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Les clés de l'offensive politico-diplomatique du Japon en direction de l'Afrique et du Cameroun depuis 1991

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par Serge Christian ALIMA ZOA
Université Yaoundé II - DEA 2008
  

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CHAPITRE II :
LES MANIFESTATIONS DE L'OFFENSIVE NIPPONE EN DIRECTION DE L'AFRIQUE

Depuis des décennies, la transformation continue des relations internationales suscite, comme à chaque rupture significative dans la vie des sociétés, l'annonce d'un monde nouveau et la proclamation des valeurs appelées à fonder son destin. La réitération de ces lieux communs se trouve par ailleurs confrontée à un mouvement profond. Elle est interne aux sociétés où l'on voit imploser l'ordre sociopolitique traditionnel, épuiser ses représentations idéologiques et renouveler ses ressources affectives et imaginaires. C'est ainsi que pour Chris Alden (2004 :5), envisager les relations de l'Afrique «  Berceau de l'humanité » avec l'Asie, terre de civilisations millénaires, c'est s'engager sur un terrain miné. Il faut mettre hic et nunc en cause, nos conceptions les mieux ancrées de ce que sont les relations internationales, poursuit-il. Ceci pour éviter des formules conduisant à des grilles d'interprétations erronées.

Aussi, les questions qui nous interpellent dans le présent chapitre sont les suivantes : comment le Japon a t-il modelé sa relation avec l'Afrique avant 1991 ? En d'autres termes, quels sont les faits structurants de son approche diplomatique au cours de cette période avec le continent noir ? La fin de la Guerre Froide marque t-elle un nouveau départ de l'action internationale nippone sur l'échiquier africain ? La TICAD décrite par le gouvernement japonais comme le noyau même de sa politique africaine, est-elle un véritable instrument consacré au développement de ce continent ? Nous nous proposons d'une part, de montrer que les relations entre le Japon et l'Afrique ont jusqu'en 1991 été modestes. D'autre part, d'inventorier les différentes initiatives qui sont de nature à assouvir davantage son besoin d'affirmation sur la scène internationale. Notre démarche s'intéresse ainsi à l'engagement africain de Tokyo depuis la fin de la Guerre Froide comme un revirement d'attitude patent (section II). Elle s'intéresse également à la TICAD comme technologie de consolidation de la « doctrine » africaine du Japon (section III). Il est cependant utile d'observer au préalable, les relations entre l'Empire du Soleil-Levant et l'Afrique avant 1991 comme la dynamique d'une diplomatie de l'immobilisme (section I).

SECTION I : LE JAPON ET L'AFRIQUE AVANT 1991 : LA DYNAMIQUE D'UNE DIPLOMATIE DE L'IMMOBILISME

Comme l'affirme Joseph Vincent Ntuda Ebode (2003 : 121), « les relations nippo africaines ne datent pas d'aujourd'hui. En effet, si l'on met de côté l'escale forcée de six mois au Mozambique des jeunes messagers japonais à leur retour d'Europe en 1586, c'est en 1918 que le Japon établit son premier consulat à Cape Town ». Il revient matériellement pour appréhender « la dynamique japonaise d'une diplomatie de l'immobilisme » envers l'Afrique, d'évoquer quelques faits structurants ou autres balbutiements qui modèlent ces relations (A). Nous pouvons par la suite observer que jusqu'en 1990, les relations nippo africaines sont surtout atones et modestes (B).

A- Les balbutiements nippons en direction de l'Afrique : évocation de quelques faits structurants d'une approche diplomatique

Evoquer quelques faits structurants de l'approche diplomatique japonaise vis-à-vis de l'Afrique revient à souligner les premiers pas d'une conduite singulière (1). Ceux-ci laissent traduire à la fois une « diplomatie des ressources » (Essengue Essono, 1991 : 35 ; Steinert, 1987 : 166) et une « diplomatie multidirectionnelle » (2).

