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Tibet: A quand l'Indépendance ?

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par Armeline Dimier
Institut d'Etudes Politiques de Grenoble - Diplôme de Sciences Politiques 2007
  

Disponible en mode multipage

Séminaire

« Géopolitique du monde contemporain » 2005-2006

Sous la direction de Jean-William Dereymez

Séminaire

« Géopolitique du monde contemporain » 2005-2006

Sous la direction de Jean-William DEREYMEZ

Remerciements

Merci à mon directeur de mémoire, Mr Dereymez, pour avoir dirigé la rédaction de cet ouvrage. Un grand merci à Claude Levenson, qui a accepté de répondre à mes questions et qui m'a soutenue dans la rédaction de ce mémoire. Merci aussi à toutes les associations qui luttent pour défendre le Tibet, j'espère qu'un jour leur action aboutira.

Un grand merci à mes meilleures amies, ma coloc, mais aussi à mes parents, ma soeur, et tout ceux qui m'ont supporté pendant ce travail.

Merci à la Chine pour être si fascinante. Merci tout particulièrement à Mian Mian et Wei Hu pour leurs romans autobiographiques. Leurs ouvrages m'ont permis de voir à quel point la jeunesse chinoise vit dans une cage, dorée certes, mais une cage quand même. J'espère qu'un jour la démocratie se réalisera là-bas.

Sommaire

Avant-propos 5

Introduction 6

Partie 1 : Les relations sino-tibétaines, histoire et controverses 11

Chapitre 1 : Le Tibet, un pays au statut changeant 12

Chapitre 2 : L'invasion du Tibet 32

Chapitre 3 : La politique de la Chine à l'égard des minorités 44

Partie 2 : Une indépendance de plus en plus improbable 58

Chapitre 1 : Génocide et colonisation : une minorité tibétaine dans la masse han 59

Chapitre 2 : Le Tibet, zone stratégique vitale pour la Chine 72
Chapitre 3 : Le gouvernement tibétain en exil et le gouvernement chinois : de l'échec des

négociations à la recherche d'un compromis 78

Chapitre 4 : Une communauté internationale inactive et indifférente 86

Partie 3 : Tibet libre : des éléments porteurs d'espoirs 105

Chapitre 1 :La communauté en exil et son rôle dans la sauvegarde de l'identité tibétaine 107

Chapitre 2 : Solidarité de la société civile internationale 115

Chapitre 3 : Les espoirs de démocratie en Chine 123

Chapitre 4 : Envisager d'autres solutions ' 134

Conclusion 140

Bibliographie 144

Annexes 152

Avant-propos

Il est très délicat d'écrire sur un sujet qui nous touche personnellement et vis-à-vis duquel l'objectivité est un critère difficile à appliquer. C'est pourtant ce que j 'ai essayé de faire dans ce mémoire. Il ne s'agit pas en effet de tomber dans le pathétique et de s'épancher à outrance sur le triste sort des Tibétains, mais bien de dresser un bilan des arguments favorables ou défavorables à l'indépendance du Tibet, et ce de la façon la plus impartiale possible.

La Chine est, au même titre que le Tibet, une grande civilisation, amenée dans les années à venir à connaître son apogée sur la scène internationale. Lorsque je me réfère aux Chinois pour qualifier leur comportement indigne envers le Tibet, je ne fais pas de généralisation : il existe des Chinois démocrates, libéraux, qui aspirent au respect des droits de l'homme et des libertés individuelles, comme il existe des Chinois favorables à la peine de mort, violant les droits de l'homme et se complaisant dans l'autoritarisme et la répression. Je ne fais donc pas d'amalgame quant je parle des Chinois. Chaque citoyen de l'Empire du milieu à sa propre opinion, son propre point de vue sur sa société et son système politique.

Enfin, j'aimerais rappeler ici à quel point il me semble important de ne pas oublier que 1, 2 millions de Tibétains sont morts, et que leur culture et leur identité sont menacées de disparition. Dire cela ne revient pas à tomber dans le pathétique, mais bien à faire un constat à la vue des éléments objectifs qui nous sont donnés quant à la situation actuelle du Tibet. Un peuple se meurt donc, et cette étude vise à se demander si l'indépendance de ce pays est toujours envisageable aujourd'hui, ou bien si elle relève d'une utopie. Mais justement, l'utopie n'est-elle pas « la vérité de demain » ?1.

1 Victor Hugo

Introduction

Vivre sans espoir, c'est cesser de vivre.

Dostoïevski

En l'espace de 50 ans, le Tibet est devenu « un pays occupé par des hommes qui ont anéanti des membres de chaque familles », où il faut « parler chinois pour toute démarche de base, baisser la tête, avoir parfois honte de sa langue, de sa race, n'avoir qu'un passé dénaturé contre lequel il est suicidaire de se dresser, un présent incertain, et un avenir menaçant »2. Pendant longtemps, avant la date fatidique du 7 octobre 1950, les Occidentaux ont regardé vers le Tibet comme on regarde vers le Paradis, curieux et fascinés par cette terre des divinités bouddhistes. Longtemps aussi, « d'aucuns ont vu le Pays des neiges comme une terre éthérée où les songes les plus échevelés se matérialisent »3. Puis ils ont détourné le regard pour ne plus jamais le poser sur le Pays des neiges.

Aujourd'hui, le Tibet est devenu le symbole des contradictions occidentales. En effet, l'Occident a contribué au développement des droits de l'homme. On peut définir ces droits comme un ensemble de droits universels, auquel chaque être humain à droit, quel que soit le droit de son pays ou son appartenance ethnique ou culturelle. Ces droits sont multiples : économiques, sociaux, civils ou politiques, voire même culturels. Ils sont définis par des lois et des conventions internationales comme la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, ou encore la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. D'autres grands textes ont contribué à la constitution d'un régime international de protection des droits de l'homme, et l'ONU, principal artisan de l'internationalisation de ces droits, a même réussi à créer une juridiction spécifique afin de juger les responsables des violations de ces droits. Tout porterait donc à croire que les Etats occidentaux ont développé une certaine éthique vis- à-vis du respect des droits de l'homme. Et pourtant il n'en est rien. Bien que des pays comme la France ou les Etats-Unis se prétendent les ardents défenseurs des droits et des libertés de l'espèce humaine, leur manque de réaction face aux violations patentes de ces droits en Chine, et plus particulièrement au Tibet, reflète l'hypocrisie dans laquelle se complaisent les Etats dits « développés ».

2 GINET Pierre-Yves, Tibet en exil, entre mythes et réalités, Villeurbanne, Golias, (Les grands reportages de Golias), 2000, p.10

3 WANGMO Tenzin, LAZAR Edward (dir.), Tibet, la solution : l'indépendance, Genève, Olizane, 1995, p.83

En 1950, la Chine envahissait le Tibet, violant l'intégrité territoriale d'un Etat indépendant. Le Tibet peut actuellement à bien des égards être considéré comme un pays colonisé, et les violations des droits de l'homme par la Chine sur son territoire ont été prouvées par de nombreux rapports et témoignages. Pourtant, le vingtième siècle a été pour beaucoup considéré comme le siècle de la décolonisation. Malgré tout, le Tibet reste sous le joug chinois. La montée des nationalismes et des mouvements indépendantistes, la multiplication des Etats et la balkanisation du monde moderne sont autant d'éléments qui laissent penser qu'un jour le Tibet pourra accéder au statut d'Etat indépendant, statut qui lui permettrait de préserver l'identité et la culture de son peuple. Pourtant, des éléments de différentes natures : politiques, géopolitiques, économiques, mais aussi relevant de la puissance, viennent contredire l'espoir qu'ont les Tibétains de voir un jour leur pays redevenir indépendant.

Peut-on toutefois envisager l'indépendance du Tibet de manière sérieuse et réaliste ? Ou n'est-ce qu'une utopie ? Difficile de peser le pour et le contre, surtout lorsque les enjeux du conflit sino-tibétain ont une dimension nationale, régionale, mais aussi, et peut-être surtout, internationale. L'autodétermination du Tibet constitue donc un enjeu aux dimensions multiples : à l'échelle nationale, cette solution remettrait en cause la structure même de l'Etat chinois et son histoire. A l'échelle régionale, elle bouleverserait l'équilibre et les rapports de force asiatiques et transformerait les relations transfrontalières de la Chine mais aussi de toute la zone himalayenne. Au niveau de la communauté internationale, seule capable peut-être d'imposer des pressions suffisantes à la Chine pour qu'elle respecte le droit à l'autodétermination d'un peuple, tout reste cependant à faire.

L'indépendance du Tibet a toujours été sujette à des controverses historiques. Pour les Chinois, il appartient à la Chine comme la Corse appartient à la France. Selon les Tibétains, l'histoire a prouvé maintes fois l'indépendance de leur pays, et à ce titre il se doit de recouvrer ce statut. Ces deux interprétations cohabitent aujourd'hui, en Chine mais aussi à travers le monde, et font même l'objet de débats juridiques. Face à ces débats, la position du gouvernement chinois reste inchangée. En effet, accorder l'indépendance au Tibet reviendrait à amputer le territoire chinois d'une région à la superficie conséquente, mais aussi à l'emplacement géographique stratégiquement très important pour la Chine.

D'autres éléments rendent l'idée d'une indépendance tibétaine utopique. Ainsi, la colonisation et la sinisation du Tibet sont telles que les Tibétains sont devenus une population minoritaire sur leur propre territoire. Pour cette raison, il semble que Pékin ne va pas s'arrêter en si bon chemin et va continuer d'appliquer sa solution finale, de manière plus sournoise, qui consiste à faire progressivement disparaître les Tibétains du Tibet, non pas par la force mais par la colonisation.

Dans un deuxième temps, il est nécessaire de voir que la position du gouvernement tibétain en exil n'est pas non plus favorable à l'indépendance. Les politiques tibétains se contentent ainsi de demander une autonomie réelle, et les différents échecs des processus de négociations entrepris avec les autorités chinoises se sont tous révélés infructueux, l'administration en exil n'étant évidemment pas en position de force dans ces négociations.

Le rôle stratégique du Tibet pour la Chine ne vient bien sur pas faciliter une éventuelle indépendance. En effet, outre sa position géographique qui lui confère un poids considérable sur le sous-continent indien, le Tibet est considéré comme le château d'eau de l'Asie, et ses ressources diverses, qui vont des plantes médicinales au cuivre ou au lithium, en font une possession d'autant plus importantes pour la Chine. La colonisation repose bien souvent sur cet aspect essentiel : l'importance économique de la colonie. Le potentiel du Tibet dans ce domaine est tel que son indépendance semble improbable.

Enfin, dernier aspect mais non des moindres : l'indifférence des Etats envers le Tibet. Au nom du principe de non-ingérence, les Etats occidentaux, alors les plus à même d'aider le Tibet, n'ont pas porté secours à celui-ci lors de son invasion. Et aujourd'hui, malgré l'existence d'un droit d'ingérence institutionnalisé et légal, les Etats n'agissent toujours pas, au nom de principes relevant tant de la high que de la low politics. Les droits de l'homme ne sont aujourd'hui plus une raison suffisante pour qu'un Etat se mobilise, et seule la poursuite de l'intérêt national guide leurs actions.

L'indépendance du Tibet semble donc au regard de tous ces éléments être un but irréalisable. Toutefois, bien des arguments peuvent laisser penser qu'un jour le Tibet regagnera sa liberté.

Tout d'abord, le rôle central que joue la communauté en exil dans la préservation de la culture tibétaine, mais aussi dans le maintien d'un gouvernement tibétain souverain sur un peuple, laisse penser que l'indépendance n'est pas compromise, dans la mesure où ce gouvernement permettrait de restaurer la souveraineté perdue des tibétains sur le Tibet. En effet, l'existence même de cette communauté, entité à la fois culturelle, ethnique et politique, dont le poids est aujourd'hui non négligeable, assure non seulement la survie de l'identité du

peuple tibétain, mais aussi la visibilité de la cause sur la scène internationale. Cette visibilité est principalement le fruit de l'action du Dalaï-lama, à la fois chef spirituel et temporel des Tibétains en exil, mais aussi personnalité à la dimension internationale, qui assure une représentation de la cause tibétaine devant les plus grandes instances mondiales.

L'action du Dalaï-lama est en outre complétée par la constitution d'un réseau associatif pro-tibétain très développé. Ce réseau assure une grande publicité au Tibet, et ses différentes typologies d'actions rendent la cause d'autant plus visible. Ces groupes permettent notamment de sensibiliser les opinions à ce sujet, et agissent également auprès des dirigeants politiques, exerçant des pressions pour que les gouvernements occidentaux se décident enfin à se prononcer, voire à s'engager en faveur de la cause tibétaine. L'action de la société civile mondiale est donc aujourd'hui largement favorable au Tibet, et notamment à son indépendance, puisque les demandes exprimées par ce tissu associatif vont globalement toutes vers une libération, c'est-à-dire une indépendance du Tibet.

A côté de ce tissu associatif, on peut constater l'implication du Parlement européen et du Congrès américain en faveur du Tibet. Que ce soit en reconnaissant la version tibétaine de l'histoire de ce pays, c'est-à-dire en admettant qu'il a été colonisé, ou bien en votant des résolutions appelant la Chine à respecter le droit des Tibétains à disposer d'eux-mêmes, ces deux institutions se positionnent donc favorablement au Tibet, contrairement à la plupart des hommes politiques de leurs pays.

Deuxième point central dans cette analyse : la démocratisation de la Chine. Depuis le début du vingtième siècle, la Chine a été sporadiquement secouée par de nombreux mouvements pro-démocratiques, portés par des groupes sociaux différents. En 1989, les soubresauts se sont transformés en véritable raz de marée, et le mouvement de la place Tienanmen a montré à quel point la jeunesse chinoise aspirait à des réformes politiques garantissant les droits et les libertés des citoyens chinois. De nos jours, ces aspirations démocratiques demeurent, que ce soit auprès des Chinois en exil ou de ceux restés en Chine. Ces revendications démocratiques sont simplement plus difficiles à percevoir, la répression politique chinoise les forçant à une discrétion des plus poussée. Le mouvement pro- démocratique continue toujours d'exister, et il est important de voir que si un jour il parvenait à se transformer en force politique, cela serait grandement favorable aux Tibétains. En effet, la démocratie est l'un des rares systèmes politiques qui appellent à la tolérance envers les minorités, de même qu'elle respecte le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Bien sur, toutes les démocraties ne garantissent pas ce droit dans le sens d'une indépendance, dans la mesure ou cela conduirait à un éclatement des Etats. Mais globalement les démocraties sont rarement réticentes lorsqu'il s'agit d'octroyer l'autonomie à des minorités ethniques ou

nationales qui la réclament. L'Espagne et la Grande-Bretagne symbolisent d'ailleurs bien cette tolérance envers les minorités nationales. La démocratie en Chine permettrait de faire respecter ce droit à l'autodétermination des Tibétains, et elle pourrait même conduire ce peuple à restaurer sa souveraineté sur son territoire.

Enfin, il faut toutefois envisager d'autres solutions au conflit sino-tibétain. L'autonomie véritable, c'est-à-dire non pas seulement proclamer dans les textes mais appliquée sur le terrain, est la solution proposée par le Dalaï-lama et les tenants d'un ligne réaliste et pragmatique concernant le Tibet. D'autres appellent à la fédéralisation de la Chine, afin que le Tibet bénéficie du plus haut degré d'autonomie qui puisse lui être accordé, c'est-à-dire le statut d'Etat fédéré. En donnant ce statut au Tibet, on lui permettrait de se doter d'une constitution, mais surtout on donnerait la possibilité aux Tibétains, et non plus seulement aux Chinois, d'élaborer les politiques qui s'appliquent sur leur territoire, et donc de décider par eux-mêmes de leur avenir.

Dire que l'indépendance du Tibet est aujourd'hui utopique, c'est se voiler la face quant aux divers éléments étudiés ci-dessus. La décolonisation du Tibet n'est pas inenvisageable, elle est seulement hypothéquée par rapport à des éléments négatifs qui laissent croire que la Chine ne respectera jamais les droits de l'homme et le droit des peuples à disposer d'eux- mêmes. L'indépendance tibétaine reste donc possible, bien qu'elle soit actuellement soumise à des obstacles de taille.

Nous verrons donc dans une première partie l'histoire des relations sino-tibétaines : ses controverses, ses errements, ses manipulations, ses vérités. Puis, dans une deuxième partie, nous verrons quels sont les éléments qui rendent pour beaucoup l'indépendance du Tibet chimérique : sinisation, colonisation, rôle stratégique du Tibet pour la Chine, absence d'engagement de la part de la communauté étatique internationale. Enfin, nous verrons qu'il existe bel et bien des éléments porteurs d'espoirs qui, quoiqu'en disent les tenants d'une ligne réaliste, laissent espérer l'indépendance du Tibet. Ces éléments vont de l'action de la communauté tibétaine en exil et du tissu associatif pro-tibétain, au mouvement pro- démocratique en Chine.

Partie 1 : Les relations sino-tibétaines : histoire et
controverses

Chapitre 1 : Le Tibet, un pays au statut changeant

L'indépendance et l'autodétermination sont deux notions centrales lorsque l'on évoque la question du Tibet. Mais parler du Tibet et de ses relations avec la Chine, c'est aussi évoquer le dilemme de la souveraineté, ou de la suzeraineté chinoise sur le Tibet : la Chine a- t-elle exercé sa souveraineté ou une forme de suzeraineté sur le Tibet à un moment donné ? Le Tibet a-t-il été indépendant ? Ces questions ont le mérite de soulever le principal problème auquel est confrontée la communauté tibétaine aujourd'hui : celui de la reconnaissance de son indépendance historique. Ainsi, pour les Tibétains, le Tibet a été indépendant avant l'invasion chinoise, et n'appartenait nullement à la Chine, alors que pour les Chinois le Tibet a toujours été une partie de leur territoire. Cette double interprétation du statut du Tibet suscite des controverses, malgré la communauté internationale qui se positionne en faveur de la version tibétaine de l'Histoire du Tibet.

1. L'indépendance, enjeu géopolitique majeur

1.1 Indépendance

Dans le langage courant, l'indépendance désigne la capacité pour un individu de s'administrer librement, sans contrainte. Lorsque l'on se réfère à la notion d'indépendance en droit international, on s'attache plus à définir le statut d'un Etat.

L'indépendance est une notion centrale du vingtième siècle, et elle a constitué l'enjeu majeur de la plupart des conflits qui ont jalonné ce siècle, que ce soit, dans les années 1950, le conflit algérien ou le conflit israélo-palestinien, ou plus récemment les luttes basque ou tchétchène pour la création d'un Etat indépendant. L'indépendance est une notion proche de l'autonomie politique, de la souveraineté nationale. C'est tout du moins le sens que lui donne le Larousse. Plus globalement, l'indépendance est un terme qui désigne le libre exercice du pouvoir par

l'Etat. En ce sens, l'impérialisme ou le colonialisme sont perçus comme des violations de l'indépendance des Etats.

Aujourd'hui, indépendance et question nationale sont deux axiomes qui vont souvent de pair, et les revendications indépendantistes de plusieurs groupes nationaux comme les Basques en Espagne, les Ecossais en Grande-Bretagne ou les Corses en France, traduisent le lien qui existe entre ces deux phénomènes, mais aussi leur renouveau comme enjeu géopolitique contemporain. En effet, on assiste au renouveau du critère identitaire, et bien souvent du critère ethnique, qui sont deux choses liées mais différentes, comme composante centrale des revendications indépendantistes et sécessionnistes. L'identité, notion subjective, se réfère plus à une conscience de l'appartenance à un groupe qui partage une culture, une histoire, alors que l'ethnie fait référence aux caractéristiques objectives d'un groupe, langue, histoire bien sûr, mais aussi caractéristiques physiques, religion. Cette renaissance de l'ethnicité et de l'identité a provoqué l'émergence au sein de nombreux groupes de revendications indépendantistes et sécessionnistes, sur le motif du droit pour un peuple de créer son Etat. On assiste ainsi à une ethnicisation des Etats, décrites par Alain Dieckhoff dans son ouvrage La nation dans tous ses Etats 4, et en quelque sorte à une « étatisation » des groupes identitaires ou ethniques dans la mesure où ceux-ci aspirent de plus en plus à l'indépendance et à la constitution de leur propre Etat.

Pour Claude Levenson, un Etat indépendant a les caractéristiques suivantes : un territoire, une langue, une culture (ou civilisation), un gouvernement qui assure l'administration et bat monnaie, des frontières et des relations avec les pays voisins, une armée, un drapeau, un service de transport et de communication.

Cette définition d'un Etat indépendant occulte toutefois un aspect central de l'indépendance, celui de la reconnaissance internationale. En effet, même si un Etat se proclame indépendant, ce statut ne lui est accordé que lorsque la communauté internationale, et surtout les organisations internationales, notamment l'ONU, décident de reconnaître cet Etat. En outre, la véritable indépendance d'un Etat est aussi liée à la perception et à la réaction de l'Etat auquel l'entité indépendantiste appartient. Par exemple, la Tchétchénie a proclamé son indépendance en 1992, mais la Russie n'a accordé aucune importance à cette déclaration, et est même intervenue militairement pour conserver la Tchétchénie dans le giron centralisateur de l'Etat russe.

4 DIECKHOFF Alain, La Nation dans tous ses Etats, Paris, Flammarion (Champs), 2002, 354 p.

Les Tibétains sont aujourd'hui l'un de ces groupes ethniques qui revendiquent le droit d'être indépendant de la Chine, où tout du moins de voir leur droit à l'autodétermination respecter par l'Etat chinois.

1.2 Le droit à l'autodétermination

L'autre point essentiel à aborder lorsque l'on se réfère à la notion d'indépendance est de mentionner deux notions connexes, à savoir celle d'autodétermination et de droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Ces deux principes aujourd'hui primordiaux en droit international ont été institutionnalisés par trois textes centraux des Nations-Unies, la Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux datant de 1960, le Pacte des Nations-Unies sur les droits économiques, sociaux et culturels et le Pacte sur les droits civils et politiques du 16 décembre 1966 qui énonce : « tous les peuples ont le droit de disposer d'eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel »5.

Ces deux concepts, autodétermination et droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, recoupent la même signification, celle du droit pour un peuple de déterminer son statut politique librement. Théorisée par Wilson dans son discours en 14 points prononcé au sortir de la Première guerre mondiale, l'autodétermination fût intégrée à la Charte de San Francisco dans son article premier, stipulant que les buts des Nations-Unies sont notamment de « développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, ». En intégrant ce droit dans le texte fondateur des Nations-Unies, les rédacteurs de cette charte en ont fait un principe central du droit international. En outre, dans son allocution faite à Brazzaville le 30 janvier 1944, de Gaulle rappela le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

L'autodétermination pose toutefois débat, car bien que reconnue comme norme internationale, les interrogations demeurent sur sa valeur et sa position dans la hiérarchie du droit international, et notamment sur l'octroi ou non à ce droit du statut le plus haut, celui de jus cogens, terme qui désigne une norme impérative du droit international général, à valeur obligatoire et sans dérogation possible (ce statut est défini par la Convention de Vienne du 23 mai 1969 dans son article 63).

5Article premier du Pacte des Nations-Unies relatifs aux droits civils et politiques, décembre 1966

Toutefois, il existe une différence fondamentale entre autodétermination et indépendance : pour la première, l'autonomie, c'est-à-dire une forme d'indépendance sans la souveraineté, est envisageable, pour la seconde c'est justement la recherche de cette souveraineté qui est centrale.

1.3 Souveraineté, suzeraineté : des notions liées mais utilisés différemment

La souveraineté et la suzeraineté sont deux termes couramment utilisés par les Chinois pour décrire la domination qu'ils ont à un moment exercée sur le Tibet. La souveraineté est le droit exclusif d'exercer l'autorité politique (législative, judiciaire et/ou exécutive) sur une région géographique, ou un groupe de peuples. C'est un terme qui caractérise un Etat lorsqu'il est indépendant, c'est-à-dire non soumis à un autre Etat ou à des institutions internationales, autres que celles qu'il a librement acceptées.

Quant au terme suzeraineté, il renvoie à une relation de type féodal entre un vassal et son suzerain, le suzerain fournissant une propriété à son vassal, et ce dernier faisant allégeance à son suzerain. C'est à ce type de relation que le Tibet fait souvent référence pour qualifier la relation qu'il a entretenu avec la Chine sous les différentes dynasties, et notamment sous la dynastie Qing : le Tibet était alors protégé par son suzerain, l'empereur de Chine, mais conservait son indépendance dans la gestion de ses affaires internes. A l'inverse, la Chine communiste utilise le terme souveraineté pour désigner le contrôle qu'elle a exercé sur le Tibet. Ce terme implique que le Tibet, sous souveraineté chinoise, n'était alors pas indépendant.

L'indépendance a donc été au coeur des enjeux géopolitiques du vingtième siècle, les événements sont là pour le prouver. Et malgré une prédiction souvent édictée par les chercheurs et spécialistes de Science politique ou de relations internationales, celle de la fin de l'Etat-Nation, qui rendrait désuète cette notion d'indépendance, celle-ci conserve toute sa pertinence au vingt-et-unième siècle, et reste même un enjeu central dans le cas du Tibet, puisque ce peuple sans Etat aspire, depuis sa colonisation en 1950 par l'Armée de libération populaire de la République populaire de Chine (RPC), à accéder à ce statut. Les vues divergent quant à l'indépendance du Tibet. Pour certains, notamment le gouvernement et le peuple chinois en général, le Tibet a toujours appartenu à la Chine, tandis que d'autres

affirment l'indépendance historique du Tibet, et son indépendance de fait depuis 1911. Il est nécessaire, avant d'étudier ces controverses, de se pencher dans un premier temps sur l'histoire du Tibet.

2. L'histoire du Tibet

Le Tibet possède une histoire forgée au fil des siècles par divers éléments. Des origines mythiques au vingtième siècle, elle retrace l'avènement d'un peuple façonné par le bouddhisme, mais aussi au coeur d'influences et de rivalités diverses.

2.1 Les origines du Tibet : mythes, légendes et réalités

Les origines du Tibet sont avant tout mythiques. Un premier mythe fait état de l'origine divine des rois tibétains. Ceux-ci avaient pour coutume de descendre du ciel sur une corde de lumière, afin de gouverner les hommes avec sagesse, puis, une fois leur mission accomplie, ils repartaient sur leur rayon de lumière. Mais un jour, lors d'une altercation entre le roi et son palefrenier, celui-ci fit tournoyer son épée au-dessus de sa tête, tranchant ainsi la corde qui le reliait au ciel. Il en mourut, et à compter de cet événement, les rois tibétains devinrent de simples mortels.

Selon l'autre légende sur les origines du peuple tibétain, Chenresig, le bodhisattva de la compassion, prit la forme d'un singe et s'incarna sur terre, où il se consacra dès lors à la méditation. Il épousa, par compassion, une démone lasse de sa solitude, renonçant ainsi à ses voeux. De leur unions naquirent six enfants, représentant les six tribus du Tibet, à savoir les tribus Se, Mu, Dong, Tong, Dru et Ra. Les six traits rouges du ciel sur le drapeau tibétain6 représentent ces six tribus. Par ailleurs, le Dalaï-lama est considéré comme la réincarnation de Chenresig, appelé Avalokiteshvara en sanskrit.

Dans les faits, la naissance du peuple tibétain est toute autre que celle décrite par ces deux
mythes. D'un point de vue historique et archéologique, les Tibétains seraient les descendants
d'une série de tribus nomades qui erraient dans les steppes de l'Asie centrale, et qui se

6 Annexe 8

seraient sédentarisées dans le bassin du Brahmapoutre, donnant naissance à la civilisation tibétaine. Cette civilisation a su pendant des millénaires conserver ses particularismes et son identité. Le peuple tibétain vécut dans un premier temps dans un royaume, dirigé par des monarques.

2.2 Le royaume tibétain et ses monarques

Songtsen Gampo (609/613-650), considéré comme le plus grand roi tibétain et l'unificateur du pays, réussit au septième siècle à unifier les différentes populations tibétaines. Grand chef militaire, il étendit ainsi par des guerres de conquête le territoire tibétain jusqu'à la Mongolie et l'Inde septentrionale. C'est sous son règne qu'émerge le Tibet en tant qu'entité politique unifiée. En 640, après avoir envahi les provinces chinoises du Sichuan et du Gansu, les armées tibétaines forcent même l'empereur de Chine à signer un traité de paix humiliant, comportant la clause du mariage entre le roi et une princesse chinoise, nommée Wencheng. Selon Jérôme Edou, Songtsen Gampo fût le « fondateur de l'identité culturelle tibétaine telle que les Tibétains se la représentent aujourd'hui encore ».7 En outre, son mariage avec la princesse Wencheng, qui était bouddhiste, permit l'introduction de cette religion au Tibet. Son successeur, Trisong Detsen, souhaitait comme lui répandre le bouddhisme, mais il dû pour se faire résoudre le conflit existant alors entre les adeptes de la nouvelle religion et les partisans des divinités autochtones, les bönpos. La religion originelle du Tibet était en effet la religion ban, et l'introduction du bouddhisme au septième siècle va concurrencer cette religion traditionnelle, basée sur des pratiques animistes et chamanistes. Afin de résoudre le conflit entre les deux religions, le roi va alors organiser un débat, duquel les partisans de la nouvelle doctrine vont sortir victorieux. A partir de cette date, le bouddhisme se diffusa largement à travers le Tibet. Cette philosophie va donc forger l'identité des Tibétains, tout comme l'influence chinoise va forger l'histoire du Tibet.

2.3 L'histoire du Tibet, à l'ombre de l'influence chinoise

7 Jérôme Edou, in MOULIN Olivier, Tibet, l'envers du décor, Genève, Olizane (Objectif Terre), 2005, p. 31

Les premières relations sino-tibétaines furent souvent conflictuelles, rythmées par des conquêtes, des attaques. En 763, le roi Trisong Detsen parvient ainsi à pénétrer et à occuper pendant quinze jours la capitale de la dynastie Tang, Chang'an.

Les deux pays entretiennent aussi des relations amicales et pacifiques. Le mariage entre un roi tibétain et une princesse chinoise dénote de la relation d'interdépendance permanenteentre la Chine et le Tibet2. L'autre preuve de cette relation entre les deux empires est la signature, en 822, d'un traité d'amitié, sorte de pacte de non-agression, qui détermine le territoire ainsi que les obligations des deux voisins. Suite à ce traité, trois piliers furent érigés en symbole de cette relation amicale. L'un deux se trouve toujours devant le temple du Jokhang, temple construit sous le règne de Songtsen Gampo.

Mais les relations sino-tibétaines ne furent pas toujours pacifiques. Ainsi, en 1644, l'ethnie mandchoue s'imposa en Chine. Les hordes mandchoues battent les troupes des Ming et le 24 avril 1644, elles envahissent Pékin et fondent la dynastie Qing. En 1720, des soldats mandchous marchent sur Lhassa, avec pour but d'expulser les mongols et d'assurer la protection du septième Dalaï-lama. Au sommet de leur gloire, les empereurs Qing imposent leur tutelle au Tibet, où ils parviennent à installer une petite garnison, sous prétexte d'assurer l'ordre dans la région. Ils placent même deux représentants chinois auprès du gouvernement tibétain à Lhassa, sortes d'ambassadeurs appelés les ambans.

2.4 Les hordes mongoles à l'assaut de la Chine

Au treizième siècle, un nouveau péril menace le royaume tibétain. Sous les ordres de Gengis Khan, les hordes mongoles déferlent sur l'Asie centrale et en 1210, elles attaquent Pékin et y établissent la dynastie Yuan, qui gouvernera la Chine jusqu'en 1368. Les Mongols épargnent le Tibet, leur grand chef étant, dit la légende, intéressé par le bouddhisme et l'enseignement des grands maîtres. Un accord est en outre conclu entre le grand Khan, Empereur de Chine, et les religieux du monastère Sakya. Les lamas sont alors reconnus comme les guides spirituels du pays, et en contrepartie, ils acceptent la souveraineté de l'Empereur sur le Tibet. Le Dalaï-lama se fait alors guide spirituel de l'empereur de Chine en contrepartie d'une protection temporelle.

Tsong Khapa, un moine bouddhiste, va fonder, durant le quatorzième siècle l'école réformée
Gelugpa, dont le Dalaï-lama est le chef spirituel. C'est en 1642 que cette secte, dit des
bonnets jaunes, va prendre le pouvoir, lorsque le cinquième Dalaï-lama, aidé par une tribu

mongole, va battre l'armée du souverain. A cette date, le règne des rois prend fin, et la lignée des Dalaï-lamas va alors disposer du pouvoir spirituel et temporel. Le système théocratique tel qu'il a perduré jusqu'en 1950 va voir se succéder les Dalaï-lamas, et lignées ecclésiastiques et dynasties impériales vont se suivre parallèlement au Tibet et en Chine.

En 1751, le septième Dalaï-lama crée le Kashag, sorte de conseil des ministres, et la domination des Dalaï-lama sur le Tibet devient entière, tant spirituelle que politique. Le pouvoir est alors partagé entre l'administration et les monastères, par une méthode qui consistait à associer à chaque officiel de haut niveau un lama du même rang. Jusqu'au vingtième siècle, le Tibet connaît le calme relatif que favorise son isolement géographique.

2.5 Le Tibet à l'aube du vingtième siècle

Après avoir connu une période de calme relatif, ponctuée par des attaques népalaises, le Tibet devient, à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième siècle, l'enjeu des rivalités entre la Chine, la Grande-Bretagne et la Russie, chacun luttant pour établir sa domination commerciale sur le Tibet. Au coeur du Great Game, le treizième Dalaï-lama essaie tant bien que mal de résister à la pression exercée par les impérialistes étrangers. En 1904, un conflit éclata dans le sud du Tibet. 3000 soldats entrent dans Lhassa sous le commandement du colonel Younghusband. Déclenché par la Grande-Bretagne et organisé par le vice-roi des Indes, lord Curzon, sous couvert d'une « mission commerciale », ce conflit aboutit à la signature d'un traité bilatéral, appelé « Convention de Lhassa », dans laquelle le Tibet s'engageait à demander l'autorisation à la Grande-Bretagne avant de conclure un accord ou de signer un traité avec une autre puissance étrangère. Ce traité assurait ainsi à la Grande- Bretagne le statut de « nation la plus favorisée ».

Le treizième Dalaï-lama, Thubten Gyatso, conscient de la menace que font peser les étrangers sur le pouvoir et la souveraineté ecclésiastique, décide alors d'entreprendre de grandes réformes afin de moderniser le pays et de l'ouvrir au progrès technique. Il introduit les premiers billets de banque, les premiers timbres poste. Dans un effort de militarisation, il crée même une petite armée. Il cherche à développer la connaissance du monde extérieure et à rompre avec l'isolement et le fonctionnement autarcique du Tibet en envoyant quatre Tibétains en Angleterre afin qu'ils y étudient l'énergie électrique, la télégraphie et d'autres sujets. Thubten Gyatso, considéré comme un grand réformateur, décède en 1933, et

l'administration, percevant les échos des soubresauts qui agitent l'Occident, décide de renforcer les barrières isolationnistes. Le Tibet retombe alors dans son enfermement.

La réincarnation du treizième Dalaï-lama est découverte dans l'Amdo, sous la forme d'un petit garçon de deux ans, né le 6 juillet 1935. Le 22 février 1940, il est intronisé de façon précoce pour éviter que les querelles et les luttes de pouvoir au sein de l'administration tibétaine ne minent l'unité du pays, et en 1950 il doit faire face à l'invasion du pays par l'Armée populaire de Libération, outil de conquête de Mao et du Parti communiste chinois (PCC).

3. Le Tibet : religion et société

La société tibétaine est depuis plusieurs millénaires profondément marquée par l'empreinte du bouddhisme. Le fonctionnement théocratique du régime reflète bien cette imprégnation religieuse. Le peuple tibétain a ainsi vécu de manière pacifique et calme depuis l'instauration de la théocratie, et le caractère semi-féodal du système économique n'a posé des problèmes que tardivement au gouvernement.

3.1 Le bouddhisme tibétain, entre Grand véhicule et véhicule de Diamant

Le bouddhisme, considéré comme l'un des grands systèmes de pensées orientaux, au même titre que le confucianisme ou le taoïsme, est né en Inde au sixième siècle avant Jésus- Christ. Cette philosophie repose sur trois piliers, le Bouddha, le fondateur du bouddhisme, le Dharma, la doctrine bouddhiste et le Sangha, la communauté monastique. Tantôt considéré comme philosophie, tantôt comme religion, le bouddhisme a pour chef spirituel Siddartha Gautama, un Indien né dans une famille riche, qui aurait vécu au cinquième siècle avant JC, et qui aurait, en quittant son palais doré, découvert la misère et les souffrances de la société. Révolté, il aurait alors cherché un moyen de libérer les hommes de cette souffrance.

Cette philosophie revendique l'absence de Dieu, et met plutôt l'accent sur la recherche de la vérité par l'observation de l'esprit humain, plutôt que par le recours à une existence divine. Elle repose sur ce que l'on appelle les Quatre nobles vérités, qui sont successivement : toute

vie implique la souffrance (1), souffrance qui a pour origine le désir et l'insatisfaction (2), mais cette souffrance peut être supprimée (3) par le recours à la voie du milieu (4). En recourant à cette voie, qui est celle de la sagesse et de la maîtrise de soi, on peut mettre fin au cycle des renaissances, qui fait que chaque homme renaît dans une vie nouvelle, vie qui est régit par les actions qu'il a commises dans sa vie antérieure. Les grands principes du bouddhisme sont donc l'entraînement spirituel, la réincarnation, le karma ou loi de l'action, l'impermanence, la compassion et la non-violence.

Le bouddhisme tibétain présente toutefois des particularités qui le distinguent du bouddhisme indien. Ainsi, les Tibétains se sont largement inspirés du Mahayana et du Tantryana pour développer leur religion. Le Mahayana et le Tantrayana sont deux branches du bouddhisme qui se distinguent par leur vision différente sur les moyens d'atteindre le nirvana. L'objectif du bouddhisme est en effet de permettre à tous d'atteindre le nirvana, cet état où toute souffrance disparaît, et où seul subsiste une grande compassion pour son prochain. Afin d'atteindre ce nirvana, les disciples du Grand véhicule, le Mahayana, souhaitent une recherche de l'illumination qui soit collective au profit de tous les êtres humains. Pour les disciples du Petit véhicule (Hinayana), la recherche du Nirvana doit se faire de façon individuelle. Enfin, l'école du bouddhisme tantrique (Tantrayana) se caractérise par une discipline très rigoureuse et un grand contrôle de son esprit pour atteindre l'illumination, avec des méthodes comme la contemplation ou la méditation. Le bouddhisme tibétain est largement influencé par cette forme de bouddhisme, dit aussi du Véhicule de Diamant, qui repose sur des exercices mentaux mais aussi sur le recours à des divinités et à des pratiques tantriques comme la répétition de mantras, qui sont de courtes prières tibétaines.

Le bouddhisme est donc plus une philosophie qu'une religion, qui aujourd'hui connaît un véritable succès en Europe. Au Tibet, le bouddhisme est à la base de la culture, des traditions, coutumes et valeurs, et des origines mythiques du Tibet. Mais l'histoire de ce pays est aussi largement influencée par le système théocratique et semi-féodal.

3.2 La société tibétaine avant 1950, entre féodalisme et harmonie sociale

Le Tibet des Dalaï-lamas est jusqu'en 1950 un système théocratique où coexistent une
aristocratie, un clergé, et une paysannerie. La cohésion sociale est assurée grâce au système

monastique et notamment grâce à la réincarnation. Ce pilier essentiel du Dharma, la doctrine bouddhiste, explique que chaque homme, à sa mort, pénètre le Barda, sorte d'enfer, où il endure mille souffrance avant de se réincarner selon le Samsara, le cycle des renaissances. En fonction de son karma, un individu peut se réincarner dans un être ayant une position sociale plus élevé ou plus basse. Ainsi, le malheur des hommes n'est pas dépendant de leurs actions présentes mais des actions qu'ils ont accomplies dans une vie antérieure. Les grands lamas tibétains sont ainsi tous des réincarnations de grands maîtres, et chaque homme peut se révéler être un grand lama. Le mode de sélection des moines, basé sur la réincarnation, permet à tout le monde d'accéder aux plus hautes fonctions spirituelles. Le Dalaï-lama, par exemple, était né dans une famille d'agriculteurs vivant dans un village du nord-est du plateau tibétain appelé Takster. Il est devenu dirigeant du Tibet car reconnu comme la quatorzième réincarnation du bouddha de la Compassion, Chenresig.

Outre une cohésion sociale forte, il faut noter le caractère oligarchique du régime politique : les principales décisions gouvernementales au Tibet étaient prises par le « Tsongdu », une assemblée constituée de religieux et de laïcs. En outre, il n'y avait jamais d'élections. Le quatorzième Dalaï-lama tenta de réformer ce système, ou le pouvoir était détenu par le clergé et l'aristocratie, en essayant d'instaurer des réformes démocratiques. Mais il ne pût pas démocratiser le Tibet, puisqu'il fût obligé de fuir son pays.

Le système féodal se retrouvait par ailleurs dans la vie social courante, dans la mesure où les paysans devaient reverser une partie de leur récolte annuelle aux monastères, afin de subvenir au besoin des moines. Mais il existait une contrepartie à ce don, car les monastères se chargeaient de fournir une éducation aux enfants des paysans. Le quatorzième Dalaï-lama reconnaît d'ailleurs volontiers le caractère semi-féodal du régime, mais il insiste sur le fait que la communauté tibétaine était malgré tout paisible.

Enfin, l'autre caractéristique de la société tibétaine d'avant 1950 est la distinction entre les Rongpas et les Drokpas. Ces deux types de groupes se trouvent surtout dans les provinces du Kham et de l'Amdo, aujourd'hui provinces chinoises du Sichuan et du Qinghai. Les Drokpas sont des pasteurs nomades qui vivent sous la tente la plupart de l'année. Ils s'organisent en tribus, chaque tribu possédant ses chefs et son territoire. Les Rongpas sont quant à eux des agriculteurs cultivant l'orge. Ces deux groupes entretiennent des rapports basés sur l'échange commercial.

La société tibétaine d'avant l'invasion est donc un société certes théocratique et semi-féodale, mais aussi harmonieuse et pacifiste. L'influence du bouddhisme sur la société tibétaine explique cette quiétude, de par le principe de l'ahimsa, la non-violence, principe au coeur de la doctrine et qui est appliqué fidèlement, pieusement par tous les Tibétains dans leur vie courante. Toutefois, le Tibet ne doit pas être vu comme un paradis terrestre, puisque l'imprégnation religieuse et pacifiste des esprits n'empêche pas les comportements « malsains ». Ainsi, les Khampas, habitants du Kham, étaient réputés pour leur barbarie, et le récit de la traversée du Kham par Alexandra David-Néel, relatée dans son ouvrage Voyage d'une parisienne à Lhassa, exprime bien le caractère fier et sauvage, souvent menaçant, de ces « brigands gentilshommes ». En outre, Alexandra David-Néel constatait qu'au début du siècle il existait au Tibet une forme « bénigne », c'est le mot qu'elle utilise, d'esclavage.

Autre bémol dans la société tibétaine : les privilèges. On l'a vu, il existait une aristocratie à l'échelle « nationale », mais aussi une petite bourgeoisie locale, composée de seigneurs appelés les Gyalpos, propriétaires terriens charger du prélèvements des impôts. Les paysans étaient ainsi souvent très endettés auprès de ces monastères ou des Gyalpos, et le poids des impôts n'arrangeaient pas leur situation.

La corruption était aussi l'un des maux les plus présents dans la société tibétaine, notamment dans les monastères, où certains moines, peu soucieux de l'enseignement bouddhiste, étaient plus préoccuper par l'amélioration de leur fortune matérielle. En outre, à la mort d'un grand lama, lorsque l'on devait trouver sa réincarnation, des pratiques de corruption faisaient leur apparition. En effet, alors que théoriquement on pouvait trouver une réincarnation même dans des familles pauvres, quelques pots-de-vin orientaient souvent la sélection dans l'aristocratie, afin que les familles riches conservent leurs privilèges.

Enfin, bien que l'emprise du bouddhisme sur la société tibétaine favorisait la cohésion sociale, il faut toutefois noter que sa mise en pratique était parfois proche de l'obscurantisme. Cette emprise était surtout développée chez les paysans tibétains, pétris de croyances et de superstitions, souvent soumis à l'influence de magiciens qu'ils consultaient pour résoudre leurs maux, physiques ou autres, comme de mauvaises récoltes. Le syncrétisme entre chamanisme et bouddhisme tantrique, notamment dans les campagnes, donnait lieu à des rituels parfois effrayants. Il était courant que les objets sacrés, utilisées dans les rituels, soient faits d'os humains. En outre, les morts se voyaient réserver des obsèques tout à fait particulières, les « funérailles célestes », qui consistent à dépecer un cadavre afin de le donner en pâture aux vautours.

La société tibétaine présente donc de multiples caractéristiques qui la rendent originale, mais elle n'en restait pas moins une société semi-féodale, avec une aristocratie, une petite bourgeoisie, des seigneurs locaux, et des privilèges pour les grands lamas. Mais le bouddhisme assurait la cohésion, par le biais des principes de la doctrine bouddhiste, comme le karma ou la non-violence, et chaque Tibétain, respectueux de ces principes, se satisfaisait ainsi du peu dont il pouvait disposer, convaincu que sa vie présente, et donc sa situation matérielle, dépendait de ses actions effectuées dans une vie antérieure.

L'histoire tibétaine se déroule donc à l'ombre de diverses influences : influence des mongols sous le règne des Khan, rôle des empereurs chinois qui tous tentèrent, par la force ou la diplomatie, d'exercer une souveraineté sur le Tibet, influence du bouddhisme et de l'école Gelugpa. Aujourd'hui, cette histoire est le fruit de différentes interprétations, devrait-on dire manipulations, puisque tant le gouvernement chinois que les Tibétains utilisent cette histoire à leur guise pour légitimer et justifier leurs prises de positions et actions passées ou présentes.

