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Caractérisation hydrogeochimique et évaluation de la recharge de l'aquifère du turonien-coniacien capté sur le plateau d'Aplahoué et d'Abomey (sud-benin)


par Hounsala Djonmbe
Université d'Abomey-Calavi: Institut national de l'eau - Master 2023
  

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INTRODUCTION

1. GENERALITE ET CONTEXTE

À l'échelle mondiale, l'eau douce ne représente que 2,8 % de la quantité totale d'eau sur Terre. Elle est diversement répartie entre les glaciers et les calottes polaires (2,2 %), puis dans les nappes souterraines (0,6 %) (Petit, 2004). Les cours d'eau et les lacs ne représentent qu'une quantité insignifiante (environ 0,01 % du volume total d'eau sur Terre). Seulement la moitié de l'eau douce contenue dans les nappes souterraines (soit 0,3 % de la quantité d'eau présente sur Terre) est accessible à l'homme pour sa consommation directe (Margat, 1989). Bien que l'eau demeure abondante, sa répartition sur la Terre est inégale. Certains pays souffrent d'un manque d'eau important pour satisfaire les besoins vitaux élémentaires de leurs populations, tandis que d'autres luttent pour gérer un excès d'eau chronique qui envahit progressivement les terres arables et déplace des populations entières (Idder et al., 2013 ; Petit, 2004). De plus, la problématique liée à l'eau douce devrait encore s'aggraver dans les années à venir en raison des développements socio-économiques et du changement climatique (Mérino, 2009).

Les eaux souterraines constituent la plus grande réserve en eau douce liquide de la planète. Elles sont annuellement renouvelées par infiltration des précipitations, représentant environ 8 à 10 millions de km3, soit 98 à 99 % du total (Margat, 1989). Cette ressource en eau douce est confrontée ces dernières décennies aux phénomènes liés au changement climatique, se traduisant par l'augmentation de l'évapotranspiration due à la hausse des températures, ce qui accroît l'intensité et la durée des sécheresses des sols avec un risque élevé d'assèchement de la nappe (Holman et al., 2012; Seguin et al., 2019). Les variations interannuelles du stockage des eaux souterraines sont bien corrélées à la variabilité interannuelle des précipitations (Kotchoni et al., 2019). Dans son rapport de 2021 sur l'établissement d'un réseau de référence piézométrique pour le suivi de l'impact du changement climatique sur les eaux souterraines, le BRGM affirme que le niveau des nappes d'eau souterraine dépend, pour beaucoup d'entre elles, de l'infiltration des eaux météoriques et sera donc nécessairement impacté par le changement climatique qui provoque un changement dans le régime d'infiltration (Vemoux et al., 2012). Pourtant, dans de nombreuses régions d'Afrique, les eaux souterraines sont la seule source d'eau fiable. Jusqu'à 75 % de la population africaine utilise les eaux souterraines comme principale source d'eau potable et accessible à un coût réduit (UNECA et al., 2000 in Nijsten, 2018; Mérino, 2009; Houégnon et al., 2021; Penant, 2016). Elles sont également une source vitale d'eau douce dans toutes les régions tropicales, permettant l'accès à de

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l'eau salubre à des fins domestiques, agricoles et industrielles à proximité du point de demande (Kotchoni et al., 2019).

Au Bénin, les eaux souterraines constituent la ressource principale de l'approvisionnement des populations en eau potable (Penant,2016). Ces eaux sont soit captées dans les aquifères discontinus des formations du socle cristallin qui occupent la plus grande partie du territoire béninois, soit dans les aquifères continus des bassins sédimentaires que sont le bassin sédimentaire de Kandi, le bassin sédimentaire du Volta et le bassin sédimentaire côtier (Boukari, 2002).

