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Le mouvement syndical haitien: luttes et conquêtes dans le secteur de l'éducation 1986-2000

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par Leonel l PIERRE
Université d'état d'Haiti INHAGEI - Licence en admnistration publique 2004
  

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METHODOLOGIE

I- LES RAISONS DU CHOIX DU SUJET

A l'heure actuelle, l'éducation en Haïti connaît des problèmes, présentés sous diverses facettes. Ces problèmes nous les avons vécus au cours de notre passage dans l'enseignement primaire, secondaire, professionnel et supérieur; nous les avons retrouvés plus tard dans le cadre de notre statut d'enseignant et de nos différentes visites dans différentes régions du pays. Il nous est apparu alors que ces problèmes affectent l'ensemble du pays.

Face à l'incapacité du pouvoir à résoudre ces problèmes, les enseignants se sont regroupés en syndicat((*)1) pour tenter de trouver des solutions à ces graves problèmes qui mitent le monde de l'éducation en Haïti. En même temps qu'ils posent les problèmes de l'éducation ils en profitent aussi pour faire passer leurs propres révendications axées sur la valorisation de leur métier. Ces révendications s'inscrivent dans un processus de lutte continue et permanente pour les faire aboutir.

Notre statut d'enseignant et notre compréhension de l'importance du métier nous ont obligé de nous impliquer davantage dans cette lutte.

Les diverses actions syndicales qui ont paralysé en 1995 et 1997 le fonctionnement de l'école haïtienne pendant plusieurs semaines par des organisations syndicales du secteur de l'Éducation ont révélé au public haïtien la détermination des enseignants de résoudre définitivement ces problémes. Les syndicats à cette époque ont fait usage d'une double stratégie : la pression et la négociation.

Les pressions qui les ont conduit à la négociation ont abouti à des accords qui malheureusement aujourd'hui n'ont été suivi d'aucun effet. Face à cet échec les actions syndicales n'ont cessé de se multiplier dans le secteur de l'éducation. Et dans une période marquée par la fin d'une dictature et l'émergence d'un siècle nouveau (1986-2000). La société haïtienne a été démobilisée dans ses choix pour le développement du pays.

C'est pourquoi il nous est apparu indispensable d'accorder une attention soutenue aux différentes luttes et conquêtes du mouvement syndical haïtien dans le secteur de l'éducation.

II- PROBLEMATIQUE

Haïti est un pays qui a longtemps été colonisé, il faudrait donc remonter à l'époque coloniale pour retracer l'évolution de son système éducatif qui comprend deux grands axes:

- l'éducation coloniale avec la mission de socialiser et de qualifier la main d'oeuvre noire.

- l'éducation marron qui, dans la clandestinité la plus complète, s'adresse aux esclaves et aux Noirs en général. Elle avait une double fonction mystique et politique et dont l'objectif était la libération des esclaves et la fondation de la nation haïtienne.

Il est à souligner que ces deux éducations ne sont pas en contradiction, elles participent d'une lutte féroce et sans merci entre deux ordres sociaux: l'un caractérisé par le régime esclavagiste et l'autre par la volonté de libération des esclaves et des travailleurs noirs, hommes de couleurs libres et affranchis((*)1). Avec le temps, l'Éducation en Haïti devient catastrophique; elle fait retarder le pays quel que soit le critère de performance considéré puisqu'elle est en opposition avec les aspirations réelles de toutes les couches sociales de la nation et exprime une crise profonde de la société.

Tenant compte des caractéristiques principales du système éducatif qui a révélé les carences de l'Etat au niveau pré-scolaire qui, il y a peu de temps encore comptait à travers la République seulement 210 centres pré-scolaires publics (C P P), tous attachés à des écoles nationales primaires. Face à cette carence du secteur public, le secteur privé comptait quant à lui, plus d'un millier d'écoles maternelles. Cette situation s'est aggravée avec le temps puisque les centres pré-scolaires publics ont diminué de plus en plus alors que le secteur privé est à la hausse, c'est le cas de la section «KINGDERGARTEN».

