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La production du vivrier marchand dans un système agraire en mutation. Le cas du haricot dans le département de la mifi (ouest Cameroun).

( Télécharger le fichier original )
par Basile TENE
Université de Dschang (Ouest-Cameroun) - Diplôme dà¢â‚¬â„¢Etudes Approfondies en Géographie 2000
  

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UNIVERSITÉ DE DSCHANG

THE UNIVERSITY OF DSCHANG

--------------

FACULTÉ DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES

FACULTY OF LETTRES AND SOCIAL SCIENCES

DÉPARTEMENT DE GÉOGRAPHIE, AMÉNAGEMENT - ENVIRONNEMENT

DEPARTMENT OF GEOGRAPHY AND ENVIRONMENTAL MANAGEMENT

LA PRODUCTION DU VIVRIER MARCHAND
DANS UN SYSTÈME AGRAIRE EN MUTATION:
LE CAS DU HARICOT DANS
LE DÉPARTEMENT DE LA MIFI

(OUEST - CAMEROUN)

Mémoire de D.E.A

Présenté par :

Basile TENE

Maîtrise en Géographie

Sous la Direction de :

LAURIEN UWIZEYIMANA
Université de Toulouse-le- Mirail
France

(c) Décembre 2000

2

INTRODUCTION GÉNÉRALE

Il y a un peu plus de 20 ans, personne n'aurait prédit les bouleversements de notre région et pour ce, le système agraire ne souffrait d'aucune entorse, chaque type de culture s'adaptait bien à son espace et jouait bien le rôle qui était dévolu. Ainsi, le café et les arbres fruitiers étaient une culture d'homme et les autres cultures étaient réservées aux femmes.

Or, depuis peu, avec la mévente persistante du café, une crise économique a embrasé toute la région, remettant en cause certains équilibres socio-politiques. Mais comme après tout il faut se nourrir, l'agriculture vivrière prend de nouvelles options. Elle ne se limite plus à nourrir seulement les producteurs ruraux, mais également les citadins qui achètent de plus en plus à des prix rémunérateurs.

En campagne aujourd'hui, tous les vivriers produits sont susceptibles d'être commercialisé sur les marchés urbains. Contrairement au café, les vivriers offrent un double avantage domestique et marchand et les paysans avisés ont d'une part introduit de nouvelles cultures avec le maraîcher et d'autre part développé les productions vivrières existantes. Cette situation a attiré de nouveaux acteurs de la production et le haricot commun, genre Phaseolus Vulgaris L. en est une illustration.

Comment et pourquoi la production du haricot s'est-elle développée sur les hautes terres de l'Ouest et en particulier dans la Mifi ? Nous plaçons ces questions dans le contexte de la crise et des mutations globales. En s'interrogeant sur les perspectives à long terme de la production vivrière et du haricot en particulier, notre travail débouchera sur la nécessité d'une innovation technique.

Notre démarche comportera à ce niveau de la recherche, une définition de notre problématique et de notre angle d'approche. Car, le haricot est de plus en plus sollicité sur plusieurs fronts : alimentaires ; social et économique. Chronologiquement, nous voulons comprendre les concepts qui sous tendent notre réflexion à travers des définitions et une analyse théorique. Nous complèterons la recherche documentaire par un travail d'enquête sur le terrain dont nous précisons les modalités.

3

A ce propos, nous bénéficions du fait que nous habitons dans notre région d'étude, ce qui nous permet de faire des descentes sur le terrain pour des observations et des conversations de groupe sur notre thème d'étude.

Tout au long de ce travail, nous essayerons d'appliquer nos réflexions sur la Mifi. C'est une région stratégique dans les hautes terres de l'Ouest sur le plan administratif, politique et économique. C'est un atout pour une diffusion de l'innovation. Nous avons, dans ce sens, pris contact avec les autorités de la Mifi qui nous ont fourni les premières informations pour constituer par exemple notre base de sondage.

4

I - LA QUESTION DE DEPART

Les hautes terres de l'Ouest Cameroun sont habitées par les populations Bamiléké, plus particulièrement dans la province de l'Ouest où les activités agropastorales ont occupé et préoccupent toujours les paysans. Au fil du temps la pression démographique et la compétition foncière (FOTSING J.M. 1986) ont entraîné un morcellement très poussé des terres et par conséquent l'élevage (du gros bétail) en a pris un sérieux coup d'une part et d'autre part l'introduction d'une nouvelle culture (le café) a bouleversé de façon significative et a monopolisé le système agraire pendant plus de 60 ans (1913 - 1980).

Avec la caféiculture, la région entre peu à peu dans l'économie de marché et pour s'imposer, le café a dû livrer une concurrence régionale farouche à l'agriculture vivrière (DONGMO J.L. 1981).

A partir de 1985, la caféiculture commence à péricliter, c'est le début de la fin du règne CAFE dans la vie des populations. La crise, dans un effet d'entraînement mécanique, n'a pas été seulement caféière, mais aussi et surtout économique et sociale. Et tous ses aspects (ses origines, ses manifestations et ses impacts à court et moyen termes) ont été analysés dans une série de mémoires de Maîtrise de géographie pour le compte de l'année académique 1997 - 1999.

La démarche logique dans ce contexte et au département de géographie de l'Université de Dschang implique dans une seconde étape la recherche des réponses à cette crise au regard des mutations en cours dans la région. En d'autres termes, l'interrogation qui nous interpelle est la suivante :

`'Quelles activités peuvent-elles résorber, ne serait-ce que partiellement, la crise ambiante dans la région P `'

5

A cette question de départ, les réponses divergent. Après plusieurs mois de réflexion, de travail sur le terrain, nous avons constaté à la suite de KAFFO (1998) et TATSABONG (1998) une intensification des activités agricoles centrées sur les cultures traditionnelles à savoir le maïs, la banane plantain, le haricot, la pomme de terre notamment, l'introduction et le développement des fruits et du maraîchage ; c'est-à-dire un passage progressif vers le vivrier marchand.

L'analyse des mutations agraires dans la région offre plusieurs angles d'approche toutes aussi pertinentes les unes que les autres. Pour notre part, nous avons pensé que le point de chute pourrait être bien la production et la commercialisation du haricot commun. C'est dans ce sillage que nous avons ainsi formulé notre sujet de recherche :

`'Les enjeux de la production des vivriers marchands dans un système agraire en mutation : le cas du haricot dans le département de la Mifi (Ouest Cameroun)».

Cette formulation, quoique non définitive, nous paraît pertinente en ce sens qu'elle coïncide avec les nécessités du moment, en Afrique et au Cameroun dans un contexte de crise généralisée.

6

II - DELIMITATION DU SUJET

Pour mieux cerner notre sujet, nous avons jugé utile de le délimiter dans l'espace et dans le temps.

1 - DANS L'ESPACE.

Géographiquement, notre sujet d'étude couvre une aire bien précise : le département de la Mifi (actuel). Il est situé entre 5°25' et 5°35' de latitude Nord et entre 10° 20' et 10°35' de longitude Est sur le plateau Bamiléké, lui-même incrusté dans le vaste ensemble des Hautes Terres de l'Ouest-Cameroun (TSALEFAC, 1999). En effet, ladite région est limitée au Nord par le fleuve Noun, frontière naturelle entre les plateaux Bamiléké et Bamoun, sinon qu'ailleurs les limites de ce département sont plus administratives que physique (Voir carte de localisation).

Ainsi au Sud, le département de la Mifi est limité par le département des Hauts Plateaux (chef-lieu : Baham), au Sud-Ouest par le département de la Menoua (chef-lieu : Dschang), à l'Est par le département du Koung-Khi (chef-lieu : Bandjoun) et à l'Ouest par le département des Bamboutos (chef-lieu : Mbouda).

La création du département de l'actuel Mifi date du Décret présidentiel N° 92/206 du 05 septembre 1992 portant réorganisation administrative du Cameroun. A la faveur de ce décret, le département de la Mifi d'alors (grand Mifi) est éclaté en trois départements : Koung-Khi, Hauts plateaux et Mifi actuel. Son chef-lieu demeure Bafoussam.

2 - DANS LE TEMPS.

Notre sujet a comme point de départ, la déprise caféière (1985) et les premières mutations agraires (1990). Cette situation ouvre une ère nouvelle pour les paysanneries de la région et nos travaux d'études vont couvrir toute la décennie 90 (1990 - 2000). Cette période est marquée par un temps fort : La dévaluation du franc CFA (Janvier 1994).

En revanche, la rareté des données sur le haricot entre 1990 - 1995 (période de tensions socio-politiques et de désordre administratif) nous a emmené à couvrir statistiquement toute la décennie 80 afin de mieux appréhender les mutations actuelles.

.

Le secteur agricole au Cameroun occupe près de 68% de la population active, assure la sécurité alimentaire, génère environ 1/3 des recettes en devises, 15% des ressources budgétaire et participe pour 30% au PIB depuis

III - CHOIX ET INTERÊT DU SUJET

7

1993. (Politique Agricole du Cameroun, mars 1998). A partir de là ; la place de l'agriculture dans l'économie camerounaise n'est plus à démontrer.

Cependant cette agriculture traverse une double crise fonctionnelle que certains (S. ARLAUD et M. PERIGORD, 1997) expliquent ainsi : crise de surproduction des cultures de rente et crise de sous-production alimentaire. Cette crise pourrait également s'expliquer par la chute drastique des cours des matières premières agricoles à l'exportation et les habitudes alimentaires extraverties.

Cette crise (conjoncturelle et/ou structurelle) a déclenché des mutations agraires tous azimuts au Cameroun et ailleurs dans le tiers monde. Dans ce contexte de bouleversements, il est intéressant d'étudier les ajustements et les adaptations que les paysanneries s'efforcent de mettre en place suivant leur propre logique.

Avec le désengagement de l'Etat des secteurs clé de l'économie et la libéralisation dite `'sauvage», du fait de la privatisation mal préparée qui a débouché sur un bradage économique selon certains, on assiste à une désorganisation des structures économiques. Tout ceci rend très disparate les flux commerciaux des vivriers marchands que nous tenterons d'analyser ici avec le cas du haricot.

A priori, cet angle d'approche des mutations agraires à partir du haricot n'est pas très évident. Car en observant de près la situation agricole, on se rend compte que le maïs est parmi les céréales les plus répandues au monde et au Cameroun de par son écologie très élastique à toutes les latitudes et est le deuxième produit agricole de consommation courante au monde après le riz. Au Cameroun, les hautes terres de l'Ouest avec une production de 300.000 tonnes par an sont l'une des principales zones maïscicoles (500.000 tonnes par an pour tout le Cameroun, AGROCOM, 1999). Ses formes de consommation sont diverses et variées en Afrique de l'Ouest (Bénin, Sénégal surtout) et en Amérique centrale (BRICAS et SAUVINET, 1989).

Le haricot possède des valeurs intrinsèques nettement supérieures aux autres cultures comme le maïs, la pomme de terre entre autres ; c'est une légumineuse qui au niveau des racines possède des nodules contenant des bactéries (Rhizobium) ayant la capacité de prélever les 78% d'azote atmosphérique sous forme de NO2, de la fixer et de la transformer en NO-3 ou NH+4. Seules ces formes d'azotes nitrique et ammoniacal sont consommables par la plante. Son cycle végétatif est court et varie de 60 à 90 jours suivants les variétés, ce qui permet de pratiquer plusieurs campagnes dans l'année (2 voire 3 campagnes de 3 mois).

Il bénéficie en cela des conditions écologiques très favorables, avec un climat de montagne frais et humide (9 mois de pluie), des températures basses (20°c) et des sols volcaniques fertiles.

Outre ces atouts, le choix du haricot ne relève donc pas du hasard dans la mesure où, c'est également une plante que les paysans intègrent de plus en plus dans leur calendrier agricole ; ce qui expliquent son omniprésence à chaque campagne agricole. C'est donc une culture en pleine extension et qui inonde davantage les circuits commerciaux à longue distance.

A cet égard, le haricot s'avère être une des réponses aux nombreuses difficultés auxquelles les populations font face de façon récurrente. Ainsi, le haricot fournit à l'homme une double alimentation qualitative et quantitative, pour ses feuilles comme légumes et ses graines qui ont une haute valeur nutritive en protéine végétale. Ne dit-on pas que c'est `'la viande des pauvres». Et avec le haricot, l'allogamie est très réduite, ce qui permet d'assurer aux paysans la production prolongée de ses propres semences (CIAT 1996).

Tableau 1 : Teneur en protéine des graines de quelques céréales

et légumineuses.

CÉRÉALES

PROTÉINES

%

- Blé

12,3

- Riz

8,3

- Orge

8,6

- Maïs

8,9

- Seigle

12,1

- Avoine

11,0

- Sorgho

11,0

- Millet

10,0

LÉGUMINEUSES

PROTÉINES

%

- Haricot sec

22,3

- Fèves

25,1

- Pois

24,1

- Pois chiche

24,0

- Niébé

24

- Pois cajan

25

- Lentille

28

- Soja

38

8

Source : Debouck (1989)

9

Il serait intéressant d'étudier cette plante dans une région où les intrants agricoles (engrais chimiques surtout) sont presque hors de prix pour les paysans et où la pression sur les sols réduit de plus les possibilités d'élevage des animaux de pâturage. Ce d'autant plus que la consommation de viande n'entre pas dans les moeurs.

Un autre fait et non des moindres est qu'il y a moins d'une décade, le haricot ne figurait pas parmi les cultures vivrières de premier ordre à savoir, le maïs, l'arachide, les tubercules et la banane plantain. Or depuis peu, il prend de l'ascendance dans cette hiérarchie et possède des arguments économiques non négligeables ; sa valeur marchande est élevée et supérieure aux autres vivriers marchands pris individuellement. A la lecture du journal `'La Voix du Paysan» n° 92 de septembre 1999, était porté en grand titre : « Le haricot : une denrée qui se vend bien » et en page 9 du même journal un tableau intitulé « Prix de denrées sur nos marchés », met le haricot dans une position bien enviable.

