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Analyse de la politique de décentralisation du système de santé au Burkina Faso.


par Issa SOMBIE
Université de Ouagadougou - Master en Population et Santé 2006
  

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1.4 Problématique

Dans l'univers des politiques publiques, les politiques de décentralisation occupent une place particulière en ce sens qu'elles sont encadrant d'autres politiques (Lemieux, 2001, pp7). En effet, ces politiques se caractérisant généralement par un transfert d'attributions du centre vers la périphérie ou en sens inverse sont susceptibles d'engendrer des modifications au niveau d'autres politiques déjà en place, du fait qu' elles restent des tentatives de régulation selon des normes , en réponse à des situations où se posent des problèmes publics de distribution des ressources. Cette régulation peut se faire à différents niveaux et à partir de plusieurs stratégies ou techniques.

Ramenées dans le domaine particulier de la santé, les politiques de décentralisation adoptées depuis quelques dizaines d'années par nombre de pays dont le Burkina Faso afin de faire face aux difficultés financières, organisationnelles et institutionnelles qui caractérisent le secteur de la santé, portent d' abord sur une réorganisation du ministère de la santé par une redéfinition des pouvoirs et des responsabilités des différentes instances constitutifs du ministère et ensuite par une régulation des rapports avec son environnement externe.

Depuis 1993 le ministère de la santé du Burkina Faso s'essaie à cet exercice par la privatisation des pharmacies, l'érection des nationaux et régionaux en établissements publics à caractère administratif(EPA) et la création des districts sanitaires, instances de gestion des questions de santé au niveau périphérie. L'innovation majeure introduite par cette nouvelle démarche repose sur l'autonomie de gestion qui rythme désormais les rapports entre ces différentes instances et le niveau central représenté par le ministère.

Dans le cadre du présent mémoire, les investigations se focaliseront essentiellement sur la décentralisation à travers les districts car les districts impliquent mieux et touchent directement les populations dans l'amélioration de leur santé.

Il existe plusieurs démarches analytiques dans l'étude des politiques publiques. En effet, l'approche des déterminants pose comme question de cherche principale les facteurs économiques et politiques qui conditionnent les politiques publiques. Elle explique selon Lemieux les politiques publiques par un ensemble de facteurs disposés dans une séquence, qui

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va des conditions historiques et géographiques au comportements des élites, en passant successivement par les facteurs socio- économiques , le comportement des masses et les institutions gouvernementales. L'approche qui consiste à distinguer les étapes des politiques publiques, il s'agit d'une démarche descriptive qui s'intéresse au déroulement temporel des politiques. Considérant les acteurs comme des fins calculateurs, le modèle de l'action rationnelle fait des règles ou aménagements institutionnels du jeu des acteurs l'objet de recherche en politiques publiques. Enfin, le modèle de relation de pouvoir qui met un accent particulier sur la capacité de contrôle des ressources des différents acteurs impliqués dans une politique publique. Partant d'une typologie des ressources et considérant certaines comme « contraignants » et d' autres comme « habilitantes » , ce modèle postule que c' est grâce à des ressources utilisées à titres d' atouts que les acteurs peuvent participer aux politiques publiques et chercher à contrôler les distributions des ressources qui en sont les enjeux. Il y a contrôle de leur part quand le résultat des opérations correspondent à leurs préférences, ce contrôle se traduisant en du pouvoir, partagé ou non, par rapport à d'autres acteurs (Lemieux, 2002, pp23).Cette approche nous semble pertinente pour étudier le fonctionnement des districts sanitaires qui sont les unités les plus décentralisées du système de santé du Burkina Faso. Si les districts rencontrent des obstacles à leur fonctionnement, c'est parce que les acteurs au niveau sont dépossédés du contrôle des ressources habilitantes.

Après plus d'une décennie de la mise en oeuvre de la politique de décentralisation sanitaire, il semble opportun de s'interroger sur le fonctionnement effectif des districts sanitaires et la nature réelle des pouvoirs qui leur sont concédés.

Le discours officiel les présente comme des entités décentralisées, jouissant d'une autonomie de gestion certaine qui s'observe dans la planification des activités, la liberté dans les dépenses, la quête de partenariat, le recrutement de personnel, l'imputabilité.