En effet, le bassin sédimentaire côtier, situé au sud du territoire béninois, occupe environ 10 % de sa superficie (environ 112 620 km2), renferme plus de 35 % des ressources en eaux souterraines de ce territoire et abrite actuellement près de 65 % de sa population, un taux appelé à augmenter dans l'avenir (Boukari & Alassane,2007). Cette croissance démographique s'accompagne de l'augmentation de la demande en eau, ce qui conduira probablement à une surexploitation de cette ressource, pouvant aboutir au phénomène d'intrusion saline en raison de la situation côtière

( Majdoub et al., 2014 ; Houemenou,2020). Il est également à noter que de nombreux travaux ont été effectués sur le bassin sédimentaire côtier, mais la plupart se sont concentrés sur les plateaux méridionaux. Peu d'études hydrogéologiques ont été réalisées dans la partie septentrionale du bassin. C'est dans cette optique que cette recherche, intitulée "Caractérisation hydrogéologique et évaluation de la recharge de l'aquifère du Crétacé Supérieur capté sur les plateaux d'Aplahoué et d'Abomey (Sud Bénin)," a été réalisée dans le but de contribuer à la connaissance hydrogéologique des plateaux nord du bassin sédimentaire côtier en général, et de ceux d'Abomey et d'Aplahoué en particulier.

2. OBJECTIFS

Cette présente recherche a comme objectif général de déterminer les caractéristiques hydrogéologiques et d'évaluer la recharge de l'aquifère du Crétacé Supérieur du champ de captage des plateaux d'Aplahoué et d'Abomey.

De façon spécifique, il a été question de (d') :

V' déterminer la structure et de la géométrie du réservoir étudié ;

V' évaluer les propriétés hydrodynamiques et physico-chimiques des eaux du Turonien-Coniacien ;

V' estimer de la recharge de l'aquifère du Turonien- Coniacien par la méthode de la fluctuation piézométrique.

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3. HYPOTHESES

Partant des recherches antérieures, cette investigation a été guidée par les hypothèses directrices suivantes :

y' La lithologie de la zone d'étude serait hétérogène et géomorphologiquement variée ;

y' Les processus de minéralisation de l'eau seraient influencés par les réservoirs aquifères

traversés et les activités anthropiques ;

y' La recharge de l'aquifère du Crétacé supérieur serait influencé par la pluviométrie et la
structure géologique de la zone.

4. STRUCTURE DU MEMOIRE

Ce travail de mémoire est structuré en trois chapitres dont le premier porte sur les généralités

concernant le secteur d'étude et plus spécifiquement la situation géographique, le contexte climatique, le contexte hydrographique, la pédologie, la végétation, le contexte topographique, géologique, hydrogéologique et les activités économiques. Le deuxième chapitre est destiné à la description de la méthodologie et matériels utilisés, aux analyses et traitement des données obtenues. Le troisième et dernier chapitre a porté sur la présentation, l'interprétation et la discussion des différents résultats obtenus. En fin, nous avons tiré une conclusion suivie des perspectives.

5. REVUE DE LA LITTERATURE

Cette partie présente une synthèse bibliographique sur la caractérisation hydrogéologique des

aquifères des zones sédimentaires et l'estimation des recharges des aquifères. Bien avant, plusieurs travaux d'études similaires à notre thématique ont été abordés par certains auteurs et dont nous présentons la quintessence dans les lignes qui suivent, par la suite, nous décrivons de manière succincte les différentes méthodes qui ont été utilisées pour estimer la recharge des aquifères.

En 2007, Boukari et Alassane ont fait un panorama sur les éventuels travaux d'études hydrogéologiques effectués sur le bassin sédimentaire côtier du Benin. Ce screening littéraire les a permis d'identifier la structure hydrogéologique du bassin sédimentaire côtier qui est constituée de quatre principaux aquifères dont deux sont à nappes captives d'âge Turonien-Coniacien et Paléocène Inferieur à moyen ; deux autres aquifères à nappe libre d'âges du Continental Terminal et du Quaternaire. Les caractéristiques hydrodynamiques tels que les débits d'exploitations varient d'un aquifère à un autre. Les ouvrages captant les aquifères du Crétacé et du Paléocène ont un débit inférieur ou égal à 50 m3/h tandis que ceux captant les aquifères du Continental Terminal peuvent atteindre un débit supérieur ou égal à 200 m3 /h. En ce qui concerne les paramètres hydrochimiques ;

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la conductivité électrique est relativement faible avec une valeur de 100 us / cm sur le Continental-Terminal. Quant aux eaux captées sur le Crétacé- Supérieur, elles sont peu minéralisées vers l'amont où on rencontre la nappe libre, Mais la minéralisation croit au fur et à mesure que la nappe s'enfonce sous son toit imperméable. S'agissant des eaux de l'aquifère superficiel du Quaternaire, la minéralisation est généralement moyenne avec une conductivité électrique qui varie entre 200 à 1000 us / cm.