Tableau 2 : Prix de denrées sur nos marchés

SPÉCULATIONS

UNITÉ

YDÉ

B'TOA

D'LA

B'FSSM

N'SAMB

B'MNDA

MB'UDA

F'MBOT

N'DERE

Arachide

Seau 15 l

7000

9000

7800

8500

12000

8500

8300

8500

7000

Maïs

Seau 15 l

4000

5000

3500

1600

2700

1700

1600

1500

1800

Haricot rouge

Seau 15 l

7000

7800

7000

6000

6000

6000

6000

5500

8000

Concombre

Seau 15 l

5000

6500

4900

7500

6000

7500

7500

7500

6000

Gari

Seau 15 l

3200

3000

3900

2000

3000

1300

1600

1700

4000

Manioc

Cuve 30 l

3400

2000

3600

3000

3000

3000

3000

2800

3000

Pomme ter

Seau 15 l

3800

4000

4000

1500

1800

1400

1400

 

3500

Patate

Seau 15 l

3000

 

3000

1300

1500

900

1000

900

1000

Macabo

Seau 15 l

3000

1800

2700

 

2000

1200

1300

1100

1400

Plantain

Seau 15 l

2000

700

2800

800

 

900

800

700

1400

Huile palm

Litre

500

650

550

500

500

500

550

550

650

Boeufs

Kg

1200

1300

1400

1300

1200

1200

1300

1200

1000

Chèvres

Moyen

20000

10000

21000

16000

15000

15000

15000

14000

15000

Porcs

Moyen

23000

22000

20000

23000

16000

18000

 
 

20000

Poulets

Moyen

2000

2000

2000

2000

1800

2300

2200

2300

2000

OEufs

Alvéole

1800

1800

1700

1300

1500

1700

1300

1300

1500

Source : La Voix du Paysan n° 92 de septembre 1999

Tout ceci ne peut que susciter notre intérêt et le journal sus cité de poursuivre : `'... De nos jours, il (le haricot) est trop demandé sur les marchés intérieur et extérieur. Actuellement sur le marché de Yaoundé, le prix du sac avoisine 45.000 Fcfa et les pays voisins ne cessent d'en demander».

10

L'urbanisation croissante (35%) à laquelle on assiste au Cameroun constitue un facteur déterminant de l'évolution des styles alimentaires. Ainsi, le haricot n'est pas seulement une denrée de consommation courante et de soudure en milieu rural, mais aussi en milieu urbain, où il entre dans la composition de plusieurs plats comme complément alimentaire (sandwich).

Il est, de plus en plus présent dans les différentes prises de repas (petit déjeuner, déjeuner et souper). Ceci s'explique par le fait qu'au cours de la décennie 90, il y a eu la double réduction des salaires (70%) des fonctionnaires de l'Etat en 1993 et 1994, la dévaluation du Fcfa et surtout l'instauration de la journée continue (7H 30 - 15H 30) en 1993. Aussi, les populations urbaines ont été emmenées à prendre les repas individuellement hors du cadre familial, grâce au développement de l'alimentation de rue et des produits de grignotage dans les gargotes omniprésentes autour des services publics, des cantines, des établissements scolaires et dans les restaurants. La commercialisation du haricot est devenue très flexible et les prix s'adaptent à toutes les bourses (à partir de 25 Fcfa).

En plus de cette demande nationale croissante, le haricot connaît également une demande extérieure sous régionale en hausse. Car, aux destinations traditionnelles que sont le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Congo - Brazzaville, s'y sont ajoutées la République Centrafricaine, la République Démocratique du Congo (RDC) et l'Angola.

Et pour cause, la région des grands lacs, grande productrice et consommatrice de haricot, est devenue depuis 1994 une véritable poudrière, ce qui a largement affecté la production. Désormais, les hautes terres de l'Ouest Cameroun sont la région la plus courte pour leur approvisionnement en haricot sec. Son potentiel d'exportation selon AGROCOM en 1999 se situe autour de 6 à 10.000 tonnes l'an, alors que le maïs n'est exporté que de 3 à 4000 tonnes l'an.

Contrairement aux idées largement admises, le maïs est loin d'être un concurrent du haricot dans la course comme principale source de devise en milieu rural Bamiléké.

11

En revanche, la pomme de terre est à prendre au sérieux car, elle possède sinon autant d'atouts que le haricot. D'ailleurs une structure d'encadrement des producteurs, financée par l'Union Européenne, est installée à Dschang depuis Mai 1999.

Tableau 3 : Fréquences du haricot par département dans

les exploitations paysannes de la province de l'Ouest.

DÉPARTEMENTS

PREMIER CYCLE

SECOND CYCLE

- Bamboutos

37,5%

75,7%

- Noun

2,5%

64,4%

- Menoua

49,8%

67,1%

- Mifi (grand)

26,8%

85,1%

- Ndé + Haut-Nkam

35,9%

75%

Source : Tatchago 1999

Le département de la Mifi, avec Bafoussam comme le Chef-lieu de département et de la province de l'Ouest, est le principal carrefour et point d'échange dans la région des hautes terres. Il est ainsi difficile de l'éluder dans les travaux de recherche sur la région.

C'est également, le département le plus densément peuplé de la province de l'Ouest avec 503 habitants au km2 (Cf. tableau).

Tableau 4 : Répartition des populations par département dans

la province de l'Ouest.

DÉPARTEMENT

CHEF-LIEU

SUPERFICIE KM2

HABITANTS

DENSITÉ

- Bamboutos

Mbouda

1.170

215.523

184,2

- Haut-Nkam

Bafang

960

137.389

143,1

- Hauts-plateaux

Baham

415

79.369

191,25

- Koung-Khi

Bandjoun

353

76.391

216,4

- Menoua

Dschang

1.380

251.626

182,3

- Mifi

Bafoussam

402

202.193

503

- Ndé

Bangangté

1.520

83.588

54,9

- Noun

Foumban

7.690

293.725

38,1

Source : KENGNE F. (1997)

La croissance urbaine de Bafoussam est également forte et ce depuis sa création en 1925.

Figure 1 : Evolution quantitative de la population de Bafoussam

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

118646

91266

Années

1987 2000

12

140000

120000

100000

80000

60000

40000

20000

0

11000

22400

51000

62239

72500

1958

1963

1970

1976 1982

Source : PUD de Bafoussam, SCET Cameroun, Nov. 1982

13

IV - OBJECTIFS

Le terme de ce travail vise des objectifs globaux et spécifiques précis.

D'une manière générale, nos recherches s'inscrivent dans l'une des préoccupations de la géographie rurale en ce sens qu'elles ont matière à réflexion avec les crises aiguës de l'agriculture et les bouleversements notoires consécutifs à celles-ci dans toutes les campagnes du Cameroun. Nous comptons ainsi contribuer à une meilleure connaissance géographique et à la spatialisation des effets de cette crise rurale sur le plateau Bamiléké.

Nous comptons par le présent travail, contribuer à trouver une solution envisageable aux problèmes récurrents de mal nutrition et/ou de sous alimentation de la population sur place et celle de sa diaspora qui garde les mêmes habitudes alimentaires. Il s'agit d'analyser les processus de production traditionnelle des vivriers marchands dont le haricot et de tirer de cet exemple les leçons d'une possible innovation technique dans un contexte de déficit alimentaire et nutritionnel importants, au moment où les devises se font très rares.

Dans le souci de démonter les mécanismes de production, nous tenterons d'identifier les limites et les contraintes de la production et quelques entraves à la filière haricot sec. Car le haricot est un produit traditionnel des hautes terres de l'Ouest Cameroun et sa consommation dans les centres urbains tend à accroître la demande et à s'intégrer dans les styles alimentaires des autres peuples. Des filières s'organisent pour l'acheminer des zones de production vers les centres urbains de consommation national et sous-régional. Comment dans ce contexte appuyer l'action des producteurs pour qu'ils produisent plus, `'impriment leur label» sur le haricot, le vendent mieux et améliorent leur condition de vie ?

Par ailleurs, notre travail se situe en droite ligne de la « NOUVELLE POLITIQUE AGRICOLE DU CAMEROUN » (Yaoundé, mars 1998). Le ministère de l'agriculture a mis sur pied le Programme de Diversification et des Exportations Agricoles (PDEA) qui bénéficie de l'appui financier de l'ACDI (Agence Canadienne pour la Coopération et le Développement) et la collaboration d'AGROCOM (Agriculture - Agro-industrie - Communication).

14

C'est une association interprofessionnelle à vocation nationale créée en 1994 et reconnue d'utilité publique par le gouvernement camerounais en 1995.

Les objectifs du PDEA/AGROCOM prévoit : l'organisation des produits agricoles par secteur d'activité, l'appui des filières prioritaires, la promotion, la diffusion des informations techniques et commerciales, la recherche des marchés et la défense des intérêts des membres. Tout ceci en tenant compte de la distinction rigoureuse entre les filières prioritaires (ananas, oignon, pomme de terre, banane-plantain, manioc et haricot secs et verts, et les filières prometteuses (fleurs coupées, gommes arabique, miel, légumes, épices fraîches ou transformées.

Le haricot sec figure dans les filières prioritaires, mais son programme d'appui et les cellules d'exécution n'ont pas encore pris corps, car seuls les quatre premiers produits en ont bénéficié. Par notre étude, nous comptons anticiper sur ce projet et contribuer ainsi au développement de ce secteur.

Bref, il s'agira désormais pour nous, de cultiver le haricot non seulement pour bien se nourrir, mais aussi pour obtenir de l'argent.

15

V - ETAT DES CONNAISSANCES SUR LA QUESTION

La première étape de la recherche bibliographique s'est appuyée sur les méthodes couramment utilisées :

- La méthode de la remontée des filières bibliographiques

- La méthode de la recherche systématique

Nous n'allons pas ici énumérer de manière exhaustive toute la documentation que nous avons consultée, mais nous sélectionnerons ceux des ouvrages qui nous aurons marqué de par la pertinence de leurs analyses et de leur utilité par rapport à notre sujet de recherche.

A - LA MÉTHODE DE LA REMONTÉE DES FILIÈRES BIBLIOGRAPHIQUES

Cette première méthode consiste à repérer les travaux de recherches les plus récents sur la question et d'étudier les sources bibliographiques et les auteurs cités.

Pour corroborer cette approche, le travail le plus récent jusqu'à présent que nous avons retrouvé est un mémoire de DEA en géographie1. Ce travail met en exergue les concepts d'innovation et de changement social au regard de l'introduction du niébé dans le Kwango, ce qui nous sera très utile d'une part et d'autre part, il nous fournit une source bibliographique pointue et récente.

Dans le même ordre d'idée, nous avons lu les travaux de EVERETT ROGERS2 et de THÉRÈSE SAINT-JULIEN3 ce qui nous a permis de mieux appréhender les concepts sus cités et de définir notre angle d'approche. Un autre travail récent est un Master's en science de gestion de l'eau4 qui présente le haricot sous ses différents aspects écologique et alimentaire. Le plus intéressant pour nous, c'est l'étude de l'influence du climat, particulièrement les précipitations sur la production du haricot commun sur les hauts plateaux de l'Ouest Cameroun.

1 ISANGU Mwana-Mfumu, s.j., 2000, Innovations et changement social : Cas de l'introduction du Niébé (Vigna unguiculata) au Kwango (Rép. Démo. Congo), Mémoire de DEA, Toulouse, p. 139.

2 EVERETT ROGERs, 1983, Diffusion of Innovation, 3ème Ed., New York, The free Press, p.

3 Saint Julien T., 1985, La diffusion spatiale de l'innovation, Montpellier, Gip Reclus, 38 p.

4 TATCHAGO V., 1999, La gestion de l'eau de pluie et la productivité du haricot commun dans les hauts plateaux de l'Ouest Cameroun, Thèse de Msc en gestion de l'eau, FASA, Université de Dschang, p

16

A partir de ces travaux, nous avons ratissé la documentation existante (voir bibliographie) et il nous est par exemple signalé les auteurs VIGEZZI MICHEL5 et KRIMI A6 que nous devons lire absolument pendant la préparation de la thèse.

B - LA MÉTHODE DE LA RECHERCHE SYSTÉMATIQUE

La seconde démarche portant sur la recherche systématique des fichiers, consiste à consulter les fichiers des bibliothèques et autres centres de documentation à partir des mots clés contenus dans les thèmes de recherche dont les principaux sont :

- Crise

- Mutation

- Culture vivrière / commerciale / de rente

- Culture maraîchère

- Vivrier marchand

- Innovation.

Ces mots, de connotations fort diverses, sont d'une actualité géographique débordante, consécutives aux bouleversements agricoles dans le tiers-monde depuis plus d'une décennie environ. Cette situation a alimenté et alimente encore une littérature abondante.

Ainsi existe-t-il :

1 - DES OUVRAGES GÉNÉRAUX

Ces livres présentent sous un éclairage nouveau, l'agriculture dans le monde. A cet égard ARLAUD S.7, sous un titre révélateur, retrace les multiples problématiques posées par l'analyse des crises et des mutations (bien définies du reste) des agricultures et des espaces ruraux dans le monde à travers 11 chapitres dans lesquelles les exemples de l'Afrique subsaharienne nous serons utiles.

5 VIGEZZI M., 1993, `'Crises et innovations: la perte de cohérence économique comme facteur de nouveauté» In CNRS, Innovation et société, Colloque international, Ermopres et CNRS, p. 1 - 6.

6 KRIMI A., 1993, Le processus de la prise de décision des agriculteurs face à l'innovation : Cas de la culture du haricot, Mémoire inédit DEA essor, Toulouse.

7 ARLAUD S. et PERIGORD M. (1997) : Dynamique des agricultures et des campagnes dans le monde, Ophrys, Paris, p.

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Au niveau du Cameroun, sous la direction de Georges COURADE8, deux ouvrages analysent et ouvrent le débat sur la crise et les ajustements socio-économiques.

2 - DES OUVRAGES SPÉCIFIQUES

? A NOTRE THÈME D'ÉTUDE

DONGMO J.L.9 a, dans le cadre du CEGET, fait la typologie des denrées alimentaires et décrit les principaux circuits de commercialisation des zones de production (provinces de l'Ouest) vers les centres urbains de consommation que sont nos métropoles Douala et Yaoundé. Les principaux acteurs y sont également présentés.

Plus tard, ce même auteur10 publie un autre document tout aussi important que le premier dans lequel il s'attache aux différents aspects de la consommation et aux zones d'approvisionnement de Yaoundé. Il étudie les circuits de commercialisation et la formation des prix et élargit le champ des observations aux effets de la croissance du marché de consommation urbain.

Ces travaux mettent en lumière la situation alimentaire dans les zones de production et de consommation ; situation qui nous permet d'analyser la période ayant précédé la crise socio-politique et économique et les mutations qui en ont suivi. Et à ce moment, l'on se rend compte que la commercialisation des produits vivriers n'avait l'envergure qu'elle a aujourd'hui, ce d'autant plus que les importations alimentaires à faible coût de revient menaçait la production agricole nationale. L'Etat encourageait cette situation par sa politique de subvention des denrées dites de première nécessité comme la farine de blé.

8 COURADE G., (dir) 1994, Le village camerounais à l'heure de l'ajustement, Ed. Karthala, Paris, 410 p.

- COURADE G., (dir) 2000, Le désarroi camerounais, l'épreuve de l'économie monde, Ed. Karthala, Paris, 283 p.

9 DONGMO J.L. (1976) : `'Production et commercialisation des denrées alimentaires à destination des villes dans la province de l'Ouest au Cameroun», IN Recherches sur l'approvisionnement des villes tropicales, CNRS, Paris, pp 41-79.

