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Université de Toliara Facultés des Sciences et
Technologies Département des Sciences de la Terre
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Mémoire En vue de l'obtention du Diplôme
d'Etudes Approfondies (DEA) Option Géosciences et Technologies

Études Géostructurales et Gîtologiques du
Gisement de Saphirine et Kornerupine de
Taivo-Tsiombe, Domaine Androyen
Sud de Madagascar
Soutenu publiquement par
TSIORISOA HAREMPAHASOAVANA Toliara, le 29 juin 2018
Jury
Président ALPHONSE DINA |
Professeur de l'Enseignement Supérieur
Rapporteur THEODORE RAZAKAMANANA |
Professeur titulaire de classe exceptionnelle
Examinateur ALEXANDRE MIHA |
Maître de Conférences
Année Universitaire : 2016-2017
i
Remerciements
À l'issue de ce travail de recherche, je tiens
à exprimer ma profonde gratitude envers : - Docteur Hugues
LEZO, Président de l'Université de Toliara,
- Professeur Pierre Ruphin FATIANY, Doyen de la
Faculté des Science, veuillez trouver ici mes sincères
remerciements pour l'autorisation de présenter ce
mémoire,
- Docteur Tsimihole TOVONDRAFALE, chef de
département de Sciences de la Terre de l'Université de Toliara,
qui n'a pas ménagé ses efforts pour le fonctionnement du
Département,
- Professeur DINA Alphonse, ancien président de
l'Université de Toliara, pour l'honneur qu'il m'a fait en acceptant de
présider la soutenance de ce mémoire,
- Professeur titulaire Théodore RAZAKAMANANA,
responsable de la formation doctorale au sein du département des
Sciences de la Terre de l'Université de Toliara, m'a encadré en
mettant à profit ses méthodes pédagogiques et son
expérience précieuse, permettant la réalisation de ce
travail malgré ses hautes responsabilités et ses nombreuses
obligations,
- Docteur Alexandre MIHA, enseignant chercheur au
département de Sciences de la Terre, Faculté des Sciences,
Université de Toliara, d'avoir bien voulu siéger en tant que
membre de jury,
- Monsieur François Smalah ZAFIMAKASON, enseignant
chercheur au département de Sciences de la Terre, Faculté des
Sciences, Université de Toliara, pour ses apports en matériels de
géologue durant la descente sur terrain et ses conseils
pratiques.
Je voudrais également adresser mes humbles
remerciements à Mme Alvildine HERINDRAZA et Mr Jacques Bablon
RANDRIATSITOHAINA, grâce à leurs soutiens, j'ai pu
améliorer mes connaissances en SIG.
Il me tient fort à coeur de remercier
chaleureusement mes parents et ma grande soeur pour ces aides morales,
matérielles, financières et spirituelles pour mes études
supérieures. Je vous dédie spécialement ce travail en vous
remerciant de tout mon coeur pour tous les sacrifices consentis pendant toutes
mes années universitaires.
Je suis vivement reconnaissant à ma promotion,
surtout Mohamed IBRAHIM et Nelson Mendelas BOTOUFAFA, qui m'ont gentiment
aidé sur le terrain ainsi que les travaux de laboratoire, sans oublier
aussi les étudiants de l'IST Anosy de la première promotion
Taratsy de l'année 2015-2016. Je vous remercie vivement.
Enfin, je dois toutes mes reconnaissances à tous
ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à la
réalisation de mes études de recherches de façon directe
ou indirecte. Avec leurs aides en tout genre, mon travail a pu arriver à
son terme.
« Ny fianarana no lova tsara indrindra »
Proverbe Malagasy
ii
Table des Matières
Remerciements i
Liste des figures v
Liste des tableaux viii
Liste des acronymes ix
Introduction 1
1. Madagascar et Gondwana 1
2. Aperçu de la géologie de Madagascar
2
2.1 Socle précambrien de Madagascar 2
2.2 Formations sédimentaires 3
3. Synthèse du socle Précambrien Sud
5
4. Organisation du manuscrit 8
Chapitre I. Présentation de la zone
d'étude 9
I.1 Situation géographique 9
I.2 Situation géologique 10
I.2.1 Domaine Androyen 11
I.2.2 Zone cisaillante de Betroka 11
I.2.3 Cadre géologique régionale 11
I.3 Problématique et choix de la zone d'étude
14
I.4 Objectifs de l'étude 15
Chapitre II. Matériels et méthodes
16
II.1 Matériels 16
II.2 Méthodes 17
II.2.1 Recherches bibliographiques et support cartographique
17
II.2.1.1 Carte géologique et topographique
18
II.2.1.2 Bases de données : BD500
20
II.2.1.3 Images satellites 20
II.2.2 Travaux de terrain 22
iii
II.2.2.1 Collecte des données cartographiques
22
II.2.2.2 Collecte des données gîtologiques
22
II.2.3 Traitement des données 23
II.2.3.1 MapInfo Professional 15.2 23
II.2.3.2 ENVI 4.7 23
II.2.3.3 Stereonet 7.0 et Rosenet 2.1.0 24
II.2.3.4 Surfer 13.0 24
Chapitre III. Résultats et
interprétations 25
III.1 Pétrographie de la zone d'étude 25
III.1.1 Description lithologique 25
III.1.1.1 Leucogneiss granitoïde 25
III.1.1.2 Granite et granite pegmatitique 26
III.1.1.3 Amphibolite 27
III.1.1.4 Migmatite 28
III.1.1.5 Mylonite 29
III.1.1.6 Quartzite 29
III.1.1.7 Paragneiss à cordiérite, saphirine
et kornérupine 30
III.1.1.8 Micaschiste à saphirine et à
kornérupine 30
III.1.2 Relation entre lithologie, métamorphisme et
déformation 34
III.2 Étude structurale 35
III.2.1 Étude linéamentaire 35
III.2.1.1 Analyse linéamentaire des images
satellites 35
III.2.1.2 Interprétation structurale des
linéaments 37
III.2.2 Coupes géologiques 37
III.2.2.1 Partie Nord 39
III.2.2.2 Partie Centrale 42
III.2.2.3 Partie Sud 44
III.2.3 Structure géologique de la zone d'étude
46
iv
III.3 Étude gîtologique de la
minéralisation en saphirine et kornérupine 51
III.3.1 Généralité sur le potentiel
minier de Tsiombe 52
III.3.2 Gîtes minéraux de Taivo 54
III.3.2.1 Saphirine 54
III.3.2.2 Kornérupine 54
III.3.2.3 Cordiérite et grenat 55
III.3.3 Étude détaillée du gisement 56
III.3.3.1 Contexte géologique du gisement
58
III.3.3.2 Étude structurale du gisement 63
III.3.3.3 Influence du métamorphisme sur le
gisement 64
Chapitre IV. Discussion 66
IV.1 Lithologie et déformation 66
IV.2 Évolution structurale et
tectonométamorphique 67
IV.3 Minéralisations 68
IV.3.1 Saphirine 68
IV.3.2 Kornérupine 69
Conclusion et recommandations 70
Conclusion 70
Recommandations 70
Bibliographie 72
v
Liste des figures
Figure 1. Reconstitution du Gondwana avec la position de
Madagascar au centre du Gondwana et l'East African Orogen (EAO) (modifié
selon Kusky et al., 2003). _ 1
Figure 2. Carte géologique de Madagascar
(modifiée selon PGRM, 2012). 4
Figure 3. Carte de situation administrative de notre zone
d'étude : Taivo (BD 500,
Harempahasoavana, 2018). 9
Figure 4. Photos : a) lit du fleuve de Manambovo pendant la
saison sèche ; b) Manambovo au moment de la crue ; c et d)
végétation rencontrée à Taivo (Harempahasoavana,
2018). 10
Figure 5. Extrait de la carte géologique de Madagascar
au 1/1 000 000 montrant les principaux domaines de la partie Sud de Madagascar
(Modifiée selon Windley et al., 1994 ; Razakamanana, 1999 ;
GAF/BGR, 2008). D Vh - Domaine de Vohibory ;
D Ad - Domaine Androyen ; D An - Domaine
Anosyen ; ZCA - Zone Cisaillante
d'Ampanihy ; ZCB - Zone Cisaillante de Betroka. 12
Figure 6. Carte géologique de Tsiombe localisant la
zone d'étude, extraite de la feuille I63- J63, Tsiombe -
Ambondro - Erada (Besairie, 1974) vectorisé par l'auteur.
___ 13
Figure 7. Extrait de la carte topographique au 1/100 000 de la
FTM (1978), le cadre rouge
délimite la zone d'étude. 18
Figure 8. Carte des réseaux hydrographiques de la zone
de Tsiombe, vectorisée à partir de la carte topographique au
1/100 000 de la FTM, montrant les principales lignes de partage des eaux et les
anomalies radiales (Harempahasoavana, 2018). ___ 19
Figure 9. Image satellite de composition colorée
731 localisant la zone d'étude (Landsat,
2014). 21
Figure 10. Image satellite filtrée de direction 0°
à matrice 5x5 pour le traitement de distribution de l'orientation des
linéaments de la zone d'étude (Landsat 2014). 21
Figure 11. Gneiss granitoïde : a) massif de leucogneiss
granitoïde ; b) enclave de pyroxénite dans le gneiss
leucogranitoïdique ; c) paragneiss à cordiérite et
à
grenat ; d) granite pegmatitique (Harempahasoavana, 2018).
26
Figure 12. Photo de : a) massif d'amphibolite bordant la rive
gauche de Manambovo ; b) dyke d'amphibolite recoupant le leucogneiss
granitoïde ; c) dyke d'amphibolite boudiné et altéré
en «pelure d'oignon» ; d) dessin interprétatif
présentant la
structuration des boudins (Harempahasoavana, 2018).
27
Figure 13. Affleurement de : a) leucogneiss migmatitique ; b)
mylonite
(Harempahasoavana, 2018). 28
Figure 14. Quartzite intercalé ave un dyke basique
(Harempahasoavana, 2018). _____ 29
vi
Figure 15. Micaschiste à saphirine et
à kornérupine encaissé dans le paragneiss à
cordiérite (Harempahasoavana, 2018). 30
Figure 16. Affleurement de leucogneiss
à cordiérite et à biotite (Harempahasoavana,
2018). 34
Figure 17. Image satellitaire filtrée
de la région d'étude montrant les principaux
linéaments (Landsat, 2014). 36
Figure 18. Carte des affleurements de la
région de Taivo montrant les 9 coupes effectuées
(Harempahasoavana, 2018). 38
Figure 19. Indicateurs cinématiques
sénestres visibles sur le terrain : a) veine quartzo-
feldspathique déformée ; b) veine de quartz
sénéstralement déformé ; c) veine de quartz
indiquant un sens de cisaillement sénestre (Harempahasoavana, 2018).
39
Figure 20. Porphyre de K-feldspath de type
ä dans le paragneiss à biotite mettant en évidence un
cisaillement de sens senestre (Harempahasoavana, 2018). ______ 40
Figure 21. Profils géologiques 1-1',
2-2' et 3-3' effectués dans la partie Nord de la zone d'étude
avec leurs projections stéréographiques et rosaces
directionnelles
respectives (Harempahasoavana, 2018). 41
Figure 22. Profils géologiques 4-4'
(a), 5-5' (b) et 6-6' (c)
effectués dans la partie centre de notre zone d'étude avec leurs
projections stéréographiques et rosaces
directionnelles respectives (Harempahasoavana, 2018). 42
Figure 23. Mise en évidence de plis
légèrement en accordéon dans le leucogneiss
granitoïde
(Harempahasoavana, 2018). 43
Figure 24. Affleurement de :
a) leucogneiss cisaillé sénéstralement
dans l'orthogneiss à biotite ; b) paragneiss
cisaillé montrant une structure caractéristique observable dans
une zone cisaillante de sens sénestre (Harempahasoavana, 2018). ______
44
Figure 25. Profil géologique de coupes
7-7', 8-8' et 9-9' effectuées dans la partie Sud avec leurs projections
stéréographiques et rosaces directionnelles respectives
(Harempahasoavana, 2018). 45
Figure 26. a) projection
stéréographique de foliations ; b)
densité des pôles de foliations et c) rosace
directionnelle de mesure de l'ensemble des foliations de la zone
d'étude
(Harempahasoavana, 2018). 47
Figure 27. Esquisse structurale de la zone
d'étude : Taivo, établie à partir des mesures
structurales des affleurements (Harempahasoavana, 2018).
49
Figure 28. Esquisse géologique de la
zone d'étude établie à partir des données issues de
la
campagne cartographique (Harempahasoavana, 2018). 50
Figure 29. Principaux gisements des
minéraux rares dans le Précambrien Sud de
Madagascar (Razakamanana, 1999). 51
vii
Figure 30. Localisation des principaux
gisements importants de Tsiombe
(Harempahasoavana, 2018). 52
Figure 31. Quelques photos de ressources
minérales aux environs de Tsiombe : a) diopsidite
à phlogopite d'Ankaboa ; b) apatite et grenat
d'Antsiriry ; c) cordiérite d'Ankarandoha et d)
kornérupine de Taivo. (Ibrahim, 2018 ; Botoufafa, 2018 ;
Harempahasoavana, 2018). 53
Figure 32. Les ressources minérales de
Taivo : a) Kornérupine ou Prismatine ;
b)
Cordiérite ; c) Grenat ; d)
Apatite. (Harempahasoavana, 2018). 55
Figure 33. a) carrière de
cordiérite et grenat de Besolohotse ; b) paragneiss
à cordiérite (Crd) et grenat (Grt)
; c) cristaux de grenat almandin
(Harempahasoavana,
2018). 56
Figure 34. Localisation des gîtes de
saphirine et kornérupine de Taivo : a)
modélisation numérique 2D ; b)
modélisation numérique 3D (Harempahasoavana, 2018). _
57
Figure 35. Affleurement de la roche à
saphirine interstratifiée dans le paragneiss à cordiérite
: a) vue d'ensemble de la roche à saphirine ;
b) cristaux de saphirine et kornérupine bien
développés dans le micaschiste (Harempahasoavana, 2018). 59
Figure 36. Présentation du
Gîte_1 : a) affleurement de micaschiste à
saphirine et à kornérupine ; b) carte
conceptualisée de la lentille de saphirine ; c) coupes
montrant la structure du gisement suivant NW-SE (Harempahasoavana, 2018).
60
Figure 37. Présentation du
gîte_2 : a) puits d'exploitation de cordiérite ;
b) détail de la paroi SW du gîte
(Harempahasoavana, 2018). Crd - cordiérite ;
Krn - kornérupine ; Phl - phlogopite ;
Sa - saphirine ; Vqtz - veine quartzo-
feldspathique. 60
Figure 38. Coupe géologique
simplifiée de la paroi du gîte_2 suivant la direction NW-SE
(Harempahasoavana, 2018) 61
Figure 39. Quelques échantillons de
roches à saphirine et kornérupine de Taivo : a)
affleurement de micaschiste à Krn-En ; b) beau
cristal de kornérupine dite prismatine, 17 cm de long dans le
micaschiste à phlogopite (Harempahasoavana, 2018). En -
enstatite ; Krn - kornérupine ; Phl -
phlogopite ; Sa - saphirine. 62
Figure 40. Veine de quartz indiquant un
mouvement sénestre dans le paragneiss à
cordiérite (Harempahasoavana, 2018). 63
Figure 41. Esquisse structurale du gisement de
saphirine-kornérupine de Taivo
(Harempahasoavana, 2018). 64
Figure 42. Coupe schématique A-B
traversant le gisement de saphirine-kornérupine, où
l'on montre le chevauchement vers l'Est (Harempahasoavana, 2018).
64
viii
Liste des tableaux
Tableau 1. Synthèse des différents concepts du
Précambrien Sud de Madagascar
(Randriatsitohaina, 2015). 7
Tableau 2. Tableau synoptique de la composition modale des
affleurements de la zone
d'étude (Harempahasoavana, 2018). 31
Tableau 3. Répartition de l'orientation des
linéaments et rosace directionnelle montrant
la distribution linéamentaire (Harempahasoavana, 2018).
37
Tableau 4. Tableau récapitulatif des principaux
gisements de Tsiombe
(Harempahasoavana, 2018). 53
Tableau 5. Coordonnées géographiques en UTM du
gisement de saphirine et kornérupine
de Taivo (Harempahasoavana, 2018). 56
ix
Liste des acronymes
2D - Deux Dimensions
3D - Trois Dimensions
ACP - Analyse de Composante Principale
BD500 - Base de Données au 1/500 000
|
BP Bt Crd
|
- Basse Pression
- Biotite
- Cordierite
|
|
Diop - Diopside
EAO - East African Orogen
En - Enstatite
ENVI ETM+ FTM
|
- Environment for Visualizing Images
- Enhanced Thematic Mapper Plus
- Foiben-Taotsaritanin'i Madagasikara
|
|
GPS - Global Positioning System
Grt Hb HT
|
- Grenat
- Hornblende
- Haute Température
|
|
K-fs - Feldspath potassique
Krn - Kornérupine
Ma - Million d'années
PGRM - Project de Gouvernance des Ressources
Minérales
Phl - Phlogopite
Qtz - Quartz
Sa - Saphirine
-
SIG
Système d'Information Géographique
UTM - Universal Transverse Mercator
WGS 84 - World Geodetic System of 1984
ZCB - Zone Cisaillante de Betroka
ZCT - Zone Cisaillante de Tsiombe
1
Introduction
1. Madagascar et Gondwana
Madagascar faisait partie du grand Gondwana (Tilghman et
al., 2005 ; Dirkx et al., 2016) et occupe une position centrale
dans le Gondwana, entre l'Afrique et l'Inde (Fig. 1) (Cox et al., 2004
; Thomas et al., 2009 ; Jöns et al., 2011). Cette
position clé lui attribue un grand rôle pour la restitution du
Gondwana (Meert et al., 2002 ; Tucker et al., 2010),
notamment sur l'étude tectonique, géologie structurale,
pétrologie, minéralogie et géochronologie. Le terme
Gondwana représente le supercontinent qui se formait environ 550 Ma
(Kusky et al., 2003 ; Fergusson et al., 2009). L'Afrique,
l'Arabie et l'Amérique du Sud constituent le Gondwana Ouest (Neubauer
et al., 2014) et le Gondwana Est est constitué par Australie,
Est Antarctique, Inde, Madagascar et Sri Lanka (Fig. 1). Madagascar est l'un de
fragment clé dans le Gondwana Est (Rekha et al., 2014).