1- Les premiers pas d'une conduite singulière

Il est plausible que le Japon n'ait qu'une connaissance très limitée de l'Afrique. Les premières relations ayant été établies, dès le XIVème siècle, au grand désavantage des peuples africains, par l'intermédiaire des colons européens et des esclavagistes, lorsque les Arabes, les Portugais, les Hollandais et les Américains débarquaient sur les côtes nippones accompagnés d'esclaves noirs (Aicardi de Saint-Paul, 1999). Un autre mode de relation s'instaure à partir du XVIème siècle, lorsque les Japonais en route pour l'Europe ou l'Amérique se voient contraints de faire escale en Afrique.  Mombassa, le Cap et Luanda sont les premières destinations africaines des Japonais. La période coloniale connaît un développement sans précédent des échanges commerciaux entre l'Empire du Soleil-Levant et certains pays d'Afrique, particulièrement ceux où la présence européenne est à l'origine du développement des infrastructures (Kawabata, 1994). De 9 millions de yens en 1913, ce commerce passe à 127 millions de yens en 1941. Les alliances avec l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste provoquent son éviction de la plupart des marchés africains. Après son effondrement total, consécutif à la défaite du pays lors de la Seconde Guerre Mondiale, l'économie nippone est relancée à partir de 1950. La conférence de Bandung, qui réunit les pays non alignés en avril 1955, va lui offrir une plate forme permettant de renouer ses relations économiques avec plusieurs pays africains notamment le Liberia, l'Ethiopie, le Soudan et la Côte de l'or (Ghana) également représentée à ladite conférence. Au cours de cette rencontre que Pierre Queille (1969 : 53) décrit comme « le premier authentique grand congrès afro-asiatique », les peuples d'Asie et d'Afrique ont défini des programmes d'actions et ont adopté des positions communes en vue d'une coopération économique et culturelle entre les deux continents (Mbogning, 1999 : 49).

Par la suite on a vu l'Empire du Soleil-Levant ouvrir sa première ambassade à Addis-Abeba en 1958. Puis c'est le tour de celle d'Accra en 1959, Lagos et Entebbe en 1960. Le prince héritier japonais Akihito et la princesse Michiko pour une grande première, font même une visite réussie en Éthiopie en novembre 1960. Le Japon ouvre en mai 1961 huit offices du JETRO en Afrique, notamment à Abidjan, Lagos, Douala, Nairobi, Kinshasa, Dar-es-Salam, Harare et Johannesburg. Ils servent à promouvoir l'aide et à identifier les produits que le Japon doit importer et apprendre, comment exporter les siens dans le marché africain (Morikawa, 1997 : 61). En 1966, des prêts nippons sont consentis au Nigeria, au Kenya, à la Tanzanie et à l'Ouganda. D'après Kweku Ampiah (2004 : 94), l'archipel répond ainsi de façon directe aux restrictions que les pays ont imposées sur ses importations et tente de corriger l'important déséquilibre qui s'est installé en leur faveur. En février 1970, le gouvernement japonais envoie la mission « Kono Fumihito » dans neuf pays29(*) à laquelle Marc Aicardi de Saint-Paul (1998 : 149) y voit « la première manifestation de l'intérêt porté par les Nippons aux ressources minérales africaines ». De mars à septembre 1970, l'Algérie, l'Egypte et 11 pays subsahariens30(*) sont invités à participer à l'exposition internationale d'Osaka.