10 DONGMO J.L. (1990) : L'approvisionnement alimentaire de Yaoundé, Faculté des Lettres et Sciences Humanes, Université de Yaoundé, Yaoundé, 228 p.

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Dans le même sillage et plus récemment, HATCHEU E.11 entreprend une étude similaire dans les relations ville / campagne orientée sur Douala et les hautes terres de l'Ouest.

Pour ces deux auteurs, l'explosion démographique et la croissance urbaine sont plus que tout autre facteur les principaux catalyseurs de l'engouement pour la production vivrière. La comparaison de ces deux périodes (avant 1990 et fin décennie 90) permet d'évaluer l'ampleur de la crise et de donner une idée sur les changements opérés.

Les travaux de CHALEARD J.L.12 nous ont également marqués. Car c'est de lui que nous emprunterons le terme de `'vivrier marchand» et surtout cela nous permet de comprendre comment cette activité se déroule ailleurs en Afrique (Côte d'Ivoire).

Les auteurs BRICAS13, et JOSÉ MUCHNIK14 ont fait chacun des recueils des travaux des chercheurs qui traitent des thèmes qui nous sont chers : techniques et innovations, mutation et avenir des paysans entre autres. Tous ces thèmes ont été axés notamment sur la valorisation par de formes nouvelles de consommation et de préparation dans le pays de l`Afrique de l'Ouest et d'Amérique, des produits alimentaires traditionnels dans un contexte d'économie urbaine mondialisé.

Nous avons pu, à partir du maïs réfléchir comment le haricot pourrait également être valorisé ; les innovations techniques et les nouvelles formes du produit.

11 HATCHEU E. (2000) : Logique et pratiques des acteurs dans les relations villes

campagnes: l'exemple des commerçants et des transporteurs dans l'approvisionnement vivriers et la distribution alimentaire à Douala au Cameroun, Communication. Saint-Louis Sénégal

12 CHALEARD J.L. (1996) : Temps des villes, temps des vivres : les vivriers marchands en Côte d'Ivoire, Paris, 661p.

13 BRICAS N. et SAUVINET R., 1989, `'La diversification de la consommation: une tendance de l'évolution du styles alimentaire au sahel», In Les espaces céréaliers régionaux en Afrique de l'Ouest, Paris, CILS, 25 p.

- BRICAS N., 1992, La valorisation des produits vivriers dans les pays d'Afrique humide et sub humide; situation et perspectives pour la recherche, CIRAD-SPAAR, Montpellier, 39 p.

14 MUCHNIK JOSE, 1993, Alimentation, technique et innovations dans les régions tropicales, Paris, Harmattan, 555 p.

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A ceux-ci, il faut ajouter que nous avons déjà travaillé sur les mutations15 paysannes à Nkondjock où l'Etat, qui avait mis en place une opération de colonisation agricole pour décongestionner l'Ouest Cameroun caractérisé par de fortes densités humaines, a subitement abandonné les pionniers sans lendemain après plus de 25 ans de tutelle. Le problème de l'après libéralisation se posait déjà.

? A NOTRE RÉGION D'ÉTUDE

Les hautes terres de l'Ouest Cameroun sont la région du pays qui s'est la plus offerte et qui s'offre encore à la recherche géographique. Berceau de la plupart de géographes nationaux16, leurs travaux ont essentiellement porté sur la région. Mais il est aussi à noter que la région présente des particularités physiques qui ont fait l'objet de plusieurs thèses d'Etat dont la plus récente17 qui traite de l'agroclimatologie. C'est également un facteur d'attrait pour des géographes étrangers18.

? A NOTRE CONTEXTE ACADÉMIQUE

Les premiers travaux de Maîtrise en géographie de la Faculté des lettres et sciences humaines à l'Université de Dschang, ont porté essentiellement sur le CAFE dans la région de l'Ouest sous ses différents angles d'approche. Les recherches de KENZO (1999) et de TATSABONG (1998) nous ont particulièrement intéressés en ce sens que : pendant que le premier fait une analyse pertinente des mutations agraires à Fongo-Tongo et les orientations que les paysans se sont eux-mêmes donnée, le second a fait une analyse chiffrée de la dynamique des vivriers et partant, du haricot dans la chefferie Batcham.

15 TENE Basile (1991) : Mutations et devenir des paysanneries de l'Opération Yabassi-Bafang, Mémoire de Maîtrise de Géographie, FLSH, Université de Yaoundé, Yaoundé, 120 p.

16 FOTSING J.M. (1986) : La dynamique du foncier en pays Bamiléké, Thèse de 3ème Cycle, Université de Yaoundé, Yaoundé.

17 TSALEFAC M. (1999) : Variabilité climatique, crise économique et dynamique des milieux agraires sur les hautes terres de l'Ouest Cameroun, Thèse d'Etat, Université de Yaoundé I, Yaoundé.

18 JANIN Pierre, (1996), `'Tout change pour que tout reste pareil». Rupture et continuités en économie de plantation Bamiléké et Béti (Cameroun) en période de crise, Cahiers des sciences humaines, Vol. 32, n°3, p. 577 - 596.

MORIN S., (1994) : `'Le café dans l'Ouest-Cameroun, de la culture de rente au révélateur de la crise sociale» In Tulet J.Ch., Charlery, B. et als (dir), Paysanneries du café des hautes terres tropicales, Paris, Karthala, p. 193 - 223.

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VI- APPROCHE CRITIQUE DE LA BIBLIOGRAPHIE ET CONTRIBUTION AU DEBAT ACTUEL.

Pour élaborer la revue de la littérature sur la question, nous avons

consulté plusieurs sources bibliographiques et il en reste encore. Nous avons

visité entre autres bibliothèques et centres de documentation celles de :

- l'université de Dschang,

- la faculté des lettres et sciences humaines

- l'IRAD de Dschang

- le département de géographie à l'université de Yaoundé I

- l'institut de recherche pour le développement (IRD) ex-ORSTOM

- l'observatoire pour le changement et l'innovation sociale au

Cameroun (OCISCA) et

- des personnes ressources.

La documentation obtenue jusque-là nous a permis après lecture de jeter un regard critique sur celle-ci et il en ressort que:

- Les travaux de géographie qui effleurent la question portent plus sur les cultures vivrières dans leur globalité dans notre région. Or, dans la classification des cultures vivrières traditionnelles, le haricot n'occupe pas une place de choix, le contexte ayant beaucoup évolué aujourd'hui, d'une part et d'autre part ces travaux de recherche sont relativement anciens (10 ans au moins pour les données chiffrées).

- L'étude du haricot s'avère être la chasse gardée des agronomes et c'est dans leur domaine que l'on trouve une abondante littérature récente sur la plante au Cameroun

En entreprenant des travaux de recherche sur cette question et dans ce domaine d'étude, nous aimerions préciser notre contribution au champ des connaissances actuelles.

Cette contribution se situe à différents niveaux correspondant à l'échelle critique. Ainsi, nous entendons par ce travail engager des recherches spécifiques sur la production des vivriers marchands en commençant par le haricot.

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C'est un choix méthodologique pour nous que de partir de la crise caféière pour montrer l'ampleur des dégâts causés par le café, mais qui a servi de déclencher de nombreuses mutations agraires que nous analyserons dont la diversification des activités génératrices de revenu, l'intensification des exploitations agricoles, l'ouverture à de nouvelles techniques et de culture entre autres. Le développement des vivriers marchands est une des conséquences directes, mais ils dépendent davantage de la pression démographique qui a induit l'explosion urbaine. C'est dans ce sillage que le haricot a émergé.

Plus spécifiquement, il sera question d'analyser la place et le développement des vivriers marchands et celle du haricot notamment dans les mutations sociales et spatiales, tout ceci sous l'angle de l'innovation dont on observe quelque peu une amorce.

Par ailleurs, nous contribuerons, par des enquêtes de terrain à réactualiser les données statistiques (déjà anciennes) Ainsi, le haricot ne sera plus étudié sous le seul angle agronomique, mais également sous ses aspects économiques et sociaux en abordant les aspects post-productions, les aires réelles et/ou potentielles de consommation, les circuits de commercialisation et les acteurs impliqués, ainsi que la formation des prix entre autres.

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VII - PROBLEMATIQUE

Le plateau Bamiléké est un vieux foyer d'agriculture. Le foisonnement des cultures en a fait un des greniers du Cameroun et de la sous-région d'Afrique centrale.

Introduite vers 1913, culture d'élite au départ et pratiquée avec soins

dans les recoins les plus favorables pédologiquement, la caféiculture et particulièrement la variété arabica (tipica puis java), a marqué positivement hier et négativement aujourd'hui la vie des populations de la région. La libéralisation de sa culture autour des années d'indépendance (décret de

1949 et promulgué en 1957) a permis une extension des surfaces cultivées, à laquelle il faut également lier par la suite, les cours élevés sur les marchés local et mondial qui n'ont cessé de grimper.

Cette situation prépondérante, rythmée par la caféiculture généralisée,

a eu des conséquences non seulement sur le plan économique, mais également dans le domaine social. En ce sens que considéré comme principale source de devise, le café grâce à ses revenus, a largement contribué à relever le niveau de vie des populations et à remodeler l'organisation sociale des activités agricoles : les hommes s'occupant de la culture de rente et reléguant les femmes au second rang avec les cultures vivrières, nonobstant le nombre de bouches à nourrir en croissance quasi exponentielle.

La situation économique mondiale se détériorant davantage au

détriment des pays en voie de développement, on assiste à une chute drastique des cours mondiaux des matières premières agricoles à l'exportation. Dès 1985, c'est le début de la fin du règne CAFE, qui a été jusque là le pilier et le bouclier de l'économie rurale. Consécutivement à cet effondrement des cours (de 475 Fcfa en 1989 à 250 Fcfa en 1990), la région est désormais plongée dans une misère galopante qui par le même fait ébranle les fondements même des structures socioculturelles fortement monétaristes.

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Il faut ajouter à ceci la dévaluation de la monnaie locale19 en janvier 1994 ce qui compromet dangereusement la productivité du fait de l'inflation généralisée (10 à 15%) et la surenchère des intrants agricoles et des aliments importés. Tout ceci dans un contexte socio-politique tendu dans lequel l'Etat non seulement n'assure plus le paiement régulier des salaires de ses fonctionnaires, mais aussi réduit un nombre relativement important de ses agents qui vont grossir le rang des chômeurs (particulièrement ceux des diplômés de l'enseignement supérieur), accélérant ainsi l'exode urbain ou la migration de retour à la campagne (SOCPA J. 1994).

Au regard de ces conditions précaires, le devenir des paysanneries se trouve de plus en plus hypothéqué au point où il s'avère difficile de faire admettre à celles-ci des solutions extérieures, surtout pas en provenance de l'administration publique. Or, en l'absence de toute assistance extérieure, comment sortir de l'impasse dans laquelle l'on est plongé depuis plus d'une décennie ?

Faisant prévaloir leur propre logique, les paysans sont condamnés à trouver des solutions de reéchange à travers les cultures de substitution, comme palliatif au manque à gagner du café. Dans ce sens, ils ont spontanément entrepris un mouvement de restructuration du système agraire qui augure bien un processus de mutations en cours dans la région : - La sylviculture ou l'agro-foresterie focalisée sur la culture de l'eucalyptus sur les marges et les zones incultes pour le bois de chauffe et/ou de construction (KENZO 1999).

- La colonisation des terres marginales. C'est la suite logique de l'accroissement démographique et de la pression sur le sol qui se traduit par l'extension des aires de cultures au détriment parfois des pâturages et des bois sacrés ou de réserve.

Les exemples sont les réserves forestières de Bamougoum près de l'aéroport de Bafoussam et du Lac Baleng qui sont presque entièrement dévastées par les populations riveraines.

19 La monnaie locale le Franc CFA (Fcfa) est passé de 50 Fcfa à 100 Fcfa pour de 1 Franc Français (1 FF)

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- L'émergence et le développement du maraîchage (19% des exploitations à Bafou). C'est une culture prisée des bas-fonds dont l'extension ne peut se faire que par la conquête des vallées raphiales aujourd'hui en net recul.

- L'engouement pour la production des vivriers marchands, stimulé par une main d'oeuvre jeune et abondante en milieu rural et par une consommation urbaine toujours en hausse et à des prix de plus en plus intéressants.

Ces deux derniers cas nous intéressent au plus haut point car, l'on constate que les cultures de rente sont en train d'être supplantées progressivement mais sûrement par les cultures vivrières et maraîchères. Avec la chute de la production caféière de près de 80% à Fongo-Tongo, les indicateurs susmentionnés prouvent encore s'il en était besoin, que le café est en voie d'éradication du paysage agraire du plateau Bamiléké. A Bafou, le café participe seulement pour 17% des revenus agricoles et 8% des revenus totaux, contribution insuffisante à structurer les ressources monétaires des paysans (OCISCA, n° 3, 1993).

En revanche, l'importance des cultures vivrières n'a cessé de croître même sous l'ombrage économique du café, dans leur rivalité comme pourvoyeuses de devises et de soutien à l'économie régionale (DONGMO J.L. 1973).

Plusieurs facteurs ont expliqué hier comme aujourd'hui encore, cette tendance renforcée: la pression démographique entraîne non seulement l'explosion des villes, mais développe une consommation urbaine et une demande élastique toujours plus forte. Ainsi au Cameroun, on note une augmentation rapide de la population urbaine avec les capitales provinciales comme principales pôles de croissance urbaine y compris Bafoussam qui compte avec 4 autres villes plus de 200.000 habitants hormis Douala et Yaoundé qui sont dans l'ordre du million d'habitants.

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Dans la province de l'Ouest le schéma est identique; des 6 villes administratives chefs-lieux de départements en 1990 on est passé à 8 villes (en plus de Bandjoun et de Baham) auquel il faut ajouter la création de l'Université de Dschang en 1993 avec les instituts universitaires rattachés à Foumban et à Bandjoun, facteur d'attrait des populations d'ailleurs de plus en plus demanderesse des produits alimentaires. C'est dans ce sillage que les cultures maraîchères ont fait leur entrée dans le système d'exploitation agricole et que les cultures vivrières dont le haricot connaissent une Ascension fulgurante.

Avec cette montée de l'urbanisation, il est inévitable qu'un commerce s'organise pour ces produits qu'il faut transporter des lieux de production jusqu'aux marchés de consommation. Ce commerce gagne au fur et à mesure en importance, ce d'autant plus qu'il entre en concurrence avec le grand négoce international, fournisseur sur les marchés locaux des produits plus élaborés des firmes agroalimentaires multinationales. Désormais la constitution d'un marché intérieur sûr se met progressivement en place avec un réseau urbain plus dense et mieux étoffé. Le prix des denrées alimentaires s'améliorant sans cesse et stimulant la production, les femmes voient leur pouvoir d'achat s'accroître, leur garantissant en même temps une certaine autonomie financière vis-à-vis des hommes. La place des cultures vivrières dans la sphère monétaire a fortement progressé. Ces dernières représentent 26% des recettes agricoles contre 20% entre 1991 - 1993 (OCISCA, 1994). En plus de procurer de l'argent aux paysans, les vivriers offrent également la possibilité d'être consommé par les producteurs eux-mêmes, ce qui leur confèrent une plus grande souplesse d'utilisation.

