité et même à l'envergure des élites africaines.

Encroûter l'âme nationale d'un peuple dans un passé pittoresque et inoffensif parce que suffisamment falsifié est de la sorte, un procédé classique de domination. Ce qui fait dire à Cheikh Anta Diop (1979 : 17), que « pour un peuple, il est d'un intérêt inestimable de connaître sa vraie histoire ». Il n'est donc pas surprenant qu'Albert Azeyeh (1998 : 13), parle encore de « survivances dans les mentalités des colons et des colonisés ». Certains travaux ont même alimenté des discussions sur « la politique par le bas » (Bayart, Mbembe et Toulabor, 1992) et le clientélisme qui expliquent certains dysfonctionnements à partir de la base culturelle. La déformation du modernisme et sa prise sur une Afrique à partir d'une déformation des préceptes qui avaient été élaborés au Nord seraient donc responsables des échecs80(*) du continent noir. Pourtant à en croire Achille Mbembe (2005), que la colonie ait été un lieu de terreur et d'épouvante, cela va sans dire. Que ce qui a été perdu par les sociétés africaines du fait de la rencontre avec l'Occident soit, dans la plupart des cas, immesurable, cela est vrai aussi. « La question aujourd'hui, poursuit cet auteur, est de savoir préciser les lieux à partir desquels se souvenir de ce qui, au fond, représenta un mélange de terreur, de désir et d'effroi ». 

Les mentalités africaines sont ainsi identifiées comme des freins au progrès au point d'amener Axelle Kabou (1991 : 27) à se demander si il y aurait des Africains qui « refuseraient le développement ». Pour elle, ce serait en fait la chose la mieux gérée et la mieux partagée ; les Africains étant persuadés que leur destin devrait être pris en charge par les étrangers. C'est pourquoi, « aussi longtemps que persistera ce refus d'entrer dans la modernité, autrement qu'en passager clandestin ou en consommateur vivant aux crochets du reste du monde, il faudra aviver la blessure, plonger la plume dans les plaies ouvertes de l'Afrique (Smith, 2003 : 230). L'Afrique serait le seul continent n'ayant développé aucune identité mobilisatrice, capable de servir de socle pour résister à la domination extérieure ou de ciment culturel pour entrer en compétition avec les autres civilisations. De facto, « les Africains n'ont développé aucune capacité à se mesurer aux autres peuples, en termes de puissance ou de création de richesse » (Nyambal, 2006 : 47). Le déficit de l'initiative privée et l'insuffisance d'une culture entrepreunariale, le peu d'attention portée aux valeurs du temps et du travail ont poussé Daniel Etounga-Manguelle (1991), à soutenir que l'Afrique a aussi besoin, en plus d'un ajustement structurel, d'un ajustement culturel.

Kä Mana (1991) se demande à son tour si l'Afrique ne va pas mourir de son inaptitude à aborder ses problèmes en termes lucides et scientifiques ; s'en prenant notamment au mythe de l'identité négro-africaine figée, éternelle et omnipotente. Il rappelle ainsi à des consciences africaines pétrifiées dans des raideurs identitaires post-coloniales que le passé seul n'a jamais suffi à régler les problèmes d'une civilisation. Il insiste sur le rôle incontournable de l'emprunt aux autres civilisations et de l'inventivité dans le développement des cultures.

Pour le navigateur interplanétaire de la NASA, Cheick Modibo Diarra, « le problème de l'Afrique se situe au niveau de l'attitude de l'Africain. Nous avons une ressource humaine qui est plus jeune que celle de tous les autres continents, une diversité extraordinaire en terme de culture et de géographie etc. Avec tout cela, nous semblons ne pas pouvoir sortir d'un certain marasme économique et social. J'attribue cela à notre attitude mentale » (Cameroon Tribune n° 8447/4646, 03 octobre 2005).

Au demeurant, nous pouvons convenir qu'il est confortable pour les praticiens du développement confrontés aux résistances, aux refus souvent légitimes de ceux qui sont supposés bénéficier de leur action, d'incriminer les mentalités archaïques ou rétrogrades81(*) alors que les actions proposées peuvent être inadaptées, contre productives ou dangereuses pour le sort des personnes à qui elles s'adressent.

Bientôt un demi siècle que les pays d'Afrique ont acquis leur indépendance, les Africains se rendent compte que le continent doit chercher ailleurs que son passé colonial, les causes des conflits qui l'accablent. Plus que jamais c'est elle-même que l'Afrique doit examiner, écrit Koffi Annan (1998). C'est la nature du pouvoir politique dans bien des pays africains, de même que les conséquences réelles ou perçues comme telles, de la prise du pouvoir et du maintien de celui-ci, qui est une source majeure de conflits sur le continent82(*). Au moment où « nous assistons au tarissement des sources de solidarité en raison des menaces qui pèsent sur le niveau de vie de populations des pays développés » (Diop, 2006 : 86), la question de l'acceptation de l'autre, partenaire dans la recherche du bien être reste « un problème central du développement de l'Afrique », à en croire Fattany Talonto (2004 : 174). L'expérience de l'Asie orientale depuis l'ère Meiji au Japon, mériterait à tout le moins que le continent regarde aussi vers l'Orient et cesse de s'en remettre toujours à un Occident qui se veut le sujet pensant de l'histoire et de la civilisation des autres.

En filigrane que pouvons-nous remarquer ? Si le Japon avait voulu conquérir le monde par sa culture, il n'y serait pas parvenu. Par contre grâce à sa puissance industrielle et technologique, il exporte aussi facilement aujourd'hui ses produits industriels que ses religions, ses arts martiaux au point de s'imposer comme un modèle d'ambition modernisatrice.

B- La coruscation du modèle japonais ou l'ambition modernisatrice

Le Japon qui a progressivement rattrapé les Etats-Unis d'Amérique au point de « subventionner son hégémonie » (Laïdi, 1993 : 67), est entré dans l'univers mental des Africains comme un ersatz géostratégique et technologique (1). A travers son ambition modernisatrice, l'Empire du Soleil-Levant a également démontré que l'intelligence est une matière inépuisable dans la dynamique de transformation socio économique (2).