- Au niveau primaire c'est la désorganisation; le cadre physique n'est pas toujours approprié. En effet certaines écoles n'en possèdent pas et fonctionnent à la belle étoile. Les élèves sont en grande majorité des sur-âgés. Les professeurs récrutés sont inqualifiables, sans vocation, sans spécialité aucune puisqu'ils sont respon-sables de toutes les matières enseignées. Cette situation catastrophique du primaire a des incidences graves sur le secondaire.

- Au niveau du secondaire les problèmes sont multiples. Ils concernent la faiblesse des ressources allouées à l'éducation, l'expansion spontanée de l'effectif scolaire au niveau du secteur privé, l'incompétence des éducateurs, l'absence de contrôle réel et le manque de motivations pédagogiques. Tous ces problèmes ont engendré le phénomène de «Borlétisation»(#) au niveau secondaire.

- Au niveau technique et professionnel c'est encore la faiblesse de l'Etat qui frappe. Le secteur privé assure seul la quasi-totalité des établissements techniques et professionnels dépendant de l'INFP, qui brille par son incapacité. Souvent, les techniciens ne possèdent pas le niveau de scolarité exigé à l'entrée dans ces établissements. Cela est notamment imputable au fait que certains parents ne croient pas à l'intérêt de l'enseignement technique qu'ils considèrent comme un recours en cas de l'inaptitude de leurs enfants à suivre l'enseignement classique. Ils déclarent souvent: «Timoun nan pa ka apran-n li map mete-l nan metyé».

- Au niveau supérieur les centres universitaires sont prolifiques et plafonés au niveau de la licence à l'exception de quelques rares centres universitaires privé, ayant un programme de maîtrise comme l'Académie Nationale Diplomatique et Consulaire (ANDC) et l'Université Quisqueya. Il est à souligner que seule la faculté de médecine possède un doctorat sans présentation de thèse.

- A chacun de ces niveaux, les conditions de travail sont difficiles, les objectifs ne sont pas clairement définis, les progrès ne se manifestent pas au sein du système.

«Dans une société démocratique recherchant le progrès, les finalités de l'éducation doivent être clairement définies(*) et tendre à trois grands objectifs: Premièrement relever le standard de vie de la nation; deuxièmement augmenter les capacités agricoles et industrielle et troisièmement préparer les masses à la participation politique et former l'élite nationale ( Moton 1931)((*)1).

Aussi, l'éducation devient-elle une charge. Cette charge incombe à l'Etat. Lui seul possède la légitimité ainsi que la puissance administrative pour reconstruire un nouveau système éducatif et le rendre opérationnel en mobilisant une part importante de la richesse nationale pour financer la scolarisation massive de la population et améliorer la qualité de l'enseignement.

Face à tous ces problèmes, les professionnels de l'éducation ne se sont pas démobilisés, obéissants aux préscrits constitutionnels((*)1), ils s'associent et ces associations portent le nom de syndicats.

Les étapes marquantes de l'évolution du mouvement syndical dans le domaine de l'Éducation peuvent se résumer de la manière suivante:

Pour la première fois, vers les années 50, l'histoire nous rapporte que le monde de l'éducation a connu l'existence de deux syndicats. Il s'agit de l'Union des Instituteurs Haïtiens (UIH) en décembre 1957 et de l'Union Nationale des Maîtres de l'Enseignement Secondaire (UNMES) au cours du mois de janvier de la même année.

· 1957: marque l'avènement de François DUVALIER au pouvoir politique, le mouvement syndical continue à faire son chemin.

· 1961: malgré la repression exercée par le régime des Duvaliers les centrales syndicales continuent à exister.

· 1963 : c'est l'extinction de toute activite syndicale indépendante et progressiste dans le pays par le pouvoir duvaliériste. Seuls subsistent les syndicats créés par le régime.

· 1980 : c'est la répression qui plonge les syndicats combatifs dans la létargie.

· 1986 : marque la chute de la dictature musclée qu'a connue le pays pendant 29 ans. Duvalier n'est plus au pouvoir; Cette année a été celle du foissonnement des syndicats et du réveil de leur sommeil forcé. De nouvelles créations ont ainsi vu le jour dans les différents secteurs de la vie nationale.

Au cours de cette période marquée par l'euphorie de la victoire de tout un peuple, tous les secteurs s'organisent, les enseignants eux se réunissent en Avril 1986 à Léogâne, pour créer la Confédération Nationale des Enseignants d'Haïti (CNEH) qui, plus tard, deviendra la Confédération Nationale des Educateurs d'Haïti avec comme objectif de défendre et de protéger les droits et les intérêts des Educateurs.