4. L'indépendance historique du Tibet en débat

Il s'agira donc dans cette partie de montrer la double interprétation dont l'histoire du Tibet fait l'objet, et ce de façon objective. L'indépendance historique du Tibet n'a jamais été confirmée ni par un texte, ni même par la reconnaissance du Tibet comme Etat par d'autres pays. Cette absence de preuve formelle a contribué à faciliter la légitimation de l'invasion du Tibet par la Chine. Ainsi, deux versions coexistent concernant la relation entre le Tibet et la Chine. La version chinoise présente le Tibet comme un vassal de la Chine, alors que la version tibétaine, partagée par de nombreux historiens, juristes ou spécialistes de la Chine, s'attache à montrer le statut foncièrement indépendant du Tibet, en recourant à des éléments historiques et à une réflexion juridique mené notamment par la Commission Internationale des Juristes.

4.1 L'histoire du Tibet revisitée par la Chine communiste

La souveraineté que revendique Pékin sur le Tibet est ancienne, elle s'appuie dans un premier temps sur une vassalité de fait datant de la dynastie Tang (618-907), suite au mariage entre Songtsen Gampo, et le princesse chinoise Wencheng, datant de 641. Ce mariage suffit aux communistes pour justifier l'invasion du Tibet en 1950, le simple acte marital fournissant alors une justification de la souveraineté de la Chine sur le Tibet et de l'attaque chinoise afin de retrouver cette souveraineté par une occupation territoriale du Tibet. Force est alors de rappeler que le roi Songtsen Gampo disposait de cinq épouses, dont une qui était la princesse du Népal, et que jamais les pays d'où étaient originaires ces princesses ne cherchèrent à envahir le Tibet comme le fit la Chine communiste.

Mais ce mariage n'est pas le seul événement que les communistes ont réutilisé et remanié pour légitimer leurs actions au Tibet. D'autres évènements ont été les preuves historiques, selon eux, de la souveraineté de la Chine sur le Tibet.

La Chine a toujours eu d'énormes intérêts au Tibet, appelé couramment la « Maison des trésors de l'Ouest ». Bien avant le mariage du roi du Tibet avec la princesse chinoise, et selon le gouvernement chinois, les Hans et les Tibétains entretenaient des relations d'amitié sous la dynastie Sui (516-618). Mais c'est à l'invasion de la Chine par les Hordes mongols, au douzième siècle, que les communistes datent l'intégration du Tibet dans la Chine. En effet, les Mongols développèrent, on l'a vu, des liens forts avec le Tibet, et bien qu'il conserva son indépendance, il était placé sous la protection de l'empire chinois. Le Tibet, placé sous le contrôle de la cour mongole de Kubilaï Khan (1259-1294), est ainsi devenu partie intégrante de la Chine selon l'histoire communiste.

Mais dans les faits, le Tibet regagne sa liberté en 1350, 18 ans avant que la Chine ne se libère de l'emprise mongole et qu'une révolte marque le début de la dynastie Ming. Le liens entre le Tibet et la Chine se sont alors relâchés sous cette dynastie, et ce n'est que sous la dynastie mandchoue des Qing (1644-1911) que de nouveaux liens vont se développer. D'abord spirituels, l'Empereur mandchou Shunzi invitant pour la première fois le Dalaï-lama à visiter la Chine, les rapports entre les deux pays devinrent diplomatiques et militaires, avec on l'a vu précédemment l'invasion du Tibet en 1720 et l'installation des ambans, administrateurs de Pékin au Tibet qui contrôlaient le Kashag, le gouvernement tibétain. Selon le gouvernement communiste, ce fait est encore l'une des preuves indéniables que la Chine a exercé, à travers les siècles, sa souveraineté sur le Tibet.

Enfin, autre événement historique qui, pour les Chinois, prouve la véracité de leurs dires : en
1792, l'empereur chinois Qianlong envoya ses troupes chasser les Népalais du Tibet, et il

réussit à établir une mainmise de la cour chinoise sur la politique étrangère tibétaine. Le Tibet manqua même de tomber sous le joug chinois.

Le recours par la Chine communiste a une version faussée de l'histoire, par une interprétation biaisée, partiale, et non objective, lui permit donc de justifier l'annexion du Tibet en 1950. Il faut d'ailleurs noter que c'est cette version de l'histoire qui est enseignée dans les écoles chinoises.

Toutefois, de nombreux historiens et spécialistes du Tibet s'accordent pour montrer que la Chine et le Tibet étaient deux grandes puissances qui entretenaient des relations de voisinage, chacun conservant les prérogatives propres à un Etat indépendant, à savoir l'existence d'un gouvernement certes théocratique mais disposant du monopole de la violence légitime et par là-même de la souveraineté ; d'institutions ; d'un territoire ; d'une population, de relations diplomatiques avec des Etats étrangers.

4.2 L'histoire du Tibet par les Tibétains : à la recherche des preuves de l'indépendance

Alors que la Chine communiste s'attache à rechercher, dans l'histoire lointaine des relations sino-tibétaines, les preuves de sa souveraineté sur le Tibet, les Tibétains, à travers la communauté en exil, mais aussi des spécialistes de la Chine, revisitent leur Histoire à la recherche de preuves de leur indépendance. Pour la majorité des Tibétains, le Tibet était en 1950 un pays indépendant, qui a été envahi par une puissance étrangère.

Mais avant tout, les partisans de l'indépendance tibétaine cherchent à montrer que la version chinoise de leur histoire est erronée. Ainsi, Michael van Walt van Praag, conseiller du Dalaï- lama en droit international, admet certes que la Chine a exercé une forme de suprématie sur le Tibet, mais que le pays est toujours parvenu a conservé les attributs propres à un Etat indépendant. De même, Melvyn Goldstein, historien et ethnologue américain, affirme ainsi qu'aucun traité ne formalise la suzeraineté de la Chine sur le Tibet. En outre, Pierre-Antoine Donnet, dans son ouvrage Tibet mort ou vif8, rappelle que la mort de l'empereur Qianlong va marquer la fin de l'hégémonie de la Chine sur le Tibet.

8 DONNET Pierre-Antoine, Tibet mort ou vif, Paris, Gallimard (Folio/Actuel), 1992, p. 114

Tous les spécialistes acceptent donc de reconnaître « une vague suprématie »9 de la Chine sur le Tibet, mais ils refusent souvent d'admettre que le Tibet a appartenu à un moment de son histoire à l'empire chinois. Plusieurs évènements, se déroulant principalement au début du vingtième siècle, sont selon eux des preuves de l'indépendance du Tibet, mais la confirmation de cette indépendance est à chercher beaucoup plus tôt.

En effet, pour de nombreux spécialistes ainsi que pour les juristes, le traité de 822 signé entre la Chine et le Tibet, traité d'amitié entre deux pays indépendants tout comme pacte de non- agression, est la preuve de l'indépendance historique du Tibet. Ce traité stipule ainsi que « le grand monarque du Tibet et le grand monarque de Chine, neveu et oncle l'un de l'autre, se sont rencontrés, ont conclu un accord en vue d'un système de gouvernement commun et signé une grande paix. [ ...1. Les deux pays, Tibet et Chine, doivent protéger leur territoire et les frontières qui leur appartiennent. Tout ce qui se trouve à l'est de cette frontière appartient à la grande Chine, tout ce qui se trouve à l'ouest appartient au grand Tibet. Les deux parties ne doivent pas se combattre comme des ennemis, mener des armées belligérantes sur leurs territoires mutuels ou envahir ces derniers ».10 Les deux pays étaient donc alors de simples voisins, l'un veillant comme un oncle sur son neveu, mais ne l'empêchant en rien d'exercer son droit à l'indépendance.

Il existe des preuves plus récentes de l'indépendance du Tibet, la première remonterait à la « Convention de Lhassa », qui on l'a vu est un traité bilatéral signé entre la Grande-Bretagne et le Tibet. Ce bilatéralisme serait la preuve que Londres reconnaît de facto le Tibet comme un pays à part entière. Toutefois, la Chine refusa de contresigner ce traité, arguant que la Grande-Bretagne cherchait à voler la suzeraineté de la Chine sur le pays, et des négociations aboutirent à un compromis entre la Chine et la Grande-Bretagne, matérialisées dans la signature d'un nouveau traité en 1906. Selon ce traité, le Tibet n'était pas obligé de demander l'autorisation de la Grande-Bretagne pour conclure un accord avec la Chine, et la Grande- Bretagne reconnaissait à la Chine son droit de protéger l'intégrité territoriale du Tibet. Ainsi, la Grande-Bretagne acceptait l'ingérence de la Chine dans les affaires du Tibet au motif de protéger son territoire, ingérence qui s'était déjà produite par le passé avec l'invasion par les mandchous en 1720 ou encore l'entrée au Tibet des troupes de l'empereur Qianlong en 1792 pour chasser les Népalais. De même, un traité signé en 1907 entre la Grande-Bretagne et la

9 VAN WALT VAN PRAAG Michael C., The Status of Tibet, History, Rights, and Prospects in International Law, Boulder, Westview Press, 1987, p.19

10 SIRONI DIEMBERGER Maria Antonia, Le Tibet, Paris, Grtind (Reportages), 1999, p. 29

Russie reconnaissait-il une forme de suzeraineté de la Chine sur le Tibet, puisque pour négocier avec le Tibet, ces deux pays devaient avant toute chose consulter la Chine.

Le Tibet faillit une deuxième fois tomber sous le joug de l'empire mandchou lorsqu'en 1909 des soldats de l'empereur entrèrent dans Lhassa, ce qui provoqua la fuite du Dalaï-lama en Inde. Mais en 1911, l'empire mandchou s'effondre, sous l'influence de la Ligue jurée de Sun Yat-Sen, société secrète qui souhaite renverser le pouvoir mandchou, et qui va provoquer la révolution de 1911, suivie de la proclamation de la République la même année. La Chine semble alors bien incapable de résister aux agressions étrangères, comme l'a montrée son invasion par un contingent représentant huit nations (Grande-Bretagne, Russie, France, Allemagne, Japon...) suite à la révolte des Boxers, mouvement xénophobe hostile à toute manifestation de l'étranger en Chine.

Malgré l'agitation qui règne en Chine, les troupes chinoises entrent dans Lhassa en 1910. Le Dalaï-lama choisit alors de fuir vers les Indes, où il se réfugie à Darjeeling. Destitué de son pouvoir par les Chinois, il revient toutefois au Tibet en 1912 où il prend la tête de l'insurrection qui chasse les Chinois.

Le Tibet va alors profiter de la déroute de la Chine, au bord de l'éclatement, pour rompre toute relation avec celle-ci, et, après avoir expulsé les ambans en 1912, le Dalaï-lama proclame l'indépendance du Tibet le 13 février 191311. C'est d'ailleurs à cette occasion que les premiers timbre-postes et une monnaie proprement tibétaine, le sang, sont crées, portant la mention « gouvernement du Tibet ».

En 1913, le Tibet s'est donc déclaré indépendant, libre de toute ingérence étrangère. Le pays se coupe du reste du monde, et s'enferme dans un isolement qui va lui être fatal. En 1914 la signature du traité de Simla confirme ce statut. Ce traité fait suite à une conférence organisée en 1913 entre le Tibet, la Chine et la Grande-Bretagne afin de mettre fin aux tensions frontalières entre la Chine et le Tibet. Le délégué chinois a signé ce traité, mais son gouvernement l'ayant rejeté, seul l'accord entre la Grande-Bretagne et le Tibet subsista, ce qui pour certains peut être considéré comme une reconnaissance de l'indépendance de facto du Tibet, au même titre que le fut la Convention de Lhassa en 1904.

L'indépendance du Tibet est donc bel et bien avérée pour de nombreux spécialistes du Tibet et pour la communauté tibétaine. Ainsi, le Dalaï-lama rappelle que le Tibet n'a jamais payé d'impôts à la Chine, comme toute province chinoise, ce qui prouve que la Chine ne disposait que d'un faible pouvoir sur le pays. Cette indépendance est prouvée par différents faits, et elle

se base notamment sur deux traités, signés entre le Tibet et la Grande-Bretagne. En droit international public, seuls les sujets du droit international, Etats, organisations internationales ou encore mouvement de libération nationale, ont le pouvoir de signer des traités. Or le Tibet n'était à cette époque ni une organisation internationale, ni un mouvement de libération nationale. On peut donc se baser sur la version décrite ci-dessus pour affirmer objectivement que le Tibet était bien indépendant avant l'invasion de son territoire par l'Armée populaire de Libération, en reconnaissant toutefois que la Chine a exercé une emprise certaine sur le Tibet au fil des siècles, emprise qui a parfois culminé avec des interventions militaires ou bien l'établissement des ambans.

4.3 Un point de vue international de l'indépendance du Tibet

L'indépendance historique du Tibet n'est pas un fait reconnu internationalement, même si certains, organisations, associations, Parlements, oeuvrent pour qu'elle le soit. De même, rares sont les Etats ou les grandes organisations internationales à reconnaître le droit à l'autodétermination du peuple tibétain. Toutefois, certaines structures, souvent méconnues du grand public, oeuvrent pour la reconnaissance de l'indépendance historique du Tibet et le droit des Tibétains à disposer d'eux-mêmes.

Ainsi, il faut noter l'action de la Commission Internationale des Juristes, la CIJ. Cette ONG sans allégeance politique a pour but de faire respecter le droit à travers le monde, et elle se distingue par son impartialité et son objectivité, étroitement liée à son approche juridique. La CIJ est impliquée dans la protection des droits de l'homme en cherchant à imposer la primauté du droit. Crée en 1952 à Berlin, elle est composée de 60 juristes, représentant les différents systèmes juridiques qui peuvent exister à travers le monde. Depuis 1959, cette Commission a rédigé plusieurs rapports concernant le Tibet. On peut citer La question du Tibet et la primauté du droit, et Tibet : droits de l'homme et primauté du droit ou encore un rapport sur le Tibet et la RPC. 12 Dans ces rapports, qui examinent les violations des droits de l'homme par la Chine au Tibet et le statut international de ce dernier, la CIJ conclut que le Tibet était bien un Etat indépendant de facto, et ce jusqu'à la signature de l'accord en 17

11 Annexe 12

12 International Commission of Jurists, The Question of Tibet and the Rule of Law, Genève, 1959, 208 p. et International Commission of Jurists, Tibet: Human Rights and the Rule of Law, Genève, 1997, 366 p.

points. Cette ONG qui recherche la vérité en utilisant la justice, montre donc que, objectivement et impartialement, le Tibet présentait les caractéristiques d'un Etat indépendant, et pouvait ainsi être considéré comme tel.

Le Tribunal permanent des peuples (TPP) est une autre structure qui a elle aussi reconnu le droit à l'autodétermination du peuple tibétain. Crée en 1976 à Bologne, ce tribunal avait pour objectif de pallier les défaillances de l'ONU dans le domaine du droit à l'autodétermination. Il n'existait en effet aucune cour ou tribunal où les peuples pouvaient revendiquer leur droit à l'autodétermination, et le TPP visait à compenser ce vide. Lors d'un jugement, défense et accusations se confrontèrent en présentant des témoins et des documents, et le verdict rendu statua sur le droit à l'autodétermination du peuple tibétain : il existait bel et bien.

Après l'invasion, le Tibet a cherché à adhérer à l'organisation des Nations-Unies, et il comptait sur le soutien de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Mais sa candidature fût refusée, au motif que la Russie et la Chine pourraient user de leur droit de veto.

L'ONU a eu une chance, en 1950, de se positionner par rapport à l'invasion du Tibet par la Chine, et la question du Tibet devait ainsi être débattue à l'assemblée générale. C'est l'Etat du Salvador qui, un mois après que les troupes chinoises aient pénétrées la frontière tibétaine en octobre 1950, va répondre à la demande d'aide du Tibet et va déposer un projet de résolution intitulé « L'invasion du Tibet par des forces étrangères ». Le débat sur ce projet sera cependant suspendu, l'assemblée générale étant à l'époque convaincue qu'un règlement à l'amiable serait trouvé à ce conflit. Ce ne fût pas le cas.

En décembre 1961, l'assemblée génale adopta cependant la résolution 1723 (XVI), sous l'action conjointe de la Malaisie, de l'Irlande, rejoints par la Thaïlande et le Salvador. Cette résolution, adopté par 56 Etats membres, appelait à « la cessation des pratiques qui privent le peuple tibétain de leurs droits humains fondamentaux et de leur liberté, incluant leur droit à l'autodétermination »13.

En 1965, conscient que la situation n'évoluait pas et sensible à un nouveau rapport de la CIJ publié en décembre 1964 sur les violations des droits de l'homme au Tibet, les Etats sponsors de la résolution de 1961 introduirent à nouveau le problème tibétain aux débats, et la résolution 2079 (XX) fût adopté. Mais ces différentes résolutions, n'étant pas contraignantes, restèrent sans effet.

13 HEATH John, Tibet and China in the Twenty-first Century, Londres, Saqi, 2005, p. 239

Concernant la position des Etats quant à l'indépendance du Tibet, elle est globalement celle de dirigeants pragmatiques qui ont, lors de la proclamation de la République populaire de Chine, préféré reconnaître la Chine comme telle plutôt que contester ses frontières, dans un contexte de tension internationale lié au commencement de la guerre froide. Ainsi, en 1964, lors de la reconnaissance du gouvernement de la RPC dans ses frontières actuelles, la France, tout comme la majorité des Etats entretenant des relations diplomatiques avec la Chine, a reconnu que le Tibet faisait partie de la Chine.

On peut aussi parler de la position des Etats-Unis, qui, en 1950, envisagèrent de reconnaître l'indépendance du Tibet. Mais le gouvernement du Président Truman n'en fit rien, et la position officielle des Etats-Unis reconnaît le Tibet comme appartenant à la Chine.

Enfin, certains Chinois et spécialistes de la Chine s'attachent eux aussi à reconnaître l'indépendance du Tibet et le droit du peuple tibétain à l'autodétermination. Ainsi, lors d'une conférence à l'institut d'étude politiques de Paris le 19 février 2001 sur le thème « Tibet- Chine : situation, perspective », Wei Jinsheng, opposant chinois exilé aux Etats-Unis, a exprimé son soutien au droit des Tibétains à décider librement de leur avenir. Il a toutefois souligné la difficulté à faire passer ce message en Chine, que ce soit auprès des masses ou des intellectuels.

Le Tibet a été autrefois un pays indépendant, dans la mesure où il répondait aux critères internationaux d'un Etat souverain. Il disposait d'un territoire, d'une langue, d'une culture, d'un gouvernement, de frontières et de relations avec d'autres pays, d'une armée, d'un drapeau, d'un service de transport et de communication, « autant de traits distinctifs dans lesquels s'inscrivait parfaitement le Tibet avant l'invasion chinoise »14, et qui légitime l'existence de son indépendance.

Malgré tout, l'indépendance du Tibet est un fait qui n'est pas reconnu de manière égale au niveau international. Certaines OIG ou ONG la reconnaissent volontiers, les Etats sont pour leur part moins enclin à une telle reconnaissance, pour des raisons de relations diplomatiques mais aussi économiques.

Chapitre 2 : L'invasion du Tibet

En 1950, l'Armée populaire de libération envahissait le Tibet en passant par le Kham et l'Amdo, provinces historiques du Tibet. Au motif de libérer le Tibet du féodalisme et du joug des impérialistes étrangers, cette intervention s'inscrivait en fait dans une politique communiste d'expansion territoriale, politique expansionniste qui fût appliquée dans d'autres régions d'Asie centrale.

1. L'invasion du Tibet et ses motivations: « libérer le Tibet du féodalisme » et « de l'impérialisme étranger »

L'invasion du territoire tibétain a marqué la fin du Tibet historique, mais aussi l'avènement des communistes au pouvoir en Chine. Cette invasion a été l'occasion pour Mao d'utiliser une rhétorique propagandiste, afin de légitimer cette intervention.

1.1 Géographie du Tibet

Géographiquement, le mot Tibet désigne le plateau du Tibet, le Toit du Monde, appelé ainsi pour son altitude moyenne supérieure à 4000 mètres, bordé au sud de la chaîne de montagne de l'Himalaya ; recoupant l'étendue désertique du Haut Tibet, appelé Changtang ; le Tibet oriental, avec le mont sacré Kailash, et le Tibet oriental autour de Lhassa. C'est le Changtang qui occupe la majeure partie du Tibet. Le Tibet est aussi une zone de peuplement correspondant à une aire linguistique et culturelle marquée par le bouddhisme.

On distingue d'une part le grand Tibet, ou Tibet historique, composé des provinces de l'UTsang, du Kham et de l'Amdo, mais aussi du Ladakh et du Zanzkar, deux régions qui n'ont jamais appartenu au Tibet mais y sont très liés culturellement puisque l'influence du bouddhisme tibétain sur le mode de vie ladakhi est très forte, avec par exemple une langue proche du dialecte tibétain. Le Ladakh est d'ailleurs parfois appelé Petit Tibet.

14 Annexe 16

Ce Tibet historique existait jusqu'en 1950, date de l'invasion communiste. D'autre part, le mot Tibet se réfère à la région autonome du Tibet, crée en 1965 par le gouvernement chinois, qui est une région administrative de la Chine disposant d'un statut particulier, au même titre que la Mongolie intérieur ou le Xinjiang. Cette région autonome correspond uniquement à la province de l'U-Tsang, le Kham et l'Amdo ayant été intégré dans le système administratif chinois et formant la majeure partie des provinces du Qinghai et du Sichuan.

La superficie du Tibet varie de 1 221 600 km2 pour la région administrative à 2 500 000 km2 pour le Tibet historique. On compte 6 millions de Tibétains auxquels viennent s'ajouter 7,5 millions de Chinois, majoritairement Han, qui se sont installés au Tibet récemment.

Le Tibet avait réussi, jusqu'en 1950, à préserver son indépendance et son intégrité territoriale, c'est-à-dire à protéger ses frontières de toute agression extérieure, mais, en octobre 1950, les troupes chinoises violèrent cette intégrité. La colonisation du Tibet commençait.

1.2 La conquête du pouvoir par les communistes en Chine

Le 1er octobre 1949, Mao proclame la République populaire de Chine. Cette proclamation fait suite à une histoire plutôt mouvementée, celle du chaos qui régna en Chine a partir de 1912 et de l'irrésistible montée en puissance des communistes chinois.

La Chine, marquée par l'invasion japonaise de la Mandchourie en 1918, mais aussi par les conflits entre les seigneurs de guerre (warlordisme en anglais), est dans les années 1920-1930 au bord de l'éclatement. L'unité de la Chine est gravement menacée, d'autant plus que vont se développer une très forte opposition entre le parti nationaliste, le Kuomintang, crée en 1913 et qui dominera le Parlement jusqu'en 1949, et le parti communiste en formation.

La naissance du PC chinois fût l'un des évènements majeurs de la période de l'entre-deux- guerres, et sa création est du pour une large parti à un jeune professeur, Mao Zedong. Intéressé au début par le socialisme, il va se tourner vers le marxisme et le bolchevisme, convaincu qu'ils sont la clé aux problèmes de la Chine. Le PC chinois est ainsi crée en 1921 à Shanghai, et dès lors son nombre d'adhérents ne va cesser d'augmenter. Différentes actions sont menées, comme des mouvements de grèves dans la province du Hunan en 1923. Ce nouveau parti va toutefois rencontrer très tôt la répression du gouvernement. En effet, Chiang

Kai-Shek, qui succède à Sun Yat-Sen à la tête du Kuomintang en 1925 et devient en 1928 le leader de la République de Chine, est très anti-communiste, militariste et autoritaire. Outre sa lutte contre les seigneurs de guerre, il va entreprendre la chasse aux communistes, et en 1927 le massacre de communistes à Shanghai marque l'institutionnalisation de cette lutte, qui se poursuivra jusqu'en 1937, date du début de la guerre sino-japonaise. D'octobre 1934 à octobre 1935, les communistes vont fuir le Kuomintang et ses troupes armées, se réfugiant dans les montagnes et occupant les villes. Cet événement, appelé la Longue marche, va forger la détermination des leaders communistes dans la conquête du pouvoir et développer leurs aptitudes stratégiques et militaires.

En 1937, les Japonais, qui occupaient déjà 20% du territoire, lancent une grande offensive et resteront en Chine jusqu'en 1945. Dès leur départ, les combats entre nationalistes et communistes reprennent, et les communistes, qui gagnent du terrain, pousse Chiang Kai-Shek à la démission puis à la fuite vers Taiwan où il s'y réfugie avec la marine, l'armée de l'air et toutes les réserves financières.

Le PC prend donc le pouvoir, et suite à la proclamation de la RPC, la Chine est pour la première fois unifiée depuis le début du vingtième siècle, ce qui rend les communistes très populaires.

1.3 L'invasion du Tibet

Très tôt, le PC nouvellement au pouvoir va exprimer son intérêt pour le Tibet. Ainsi, à peine mis en place en 1949, il affirme sur les ondes radio sa volonté de libérer le Tibet de l'impérialisme étranger. Les rumeurs d'une attaque des Chinois s'amplifient au Tibet, mais l'espoir subsiste d'être épargné grâce aux montagnes qui constituent une protection extérieure naturelle. En outre, tous les Chinois avaient été expulsés en 1949 par le gouvernement tibétain, par peur de l'infiltration d'espions du PCC.

Malgré tout, la menace d'une invasion plane toujours, et en 1950, des escarmouches entre Tibétains et officiers chinois ont lieu aux marches du Tibet. En janvier 1950, le général Chou Teh, chef de l'Armée populaire de libération (APL), affirme que sa prochaine mission sera de libérer le Tibet.

Le 7 octobre 1950, 40 000 soldats des 16e et 18e armées chinoises franchissent la frontière
sino-tibétaine, réalisant ainsi la prophétie laissée par le treizième Dalaï-lama dans son

testament. Le treizième avait en effet cerné la menace communiste, affirmant que « sous peu, les communistes seront à nos portes. Ce n'est qu'une question de temps avant que nous soyons forcé de les affronter »15. Conscient de ce « désastre imminent », le treizième appelait à une modernisation du Tibet afin de faire face à toute attaque. Malheureusement, en 1950, le Tibet n'était toujours pas prêt à contenir la masse communiste, et une résistance bien faible, due à une armée en sous-effectif (8 500 hommes) et équipées de manière archaïque, mais courageuse avec par exemple l'action des Khampas, ces cavaliers du Kham qui cherchèrent à protéger Lhassa et le Tibet au péril de leur vie, ne pût empêcher les Chinois de prendre le contrôle du pays.

Face à cette invasion, le Dalaï-lama fait appel au soutien de la communauté internationale, et lance même un appel au secours aux Nations-Unies. Mais ces appels restent sans effet, alors que la guerre de Corée, débutée le 25 juin 1950, fait rage et détourne l'attention du monde vers le 38e parallèle.

Le gouvernement tibétain, livré à lui-même, décide alors d'une ultime tentative de conciliation. Le 7 janvier 1951, quatre hauts fonctionnaires sont envoyés à Pékin. Au lieu des négociations, les délégués vont se voir obligés d'apposer les sceaux tibétains, contrefaçons des sceaux détenus par le Dalaï-lama seul, au bas de « l'Accord concernant la libération pacifique du Tibet », appelé plus couramment Accord en 17 points16. Selon cet accord, le Tibet devient une province autonome rattachée à la chine, où le Dalaï-lama conserve son pouvoir spirituel et temporel. La Chine, par cet accord, s'engage à ne pas s'immiscer dans les affaires intérieures du Tibet, et seul la politique étrangère et la défense du Tibet sont contrôlées par Pékin.

Malgré cet accord, les tensions augmentent et les frictions apparaissent, et ce pour plusieurs raison. D'une part, l'armée chinoise, entrée à Lhassa en septembre 1951, pille les réserves de nourriture du Tibet, et réquisitionne une partie des récoltes. Menacée de famine, la population développe un sentiment anti-chinois de plus en plus fort. Ensuite, bien que les structures de l'administration tibétaine soient préservées, les fonctionnaires tibétains sont assistés de fonctionnaires chinois qui sont les véritables décideurs. Enfin, les persécutions religieuses débutent. Tous ces évènements avivent les tensions entre la population tibétaine et les soldats chinois.

En outre, la population craint pour la vie du Dalaï-lama, et cette crainte va culminer en 1954,
lorsque le Dalaï-lama et le Panchen-lama, deuxième autorité religieuse du Tibet, se rendent à

15 Annexe 13

16 Annexe 14

Pékin afin d'y visiter l'Assemblée nationale. Au cours de cette visite, ils rencontrent Mao, qui confiera au Dalaï-lama, au cours d'un entretien privé, que « la religion est un poison ». Pendant la durée de la visite des deux plus hautes autorités du Tibet, « les cadres du gouvernement chinois entamèrent sans tarder une entreprise de longue haleine visant à éroder peu à peu les immenses pouvoirs politiques et l'influence spirituelle extrême du dalaï-lama dans la société tibétaine »17. Les deux chefs spirituels ne reviendront qu'en juin 1955, alors que le chaos se développe en province. En effet, les Khampas ont pris le maquis, et en représailles de cette résistance des monastères sont bombardés. En 1957, Mao repousse de 6 ans l'application des réformes communistes au Tibet, pour éviter d'accroître le chaos qui se développe dans le pays.

Dans le cadre de la guerre froide et de la politique d'endiguement menée par le président Carter, la CIA va jouer un rôle important dans la résistance tibétaine, dans la mesure où, en 1955-1956, l'agence américaine va entraîner des Tibétains en Arizona avant de les parachuter au Tibet. C'est ainsi que, dans le cadre de l'opération « Garden », la CIA va former des guerriers Khampas aux techniques de guérilla. D'autres groupes de résistants, comme les tribus Goloks (Tibet septentrional), les Lolos (dans le Sud-est), ou encore des groupes clandestins comme l'organisation secrète de résistants Khampas tibétains Chushi Gangdruk (Quatre rivière et Six Montagnes), ou encore le Mimang Tsongdu (Assemblée populaire) vont mener des actions contre les troupes chinoises. Ce harcèlement prend la forme d'embuscades, d'attaques nocturnes, et malgré leur sous-équipement, les résistants tibétains mènent alors une guérilla solide contre les troupes chinoises.

Les relations entre les Tibétains et les Chinois sont de plus en plus tendues, et lorsque, en mars 1959, le Dalaï-lama est invité à ce rendre à une représentation théâtrale par le commandant en chef de la garnison locale, la révolte gronde. Elle gronde d'autant plus fort qu'en février 1959, un seigneur et ses 1000 soldats, fuyant la province du Kham, arrivent à Lhassa, rapportant des récits de pillages et de destruction commis par les soldats chinois.

La date de la représentation théâtrale est fixée au 10 mars, et le Dalaï-lama reçoit l'ordre de s'y rendre seul. Le 9 mars, la foule se masse autour du Norbulingka, le palais d'été du Dalaï- lama, afin d'empêcher le quatorzième de se rendre au rendez-vous convenu avec les Chinois. Cédant à la pression populaire, le Dalaï-lama renonce au spectacle. Malgré tout, la foule reste devant le palais, et le 16 mars sa Sainteté reçoit une missive de la garnison chinoise : « Si votre Sainteté, en compagnie de quelques fidèles de la garde, peut tenir une position dans

17 DONNET Pierre-Antoine, p. 51, op. cit. p. 26

l'enceinte intérieure et le faire savoir avec précision au général, les Chinois feront tout, sans aucun doute, pour que ce bâtiment ne soit pas endommagée »18.

Dans la nuit du 16, les attaques contre la foule débutent, et le Dalaï-lama décide de s'enfuir dans la nuit du 16 au 17 mars. Escorté par les Khampas, il arrive en Inde le 5 avril. Dans ses mémoires, le Dalaï-lama se rappelle sa séparation d'avec les cavaliers à la frontière indotibétaine : « le dur moment était venu de dire adieu aux soldats et combattants de la liberté qui m'avaient escorté depuis Lhassa, et qui, maintenant, allaient s'en retourner affronter les Chinois »19. La répression chinoise du soulèvement populaire de mars 1959 fit selon le Dalaï- lama 30 000 victimes, 2000 selon le gouvernement chinois.

Le chef spirituel et temporel du Tibet ayant fui son pays, le Tibet tomba dès 1959 entièrement sous le joug chinois, alors que dès le 28 mars 1958 le gouvernement tibétain était dissolu par une ordonnance signée par Zhou Enlai et promulguée par le Conseil d'Etat. L'annexion du Tibet était déjà effective à cette date, mais la fuite du Dalaï-lama a permis de la réaliser pleinement.

Lors d'une visite de Mao à Moscou celui-ci se vanta auprès de Khrouchtchev d'avoir maté la rébellion, mais selon ce dernier, comme le Dalaï-lama s'était enfui, la guerre était perdue. Dans une certaine mesure Khrouchtchev n'avait pas tort, puisque la communauté en exil est aujourd'hui plus forte et plus structurée que jamais, toujours en lutte pour la survie du peuple tibétain.

1.3 Les motifs de l'intervention : « libérer le Tibet du féodalisme » et de « l'impérialisme étranger »

Outre la prétendue souveraineté de la Chine exercée sur le Tibet depuis le mariage entre la princesse Wencheng et le roi Songtsen, deux autres arguments ont été utilisés dans la rhétorique communiste pour légitimer l'invasion du Tibet, arguments qui ont été largement diffusés par une propagande active.

Les prétextes avancés par le régime communiste pour envahir le Tibet sont de deux natures qui se réfèrent toutes deux à l'idéologie maoïste : libérer le peuple d'un asservissement féodal ; et le libérer d'un asservissement à l'impérialisme étranger.

18LEVENSON Claude, La Chine envahit le Tibet : 1949-1959, Bruxelles, Complexe (Les mémoires du siècle), 1995, p. 22

19GYATSO Tenzin, Au loin la liberté, Paris, Fayard, 1993, p. 206

Les Chinois diffusèrent dans un premier temps un argumentaire antiféodal assez rudimentaire. Ainsi, dans une publication du gouvernement chinois, on peut lire que « avant la réforme démocratique, le Tibet était un pays féodal où régnait le servage. La totalité des moyens de production étaient aux mains de moins de 5% de la population, [...]. La majorité des Tibétains étaient des esclaves ou des serfs. Considérés comme des biens privés par leurs propriétaires, ils étaient réduits à travailler jour et nuit, à être vendus, échangés ou placés en hypothèque. »20 Globalement, la plupart des publications chinoises sur le Tibet le décrive comme un pays féodal, arriéré, où les paysans étaient traités en esclaves par leurs maîtres tortionnaires, où la plupart des individus ne disposaient d'aucune forme de liberté individuelle. Les dirigeants, les nobles et les monastères étaient les trois détenteurs de tous les moyens de production, et ils exploitaient la paysannerie. On retrouve ici la rhétorique marxiste, qui distingue trois rapports de production dont le servage et le rapport capitaliste. Dans la description que font les communistes du système tibétain, on retrouve un mélange de ces deux rapports de production, avec à la fois le servage et l'exploitation des travailleurs par une classe dirigeante qui détient tous les moyens de production. Outre cette rhétorique diffusée par des publications papiers, les officiels chinois se chargent eux-aussi de répandre cette vision de la société tibétaine avant 1950. Ainsi, l'ancien ambassadeur de la RPC en France, Wu Jianmin, sur le site Internet21 du consulat de Chine en France, explique que « sous le régime du servage pratiqué par le Dalaï-lama au Tibet, les serfs, qui représentaient 95% de la population tibétaine, n'étaient pas considérés comme des êtres humains, mais plutôt comme des bêtes de somme ayant tout simplement la faculté de la parole. Il suffit de lire des écrits historiques que les auteurs européens ont faits sur le Tibet sous le servage pour s'en convaincre. Les propriétaires de serfs dont le chef de file était bel et bien le Dalaï-lama, pouvaient disposer des serfs de la façon qu'ils voulaient. »

Sur ce motif donc, les troupes chinoises sont entrées au Tibet en 1950, et n'en sont jamais reparti, bien qu'aujourd'hui le féodalisme ait disparu du territoire tibétain.

Cet argument peut être considéré comme fallacieux, puisque bien que le système ait bien été semi-féodal avant 1950, il n'était question au Tibet ni d'esclavage ni de servage. Alexandra David-Néel le rapporte elle-même dans ses ouvrages, l'esclavage était bénin. En outre, les Tibétains étaient loin d'être un peuple opprimé par un pouvoir tyrannique, et ce grâce à l'influence du bouddhisme sur les mentalités et la société tibétaine dans son ensemble.

20 JIN Wei, 100 questions about Tibet, Beijing Review Publications, Beijing, 1989, p .38

www.consulatchine-strasbourg.org

21

Le deuxième argument utilisé par les communistes pour justifier l'intervention de l'Armée populaire de Libération, et qui a guidé sa politique de propagande dès 1949, est celui d'un Tibet aux mains des étrangers, et notamment des Britanniques.

Depuis la fin du dix-neuvième siècle, le Tibet était soumis aux influences croisées de la Grande Bretagne et de la Russie. Tous deux voulaient s'attribuer les faveurs commerciales de Lhassa, et la Grande-Bretagne y parvint en 1904. Elle établit d'ailleurs une mission à Lhassa, et participa à la création de Radio Lhassa.

Les étrangers ont été cependant toujours rares au Tibet, celui-ci contrôlant ses frontières et interdisant à tout étranger de pénétrer sur le sol tibétain. Alexandra David-Néel y parvint cependant, déguisée en mendiante tibétaine. Les autres personnes ayant réussi à mettre les pieds au Tibet au début du vingtième siècle sont peu nombreuses. On peut citer Sven Hedin, un Suédois, qui s'aventura dans les steppes de l'Asie centrale, ou encore Giuseppe Tucci, maître de la tibétologie italienne, qui entre au Tibet dans les années 1930. Le plus célèbre des étrangers présents au Tibet au début du vingtième siècle est Heinrich Harrer. Dans son ouvrage Sept ans d'aventures au Tibet 22, l'alpiniste autrichien relate sa fuite du camp dans lequel il est détenu en Inde, et ses sept années passées sur le Toit du monde, au contact du Dalaï-lama et de la haute société.

La présence d'étrangers au Tibet est donc souvent insolite, mais les Chinois vont prétendre que le Tibet est contrôlé par les forces impérialistes occidentales, et que de nombreux espions britanniques sont présents au Tibet et complotent pour envahir le Tibet par la Chine.

Cet autre argument est lui aussi erroné puisque les étrangers présent au Tibet en 1950 se comptent sur les doigts de la main. En outre, les velléités britanniques sur le Tibet peuvent être remises en cause, puisque ceux-ci se sont retirés en 1908 et entreprennent dès 1947 la décolonisation avec l'indépendance de l'Inde britannique. Le Tibet est ainsi loin d'être sous le joug des « impérialistes ».

Le 1er octobre 1949, les communistes, après des années de lutte, et une guerre civile contre les nationalistes du Kuomintang, accèdent au pouvoir. Dès 1949, l'invasion du Tibet est fortement envisagé dans les nouvelles sphères dirigeantes, et en 1950 les faits confirment les idées : le Tibet est envahi. Pour des motifs souvent erronés et qui masquent, comme on va le voir, une simple volonté d'expansion territoriale, les communistes vont violer l'intégrité du

22 HARRER Heinrich, Sept ans d'aventures au Tibet, Paris, Arthaud (Montagnes récits), 1998, 288 p.

territoire tibétain, arguant qu'il a toujours appartenu à la Chine et qu'il faut le libérer du féodalisme et de l'impérialisme étranger. Mais cette invasion est avant tout motivée par une volonté d'étendre le territoire de la Chine et surtout, de sécuriser les frontières.

2. Le mythe de la grande Chine : politique colonialiste et expansionniste

Dès 1949, Mao entreprend une politique d'expansion territoriale qui va le conduire, au nom de la sécurisation des frontières, a annexé des territoires et des régions au poids stratégique considérable. Pékin entend ainsi ramener les régions périphériques à son territoire sous son autorité. Cette politique expansionniste n'est cependant pas une invention de Mao, puisque la Chine n'a eu de cesse, depuis sa création, de rechercher à étendre son influence sur des territoires situés aux frontières de l'empire.

2.1 La notion de frontière et les frontières de la Chine avant l'ère maoïste

La notion de frontière est définie par Youlun Peng comme « une limite établie en vertu d'un traité, d'une négociation, d'un règlement unilatéral ou bilatéral, et qui sépare des espaces territoriaux voisins où s'exercent des souverainetés différentes »23. La Chine contemporaine dispose d'un système frontalier parmi les plus complexes. Avec ses 15 000 km de frontières terrestres avec 15 Etats limitrophes, dont la Russie, la Corée du Nord, le Vietnam, le Laos, le Bhoutan, le Népal, le Pakistan, l'Afghanistan ou encore le Kirghizistan et le Kazakhstan, et sa façade maritime de 14 500 km, la Chine, d'une superficie de 9 700 000 km2 (17 à 18 fois la France), est l'un des rares pays qui dispose d'une situation géographie aussi stratégique. A la fois au contact du Moyen-Orient, de l'Asie centrale et de l'Asie pacifique, la Chine est riche de ses frontières, qui se sont formés au fil des conquêtes et des dynasties.

23 PENG Youlun, « Frontières et minorités chinoises », Monde Chinois, hiver 2004-2005, n°3, p.89

La Chine unifiée a été fondée en 221 avant notre ère par Qin Shi Huangdi. L'empereur Qin a ainsi crée la dynastie Qin, qui succéda à la dynastie Zhou et précédait la dynastie Han. Cette dynastie allait alors unifier politiquement et linguistiquement le pays, en instaurant un système politique centralisé et autoritaire. C'est sous le règne du premier empereur de cette dynastie, Qin Shi, que fut construite la Grande muraille, afin de protéger l'empire du milieu, alors situé au sud du fleuve jaune, des invasions des barbares venus du Nord. Jusqu'à la dynastie des Qing, le territoire chinois s'est tantôt étendu tantôt rétréci. En 1644, lorsque les Qing succède aux Ming, le territoire chinois s'étend jusqu'en Mandchourie, et la Grande muraille perd son rôle de frontière. En 1683, Taïwan devient parti de l'empire, de même que l'archipel des Pescadores.

Plusieurs dynasties, et notamment celle des Qing, ont eu des volontés expansionnistes, envahissant la Mongolie intérieure, le Xinjiang, le Tibet. Les Qing, puis la République de Chine et la RPC, vont tenter d'intégrer ces territoires au territoire chinois.

Les frontières de la Chine avant l'ère communiste sont donc des frontières changeantes, floues, fruits de conquêtes ou au contraire d'attaques ennemies.

La notion chinoise de frontière bianjiang (zones frontalières), reflète le caractère flou de la conception chinoise d'une frontière. Ce concept est l'alliance de deux termes, bian désignant la frontière, la borne, et jiang une frontière, une zone. Les Chinois conçoivent donc les frontières comme des zones, non pas comme des limites que l'on peut tracer d'un trait sur une carte. Cette notion de bianjiang s'avère être un véritable atout pour le régime communiste, notamment parce qu'elle peut désigner plusieurs choses : politiquement, elle désigne des zones rebelles, non soumises à l'autorité centrale, alors que culturellement cette notion se réfère à des zones non sinisées.

Les Chinois ont toujours eu une conception vague et large de ce qu'est une frontière, ceci en conformité avec la vision de l'Empire qui ignore toute frontière extérieure. Ainsi, l'Empire chinois rejette toute idée de délimitation de son territoire, l'étendue de celui-ci variant selon les rapports de force entre les Chinois et les « Barbares », ces nomades qui menacent sporadiquement l'Empire du milieu.

Mais l'on ne peut parler de la conception chinoise de la frontière sans se référer à sa conception de la vassalité. Pendant plusieurs siècles, des pays comme le Vietnam ou la Corée ont été les vassaux de la Chine. Bien qu'indépendants, la Chine exerçait sur ces pays une suzeraineté, ce que Youlun Peng qualifie de « diplomatie de tribut »24. La suzeraineté de la

Chine, telle qu'elle a pu l'exercer sur le Tibet a un moment donné, était en fait purement symbolique, le vassal cherchant par sa soumission virtuelle à l'Empire, à « bénéficier d'une part du mandat du ciel pour légitimer les pouvoirs royaux du monarque »25.

Cette conception vague de la frontière, doublée d'une conception faussée de la vassalité de l'Empire sur les pays frontaliers, a permis à Mao, en 1949, d'entreprendre une véritable politique de colonisation, d'expansion territoriale, qui a conduit à l'annexion du Tibet mais aussi d'autres territoires.

2.2 Le maoïsme colonialiste et expansionniste

La notion d' « espace vital » a été définie pour la première fois par Ratzel dans son ouvrage du même nom paru en 1901. Mao, bien qu'il n'utilisa jamais ce terme d'espace vital, sembla recourir à cette idéologie lorsque, en 1949, il entreprit de reconquérir des territoires sur lesquels, à un moment ou à un autre, la Chine avait exercé une forme de contrôle.

L'invasion du Tibet, en 1950, s'inscrivait ainsi dans une logique plus large de conquête d'un territoire national, visant à reconquérir l'île d'Hainan, l'archipel des Pescadores, Taiwan et le Xinjiang.

Ainsi, Taïwan, qui avait été cédé par la Chine au Japon en 1895, après la première guerre sino-japonaise (1894-1895), a été restitué à la Chine en 1945 après la défaite du Japon et des forces de l'Axe lors de la Seconde guerre mondiale. Mais l'île s'est retrouvée, en 1949, placé sous le contrôle des nationalistes du Kuomintang, qui proclament la République de Chine, indépendante de la RPC, et Mao chercha, dès lors, à rétablir la souveraineté de la Chine continentale sur l'île en arguant de l'illégitimité du gouvernement taïwanais. En 1958, la RPC tenta même de rependre possession du territoire taïwanais en lançant une offensive contre les îles de Quemoy et de Matsu, deux îlots placés sous la juridiction de Taïwan, déclenchant la crise du détroit de Formose, au cours de laquelle les Etats-Unis intervinrent pour empêcher l'invasion. Taiwan constitue toujours l'un des problèmes territoriaux majeurs de la Chine, la RPC essayant de rattacher l'île à la « mère patrie ». Taïwan est un territoire sacré de la République populaire de Chine. On y retrouve ainsi une référence dans la Constitution de

1982 : « l'accomplissement de l'oeuvre grandiose de la réunification de la patrie est le devoir sacré du peuple chinois tout entier, y compris nos compatriotes de Taiwan ».26

Autre lieu, autre histoire : le Xinjiang, autrefois appelé Turkestan oriental. Zone de passage située en Asie centrale, fruit de luttes entre les dynasties chinoises et différents peuples colonisateurs, notamment les ethnies turques qui introduisirent l'Islam au vingtième siècle, cette région fût longtemps dirigée par les Ouïgours, ethnie turcophone et musulmane. En 1876, l'empire des Qing envahit cette région et la renomme Xinjiang. Le Turkestan oriental va rester sous domination chinoise jusqu'en 1944, date à laquelle les Ouïgours, las de l'emprise des nationalistes chinois, vont proclamer la République indépendante du Turkestan oriental. Cette république va rester indépendante jusqu'en 1949, date à laquelle les dirigeants de celle-ci disparaissent dans un mystérieux accident d'avion, ce qui permet à la RPC de restaurer sa souveraineté sur la région.