Figure 1. Reconstitution du Gondwana avec la position de
Madagascar au centre du Gondwana et l'East African Orogen (EAO) (modifié
selon Kusky et al., 2003).
2
La subduction et la collision entre le Gondwana Est et le
Gondwana Ouest (750-634 Ma, Beyth et al., 2003) favorisent la mise en
place de l'Orogenèse Est Africaine ou OEA. L'OEA est l'une de plus large
zone de collision qui s'étend de l'Arabie, Afrique de l'Est, Madagascar
et Antarctique (Fritz et al., 2009 ; Beyth al., 2003) (Fig.
1). La présence de la ceinture orogénique Pan-Africaine à
Madagascar démontre la connexion entre l'Afrique et l'Inde pendant le
Néoprotérozoïque (Piqué, 1999). Pendant
l'orogenèse Pan-Africaine : 500-700 Ma (Cenki et al., 2004),
Madagascar s'était accolé à l'Inde, au Sri Lanka et
à l'Antarctique (Collins and Windley, 2002 ; Sundaralingam et al.,
2012) du Précambrien au Crétacé supérieur
(Gibbons et al., 2013), puis se glisse vers le Sud suivant la faille
de Davie (Piqué, 1999 ; Dirkx et al., 2016). Ces terrains
partagent la même histoire du point de vue tectonique et
tectonométamorphique (de Wit et al., 2001). Madagascar se
sépare avec le Sri Lanka, l'Inde, les Seychelles et l'Afrique à
la fin du Crétacé (~90 Ma, Goncalves, 2004). L'ouverture du canal
de Mozambique marque la séparation de Madagascar avec le Gondwana
occidentale, et l'ouverture de l'Océan Indien à la fin du
Crétacé (Torsvik et al., 1998 ; Ratheesh-Kumar et
al., 2014) marque son détachement avec l'Inde ; et évolue
jusqu'à sa position actuelle. À Madagascar, le volcanisme du
crétacé témoigne cette séparation (Torsvik et
al., 2000).
2. Aperçu de la géologie de Madagascar
La géologie de Madagascar se divise en deux
entités principales : le socle cristallin et les formations
sédimentaires. Le socle cristallin occupe les deux tiers Est de la
Grande Ile et le tiers Ouest est recouvert par de couvertures
sédimentaires (Fig. 3). Les roches du socle sont très
plissées. Les terrains sédimentaires, au contraire, n'ont subi
aucune action orogénique notable. Ils se sont déposés
régulièrement et inclinés faiblement vers le canal de
Mozambique (Besairie, 1946). Quelques formations volcaniques récentes
sont aussi présentes dans ces deux ensembles géologiques : le
volcanisme du Crétacé et le volcanisme du Tertiaire à
Actuel.
2.1 Socle précambrien de Madagascar
Le socle cristallin malagasy est à dominance de
paragneiss précambriens, à granites intrusifs, sur lequel
reposent en discordance des séries métamorphiques ayant subi une
orogénèse intense. Le socle précambrien, fortement
déformé et métamorphisé (Cox et al.,
1998), est affecté par l'orogenèse Pan-Africain
(Razakamanana 1999 ; de Wit, 2003). Plusieurs unités tectoniques
constituent les terrains précambriens desquelles les roches
3
partagent une histoire commune (Collins and Windley, 2002). Le
Précambrien de Madagascar est divisé en 3 superdomaines : Sud,
Centre et Nord (Windley et al., 1994 ; PGRM, 2012 ; Tucker et al.,
2014) par la zone de grande déformation senestre de Ranotsara de
direction NW-SE (Fig. 2). La partie Sud est prédominée par de
paragneiss et schistes d'âge Protérozoïque, puis
métamorphisé en faciès amphibolite et granulite (Ackermand
et al., 1989). Les parties situées au Nord de Ranotsara sont
dominées par des formations Archéennes et fortement
remaniées pendant le Néoprotérozoïque (Tucker et
al., 1999).
2.2 Formations sédimentaires
La séparation de Madagascar avec l'Afrique a
provoqué des subsidences tectoniques le long de la marge continentale
passive bordant la partie occidentale du socle et a favorisé la
formation des bassins sédimentaires. La couverture sédimentaire
forme une large bande suivant la côte Ouest. Elle couvre le 1/3 de la
partie occidentale de l'Île (Fig. 2). Quelques lambeaux des formations
sédimentaires très peu étendus sont aussi
mentionnées sur la côte Est (Besairie, 1946, 1973 ; PGRM, 2012).
Les formations sédimentaires reposent en discordance sur le socle
cristallin. Ces sédiments ont été déposés
depuis la fin du Paléozoïque et pendant tout le
Mésozoïque (Rakotondraompiana et al., 1999 ; Rajaomazava,
1992). À part ces formations sédimentaires d'âge
paléozoïque, la mise en place de quelques formations volcaniques
est également observée durant le Crétacé
supérieur (Torsvik et al., 2000) dans le bassin
sédimentaire malagasy.
Les séries sédimentaires, d'âge
Carbonifère à Actuel, se répartissent principalement dans
3 bassins qui sont dans l'ordre décroissant d'importance en superficie :
le bassin de Morondava au Sud-Ouest, c'est le plus grand bassin
sédimentaire de Madagascar, le bassin de Mahajanga couvrant la
côte Nord-Ouest de l'île et le bassin d'Antsiranana, dans
l'extrême Nord de Madagascar. Ces trois bassins ont une structure
monoclinale avec un pendage général des formations vers l'Ouest.
Les principaux accidents dans les bassins sédimentaires malagasy
montrent l'importance de la tectonique cassante. La série
sédimentaire s'étend du Karroo (Carbonifère
Supérieur-Jurassique) à actuel (Besairie, 1946, 1873 ;
Rajaomazava, 1992 ; Piqué, 1999). Le Karroo désigne l'ensemble
des dépôts continentaux, composé du groupe de la Sakoa
(Carbonifère supérieur), groupe de la Sakamena (Permien) et
groupe de l'Isalo (Trias-Jurassique). Le post-Karroo regroupe l'ensemble de
sédimentation d'origine marine qui s'étend du Jurassique au
Quaternaire. Il se développe vers l'Ouest parallèlement aux
formations Karroo.


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Figure 2. Carte géologique de Madagascar (modifiée
selon PGRM, 2012).
5
3. Synthèse du socle Précambrien Sud
La structure tectonique du Précambrien du Sud de
Madagascar se caractérise par la présence de plusieurs zones de
cisaillement majeures. Parmi ces structures, la zone de cisaillement de
Ranotsara (Fig. 2) constitue l'élément structural le plus
marquant. Elle présente une orientation générale NW-SE et
joue un rôle essentiel dans l'organisation tectonique régionale.
D'autres zones de cisaillement, situées au Sud de Ranotsara, montrent
une orientation dominante N-S (Windley et al., 1994). L'ensemble des
formations précambriennes du Sud malagasy a subi un métamorphisme
de haut grade, avec des conditions de températures extrêmement
élevées, caractéristiques des niveaux profonds de la
croûte continentale (Ackermand et al., 1991 ; Collins et
al., 2012).
Le socle précambrien du Sud de Madagascar a fait
l'objet de nombreuses études géologiques, qui proposent des
interprétations variées de sa subdivision lithologique,
tectonique et métamorphique. Cette diversité d'approches
reflète la complexité du socle malagasy et l'évolution des
concepts appliqués à son interprétation (Tab. 1 ;
Randriatsitohaina, 2015). Les différents modèles
proposés reposent sur des critères distincts, tels que la
lithologie, la stratigraphie, la structuration tectonique, les conditions
métamorphiques et les données géochronologiques.
La première synthèse d'envergure sur la
lithostratigraphie du socle malagasy est attribuée à Besairie
(1973), reprise et discutée par Emmel et al., (2008). Besairie
subdivise le Sud de Madagascar en trois grands systèmes : le
système Androyen, le système du Graphite et le système de
Vohibory. Le système Androyen regroupe notamment les ensembles de
Fort-Dauphin, Tranomaro et Ampandrandava. Cette classification repose
principalement sur des critères stratigraphiques et lithologiques, sans
intégrer de manière explicite les relations tectoniques
régionales.
Une évolution majeure dans la compréhension du
socle précambrien du Sud malagasy est proposée par Windley et
al., (1994), qui introduisent une subdivision en six ceintures
tectono-métamorphiques distinctes : la ceinture de Vohibory, la ceinture
cisaillante dextre d'Ampanihy, la ceinture de Bekily, la ceinture cisaillante
sénestre de Betroka, la ceinture de Tranomaro et la ceinture de
Fort-Dauphin-Anosyen. Cette organisation tectonique concerne l'ensemble du
Précambrien situé au Sud de la ligne majeure Bongolava- Ranotsara
et met en évidence le rôle structurant des zones de cisaillement
dans l'architecture géodynamique du socle (Windley et al.,
1994). Dans ce cadre, trois grands blocs tectono-métamorphiques
sont individualisés : Vohibory, Bekily et Tranomaro. Ces
6
blocs sont séparés par des zones de cisaillement
subverticales majeures, à savoir les zones d'Ampanihy, de Betroka et de
Fort-Dauphin (Windley et al., 1994 ; Razakamanana, 1999).
Une approche plus récente est proposée par le
Projet de Gouvernance des Ressources Minérales (PGRM, 2008 ; 2012), qui
subdivise le Sud de Madagascar en trois grands domaines géologiques : le
domaine de Vohibory, le domaine Androyen et le domaine Anosyen (Fig.
2). Ces domaines sont séparés par des zones de
cisaillement d'importance régionale. Cette subdivision repose sur une
combinaison de critères géochronologiques, tectoniques et
métamorphiques.
Le domaine Androyen (PGRM, 2008 ; 2012), désigné
auparavant sous le nom de bloc composite de Bekily (Windley et al.,
1994 ; Razakamanana, 1999), correspond à un ancien socle
essentiellement constitué de paragneiss. Ce domaine se
caractérise par un métamorphisme de haut grade (Ackermand et
al., 1991 ; Collins, 2006), avec des conditions variant du faciès
granulite au faciès amphibolite supérieur. Les assemblages
lithologiques montrent une prédominance de gneiss rubanés, des
leptynites à cordiérite et grenat, des diopsidites et des
amphibolites, qui constituent des marqueurs caractéristiques du domaine
Androyen (Nicollet, 1985).
Selon la subdivision adoptée par le PGRM (2008 ; 2012),
le domaine Androyen se divise en deux groupes principaux : le groupe d'Imaloto
et le groupe de Mangoky. La zone d'étude considérée dans
le cadre de ce travail appartient au groupe d'Imaloto (Fig.
5). Les caractéristiques lithologiques, structurales et
métamorphiques observées dans ce groupe témoignent
l'évolution tectonométamorphique du Précambrien du Sud de
Madagascar.
7
Tableau 1. Synthèse des différents
concepts du Précambrien Sud de Madagascar (Randriatsitohaina, 2015).
|
Besairie (1973) et Hottin (1976)
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SYSTÈMES
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|
Vohibory
|
Ampanihy
|
Androyen
|
|
Ampandrandava Tranomaro Fort-Dauphin
|
|
Windley et al. (1990, 1994) ; Collins et al.,
2012
|
CEINTURES
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Vohibory Ampanihy Bekily Betroka Tranomaro Fort-Dauphin
|
|
Principales lithologies
|
exemples : Jöns (2006) ; GAF/BGR (2008) ;
Roïg (2011) ; Rakotovao et al 2014 ; Tucker et
al., 2014
|
DOMAINES
|
|
Vohibory
|
Androyen
|
Anosyen
|
|
Groupe de Gogogogo: gneiss quartzo-feldspathique
d'origine
|
Groupe d'Imaloto: gneiss
quarzto-feldspathique
|
à Grt#177;Sill-Opx, sill à composition rhyolitique
; psammopélitique à pélitique grt-sill (#177;bt);
paragneiss graphiteux à Opx, paragneiss à bt, grt, à
px-hb; marbre impur à minéraux quartzo-feldspathique
; orthogneiss granitique ; granites alcalins felsiques
|
Groupe de Tranomaro: paragneiss
|
à silicate calcique ; paragneiss
métapélitique rubané psammitique migmatitique à
Bt+Grt#177;Hb
paragneiss quartzo-feldspathique ; orthogneiss
quartzo- basique (métagabbro)
siliciclastiques et carbonatées et roches volcaniques
gabbroique à dioritique ; orthogneiss tonalitique
à
|
|
rhyolitique
Groupe de Mahafaly: ultramétabasite,
métabasite amphibolitisée,
|
gneiss quartzo-feldspathique à Groupe de Mangoky:
paragneiss
|
à Mag+Crd#177;Opx ; paragneiss
Groupe de Tôlanaro:
|
|
talcschiste,
Groupe de Linta: gneiss psammitique à
Bt+Grt+Hb+Cpx et
|
migmatitique à bt, bt-hb, bt-grt, et à bt+sill,
gneiss basique graphiteux gneiss basiques `intermédiaire
calco-silicatés ; quartzite ; orthogneiss Suite d'Ankiliabo:
Anorthosite-leuconorite
|
feldspathique ; orthogneiss
Gpe Iakora : roches sédimentaires
felsiques
Suite de Dabolava: orthogneiss
|
|
paragneiss à silicates calciques ;
Suite de Vohitany: péridotites, marbres
à silicate calciques,
|
|
amphibolites à Cor,
Groupe d'Ianapera : granites, syénites
à Cor et granodiorites,
|
Granitique
|
|
péridotite, orthopyroxénite, gabbro,
|
|
gneiss granitoïdes, amphibolite-pyroxenite, marbres,
quartzite,
paragneiss hypo-Al , lentilles sporadiques de
serpentinites, métagabbro, métatroctolite
Suite de Marosavoa: orthogneiss granitique.
Tonalite-trondhjemite-
|
|
granodiorite (TTG)
|
|
Age des protolites
|
séquence métasédimentaire de Vohibory
(910-750 Ma),
protolites basaltiques et sédimentaires
Linta-Mahafaly-Gogogogo (850-650 Ma)
|
source terrains à graphite d'âge
Paléoprotérozoïque (2300-1800 Ma)
séquence métasédimentaire dominante
d'Imaloto Mésoprotérozoïque (1780 -1100 Ma)
séquence basique et sédimentaire androyenne du
fini- Paleoproterozoic au Cambrien (1830-530 Ma)
|
séquence volcano-sédimentaires (2400-1600
Ma)
|
|
Magmatisme
|
exemples : de Wit et al., 2001 ; Jöns
(2006) ; Emmel et al., 2008 ; GAF AG-BGR (2008a,b) ;
Rakotovao et al, 2014 ; Tucker et al., 2014
|
volcanisme (850-700 Ma) ie pic : 800 Ma
magmatisme syntectonque de Marosavoa (670-640 Ma
magmatisme filonien (628-604 Ma ; 565 Ma )
magmatisme felsique tardi à post-collisionel (563
Ma - 518Ma)
|
magmatisme d'arc intrusif d'Ankiliabo (1000-900 Ma)
magmatisme acide d'Ambalavao pré-à
syn-collisionnels (607-570 Ma)
magmatisme alcalin d'Ianakafy (550-500 Ma)
|
quartzofeldspathic gneisses of felsic volcanic origin
(1840- 1680 Ga)
magmatisme basique à acide type arc continental
Imorona-Itsindro (840-700 Ma) magmatisme acide d'Ambalavao
(545-510 Ma)
|
|
Métamorphisme
|
exemples : Moine et al., 1985; Nicollet, 1985;
Kröner et al 1996, 1997, 1999 ; Jöns, 2006 ; Raith et
al., 2008; Jöns and Schenk, 2008; Emmel et al., 2008 ; GAF
AG-BGR, 2008b ; Jöns and Schenk, 2011; Boger et al., 2012 ;
Collins et al. 2012 ; Rakotovao et al, 2014 ;
|
BT à TM
M1 pic du métamorphisme HP (673 #177; 11 Ma, 640
-605 Ma)
M2 métamorphisme rétrograde 570 Ma
|
TM à HT
M1 pic du métamorphisme HT (620 et 600 Ma)
M2 métamorphisme rétrograde (TM 580-530
Ma)
|
TM à UHT
M1 pic du métamorphisme HT (620 et 600 Ma)
M2 métamorphisme granulite rétrograde (TM
580-510 Ma)
|
|
Razakamanana (1999)
|
Schiste vert- Amphibolite-granulite HP
|
Amphibolite
|
Amphibolite-Granulite MP
|
Amphibolite-granulite
|
Granulite
|
|
Déformation
|
exemples : Martelat et al., 2000 ; de Wit, 2001 ;
GAF/BGR, 2008
|
D1 déformation et métamorphisme de
haut-grade (665 #177; 12 Ma),
D2 déformation et métamorphisme
(620 Ma-600 Ma).
|
D1 590- 515 Ma
D2 540-520 Ma
|
D1 650? 26 Ma -
D2 600 - 530 Ma,
D3 543? 28 Ma
|
D1 590 - 530 Ma
D2 500 - 490 Ma
|
D1 590- 515 Ma
D2 520 Ma
|
D1 600 - 535 Ma,
D2 529 Ma
|
|
Structure
|
Razakamanana(1999)
|
dôme et bassin, Zone de chevauchement et zone de suture,
Ianapera-Ampanihy Suture
Collision 640-610 M
|
zone de cisaillement
|
nappe de charriage, dôme et bassin, zone extensive
Collision C-C
|
zone de cisaillement
|
dôme et bassin Collision C-C
|
nappe chevauchante, structure en fleur Collision C-C
|
|
Contexte tectonique
|
exemples : Jöns and Schenk, 2008 ; Brown et al.,
2011 ; Boger et al., 2014 ; Rakotovao et al, 2014
|
Océan de Mozambique du Néoprotérozoïque
Ride médio-océanique, Bassin arrière arc, Arc insulaire
(670 Ma-630 Ma)
|
|
marge passive à avant-arc volcano-sedimentaire
bassin des marges continentales extensives entre l'océan
occidental en face de la marge du Craton Indo-Antarctique
|
|
Razakamanana(1999)
|
Arc volcanique ou bassin volcanique
|
Ancienne marge continentale passive + rift volcanique
|
Ancienne marge continentale passive
|
Rift continental et plateforme de granite orogénique
|
|
Modèle d'évolution
|
exemples : Roïg (2012) ; Tucker (2012)
; Tucker et al, 2014
|
domaines Androyen-Anosyen = terrane continental du Paleo
protérozoique (2.0-1.78 Ga) accrétionné vers la
marge sud du Craton Dharwar (>1.6 Ga), et rajeuni entre 1.03-0.93
Ga avec formation du domaine d'Ikalamavony Zone d'accrétion
cryogénienne de Gondwana est - Gondwana ouest (630-600 Ma);
Nappe de direction est ; Bassin d'inversion
|
8
4. Organisation du manuscrit
La région de Tsiombe, dans laquelle appartient notre
zone d'étude, est encore peu étudiée gîtologiquement
par les chercheurs. La plupart des auteurs se concentrent surtout dans la
partie Nord de la région. Cette étude a été faite
pour contribuer à l'enrichissement des données géologiques
ainsi que gîtologiques régionales. Elle se base sur l'observation
macroscopique, échantillonnage et mesures des foliations afin d'obtenir
une vue d'ensemble du contexte géologique du gisement.
Le présent travail, intitulé «
Études géostructurales et gîtologiques du gisement
de saphirine et kornérupine de Taivo-Tsiombe, Domaine androyen, Sud de
Madagascar », a été entrepris dans le but
d'actualiser les informations concernant les données géologiques
et gîtologiques régionales et aussi d'apporter des aides pour la
compréhension de la structure régionale. L'objectif principal de
ce mémoire est de réaliser la cartographie structurale et
géologique d'une zone de 12 km2 située à 4 km
à l'Ouest de Tsiombe. La méthodologie de travail que nous avons
adoptée pour mener cette étude sont: la bibliographie et
documentation, la télédétection, les travaux sur terrain,
l'exploitation des résultats et des données obtenus pour la
rédaction du manuscrit.
Pour mener à bien ce travail et faciliter sa bonne
compréhension, le plan suivant sera mis en oeuvre :
Le chapitre I de l'ouvrage présentera
la zone d'étude, son contexte géographique, géologique et
explicitera le choix du sujet et l'objectif de l'étude.
Le chapitre II précisera les
matériels utilisés et les méthodologies adoptées,
une brève description des principaux les matériels et les
méthodes employées aussi bien sur le terrain qu'au
laboratoire.
Le chapitre III révèlera les
résultats obtenus et interprétations sur le plan lithologique,
structural et gîtologique de la région.
Le chapitre IV sera consacré à
la discussion des résultats obtenus sur la lithologie et
déformations observables sur terrain, l'évolution structurale et
tectonométamorphique, la minéralisation en
saphirine-kornérupine de Taivo.
Le travail s'achève par une conclusion où nous
résumons les grands traits de nos fruits de recherches
accompagnées des certaines recommandations.
9
Chapitre I
Présentation de la zone d'étude
I.1 Situation géographique
Le district de Tsiombe est parmi l'un de district de la
région Androy au Sud de Madagascar, entre le district de Beloha à
l'Ouest et le district d'Ambovombe à l'Est (Fig. 3). Il se situe
à 456 km au Sud-Est de Toliara et 63 km à l'Ouest d'Ambovombe
Androy. La zone d'étude, Taivo, se localise à 4 km Nord-Ouest de
la ville de Tsiombe et couvrant une superficie de 12 km2, soit 4 x 3
km.