Aux Nations Unies, le Japon soutien la cause de l'indépendance des colonies et leur droit à l'autodétermination. S'il y a un autre principe cher aux PED et notamment aux Africains pour lequel le Japon peut même être considéré comme un pionnier, c'est de l'observation de Marlis Steinert (1987 : 163), dans la lutte contre le racisme. Lors de l'élaboration des statuts de la SDN à Versailles, le Japon a tenté en vain d'y faire incorporer in limine litis, le principe de la non-discrimination raciale. Il a finalement été retenu, et Louis-Paul Ngongo (1987 : 31) nous le rappelle opportunément, l'obligation faite à tout Etat exerçant les droits de souveraineté en Afrique de « veiller à la conservation des populations indigènes ainsi qu'à l'amélioration de leurs conditions morales et matérielles » de vie. A l'ONU, le Japon a toujours été partisan de ce principe et il a contribué financièrement aux trois fonds pour l'Afrique du Sud en faveur des victimes de la politique d'apartheid et du racisme. Une autre expression de cette politique a été l'observation des sanctions économiques contre l'ex-Rhodésie (Zimbabwe). A ce sujet, il a introduit chez lui des mesures de surveillance interne (Fukunaga, 1975). Le même principe a également influencé sa position à l'égard du problème de la Namibie et de celui de l'apartheid. Pour souligner cette attitude, le Japon a interdit à ses ressortissants de se rendre en Afrique du Sud pour des motifs culturels et sportifs, et aucun visa n'a été délivré à des Sud-africains voulant visiter le Japon pour les mêmes raisons. Il a également été interdit aux Nippons, d'investir en Afrique du Sud ou d'y fournir des armes. Néanmoins, d'importantes relations commerciales persistent avec la République Sud-africaine, qui fournit au Japon 30% de son amiante et le tiers de son manganèse (Le Monde, 09 août 1979). D'une manière générale, l'intervention nippone sur la scène africaine a eu à mobiliser la « diplomatie des ressources » et la « diplomatie multidirectionnelle ».

2- « Diplomatie des ressources » et « diplomatie multidirectionnelle » : deux palliatifs nippons d'intervention sur la scène africaine

Au cours d'une conférence de presse organisée à l'occasion du dixième anniversaire de l'OUA en mai 1973, les ambassadeurs africains à Tokyo ont fait part publiquement de leur mécontentement face à ce qui paraissait pouvoir s'apparenter à une aide nippone au régime de l'apartheid (Ampiah, 2004 : 96). Ils ont d'ailleurs évoqué l'esprit de Bandung en rappelant au Japon ses obligations, en tant que membre du groupe des Etats afro asiatiques. Réagissant à cette sortie des ambassadeurs africains, le ministre des Affaires étrangères nippon, Ohira Masayoshi soutient que le Japon réussira à surmonter ces problèmes politiques résultant de l'accroissement de son commerce avec l'Afrique du Sud. Pour ce dernier, « il est largement reconnu que le continent africain gagne en importance sur la scène internationale » (cité par Morikawa, 1997 : 71). Peu après que Toshio Kimura ait remplacé Ohira à la tête de la diplomatie nippone, la première visite en Afrique d'un ministre des affaires étrangères en poste est effectuée en automne 1974. Ce voyage qui a eu pour étape le Ghana, le Nigéria, la Tanzanie et la RD Congo (ex Zaïre), a été qualifié par le successeur de Toshio Kimura, Kichi Miyazawa, comme un évènement « faisant date » (Fukunaga, 1975 : 6). La crise pétrolière de 1973, explique Marc Aicardi de Saint-Paul (1998 : 149), y est pour beaucoup. Elle rend de facto encore plus aigu, le souci de sécurité des approvisionnements en matières premières. Progressivement, le Japon a resserré les liens avec certains pays africains. Des chefs de gouvernement et d'Etat ainsi que d'autres dirigeants de pays africains situés au Sud du Sahara ont visité l'Empire du Soleil-Levant.

Tableau V:Visites officielles des chefs d'Etat d'Afrique subsaharienne au Japon avant1990

Novembre

1956

Ethiopie

Empereur

Haile Selassie I

Novembre

1965

Madagascar

Président

Tsiranana

Avril

1971

RD CONGO

Président

Mobutu

Avril

1973

Cameroun

Président

Ahidjo

Avril

1979

Sénégal

Président

Senghor

Septembre

1980

Zambie

Président

Kaunda

Mars

1981

Tanzanie

Président

Nyerere

Avril

1982

Kenya

Président

Arap Moi

Septembre

1984

Gabon

Président

Bongo

Septembre

1986

Niger

Président

Seyni Kountche

Juin et juillet

1988

Sénégal

Président

Diouf

Octobre

1989

Zimbabwe

Président

Mugabe

Décembre

1989

Tanzanie

Président

Mwinyi

Source : MOFA. 1990. Afurika Binran. Tokyo.