1- Le Japon dans l'univers mental des Africains comme ersatz géostratégique et technologique

Considérant l'Afrique dans sa présentation physique comme une partie émergée d'un titan macrocéphale, dont la face regarde l'Orient et la nuque l'Occident, Hubert Mono Ndjana (cité par Ntuda Ebode, 2003 : 125) s'étonne de constater que l'Afrique tarde à ouvrir ses yeux qui regardent pourtant l'Asie, pour compléter ses connaissances et conquérir le monde. Cette situation, soutient le philosophe, lui semble regrettable, car occuper une position aussi centrale sur la planète avec l'Europe sur sa tête, les Amériques sur son dos et l'immensité asiatique face à elle, donne inévitablement à l'Afrique, le devoir de pivoter dans tous les sens, en toute liberté. Selon Joseph Vincent Ntuda Ebode (2003:126), deux explications peuvent justifier aisément l'entrée du Japon dans l'univers mental des Africains.

Premièrement, ce qu'il considère comme « une gestion victorieuse des contraintes » notamment géostratégiques inhérentes à sa situation insulaire et sa mise tutélaire par les Etats-Unis d'Amérique. L'Empire du Soleil-Levant est passé d'une position mineure et subordonnée à celle d'un partenaire majeur et incontournable pour Washington. Un retournement de situation qui ne saurait laisser l'Afrique indifférente, elle qui subit la subordination politique, économique, culturelle et stratégique par rapport à l'Europe. Deuxièmement, le type de développement hybride, alliant harmonieusement modernité et tradition et qui de ce fait semble plus proche du type qui prend corps en Afrique. A l'opposé des autres nations tombées sous l'hégémonie occidentale, le Japon83(*) à son éveil à la fin du XIXè siècle s'est coulé avec vivacité et rapidité dans le moule des civilisations étrangères plutôt qu'il n'a été modelé par ces civilisations. C'est ainsi que « les Japonais ont maîtrisé les innovations plutôt qu'ils n'en ont été les victimes. L'influence étrangère a anéanti d'autres pays mais elle a donné souffle au Japon », observe Ezra Vogel (1983 : 363)

Le Japon est donc perçu «comme une source d'inspiration à laquelle il est important de puiser » (Ejigu, 1996 : 56-59). Il est en effet admis d'après Axelle Kabou (1991 : 177), que « le Japon et l'Afrique sont probablement plus proches de leurs traditions médiévales que les Occidentaux ne le sont des leurs » et qu'à la fin des années 1950, la situation économique, id est l'état de sous développement de nombreux pays d'Asie du Sud était comparable sinon moins satisfaisante que celle de certains pays d'Afrique subsaharienne (Elenga-Ngaporo, 2004 : 71 ; Herd et Jones, 1994 : 32 ; Essengue Essono, 1991 : 34). Mais les évolutions ultérieures ont été si divergentes qu'aujourd'hui, alors que l'Asie84(*) orientale joue quasiment le rôle de locomotive de l'économie mondiale, le continent noir connaît une désastreuse dégradation de ses conditions économiques.

Animé du désir de rattraper le retard technologique sur l'Occident, l'Etat japonais s'est engagé dans une campagne volontariste de propagation de l'idéologie technologique pour imposer des changements à une société où le temps et les unités de mesure étaient encore régis par les phénomènes naturels tels que les saisons ou le soleil. L'enseignement primaire est également devenu obligatoire dès 1871 avec un accent particulier sur le questionnement scientifique de la nature. Le pays s'est doté d'une masse critique d'ingénieurs et de techniciens capables de prendre la relève de l'assistance technique étrangère. Au niveau de ce tissu industriel, l'Etat a favorisé délibérément dans les différents secteurs d'activités, l'émergence de grands groupes capables de faire de la production de masse pour le marché domestique et l'exportation, en déployant avec succès les technologies de la deuxième révolution industrielle. « Pour créer les conditions d'une compétition intense au niveau domestique, le MITI a poussé les entreprises locales à acheter les licences ou à copier des technologies étrangères. Il a investi dans le développement des capacités pour absorber ces technologies et les améliorer » (Nyambal, 2006 : 122).

Pour Barthélemy Biao (1998 : 144) et Emil Hatcheu Tchawe (2004 : 81), le développement en Asie en général et au Japon en particulier, n'a pu être possible sans de profondes mutations de politiques économiques. Elles apparaissent marquées par l'adhésion à des stratégies dites Out-ward looking et Export-puch de l'ouverture des économies au commerce international, un investissement approprié dans le développement des ressources humaines, un approfondissement financier par la libéralisation des taux d'intérêt, la réforme foncière et le développement du secteur agricole. En fait d'après Babissakana et Abissama Onana (2005 : 550), « chaque pays qui veut accroître durablement le niveau de vie de ses citoyens doit faire tout ce qui est possible de faire pour accéder en permanence au grand marché international des capitaux privés. C'est le cas de tous les pays dits avancés et émergents ». Il semble que ces différentes approches théoriques rencontrent peu de « succès » lorsqu'elles sont confrontées aux réalités africaines, où les spécialisations dans le secteur primaire issues de la colonisation sont assez stables (Blancher et Mainguy, 1998 : 521). Pourtant, la richesse se crée. Il n'y a pas de fatalité africaine dans des guerres absurdes, des gouvernements incompétents et corrompus, des comportements irresponsables de vie facile et de jouissance débridée. Depuis des siècles, nous rappelle Robert Guest (2005 : 89), à travers toute l'humanité, se libérer, briser les chaînes, cela demande toujours une volonté, une décision et parfois... une révolution. C'est pourquoi il convient « d'éviter de faire le fétichisme des facteurs ou des moyens de la puissance. Encore faut il pouvoir mobiliser lesdits facteurs de manière efficace afin de passer du stade de la potentialité à celui de l'effectivité » (Sindjoun, 2002). En cela, l'intelligence s'avère une matière inépuisable dans la dynamique de la transformation socio économique.

2- L'intelligence : une matière inépuisable dans la dynamique de la transformation socio économique

Un peu comme la dialectique hégélienne du maître et de l'esclave, c'est par le développement, c'est-à-dire par la maîtrise des conditions et processus de transformation de l'environnement, qu'un peuple assure l'existence de son libre-arbitre, se mesure au rendez-vous de l'universel aux autres peuples, administrant par là même la preuve de sa capacité à comprendre, à assimiler, à maîtriser la formule du développement, souligne avec force Valentin Nga Ndongo (1998 : 47). Le Japon est un pays qui n'a pas de matière première et a été vaincu lors de la Seconde Guerre Mondiale. Mais par son intelligence, pour avoir été chez les autres, étudier ce qu'il y a de positif, il est aujourd'hui au premier plan du développement. Les Africains peuvent en faire autant et relever le défi par l'intelligence des hommes. Les premières richesses ne sont pas les matières premières mais bien l'intelligence, une ressource inépuisable. Puisque le savoir est après tout un ensemble de connaissances acquises, de discours, de pratiques, des objets et des méthodes qui constituent le champ historique de l'apparition des sciences et de leur développement. Et le niveau d'instruction qui rend la population apte à utiliser le savoir, c'est son éducation. L'expérience des pays émergents d'Asie et avant eux, l'expérience du Japon souvent citée en exemple par les hommes politiques africains85(*), montrent aujourd'hui que le savoir occupe une place beaucoup plus importante que les ressources naturelles (Hafedh Ben Abdennebi, 2002).