Le Xinjiang est aujourd'hui, au même titre que le Tibet, une région autonome où les velléités indépendantistes sont de plus en plus fortes, les Ouïgours souhaitant comme les Tibétains restaurer leur souveraineté sur leur territoire.

Mao va donc, dès 1949, mener une politique d'expansion et de conquête territoriale qui dépassera le cadre de l'invasion du Tibet. Profitant de la conception floue de frontière, les communistes chinois vont étendre leur domination aux zones transfrontalières qui ont été autrefois sous l'influence de l'Empire. Cette politique répondait alors à différentes motivations, d'ordre idéologique certes, mais surtout géostratégique et économique. Les minorités nationales présentaient pour Mao des attraits bien supérieurs au coût d'une intervention militaire, et récupérer ces marches continentales lui permis alors de sécuriser les frontières chinoises.

26 Constitution de la RPC du 4 décembre 1982.

Chapitre 3 : La politique de la Chine à l'égard des minorités

1. La Chine multinationale : les différentes minorités chinoises et les Hans

1.1 Les minorités chinoises

La Chine est un pays uni politiquement, avec un système administratif centralisé et une organisation spéciale de l'autonomie régionale. Toutefois, ethniquement et culturellement parlant, elle est loin d'être homogène. Aujourd'hui, le gouvernement recense officiellement 56 ethnies, dont les Hans, et 55 minorités, avec, parmi d'autres, les Mandchous, les Miao, les Ouïgours, les Tibétains, les Mongols, les Coréens, ...

Ces minorités sont réparties sur tout le territoire, comme les Miaos, qui représentent 7,3 millions d'individus dispersés dans les provinces du Hunan, du Hubei, du Sichuan. La moitié de cette minorité se concentre surtout dans la province du Guizhou. Le caractère multiethnique de l'Etat chinois est toutefois souvent occulté face à la domination de l'ethnie han.

1.2 La domination des Hans en Chine, entre chauvinisme et impérialisme culturel

Les Hans forment l'ethnie majoritaire de Chine, représentant 91% de la population chinoise. L'usage du mot han s'est développé au dix-neuvième siècle pour distinguer la majorité du peuple chinois des Mandchous. Ce mot fait bien sûr référence à la dynastie Han qui régna de 202 avant JC à 220 après JC. La langue Han est la langue nationale de la RPC, et aussi l'une des langues officielles des Nations-Unies. Aujourd'hui, lorsque l'on parle des Chinois, on fait référence à cette ethnie, en oubliant que la Chine compte de nombreuses minorités.

La domination de l'ethnie Han sur les autres ethnies vivant en Chine se fait depuis plusieurs millénaires, et depuis 1949 cette domination n'a fait que s'accroître. Ainsi, les Hans sont aujourd'hui majoritaires dans 18 des 22 provinces chinoises, et dans trois des cinq régions autonomes. Ils sont majoritaires en Mongolie intérieure ou encore en Mandchourie, qui recouvre aujourd'hui les provinces de l'Heilongjiang, Jilin et Liaoning.

La Chine est donc largement assimilée à sa population majoritaire, les Hans, qui détiennent le pouvoir. L'influence de ce groupe ethnique sur la société chinoise est à la fois démographique, culturelle, économique, et politique. La plupart des grands hommes qui ont joué un rôle central dans l'histoire chinoise sont ainsi des Hans, du premier empereur Qin Shihuang, à Sun Yat-Sen, en passant par Chiang Kai-Shek.

Il existe toutefois des différences au sein de l'ethnie han, avec de nombreux groupes linguistiques et culturels différents, différences qui ne permettent pas cependant de distinguer des groupes ethniques au sein de l'ethnie han elle-même. En outre, les Hans sont unis par le même système d'écriture, le mandarin.

Le chauvinisme Han est officiellement interdit, mais on assiste de plus en plus à un renforcement de l'idée selon laquelle les Chinois Hans sont les seuls à être de vrais Chinois. Afin de lutter contre la suprématie han, le PCC, sous l'égide de Mao, va instaurer un système de gestion des minorités nationales basé sur la reconnaissance de ces minorités.

2. La gestion des minorités et la plurinationalité chinoise vues par les communistes

La Chine n'est donc pas un territoire homogène, mais recense de nombreuse minorités qui, malgré leur faiblesse numérique, ont un poids important notamment car elles occupent souvent des zones stratégiques pour le pouvoir. Toutefois, bien que cette hétérogénéité soit un fait, la Chine a choisi très tôt une organisation politique centralisée, basée sur la création d'un Etat multinational unitaire, plutôt qu'une organisation fédéraliste, comme en URSS.

2.1 La Constitution et les minorités

Les minorités en Chine sont donc nombreuses mais pleinement reconnues, et la gestion de celles-ci a même été constitutionnalisée. La première constitution de la RPC, datant de 1954, fût d'ailleurs considérée comme révolutionnaire dans la gestion des minorités, dans la mesure où elle affirmait le caractère multinational et pluriracial de la République. Depuis, les Constitutions de la RPC ont changé, mais ce principe reste inscrit dans chacune d'elle, sous la forme de l'article 4 qui dispose que « La République populaire de Chine est un État multinational uni. Les régions où est appliquée l'autonomie régionale des nationalités sont parties inséparables de la République populaire de Chine » (constitution de 1975). Ainsi, la constitution de la RPC accorde un statut spécifique aux minorités, participant dans les textes d'une politique de reconnaissance, et elle leur accorde depuis 1984 une autonomie ethnique, autonomie aménagée dans la loi sur l'Autonomie Ethnique Régionale adoptée en mai 1984. Ainsi, selon ce texte de loi, « l'autonomie dans les régions des minorités veut dire que, sous la direction générale de l'État, l'autonomie est pratiquée dans les régions où une nationalité vit en groupe compact important. » Cette loi réglemente l'autonomie, l'organise avec la création d'organes administratifs et d'institutions autonomes. Cette autonomie s'exerce à travers des institutions spéciales de divers niveaux : on compte ainsi les régions autonomes, équivalentes aux provinces, les départements autonomes, et les districts autonomes. La Chine reconnaît aujourd'hui cinq régions autonomes : la Mongolie intérieure, le Guangxi, le Tibet, le Ningxia et le Xinjiang.

Les minorités ont donc un statut particulier, et une forme de discrimination positive vise à résoudre les inégalités de fait existant entre les minorités et la majorité han. Afin donc de restaurer l'égalité entre les minorités et la majorité, des avantages sont accordés aux minorités, comme la non-limitation des naissances, alors que la Chine pratique la politique de l'enfant unique, ou encore des quotas d'admission dans les écoles, des quotas de fonctionnaires et de conseillers municipaux dans les mairies. On retrouve aussi ce système de quotas dans l'armée et le gouvernement. Cette politique de reconnaissance et d'octroi de droits spécifiques aux minorités vient compenser la supériorité des Hans.

2.2 La politique chinoise à l'encontre du marxisme -léninisme

Toutefois, il est important de voir à quel point la politique de gestion des minorités de la RPC diverge de celle défendue par Lénine. Selon l'approche léniniste, les minorités disposent

en effet d'un droit à l'autodétermination, y compris jusqu'à la séparation, et ce droit fût notamment affirmer lors du Congrès des peuples à Bakou en 1919. C'est aussi ce principe qui a guidé l'action internationale de l'URSS durant la guerre froide par un soutien aux minorités indépendantistes avec parfois une aide logistique et matérielle fournie comme ce fût le cas en Algérie avec le FLN.

Bien que pendant un temps le PCC revendiqua ce principe d'autodétermination, notamment dans la constitution du premier Congrès de la République soviétique du Jiangxi, cette politique fût abandonnée en 1938 au profit d'une vision unitaire de la Chine. Le PCC se distingue ainsi de l'approche léniniste dans la mesure où, dès 1949, le Programme commun du PCC proclame l'indivisibilité et le caractère inaliénable du territoire national. Contrairement à la Constitution soviétique, qui reconnaît un droit de sécession aux minorités ethniques (droit qui dans les faits n'existe pas), la RPC n'accorde pas ce droit à ses minorités. Cette gestion des minorités, contraire aux principes marxistes-léninistes, se justifie essentiellement par une approche pragmatique. Ainsi, pour Mao et pour la plupart des dirigeants communistes chinois, les minorités constituent une ressource économique mais aussi stratégique, car elles sont souvent situées dans des zones frontalières. Mao lui-même reconnaît l'intérêt de la RPC à garder les minorités dans son giron : « Nos minorités nationales ont une population peu nombreuse, mais elles vivent dans de vastes régions. [...] Nous disons que la Chine possède un vaste territoire, de riches ressources et une forte population; en réalité ce sont les Hans qui « ont une forte population », et ce sont les minorités qui disposent « d'un vaste territoire et de riches ressources » pour ce qui est du sous- sol du moins, ce sont probablement elles qui possèdent de « riches ressources » 27.

Les minorités chinoises ont donc un rôle central selon Mao, qui justifierait une dérogation aux principes du marxisme-léninisme.

3. Mao et le Tibet : une relation houleuse et douloureuse

3.1 Mao et la fondation du Parti communiste chinois

27 MAO Zedong, OEuvres choisies, tome V, Beijing, Ed en langues étrangères, 1977, p. 318

Mao Zedong naît le 23 décembre 1893 dans la province du Hunan, dans une famille de paysans aisés. Le contexte de sa naissance est tout à fait particulier, puisqu'il naît dans une période de grande instabilité pour l'empire chinois des Qing. L'effritement de la Chine, gouvernée par la dynastie mandchoue, dépossédée d'une partie de son territoire au profit de la Grande-Bretagne, de la France, de l'Allemagne et des Etats-Unis pendant la moitié du dix- neuvième siècle, et la pression du Japon sur la Chine, menace la survie de ce pays.

Intéressé très tôt par le socialisme, Mao développe une philosophie qui s'inspire à la fois du socialisme, de l'anarchisme et du communisme. Dénonçant les Eglises, l'Etat, les systèmes monarchiques, sa doctrine est basée sur un rejet du passé, des traditions, des coutumes qui entravent le développement et le progrès humain et maintiennent l'homme dans l'ignorance et l'asservissement. Il explique ainsi qu'aucun nouvel ordre ne peut exister sans que l'ancien ait été détruit.

A ses débuts, Mao a cependant du mal à reconnaître que le socialisme ou le communisme sont des idéologies qui lui conviennent, mais après la révolution bolchevique d'octobre 1917, il prend conscience du potentiel révolutionnaire de la population chinoise, et adopte la stratégie révolutionnaire léniniste. A la fin de l'année 1920, Mao parvient à la conclusion que le marxisme semble être la nouvelle base pour le parti qu'il envisage de créer depuis un certain temps avec d'autres collègues, et en 1921 le PC chinois est crée à Shanghai avec le soutien de Lénine. Bien que la Chine soit un pays essentiellement agricole, avec environ 250 millions de paysans et seulement 2 millions d'ouvrier de l'industrie, la théorie marxiste semble transposable à la Chine, dans la mesure où 70 % du territoire est alors détenu par 10 % de la population. Les premières grèves vont être lancées dès 1923, dans la province du Hunan, afin d'obtenir une amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs. Mais ce mouvement de grève fait l'objet d'une répression très forte, connue sous le nom du « massacre du 17 février ». Le PC, dès lors poursuivi par le Kuomintang, bien qu'il ait les mêmes buts que lui, comme mettre fin aux seigneurs de guerre ou unifier le peuple chinois, va développer une résistance organisée qui le mènera au pouvoir en 1949.

Mao est donc le grand artisan, avec Zhou Enlai et d'autres, de la création du mouvement communiste chinois. Il va être aussi l'artisan de la conquête du Tibet, et c'est sous son règne que la province chinoise va connaître les pires épisodes de son histoire. Jusqu'en 1959, Mao reste toutefois « courtois » à l'égard du gouvernement tibétain. Il reçoit même le Dalaï-lama et le Panchen-lama à Pékin en 1954, et fait visiter la Chine au Dalaï-lama, afin de lui faire

« admirer les merveilles du progrès matériel, et notamment industriel »28 et de le convertir au modèle socialiste. Le Dalaï-lama fait d'ailleurs référence à la gentillesse de Mao au cours de leurs nombreux entretiens. En outre, il le cite régulièrement pour attester de cette gentillesse. Ainsi, Mao lui aurait confié que « le Tibet est un grand pays. Vous avez une histoire merveilleuse. Il y a longtemps, vous avez même conquis une bonne partie de la Chine [sous le règne de Songtsen Gampo]. Mais vous avez pris du retard, et nous allons vous aider à le rattraper. »29.

3.2 Les politiques maoïstes, grandes purges et Grand bond en avant

Le Tibet est ainsi épargné pendant un certain temps des grandes purges instituées par Mao pour s'assurer la continuité de son pouvoir.

Parmi ces grandes campagnes de purges, on peut citer celle de l'hiver 1950, campagne visant à éliminer les contre-révolutionnaires, et qui fait 710 000 victimes, ou bien à l'automne 1951 la campagne des « Trois Anti », contre la corruption, le gaspillage et la bureaucratie, et la campagne des « Cinq Anti » en 1952, qui vise le monde industriel. En 1957, Mao lance la campagne des Cent fleurs, qui permet aux Chinois d'exprimer leurs griefs à l'encontre du pouvoir communiste. Au cours de cette campagne, de nombreuses critiques sont émises par des milliers de Chinois, contre le parti unique, les privilèges des cadres et de la bureaucratie communiste. Alors que les intellectuels demandent plus de liberté, les ouvriers font grève pour que leurs conditions de travail s'améliorent. Mais loin de permettre une réforme du mouvement communiste, et une véritable dictature du prolétariat, ce mouvement va entraîner une des répressions les plus meurtrières de l'histoire de la Chine contemporaine. En effet, suite au mouvement des Cent fleurs auquel Mao met fin, une nouvelle campagne va être mené, la campagne anti-droitière, qui va faire six millions de victimes, beaucoup parmi le parti lui-même. Ces campagnes vont provoquer un éclatement des familles et du lien social en général, à cause du système de dénonciation et de contrôle instauré à l'échelle individuel, de même qu'une disparition progressive de l'intelligentsia chinoise, envoyée en camp de travail, exécutée ou en exil.

Outre ces campagnes, le système de collectivisation est mis en place. Il vise, dans la logique
marxiste-léniniste, à collectiviser les moyens de production dans l'agriculture afin de mettre
fin au système de servitude qui maintient les paysans dans la pauvreté, et de supprimer les

28 GYATSO Tenzin, p.140, op. cit. p. 37

grands propriétaires terriens et le système de seigneurie. Au Tibet, ce système collectiviste, qui reposait comme partout en Chine sur les communes populaires, va entraîner de nombreuses famines dans les années 1960. Obligés de cultiver le blé plutôt que l'orge, et de faire une récolte par an, plutôt que pratiquer la culture en jachère, comme cela était le cas traditionnellement, les Tibétains ont vu leur production de céréales chuter, et les réserves s'épuisèrent rapidement.

Mao avait décrété très tôt un report dans l'application des réformes du PCC au Tibet, ce qui avait permis au Tibet de ne pas subir les effets dévastateurs des réformes maoïstes. Mais en 1959, ce report est annulé, et les réformes appliquées en Chine sont dès lors systématiquement appliquées au Tibet. Ainsi, dès 1955 des tentatives de collectivisation des terres ont lieu au Tibet, provoquant de nombreuses révoltes et rébellions, mais à partir de 1959 cette collectivisation va être appliquée avec plus de vigueur.

En outre, le Tibet n'échappe plus non plus aux grandes politiques élaborées par le PCC ; ainsi, en 1958, Liu Shaoqi, alors Président de la République, lance le Grand Bond en avant.

Cette politique visait le développement agricole et industriel de la Chine, afin de satisfaire aux besoins d'une population qui n'a fait que tardivement l'objet d'un contrôle des naissances et aussi de développer un système productif très limité jusqu'alors. Mao, très imprégné par ses origines sociales paysannes, a en effet mis longtemps avant de comprendre que, loin de favoriser le développement économique, une forte natalité nuit au système économique dans la mesure où plus de bras pour travailler signifie aussi plus de bouches à nourrir et à entretenir.

Cette politique de développement intensif, imaginée par Mao, provoque une catastrophe agricole sans précédent, et l'une des famines les plus meurtrières au monde, avec entre 20 et 30 millions de morts. Le Tibet n'est pas épargné par cette famine, et dans certaines provinces chinoises on assiste même au développement du cannibalisme, dans le Henan par exemple.

Mao a pendant un certain temps épargné au Tibet les réformes qu'il préconisait pour la Chine communiste. Mais à partir des années 1960, le Tibet ne peut plus se soustraire aux politiques chinoises, et la Révolution culturelle va rappeler au Tibétains à quel point ils appartiennent à la Chine maoïste.

29 Ibid, p.133

3.3 La Révolution culturelle ou l'emprise du maoïsme sur la société chinoise

La Révolution culturelle, déclenchée en 1966 par Mao, va sans aucun doute frapper le Tibet beaucoup plus fortement que toutes les autres politiques chinoises. Cette Révolution s'inscrit dans un contexte particulier, et elle trouve son origine en 1958.

Ainsi, en 1958, Mao, très mal perçu après les échecs de ses différentes politiques, des Cent fleurs comme du Grand bond en avant, renonce à sa position de chef de l'Etat au profit de Liu Shaoqi. Très critiqué par de nombreux membres du PC, Mao s'efface de la vie politique jusqu'en 1965.

C'est en 1966 qu'il décide, afin de destituer Liu Shaoqi, de purger le parti de ses opposants, et de reprendre le pouvoir en lançant la Révolution culturelle. Soutenu par Zhou Enlai et la maréchal Lin Biao, Mao va instrumentaliser cette révolution. Il va en faire une révolution socialiste, visant à éliminer les Quatre vieilleries (pensée, culture, coutumes et pratiques du passé), camouflant les véritables buts de cette nouvelle politique, qui est celui d'écraser ses opposants et de remodeler le PC à son image.

Le départ de la Révolution culturelle est donné par la onzième session du Huitième comité central du parti, réuni du 1 er au 12 août. Le 18 août, un million de gardes rouges défilent devant Mao sur la place Tienanmen, et les Chinois, hystériques et fanatisés, sont alors pris dans la spirale de la Révolution culturelle.

Dès l'automne 1966, la plupart des étudiants, pour la plupart enfants des élites du parti et des intellectuels, sont mobilisés pour faire cette Révolution. Dix millions d'étudiants seront ainsi enrôlés. Ces étudiants, les fameux gardes rouges, vont avoir pour mission de chasser les opposants et les critiques du régime maoïste. Leur première cible est le corps professoral, puis toute forme d'autorité. Les gardes rouges vont ainsi parcourir le pays, détruisant les traces de toute religion, assassinant les « contre-révolutionnaires » et les représentants de la bourgeoisie. Durant cette période, 60 % des membres du parti sont ainsi purgés.

En 1967, la révolution culturelle dégénère en lutte entre factions. Les gardes rouges se regroupent en effet en faction, et luttent les uns contre les autres afin de prouver leur fidélité à Mao. En outre, des affrontements violents éclatent entre gardes rouges, armée et ouvriers. La période de la Terreur rouge, au cours de laquelle le Petit livre rouge devient le livre de chevet de milliers de jeunes, prendra fin avec l'intervention de l'armée, chargée par Mao de mater les gardes rouges. L'armée prend ainsi le contrôle des universités et des usines, empêchant le pays de sombrer dans l'anarchie. Les échos de cette révolution font des émules en Europe, et

son influence se fait sentir dans de nombreux mouvements à tendance révolutionnaire, comme Mai 68. Bien qu'elle prenne officiellement fin en 1969, elle durera jusqu'à la mort de Mao en 1976.

Cette révolution va avoir des conséquences désastreuses en Chine, parce qu'elle va bouleverser les deux piliers de la société, à savoir l'éducation et la loi. Ainsi, les écoles sont fermées de 1966 à 1972, et le système législatif est complètement décomposé par la politique qui consiste à envoyer les intellectuels dans des camps de rééducation à la campagne. La frénésie révolutionnaire et meurtrière va imprimer un profond trauma dans les consciences chinoises, et ses dix années « perdues ». En outre, la destruction de la religion, mais surtout de la tradition confucéenne, va entraîner un grand vide spirituel et idéologique.

3.4 Le « Tocsin de la Révolution culturelle »30 au Tibet

Ses conséquences au Tibet vont être d'autant plus fortes que la religion était profondément ancrée dans la société tibétaine. Ainsi, les zones peuplées majoritairement par les minorités ont plus souffert de cette révolution dans la mesure où elles avaient su, plus que les Hans, conserver leur identité et leurs coutumes et traditions propres. En outre, ces minorités exprimaient souvent des velléités indépendantistes qui déplaisaient au gouvernement parce que menaçant l'unité de la « mère patrie » mais surtout l'autorité du PC.

Les dirigeants chinois, jusqu'en 1966, avaient décidé de tenir compte des spécificités du Tibet, planifiant pour cette région un développement graduel. Avec la Révolution culturelle, tout espoir pour le gouvernement chinois de rallier les Tibétains à la cause socialiste prend fin. Le Tibet était en effet, pour les communistes, l'antichambre du passéisme et des quatre vieilleries. C'est ainsi que, dès juillet 1966, les premiers gardes rouges pénètrent dans Lhassa. Le pillage et la destruction systématiques vont dès lors être pratiqués dans tous les lieux saints du bouddhisme tibétain. Le Jokhang, premier temple sacré du bouddhisme, est mis à sac, puis, selon des témoignages de Tibétains, transformé en dortoir pour les soldats. Le Norbulingka, résidence d'été du Dalaï-lama, est minutieusement pillé. Le Potala, et treize autres lieux de culte, seront cependant épargnés sur ordre de Zhou Enlai, alors premier ministre.

30 DONNET Pierre-Antoine, p.130, op. cit. p. 26

Les monastères étaient aussi les cibles privilégiées des gardes rouges. Bastions de la contre- révolution, les 6000 monastères existant avant 1959 ont tous été détruits où endommagés. Le monastère de Ganden, qui abritait autrefois plusieurs milliers de moines, a ainsi été dynamité. La majorité des reliques tibétaines ont été volées ou détruites par les Chinois.

Les gardes rouges détruisirent tout sur leur passage : statues, textes sacrés, objets rituels, figurines, rien ne leur échappa. Les fresques furent couvertes de graffiti à l'éloge de Mao, les maisons furent pillées et les autels à l'effigie du Bouddha détruits. Les gardes rouges manquent même prendre le pouvoir au Tibet lorsqu'à l'automne 1966, incontrôlables, ils chassent le général Zhang Guohua du Tibet. Des combats de rue entre factions rivales vont semer le chaos dans les grandes villes tibétaines, Lhassa, mais aussi Shigatsé ou Gyantsé. Toues les grandes manifestations religieuses sont également interdites, comme le Monlam Chemno, le jour de l'an tibétain, ou la grande fête de la prière.

Outre la destruction du patrimoine culturelle tibétain, la communauté monastique va faire l'objet de persécutions et d'humiliations sans commune mesure avec tous ce que les Tibétains avaient pu connaître jusqu'alors. Les moines sont soumis aux « thamzings », ces séances de rééducation publique au cours desquelles ils doivent renier leur statut de moine et faire allégeance au socialisme. Les nattes que portent traditionnellement les femmes et les hommes au Tibet sont coupées, le port des habits chinois est déclaré obligatoire. Les tortures et les violences deviennent monnaie courante sous la révolution culturelle : mains et langues coupées, viols étaient alors des traitements banals.

Le maoïsme va laisser une empreinte profonde au Tibet, surtout pour les ravages qu'il a causés jusqu'à la mort de Mao en 1976. Les successeurs de Mao, plus ouverts et moins radicaux, vont toutefois continuer de maintenir le joug chinois sur la province tibétaine, tout en essayant de favoriser son développement économique.

4. Les successeurs du Grand Timonier, à la recherche de la stabilité de la Chine

4.1 Deng Xiaoping, entre libéralisation et répression

Deng Xiaoping naît le 22 août 1904 dans la province du Sichuan, dans une famille aisée dont le père est propriétaire terrien. Il rencontre Zhou Enlai au cours de ses études en France, puis, après un séjour en prison en 1933, il participe à la Longue Marche. Il fait l'objet, durant la Révolution culturelle, d'une purge, car il est accusé de prendre la route capitaliste par Mao. Réhabilité en 1973, il est de nouveau désavoué en 1976. En 1977, après l'arrestation de la Bande des Quatre, groupe dirigé par la femme de Mao et tenant d'une ligne dure, il prend les rênes du pouvoir, et entreprend une véritable « démaoïsation » de la politique et de l'idéologie communiste.

Cette démaoïsation de la société chinoise va passer par une véritable remise en cause de l'idéologie communiste dans son ensemble, dans la mesure où Deng va instituer, dès le début des années 1970, une politique de libéralisation économique contraire aux principes d'étatisation et de nationalisation de l'appareil productif. Le nouveau slogan de la Chine va dès lors devenir : « Enrichissez-vous ». Pour Deng, le socialisme ne pouvait marcher que s'il enrichissait les gens. Le successeur de Mao avait ainsi bien compris que la société chinoise ne serait pleinement docile et soumise au pouvoir dictatorial communiste que si le peuple était en quelque sorte heureux, s'il bénéficiait d'une amélioration de ses conditions de vie.

Deng entrepris donc, en décembre 1978, de lancer ce que l'on appelle couramment les « quatre modernisations » : il souhaite alors réformer l'industrie et le commerce, l'éducation, l'organisation militaire et l'agriculture. Il va mener une grande politique de libéralisation économique, avec par exemple la création des Zones économiques spéciales en 1980, sorte de zones franches où la fiscalité faible et une grande liberté sont instaurées pour attirer les investisseurs étrangers. L'autre réforme d'ampleur est l'abandon de la collectivisation agricole. En outre, le système éducatif est réformé afin de faciliter l'accession à l'éducation de tous les citoyens chinois. Ainsi, dès 1973, l'entrée dans une université est conditionnée par le passage d'examens, et le fonctionnement de l'éducation se normalise, après avoir été perturbé par dix années de révolution culturelle et par l'exil des intellectuels chinois vers des pays où la liberté d'expression leur permet de critiquer le régime communiste.

Les réformes menées par Deng vont permettre à la Chine de s'ouvrir au monde d'un point de vue économique et commercial. Fervent défenseur d'un socialisme à la chinoise, Deng est aujourd'hui considéré comme l'artisan de l'ouverture économique de la Chine, et de l'introduction de l'économie de marché dans l'Empire du milieu.

Sa politique de libéralisation économique ne va cependant pas être doublée d'une libéralisation politique, dans la mesure où Deng était convaincu que mener ces deux libéralisations de front génèrerait le chaos, et donc menacerait la dictature du Parti communiste sur le système politique chinois. Ainsi, bien que cette libéralisation économique entraîne l'émergence au sein de la société civile d'aspirations démocratiques, toute forme de manifestation de ces aspirations sera sévèrement réprimée, comme ce fût le cas à Tienanmen en 1989.

L'application de cette libéralisation va avoir au Tibet des conséquences positives, avec une libéralisation religieuse non négligeable. Ainsi, en 1986, les Tibétains se voient autorisés à organiser le Grand festival de la prière, le Monlam Chemno. Ce festival, véritable pilier du bouddhisme tibétain, était interdit depuis 1967. Les pèlerinages sont de nouveau autorisés. Par ailleurs, la Constitution chinoise de 1982 garantit formellement la liberté de croyance dans son article 3631. La même année, la langue tibétaine est reconnue comme langage de l'administration et d'enseignement au Tibet. En outre, le Tibet est ouvert au tourisme et le gouvernement chinois entreprend, dans le cadre de cette ouverture, une restauration des monuments tibétains détruits au cours de la Révolution culturelle.

Mais la libéralisation va avoir des effets pervers, au Tibet comme en Chine. La corruption va se développer parallèlement à la libéralisation économique, profitant d'une législation économique floue et largement incomplète, et ce sur une très large échelle. Le système du guanxi, qui fait référence au réseau de relations dont dispose une personne et qui lui permet d'accroître son pouvoir et sa richesse, se développe dans une société où il était déjà fortement implanté. Au Tibet, ce système discrédite les Tibétains, puisque ceux-ci ne disposent, pour la majorité d'entre eux, d'aucun réseau de relations avec l'administration chinoise ou avec des personnalités chinoises importantes.

4.2 L'après Deng, entre ouverture et stagnation

31 Cet article 36 dispose que : « les citoyens de la République populaire de Chine bénéficient de la liberté de croyance religieuse. Aucun organe de l'Etat, aucune organisation publique et aucun individu ne forcera les citoyens à croire en une religion ou à abandonner sa foi en une religion et ne se livrera à la discrimination contre les citoyens qui croient ou ne croient pas en une religion. L'Etat protège les activités religieuses légitimes. Personne ne peut utiliser la religion pour se livrer à des activités contre-révolutionnaires, à des activités qui troublent l'ordre public [...] »

Jiang Zemin devient Président de la République en 1993. Représentant la troisième génération de la dynastie communiste, il succède à Deng. Il sera dès 1989 un élément central du pouvoir, dans la mesure où il devient, en mai 1989, le secrétaire général du PCC.

En juillet 1990, il visite le Tibet et exprime son souhait d'aider les Tibétains, notamment en favorisant leur développement économique. En juin 1999, le nouveau dirigeant lance sa politique de développement à l'ouest. La priorité est alors donnée à la modernisation du territoire chinois exclu jusque là du processus de développement économique qui a permis aux provinces côtières de s'enrichir et de se développer. Ce plan, qui est comparable en termes d'échelle au Grand bond en avant, concerne 56 % du territoire et 23 % de la population. Il vise ainsi à intégrer économiquement les régions où la croissance est faible, mais a aussi un but politique qui vise, en assurant l'amélioration des conditions de vie des populations vivant dans ces régions, à atténuer leur revendication indépendantiste. Ce plan concernent en effet essentiellement les régions du Tibet et du Xinjiang, soit celles qui menacent le plus l'autorité centrale par leurs velléités séparatistes.

Cette politique du « Go West » vise d'autres objectifs que des objectifs économiques et politiques. Elle vise avant tout à assurer la stabilité par le développement. Elle a donc pour autre but de favoriser le développement social de ces régions, en développant l'emploi et en favorisant la création de nouvelles villes.

Ses effets au Tibet ont été peu analysés, mais globalement cette politique de développement a essentiellement bénéficié aux Chinois vivant au Tibet plutôt qu'au Tibétains. En outre, la construction du chemin de fer entre Golmud et Lhassa, entreprise dans le cadre de cette politique, assure toujours la domination des Chinois au Tibet en permettant un accès facilité au haut plateau. John Heath, pointe quant à lui les problèmes de financement de cette politique, dans la mesure où la bureaucratie chinoise absorbe toutes les ressources étatiques et empêche une meilleure allocation de celles-ci vers des services sociaux ou des programmes de développement de la Région autonome du Tibet.

En 2003, Hu Jintao succède à Jiang Zemin, est devient Président de la RPC et secrétaire général du PC. Né en décembre 1942 à Taizhou, dans la province du Jiangsu, il a été pendant quatorze ans ingénieur au service de l'Etat, bâtissant des routes et des ponts dans le désert de Gobi. Mais son rêve était véritablement de construire une nouvelle Chine. En 1989, il est même secrétaire du PCC dans la RAT. Considéré comme un dirigeant pragmatique, il doit toutefois faire face depuis son accession au pouvoir à des tensions géopolitiques importantes, notamment avec Taïwan et donc avec les Etats-Unis, mais aussi avec l'Inde ou le Népal. Sa

politique à l'encontre du Tibet ne diffère pas de celle de ses prédécesseurs : il cherche à favoriser le développement économique de cette région tout en la maintenant dans le giron de la RPC, en luttant contre les velléité indépendantistes mais aussi en menant une politique de colonisation et de sinisation de la RAT, ainsi qu'une politique d'assimilation de la population tibétaine.

Le Tibet a donc été, jusqu'en 1949, un Etat pleinement indépendant, quoiqu'en dise le régime communiste. Sa conquête s'est inscrite dans le contexte plus large de l'expansion du territoire chinois, souhaitée par Mao, et le Tibet fait l'objet depuis 1949 de différentes politiques qui lui ont globalement toutes porté préjudices. Ainsi, la Révolution culturelle, mais aussi le Grand Bond en avant, on permis à un génocide d'avoir lieu, tout comme les politiques actuelles, plus douces mais tout aussi efficaces, visent à transformer les Tibétains en groupe minoritaire dans leur propre pays. Au regard de toutes ces politiques, on peut aujourd'hui penser que l'indépendance du Tibet est difficilement envisageable. En effet, outre la minorisation numérique des Tibétains, par le génocide et la colonisation, il semble que d'autres facteurs appellent au réalisme politique, qui laisse croire que le Tibet ne regagnera jamais sa liberté.

Partie 2 : Une indépendance de plus en plus improbable

Le Tibet, avant d'être envahi par l'Armée populaire de libération en 1950, était donc un pays considéré comme indépendant. Son intégration forcée dans la patrie chinoise, et les différentes politiques et actions menées par la Chine sur le sol tibétain semblent rendre l'indépendance du Tibet de plus en plus improbable. En effet, outre le génocide et la colonisation massive qui ont cours au Tibet, cette région présente des intérêts énormes pour la Chine, en terme géostratégique bien sur, mais aussi en terme économiques et financiers. En outre, le processus de négociations entre le gouvernement en exil et le gouvernement chinois semble bien stérile depuis son instauration dans les années 1980. Enfin, il faut voir également le poids de la responsabilité de la communauté internationale dans la situation actuelle du Tibet, c'est-à-dire celle d'un pays menacer de disparition, tant au niveau démographique que d'un point de vue culturel et civilisationnel. Un peuple se meurt, mais l'éthique internationale et le droit d'ingérence ne semblent pas nécessiter de réactions de la part des pays défenseurs des droits de l'homme.

Chapitre 1 : Génocide et colonisation, une minorité tibétaine dans la masse han

1. Bilan du génocide

Le Tibet a fait l'objet, dès son annexion, d'un politique délibérée de génocide culturel mais aussi humain. Pourtant, certains hésitent à utiliser le terme génocide pour qualifier le massacre de la population tibétaine par les Chinois depuis 50 ans.

1.1 Génocide, une notion née d'une histoire douloureuse

Le terme génocide est considéré comme un néologisme formé du terme grec genos, qui signifie espèce, genre, et du terme latin caedere, qui veut dire tuer. Ce néologisme a été crée en 1944 par un juriste américain d'origine polonaise, Raphaël Lemkin. Celui-ci souhaitait en

effet trouver un mot définissant au mieux les crimes commis par les Nazis envers les juifs et les Tziganes. Ce terme est alors repris, en 1945, dans les actes d'accusation du Tribunal de Nuremberg, chargé de juger les responsable des crimes nazis. En créant un nouveau mot, Lemkin souhaitait qualifier une nouvelle forme de crime, la destruction systématique d'un groupe ethnique par d'autres individus.

Le génocide bénéficie aujourd'hui d'une large institutionnalisation, et il est intégré dans de nombreux textes de droit international. Ainsi, il est défini dans l'article 2 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adopté par l'assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1948, comme tout acte « commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». En outre, cette convention condamne « l'entente en vue de commettre le génocide, l'incitation directe et publique à commettre le génocide, la tentative de génocide, la complicité dans le génocide ».32

De plus, la Charte de l'ONU stipule que la communauté internationale doit « prévenir ou arrêter des actes de génocide », de même que l'article 6 du statut de la Cour pénale internationale définit le génocide comme : « meurtre de membres du groupe; atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe; soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe; transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe. » Le génocide se caractérise également par l'intention d'exterminer totalement une population, et par le caractère planifié de cette extermination.

Le crime de génocide est donc une notion qui a acquis une valeur normative forte, par son intégration dans les grands textes internationaux mais aussi par la création d'une juridiction internationale chargée de juger et de punir les instigateurs et les exécutants des génocides. Ainsi, on distingue les tribunaux ah hoc, crées spécialement pour juger un génocide particulier, des tribunaux permanents. On peut citer le tribunal de Nuremberg, ou encore le Tribunal pénale internationale pour le Rwanda ou l'ex-Yougoslavie comme tribunaux ah hoc, et la Cour Pénale international, crée par le statut de Rome en 1998, chargée de juger notamment les crimes de génocide. Cette cour se distingue par son caractère non substitutif aux tribunaux nationaux : son jugement ne peut s'exercer que si les tribunaux nationaux sont défaillants pour rendre la justice.

32 Article 3 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, ratifiée par l'assemblée générale des Nations-Unies le 9 décembre 1948.

Le crime de génocide fait donc l'objet aujourd'hui d'une institutionnalisation internationale qui lui confère le pouvoir d'une norme de droit international. Plusieurs crimes ont reçus cette qualification de génocide, et ont été jugés comme tel. C'est le cas du génocide rwandais, du génocide de Srebrenica, du génocide arménien par l'empire ottoman, ou du génocide juif. Toutefois, certains crimes font l'objet de débat quant à leur caractère génocidaire. Il en est ainsi du massacre commis par le gouvernement des Khmers rouges de Pol Pot au Cambodge, mais aussi des Kurdes par Saddam Hussein, ou encore de la famine causée par le Grand bond en avant en Chine dans les années 1960.

Le Tibet fait lui aussi débat, puisque la communauté internationale est plutôt réticente à considérer le massacre des Tibétains comme un génocide.

1.2 Le génocide au Tibet, invention tibétaine ou réalité chinoise ?

Depuis l'invasion du Tibet par l'Armée populaire de Libération, qualifiée alors de « libération pacifique du Tibet », les chiffres officiels recensent 1,2 millions de victimes tibétaines. Selon le bureau d'information du gouvernement tibétain en exil, un Tibétain sur cinq ou six serait mort de mort non naturelle entre 1950 et 1976. En outre, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon ce même organisme, 173 221 Tibétains seraient morts en prison ou dans les camps de travail, les laogais, entre 1950 et 1983. 92 731 seraient morts suite à des tortures, 156 758 auraient été exécutés, 432 705 seraient décédés suite aux combats contre les Chinois, 342 970 auraient succombé à la famine et 9002 ses seraient suicidés. Cela représente un total de 1 207 387 morts jusqu'en 1983, en sachant aujourd'hui que des prisonniers tibétains continuent de mourir en prison, et que beaucoup de gens sont bien vivants, mais peuvent parfois être considérés comme morts mentalement, traumatisés par les tortures qu'ils ont subis.

Les massacres de Tibétains ont atteint leur summum pendant la Révolution culturelle, lorsque les gardes rouges ont tué des milliers de moines et de nonnes bouddhistes, symboles alors de l'archaïsme tibétain. Les Chinois ont par ailleurs allègrement torturés, et continuent de le faire dans leur geôle, et de nombreux témoignages relatent leur usage régulier de la matraque électrique sur les nonnes. Nul besoin de dire comment ces matraques utilisées habituellement sur le bétail peuvent l'être sur une femme. Ils ont aussi publiquement humilié la communauté monastique, obligeant les moines et les nonnes à forniquer entre eux sur la place publique,

forçant les enfants à tuer leurs parents. De nombreux témoignages de Tibétains relatent toutes sortes de méthodes de torture, utilisées non pas pour faire avouer, mais bien souvent par sadisme et pour faire sortir, en quelque sorte, la religion du corps des Tibétains.

Les massacrés perpétrés par les Chinois peuvent sous plusieurs de leurs aspects, et au regard des définitions du crime de génocide faites par les grands textes internationaux, être considérées comme des crimes relevant du génocide. Ainsi, les Tibétains, qui constituent un groupe ethnique à part entière, ont été victimes de « meurtres de membres du groupe; atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe; soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ».

Concernant les meurtres de membres du groupe, nul besoin d'expliquer comment les Chinois assassinaient les Tibétains. Pour ce qui est de l'atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale des membres du groupe, son existence est aussi avérée dans la politique chinoise au Tibet. On retrouve en effet des actes nuisant à l'intégrité physique du peuple tibétain, comme la torture, ou bien encore les séances de rééducation et les thamzings, séances au cours desquelles les accusés doivent renier leur foi et le Dalaï-lama et reconnaître la suprématie de l'idéologie communiste. Enfin, des mesures visant clairement à entraver les naissances au sein du groupe tibétain ont-elles aussi été très tôt mise en oeuvre. En effet, sous couvert d'une politique de régulation des naissances, de nombreuses femmes tibétaines ont été avortées de force, ou bien encore stérilisés, et ce afin d'endiguer l'explosion démographique, dans le cadre du contrôle des naissances, mais surtout afin d'empêcher la reproduction de l'ethnie tibétaine. Pierre-Antoine Donnet relate ainsi dans son ouvrage33 comment les femmes, selon des témoignages, seraient kidnappées pour subir une stérilisation dans des conditions d'hygiène tellement déplorables que leur mort peut s'ensuivre.

Le génocide tibétain, selon les critères du droit international, est donc bien avéré, mais il n'est malheureusement pas reconnu comme tel par la majorité des Etats constituant la communauté internationale.

33 DONNET Pierre-Antoine, p.281-286, op. cit. p.26

1.3 La reconnaissance internationale du génocide tibétain : entre déni et institutionnalisation

La communauté internationale peine aujourd'hui à reconnaître qu'il y a bien eu un génocide au Tibet. Il n'en demeure pas moins que certains organismes reconnaissent celui-ci et cherchent même à en condamner les instigateurs. On peut citer l'action de la Commission internationale des juristes, qui outre une reconnaissance de l'indépendance du Tibet, n'a pas hésité, dans un rapport de 1959, a qualifié les massacres perpétrés par les autorités chinoises au Tibet de génocide.

En outre, des parlementaires français font régulièrement pression pour la reconnaissance du génocide tibétain. Ainsi, lors de la discussion au Sénat du texte de loi instituant la reconnaissance du génocide arménien, les sénateurs Claude Huriet et Louis de Broissia ont estimé qu'il serait utile d'étendre cette reconnaissance à d'autres génocides. Dans cet objectif, ils rédigèrent d'ailleurs un amendement invitant à reconnaître « les génocides intervenus depuis [le génocide arménien] tels que ceux commis à l'encontre des Juifs d'Europe, des Tziganes, des Tibétains, des Cambodgiens et des Tutsis ». Cet amendement fût néanmoins rejeté, mais il a permis pour la première fois une discussion sur le génocide tibétain au sein du Parlement français.

Mais c'est un fait très récent qui accorde la plus grande reconnaissance qu'un Etat puisse accorder au génocide tibétain, puisque la Cour suprême d'Espagne, le 11 janvier 2006, a annoncé son intention d'instruire une enquête concernant l'implication de sept anciens dirigeants chinois, entre autres Jiang Zemin, dans un génocide au Tibet.

Cette instruction est la conséquence d'un arrêt de la cour constitutionnelle espagnole, datant du 26 décembre 2005, qui permet le traitement de plaintes pour génocides, mêmes si ces plaintes ne concernent pas de ressortissants espagnols. L'organisation dénommée Comité de soutien au Tibet, avait en effet déposée en juin 2005 une plainte pour « génocide, crimes contre l'humanité, torture et terrorisme contre le peuple tibétain ». Cette plainte a été jugée recevable le 10 janvier 2006, après qu'un arrêt de la cour constitutionnelle confère à la cour suprême la compétence universelle en matière de génocide et de crimes contre l'humanité, compétence qui permet à l'instance judiciaire espagnole de juger les responsable de tels crimes. Pour le Dr José Elias Esteve, avocat et rédacteur de cette plainte, « Cette décision judiciaire suppose un processus actif dans la lutte contre l'impunité pour les crimes commis au Tibet et implique une reconnaissance officielle de la souffrance de milliers de Tibétains. Cette affaire réaffirme les principes de Juridiction universelle et de Droit international comme

les meilleurs moyens pour résoudre les conflits internationaux. »34 Cette volonté de juger les responsable du génocide tibétain à susciter des réactions agacées de la part du gouvernement chinois, qui n'a pas hésité à qualifier l'instruction de « farce ».

Toutefois, malgré ces quelques points positifs, la plupart des gouvernements occidentaux sont très frileux quant à la reconnaissance de ce génocide. Le génocide tibétain a ainsi contribué à minoriser petit à petit les Tibétains sur leur espace géographique, mais depuis les années 1980, la politique de colonisation menées par Pékin au Tibet a pris une toute autre tournure, plus insidieuse, puisque la « solution finale » appliquée aujourd'hui au Tibet correspond à une colonisation massive et à une sinisation de la région autonome afin de déposséder les Tibétains de leurs origines, coutumes et traditions, et donc de les soumettre totalement au régime communiste.

2. Politique colonialiste actuelle et discrimination à l'encontre des Tibétains

2.1 Un Tibet colonisé et sinisé

La politique chinoise actuelle consiste à minoriser les Tibétains numériquement, et ce afin de favoriser leur assimilation à la culture chinoise, culture en plein expansion puisque le gouvernement encourage l'installation des colons Hans en Chine par différents moyens. Le gouvernement utilise des moyens qui visent à l'installation de colons, et des moyens qui visent à développer les transports et les axes de communication routiers et ferroviaires entre le Tibet et la Chine.

Depuis 1950, la région autonome du Tibet fait l'objet de vagues de colonisation successives. Deux régions, le Kham et l'Amdo, appartenant autrefois au Tibet historique, ont été très tôt rattachées à la Chine en tant que province administrative. Ces deux régions ont été rattachées aux provinces chinoises du Sichuan, du Qinghai, du Yunnan et du Gansu35. Aujourd'hui

34 www.agoravox.fr, article « La justice espagnole se déclare compétente pour statuer sur une plainte pour "génocide contre le peuple tibétain »

35 Voir les cartes en annexe

peuplées majoritairement de Hans, ces deux régions ont été très bien intégrées dans le système administratif chinois. Le Qinghai compte par exemple 54 % de Hans pour 23 % de Tibétains.