En 1978, le Japon a accordé aux pays du Sud du Sahara une aide sous forme de dons d'une valeur de 18.25 millions de dollars US et sous forme de coopération technique évaluée à 23.45 millions de dollars. L'aide a épousé la forme de prêts en yens d'une valeur de 63.79 millions de dollars. Pour marquer de nouveau l'intérêt du Japon envers le continent noir, le ministre des affaires étrangères Sunao Sonoda s'est rendu en juillet 1979 au Nigeria, en Côte d'Ivoire, au Sénégal, en Tanzanie et au Kenya. Avant son départ, M. Sonoda a déclaré qu'il veut faire de cette tournée, « la rampe de lancement d'une nouvelle diplomatie japonaise conçue à l'échelle du monde » (Les Nouvelles du Japon, octobre 1979). Au milieu des années 1980,  l'Afrique a connu une sécheresse sans précédent qui a touché le Sahel et la majeure partie du continent. Le gouvernement japonais s'est activement engagé dans la campagne de lutte contre la famine organisée par la communauté internationale. Le ministre des affaires étrangères, Shintaro Abe s'est rendu en 1984 en Zambie, en Ethiopie et en Egypte pour visiter les zones touchées par la famine. Au chapitre des missions économiques après celles dite « Kono » en 1970, l'on peut relever celles organisées en 1984 (Zambie, Zimbabwe, Nigeria et RD CONGO) et les deux en 1988 d'abord en Tanzanie, Côte d'Ivoire, Nigeria et Sénégal puis ensuite au Zimbabwe, Cameroun et Nigeria. Au point de vue de la valeur des échanges, les premières places en ce qui concerne l'exportation sont tenues par ordre décroissant, par le Libéria, l'Afrique du Sud, le Nigeria, l'Algérie, l'Egypte. Quant à l'importation, on obtient la hiérarchie suivante : l'Afrique du Sud qui occupe de loin la première place, suivie à grande distance par le Libéria, la Zambie, le Ghana, la RD CONGO, et l'Egypte (White Paper on International Trade, 1979). En clair, nous pouvons convenir avec Marlis Steinert (1987 : 166) que si la visite du ministre des affaires étrangères en 1974 a presque exclusivement été conçue dans le cadre de la « diplomatie des ressources », celles de 1979 et même de 1984 se veulent l'expression de la « diplomatie multidirectionnelle », qui tient compte du rôle que jouent les pays africains à l'ONU. Les relations entre le Japon et l'Afrique jusqu'en 1990 sont cependant dominées par l'atonie et la modestie.

B- Les relations entre le Japon et l'Afrique jusqu'en 1990 : entre atonie et modestie

Les relations nippo africaines ne sont pas toujours présentées en termes très flatteurs, écrit péremptoirement Scarlett Cornelissen (2004a : 40). En effet, les études relatives à l'engagement du Japon, qui a pourtant depuis 1960 accédé à un rang économique mondial des plus importants, mettent l'accent sur l'attitude distante qu'il a eu envers l'Afrique pendant longtemps (Morikawa, 1997 ; Hyashi, 1996). Ce qui laisse supposer entre ces deux entités, l'édification d'un « archétype » de rapports politiques et économiques limités (1) dont il convient de relever quelques gloses de cet attentisme diplomatique, mieux les raisons de ce désintérêt incandescent (2).

1- Un « archétype » de rapports politiques et économiques limités

Comme l'a remarqué si bien Shintaro Abe, le ministre japonais des affaires étrangères en tournée en Afrique en 1984, « les relations entre le continent noir et l'Empire du Soleil-Levant sont modestes » (Africa n° 159, novembre 1984). Sur le plan politique jusqu'en 1990, rares sont les personnalités japonaises en fonction qui ont foulé la terre africaine.

On pourrait observer du tableau VI qu'aucun empereur ou Premier ministre n'a jugé utile de s'y rendre. La présence institutionnelle est tout aussi faible au niveau par exemple des représentations diplomatiques (tableau VII). Sur le plan économique, le Japon a commencé à investir à l'étranger dans les années 1950. Au cours de cette décennie, son influence se limite uniquement à l'Asie et aux pays développés (Kamo, 2003 ; Gabas et Mainguy, 1998 ; Bouissou, 1992). Dans les années 1970 et 1980, il a étendu son influence aux PED par une politique d'investissement.