A côté de ce discours «politique », des propos discordant indiquent que dans la pratique, d'énormes efforts restent à pourvoir afin de concéder une réelle autonomie aux districts. Des études mentionnent que les districts ne disposent pas encore de pouvoir et de compétences suffisants pour assurer la gestion des ressources humaines. (ABSP, CRDI, 2001). Aussi, on note

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que beaucoup de districts ne parviennent à exécuter leurs plans d'actions pour deux raisons essentielles : le manque de moyens financiers et l'exécution ou la réalisation d'activités non planifiées comme les campagnes de vaccination (Enq02). Sur le plan financier, la contribution de l'Etat aux districts selon une étude, varie entre 20 à 30% de leur budget total ; et que le niveau central n'a alloué en 1998 que 14% du budget total aux 53 districts tandis que les hôpitaux nationaux recevaient 22% de ce même budget (Bodart et al.., 2001). Sur le plan de la participation communautaire, des écrits soulignent que la participation communautaire semble se limiter à générer des ressources financières à partir de la vente des MEG(Médicaments Essentiels Génériques) et de la tarification des prestations (GTZ, 1997 ; A. Meunier, 1999).

La disparité observée dans le fonctionnement des districts se caractérise par une absence de personnel notamment les médecins, une insuffisance d'infrastructures et d'équipement, des insuffisances considérables dans le fonctionnement des CoGes et bien d'autres obstacles. Une étude menée en 2001, remarquait qu'à l'échelle du pays, moins de 5 districts disposaient en 2000 du nombre requis de médecins et seulement 17 des 53 hôpitaux de district étaient en mesure de réaliser des césariennes ( Bodart et al.., 2001). Une autre étude affirmait que sur un total de 57 médecins formés en gestion en 1994, 38 (67%) étaient dans les districts sanitaires en 1999 (Catrayé et al, 2001). Pour les médecins formés en chirurgie essentielle à partir de 1992 au nombre de 47, seulement 26 (55%) servaient encore dans les districts en1999 (Ministère de la santé, décembre 2000). Selon un rapport de la CADSS (1999), à la fin de l'année 1999, aucun des districts ne satisfaisait à l'ensemble des critères d'opérationnalité. Un autre document (Ministère de la santé, 2001) notait qu'à la fin de l'année 2000, un seul district (celui de Boulsa) sur les 53 pouvait prétendre répondre à l'ensemble des critères retenus : soit 2% de district opérationnels. La récente évaluation du PNDS (2005) indiquait des avancées notables au niveau de la couverture sanitaire. Il reste néanmoins que l'opérationnalisation des districts, passage obligé pour leur autonomie, éprouve d'énormes difficultés dans son déroulement. Dans une étude menée en 2006 dont le titre est : décentralisation et réduction de la pauvreté au Burkina Faso : quelles stratégies, Hervé Kafimbou et Jean Sanou font une analyse critique de la décentralisation de façon générale au Burkina Faso. Ils ont relevé un nombre important de contraintes et d'écueils au bon fonctionnement des communes parmi lesquels on peut citer l'absence de ressources humaines compétentes, faiblesse des ressources, le refus des citoyens de payer les impôts et les

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taxes, les incessantes dissensions au sein des conseils municipaux. Ces contraintes et écueils handicapent sérieusement le développement des communes ne seront pas sans conséquences sur les capacités de participation des conseils municipaux à l'opérationnalisation des districts.

La mise en oeuvre d'une politique publique constitue une étape cruciale pour son aboutissement. En effet, à cette étape il peut y avoir des « ré-reformulations et même des ré-émergences », aussi ce moment constitue une opportunité pour certains acteurs de s'exprimer. Cette étape cristallise tant d'enjeux qu'elle est déterminante pour sa réussite. De nombreux facteurs (les solutions proposées, le contexte, le temps, le niveau de formation des acteurs, la nature des parties impliquées, les stratégies de mise en oeuvre, etc.) peuvent de façon isolée ou combinée, influencer la réalisation d'une politique. Ce travail se donne fixe pour objectif de s'interroger sur les facteurs qui influencent la mise en oeuvre de la politique de décentralisation du système de santé.

Le profil que présentent les districts sanitaires oblige à se garder de les créditer du label d'unité décentralisée. Au regard des insuffisances qui caractérisent le système de santé de district au Burkina Faso, il nous paraît pas aisé d'arguer que les districts sanitaires dans leur situation actuelle présentent tous les attributs d'un service décentralisé : accessibilité, adaptabilité, capacité et participation des populations. Ce questionnement nous amène à formuler les questions, hypothèses et objectifs de recherche suivants.

1. 4.1 Questions de recherche

1. Les districts sanitaires dans leur situation actuelle, présentent -ils les caractéristiques d'un service décentralisé ?

2. Le processus actuel de la mise en oeuvre de la décentralisation favorise t- il le bon fonctionnement des districts sanitaires ?

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"Je voudrais vivre pour étudier, non pas étudier pour vivre"   Francis Bacon