Le travail de Maliki (1993), a porté sur l'étude hydrogéologique du littoral béninois dans la région de Cotonou et ses environs dans le bassin sédimentaire côtier. Cette recherche a mis en évidence trois horizons d'aquifères selon leur épaisseur à savoir un aquifère à nappe libre capté par les puits peu profonds à grand diamètre avec une puissance comprise entre 10 à 25 m au maximum et les deux autres aquifères captifs avec respectivement l'épaisseur de 20 à 40 m et de plus de 50m. Les paramètres hydrodynamiques moyens de ces deux horizons étudiés ont donné des résultats suivants : Transmissivité comprise entre 1,67.10-2 à 1,01.10-2 m2/s et 10-5 à 10-2 pour le coefficient d'emmagasinement. En ce qui concerne les paramètres chimiques, il ressort de cette étude que les eaux présentent deux faciès : bicarbonatés calcique et magnésien et chlorurées sodi-potassiques.

La méthode de polygone de Thiessen, autrement appelée méthode des polygones pondérés, est une technique utilisée pour estimer la recharge des aquifères (Berthe et al., 2015) .En effet, cette méthode consiste à diviser la zone d'étude en polygones en utilisant des lignes qui représentent les points équidistants entre les puits ou les points d'observation. Chaque polygone est associé à un puits ou à un point d'observation, et la recharge est estimée en fonction des précipitations et d'autres paramètres au sein de chaque polygone. L'avantage que présente cette méthode est quelle peut être appliquée dans diverse situations géographiques, hydrogéologique et climatique (Edmunds & Gaye, 1994). Elle prend en compte les données locales spécifiques à chaque polygone telles que : l'urbanisation des polygones, la superficie d'infiltration et l'intensité des précipitations enregistrées aux différentes stations renseigne toujours le travail de ces mêmes auteurs. Bref, la méthode de polygone de Thiessen est relativement simple à comprendre et à être appliqué. Elle ne nécessite pas de calculs complexes et peut être utilisée avec des données relativement faciles à obtenir. Bien que cette méthode soit facile et simple à utiliser, elle présente également des faiblesses qui doivent être prises en compte. Il s'agit notamment de sa sensibilité à la distribution des points d'observation et ses hypothèses simplifiées à la distribution des points d'observation. Outre la méthode de polygone de Thiessen utilisée par les auteurs précités pour estimer la recharge des eaux de la nappe, il existe d'autres méthodes à savoir :

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Ø La méthode basée sur le bilan hydrique qui consiste à estimer la quantité d'eau infiltrée dans le sol permettant d'obtenir son taux de recharge. Cependant, cette méthode est plus adaptée aux pays qui ont un climat tempéré que dans les contrées arides de types sahélien à cause de la forte évaporation avec des cumuls annuels souvent supérieurs aux précipitations enregistrées dans ces pays et pour ce faire, il en ressort que le taux de la recharge de la nappe serait très faible (Edmunds & Gaye, 1994). Si l'on applique cette méthode usuelle de bilan, on détermine le taux de recharge par la soustraction de la fraction de l'eau évaporée des précipitations. On soustrait donc deux grands nombres pour en obtenir un petit (puisque les deux nombres sont du même ordre de grandeur). Il s'ensuit que le taux de recharge obtenu de cette manière est très peu sûr car une légère erreur de mesure sur un des grands nombres induira une erreur très importante sur la réponse (une erreur de 100% n'est pas rare) (Geoffrey, 2003). En plus de la limite relative à la forte évaporation, signalons que cette méthode est utilisée pour les cas de recharge directe de la nappe pour permettre de déterminer la variabilité spatio-temporelle de la recharge. La recharge ponctuelle est difficilement prise en compte par cette méthode (FAvreau & Travi, s. d.).