La colonisation du Tibet a donc débuté par le rattachement du Kham et de l'Amdo, et se poursuit actuellement avec une politique d'incitation à l'installation de colons chinois sur le haut plateau. Les prémisses de cette politique de colonisation se retrouvent dès les débuts de l'invasion tibétaine, lorsque les soldats s'installent sur le territoire.

Globalement, les citoyens chinois sont réticents à s'installer sur le plateau tibétain. Situé à 4000 mètres d'altitude en moyenne, les conditions de vie y sont beaucoup plus rudes que dans d'autres provinces, et l'acclimatation est souvent difficile. Le gouvernement chinois a alors développé une politique incitative encourageant les Chinois à s'installer au Tibet, avec notamment un système de primes d'encouragement, mais aussi des salaires jusqu'à trois fois plus élevés que ceux versés aux cadres restés dans la Chine « intérieure ». En outre, les loyers sont attractifs, et le Tibet représente un marché au fort potentiel pour les commerçants et les entrepreneurs chinois. Cette politique d'incitation à l'émigration des Chinois au Tibet repose essentiellement sur la création de facteurs d'attraction économique pour attirer et fixer les Chinois dans la région. Ainsi, Mao avait très tôt saisi que le Tibet nécessiterait de nombreux investissements, et qu'il représenterait un coût important pour l'administration chinoise avant d'être rentable.

Mais faire du Tibet une province à majorité chinoise était un but en soi, qui permettait de noyer toute révolte par la supériorité démographique des Hans. Dans le but d'attirer tant les fonctionnaires que de ouvriers ou des hommes d'affaires, Pékin a ainsi dépensé des sommes astronomiques pour créer un marché du travail fictif réservé aux chinois, mais aussi pour les entretenir : primes altitude, prise en charge des soins médicaux, frais d'éducation, et surtout un système de vacances qui permet pour tout chinois travaillant un an et demi en Chine de bénéficier de trois mois de vacances en Chine payées par le gouvernement.

Cette politique a porté ses fruits, puisque aujourd'hui on compte 7,5 millions de Chinois vivant au Tibet central, dans la région autonome, et dans les anciennes provinces tibétaines du Kham et de l'Amdo, pour 6 millions de Tibétains répartis sur la même surface géographique. A Lhassa, on estime qu'il y aurait 3 ou 4 colons chinois pour un Tibétain. Cette politique de colonisation par le transfert de population vise essentiellement à faire taire les revendications séparatistes des Tibétains, et à maintenir la stabilité dans la région, en transformant les Tibétains en une minorité sur leur propre territoire.

En outre, la colonisation du Tibet passe aussi par le développement des infrastructures facilitant l'accès au haut plateau. Ainsi, les Chinois ont très tôt cherché à construire de nouvelles routes pour faciliter l'accès au Tibet, et ainsi favoriser l'installation des colons. Il faut aussi voir le côté stratégique de ces infrastructures : en effet, plus celles-ci sont développées, et plus l'envoi de troupes au Tibet sera faciliter en cas de mouvement massif de rébellion.

Cette colonisation a un effet majeur sur le mode de vie tibétain, puisqu'elle entraîne une sinisation de la société tibétaine. Ainsi, la destruction du patrimoine culturel tibétain au cours de la révolution culturelle a participé de cette sinisation, et aujourd'hui les colons parviennent progressivement à imposer leur mode de vie, ceci étant surtout visible à Lhassa, où les karaokés, les discothèques et autres lieux typiquement occidentaux mais complètement sinisés, pullulent. La culture chinoise s'impose aussi dans les lieux les pus reculés du Tibet, et notamment dans les relais routiers, en majorité détenus par des Chinois. L'alimentation traditionnelle tibétaine, basé essentiellement sur la tsampa, cette farine d'orge grillée, est elle aussi sinisée puisqu'à cette céréale, on en a supplanté d'autres, comme le blé. Mais c'est le riz qui de plus en plus remplace la tsampa, surtout dans les grandes bourgades, les petits villages parvenant à conserver leur mode d'alimentation traditionnel.

D'autres traces de sinisation se retrouvent dans l'architecture urbaine. Sous couvert de modernisation, la plupart des habitations traditionnelles tibétaines, surtout à Lhassa, ont été détruites car considérées comme dangereuses, pour être remplacé par un mode d'habitat typiquement occidental, fait de tour d'acier, de béton et de verre, un style futuriste mais sans aucun respect de l'architecture tibétaine. Les différents plans d'urbanisme de Lhassa laissaient toutefois espérer un respect de cette architecture, comme le plan de développements Lhassa 2000 datant de 1982, qui prévoyait alors de « respecter les caractéristiques nationales » de l'architecture.

Toute trace de la culture tibétaine est donc progressivement effacée du territoire tibétain, au mépris de l'histoire nationale et de la mémoire collective de ce peuple. L'acculturation plus qu'active que les autorités chinoises ont mis en oeuvre au Tibet a même conduit à une folklorisation du patrimoine tibétain, les coutumes et traditions bouddhistes étant souvent organisés pour les groupes de touristes venus se délecter du spectacle de ces moines manipulés par le régime. Cette ouverture au tourisme a bien sur permis à des citoyens du monde entier de se rendre au Tibet et de constater des effets de la politique chinoise là-bas,

mais elle a surtout entraîné cette folklorisation de la culture tibétaine, réduite au rôle de peinture de façade camouflant les ravages de la sinisation.

2.2 Conséquences néfastes de la colonisation

Outre cette sinisation de la société tibétaine, la colonisation a apporté sur le haut plateau tous les maux dont les sociétés développées souffrent, et dont le Tibet avait jusqu'à alors été épargné. Ainsi, les fléaux modernes que sont l'alcool, la drogue, la prostitution et le chômage ont frappé le Tibet de plein fouet, et notamment sa capitale, Lhassa.

La prostitution existait probablement déjà avant l'invasion chinoise, bien que la plupart des écrits n'en fassent pas état. Mais son développement est plus récent, puisqu'il remonte à une cinquantaine d'année. Cette prostitution s'est en effet développée avec l'installation de garnisons chinoises au Tibet, et les lieux de plaisir se sont souvent cantonnés à un regroupement près des casernes et des camps militaires. Mais actuellement la prostitution se banalise dans les rues de Lhassa, de nombreuses femmes chinoises venant se vendre sur le haut plateau, là où les fonctionnaires et les soldats sont mieux payés que dans la Chine « d'en bas ». On compterait actuellement environ 5000 prostitués pour 300 000 habitants à Lhassa.36 Avec la prostitution, c'est le fléau du vingt-et-unième siècle qui a gagné le Tibet. Le virus du VIII semble se répandre à une vitesse importante dans la RAT, tout comme d'autres maladies sexuellement transmissibles. La plupart des ONG s'occupant de l'hygiène et de la santé au Tibet ont constaté cette augmentation, comme la Croix-Rouge qui explique dans un rapport qu'au Tibet, les maladies sexuellement transmissibles sont en constante progression.

Autres sociétés, mêmes fléaux : le chômage. Bien que Pékin rapporte que le taux de chômage au Tibet, dans les bourgs et villes, est de 4,3 %, il semble que les chiffres soient dans la réalité bien plus important, notamment le chômage des Tibétains. Mais difficile de savoir lorsque les chiffres produits par le gouvernement sont souvent faux, et que l'analyse du chômage sur place est quasiment impossible pour un spécialiste, étant donné que de telles recherches mettraient en doute le bien fondé des allégations des autorités locales.

La société tibétaine a fait les frais de la modernisation chinoise, et l'alcool et la drogue font
aussi leur entrée dans les foyers tibétains, surtout au près d'une jeunesse tibétaine fragilisée

36 GINET Pierre-Yves, p. 9, op. cit. p. 6

par la perte de ses repères et références culturelles. Les jeunes sont entre deux modes de vie, et leurs difficultés à se forger une identité contribuent à l'augmentation du recours à des produits illicites.

Ainsi, le PCC mène, depuis son accession au pouvoir, une véritable politique de « colonialisme intérieur »37, visant à faire taire les revendications indépendantistes.

2.3 L'instauration d'une ségrégation entre les Hans et les Tibétains

La logique colonisatrice mise en oeuvre par les autorités chinoises va de pair avec une logique ségrégationniste qui participe d'une ghettoïsation du peuple tibétain, dans la mesure où ceux --ci sont exclus de toute activité leur permettant d'avoir une vie sociale normale. Ce sont actuellement les Chinois qui détiennent le pouvoir au Tibet, et ce sont eux qui occupent les postes de hauts fonctionnaires.

De plus, selon Pierre-Antoine Donnet, « le ressentiment entre Hans et Tibétains est partout sensible »38. Le chauvinisme han n'y est pas pour rien, puisque ceux-ci sont convaincus de la supériorité de leur culture sur la culture tibétaine, et Donnet parle même des sentiments chinois envers les Tibétains « ouvertement racistes »39, ceux-ci étant souvent considérés comme barbares et arriérés.

La politique de discrimination appliquée à l'encontre des Tibétains se base sur une discrimination dans le monde du travail, mais aussi sur une discrimination linguistique.

Dans le monde du travail, les migrants chinois ont généralement la préférence dans tous le postes, même les moins qualifiés, et ils sont même mieux payés que les Tibétains. En outre, les Tibétains doivent souvent savoir parler chinois pour obtenir un emploi, et leur difficulté à maîtriser une langue très différente de la langue chinoise les prive souvent de toute perspective d'emploi.

Cette politique de ségrégation repose donc essentiellement sur la langue. L'importance de la
langue dans la culture d'un peuple est tout à fait centrale, Pékin l'a bien compris, et les
autorités chinoises cherchent progressivement à faire disparaître l'usage du tibétain comme

37 DRU Gladney, « L'expansion du colonialisme intérieur en Chine », Pouvoirs, 1997, n°81, p. 59-7 1

38 DONNET Pierre-Antoine, p. 287, op. cit. p.26

39 Ibid.

langue du peuple tibétain. Ainsi, les Tibétains doivent parler chinois pour leur emploi, mais leur langue est aussi menacée par le système éducatif.

En effet, bien que le tibétain soit depuis les années 1980 considéré comme la langue de l'enseignement et de l'éducation, il faut voir à quel point cette reconnaissance est fictive. L'enseignement du tibétain se fait à l'école primaire, mais à partir du secondaire, c'est le chinois qui est privilégié comme langue d'enseignement. Dans l'administration, seul le chinois a droit de cité. Au même titre que la France jacobine a tenté, sous la troisième république, d'éradiquer les patois, le gouvernement chinois tente de supprimer le tibétain. Nicolas Tournadre parle même d'un « assassinat larvé »40.

Ces deux logiques, de colonisation et de discrimination, participe d'une véritable politique génocidaire, tant du point de vue démographique que du point de vue culturel. Le gouvernement chinois tente ainsi d'exclure les Tibétains de la vie économique et sociale, d'effacer les caractéristiques de ce peuple, ses particularités culturelles, et accorde une primauté au Chinois dans tous les domaines.

En outre, toutes formes de revendication indépendantiste fait l'objet d'une répression politique sévère.

3. Lutte contre les velléités indépendantistes

3.1 L'indépendantisme tibétain

Pour de nombreux Tibétains, « le coeur de la solution de la question tibétaine, c'est l'indépendance du Tibet »41 . Pour Thubten Jigmé Norbu, directeur du Centre culturel tibétain de Bloomington, dans l'Indiana, « la majorité du peuple tibétain entend que l'indépendance du Tibet est un souhait pleinement réaliste en ce moment de l'histoire, quand nous avons vu des dictatures de tout poil faillir et des peuples opprimés prendre leur place dans la communauté des Nations. »42

40 MOULIN Olivier, op. cit. p. 17

41 LAZAR Edward (dir.), Tibet, la solution : l'indépendance, Genève, Olizane, 1995, p. 17

42 LAZAR Edward (dir.), op. cit. p.69

La revendication indépendantiste a pris naissance dès l'invasion chinoise, et le mot Rangzen, qui signifie indépendance en tibétain, est aujourd'hui et depuis toujours dans l'esprit de la plupart des Tibétains. Lhasang Tsering, qui a fait partie de la résistance tibétaine, reste convaincu « que la seule est unique garantie de survie de notre peuple, de notre religion et de notre culture, voire de notre terre, c'est l'indépendance. »43Le nationalisme tibétain n'a pas faibli depuis 50 ans, et les Tibétains continuent de considérer le joug chinois comme illégitime.

Ils ont très tôt essayé de s'organiser pour résister à l'invasion tibétaine et garantir l'indépendance du pays. La résistance lors de l'invasion et après celle-ci a été parfois sanglante, et de nombreux mouvements clandestins s'organisèrent pour mener des actions séparatistes. Mais les représailles semblent avoir découragées toute action, d'autant plus que la non-violence prônée par le Dalaï-lama incitait les combattants à rendre les armes pour respecter ce principe bouddhiste.

C'est dans les années 1980, plus précisément en 1987, que les premières manifestations antichinoises vont éclater. Ainsi, six jours après le discours du Dalaï-lama devant le Congrès américain présentant le plan de paix en cinq points, et alors que rien ne laissait présager des évènements, vingt six lamas, devant le Jokhang, se mettent à courir, portant à bout de bras le drapeau du Tibet, au cri de « le Tibet veut l'indépendance », ou encore « Chinois quittez le Tibet ». Les manifestants sont maîtrisés, et tout semble devoir rentrez dans l'ordre.

Mais le 1er octobre de la même année, jour férié en Chine, 40 lamas sortent du Jokhang en brandissant le drapeau du Tibet, au cri de « Le Tibet est une nation libre et indépendante ». Ils sont bien sur arrêtés, mais rapidement les évènements prennent une tournure dramatique pour les forces de police chinoises en présence. Le commissariat où sont emprisonnés les manifestants est pris d'assaut par les Tibétains présent devant le Jokhang, et ce qui n'était qu'un événement isolé mais le feu aux poudres et déclenche des émeutes entre la foule et les forces de police armées. Des touristes présents à ce moment relatent les coups de feu tirés par la police, et les nombreux morts dans la foule.

Dès cette date, un mouvement collectif se développa pour saper l'autorité des Chinois dans la RAT : des affiches étaient collées sur les murs de Lhassa, demandant le départ des Chinois, de nouvelles manifestations eurent lieu suite à ces évènements. Le gouvernement chinois cria au complot institué par la Dalaï-lama pour tenter de séparer le Tibet de la « mère patrie ».

43Ibid.

En 1988, une autre manifestation mis Lhassa à feu et à sang, lorsque, lors d'une cérémonie pour célébrer le Monlam Chemno, le festival de la prière, des moines s'emparèrent des micros et crièrent pour l'indépendance du Tibet, célébrant le Dalaï-lama et dénonçant l'oppression chinoise. En février 1989, quelqu'un parvint même à hisser le drapeau tibétain sur le toit du Jokhang. C'est d'ailleurs cette année que l'insurrection va culminer, avec une dernière émeute, qui commence le 5 mars pour ne finir que trois jours plus tard, conduisant la Chine à proclamer la loi martiale dans la RAT en mars 1989.

La rébellion indépendantiste tibétaine a donc culminé pendant ces trois années, et la répression qui va s'ensuivre n'en sera que plus dure et brutale. Aujourd'hui encore, de nombreuses actions individuelles en faveur de l'indépendance du Tibet sont menées dans la RAT, que ce soit des tentatives de hissage du drapeau tibétain à la place du drapeau de la Chine communiste sur la place située devant le Potala, ou encore l'affichage sauvage de tract demandant la liberté pour le Tibet.

3.2 La répression politique

Le gouvernement chinois de Deng Xiaoping avait entrepris une libéralisation religieuse au Tibet et dans toute la Chine, croyant ainsi satisfaire les revendications des Tibétains. Malgré tout, ceux-ci sont restés fidèles à leur recherche de la liberté, et depuis 1950, ils font les frais de la répression chinoise contre toute forme de séparatisme.

Cette répression et ce contrôle de l'irrédentisme sont deux caractéristiques de la dictature communiste de l'URSS et de la Chine. Dans tout régime totalitaire, les opposants au pouvoir sont traqués, emprisonnés voire exécutés. Les autorités chinoises assimilent les indépendantistes tibétains à des contre-révolutionnaires, et à ce titre ils font l'objet d'un traitement particulièrement dur.

La répression contre les mouvements indépendantistes tibétains a été, lors des manifestations de 1987, 1988 et 1989, d'une grande ampleur. Les arrestations, la torture pour obtenir dénonciation, l'envoi de centaines de tibétains dans les camps de travail, les laogais, vont ponctuer ces trois années. La loi martiale, décrété en mars 1989 dans la RAT, ne sera levée qu'un an plus tard. En outre, la présence militaire et policière dans Lhassa va être telle que les touristes en seront impressionnés.

Aujourd'hui, toute manifestation d'une volonté d'indépendance au Tibet est sévèrement condamnée, jusqu'à la peine de mort parfois. Les prisonniers politiques, souvent détenus dans des conditions effroyables, faisant l'objet d'une justice arbitraire et partiale, sont toujours très nombreux dans les geôles chinoises.

En outre, les autorités chinoises assimilent la détention d'images du Dalaï-lama, ou encore du drapeau tibétain, comme des actes séparatistes qui à ce titre méritent d'être punis. La Chine instrumentalise donc le séparatisme tibétain pour justifier sa politique de répression très sévère et brutale.

Le Tibet a donc fait l'objet d'un traitement et de politiques spécifiques visant globalement à faire disparaître ce groupe ethnique, ou tout du moins à l'assimiler à la majorité han. Pour cela, son indépendance semble improbable, d'autant plus que le Tibet est aujourd'hui devenu une véritable réserve de richesses pour la Chine, de même que son emplacement géographique lui confère un poids stratégique indéniable.

Chapitre 2 : Le Tibet, zone stratégique vitale pour la Chine

Outre la colonisation et la sinisation du Tibet, qui rendent sa liberté de plus en plus improbable, son caractère stratégique pour la Chine laisse penser que le gouvernement chinois ne concédera pas l'indépendance au Tibet.

1. Entre Grenier de la Chine et château d'eau de l'Asie, une région riche en ressources

1.1 Les ressources naturelles du Tibet, au coeur des intérêts chinois

Le Tibet est « le plus vaste écosystème d'altitude au monde »44. C'est aussi une zone riche en différentes ressources : animales, végétales, hydrauliques. Cette région a toujours été considérée par la Chine comme la « Maison des trésors de l'ouest ». Tenu pour être le Grenier de l'Asie, le plateau tibétain a un rendement céréalier exceptionnel, de 2000 kg/an, plus qu'au Canada ou en Russie par exemple. En outre, les prairies, qui constituent 70% du territoire, permettent une production de viandes élevée.

Fort de sa superficie, le Tibet est aussi une véritable réserve de forêts. Les réserves forestières sont de 2,08 milliards de mètres cubes, ce qui fait que cette région fait l'objet d'un pillage forestier important, qui bouleverse l'écosystème. Le bois récolté au Tibet est exploité par les entreprises d'Etat, et cette exploitation est parfois largement supérieure à la demande réel, puisque les entreprises d'Etat le revendent sur un marché parallèle et sur le marché « normal », officiel. Cette déforestation a des conséquences sur la biosphère, mais aussi sur la mousson en Inde et au Bangladesh, car elle provoque des problèmes atmosphériques.

Le Tibet est aussi un lieu de diversité de la faune et de la flore. Avec 10 000 espèces de plantes, la flore tibétaine est l'une des plus riches en plantes aux vertus thérapeutiques, la région possédant plus de 1 000 espèces de plantes médicinales, dont plus de 400 sont utilisées souvent en plus des 300 utilisées spécialement dans la médecine tibétaine. Les plus célèbres sont le tien-ma, le safran, la fritillaire, la racine de pseudo-ginseng, la rhubarbe, l'amadouvier, etc. Ces plantes médicinales sont utilisées par les Tibétains, dans leur médecine traditionnelle, mais elles font de plus en plus l'objet d'une exploitation intensive par les Chinois, qui les destinent au commerce mondial, friand de ce nouveau mode de médecine.

La faune, très riche elle aussi, avec ses 142 espèces de mammifères, 488 espèces d'oiseaux, 56 espèces de reptiles, 45 espèces d'amphibiens et 68 espèces de poissons, comporte des espèces uniquement présentes sur le plateau, et est largement exploitée par les Chinois.

L'autre ressource centrale du Tibet est l'eau. Château d'eau de l'Asie, le Tibet est le lieu où la plupart des grands fleuves qui inondent l'Asie du sud-est prennent source. Ainsi, l'Indus prend source au sud-ouest du Tibet, et inonde le Pakistan et le Cachemire. Le Brahmapoutre, quant à lui, traverse l'Inde et le Bangladesh. Le Mékong traverse le sud-est de la Chine et chemine vers la mer de Chine méridionale en passant par le Laos et le Cambodge, tandis que le Yang Tsé Kiang et le Fleuve jaune approvisionnent toute la Chine, de Xi'an à Wuhan. Le Tibet fournit ainsi la Chine et l'Asie du sud-est en eau. Le contrôle du Tibet permet à la Chine de

44MOULIN Olivier, p.183, op. cit. p.17

contrôler ces grands fleuves, et ainsi d'exercer un pouvoir hydraulique sur toute l'Asie du sud- est. La construction de barrages est notamment un grand enjeu pour la Chine, puisqu'elle lui assure le contrôle des ressources hydrauliques sur une grande partie du continent asiatique. Le Tibet est donc une véritable zone « hydrostratégique » pour la Chine.

1.2 Des ressources minérales et énergétiques vitales pour l'empire du milieu

Outre ces réserves naturelles qui en font une colonie vitale pour Pékin, le Tibet regorge de ressources minérales dont la Chine a absolument besoin pour satisfaire ses besoins intérieurs de plus en plus importants. Les industries chinoises ont en effet des besoins en ressources minérales de plus en plus élevés, et le Tibet regorge de ce type de ressources.

Ainsi, on recense plus de 100 minéraux dans cette région. Les réserves de 36 de ces minéraux ont été vérifiées, et pour onze d'entre eux, elles se classent parmi les cinq principales sources de tout le territoire chinois. On peut citer la chromite, le cuivre, la magnésite, le bore. D'autres ressources comme l'or, le plomb, le zinc, le cobalt ou encore le lithium ont un potentiel de développement et d'exploitation important. Les réserves de chromite sont très importantes au Tibet, et en 1999, les Chinois ont même découvert un nouveau minerai, le lithium carbonique naturel, dans le lac salé Chabyer. Ce lac est aujourd'hui la plus grande mine de lithium en Chine, mais aussi le troisième plus grand lac salé au monde, produisant plus d'un million de tonnes de sel. Grâce à ce lac, le Tibet, et donc la Chine, est devenu la région la plus riche du monde en réserve de lithium.

Il existe aussi dans la RAT la ceinture de cuivre de Yulong. On trouve aussi beaucoup d'or au Tibet, et la superficie du territoire est telle que les espoirs de découvrir de nouveaux gisements sont constamment renouvelés. En 2002, on dénombrait ainsi 20 000 prospecteurs illégaux entrés dans le Qinghai, l'ancienne province tibétaine de l'Amdo.

Le Tibet présente aussi des ressources pétrolières et gazières importantes, notamment dans le bassin du Tsaidam, une région de lacs salés dans l'Amdo, mais aussi dans le bassin de Qangtang, au nord du Tibet, où l'on a découvert le premier gisement de pétrole, dont les réserves sont relativement riches. De plus, le Tibet regorge de gisements d'uranium, ce qui le rend d'autant plus important aux yeux de la Chine. Selon un rapport du gouvernement en exil, les Chinois auraient découvert plus de 200 sources au Tibet depuis 1999, et les environs de Lhassa cacheraient les plus grandes réserves d'uranium au monde.

Le Tibet est donc l'un des principaux fournisseurs de matières premières aux industries chinoises.

Mais le Tibet comporte aussi des ressources énergétiques non négligeables. Essentiellement renouvelables, ces ressources sont hydrauliques, solaires, géothermiques et éoliennes.

Les ressources hydrauliques représentent un potentiel de 200 millions de KW par an, et elles permettent d'approvisionner le territoire chinois en électricité, approvisionnement croissant puisque plusieurs projets d'exploitation énergétique sont mis sur pied pour puiser dans le potentiel hydroélectrique du Tibet, et ce afin de fournir énergie et autres avantages à la population et à l'industrie chinoises et tibétaines.

Les ressources solaires du Tibet sont au premier rang du pays et parmi les plus riches du monde, et Pékin s'efforce de développer l'exploitation de cette ressource, selon un article du Quotidien du peuple en ligne, en utilisant l'énergie solaire mais aussi l'énergie géothermique comme substitut aux énergies non renouvelables tel le charbon ou le pétrole. Ainsi, toujours selon cet article, « la puissance du rayonnement solaire est plus importante que dans les régions côtières de l'est »45. La RAT compterait 400 centrales solaires, mais aussi 100 000 fours solaires et des serres solaires d'une superficie de 120 000 m2. En outre, les ressources géothermiques sont riches au Tibet, avec plus de 660 sources chaudes. L'utilisation de ces énergies solaires, mais aussi éolienne, permet de satisfaire aux besoins en énergie de la RAT, mais les nombreux projets d'exploitation laissent présager à long terme une exploitation bénéfique pour les provinces chinoises comme pour le Tibet

Les intérêts économiques de la Chine au Tibet sont donc considérables, et l'indépendance du Tibet semble en conséquence peu envisageable, dans la mesure où le gouvernement chinois dispose au Tibet d'un fort potentiel économique et énergétique, qui lui permettrait de rentabiliser les investissements et les projets développés au Tibet depuis l'invasion de 1950.

45 « Chine: exploitation des ressources énergétiques renouvelables au Tibet », Le Quotidien du Peuple en ligne, www.french.people.com.cn

2. Le plateau tibétain, région stratégique au coeur du sous- continent indien

2.1 Le Tibet comme zone géographique constitutive de la puissance chinoise

La superficie du territoire chinois représente 9 700 000 Km2. Le Tibet, avec sa superficie de 1,2 millions de km2 pour la RAT et de 2,5 millions de km2 pour le Tibet historique, représente environ 12 % de la superficie chinoise si l'on parle de la RAT, et environ 26 % pour le Tibet historique, soit 1/4 du territoire chinois. Ces chiffres reflètent bien l'étendue du territoire tibétain, étendue qui lui confère un poids géostratégique central.

En plus de ces réserves naturelles vitales pour la croissance chinoise, le Tibet est donc une zone géostratégique majeure pour la Chine, et ce pour deux raisons. D'une part, elle assure à la Chine le contrôle des zones transfrontalières avec le Népal, le Sikkim, le Bhoutan, le Myanmar, la Cachemire et le Pakistan.

D'autre part, s'assurer la domination de la région tibétaine permet au gouvernement chinois de maintenir une influence directe sur des pays comme l'Inde, contre lequel la Chine a d'ailleurs été en conflit en 1962 pour la possession du territoire de l'Arunachal Pradesh, appartenant à l'Inde mais dont la possession est revendiquée par la Chine. Autrefois zone tampon, le Tibet est aujourd'hui une zone militarisée qui permet à Pékin d'exercer une influence géopolitique sur tout le sous-continent indien.

Amputer le territoire chinois de la RAT, voire du Tibet historique, priverait Pékin d'une large partie de son territoire mais aussi des frontières avec le Népal, l'Inde ou le Pakistan. La Chine ne pourrait ainsi plus exercer de contrôle sur ces régions, ce qui serait pour le gouvernement très préjudiciable. En outre, cela nuirait à sa volonté d'accéder au rang de puissance mondiale. En effet, le territoire est l'un des critères importants dans la constitution d'une puissance. Bien sur, d'autres critères priment pour accéder au statut de « puissance globale »46, comme l'économie, l'aspect militaire, culturel ou technologique. Mais posséder un large territoire apporte de nombreux avantages à un Etat, comme une plus grande surface cultivable. Pour cette raison, la Chine pourrait difficilement se séparer du territoire tibétain.

46 Zbignew Brezinski

2.2 Une zone militarisée et nucléarisée

La militarisation du Tibet s'est faite dans un premier temps pour des raisons de politique intérieure, puisqu'il fallait alors, en 1950, conquérir le territoire et développer la souveraineté chinoise sur le peuple tibétain. Mais aujourd'hui cette militarisation répond plus à une logique de politique étrangère, dans la mesure où la Chine essaie, depuis la fin des années 1980, de devenir la première puissance mondiale, et d'asseoir sa domination sur la région asiatique.

Le Tibet est aujourd'hui l'une des régions où la Chine développe et installe son arsenal militaire, avec l'implantation de missiles, mais aussi, et peut-être surtout, avec le développement de sa puissance nucléaire sur le haut plateau. Ainsi, on trouve de nombreuses installations nucléaires sur le plateau tibétain, avec trois sites de déploiements d'armement nucléaire, des bases de missiles nucléaires, selon un rapport de Campagne Internationale pour le Tibet datant de 1993.47 Le Tibet est aussi un lieu où la Chine réalise des essais nucléaires et stocke ses déchets radioactifs. Bien que le gouvernement se refuse à reconnaître l'importance de son déploiement nucléaire sur le plateau, de nombreux rapports mettent en lumière ce déploiement.

Il semble bien improbable que la Chine cède un jour à la volonté d'indépendance du peuple tibétain, dans la mesure où cela amputerait le territoire chinois d'un large partie, et accorder l'indépendance à une telle zone géostratégique porterait un coup à la volonté des autorisés chinoises de constituer la nouvelle puissance géopolitique régionale, voire mondiale.

Le Tibet est donc au coeur des intérêts chinois, à la fois car il fournit des ressources essentielles à la croissance chinoise, comme du cuivre, du bois, ou encore des ressources alimentaires, parfois rares et très chères sur le marché mondial. Mais il constitue aussi un territoire stratégique pour le régime, à la fois par son emplacement géographique mais aussi par sa superficie. C'est pourquoi on peut penser que le régime actuel accorderait difficilement l'indépendance à une région aussi vitale pour la Chine.

L'autre raison qui laisse douter du caractère envisageable de l'indépendance est la difficulté pour le Dalaï-lama et les autorités chinoises de trouver un terrain d'entente pour des négociations. Les précédentes se sont en effet toutes révélées infructueuses, et l'abandon de la revendication indépendantiste pour une simple demande d'autonomie réel par le gouvernement tibétain en exil laisse très peu de place aux désirs de liberté des Tibétains.

47MOULIN Olivier, op. cit. p. 17

Chapitre 3 : Le gouvernement tibétain en exil et le gouvernement chinois : de l'échec des négociations à la recherche d'un compromis

Depuis les années 1980, le gouvernement tibétain en exil a cherché à développer ses relations avec la Chine communiste, afin de négocier un aménagement du statut du Tibet. Ces différentes vagues de négociations ne vont pas donner lieu à des évolutions concrètes, d'autant plus que le Dalaï-lama va cesser de revendiquer un Tibet indépendant pour se contenter de réclamer une véritable autonomie.

1. Les différentes tentatives de négociations entre les deux autorités, gouvernement en exil et gouvernement chinois

1.1 Un processus de négociation soumis à des réticences et des difficultés

Le processus de négociation sino-tibétain a été déclenché dans les années 1980 à l'initiative du Dalaï-lama. Ainsi, dès 1980, le Dalaï-lama proposa de rencontrer le secrétaire général du parti communiste, Hu Yaobang. Celui-ci semblait plus ouvert que la plupart des dirigeants communistes sur la question du Tibet, mais souhaitait avant tout un retour du Dalaï-lama plutôt qu'une remise en question du statut du Tibet.

En 1981, le Dalaï-lama envoya à Deng Xiaoping les conclusions de trois missions d'enquête et des recommandations pour améliorer les relations au Tibet et en Chine. Mais le gouvernement chinois fit la sourde oreille, et ce n'est qu'en 1987 que celui-ci daigne réagir. Car en 1987, le 21 septembre plus précisément, le Dalaï-lama, lors d'un allocution devant le Congrès américain, propose un plan de paix à la Chine, basé sur 5 points48: la transformation du Tibet en zone de paix et de non-violence (ahimsa) ; l'abandon de la politique de transferts

48 annexe 15

de population par la Chine ; le respect des droits humains fondamentaux et des libertés démocratiques des Tibétains ; la restauration et la protection de l'environnement naturel du Tibet, la Chine devant renoncer à utiliser le Tibet pour produire des armes nucléaires et stocker des déchets nucléaires ; et l'amorce de négociations sérieuses sur le statut futur du Tibet. Ce plan de paix consacre la volonté pacifiste du Dalaï-lama, et permettrait à la Chine de conserver le Tibet tout en satisfaisant aux requêtes essentielles du peuple tibétain. Mais la réponde du gouvernement de Deng Xiaoping est sans appel : ce plan est vivement critiqué, et le Dalaï-lama est alors accusé d'être l'instigateur des émeutes de 1987.

Malgré ces réponses négatives, le Dalaï-lama développe ce plan de paix devant le parlement européen, fervent défenseur du Tibet, son discours devenant la « Proposition de Strasbourg », qui stipule que la Chine peut conserver le contrôle de la politique étrangère et un certains nombres d'installations militaires au Tibet dans un but défensif, mais qu'elle doit respecter l'autonomie du Tibet. Face à ce renouvellement de proposition, la Chine se révèle une nouvelle fois critique et méfiante, arguant que le Dalaï-lama recherche une indépendance déguisée, de même qu'il tente d'internationaliser la question du Tibet.

Dès 1988, le gouvernement chinois se déclare pourtant prêt à négocier, mais une fois de plus il fait volte face et rompt tout contact avec le gouvernement en exil. Lorsque, le 10 décembre 1989, le Dalaï-lama reçoit le prix Nobel de la paix, consécration de son action non-violente, les négociations semblent définitivement rompues, dans la mesure où le chef de la communauté en exil a acquis un statut international favorable qui déplaît fortement à la Chine.

Toutefois, dans les années 1990, le gouvernement en exil va envoyer de nombreuses délégations à Pékin, et son frère, Gyalo Thondup, va même développer des relations amicales avec les dirigeants chinois. En 1993, les contacts sont de nouveau rompus, et toute négociation devient inenvisageable, jusqu'à leur reprise en 2002, après l'envoi de quatre émissaires spéciaux à Pékin le 9 septembre 2002. Ces quatre émissaires rétablissent le contact avec la Chine, et visitent même le Tibet.

Le 25 mai 2003, les envoyés spéciaux du Dalaï- lama retournèrent à Pékin pour un suivi avec les officiels chinois et une visite de la province du Kham, dans l'est du Tibet. Obtenir la permission de se rendre dans une zone tibétaine hors de la RAT revêt une importante signification car cela implique de tout le Tibet historique, et non seulement la RAT, pourrait faire l'objet de discussions dans le cadre de négociations.

Malgré la reprise d'un processus de négociations quelque peu chaotique, aucune solution ni
décision concrète n'ont été prises. Les divergences essentielles résident dans le contenu de ces

négociations : le Dalaï-lama veut discuter du statut du Tibet, la Chine du retour du Dalaï-lama sur le territoire chinois. Face à un processus stérile, il est essentiel de saisir à quel point celui- ci peut être inégal, et définitivement non orienté vers une recherche de l'indépendance du Tibet.

1.2 Un processus inégal et défavorable à l'indépendance du Tibet

Le processus de négociations entre les deux parties, le gouvernement en exil et le gouvernement chinois, est avant tout fondamentalement inégal. On parle souvent dans ces cas là d'une « diplomatie asymétrique »49. D'une part car le statut des deux gouvernements est complètement différent, l'un étant officieux et non reconnu par la communauté internationale, l'autre étant tout le contraire, et d'autre part car la Chine est en position de force par rapport au gouvernement en exil, obligeant celui-ci à demander bien moins que ce qu'il attend pour arriver à obtenir quelque chose.

John Heath, dans son ouvrage China in the Twenty-first Century, réalise une analyse très intéressante de la tactique de négociation des Chinois. Selon lui, ceux-ci se basent sur l'enseignement de Sun Tzu, dans son ouvrage L'art de la guerre. Ainsi, des préceptes tel que « attrape le leader pour gagner » ou bien « soit intelligent mais feint d'être un imbécile », « Dites aux gens ordinaires ce qu'ils veulent entendre » sont appliqués par les négociateurs chinois dans tous les processus de négociations, quelque soit l'enjeu. En outre, pour John Heath, les Chinois excelle dans l'art d'entretenir des relations faussement amicales avec leurs homologues, ceci afin que ces derniers aient des réticences lorsqu'il faut traiter de choses pouvant déranger profondément les Chinois. C'est cette stratégie que Mao avait par exemple utilisée avec le Dalaï-lama en 1954, développant avec lui une relation amicale pour mieux le contrôler.

En outre, les Chinois recourent à ce que John Heath appelle l'astuce. Ils essaient de pousser l'autre partie négociante dans ses retranchements pour obtenir ce qu'ils veulent.

Les Chinois sont donc clairement en position de force dans ce processus, et pour Mathieu
Vernerey50, les prétendues négociations ne visent en fait qu'à désamorcer les critiques dont

49C'est d'ailleurs le titre d'un dossier consacré au Tibet dans la revue Diplomatie de juillet- aout 2005, n°15. 50VERNEREY Mathieu, « La diplomatie positive à l'épreuve », Diplomatie, juillet-août 2005, n°15, p.40-42

fait l'objet le gouvernement chinois quant au Tibet sur la scène internationale. Les négociations ne seraient qu'une façade, une couche de peinture cachant le réel objectif de la Chine, c'est-à-dire faire disparaître les Tibétains, ou tout du moins les faire taire. En outre, le gouvernement en exil semble faire le jeu de la Chine, comme par exemple lorsqu'il a appelé, en 2002, à la cessation des manifestations anti-chinoises et pro-tibétaines à travers le monde, pour ne pas mettre en péril les négociations en cours.

Pour Lhasang Tséring, écrivain et essayiste tibétain, « la première chose que nous devons comprendre au sujet de la soi-disant « diplomatie du dialogue entre Pékin et Dharamsala, c'est que nous avons uniquement affaire à des « discussions à propos des discussions », mais en aucun cas à un dialogue significatif. Cela parce que la Chine n'a essentiellement aucun besoin de discuter avec les Tibétains. »51Face à ce constat, quelque peu pessimiste, une autre réalité s'impose : le gouvernement en exil ne demande plus l'indépendance mais une large autonomie.

2. L'abandon de la revendication indépendantiste par le Dalaï- lama et l'ambiguïté des positions tibétaines et internationales

2.1 L'autonomie plutôt que l'indépendance

L'abandon de la revendication indépendantiste s'est fait officiellement avec le plan de paix en cinq points présenté par le Dalaï -lama. « L'autonomie qu'il réclame, estimant que le Tibet peut avoir quelque chose à gagner en matière de développement économique et de modernisation, est une autonomie réelle et complète en ce qui concerne les affaires intérieures du Tibet, c'est-à-dire notamment l'éducation, la langue, la culture, l'exploitation des ressources au bénéfice des Tibétains et non pour l'enrichissement de la Chine. Il laisserait au gouvernement central les affaires étrangères et la défense. »52 Le Dalaï-lama souhaite en fait que l'autonomie régionale mentionnée dans la Constitution chinoise soit réellement appliquée au Tibet. Car en effet, cette autonomie n'est que de façade, dans la mesure où les Tibétains

51VERNEREY Mathieu, « La diplomatie du dialogue : des discussions à propos de discussions », Diplomatie, juillet-août 2005, n°15, p. 45

n'ont aucun pouvoir de décision, et où tous les postes hauts placés sont détenus par les autorités chinoises. Il faut ainsi rappeler que les différents secrétaires du PCC au Tibet n'ont jamais été d'origine tibétaine.

Cette demande d'autonomie, plutôt que d'indépendance, correspond pour le Dalaï-lama à ce que l'on appelle, dans la tradition bouddhiste, « la voie du milieu ». Celle-ci vise à la résolution d'un problème par le dialogue, afin que les deux parties voient leurs intérêts satisfaits. De cela découle une simple demande de très large autonomie pour le Tibet, dans la mesure où cela satisferait en partie les Tibétains, mais aussi les Chinois qui conserveraient cette région stratégique. Les Tibétains cèdent ainsi aux injonctions des autorités chinoises, qui conditionnent chaque négociation par l'acceptation de l'appartenance du Tibet à la Chine, et donc la négation de son indépendance historique.

2.2 Ambivalence des positions tibétaines

La diplomatie tibétaine est aujourd'hui menacée par un nouveau péril, celui de ses contradictions et de ses ambiguïtés. En effet, la contradiction essentielle de cette politique est l'existence même du gouvernement tibétain en exil. Bien qu'il revendique l'autonomie, son action s'inscrit dans une perspective d'indépendance, dans la mesure où le gouvernement en exil assure la continuité de la souveraineté tibétaine. Ce gouvernement est d'ailleurs le seul au monde à exister sans exercer de souveraineté sur un territoire, bien qu'il dispose de toutes les caractéristiques d'une structure souveraine.

En outre, Mathieu Vernerey met en évidence l'ambivalence même du plan de paix en cinq points et de la demande du Tibet d'une autonomie partielle, la Chine conservant ses prérogatives dans les domaines des affaires étrangères et de la défense. Ne laisser à la Chine que ces deux prérogatives conféreraient en effet au Tibet le statut d'un quasi-Etat, semi indépendant, ce que la Chine refuse évidemment.

L'autre problème soulevé est bien sur celui de l'unité de la communauté tibétaine quant à la question de l'indépendance. De nombreux membres de la communauté en exil sont en effet divisés quant à la ligne du gouvernement en exil, dans la mesure où beaucoup pensent que l'indépendance est encore largement envisageable, et ce pour plusieurs raisons que nous exposeront plus tard. Un ouvrage intitulé Tibet, la solution, l'indépendance53, rassemble ainsi

52Entretien avec Claude Levenson, annexe 16 53LAZAR Edward (dir.), op. cit. p. 69

les textes de plusieurs membres de la communauté tibétaine en exil, tous convaincus que seule l'indépendance peut sauver la culture et la civilisation tibétaine de la disparition. Pour Thubten Jigmé Norbu, « tout regard objectif sur la scène internationale des dernières années montre que recouvrer l'indépendance du Tibet est maintenant possible »54.

Pour Claude Levenson, cette indépendance reste tout à fait envisageable, « si c'est une cause sans avenir, pourquoi les Tibétains s'y rattachent ? Utopique ? Aucune frontière n'est jamais intangible -- voyez pour exemple les pays baltes, ceux de l'ex-Yougoslavie, ou encore des pays de formation relativement récente : l'Irak dans les années 1920, et pourquoi pas l'entrée en souveraineté des anciennes colonies de divers pays européens ? »55.

C'est ainsi qu'un acteur très controversé de la communauté en exil fait parler de lui sur la question de l'indépendance. Il s'agit du Congrès de la jeunesse tibétaine (CJT). Acteur actif et engagé sur la scène politique tibétaine, il a été fondé en 1970 sous l'oeil bienveillant du Dalaï- lama. Cette ONG compte aujourd'hui plus de 70 000 membres, majoritairement des jeunes, qui ont tous un avis radical sur la question du Tibet.

En effet, bien que cette ONG se déclare fidèle à la politique du Dalaï-lama, elle se révèle quelque peu dissidente quand il s'agit de l'indépendance. Ainsi, l'un des quatre axes majeurs de la politique du Congrès de la jeunesse tibétaine est la lutte pour l'indépendance totale du Tibet historique, même au prix de vies humaines. Ce point central implique le recours à la violence et à la lutte armée. Il a été développée très tôt dans la rhétorique du CJT, mais a été abandonné lorsque le Dalaï-lama a proposé le plan de paix en cinq points. Aujourd'hui, la lutte armée reste envisagée, car elle contribuerait à une médiatisation du problème tibétain, médiatisation qui lui a fait défaut, comme on va le voir, depuis les années 1950.

En outre, le CJT s'oppose fermement à la simple demande d'autonomie du Tibet. Pour Tashi Namgyal, secrétaire général du CJT, « abandonner les affaires étrangères et la défense aux Chinois reviendrait à abdiquer, à céder la souveraineté du Tibet. Nous pensons qu'il ne devrait y avoir aucun compromis sur ce sujet. A notre avis, nous devrions nous battre jusqu'à la fin, jusqu'à ce que nous réalisions l'indépendance »56. Le CJT inscrit donc sa ligne politique à l'opposé de celle du Dalaï-lama, ce qui pose bien sûr problème car elle menace l'unité de la communauté tibétaine sur le sujet, et légitime les allégations des autorités chinoises selon lesquels le gouvernement en exil ne cherche dans les négociations qu'à imposer une indépendance déguisée.

54Ibid.

55Entretien avec Claude Levenson, annexe 16

Beaucoup de Tibétains sont aujourd'hui tiraillés entre suivre la ligne du dirigeant spirituel du Tibet, ligne modérée qui est le fruit d'un compromis, et revendiquer cette indépendance comme seule solution au problème tibétain. Face à cette nouvelle ligne, quelle légitimité accorder alors à ceux qui continuent de prôner l'indépendance, comme le Congrès de la jeunesse tibétaine ? Lhasang Tséring, qui a été président de cette organisation de 1986 à 1990, explique ainsi que « le gouvernement tibétain a le devoir de répondre au droit et au désir du peuple tibétain à la liberté et à l'indépendance. »57

En outre, pour Mathieu Vernerey, le principal problème de cette revendication autonomiste est que comme elle est plutôt minime, comparée à l'indépendance, le gouvernement en exil réduit volontairement sa marge de manoeuvre dans les négociations. Comme lorsque, dans une brocante, un objet est affiché au prix de 30 euros, mais lorsqu'on débute les négociations avec le vendeur, celui-ci baisse immédiatement le prix de l'objet à 15 euros, réduisant ainsi sa possibilité de bénéfice. Dans cette métaphore, le gouvernement en exil est le vendeur, et la Chine l'acheteur.

2.3 Le paradoxe de l'intervention d'acteurs extérieurs dans le processus de négociations : décredibilisation du gouvernement en exil et contradiction dans la politique menée.

Autre problème soulevé par cette ligne du gouvernement en exil: celui de l'action de la communauté internationale. En effet, la communauté internationale, et notamment le réseau d'action pro-tibétain, sont des associations favorables à l'indépendance du Tibet, comme par exemple le collectif « Tibet libre ». Or, ils sont en contradiction, voire en opposition avec la position du Dalaï-lama sur le sujet. Cela peut, selon Mathieu Vernerey, nuire au processus de négociations entre la Chine et le Tibet en exil, puisque le Dalaï-lama demande une liberté partielle, alors que ces groupes souhaitent une liberté totale.