Figure 3. Carte de situation administrative de notre zone
d'étude : Taivo (BD 500 FTM, Harempahasoavana, 2018).
Le régime climatique est subaride à longue
saison sèche avec alternance de deux saisons bien marquées : la
saison de pluie entre Décembre-Mars et la saison sèche du mois
d'avril au novembre. La température moyenne est plus
élevée que celui des Hautes Terres.
10
La région d'étude présente un relief
légèrement marqué à altitude oscillant entre 50
à 100 m, entaillée par des réseaux hydrographiques
temporaires. La principale hydrographie est celle du Manambovo avec quelques
affluents. Ce fleuve prend sa source au nord d'Antanimora, dans la
pénéplaine de l'Androy. Sa direction est grossièrement
Nord-Sud. C'est un cours d'eau temporaire (Fig. 4a et 4b). Il n'y a
pratiquement pas d'écoulement superficiel durant la saison sèche
de sept à huit mois environ (Chaperon et al., 1993). Au moment
de la crue, ce fleuve est parfois difficile à franchir.

Figure 4. Photos : a) lit du fleuve de Manambovo pendant la
saison sèche ; b) Manambovo au moment de la crue ; c et d)
végétation rencontrée à Taivo (Harempahasoavana,
2018).
Le secteur étudié est plus ou moins couvert par
une végétation typique des régions chaudes et
sèches, caractérisée par des plantes épineuses
xérophytiques. La végétation la plus dominante est
représentée par : le Famata ou Euphorbia stenoclada, le
Fantsiolotra ou Alluaudia procera, le Raketa ou Opuntia ficus
indica (Fig. 4c et 4d). La présence de baobab ou Adansonia
za est également signalée.
I.2 Situation géologique
Notre zone d'étude, Taivo-Tsiombe, se trouve dans le
domaine Androyen, à l'extrémité Sud de la zone cisaillante
de Betroka (ZCB). Plus précisément, elle se situe à la
marge occidentale de ZCB (Fig. 5).
11
I.2.1 Domaine Androyen
Le domaine Androyen est limité à l'Ouest par la
zone cisaillante d'Ampanihy (ZCA) et à l'Est par la zone cisaillante de
Betroka. Il est composé principalement par des roches du faciès
granulite et amphibolite (Raharimahefa et al., 2013). Du point de vue
lithologique, le domaine est dominé par du paragneiss à
cordiérite, sillimanite, grenat et biotite, parfois intrudé par
des formations acides. La minéralisation riche en bore comme tourmaline,
saphirine, kornérupine, grandidiérite, serendibite et sinhalite
est caractéristique de ce domaine (Razafiniparany et al., 1989
; Ackermand et al., 1991 ; Razakamanana, 1999).
Le domaine est subdivisé en deux groupes : Mangoky et
Imaloto. Les gneiss psammitiques, orthogneiss quartzo-feldspathiques,
paragneiss migmatitiques et gneiss basiques sont fréquents dans le
groupe de Mangoky et les gneiss quartzo-feldspathiques constituent le groupe
d'Imaloto (GAF/AG et BGR, 2008). En considérant cette subdivision, notre
zone d'étude se trouve dans le groupe d'Imaloto.
La structure du domaine Androyen est complexement
plissée suivant la foliation subméridienne NNE-SSW et de pendage
vers l'Ouest. D'une manière générale, la linéation
minérale plonge faiblement vers le NNE.
I.2.2 Zone cisaillante de Betroka
La zone cisaillante de Betroka (Windley et al., 1994)
ou zone cisaillante de Beraketa (Martelat et al., 2000) ou zone
cisaillante de Voronkafotra (Rolin 1991 in de Wit et al.,
2001) est un linéament de 5 à 10 km de large (GAF/AG et BGR,
2008) et forme la limite entre les domaines Androyen et Anosyen. Cette zone
appartient au Système Androyen (Besairie, 1946). La ZCB est
principalement formée par des paragneiss migmatitiques
intercalées par des phlogopite-humite-diopside-marbre à spinelle,
sillimanite-quartzite à grenat et leucogranite syntectonique (Windley
et al., 1994 ; Razakamanana et al., 2000).
I.2.3 Cadre géologique régionale
La majeure partie du terrain est recouverte par des roches
métamorphiques avec quelques formations sédimentaires
superficielles. Les formations géologiques de Tsiombe appartiennent aux
formations du groupe de Mafilefy selon Besairie (1948) et groupe d'Imaloto
selon GAF/AG et BGR (2008). Ce groupe s'allonge dans le Sud-Androy avec de
leptynites à grenat ou leucogneiss à grenat, des intercalations
d'amphibolites à hypersthène et des pyroxénites (Fig. 6)
souvent minéralisées en phlogopite.

12
Figure 5. Extrait de la carte
géologique de Madagascar au 1/1 000 000 montrant les principaux domaines
de la partie Sud de Madagascar (Modifiée selon Windley et al.,
1994 ; Razakamanana, 1999 ; GAF/BGR, 2008). D Vh -
Domaine de Vohibory ; D Ad - Domaine Androyen ; D An
- Domaine Anosyen ; ZCA - Zone Cisaillante d'Ampanihy
; ZCB - Zone Cisaillante de Betroka.
13
D'une manière générale, les principales
structures sont plus ou moins parallèles à celui de la zone
cisaillante de Betroka. Au centre, les lignes structurales s'orientent
sensiblement suivant la direction NNE-SSW avec plongement vers le NW. La partie
orientale est marquée par le dôme d'Ankaboa et le dôme
d'Antsiriry au Nord-Ouest qui sont des méga-indicateurs
cinématiques importants (Fig. 6). Les leptynites ou
leucogneiss granitoïdes sont plus fréquents et marquent la
direction Nord-Sud de la foliation régionale.

Figure 6. Carte géologique de Tsiombe
localisant la zone d'étude, extraite de la feuille I63- J63, Tsiombe -
Ambondro - Erada (Besairie, 1974) vectorisé par l'auteur.
Les grandes formations géologiques rencontrées dans
la région sont les suivantes :
4 Roches métamorphiques et intrusives
Elles constituent la majeure partie de la zone
d'étude, avec orientation générale des foliations suivant
l'axe Nord-Sud. Les roches métamorphiques sont dominées par des
leptynites, quartzites, amphibolites et lentille des pyroxénites. Au
Nord-Est du dôme
14
d'Ankaboa (Fig. 6), le paragneiss à sillimanite y
domine. À Tsiombe, la lithologie est dominée par des paragneiss
à cordiérite et à grenat, la sillimanite y étant
peu représentée. À l'Ouest de la ville, vers la
région de Taivo, le paragneiss à cordiérite et à
grenat, peu ou pas de sillimanite est fréquent. Les formations
intrusives sont représentées par des granites stratoïdes.
4 Formations superficielles
Les alluvions et les latérites représentent les
formations superficielles. Les formations alluvionnaires occupent surtout le
lit d'écoulement du fleuve de Manambovo. Elles sont
aménagées en zone de culture le long de deux rives. Les
formations latéritiques ou sables roux constituent un recouvrement
superficiel provenant de l'altération du socle. Elles couvrent quelques
affleurements des roches saines et gênent leur observation. Elles sont
constituées par des sols rouges ou bruns dans les zones
pénéplanées.
I.3 Problématique et choix de la zone
d'étude
Plusieurs travaux cartographiques antérieurs ont
été publiés à partir des années 1940, parmi
lesquels sont cités ici quelques-uns des plus importants (Besairie,
1947).
Le service géologique a fait une étude
géologique de la région de Tsiombe et aboutit à
l'établissement d'une carte géologique au 1/200 000 en 1948.
Puis, il publie une carte de synthèse géologique au 1/500 000
d'Ampanihy couvrant la zone de Tsiombe en 1956. En 1969, une carte
photogéologique au 1/100 000 de Tsiombe fut éditée.
Besairie (1974) a révisé la feuille Tsiombe-Ambondro-Erada
(I63-J63) et publie des cartes au 1/100 000. Dans ces ouvrages cartographiques,
quelques grands traits géologiques avec les principales lignes
structurales furent ressortis (Fig. 6).
L'insuffisance des informations structurales sur les cartes
antérieures, l'absence des cartes structurales détaillées
de la zone et le manque d'actualisation des informations géologiques et
structurales de la région de Tsiombe nous ont poussés à
réaliser cette recherche. Les données détaillées
sur les roches à saphirine et à kornérupine de Taivo ne
sont pas mentionnées, malgré l'étude de Randriamananjara
(2007). Quel est le mécanisme responsable de la mise en surface de
saphirine et kornérupine ? Dans quel contexte géologique et
structural se trouve le gisement de saphirine et kornérupine ? Les
analyses des faits sur terrain nous permettraient de fournir des informations
répondant à cette problématique. En effet, les
résultats obtenus permettraient d'établir une base de
données
15
fiables pouvant servir à la réalisation d'un
nouveau modèle cartographique incluant des données lithologiques,
structurales et gîtologiques de la région.
I.4 Objectifs de l'étude
Notre travail vise les objectifs suivants :
- Essayer de mieux comprendre la géologie
régionale, notamment étudier
les différentes formations géologiques, leurs
structures et les déformations qui les ont affectées.
- Étudier les types de roches rencontrées sur
le terrain et les caractéristiques de la minéralisation.
- Déterminer les conditions de formations de roches
ainsi que le contexte géologique responsable de mise en place des
corps minéralisés.
- Faire une étude structurale pour mettre en
évidence le modèle de déformation correspondant
à l'évènement tectonique, autrement dit préciser le
rôle de la tectonique sur la minéralisation rencontrée et
apporter un nouveau point de vue pour une synthèse structurale de la
zone.
- Contribuer à la mise à jour des
données sur les ressources minérales de la région et de
Madagascar. Mettre en valeur ces ressources minérales afin de promouvoir
le développement de la région.
- Établir une esquisse géologique
détaillée de Taivo-Tsiombe à partir des nouvelles
données collectées au cours des travaux de terrain.
16
Chapitre II
Matériels et méthodes
II.1 Matériels
Pour ce travail, les matériels suivants ont
été utilisés lors de la descente sur le terrain selon leur
spécificité :
- Carte topographique et géologique au 1/100 000 de
Tsiombe. Ces cartes nous aident beaucoup sur le terrain durant la campagne
cartographique. Elles sont munies des grilles de coordonnées très
serrées pour faciliter la localisation d'un point ou bien des formations
géologiques, surtout en cas de défaillance du GPS.
- Boussole avec clinomètre pour la mesure de direction
et du pendage des affleurements. Avant d'utiliser la boussole, il faut ajuster
la déclinaison de la boussole à celle de la région pour
que les mesures des foliations soient fiables. La déclinaison est
l'angle entre le méridien magnétique du lieu et le
méridien géographique. Elle varie d'un point à un autre
sur la surface de la Terre, à Tsiombe, elle vaut 23,5° vers
l'Ouest.
- GPS pour bien préciser les coordonnées
géographiques de chaque formation géologique à
étudier et suivre les séquences de positions (waypoints) qui
constituent un itinéraire (track). Le système de projection qu'on
utilise est le WGS 84/UTM Zone 38 Sud. Ce type de projection est plus pratique
en cartographie, car l'unité de la distance est en mètre. Ceci
facilite la localisation des entités géologiques.
- Appareil photo numérique pour visualiser les
affleurements étudiés. Au moins, trois prises pour chaque
affleurement, une photo de loin pour une vue générale, une photo
de près pour représenter les éléments
intéressants et une autre photo encore plus près pour la texture
de détail de la roche. L'utilisation d'une échelle, telle qu'un
marteau ou un marqueur ou un stylo s'avère indispensable.
- Papiers millimétrés pour la cartographie
préliminaire. Toutes les mesures des foliations sont y projetées
immédiatement. À la fin de la campagne cartographique, nous
arrivons déjà à répertorier les variations
lithologiques rencontrées sur terrain et avoir l'ébauche
structurale de la zone.
17
- Carnet de terrain à couverture rigide pour la prise
de note sur terrain. Il est indispensable de noter le maximum des informations
qui vont servir à l'interprétation des données.
- Marteau de géologue pour casser et formater la roche
comme un échantillon représentatif du terrain pour l'étude
au laboratoire. Chaque échantillon est labellisé pour
éviter toute confusion, puis conditionné dans un sac plastique
résistant à l'usure.
- Nous avons aussi utilisé une loupe de grossissement
x10 pour observer les minéraux difficiles à distinguer à
l'oeil nu, des vieux journaux pour emballer les échantillons, un double
décamètre pour mesurer la puissance et la longueur de
l'affleurement.
II.2 Méthodes
Différentes méthodes ont été mises
en oeuvre pour le bon déroulement des travaux afin de produire des
données pertinentes par rapport au sujet. Elles nous permettent
d'obtenir des informations nécessaires pour la compréhension de
ce qui se passe sur le terrain pour en tirer des conclusions.
II.2.1 Recherches bibliographiques et support
cartographique
Comme tous les travaux scientifiques, la méthodologie
est basée sur la documentation. Nous avons consulté des ouvrages
qui ont des rapports étroits au thème de ce mémoire suivi
par une analyse et synthèse des données antérieures. Des
documents, des mémoires, des thèses et des revues scientifiques
ont été consultés pour bien cerner le sujet.
Différents types de cartes ont été
utilisés et traités dans ce travail. Nous avons utilisé
des ouvrages cartographiques de version physique comme la carte
géologique I63-J63 de Besairie (1974) et une carte topographique de la
FTM (1978), feuille I63-Tsiombe. Pour la cartographie numérique, nous
avons utilisé le BD 500 comme support supplémentaire pour le
SIG.
D'autres sources d'information, l'internet, sont aussi
consultées pour la recherche en ligne des données sur les sites
non payants et accessibles. La navigation dans le site web nous a permis de
télécharger des supports bibliographiques et des images
satellites. Cette méthode nous aide à compléter et
actualiser les données recueillies dans les ouvrages antérieurs.
Les bons documents et ouvrages ne sont pas gratuits en
général.
18
II.2.1.1 Carte géologique et topographique
Nous avons à notre disposition deux cartes à
l'échelle de 1/100 000 dont une carte géologique de Besairie et
une carte topographique de la FTM. Sur le terrain, un extrait de la carte
géologique de la feuille I63-J63 Tsiombe-Ambondro-Erada au 1/100 000
(Besairie, 1974) a été utilisé pour la connaissance des
formations existantes (Fig. 6). La carte topographique au 1/100 000 (FTM, 1978)
de la feuille I63 couvrant la zone nous a aidé de se localiser sur le
terrain et d'avoir des idées sur la géomorphologie de la
région (Fig. 7).
Ces cartes ont été utilisées pour
concevoir un modèle géologique et qui fera l'objet
d'identification sur le terrain.