Ø La méthode de fluctuation piézométrique (FP) fait partie des applications utilisées pour la caractérisation de la recharge des eaux souterraines. Elle est basée sur l'hypothèse que l'augmentation du niveau piézométrique ou statique d'une nappe est due à la recharge atteignant cette nappe (Varni et al., 2013). Kotchoni et al. (2019) ont utilisé cette méthode pour estimer la recharge sur les aquifères du Quaternaire, du Grès du Mio-Pliocène et les roches cristallines altérées du Néoprotérozoïque du centre de Benin. L'application de cette méthode leurs a permis de mettre à l'évidence la corrélation entre les variations interannuelles de stockage des eaux souterraines avec la variabilité interannuelle des précipitations. Il a été constaté également que la recharge varie considérablement en fonctions de l'environnement géologique. C'est ainsi que, la recharge annuelle des aquifères peu profonds de sables Quaternaires s'élève jusqu'à 40 % des précipitations annuelles, tandis que dans les aquifères plus profonds de grès du Mio-Pliocène et de roches cristallines altérée, les fractions annuelles de précipitations générant la recharge étaient respectivement de 4 et 13%. Ces différences sont principalement attribuées à l'épaisseur de la zone non saturée et aux contrôles lithologiques sur la transmission et le stockage de la recharge pluviale. Signalons que, le fait que cette méthode soit appliquée sur les aquifères continus et discontinus constitue sa force. Mais toutefois, les résultats de la recharge estimée par cette méthode ne présentent pas une certitude. Cette dernière présente quelques exigences telles que la non perturbation par les pompages, pas

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d'effet de retard important lors du transit dans la zone non saturée, c'est donc qu'à la satisfaction de ces exigences précitées ci-haut que la méthode peut s'appliquer (Varni et al., 2013). Cependant, Kotchoni et al. (2019) recommandent l'utilisation d'autres méthodes telles que celles basées sur les traceurs ioniques et la modélisation numérique pour améliorer la compréhension des processus de contrôles de recharge dans les environnements saisonnièrement humides sous les tropiques ;

Ø La méthode basée sur l'utilisation des traceurs ioniques, isotopiques stables ou radioactifs dont le chlore s'avère très utile (Favreau & Travi, s.d). Selon Edmunds & Gaye (1994), l'utilisation du chlore comme traceur présente de nombreux avantages à savoir :

V' C'est un élément ubiquiste présent dans toutes les eaux naturelles ;

V' Il peut être absorbé par les plantes ;

V' Il est fortement soluble et ne cristallise qu'à des concentrations très élevées ;

V' Il fait partie des éléments persistants ce qui signifie qu'il n'a pas tendance à être impliqué

dans les réactions géochimiques du sol ou de la nappe phréatique ;

V' Son cycle géochimique est proche de celui de l'eau à l'exception qu'il n'est pas impliqué dans
le processus d'évaporation. Lorsque l'eau s'évapore, le chlore (Cl-) reste dans la solution résiduelle et s'y concentre proportionnellement à la quantité d'eau évaporée. Suite à un événement pluvieux, l'eau contenant la signature enrichie en chlorure va quitter la zone d'évapotranspiration du sol (zone comprise entre la surface du sol et l'extrémité de la zone racinaire des plantes) et transporter cette signature vers l'aquifère. Celle-ci peut alors être utilisée pour estimer la perte nette en eau comparée aux précipitations et, de là, en déduire le volume de la recharge (Edmunds & Gaye, 1994).

Dans le cadre de notre étude, nous avons utilisé la méthode de la fluctuation piézométrique car elle demeure la méthode la plus utilisée mais aussi adaptée à tout type de climat (Geoffrey, 2003; Healy & Cook, 2002; Kotchoni et al., 2019).

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