Le philosophe Marcien Towa (1986 : 39 - 40), pourtant très critique à l'égard de l'impérialisme, admet cependant que la science constitue le secret de la domination de l'Occident, en invitant les Africains à s'employer eux aussi à maîtriser ce secret. Malheureusement comme déduit le mathématicien Henri Hogbe - Nlend, « la science est encore généralement considérée dans les milieux dominants de la société africaine, comme quelque chose de totalement étranger à la culture africaine et non, comme il se doit, comme un patrimoine de toute l'humanité et le fruit des recherches historiques de tous les peuples » (Jeune Afrique n° 1043, 31 décembre 1980). Les peuples qui réussissent ont une vision progressiste du monde. Contrairement aux Africains - qualifiés sous certains lieux « d'ambassadeurs de la misère du monde » (Pondi, 2007) - qui privilégient la communion avec la nature, les Japonais lambda ont une conception de subordination de la nature à l'homme qui les pousse à domestiquer leur environnement. Ils ont également répandu au sein de leur société une conception linéaire du temps, mesurée par le progrès ou le recul, tandis que les sociétés africaines auraient conservé une conception immuable du temps qui empêcherait toute projection dans l'avenir86(*). Pour beaucoup de pays du Sud et en particulier africains, l'incompréhension de leur société a entraîné jusqu'à maintenant à la fois le maintien de la dépendance extérieure et de la démagogie nationaliste interne (Copans, 1990). En outre, comme le remarque Sophia Mappa (1990), si une société n'arrive pas à se représenter elle-même, elle a du mal à se représenter l'autre.

Les Nippons ont un esprit de conquête et d'ouverture sur le monde qui les amène à organiser la société pour dégager un surplus économique. Pour ce faire, ils ont crée « des institutions capables de produire des biens et services, d'adapter et de maîtriser les innovations technologiques et de transmettre le savoir-faire pour renforcer l'efficacité économique et sociale » (Nyambal, 2006 : 38). Les peuples qui réussissent ont diffusé au sein de la société, un certain nombre de valeurs destinées à renforcer le capital social et la confiance dans les échanges entres individus notamment le sens du possible, la promotion des valeurs indispensables à l'esprit d'entreprise. Il s'agit de la discipline, de l'ardeur au travail, la frugalité, l'innovation et le goût du risque. Pour être donc un acteur économique significatif dans le monde de demain et sortir ipso facto de son actuelle chrysalide, l'Afrique doit selon Jean Emmanuel Pondi (1993 : 11 - 20), intégrer la révolution de l'intelligence dans sa stratégie économique. Cette analyse s'appuie entre autres sur le fait que, « c'est la technologie qui manque le plus dans les modèles de croissance économique ou de quête de prospérité en vigueur en Afrique depuis plusieurs décennies » (Babissakana et Abissama Onana, 2005 : 329). Une approche parmi tant d'autres est celle somme toute originale, de l'appropriation des technologies de l'information et de la communication que Jacques Bonjawo (2005)  présente comme « une opportunité pour un développement durable du continent noir ».

Tout compte fait, au terme de ce quatrième et dernier chapitre, il est à noter que le Japon n'entend pas disparaître de la course au leadership en Afrique. Surtout pas au profit de la Chine vers qui l'archipel a orienté ces deux dernières décennies, plusieurs dizaines de milliards de dollars US, finançant hier l'essor économique de son rival d'aujourd'hui. Et ce d'autant, moins que l'allié américain clame désormais sans retenue, son appréhension sur les intentions stratégiques de Pékin. Un amendement de la constitution pacifiste de l'archipel nippon est de plus en plus sérieusement considéré par les politiques sensibles aux bouffées nationalistes. En dehors d'intérêts géopolitiques comme l'appui des pays africains pour un siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies, les objectifs japonais en Afrique sont utilitaristes et s'inscrivent dans la logique de l'accès aux matières premières et des stratégies de présence de ses firmes. A l'aune de la crise comminutive du développement de leur continent, les Africains peuvent s'inspirer du modèle japonais en ce qui concerne la maîtrise des apports étrangers dans la dynamique de la transformation socio économique, l'éducation, l'aménagement institutionnel et économique de l'Etat pour amorcer le décollage vers la prospérité. Les contacts de l'Empire du Soleil - Levant avec le monde Occidental lui ont permis, non seulement de parachever son unité nationale, mais aussi de s'industrialiser, d'accroître sans cesse ses capacités scientifiques au point qu'aucune nation d'Occident n'effectue aujourd'hui des prévisions économiques sans tenir compte du dynamisme de ce pays. Le facteur décisif du développement n'est donc pas le capital comme on l'a cru longtemps, mais bien le savoir des hommes et leur aptitude à secréter des richesses. Ce prérequis pourrait permettre aux Africains d'être traités en partenaires égaux et non en mendiants de circonstance d'une APD devenue de plus en plus réduite et à la tête des « clients » dociles. Parvenu au terme de cette étude sur l'entreprise politico - diplomatique du Japon en direction de l'Afrique, que faut - il en retenir ?

CONCLUSION GENERALE

L'offensive politico-diplomatique de l'Empire du Soleil-Levant en direction de l'Afrique depuis 1991 révèle à bien des égards que nous sommes bien entrés, dans le « siècle du Pacifique », annoncé de longue date. Certes, les manifestations d'un engagement américain sélectif et d'une présence européenne résiduelle vont continuer à marquer les relations extérieures des Etats africains. Mais le steeple chase entre sociétés pétrolières qui oppose actuellement le Japon, la Chine et l'Inde aussi bien en Angola qu'au Soudan, est illustratif de la course à l'influence que se livre les puissances asiatiques. Il est significatif à cet effet que ce soit en Afrique, jadis continent oublié qu'on le constate aujourd'hui. Aussi, nous avons entrepris d'aborder cette étude sur la cavalcade diplomatique nippone sur le continent noir en deux modules.