Les hommes ne pouvant plus se contenter de leurs revenus en café (< 10%) devenus insignifiants, vont-ils remettre en question la répartition par sexe des activités agricoles ? Tel ne sera pas notre propos ici, mais force est de constater que les paysans n'ont pas encore trouvé le point d'ancrage, mieux encore, la plante (ou la culture) qui leur servira dorénavant de locomotive de l'économie rurale comme l'était jadis le café.

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Sur le plan physique, les sécheresses successives récentes des années 70 et 80 ont entraîné des conséquences décisives sur la réorganisation spatiales des structures agraires, avec le développement des superficies cultivées en tubercules et autres cultures dans la région (TSALEFAC, 1999).

L'interprétation des photographies aériennes montre que de 1983 à 1990, 18% des caféières ont disparu et parmi celles qui existent, 5% sont déjà dégradées.

Dés lors avec ces nouveaux enjeux, des difficultés majeures inhérentes

à cette percée commerciale des vivriers marchands ressurgissent. Dans les atouts présentés plus haut, le haricot, mieux que les autres cultures prises individuellement, se trouve en pôle position en ce qu'il bénéficie des facteurs suivants :

? Un calendrier agricole favorable.

La culture du haricot se fait depuis peu en deux campagnes l'an. La grande campagne agricole en général de la mi-mars à la mi-septembre et à partir du mois d'août, période d'intense récolte, les fortes pluviométries entraînent des pertes post-récoltes énormes comme le maïs, parfois de l'ordre de 30% (NGWA CYPRIAN 1991). Au cours de cette première campagne, le haricot est pratiqué en complantation avec le maïs surtout. La deuxième campagne (mi-septembre - mi-décembre) se fait en monoculture pure et se termine sur la saison sèche. Ainsi récolté sec, les rendements sont importants, de l'ordre de 1.625 Kg/ha contre 750 Kg/ha en première campagne et en complantation. (Salez, 1985), les pertes post-récoltes sont réduites (< 10%) et les graines sont d'une bonne qualité marchande. Avec l'abandon progressif du café dont la récolte se situait entre octobre et janvier, les femmes ne sont plus partagées dans leur emploi de temps et peuvent désormais se consacrer à la production maximale du haricot.

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? Le conditionnement et le transport.

Les cultures vivrières et maraîchères sont des denrées alimentaires fraîches essentiellement périssables. La conservation est très délicate et les moyens de conditionnement ne sont pas toujours adéquats. Vient s'y ajouter l'évacuation (transport) très difficile des lieux de production vers les centres de consommation (juillet - août - septembre) sur des pistes saisonnières jonchées de bourbiers rendant aussi les coûts de transport très élevés avec les pick-up 4 x 4.

Le haricot étant un produit agricole sec, pouvant être conservé dans les sacs de jute pendant des semaines, voire des mois, il ne se pose presque pas encore de problème de conditionnement et surtout pas de transport en saison sèche par rapport aux autres produits agricoles. C'est pourquoi le haricot produit dans la région peut être vendu à plus de 1.000 Km comme au Tchad et en Angola par exemple.

? Un marché de consommation local, national et sous-régional en croissance.

Avec la multiplicité des interventions dans la chaîne commerciale et faute de moyens sus cités (conditionnement et transport), les producteurs en général vendent à vil prix dès le champ, les denrées alimentaires qui vont transiter par de nombreux intermédiaire (qui prélèvent d'importants bénéfices) avant de faire parvenir aux consommateurs urbains qui achètent au double voire au triple du prix d'achat ; c'est un cercle vicieux.

Les consommateurs de haricot sont de plus en plus nombreux et en tant qu'aliment de soudure, sa longue conservation lui assure une permanence régulière sur le marché urbain et limite l'inflation d'où des prix toujours en hausse et une hauteur valeur marchande non contestée dans le pays et dans la sous-région.

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Au regard de tous ces atouts et l'intérêt qu'on lui porte, l'ascendance fulgurante du haricot dans la hiérarchie des cultures vivrières et maraîchères ne pourrait plus être une surprise. A ce titre, nous nous posons la question suivante :

`' Le haricot, culture essentiellement vivrière, peut-il également être une source importante de revenu

pour les paysans, comme l'était jadis le café P»

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VIII - DEFINITION DES CONCEPTS ET DU

CADRE THEORIQUE D'ANALYSE

La production agricole dans nos pays et particulièrement dans notre région d'étude connaît une rivalité entre les cultures vivrières destinées à la consommation paysanne et les cultures de rente ou de rapport pratiquées pour l'exportation comme source de devise.

Cependant cette confrontation bénéficie du parti pris de l'Etat et pour cause, les décideurs politiques ont fait des cultures d'exportation et de spéculation (café, cacao surtout) une source importante de devise étrangère pour l'économie nationale d'une part et d'autre part, ces mêmes pouvoirs publics ont également choisi le camp des consommateurs urbains dans le bras de fer qui les opposent aux producteurs ruraux à propos des prix des denrées alimentaires. Tout ceci explique sans doute la quasi suprématie des cultures de rente sur les cultures vivrières dont les prix restent toujours bas pour éviter toute révolte urbaine (HATCHEU, 2000).

Avant l'introduction de la caféiculture dans la région Bamiléké, la production vivrière constituait à côté de l'élevage et de l'artisanat, l'essentiel des activités agricoles (DONGMO J.L. 1981). Avec l'expansion de la caféiculture dans toute la région et à toutes les couches sociales, les cultures vivrières pratiquées en complantation connaissent un recul dans les activités paysannes. Cette agriculture vivrière est ainsi réduite à la consommation ou à l'autosubsistance pure et simple c'est-à-dire pratiquée juste pour satisfaire les besoins alimentaires de la famille. C'est à partir d'ici que la division par sexe des tâches, apparaît clairement dans le calendrier des activités agricoles ; les hommes s'occupant des cultures de rente (café) et les femmes réduites à la production vivrière pour nourrir tout le ménage.

Désormais, les vivriers sont pratiqués comme culture d'appoint, c'est-à-dire que le surplus des récoltes est régulièrement écoulé sur les marchés locaux pour subvenir à d'autres besoins familiaux. Dans les années 70 elle contribuait pour près de 17% dans les budgets familiaux.

Or depuis peu, le café est entrain de péricliter et la crise socio-économique qui en a suivi a plutôt permis une recomposition du système agraire (ZAMBO MANGA, 1998). On note également l'émergence de nouvelles cultures tel le maraîchage, pour les besoins des consommateurs urbains et

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le renforcement de la commercialisation des vivriers d'où l'expression de vivriers marchands (CHALEARD J.C. 1995). Le maraîchage consiste en un jardinage minutieux des cultures des vivres frais tels la tomate, le poivre, le poivron, le choux, la carotte, le piment, les oignons et le persil qui sont les principaux. Avec le fort appel urbain, non seulement le surplus, mais parfois toute la production vivrière de la campagne fait également l'objet d'une commercialisation sur les marchés ruraux et urbains. Mais à quel prix ?

C'est dans ce sillage du développement de l'agriculture vivrière marchande et de l'émergence des cultures maraîchères que s'inscrit la production du haricot.

Nous ne pourrons davantage comprendre ceci que si on analyse de près les conditions et mécanismes en amont de la production.

Le système agraire fait appel aux résultats de l'exploitation sur le paysage ; recherche davantage l'influence du poids qu'exerce le passé sur le présent et ne perd jamais de vu les ensembles agraires, c'est-à-dire les aménagements spatiaux (formes des champs, clôtures) et temporels (successions des cultures ou permanence des cultures sur un même champ) dans leurs rapports avec les techniques et avec des liens sociaux (pratiques communautaires, structures de la propriété) (MAX DERRUAU, 1985).

Dans l'un de nos objectifs, il était question de trouver la solution idoine pour résorber la crise ambiante dans la région. Crise est un mot polysémique qui selon le DICTIONNAIRE ROBERT est un « changement subit et généralement décisif ». Pour le Grand Larousse, c'est un « moment très difficile dans le déroulement d'une activité » et pour le LAROUSSE 2000 c'est la « phase difficile traversée par un groupe social».

Le mot traduit l'idée de perturbation, de rupture et fait également référence à une notion de changement défavorable. Les crises (économique et sociale) qui ont affecté le département de la Mifi entre 1975 et 1995 sont multiformes :

- Crise de sous-production des cultures vivrières qui s'est rapidement solutionné par la disponibilité des terres sur la bordure et au-delà du fleuve Noun dont le département est limitrophe au Sud

- Crise de mévente du café arabica qui est la principale et pas l'unique facteur des mutations agraires ici.

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- Crise des structures agraires révélée par la taille trop petite des

exploitations familiales (plus de 50% ont moins de 0,5 ha). Cette crise est aggravée par la croissance démographique (3,3% par an). La Mifi étant le département le plus densément peuplé de la région avec 503 habitants au Km2, ce qui en milieu rural accentue la pression sur la terre qui parfois dégénère en conflit ouvert entre autochtones et allogène (à Kouekong route Foumbot, Mai 2000).

Cette crise agricole devient par ramification une crise rurale qui accentue le degré de pauvreté. Mais elle n'a pas seulement des effets négatifs, car avec la rareté de l'argent, l'accès aux autres services et la satisfaction d'autres besoins restent limités. Ainsi les paysans recherchent de plus en plus les cultures rentables dans un délai assez court.

Ceci a permis la pénétration par la base des circuits économiques des vivriers et des maraîchers d'une part et d'autre part l'évolution des comportements sociaux par la mise en place des projets (individuels ou collectifs) au niveau local tout au plus régional.

Ce sont autant d'évolution et d'adaptation qui concourent à des mutations sur le moyen et le long terme (S. ARLAUD, 1997).

Si on entend par `'Evolution» une transformation lente des techniques de production et des structures agricoles, on est loin de le constater et d'affirmer ceci pour notre région d'étude. Par contre, si on parle d' »Adaptation» synonyme d' `'Ajustement» qui illustre un type de rupture des pratiques culturales, alors on constate qu'il y a bien eu abandon des cultures de rente au profit des vivriers pour la consommation d'abord et pour la vente par la suite. C'est la somme de cet exemple d'adaptation et de bien d'autres qui, sur une décennie, peuvent aboutir à une véritable mutation. Dans notre sens `'Adaptation» est un agent catalyseur de la mutation.

La mutation est `'une transformation profonde et durable» (Dictionnaire le Robert). Concernant les structures agraires, il s'agit d'un changement radical et rapide sous l'effet de forces variables, qu'il conviendra d'analyser à travers divers exemples. En cela, la notion de mutation est apparue inséparable de celle de dynamique (S. ARLAUD, 1997).

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Pour nous, il sera question dans cette étude, d'analyser la dynamique du haricot au regard des mutations en cours dans la région. Autrement dit, évaluer la part du haricot dans les adaptations agraires actuelles.

Historiquement le département de la Mifi a été le principal passage des Bamiléké fuyant l'islamisation et la poussée impérialiste de leur puissant voisin Bamoun qui avait repoussé leur limite territoriale bien au-delà du Noun actuel. C'est avec l'arrivée du Sultan NJOYA (mort en 1933) que celui-ci décida que son royaume doit être délimité par les fleuves. C'est ainsi que la limite Sud est marquée par le Noun. C'est après sa mort que des Bamiléké allèrent massivement s'y installer, mais la rive droite du fleuve considéré comme une zone tampon n'a été occupée par les Baleng et les Bafoussam qu'après l'indépendance. De vastes couloirs fertiles de la Mifi Sud et du Noun vont être une principale zone d'immigration agricole pour la plupart des Bamiléké venant du Koung-Khi et des Hauts Plateaux actuels et même d'ailleurs, fuyant les tensions foncières et la médiocrité des sols. Ces vallées offrent de vastes espaces fertiles pour la production vivrières exclusivement. On assiste dès lors à deux aspects d'aménagement diamétralement opposés.

Par mutation, l'on pourrait tantôt entendre l'évolution DE la société (évolution macro sociologique), tantôt de l'évolution DANS la société (changement microsociologique) (H. MENDRAS, 1983).

Dans le premier cas, il s'agit d'une évolution qualitative d'une société tel que les Bamiléké considérés globalement dans toutes ses dimensions, et qui passe d'une situation de départ -avant la crise- à une situation d'arrivée après la crise. En général, on entend par mutation sociale, tout phénomène durable qui affecte la structure ou le fonctionnement d'une société en profondeur, et les processus caractérisant ce changement et travaillent de façon irréversible la société dans son ensemble.

Dans le second cas -les mutations dans la société- il s'agit du changement de tel ou tel élément de la société du fait d'une crise qui s'est produite. Car on peut l'observer dans la dynamique des sociétés humaines, la crise constitue un des éléments majeurs des mutations politiques, culturelles et sociales.

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On peut établir cependant un lien entre ces deux acceptions micro et macrosociologiques des mutations sociales. En effet, la société est un système dans lequel les divers éléments s'interpénètrent, de manière qu'un changement significatif d'un élément influe de manière significative sur les autres éléments qui sont aussi modifiés, conduisant d'une certaine manière au changement du système tout entier.

Ainsi la crise caféière a influencé de manière significative l'économie, la politique, les rapports sociaux, l'alimentation et le paysage agraire du Bamiléké : les mutations DANS la société conduisent donc aux mutations DE la société.

Mais est-ce les différentes composantes de la société ont la même capacité de répercuter leurs mutations les unes sur les autres et sur la société globale. Le colloque international qui s'est tenu à Dschang du 26 au 30 novembre 200 sur le thème : `'La caféiculture paysanne des hautes du Cameroun : mutations spatiales et transformations socio-politiques» est très révélateur à ce sujet.

Parmi les principales mutations que nous avons déjà évoquées, nous focaliserons notre attention sur la production des vivriers marchands et nous analyserons les répercussions du développement de la production du haricot sur les différents aspects de la société.

Ainsi la production du haricot a un caractère fortement commercial au regard de sa valeur marchande et de la demande actuelle. On peut raisonnablement présumer que les répercussions ne vont pas se limiter à l'économie, mais s'étendront au politique et au sociale.

Il nous reviendra d'analyser sur le plan économique, les débouchés réels et potentiels du haricot, les modalités de mise sur le marché, l'évolution de la demande et de la consommation, le rôle des centres urbains, la formation des prix. Nous verrons également la part du haricot dans les revenus du paysan. Et avec le monopole de la production, la région peut-elle contrôler le marché ? Qui sont les principaux bénéficiaires de ce commerce ?