Figure 7. Extrait de la carte topographique au 1/100 000 de la
FTM (1978), le cadre rouge délimite la zone d'étude.
19
La carte des réseaux hydrographiques (Fig.
8) a été établie à partir de la
vectorisation de la carte topographique. Dans l'ensemble de la zone de Tsiombe,
nous avons pu faire sortir le type de réseaux hydrographiques, les
lignes de partage des eaux et les anomalies radiales des réseaux
hydrographiques. La ligne de partage est une ligne imaginaire qui sépare
deux versants, elle passe donc au niveau de la crête. L'anomalie radiale
correspond au point où s'observe une divergence des réseaux
hydrographiques.

Figure 8. Carte des réseaux
hydrographiques de la zone de Tsiombe, vectorisée à partir de la
carte topographique au 1/100 000 de la FTM, montrant les principales lignes de
partage des eaux et les anomalies radiales (Harempahasoavana, 2018).
La morphologie du réseau hydrographique est
contrôlée par la géologie et la tectonique d'une
région donnée. À Tsiombe, le tracé du réseau
hydrographique est dominé par le type dendritique. Les formations
géologiques à dominance de leucogneiss granitoïde, le relief
légèrement marqué et le climat subaride sont favorables
à ce type dendritique. Les réseaux hydrographiques
présentent des anomalies radiales circulaires à elliptiques.
Le
20
dôme d'Ankaboa est bien mis en évidence par la
présence d'une forte anomalie radiale (Fig. 8). Les lignes de partage
des eaux suivent en général la ligne de crête du relief et
sont subparallèles à la direction du cours d'eau. Elles
s'orientent généralement suivant la direction N-S. Nous
remarquons un changement brusque du sens d'écoulement au niveau du
fleuve de Manambovo (WNW-ESE) par rapport à ses affluents. Une
hypothèse probable de ce changement du tracé du cours d'eau peut
être d'origine tectonique.
II.2.1.2 Bases de données : BD500
La base de données à échelle de cinq-cent
millième (1/500.000) ou BD 500 est l'une des données les plus
utilisées dans le domaine de géosciences. Elle est fournie par la
FTM et est constituée par des données numériques ou
données référentielles géographiques pour
Madagascar. Ces sont des données de type vecteur, modifiable selon le
traitement et manipulation.
L'exploitation de la base de données BD 500 nous a
permis à : la localisation de la zone d'étude (Fig. 3), la
réalisation du tracé des réseaux hydrographiques, des
routes et des localités au sein de la région avec les
subdivisions administratives.
II.2.1.3 Images satellites
Les images satellites que nous avons utilisées sont des
images de Landsat ETM+ de l'année 2014 de référence 159
077. Nous avons choisi les 6 bandes présentant la même
résolution de 30 mètres : TM1 - TM2 - TM3 - TM4 - TM5 et TM7. Le
traitement de ces images nous a permis d'analyser et de visualiser les
structures géologiques surtout celles qui sont à l'échelle
kilométrique.
La composition colorée des bandes spectrales 731 (TM7 -
TM3 - TM1) sur le logiciel ENVI 4.7 est très utilisée pour la
discrimination lithologique dans le milieu rocheux (Fig. 9). Après la
composition colorée, des analyses en composante principale (ACP) sont
effectuées à partir des néo-canaux. L'image issue de l'ACP
est ensuite filtrée à l'aide d'un filtre directionnel de type
Sobel, appliqué dans le logiciel ENVI 4.7 selon la direction 0°,
avec une matrice de dimension 5 X 5. À l'issue du filtrage, une image en
niveaux de gris est obtenue (Fig. 10). Celle-ci est ensuite importée
dans le logiciel MapInfo 15.2 afin de procéder au tracé des
linéaments. L'ensemble des structures linéaires est alors
cartographié pour établir la carte linéamentaire (Fig.
17). Nous avons utilisé cette image satellite filtrée pour
l'identification des linéaments. L'application du filtre directionnel
0° avec une matrice 5x5 améliore la perception des
linéaments perçus à partir des
21
composantes principales. L'utilisation des filtres
directionnels nous aide à repérer les différents
éléments structuraux observables sur terrain qui sont similaires
à ceux du tracé hydrographique dans la carte de la figure
8.

Figure 9. Image satellite de composition
colorée 731 localisant la zone d'étude (Landsat, 2014).

F i g . 1 7
Figure 10. Image satellite filtrée de
direction 0° à matrice 5x5 pour le traitement de distribution de
l'orientation des linéaments de la zone d'étude (Landsat
2014).
22
II.2.2 Travaux de terrain
Les travaux de terrain pour la réalisation de ce
mémoire se sont déroulés en deux phases. La
première mission s'est déroulée les mois
d'août-septembre 2016, elle consiste à faire des levés
cartographiques. Au cours de cette campagne cartographique, des collectes de
toutes les informations possibles, des descriptions pétrographiques avec
des échantillonnages et des mesures structurales ont été
faites. La seconde mission exploratoire dans la région a
été entreprise le mois de décembre 2016, consacrée
à l'étude détaillée du gisement de saphirine et de
kornérupine qui fait l'objet d'une attention particulière de ce
mémoire.
II.2.2.1 Collecte des données cartographiques
Sur le terrain, l'échantillonnage des divers types de
roches et la description macroscopique des affleurements ont été
effectués en faisant des mailles de 500 m. Un trajet de 3 km x 9 sur une
surface de 12 km2, soit 4 km de long et 3 km de large a
été parcouru. Nous avons utilisé le système de
coordonnée de référence WGS 84/UTM Zone 38 Sud pour
faciliter le déplacement d'un point à l'autre sur terrain et
aussi pour connaitre la distance entre eux.
Nous avons effectué des mesures des
éléments structuraux (foliations, axes des plis et
linéations) et la description des différents faciès
pétrographiques. Le prélèvement des échantillons
devrait être fait sur la partie saine de la roche pour avoir plus des
informations pétrographiques et il faut bien référencer
les déformations qui les affectent sur place. Plusieurs coupes
géologiques perpendiculaires à la direction des affleurements ont
été réalisées pour bien étudier la variation
lithologique et structurale de la région.
Cette méthode a été adoptée dans
le but d'établir une esquisse structurale et lithologique à
l'échelle de 1/25 000 de la zone.
II.2.2.2 Collecte des données gîtologiques
Elle s'est déroulée pendant la deuxième
mission exploratoire pour une étude détaillée du gisement
de saphirine-kornérupine de Taivo, de reconnaitre toutes variations
pétrographiques locales et ainsi délimiter la zone
minéralisée. Une étude détaillée du gisement
a été réalisée avec des descriptions
détaillées de l'environnement géologique dans lequel se
trouve le gîte de saphirine-kornérupine de Taivo.
23
II.2.3 Traitement des données
Il consiste à faire l'exploitation, l'analyse et
l'interprétation des toutes les données issues du terrain dans le
laboratoire. Dans ce présent mémoire, le traitement des
données en matière de cartographie s'est fait en utilisant les
logiciels suivants : MapInfo, Envi, Stereonet, Rosenet et Surfer.
II.2.3.1 MapInfo Professional 15.2
Le «MapInfo Professional®» est un produit de
marque de Pitney Bowes Software Inc. C'est un outil qui permet d'éditer
des objets de la carte, créant des cartes thématiques qui
accentuent des modèles dans les données et exécuter
l'analyse géographique complexe. Il peut aussi effectuer des analyses
raster et vecteur, obtenir des nouvelles informations à partir des
données existantes, interroger des informations dans plusieurs couches
de données, effectuer des analyses multicritères, mettre à
jour ou gérer les métadonnées et beaucoup plus.
Le logiciel MapInfo a été retenu en raison de la
haute qualité de résolution des images qu'il permet d'exporter.
C'est l'un des logiciels de SIG le plus adaptés en géologie pour
la manipulation des bases de données et le traitement des images
numériques. Il facilite l'extraction d'une zone, le
géoréférencement par calage des cartes, la
numérisation des données, modélisation de l'information
géographique et la mise en page des produits cartes.
Le logiciel MapInfo 15.2 a été utilisé
pour la saisie des données obtenues lors de la campagne cartographique,
le géoréférencement, la vectorisation des cartes
géologiques et topographiques, l'analyse thématique et la
modélisation des informations géographiques. Il nous a permis
l'élaboration de la carte de localisation de la zone d'étude, la
carte de foliation, la carte structurale et la carte lithologique.
II.2.3.2 ENVI 4.7
L'ENVI 4.7 est un logiciel de traitement et d'analyse des
images géospatiales (images satellites). Nous avons utilisé ce
logiciel de manière complémentaire pour l'étude
structurale.
Les images satellitaires LANDSAT ETM+ sont d'abord
traitées à l'aide du logiciel ENVI pour la réalisation des
compositions colorées, avant d'être exportées vers le
logiciel MapInfo pour la conception de la carte des linéaments (Fig.
16). Notre objectif consiste à
24
obtenir les informations nécessaires pour la
localisation des principaux linéaments et la géométrie
intéressante dans notre zone d'étude telles que : les failles,
les fractures surtout les zones de cisaillement.
II.2.3.3 Stereonet 7.0 et Rosenet 2.1.0
Ce sont des logiciels pour le traitement statistique et
l'analyse des éléments structuraux. Ces logiciels ont
été utilisés dans ce travail pour la représentation
des foliations et linéations mesurées sur le terrain. Stereonet
pour la représentation des mesures structurales sur le canevas de Wulff
et Rosenet pour les rosaces de direction des foliations.
II.2.3.4 Surfer 13.0
C'est un logiciel pour la représentation d'une carte en
2D et 3D à partie d'un fichier contenant des de données
tridimensionnelles (XYZ). Nous avons utilisé le Surfer pour la
modélisation numérique du terrain (MNT) qui est une
représentation tridimensionnelle numérique du modelé
topographique d'un terrain donné. Le MNT du gisement de Taivo (Fig. 34)
a été créé à partir de la compilation des
relevés GPS pris pendant la campagne cartographique avec les
données altimétriques issues de la carte topographique I63-J63 et
les données altitudinales issues du GPS Visualizer.
L'intérêt majeur du MNT est la création
d'un modèle 3D des caractéristiques géomorphologiques du
terrain.
25
Chapitre III
Résultats et interprétations
III.1 Pétrographie de la zone d'étude
Cette étude se base sur l'examen macroscopique des
lithologies rencontrées sur terrain afin d'interpréter l'histoire
géologique de la région. Les formations rencontrées sont
à dominance de leucogneiss granitoïdes ou bien leptynites (Fig.
11a). Les leucogneiss, souvent envahis par des veines quartziques, sont
fréquemment intercalés par des dykes d'amphibolite de puissance
décimétrique à métrique et quelquefois
accompagnés par de petites carapaces calcaires. Ces derniers sont des
produits d'altération de cipolin. Des affleurements de cipolin
apparaissent sur la rive droite de Manambovo. Un faciès des roches
sédimentaires détritiques assez important couvre quelques
affleurements dans la partie Est de la zone et le long du fleuve de Manambovo.
La partie ouest de la zone d'étude est caractérisée par la
présence de quartzite. Des fragments ou blocs des roches de nature
variée et des bancs de granite pegmatitique y sont rencontrés.
Les dykes basiques sont parfois boudinés et recoupés par des
veines quartziques. Notons aussi la présence de pegmatites
feldspathique. Les veines de pegmatites de puissance variables de 0,2 à
0,8 m recoupent le plus souvent les leucogneiss. Les affleurements s'orientent
généralement suivant la direction N030 à N050 dont le
pendage moyen est de 75° vers NW.
La saphirine, la kornérupine, la cordiérite et
le grenat sont des minéralisations particulières observées
dans les formations paragneissiques de la région.
III.1.1 Description lithologique
III.1.1.1 Leucogneiss granitoïde
L'affleurement de la zone d'étude est dominé par
de leucogneiss granitoïde (Fig. 11a, 28). Il s'agit du gneiss clair
composé essentiellement de feldspath et de quartz. Parfois, la roche
présente une couleur rouge clair d'oxyde de fer. La roche d'origine de
cette roche est du granite et qui a été ensuite
déformé et métamorphisé. Souvent, elle est
intensément foliée au niveau de l'affleurement avec des
indicateurs cinématiques et de cisaillements. Des enclaves d'amphibolite
(Fig. 11b) sont fréquemment rencontrées dans les leucogneiss et
parfois même recoupés par de dyke d'amphibolite (Fig. 12b). Elles
peuvent être aussi
26
jalonnées par des veines pegmatitiques
d'épaisseur centimétrique à décimétrique,
à grains grossiers allant jusqu'à 2 cm de diamètre (Fig.
11d). Les enclaves sont antérieures au leucogneiss. La pyroxénite
se présente aussi sous forme d'enclave basique dans le leucogneiss.

c
a
Enclave basique
d
b
Figure 11. Gneiss granitoïde : a) massif de leucogneiss
granitoïde ; b) enclave de pyroxénite dans le gneiss
leucogranitoïdique ; c) paragneiss à cordiérite et à
grenat ; d) granite pegmatitique (Harempahasoavana, 2018).
III.1.1.2 Granite et granite pegmatitique
Les granites qu'on rencontre dans notre zone d'étude
sont des granites stratoïdes. Ils sont essentiellement formés par
du quartz, feldspath et biotite. Ce sont des granites alcalins leucocratiques
qui se disposent en concordance à l'encaissant, leurs puissances sont de
l'ordre métrique. Ce sont des granites syntectoniques,
témoignés par leurs formes plus ou moins allongées et
étirées suivant l'axe NNS (Fig. 28).
L'altération en écaille est fréquente, avec une
observation occasionnelle d'altération classique en boules. Les bancs
des granites sont fréquents dans le secteur d'étude. Leurs
contours sont concordants à la schistosité de leucogneiss
granitoïde.
Les granites pegmatitiques sont des granites à gros
grains, formés par des gros cristaux de K-feldspaths. Les cristaux de
K-feldspaths roses sont bien développés (Fig. 11d). Sa
27
texture est pegmatitique à grenue, la taille des
minéraux varie de quelques millimètres au centimètre et
peut atteindre une taille de 4 cm. Il est essentiellement constitué de
feldspath alcalin rose (orthose ou microcline), de plagioclase acide et du
quartz de couleur grise.
Le granite pegmatitique se présente le plus souvent
sous forme de dyke pegmatitique. Ils affleurent suivant la ligne des
antiformes. Ils sont intrusifs dans l'ensemble gneissique et allongé
parallèlement à leur encaissant. Ce sont des formations
tardives.
III.1.1.3 Amphibolite
C'est une roche à grain moyen avec orientation
préférentielle des minéraux. Elle est reconnaissable
grâce à sa texture subfoliée et sa couleur vert sombre
à noire reflétée par la présence majoritaire des
minéraux amphiboliques (de type hornblende) parfois associés avec
peu de biotite. La proportion des amphiboles (hornblende) atteint souvent 80%.
Les amphibolites peuvent être massives (Fig. 12a) ou sous forme de dyke
(Fig. 12b), parfois même boudinées (Fig. 12c et 12d).

a
c
Dyke d' amphibolite
Le u cog n eiss granito ï de
d
b
Figure 12. Photo de : a) massif d'amphibolite bordant la rive
gauche de Manambovo ; b) dyke d'amphibolite recoupant le leucogneiss
granitoïde ; c) dyke d'amphibolite boudiné et altéré
en «pelure d'oignon» ; d) dessin interprétatif
présentant la structuration des boudins (Harempahasoavana, 2018).
28
Les dykes sont des intrusions planaires recoupant la structure
de l'encaissant (Fig. 12d). C'est une intrusion liée à un
complexe magmatique filonienne important. Leurs épaisseurs varient de
quelque centimètre à quelque mètre, avec longueur allant
de quelque mètre à des centaines de mètres et
généralement rectiligne. Les dykes basiques sont plus
fréquents que celui de dykes acides. Ils sont postérieurs
à l'encaissant.
Plusieurs dykes subissent une altération
mécanique dont la plus intéressante est montrée sur la
figure 12c. Les dykes, après altération, se présentent en
boule plus ou moins arrondie et se désagrègent en «pelure
d'oignon».
III.1.1.4 Migmatite
La migmatite est une roche métamorphique dite roche de
mélange, souvent marquée par un rubanement plissé. Les
gneiss et les granites ont les mêmes compositions minéralogiques
que celle de migmatites. Leur genèse est liée à une fusion
partielle des formations géologiques préexistantes. La migmatite
affleure dans la partie occidentale de notre zone d'étude ou bien
à 1,6 km à l'Ouest du village de Taivo qui est illustré
sur la figure 13a. Elle est essentiellement formée par du quartz et du
feldspath potassique qui constituent le leucosome et l'amphibole et la biotite
forment le mélanosome. Elle est massive, grain fin à moyen avec
une puissance d'ordre métrique. Cette roche a un aspect gneissique dont
la foliation est devenue floue, liée à une fusion partielle des
formations géologiques préexistantes. Les parties fondues claires
constituent le jus résiduel qui s'intercale entre les parties sombres
encore solides, mais ductiles et, sous l'effet de la pression, forment des
couches alternées claires et sombres.