Dans le premier consacré aux bases et aux manifestations de l'offensive nippone en direction de l'Afrique, il nous a semblé précieux au préalable, de comprendre la vision de la politique étrangère que le Japon veut présenter à l'intérieur et à l'extérieur de ses frontières. Au delà de la découverte de l'environnement socio politique et économique de l'Empire du Soleil-Levant, nous avons mis l'accent sur les données thématiques diplomatiques de Tokyo et sur le débat de la réactivité ou de la proactivité sui generis de sa politique étrangère. Nous avons décrit les instances et les conduites des acteurs impliqués dans le processus de décision et mis en exergue le fait qu'en devenant un des bailleurs de fonds mondiaux les plus importants, l'archipel a fait de l'APD un outil pour accroître son influence et son autonomie sur la scène internationale. Ce qui nous a permis de rendre compte par la suite, de la place de l'Afrique dans l'aménagement de l'action extérieure du Japon. D'une part, en montrant les relations entre l'Empire du Soleil-Levant et l'Afrique avant 1991 comme la dynamique d'une diplomatie de l'immobilisme. D'autre part, en s'intéressant au revirement d'attitude patent de Tokyo depuis la fin de la Guerre Froide où la mise sur pied de la TICAD a été présentée comme une technologie de consolidation de sa « doctrine » africaine.

Dans le second module, nous avons mis en lumière les effets et les enjeux qui gravitent autour de la proactivité nippone sur l'échiquier africain en présentant le déploiement du Japon sur la scène diplomatique africaine comme une prise de conscience de la réalité internationale. Ce faisant, nous avons dans le cas spécifique de l'état de relations entre Tokyo et Yaoundé - étudié dans notre recherche comme point focal des effets de l'offensive du Japon - parlé d'une « idylle naissante ». La raison est évidemment le réchauffement politico-diplomatique observé, qui conforte non seulement le développement des échanges socioculturels, mais aussi la consistance des relations commerciales entre les deux pays. Le champ social apparaissant à cet effet comme le terrain privilégié de la mise en oeuvre de réalisations appréciées par les Camerounais pour leur impact sur leur vie quotidienne. Nonobstant ses déclarations de bonnes intentions et malgré des tentatives de tenir ses promesses, nous avons souligné que l'engagement politique et économique du Japon en Afrique subsaharienne reste avant tout motivé nûment, par des intérêts géopolitiques et des objectifs utilitaristes.

Dans cette étude, nous avons convoqué l'école réaliste dont les hérauts à l'instar de Machiavel, Morgenthau, Kissinger ou Clausewitz appréhendent la scène internationale comme un théâtre de quête de puissance. L'irruption de nombreux acteurs autres que l'Etat dans le jeu des relations internationales, surtout depuis la fin de la Guerre Froide aurait pu épuiser ce paradigme inspiré des traditions bodinienne et hobbesienne. Elle l'a plutôt dopé avec une intensité nouvelle créant à l'occasion une ouverture herméneutique. Nous nous sommes investis ainsi dans le champ de l'analyse de la politique étrangère - plus célèbre sous l'expression anglo-saxonne de FPA - pour son approche scientifique. Avec son statut explicite d'observateur extérieur, la FPA tend à regarder les relations internationales en tant qu'ensemble de décisions concrètes « wie es wirklich gewesen » (telles que les choses se sont vraiment déroulées). Son mérite est de décrire la politique étrangère comme un instrument par lequel l'Etat façonne son environnement extérieur. La quête d'influence devant être comprise ici comme une ambition de « conquête et d'expansion », et la puissance comme un moyen de gagner l'influence.

La démarche de l'Empire du Soleil-Levant avons-nous pensé, s'inscrit dans cette mouvance caractérisée par la nécessité de la lucidité dans les relations internationales. Dans cette perspective, le réalisme moderne est sans doute celui qui traite le plus directement du révisionnisme en politique étrangère. Le révisionnisme (et même le statu quo) émerge du degré de satisfaction ou d'insatisfaction ressenti par rapport « au prestige, aux ressources et aux principes du système international ». La distribution de la satisfaction et de l'insatisfaction donnant naissance à des alliances fondées sur des « équilibres d'intérêts ». Dans la finalité de rechercher les césures qui permettent de juger du changement ou de la constance dans les phénomènes observés, nous avons mobilisé la méthode historique. Cette approche nous a permis d'aborder la quête nippone d'influence sur l'échiquier africain, de manière diachronique, c'est-à-dire, d'en saisir son déroulement dans le temps.

Au demeurant, la Guerre Froide a dicté le profil du comportement japonais dans ses relations extérieures et en contrepoint, son approche des problèmes africains. Avec la chute du mur de Berlin qui a fait basculer la géopolitique mondiale, Tokyo a eu à revoir sa position, s'alignant sur celle de son principal allié, les Etats-Unis d'Amérique qui également ont modifié leur comportement face aux affaires africaines. Il était impératif pour le Japon de renoncer à une attitude à hue et à dia qui distinguait une Afrique blanche d'une Afrique noire. Compte tenu du poids africain dans les mécanismes démocratiques internationaux de prise de décisions tels les Nations Unies et des ambitions d'obtenir un siège permanent au Conseil de Sécurité, il était devenu stratégiquement essentiel pour le Japon de s'attacher à améliorer ses relations avec les pays de l'Afrique subsaharienne. Il a été ainsi peu surprenant que l'APD nippone en direction du continent noir ait augmenté de façon constante, une évolution qui a par ailleurs motivé la mise en place de la « grand-messe » de la coopération japonaise appelée TICAD.

Malgré les critiques, « l'ustensilisation » de cette assistance du Japon en faveur de l'Afrique est importante en raison de son impact sur l'ensemble de sa politique étrangère. Elle permet en effet au gouvernement nippon de montrer le rôle et la responsabilité qui devraient être les siens sur l'échiquier international. Elle lui sert de tremplin pour apparaître comme une puissance proactive d'envergure mondiale, agissant dans l'intérêt de tous, erga omnes. Tokyo a su utiliser de façon très adroite les dispositions de la charte de son APD pour régir ses relations avec le continent noir en donnant de façon visible une très haute priorité à la démocratisation, à la bonne gouvernance et aux droits de l'homme. L'organisation de la TICAD peut être considérée quant à elle comme une victoire diplomatique sous deux angles. Premièrement, en mettant sur pied cette conférence au moment où les bailleurs de fonds réduisaient les budgets de leur APD et se retiraient du continent du fait de l'afro pessimisme croissant et de la « fatigue » de l'aide, l'Empire du Soleil Levant s'est positionné comme un des principaux champions du relèvement de l'Afrique et a démontré à l'occasion sa valeur morale sur la scène internationale. Deuxièmement, le fait que la TICAD soit un projet multilatéral est en soit important, car elle a probablement servi à renforcer la visibilité du Japon. En vulgarisant les principes d' « appropriation » et d' « auto assistance » ; des valeurs intrinsèques à la philosophie du développement de l'archipel nippon qui ont guidé à son décollage économique, le NEPAD notamment peut être présenté comme une réussite très concrète à mettre au crédit de ce processus.

