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L'image de la femme japonaise dans le cinéma de Miyazaki

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par Joanna PHILIPOT
Université de Nice Sophia Antipolis - Master 1 Information et Communication 2011
  

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B/ Interprétation face aux réalités du Japon contemporain

1) Femmes indépendantes, hors de la sphère féminine

1)a. Guerrières et career women

Les femmes des oeuvres de Miyazaki, comme nous l'avons vu, ont toutes des caractéristiques similaires, quelque soit leurs types de rôles : toutes sont courageuses, aux caractères forts. Elles ont des qualités « viriles ».

Une grande majorité des femmes, outre leurs autres caractéristiques, sont dans des positions de pouvoir. Nausicaä et Kushana sont des princesses et dirigent des peuples, des armées. Dora est chef d'une bande de pirates. Dame Eboshi est la maîtresse d'un village entier, d'un peuple de sa création, et une grande guerrière affrontant les seigneurs alentours. Enfin, Yûbaba est une sorcière à la tête d'une entreprise, les Bains, épicentre d'un monde surnaturel. Ces femmes sont dans des positions de supériorité, dirigeant des villages, des peuples, des armées.

Ces peuples, ces armées, peuvent être apparentés à des entreprises. Ces femmes peuvent donc être vues comme des chefs d'entreprise à part entière, aux lourdes responsabilités et ayant beaucoup de pouvoir. Or, nous avons vu qu'au Japon, il est très difficile pour une femme d'accéder à une position élevée dans la hiérarchie du monde de l'entreprise, un monde d'hommes.

Les femmes dans le cinéma de Miyazaki représentent donc une sorte d'idéal, de modèles de femmes fortes et puissantes, égales de l'homme. Leurs comportements avec les hommes, tantôt manipulatrices comme Yûbaba ou encore Gran Mamare, tantôt dominatrices et dirigistes comme Kushana, Eboshi ou Dora, laissent paraître un désir de renverser les rôles traditionnels : là où les femmes en entreprise sont reléguées au statut d'office lady, ou de secrétaire, apportant le café, ou peinant à faire entendre leurs voix lors des réunions, les femmes de Miyazaki contrôlent leur univers. Dans l'univers de Miyazaki, ce sont les hommes qui tiennent le rôle de l'assistant. C'est le cas pour chacune des femmes de pouvoir dans ses oeuvres : Princesse Kushana a un bras droit, Kurotawa, qui suit ses ordres à la lettre, l'admire. Nausicaä est aidée par Asbel, mais elle a aussi l'ascendant sur son oncle Mito, pourtant chargé de s'occuper d'elle. Dora a pour « assistants » ses fils, qu'elle contrôle totalement. Dame Eboshi a pour second Gonzo, rappelant le personnage de Kurotawa : totalement dévoué, obéissant, sous ses ordres, et probablement un peu amoureux de sa maîtresse. Yûbaba a pour assistant le jeune Haku, qu'elle possède.

Comme nous l'avons vu, les relations des femmes de pouvoir avec leurs « assistants » comme nous pouvons les appeler, sont pour la plupart caractérisées par une admiration de la part de l'homme, fasciné par la femme de pouvoir, sensible à son courage, soumis à ses ordres car il le veut bien.

Nous pouvons trouver un lien entre les femmes puissantes que l'on trouve dans le cinéma de Miyazaki et des faits réels au Japon. En effet, ces femmes en position élevée dans un monde d'hommes, nous font penser aux career women des années 1980, dont l'avènement changea la place de la femme dans le monde du travail.

En effet, les femmes jusque là cantonnées au rôle de mère au foyer ou d'office lady avant le mariage, commencent à faire de leur carrière une priorité. Cependant, comme nous avons pu le voir, il est difficile, encore aujourd'hui, de se faire une place dans le monde très masculin du travail. Les femmes, si elles sont aujourd'hui plus nombreuses à conjuguer travail et vie de famille, ont cependant du mal à accéder à des positions élevées et sont souvent cantonnées à des rôles les maintenant dans un environnement proche de la sphère féminine traditionnelle.

Il est ainsi intéressant d'établir ce parallèle entre les femmes dans un monde d'hommes, et les héroïnes miyazakiennes. Ces dernières sont non seulement des femmes de pouvoir dominantes dans un monde traditionnellement réservé aux hommes, mais elles portent en plus le poids du scénario sur les épaules. En effet, en plus de leur rapport de domination sur les hommes et dans l'histoire, en tant que personnages clés, les femmes ont aussi la capacité à communiquer avec un autre monde, avec les esprits : capacités que n'ont pas les hommes dans les films. Cela révèle un rôle primordial dans les scénarios, les héroïnes véhiculant les idées du réalisateur et étant ainsi les véritables messagères, ses représentantes.

1)b. Image d'une femme cultivée et puissante chez Miyazaki : limites des films et réalité du système éducatif au Japon

Les personnages que nous avons cités précédemment, les femmes puissantes et hors de la sphère féminine, de par leur statut social élevé ou leur position de domination, sont également des femmes cultivées, vives et intelligentes.