S3
S2
S2
S3
S3
a
b
Figure 13. Affleurement de : a) leucogneiss migmatitique ; b)
mylonite (Harempahasoavana, 2018).
En observant cette roche migmatitique, les différentes
phases de déformation successives qu'a subies notre zone d'étude
sont enregistrées en examinant cette roche. La première phase de
déformation D1 engendre la schistosité S1. La phase D1 est suivie
ensuite par la deuxième phase D2 qui est compressive. Elle se traduit
à travers l'allure des plissotements serrés au sein cette roche
qui est soulignée par la schistosité S2. La troisième
phase de déformation D3 responsable de la schistosité S3 (Fig.
13a) s'exprime par le déplacement des matériaux vers le Sud, qui
est prouvé par la direction NNE-SSW empruntée par la direction de
S3.
III.1.1.5 Mylonite
Les mylonites affleurent à 470 m au SW de Taivo et
à 370 m au NE de Besolohotse. La mylonite est une roche broyée
lors d'une déformation (Fig. 13b). Lorsqu'une roche subit une
déformation ductile, les matériaux s'aplatissent et/ou
s'allongent. Les roches issues de ce processus sont désignées
sous le terme de tectonites, incluant notamment la mylonite. Elle a une
structure linéaire, les minéraux sont orientés et ce sont
des bons marqueurs de déformation. La mylonite indique une
déformation syntectonique, suivie d'une recristallisation dynamique du
protolithe avec une nouvelle structure rubanée. Ces rubans soulignent
les plans de foliation mylonitique. La présence d'une mylonite indique
une zone fracturée et cisaillée. La présence de mylonite
est fortement liée à l'existence d'une zone cisaillante dans
notre zone d'étude.
III.1.1.6 Quartzite
Les quartzites occupent la partie Ouest de notre zone
d'étude. Ils sont en générale foliés et
schistosés, concordants aux encaissants suivent la direction NNE (Fig.
14).
29
Figure 14. Quartzite intercalé ave un dyke basique
(Harempahasoavana, 2018).
La schistosité est soulignée par la biotite et
la sillimanite. Ces formations quartzitiques sont souvent feldspathiques
à foliation bien prononcée. Les quartzites se présentent
en
interstratification dans les gneiss ou forment de banc continu
de longueur métrique à plurimétrique. Sa couleur est de
gris rosâtre qui est dû à l'oxydation de fer. Ils ont un
grain fin à moyen. Sa disposition sous forme d'un banc continu,
folié et schistose, nous rappelle son origine sédimentaire. Ils
sont issus du métamorphisme des formations sableuses d'une ancienne
marge continentale passive.
III.1.1.7 Paragneiss à cordiérite, saphirine
et kornérupine
C'est une formation particulière de notre zone
d'étude. Sur le terrain deux types de paragenèses
minérales sont observés sur les paragneiss : le paragneiss
à cordiérite- kornérupine-saphirine se trouvant dans la
partie centrale de la zone d'étude et le paragneiss à
cordiérite-grenat (Fig. 11c, 33b) est très commun dans la partie
occidentale du secteur étudié. Ces types de formations
présentent une foliation plus ou moins marquée,
témoignée par une alternance de lits clairs
quartzo-feldspathiques et de lits foncés riches en biotite,
cordiérite et kornérupine. Les grains sont
généralement fins à moyens, quelquefois grossiers dont un
bel exemple est représenté par les jolies prismatines de
kornérupine (Fig. 38b).
III.1.1.8 Micaschiste à saphirine et à
kornérupine
Le micaschiste à saphirine et à
kornérupine se trouve encaisser au niveau du coeur du paragneiss
à cordiérite leucocratique (Fig. 15). Ce micaschiste à
saphirine est très dur et à texture massive. Il est
caractérisé par des prismes bien développés de
saphirine et de kornérupine qui peuvent atteindre 12 cm de long (Fig.
39b).
|
Micaschiste à saphirine et à kornérupine
|
|
Paragneiss à cordiérite
|
30
Figure 15. Micaschiste à saphirine et à
kornérupine encaissé dans le paragneiss à
cordiérite (Harempahasoavana, 2018).
Le tableau suivant résume les différents
caractères pétrographiques des roches observées sur le
terrain avec les compositions modales des minéraux constitutifs.
31
Tableau 2. Tableau synoptique de la composition
modale des affleurements de la zone d'étude (Harempahasoavana, 2018).
|
N de l' Echan- tillon
|
Couleur
|
Taille des grains
|
Texture
|
Composition modale
|
Nom
|
Photo
|
|
Qtz
|
K-fs
|
Bt
|
Phl
|
Grt
|
Hb
|
Crd
|
Sa
|
Krn
|
Diop
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Leucogneiss
|
|
|
T16.
|
Blanc
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Moyen
|
Foliée
|
+++
|
+++
|
++
|
+
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
granitoïde à
|
|
|
343
|
grisâtre
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
biotite
|
|
|
Jaune
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
T16.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
blan-
|
Grossier
|
Pegmatitque
|
+++
|
+++
|
+
|
++
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
Pegmatite
|
|
|
344
|
châtre
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
T16.
|
Rose
|
|
Grenue,
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Granite
|
|
|
|
Moyen
|
pegmati-
|
+++
|
++
|
+
|
+
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
|
|
|
261
|
grisâtre
|
|
tique
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
pegmatitique
|
|
|
T16.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Gris
|
Moyen
|
Foliée
|
++
|
+++
|
++
|
+++
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
Mylonite
|
|
|
360.1
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
x = 0% ; + = 10% ; ++ =
10 - 30% ; +++ = 30 - 70% ; ++++ =
70%
32
Tableau 2 (suite). Tableau
synoptique de la composition modale des affleurements de la zone d'étude
(Harempahasoavana, 2018).
|
N de l' Echan- tillon
|
Couleur
|
Taille des grains
|
Texture
|
Composition modale
|
Nom
|
Photo
|
|
Qtz
|
K-fs
|
Bt
|
Phl
|
Grt
|
Hb
|
Crd
|
Sa
|
Krn
|
Diop
|
|
T16.
|
Jaune
|
Moyen à
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Grenue
|
++++
|
++
|
+
|
+
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
Quartzite
|
|
|
324
|
rosâtre
|
fin
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
T16.
|
Noir
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Moyen
|
Foliée
|
+
|
+
|
+++
|
+
|
x
|
+++
|
x
|
x
|
x
|
x
|
Amphibolite
|
|
|
360.2
|
grisâtre
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
T16.
|
Vert
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Moyen
|
Grenue
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
+++
|
Diopsidite
|
|
|
030
|
grisâtre
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
T16.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Noir
|
Grossier
|
Grenue
|
x
|
x
|
x
|
x
|
+++
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
Grenatite
|
|
|
239
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
x = 0% ; + = 10% ; ++ =
10 - 30% ; +++ = 30 - 70% ; ++++ =
70%
33
Tableau 2 (suite et fin).
Tableau synoptique de la composition modale des affleurements de la
zone d'étude (Harempahasoavana, 2018).
|
N de l' Echan- tillon
|
Couleur
|
Taille des grains
|
Texture
|
Composition modale
|
Nom
|
Photo
|
|
Qtz
|
K-fs
|
Bt
|
Phl
|
Grt
|
Hb
|
Crd
|
Sa
|
Krn
|
Diop
|
|
T16.
337
|
Blanc grisâtre à noirâtre
|
Moyen
|
Grenue
|
x
|
x
|
x
|
x
|
+++
|
x
|
+++
|
x
|
x
|
x
|
Paragneiss à cordiérite et à grenat
|
|
|
|
T16.
369
|
Noir grisâtre
|
Moyen
|
Grenue
|
x
|
x
|
x
|
x
|
+++
|
x
|
+++
|
x
|
x
|
x
|
Paragneiss à cordiérite et à grenat
|
|
|
T16.
356
|
Gris verdâtre
|
Moyen
|
Grenue
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
x
|
+++
|
x
|
+++
|
x
|
Paragneiss à cordiérite et à
kornérupine
|
|
|
|
T16.
358
|
Vert grisâtre
|
Moyen
|
Schisteux, spinifexe
|
x
|
x
|
x
|
+++
|
x
|
x
|
x
|
+++
|
+++
|
x
|
Micaschiste à saphirine et à kornérupine
|
|
x = 0% ; + = 10% ; ++ =
10 - 30% ; +++ = 30 - 70% ; ++++ =
70%
34
III.1.2 Relation entre lithologie, métamorphisme et
déformation
La lithologie varie en fonction du degré du
métamorphisme et du comportement rhéologique face à
l'intensité de la déformation. Le comportement rhéologique
joue un rôle important dans l'analyse de déformation. Les roches
compétentes sont les moins déformables et les plus cassantes,
alors que les roches non compétentes sont plus aptes à se
déformer.
Le leucogneiss à cordiérite et à biotite
(Fig. 16) est une roche alumineuse fréquemment trouvée dans le
faciès amphibolite supérieure à granulite. Ce
caractère hyperalumineux permet de déduire que ce leucogneiss
dérive de l'anatexie d'un protolithe d'origine sédimentaire. De
plus, la présence de cordiérite indique un environnement
métamorphique de BP et HT et témoigne un métamorphisme
rétrograde.

Figure 16. Affleurement de leucogneiss à cordiérite
et à biotite (Harempahasoavana, 2018).
Les dykes basiques sont très fréquents dans
cette zone. Ils se disposent subparallèlement à la foliation des
roches environnantes. Il existe une relation étroite entre l'orientation
des dykes et le champ de contrainte lors de sa mise en place. Lors de la
déformation (D2), des générations des fractures ou des
failles sont produites. Ces fractures correspondent aux zones de faibles
contraintes et laissent des vides derrière eux. Les liquides magmatiques
provenant de la fusion pendant la friction s'introduisent entre les vides et se
refroidissent. Il en résulte des filons post-déformationnels, se
longeant suivant la géométrie des fractures ou des failles.
L'épaisseur des dykes varie d'ordre centimétrique à
quelques mètres. Ce qui explique la variation des contraintes locales.
Les dykes apparaissent sous forme de segments discontinus en surface, mais ils
se relient quelque part en une certaine profondeur. Une variation de
rhéologie au sein de l'encaissant permet
35
aussi d'expliquer ce genre de géométrie. Les
formations géologiques sont accompagnées d'un
métamorphisme de faciès amphibolite supérieure à
granulite.
III.2 Étude structurale
Deux études ont été effectuées
pour avoir une bonne compréhension de la structure géologique qui
caractérise notre zone d'étude. La première se base
à l'interprétation des linéaments issus du traitement des
images satellites et la deuxième consiste à exploiter les
données du terrain à travers les coupes géologiques.
III.2.1 Étude linéamentaire
III.2.1.1 Analyse linéamentaire des images
satellites
L'identification des structures géologiques ne se
limite pas seulement à l'observation sur terrain. Elle se
complète par d'autres méthodes d'observations effectuées
au laboratoire. En effet, l'interprétation des images satellites fait
partie des outils nécessaires pour une étude
complémentaire des structures géologiques. Une analyse
détaillée de ces images satellites appuie les observations sur le
terrain et permet par conséquent de mettre en évidence les
différentes structures linéamentaires observables sur la zone
mise en étude.
Les linéaments représentent les fractures, les
failles, les foliations, les lignes de crête et toutes les formes
topographiques d'extension régionale. La cartographie des
linéaments est réalisée en traçant directement les
structures linéaires sur l'image filtrée. Elle nous permet
d'apprécier les différentes directions topographiques du
territoire étudié, l'orientation des failles et des fractures
tectoniques ainsi que celui des réseaux hydrographiques. Les
trajectoires des linéaments montrent les variations morphologiques du
terrain. La carte de synthèse des linéaments est donnée
à la figure 17.
La répartition des linéaments sur la carte n'est
pas homogène, elle se fait dans toutes les directions. L'analyse des
linéaments sur toute l'étendue du territoire révèle
cinq familles importantes d'orientation de linéament (Tab.
3). Les linéaments ont une tendance générale vers
NNE-SSW. L'orientation entre NNE-SSW domine et rassemble 57% des mesures
suivant la direction N0 à N030. La mesure entre NNW-SSE
représente 27% et celui de NW-SE a 7%. La famille entre NE-SW et ENE-WSW
regroupe respectivement 6% et 3% des linéaments.

36
Figure 17. Image satellitaire filtrée
de la région d'étude montrant les principaux linéaments
(Landsat, 2014).
L'observation du patron linéamentaire du
périmètre d'étude fait ressortir l'apparence morphologique
du territoire. La rosace directionnelle nous montre quelque dispersion des
valeurs avec une grande famille de linéament selon la direction N030
(Tab. 3). Elle détient 57% des effectifs
linéamentaires. La direction N040, moins importante, est faiblement
représentée (6%).
37
Tableau 3. Répartition de l'orientation
des linéaments et rosace directionnelle montrant la distribution
linéamentaire (Harempahasoavana, 2018).

Direction Nombre de
Angle
mesure
Pourcentag e
|
[300 - 330]
|
NW - SE
|
15
|
7%
|
|
[330 - 0]
|
NNW - SSE
|
59
|
27%
|
|
[0 - 30]
|
NNE - SSW
|
124
|
57%
|
|
[30 - 60]
|
NE-SW
|
13
|
6%
|
|
[60 - 90]
|
ENE-WSW
|
7
|
3%
|
TOTAL 218 100%
III.2.1.2 Interprétation structurale des
linéaments
La carte linéamentaire de la figure 17
nous donne des renseignements sur les déformations structurales
de la zone d'étude. Les linéaments issus de cette carte sont
liés aux accidents tectoniques d'apparence morphologique
différente. La direction N030 correspond à la direction
d'orientation des dykes d'amphibolite. La tendance NNE-SSW dans l'orientation
des dykes confirme la tectonique compressive de la région. Elle
témoigne la deuxième phase de déformation compressive
(D2). La classe NNE-SSW qui regroupe 57% de mesure (Tab. 3)
est associée à la zone cisaillante Betroka. Cette
prédominance de direction linéamentaire est évidente, car
la zone de cisaillement de Betroka traverse notre zone d'étude dans ce
sens d'orientation, nous pouvons l'appeler aussi zone cisaillante de Tsiombe
(ZCT).
III.2.2 Coupes géologiques
Les coupes nous permettent d'observer les principales
formations géologiques. Elles nous aident à comprendre des
diverses morphologies du terrain, les différentes variations
lithologiques ainsi que leurs relations avec la structure. Plusieurs coupes ont
été effectuées en vue de la réalisation d'une
esquisse structurale (Fig. 27) et géologique (Fig.
28).
Nous avons effectué 9 coupes (Fig. 18)
qui nous aident à tracer ultérieurement la structure
géologique de notre zone d'étude. Pour mieux assimiler
l'évolution structurale et lithologique de notre zone, nous avons
subdivisé le terrain en trois parties : partie Nord, partie Centrale et
partie Sud selon la diversité des mesures des éléments
structuraux. La

38
partie Nord comprend trois coupes : coupe 1-1', 2-2' et 3-3'
(Fig. 21). La partie Centrale regroupe les coupes 4-4', 5-5'
et 6-6' (Fig. 22). La troisième partie, au Sud
rassemble les coupes 7-7', 8-8' et 9-9' (Fig. 25).

Figure 18. Carte des affleurements de la
région de Taivo montrant les 9 coupes effectuées
(Harempahasoavana, 2018).
39
D'une manière générale, la tendance
générale du plongement de foliations dans ces coupes est vers
l'Ouest. La foliation dominante de direction NNE à NE est à
structure linéaire caractéristique d'une zone cisaillante avec
des nombreux dômes granitoïdiques et granitiques
étirés. La concentration des pôles dans la partie SE du
canevas indique des plis déversés vers le SE.
D'après la carte des affleurements (Fig.
18), les formations géologiques rencontrées dans
notre zone d'étude présentent des directions de foliations
variées, mais les plus dominantes s'orientent suivant la direction
NNE-SSW.
III.2.2.1 Partie Nord
Dans la partie Nord de notre zone d'étude, les coupes
1-1', 2-2' et 3-3' montrent des structures plissées isoclinales. La
direction des foliations est de NNE-SSW à pendage fort entre 50 à
80 NW. Les pôles des foliations se concentrent dans la partie SE de la
projection stéréographique (Fig. 21) du canevas
de Wulff et les grands cercles nous montrent des structures plissées. La
trajectoire de la foliation est subhorizontale et tend à être
parallèle à l'axe des dômes. Cette structure
plano-linéaire est bien développée sur le site. Le long
des deux flancs, les leucogneiss granitoïdes, accompagnés par des
venues des dykes amphiboliques se mettent en place. Par contre, la partie
interne du dôme présente des intrusions granitiques, parfois
granito-pegmatitiques (Fig. 11d).
La coupe 1-1' montre une structure isoclinale
déversée vers le SE dont les grands cercles du canevas de Wulff
sont très serrés dans la partie NW (Fig. 18).
Les indicateurs cinématiques observables au niveau de la coupe
enregistrent les déformations qu'a subies la région (Fig.
19b et 19c). Ce sont des indicateurs
dissymétriques en forme de ä très pincé et
serrée qui enregistrent la troisième phase de déformation
cisaillante (D3) au cours de laquelle il y a une phase de repos.

a b c
Figure 19. Indicateurs cinématiques
sénestres visibles sur le terrain : a) veine quartzo-
feldspathique déformée ; b) veine de quartz
sénéstralement déformé ; c) veine de quartz
indiquant un sens de cisaillement sénestre (Harempahasoavana, 2018).
40
Pour la coupe 2-2', l'intrusion granitique montre une
structure anticlinale suivant la direction NNE-SSW légèrement
déversée vers le Sud-Est. Les couches ont une foliation de
tendance générale NE dans son orientation. Elle montre une
succession des granites pegmatitiques, des dykes d'amphibolite et des
quartzites. Les granites forment un anticlinal et les quartzites occupent les
synclinaux.
Les coupes 2-2' et 3-3' (Fig. 21) sont
marquées par une intrusion granitique autour de laquelle se
développent les leucogneiss granitoïdes. Le mécanisme de
compression et du cisaillement favorisent le déplacement des
matériaux vers le Sud. Le plus souvent, le style de mise en place des
dykes est parallèle à l'encaissant, dont d'épaisseur varie
de quelque mètre et peut dépasser 10 mètres en long. Le
mécanisme de fragmentation à travers des fractures
préexistantes affecte les dykes.