Il ne faudrait cependant pas surestimer le degré d'implication sur le continent de cette proactivité. Les niveaux d'investissements et d'échanges du Japon avec l'Afrique sont nettement et largement inférieurs à ceux qu'il entretient avec d'autres régions du monde. On peut bien sûr attribuer la faiblesse de sa participation à ses contraintes politiques et constitutionnelles, mais elle n'en traduit pas moins un manque de volonté politique de prendre des engagements importants. En d'autres termes, l'action du Japon en Afrique volens nolens, n'est pas à la mesure de ses déclarations et promesses. L'Empire du Soleil-Levant tente en réalité de se servir de ses relations avec le continent pour signaler au monde les orientations clés de sa politique étrangère.

Du regard africain, l'offensive politico-diplomatique du Japon en direction de l'Afrique doit constituer un tournant pour un certain nombre de raisons. D'abord, elle compense la perte des avantages que le continent a bénéficiés durant la Guerre Froide, disputée qu'elle a été entre l'Est et l'Ouest. Ensuite, elle impose l'archipel nippon comme un partenaire important. Enfin, elle permet à l'Afrique de pouvoir sortir du tête à tête, parfois contraignant, qu'elle a souvent eu avec les anciennes puissances coloniales qui ont souvent donné le sentiment de la traiter comme à la mesa de los ninos (à la table des enfants). Mais Tokyo n'a aucune attache historique, culturelle ou géographique avec le continent noir, alors que tout le relie à l'Asie de l'Est. Cela signifie clairement que si ses ambitions géopolitiques mondiales sont atteintes et que les pressions internationales qui le poussent au « partage du fardeau » sur l'Afrique se relâchent, le Japon pourrait vraisemblablement se détourner du « continent lointain » pour se concentrer sur ses zones traditionnelles d'influence où sa réintégration a d'ailleurs déjà commencé et va manifestement se poursuivre.

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* 1 Pour la Banque Mondiale dans son African Development Indicators 2007, 46% de la population africaine n'a pas accès à l'eau potable, 31% est en situation de malnutrition, 43% des enfants ne sont pas scolarisés et 60% de la population est analphabète. L'Afrique subsaharienne compte en 2007, 75% du total mondial de séropositifs, avec des taux de prévalence qui atteignent près de 40% au Botswana.

* 2 Lire à ce sujet Augusta Conchiglia, « l'Afrique au delà des idées reçues », Le Monde Diplomatique, Juillet 2007.

* 3 Voir <www.ticad.net/fr/decl-10e-anniversaire.pdf>

* 4 La notion de bataille des Samouraïs, le caractère violent de celle-ci a survécu partiellement à l'échec du développement militaire et à l'expansion commerciale. Dans ses structures hiérarchiques, le Japon industriel est fils du Japon féodal. C'est ainsi que les principaux responsables du pays sont pour la plupart des descendants des Samouraïs.

* 5 L'ouvrage très liberal de Thomas Friedman: The world is flat. A brief history of the twenty-first century. (New York, Farrar, Straus and Giroux, 2004) distingué comme livre de l'année par le Financial Times, peut non sans justification être considéré comme une caricature de cette approche.

* 6 Le Japon a beau être l'une des deux démocraties parlementaires en Asie du Nord-Est, il continue à faire peur si l'on en croit les résultats d'un sondage réalisé auprès de 2889 auditeurs en septembre 2007 par la radio CBS en Corée du Sud. Certes, la dictature stalinienne de Kim Jong II en Corée du Nord, est perçue comme la menace la plus immédiate pour 30.8% des sondés. Mais le Japon fait presque jeu égal avec 30.5%. Les Etats-Unis d'Amérique arrivent en troisième position (15%) suivis de la Chine (11.4%).

* 7 « Centre de gravité du continent noir, le Cameroun peut être considéré comme une Afrique en réduction, et son étude est particulièrement bénéfique pour qui veut s'initier aux problèmes africains », soutient Jean Imbert (1982 : 3).

* 8 Selon Karel Van Wolferen (1997 : 40), « le PLD ne possède ni organisation à la base, ni mécanismes fixes pour régler les questions de succession à sa tête et il ne représente aucun principe politique clairement reconnaissable. Il peut compter moins de 1,5 millions d'adhérents une année, plus de 3 millions l'année suivante et à nouveau moins de 1,5 millions l'année d'après. Au sens occidental du terme, ce n'est donc pas véritablement un parti »

* 9 Grâce à sa victoire aux élections sénatoriales du 29 juillet 2007, le PD conduit depuis 2006 par Ichiro Ozawa qui a bâti sa stratégie de campagne sur le thème « la vie de citoyens est la priorité », est la première formation politique d'opposition (voir Courrier International n° 877, 23 août 2007).

* 10 Lire Philippe Pons, « Shinzo Abe, prince de la droite », Le Monde, 21 septembre 2006.

* 11 Le tout Premier ministre japonais de la défense depuis 1945, Fumio Kyuma a présenté sa démission le 03 juillet 2007 après avoir déclaré que les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki à la fin de la Seconde Guerre Mondiale étaient inévitables. Ces propos avaient suscité de vives critiques de rescapés et certains parlementaires de l'opposition avaient appelé à sa démission. En présentant ses excuses, le ministre avait expliqué que ses déclarations avaient été mal interprétées et qu'il voulait dire que les bombardements étaient inévitables du point de vue américain.

* 12 Asimo peut reconnaître jusqu'à une dizaine de personnes, grâce à une carte à puce sans contact spécial portée par les humains. L'oeuvre de la firme Honda peut ainsi saluer à la japonaise, ou réceptionner des objets de la part d'une personne avec un bon rythme. Grâce à son capteur d'images et les capteurs dynamiques intégrés sur ses poignets,  Asimo est capable de porter un plateau de tasses de café. Ces capteurs dynamiques permettent également au robot de pousser un chariot d'un poids maximal de 10 kg. Voir aussi site Internet w.w.w.atelier.fr

* 13 L'école primaire  Shogakko, six ans de 7 à13 ans ; collège  Chugakko, deux ans de 13 à 15 ans qui marque la fin de l'enseignement obligatoire ; le lycée  Kotogakko deux ans de 15 à 17 ans ; l'enseignement supérieur  Daigaku, deux ans.