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Sur le plan socio-politique, il nous faudra examiner dans quelle mesure le développement de la production du haricot a influencé les clivages travail d'hommes / travail de femmes par exemple, et si l'argent qu'il procure confère aux femmes et aux jeunes surtout confère un nouveau pouvoir financier qui modifie profondément les relations dans la société. Parlant encore des acteurs, l'Etat n'est pas épargné car dans ce contexte, il faut redéfinir son rôle. Les nouveaux acteurs de la production du haricot ne veulent-ils pas par-là échapper au contrôle fiscal de l'Etat ? Va-t-on assister à l'émergence d'une nouvelle élite avec un pouvoir décisionnel et politique à terme ? Ce qui pourrait remettre en question l'équilibre de la société ?

Tandis que dans le domaine culturel, il s'agira de voir, si la production du haricot associée à une large commercialisation en villes ne deviendront pas une nouveauté alimentaire, une modernité qui portera le label des paysans Bamiléké.

Dans le domaine géographique et de la production, l'attention sera portée sur les espaces cultivées et les répercussions d'une telle culture sur les paysages et l'environnement. Le calendrier agricole comment se réorganise-t-il ? La part de travail que requiert le haricot par rapport aux autres cultures et les influences de celles-ci sur le haricot. Nous analyserons également la rupture et la continuité entre les productions de café, de haricot et autres, ainsi que les facteurs de production et le problème foncier qui se pose déjà avec acuité.

Sur le plateau Bamiléké, on a un paysage de bocage avec des champs délimités par des haies vives ou non, des cultures pérennes omniprésentes avec surtout les caféiers et les arbres fruitiers (kolatiers). Les cultures se font en complantation avec l'étagement suivant ; de l'étage supérieur vers le sol, on a les arbres fruitiers suivis des bananiers plantains, des caféiers et enfin des cultures vivrières diverses (maïs, arachide, haricot) se pratiquant successivement sur les mêmes sols en fonction des saisons. Le petit élevage ainsi que les déchets ménagers permettent de fertiliser les jardins de case, soigneusement entretenus.

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La terre ici appartient aux ancêtres et les exploitants ne sont que des usufruitiers. Le morcellement foncier dû à plusieurs successions a dépecé la concession au profit des fils et petits-fils qui finalement ont moins de 0,5 Ha à exploiter, ce qui sert juste de case de passage et de caveau familial.

Par contre sur la bordure marginale Nord du plateau Bamiléké, les longues distances à parcourir (parfois jusqu'à 30 Km) ne permettent pas un déplacement journalier dans ses nouveaux champs obtenus pour la plupart par achat. C'est pourquoi, on se déplace quelques jours dans le mois pour séjourner pendant une à deux semaines au champ en fonction des saisons. L'objectif étant de ramener sur le plateau des vivres en quantité pour la famille et en qualité pour ce qu'on ne peut produire, faute d'espace et de la nature du sol. Dans ces vallées, les cultures vivrières ne sont pas permanentes et elles se pratiquent dans des openfields. Ces champs ouverts sont propices à la production des céréales (maïs) et des légumineuses (haricot, arachide) qu'on cultive en monoculture pure de maïs ou de haricot. Ainsi des camionnettes sillonnent régulièrement la région pour ramener vivres surtout et hommes vers la ville de Bafoussam et les résidences permanentes de Batié et de Baham entre autres.

Les femmes, principales actrices de la production dans la région, sont également les principales résidentes accompagnées des jeunes, les hommes ne venant que rarement pour quelques gros travaux d'abattage ou de transport des vivres vers le passage des voitures. Avec les prix élevés du haricot sur les marchés, d'autres acteurs s'intéressent davantage à sa production ; à ce moment, seule une enquête de terrain peut nous permettre de savoir s'il y a continuité ou rupture dans la chaîne de production.

Dans un cas comme dans l'autre, la technique de culture la plus pratiquée est le billonnage contrairement à la culture à plat ou à butte. C'est une technique qui convient bien à la production du haricot dans un contexte de production traditionnelle, car il permet un bon entretien des plantes ( facilite le sarclage) et évite le tassement du sol par le déplacement régulier entre autres.

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A l'allure où la consommation interne et extérieure en haricot croît, on se rend compte que ce système, malgré ses avantages, a des limites et des contraintes tant physiques qu'humaines. Car les surfaces à mettre en valeur se font rares et celles existantes s'amenuisent progressivement. A cette exiguïté vient s'ajouter un relief très accidenté qui limite les possibilités d'irrigation au-delà des vallées (Mifi sud et Noun). Les caprices du climat (abondance ou rareté des pluies à contre temps) et les exigences du marché contribuent remarquablement à multiplier les demandes. Dans ces conditions la sécurité alimentaire pourrait être menacée et c'est pour concilier ces intérêts économiques et sociaux divergents, qu'une innovation technique s'impose.

Jean MARZIN définit l' `'Innovation» comme un changement technique et organisationnel pour signifier les recombinaisons produites d'une manière générique, intégrées aux conditions sociales (rapports de force internes) démographiques (accroissement naturel, migration), économiques, écologiques et leur émergence. On peut distinguer 3 principaux problèmes dans son application :

- Le marché des facteurs de production en agriculture est souvent imparfait. Car la relative fixité des facteurs de production en agriculture n'est pas une caractéristique favorable au changement technique et organisationnel. Elle conduit à relativiser un marché de l'innovation qui se baserait sur une allocation optimale des ressources

- Le caractère familial de la majorité des unités de production agricole. Il modifie les conditions de prise de décision de changement technique et organisationnel en ajoutant aux critères strictement liés à la production, des caractères relevant de la consommation ou de l'épargne.

- L'accès à l'information est en général difficile, aussi bien en ce qui concerne les marchés des intrants, y compris les techniques que celui des produits (à cause du caractère oligopolistique des marchés). Le coût de l'information et d'une manière générale, l'accès qu'ont les paysans à celle-ci, est une donnée fondamentale dans l'approche du changement technique et qui renforce le

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caractère imparfait d'un marché théorique de l'innovation (MARZIN 1993).

A ceci, on peut ajouter les faits que la main d'oeuvre agricole en milieu rural est toujours très fluctuante et le marché de la terre est caractérisé par la diversité selon les modes de propriétés et d'usages. Egalement, la pauvreté est un obstacle majeur à l'innovation, car elle limite les transformations de l'agriculture dans l'espace et dans le temps en ce sens que faute de moyens financiers, aucun investissement n'est possible moins encore une restructuration, ce qui perpétue des systèmes agraires traditionnels désuets pour le monde d'aujourd'hui.

Pour qu'une innovation soit véritablement adoptée, elle doit aussi être économiquement rentable, socialement désirable et enfin compatible avec les filières de production, de transport et de distribution dans lesquelles elle s'insère. (MOUPOU M. 1987). Tels sont les aspects qu'il ne faut perdre de vue dès la conception.

- N'y a-t-il pas inadéquation entre les techniques proposées et les besoins réels des producteurs ?

- Quels sont les moyens et les acteurs mis en place pour assurer la diffusion d'une innovation ?

Le problème n'est pas finalement de produire des innovations à tout prix, mais bien de s'attacher à réunir les conditions de leur durabilité.

Le département de la Mifi (actuel) est caractérisé par une polyculture intensive dominée par la production vivrière. En général les voies de la technologie sont celles de la mécanisation, de la recherche agronomique, des énergies douces, de la biotechnologie où la sélection des espèces n'exclut pas la production de celles qui seraient menacées de disparition et scrupuleusement des écosystèmes. L'augmentation des rendements nécessite, outre l'apport en fumures organiques, l'utilisation des pesticides et fongicides, tout en offrant la possibilité d'effectuer plusieurs récoltes sur une même parcelle au cours de l'année. Enfin, il arrive que le développement de l'irrigation améliore les productions vivrières sans induire une modernisation des moyens de production, en particulier lorsque les parcelles sont inférieures à un hectare. C'est le cas ici.

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Dans l'optique de s'appuyer de plus en plus sur le vivrier marchand pour équilibrer les comptes du ménage, l'augmentation des volumes demeure l'option majeure. Par contre, les agriculteurs n'ont pas encore épuisé l'éventail des variétés produites et dans les projets d'innovation un minimum de montant fixe (dans l'ordre de 200.000 Fcfa) est nécessaire au départ, pourtant faisant beaucoup défaut ici, pour l'extension des surfaces et l'achat des intrants, même s'il ne s'agit que des semences nouvelles. Autant d'éléments qui expliquent que les innovations restent très modestes et que rarement (2%) de nouvelles cultures soient adoptées.

L'accès aux innovations demeure un privilège des « grands exploitants » car ne pouvant s'opérer qu'à partir d'une assise financière qu'ils peuvent seuls facilement se l'offrir.

ISANGU MWANA-MFUMU s.j. (2000) dans son mémoire de DEA part d'une définition simple de l'innovation comme `'l'introduction de quelque chose de nouveau''. Il formule plusieurs questionnements et écrit qu'en examinant la situation avant l'innovation, on répond à la question de savoir comment elle est née et s'est diffusée, tandis que la situation après l'innovation permet de dire quels changements l'innovation dans le milieu.

Dans le cas qu'il analyse, il constate que jusque dans les années 80 les populations du Kwango en R.D.C. ne cultivaient ni ne consommaient le niébé. Tandis qu'aujourd'hui, outre le fait que cette légumineuse est très appréciée dans l'alimentation, sa culture connaît une expansion étonnante et elle est l'objet d'un commerce florissant avec Kinshasa, la capitale. L'innovation se situe donc ici d'abord dans ce passage entre les deux époques et dans les changements intervenus dans les domaines alimentaires et agricoles.

Si pour cet auteur, l'introduction du niébé au Kwango est une innovation, dans notre région d'étude, la situation n'est pas pareille, car sur les hautes terres de l'Ouest Cameroun la production et la commercialisation du haricot commun a toujours été un fait de civilisation. Mais depuis le début des années 90 avec la crise économique et les tensions socio-politiques, les populations urbaines du Cameroun consomme de plus en plus le haricot produit sur les hautes terres de l'Ouest. Les Bamiléké ont par ce fait réussi à exporter dans d'autres ethnies leur habitude alimentaire et

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désormais le haricot pourrait porter un label tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays.

Or avec la forte demande extérieure en haricot, il est à craindre que la région ne puisse pas satisfaire ce besoin à long terme, c'est pourquoi nous proposons une innovation technique réelle dans la production de cette légumineuse dont on observe déjà une amorce. Notre travail ne porte pas sur l'innovation, mais il entend débouché sur elle. Et dans ce sens l'analyse des formes de l'innovation et son origine est importante.

Généralement on distingue l'innovation spontanée de l'innovation organisée, mais cette dernière n'a pas encore été porteuse de succès dans la plupart des pays subsaharien. Nous en prenons pour preuve l'échec de la vulgarisation de la culture du soja et de la variété de manioc F100 par le gouvernement du Congo (Zaïre à cette époque) avec de grands moyens logistiques. Au Cameroun, la situation est identique, car la tentative de vulgarisation de la production de soja dans le cadre du projet Soja/UCCAO a échoué, malgré le tapage médiatique orchestré par le gouvernement camerounais. Les paysans ont refusé d'adopter cette culture. Cette innovation organisée est conçue comme une action volontaire et une stratégie des concepteurs et destinée à réaliser un certain objectif.

L'innovation spontanée, par contre, fait bouger les choses dans la société sans que les ingénieurs y soient pour quelque chose. L'adoption et la diffusion peuvent être lente, mais le succès réel.

M. ROBERTET (1989) propose une typologie de l'innovation en agroalimentaire parmi lesquelles l'innovation par l'élaboration technique, c'est-à-dire que l'aspect du produit reste identique, seule la chaîne de production est modifiée. L'analyse de cette forme d'innovation permet de voir comment le haricot tout en conservant ses propriétés peut être produit à grande échelle par les paysans en élaborant eux-mêmes de nouvelle technique de production.

Plusieurs auteurs ont affirmé que dans une collectivité paysanne, l'innovation - invention ne peut venir que de l'extérieur et que les paysans n'inventent que de petits perfectionnements, mais ne peuvent pas concevoir une véritable innovation technique (H. MENDRAS et M. FORSE 1983 cités par ISANGU). Il en est ainsi de M. AUGE LARIBE qui en 1955 avait accumulé les

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exemples pour montrer qu'aucune invention n'avait jamais été faite, aux époques récentes par des paysans dans une société paysanne.

Cette vision des choses a cependant été récusée par ESTER BOSERUP qui fait observer que sous la pression de la poussée démographique, les agriculteurs dans les sociétés du monde ont adopté de nouvelles méthodes de cultiver. Elle rapporte ainsi `'le glissement, depuis quelques décennies, de systèmes extensifs à des systèmes plus intensifs, à peu près dans tous les pays sous-développés». Bien plus, au-delà des adaptations qu'ils peuvent apporter, les paysans sont capables d'inventions authentiques. Elle l'illustre par l'introduction de la houe qui n'est pas le simple fait d'un perfectionnement technique du bâton pointu, mais une réelle innovation qui s'est produite lorsqu'une opération nouvelle est devenue nécessaire (E. BOSERUP, 1970).

Dans le cadre de notre étude, nous pensons que l'innovation doit être endogène et exogène à la fois :

- Endogène ; comme l'atteste la thèse de BOSERUP, car dans une

perspective de logique économique, les paysans peuvent améliorer leurs outils de travail en quantité, mais surtout en qualité et procéder à une sélection économique des cultures dans l'exploitation agricole tout en trouvant de nouvelles formes et technique de production.

- Exogène ; dans la mesure où les opérateurs économiques privés et

particulièrement l'Etat peuvent mettre en place des politiques pour inciter la production du haricot. Entre autre on peut citer, la subvention aux intrants, la politique de soutien au prix, la garantie d'achat à la récolte, le crédit à des taux d'intérêt négatif, la prise en charge des coûts des infrastructures (routes) et de stockage (silos).

Quoi qu'il en soit, le problème de l'innovation se pose certes, mais celui de sa diffusion est tout aussi important. Elle correspond à sa transmission et à son adoption graduelle dans le temps et dans l'espace. C'est le fait pour une innovation qui a vu le jour en un endroit donné d'être `'transportée» en des endroits différents et à d'autres moments.

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Cette diffusion peut se faire de plusieurs façons selon THÉRÈSE SAINT-JULIEN (1985). Nous en retiendrons par contact direct entre les individus qui transportent de proche en proche et par le rapprochement des exploitations. La diffusion par saut se fait par des individus migrants. Dans ce sens la position de Bafoussam et du département de la Mifi est stratégique.

Les femmes chef de ménage sont aussi mal placées que les petits planteurs dans cette quête aux innovations. A Bafou en 1993, 90% d'entre-elles ont mis l'accent sur les vivriers. Elles ne sont donc pas moins combatives que les hommes. Mais comme leur point fort réside dans leur force de travail, l'essentiel pour elles a consisté à démultiplier une main d'oeuvre qu'on croyait pourtant déjà utilisée à son maximum.