En outre, l'ingérence d'institutions étrangères dans le processus de négociations se fait souvent en défaveur du Tibet. Par exemple, dans une résolution du 6 juillet 2000, le Parlement européen menaçait de reconnaître le gouvernement tibétain en exil comme représentant légitime du peuple tibétain d'ici à juillet 2003 si les négociations ne reprenaient pas avec le

56 DONNET Pierre-Antoine, p. 307, op. cit. p. 26

57VERNEREY Mathieu, « La diplomatie du dialogue : des discussions à propos de discussions », Diplomatie, juillet-août 2005, n°15, p. 45

gouvernement chinois. Celui-ci a déjoué l'ultimatum, mais cela a porté un grave coup au gouvernement en exil, menaçant l'issue du processus de négociations.

Les négociations sino-tibétaines ont donc fait l'objet de nombreux rebondissements et aléas plus ou moins heureux depuis les années 1980. Toutefois, ce processus reste infructueux, malgré les efforts consentis par le gouvernement tibétain en exil pour s'adapter au point de vue chinois sur le statut du Tibet. Cette incapacité pour les deux parties négociantes à trouver un accord repose toujours sur le même problème, qui est celui des conditions de négociations. Pour la Chine, les solutions au problème tibétain ne peuvent être apportées que si le gouvernement en exil accepte de reconnaître la souveraineté historique de la Chine sur le Tibet, mais aussi sur Taïwan. Cette reconnaissance signifierait en effet que le Tibet accepte le joug chinois et reconnaît l'unité de la patrie, de même qu'elle symboliserait l'allégeance au pouvoir communiste. En outre, lors des différentes rencontres, aucun des points sensibles ne sont évoqués, et aucune proposition n'est faite.

Face à tous ces obstacles, tant sur le fond que sur la forme des négociations, celles-ci sont le plus souvent stériles et inefficaces, dans la mesure où aucune solution claire n'est discutée au cours des différentes rencontres entre les délégations tibétaines et le gouvernement chinois. Bien que l'on dénote de nombreux « signes positifs », la stratégie du Dalaï-lama n'a toujours pas porté ses fruits, et il semble que le gouvernement en exil doive refonder cette stratégie afin de parvenir à des solutions concrètes. Pour Mathieu Vernerey, cette refonte stratégique doit passer soit par la dissolution du gouvernement tibétain, dont l'existence contredit sa position (ce gouvernement constitue en effet une menace pour le pouvoir chinois, parce qu'il dispose de tous les traits d'un gouvernement indépendant, sans territoire toutefois), soit par la réhabilitation de l'indépendance comme objectif qui serait selon Vernerey « toujours négociable »58.

Face à l'échec des négociations menées jusqu'à maintenant, il est nécessaire de comprendre que la réussite du processus de négociations ne peut se faire sans l'aide et les pressions de la communauté internationale sur la Chine. Cependant, ce genre de pression n'est que très rare, en raison d'une incapacité patente de la communauté mondiale à agir en faveur de l'indépendance du Tibet, et par-là même contre les intérêts de la nation chinoise.

58\TERNEREY Mathieu, « La diplomatie positive à l'épreuve », Diplomatie, juillet-août 2005, n°15, p. 40-42

Chapitre 4 : Une communauté internationale inactive et indifférente

La communauté internationale a largement brillé par son absence dans le conflit sino- tibétain, tant à ses débuts qu'actuellement. Il semble que les Etats accordent la primauté aux intérêts économiques et géopolitiques, et non à la protection des droits de l'homme.

1. La primauté du système économique mondial sur le régime international de protection des droits de l'homme

Pour Wang Zhixiong, « à la peur, largement fantasmatique, du « péril jaune », sous la bannière impériale ou le drapeau rouge du Grand Timonier, a succédé le bonheur imbécile d'avoir découvert un marché de plus d'un milliard d'acheteurs conquis aux mérites de la société de consommation »59. La Chine est devenue, en deux décennies, un marché au potentiel et aux débouchés énormes pour les entreprises occidentales. A la fois atelier du monde, avec sa main-d'oeuvre bon marché, et grand importateur de biens de consommation en tout genre, la société chinoise s'ouvre à la modernité et au progrès occidental pour rivaliser avec les Etats-Unis au rang de première puissance économique mondiale. Cette nouvelle position sur la scène internationale, qui contraste avec le relatif isolement de l'ère maoïste, a institué un nouvel ordre international basé sur des relations entre des démocraties et une dictature. Les droits de l'homme en Chine ne semblent cependant pas souffrir de ce contact avec les démocraties les plus avancés, dans la mesure où leurs violations sont toujours aussi flagrantes en Chine.

1.1 La Chine comme nouvelle puissance économique mondiale...

Aujourd'hui, au regard des progrès stupéfiants accomplis par la Chine depuis les réformes de libéralisation économique instituées par Deng Xiaoping en 1978, on ne peut que conclure que la Chine est en passe de devenir la première puissance économique mondiale.

59 WANG Zhixiong, Chine : la démocratie ou le chaos ?, Paris, Bleu de Chine, 1997, p. 10

Avec un taux de croissance annuel d'environ 9% et un PIB de 2 000 milliards de dollars pour l'année 2005, la Chine est devenue la quatrième puissance économique mondiale après les Etats-Unis, le Japon et l'Allemagne, et devant la France et la Grande-Bretagne. La Chine est aussi l'une des premières puissances commerciales puisqu'elle est le troisième exportateur mondial derrière les Etats-Unis et l'Allemagne (devant le Japon depuis 2004), et elle parvient à conquérir des parts de marché aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe. Véritable bulldozer qui écrase tous ses concurrents par une forte compétitivité, plus lié à son faible coût de main- d'oeuvre qu'à la qualification de ses travailleurs, la Chine parvient à pénétrer la plupart des marchés, notamment en recourant à la contrefaçon.

La Chine est aussi l'atelier du monde. Avec sa main-d'oeuvre bon marché et son relatif libéralisme économique, elle est aujourd'hui la Mecque des entrepreneurs occidentaux, qui peuvent produire à faible coût en recourant à la sous-traitance en Chine. La plupart des grandes entreprises mondiales ont ainsi recours au système productif chinois pour fabriquer leurs biens, en produit fini, ou pour fabriquer les biens intermédiaires.

Mais l'implantation en Chine des entreprises étrangères répond aussi à leur stratégie de conquête du marché domestique chinois, potentiellement très important, notamment grâce à sa classe moyenne en pleine explosion. Les ménages chinois ne sont pour la plupart pas équipés de tous les biens traditionnels que l'on trouve dans les ménages des pays développés, mais l'augmentation de leur pouvoir d'achat devrait leur permettre de remédier à ce problème. La société chinoise, devenue société de consommation par la force des réformes de Deng, est aujourd'hui au coeur des intérêts économiques mondiaux. Perçue tantôt comme une menace, tantôt comme une future source de revenus pour les grandes firmes multinationales, son potentiel justifierait l'inactivité des Etats dans le promotion des droits de l'homme en Chine, de même qu'il justifierait l'absence d'engagement d'Etats démocratiques en faveur de l'indépendance du Tibet.

1.2 ...ou la « dissolution des droits de l'homme dans le coca-cola »60

60WANG Zhixiong, p.55, op. cit. p. 86

L'attitude des différents dirigeants envers les violations répétées des droits de l'homme en Chine correspond bien souvent à une vision réaliste des relations internationales, où chaque Etat recherche la satisfaction de ses intérêts nationaux, plutôt qu'à une vision idéaliste, où les valeurs et les normes occidentales de liberté, de démocratie et de droits de l'homme doivent être diffusées à travers le monde.

En effet, bien que la plupart des chefs d'Etat, lorsqu'ils traitent avec la Chine, lui demandent de respecter les droits de l'homme, ceci est fait d'une manière non contraignante, plus pour la forme que pour le fond.

Pourtant, la Chine semblait, depuis le début des années 1990, notamment sous l'influence de Hu Jintao, être engagée dans un processus de respect et de protection des droits de l'homme, puisqu'elle a ratifié plusieurs grands textes internationaux.

Le 27 mars 2001, le gouvernement a ratifié la Convention sur les droits économiques, sociaux et culturels, et il a également signé la Convention sur les droits civils et politiques le 5 octobre 1998, mais ne l'a pas encore ratifié. La Chine a ratifié d'autres grands textes, comme la Convention sur l'élimination des discriminations raciales (1980), la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide (1983), la Convention contre la torture et les traitements cruels, inhumains et dégradants (1988). Certains de ces textes ont par ailleurs acquis le statut de norme absolue en droit international, comme la Convention sur les discriminations raciales ou le crime de génocide. Pourtant, les rapports de différentes ONG, et notamment d'Amnesty International, continuent de rapporter les nombreuses violations des droits de l'homme en Chine et au Tibet. Parmi ces violations, on recense les exécutions et les détentions arbitraires, le recours à la torture, les restrictions au liberté de religion et d'expression, surtout au Tibet, mais aussi dans la presse et Internet, avec une censure active à laquelle Google, le moteur de recherche américain, a même accepté de se soumettre pour s'implanter en Chine.

Au Tibet, les violations des droits de l'homme ont été extrêmement nombreuses sous la période maoïste, mais elles se poursuivent encore aujourd'hui avec la détention de plusieurs centaines de Tibétains, essentiellement des moines, pour des raisons d'opinion.

La Chine a donc choisi d'adopter une politique plutôt hypocrite en matière de droits de l'homme, dans la mesure où elle a ratifié de grands textes internationaux qu'elle ne respecte pas. Pour le gouvernement chinois, cette ratification permet de satisfaire les exigences d'une communauté internationale soucieuse de préserver les apparences, mais « les droits de

l'homme sont une affaire intérieure »61. Cette ligne directrice du PCC a été exposée dans un article du Quotidien du peuple destiné à l'étranger et datant du 18 janvier 1990.

Le gouvernement chinois semble donc aujourd'hui vouloir satisfaire les revendications des Etats démocratisés, qui appelle au respect des droits de l'homme dans ce pays. Malgré tout, le gouvernement chinois semble incapable d'endiguer la violence et l'arbitraire qu'il a lui-même crée sous Mao, en détruisant le système légal et éducatif pendant la Révolution culturelle. En outre, les Etats et les OIG prônent le respect des droits de l'homme en Chine, et entretiennent avec le gouvernement chinois un dialogue à ce sujet, mais cela semble plus se faire pour la forme, sans réelle contrainte pour la Chine.

1.3 Le relativisme culturel dans l'application des droits de l'homme en Chine : une « voie asiatique » ?

En outre, l'argument, réutilisé par énormément de pays composant l'ancien Tiers- monde, du relativisme culturel, et donc du non-universalisme des droits de l'homme, est repris par la Chine pour justifier ce non-respect.

Ainsi, pour John Heath, le droit en Chine est traditionnellement plus porté sur le contrôle administratif des individus et sur le maintien d'un ordre et d'une morale hérités du confucianisme que sur la protection de l'individu, ce qui expliquerait que la Chine fasse peu de cas de libertés et de droits comme la liberté d'expression, d'opinion, mais aussi de religion ou le droit à l'autodétermination. Ainsi, en 1993, lors de la Conférence mondiale sur les droits de l'homme qui s'est tenue à Vienne, le ministre des affaires étrangères chinois a jugé bon de rappeler que « les individus doivent faire passer les droits de l'Etat avant les leurs »62. La Chine se fait aussi le chantre du relativisme en arguant que la culture chinoise, basée sur une vision holiste de la société, privilégie le groupe à l'individu, et donc que la stabilité sociale est préférable au respect des droits individuels.

On retrouve dans de nombreuses études l'idée qu'il existe ainsi une « voie asiatique »63. Difficile en effet de contrer cet argument du relativisme culturel et d'affirmer que tous les pays partagent les mêmes valeurs, les mêmes priorités en termes d'intérêt national, et ce quel que soit leur héritage culturel et leur histoire. Pour Alan Dupont, cette idée qu'il existe une

61 KOCH-MIRAMOND, CABESTAN, AUBIN, CHEVRIER (dir.), La Chine et les droits de l'homme, Paris, L'Harmattan, 1991, pp. 237-248.

62 HEATH John, p.233, op. cit. p. 30

63 DUPONT Alan, « Is There An 'Asian Way'? », Survival, été 1996, vol. 38 n°2, p.13-35

voie asiatique différente de la voie occidentale remonte au milieu des années 1980, mais ce concept n'a acquis tout son pouvoir dans les années 1990.

Cette théorie de la voie asiatique a notamment été développée par l'école de Singapour, qui affirmait qu'il existe un autre modèle de développement que celui de l'Occident. De cette distinction entre les deux civilisations, beaucoup sont arrivés à la conclusion qu'il y a « des différences fondamentales dans la conception des droits de l'homme et de la démocratie entre l'Asie et l'Occident »64. Cette vision est partagée par de nombreux universitaires chinois, pour qui le système confucianiste, qui valorise le travail dur, l'économie, le culte des ancêtres et de la famille, est la principale alternative au protestantisme occidental qui exhorte l'autodiscipline, le sacrifice et un individualisme profond. La perception de l'existence d'une « voie asiatique » se caractériserait ainsi par « le rejet des aspects négatifs et destructeurs du libéralisme occidental, en particulier l'obsession pour les droits individuels, un manque de discipline sociale et un déclin des valeurs morales. »65

Les valeurs occidentales seraient pour les tenants de cette théorie non universelles et non universalisables, l'Asie ayant son propre système de valeurs différentes des valeurs de l'Occident. La Chine réutilise souvent cet argument à outrance, pour justifier de son non- respect de certains droits de l'homme.

Pour Alan Dupont toutefois, cette voie asiatique n'est qu'un concept partiellement vrai, qui repose sur ne représentation faussée de la réalité du monde asiatique : celui-ci est bien sur uni par un socle commun de valeur, mais ses prétentions à être complètement différent de l'Occident ne font que révéler le profond sentiment d'infériorité de l'Asie par rapport aux nations occidentales, hérité de siècles de domination de l'Occident sur le continent asiatique. Malgré tout, la Chine continue d'affirmer l'existence de cette « voie asiatique », ce qui lui permet de violer certains droits de l'homme au nom d'un relativisme culturel justement très relatif.

2. Les Etats et la question tibétaine

64 Ibid. 65Ibid

La plupart des Etats occidentaux font peu de cas de la situation du Tibet, et ne se préoccupe guère de son statut d'Etat colonisé. Il pourrait pourtant invoquer le droit d'ingérence pour intervenir au Tibet, ou tout du moins exercer une pression diplomatique sur la Chine afin qu'elle accorde l'indépendance à ce pays. Toutefois, ce droit ne semble être invoqué que dans les cas où les intérêts nationaux d'un Etat ne sont pas menacés, ce qui n'est pas le cas dans la situation du Tibet

2.1 Le droit d'ingérence et la solidarité internationale soumis à la real-politik

Pour Joseph Maïla, « à l'idée d'un système clos, régi par des entités souveraines nouant entre elles des relations où l'intérêt, la géopolitique et l'idéologie sont des facteurs essentiels, s'est imposée la vision d'un système politique international ouvert dans lequel les réalités lointaines sont rendues proches par l'extension des réseaux de communication »66.

De ce système où les Etats entretiennent des relations pour des raisons de high politics, comme la puissance, ou les idéologies, on est passé à un système mondial interdépendant où les injustices, les violations des droits de l'homme dans d'autres pays, rendus visibles par la création de réseaux de communication, nous révoltent et nous poussent à agir.

Par un processus de forclusion de la violence67, les Etats occidentaux auraient de plus en plus de mal à accepter les mauvaises conditions de vie des autres individus peuplant ce monde, et auraient mis en place le droit international afin de pouvoir légitimer cette solidarité internationale, et le recours à la force qui l'accompagne. Ainsi, le concept de droit d'ingérence se serait développé pour justifier les interventions d'Etats étrangers dans un pays, souverain ou où règne le chaos et l'anarchie, afin de restaurer la paix et de protéger les civils.

Pour Mario Bettati68, ce droit d'ingérence aurait connu cinq étapes dans son développement : ce droit aurait d'abord été immatériel (1948-1968), avec comme outil la mondialisation de valeurs dites « humaines », grâce aux différentes textes de l'ONU, comme la Déclaration universelle des droits de l'homme. En définissant ces droits de l'homme comme pilier central

66 MAÏLA Joseph, « Droit et solidarité internationale », Géopolitique, janvier 2000, n°68, p. 85

67 Théorie développée par Norbert Elias.

68 BETTATI Mario, « Théorie et réalité du droit d'ingérence humanitaire », Géopolitique, janvier 2000, n°68, p. 17-26

du système de droit international, on a accordé un droit de regard aux Etats sur la situation des droits de l'homme chez leurs voisins.

La deuxième étape est celle d'une « ingérence matérielle illicite » (1968-1988), avec des mouvements d'êtres humains et de matériels dans des pays afin d'aider les populations. L'instigateur de cette ingérence est selon Bettati Médecins sans frontières.

La troisième étape est celle d'une institutionnalisation de ce droit, « l'ingérence civile légalisée » (1988-1991). Le droit, voire le devoir d'ingérence, sont théorisés, réglementés, véhiculés par des chefs d'Etat comme Mitterrand. L'idée que l'on doit secourir les êtres humains menacés dans leurs libertés et leur dignité se développe au sein des grandes institutions internationales.

Quant à la quatrième étape, c'est celle de l'ingérence forcée, de 1992 à 1999. On la dit forcée car elle n'est pas soumise à l'accord de l'Etat dans lequel on souhaite intervenir, et trouve ses sources dans l'intervention militaire en Somalie en 1992. Aujourd'hui, on assiste au développement de l'ingérence préventive, avec notamment l'ingérence dissuasive, judiciaire et médiatique. Cette nouvelle ingérence, multiforme, permet aux Etats de diffuser les valeurs des droits de l'homme, amis aussi de juger les responsables de violations de ces droits.

Les Etats ont largement recouru à ce droit d'ingérence pour légitimer les différentes interventions militaires effectuées au fil du vingtième siècle. Toutefois, malgré les violations des droits de l'homme répétées au Tibet, ce droit d'ingérence n'a jamais été évoqué pour envisager une intervention militaire. Car en effet le principale problème de ce droit est que bien souvent il s'exerce dans ce qu'on appelle les « collapsed states », ces Etats ou justement il n'y a plus d'Etat, plus d'autorité politique. Or la Chine est un pays souverain, stable et surtout, une grande puissance économique. Invoquer le droit d'ingérence pour intervenir en Chine déclencherait certainement une guerre économique, voire une guerre tout court, bouleversant l'ordre international actuel. En conséquence, rares sont ceux qui ont envisagé ce droit comme une possible solution au problème tibétain.

2.2 L'indifférence des Etats vis-à-vis du Tibet : un dialogue de sourd avec la Chine

Un constat s'impose : aucun pays dans le monde ne reconnaît le gouvernement en exil du Dalaï-lama. En ce qui concerne les quelques 200 pays qui entretiennent des relations diplomatiques avec la Chine, ils reconnaissent tous plus ou moins implicitement

l'appartenance du Tibet à la Chine. Le Dalaï-lama a bien sur été reçu à titre officieux ou privé par de nombreux chefs d'Etat, mais la Chine essaie toujours de faire échouer ces rencontres en exerçant des pressions diplomatiques par le biais de ses ambassadeurs.

Les Etats ne soutiennent donc pas le Tibet, et l'ONU, que l'on peut considérer comme l'instance suprême du droit international, n'a jamais agit en faveur du Tibet. Bien que de nombreuses résolutions aient été votées par l'assemblée générale, notamment dans les années 1960, aucune n'a abouti à la mise en oeuvre concrète de solutions afin de faire respecter le droit à l'autodétermination du peuple tibétain. En outre, rien ne sera probablement fait en faveur de l'indépendance du Tibet à l'ONU, dans la mesure où la Chine appartient au Conseil de sécurité, et qu'aucun des Etats membres ne votera une résolution en faveur de la désintégration de l'un des Etats membres de l'ONU.

Les Etats instigateurs du droit international et du régime de protection des droits de l'homme sont donc les premiers à ne pas faire respecter ce droit. Cette logique de non-intervention dans la question tibétaine répond à la fois à des considérations de high politics, mais aussi de low politics69.

Dans un premier temps, les Etats agissent au nom de principes comme la stratégie, la sécurité, la paix, la diplomatie. Ainsi, afin de préserver de bons rapports diplomatiques avec la Chine, les principaux Etats développés ne se prononcent pas sur la question tibétaine. Il s'agit alors de préserver la paix mondiale et la sécurité intérieure. Si un Etat venait à reconnaître le gouvernement tibétain en exil, cela créerait des tensions diplomatiques avec les autorités chinoises. C'est ce qui s'est par exemple passé dans le cas de la Turquie : lorsque les Parlementaires français ont déposé une proposition de loi pénalisant le déni du génocide arménien, Ankara a rappelé ses ambassadeurs basés à Paris, le 8 mai 2006. C'est donc ce qui pourrait se passer si la France par exemple demandait à la Chine de respecter le droit des Tibétains à l'autodétermination. Outre des tensions diplomatiques, l'engrenage d'une défense du droit à l'indépendance des Tibétains par un Etat pourrait conduire à une guerre. Cette conséquence extrême doit en effet rester envisageable, dans la mesure où la Chine cherche de plus en plus à s'imposer comme une puissance militaire en Asie, mais aussi en Occident.

Ensuite, leur politique étrangère vis-à-vis de la Chine répond à des considérations économiques et de politique intérieure. En effet, si un Etat s'engage en faveur du Tibet, il pourrait s'exposer à un embargo économique de la part de la Chine. Bien que celui-ci ne soit pas favorable au marché chinois, il serait toutefois d'autant plus défavorable au marché de cet

Etat. En outre, cela pénaliserait les entreprises nationales et menacerait la croissance, et donc la stabilité sociale, d'un Etat qui se déclarerait en faveur d'un Tibet libre.

Pour toutes ces raisons, l'engagement des Etats en faveur du Tibet est donc minime. Ceux --ci préfèrent entretenir des relations diplomatiques et économiques, plutôt que prendre le risque de défendre la cause tibétaine, les coûts d'un tel acte risquant d'être largement supérieurs à ses bénéfices. Car quels bénéfices pour un Etat de s'engager en faveur du Tibet, si ce n'est la gloire et le prestige de défendre les droits de l'homme ?

3. Le dialogue critique mené par l'Union européenne: promotion des droits de l'homme en Chine et absence de contrainte

3.1 La politique étrangère européenne à l'ombre des intérêts économiques de ses Etats membres

L'Union européenne essaie, depuis la signature du traité de Maastricht en 1992, d'élaborer une politique étrangère et de sécurité commune qui doit mettre en évidence l'unité des Etats membres de l'UE quant aux affaires extérieures. Cela passe notamment par la mise en oeuvre d'objectifs communs dans différents domaines, comme le terrorisme ou encore l'immigration.

Par rapport aux différents conflits qui agitent le monde, l'UE et ses institutions cherchent essentiellement non pas à adopter une position unique mais plutôt à éviter les divergences d'opinion trop marquées entre les différents Etats. Car depuis le début de la « guerre » en Irak, l'UE a pris conscience de l'impossibilité pour tous ses Etats de se mettre d'accord lorsque l'opinion de l'UE en tant qu'entité politique, et non plus seulement économique, est demandée et semble avoir renoncé à s'exprimer dans les médias et sur la scène internationale, préférant laisser aux Etats leur pouvoir souverain de gérer les affaires étrangères

Depuis le début de ce nouveau millénaire, ce problème semble connaître un renouveau tout particulier, et trouve ainsi un écho de plus en plus fort dans les sphères européennes, grâce à l'action et l'engagement de certains groupes de pressions mais aussi grâce au rôle de certains

69 Cette distinction entre high politics et low politics a été établie par Stanley Hoffman.

parlementaires européens. La situation du Tibet touche parce qu'elle concerne à la fois les droits de l'homme, mais aussi une certaine conception de la justice et du droit international, et que ces deux valeurs, qui sont au coeur des systèmes politiques modernes, sont également les piliers de la construction européenne. Mais il ne faut cependant pas oublier que l'autre pilier de l'UE, économique celui-ci, est le libéralisme, autrement dit la libéralisation des échanges marchands comme non-marchands. L'idéologie de l'économie libérale, constituée d'un ensemble d'idées et de principes revendiquant la liberté d'entreprendre, de commercer, d'investir ou d'innover, est donc au coeur de la construction européenne. Ainsi, commercer avec l'étranger est l'un des objectifs européens, et dans cette optique il apparaît normal pour l'UE d'entretenir des relations économiques avec la Chine, bien que celle-ci viole ostensiblement les droits de l'homme et bafoue le droit à l'autodétermination d'un peuple.

3.2 Des relations économiques en pleine expansion

Ce n'est qu'en 1975 que la Chine et la Communauté européenne ont décidé d'établir entre elles des relations officielles, dans le cadre notamment de la libéralisation économique voulue par Deng Xiaoping dans les années 1970. En avril 1978, un accord commercial est signé. De même, en 1980, la Chine est incluse dans la liste des pays éligibles au système de préférences généralisées de la Communauté, devenant ainsi l'un des dix principaux bénéficiaires de ce système. En 1985, un accord plus large, dit de coopération économique et commerciale, est signé et remplace l'accord de 1978. Il prévoit une coopération pour l'industrie, les mines, l'énergie, les transports et la communication et la technologie. En mai 2000, l'UE et la Chine signent un accord bilatéral qui ouvre la voie à l'adhésion de la Chine à l'OMC, adhésion réalisée en 2001.

Grâce à ces différents accords, le commerce entre les deux régions se développe rapidement et en 2002, il a atteint 115 milliards d'euros avec un solde favorable à la Chine. La Chine était alors le troisième partenaire de l'UE hors Europe. En outre, la Chine est le partenaire commercial privilégié pour de nombreux pays membres de l'UE, et elle présente des perspectives de marché très importantes dans le présent, mais aussi dans le futur par les débouchés qu'elle va offrir aux entreprises européennes grâce à son milliard de consommateurs.

L'UE ne peut donc pas se permettre d'adopter une position radicale et ferme, étant donné que la Chine est un partenaire commercial important pour chaque Etat membre de l'UE, et que son taux de croissance de 10% en moyenne en fait une puissance économique majeure. La Chine, par la place qu'elle va à l'avenir occuper dans l'économie internationale, doit donc être traitée de manière diplomatique et courtoise par l'UE. S'en faire un ennemi pourrait avoir des conséquences économiques catastrophiques pour l'UE et pour ses Etats membres. La primauté des intérêts économiques et commerciaux empêche donc toute action concrète visant à améliorer la situation des droits de l'homme en Chine.

Pourtant, l'UE a dans le passé affermi sa position face aux violations répétées par la Chine des droits de l'homme en 1989, lorsqu'elle a décidé d'instaurer un embargo sur les ventes d'armes à ce pays suite à la violente répression des manifestations étudiantes qui se sont tenues sur la place Tienanmen du 3 au 4 juin. La CE condamne d'ailleurs sur le champ la répression violente de ces manifestations en faveur de la démocratie et des réformes politiques70. Plusieurs mesures sont alors prises lors du Conseil européen de Madrid des 26 et 27 juin 1989 : suspension des contacts bilatéraux à haut niveau, ajournement des nouveaux projets de coopération et ralentissement des programmes existants.

Mais, dès 1990, ces restrictions drastiques et radicales sont assouplies dans les domaines de la coopération culturelle, scientifique et technique et des nouveaux projets de coopération. L'embargo sur la coopération militaire ainsi que les ventes d'armes reste toutefois maintenu.

Cependant, bien qu'une résolution du Parlement européen datant du 13 janvier 2005 portant sur le cas de Tenzin Delek Rinpoché, lama condamné à la peine capitale, « invite le Conseil européen et les Etats membres à maintenir l'embargo de l'UE sur les ventes d'armes à la République populaire de Chine et à ne pas affaiblir les restrictions nationales en vigueur sur ces ventes d'armements ; estime que cet embargo devrait être maintenu jusqu'à ce que [...] la République populaire de Chine ait pris des mesures concrètes visant à améliorer la situation des doits de l'homme. », les pressions sont de plus en plus fortes de la part des Etats membres pour que l'UE mette fin à cet embargo, notamment de la part de la France, pour qui la Chine offre un formidable marché à son industrie d'armement.

70 « Le Conseil de l'Europe condamne sévèrement la répression brutale en cours en Chine. Il exprime sa consternation devant la continuation des exactions malgré tous les appels de la communauté internationale. Il demande solennellement aux autorités chinoises de mettre fin aux exécutions et aux actions répressives contre ceux qui revendiquent leurs droits démocratiques. Le Conseil de l'Europe demande aux autorités chinoises de respecter les droits de l'homme et de prendre en compte l'espoir profond de liberté et de démocratie de la population. Il souligne que c'est un élément essentiel dans la poursuite de la politique de réformes et d'ouverture qui a été soutenue par la CE et ses Etats membres. »

L'UE a donc, par le passé, pris des sanctions économiques lors de violations des droits de l'homme par la Chine. Toutefois, elle reste tristement inerte et indifférente au non respect des libertés fondamentales des Tibétains et aux nombreuses exactions commises dans ce pays, L'UE tente bien sûr, comme on va le voir, de faire progresser les droits de l'homme en Chine et donc, puisque prétendument le Tibet appartient à la Chine, au Tibet, mais la pratique du dialogue critique ne semble pas vraiment porter ses fruits, comme le constate Amnesty international dans une lettre ouverte aux gouvernements de l'UE : « Les droits de l'homme en Chine se sont sérieusement détériorés[. .], alors que le dialogue sur les droits de l'homme menés par l'UE et d'autres gouvernements avec la Chine n'a pas réussi à apporter des améliorations sur le terrain. »

3.3 L'UE et le « dialogue critique », ou la critique sans la contrainte

L'UE va développer, dès 1985, des liens diplomatiques importants avec la Chine, et va lors de chacune de ses rencontres avec les dirigeants chinois évoquer la situation des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans ce pays. L'instauration d'un dialogue se fait donc, dialogue dit « critique » puisqu'il est l'occasion de pointer les problèmes chinois en matière de justice et de droits de l'homme. Tout en s'entretenant de manière amicale avec la Chine, l'UE pratique une pression discrète mais constante visant à améliorer la situation du droit en Chine.

Durant les années 1980, les relations diplomatiques et politiques se développent, les rencontres entre ministres se multiplient, et la Commission européenne ouvre en 1988 une délégation à Pékin. En juillet 1995, la Commission émet une communication, intitulée « Politique à long terme pour les relations Chine Europe » et reconnaissant l'émergence de la Chine en tant que puissance économique et politique. En 1998, la Commission adopte une autre communication : « Vers un partenariat global avec la Chine » approuvée par la Conseil, visant à : « intégrer davantage la Chine dans la communauté internationale par le renforcement du dialogue politique ; appuyer la transition vers une société ouverte fondée sur l'Etat de droit et le respect des droits de l'homme.»

Dès 1994, la coopération politique entre la Chine et l'UE prend une tournure résolument positive. Ainsi, un cadre ambitieux est mis en place pour organiser le dialogue politique bilatéral. Les ministres européens et chinois se rencontrent régulièrement, des consultations entre la Commission et la Chine sont effectuées, tout comme deux réunions annuelles entre le ministre chinois des affaires étrangères et l'ambassadeur de l'UE en Chine, et deux autres entre le ministre des affaires étrangères du pays exerçant la présidence de l'UE et l'ambassadeur de Chine de ce pays.

L'UE a même instauré un dialogue spécial consacré aux droits de l'homme avec deux réunions annuelles entre l'UE et le gouvernement chinois. La dernière s'est d'ailleurs tenue en novembre 2002 à Pékin. Divers sujets ont été abordés, notamment le respect des droits fondamentaux des dissidents politiques, l'attitude à l'égard des croyances religieuses ou encore la situation de minorités ethniques.

En outre, plusieurs sommets UE-Chine ont été organisés. Le premier s'est tenu à Londres en 1998 et a eu pour conséquence la visite de la « troïka » européenne au Tibet. Un deuxième sommet à eu lieu en décembre 1999, lorsque le président de la Commission, M. Prodi, a visité Pékin. D'autres sommets ont eu lieu, le dernier s'est tenu le 5 septembre 2005 à Pékin. Enfin, en juillet 2000, le premier ministre chinois Zhu Rongqi a été le premier dirigeant chinois à se rendre à la Commission européenne de Bruxelles, cette visite fêtant le vingt-cinquième anniversaire du début des relations diplomatiques officielles entre la Chine et l'UE.

On ne peut donc pas dire que l'UE est inactive dans la promotion des droits de l'homme en Chine. Elle tente de faire changer les choses en influençant les dirigeants chinois par des conseils, des recommandations. C'est sans compter évidemment sur la duplicité des dirigeants communistes chinois, qui hochent la tête activement devant les Européens et qui, par derrière, exécutent et torturent allégrement. Un proverbe chinois dit ainsi qu'il faut « battre le chien derrière la porte close ». Ce proverbe reflète bien l'attitude des dirigeants chinois, attitude qu'ils adoptent également dans leurs relations avec le gouvernement tibétain en exil, lui faisant miroiter des progrès dans la situation du Tibet pour gagner du temps et ainsi faire en sorte que la colonisation chinoise opère ses « bienfaits » en minorisant les Tibétains dans leur propre pays.

L'UE fait donc la promotion des droits de l'homme en Chine, mais ne la menace donc pas directement, et l'absence de contrainte ou de sanctions dans le respect des droits de l'homme ne l'oblige en rien à revoir sa conduite. C'est le reproche essentiel que l'on peut donc faire à la diplomatie européenne, ainsi qu'au reste de la communauté internationale : discuter des droits de l'homme avec un pays qui les viole, mais ne pas le contraindre à les respecter. D'où

la nécessaire élaboration d'une justice internationale qui s'applique à tous et qui éviterait à un pays en particulier de prendre des risques en critiquant l'attitude du gouvernement chinois.

En outre, on pourrait s'interroger légitimement sur l'absence de conditionnalité démocratique dans les échanges, alors qu'une telle conditionnalité existe dans l'aide au pays en développement et lors de l'adhésion de nouveaux pays à l'UE.

Finalement, l'absence d'engagement fort de la Commission et du Conseil dans la défense des droits de l'homme en Chine et l'absence totale d'aide au Tibet peut s'expliquer bien sûr par des motivations économiques et commerciales supérieures aux intérêts que l'UE aurait à démocratiser la Chine, mais aussi parce que l'UE peut difficilement s'exprimer sur la question au nom de tous les Etats membres, car il est difficile pour l'UE d'élaborer une politique étrangère commune alors que les opinions de chacun de ses Etats membres sur tel ou tel problème de dimension internationale divergent parfois de manière flagrante. Les nécessaires négociations intergouvernementales propres au mode décisionnel européen font qu'il est donc ardu de s'entendre et de tomber d'accord, et l'UE ne peut revendiquer le droit de s'exprimer au nom de tous si tous ne sont pas d'accord sur la question.

Les institutions européennes prônent le respect des droits de l'homme, mais elles sont donc plutôt neutres quant au problème tibétain. D'autre part, la diplomatie qu'elles pratiquent envers la Chine est loin d'être coercitive. La Chine semble donc protégée de toute attaque ou sanction de la part de l'UE du fait de l'interdépendance des économies.

4. Une couverture médiatique de l'actualité tibétaine réduite à la portion congrue

Le Tibet n'a pas fait l'objet d'une très grande couverture médiatique depuis 1950. Fermé aux étrangers au début du vingtième siècle, il était en 1949 un pays peu connu des Occidentaux, souvent perçu comme un endroit mythique, autarcique, sorte de paradis sur terre, correspondant en quelque sorte au Shangri-La décrit dans le roman écrit en 1933 par James Hilton et intitulé Horizons perdus, et qui décrit un lieu imaginaire, aux extrémités occidentales de l'Himalaya, où l'on vit en paix dans un environnement parfait.

4.1 Les médias occidentaux et le Tibet, amours et désaveu

Le Tibet a toujours été absent de la presse occidentale. Son invasion en 1950 a laissé les médias occidentaux plus qu'indifférents. Tout juste quelques brèves étaient consacrées à l'invasion du Tibet par la Chine. A cette époque, l'attention des médias était en effet tournée vers la Corée.

Le Tibet refait surface en 1987, suite aux manifestations qui ont une grande répercussion dans la presse occidentale. Cela s'explique essentiellement par la présence de touristes mais aussi de journalistes à Lhassa avant ou pendant ces émeutes (bien que la plupart d'entre eux aient été expulsés). Les émeutes, les agissements de la police et la répression sont relatés dans la presse, grâce à des témoignages recueillis auprès des touristes présents lors des évènements. Ces manifestations vont permettre la naissance d'un traitement objectif de l'actualité tibétaine par la presse occidentale, dans la mesure où jusqu'à alors, la presse s'était montré plus proche du point de vue chinois. Dès 1987 donc, les deux versions opposées de l'histoire du Tibet font surface dans les journaux, et permettent d'informer objectivement le lecteur afin que celui-ci se constitue sa propre opinion sur la question du Tibet.

Aujourd'hui, l'information sur le Tibet se fait le plus souvent en faveur de celui-ci. Cela s'explique par l'action internationale du Dalaï-lama, qui a permis à la cause tibétaine de prendre toute son ampleur et de trouver un soutien par la constitution d'un réseau associatif international.

Toutefois, le recueil d'informations sur le Tibet reste une tâche souvent ardue pour les journalistes. Pour peu que ceux-ci aient une position pro-tibétaine, et l'accès au territoire tibétain peut leur être refusé, comme cela a été le cas pour Claude Levenson, qui a écrit des ouvrages en faveur de la cause tibétaine, et qui s'est vue récemment refusée le visa nécessaire pour pénétrer le territoire tibétain.

En outre, la Chine exerce un contrôle très strict sur la prise d'informations par les journalistes comme par les touristes. Ainsi, les caméras, appareils photos des touristes présents lors des évènements de 1987 ont été saisis et détruits par les autorités chinoises. Les journalistes étrangers sont donc empêchés de travailler librement au Tibet. Ils sont obligés de solliciter une autorisation auprès du département des Affaires étrangères de la Région autonome du Tibet. Dans la plupart des cas, la demande est refusée. Ainsi, certaines agences de presse

étrangères n'ont pas pu se rendre au Tibet depuis 1997. Si l'autorisation est délivrée, le journaliste étranger est pris en charge du début à la fin de son reportage par les autorités chinoises. Il est constamment surveillé afin qu'il ne puisse pas recueillir d'informations compromettantes pour le gouvernement chinois.

La censure chinoise exercée sur les médias occidentaux se fait donc directement à la source, c'est-à-dire au niveau du journaliste lui-même, lorsque celui-ci est présent sur le territoire chinois. Le pouvoir de ceux-ci est considérable, Pékin l'a bien compris, et encadrer leur production d'information, ou la soumettre à une relecture, permet d'éviter la diffusion d'informations qui pourraient nuire à l'image de la chine sur la scène internationale.

La couverture médiatique du Tibet a donc été bien souvent réduite à la portion congrue dans la presse écrite occidentale. Aujourd'hui, la presse a oublié le Tibet, et seules quelques rares émissions spéciales y sont consacrées, comme l'émission Faut pas rêver qui proposait un reportage intitulé « Tibet : Les chemins de Lhassa », diffusés en juillet 2005.

La production cinématographique est elle aussi très limitée, mais on peut toutefois noter le film de Martin Scorsese, Kundun, qui retrace l'enfance du Dalaï-lama jusqu'à sa fuite en 1959. Ce film a d'ailleurs fait l'objet d'une censure par le gouvernement chinois, et n'a été que très peu diffusé. Le réalisateur a relaté par ailleurs les pressions dont il avait été victime de la part du gouvernement chinois, et ce film, qui a été produit par Disney, a finalement été très peu distribué, Disney projetant d'ouvrir des parcs en Chine, et donc se soumettant à la volonté chinoise de voir ce film disparaître aux oubliettes.

Actuellement, le Tibet est donc bien ignoré par les médias occidentaux. Cela ne favorise absolument pas la cause tibétaine, et l'action pacifique du Dalaï-lama ne permet pas aux journalistes de trouver matière à des articles. En outre, la presse chinoise fait elle aussi l'objet d'un contrôle qui l'empêche de s'exprimer librement sur la question des tensions sino- tibétaines.

4.2 Les médias chinois et le Tibet, entre censure et propagande

Les médias chinois, dans leur traitement du sujet tibétain, ont un comportement qui oscille entre censure et propagande. La plupart des publications chinoises, comme le Quotidien du peuple, ou le China Daily, sont de simples instruments au service du pouvoir. Entièrement soumis au contrôle et à la censure, ces journaux présentent la version chinoise de l'indépendance du Tibet, dépeignent souvent les faits tels qu'ils sont relatés par le gouvernement.

La principale agence de presse chinoise, Chine nouvelle (Xinhua), est elle aussi sous le contrôle du PCC. Héritière de l'agence Chine rouge, fondée par Mao Zedong, cette agence détient depuis 1949 le monopole de la production de l'information. Dans un rapport de Reporter sans frontières sur cette agence71, celle-ci est qualifié de plus grande agence de propagande du monde, entièrement soumise au ministère de la propagande, aujourd'hui renommé ministère de la publicité.

En plus de ces journaux à l'indépendance et à l'objectivité plus que douteuses, les médias écrits et électroniques au Tibet sont eux aussi soumis au contrôle du PCC. Depuis les années 1980, les Chinois ont développé une presse spécifiquement tibétaine, à des buts évidents de propagande. Aujourd'hui, on compte plus de 180 publications. Cela va du Tibet Youth Weekly, journal des jeunesses communistes, au Tibet Radio and TV, guide des radios et télévisions tibétaines. Selon Xinhua, il y aurait en 1999 dans la RAT 16 journaux, 34 magazines, 67 librairies et quatre imprimeries.

Le Tibet Daily est le principal journal paraissant à Lhassa. Crée en 1956, il est l'organe de presse du Comité tibétain du PCC. Ce quotidien est dirigé exclusivement par des Chinois, et se contente souvent de publier des articles traduits du China Daily. D'autres quotidiens sont contrôlés par les organismes officiels, comme Lhassa Evenings News, publié en tibétain et spécialisé dans l'information économique.

La radio est elle aussi sous l'emprise du PCC, comme la Tibetan Radio, crée en 1960. L'Etat chinois a aussi crée des chaînes télévisées spécifiques pour les Tibétains, comme la Tibetan Television lancée en 1985.

Les journaux, la radio et la télévision sont aujourd'hui les principaux relais de la propagande d'Etat. Leurs informations biaisés justifient souvent les agissements du gouvernement au Tibet, comme la répression politique des années 1987, 1988, 1989, et les journalistes travaillant dans ces organes de presse sont souvent soumis à de fortes pressions, à la censure et à des sanctions si des critiques sont émises. Ainsi, toute personne qui revendique

l'indépendance du Tibet peut être arrêtée et emprisonnée pendant plusieurs années. Les journalistes ne dérogent pas à la règle, et pour échapper à ces menaces, ils s'autocensurent souvent pour éviter ces sanctions.

Les médias chinois, mais surtout les médias tibétains crées par les Chinois, sont donc sous l'entière domination du PCC. Cette violation de la liberté d'expression nuit bien sûr au Tibet, dans la mesure où les velléités indépendantistes sont instrumentalisées dans cette presse comme étant issues d'un groupe séparatiste, la clique du Dalaï-lama, qui veut détruire l'unité de la Chine. La presse, comme outil de propagande, diffuse l'idéologie communiste concernant le Tibet, et ce afin de légitimer la répression politique.

L'indépendance du Tibet semble donc pour diverses raisons compromise. D'une part, les Tibétains sont aujourd'hui minoritaires d'un point de vue démographique dans leur propre région, et ce sous l'effet combiné du génocide et de la colonisation. La culture tibétaine se sinise, et ce qui distingue les Tibétains des Hans tend à disparaître sous l'action des politiques instituées par le PCC dans la RAT.

De plus, le pessimisme semble de mise lorsque l'on voit à quel point le Tibet possède des richesses vitales pour la Chine, et une position géostratégique au coeur des intérêts chinois. En outre, le processus de négociations entre le gouvernement tibétain en exil est toujours aussi peu fertile, et pour bon nombre d'observateurs, le dialogue sino-tibétain n'aboutira probablement jamais dans la mesure où le gouvernement chinois n'a pas d'intérêt à rechercher de compromis avec le gouvernement en exil, puisque son pouvoir et son autorité ne sont pas menacés au Tibet. De plus, l'abandon de la revendication indépendantiste par le Dalaï-lama semble laisser peu d'espoirs à une éventuelle indépendance du Tibet. Enfin, la communauté internationale semble bien inactive et indifférente face à la question tibétaine, et les intérêts économiques des Etats semblent légitimer la non-implication de ceux-ci dans la défense des droits des Tibétains, et notamment leur droit à l'autodétermination.

La solidarité internationale ne semble donc pas être de mise dans le cas du Tibet, et l'ingérence apparaît aujourd'hui de plus en plus comme un principe à géométrie variable, appliqué lorsqu'il favorise les intérêts des Etats.

71 Reporter sans frontières, Xinhua : la plus grande du monde, octobre 2005, 12 p.

Toutefois, ce pessimisme est à temporiser : de nombreux facteurs permettent légitimement d'avoir des doutes quant à la durée du joug chinois sur le Tibet. La cause n'est pour beaucoup pas perdue, et le combat pour l'indépendance du Toit du monde est toujours d'actualités.

Partie 3 : Tibet libre : des éléments porteurs d'espoirs

L'indépendance du Tibet apparaît aujourd'hui comme la solution la plus concrète pour préserver le peuple et la culture tibétaine d'une disparition qui semble se rapprocher de jour en jour. Malgré les enjeux que représente cette région aux yeux du régime chinois, plusieurs éléments porteurs d'espoirs doivent être mis en lumière afin de révéler le caractère toujours envisageable de cette indépendance. De nombreux Tibétains appellent ainsi à ne pas succomber au réalisme ambiant, qui oppose aux espoirs de liberté le caractère concret des intérêts économiques dans les relations entre la chine et le reste du monde. Son poids économique en fait-elle une puissance hors de portée des critiques et des interventions de la communauté internationale ? Le gouvernement en exil n'est-il pas prêt à assumer l'indépendance et à préserver la culture tibétaine ? Outre l'indépendance, quelles sont les autres solutions possibles au problème tibétain ? Et enfin, ne peut-on pas espérer que la démocratisation chinoise va un jour s'amorcer pour laisser place à une nouvelle classe dirigeante, ouverte et respectueuse des droits des Tibétains, et notamment de leur droit à disposer d'eux-mêmes ?