L'une d'entre elles, Nausicaä, est une jeune femme intelligente, qui étonne son entourage masculin : son mentor, Maître Yupa, s'étonne lorsqu'elle lui révèle ses découvertes concernant la forêt. Il lui dit : « Tu as fait ça toute seule ? », comme s'il lui paraissait étonnant qu'une jeune femme ait pu faire de telles expériences ; mais cette phrase révèle aussi un sentiment de fierté de la part du mentor. Miyazaki montre par cette exclamation de la part de Maître Yupa, ou par son étonnement lorsque c'est Nausicaä qui lui sauve la vie -il supposait qu'il avait été sauvé par un homme- que la société japonaise n'admet pas au premier abord, qu'une femme ait un tel rôle. En effet, le fait que son intelligence, ses qualités de guerrière, son habileté en tant que pilote soient accueillies avec autant d'étonnement de la part des hommes, montre bien qu'il ne s'agit pas de quelque chose considéré comme étant habituel au Japon.

Cependant, nous pouvons constater que dans d'autres films, tels que Princesse Mononoké, les femmes ont une place supérieure à celle des hommes, sans ambigüité en ce qui concerne leur légitimité à s'y trouver ou de doute sur leurs capacités intellectuelles ou physiques. En effet, Dame Eboshi, à aucun moment, n'admet une faiblesse due à son sexe, et son entourage masculin n'évoque jamais le caractère étonnant de son statut élevé dans le village. En outre, le village est résolument féministe, les femmes y étant dominantes et menant leurs hommes « à la baguette ».

La société japonaise sépare les qualités des femmes de celles des hommes : les hommes sont guerriers, cultivés (ils accèdent ainsi aux postes de médecin, de militaire, de professeur d'université...) tandis que les qualités des femmes les complètent : douceur, tendresse, bonté, etc.

Or nous remarquons que les héroïnes de Miyazaki ont des qualités « d'hommes » et qu'elles étonnent les personnages masculins, lesquels ne s'attendent pas à ce qu'elles soient « capables ». Nous avons vu, en effet, que les femmes elles-mêmes ne se voient pas capables d'effectuer les mêmes tâches qu'un homme. Elles se désignent ainsi, d'elles-mêmes, à des carrières dans des sphères « appropriées à leurs qualités féminines » : professeur des écoles, assistante sociale, pédiatre, métiers de l'art, etc.

Ainsi nous remarquons ces limites perçues à travers le regard des personnages masculins dans les oeuvres de Miyazaki. Les personnages de Porco Rosso nous en fournissent un bon exemple. En effet, le personnage de Fio est un exemple de jeune femme indépendante, intelligente, et qui, de plus, travaille dans un milieu très masculin : dans un garage d'avions de chasse. Ainsi les réactions du héros, Marco Pagot, nous confirment la difficulté des personnages masculins à admettre les capacités des femmes dans des domaines masculins.

Lorsque Fio souhaite réparer l'avion de Porco, ce dernier est réticent, n'étant pas sûr qu'une jeune fille en soit capable. Celle-ci se justifie en disant : « je ne peux pas arrêter d'être une femme, mais laissez-moi réparer votre avion ». Cette phrase montre bien à quel point le fait d'être une femme est « normalement » incompatible avec ce type de travail.

Une autre scène montre que la femme a une place à tenir par rapport à l'homme : Fio conduit une camionnette pour aller chercher Porco ; mais lorsque celui-ci arrive, elle lui laisse la place du conducteur. Ce geste, anodin, pourrait tout de même montrer qu'en dépit de ses qualités et ses capacités à faire un travail « d'homme », elle doit laisser l'homme tenir son « rôle d'homme ».

Le caractère « extraordinaire » de ces femmes est ainsi involontairement souligné. L'impression qui en ressort est que ces femmes sont perçues par les Japonais comme des femmes qui sont, effectivement, hors de leur sphère féminine, et que là n'est pas traditionnellement leur place.

Ayant observé que l'intelligence supérieure des héroïnes miyazakiennes est fortement mise en valeur dans les films, nous pouvons établir un parallèle avec la réalité de la place des femmes dans le système éducatif, et leur place dans les films.

Or, si les personnages féminins de Miyazaki sont glorifiés, admirés par les hommes, lorsque nous regardons l'éducation au Japon, nous remarquons qu'il existe toujours une division sexuée selon les domaines d'études, et cela jusque dans le travail.

Les femmes sont nombreuses dans les études de lettres, de langues ou d'art ; comme nous l'avons dit précédemment, elles se destinent majoritairement à un travail qui correspond à la sphère féminine. Les hommes quant à eux, étudient la médecine, les mathématiques, les sciences, etc. De plus, les universités pour femmes, les tandai, existent toujours, accentuant cette division sexuée.

Il est toujours difficile pour une femme d'accéder à un poste élevé, que ce soit en entreprise, dans les médias ou dans le monde de l'enseignement. De plus, les femmes ont l'obligation de penser à leur devoir de mère, et la pression du mariage persiste sur les jeunes femmes passées vingt-cinq ans.

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