Leur attraction pour l'innovation, on ne peut pas le nier tient aussi à leur aspiration croissante et légitime à davantage de reconnaissance sociale. Economiquement, elles sont à la base de la production vivrière et à la commercialisation en détail sur les marchés urbains et ruraux. Cette place des femmes, très prépondérante, a été démontrée par DJEUTA N. et KAKANOU Y. (2000).

Les mutations agraires dans la province de l'Ouest - Cameroun et ailleurs dans les autres campagnes du tiers-monde sont à la une de l'actualité. Le département de la Mifi, notre région d'étude, n'échappe pas à ce mouvement.

Mais la crise du café ne saurait expliquer à elle seule les mutations agraires dans la région ; car au niveau interne l'accroissement démographique s'est traduit par une pression sur le sol, accentué sur le plan physique par les sécheresses récentes des années 70 et 80, ce qui a exacerbé les tensions foncières (plus récurrentes) d'une part et d'autre part elle a contribué à l'explosion urbaine et la ville de Bafoussam est passée de 100 ha en 1948 à plus de 1.000 ha en l'an 2.000, ce qui augmente non seulement les consommateurs urbains mais réduit encore les espaces cultivables.

Figure 2 : Evolution de l'espace urbain de Bafoussam.

300 300

565

700

840

1000

400

900

800

700

600

500

300

200

0

1000

100

Superficie en Ha

42

1925 1948 1964 1976 1982 2000

Années

Source : PUD Bafoussam

Sur le plan extérieur à la région, la situation est plus que dédoublée, car l'accroissement de la population nationale et le taux d'urbanisation sont élevés avec Douala et Yaoundé (1,5 et 1,2 millions d'habitants respectivement) qui concentrent 38,8% de la population urbaine nationale.

Les conséquences de cette explosion urbaine sont également entre autre, l'étalement spatial du périmètre urbain qui s'opère au détriment des espaces périphériques jusque là destinées à l'agriculture, la saturation de la plupart des infrastructures, l'intensification de la circulation et l'aggravation des difficultés de transport. Le problème majeur est qu'il faut en plus, résorber le chômage en croissance exponentielle sur un marché de l'emploi déjà saturé, construire de nouveaux logements surtout et enfin nourrir désormais cette population des villes. Ce qui relance les inquiétudes sur la sécurité alimentaire durable de nos populations.

A contrario, le taux d'urbanisation élevé n'a pas que des effets négatifs, dans la mesure où il donne une nouvelle impulsion à la commercialisation de la production vivrière, corollaire d'une augmentation de la demande alimentaire urbaine. Les circuits d'approvisionnement en denrée alimentaire de Douala et de Yaoundé à partir des hautes terres de l'Ouest Cameroun ont fait l'objet des études antérieures par HATCHEU E. (2000) et DONGMO J (1990).

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Dans le cadre de notre étude, il sera question d'analyser les répercussions sur les zones de production, de la demande alimentaire nationale à partir de Douala et de Yaoundé, voire au-delà des frontières avec la demande sous-régionale. Nous nous appesantirons sur l'exemple du haricot sec dans la Mifi.

Nous étudierons la dynamique du haricot à travers le système et les techniques de production actuelle. La diffusion de la consommation du haricot dans l'espace ainsi que le label régional qu'il peut porter comme identificateur d'une région et d'un peuple. Peut-il permettre de réduire, voire de substituer les produits alimentaires importés (riz, farine de blé ).

Nous poserons le problème de l'innovation (endogène ou exogène) à apporter tant au niveau de la production pour satisfaire les besoins nationaux et sous-régionaux, qu'au niveau de la communication pour stimuler et rendre ainsi le produit plus compétitif à long terme sur les marchés national, sous-régional et international.

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IX - AUTEURS ET THEORIES D'ANALYSE

? David RICARDO (1772 - 1823)

Dans son ouvrage `'The works and correspondance of David Ricardo, Ed. Piero Sraffa, Cambridge, 1955» expose les théories des rendements décroissants, des rentes foncières et de l'avantage comparatif.

La théorie des rendements décroissants est le principe selon lequel la croissance de la population conduit à recourir à des sols de moins en moins fertiles. Et dans le processus d'amélioration des cultures, l'accroissement du produit brut devient de plus en plus coûteux. Autrement dit toute unité additionnelle de travail et de capital affecté à l'agriculture rapporte un résultat effectif plus faible, et cela malgré le progrès technique.

La théorie de la rente foncière découle de la précédente et est identique à la théorie de la productivité marginale. Ricardo définit la rente comme `' portion du produit de la terre qui est payée au propriétaire pour l'usage des facultés originales et indestructibles du sol».

Dans le cadre de notre étude, il s'avère que la production régulière du haricot sur une surface donnée augmente la fertilité du sol en azote, mais épuise les autres éléments minéraux du sol. La théorie de la rente foncière peut s'appliquer sur les pentes et les sommets des collines, jadis consacrés à la jachère et aux petits élevages caprins et ovins.

La théorie de l'avantage comparatif s'insère convenablement dans le contexte agricole du Cameroun et de la sous-région, en ce sens que les hautes terres de l'Ouest-Cameroun déjà principales productrices du haricot sec dans le pays et au voisinage, gagnerait à se spécialiser dans cette production.

Dans la région, les populations tirent déjà le meilleur parti de leur revenu, pouvant leur assurer à long terme le monopole quasi exclusif, les conditions physiques aidant. Alors qu'avec les autres productions vivrières (maïs, banane-plantain) l'Ouest-Cameroun entre en concurrence directe avec les autres régions du pays qui possèdent des atouts non négligeables : la disponibilité et l'étendue des terres cultivables.

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Sachant qu'il existe au Portugal d'un côté ou en Angleterre de l'autre, une certaine quantité de facteurs de production susceptible de produire soit du drap, soit du vin ou les deux à la fois, sachant que les coefficients techniques sont différents dans les deux localisations et les Portugais bénéficiant d'un avantage comparatif dans la production de vin, Ricardo montre sur un exemple que le bien-être total est augmenté si les Anglais se spécialisent dans la fabrication du drap et les Portugais dans la production viticole car, le ratio quantité de produit sur quantité de facteur, quoique toujours plus petit au Portugal qu'en Angleterre, y est cependant relativement plus grand pour le vin que pour le drap.

Il en est de même pour le haricot sec des hautes terres de l'Ouest-Cameroun et les autres produits agricoles vivriers qui ont un large spectre écologique.

? ROSTOW.

L'analyse de Rostow qui nous intéresse ici porte sur les étapes de la croissance agricole. Il distingue 3 phases à savoir :

- Celle des pré-conditions du développement agricole. Pendant cette étape, se mettent en place des changements institutionnels et des comportements indispensables à la croissance de l'output : amélioration de la structure foncière, de l'accès au marché de biens de consommation, de l'information concernant les techniques disponibles, du changement des comportements et de la réceptivité des agriculteurs au progrès technique.

- La deuxième phase est celle de l'augmentation de l'efficience des processus de production agricole par la diffusion des innovations. Elle est la forme adaptée du développement agricole lorsque le secteur agricole est l'activité productrice dominante, lorsque la demande de produits agricoles augmente avec le revenu par tête et lorsque le capital nécessaire à l'expansion du secteur industriel est rare.

- La troisième et dernière phase est celle de l'industrialisation de l'agriculture. Pendant cette phase, le poids de la production et de l'emploi agricole dans l'économie se réduit à un rythme rapide.

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La deuxième correspond bien, à quelque chose d'exception près, au moment où nous vivons en ce moment dans notre région d'étude. La valeur marchande du haricot est élevée certes, mais les paysans ont besoin de l'augmentation de l'efficience des processus de production agricole par la diffusion des innovations techniques. Nous avions déjà évoqué cette situation en la suggérant dans une de nos hypothèses principales que nous vérifierons ultérieurement.

En revanche des pré conditions du développement agricole ne sont pas entièrement acquis car, la structure foncière est en butte à bien de difficulté telles que les superficies très réduites du fait de la pression démographique et surtout à cause du mode de succession dans la société.

? ENGEL (1821 - 1896)

Ernst Engel est un économiste allemand, chef du bureau prussien de statistique qui en étudiant les budgets des ménages a établi la loi qui porte son nom depuis 1882 : la loi de Engel.

Cette loi démontre qu' `'au fur et à mesure que le revenu augmente, la dépense absolue pour la nourriture augmente mais dans une proportion inférieure à celle de l'ensemble de la dépense». Mais le comportement du consommateur, pour la demande en produits alimentaires suite à une variation de son revenu est surtout conditionnée par le milieu (urbain ou rural) où il se trouve.

L'influence du niveau du revenu se détermine par l'élasticité de la demande par rapport au revenu qui est définit par la valeur « e ». Selon les différentes valeurs de « e » on peut avoir le tableau suivant :

e > 1 : La demande augmente plus que proportionnellement à

l'augmentation du revenu.

e = 1 : Accroissement de la demande proportionnel à

l'accroissement du revenu

0 < e < 1 : Accroissement de la demande moins que proportionnel à l'accroissement du revenu.

e = 0 : Pas d'influence du revenu sur la demande

e < 0 : Diminution de la demande consécutive à l'augmentation

du revenu.

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L'élasticité demande - revenu varie en fonction de la gamme de produit et du temps. La gamme de produits: On distingue les produits agricoles à forte élasticité demande - revenu des autres ayant une élasticité. Dans le cas du Cameroun, les recherches effectuées par deux experts ; « Pierre Baris et Jean Zaslavsky, 1983, Demande et marché de vivriers dans le Centre sud, Yaoundé. », donnent les résultats suivants pour les ménages de Yaoundé. Tableau 5 : L'élasticité de quelques produits agricoles

PRODUITS

VALEUR DE
L'ÉLASTICITÉ

- Plantain

0,39

- Riz

0,2

- Maïs

0,37

- Manioc

0,3

- Macabo

0,8

- Igname

1,2

- Haricot

1,4

L'élasticité est le rapport de la variation de la demande sur la variation du revenu. Cela signifie que lorsque le revenu croît d'une unité, la demande en haricot par exemple croît d'une fois et demi et ainsi de suite ; le haricot est donc un produit de consommation refuge pour les différentes couches de populations.

On note également que les préférences des consommateurs se rapprochent des normes nutritives ; ce qui en principe devrait inciter à produire les denrées à haute valeur nutritive et pour lesquelles la demande est fortement élastique par rapport au revenu (voir tableau de la valeur des nutriments selon les produits).

Tableau 6 : Apports énergétiques des produits vivriers (pour 100 grammes)

PRODUITS

PROTIDES

CALORIES

- Maïs

10

384

- Riz

6,2

353

- Arachide

23,2

549

- Vouandzou

18,8

367

- Haricot

22,5

338

- Macabo & taro

4,0

119

- Manioc

1,2

253

- Patates

1,6

121

- Ignames

1,5

112

- Pomme de terre

1,7

82

- Banane plantain

1,2

135

- Oignons

1,2

41

Source :Ngbanza J., (1999), Cours d'économie rurale, Yaoundé, ISSEA, P. 39

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En milieu urbain, les augmentations successives de revenu provoquent une demande soutenue des aliments riches en matières nutritives (viande, légumes, produits laitiers, fruits entre autre) au détriment des tubercules qui à la longue voient leur élasticité - demande - revenu baisser. Et au fur et à mesure, il y a apparition de nouveaux goûts, de nouveaux modes de consommation.

4 S.H. VON THÜNEN (1783 - 1850)

Publié en 1826, son livre intitulé « l'Etat isole » décrit la répartition géographique des producteurs agricoles dans un Etat qui n'entretient aucun lien commercial avec l'étranger, d'où le titre. Ici chaque culture est caractérisée par un coût de production in situ et un coût de transport fixé par tonne au kilomètre. De ce fait, la localisation des cultures se fait autour de la ville (zone de consommation) en auréoles concentriques.

4 WALTER CHRISTALLER (1893 - 1969)

Cet auteur a élaboré dans les années 30 la théorie des places centrales. Il a imaginé une multitude de centres urbains, hiérarchisés entre eux, et dont l'importance dépend de la population desservie.

Ces deux dernières théories quoique largement dépassées de nos jours au regard de l'évolution technique et technologique des moyens de transport dont les coûts baissent régulièrement, nous intéressent en ce sens qu'elles nous permettront d'apprécier l'aire de consommation réelle et/ou potentielle couvert par le haricot. Car consommé de plus en plus dans les centres urbains du Cameroun (Douala et Yaoundé notamment) et dans les autres villes de la sous région d'Afrique centrale (Libreville, Bangui et N'djamena). Nous étudierons l'influence des centres urbains de consommation sur la zone de production et sur les producteurs.

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X - METHODOLOGIE DE RECHERCHE

Notre travail porte sur la production du haricot sec sur les hautes terres de l'Ouest Cameroun en prenant l'exemple de la Mifi.

1. Il s'agit d'analyser l'évolution des cultures vivrières par rapport aux
cultures de rente comme le café arabica. Or, à l'heure actuelle tous s'accordent à penser que le café a fait son temps et que pour insuffler une nouvelle dynamique à nos campagnes, il serait important de repenser les bases de notre agriculture. Autrement dit, quel type d'agriculture voulons-nous pour notre région ? Une agriculture patrimoniale et/ou une agriculture spéculative ?

2. Vu la place que la caféiculture a longtemps occupé dans notre
système de production et dans la vie des populations de la région, pendant près de 70 ans (1913 - 1985), remplacer une plante de cette envergure ne saurait se faire sans grincements de dents. C'est ce explique la crise généralisée que nous vivons depuis plus d'une décennie et pour la résorber, il faudrait rechercher les causes tant au niveau structurel que conjoncturel.

3. C'est une option méthodologique pour nous que de partir de la crise
sus évoquée pour analyser la production du haricot sec. Pour ce faire, il serait intéressant de voir et de redéfinir le rôle des acteurs principaux de notre agriculture à savoir l'Etat d'une part et les paysans d'autre part. A y regarder de près, on se rend compte qu'avec la libéralisation économique, c'est la fin de l'Etat providence pour les paysans notamment qui n'ont pas été préparés à ce nouveau jeu ou l'on parle de plus en plus de l'ouverture des marchés (mondialisation). Ceci induit la fin des accords et des monopoles commerciaux. Comment dans ce contexte, avec cette nouvelle donne où l'Etat est absent, les paysans peuvent-ils se définir seuls par rapport aux marchés ?

4. Désormais dans les campagnes, c'est le désarroi et les paysans
pour ne pas se laisser faire, entreprennent spontanément des actions individuelles et collectives pour tenter de survivre et de vivre ensuite. Là encore, l'incertitude est totale car, tout le monde s'interroge : Quelle

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activité peut-elle permettre de résorber la crise ambiante ? De plus, ces derniers moments, on assiste au développement des petits métiers (commerce) et à la conquête de nouvelles surfaces cultivables.