Lorsque l'on interroge Claude Levenson sur le caractère envisageable de l'indépendance, celle-ci répond : « En quoi serait-ce une cause sans avenir ? Dans le monde tel qu'il va, comment accepter qu'un peuple, en l'occurrence le tibétain, soit privé de son droit à l'autodétermination tel que préconisé dans les normes internationales ? »72

Malgré l'indifférence des Etats pour le Tibet, la société civile internationale semble se montrer solidaires du Tibet, et de nombreux groupes se sont constitués, durant ces dernières décennies, pour appeler à agir pour l'indépendance du Tibet. En outre, la communauté en exil semble toujours aussi convaincue que l'indépendance est la solution, et le fonctionnement même du gouvernement tibétain en est la preuve indubitable.

Les évènements de Tienanmen sont là pour nous rappeler que la démocratie en Chine est une aspiration profonde du peuple, qui s'est atténuée avec l'essor de la société de consommation et la satisfaction des besoins, mais qui à terme peut s'avérer le nouvel objectif des Chinois. Pour l'instant de nombreux progrès restent à faire dans ce domaine, mais au rythme où avance la Chine, on peut espérer qu'elle se démocratise un jour, ce qui laisserait entrevoir la liberté aux Tibétains, voire leur permettrait d'y accéder.

72 Entretien avec Claude Levenson, annexe 16

Chapitre 1 : La communauté en exil et son rôle dans la sauvegarde de l'identité tibétaine

La communauté en exil s'est constituée progressivement après l'exil du Dalaï-lama en mars 1959. Elle a aujourd'hui un rôle central dans la mesure où elle permet la continuité de la culture tibétaine et la préservation de celle-ci. Son existence même laisse espérer l'indépendance, puisque son action s'inscrit dans l'espoir d'une future restauration de la souveraineté du peuple tibétain sur le Tibet.

1. Fonction, rôle du Dalaï-lama sur la scène internationale

Le Dalaï-lama, avant d'être une personne, est un rôle qui a différentes fonctions : c'est à la fois le chef spirituel et temporel du Tibet, et ce avant l'invasion, mais c'est aussi, actuellement, le chef temporel du gouvernement en exil. Le quatorzième Dalaï-lama est aussi une personnalité dont la dimension internationale lui confère un pouvoir certain.

Les fonctions actuelles du Dalaï-lama Tenzin Gyatso sont donc multiples, et il semble les assumer pleinement dans le but de promouvoir les intérêts des Tibétains au Tibet, en participant au processus de négociations avec les Chinois, mais aussi en assurant la promotion de la cause tibétaine à l'échelle mondiale.

1.1 Le Dalaï-lama comme chef spirituel et temporel du Tibet avant 1959

Dalaï-lama signifie « océan de sagesse ». C'est un titre honorifique qui a été donné par le chef mongol Altan Khan à Sonam Gyamtso (1543-1588), abbé du monastère de Drepung au Tibet, et chef de l'école Gelugpa qui a été fondée par le lama Tsongkhapa au quatorzième

siècle. C'est le cinquième dalaï-lama, Losan Gyatso, qui é été investi de l'autorité spirituelle

et séculaire sur le Tibet.

On nomme aussi souvent le Dalaï-lama « Kundun », qui signifie présence, ou « Yeshe Norbu », le Joyau Accompli. La fonction principale du Dalaï-lama avant l'invasion chinoise en 1950 fût d'assurer les pouvoirs spirituels et temporels sur les Tibétains. Ainsi, le Dalaï- lama était à la fois le leader religieux et politique du Tibet, et ce parce que le Tibet était un système théocratique où les pouvoirs politiques appartenaient au clergé bouddhiste. La lignée des Dalaï-lamas a dirigé le Tibet de 1642 à 1959.

Le Dalaï-lama, lorsqu'il parle de son titre, rappelle que « Dalaï-lama désigne la fonction que j'occupe. Je ne suis qu'un être humain, accidentellement tibétain, devenu moine bouddhiste »73.

Il faut avant tout rappeler que le Dalaï-lama est la réincarnation du bouddha de la compassion, Chenrezig en tibétain, Avalokiteshvara en sanskrit. Sa fonction première, en tant que dirigeant bouddhiste, est de guider son peuple vers le nirvana, de l'aider à se débarrasser de la souffrance inhérente à la condition humaine. D'ailleurs, l'une des prières préférées du quatorzième Dalaï-lama est : « aussi longtemps que durera l'espace, et tant qu'il y aura des êtres vivants, que je subsiste moi aussi, pour chasser la misère du monde »74.

Chef spirituel du bouddhisme tibétain Gelugpa, l'école majoritaire au Tibet, le Dalaï-lama a reçu pendant son enfance l'enseignement bouddhiste de toutes les écoles du bouddhisme tibétain. Ces écoles sont en fait différentes branches du bouddhisme. On peut citer les Gelugpa, ou Bonnets jaunes, les Sakyapas et les Kagyupas comme les écoles majoritaires.

Le Dalaï-lama est donc avant tout le guide spirituel du Tibet. Mais il est aussi le dirigeant politique du pays jusqu'en 1950. Chef d'Etat et du gouvernement tibétain, le Kashag, le Dalaï-lama assumait des fonctions politiques importantes : il instituait les réformes, définissait les grandes lignes de la politique du pays. Le treizième Dalaï-lama est ainsi considéré comme un grand réformateur : il avait tenté de moderniser le Tibet, mais l'aristocratie l'en avait empêché. Le quatorzième Dalaï-lama avait lui aussi essayé de moderniser le pays en démocratisant le système politique, mais sa fuite en 1959 l'a empêché de mener à bien ses réformes.

73 GYATSO Tenzin, op. cit. p.37

74 Ibid.

Symbole de l'unité politique du pays, mais aussi du caractère théocratique du régime tibétain avant 1959, le Dalaï-lama était vénéré par la population, en témoigne les différents noms que l'on lui attribuait alors : « Le plus haut » (gongsa chog), « le Précieux Victorieux » (Gyalwa Rimpoché). Son titre officiel était même « le Vénérable Détenteur du Verbe Sacré, Coeur de Sagesse, l'Océan qui détient la foi, le Commandeur des Trois Mondes, le Sans-égal ». L'importance qu'accorde le peuple tibétain à son dirigeant a été prouvée en mars 1959, lorsque la foule s'est massée devant son palais pour l'empêcher de se rendre à la représentation théâtrale sur offre des Chinois. Craignant pour sa vie, les Tibétains se sont réunis devant le Norbulingka, prouvant ainsi leur affection indéfectible pour leur dirigeant.

Aujourd'hui encore, au Tibet même, le Dalaï-lama est considéré comme le seul vrai chef du peuple tibétain. Malgré les punitions que risquent les Tibétains pour la détention d'une photo du Dalaï-lama, qui est défendue, de nombreuses personnes bravent l'interdit et possèdent ce genre de photos. Le Dalaï-lama est donc toujours présent dans le coeur des Tibétains restés au pays, et nombreux sont ceux qui espèrent une restauration de l'indépendance pour voir leur dirigeant revenir et exercer de nouveau son autorité spirituelle et temporelle sur le Tibet.

1.2 Le Dalaï-lama comme chef temporel du gouvernement en exil

Le Dalaï-lama a su préserver sa position dans le système politique lorsqu'il a reconstitué le gouvernement tibétain en exil.

Le gouvernement tibétain est reconduit en exil le 29 avril 1959, à Dharamsala, en Inde, par le quatorzième Dalaï-lama, qui a fui son pays dans la nuit du 17 au 18 mars 1959, après que l'oracle lui ait donné le trajet à suivre pour atteindre le territoire indien. Le Dalaï-lama et les personnes qui l'accompagnent se voient accorder l'asile par le gouvernement indien de Nehru. Celui-ci cherche en effet à se rattraper, en quelque sorte, puisqu'il n'a pas réagi à l'invasion du Tibet, et a même reconnu l'appartenance du Tibet à la Chine. Le Dalaï-lama s'installe donc dans la province indienne de l'Himachal Pradesh.

Le système politique du Tibet en exil répond aux critères d'une monarchie constitutionnelle, qui va faire l'objet de nombreux aménagements au fil des ans. Ainsi, très tôt, le Dalaï-lama entreprend les réformes qu'il avait souhaité réaliser au Tibet. Un projet de Constitution pour un Tibet libre est établi en 1961, puis réformé une première fois en 1963, devenant une

constitution provisoire appliquée au sein de la communauté exilée. Cette Constitution est de nouveau réformée en 1991, avec la Charte des Tibétains en exil, et a fait l'objet en 2001 de nouveaux aménagements.

Le Dalaï-lama va entreprendre dès le début des années 1960 un mouvement de démocratisation des institutions tibétaines en exil. La séparation des pouvoirs, telle que définie par Montesquieu, est appliquée au fur et à mesure des réformes. En 1960, un Parlement est crée, et en 1963 les pouvoirs exécutifs et législatifs sont formellement séparés, pour permettre l'élection directe des députés par les Tibétains qui constituent la communauté en exil. C'est en 1991 que le pouvoir judiciaire devient un pouvoir séparé, avec la Commission suprême de justice.

En outre, les membres du gouvernement, qui était jusqu'alors choisis par les Dalaï-lamas, sont élus par les députés, le Dalaï-lama ayant juste le pouvoir de donner son accord quant à la composition du gouvernement. En 2001, grande révolution dans le fonctionnement du Kashag75, le gouvernement tibétain : le Premier ministre est lui aussi élu au suffrage universel direct par les membres de la communauté.

Cette succession de réformes instituées par le Dalaï-lama et l'administration tibétaine a ainsi permis de démocratiser les institutions tibétaines. L'administration centrale tibétaine, ou gouvernement en exil, est aujourd'hui beaucoup plus démocratique, et son action s'inscrit implicitement dans la recherche de l'indépendance du Tibet.

Il faut bien voir que toutes ces réformes s'inscrivent dans un projet de Tibet libre. Ainsi, le projet de constitution pour un Tibet libre définit les grandes lignes de la Constitution du Tibet, une fois que celui-ci sera redevenu libre. Sont entre autres prévus d'instaurer un gouvernement intérimaire, le temps de convoquer une assemblée constituante. Ce projet permettrait ainsi aux Tibétains de choisir leur Constitution. Suite à cette assemblée, le gouvernement en exil serait dissout. Le Dalaï-lama a d'ailleurs prévu de n'assumer aucune fonction politique dans le cas où le Tibet redeviendrait libre, ou tout du moins autonome. Sa fonction serait remplacée par un Président démocratiquement élu. Le Dalaï-lama se réserve toutefois le droit de proposer un candidat de son choix.

A la lumière de toute ces avancés, on constate que le projet du Dalaï-lama s'inscrit dans le
cadre d'une restauration de la souveraineté de celui-ci sur le Tibet. En effet, bien que ce projet
ne fasse pas mention des domaines de la défense et des affaires étrangères, qui devraient être

75 Le Kashag compte par ailleurs sept départements : de l'Intérieur, des Affaires religieuses et culturelles, des finances, de l'éducation, de la sécurité, de l'information et des Relations internationales, de la santé.

délégués à la Chine dans le cadre de l'accord en 17 points, la Constitution chinoise n'est absolument pas mentionnée, de même que la gestion par la Chine de l'autonomie ou de l'indépendance du Tibet ne trouve aucune référence. En outre, ce projet tel qu'il a été écrit, se fait le porte-parole du Tibet libre et indépendant. Il prévoit en effet les modalités de restauration de la souveraineté du gouvernement tibétain en exil sur le Tibet, et il est par là même porteur des espoirs d'indépendance de la communauté en exil.

Le gouvernement tibétain en exil a ainsi cherché à assurer la continuité de son pouvoir en Inde, chose inédite puisque cette structure unique fonctionne dans un Etat, l'Etat indien, qui dispose déjà de ses propres institutions. Mais la tolérance de l'Etat indien de ne s'arrête pas là, dans la mesure où celui-ci a aussi permis à la communauté en exil de se constituer indépendamment du système tibétain, avec son propre système éducatif, son administration. Le Dalaï-lama a su rester le chef des Tibétains en exil, mais ses prétentions à conserver son pouvoir sont minimes. Il a su toutefois acquérir un statut de renommée internationale, se faisant le porte-parole de la cause du Tibet à travers le monde.

1.3 Le Dalaï-lama comme personnalité internationale

Le Dalaï-lama a su s'imposer comme une des grandes personnalités internationales. L'action diplomatique des autorités tibétaines en exil repose essentiellement sur lui. Bien que la plupart des Etats ne reconnaissent pas son statut de chef du gouvernement tibétain en exil, dans la mesure où ils ne reconnaissent pas la légitimité de ce gouvernement, nombreux ont été ceux qui l'ont accueilli, au titre d'autorité religieuse et de prix Nobel. Mais ces accueils sont souvent officieux, la Chine exerçant des pressions afin que le Dalaï-lama ne soit pas reçu par des chefs d'Etat.

La maîtrise de l'anglais par le dalaï-lama a permis de diffuser son enseignement bouddhiste à travers le monde, mais lui a aussi valu d'être écouté dans de hauts lieux du pouvoir, comme le Congrès américain ou le Parlement européen. Il a aussi été l'artisan des négociations avec la Chine, négociations qui on l'a vu ne parviennent à aucun aboutissement.

Le Dalaï-lama est avant tout une personnalité internationale dont la renommée à culminer en
1989, lorsqu'il reçoit le prix Nobel de la paix, récompense de son action non-violente et

pacifiste dans le conflit sino-tibétain. Le Dalaï-lama a été reçu par de nombreux hommes politiques. Il a rencontré George Bush, le Premier ministre britannique John Major, Vaclav Havel, le roi et la reine de Norvège, Bernard Kouchner lorsqu'il était secrétaire d'Etat français à l'action humanitaire, mais aussi José Manuel Barroso, le Président de la Commission européenne, le Premier ministre belge Guy Verhofstadt, le Premier ministre canadien Paul Martin. Il a même rencontré, en 2003, Colin Powell et George W. Bush, ainsi que Bill Clinton. Il a aussi rencontré Jacques Chirac en 1976.

Le Dalaï-lama, par ses nombreux déplacements et visites dans différents pays, a permis de populariser la cause tibétaine, et contribuer ainsi à développer le tissu associatif pro-tibétain. Son action internationale permet à la société civile mondiale d'exercer des pressions sur la Chine pour l'indépendance du Tibet, avec les différentes actions étudiées ci-dessous.

2. La place centrale de la communauté en exil

La communauté en exil, outre son rôle dans la continuité de l'exercice de la souveraineté du Dalaï-lama, joue un rôle important dans la préservation de la culture tibétaine. Pour Pierre-Yves Ginet, « l'exil tibétain a sa propre identité. Sa complexité aussi »76. C'est cet exil qui assure la survie de la culture tibétaine, de l'identité du peuple. C'est lui aussi qui encourage la libération du Tibet, et les espoirs de voir un jour cette communauté retrouver son territoire sont toujours présents en son sein.

2.1 La diaspora tibétaine

Après la fuite du Dalaï-lama, en 1959, de nombreux Tibétains ont eux aussi choisi l'exil, afin de suivre leur leader mais aussi de fuir les persécutions dont ils étaient victimes au Tibet.

76 GINET Pierre-Yves, op. cit. p. 6

Au départ, se furent plusieurs milliers de personnes, aristocrates, membres du gouvernement, bourgeoisie. Cette première vague se poursuivra jusque dans les années 1960. Jusqu'en 1976, les contrôles sont renforcés pour éviter l'émigration clandestine, et la deuxième vague de l'exil débute avec la libéralisation économique, dans les années 1980.

Aujourd'hui, la diaspora compte 111 170 personnes, dont 85 000 en Inde, 14 000 au Népal, 1600 au Bhoutan, 1540 en Suisse. Cette diaspora a permis d'organiser les fuites du Tibet, avec des routes et des guides. En outre, la Chine a changé sa politique de gestion de l'émigration clandestine, dans la mesure où elle a fait mine de l'interdire mais ne fait plus grand-chose pour l'empêcher, puisque cela facilite sa politique d'un Tibet sans Tibétains.

L'Inde est bien sur le centre névralgique de la diaspora. C'est souvent là que se rendent les réfugiés tibétains lorsqu'ils viennent de franchir la frontière. Ils sont accueillis dans des centres de réfugiés, où le 11CR et les associations de défense de la cause tibétaine recueillent leurs témoignages.

Les réfugiés tibétains n'ont pas, dans la plupart des pays, comme la France par exemple, le statut de réfugiés politiques. Ils sont donc complètement apatrides, sans aucune reconnaissance officielle de leur existence par les Etats occidentaux. Ils n'ont donc aucune nationalité officielle, ils sont en « carence d'identité légal »77. En outre, ils sont considérés comme des étrangers en Inde, souvent parce qu'ils vivent de manière autarcique dans des communautés à majorité tibétaine.

La diaspora, notamment en Inde, est confrontée à de nombreux problèmes : elle a atteint un nombre critique de réfugiés, bien plus important que ce que les structures d'accueil peuvent héberger. La communauté en exil a donc atteint sa capacité limitée d'accueil.

Autre problème, celui de la formation éducative, qui fait que très souvent, les jeunes souhaitent intégrer l'administration tibétaine plutôt que travailler hors de la communauté. Sous ces deux effets conjugués, on constate ainsi une augmentation du chômage, de la délinquance, de l'utilisation de substances illicites. Cette communauté en exil, qui fonctionne en vase clos, et limite fortement ses échanges intercommunautaires, semble donc à bien des égards malades.

Malgré tout, « sans l'activisme de la diaspora, le sort du Tibet sera définitivement réglé »78. En effet, cette communauté garantit la survie des caractéristiques de l'identité tibétaine.

77 GINET Pierre-Yves, op. cit. p. 6

78 Ibid.

2.2 Une communauté qui préserve la culture et l'identité tibétaine

La communauté en exil se fait depuis sa création le porte-parole de la cause tibétaine, mais elle assure aussi la survie de la culture tibétaine, et par là-même véhicule les espoirs d'indépendance et de liberté.

Le rôle central de cette communauté est avant tout l'éducation, « la quête de l'éducation [étant] actuellement, de loin, la motivation principale des nouveaux réfugiés »79. Parce que les Tibétains ne peuvent pas avoir une éducation normale au Tibet, dans leur langue, ils sont ainsi nombreux à rejoindre la communauté en exil pour bénéficier des structures éducatives développées depuis 50 ans par l'administration tibétaine. Ces structures sont nombreuses. Il existe bien sur des écoles généralistes, mais aussi plus spécialisées, avec par exemple le Tibetan Institute of Performing Arts, où l'on enseigne le chant, la danse et l'opéra traditionnel tibétain. On peut aussi mentionner l'existence de centre de recherche sur la culture tibétaine, comme l'Amnye Machen Institute, basé à Dharamsala.

Le ministère de la culture et de la religion est l'un des plus importants du gouvernement en exil, et c'est sans doute grâce à sa politique active d'éducation que la communauté a survécu. Aujourd'hui, le taux d'alphabétisation dans la communauté est de 60 %, alors qu'au Tibet il est beaucoup plus faible. 92 % des jeunes Tibétains en exil sont scolarisés, et beaucoup continuent leur parcours scolaire en Inde, voire même à l'étranger. Ce maintien de l'identité tibétaine est un argument central sur la scène internationale, dans la mesure où elle assure la visibilité de la cause tibétaine, et incite ainsi à l'engagement associatif pro-tibétain.

Cette communauté en exil, parce qu'elle assure la protection et l'enseignement des particularismes de la culture tibétaine, tel la langue, le chant, permet aussi de donner une formation solide à des enfants qui tous espèrent un jour que le Tibet reviendra aux Tibétains. L'exil a aussi permis aux Tibétains de développer une presse libre, accessible aux Tibétains comme au reste du monde, Parmi ces publications, on peut citer la Tibetan R eview , référence internationale sur le Tibet contemporain, ou encore le trimestriel français Actualités tibétaines. On peut aussi citer la place centrale du Tibet Times, fondé en 1996 par un groupe de journalistes et d'intellectuels, tiré à 3 500 exemplaires, comme l'une des sources d'information les plus crédibles sur le Tibet.

79 GINET Pierre-Yves, op. cit. p. 6

La communauté en exil a donc un double rôle qui lui confère un poids stratégique dans la lutte pour l'indépendance. A la fois par sa structure politique, et par son rôle de protecteur de la culture tibétaine, cette communauté assure avant tout la visibilité du Tibet à l'échelle internationale, lui garantissant une relative médiatisation, mais surtout incitant au développement d'un vaste mouvement associatif pro-tibétain.

Chapitre 2: Solidarité de la société civile internationale

Bien que les Etats soient peu réceptifs et enclins à s'engager en faveur de l'indépendance du Tibet, on constate, surtout depuis le début des années 1990, une véritable « Tibet mania », avec la multiplication d'associations consacrées au Tibet, mais aussi l'engagement de nombreuses personnalités dans cette cause.

1. Le rôle des associations dans la promotion de la cause tibétaine

La cause tibétaine a acquis, au fil des ans, une notoriété et un engagement croissant de la société civile. Que ce soit en France, aux Etats-Unis, en Allemagne ou dans d'autres pays, on constate ainsi le foisonnement des associations pro-tibétaines.

1.1 Typologie d'actions des associations

Sur le site Internet de Tibet info80, 83 associations humanitaires consacrées au Tibet sont recensées. On peut citer Alpes Tibet, l'association Action Tibet, l'association des femmes tibétaines, Tibet Fund, qui est une association britannique, Solhimal, ou encore France Tibet, qui se subdivise en branches régionales.

80 www.tibet-info.net

Toutes ces associations recourent à différents moyens d'actions pour sensibiliser le public au problème tibétain. Cela va de la diffusion de film, de grèves de la faim, à l'organisation de manifestations, comme celle prévu le 19 juin 2006 à Genève, devant le Conseil des Droits de l'homme, pour manifester contre la participation de la Chine à ce conseil, né de la réforme de l'ONU. Ces associations organisent souvent des boycotts de produits chinois, mais invitent aussi à signer des pétitions pour la libération de prisonniers politiques. C'est d'ailleurs ces campagnes de libération qui ont souvent le plus de succès. Ainsi, en 2002, le plus vieux prisonnier d'opinion tibétain, en Chine, Jigmé Sangpo, a été libéré, après avoir passé plus de quarante ans dans les geôles et autres camps de travail chinois. En 2004, c'est une nonne tibétaine, Phuntsok Nyidron, qui a été libérée. Elle était la plus ancienne prisonnière de conscience, et avait été arrêté en 1989 pour avoir manifesté pour l'indépendance. Sa peine avait été reconduite suite à l'enregistrement avec d'autres détenues, les « Quatorze de Drapchi », d'une cassette de chants pour l'indépendance du Tibet.

Ces associations s'occupent également de la récolte de dons pour améliorer le fonctionnement des camps de réfugiés en Inde, avec par exemple des projets de construction d'école ou de pensionnat.

En outre, on a assisté depuis un certain nombre d'années au développement d'un véritable marketing autour du Tibet, avec T-shirt, CDs. Un véritable marché pour l'indépendance du Tibet s'est constitué, permettant de soulever des fonds afin de mener de nouvelles actions, mais aussi de rendre visible la cause.

1.2 Les personnalités mondiales au service de la cause tibétaine

Parmi ces personnalités, on peut citer Richard Gere, ami du Dalaï-lama qui a mené quelques actions retentissantes à Hollywood en faveur de l'indépendance du Tibet. Ainsi, en 1993, ors de la cérémonie des Oscars, il prononce un discours très critique à l'égard de la Chine, ce qui lui vaudra d'être mis à l'écart de cette cérémonie.

Le Dalaï-lama peut s'enorgueillir du soutien d'autres personnalités, comme Danielle Mitterrand, l'actrice Isabelle Adjani, les musiciens Peter Gabriel, Paul Mac McCartney, le photographe Henri Cartier-Bresson.

L'engagement de ces personnalités est important, car il assure la médiatisation de la situation du Tibet, et s'avère essentiel dans la promotion du droit à l'autodétermination du peuple tibétain.

2. Rôle du Parlement européen et du Congrès américain dans la promotion et la défense de la cause tibétaine

Les Parlements sont bien souvent moins frileux que les gouvernements lorsqu'il s'agit de prendre position sur un sujet sensible comme celui du Tibet. Ainsi, on peut noter l'action du Parlement européen, qui depuis sa création a, à plusieurs reprises, émis des résolutions favorables au Tibet, mais aussi l'action du Congrès américain.

2.1 Les résolutions du Parlement européen portant sur le Tibet

Le Parlement européen est l'institution européenne ayant adopté le plus de résolutions concernant le Tibet. Ce constat confirme un constat souvent effectué à l'échelle nationale : en effet, les Parlements nationaux sont souvent moins frileux quand il s'agit de critiquer la Chine et de défendre le Tibet que leur gouvernement, plus réticent à se positionner quant à ces questions.

Il en va donc ainsi pour l'UE, mais aussi par exemple pour la France. Un groupe d'information sur le Tibet au Sénat dénonce dans un rapport sur le Tibet81 « une Chine colonialiste, expansionniste, ou notoirement violente à l'égard des Tibétains. » Dans ce rapport également, les sénateurs rappellent que « la diplomatie parlementaire doit respecter le rôle prééminent de la diplomatie d'Etat, mais [...] doit demeurer la "vigie encombrante" de l'expression d'un peuple ». Et de rappeler qu'en 1995, suite à la disparition de la jeune réincarnation du Panchen-lama, deuxième plus haute autorité spirituelle du Tibet après le Dalaï-lama, à l'âge de six ans, 300 parlementaires français l'ont adopté comme filleul, alors qu'il était et est certainement encore le plus jeune prisonnier politique du monde.

Afin de résoudre le problème tibétain considéré par ce groupe comme grave, il est préconisé de « faire de la pédagogie, en rappelant pourquoi la question tibétaine nous concerne tous, en tant qu'emblème des droits de l'homme et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes », ainsi que de « confédérer les initiatives pro-tibétaines des parlements nationaux de l'Union européenne autour du Parlement européen ».

81 Ce groupe s'appelle le groupe d'information sur le Tibet, et il a rédigé un rapport intitulé « Tibet : un peuple en danger ».

Ainsi, le Parlement européen joue lui aussi un rôle central dans le « combat » pour la sauvegarde de la culture tibétaine, et il a adopté depuis les années 1980 un nombre important de résolutions portant sur le Tibet et la situation des droits de l'homme dans ce pays. Chronologiquement, la première résolution est adoptée le 15 octobre 1987, la suivante le 16 mars 1989, dans laquelle la CE demande la levée de la loi martiale, mise en place en mars 1989 suite à des manifestations en faveur de l'indépendance dans les rues de Lhassa. Cette loi martiale n'a d'ailleurs été levée que le 1er mai 1990. Trois autres résolutions suivent, et le 24 juin 1993, le Parlement européen « appelle de ses voeux une politique de développement économique qui, plutôt que de favoriser l'arrivée massive de Chinois au Tibet, profite à la population tibétaine ». Le 15 septembre 1993, dans une nouvelle résolution, le Parlement appelle à plus d'éthique dans les relations UE-Chine, il se dit « persuadé que les relations entre la Communauté et la Chine ne doivent pas seulement être fonction des intérêts économiques, mais aussi du respect des droits de l'homme et de la démocratie".

Quant à une résolution du 13 juillet 1995, portant sur la situation du Tibet et suivant l'enlèvement d'un jeune garçon reconnu comme la réincarnation du Panchen-lama par le Dalaï-lama, elle permet au Parlement européen d'appeler « le gouvernement chinois à mettre fin à ses violations des droits de l'homme, à assurer le respect des droits fondamentaux des peuples et des individus au Tibet, et à mettre un terme au transfert officiellement encouragé de Chinois de souche au Tibet » tout comme à inviter « la Commission et le Conseil à intervenir auprès des autorités chinoises afin de souligner combien l'oppression continue du peuple tibétain porte préjudice aux relations entre l'Union européenne et la République populaire de Chine ».

Mais ce sont surtout les résolutions récentes qui dénotent la volonté du Parlement européen de faire changer les choses et de s'engager plus activement dans le combat pour le Tibet, comme cette résolution de 1998 créant un poste de représentant spécial du Parlement européen au sujet de la cause tibétaine.

La résolution qui a fait le plus parler d'elle date du 6 juillet 2000. Dans cette résolution, le Parlement européen est pour le moins radical et s'oriente vers un dialogue diplomatique plus coercitif avec la Chine. Il pose en effet un ultimatum au gouvernement chinois : la Parlement « invite les gouvernement des Etats membres à examiner sérieusement la possibilité de reconnaître le gouvernement tibétain en exil comme légitime représentant du peuple tibétain si, dans un délai de trois ans, les autorités de Pékin et le gouvernement tibétain en exil ne sont

pas parvenues à un accord sur le nouveau statut du Tibet par le biais de négociations organisées sous l'égide du secrétaire général des Nations Unies ». Toutefois, cette résolution n'eut aucune conséquence positive pour le Tibet, puisqu'elle fut désamorcée par une visite en mai 2003 d'une délégation du gouvernement tibétain en exil au Tibet, où les discussions informelles ne donnèrent lieu à aucun changement de statut de la RAT mais furent présentés comme autant de signes positifs dans les relations sino-tibétaines, et permirent au Parlement européen d'invalider son ultimatum.

Une résolution datant du 13 janvier 2005 et portant sur le cas de Tenzin Delek Rinpoché, prisonnier politique condamné à la peine capitale pour sa prétendue participation à une série d'attentats à la bombe et ses activités séparatistes, demande ainsi au gouvernement chinois d'accepter le dialogue avec le Tibet, et de commuer la peine de ce prisonnier en prison à perpétuité.

Enfin, plus récemment, un résolution du 15 décembre 2005, faisant le constat de « l'absence de progrès dans le dialogue entre l'Union européenne et la Chine en matière de droits de l'homme », « demande instamment aux autorités chinoises de mettre un terme à la campagne d' « éducation patriotique » et d'apporter une réponse proportionnée aux manifestations non violentes », cette campagne d'éducation visant à contraindre les Tibétains à signer des déclarations dans lesquelles le Dalaï-lama est dénoncé comme un dangereux séparatiste. Au cours d'une de ces sessions d' « éducation », un jeune moine serait notamment décédé dans des circonstances inconnues. Le Parlement appelle également la Chine à relâcher les moines détenus dans les centres de détention du Bureau de la sécurité publique.

Le Parlement européen joue donc un rôle actif et engagé dans la défense des droits de l'homme des Tibétains, et formule dans chacune de ses résolutions des exigences auprès de la Chine dans ce domaine. Chacune de ses résolutions appelle en effet le gouvernement chinois à agir en faveur du Tibet et l'encourage à reprendre les négociations avec le gouvernement en exil.

2.2 La position du Parlement européen sur la question du Tibet : reconnaissance des faits historiques et action du lobbying pro-tibétain

Le Parlement européen est fermement décidé à essayer de faire plier la Chine par rapport au Tibet, en émettant différentes résolutions qui pour certaines prennent la forme d'injonctions comme on l'a vu précédemment. Mais il joue aussi un rôle important dans ce

combat ne serait-ce que parce qu'il adopte une position totalement pro-tibétaine, dans ses points de vue mais aussi dans les constats qu'il dresse des événements factuels.

Les résolutions qu'il émet sont souvent courtes, mais elles contiennent des phrases qui font sortir les autorités chinoises de leurs gonds. Ainsi, la résolution du 13 juillet 1995 réaffirme « la nature illégale de l'invasion et de l'occupation du Tibet par la RPC », et reconnaît même que le Tibet était indépendant avant l'invasion chinoise82, fait que même certains Etats de droit n'admettent pas et qui fait encore l'objet de nombreux débats juridiques.

Dans sa résolution du 6 juillet 2000, l'institution européenne reconnaît ainsi que le Tibet a été envahi et occupé par les forces armées chinoises, tout comme elle « rappelle » que la RAT, région autonome du Tibet crée en 1965, n'a pas entraîné d'autonomie pour ladite région, et que le transfert massif de « colons chinois » au Tibet suite à la transformation en 1992 du Tibet en zone économique spéciale, « a transformé en quelques années les Tibétains en minorité dans leur propre pays ».

De même, dans sa résolution du 13 avril 2000, le Parlement se dit vivement préoccupé par les menaces de disparition qui pèsent sur le patrimoine culturel et spirituel du Tibet. Le Parlement se fait donc en quelque sorte le porte-parole de la cause tibétaine à l'échelle de l'Union européenne en reconnaissant les faits historiques que la Chine nie depuis 1950.

En outre, il n'a de cesse de rappeler son engagement en faveur des droits de l'homme, comme en témoigne la résolution du 18 janvier 2001 portant sur les priorités et recommandations de l'UE dans le domaine des droits de l'homme en vue de la prochaine session de la Commission des droits de l'homme de l'ONU à Genève. Dans ce texte, le Parlement considère que « la promotion et la défense des droits de l'homme constituent un priorité majeure de la politique étrangère et de sécurité commune, ainsi que l'un des principes fondamentaux de l'Union », tout comme il considère que les Etats membres de l'UE se doivent de « respecter et de faire respecter » le droit humanitaire international.

En outre, il faut noter l'influence certaine auprès du Parlement européen du lobbying pro- tibétain et notamment d'un groupe, Campagne internationale pour le Tibet (CIT), lobby américain basé à Washington dont l'un des objectifs principaux est de mobiliser le Parlement vis-à-vis de la cause tibétaine, considéré par ce groupe comme « le grand défenseur des droits de l'homme ».

Ce groupe, en coordination avec Intergroupe pour le Tibet, organise des conférences parlementaires afin d'élaborer des stratégies de soutien au Tibet. Il travaille aussi à développer les relations interparlementaires avec le Congrès des Etats-Unis et les autres parlements européens nationaux. Sur son site Internet83, CIT revendique son engagement pro- tibétain: "CIT Europe favorise le développement d'une politique européenne unifiée et efficace à propos du Tibet pour aider au respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales du peuple tibétain. En menant des actions au niveau européen, comme le dialogue des droits de l'homme avec la Chine, CIT Europe cherche à influencer les institutions européennes afin qu'elles formulent une vrai politique européenne vis-à-vis de la Chine ». CIT fait donc pression sur les institutions européennes afin qu'elles élaborent une politique commune vis-à-vis de la Chine et donc du Tibet.

L'autre groupe de pression pro-tibétain est lui intra-parlementaire, puisqu'il dispose d'une vie propre au sein du Parlement européen. Nommé Intergroupe pour le Tibet, il consiste en un groupe parlementaire, composé de 40 personnes et présidé par Thomas Mann, qui mène différentes actions au sein du Parlement afin que la question tibétaine soit traité institutionnellement et personnellement par les députés européens. L'un de ses grands succès fut la visite, la 24 octobre 2001, du Dalaï-lama et le discours qu'il prononça devant le Parlement européen.

Il existe donc un réel lobby pro-tibétain dans l'UE, lobby qui fait pression sur les institutions européennes afin qu'elles prennent des décisions favorables au Tibet, compensant le manque d'engagement des Etats membres dans la défense de cette cause.

La diplomatie européenne, essentiellement par le biais du Parlement européen, mène donc une action importante en faveur des droits de l'homme en Chine et du peuple tibétain. Mais il est très difficile pour elle d'élaborer une politique claire dans ce domaine du fait d'un processus décisionnel essentiellement intergouvernemental mais aussi des pressions que la Chine exerce sur l'UE, et sur tous autres pays d'ailleurs, quant à l'existence d'une telle politique.

2.3 L'action du Congrès américain

82 « Avant l'invasion de la Chine en 1950, le Tibet était reconnu de facto par nombre de pays et qu'il est maintenant un pays occupés selon les principes posés par la loi internationale et les résolutions des Nations Unies »

83 www.savetibet.org

Dans une même optique, le Congrès américain a souvent émis des projets favorables à l'indépendance du Tibet. C'est devant ce Congrès que, en 1987, le Dalaï-lama présentait son plan de paix en cinq points. C'est aussi lui qui, le 23 mai 1991, vote une résolution qui déclare que le Tibet est un pays « occupé en vertu des principes établis des lois internationales, dont les véritables représentants sont le Dalaï-lama et le gouvernement tibétain en exil »84

Le 30 septembre 2002, le Congrès américain adopta le Tibet Policy Act visant à assurer la sauvegarde de l'identité tibétaine et promouvoir une solution négociée pour le Tibet, et le 8 mais 2003, Bush devint le premier président américain à présenter au Congrès un rapport relatif aux négociations sur le Tibet, comme cela était prévu par le Tibet Policy Act. Ce rapport faisait alors état des appels répétés de l'administration américaine à une reprise du dialogue sino-tibétain. Il a été vivement condamné par la Chine, qui le considère comme une ingérence dans ses affaires internes. Le Congrès américain s'est aussi démarqué en demandant la libération du Panchen-lama. Celui-ci a été reconnu comme la onzième réincarnation de la seconde autorité spirituelle du bouddhisme tibétain. Quelques jours après que le Dalaï-lama l'ait reconnu comme réincarnation, il a été enlevé par les autorités chinoises, à l'âge de 6 ans, il est depuis détenu dans un lieu secret par les autorités chinoises. Celles-ci l'ont emprisonné car il était la réincarnation choisie par le Dalaï-lama, et non celle choisie par les Chinois.

Le Président Bush, très concerné par le Tibet, a réitéré, lors de sa visite en Chine en novembre 2005, sa demande aux autorités chinoises d'inviter le Dalaï-lama en Chine, et ce afin d'entreprendre des négociations, et de se convaincre que le Dalaï-lama a bien abandonné la revendication indépendantistes, chose que Pékin s'est toujours refusé à croire.

Le parlement canadien est lui aussi le lieu d'un actif lobbying pro tibétain. Ainsi, le 30 janvier 2001, 87 membres du Parlement adressèrent une lettre à leur premier ministre afin qu'il mette tout en oeuvre pour réunir autour de la même table des représentants du Dalaï-lama et des autorités chinois.

Nombreux sont les Parlements à avoir dénoncé les exactions et les violations des droits de l'homme en Chine. Mais c'est sans doute le Parlement européen qui est allé le plus loin, recourant à la menace pour faire plier le gouvernement chinois par sa résolution du 6 juillet 2000.

84 Résolution du Congrès américain datant du 23 mai 1991.

2.4 Les ONG et les droits de l'homme en Chine et au Tibet

De nombreuses ONG sont engagées dans la promotion des droits de l'homme à l'échelle internationale. Amnesty International est la plus connue, mais il existe d'autres structures, comme la Commission internationale des juristes, dont on a déjà évoqué l'action, ou encore Asian Rights Watch. Toutes ces ONG surveillent le respect des droits de l'homme en Chine, émettent des rapports qui peuvent servir de base de documentation à l'ONU, et contribuent ainsi à faire parler du Tibet et à récolter un soutien auprès des organisations internationales.

L'action internationale en faveur du Tibet s'inscrit donc dans des logiques à la fois institutionnelles, avec le Parlement européen et le Congrès américain, mais aussi associatives, avec le rôle des associations pro-tibétaines qui diffusent la cause tibétaine dans différents pays à travers le monde.

Cette action s'inscrit souvent dans une logique indépendantiste, dans la mesure où la plupart des acteurs s'accordent à reconnaître le Tibet comme un pays colonisé par la Chine. Dans cette optique, la revendication indépendantiste apparaît alors comme légitime, au même titre que les mouvements indépendantistes africains dans les années 1960 par exemple.

Ce soutien aux aspirations tibétaines d'indépendance permet de croire que celle-ci est encore possible, dans la mesure où ces groupes réussissent à faire pression sur les dirigeants et chefs d'Etat, mais aussi directement sur la Chine. Pour beaucoup, il faut faire du Tibet un enjeu électoral afin que les actions soient efficaces. Pour d'autres, la solution au problème passe par la démocratisation de la Chine.

Chapitre 3: Les espoirs de démocratie en Chine

Lorsque Deng Xiaoping a institué les réformes de libéralisation économique, beaucoup ont cru qu'une libéralisation politique allait suivre tout naturellement. Pour Hu Ping, « on affirme souvent que le développement des réformes économiques, la libéralisation du marché et la montée en puissance d'une classe moyenne vont inévitablement conduire à une réforme

démocratique. Manifestement, cette analyse ne peut s'appliquer au pays communiste ».85 Ce ne fût pas le cas, et la Chine est encore aujourd'hui un régime autoritaire où s'exerce la dictature du PCC. Malgré les progrès de la société chinoise, notamment dans le domaine du développement économique et de l'amélioration des conditions de vie, cette dictature du parti continue d'engendrer des dysfonctionnements, comme la corruption.

1. Le système politique chinois, entre totalitarisme et autoritarisme

1.1 Le totalitarisme maoïste

Après la prise de pouvoir par le PC chinois en 1949, le système politique chinois devint similaire au système politique stalinien, puisque le PCC établit des institutions proches de celles de l'URSS. Mao mis en place une dictature, avec un fort culte de la personnalité. En outre, l'Armée populaire de libération joua un rôle important dans la vie politique, puisqu'elle permit de réaliser l'unité de la Chine par les conquêtes successives, notamment du Tibet.

Le totalitarisme chinois était ainsi semblable à celui instaurer par Staline, dans la mesure où lui aussi répondait au caractéristique du totalitarisme définit par Hannah Arendt dans son ouvrage Les origines du totalitarisme86. Ainsi, « les mouvements totalitaires sont des organisations massives d'individus atomisés et isolés ». La société chinoise sous Mao correspondait parfaitement à cette définition. La destruction du système éducatif et juridique, ainsi que l'éclatement des familles induit par le système de dénonciation et de contrôle de l'Etat ont entraînés une anomie qui a détruit le lien social, et par-là même le fondement de la société chinoise.

L'autre caractéristique du système maoïste qui le rendit identique à celui de Staline était bien sûr la collectivisation et la nationalisation des structures privées, propriété, entreprises...

En outre, le système maoïste était totalitaire dans son contrôle exercé sur la vie publique mais aussi privée des individus, ainsi que la répression politique de toute forme d'opposition à

85 HU Ping, Chine : à quand la démocratie ?, La Tour d'Aigues, Editions de l'Aube, 2004, p. 29

86 ARENDT Hannah, Les Origines du totalitarisme : le système totalitaire, Paris, Seuil, 1995, 313 p.

l'autorité du PCC. La campagne des Trois puis des Cinq Anti dans les années 1950 marqua ainsi la volonté des dirigeants du PCC d'éliminer toute forme d'opposition, de même que le firent les grands procès de Moscou dans les années 1930.

Mao a également développée des pratiques totalitaires, comme la manipulation de l'Histoire et de l'idéologie. L'Histoire chinoise, on l'a vu dans le cas du Tibet, est revisitée à des fins de légitimation des actions du PCC. Le système politique était aussi caractérisé par un recours à la propagande, avec une manipulation des chiffres et statistiques. Par exemple, la famine causée par le Grand Bond en avant fut imputée non pas à l'industrialisation massive et à la collectivisation forcée, mais à des désastres naturels. Ainsi, on utilisa le terme « les trois années de désastres naturels » pour qualifier cette période de famine. Celle-ci fût en effet accentuée par les catastrophes naturelles qui frappèrent la Chine à cette époque, mais en aucun cas déclenchée par celles-ci.

Le totalitarisme maoïste a culminé pendant la Révolution culturelle. Les étudiants ont été manipulés à des fins d'élimination des opposants et des dissidents, et leurs actions ont été guidées par l'idéologie d'élimination de toute référence au passé, que ce soit les traditions les coutumes ou les références idéologiques (notamment le confucianisme).

Mao a réussi, pendant ses années de règne, a instauré un régime totalitaire, avec des camps de rééducation et de travail, une propagande, un culte de la personnalité et une répression politique, ainsi qu'une manipulation de l'idéologie communiste et de l'Histoire. C'est seulement sous Deng que va s'opérer une normalisation du fonctionnement du système politique, dans la mesure où l'on va passer d'une structure totalitaire à une structure autoritaire, affaiblie par les luttes internes au PCC.

1.2 « L'autoritarisme à la chinoise »87

Deng va entreprendre une double réforme du système politique chinois : il va à la fois « démaoïser » et déclencher la libéralisation économique du pays. Le régime connu dès lors une réorientation idéologique et économique aux antipodes de ce que fût le régime sous Mao.

87 CABESTAN Jean-Pierre, Le système politique de la Chine populaire, Paris, PUF (Que sais-je ?), 1994, p. 23

Aujourd'hui, les institutions politiques sont restées inchangées, mais leur fonctionnement a clairement évolué. Pour Jean-Pierre Cabestan, ces institutions sont : un PC totalitaire, dans la mesure où il concentre tous les pouvoirs ; un appareil d'Etat qui constitue une « façade étatique moderne » ; et une Armée qui, subordonnée au PC, exerce cependant une influence dans la vie politique. Ce qui caractérise le changement sous l'ère de Deng est la transformation des liens Parti-administration-Etat. Le PCC continue aujourd'hui d'exercer son pouvoir total sur toute la société, par le biais de l'action politique et administrative. Les décisions sont prises par ses dirigeants et aucune forme de multipartisme n'est autorisée. L'idéologie n'est plus qu'une vague conception qui sert à légitimer l'action du PCC, et celui- ci exerce une emprise tant sur l'économie, la société, la culture que l'administration.

Le PCC possède bien sûr les attributs d'un Etat, mais le pouvoir réel est essentiellement oligarchique. Les institutions formelles de l'Etat, comme l'Assemblée populaire nationale, la présidence de la République, la Commission militaire centrale de l'Etat sont des instruments aux mains des dirigeants communistes, et leur existence ne sert qu'à organiser le pouvoir. Ainsi, le PCC exerce son emprise sur toutes ces institutions : par exemple, le Président de la République est censé être élu par l'Assemblée populaire nationale, mais il est en fait choisi par les plus hautes autorités du PCC.

