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Christianisation et résilience des cultes du terroir à  Vo-Koutimé en pays Ouatchi (XXè-XXIè siècle)


par Edoh Emmanuel BODJRO
Université de Lomé - Master 2020
  

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Chapitre 2 :

ÉTAT DES LIEUX DE L'UNIVERS SOCIORELIGIEUX DES OUATCHI DE VO-KOUTIMÉ AVANT 1914

Toutes les sociétés en Afrique sont naturellement religieuses. Les Éwé, depuis leur origine jusqu'à l'exode de Notsè, croyaient en des forces de la nature dont ils en font des dieux, le socle de l'unité sociale, même si le système religieux des Fon (Dahomey) emprunté en partie à celui des Yoruba a gagné leur monde (C. Rivière, 1978, p. 28). Ainsi, dans les habitats fondés dans le sud-est du pays éwé, les Ouatchi mettaient en place le prototype de leur religion d'origine avec quelques particularités par endroits.

Ainsi, les Ouacthi de Vo-Koutimé, dès leur mise en place, accordaient une grande dévotion à une multitude de dieux « vodou » caractérisant la richesse de leur panthéon. Comment se présente cet univers de dieux ? Quel est le degré d'enracinement du culte vodou dans la société ?

2. 1. Le panthéon des Ouatchi de Vo-Koutimé

Le panthéon des Ouatchi de Vo-Koutimé regorge une diversité de vodou qui assurent le rôle des porte-paroles entre leurs adeptes et Mawu, l'équivalent de Dieu.

2.1.1. Mawu (Dieu suprême)

Les communautés éwé, tout comme les Ouacthi, placent au summum de la hiérarchie des dieux, Mawu. « Puissance initiale et créatrice, quintessence énergétique de l'univers, Mawu est désigné par les Éwé comme le Dieu suprême et insurpassable en ce qu'il commande toutes les divinités, aux ancêtres et aux hommes » (C. Rivière, 1978, p. 18).

Tout prêtre vodou, à Vo-Koutimé, commence sa prière ou sacrifice en s'adressant en premier lieu à Mawu la tête levée vers le ciel, la résidence inatteignable des êtres vivants, souvent en ces mots « Mawugan, Mawu Sogbolissa mi yo » (Dieu le tout puissant nous t'implorons). Il termine selon les termes de C. Rivière (1978, p. 20) « Tout réussira pourvu que Mawu jette la main dedans ».

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Les noms théophores faisant référence à Mawu sont monnaies courantes à Vo-Koutimé, comme ailleurs. On peut citer notamment Mawuli, Mawuko, Mawuena, etc. du genre masculin et pour le genre féminin on trouve Mawussi, Mawulawoe, etc. ou d'autres désignant à la fois l'homme et la femme comme Mawuto, Mawugno, etc. En dépit de ces allégeances, à Vo-Koutimé, l'on ne peut atteindre Mawu qu'à travers les vodou qui sont leurs intermédiaires. Ils font recours à plusieurs que nous classons en mettant en tête les Togbui vodou. Toutefois, il n'existe pas une classification figée, tout dépend du point de vue de l'observateur.

2.1.2. Les Togbui vodou et leurs demeures à Vo-Koutimé

Les vodou, classés dans la catégorie des Togbui vodou, ont à Vo-Koutimé des caractéristiques qui leur sont spécifiques. En effet, ces vodou à la différence des autres, n'ont pas d'adeptes propres. Initialement, le fondateur du village est le chef de tous les clans dont il a autorisé l'occupation des terres à proximité. Ainsi, ces nouveaux venus sont contraints de se placer sous la protection du dieu propriétaire de terre (C. Rivière, 1978, p. 34).

Étant donné qu'ils constitueront un héritage des ancêtres fondateurs, tous leurs descendants en sont héréditairement adeptes. Ceci voudra dire que tous les Ouatchi de Vo-Koutimé obéissent à la fois aux interdits relatifs à Togbui Ziowu, à Togbui Yoho et à Togbui Gbe qui sont les trois et uniques dieux au rang des Togbui vodou.

Cependant, leur appartenance à la même catégorie ne les confère guère les mêmes pouvoirs. 2.1.2.1. Togbui Ziowu et le Ziowuvé

Togbui Ziowu est le Togbui vodou le plus réputé. Il joue un rôle important dans la bonne marche de la communauté. Il est le garant de la sécurité, il amortit les mauvais sorts, les malheurs de tous genres. Toute personne à la recherche de travail, d'un enfant, d'une promotion, bref des biens, lui fait des promesses par le biais du Tron nu, son prêtre-officiant, et a l'obligation de les respecter après satisfaction. Faute de quoi, les malheurs frapperont à sa porte. Appartenant à une communauté essentiellement agricole, il est le faiseur de pluie18.