En 1991, prenant acte de la démission de l`État face aux nombreux problèmes de l'éducation. Les professeurs normaliens du pré-scolaire, du primaire et du secondaire se réunissent à Port-au-Prince pour créer l'Union Nationale des Normaliens d'Haïti (UNNOH) avec l'objectif de:

- valoriser la fonction enseignante

- Contribuer à l'amélioration du système éducatif.

· 1992 : de nombreuses associations d'enseignants dans les diverses régions du pays se sentent isolées; Pour vaincre cet isolement, elles se réunissent à Port-au-Prince et décident, après maintes discussions, de créer la Fédération Nationale des Travailleurs en Éducation et en Culture (FENATEC) dans l'objectif de :

- défendre la cause des associations enseignantes, des employés de l'Éducation et des travailleurs sociaux en insistant sur les meilleures conditions de travail.

- contribuer à la mise en oeuvre d'un plan de réforme du système éducatif haïtien à tous les niveaux.

· 1995 : le malentendu, les problèmes de principe opposant le MENJS et les enseignants engagés dans le processus d'évaluation des copies des bacheliers. conduisent à la création du Corps National des Evaluateurs Haïtiens; qui quelques années plus tard se Transforme en Corps National des Enseignants d'Haïti (CONEH) avec l'objectif de défendre et protèger les droits de ses membres toutefois cette organisation a été doté d'une structure collégiale.

· 1996 : suite à la déclaration du Ministre de l'Éducation Nationale visant à revoquer massivement les inspecteurs et les enseignants en commençant par ceux intégrés à partir d'Octobre 1995. Le motif évoqué par le Ministre pour justifier ces révocations est libélé comme suit : « c'est une lourde charge de l'État.'' A la suite de cette décision 76 agents éducatifs y compris enseignants, inspecteurs et autres concernés par la question de l'éducation des dix départements scolaires du pays se donnent rendez-vous à l'Ecole Normale Supérieure (ENS). Après délibération ils décident de créer une association dénommée Groupe d'Initiative des Enseignants de Lycée (GIEL) dans l'objectif de :

- travailler pour la promotion du secteur public.

- encourager le développement de la pensée en Haïti.

Il n'y a pas que ces syndicats. D'autres associations ont aussi marqué le monde éducatif. Il s'agit de:

- l'Association de Solidarité des Parents des Élèves Haïtiens (ASPEH)

- le Zafè Elev Lekol (ZEL)

Suite aux journées de grèves, de manifestations, dès scènes de violence et de négociations vers les années 95, les syndicats ont, enfin, obtenu, sans un accord formel, un ajustement de salaire de 120% sur les 300% reclamés.

En 1997, une autre étape marque la lutte des enseignants. Mobilisés autour du mot d'ordre de l'UNNOH, du CONEH, du GIEL, de la FENATEC et de l'ASPEH qui, plus tard, inviteront le ZEL et la CNEH à emboîter le pas. Les nuits de négociations entre eux et l'Etat les ont conduit à la signature conjointe des accords suivants:

1. Le protocole d'Accord du 17 janvier 1997 signé avec la Commission d'Éducation du Sénat de la République à travers lequel, la Commission s'engage à entreprendre dans l'immédiat, des démarches nécessaires auprès de toutes les autres instances concernées en vue d'arriver à l'ouverture des travaux permettant d'apporter satisfaction aux differentes revendications des Enseignants. En réalité, cet Accord n'a fait qu'initier le processus de négociation et rien d'autre dans le concret

2. Le protocole d'Accord en date du 17 février 1997 signé au palais National.

A travers cet accord, les engagements fermes ont été pris au nom du Gouvernement et en présence du chef de l'État, le Ministre de l'Éducation Nationale a signé. Devant la résistance et le non respect de sa signature les organisations d'enseignants remontent au créneau.

3. L'Addendum au protocole d'accord en date du 23 Mai 1997 et d'autres actes officiels tels: l'acte d'adhésion de la chambre des députes...etc.