Tableau VI : Visites officielles des personnalités japonaises en Afrique subsaharienne entre 1960 et 1988

Ø Famille royale

 
 

Novembre 1960

Prince Akihito et princesse Michiko

Ethiopie

Mars 1983

Prince Akihito et princesse Michiko

Zambie, Tanzanie, Kenya

Février et mars 1984

Prince Akihito et princesse Michiko

RD CONGO (ex Zaïre), Sénégal

Ministres des Affaires étrangères

 

Octobre et novembre 1974

Kimura

Ghana, Nigeria, Tanzanie, RD CONGO

Juillet 1979

Sonoda

Nigeria, Côte d'Ivoire, Sénégal, Tanzanie, Kenya

Novembre 1984

Abe

Zambie, Ethiopie

Vice ministres des Affaires étrangères

 

Juin 1981

Aichi

Zambie, Zimbabwe, Côte d'Ivoire, RD CONGO, Liberia

Juin et Juillet 1982

Tsuji

Rwanda, Tanzanie, Zambie, Kenya, et Gabon

Juillet 1983

Ishikawa

Guinée, Sénégal, Ethiopie

Juin et Juillet 1984

Kitogawa

Madagascar, Zimbabwe, Malawi, RCA, Somalie

Juillet 1985

Moriyama

Cameroun, Kenya, Ouganda

Septembre et octobre 1987

Hamano

Ghana, Côte d'Ivoire

Juin 1988

Hamada

Ouganda, Madagascar

Source : MOFA. 1990. Afurika Binran. Tokyo.

En 1985, l'Afrique a reçu 1.41% de l'ensemble des investissements privés qui ont préféré l'Océanie 45%, l'Amérique latine 21.2%, l'Europe 19.8% et l'Asie 11.7% du total. Selon Elenga-Ngaporo (2004 : 133), « quand on prend l'ensemble des investissements publics et privés, l'Afrique en tant que bénéficiaire, vient toujours loin derrière les autres continents ». Pour la même année 1985, la répartition indique : Amérique du nord 32.2%, Asie 23.3%, Amérique latine 18.7%, Europe 13%, Océanie 5%, Afrique 3.97%, Moyen-Orient 3.6%. La distribution par zone géographique des investissements directs cumulés 1951-1989 se présente de la manière suivante en milliards de dollars US : Amérique du Nord 109 , Europe 45, Asie 40 , Amérique latine 37, Océanie 14 , Afrique 5.

A la lumière de ces chiffres, il se dégage que l'Afrique n'est pas un bénéficiaire de poids des fonds japonais. Malgré l'établissement de liens politiques et économiques au début du XXème siècle, Tokyo a marqué peu d'enthousiasme pour l'Afrique et ses rapports ont été principalement destinés à servir ses intérêts économiques (Kamo, 2003 ; Ampiah, 1997 ; Aoki, 1996 ; Rix, 1993).

Tableau VII : Ambassades japonaises ouvertes en Afrique subsaharienne avant 1990.

Pays

Etablies

Autres pays couverts

Ethiopie

Avril 1958

 

Ghana

Mars 1959

 

Congo (Zaïre)

Juin 1960

Congo (Brazzaville), Rwanda, Burundi

Nigeria

Décembre 1960

 

Sénégal

Janvier 1962

Mali, Mauritanie, Gambie, Guinée- Bissau, cap vert

Côte d'Ivoire

Février 1964

Burkina Faso, Niger, Benin, Togo

Kenya

Juin 1964

Ouganda, Seychelles, Somalie

Tanzanie

Février 1966

 

Madagascar

Février 1968

Comores, îles Maurice

Zambie

Janvier 1970

Botswana, Lesotho, Swaziland

Gabon

Novembre 1972

Cameroun, Tchad, Guinée équatoriale, Sao Tome et Principe

Libéria

Janvier 1973

Sierra Léone

RCA

Janvier 1974

 

Guinée

Janvier 1976

 