Ainsi, lorsqu'il ne pleut pas au cours d'une saison des champs, le Tron nu, se fait accompagner par des sages et quelques vaillants cultivateurs, pour sarcler la terre sèche et puis semer. Trois jours plus tard, il peut « Maglo mada ».

Le Tron nu, méconnu du grand public, est exonéré de plusieurs activités. En effet, il lui est interdit d'aller au champ, il ne sort qu'en des circonstances particulières souvent lors de la

18 Zikpui Ayondo, 76 ans, président de l'association des prêtres vodou à Vo-Koutimé. Entretien du 15/03/2020 à Vo-Koutimé.

grande cérémonie des vodou en pagne blanc « Aklala ». Il est le représentant direct des ancêtres quand il s'agit des questions du culte vodou. Libre de se marier, sa femme ne doit en aucun cas transporter quoi que ce soit sur la tête ni aller au champ ni au puits.

Comme dans toute société religieuse, le Tron nu a un droit de regard dans la gestion de la chefferie. En effet, l'intronisation de tout chef doit d'abord passer par son aval où il s'occupe de la consultation des oracles.

Au vu du rôle que joue le Ziowu et des interdits du Tron nu et sa femme, la communauté a l'obligation de donner à manger au prêtre et à sa famille en leur offrant, après les prémices à Ziowu, une partie des récoltes.

Togbui Ziowu a un sanctuaire où réside le prêtre et une forêt19 qui lui est propre (Photo N° ci-dessous). Cette forêt est sacrée. Agbegnigan Fovi20 en parle : « La forêt de Ziowu est à l'image des autres dans l'aire Ouatchi. Cette forêt est réservée à l'enterrement des adeptes qui sont morts dans les couvents « Avomeku » au cours de leur initiation.

Par ailleurs, on enterre également ses prêtres (les Tron nu décédés). Donc, son accès est formellement interdit à toute personne sauf les prêtres et quelques vieux au cours des cérémonies.

Les ancêtres de Vo-Koutimé n'ont pas coupé le lien avec les Ouatchi d'Akoumapé surtout sur le plan cultuel. En effet, le Ziowu de Vo-Koutimé constitue le cordon reliant les deux villages. Le Ziowu étant la divinité mâle a sa femme, Ziowussi, avec une prêtresse du même nom (Ziowussi), qui se trouve chez les Akouma.

Les deux prêtres ont un droit de regard mutuel quand il s'agit d'introniser l'un ou l'autre. Ils assistent à toutes les cérémonies qui concourent à l'intronisation du prêtre ou de la prêtresse.

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19 Qui fait environ trois (3) hectares de surface.

20 Actuel prêtre Ziowu, 65 ans. Entretien du 25/07/2020 au sanctuaire de Ziowu.

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Photo n°2.1 : Sanctuaire de Togbui Ziowu Photo n°2.2 : Vue partielle de la forêt

et son prêtre sacrée de Ziowu

Source : cliché E. E. Bodjro (25/07/2020).

La réputation de cette forêt ne fait pas perdre de vue le rôle de Togbui Yoho et de Togbui Gbe. 2.1.2.2. Togbui Yoho et le Yohové

À la différence de Ziowu, Yoho n'a pas de sanctuaire. Il n'existe qu'à travers une forêt de son nom Yohové21. Si dans la forêt de Ziowu sont enterrés les adeptes et les prêtres, celle de Yoho est réservée à ceux qui sont morts de façon tragique, Djogbéku, soit par accident, incendie, noyade, etc. Par ailleurs, les foudroyés de Hébiesso ou tous fauteurs tués par un dieu du panthéon, quoi qu'il en soit, sont inhumés dans cette forêt qui leur est réservée. Malgré la sacralité de Yohové, elle ne constitue plus aux yeux des populations la même valeur comme dans le passé. Ce changement de regard serait dû à l'absence de cérémonies appropriées, aggravée plus tard par l'extension du village où les nouveaux quartiers ou villages lointains acquéraient une large indépendance en inhumant leurs morts chez eux, rompant avec l'ordre préexistant qui les obligeait à faire venir dans le village matriciel, leurs défunts. Ainsi, Yohové perdit sa place de « Djogbe » au profit des nouveaux cimetières des fermes.

Néanmoins, conscientes de sa place dans le patrimoine religieux, les autorités, gardiennes des coutumes, confient sa protection au prêtre Ziowu.