Figure 20. Porphyre de K-feldspath de type 6
dans le paragneiss à biotite mettant en évidence un cisaillement
de sens senestre (Harempahasoavana, 2018).
Sur la figure 20, le porphyre de feldspath
asymétrique de forme 6 est bien visible au sein du paragneiss à
biotite, atteint 1 cm de diamètre. La roche encaissante est gris clair,
avec de biotite, le quartz est légèrement gris bleuâtre,
type de faciès granulite. Cette forme nous évoque une
déformation cisaillante de nature sénestre. La déformation
environnante matérialise une schistosité de flux et les
rubanements de part et d'autre du porphyre résultant d'une compression
à haute pression.

Projection
Profil géologique stéréographique
Rosace
directionnelle
41
Figure 21. Profils géologiques 1-1', 2-2'
et 3-3' effectués dans la partie Nord de la zone d'étude avec
leurs projections stéréographiques et rosaces directionnelles
respectives (Harempahasoavana, 2018).
42
III.2.2.2 Partie Centrale
La partie Centrale se distingue des deux autres parties
(parties Nord et parties Sud) par la présence de l'affleurement de roche
à saphirine et kornérupine. Ces affleurements feront l'objet
d'étude spécifique dans la section III.3.

Projection
Profil géologique stéréographique
Rosace
directionnelle
Figure 22. Profils géologiques 4-4'
(a), 5-5' (b) et 6-6' (c) effectués dans la partie centre de notre zone
d'étude avec leurs projections stéréographiques et rosaces
directionnelles respectives (Harempahasoavana, 2018).
La foliation générale est linéaire et
subméridienne (NNE). Cette foliation s'observe sur des
granitoïdiques intercalés par des dômes granitiques
concordants à la foliation suivant une direction allant de N015 à
N040. Cette intercalation granitoïdiques est commune dans la partie Nord
et dans la partie Sud. Pendant les phases de déformations, la fusion
partielle crustale des formations préexistantes donne naissance à
des venues granitoïdiques.
43
La minéralisation en saphirine et kornérupine
est typique d'une structure chevauchante (Fig. 22a). Ce sont des
minéraux indicateurs du métamorphisme de faciès
granulitique (formation basique) et seul le mécanisme de chevauchement
peut les remonter en surface. Le plissement et le chevauchement au niveau du
gisement de saphirine et kornérupine peuvent résulter d'une
compression E-W qui est un fait marquant de la deuxième phase de
déformation (D2). Une importante compression E-W favorise la mise en
place des roches à saphirine-kornérupine pendant la
dernière phase de déformation cisaillante (D3).
Au niveau de la coupe 5-5' (Fig. 22b), le leucogneiss
granitoïde est recoupé par une veine quartzique. Elle est fortement
déformée, et donne lieu à la formation d'un pli en
accordéon (Fig. 23). Le plissement est
généré par une contrainte compressive Est-Ouest. L'allure
de la déformation observée sur cette figure montre que cette
roche a été affectée par une déformation ductile
cisaillante de sens sénestre. La deuxième phase de
déformation (D2) est le responsable des plis isoclinaux et la
troisième phase de déformation (D3) celui du cisaillement.

Figure 23. Mise en évidence de plis
légèrement en accordéon dans le leucogneiss
granitoïde (Harempahasoavana, 2018).
Le long de la coupe 5-5' et 6-6' (Fig. 22b et 22c), une bande
de cisaillement soulignée par les foliations très serrée,
rencontrée dans le leucogneiss, enregistre la déformation qui a
affectée la région (Fig. 24a et 24b). Le rubanement est d'origine
métamorphique et tectonique. Cette allure est caractéristique
d'une zone soumise à une contrainte compressive suivie d'un
cisaillement. Leur orientation est en relation étroite avec la
déformation régionale (D3), elle est concordante à la
direction de la ligne cisaillante Betroka. Ce sont des marqueurs
synmétamorphiques témoignant une déformation de sens
44
sénestre dans la région étudiée.
En analysant ce mécanisme, nous pouvons en déduire que le
rubanement est dû à un système de
décrochevauchement.

Figure 24. Affleurement de : a) leucogneiss cisaillé
sénéstralement dans l'orthogneiss à biotite ; b)
paragneiss cisaillé montrant une structure caractéristique
observable dans une zone cisaillante de sens sénestre (Harempahasoavana,
2018).
III.2.2.3 Partie Sud
Les coupes 7-7', 8-8' et 9-9' (Fig. 25) ont
été réalisées dans la partie Sud de notre zone
d'étude. Ces coupes présentent une structure en dôme et
bassin. Les charnières des dômes sont souvent occupées par
des intrusions granitiques.
L'étude de ces coupes révèle que la coupe
7-7' présente une succession de plis dont le plan axial subvertical se
resserre progressivement vers l'ouest. Cela suggère un sens de
détachement des matériaux vers l'Ouest, résultant d'une
tectonique détachante et cisaillante.
Dans la partie Sud de notre secteur, nous avons observé
des formations boudinées. Ce boudinage marque une segmentation d'un
volume de roche due à une compression. Le boudinage d'une roche est
fonction de sa rhéologie. Il se développe dans une couche
compétente lors d'une compression perpendiculaire à la couche. Le
développement du boudinage est sensible à la vitesse de
déformation. Le boudinage a lieu lorsque la contrainte appliquée
à la roche excède la valeur pour laquelle la roche se fracture.
La couche se casse si la contrainte devient supérieure à la
résistance du matériel. Un bel exemple de boudinage est bien
illustré sur la figure 12c.

Projection
Profil géologique stéréographique
Rosace directionnelle
45
Figure 25. Profil géologique de coupes
7-7', 8-8' et 9-9' effectuées dans la partie Sud avec leurs projections
stéréographiques et rosaces directionnelles respectives
(Harempahasoavana, 2018).
46
Sur la coupe 9-9' (Fig. 25), du
côté ouest de l'intrusion granitique, un dyke amphibolique
boudiné asymétriquement apparaît (Fig. 12c et 12d), avec un
déplacement relatif des segments. Elle indique aussi le sens du
mouvement cisaillant. Le dyke d'amphibolite avait subi une compression
latérale suivie d'un cisaillement sénestre suivant la direction
N038. Cette segmentation particulière a lieu avant la fin de la
déformation. La roche se déforme dans une manière cassante
entre l'encaissant qui est le plus souvent ductile. Cette structure nous montre
que notre zone d'étude est affectée par un métamorphisme
de moyen à haut grade.
Les trois coupes géologiques (Fig. 25)
effectuées dans la partie Sud montrent que les intrusions des
massifs granitiques provoquent une tectonique détachante
témoignée par une structure en boudin serré.
III.2.3 Structure géologique de la zone
d'étude
Les études structurales de la zone d'étude vont
se baser sur les observations, les analyses et les interprétations des
indicateurs cinématiques observables sur le terrain. La structure de
Taivo a été interprétée à partir de
l'analyse de la trajectoire de foliation mesurée à
l'échelle de l'affleurement (centimétrique à
métrique). Cette analyse nécessite une bonne connaissance des
propriétés physiques de la roche et de comprendre son
évolution structurale.
Plus de 60% des foliations mesurées sur le terrain
représentent une direction similaire. Les pendages acquis varient entre
20 à 80° vers l'Ouest. Donc, la zone de Taivo correspond à
une zone de forte contrainte NW-SE, témoignée par l'orientation
des structures NNE- SSE. L'orientation préférentielle des
minéraux suggère une forte déformation où la
température a joué un rôle important durant la phase de
recristallisation des minéraux. Pour la projection
stéréographique (canevas de Wulff), la majorité de
pôles de foliation se concentre dans la partie SE du canevas (Fig.
26a et 26b) et les grands cercles se serrent vers le NW. La
direction générale des foliations est presque
subméridienne (Fig. 26c) avec un plongement de 60° vers l'Ouest en
moyenne. Les grands cercles serrés mettent en évidence des plis
serrés isoclinaux déversée vers le SE. Ils enregistrent la
deuxième phase de déformation (D2).
Ceci est encore évident sur le diagramme de rosace de
la figure 25c qui nous montre la répartition des directions de la
foliation dont la plus dominante est subméridienne. En comparant la
rosace directionnelle des linéaments (Tab. 3) avec celui des foliations
(Fig.
47
26c), nous pouvons dire que la direction des linéaments
est conforme à celle de la foliation régionale. Cette direction
de foliation ou de linéament résulte de succession des
événements tectoniques compressifs (D2) et cisaillants (D3) qui
ont affectés cette zone.

c
a
b
Figure 26. a) projection
stéréographique de foliations ; b) densité des pôles
de foliations et c) rosace directionnelle de mesure de l'ensemble des
foliations de la zone d'étude (Harempahasoavana, 2018).
Cette région se caractérise par une zone de
cisaillement ou «shear zone» avec des foliations verticales,
témoins des transpositions de plis de façon parallèle. La
trajectoire de la foliation met en évidence une structure fortement
plissée et cisaillée dont les matériaux se
déplacent sénéstralement vers le Sud. Les diagrammes des
foliations montrent cette structure isoclinale serrée et
déversée vers l'Est (Fig. 26a). Plusieurs
indicateurs cinématiques sont rencontrés dans cette zone :
microplis, boudinages asymétriques, bande de cisaillement,
minéraux déformés. La plupart de ces indicateurs
cinématiques sont associés à une tectonique compressive et
extensive.
Les structures observées sur le terrain
résultent de la compression ESE-WNW, elles sont bien mises en
évidence par les structures plissées, formées par
alternance des dômes et bassins. À l'échelle
régionale, le cisaillement sénestre est plus fréquent que
le cisaillement dextre. Des nombreux critères de déformation
cisaillante ayant affecté la région de Taivo- Tsiombe ont
été répertoriés (Fig. 13b, 20a, 20b, 20c,
21, 24a, 24b et 40). L'analyse structurale effectuée
dans ce travail nous permet d'identifier le sens du déplacement des
matériaux géologiques vers le Sud et aussi les différentes
phases de déformations.
La considération de différentes mesures de
foliation nous a permis à la réalisation de l'esquisse
structurale de notre zone d'étude (Fig. 27). La compilation des
données linéamentaires à partir de l'image satellite et
des données issues des différents profils géologiques
permet d'identifier un certain nombre des informations structurales. Les
linéaments se superposent directement ou légèrement
décalés aux éléments structuraux
48
du terrain ou encore sont dans le prolongement de ces
derniers. Sur tout l'ensemble de la région, les mesures de foliation
sont assez homogènes et orientées suivant la direction NE-SW avec
un pendage allant de 50 à 80W. La foliation est plissée dans la
partie NW de la zone d'étude. La foliation entre le village de Taivo et
de Besolohotse a une structure linéaire suivant la direction NNE-SSW.
Cette structure linéaire démontre l'existence d'une zone de
cisaillement. Cette dernière est encore confirmée par les
indicateurs cinématiques observés au niveau des affleurements qui
montrent un sens de mouvement vers le Sud.
La superposition des différentes données du
terrain nous donne des idées à la conception de l'esquisse
géologique de la zone d'étude (Fig. 28). Elle a
été réalisée à partir des données
lithologiques, données linéamentaires et données
structurales. L'ensemble de notre zone d'étude est essentiellement
dominé par des leucogneiss granitoïdes. Ils sont parfois envahis
par des intrusions granitiques. Les amphibolites se présentent souvent
en forme des dykes et sont concordantes à la foliation. La partie Ouest
de notre zone d'étude est occupée par des bancs des quartzites
où ils apparaissent concordants à la foliation des leucogneiss
granitoïdes qui les encaissent. Les mylonites affleurent à 470 m au
SW de Taivo et à 370 m au NE de Besolohotse. Les formations
spécifiques de la zone d'étude sont représentées
par des paragneiss à cordiérite-kornérupine-saphirine.
Elles occupent la partie centrale de la zone et le paragneiss à
cordiérite-grenat affleure dans sa partie occidentale.


49
Figure 27. Esquisse structurale de la zone
d'étude : Taivo, établie à partir des mesures structurales
des affleurements (Harempahasoavana, 2018).

50
Figure 28. Esquisse géologique de la zone
d'étude établie à partir des données issues de la
campagne cartographique (Harempahasoavana, 2018).
51
III.3 Étude gîtologique de la
minéralisation en saphirine et kornérupine
Madagascar dispose une grande potentialité
minéralogique dispersée dans le socle précambrien et les
formations sédimentaires. La plupart des gisements primaires sont
surtout concentrés dans le socle cristallin. Dans certaines
localités de la partie sud de Madagascar, les principaux minéraux
rares sont représentés par la saphirine, la kornérupine,
la grandidiérite, la serendibite et la sinhalite (Fig. 29).
En observant la carte ci-après, la minéralisation en
saphirine et kornérupine est surtout concentrée dans la partie
centrale, celle de la ceinture de Betroka et le bloc de Bekily. Les gisements
de saphirine et kornérupine découverts à Taivo-Tsiombe n'y
sont pas encore répertoriés. La présence du gîte de
ces minéraux dans notre zone d'étude contribue à la mise
à jour de cette carte.

Zone d'étude
Figure 29. Principaux gisements des
minéraux rares dans le Précambrien Sud de Madagascar
(Razakamanana, 1999).
52
III.3.1 Généralité sur le potentiel
minier de Tsiombe
Au cours des travaux de terrain dans la région de
Tsiombe, nous avons noté quelques ressources minérales
importantes (Fig. 30 et Tab. 4). Ce sont des
minéralisations en cordiérite, grenat et apatite que les
villageois exploitent artisanalement. Cette région est aussi connue par
le gisement de phlogopite de Sakamasy. Les minéraux rares tels que la
saphirine et la kornérupine qui font l'objet de notre étude sont
parfois trouvés dans le gisement de cordiérite.
Les gisements de phlogopite d'Ankaboa et de Sakamasy se
trouvent respectivement à 4 km au Nord-Est et 8 km à l'Est de la
ville de Tsiombe (Fig. 30). Le gisement de phlogopite
d'Ankaboa qui est associé aux pyrxénites correspond à un
gisement de forme lenticulaire de diopsidite à phlogopite
encaissée dans le leucogneiss granitoïde. Le gisement de Sakamasy
fait partie des grands gisements de mica très connu dans le Sud de
Madagascar.

Figure 30. Localisation des principaux
gisements importants de Tsiombe (Harempahasoavana, 2018).
Le gisement de grenat, de cordiérite et d'apatite
d'Antsiriry se trouve à 12 km au Nord de Tsiombe (Fig. 30).
Le gisement de grenat et cordiérite sont encaissés dans
le leucogneiss
53
à biotite. L'association minéralogique est
formée par des grenats, des cordiérites, des biotites, des
phlogopites et des feldspaths fortement altérés.
Tableau 4. Tableau récapitulatif des principaux
gisements de Tsiombe (Harempahasoavana,
|
2018).
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Localité Sakamasy
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Ankaboa
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Antsiriry
|
Ankarandoha
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Taivo
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Gisement Phlogopite
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Grenat
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Apatite
|
Apatite
|
Apatite
|
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important
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Phlogopite
|
Cordiérite
|
Cordiérite
|
Cordiérite
|
|
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Grenat
|
Grenat
|
Grenat
|
|
|
|
Saphirine
|
Kornérupine
|
|
|
|
|
Saphirine
|
Le plus important gisement de cordiérite se situe
à Ankarandoha, à 6 km au Nord de la ville de Tsiombe. Ce gisement
se trouve dans une structure anticlinale de la zone cisaillante de Tsiombe.
C'est du paragneiss à cordiérite d'origine
métapélitique et principalement associé avec de l'apatite,
grenat et saphirine. L'assemblage minéralogique est formé par
cordiérite-grenat-apatite-saphirine. Rappelons que la cordiérite
est un minéral métamorphique antistress et typique de
faciès granulite.