* 14 Plus qu'une BD, le Manga prend le pouls de la société japonaise et influence désormais l'évolution des mentalités. Cf. National Geographic France, « Japon sous l'influence des Mangas », Sept.-2007.

* 15 L'ouvrage de Peter Dale, The myth of Japanese uniqueness, fournit une étude détaillée et soigneusement pesée de ce phénomène. Dale fait aussi une excellente analyse des conséquences psychologiques de la rhétorique du Nihonjinron. Voir aussi Bernant Chung, « le Nihonjinron et l'internationalisation du Japon », Traverses, N°38.1986. Iwamachi Shinzuma, ancien Président du  Zenchu, une association des coopératives agricoles, s'exprimant devant un public de correspondants étrangers affirma que   «l'intestin des Japonais a un mètre de plus que celui des étrangers » et qu'en conséquence, nous devions bien comprendre que le boeuf américain ne convenait pas au système digestif des Japonais. La grande « preuve scientifique » de la nature unique des Japonais aurait, théoriquement, enfin été trouvée lorsque le docteur Tsunoda Tadanobu découvrit, au terme de ses célèbres travaux, que le cerveau japonais était différent du cerveau occidental, et même de presque tous les cerveaux du monde.

* 16 L'expression est de l'ancien Premier ministre Shinzo Abe. Voir son discours de politique générale du 29 septembre 2006 sur <www.fr.emb-japan.go.jp/discours/07_00639_abe.html>

* 17 Voir <www.mofa.go.jp/announce/fm/aso/speech0611.html>

* 18 Ces auteurs montrent que le choix nippon en matière d'orientation de politique étrangère est circonscrit à un « cadre defini » d'alternatives proposées par les Etats - Unis d'Amérique où, à l'instar d'une chanson karaoké, l'exécutant ne décide que de la manière dont une « présentation » est faite.

* 19 Le gouvernement de M.Abe formé le 28 septembre 2006 par exemple, comptait quatre membres de la faction Mori, à laquelle le Premier ministre appartenait, quatre de la faction Niwa-Koga, qui le soutenait, deux de la faction Ibuki ainsi que deux de la faction Tsushima et enfin un de chacun des groupes Komura Yamazaki et Kono.

* 20 Mauritanie, Mali, Niger, Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Cap-Vert, Guinée, Sierra Léone, Liberia, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Ghana, Togo, Bénin, Nigeria, Tchad, Cameroun, République Centrafricaine, Gabon, Guinée Equatoriale, Sao tomé et Principe, Congo, Congo Démocratique, Rwanda, Burundi, Madagascar, Maurice et Comores.

* 21 Afrique du Sud, Namibie, Botswana, Swaziland, Lesotho, Zimbabwe, Angola, Mozambique, Zambie, Malawi, Tanzanie, Seychelles, Kenya, Ouganda, Ethiopie, Somalie et Djibouti.

* 22 Sur ce dernier sentier, nous pouvons noter concernant le continent noir, l'avènement du Keidanren Commitee on Co-operation with Africa (KCCA) en août 1970, après la mission économique dite « Kono » en terres africaines. Il a pour objet de promouvoir le commerce et les relations économiques entre le Japon et l'Afrique.

* 23 Philippe Pons, « le Japon face à sa modernité. Une société de communications », Le Monde, 7 novembre 1979.

* 24 Hatan Akira, qui fut ministre de la justice dans l'un des Cabinets de Nakasone sortait des cours du soir de la modeste université de Nihon. Il se trouva ostracisé par les bureaucrates du ministère de la justice et du bureau du procureur général. Il ne se cachait d'ailleurs pas de les détester cordialement en retour (Van Wolferen, 1997 : 128).

* 25 Célèbre pour son importante fortune et ses activités philanthropiques, il a tiré les ficelles pour bon nombre de personnalités politiques japonaises, et c'est en grande partie grâce à ses contacts dont le monde des Yakuza (gangsters) qu'il a atteint cette position. Jusqu'à sa mort Sasaka Ryoichi a été le plus important donateur privé des Nations Unies. En 1978, le gouvernement nippon le décora du Premier Ordre du Trésor Sacré et, en 1987 du Premier Ordre du Mérite avec le Grand Cordon du Soleil - Levant.

* 26 Cette expression est comprise ici comme stratagème.

* 27 Aussi, retrouve-t-on par exemple de 1996 à 1999, le Danemark (0.97%), la Norvège (0.86%), les Pays-Bas (0.81%) et la Suède (0.79%).

* 28 Dans ce domaine, c'est l'organisme qui réussit le mieux dans le monde actuel, non seulement en assurant le financement du plus important flux d'aide au développement à faible coût pour des pays pauvres, mais aussi en distribuant ses fonds selon les priorités indiquées par les pays bénéficiaires.

* 29 Ethiopie, Kenya, Tanzanie, Zambie, Congo, Nigeria, Ghana, Côte d'ivoire et Sénégal

* 30 Ethiopie, Gabon Tanzanie, Côte d'Ivoire, Nigeria, Sierra Leone, Ouganda, Maurice, Ghana, Madagascar, République Centrafricaine

* 31 Pour une rotation complète, il faut compter en moyenne trois mois. Ce temps est à peu près le double de celui qu'il faut pour un aller et retour entre l'Europe et les ports d'Afrique occidentale. Cela veut dire théoriquement tout au moins, que les coûts de transport, sur l'itinéraire de la côte de l'Afrique occidentale/Extrême-Orient-Japon sont sous cet aspect, deux fois plus élevés (charges salariales et sociales des équipages, coût du carburant, frais de fonctionnement et d'entretien des navires, taxes et droits portuaires dus à la lenteur du déchargement...).

* 32 La Coalition Mondiale pour l'Afrique, fondée en 1990 est un forum intergouvernemental regroupant les pays africains et plusieurs institutions économiques internationales. Voir aussi le Site Internet <www.gca-cma.org/eticad.html>

* 33 Pour plus d'informations, voir le Site Internet <www.mofa.go.jp/region/africa/ticad/agenda21.html>

* 34 Pour en savoir plus voir Yasukuni Enoki, « la politique africaine au delà de la première visite du Premier ministre du Japon en Afrique », discours prononcé à l'université de Pretoria le 24 juillet 2001, disponible sur <www.japan.org.za/e/speeches/speech-01.html>.