21 D'une surface de un (1) hectare.

Photo n°2.3 : Yohové

Source : cliché E. E. Bodjro (25/07/2020).

En dehors de ce Togbui vodou, Togbui Gbé est le troisième dieu des ancêtres.

2.1.2.3. Togbui Gbe et le Gbevé

Tout comme le Yoho, Togbui Gbé est un des vodou des ancêtres qui n'atteint pas le même

degré de réputation que le Ziowu. Sa particularité est qu'il n'a pas de couvent, à l'image de Ziowu. Ainsi, sa forêt « Gbevé22 » est son couvent où se trouvent des vodou dont les principaux, sont : Aguin, Azizan et Dan.

Par conséquent, cette forêt est réservée à des cérémonies et non à l'inhumation. L'accès à ce sanctuaire est formellement interdit à toute personne autre que le prêtre du Ziowu et quelques rares prêtres d'autres divinités. Au cours des cérémonies dans cette forêt, lors de la grande cérémonie de vodou « Vodoukonugan » sauf en cas de calamité, les boissons utilisées ne doivent pas être alcooliques23.

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22 Située à l'ouest de Ziowuvé, elle fait environ un (1) hectare de surface.

23 Agbénigan Fovi, 65 ans. Entretien du 25/07/2020 au sanctuaire de Ziowu.

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Photo n°2.4 : Togbui Gbevé

Source : cliché E. E. Bodjro (25/07/2020)

Par ailleurs, Togbui Ziowu, Togbui Yoho et Togbui Gbé ne sont pas les seuls vodou du panthéon ouatchi de Vo-Koutimé. D'autres, que nous appelons secondaires à la différence de ces Togbui vodou, caractérisent eux aussi l'univers religieux.

2.1.3. Les dieux secondaires

Les vodou classés dans cette catégorie sont pluriels. De Hébiésso à la divination, en passant par Sagbata, « vodou anyigbanto » qui signifie « dieu de la terre », Légba, vodou Dan, vodou Tron ou Goro vodou, Gbana, et des vodou liés aux naissances comme Aloumon, Vénani « les jumeaux », Ago, Tohossou, la liste est loin d'être exhaustive.

Cependant, de tous les vodou du panthéon, nous ne parlerons que de Hébiésso, Légba, en fonction de leurs popularités.

En milieu ouacthi en général et à Vo-Koutimé en particulier, le vodou Hébiésso est le plus connu. On attend souvent dire que Hébiésso est d'origine dahoméenne précisément à Hevie, même si cette affirmation fut démentie dans la communauté ouatchi où le culte de So existerait depuis longtemps au sud du Togo (B. Gilli, 2016, p. 39) l'influence culturelle du Dahomey n'épargnerait pas le pays ouatchi.

Dans chaque famille ou lignage, on en trouve (cf. Tableau n°2.1). Gestionnaire du monde à la fois matériel et immatériel, principe de connaissance et d'ordre, ou fauteur de trouble et de chaos (B. Gilli, 1982, p. ix), son nom regroupe tous les vodou de la foudre, qui sont au nombre de sept. Nous pouvons trouver : Agbade, Aklobe, Adayro, Sogbo, Sakadja, Ayali et

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Atisu dont chacun des initiés est appelé : Agbadesi, Aklobesi, Adayrosi, Sogbosi, Sakadjasi, Ayalisi et Atisusi (B. Gilli, 2016, p. 44).

De toute cette famille, à Vo-Koutimé, le plus populaire est Adayro. Par ailleurs, la liste se fait compléter par vodou Agboe qui, selon nos informateurs, est la femelle des sept Hébiésso. Elle est plus calme et chargée d'apaiser les mâles quand ils sont en colère24.

En dehors de Hébiésso, vodou Légba est très présent à Vo-Koutimé. On en distingue deux types : Dulégba et Afanlégba. Dulégba est celui qui se trouve sur la place publique dans chaque quartier de Vo-Koutimé. Le village matriciel dispose d'un Dulégba appartenant aux ancêtres fondateurs, qui est à la tête de tous les autres. À celui-ci, à chaque début ou fin des cérémonies de Vodou konougan, on fait des sacrifices après consultation d'Afan. Le choix du lieu où il se trouve n'est pas aléatoire. En effet, se trouvant souvent à l'entrée ou sur la place publique des villages ou quartiers, ils sont les gardiens de tous les habitants et veillent sur eux.

Photo n°2.5 : Dulégba du village mère

Source : cliché E. E. Bodjro (27/07/2020).

Toutes les cérémonies du culte vodou chez les Ouatchi de Vo-Koutimé débutent toujours par la consultation des oracles « Afan ». Nul n'a le pouvoir de connaître la cause d'une maladie, d'une calamité, d'une situation métaphysique si ce n'est qu'après la consultation des oracles.