Ce système autoritaire, qui dispose d'institutions pseudo démocratiques légitimant la mainmise du PC sur la société chinoise, prévaut toujours aujourd'hui. Mais il semble de plus en plus contester, et la dictature du PC est aujourd'hui menacée par différentes vagues de contestation sociale, comme les révoltes paysannes ou celles des licenciés des entreprises d'Etat. La cohésion sociale chinoise est de plus en plus difficilement maintenue, et les inégalités toujours plus fortes laissent penser que le modèle risque à terme d'imploser pour laisser place à un système démocratique.

2. La démocratie en Chine, des Printemps de Pékin aux mouvements pro-démocratiques contemporains

La Chine s'est donc toujours inscrite dans une tradition autoritaire, tantôt avec le système impérial, tantôt avec la dictature maoïste. La société chinoise n'a ainsi pas d'héritage démocratique, comme les pays occidentaux peuvent en avoir. Le pouvoir est toujours venu d'en haut, et la souveraineté populaire est un concept qui encore aujourd'hui reste étranger à

la plupart des citoyens chinois. Pourtant, le mouvement pro-démocratique a pris dans les années 1980 une ampleur en Chine qui a surpris le monde entier.

2.1 Passé et présent du courant démocratique

Le mouvement pro-démocratique chinois a émergé tardivement. Il s'est développé suite aux « Quatre modernisations » de Deng Xiaoping, et ce sous l'influence décisive de Wei Jinsheng, considéré par beaucoup comme le père de la lutte pour la démocratie en Chine. Toutefois, dès le début du vingtième siècle, des aspirations démocratiques sont apparues en Chine, mais aucune n'a abouti, jusqu'à maintenant, à la création d'une force politique porteuse du courant démocratique.

Le premier « Printemps de Pékin », nom donné aux différentes formes de manifestations pro démocratiques en Chine, a lieu en 1978-1979, avec le mouvement du Mur de la démocratie. Ce mouvement prend source dans une volonté de Deng de laisser s'exprimer les intellectuels afin de tirer d'eux leurs meilleures ressources. Sous sa bénédiction, des milliers d'intellectuels chinois bénéficient alors de la liberté d'expression, qui se manifeste par la création d'un mur, au carrefour de Xidan, à Pékin, où étaient collés des dazibao, petites affichettes utilisées comme moyen d'expression nées en 1966. Nombre de ces dazibaos étaient alors en faveur d'une libéralisation politique. C'est d'ailleurs sur ce mur que l'on trouve la célèbre dazibao de Wei Jinsheng : « La cinquième modernisation, la démocratie ». Son manifeste reste aujourd'hui célèbre. Ce mouvement qui a permis à de nombreux intellectuels d'exprimer leurs aspirations démocratiques fût stoppé en décembre 1979, et nombreux furent les intellectuels arrêtés pour avoir exprimés des opinions contre le régime.

Les prémisses du second printemps de Pékin se trouvent dans les années 1980. C'est en effet la mort de Hu Yaobang qui va déclencher le mouvement. Hu Yaobang était alors secrétaire général du PCC, de 1980 à 1987. Connu pour son ouverture d'esprit aux idées nouvelles, il avait été accusé d'être anti-parti, anti-socialiste et capitaliste pendant la Révolution culturelle, et donc exclu de la vie politique. Réhabilité par Deng, il va devenir le symbole, « l'âme de la démocratie ». Sous sa protection, on étudiait la démocratie dans les universités. Suite au développement d'un large réseau pro-démocratique, les premières manifestations étudiantes publiques vont avoir lieu en 1986. Face à la multiplication des protestations, Deng ordonne à

Hu, en janvier 1987, de mettre fin à ces manifestations. Celui-ci refuse, il est donc forcé de démissionner, pendant que les manifestants sont dispersés pacifiquement.

Le 15 avril 1989, Hu Yaobang décède suite à une crise cardiaque. Sa mort va provoquer l'afflux de milliers d'étudiants sur la place Tienanmen, à Pékin, venus commémorer son décès. L'occupation de la place commence, et le 4 mai 1989, les étudiants publient un manifeste explicitant leurs réclamations. Ils souhaitent que l'Etat accélère les réformes politiques, notamment en garantissant les libertés constitutionnellement, en luttant contre la corruption, et en autorisant la liberté totale de la presse.

Des milliers d'étudiants venant des 55 campus du pays commencent à affluer à Pékin, et le 13 mai marque le début de la première grève de la faim. Cette grève avait alors pour vocation de faire agir les dirigeants, jusque là rester indifférents au mouvement, le qualifiant de « troubles ». Pour le gouvernement, ces protestations n'étaient alors qu'un complot fomenté par une minorité d'agitateurs contre-révolutionnaires. A la fin du mois de mai, le gouvernement estime à 1,2 million le nombre de protestants.

Au sommet du pouvoir, deux hommes s'affrontent pour imposer leur vision de la gestion de la crise : Zhao Ziyang, successeur de Hu en tant que secrétaire du PCC et Li Peng. Pour le premier, la conciliation et le dialogue étaient la clé du conflit, et il rendit d'ailleurs visite aux grévistes de la faim, et au cours de l'un de ses discours devant la foule, il pleura. Pour le second, il fallait agir par la force pour mater la rébellion qui menaçait le pouvoir.

Alors que la foule grandissait, et que les manifestations se propageaient dans 17 villes du pays, réunissant étudiants et travailleurs, c'est la point de vue de Li qui l'emporte, et la loi martiale est proclamée le 19 mai. L'armée commence alors à se positionner, et dans la nuit du 29 mai, les étudiants assemblent une statue de la liberté, symbole de leur mouvement. Le pouvoir est de plus en plus horripiler par ces protestants, et le 2 juin, Li propose de nettoyer la place par la force. C'est à ce moment que va débuter l'épisode le plus violent du Printemps de Pékin, épisode qui va entraîner la réaction outrager de l'Occident.

Le massacre d'une armée qui tire à balles réelles sur les étudiants va faire entre 400 et 800 morts. 7000 personnes seront blessées. Le printemps de Pékin se termine dans le sang, et met fin aux manifestations pro-démocratiques de toute une génération.

Malgré l'échec du Printemps de Pékin, les aspirations démocratiques en Chine ne sont pas
restées lettres mortes. Elles sont aujourd'hui portées par une classe intellectuelle renouvelée et

organisée, mais aussi par les exilés chinois, qui ont organisé un large mouvement de promotion de la démocratie en Chine.

La démocratie apparaît aujourd'hui être la meilleure forme d'organisation du pouvoir dans un Etat. Pour Francis Fukuyama, elle constituera l'ultime aboutissement de la logique actuelle qui guide les relations internationales. La démocratie et l'économie de marché triompheront et mettront fin au processus de construction historique, qui repose essentiellement sur une construction par opposition idéologique.88 La démocratie est aujourd'hui portée en Chine par des intellectuels, considérés par le pouvoir comme des dissidents, mais aussi par la communauté en exil chinoise.

2.2 Le mouvement pro-démocratique en Chine

Les processus de transition démocratique ont toujours été complexes et très différents selon les pays. Ainsi, alors qu'en Amérique latine le mouvement est venu des élites, il est institué dans d'autres pays par une révolte populaire, comme par exemple en Ukraine. Cette question, savoir si la démocratie peut venir d'un mouvement populaire ou de « tractations entre élites »89, est une question que se posent à la fois les réformateurs au sein du PC mais aussi les intellectuels, qui constituent le gros des troupes du mouvement pour la démocratie. Il semble en effet que le mouvement puisse venir soit de l'un soit de l'autre, puisqu'il existe une frange réformiste au sein du PC, frange démocratique, dont les leaders sont Hu Yaobang et Zhao Ziyang, qui ont joué un rôle important dans la démaoïsation.

De même, la population abrite son lot de dissidents, et Internet est devenu leur outil privilégié pour s'organiser et diffuser des informations. Hu Ping rappelle le rôle centrale de ce moyen de communication dans la diffusion des idées démocratiques : « on peut donc affirmer que, sans Internet, le mouvement démocratique chinois n'aurait pas atteint l'ampleur et l'influence qu'il détient actuellement »90.

Aujourd'hui, le mouvement institué par les évènements de Tienanmen en 1989 perdure, et
bien qu'il ait privé les démocrates de leur relais avec les dirigeants, suite à l'exclusion des

88 FUKUYAMA Francis, « La fin de l'histoire », Commentaire, automne 1989, n°47

89 BEJA Jean-Philippe, À la recherche d'une ombre chinoise, le mouvement pour la démocratie en Chine (1919- 2004), Paris, Seuil, 2004, p. 110

90 HU Ping, p. 60, op. cit. p. 123

réformateurs du PCC, il se diversifie, malgré une action rendue difficile par l'éclatement de la société chinoise, divisée par les inégalités économique croissantes.

Zhang Lun distingue différentes vagues dans les revendications de démocratie.91 Il y a bien sur les évènements de Tienanmen. Mais en 1994-1995, on assiste à une nouvelle vague d'actions menées par des intellectuels ou des militants démocrates. Les revendications du mouvement sont alors centrées sur la légalisation des organisations attachées à la défense des droits de l'homme, la réhabilitation du mouvement de Tienanmen.

La deuxième vague a lieu en 1998 et 1999, avec la fondation du Parti de la démocratie chinoise. Entre 1998 et 2002, ce groupe de dissidents va assurer une large visibilité à son mouvement, grâce à une relative tolérance de Jiang Zemin, qui cherche alors à se faire une image positive auprès de la communauté internationale. Ce mouvement a été durement réprimé, mais la dissidence ne s'est pas éteinte pour autant, puisqu'elle utilise d'autres moyens d'actions, comme les pétitions. Ce courant n'a pas été affaibli par la répression, et la libéralisation de la société chinoise semble lui être favorable.

Pou Robert Dahl, la démocratie doit répondre à cinq critères : les citoyens élisent des représentants qui prennent les décisions gouvernementales; les élections sont « libres, équitables et fréquentes »; la « coercition est relativement rare »; les citoyens peuvent exercer leur liberté d'expression « sans risquer d'être punis sévèrement »; ils ont accès à de nombreuses sources d'information diverses et indépendantes; et ils possèdent le droit de s'associer92. La Chine ne répond toujours pas à ces critères, mais pour Hu Ping, « si l'on considère qu'une certaine mesure d'économie de marché et d'accroissement économique, ainsi qu'une classe moyenne et une société civile jouissant d'une existence considérable sont les conditions préalables à la transition démocratique d'une société, alors la Chine d'aujourd'hui devrait être bien plus proche de la démocratie qu'il y a quinze ans »93.

Les aspirations démocratiques sont donc en pleine expansion en Chine. Ainsi, pour Pang Wei, les intellectuels ont « désormais une foi aveugle en la démocratie »94. Selon lui, la réforme du système politique constituera l'enjeu majeur des dix prochaines années. Il pense qu'il faut d'abord instaurer un Etat de droit, en encadrant les pouvoirs du gouvernement et en pratiquant la séparation et l'équilibre des pouvoirs, avant d'enclencher le processus de démocratisation.

91 ZHANG Lun, La vie intellectuelle en Chine depuis la mort de Mao, Paris, Fayard, 2003, p.223

92 Dahl, Robert, On democracy, New Haven, Yale University Press, 1998, p.85

93 HU Ping, p. 50 ,op. cit. p.123

94 XU Zhiyuan, HONG Dou, « Qui va impulser la réforme politique ? » Courrier International, 1er août 2003, n°665

Pour d'autres, il faut s'appuyer sur l'émergence de nouvelles forces au sein de la société civile, et notamment sur la classe moyenne, dont le poids dans la société chinoise est de plus en plus important. De nombreux analystes politiques sont ainsi convaincus que cette classe constituera la principale force du processus de démocratisation.

La Chine semble malgré tout pour beaucoup d'observateurs étrangers loin de se démocratiser. L'absence de liberté d'expression, le contrôle des médias par l'Etat, la constitution d'une cyberpolice pour traquer les cyberdissidents sont des éléments qui ne semblent pas favorables à l'émergence d'une démocratie. Toutefois, les Chinois semblent toujours favorables à la démocratie, bien qu'ils soient rares à l'exprimer. Ainsi, « malgré le soutien croissant apporté par les élites au pouvoir, la revendication démocratique, ou du moins, la demande d'autonomie de la société, continue de s'exprimer épisodiquement »95. En outre, l'agitation sociale croissante montre à quel point le PCC ne parvient plus à faire face aux problèmes inhérents à un développement économique anarchique et sauvage, et à quel point son pouvoir est menacé. Finalement, bien que le courant démocratique en Chine ait plus l'air d'une ombre que d'une véritable force, il est toutefois présent, et son développement ne dépendra que de la volonté des citoyens, ou des élites, de changer le système politique actuel.

2.3 La démocratie dans l'exil

Les revendications démocratiques s'expriment ainsi dans la société chinoise, mais aussi au sein de la communauté des Chinois en exil. Il faut d'abord préciser que ces Chinois en exil sont souvent des dissidents qui ont fui pour échapper à la répression politique, et que, de leur pays d'accueil, ils s'activent à diffuser les valeurs démocratiques, notamment grâce à Internet.

Dès la fin des années 1970, en phase avec la libéralisation économique, la Chine autorise de nouveau l'envoi d'étudiants à l'étranger. C'est sous l'action de certains d'entre eux que va être crée, en 1987, la première organisation politique d'opposition, l'Alliance pour la démocratie en Chine. Après les évènements de Tienanmen, ce sont les leaders du mouvement, en exil, les militants démocrates et les étudiants d'outre-mer qui fondent en 1989 à Paris la Fédération pour la démocratie en Chine.

95 BEJA Jean-Philippe, p.253, op. cit. p. 129

Bien que les dissidents chinois soient confrontés à des problèmes, comme le manque de moyens ou les difficultés de leur statut de réfugiés, ceux-ci continuent leurs actions pro- démocratiques. Ces intellectuels et citoyens en exil essaient de proposer des projets politiques alternatifs au système autoritaire.

La démocratie semble aujourd'hui à la portée de la Chine. L'instauration d'un tel système permettrait sans aucun doute plus d'autonomie pour le Tibet, voire une indépendance totale.

3. La démocratie comme solution au problème tibétain

3.1 Démocratie et gestion des minorités

La démocratie semble aujourd'hui être le système politique le plus apte à gérer la diversité culturelle. Que ce soit en instaurant un système fédéral, d'autonomie ou en octroyant l'indépendance aux groupes ethniques qui la demandent, les démocraties ont su faire avec leurs minorités. Ainsi, l'Espagne a instauré un système d'autonomie régionale pour contenter les revendications de ses différentes communautés culturelles, Basques, Catalan... Dans un même but, la Grande-Bretagne a adopté un fonctionnement inédit, avec la dévolution, qui permet d'octroyer une large autonomie aux Ecossais, aux Gallois ou aux Anglais.

Ainsi, bien que Tocqueville ait mis en garde les législateurs contre les risques de dictature de la majorité sur la minorité, les démocraties contemporaines semblent avoir su gérer ce dilemme en accordant aux minorités des droits spécifiques, comme la discrimination positive aux Etats-Unis.

La démocratie est donc le lieu idéal pour la gestion des minorités, et la démocratisation de la Chine permettrait certainement une meilleure gestion du multiculturalisme chinois, et pourquoi pas l'indépendance du Tibet.

3.2 Démocratisation chinoise et indépendance du Tibet

Les acteurs de la démocratie en Chine se sont souvent révélés être en quelque sorte des alliés du Tibet. Ainsi, Hu Yaobang était appelé par les Tibétains le « Bouddha chinois »96. C'est en 1980 que Hu va entreprendre des actions visant à aider au développement du Tibet et à alléger le poids de la répression politique et religieuse. En 1980, il organise donc le premier « Forum du travail au Tibet ». Au cours de ce forum, il préconise des changements radicaux dans la politique chinoise. Dénonçant le colonialisme exercé par la Chine au Tibet, il critiqua aussi l'échec de la Chine au Tibet, estimant que le PCC a fait faux bond au peuple tibétain, en le laissant hors des programmes de développement alors en vigueur en Chine. Après ce forum, Hu va publier une recommandation sur la façon de gérer l'autonomie tibétaine, en six points distincts. Sous l'action de Hu, l'emprise de la Chine sur le Tibet s'assouplit : des milliers de cadres chinois sont renvoyés en Chine, et le nombre de cadres tibétains augmente énormément, passant du tiers à la moitié. En 1984, lors du second Forum du travail au Tibet, l'ouverture de la RAT est lancée. Les migrations, mais aussi les flux de touristes et d'investissements augmentent au Tibet. En 1987, Hu est forcé de démissionner, et la période d'assouplissement prend fin au Tibet, car accusée de favoriser le nationalisme tibétain plutôt que la stabilité.

Outre l'action de Hu, on peut noter la position de Wei Jinsheng concernant le Tibet. Celui-ci, considéré comme l'artisan du mouvement démocratique en Chine, a un point de vue très claire sur le Tibet : il n'est selon lui pas une province chinoise, et à ce titre les Tibétains ont le droit à l'indépendance. Dans une lettre ouverte à Deng Xiaoping, il fait quelques propositions pour améliorer les relations sino-tibétaines, appelant à mettre fin au chauvinisme han et au racisme anti-tibétain qui en découle, mais aussi à accélérer le développement économique au Tibet afin que les Tibétains jouissent du même niveau de vie que les Chinois.

De nombreux militants démocrates chinois ont donc une position plus libérale concernant le Tibet. Pour eux, celui-ci dispose du droit à l'autodétermination, au même titre que Taïwan ou Hong Kong. En ce sens, la démocratie pourrait être largement favorable à l'autodétermination du peuple tibétain.

96 HEATH John, p.168, op. cit. p. 30

Chapitre 4 : Envisager d'autres solutions ?

L'indépendance apparaît être la seule solution permettant de sauver l'identité tibétaine d'une assimilation à la Chine. Toutefois, d'autres solutions sont envisageables, et viennent concurrencer l'idéal d'un Tibet libre, idéal véhiculé par la communauté en exil mais aussi par le mouvement associatif pro-tibétain.

1. « Un pays deux systèmes », modèle pour le Tibet ?

Pour John Heath, « le système « un pays deux systèmes » de Hong Kong est une possibilité évidente pour le Tibet »97. Ce système présente plusieurs caractéristiques transposables au Tibet.

1.1 Les caractéristiques du système hongkongais

Hong Kong a été de 1842 à 1997 une colonie britannique. Ce n'est qu'en 1997 que le territoire de Hong Kong devient une région administrative spéciale de la RPC, suite à l'accord conclu entre la Grande-Bretagne et la RPC en 1984.

Malgré la dénonciation du Kuomintang, dès son accession au pouvoir en 1911, de la présence britannique et des « traités inégaux », les nationalistes ont laissé à la Grande Bretagne le contrôle de Hong Kong, et ce pour deux raisons : d'une part, les nationalistes en tiraient profit (trafic d'armes, lieu d'apprentissage des méthodes occidentales), d'autre part parce que leur attitude tolérante envers la présence anglaise assurait à la Chine un possible soutien de la part des puissances occidentales. Les communistes ont par la suite adopté la même attitude. Malgré leur anti-impérialisme patent, ils n'ont pas cherché tout de suite à restaurer leur souveraineté sur la colonie.

Quelques heurts lors de la Révolution culturelle en 1967, avec les soulèvements de
communistes hongkongais, n'ont pas non plus permis une modification du statu quo. C'est
seulement à partir de 1979 que la question du changement de statut de Hong Kong a été posée

97 HEATH John, p. 265, op. cit. p. 30

par les Anglais. Les négociations ont alors commencé, Deng Xiaoping espérant devenir l'instigateur de la réunification nationale. La formule « un pays, deux systèmes » (originellement créée pour la réunification future souhaitée par Pékin avec Taiwan en 1978), devant servir de justification d'une absorption partielle. La Chine obtient de l'ONU qu'elle retire Hong Kong et Macao de la liste des dernières colonies existantes en 1973.

Le statut de Hong Kong a été mis en application le 1er juillet 1997, statut formulé sur la base de deux textes : la déclaration sino-britannique de 1984 et la loi fondamentale d'avril 1990. On parle désormais de Région Administrative Spéciale (RAS) pour qualifier le statut administratif de Hong Kong.

La RAS possède une large autonomie quant à son système économique et social, son système financier et monétaire : utilisation du dollar hongkongais, libre circulation des capitaux, zone franche, politique fiscale propre. En outre, la Chine ne peut prélever un impôt sur la RAS. En revanche la RPC acquiert le contrôle de la politique étrangère et assure les fonctions de la défense. La Chine est donc parvenue à asseoir sa souveraineté sur le territoire hongkongais, en lui accordant un statut spécifique qui tient compte de son passé d'ancienne colonie britannique.

Ce modèle pourrait donc être largement applicable au Tibet, dans la mesure où il garantirait à cette région une large autonomie.

1.2 Un modèle applicable au Tibet

Ce système devait être à la base de l'intégration du Tibet à la Chine, si les autorités chinoises avaient respecté l'Accord en 17 points. En effet, cet accord stipulait que « les autorités centrales n'altèreront pas le système politique existant au Tibet, les autorités centrales ne modifieront pas non plus le statut établi, les fonctions et les pouvoirs du Dalaï- lama », de même que « le gouvernement local du Tibet pourra mettre en oeuvre les réformes selon son propre gré, et les demandes de réformes formulées par le peuple seront réglées par voie de consultation avec le personnel dirigeant du Tibet »98. Ainsi, Pékin s'arrogeait les domaines de compétence relevant de la défense et de la politique étrangère, laissant au Dalaï- lama le soin d'exercer son autorité dans les autres domaines. Cet accord n'ayant pas été respecté, on peut envisager qu'il le devienne toutefois, si le gouvernement chinois se décidait

à agir afin de solutionner la question tibétaine. Ainsi, le modèle hongkongais pourrait s'appliquer au Tibet. Il permettrait enfin d'appliquer une réelle autonomie dans la RAT, plutôt que l'autonomie actuelle, qui n'est que de façade.

Ce système assurerait ainsi la satisfaction des intérêts tibétains, qui souhaitent disposer d'eux- mêmes, c'est-à-dire décider eux-mêmes de leur avenir, mais aussi les intérêts chinois, qui sont d'ordre stratégique au Tibet. Conservé le Tibet mais lui accorder ce statut assurerait l'unité de le Chine, qui est l'une des raisons pour lesquels l'indépendance n'est pas envisager par le gouvernement chinois. Mais cela permettrait aussi de maintenir le contrôle de la Chine sur le sous-continent indien, contrôle qui a été l'une des motivations de l'intervention au Tibet.

2. D'autres solutions ?

Le fédéralisme est l'une des solutions envisagées par le Dalaï-lama pour solutionner le problème. D'autres solutions sont aussi envisagées, qui toutes structurent et renforcent l'autonomie du Tibet.

2.1 Un aménagement de l'autonomie, ou l'autonomie multiforme

Selon Chen Lichuan, un nombre croissant d'intellectuels se prononcent sur la question tibétaine, et proposent quatre approches99.

La première constitue l'approche dite « modérée ». Selon cette approche, la souveraineté de la Chine sur le Tibet n'est pas discutable. Il ne s'agit pas non plus de dénoncer la pression du système autoritaire sur les Tibétains, puisque les citoyens chinois sont eux aussi soumis à cette pression. Selon cette approche, la lutte pour l'indépendance est négative pour le Tibet, dans la mesure où elle suscite la répression politique.

La seconde approche est celle de l'autodétermination et des droits de l'homme. Pour cette approche, plus libertaire, la Chine doit laisser au peuple tibétain le droit de choisir son statut : si celui-ci souhaite l'indépendance, elle doit lui être accordée. Mais il peut aussi souhaiter rester au sein de la Chine, afin de bénéficier du développement économique de celle-ci. Pour les tenants de cette approche, la Chine, en signant le Pacte relatif aux droits civils et politiques

98 Annexe 14

99 MOULIN Olivier, op. cit. p. 17

de l'ONU, s'est engagée à respecter formellement le droit à l'autodétermination défini dans l'article premier. Les Tibétains doivent être libres de choisir. John Heath propose ainsi de réaliser un sondage auprès du peuple tibétain, sondage qui serait organisé par le gouvernement en exil auprès de la diaspora, avec le soutien de l'ONU pour que ce sondage soit mené au Tibet. Une proposition de référendum a d'ailleurs été faite en 1995, sans aboutir. Ce sondage permettrait de savoir ce que désirent les Tibétains, et laisserait la possibilité du statu quo comme de l'indépendance.

John Heath fait quant à lui une proposition pour améliorer l'autonomie du Tibet : celle de distinguer trois domaines de compétence différents selon qu'ils doivent être gérés uniquement par les Chinois ou par les Tibétains, ou bien par les deux. Il faudrait ainsi aménager une autonomie complexe et multiforme.

Le premier domaine consisterait en la mise en oeuvre de politiques gouvernementales spécifiquement conçues pour les Tibétains et élaborées par ceux-ci, avec par exemple la création d'un département des affaires religieuses, aux mains des Tibétains et non des Chinois, chargé de restaurer les monastères et d'organiser le bouddhisme dans toutes les zones occupées par les Tibétains. En outre, les Tibétains devraient pouvoir décider dans des domaines tels que l'agriculture et l'éducation, deux domaines centraux dans le mode de vie tibétain. En effet, face au constat de l'échec de la politique d'éducation mise en oeuvre au Tibet par Pékin, Heath en conclut que le système éducatif devrait être contrôlé par les Tibétains. Enfin, il propose de remettre le pouvoir décisionnel aux Tibétains dans les domaines de l'infrastructure et de l'urbanisme (routes, électricité, gaz, eau, logement sociaux...). Dans cette première catégorie, les Tibétains auraient ainsi le pouvoir décisionnel dans les domaines de compétences qui les concernent le plus.

La deuxième catégorie envisagée par l'auteur est celle d'une « détermination conjointe »100. Certains domaines seraient ainsi soumis à la codétermination, c'est-à-dire à une prise de décision commune entre Chinois et Tibétains. La codétermination serait utilisée dans des domaines comme la politique étrangère, la défense, mais aussi la sécurité intérieure, ainsi que la gestion des ressources naturelles. Les Tibétains et les Chinois ont en effet des intérêts communs dans ces domaines, et chaque partie devrait avoir son mot à dire.

Enfin, la troisième catégorie établie par l'auteur est celle des affaires uniquement gérées par les Chinois, comme les frontières, les alliances avec d'autres pays, le contrôle du trafic aérien.

100 En anglais, on parle de joint determination. In HEATH John, op. cit. p. 30

Cette proposition de distinguer trois catégories auxquelles correspond un mode de gestion spécifique permettrait pour l'auteur de différencier la souveraineté qui s'exerce sur le territoire de celle qui s'exerce sur le peuple. John Heath établit donc une distinction en fonction des domaines de compétence, et du degré d'autonomie à accorder aux Tibétains selon les domaines.

L'autonomie, qui est la solution proposée par le Dalaï-lama, semble donc être une solution réalisable. Toutefois, elle ne permettrait pas d'assurer la survie de l'identité tibétaine, dans la mesure où la colonisation se poursuivrait et entraînerait une sinisation du Tibet, déjà observer précédemment.

2.2 Le fédéralisme, solution idéale ?

Le fédéralisme apparaît aujourd'hui comme l'une des solutions les plus envisageables pour gérer le nationalisme tibétain. Cette forme d'organisation du pouvoir est définie par Maurice Croisat tantôt comme « un moyen de vivre ensemble malgré les différences » tantôt comme « un instrument déguisé de domination et de centralisation au profit d'un groupe plus riche ou plus nombreux. Enfin, il peut être aussi perçu par des courants de l'opinion comme une manière de décentraliser le pouvoir, de rapprocher l'autorité politique des citoyens »101. Pour Carl Friedrich, le fédéralisme est d'abord un processus de fédéralisation d'un communauté politique par lequel des communautés séparées passent des accords pour trouver des solutions à des problèmes communs. C'est en fait une forme de négociations et de coopération poussée à l'extrême.

Cette approche fédéraliste permet de gérer la diversité culturelle d'un Etat. Elle repose sur trois principes : le principe de séparation, qui opère une distinction entre les compétences appartenant aux entités fédérées et à l'entité fédérale ; le principe d'autonomie, selon lequel chaque entité est souveraine dans son domaine de juridiction, et enfin le principe de participation, qui fait que chaque entité fédérée doit participer à l'élaboration de la politique fédérale. Dans le cas du Tibet, elle permettrait de prendre en compte la différence ethnique et culturelle du peuple tibétain vis-à-vis du peuple chinois, en leur accordant le statut d'entité fédéré.

Instaurer une fédération démocratique en Chine est une idée qui a notamment été développée à partir de 1989 par Yan Jiaqi, dissident chinois.

101 CROISAT Maurice, Le fédéralisme dans les démocraties contemporaines, Paris, Montchrestien, 1999, p. 12

Selon lui, il est nécessaire pour la Chine qu'elle devienne une fédération afin d'éviter l'éclatement et de mettre fin aux revendications indépendantistes tibétaines et ouigours. Yan fait ainsi la distinction entre deux types de républiques : les républiques dites « libres », comme le Tibet, le Xinjiang, Hong Kong et Macao, Taïwan et la Mongolie intérieure, et les républiques proches, soit le reste de la Chine. Les républiques libres consisteraient en fait à des entités fédérées, disposant des domaines de compétence comme la fiscalité, le système de défense, le système judiciaire. Cette vision a été matérialisée par la création de la Fédération pour la démocratie en Chine.

Dans cette optique fédérale, le Tibet se verrait doter des attributs d'un Etat très autonome, avec sa constitution, son drapeau, son administration propre. Cette position inédite sur le statut du Tibet va d'ailleurs déclencher un dialogue entre la Fédération pour la démocratie en Chine et le gouvernement tibétaine en exil, et ce dès le mois d'octobre 1989. Ainsi, l'article 39 du projet de constitution de la République fédérale de Chine adopté par la fédération pour la démocratie en Chine en 1994 dispose que « l'Etat autonome du Tibet est une aire protégée, au sein de laquelle tout test d'armes chimiques, biologiques ou nucléaire sera interdit. L'Etat autonome du Tibet sera indépendant en matière financière et ne sera soumis à aucune taxe fédérale. L'Etat autonome du Tibet aura le droit d'instaurer sa propre cour de justice. Le statut de l'Etat autonome du Tibet sera révisé 25 ans après la promulgation de cette constitution. Cette révision se fera sous la forme d'un référendum des citoyens (...) »102

Cette réflexion menée par les dissidents chinois, qui envisagent le fédéralisme comme solution à la plurinationalité chinoise, va de pair avec une réflexion sur la nécessaire démocratisation de la Chine. Pour beaucoup, cette démocratisation impliquerait la fin de la revendication indépendantiste des Tibétains. Ainsi, pour Yan Jiaqi, « si la Chine se démocratise réellement, si le gouvernement à Pékin est réellement devenu démocratique, s'il garantit un haut niveau d'autonomie authentique au Tibet, les courants en faveur de l'autodétermination s'affaibliront »103.

Le fédéralisme permettrait donc aux Tibétains de disposer d'eux-mêmes, de même qu'il assurerait la survie de leur culture et identité. Toutefois, au regard de la politique actuelle de colonisation et de sinisation du Tibet, l'indépendance semble être la seule solution véritablement plausible pour sauver le Tibet d'une assimilation plus que probable.

102 Projet de Constitution de la République fédérale de Chine, 1994.

103 DONNET Pierre-Antoine, p.350, op. cit. 26

Conclusion

Le Tibet a été, jusqu'en 1949, un Etat indépendant, au regard du droit international et de son histoire. Il a certes été soumis au contrôle de la Chine pendant certaines périodes, notamment sous la dynastie mandchoue, mais il a su conserver une administration propre, un drapeau, une armée, une monnaie, mais aussi une culture et une langue.

Après l'invasion chinoise, en octobre 1950, le Tibet a progressivement été intégré dans le système administratif chinois, qui, bien qu'il lui accorde un statut d'autonomie, ne le respectait pas. Le Tibet a fait l'objet d'un génocide dont le bilan s'élève selon toute vraisemblance à 1,2 millions de morts. Aujourd'hui, il est le lieu d'un génocide plus sournois, celui de sa culture. Grâce à une politique d'assimilation à la Chine par le transfert de colons sur le haut plateau, les Tibétains sont en train de devenir minoritaires dans leur propre pays. La situation de ce pays, et la survie du peuple tibétain, sont donc compromises par l'exercice de l'autorité chinoise sur le haut plateau.

L'indépendance apparaît dès lors comme la seule solution qui permettrait d'éviter cette assimilation. Toutefois, de nombreux arguments viennent contrecarrer cet idéal. Dans un premier temps, la colonisation et la sinisation ont transformé les Tibétains en minorité. Le peuplement chinois sur le haut plateau est de plus en plus important, et l'indépendance signifierait le départ de ces colons, ce que Pékin ne souhaite absolument pas. Ensuite, la répression politique brutale dont fait l'objet toute forme d'indépendantisme laisse peu d'espoirs à l'organisation d'un vrai mouvement pour l'indépendance sur le territoire tibétain. Le Tibet constitue aussi une zone stratégique vitale pour la Chine, de par ses ressources mais aussi son emplacement géographique : il présente des atouts géopolitiques certains pour Pékin. Enfin, l'échec du processus de négociations sino-tibétain, de même que l'abandon de la revendication indépendantiste par le Dalaï-lama laissent peu d'espoirs à l'indépendance. On pourrait compter sur l'intervention des Etats auprès de la Chine afin qu'elle accorde son indépendance au Tibet, mais ceux-ci sont absolument indifférents à la cause tibétaine, et ce pour des raisons géopolitiques, stratégiques mais aussi, et peut-être surtout, économiques.

A ces éléments plutôt pessimistes, on peut opposer des arguments qui rendent l'indépendance envisageable pour le Tibet. On peut ainsi évoquer la place et le rôle du Dalaï- lama, et surtout son rayonnement international qui assure une visibilité à la cause tibétaine, tout comme la communauté en exil, qui assure le maintien de la culture tibétaine, mais aussi des structures politiques souveraines.

Autre point plus qu'encourageant : le soutien apporté par le réseau associatif pro-tibétain développé internationalement. Ce réseau vient en effet compenser l'inaction des Etats, et son panel de modes d'actions permet la diffusion de la cause tibétaine à travers le monde. Il faut aussi noter le rôle central du Parlement européen et du Congrès américain, deux institutions qui sont parvenues à affirmer publiquement leur soutien à la cause tibétaine, et qui cherchent de plus en plus à faire pression soit sur leur dirigeants, soit sur les autorités chinoises elles- mêmes, et ce afin que le droit des Tibétains à disposer d'eux-mêmes soit respecté.

Mais aujourd'hui, c'est la démocratisation de la Chine qui apparaît comme la seule vraie solution, dans la mesure où un gouvernement démocratique laisserait le choix aux Tibétains de redevenir indépendant ou de rester au sein de la « mère patrie ». Cette démocratisation, bien qu'elle ne soit toujours pas amorcée, reste malgré les évènements de Tienanmen un idéal pour beaucoup de Chinois, qu'ils vivent en Chine ou sur un autre continent. Le mouvement pro-démocratique chinois se développe notamment grâce aux nouvelles technologies de l'information, et il véhicule des solutions au problème tibétain, qui vont de l'autonomie au fédéralisme.

Alors que le vingtième siècle a marqué l'apogée de la question nationale, et que celui-ci est aujourd'hui considéré comme le siècle des décolonisations, le nationalisme tibétain et le colonialisme chinois semble s'inscrire en porte-à-faux dans ce vingt-et-unième siècle naissant.

Pourtant, la question de l'indépendance du Tibet se pose avec d'autant plus d'acuité que l'on assiste à une renaissance de la culture et de l'identité. En effet, face à la mondialisation, il semble de plus en plus important pour les groupes ethniques de marquer leur différence et d'affirmer leurs particularismes. Les craintes de voir émerger une culture mondiale subsiste, et provoque une réaction de survie chez les minorités, avec un renforcement des sentiments nationalistes. En outre, les prédictions faites par de nombreux politologues de la fin des Etatnations, supplantés par des Etats multiculturels, ne semblent pas se réaliser, dans la mesure où la création d'un Etat semble être, pour de nombreuses minorités, la solution à leurs problèmes.

L'indépendance du Tibet permettrait de solutionner la majeure partie des problèmes des Tibétains, à savoir la disparition de leur culture, sa sinisation, mais aussi la non-implication des Tibétains dans l'élaboration des politiques qui s'appliquent sur leur territoire.

Laisser à un peuple le droit de s'autodéterminer, de décider librement de son avenir politique, social et économique, est aujourd'hui un principe de droit international à valeur suprême. Toutefois, ce droit n'est pas accordé à tout le monde, eu égard d'une part à la notion de peuple, difficile à définir car polymorphe et relative, et d'autre part aux risques de balkanisation que fait peser ce droit sur les Etats.

L'autre concept central qui guide aujourd'hui les relations internationales, celui de solidarité internationale, semble quant à lui être relégué à un rang subalterne. Pourtant, c'est ce principe qui a guidé de nombreuses interventions militaires, de l'ONU ou des Etats-Unis. Mais lorsqu'il menace la souveraineté d'un Etat, ici l'Etat chinois, il semble être mis au placard. Pourtant, cette solidarité internationale se doit de devenir une norme reconnue du droit, dans la mesure où l'interdépendance grandissante entre les Etats implique nécessairement un partage des responsabilités et une protection des droits de l'homme à travers le monde. S'engager en faveur de la libération du Tibet répond à cette logique de solidarité, et même si les détracteurs de cette lutte sont nombreux, et qu'à la faisabilité d'une telle demande ils opposent le réalisme politique, il convient de ne pas céder au cynisme ambiant, puisque cela reviendrait à laisser une civilisation disparaître.

Il est donc de la responsabilité internationale d'appeler à la décolonisation du Tibet, parce que cet Etat était autrefois indépendant, mais aussi parce qu'il est le berceau d'une culture unique, d'un peuple aux caractéristiques singulières.

Les espoirs subsistent enfin de voir un jour la Chine accéder à la démocratie. Pierre-Antoine Donnet rappelle judicieusement d'ailleurs que la plupart des hauts fonctionnaires chinois sont maintenant dans les dernières années de leur vie, d'où l'espoir de voir un jour une frange réformiste et pro-démocratique du PCC prendre le pouvoir et instaurer un régime démocratique où la liberté et les droits de l'homme seraient respectés.

Aujourd'hui, la Chine est un pays qui tourmente l'imaginaire occidental, parce ce qu'il
bouscule nos idées préconçues sur l'avenir du monde, et parce qu'il suscite la peur et la
méfiance. Pourtant, avec une population la plus importante de la planète, il faudra apprendre à

composer avec la Chine, ce qui constitue sans doute le plus grand défi du vingt-et-unième siècle. Le choc des civilisations prédit par Huntington, s'il doit avoir lieu, aura certainement pour principaux acteurs non pas le Moyen-Orient et l'Occident, mais l'Occident et l'Empire du Milieu.

Bibliographie


· Chine : généralités

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Table des annexes

Annexe 1 153

La Chine, provinces et capitales de provinces 153

Annexe 2 154

Le territoire chinois 154

Annexe 3 155

Les minorités en Chine 155

Annexe 4 156

Le Tibet historique 156

Annexe 5 157

La Région autonome du Tibet 157

Annexe 6 158

Les installations nucléaires sur le plateau tibétain 158

Annexe 7 159

Les ressources du Tibet 159

Annexe 8 160

Le drapeau du Tibet 160

Billet de banque du gouvernement tibétain 160

Annexe 9 161

Location de Dharamsala, en Inde 161

Annexe 10 162

La Chine et les droits de l'homme, caricature de Plantu 162

Manifestation pour la libération du Tibet 162

Annexe 11 163

L'histoire de la Chine : chronologie 163

Annexe 12 169

Déclaration d'indépendance de 1913 169

Annexe 13 171

Testament du treizième Dalaï-lama 171

Annexe 14 173

Accord de libération pacifique du Tibet (ou Accord en 17 points) 173

Annexe 15 177

Plan de paix en cinq points pour le Tibet 177

Annexe 16 183

Entretien avec Claude Levenson 183

La Chine, provinces et capitales de provinces

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www.bbf.enssib.fr

Le territoire chinois

Source .
·
www.lexilogos.com

154154

Les minorités en Chine

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Le Tibet historique

La Région autonome du Tibet

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Les installations nucléaires sur le plateau tibétain

Source : MOULIN Olivier, Tibet, l' envers du décor, Genève, Olizane (Objectif Terre), 2005,

Les ressources du Tibet

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www.tibet-info.org

Le drapeau du Tibet

Billet de banque du gouvernement tibétain

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Location de Dharamsala, en Inde

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La Chine et les droits de l'homme, caricature de Plantu

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Manifestation pour la libération du Tibet

source : www.french.epochtimes.com

L'histoire de la Chine : chronologie

1911 : Insurrection républicaine à Wuhan (10 octobre). En décembre, Sun Yat-sen devient président provisoire de la République proclamée à Nankin le 1er janvier 1912.

1912 : Abdication de P'ou-yi, le « dernier Empereur » mandchou (12 février). Yuan Shi-kai, un général qui était ministre dans le gouvernement impérial, obtient la démission de Sun Yat- sen le 15 février, le remplace comme président de la République et établit un régime autoritaire (constitution du 1er mai 1914). Les chefs mongols se proclament indépendants à Urga (Oulan-Bator). Création à Londres de la Banque anglo-chinoise.

1912-1914 : Insurrection paysanne dite du « Loup Blanc » dans le centre et le nord du pays.

1913 : Le Tibet se déclare indépendant. Le Kouo-min-tang (Guo-min-dang), le parti nationaliste de Sun Yat-sen, gagne les élections en mars mais Yuan Shi-kai n'en tient aucun compte et brise la révolte qu'engendre son attitude en juin-septembre. Il reçoit par ailleurs le soutien du premier « Consortium » occidental (groupe bancaire international constitué pour l'exploitation du marché financier chinois) et peut établir un régime dictatorial de 1913 à 1916. Un autre « consortium » du même type demeurera à l'état de projet en 1921.

1915 : Le Japon, désireux d'imposer, à la faveur de la guerre européenne, son hégémonie économique à la Chine présente au gouvernement de Pékin 21 demandes dont Yuan Shi-kaï accepte la plupart malgré la colère de l'opinion. Une convention conclue entre la Chine, la Russie et la Mongolie reconnaît l'indépendance de ce dernier pays (25 mai).

1916 : Après avoir échoué dans ses projets de restauration monarchique (décembre 1915), Yuan Shikai meurt le 6 juin 1916 en laissant le pays aux mains des généraux qui se disputent le pouvoir.

1917 : La Chine entre en guerre aux côtés de l'Entente. Sun Yat-sen forme un gouvernement républicain dissident à Canton.

1918 : À la faveur de prêts consentis au gouvernement chinois, le Japon développe son influence économique dans le pays.

1919 : Mouvement du 4 mai pour protester contre les mesures que vient de prendre la Conférence de la Paix réunie à Paris (transfert au Japon des droits allemands sur le Shandong). En juillet, la Russie soviétique annonce qu'elle renonce aux droits acquis par le régime tsariste en Chine à la faveur des « traités inégaux ».

1920 : Sun Yat-sen rentre à Canton. À Pékin, le parti Anfu, acquis aux Japonais, est remplacé au pouvoir par le parti Zhili lié aux Anglo-Saxons. La majeure partie de la Chine est alors aux mains des « seigneurs de la guerre », des généraux prédateurs exploitant des régions entières. L'un d'entre eux, Zhang Zuolin, contrôle ainsi la Mandchourie où il s'oppose à l'influence soviétique, jusqu'à sa mort survenue en 1928 (son train est saboté par les services japonais quand il est sur le point de se rapprocher du gouvernement nationaliste de Tchang Kaï-chek.

1921 : Fondation à Shanghai, le 1er juillet, du Parti Communiste Chinois.

1921-1922 : Conférence de Washington consacrée au Pacifique et à l'Extrême-Orient. Elle aboutit au « traité des neuf puissances sur la Chine » qui garantit l'indépendance et l'intégrité territoriale du pays et contraint même le Japon à renoncer aux anciens établissements allemands du Shandong. Les Anglo-Saxons veulent surtout, par ce traité, contrecarrer les ambitions japonaises vis-à-vis de la Chine.

1922 : Sun Yat-sen est chassé de Canton dans un contexte d'agitation sociale et de grèves mais il y revient en février 1923.

1923 : Arrivée en septembre à Canton de la mission soviétique dirigée par Borodine qui vient soutenir le Kouo-min-tang.

1924 : Traité sino-soviétique. Les communistes sont admis au sein du Kouo-min-tang. 1925 : Mort de Sun Yat-sen à Pékin (12 mars).

1926 : Le gouvernement nationaliste de Canton lance l'expédition du Nord et occupe la Chine centrale.

1927 : Rupture en avril entre les communistes et le Kouo-min-tang dirigé par Tchang Kaï- chek, un proche de Sun Yat Sen. L'insurrection communiste de Shanghai est écrasée en avril. Les communistes rompent aussi en juillet avec le gouvernement de gauche établi à Wuhan. En août, l'insurrection de Nanchang voit la naissance de l'Armée Rouge. En décembre, c'est la « Commune de Canton » qui est écrasée.

1928 : La Chine est réunifiée sous l'autorité du Kouo-min-tang. Le gouvernement chinois obtient des puissances le retour à l'autonomie douanière.

1928-1930 : Entrés en rébellion, les communistes constituent plusieurs bases paysannes en Chine du Sud sous la direction de Mao Zedong.

1929 : Bref conflit sino-soviétique dans le nord de la Mandchourie, conclu par l'armistice de Khabarovsk du 22 décembre qui rétablit le statu quo ante et signifie l'échec de Tchang Kaï- chek dans sa tentative de rétablir sa complète autorité sur la région.

1931 : Attaque japonaise contre la Mandchourie à la suite du sabotage du chemin de fer (19 septembre). La conquête du territoire est achevée en janvier 1932. Proclamation en novembre d'une République chinoise des Soviets dans le Jiangxi.

1932 : Les Japonais, qui ont occupé Shanghai de janvier à mai, proclament P'ou-yi, le dernier empereur mandchou, souverain du protectorat du Mandchoukouo. Condamnés par la SDN, ils quittent l'organisation internationale (27 mars 1933).