5. Au niveau des exploitations agricoles, on note une intensification
des activités agricoles avec le développement de la production vivrière et l'adoption de nouvelles cultures maraîchères, qui bénéficient en cela de la situation démographique en pleine expansion et surtout de l'explosion urbaine. Par exemple, Douala et Yaoundé avec 1,5 et 1,2 millions d'habitants ont besoin de 2.500 tonnes de nourriture par jour. Les paysans recherchent une culture multifonctionnelle qui peut non seulement assurer une alimentation riche mais qui peut également générer des revenus réguliers et importants dans des délais restreints.

6. Le haricot est une plante très importante dans le système de
production actuelle et il serait intéressant de faire une présentation agronomique afin de mieux comprendre les atouts dont il dispose. Bénéficiant aussi des conditions physiques de production favorables, l'intérêt des hommes pour cette plante ne peut que croître, ce d'autant plus que le haricot joue et pourrait jouer davantage plusieurs fonctions. A ce titre, le haricot peut-il être à la fois une culture de consommation courante, un vivrier essentiellement marchand et une culture d'exportation ou de spéculation ?

7. Nous ne pouvons pas analyser cette situation du haricot sans
chercher à comprendre les facteurs d'une telle stimulation. Dans un monde où les mobiles économiques déterminent presque à eux seuls les actions et la hiérarchie des valeurs, nous nous intéresserons d'abord aux prix et à la consommation pour constater que le rayon de commercialisation du haricot ne cesse de s'allonger au-delà des frontières nationales; l'influence sur la production est directe et grande. D'après cette tendance d'évolution, le haricot pourra-t-il à long terme satisfaire la demande extérieure ? Seule une analyse des conditions de productions actuelles pourrait nous permettre de répondre à cette question si importante pour l'avenir de cette culture.

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8. La production du haricot n'est pas un fait nouveau ou récent pour

les populations des hautes terres de l'Ouest - Cameroun. Le système et la technique de production sont traditionnels, ce qui induit des rendements bas. En revanche, avec la crise et les mutations en cours, on note des aménagements dans la production du haricot. N'est-ce pas la une amorce d'innovation technique endogène ?

1. LA QUESTION CENTRALE

`' Le haricot, culture essentiellement vivrière, peut-il également être une source importante de revenu pour les paysans, comme l'était jadis le café ?»

2. HYPOTHÈSES DE RECHERCHE

a) HYPOTHÈSES PRINCIPALES

- La production du haricot peut jouer un rôle important dans les mutations spatiales et sociales de la région

- Le système de production actuelle du haricot n'est pas en mesure de satisfaire une demande externe croissante, d'où la nécessité d'un processus d'innovation technique.

b) HYPOTHÈSES SECONDAIRES

? En complantation ou en monoculture, le haricot s'insère facilement dans le calendrier agricole et s'adapte mieux (convient) au nouveau paysage agraire.

? Les revenus tirés de la vente du haricot attirent de nouveaux acteurs et permettent d'améliorer le niveau de vie des producteurs / productrices.

? Une innovation endogène est possible grâce à la remise en question du système de production actuel par les paysans eux-mêmes.

? Le succès de l'innovation technique passe également par l'appui extérieur de l'Etat et/ou des partenaires économiques privés.

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3. ELABORATION DU GUIDE D'INTERVIEW

4 OBJECTIF DE L'ENQUÊTE.

- Faire une typologie des producteurs du haricot sur les critères démographiques (âge, sexe, situation matrimoniale ...)

- Analyser l'influence de la structure foncière sur la production du haricot et sa place dans le système agraire.

- Identifier les techniques traditionnelles de production et les innovations apportées jusque-là.

- Tenter de comprendre la logique paysanne de production

- Recueillir leurs attentes pour améliorer la production.

- Identifier les circuits et la place du haricot dans la commercialisation des produits agricoles.

4 BASE DE SONDAGE

C'est l'ensemble des informations qui permettent le tirage de l'échantillon ; c'est la liste des unités de l'ensemble à étudier.

Dans le cas qui nous concerne à présent, la base de sondage serait constituée par le nombre, la liste de tous les paysans du département de la Mifi. On y compte 3 arrondissements (Bafoussam, Baleng et Bamougoum). Nous prendrons 2 arrondissements sur les trois à savoir Baleng et Bafoussam rural. Or une bonne partie de l'espace de ces deux arrondissements dans leurs parties sud est occupée par le centre urbain de Bafoussam qui ne cesse de grandir à leurs dépends ou reçoivent une forte influence urbaine.

Ainsi, les principales zones agricoles demeurent la vallée du Noun(rive droite) au Nord de ce département et la vallée de la Mifi - Sud au Nord-Ouest. Ces zones sont effectivement situées à Baleng et à Bafoussam rural.

4 TYPE DE SONDAGE

Contrairement au sondage probabiliste ou aléatoire, nous construirons notre échantillon à partir du sondage par choix raisonné ou sondage non probabiliste.

53

? LE SONDAGE PAR CHOIX RAISONNÉ OU SONDAGE NON PROBABILISTE.

Ce type de sondage désigne les différentes techniques qui permettent de construire un échantillon à partir d'informations à priori sur la population étudiée. Il est préférable parce que nous disposons sur le milieu étudié (Mifi) de connaissances qualitatives et quantitatives qui permettent d'opérer un choix tel la population de la région et les principales zones agricoles.

Néanmoins, nous savons que la désignation de cet échantillon résulte d'un choix orienté, comportant une part d'arbitraire dans le choix de tel élément ou pas. Pour apporter un minimum de garantis scientifiques, nous allons construire notre échantillon non probabiliste à partir de la méthode dite `'par quotas».

? PRINCIPE DE LA MÉTHODE DES QUOTAS

La méthode des quotas est l'une des plus utilisées dans les enquêtes agricoles et socio-économiques tel le cas qui nous concerne actuellement.

Le sondage par quotas vise à améliorer le choix raisonné en constituant un échantillon choisi de manière à présenter une distribution statistique d'un ou de quelques caractères connus, distribution identique à celle de la population de référence. Un tel échantillon sera très proche de la population en ce qui concerne les autres caractères. Ce qui améliorera la validité de la généralisation des conclusions à toute la population.

Les caractères à retenir doivent être choisis de manière à garantir la conformité de l'échantillon à l'ensemble de la population à étudier. Ces caractères sont appelés «variables de contrôle». La structure de l'échantillon entendue comme la composition en pourcentage au regard des différentes variables de contrôle, doit être conforme à la population.

? MISE EN OEUVRE DE LA MÉTHODE ET CHOIX DES VARIABLES DE CONTRÔLE

Notre sujet de recherche est intitulé `'Les enjeux de la production des vivriers marchands dans un système agraire en mutation : le cas du haricot dans le département de la Mifi (Ouest-Cameroun)''

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Nous avons précisé dans les paragraphes précédents les objectifs de notre enquête et cette méthode par quotas repose sur l'hypothèse qu'il existe une corrélation entre les différents caractères d'une population. Ainsi nous formulons les hypothèses selon lesquelles :

`'il existe une corrélation entre :

1- la structure démographique et la production du haricot `' d'une part et entre

2- `'les conditions économiques et la production du haricot`'

d'autre part.

A ce niveau, nous ne retiendrons comme variables de contrôle que les caractères facilement observables et/ou mesurables sur le terrain. A cet égard, on peut remarquer que parmi les 3 caractères énumérés ci-dessus la quantité produite n'est pas aisée à obtenir surtout dans le contexte africain en général et camerounais en particulier lorsque l'on sait qu'à la suite des troubles socio-politiques du début de la décennie 90, le départ de l'organisme américain USAID principal financier des enquêtes agricoles au Cameroun a sérieusement perturbé les recherches nationales et les statistiques agricoles en ont pris un coup.

Nous ne retiendrons donc comme variable de contrôle que la structure démographique et les conditions économiques.

La structure démographique comprend :

- le sexe, - l'âge

- le statut matrimonial - la qualification scolaire

Dans les conditions économiques sont pris en compte :

- le mode d'accès à la terre (héritage, achat, métayage)

- l'accès aux intrants (engrais, semences, outillage)

- le coût et le moyen de transport (entre la résidence et le

champ et entre le champ et le marché )

- les objectifs de la production (pour vendre ou pour

consommer ou les deux à la fois)

- le confort matériel (état de la maison, qualité du mobilier,

niveau de scolarisation des enfants etc... )

- la catégorie socioprofessionnelle

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? ORGANISATION PRATIQUE DU SONDAGE PAR QUOTAS

Compte tenu de notre situation d'étudiant et en l'absence de bourse et de toute subvention, il s'avère difficile (financièrement parlant) d'engager

d'autres enquêteurs autres que nous-même, pour couvrir tout le
département de la Mifi qui comporte 3 arrondissements et 5 chefferies (Bafoussam, Baleng, Bamougoum, Bapi et Badeng).

Afin de contourner cette difficulté, nous allons procéder à un sondage à 2 degrés.

- Au premier degré du sondage, nous allons choisir un échantillon de village qu'on appelle «Unité primaire» : ce sont les villages de Baleng et de Bafoussam.

- Au second degré de sondage, nous choisirons à l'intérieur de chaque unité primaire un échantillon d' « unités secondaires » (quartiers à l'intérieur des villages par exemple). Les quartiers ciblés sont ceux jouxtant la Mifi et le Noun.

Nos enquêtes se dérouleront dans les zones de production particulièrement dans les champs avec les acteurs de la production. Pour compléter notre enquête, nous interrogerons quelques commerçants et intermédiaires sur les marchés ruraux.

La méthode de sondage par quotas, malgré le manque de fondements mathématiques suffisants qui la caractérisent, présente des avantages certains, car en plus des coûts bien réduits par rapport au sondage probabiliste, nous avons retenu cette méthode parce que nous disposons déjà d'une base de sondage obtenu auprès des services statistiques agricoles de la Mifi.

De plus, notre enquête porte sur un échantillon réduit du fait que nous serons le seul enquêteur sur le terrain et les résultats de cette méthode sont très souvent meilleurs que ceux obtenus par l'utilisation des autres méthodes de sondage (probabiliste).

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A propos de sondage par quotas, la Commission Statistique des Nations Unies écrit dans l'un de ses rapports :

`'La méthode de quotas employée avec habileté peut donner des indications sur les préférences du public et les changements d'opinions dans les enquêtes simples et lorsqu'une haute précision nécessaire. Mais il n'est pas possible d'évaluer la précision obtenue et les résultats du sondage par quotas doivent donc être regardés comme subjectifs ; il ne faut jamais s'y fier lorsqu'on a besoin de renseignements objectifs et exempts de facteurs d'erreurs constantes».

4 - L'ADMINISTRATION DU QUESTIONNAIRE

L'administration du questionnaire comporte 3 opérations essentielles

qui sont :

- la distribution

- le remplissage et

- la collecte.

Nous nous focaliserons sur le remplissage du questionnaire et à ce propos, il sera rempli directement par nous-mêmes. Car, faute de moyen matériel, nous serons le seul enquêteur sur le terrain et nous poserons directement des questions à un répondant et nous remplirons nous-mêmes nos fiches de guide d'interview prévu à cet effet.

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XI - ETAT D'AVANCEMENT DES TRAVAUX

PRESENTATION DU HARICOT

Le haricot est une légumineuse à graine riche en protéine. Selon WESTPHAL (1985), les légumineuse tropicales se divisent en deux groupes:

- Les légumineuses dont les graines sont oléifères (arachides, soja)

- Les légumineuses à graines (haricot, niébé, pois) qui sont les espèces cultivées dont les graines à l'état frais ou sec sont comestibles et entrent dans l'alimentation plus encore que mes gousses et les feuilles de la plante.

Les principales légumineuses cultivées au Cameroun appartiennent à la famille des papilionacées. Ce sont :

- Arachis hypogeae (l'arachide)

- Phaseolus vulgaris L. (le haricot commun)

- Vigna unguiculata L. (le niébé)

- Voandzeta subterranea L. (le vouandzou)

- Glycine max L. (le soja).

Dans le cadre de notre étude, la variété qui nous intéresse est le haricot

commun, genre Phaseolus Vulgaris L.. Sur les hautes terres de l'Ouest Cameroun, ce haricot occupe 95% de la production totale (TATCHAGO, 1999). Les différences de variétés à l'intérieur de ce genre se font à partir des couleurs. Ainsi on distingue le haricot rouge (petit ou long grain), le noir, le blanc et le bigarré avec beaucoup de nuance dans chaque catégorie de couleur.

La taille de la plante ici dépasse rarement les 30 cm de hauteur; c'est la variété naine. Cependant, par endroit on rencontre la variété grimpante, malgré sa capacité de production plus élevée.

ORIGINE

Le haricot commun a été baptisé par LIMNÉ en 1753 sur un matériel végétal en provenance d'Amérique. La domestication du haricot aurait commencé vers 5.000 ans avant Jésus Christ, à l'époque précolombienne. Sa dissémination dans les autres parties du monde a eu lieu après la découverte de l'Amérique au 15ème siècle de notre ère. (TATCHAGO V. 1999).

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Le haricot commun a été introduit en Europe par les Espagnols et les Portugais au XVIè et XVIIè siècle. Ce sont ces derniers qui l'ont introduit en Afrique pendant la colonisation. (TEKAM 1990).

C'est une culture principale de la zone tropicale. Au Cameroun, il est produit essentiellement sur les hautes terres de l'Ouest Cameroun où il bénéficie des conditions écologiques favorables. C'est une plante d'altitude moyenne (1.000 m d'altitude minimum) qui ne supporte qu'une pluviométrie comprise entre 500 et 1.500 mm par an et des températures de 21?c en moyenne.

IMPORTANCE SOCIO-ECONOMIQUE.

L'Afrique produit environ 2 millions de tonnes de haricots secs par an en moyenne. Sa production a beaucoup augmenté au cours de ces 10 dernières années. Ceci a été accompli suite à l'accroissement des surfaces cultivées et ce continent se trouve maintenant au second rang des régions tropicales productrices de haricots derrière l'Amérique latine (CIAT, 1996).

Au Cameroun, cette production est estimée à 71.000 tonnes en 1994 en provenance essentiellement des hautes terres de l'Ouest Cameroun (FAO, 1996).

La production du haricot sec est le fait des petits agriculteurs. Cultivée en complantation ou en monoculture, c'est une plante dans laquelle les fertilisants ou les pesticides ne sont que rarement employés.

Le haricot fournit a l'homme une double alimentation:

- Ses feuilles servent de légumes verts, avant maturité, cuit, en salade ou
en conserves.

- Ses graines sont consommées sous plusieurs formes et à différentes
étapes de sa croissance. Ainsi on a:

- La consommation en gousse entièrement verte

- la consommation en grains verts ou demi-secs: récoltés avant le séchage complet des gousses. Ce mode de consommation est limitée aux pays industrialisés. Exemple: le flageolet français. - La consommation en grain sec après cuisson. C'est la forme la plus répandue.