Au lever du soleil, le prêtre vodou ou le chef de famille fait la consultation pour savoir ce que lui réserve la journée en bien ou en mal et les conduites à tenir pour que les malheurs enjambent le village ou la famille.

24 Entretien du 15/03/2020 à Vo-Koutimé, 76 ans.

En bref, quelle que soit la spécialisation des vodou, ils assurent tous la sécurité, la prospérité, la bonne marche de la vie quotidienne ; ils exaucent les voeux des habitants et les protègent de tout malheur.

2.1.4. Les couvents

Les vodou précités ont leur propre demeure qu'est le couvent « Kpanou ». En dehors des habitats de la population, les couvents de vodou sont visibles partout. Le village matriciel en concentre la majeure partie. À chacun des couvents, est attribué le nom d'un ancêtre et un responsable. Ce dernier est entouré d'autres prêtres qui ont leur vodou dans son couvent. À sa mort, il est remplacé par le plus ancien des autres prêtres vodou. En dehors de son vodou, les autres peuvent être de différentes natures. Dans un couvent, on peut alors trouver à côté du vodou Hébiésso, le vodou Dan, Mami, Agbana, etc. Cette convivialité entre les différents vodou se matérialise entre leurs prêtres. Ainsi, dans chaque quartier il est nommé un prêtre vodou à la tête de tous les autres et leurs convents qui est à l'image du chef de quartier vis-à-vis des autres prêtres (Zikpui Ayondo 25).

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25 Entretien du 20/07/2020 à son domicile, 76ans.

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Tableau n°2.1 : Récapitulatif des couvents

Quartier

Nom du couvent

Nombre de

prêtres

Responsable des

couvents

ATCHANDOME

Magnawui kpanou ; Melewome

Kpanou; Agbodi Kpanou ; Soviadè
Kpanou ; Kotchi Kpanou,; Adayrope

53

Hung Amakoe Sessou

GLOPE

Kpoka Kpanou ; Dedjani Kpanou ;

Nouwodou Kpanou ; Ketoglo Kpanou ; Awaka Kpanou

10

Hung Sika Kokouvi

SOKO

Amouzouhlan Kpanou ; Kouléhomé

Kpanou

Bébé Kpanou ; Agoudavi Kpanou ;

Vekini Kpanou

26

Hung Agboglan

KPOTA

Daklou Klové Kpanou ; Dansou Hanta Kpanou ; Somabé Kpanou ; Azianké Kpanou ; Bessanvi Kpanou

19

Hung Apeti Daklo

MAMISSI

Wonékou Agbadessi Kpanou ;

Kouléhomé Kpanou ; Messanvi

Kpanou ; Agbémadokponou Kpanou

11

Hung Wonékou Agbadessi

AGADI

Yovodévi Kpanou

5

Hung Yovodévi

Source : Archives du secrétariat du chef Zouméké Akakpo II.

La population ouatchi de Vo-Koutimé, face à cette pluralité de couvents, s'imprègne du culte vodou.

2.2. L'ancrage de la religion vodou à Vo-Koutimé

Dans la communauté ouatchi de Vo-Koutimé, de la naissance jusqu'à la mort, tout le quotidien des populations est régie par les vodou.

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2.2.1. La vie sociale imprégnée du culte vodou

La communauté ouatchi de Vo-Koutimé a un degré d'enracinement particulier du culte vodou. Nul ne se réveille le matin de son plein gré, mais cela dépend plutôt de la volonté des vodou. Pour se coucher la nuit, le chef de concession ou de famille dira aux siens « Togbuiwo ne fomi », « que les ancêtres, qui sont encore des dieux nous réveillent ». On souhaite un bon voyage en disant « Togbuiwo ne kplomi dediede ».

Le simple fait d'éternuer regorge de significations. En éternuant du côté gauche, cela signifie le mal et le côté opposé est signe du bonheur26.

En outre, la vie quotidienne est rythmée de totems du culte vodou. Nul n'a le droit de porter une chaussure ni de balayer la nuit, car cela attirerait la variole qui est, selon la tradition, une punition émanant du vodou Sakpata, souvent représenté chez les Ouatchi avec de petits boutons sur son corps, une balaie à la main, et une chaussure au pied.