Zimbabwe

Mai 1981

Angola, Mozambique, Namibie

Source : MOFA. 1990. Afurika Binran. Tokyo

Il est à noter pour la période de 1951-1985, que la répartition géographique des investissements directs et privés japonais en Afrique - si l'on écarte bien entendu l'Afrique du Sud - place en tête le Libéria avec 3.2% des investissements japonais de la période et concernent des entreprises de transport maritime.  Viennent ensuite la RD CONGO 0.4%, le Nigeria 0.2%, la Zambie 0.2%. Dans les autres pays du continent se dissémine 0.4% de l'ensemble des investissements privés japonais. Ces chiffres posent la question du désintérêt de l'Afrique par l'Empire du Soleil-Levant.

2- Les gloses d'un attentisme diplomatique ou les raisons d'un désintérêt incandescent

Un certain nombre de raisons à la fois politiques et économiques, peuvent justifier la timidité des relations entre l'Afrique et le Japon jusqu'en 1990. Premièrement, elles ont un caractère historique. Après l'écrasement de sa puissance politique et militaire et la destruction de son économie à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, le Japon, malgré une place sans cesse grandissante parmi les ténors de l'économie mondiale, renonce à jouer un rôle politique majeur sur la scène internationale. C'est le cas dans sa sphère d'influence « naturelle » que constitue l'Asie orientale (Postel-Vinay, 1997 ; Bouissou, 1992), que dans des régions éloignées comme l'Afrique, contrôlée par des puissances qui ont contribué à sa défaite de 1945. La présence de ces dernières a semblé fortement, impressionner les autorités japonaises au point d'estimer d'après Charles Hargrove que « l'Afrique incombait aux anciennes puissances impériales de l'Europe et en particulier à la France, qui avait conservé avec ses ex-colonies un tissu de liens très serrés » (Africa n° 159, novembre 1984).

Deuxièmement, l'excellence des relations entre Tokyo et Pretoria. Lors de sa tournée à travers le continent noir en 1975, le ministre japonais des affaires étrangères, Toshio Kimura a reconnu que les rapports avec l'Afrique du Sud ont toujours été un obstacle à de meilleures relations avec les pays africains, ardents défenseurs de la cause des noirs au pays de Nelson Mandela et en Afrique Australe, mais que « le Japon se trouve dans l'impossibilité de couper ses liens commerciaux avec l'Afrique du Sud dans l'immédiat » (Africa n° 43, mars 1975). Ce qui amène Lazare Biwole Meke (1989 : 172) à souligner que « bien que guidé par des considérations économiques, le choix du Japon n'en était pas moins un choix politique qui jouait partiellement en sa défaveur ». Le nombre assez limité d'ambassades africaines à Tokyo qu'on observe au tableau VIII, est révélateur d'une certaine tiédeur dans la relation nippo africaine.

Tableau VIII:Ambassades africaines ouvertes à Tokyo avant 1990.

Pays

Etablies

 

Pays

Etablies

Ethiopie

Avril 1958

 

Zambie

Août 1975

Ghana

Mai 1960

 

Sénégal

Septembre 1975

Nigeria

Octobre 1964

 

Kenya

Janvier 1979

RD CONGO

Juillet 1967

 

Rwanda

Mai 1979

RCA

Juin 1968

 

Bénin

Avril 1981

Gabon

Décembre 1968

 

Djibouti

Avril 1981

Liberia

Février 1969

 

Zimbabwe

Mars 1982

Madagascar

Mars 1969

 

Somalie

Octobre 1982

Côte d'ivoire

Septembre 1969

 

Cameroun

Janvier 1988

Tanzanie

Février 1970

 

Mauritanie

Juillet 1989

Guinée

Décembre 1972

 
 
 

Source : MOFA. 1990. Afurika Binran. Tokyo.