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Du point de vue énergétique, le haricot commun contient de nombreux éléments nutritifs: 110 mg de calcium, 57 g de glucides, 24 g de protéines pour 100 g de partie comestible et dans une part non négligeable, 1,7 g de lipides, 4 g de fer, des vitamines B1 et B2 (0,5 mg et 0,2 mg respectivement) et de l'acide nicotinique (TEKAM, 1990).

Les hindous qui ne mangent ni de la viande, ni du poisson auraient de sérieux ennuis de santé s'ils ne compensaient pas cette carence en protides par la grande consommation de légumineux.

RENDEMENT

Le rendement moyen dans le monde se situe entre 500 et 1100 Kg à l'hectare (WESTPHAL 1985). Au Cameroun, et plus particulièrement dans la zone de prédilection de cette culture, ces rendements sont de l'ordre de 300 à 500 Kg à l'hectare. Cette baisse de rendement s'explique par les conditions physiques et surtout par les facteurs humains.

ANALYSE DES PREMIÈRES DONNÉES RECUEILLIES

FIGURE 3: Superficie des cultures vivrières pour chaque arrondissement de la Mifi.

Bamougoum

31%

Baleng

47%

Bafoussam

22%

Source : DDA Mifi, 2000.

En nous proposant d'enquêter deux arrondissements sur les trois à savoir Baleng et Bafoussam, nous couvrirons 69% des surfaces vivrières de la Mifi.

Figure 4 : Evolution des prix moyens annuels au cours des cinq dernières années

700 600 500 400 300 200 100

0

 
 
 
 

Maïs

Haricot sec

Pomme

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

1995/96 1996/97 1997/98 1998/99 1999/2000

A partir de ce graphique, on note la haute valeur marchande du haricot malgré une légère baisse en 1997/98.

Figure 5 : EVOLUTION DES PRIX MENSUELS POUR LES PRINCIPAUX PRODUITS VIVRIERS DANS LA MIFI

 

Maïs

Haricot

Pomme

 
 

60

800 700 600 500 400 300 200 100

0

 

Juil A S O N D J F M A M Juin

Haricot

Maïs

Pomme

Ce graphique nous montre la fluctuation des prix des vivriers en fonction des saisons. Et l'on constate que pendant les semailles les prix des vivriers grimpent car les paysans sont à la recherche des semences, alors pendant la production, les prix baissent parce que beaucoup de paysans mettent leurs produits sur le marché surtout à l'approche de la rentrée scolaire (Septembre).

Tableau 7 : Recensement des familles agricoles 1998/99

Arrondissement

Nombre d'habitations
totales

Nombre d'exploitations ou familles agricoles

- BALENG

4.169

4.932

- BAFOUSSAM

2.560

2.860

- BAMOUGOUM

2.832

2.916

TOTAL MIFI

9.561

10.702

Source : Délégation départementale de l'agriculture pour la Mifi.

Ces chiffres nous ont permis d'établir la base de sondage.

Figure 6 : Evolution de la production du haricot 1985 - 1992 à l'Ouest par tonne.

160000

140000

120000

100000

80000

60000

40000

20000

0

61

85/86 86/87 87/88 88/89 89/90 90/91 91/92

Source : Résultats de l'enquête agricole Projet CAPP - USAID

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ESQUISSE DE PLAN DE REDACTION DE LA THESE

INTRODUCTION GENERALE

Première Partie : LES MUTATIONS AGRAIRES ET LA DYNAMIQUE DES VIVRIERS MARCHANDS.

Chapitre 1 : LA CAFÉICULTURE ET SON IMPACT

- Une culture d'élite à son introduction

- Une rapide expansion dans l'espace et dans le temps - De la déprise à la réogarnisation socio-spatiale

Chapitre 2 : LES MUTATIONS ACTUELLES DU SYSTÈME AGRAIRE

- Terminologie des concepts

- Signes prémonitoires et facteurs des mutations

- Les aspects et les acteurs des mutations

- La réorganisation de l'espace et des hommes

Chapitre 3 : LE DYNAMISME DES VIVRIERS MARCHANDS

- Les principales productions vivrières marchandes - Les conditions physiques de production favorables

- L'appel de l'urbain et des prix stimulateurs

- L'arrivée de nouveaux acteurs de production - L'émergence du haricot

Deuxième Partie : LE HARICOT : AU CARREFOUR DES CULTURES

VIVRIÈRES, MARAÎCHÈRES ET DE RENTE.

Chapitre 1 : PRÉSENTATION AGRONOMIQUE DU HARICOT

- La plante : morphologie et physique

- Une légumineuse à cycle végétatif court

- Le haricot : une source alimentaire riche et variée

- Une plante protectrice de l'environnement

CHAPITRE 2 : UN SYSTÈME DE PRODUCTION TRADITIONNEL

- Système et technique de culture

- La productivité et l'organisation sociale du travail

- Les rendements, conditionnement et stockage

- L'accès à la terre et le mode de faire-valoir

Chapitre 3 : LES FACTEURS DE LA PRODUCTION DU HARICOT

- La structure démographique et le rôle des femmes - L'intensification de la production

- Un calendrier agricole complémentaire et favorable - Une source importante de revenu.

Chapitre 4 : UN RÉSEAU DENSE ET ÉTENDU DE COMMERCIALISATION

- Le réseau du marché du haricot

- Les acteurs et les circuits de la commercialisation

- Bafoussam et sa région : plaque tournante de la

commercialisation du haricot

- Les principales destinations et les foyers de

consommation

Troisième Partie : PERSPECTIVES ET INNOVATIONS TECHNIQUES

Chapitre 1 : LIMITES ET CONTRAINTES DE LA PRODUCTION

- Un espace accidenté et exigu

- Les prédateurs et les maladies du haricot

- Manque de structures d'encadrement des producteurs

- Pauvreté généralisée et main d'oeuvre essentiellement

féminine

Chapitre 2 : L'AVENIR DE LA PRODUCTION DU HARICOT

- Evolution croissante des quantités, de la demande et des

prix

- Développement des variétés hybrides

- Une source immédiate de garantie alimentaire et de

revenu

- Un potentiel d'exportation élevé

- Haricot et identité régionale

- Vers une organisation de la filière

Chapitre 3 : LA NÉCESSITÉ D'UNE INNOVATION TECHNIQUE

- Pourquoi innover ?

- Les acteurs et les aspects de l'innovation

- Pour une innovation des formes de consommation

- La diffusion de l'innovation et la position stratégique de

la Mifi

- Les obstacles à la diffusion de l'innovation.

CONCLUSION GÉNÉRALE

63

-

64

CONCLUSION GENERALE

Au terme de ce travail de recherche, il serait important de rappeler la démarche entreprise. La démarche étant `'une manière de progresser vers un but. Exposer la démarche scientifique consiste donc à décrire les principes fondamentaux à mettre en oeuvre dans tout travail de recherche. Les méthodes ne sont que des mises en formes particulières de la démarche, des cheminements différents conçus pour être mieux adaptés aux phénomènes ou domaines étudiés» (R. Quivy, 1995, p. 14).

La démarche se décompose en trois actes comprenant sept étapes et au niveau conceptuel qui caractérise le DEA et lequel s'inscrit ce travail, nous avons formulé une question de départ : `'Quelle activité peut résorber, ne serait-ce que partielle, la crise ambiante dans la région». A partir de cette question, nous avons fait des lectures et des entretiens exploratoires. Ceci nous a permis de faire la revue de la littérature et d'établir plusieurs problématiques sectorielles. Notre propre problématique a été construite autour de la question centrale suivante : `'Le haricot, culture essentiellement vivrière, peut-il également être une source importante de revenu pour le paysan, comme l'était jadis le café P»

C'est à ce moment que nous avons commencé par baliser le chemin en définissant les concepts clés contenus dans notre sujet à savoir : crise, mutations et innovation. Même si le mot crise ne paraît pas dans la formulation du sujet, quant à Mutation elle découle logiquement d'une situation de crise, car toute société en crise qui ne veut pas disparaître est appelée à s'ajuster et à se réajuster. Sur un plan plus concret ou techniquement, les mutations suscitent toujours ou du moins dans la plupart des cas des innovations techniques. Tout ceci entre dans la dynamique des sociétés humaines.

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C'est donc un choix méthodologique que d'attaquer notre sujet par la crise pour déboucher sur l'innovation. Les auteurs et leurs théories d'analyse ont contribué à élargir notre vision sur ces concepts et nous avons cessé de considérer la production du haricot dans la Mifi seulement sous l'angle des techniques agronomiques.

Pour répondre à notre question centrale contenu dans la problématique, nous avons formulé deux hypothèses principales en mettant en corrélation les concepts définis plus hauts. En optant pour un schème causal dans notre approche, nous aurons néanmoins besoins du schème de causalité structurelle pour les analyses de nos concepts multidimensionnels.

Notre travail serait très théorique, si nous nous étions limités à des analyses et définitions des concepts. Nous étendons également faire des analyses quantitatives à partir des données à recueillir sur le terrain et pour ce faire nous avons élaboré une méthodologie dans laquelle nous avons défini les bases et les types de sondage. Mais au préalable nous avons précisé les dimensions, les indicateurs et les variables de contrôle sur le terrain. Un guide d'interview a été élaboré et testé lors d'une pré-enquête (mai et octobre 2000).

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ANNEXES

70

l'Université de Dschang sur la valorisation des cultures vivrières et leur dynamique récente. L'accent ici est mis sur le HARICOT, mais les autres productions seront également considérées. Les informations recueillies au cours de cette enquête sont strictement confidentielles et ne peuvent à cet égard servir à aucune autres fin qu'à celle des objectifs de l'étude.

GUIDE D'INTERVIEW

Ce questionnaire rentre dans le cadre d'une étude menée par le département de géographie de

INTERVIEW:

Lieu :

Heures :

Nbre de personnes :

71

QUESTIONNAIRE

I - ETAT CIVIL

1. Nom et prénom (facultatif)

2. Age : Résidence permanente

3. Professions (avant et actuelle):

4. Avez-vous été à l'école ?
Si oui préciser le niveau atteint et/ou les diplômes obtenus:

5. Situation matrimoniale :

- Célibataire - Veuf

- Marié Nombre de femmes

- Profession actuelle de chacune :

6. Combien d'enfants avez-vous ?

- Vont-ils tous à l'école ?

- Si non Pourquoi ?

- Combien sont ici actuellement avec vous ?

- Combien travaillent déjà ? Où ?

II - LE FONCIER.

1. Nombre de parcelles exploitées et lieux :

2. Date et mode d'accès respectif:

- Héritage - Achat - Métayage

3. Superficies respectives et/ou totales :

4. Distance par rapport à la résidence permanente :

5. Moyen de locomotion :

III - SYSTEME DE PRODUCTION

a- Main d'oeuvre :

Qui s'occupent des tâches suivantes dans votre champ ?

 

Préparation du
champ

Billonage

Semis

Désherbage

Récolte

Transport

Autres

Planteur

 
 
 
 
 
 
 

Epouses

 
 
 
 
 
 
 

Enfants

 
 
 
 
 
 
 

Salarié

 
 
 
 
 
 
 

Groupe travail

 
 
 
 
 
 
 

Autres

 
 
 
 
 
 
 

b) Production

1. Quelles sont les principales cultures pratiquées ?

- Café - Pomme de terre - Fruitier - Choux

- Maïs - Carotte

- Banane plantain - Autres

2. 72

Par ordre, quelles sont les cultures les plus rentables ?

- -

3. Pourquoi cultivez-vous le haricot ?

4. Quelles variétés cultivez-vous ?

- Noir

- Rouge

- Blanche

- Autres

5. Pourquoi préférez-vous cette ou ces variétés ?

- Plus productive - Résistantes aux maladies

- Bonne couleur - Goût

- Prix - Conservation

- Autres

INTRANTS

1. D'où proviennent les sémences ?

- Du chef de poste agricole - Du marché local

- Des voisins - De ma propre récolte.

2. Utilisez-vous les engrais ? Chimique ou naturel

- Pour quelles cultures particulièrement ?

- Pourquoi ?

3. Comment fertilisez-vous le champ ?

- Jachère

- Fiente et déchets élevage

- Compost

- Déchets ménagers

- Autres

TECHNIQUE DE PRODUCTION

1. Quelle est votre technique de culture du haricot ?

- Billons - A plat - Autres

Pourquoi ?

2. Le cultivez-vous - en monoculture - en complantation - les deux ?

3. A quelles autres cultures associez-vous le haricot ?

- Café - Arbre fruitier - Maïs - Banane plantain

- Pomme de terre - Autres

Pourquoi ?

4. Combien de fois par an cultivez-vous le haricot ?

- Périodes de culture

5. Quelles les quantités produites à chaque campagne ?

6. Entre 1995 et 2000

 

Superficie du
haricot

Quantité
totale

Quantité
consommées

Quantités vendues ou
montant en Fcfa

Semences

1995

 
 
 
 
 

1996

 
 
 
 
 

1997

 
 
 
 
 

1998

 
 
 
 
 

1999

 
 
 
 
 

2000

 
 
 
 
 
 

7. Quels problèmes rencontrez-vous dans la production du haricot?

- Manque de terre - Manque de semences
- Manque de conseils - Prix bas

- Climat capricieux - Autres

8. Pourqu

Raisons

Quantité
stockée

Durée de
stockage

Pertes

Consommation

 
 
 

Attente de prix élevés

 
 
 

Semences

 
 
 

Bonne technique de stockage

 
 
 

Autres

 
 
 

73

COMMERCIALISATION

1. Comment vendez-vous votre haricot ?

Lieu de vente

Quantité
vendue

Prix

Raisons

Au champ

 
 
 

Marché du village

 
 
 

En ville

 
 
 

Période de vente

Quantité
vendue

Prix

Raisons

Pendant la récolte

 
 
 

Juste après la récolte

 
 
 

Plus tard

 
 
 

NIVEAU DE VIE

1. Concession

- Nombre de maison (Principale Dépendance)

- Case abandonnée en construction

- Principale : Date de construction Nombre de pièces

Nombre de résident

Etat : Plafond ouverture Sol Mur Sécurité

2. Matériel

Lequel des articles suivants possédez-vous ?

- Radio - TV

- Pousse-pousse - Brouette

- Bicyclette - Motocyclette

- Voiture - Autres

3. Principales sources de revenu.

- Salaire

- Commerce

- Pension retraite

- Vente des produits agricoles

- Autres.






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"La première panacée d'une nation mal gouvernée est l'inflation monétaire, la seconde, c'est la guerre. Tous deux apportent une prospérité temporaire, tous deux apportent une ruine permanente. Mais tous deux sont le refuge des opportunistes politiques et économiques"   Hemingway