La naissance d'un enfant n'est pas fortuite, surtout quand il s'agit des naissances hors normes, en l'occurrence la naissance des jumeaux « Vénavi », une malformation morphologique « Tohossou », etc. Ces derniers portent dès leur naissance, le nom vodou qui ne s'agit pas des noms appartenant au vodou comme dans le cas des initiés (B. Gilli, 1982, p. x). En effet, les Vénavi portent des noms, après des cérémonies, comme Adjé-Adjété, Koété-Koélé, Wévi-Wétcha, Etsin-Atsou qu'on trouve couramment dans la communauté.

Par ailleurs, les animaux sont présagés. En effet, un coq de la base cour ne chante pas la nuit. Cela signifie que soit la mort ou un malheur arrivera dans la famille. Et souvent le chef de la famille reste éveillé sur ces signes. Très tôt le matin, il ira consulter les ancêtres pour comprendre exactement de quoi il sera question.

Tous ces signes sont loin d'être exhaustifs, car rien n'arrive au hasard ; toute chose a une signification divine pour des Ouatchi de Vo-Koutimé.

2.2.2. L'économie sous la marque des vodou

La bonne marche des activités économiques ne dépend pas de la capacité de l'homme. De l'agriculture jusqu'au commerce, le Ouatchi confie tout au vodou. Ainsi, le cultivateur avant le début de ses activités, implore les vodou. Souvent, c'est au grand prêtre du Ziowu à qui revient la charge d'organiser les cérémonies préalables pour le début des activités. La pluie devient une offre des vodou ; quand elle devient rare on se tourne vers eux.

26 Zouméké Akouété Akakpo II, 76 ans. Entretien du 15 mars 2020 au palais du Chef Canton à Vo-Koutimé.

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Le cultivateur n'hésite même pas à placer, sous la protection des vodou, son champ (cf. Photo ci-dessous). Ils deviennent des gardiens et tous ceux qui toucheront les produits de ce champ à l'insu du propriétaire s'exposent à des effets divers selon la nature du vodou protecteur. Mais, habituellement, l'agriculteur fait recours au vodou Hébiésso en fonction de son intolérance envers les voleurs.

Photo n°2.6 : Type de champs placés sous protection de vodou

Source : cliché E. E. Bodjro (27/07/2020).

Après la réussite des champs, le paysan, en guise de récompense, offre les prémices de ses récoltes au vodou. Ceci donna en pays éwé, le nom des fêtes traditionnelles comme Adinukuzan, Djawuwuzan, Ayizan, dont les noms diffèrent selon les produits qui prédominent. En ce qui concerne l'activité commerciale, la mévente serait due à un sacrifice non fait, une promesse non tenue, bref quelque chose qui a trait aux vodou. Ainsi, le commerçant offre, aux vodou soit à l'autel des jumeaux, au Légba de village, ou tant d'autres, sa marchandise et demande leur grâce. Souvent, les jumeaux sont considérés comme des porte-bonheurs. Le commerçant ouatchi souhaite, qu'avant son arrivée au marché, qu'il en rencontre en cours de route.

En somme, de cette première partie, nous retenons que les Ouatchi de Vo-Koutimé ont immigrée de Notsè et après plusieurs périples marqués par des haltes, ils élisent domicile, à la première moitié du XVIIIe siècle, là où ils sont aujourd'hui. Mais étant des croyants en des forces de la nature depuis leur origine, sur leur nouveau site, ils développèrent un culte vodou de même nature. Cependant, avec l'ouverture au monde extérieur, ils connurent l'avènement de la religion chrétienne portée par les missionnaires blancs.

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Deuxième partie :

IMPLANTATION ET EXPANSION DU CHRISTIANISME A VO-KOUTIMÉ DU XXE AU XXIE SIÈCLE

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Dans le courant du XIXe siècle, la côte des Esclaves, allant de l'embouchure de la Volta jusqu'au fleuve Niger qui regroupe aujourd'hui l'actuel Nigéria, Bénin, Togo et une partie du Ghana, a connu l'avènement des missionnaires chrétiens. Au Togo, ils débarquèrent sur la côte et de là atteignirent l'hinterland immédiat dont le pays ouatchi de Vo-Koutimé. Au fil des temps, l'évangélisation s'enracina dans ce monde religieux. Fort de ce constat, nous nous posons la question de savoir : comment les missions chrétiennes, depuis la côte, ont pu fouler le sol des Ouatchi à Vo-Koutimé ? En outre, qu'est-ce qui témoigne de l'expansion du christianisme à Vo-Koutimé ? Les réponses à ces interrogations constitueront la trame des deux chapitres de cette partie. Alors, après avoir parlé de l'implantation des missions chrétiennes à Vo-Koutimé, nous aborderions leur expansion.

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"Je voudrais vivre pour étudier, non pas étudier pour vivre"   Francis Bacon