* 35 Lors de son étape Sud africain, Yoshiro Mori a déclaré : « j'ai choisi de visiter l'Afrique à l'aube du nouveau siècle parce qu'en définitive, j'ai voulu fouler le sol africain pour vous exprimer directement, peuples africains, la ferme détermination du peuple japonais de s'ouvrir à vous, de travailler dur et d'utiliser toute notre puissance pour aider l'Afrique à surmonter ses difficultés et à bâtir un avenir radieux. Je crois que c'est un nouveau départ approprié pour la diplomatie nippone au niveau mondial » (Independent on Sunday, 14 janvier 2001). Lire aussi le résumé de ce discours en annexe 1.

* 36 Lire son intervention au Conseil de Sécurité des Nations Unies en annexe 9.

* 37 Après la Conférence de l'ONU sur le changement climatique de Bali en Indonésie du 03 au 14 décembre 2007, le Premier ministre nippon Yasuo Fukuda promet inscrire ce thème à l'ordre du jour du sommet du G8.

* 38 Cf. déclaration commémorative du 10ème anniversaire de la TICAD en annexe 5.

* 39 Ce discours du ministre des affaires étrangères du Japon, Yoriko Kawaguchi, est disponible en intégralité en annexe 2.

* 40 La version française de ce rapport est publiée sous le titre, la Sécurité Humaine maintenant. Rapport de la Commission sur la Sécurité Humaine (Paris, Presses de Sciences Po, 2003)

* 41 Il s'agit du Kenya, Gambie, Ghana, Malawi, Sierra Leone, Tanzanie et Zambie (Aicardi de Saint-Paul, 1998 : 153).

* 42 Communiqué conjoint Japon-Afrique du Sud, « partenariat Japon-Afrique du Sud au cours du nouveau siècle » publié par le MOFA et disponible sur <www.mofa.go.jp/region/africa/s.africa/pv0110/joint.html>.

* 43 Rendu public simultanément, le 27 novembre 2007 à Abuja et à Brasilia, le Rapport mondial sur le développement humain 2007-2008 du PNUD indique que 3 africains sur 5 vivent dans la précarité. La proportion est de 90% en Afrique Occidentale et 80% en Afrique Centrale.

* 44 Pour plus d'informations, consulter <www.ticad.net>.

* 45 Brunei, Chine, Inde, Indonésie, Corée du Sud, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam.

* 46 Il a organisé trois missions d'affaires en Afrique (en Ouganda en 2001, au Sénégal et en Tanzanie en 2002, et au Ghana et au Sénégal en 2003). Bon nombre d'entreprises asiatiques (de Malaisie, d'Inde, du Pakistan et de Corée du Sud) ont participé à ces missions.

* 47 Voir le Site Internet du MOFA <www.mofa.go.jp/policy/oda/reform/revision0308.pdf>.

* 48 Son tout premier Président est le Camerounais Paul Fokam Kammogne. 

* 49 Le premier ambassadeur du Cameroun au Japon a pour nom Etienne Ntsama.

* 50 Cf. « Etat des relations Cameroun/Japon » de la direction des affaires d'Asie, du Pacifique et de L'OCI du MINREX.

* 51 Cf. communiqué de presse MOFA du 14 juin 2006 disponible en annexe 6.

* 52 Né en 1933, il est le cinquième enfant et fils aîné de l'empereur Hirohito et de l'impératrice Nagako Kuniyoshi. Mariés depuis 1959, l'empereur Akihito et l'Impératrice Michiko ont trois enfants : le prince héritier Naruhito, né le 23 février 1960, le prince Akishino Fumihito, né le 11 Novembre 1965 et la princesse Sayako née le 18 Avril 1969. Le 23 décembre, jour anniversaire de l'empereur est Ferrié au Japon. De nombreux Nippons se rendent dans la cour du palais impérial pour souhaiter longue vie à sa majesté, dont le règne est placé sous le signe de la modernité.

* 53 Lire <www.cameroon-info.net/cmi_show_news.php?id=13365&cid=12>

* 54 La mise en application de celui - ci offre de bonnes perspectives à la coopération bilatérale nippo - camerounaise. Consulter à ce propos <www.africapavillon.org/country/cameroon/02_f.htm>.

* 55 Le bureau de la JICA à Yaoundé qui est par ailleurs le tout premier en Afrique centrale, a comme premier représentant résident, Mme Yamamoto Rumiko.

* 56 Anne Androuais, chercheuse au CNRS, considère cette agence de coopération internationale comme un « mammouth ultra puissant » (L'Express International n° 2932, 13 au 19 septembre 2007).

* 57 Bulletin mensuel de la chambre de commerce, d'industries et des mines du Cameroun n°06, juin 1973.

* 58 Corolla, Avenis, Camry, Lexus Ls 430, RAV4, Prado, HZJ, HDJ, RX 330 Pack, Pick-Up, Condor 4 x 2, Hiace, Cooster, HZB 50, Dyna, Eurocaryo, Eurotrakker.

* 59 La théorie du centre et de la périphérie a été popularisée par Samir Amin. Voir à ce propos L'accumulation à l'échelle mondiale, Paris, Anthropos, 1970.

* 60 Cf. Etats mécanographiques publiés par la Direction de la statistique de 1960 à 1997.

* 61 La note étant le document officiel où le gouvernement nippon « définit la matière du don, les domaines dans lesquels ce don sera utilisé et la façon dont le Japon l'exécutera en effectuant des versements en yens à un compte ouvert au nom du gouvernement dans une banque intermédiaire agrée et désignée par le gouvernement du Japon et l'autorité désignée pour couvrir les obligations assurées » (Koumealo, 2001 : 13).

* 62 L'enquête a mobilisé 250 questionnaires répartis à Yaoundé (150) et à Bafoussam (100). 242 ont finalement été exploités. Plus de 93% des sondés sont des parents d'élèves dont 61.98% vivent en couple avec une dénomination du sexe mâle à 62.80%. Un fort accent aurait été mis sur les personnes âgées au-delà de 25 ans.

* 63 Cf. « Etat des relations Cameroun/Japon » de la direction des affaires d'Asie, du Pacifique et de l'OCI du MINREX.

* 64 La photo 3 du document où le Premier ministre nippon offre au Président camerounais un fanion aux couleurs de l'équipe nationale de football du Cameroun l'illustre pertinemment.

* 65 Les analyses politiques ainsi que les medias japonais et internationaux sont unanimes à établir un lien entre la TICAD et l'ambition japonaise de postuler un siège parmi les membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies (voir aussi Aicardi de Saint - Paul, 1999).