Figure 31. Quelques photos de ressources minérales aux
environs de Tsiombe : a) diopsidite à phlogopite d'Ankaboa ; b) apatite
et grenat d'Antsiriry ; c) cordiérite d'Ankarandoha et d)
kornérupine de Taivo. (Ibrahim, 2018 ; Botoufafa, 2018 ;
Harempahasoavana, 2018).
54
Le gisement de saphirine et de kornérupine de Taivo se
trouve à 4 km à l'Ouest de la ville de Tsiombe (Fig. 34). La
paragenèse minérale de Taivo est formée par
cordiérite-grenat- apatite-saphirine-kornérupine-phlogopite.
III.3.2 Gîtes minéraux de Taivo
Le gisement de saphirine et de kornérupine est
essentiellement compris dans les roches métamorphiques
paradérivées, il s'agit du micaschiste à saphirine et
kornérupine. Dans ce gisement, la saphirine est fréquemment
associée avec la cordiérite, apatite et phlogopite. La saphirine
est subautomorphe et couronnée par de la cordiérite et la
kornérupine. Les roches à saphirine-kornérupine sont
encaissées de façon concordante dans les leucogneiss à
cordiérite. La cordiérite apparait en gros cristaux pouvant
atteindre 2 cm de diamètre, elle s'associer avec le quartz.
III.3.2.1 Saphirine
La saphirine est un minéral rare essentiellement
composé par du silicate de magnésium et d'aluminium dont la
formule chimique est (Mg, Al)8 (Al, Si)6 O20. C'est un silicate anhydre. Elle a
une couleur bleue ou vert bleuâtre à vert foncé. Le nom
saphirine provient de sa couleur bleue comme celui du saphir. La saphirine se
cristallise dans le système monoclinique et a un habitus prismatique,
tabulaire ou bien se présente en agrégat. La saphirine se forme
dans une condition de métamorphisme de haut grade et dans un
environnement faible en silice, mais riche en magnésium et aluminium.
Le gîte de saphirine de Taivo se situe à 700 m
à l'Ouest du village (Fig. 34). Ce gîte se présente sous
forme de lentille de puissance décimétrique. La roche à
saphirine est très dure et très lourde. Le corps
minéralisé se trouve dans un micaschiste à phlogopite
(Fig. 37b).
III.3.2.2 Kornérupine
La kornérupine est un borosilicate qui se cristallise
sous le système orthorhombique et de formule chimique Mg3 Al6 (Si, Al,
B)5 O21 (OH). C'est un silicate hydraté qui se
cristallise dans le système orthorhombique, sa couleur est de vert
sombre à vert bleuâtre. La kornérupine se cristallise
parfois sous forme d'un prisme allongé, appelée aussi prismatine
(Fig. 32a, 39b). Elle peut se présenter également en
agrégat prismatique. La kornérupine et la saphirine sont des
matériaux de la croute terrestre inférieure qui ont
55
été transportés vers la surface. La
kornérupine est stable à une température voisine de
800°C.
Le gîte de kornérupine de Taivo se trouve dans
les roches métamorphiques paradérivées. L'encaissant
paragneissique, le micaschiste à phlogopite, s'étend sur 500 m de
long suivant une orientation générale N035. Le gneiss à
kornérupine a une couleur sombre, grenu avec une texture
inéquigranulaire. La taille du kornérupine peut atteindre 16 cm
en longueur et 2 cm de diamètre (Fig. 39b). Il se développe dans
une bande de micaschiste de direction NE-SW à pendage NW de 75°, se
poursuit sur plus de 10 m. L'assemblage minéral est
généralement formé par
kornérupine-saphirine-cordiérite-biotite #177; feldspath
potassique.

Figure 32. Les ressources minérales de
Taivo : a) Kornérupine ou Prismatine ; b) Cordiérite ; c) Grenat
; d) Apatite. (Harempahasoavana, 2018).
III.3.2.3 Cordiérite et grenat
Les gisements de cordiérite et grenat de la
région d'étude sont nombreux. Le plus remarquable se trouve
à 1,7 km à l'Ouest de Taivo, dans le village de Besolohotse. Le
gisement se caractérise par l'absence de la saphirine et
kornérupine. En revanche, la cordiérite y est abondante et fait
le principal objet d'exploitation artisanale du villageois. La
cordiérite a une couleur légèrement bleuâtre (Fig.
32b) et se présente en agrégat, aucune face cristalline
n'était visible. Elle est associée avec le grenat de type
almandin (Fig. 33b et 33c). Ils se disposent dans un filon de paragneiss
à biotite.
56
Cette minéralisation est syn-métamorphique, les
porphyres du grenat sont fracturés et les cristaux de cordiérites
se disposent suivant la foliation de l'encaissant. Les grenats sont
disséminés au sein de l'encaissant, mais très souvent
reliés à des microfissures générées par les
mouvements de cisaillement.

Figure 33. a) carrière de
cordiérite et grenat de Besolohotse ; b) paragneiss à
cordiérite (Crd) et grenat (Grt) ; c) cristaux de grenat almandin
(Harempahasoavana, 2018).
III.3.3 Étude détaillée du
gisement
Plusieurs ressources minérales ont été
trouvées à Taivo dont la cordiérite, le grenat, l'apatite,
la saphirine et la kornérupine. Pourtant, notre étude se focalise
sur l'étude du gisement en saphirine et kornérupine parce que ces
minéraux ont une grande importance dans le domaine de la
pétrologie des granulites de haut grade. Ce sont des minéraux
exotiques rencontrés uniquement dans les formations granulitiques du
Précambrien Sud de Madagascar.
Taivo est caractérisé par la présence de
gisement de saphirine et kornérupine. Le gisement se trouve
approximativement à 700 m à l'Ouest du village et 400 m au Nord
du fleuve de Manambovo (Fig. 34). Deux gîtes représentatifs ont
été étudiés dont leurs coordonnées
géographiques sont référencées sur le tableau 5.
Tableau 5. Coordonnées géographiques en UTM du
gisement de saphirine et kornérupine de Taivo (Harempahasoavana,
2018).
|
Gîte_1
|
Gîte_2
|
|
X
|
545912
|
545877
|
|
Y
|
7201824
|
7201679
|
|
Z
|
78
|
75
|
La figure 34 nous montre le contexte géomorphologique
du gisement de saphirine- kornérupine de Taivo. Les teintes sont
associées à l'altitude, les surfaces de même altitude
57
représentent la même couleur. Cette carte est
fondamentale pour caractériser la topographie aux environs du gisement.
Nous voyons ici que le gisement se trouve sur le flanc Ouest d'un petit
dôme situé à l'Ouest du village de Taivo.

Figure 34. Localisation des gîtes de
saphirine et kornérupine de Taivo : a)
modélisation numérique 2D ; b)
modélisation numérique 3D (Harempahasoavana, 2018).
58
III.3.3.1 Contexte géologique du gisement
Les gneiss leucogranitoïdiques constituent les formations
dominantes de la région. Les formations basiques y sont présentes
et affleurent soit sous forme de lentilles (Fig. 11b), soit sous forme de dyke
(Fig. 12b et 12c) de longueur métrique à plurimétriques et
de puissance allant de 1 à 2 m et parfois même plus.
Les gisements se trouvent sur le flanc Ouest de l'anticlinal
à l'WNW de Taivo (Fig. 34a et 34b). Ils sont alignés suivant la
direction N035 à N039, avec pendage oscillant entre 70 à 78°
vers l'Ouest. L'encaissant est formé par du leucogneiss granitoïde
à quartz, K- feldspath de type orthose, plagioclase et quelquefois
à biotite. L'abondance du phlogopite est caractéristique. Le
niveau minéralisé est enveloppé par du micaschiste
à phlogopite, cordiérite, saphirine et kornérupine. C'est
un gisement de forme lenticulaire dont la saphirine et la kornérupine
constituent des porphyroblastes de la minéralisation (Fig. 35b).
L'assemblage minéralogique est le suivant :
Saphirine-Kornérupine-Cordiérite- Phlogopite-Enstatite.
Le gîte_1 est un affleurement de roche à
saphirine bien individualisé (Fig. 35) et le
gîte_2 s'agit d'une ancienne carrière d'exploitation de
cordiérite et de kornérupine (Fig. 37).
III.3.3.1.1 Gîte 1
Le gîte_1 est formé par une roche à
saphirine de forme lenticulaire, localement boudinée (Fig. 35a). Elle
est interstratifiée dans le paragneiss à cordiérite. La
saphirine est associée avec la kornérupine et se présente
comme des cristaux prismatiques dans la roche paragneissique. La roche à
saphirine a une couleur sombre, massive et grenue. Le principal assemblage
minéralogique est
saphirine-kornérupine-cordiérite-phlogopite. Les saphirines de
couleur bleues se disposent comme des cristaux grenus en contact direct avec la
cordiérite et la phlogopite. Ils se répartissent comme des amas
centimétriques dans la roche encaissante. Des flottes de quartzites et
d'amphibolite s'éparpillent aux alentours du gisement.
Les saphirines sont contenues dans une lentille de micaschiste
approximativement 2,5 m de long et 40 cm de puissance, intercalée dans
le paragneiss à cordiérite suivant la direction N036. À
l'oeil nu, cette lentille révèle des cristaux de saphirine d'un
bleu intense, de dimensions millimétriques à
centimétriques (Fig. 35b). Ils sont plus ou moins alignés suivant
une foliation assez régulière marquée par du mica
phlogopite. Les kornérupines se présentent en cristaux vert
foncé qui peuvent atteindre 5 cm de long et 1 cm de
59
diamètre. Elles sont noyées dans le mica et sont
orientées suivant la schistosité de la roche.

Lentille de micaschiste à saphirine et à
kornérupine enveloppée par du paragneiss à
cordiérite
a
Paragneiss à cordiérite
Micaschiste à saphirine et à kornérupine
b
Figure 35. Affleurement de la roche à
saphirine interstratifiée dans le paragneiss à cordiérite
: a) vue d'ensemble de la roche à saphirine ;
b) cristaux de saphirine et kornérupine bien
développés dans le micaschiste (Harempahasoavana, 2018).
Trois parties distinctes ont été
identifiées suivant la section 1-2 de direction NW-SE, perpendiculaire
à la direction de l'affleurement (Fig. 36b et
36c).
- La partie 1 se trouve au centre de l'affleurement.
Elle a une forme lenticulaire de 40 cm de puissance, boudinée et
essentiellement constituée par du micaschiste à saphirine et
à kornérupine. La kornérupine se présente sous
forme des cristaux prismatiques allongés de taille
centimétrique.
- La partie 2 qui enveloppe la partie 1 est
formée par du paragneiss à cordiérite dont la zone de
contact entre ces deux parties est fracturée. Les kornérupines
sont moins abondantes et sont de petite taille, tandis que les
cordiérites deviennent de plus en plus abondantes.
- La partie 3 constitue la formation encaissante de
la partie 1 et 2, c'est un leucogneiss granitoïde
à biotite.
Dans cet affleurement du gite_1, les cristaux de saphirine
sont orientés subparallèlement à la foliation, ce qui
indique que la roche a subi des cisaillements. La direction du corps
minéralisé est perpendiculaire à la contrainte maximale.
Les cordiérites bleutées sont disséminées dans le
paragneiss à cordiérite. La bordure de ce paragneiss directement
en contact avec le micaschiste montre une bande cisaillée.

2 (S E )
a
(NW)
b
1 (NW)
(SE)
( SE) 2
1 (NW)
c
Zone riche en micas
60
Figure 36. Présentation du
Gîte_1 : a) affleurement de micaschiste à saphirine et à
kornérupine ; b) carte conceptualisée de la lentille de saphirine
; c) coupes montrant la structure du gisement suivant NW-SE (Harempahasoavana,
2018).
III.3.3.1.2 Gîte 2
Ce gîte correspond à une ancienne carrière
d'exploitation artisanale de cordiérite (Fig. 37a), dans laquelle du
micaschiste à saphirine est également présent. Les
villageois de Taivo y exploitent des cordiérites et ils les connaissent
sous le nom de «saphir d'eau» ou «vatomanga».

Figure 37. Présentation du gîte_2 : a) puits
d'exploitation de cordiérite ; b) détail de la paroi SW du
gîte (Harempahasoavana, 2018). Crd - cordiérite ; Krn -
kornérupine ; Phl - phlogopite ; Sa - saphirine ; Vqtz - veine
quartzo-feldspathique.
61
Le gîte_2 se présente sous forme d'une lentille
de 35 cm de puissance (Fig. 37b). Il s'agit d'une lentille de
micaschiste dont le noyau est occupé par des saphirines. Le tout est
encaissé dans le paragneiss à cordiérite. Cette roche
encaissante s'oriente selon la direction N038 et de pendage de 75 NW.

Figure 38. Coupe géologique
simplifiée de la paroi du gîte_2 suivant la direction NW-SE
(Harempahasoavana, 2018)
La paroi SW du puits nous montre les formations suivantes (Fig.
38) :
- La partie 1 forme le corps minéralisé
en saphirine-kornérupine-cordiérite. Elle est essentiellement
formée par une succession de couche de micaschiste. Du centre vers
l'extérieur, nous avons :
? La couche 1 qui se présente sous forme d'une
lentille de micaschiste à saphirine constitue le coeur de la
minéralisation, les cristaux bleus de saphirines de dimension
centimétrique se dispersent dans cette roche. La répartition des
saphirines est très hétérogène. Au milieu, elles
sont bien développées dont la taille est de l'ordre du
centimètre et sont très nombreux ; et vers le bord, elles sont
plutôt rares, mais de petite taille. Les bordures de la lentille sont
soulignées par une phlogopitisation surtout au niveau du contact avec
l'encaissant.
? La couche 2 est formée par du micaschiste
à kornérupine-cordiérite dont les cristaux de
cordiérites englobent les kornérupines. Dans ce niveau, la
saphirine est moins abondante, elle est de petite taille que celle de la
couche 1. Les saphirines se raréfient vers le bord du corps
minéralisé ou
62
parfois même absente tandis que les kornérupines
et les cordiérites sont abondantes.
? La couche 3 constitue l'enveloppe externe de la
couche 1 et la couche 2. Elle est encore formée par
du micaschiste avec laquelle la proportion en phlogopite devient de plus en
plus importante alors que celle de la kornérupine et cordiérite
diminue, de même aussi pour la taille du grain de ces deux
dernières.
- La partie 2 est un paragneiss à
cordiérite, son contact avec la couche 3 de la partie 1
est fréquemment tectonisé et cède une espace pour une
veine ou filon quartzo- feldspathique d'épaisseur nettement faible,
variant de 2 à 4 cm. Ce filon est dû au remplissage de fractures
ouvertes pendant le cisaillement. C'est un filon d'origine magmatique. Il
provient du fluide libéré lors de la fusion partielle lors de
l'activité métamorphique et circule à travers les
fractures générées par le cisaillement. Le filon
quartzo-feldspathique a occupé alors toutes les fractures ouvertes.
- La partie 3 est formée par du leucogneiss
granitoïde. Elle constitue la roche encaissante de la roche à
saphirine-kornérupine-cordiérite.
Le gîte_2 est caractérisé par un
affleurement de micaschiste à phlogopite dont le développement
des cristaux subautomorphes de kornérupine dans une matrice de
phlogopite est très remarquable. La taille de la kornérupine est
de l'ordre centimétrique, elle peut aller jusqu'à 12 cm de long
et 3 cm de diamètre (Fig. 39b). Dans cet affleurement,
la présence d'enstatite est également observée (Fig.
39a) qui est un silicate anhydre du groupe de
l'orthopyroxène.

Figure 39. Quelques échantillons de
roches à saphirine et kornérupine de Taivo : a)
affleurement de micaschiste à Krn-En ; b) beau cristal
de kornérupine dite prismatine, 17 cm de long dans le micaschiste
à phlogopite (Harempahasoavana, 2018). En - enstatite ;
Kmn - kornérupine ; Phl - phlogopite ;
Sa - saphirine.
63
III.3.3.2 Étude structurale du gisement
L'étude des différents indicateurs
cinématiques et les déformations observables l'échelle de
l'affleurement nous montre un sens de déplacement sénestre. Sur
la figure 40, prise au niveau du gîte_2, le filon de quartz apparait
comme une fente de tension en échelon. Une déduction possible est
de le rattacher à un système extensif dont la réponse
distensive est remplie par des filons de quartz et cisaillée vers le
Sud.
Structuralement, les deux gisements de saphirine et de
kornérupine se trouvent dans un environnement complexe, fortement
décompressé, mais en partie cisaillé surtout dans la zone
encaissante. L'allure des foliations met en évidence une structure
linéaire dont le sens du mouvement vers le Sud-Ouest indique un
déplacement sénestre (Fig. 40). Le diagramme de
foliation démontre une structure isoclinale déversée vers
l'Est (Fig. 26a, 26b et 26c).

Figure 40. Veine de quartz indiquant un
mouvement sénestre dans le paragneiss à cordiérite
(Harempahasoavana, 2018).
La coupe AB (Fig. 41) nous montre le contexte structural de la
position du gisement. La succession des antiformes et des synformes est
très répétitive, marquée par l'affleurement des
paragneiss à biotite et des leucogneiss granitoïdes. Le gisement se
trouve au sein de l'antiforme très réduite, au niveau du plan de
chevauchement. L'étude structurale du gisement nous permet
d'établir la relation entre les minéralisations en saphirine-
kornérupine et les structures de la région. C'est un gisement
associé à une zone de cisaillement de type extensive. Le mode de
gisement est fortement lié à un système de
décrochement et chevauchement.