Ce ci fut en réalité un supplément au protocole d'accord du 17 février réalisé sous l'initiative du président de la chambre des députés. Cette fois les engagements sont repris et accompagnés d'échéanciers. Quatres années après, ces échéanciers n'étaient pas toujours respectés. La lutte syndicale continue. Les syndicats continuent à réclamer l'application et le respect de ces Accords que le quotidien Nouvelliste, en date du 10 Mars 1999, qualifie de `'Patrimoine National de l'Education.''

Comme nous pouvons le constater, la lutte syndicale dans le secteur éducatif est marquée par différentes étapes. Quels sont les facteurs défavorables à la marche progressive de la lutte syndicale dans le secteur éducatif ?

Ces facteurs se situent à trois niveaux:

1) Au niveau Éducationnel

2) Au niveau Conjoncturel

3) Au niveau des Syndicats

AU NIVEAU EDUCATIONNEL : les facteurs de blocage de la lutte syndicale sont les suivants:

- le mode de récrutement des enseignants lié au profil et au grade.

- le manque de concertation entre les enseignants

- la faible qualification des enseignants

- le problème d'information facilitant l'analyse des syndicalistes

- l'absence de partenariat entre l'état et les syndicats.

- le secteur privé de l'éducation dans son fonctionnement anarchique

- les articles publiés dans les colonnes du journal l'éducation en action et les autres journaux de la place

- les menaces de révocation des enseignants grévistes

- la révocation des leaders syndicaux par le MENJS

- les associations parallèles créés par le MENJS.en vue de mater la lutte syndicale

- les déclarations et actions des dirigeants de l'Etat a effets démobilisants

- l'insatisfaction des enseignants bénéficiant d'un mauvais traitement salarial ce qui les poussent à abandonner le métier et de ne pas imaginer un plan de carrière

- l'absence de vocation

- la non valorisation du métier d'enseignant

- l'etiquette sacerdotale accrochant au métier d'enseignant

- le réfus du dialogue et de concertation par le MENJS

- le désaccord du MENJS avec les syndicats du secteur.

AU NIVEAU CONJONCTUREL : les facteurs de blocage de la lutte syndicale sont les suivants:

- les mouvements de protestation des différentes organisations de la société civile recherchant la satisfaction de leurs revendications

- l'absence de plan de lutte

- la fréquence élevée du mouvement avec la même tactique et la même formulation des revendications

- le manque de moyen matériels et logistiques des syndicalistes

- le non respect du droit syndical par les autorités en place

- la vision négative de la population face aux différentes actions syndicales qu'elles soient à caractère politique ou à caractère économique et sociale.

- l'inexistence du contrebalancement au niveau du pouvoir politique

- l'instabilité politique et sociale

- la non intervention du ministère des affaires sociales et du travail.

AU NIVEAU DES SYNDICATS : les facteurs défavorables sont les suivants:

- l`émiettement des syndicats de diverses tendances et influencé chacun par un courant idéologique

- le problème financier des syndicats

- le problème de la formation des membres et dirigeants du mouvement syndical

- les formes de luttes traditionnelles

- l'absence de culture syndicale

- l'influence gouvernementale

- l'absence d'action concertée

- la réticence de la population d'accompagner les syndicalistes dans certains mouvement de lutte.

- le problème produit par la législation haïtienne en la matière (code du travail, les différentes conventions...etc)

Ces différentes étapes analysées nous a permis de cerner le sujet et de construire la problèmatique suivante:

Quelles sont les luttes et les conquêtes du mouvement syndical haïtien dans le secteur Éducatif de 1986 à 2000 ?

Notre problèmatique, ainsi défini, nous a permi de construire l'hypothèse de travail que voici:

* (1) En référence à l'article 35-3 de la constitution Haïtienne du 29 Mars 1987 qui garantit la liberté syndicale.

* (1) TARDIEU Déhoux Charles : l'Éducation en Haïti de la période coloniale à nos jours P89.

* (#) Ecoles qui fonctionnnent sans le respect des principes établis.

(*) H. De Ronceray 1971.

(1)Cité par TARDIEU D. Charles in l'Education en Haïti de la période coloniale à nos jours (1980). P 44.

* (1) Constitution du 29 Mars 1987: Art. 32 et suivant.

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"Il faudrait pour le bonheur des états que les philosophes fussent roi ou que les rois fussent philosophes"   Platon