Troisièmement, le problème de la sécurité des approvisionnements. L'archipel nippon n'a pas mis sous les boisseaux que sa « politique d'importation, s'agissant des produits primaires qui sont extrêmement vitaux pour son industrie et son économie, ne serait pas laissée à la merci du hasard ou des querelles politiques. C'est la raison pour laquelle il avait fortement investit dans des régions où il avait le sentiment que le climat politique garantissait une satisfaction ininterrompue de ses besoins, fut il d'un coût plus élevé » (Africa n°75, Novembre 1977). A cette époque, l'Afrique où s'est incrustée « une culture violente d'origine militaire » (Kounou, 2003 : 150) connaît des problèmes de stabilité politique. Entre 1963 et 1966, au moins 21 cas d'interventions politiques majeures par des militaires ont été observés sur le continent au Sud du Sahara. Vers le début de 1968, 23 coups d'Etat réussis y ont été enregistrés en cinq ans, la fin des années 1970 au moins 40 manifestations importantes d'intervention militaire y ont été relevées. Au cours des années 1980, 14 coups d'Etat ou tentatives de coup de force militaire y ont été perpétrés. A travers une analyse qui ne manque pas de pertinence, Dominique Bangoura (1987) a démontré l'importance du facteur militaire sur l'évolution politique du continent. Il est donc plus sûr et plus intéressant pour le Japon de se tourner vers des pays et régions stables, développés qui en sus, sont géographiquement plus proches. Il s'agit entre autres de l'Australie, du Canada et l'Asie du Sud-est, voisins et producteurs de plusieurs matières premières que l'Afrique peut offrir au Japon. Ils sont tout indiqués pour être des fournisseurs et des clients privilégiés de l'Empire du Soleil-Levant d'autant plus que ces pays appartiennent au même système politique et économique que lui (Biwole Meke, 1989 : 173). En outre, la distance qui sépare les ports asiatiques et ceux de l'Afrique de l'Ouest par exemple est un obstacle important31(*), remarque Elenga-Ngaporo (2004 : 137).

Les raisons du désintérêt incandescent des Nippons vis-à-vis de l'Afrique jusqu'en 1990 sont donc variées. Les Japonais ont par exemple toujours pris soin de ne pas « bousculer la porcelaine », c'est-à-dire ne pas contrarier l'évolution des politiques occidentales à l'égard de l'Afrique. Surtout depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale avec la conclusion du traité de sécurité nippo américain, en vertu duquel le Japon fut amené à suivre scrupuleusement les orientations politiques de Washington (Serra, 2005; Reischauer, 2001 ; Schoppa, 1997). En réalité, explique Norio Maruyama, directeur de la première division Afrique au MOFA, « les Japonais connaissaient très peu et très mal le continent noir » (Jeune Afrique l'Intelligent n° 2139, 8 au 14 Janvier 2002). En raison des liens historiques, géographiques, stratégiques et économiques, la politique de coopération japonaise a souvent été naturellement portée en priorité sur l'Asie (Ogasawara, 2004 : 67 ; Postel-Vinay, 1997 : 9). Nous comprenons dès lors pourquoi « le Japon n'a pas eu en effet, de politique africaine réellement construite avant les années 1990 et, jusqu'à cette époque, il n'avait pas l'intention de renforcer les relations politiques et diplomatiques qu'il entretenait avec l'Afrique subsaharienne. Cependant le fait que l'APD accordée à ces pays y ait induit une croissance considérable incita le gouvernement japonais à établir une politique africaine propre » (Kamo , 2004 : 55).

* 29 Ethiopie, Kenya, Tanzanie, Zambie, Congo, Nigeria, Ghana, Côte d'ivoire et Sénégal

* 30 Ethiopie, Gabon Tanzanie, Côte d'Ivoire, Nigeria, Sierra Leone, Ouganda, Maurice, Ghana, Madagascar, République Centrafricaine

* 31 Pour une rotation complète, il faut compter en moyenne trois mois. Ce temps est à peu près le double de celui qu'il faut pour un aller et retour entre l'Europe et les ports d'Afrique occidentale. Cela veut dire théoriquement tout au moins, que les coûts de transport, sur l'itinéraire de la côte de l'Afrique occidentale/Extrême-Orient-Japon sont sous cet aspect, deux fois plus élevés (charges salariales et sociales des équipages, coût du carburant, frais de fonctionnement et d'entretien des navires, taxes et droits portuaires dus à la lenteur du déchargement...).

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