64
Figure 41. Esquisse structurale du gisement de
saphirine-kornérupine de Taivo (Harempahasoavana, 2018).

Figure 42. Coupe schématique A-B traversant le gisement
de saphirine-kornérupine, où l'on montre le chevauchement vers
l'Est (Harempahasoavana, 2018).
III.3.3.3 Influence du métamorphisme sur le
gisement
Suite à nos observations sur le terrain, nous pouvons
avancer que la mise en place du gisement de saphirine et de kornérupine
de Taivo est contrôlée par le métamorphisme. La
minéralisation est étroitement liée à un
métamorphisme de haut grade. La saphirine est un minéral typique
du faciès amphibolite à granulite. Le gîte s'est
formé lors du métamorphisme de faciès amphibolite à
granulite dont le protolithe est d'origine
65
sédimentaire ou paradérivé. Les cristaux
de la saphirine montrent une texture coronitique marquée par le
développement d'une couronne de mica autour de la saphirine,
résultant du rétrométamorphisme de la saphirine.
Les observations au sein du gîte nous témoignent
sa structuration syntectonique. Les cristaux empreintent la direction
privilégiée de la contrainte tectonique de la zone. Dans une zone
soumise à une contrainte cisaillante intense, les minéraux sont
remobilisés. Le fluide magmatique circule dans les parties où il
y a une extension. C'est le dynamométamorphisme. Ce gisement est
associé à une paragenèse minérale de haute pression
issue des métasédiments riche en bore. Le développement
des beaux cristaux de kornérupine (Fig. 39b) dans une
matrice à cordiérite dénote une phase de
relâchement, donc une diminution du facteur pression. Toute fois les deux
minéraux, kornérupine et cordiérite, se forment dans des
conditions de haute température. Donc, cela caractérise une
déformation syngranulitique à amphibolitique ayant affecté
ce gisement. Cette phase correspond à un métamorphisme
syndéformationnel rétrograde.
66
Chapitre IV
Discussion
IV.1 Lithologie et déformation
La ligne cisaillante de Betroka influence les formations
géologiques de notre zone d'étude. Le comportement lithologique
par rapport à la déformation observée sur le terrain
permet d'affirmer avec certitude la continuité de la zone cisaillante de
Betroka à Tsiombe. L'orientation générale NE-EW des dykes
d'amphibolite traduit une mise en place le long des diaclases
générées lors du cisaillement de Betroka.
La zone d'étude est affectée par plusieurs types
de déformations qui se sont déroulées en plusieurs
épisodes successifs. Trois phases de déformations ont
été mises en évidence dans l'ensemble du terrain. Cet
argument est compatible aux résultats de nos prédécesseurs
de leurs travaux dans le domaine Androyen (Razakamanana, 1990, 1999 ; Collins
et al., 2012). La première phase (D1) est responsable de la
foliation d'ensemble avec des plis isoclinaux. Cette structure est
masquée par les autres déformations (D 2 et D3) et n'en reste que
des reliques des minéraux orientés suivant la schistosité
(S1). La deuxième phase (D2) se traduit par des plis isoclinaux (P2) de
puissances centimétriques à métriques. Ils ont
été mis en évidence à travers les coupes que nous
avons effectuées. Par lequel les grands cercles du diagramme de
foliations nous montrent des plis serrés déversés vers
l'Est et dont leurs axes se dirigent vers le NE. Ils sont observables à
travers les successions de synclinaux et d'anticlinaux le long des coupes
réalisées. Lors du plissement (P2) se mettent en place les
granites stratoïdes et la génération des dykes basiques. La
troisième phase (D3) est responsable du cisaillement dont le sens du
mouvement est vers le Sud (Fig. 13a). Les indicateurs cinématiques
observables dans notre zone d'étude nous confirment cette
dernière phase de déformation (D3). Les déformations sont
liées à une phase de compression et de cisaillement. La phase de
compression affectant les dykes basiques se traduit par des boudinages parfois
asymétriques, indiquant un régime de déformation non
coaxial de sens sénestre. Les dykes d'amphibolites enregistrent les
déformations engendrées lors de l'orogénie panafricaine
(Razakamanana, 1999). Puis, une décompression isothermale a permis la
mise en place des paragneiss à cordiérite, rattachés
à l'évènement Panafricain (Ackermand et al.,
1989, Razakamanana, 1999).
67
Les saphirines sont stables à haute température
et à haute pression (en profondeur). Ce sont des matériaux de la
croûte terrestre inférieure. Elles se trouvent à la base de
la stratigraphie et sont ramenées en surface grâce au
mécanisme de chevauchement. Dans notre zone d'étude, dans la
partie centrale, la roche à saphirine et à kornérupine
affleure sur le plan de chevauchement. Ce même contexte géologique
se trouve à Ianakafy (Ackermand et al., 1989) et à
Vohidava (Razakamanana, 1999) pour les roches à saphirine et à
kornérupine.
IV.2 Évolution structurale et
tectonométamorphique
Les observations des structures sur le terrain et les
échantillons montrent que la zone de Tsiombe a été soumise
à un métamorphisme de haut grade. Une contrainte majeure mobilise
les roches vers le Sud suite à un chevauchement qu'on peut qualifier
à des écaillages tectoniques observables à
l'échelle de l'affleurement. Ce phénomène est le
responsable de la mise en place de la minéralisation en
saphirine-kornérupine. La présence des quartzites dans la partie
Sud témoigne une ancienne marge continentale passive (Boger et al.,
2014) où les sables se transforment en quartzite sous l'effet de
température et de pression pendant le phénomène du
métamorphisme. L'orientation préférentielle NNE-SSW des
linéaments est conforme à la foliation des formations
géologiques de la zone d'étude et est parallèle à
ceux de la zone cisaillante de Betroka.
Martelat et al., (2000) a précisé que
Betroka est une zone cisaillante dextre. Or, les indicateurs
cinématiques que nous avons observés sur notre zone
d'étude sont essentiellement dominés par du type sénestre.
Pourtant, notre zone d'étude se trouve à
l'extrémité Sud de la zone cisaillante de Betroka (ZCB). La ZCB
est une ligne de grande déformation cisaillante senestre (Windley et
al., 1994, Razakamanana, 1991, 1999) que nous appelons aussi zone
cisaillante de Tsiombe (ZCT). Ce contexte est encore vérifié
à l'échelle mégascopique en observant le dôme
d'Antsiriry et d'Ankaboa situés de part et d'autre de la ZCT. Le
dôme d'Antsiriry qui se trouve à l'Ouest de la ZCT se glisse vers
le Sud et le dôme d'Ankaboa situé à l'Est de la ZCT montre
un mouvement vers le Nord (Fig. 6). D'après nos
observations sur terrain, nous nous retenons donc que la ZCB ou bien ZCT est
une zone cisaillante senestre.
Dans le cadre de la tectonique, la zone de Tsiombe est
interprétée comme une zone clé pour l'étude d'une
zone à tectonique cisaillante. La tectonique d'ensemble montre une
direction NNE-SSW avec inflexion progressive des couches vers l'Est dans le
dôme d'Ankaboa et vers l'Ouest à Antsiriry, au Nord de la ville de
siombe. Le plongement des
68
foliations est presque subvertical. À l'échelle
locale, le grade métamorphique augmente progressivement d'Est en
Ouest.
L'assemblage saphirine-kornérupine avec le phlogopite a
un rôle important dans le métamorphisme. La présence de la
roche à saphirine-kornérupine-phlogopite- sillimanite indique un
processus de fusion autour de 850°C et 9,5 Kbar (Razakamanana, 1999). La
phlogopite indique un milieu de cristallisation magnésienne.
L'interaction entre le fluide et la roche a provoqué une
phlogopitisation de la roche encaissante. L'association de kornérupine
avec les minéraux hydratés comme cordiérite et biotite,
ainsi que les cristaux bien développés de kornérupine
suggèrent une circulation des fluides métamorphiques (Sharma and
Prakash, 2006).
IV.3 Minéralisations
IV.3.1 Saphirine
La minéralisation en saphirine est déjà
signalée à Madagascar (Fig. 28) notamment dans
la région de Betroka (Lacroix, 1953), à Andriamena (Foissy et
al., 1965 ; Goncalves et al., 2004), dans la région de
Sakeny (Rakotonanahary, 1968). La saphirine est associée avec la
kornérupine dans la région d'Inanakafy (Megerlin, 1968 ; Knorring
et al., 1969), à Voronkafotra (Razakamanana, 1986), à
Vohidava (Ackermand et al., 1989) et au bloc de Vohibory (Rakotovao,
2009). La saphirine peut se former à une température
élevée et à une pression modérée (Harley
et al., 1995 ; Podolesskii, et al., 2008). Les paragneiss
à saphirine sont des indicateurs d'évolution de T-P (Prakash
et al., 2012) et indiquent une température de
métamorphisme de haut grade dans des nombreux terrains d'âge
Protérozoïque (Mohan et al., 1997).
La minéralisation en saphirine de Taivo se
présente sous forme lenticulaire de quelque mètre de puissance.
Le porphyroblaste de saphirine est entouré par du mica qui forme une
«bowed-out foliation», un témoin du métamorphisme de
haut grade (Razakamanana, 1999). L'assemblage saphirine-kornérupine du
Précambrien Sud de Madagascar démontre une variation de pression
entre 4 à 12 Kbar et de température entre 400 à
1000°C (Razakamanana and Christy, 2001). L'analyse géochimique de
la minéralisation en saphirine et kornérupine de notre zone
contribuera à la justification de cette affirmation. L'environnement
géologique du gisement de saphirine de Vohidava (Razakamanana, 1986,
1990, 1999) est similaire à celui de Taivo. Cela confirme que
69
Tsiombe est le prolongement vers le Sud de la zone cisaillante
de Betroka qui n'est autre que la ZCT.
IV.3.2 Kornérupine
La kornérupine intéresse des nombreux
chercheurs, car elle témoigne une zone affectée par un
métamorphisme de haut grade et de température
modérée (Volkert, 2013). La kornérupine se trouve rarement
dans les terrains métamorphiques. Sa présence est surtout
marquée dans le faciès amphibolite de haut grade et dans le
faciès granulite (Nicollet, 1986, 1990 ; Razakamanana, 1990, 1999 ;
Klaska and Grew, 1991 ; Vry 1994). Des corps similaires
rencontrés dans le domaine Androyen (Razakamanana, 1990, 1999) sont
décrits au gisement de Taivo. Ils sont fréquemment
accompagnés par de la cordiérite et du mica phlogopite. La
présence de la kornérupine dans le paragneiss à
cordiérite suggère un métamorphisme de HT qui a
affecté la région.
La minéralisation en kornérupine de Taivo
représente un intérêt et importance pétrologique,
car elle enregistre l'évolution de l'environnement géologique sur
le diagramme T-P (Razakamanana, 1999). Sa présence dans le micaschiste
atteste le métamorphisme de pression moyenne de cette zone. Notre zone
d'étude fait partie des zones clés pour comprendre
l'évolution pétrologique et métamorphique surtout dans le
Précambrien Sud de Madagascar.
En se basant sur les minéraux indicateurs du
métamorphisme, la zone cisaillante de Tsiombe est affectée par un
métamorphisme prograde du Sud vers le Nord. Au Sud, à Taivo,
l'assemblage minéralogique est formé par :
saphirine-kornérupine-cordiérite- grenat-phlogopite-apatite ; Au
centre, à Ankarandoha, l'assemblage minéralogique est
constitué par
saphirine-cordiérite-grenat-phlogopite-apatite-sillimanite ; au Nord,
à Antsiriry : grenat-cordiérite-phlogopite-apatite. En examinant
ces différentes associations minéralogiques, les
kornérupines trouvées à Taivo sont absentes à
Ankarandoha. Les kornérupines sont instables et se transforment en
saphirines en fonction de l'augmentation du degré du
métamorphisme (P-T). Nous pouvons en déduire donc que le
degré du métamorphisme croit vers le Nord et qui est encore
confirmé par la présence du gîte de grenat d'Antsiriry, au
Nord de Tsiombe.
70
Conclusion et recommandations
Conclusion
À l'issue de ce travail, nous arrivons à
conclure que la majorité des roches rencontrées sur le terrain
sont des leucogneiss granitoïdes. Les caractères
pétrographiques observés après avoir fait des campagnes
cartographiques nous ont permis de distinguer quelques variations
lithologiques. Les formations granitoïdiques sont recoupées par des
dykes d'amphibolite et des intrusions tardives. Les informations que nous avons
accueillies complètent quelques détails sur l'ancienne carte
existante et enrichissent les éléments structuraux
régionaux de la zone de Tsiombe, surtout la géologie du gisement
de saphirine et kornérupine de Taivo. Elles complètent la liste
des gisements des minéraux riches en borosilicate inventoriés
dans la partie Sud de Madagascar.
Nous avons vu aussi que l'orientation structurale est
caractérisée par la dominance de la direction NE-SW. L'ensemble
de la région est fortement plissé, marquée par une
succession en dôme et bassin étirés. Les données
structurales démontrent que la zone est affectée par trois phases
de déformations (D1, D2, D3) qui sont groupées en deux types :
une déformation souple marquée par des plissements, des
mésoplis en accordéons, des boudins asymétriques et le
cisaillement, et une déformation cassante qui se matérialise par
la présence des dykes basiques et acides. L'analyse structurale des
données portant sur les indicateurs cinématiques observables sur
le terrain nous a permis de démontrer l'existence d'une zone cisaillante
de sens sénestre qui n'est autre que la zone cisaillante de Tsiombe
(ZCT). Les informations lithologiques, minéralogiques, structurales et
métamorphiques suggèrent que cette région est
affectée par un métamorphisme de haut grade, faciès
granulite à amphibolite.
La compilation des résultats géostructuraux et
gîtologiques nous a permis de conclure que le gisement de
saphirine-kornérupine de Taivo-Tsiombe est étroitement lié
à un mécanisme de décrochevauchement qui s'est
déroulé au niveau d'une zone cisaillante de type extensif.
Recommandations
Des études pétrographiques et structurales ont
été développées dans ce mémoire pour mieux
comprendre le mécanisme de la mise en place des gisements de saphirine-
kornérupine de Taivo-Tsiombe, Sud de Madagascar. Mais pour
améliore ce travail dans
71
le futur, il faut faire encore plus des études
approfondies pour avoir des informations plus détaillées sur la
formation ou la genèse des gisements. D'ailleurs, l'étude
scientifique demande des financements, des matériels modernes et de
laboratoire bien équipé par des outils modernes.
Des études pétrologiques seront
envisagées pour mettre en évidence la variation du gradient de
pression-température affectant les différentes formations
géologiques. Il faut aussi appuyer cette étude avec de lames
minces pour l'étude pétrologique approfondie des roches à
saphirine et à kornérupine. Pour bien comprendre
l'évolution géodynamique de Tsiombe, la datation des roches
à saphirine et à kornérupine avec ses encaissants devrait
être faite en utilisant des techniques modernes. En d'autres termes, une
étude géochronologique bien approfondie sur le gisement de
saphirine et kornérupine serait nécessaire pour connaître
la mise en place de roches minéralisées de Taivo.
Une étude géophysique appliquée serait
nécessaire pour établir un modèle tectonique de la
région. Pour la télédétection, il faut utiliser des
images satellites à haute résolution afin d'identifier les
différents faciès lithologiques et les éléments
structuraux dans la zone. Il sera aussi intéressant de faire des
études géochimiques pour nous donner plus d'information
pétrogénétique d'une part, et d'élargir la zone
d'études vers le Nord de Tsiombe, le long de la zone cisaillante de
Betroka pour avoir encore plus de détails sur la pétrologie
comparée des roches à saphirine et à kornérupine
d'autre part.
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`` Études géostructurales et
gîtologiques du gisement de saphirine et kornérupine de
Taivo-Tsiombe, Domaine androyen,
Sud de Madagascar »
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Nombre de pages
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77
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Nombre de tableaux
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05
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Nombre de figures
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42
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Résumé
Tsiombe se situe à l'extrémité Sud de la
zone cisaillante de Betroka. Nombreux travaux cartographiques ont
été effectués dans le Sud de Madagascar, mais notre zone
d'étude reste encore peu étudiée. Quelques traits
géologiques avec certaines lignes structurales furent ressortis des
anciennes cartes et le gisement de saphirine-kornérupine n'a pas
été mentionné. De ce fait, cette recherche a
été réalisée dans le but de compléter et
actualiser les informations lithologiques et structurales de la région.
Outre l'étude pétrographique, une attention particulière a
été portée sur les gîtes des roches à
saphirine-kornérupine. L'analyse de la déformation couplée
à l'étude des indicateurs cinématiques identifiés
sur ces gîtes met en évidence un système
décrochevauchant, un mécanisme structural,
considéré comme étant responsable de la mise en place de
ces gites. Les minéraux index tels que la
cordiérite-grenat-saphirine-kornérupine observés sur notre
zone d'étude témoignent un métamorphisme de haut grade. Le
gîte de saphirine-kornérupine de Taivo a été mis en
place dans la zone cisaillante sénestre de Tsiombe sous un faciès
granulite.
Mots clés : gîtologie, saphirine,
kornérupine, décrochevauchement, Taivo, Tsiombe.
Abstract
Tsiombe is located at the extremity South of Betroka shear
zone. Many cartographic works have been realized in Southern part of Madagascar
but our study area remains slightly studied. Some geological features with some
structural lines had come out from former maps and sapphirine-kornerupine
deposit is not mentioned. Of this fact, this study has been carried out to
complete and to actualize lithological and structural information of the
region. Besides petrography, this research has a particular attention on
sapphirine-kornerupine deposit. Kinematics' fabrics linked to the analysis of
the deformation identified on the deposit displays a thrust and shearing
system, a structural mechanism, considered as responsible of the laying up of
these deposits. The mineral indexes as the
cordierite-garnet-sapphirine-kornerupine observed on our study area testify
high grad metamorphism. Sapphirine-kornerupine rocks bearing of Taivo have been
deposited in Tsiombe sinistral shear zone under a granulite facies.
Keywords: gitology, sapphirine, kornerupine,
shear, thrust, Taivo, Tsiombe.
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Auteur : Tsiorisoa Harempahasoavana E-mail :
tsiorisoah@
gmail.com
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Encadrant : Théodore Razakamanana
Professeur titulaire de chaire de classe exceptionnelle,
Université de Toliara
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