* 66 En vertu du chapitre VII de la Charte de l'ONU, le Conseil est investi du pouvoir de prendre des mesures pour rendre ses décisions exécutoires. Il peut imposer un embargo et des sanctions économiques ou autoriser le recours à la force pour s'assurer que l'on donne effet à ses décisions. Mais il s'agit là d'un dernier recours, lorsque les moyens pacifiques de régler un différend ont été épuises et une fois qu'à été déterminée l'existence d'une menace contre la paix, d'une violation de la paix ou d'un acte d'agression.

* 67 Il serait en fait le second, puisque le 31 août 1965, le nombre des membres avait déjà été porté de 11 à 15.

* 68 Lire à ce propos Cameroon Tribune n° 8944/5143 du 28 septembre 2007.

* 69 Le texte de l'agenda est disponible sur <www.un.org/french/docs/sgf/agendaf2.htm>,celui du supplément sur <www.un.org/french/docs/sgf/agpaix.htm>.

* 70 Il s'agit d'une série de réflexions qui depuis des années 1970 appellent les décideurs politiques à un plus grand souci du bien être de leurs partenaires et posent la question de l'universalisation des principes moraux. D'après Ariel Colonomos (2002 : 129), la montée en force d'une éthique globale indique aujourd'hui un souci jamais égalé dans les affaires internationales vis - à - vis du corps souffrant.

* 71 Lire aussi David Thomson, « Zambie : Tokyo chasse en Afrique », L'Express International, n° 2932, 13 au 19 septembre 2007.

* 72 « L'environnement d'investissement en Afrique du Sud : les grandes lignes du projet Mozal », JOI, mai 2002. Lire à ce propos l'allocution du Premier ministre japonais, Junichori Koïzumi à la TICAD III en annexe 3.

* 73 Selon un sondage Ipsos-Reid d'août 2007, 54% des Américains considèrent que « l'émergence de la Chine comme une hyper puissance constituerait une menace pour la paix ».

* 74 Lire J.Eisnman et D. Stewart dans « China - Japan oil rivalry spills into Africa ». Cet article est disponible sur <www.atimes.com>, 17 novembre 2005.

* 75 Robert Mugabe n'exprimait pas autre chose en mai 2005 à l'occasion du 25ème anniversaire du Zimbabwe : « il nous faut nous tourner vers l'Est, là où se lève le soleil » (cité par Hilsum, 2005).

* 76 La Corée du Nord est un argument permanent pour le passage rapide du Japon à l'arme atomique. On sait bien que le Japon est aujourd'hui le pays qui possède le stock de plutonium le plus élevé au monde. C'est aussi un pays remarquable par le surdimensionnement de son programme spatial, qui ne servira pas éternellement à envoyer des satellites. Pour Alexandre Addler (2002 : 321), « il suffirait de deux coups de tournevis pour que le Japon fabrique 3000 à 5000 ogives nucléaires dans l'année. Et il suffirait d'une reconversion minime pour que les programmes spatiaux se transforment en création de missiles intercontinentaux ».

* 77 Le rapport Quadrennal Defense Review 2006 du Pentagone disponible sur <www.defenselink.mil/pubs/pentagon/>, souligne la menace que présente le renforcement des capacités militaires chinoises « qui mettent déjà l'équilibre régional des forces en danger ».

* 78 Selon le rapport de la Commission pour l'Afrique (2005), entre 1960 et 1975, 1800 Africains qualifiés prenaient chaque année le chemin de l'exil. Ce chiffre a triplé dans la période 1975 - 1984, décuplé dans la période 1985 - 1990 pour dépasser aujourd'hui la barre des 20 000. Près de 5 millions d'émigrés africains travaillaient dans les pays riches de l'OCDE à la fin de 2000. Les pays africains les plus affectés par l'exode massif des cerveaux sont le Cap vert (67% du personnel qualifié est parti à l'étranger), Gambie (63%), Maurice (56%)...

* 79 23 pays africains ne réaliseront d'après la Banque mondiale (2007), aucun des OMD - parmi lesquels figure la réduction de la pauvreté - en 2015. 13 seulement parviendront à en atteindre au moins un.

* 80 D'après Jean Claude Djereke (2007), tous les leaders de l'Afrique ne sont pas corrompus et que ceux d'entre eux qui ont voulu faire avancer le continent ont été empêchés par l'Occident. C'est la raison pour laquelle, il souhaite ardemment et urgemment une redéfinition des rapports entre les anciennes puissances coloniales et les anciennes colonies.

* 81 Au jeu de la surenchère, l'Afrique subsaharienne, criminelle et victime, exploitée et suicidaire, offre selon George Courade (2006 : 37), « une vaste palette d'idées reçues. Issues des projections occidentales, les explications du retard africain et des réévaluations mémorielles, mais aussi des confrontations autour du développement sont souvent répétées de manière obsédante depuis l'époque coloniale sans vraiment avoir évolué ou être rediscutées ». Partageant ce postulat, Axelle Kabou (1991 : 205) a eu à expliquer que la fiction et la réalité se sont si étroitement imbriquées en plusieurs décennies de permutations, que pour voir une amorce de développement en Afrique, il ne faudrait rien moins que commencer par dénouer l'écheveau de mensonges de vérités approximatives, dans lequel les mentalités se sont empêtrées à force d'évitement.

* 82 David Simo (2006) rebondit sur ce point de vue, en rappelant la responsabilité des élites qui utilisent le pouvoir « de la manière la plus violente qui soit pour mater les concurrents, les éliminer pour tout s'arroger ».

* 83 On constate que ce pays fortement conservateur sur le plan culturel et religieux a réussi un puissant développement industriel qui ne porte pas atteinte à l'essence même de la société japonaise et de sa culture.

* 84 D'après Engelbert Mveng (1997), ce continent « ploie sous le poids de sa propre démesure, mélange énigmatique de mystique, de débordement d'instincts ténébreux, de génie, de surpopulation et de volonté de puissance ».

* 85 Cf. message de fin d'année 2006 du Président Camerounais Paul Biya en annexe 7, ou encore l'interview qu'il a accordée à la chaîne de télévision francaise France 24, le 30 octobre 2007 dans l'émission « le talk de Paris » présentée par M. Ulysse Gosset, disponible dans Repères n° 044 du 31 octobre 2007.

* 86 Cette explication éculée est celle défendue par Daniel Etounga-Manguellé (1991). Selon cet auteur, les faibles performances économiques de l'Afrique reflètent de graves déficits culturels. Elles signalent des mentalités fixistes peu préparées à intégrer la notion de changement permanent en vue d'une adaptation continue aux exigences de la contemporanéité. Cette thèse reprise par le Président français Nicolas Sarkozy dans le discours qu'il a prononcé à l'université de Dakar au Sénégal le 31 juillet 2007, a suscité une véritable polémique.






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