1933-1935 : Les Japonais avancent en Chine du Nord et s'emparent du Jehol, une région montagneuse située entre la Mandchourie et la Mongolie extérieure, puis d'une partie du Hebei et de la Mongolie intérieure, ce qui les conduit à s'installer à proximité immédiate de Pékin et de Tianjin.. Les armées du Kouo-min-tang tentent d'encercler et de réduire les territoires contrôlés par les communistes. La cinquième campagne lancée par les nationalistes contraint Mao Zedong et les siens à entreprendre, en octobre 1934, la « Longue Marche » qui les conduit au Chen si où ils fondent la république de Yen-Ngan (Yan'an).

26 juillet 1937 : Le Japon envahit l'ensemble de la Chine en prétextant un incident survenu au nord de Pékin le 7 juillet. Les troupes nippones débarquées en août à Shanghai s'en emparent le 27 octobre. Au sud, Canton sera prise en octobre 1938. Les communistes et le Kouo-min-tang unissent leurs forces contre l'envahisseur.

1938-1940 : Le gouvernement nationaliste - chassé de Nankin où les Japonais ont perpétré de décembre 1937 à février 1938 un massacre général - est impuissant à empêcher la conquête de l'est et du sud du pays et doit se replier sur Hankou, puis sur Chongqing, dans le Bassin Rouge, pour y continuer la lutte, alors que les communistes créent des zones de guérilla dans la partie de la Chine occupée par les Japonais. Tchang Kaï-chek reçoit alors le soutien des aviateurs volontaires américains de C. Chennault (les fameux « Tigres volants ») qui, en réalisant un pont aérien avec l'Inde, contribuent à limiter l'isolement du gouvernement de Chongqing.

1940 : Wang Jing-wei constitue à Nankin un gouvernement pro-japonais (20 mars).

1941 : Incident de l'Anhui, qui voit les forces nationalistes attaquer les troupes de la Nouvelle Quatrième Armée communiste.

1942 : Le général américain Stilwell devient le chef d'état-major de Tchang Kaï-chek à Chongqing.

1943 : Anglais et Américains renoncent aux privilèges, notamment les concessions d'extraterritorialité liées aux « traités inégaux » conclus à l'époque du break up of China, dont ils disposaient dans le pays.

1944 : Succès de l'offensive japonaise Ichigo en Chine centrale.

1945 : Capitulation japonaise (15 août et 2 septembre). Les troupes du Kouomintang sont transférées en Chine du Nord par l 'aviation américaine.

1946 : Échec des tentatives de conciliation réalisées sous l'égide de l'Amérique entre communistes et nationalistes. La guerre civile reprend.

1947 : Les nationalistes prennent Yen-Ngan alors que les communistes réalisent la réforme agraire dans les zones qu'ils contrôlent.

1948 : Défaites du Kouo-min-tang en Mandchourie. Désastre de Shenyang (Moukden) en septembre-novembre. La bataille de Huai-Huai, de novembre 1948 à janvier 1949, scelle la défaite complète des nationalistes.

1949 : Victoire des communistes qui entrent à Pékin en janvier et proclamation, le 1 er octobre, de la République populaire de Chine. Tchang Kaï-chek se réfugie à Formose (Taiwan) où il entend maintenir, avec l'aide des Américains et dans le contexte de la guerre froide commencée deux ans plus tôt, la fiction d'une légitimité du régime issu du Kouo-min-tang . Voyage de Mao à Moscou dès le 15 décembre : il y signe le traité d'amitié sino-soviétique du 14 février 1950.

1950 : Loi sur le mariage (1er mai) Généralisation de la réforme agraire (30 juin). Intervention en Corée, le 25 octobre, des « volontaires » chinois. Dix jours après l'entrée de ses troupes au Tibet, le régime de Pékin réaffirme sa souveraineté sur ce pays. La Chine apporte son soutien au Viêt-minh engagé dans la lutte contre les Français en Indochine.

1951 : Les forces chinoises et nord-coréennes prennent Séoul.

1953 : Signature de l'armistice de Panmunjon entre les deux Corées. La Chine populaire tire un grand prestige de son intervention dans le conflit.

1954 : La Chine est représentée par Chou En-lai (Tcheou Ngen-lai, Zhou Enlai) à la conférence de Genève qui met fin à la guerre d'Indochine. En septembre, l'Assemblée nationale populaire adopte une première Constitution.

1955 : La Chine participe à la conférence de Bandoung (18-24 avril) qui voit la naissance du « bloc afro-asiatique » né de la décolonisation. En juillet, Mao exige une accélération de la collectivisation agricole.

1956 : Le régime chinois prend ses distances avec la dénonciation de Staline par Khrouchtchev lors du XXe Congrès du PC soviétique.

1957 : Lancement de la campagne des « Cent Fleurs » qui doit permettre, en introduisant un minimum de libéralisation du régime, « de faire un bon usage des contradictions au sein du peuple ».

1958 : Fondation des communes populaires et lancement du « Grand bond en avant » (mai).

1959 : Écrasement en mars de la révolte tibétaine. Fuite du Dalaï-lama en Inde. En avril, Liu Shaoqi remplace Mao à la présidence de la République. Lin Biao devient ministre de la Défense.

1960 : L'URSS rappelle ses experts en juillet et suspend son aide à la Chine. La généralisation du « grand bond en avant » entraîne une régression économique qui dure jusqu'en 1962. La famine coûte au moins 15 millions de morts au pays.

1962 : Conflit sino-indien sur la frontière himalayenne (octobre-novembre) conclu sur une défaite humiliante pour l'Inde. Pékin dénonce la « reculade » soviétique lors de la crise de Cuba et désigne « l'impérialisme américain » comme un « tigre de papier ».

1963 : La Chine dénonce la signature du traité de non-prolifération nucléaire.

1964 : La Chine expérimente sa première bombe atomique, avant de faire exploser, en juin 1967, une bombe H.

1966 : Les purges entreprises par les fidèles de Mao frappent le maire de Pékin Peng Zhen, Liu Shaoqi et Deng Xiaoping. La Révolution culturelle se développe au cours de l'été. Mao et les siens utilisent les gardes rouges contre les « réformistes » du Parti. Lin Biao devient le numéro deux du régime.

1967 : Poursuite de la révolution culturelle dans laquelle Jian Qing, l'épouse de Mao joue un rôle prépondérant. Ce mouvement est une tragédie pour les intellectuels et pour les modérés du Parti ; il se traduit également par la destruction de tout un patrimoine artistique et culturel inestimable.

1968 : La Chine proteste contre l'invasion de la Tchécoslovaquie par les forces du Pacte de Varsovie.

1969 : Le IXe Congrès du PC chinois réaffirme la prééminence de Mao et de son « dauphin » Lin Biao. Liu Shaoqi meurt en prison. De mars à juin, plusieurs incidents graves opposent Chinois et Soviétiques sur la frontière de l'Oussouri.

1970 : Lancement du premier satellite artificiel chinois. Reprise des relations avec l'URSS en juillet.

1971 : Visite de Henry Kissinger à Pékin. « Complot » et mort de Lin Biao (septembre). La République de Chine (l'État nationaliste de Taiwan) est expulsée des Nations Unies où est admise la Chine populaire qui siège désormais parmi les membres permanents du Conseil de Sécurité (25 octobre).

1972 : Voyage en Chine de Richard Nixon, qui y rencontre Mao (2 1-28 février), suivi de la visite du premier ministre japonais Tanaka qui entame la normalisation des relations entre Tokyo et Pékin. Chou En-lai stabilise la situation à l'intérieur du Parti alors qu'est lancée l'année suivante la campagne « contre Lin Biao et Confucius ».

1974 : Chou En-lai, malade, replace au premier plan Deng Xiaoping, victime de la Révolution culturelle et lui confie la conduite des affaires courantes. Le Japon développe rapidement ses relations économiques avec la Chine.

1975 : L'Assemblée nationale populaire adopte une nouvelle constitution et le programme des « quatre modernisations » mais l'agitation gauchiste persiste, entretenue par les nostalgiques de la Révolution culturelle.

1976 : Mort de Chou En-lai (8 janvier). Deng Xiaoping est remplacé par Hua Guofeng comme premier ministre. Le pays est affecté en juillet par le terrible tremblement de terre de Tangshan.

9 septembre 1976 : Mort de Mao. Arrestation de la « bande des quatre » conduite par la veuve de Mao (6 octobre).

1977 : Retour au pouvoir de Deng Xiaoping. Proclamation officielle par le XIe Congrés du Parti de la fin de la Révolution culturelle.

1978 : Deng Xiaoping l'emporte sur Hua Guofeng lors du plénum du Comité central en décembre.

1979 : Après avoir soutenu le Nord-Vietnam dans sa lutte contre les États-Unis, la Chine intervient militairement au Tonkin après l'invasion vietnamienne du Cambodge des Khmers rouges soutenus par Pékin. (février-mars). Création de quatre « zones économiques spéciales » dans le sud du pays et autorisation d'installation d'entreprises mixtes, chinoises et étrangères.

1980 : Loi autorisant la propriété familiale de la terre (septembre). Début du procès de la bande des quatre (novembre).

1981 : Hua Guofeng est écarté et remplacé à la tête du parti. Une nouvelle constitution est adoptée l'année suivante. C'est désormais Deng Xiaoping qui détient la réalité du pouvoir.

1983 : Développement d'une vaste campagne contre la criminalité qui aboutit à des milliers d'exécutions capitales.

1984 : Ouverture de quatorze villes côtières aux investissements étrangers. Généralisation de la réforme économique. Suppression du monopole de l'État sur l'achat et la vente des produits agricoles.

1989 : Visite en Chine de M. Gorbatchev. Développement du « printemps de Pékin » réprimé au début du mois de juin par le premier ministre Li Peng. Les sanctions occidentales demeurent limitées. Jiang Zemin s'impose comme le successeur de Zhao Ziyang qui avait engagé le dialogue avec les contestataires et apparaît comme le futur homme fort du pays quand interviendra la disparition de Deng Xiaoping.

1993 : Jiang Zemin devient président de la République. Réunion à Seattle du premier sommet du Forum de coopération économique Asie-Pacifique. Le Comité central décide l'établissement d'une « économie socialiste de marché ».

1996 : Regain de tension en mars dans le détroit de Taiwan, à l'occasion de manoeuvres de l'armée de Pékin.

1997 : Mort de Deng Xiaoping(19 février). La Chine reprend le contrôle de Hong-Kong le 1er juillet. En septembre, à l'occasion du XVe Congrès du Parti, Jiang Zemin s'impose comme l'homme fort du régime.

1999 : La Chine reprend le contrôle de Macao.

Source .
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Déclaration d'indépendance de 1913

Moi, le Dalaï-lama, détenteur le plus omniscient de la foi bouddhiste au titre conféré de par les ordres du Seigneur Bouddha de la glorieuses terre de l'Inde, c'est ainsi que je vous parle .
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A toutes les catégories du peuple tibétain. Le Seigneur Bouddha, du glorieux pays de l'Inde, a prédit que les réincarnations d'Avalokiteshvara, par une succession de gouvernants, à partir des premiers Rois religieux et jusqu'au jour d'aujourd'hui, veilleraient au bonheur du Tibet.

Au temps de Gengis Khan et d'Altan Khan des Mongols, de la dynastie Ming des Chinois et de la dynastie Ts'ing des Mandchous, le Tibet et la Chine ont coopéré sur la base de la relation « maître de religion-protecteur ». il y a quelques années, les autorités chinoises du Sichuan et du Yunnan se sont évertuées à coloniser notre pays. Elles ont amené un nombre important de troupes à l'intérieur du Tibet, sous prétexte d'assurer la police des marchés. En conséquence, avec mes ministres, j'ai quitté Lhassa pour la frontière indo-tibétaine, dans l'espoir de rendre clair par télégraphe à l'Empereur mandchou que la relation entre le Tibet et la Chine avait été de maître de religion à protecteur, et qu'elle n'était pas fondée sur la subordination de l'un à l'autre. Il n'y avait pour moi pas d'autres choix que de franchir la frontière, car les troupes chinoises me suivaient dans l'intention de me prendre mort ou vif.

A mon arrivée en Inde, j'ai envoyé plusieurs télégrammes à l'Empereur, mais sa réponse a mes demandes a été ajournée par des fonctionnaires corrompus à Pékin. Entre-temps, l'empire mandchou s'est effondré. Les Tibétains en ont été encouragés à bouter les Chinois hors du Tibet central. De même, je suis rentré sans dommage en mon pays légitime et sacré, et maintenant, je suis en train de chasser ce qui reste des troupes chinoises du Do-Kham ou Tibet oriental. Maintenant, le dessein chinois de coloniser le Tibet par le biais de la relation « maître de religion-protecteur » s'est dissipé comme un arc-en-ciel dans l'espace. Ayant une fois encore obtenu une période paix et de bonheur pour nous-mêmes, j'enjoins chacun d'entre-vous d'accomplir sans négligence les devoirs suivants :

1. La paix et le bonheur en ce monde ne auraient être maintenus qu'en préservant la foi bouddhiste. Ainsi, il est essentiel de sauvegarder toutes les institutions bouddhiques du Tibet, tels les sanctuaires de Jokhang et Ramotché à Lhassa, Samyé et Tradoug au Tibet méridional, les trois grands monastères, et ainsi de suite.

2. Au Tibet, les diverses lignées bouddhistes doivent être préservées dan,s leur pureté et leurs formes spécifiques. Le bouddhisme doit être enseigné, appris et médité de façon correcte. A certaines exceptions près, il est interdit aux administrateurs des monastères de commercer, de prêter de l'argent, de faire des transactions de diverses bétail ou d'assujettir le s sujets d'autrui.

3. En collectant les impôts ou en traitant avec les sujets-citoyens, les fonctionnaires civils et militaires du gouvernement tibétain devront accomplir leur devoir de façon équitable et honnête, afin de servir le gouvernement sans heurter les intérêts des sujets-citoyens. E... 1. Sous prétexte d'entorses mineures à la loi, des maisons, des propriétés et des terres appartenant à des sujets-citoyens ont été confisquées. Pis encore, des citoyens ont été amputés de membres en guise de châtiment. Pareilles punitions sévères sont désormais interdites.

4. Pays riche en ressources naturelles, le Tibet n'est pas scientifiquement avancé comme d'autres pays. Nous sommes une nation petite, religieuse et indépendante. Pour nous maintenir au niveau du reste du monde, il nous faut défendre notre pays. Eu égard aux invasions étrangères du passé, notre peuple peut devoir affronter certaines difficultés dont il n'est pas besoin de faire cas. En vue de sauvegarder et de maintenir l'indépendance de notre pays, chacun doit travailler dur. Ceux de nos sujets-citoyens qui résident à proximité des frontières doivent être en alerte et informe le gouvernement par messagers spéciaux de tout développement suspect. Nos sujets ne doivent pas créer d'affrontements majeurs en raison d'incidents mineurs.

5. Bien que faiblement peuplé, le Tibet est un grand pays. Certains fonctionnaires et propriétaires empêchent d'autres de faire fructifier des terres vacantes, alors qu'eux-mêmes ne le font point. Ces personnes malintentionnées sont des ennemis de l'Etat et de notre progrès. A partir de maintenant, nul n'a le droit d'empêcher quiconque de cultiver une terre vacante. [...]. La terre appartiendra au cultivateur.

Vos devoirs envers le gouvernement et le peuple auront été accomplis lorsque vous aurez exécuté tout ce que j 'ai dit. La présente Déclaration doit être expédiée et proclamée dans tous les districts du Tibet et copie en sera gardée dans les archives des bureaux de tous les districts.

Fait au Potala,
Sceau du Dalaï-lama,
Le 8eme jour du 1er mois de l'an du Boeuf-d'eau
(début février 1913)

Source : LEVENSON Claude, Tibet, otage de la Chine, Arles, Picquier Poche (Reportages), 2004, p.361-363

Testament du treizième Dalaï-lama

E...'

A l'age de dix-huit ans, bien qu'encore immature, j'ai été appelé à assumer le lourd fardeau des affaires politiques et spirituelles du pays. Je ne me considérais pas comme qualifié pour ce poste, mais puisque les dirigeants politiques et religieux me priaient unanimement d'accepter, de même que l'Empereur chinois, j'ai compris qu'il n'y avait pas d'autres choix.

Dès lors, j'ai du sacrifier mes intérêts personnels et ma liberté individuelle afin d'oeuvrer jour et nuit au bien-être spirituel, social et politique du pays. Cette responsabilité n'avait rien d'une sinécure et pesait lourdement sur mes épaules.

Durant l'année du Dragon de Bois (1905), les armées britanniques ont fait mouvement vers nos frontières et ont commencé à nous menacer. Il aurait été plus simple pour moi de me soumettre à leurs exigences ; or pareil acte aurait aisément mis en danger notre indépendance et notre souveraineté. Aussi, en dépit d'un voyage difficile et hasardeux, je suis parti pour la Mongolie et le Chine mandchoue, deux pays avec lesquels le Grand Cinquième avait établi une relation de mécène à chapelain, et avec lesquels le Tibet partageait des relations fondées sur un respect et un soutien mutuels.

Un accueil chaleureux m'attendait. A Pékin, j'ai été reçu en grande pompe par l'Empereur et l'Impératrice. Je les ai informés de notre situation pour laquelle ils ont montré beaucoup de sympathie.

Toutefois, alors que je séjournais encore à Pékin, tous deux moururent et le nouvel Empereur Xuan Thong leur succéda. Je me suis entretenu avec lui, et j'ai repris la direction du Tibet. Tandis que j'étais en route, l'Amban chinois fit parvenir de faux rapports à l'Empereur, si bien qu'une armée chinoise sous les ordres de Lu Chan commença à envahir le pays depuis l'est. Une fois de plus, en tant que responsable du pays, je fus forcé de quitter ma terre natale et de lutter pour les intérêts nationaux. En dépit des aléas du voyage, je me suis réfugié avec mes ministres et mes hauts fonctionnaires sur la terre sacrée de l'Inde où j'ai fait appel au gouvernement britannique en vue d'entamer des négociations avec la Chine. Les Britanniques ont tout entrepris en ce sens, mais les Chinois ont fait la sourde oreille.

Dans ces circonstances, il n'y avait vraiment rien d'autres à faire que de prier pour que les choses s'arrangent. Et nos prières furent exaucés, car la puissance de la vérité est grande et les forces du karma infaillibles. Une guerre civile éclata en Chine et la situation du Tibet changea complètement. Les troupes chinoises postées dans notre pays furent privées de toute assistance et devinrent stagnantes comme un fleuve dont le courant s'est tari. Petit à petit, nous parvînmes à les déloger et à les chasser de notre pays.

Nous avons repris le contrôle du pays en l'année du Boeuf-d'eau et, depuis lors, nous l'avons dirigé sans la moindre influence étrangère. Ce fut une ère de paix et de prospérité, durant laquelle la population tibétaine put vivre en harmonie et dans la joie. E...1

Nos deux puissants voisins sont l'Inde et la Chine, et tous deux possèdent de puissantes armées. En conséquence, nous devons établir des relations stables avec eux. Il y a également quelques Etats plus petits qui maintiennent une présence militaire conséquente à nos frontières. Aussi est-il important que nous maintenions nous aussi une armée efficace, composée de jeunes soldats, bien entraînes et capables d'assurer la sécurité du pays. Les cinq grandes dégénérescences dominent totalement la vie sur terre, au point que la guerre et les conflits sont devenus inhérents à la structure de la société humaine. Si nous ne nous prémunissons pas contre cette explosion de violence, nous aurons peu de chance de survivre.

Nous devons en particulier nous méfier des barbares communistes, semant terreur et destruction partout où ils passent. Ce sont le spires. Ils ont déjà mis à feu et à sang une grande partie de la Mongolie et pont interdit la recherche de la réincarnation de Jetsun Dampa, le dirigeant spirituel du pays. Ils ont dévalisé et rasé les monastères, enrôlés de force les moines dans leur armée ou les ont abattus sur-le-champ. Ils ont anéanti la religion partout où ils l'ont rencontrée, et même le nom du Bouddha-dharma n'a pas survécu dans leur sillage. [...]

Sous peu, les communistes seront à nos portes. Ce n'est qu'une question de temps avant que nous soyons forcés de les affronter, que cela soit au sein de nos propres rangs ou de l'étranger.

Lorsque le moment viendra, nous devons être prêts à nous défendre. Sinon, nos traditions spirituelles et culturelles seront englouties à jamais. Les noms des dalaï-lamas et des panchen- lamas seront voués à l'oubli, de même que ceux des dépositaires de la foi et des glorieuses réincarnations. Les monastères seront mis à sac et réduits en cendre, les moines et les nonnes chassés ou exterminés. L'oeuvre des grands rois religieux sera à jamais perdue, et toutes nos institutions culturelles et spirituelles seront persécutées ou reléguées dans l'oubli. Le peuple sera dépouillé de ses droits et de ses biens ; nous deviendrons les esclaves de nos envahisseurs et n'aurons plus qu'à errer en vain comme des vagabonds. Tous les êtres vivants seront contraints de côtoyer la misère. Le temps s'écoulera lentement, dans une souffrance et une terreur inéluctables.

Par conséquent, maintenant que les temps sont à la paix et au bonheur, que nous sommes encore capables d'agir librement, nous devons tout entreprendre en vue de nous prémunir contre ce désastre imminent. Faisons usage de méthodes pacifistes, lorsque celles-ci sont dues ; mais n'hésitons pas à recourir à des moyens plus énergiques. Oeuvrons assidûment pendant qu'il est encore temps, afin qu'il n'y ait point de regret plus tard.[.]

Je sais que l'harmonie et la prospérité demeureront au Tibet de mon vivant. Ensuite, des souffrances considérables surgiront et chacun subira les conséquences de ses actes. Mon expérience et ma raison me disent que toutes ces choses vont se dérouler et qu'il est nécessaire que je vous en parle. [...]

Vous m'avez demandé avis et conseil. Voilà qui est fait. Je vous en conjure, prenez-les à coeur et efforcez-vous d'appliquer leur essence à tout ce que vous entreprendrez. N'oubliez pas ce que j'ai dit, l'avenir est entre vos mains. Il est extrêmement important de vaincre ce qui doit être vaincu et d'accomplir ce qui doit l'être. Ne confondez pas les deux.

Source : LEVENSON Claude, Tibet, otage de la Chine, Arles, Picquier Poche (Reportages), 2004, pp 364-369

Accord de libération pacifique du Tibet (ou Accord en 17 points)

Préambule

La nationalité tibétaine est l'une des nationalités ayant une longue histoire à l'intérieur des limites de la Chine et, comme beaucoup d'autres nationalités, elle a accompli son devoir glorieux tout au long du processus de constitution et de développement de notre grande Patrie. Mais au cours des cent dernières années et plus, des forces impérialistes ont pénétré en Chine et, par voie de conséquence, ont pénétré aussi dans la région tibétaine en ayant recours dans leur comportement à toutes sortes de tromperies et de provocations.

Comme les précédents gouvernements réactionnaires, le gouvernement réactionnaire du Kuomintang a continué de mettre en oeuvre une politique d'oppression et de discorde parmi les nationalités, provoquant la division et la désunion au sein du peuple tibétain. Le gouvernement local du Tibet ne s'est pas opposé aux tromperies et aux provocations impérialistes et il a adopté une attitude antipatriotique à l'égard de notre grande Patrie.

Dans ces conditions, la nationalité et le peuple tibétains ont été plongés dans le gouffre de l'esclavage et de la souffrance. En 1949, une victoire fondamentale a été remportée à l'échelle de toute la nation. Dans la guerre de libération du peuple chinois, l'ennemi intérieur commun à toutes les nationalités (le gouvernement réactionnaire du Kuomintang) a été éliminé et l'ennemi extérieur commun à toutes les nationalités (les forces d'agression impérialistes) a été repoussé. C'est sur ce succès qu'a été proclamée la fondation de la République Populaire de Chine et du Gouvernement central populaire.

En accord avec le Programme commun adopté par la Conférence politique consultative populaire de Chine, le Gouvernement central populaire a déclaré que toutes les nationalités à l'intérieur des limites de la République Populaire de Chine étaient égales, qu'elles instaureront l'unité et l'aide mutuelle et s'opposeront à l'impérialisme et à leurs propres ennemis publics de sorte que la République Populaire de Chine deviendra une grande famille de fraternité et de coopération, composée de toutes ses nationalités, et qu'à l'intérieur de cette grande famille de toutes les nationalités de la République Populaire de Chine, une autonomie régionale nationale sera exercée dans les territoires où les minorités nationales sont concentrées, et que toutes les minorités nationales auront la liberté de promouvoir leurs langages écrits et parlés et de préserver ou de réformer leurs coutumes, usages et croyances religieuses, tandis qu'il appartiendra au Gouvernement central populaire d'aider toutes les minorités nationales dans leur oeuvre d'édification politique, économique, culturelle et éducative.

Depuis lors, toutes les nationalités à l'intérieur du pays, à l'exception de celles du Tibet et de Taïwan, ont obtenu leur libération. Sous la conduite unifiée du Gouvernement central populaire et la conduite directe aux plus hauts niveaux du Gouvernement populaire, toutes les minorités nationales jouissent à égalité de leur droit national et ont établi ou sont en voie d'établir une autonomie nationale régionale.

Afin que soit éliminé avec succès l'influence des forces agressives de l'impérialisme au Tibet, que soit accomplie l'unification du territoire et de la souveraineté de la République populaire de Chine et que soit sauvegardée la défense nationale ; afin que la nationalité et le

peuple tibétains soient libérés et retournent dans la famille de la République populaire de Chine pour bénéficier des mêmes droits d'égalité nationale que toutes les autres nationalités dans le pays et qu'ils développent leur travail politique, économique, culturel et éducationnel, le gouvernement central populaire, quand il a donné l'ordre à l'Armée populaire de libération de marcher à l'intérieur du Tibet, a requis du gouvernement local du Tibet qu'il envoie des délégués auprès des autorités centrales afin de mener des entretiens en vue de la conclusion d'un accord sur les mesures pour la libération politique du Tibet.

Au cours de la seconde moitié d'avril 1951, les délégués du gouvernement local du Tibet sont arrivés à Pékin. Le gouvernement central populaire a nommé des représentants pour conduire des entretiens sur une base amicale avec les délégués du gouvernement local du Tibet. En conséquence de ces entretiens, les deux parties sont tombées d'accord pour conclure cet accord et garantir qu'il sera mis en exécution.

1. Le peuple tibétain s'unira et rejettera les forces agressives de l'impérialisme hors du Tibet ; le peuple tibétain retournera au sein de la famille de la mère patrie la République populaire de Chine.

2. Le gouvernement local du Tibet portera activement assistance à l'Armée populaire de libération afin de faciliter son entrée au Tibet et de consolider la défense nationale.

3. En accord avec la politique envers les nationalités inscrites dans le programme commun de la Conférence consultative politique du peuple chinois, le peuple tibétain a le droit d'exercer l'autonomie nationale régionale sous la direction unifiée du gouvernement central populaire.

4. Les autorités centrales n'altèreront pas le système politique existant au Tibet, Les autorités centrales ne modifieront pas non plus le statut établi, les fonctions et les pouvoirs du Dalaï-Lama. Les responsables des divers rangs resteront à leur poste comme d'habitude.

5. Le statut établi, les fonctions et les pouvoirs du Panchen-Lama seront maintenus.

6. Par le statut, les fonctions et les pouvoir du Dalaï-Lama et du Panchen-Lama, il est entendu le statut, les fonctions et les pouvoirs du XIIIème Dalaï-Lama et du IXème Panchen-Lama quand ils entretenaient des relations amicales.

7. La politique de liberté de croyances religieuse inscrite au programme commun de la Conférence consultative politique du peuple chinois sera mise en oeuvre. Les croyances religieuses, les traditions et les coutumes du peuple tibétain seront respectées, et les monastères lamaïques seront protégés. Les autorités centrales ne toucheront pas aux ressources des monastères.

8. Les troupes tibétaines seront réorganisées par étapes au sein de l'Armée populaire de Libération et formeront une partie des forces de défense nationale de la République populaire de la Chine.

9. La langue parlée et écrite, ainsi que l'éducation de la nationalité tibétaine seront développées par étapes, en accord avec les conditions réelles au Tibet.

10. L'agriculture, l'élevage, l'industrie et le commerce du Tibet seront développés par étapes, et les moyens d'existence du peuple seront améliorés également par étapes, en fonction des conditions réelles au Tibet.

11. Pour ce qui est des différentes réformes au Tibet, il n'y aura pas de coercition exercée par les autorités centrales. Le gouvernement local du Tibet pourra mettre en oeuvre les réformes selon son propre gré, et les demandes de réformes formulées par le peuple seront réglées par voie de consultation avec le personnel dirigeant du Tibet.

12. Pour ce qui est des anciens responsables pro-impérialistes ou pro-Kuomintang, s'ils brisent résolument leurs liens avec l'impérialisme et le Kuomintang, sans s'engager dans le sabotage ou la résistance, ils peuvent continuer à assumer leurs responsabilités, quel que soit leur passé.

13. L'Armée populaire de Libération qui entre au Tibet obéira à toutes les politiques ci- dessus mentionnées, sera juste dans les achats et les ventes, et ne s'emparera pas arbitrairement ne serait-ce que d'une aiguille ou d'un morceau de fil appartenant au peuple.

14. Le gouvernement central populaire prendra en charge la direction centralisée de toutes les affaires extérieures du Tibet ; il n'y aura une existence pacifique avec les pays voisins, ainsi que l'établissement et le développement avec eux de relations commerciales justes, fondées sur l'égalité, le profit mutuel et le respect mutuel pour le territoire et la souveraineté.

15. Afin de garantir l'application de l'Accord, le gouvernement central populaire créera une commission militaire et administrative, ainsi qu'un quartier général pour la zone militaire du Tibet, et, outre l'envoi de personnel, absorbera autant de personnel tibétain que possible pour participer à ce travail. Le personnel tibétain local prenant part à la commission militaire et administrative peut inclure des éléments patriotiques du gouvernement local tibétain et originaire des différents district et principaux monastères. La liste des noms sera établie après consultation entre les représentants désignés par le gouvernement central populaire et les divers milieux concernés, et sera soumise au gouvernement central populaire pour approbation.

16. Les fonds nécessaires pour la commission militaire et administrative, ainsi que pour le quartier général de la zone militaire et l'Armée populaire de libération qui entre au Tibet seront fournit par le gouvernement central populaire. Le gouvernement local du Tibet portera assistance à l'Armée populaire de libération pour l'achat et le transport des aliments, du fourrage et des autres besoins quotidiens.

17. Cet accord entre en vigueur immédiatement après sa signature et le dépôt des sceaux.

Signé et cacheté par :

Les délégués du gouvernement central populaire :

Délégué en chef : Li Weihan

Délégués : Zhang Jingwu, Zhang Guohua, Sun Zhiyuan

Les délégués du gouvernement local du Tibet :

Délégué en chef: Ngapo Ngawang Jigmé

Délégués: Dzasak Kemey Sonam Wangdi,, Khentrung Thupten Tenthar; Khenchung

Thupten Lekmuun Rimshi, Samposey Tenzin Thondup.

Pékin, le 23 mai 1951

Source : DONNET Pierre-Antoine, Tibet mort ou vi/, Paris, Gallimard (Folio/Actuel), 1992, p. 367-370

Annexe 15

Plan de paix en cinq points pour le Tibet

Le monde évolue vers une interdépendance toujours plus grande ; par conséquent, nous ne pourrons obtenir une paix durable, tant au plan national, que régional ou global, que si nous pensons en termes d'intérêts très larges plutôt qu'en termes de besoins égoïstes. Aujourd'hui, il est crucial que tous ensemble, les forts et les faibles, nous apportions notre contribution personnelle. Je m'adresse à vous ici à la fois en tant que chef du peuple tibétain et que simple moine bouddhiste acquis aux principes d'une religion fondée sur l'amour et la compassion. Mais avant tout, je suis ici en tant qu'être humain, un être humain qui doit partager cette planète avec vous et tous les autres de nos frères et soeurs. Au fur et à mesure que le monde se fait plus petit, nous avons un besoin toujours plus grand les uns des autres. Ceci est vrai dans le monde entier, y compris dans le continent d'où je viens.

Aujourd'hui en Asie, tout comme ailleurs, les tensions sont fortes. Des conflits ouverts ont éclaté au Moyen Orient, en Asie du Sud-Est et dans mon propre pays, le Tibet. Pour une large part, ces problèmes sont les symptômes des tensions sous-jacentes qui divisent les grandes puissances de cette partie du monde. Pour apporter des solutions aux conflits régionaux, il faut adopter une approche tenant compte des intérêts de tous les pays et de tous les peuples concernés, grands et petits.

Des solutions d'ensemble doivent être formulées, qui prendront en compte les aspirations des gens les plus directement concernés ; des mesures ponctuelles ou de simples expédients ne feraient que créer de nouveaux problèmes. Le peuple tibétain désire ardemment contribuer à la paix dans la région et dans le monde et je crois qu'il se trouve dans une position exceptionnelle lui permettant d'atteindre cet objectif. Par tradition, les Tibétains sont un peuple non-violent et aimant la paix.

Depuis l'introduction du bouddhisme au Tibet il y a plus de mille ans, ils pratiquent la non-violence vis à vis de toute forme de vie. Dans notre pays, cet état d'esprit a également trouvé s'appliquer dans le domaine des relations internationales.

La position hautement stratégique qu'occupe le Tibet au coeur de l'Asie - il sépare les grandes puissances, Inde, Chine et URSS - lui a conféré tout au long de l'histoire un rôle essentiel dans la préservation de la paix et de la stabilité. Ceci est précisément la raison pour laquelle par le passé les empires d'Asie se sont donnés tant de mal pour empêcher les uns et les autres de s'installer au Tibet. L'importance du Tibet comme Etat-tampon indépendant était cruciale pour la stabilité de cette partie du monde.

Lorsque la République populaire de Chine, nouvellement constituée, envahit le Tibet en 1949/50, cela créa une nouvelle source de conflit. Ce point apparut comme évident quand, à la suite du soulèvement national des Tibétains contre les Chinois et de ma fuite en Inde en 1959, les tensions entre la Chine et l'Inde s'aggravèrent jusqu'à déboucher sur une guerre frontalière en 1962. Aujourd'hui, des troupes importantes sont à nouveau massées des deux côtés de la frontière himalayenne et la tension est à nouveau dangereusement forte.

La vraie question, bien sûr, n'est pas la ligne de démarcation de la frontière indotibétaine, mais l'occupation illégale du Tibet par la Chine, qui lui a donnée un accès direct au sous-continent indien. Les autorités chinoises ont tenté de brouiller les cartes en prétendant que le Tibet a toujours fait partie de la Chine. Ceci est faux. Le Tibet était un état complètement indépendant lorsque l'Armée de Libération populaire l'envahit en 1949/50.

Depuis l'unification du Tibet par les empereurs tibétains il y a plus de mille ans, notre pays a réussi à préserver son indépendance jusqu'au milieu de ce siècle. Parfois, le Tibet étendait son influence sur les pays et les peuples avoisinants ; d'autres fois, le Tibet tombait lui-même sous le joug de souverains étrangers puissants, les Khans de Mongolie, les Gurkhas du Népal, les empereurs manchous ou les Anglais d'Inde.

Il n'est bien sûr pas rare que des états soient soumis à une influence ou à des interventions étrangères. Bien que l'exemple le plus évident de ceci soit sans doute les relations établies avec des pays dits satellites, la plupart des grandes puissances exercent leur influence sur des pays alliés ou voisins moins puissants qu'elles. Comme l'ont démontré des travaux de recherches des plus fiables dans le domaine du droit international, dans le cas du Tibet, l'assujettissement occasionnel du pays à l'influence étrangère n'a jamais entraîné une perte de son indépendance. De plus, il ne fait aucun doute que lorsque les armées communistes de Pékin pénétrèrent au Tibet, ce dernier était à tous points de vue un état indépendant.

L'agression chinoise, condamnée pratiquement par toutes les nations du monde libre, a constitué une violation flagrante du droit international. Alors que se poursuit l'occupation militaire du Tibet par la Chine, le monde doit garder présente à l'esprit que, bien que les Tibétains aient perdu leur liberté, du point de vue du droit international, le Tibet reste aujourd'hui un état indépendant soumis à une occupation illégale.

Je n'ai aucunement l'intention d'entamer ici une discussion politico-légale concernant le statut du Tibet. Je désire seulement insister sur le fait évident et incontesté que nous, Tibétains, sommes un peuple distinct possédant notre propre culture, langue, religion et histoire. Libéré de l'occupation chinoise, le Tibet continuerait à remplir aujourd'hui son rôle naturel d'Etat-tampon, préservant et favorisant la paix en Asie.

Mon désir le plus cher, à moi ainsi qu'au peuple tibétain, est de rendre au Tibet ce rôle précieux, en transformant à nouveau le pays tout entier, c'est-à-dire l'ensemble des trois provinces d'U-Tsang, du Kham et de l'Amdo, en une zone où régneraient stabilité, paix et harmonie. Dans la meilleure des traditions bouddhistes, le Tibet offrirait ses services et son hospitalité à tous ceux qui oeuvrent pour la cause de la paix dans le monde, pour le bien-être de l'humanité et pour la protection de l'environnement naturel qui est notre bien commun.

En dépit de l'holocauste dont a souffert notre peuple durant les décennies passées sous l'occupation, je me suis toujours employé à trouver une solution par des discussions directes et sincères avec les Chinois. En 1982, à la suite du changement de direction à la tête du parti en Chine et de l'établissement de contacts directs avec le gouvernement de Pékin, j'ai envoyé mes représentants à Pékin pour engager un dialogue ouvert à propos de l'avenir de mon pays et de mon peuple.

Nous avons ouvert le dialogue dans un esprit sincère et positif, avec la volonté de prendre en compte les besoins légitimes de la République populaire de Chine. J'ai espéré que cette attitude serait réciproque et qu'il était possible d'aboutir à une solution qui satisferait et préserverait les aspirations et les intérêts des deux partis. Malheureusement, la Chine ne cesse de répondre à nos efforts de manière défensive, comme si notre inventaire des difficultés bien réelles rencontrées par le Tibet n'était rien d'autre qu'une critique pure et simple.

Encore plus navrant a été le fait que le gouvernement chinois a laissé échapper l'occasion d'un vrai échange en détournant le dialogue. Au lieu d'aborder les vraies questions concernant les six millions de Tibétains, la Chine a tenté de réduire le problème du Tibet à une discussion à propos de mon statut personnel.

C'est dans ce contexte et en réponse au soutien et aux encouragements extraordinaires que

j'ai de vous et d'autres personnes rencontrées pendant ce voyage que je souhaite aujourd'hui

mettre au clair les principaux aspects de la question et proposer, dans un esprit d'ouverture et de conciliation, de faire un premier pas vers une solution à long terme.

J'espère que ceci pourra contribuer à un avenir fait d'amitié et de coopération avec tous nos voisins, y compris avec le peuple chinois.

Ce plan de paix contient cinq éléments fondamentaux :

1. Transformation de l'ensemble du Tibet en une zone de paix ;

2. Abandon par la Chine de sa politique de transfert de population qui met en danger l'existence des Tibétains en tant que peuple ;

3. Respect des droits fondamentaux et des libertés démocratiques du peuple tibétain ;

4. Restauration et protection de l'environnement naturel du Tibet, ainsi que cessation par la Chine de sa politique d'utilisation du Tibet dans la production d'armes nucléaires et pour y ensevelir des déchets nucléaires ;

5. Engagement de négociations sérieuses à propos du statut futur du Tibet et des relations entre les peuples tibétain et chinois.

Permettez-moi à présent de développer ces cinq éléments :

1. Transformation de l'ensemble du Tibet en une zone de paix

Je propose que le Tibet tout entier, y compris les provinces orientales du Kham et de 1 'Amdo, devienne une zone d'Ahimsa, vocabulaire hindi utilisé pour désigner un état de paix et de non-violence.

L'établissement d'une telle zone de paix correspondrait bien au rôle historiquement joué par le Tibet, celui d'une nation bouddhiste pacifique et neutre et d'un Etat-tampon séparant les grandes puissances du continent. Cela correspondrait également à la proposition du Népal de se proclamer zone de paix et au soutien déclaré de la Chine pour une telle proposition.

La zone de paix proposée par le Népal prendrait une influence beaucoup plus grande si elle devait inclure le Tibet ainsi que d'autres régions environnantes.

La création dune zone de paix au Tibet nécessiterait le retrait des troupes et des installations militaires chinoises, ce qui permettrait du même coup à l'Inde de retirer ses troupes et ses installations militaires des régions himalayennes situées en bordure du Tibet.

Ceci serait effectué dans le cadre d'un accord international qui tiendrait compte des besoins légitimes de la Chine en matière de sécurité et contribuerait à développer la confiance entre les peuples, tibétain, indien, chinois et autres, installés dans la région. Un tel projet est de l'intérêt de tous, en particulier de la Chine et de l'Inde, car il permettrait d'assurer une plus grande sécurité, tout en réduisant le poids économique que représente la nécessite de maintenir des troupes le long de la frontière himalayenne, objet de contestation.

Historiquement, les relations sino-indiennes n'ont jamais été tendues. Les tensions entre les deux puissances commencèrent seulement à partir du moment où les armées chinoises pénétrèrent au Tibet, créant pour la première fois une frontière commune entre les deux pays ; ceci eut pour résultat d'amener la guerre de 1962.

Depuis lors, de nombreux incidents potentiellement dangereux n'ont cessé de se produire. Le rétablissement de bonnes relations entre les deux pays les plus peuplés au monde serait grandement facilité s'ils étaient séparés, comme ils l'ont toujours été au cours de l'histoire, par une région vaste et amicale qui jouerait le rôle de tampon.

Pour que s'améliorent les relations entre Tibétains et Chinois, la première des conditions est la création d'un sentiment de confiance après l'holocauste des dernières décennies, au cours duquel plus d'un million de Tibétains, soit un sixième de la population, ont perdu la vie et un nombre au moins égal a été placé en détention dans des prisons en raison de leurs croyances religieuses et leur amour de la liberté, seul un retrait des troupes chinoises pourrait enclencher un authentique processus de réconciliation.

Les importantes forces d'occupation présentes au Tibet rappellent quotidiennement aux Tibétains l'oppression et la souffrance dont ils sont tous les victimes. Un retrait des troupes serait le signe essentiel indiquant que désormais des relations positives avec les Chinois peuvent se développer, basées sur l'amitié et la confiance.

2. Abandon par la Chine de sa politique de transfert de population qui met en danger l'existence des Tibétains en tant que peuple

Les transferts de population chinoise au Tibet, que le gouvernement de Pékin continue d'effectuer dans le but d'imposer une « solution définitive » au problème tibétain en réduisant la population tibétaine à une minorité insignifiante, privée de ses droits civiques, doivent cesser.

Le transfert massif de civils chinois au Tibet en contravention de la quatrième Convention de Genève de 1949 menace l'existence même des Tibétains en tant que peuple distinct.

Dans les régions orientales de notre pays, les Chinois dépassent à présent très largement les Tibétains par le nombre. Par exemple, dans la province d' Amdo où je suis né, on compte d'après les statistiques chinoises 25 millions de Chinois pour seulement 750 000 Tibétains. Même dans la soi-disant Région autonome du Tibet, c'est-à-dire au Tibet central et occidental, les sources gouvernementales chinoises confirment que les Chinois sont à présent plus nombreux que les Tibétains.

La politique chinoise de transfert de population n'est pas nouvelle. Elle a déjà été systématiquement appliquée dans d'autres régions. Au début de ce siècle, les Manchou formaient une race distincte, avec une culture et des traditions propres.

Aujourd'hui, il ne reste plus que 2 ou 3 millions de Manchou en Manchourie, contre 75 millions de Chinois qui sont venus s'y installer.

Au Turkestan oriental, rebaptisé Sinkiang par les Chinois, la population chinoise est passée de 200 000 en 1949 à 7 millions, soit plus de la moitié d'une population totale de 13 millions. A la suite de la colonisation chinoise de la Mongolie intérieure, on dénombre 8,5 millions de Chinois dans cette région pour 2,5 millions de Mongols.

Aujourd'hui, sur l'ensemble du territoire tibétain, 7,5 millions de colons chinois ont déjà été expédiés, dépassant une population tibétaine de 6 millions. Au Tibet central et occidental, désigné à présent sous l'appellation « Région autonome du Tibet » par les Chinois, les sources chinoises reconnaissent que les 1,9 millions de Tibétains constituent à présent une minorité au sein de la population.

De plus, ces chiffres ne tiennent pas compte de l'occupation militaire estimée entre 300 000 et 500 000, dont 250 000 dans la soi-disant Région autonome du Tibet.

Pour que les Tibétains puissent survivre en tant que peuple, il est impératif que cessent les transferts de population et que les colons chinois rentrent en Chine.

Autrement, les Tibétains ne seront bientôt plus qu'une attraction pour touristes et la relique témoignant d'un noble passé.

3. Respect des droits fondamentaux et des libertés démocratiques du peuple tibétain

Les droits fondamentaux et les libertés démocratiques doivent être respectés au Tibet. Le peuple tibétain doit à nouveau être libre de se développer culturellement, intellectuellement, économiquement et spirituellement et de jouir des libertés démocratiques fondamentales.

Les violations des droits de 1 'homme au Tibet sont parmi les cas les plus graves au monde. La discrimination y est pratiquée sous la forme d'une politique d'apartheid, que les Chinois appellent « ségrégation et assimilation ».

Les Tibétains sont, au mieux, des citoyens de seconde classe dans leur propre pays. Privés de tous leurs droits et libertés démocratiques fondamentaux, ils sont placés sous une administration coloniale au sein de laquelle le pouvoir réel est exercé par les leaders chinois du parti communiste et par l'armée.

Bien que le gouvernement chinois permette aux Tibétains de reconstruire certains monastères bouddhistes et d'y pratiquer leur culte, il interdit encore une étude et un enseignement formels de la religion. Seul un petit nombre d'individus agréés par le parti communiste a le droit d'aller vivre dans les monastères.

Alors que les Tibétains en exil exercent pleinement leurs droits démocratiques grâce à une constitution promulguée par moi-même en 1963, des milliers de leurs compatriotes souffrent dans des prisons et des camps de travail au Tibet en raison de leurs convictions politiques et religieuses.

4. Restauration et protection de l'environnement naturel du Tibet, ainsi que cessation par la Chine de sa politique d'utilisation du Tibet dans la production d'armes nucléaires et pour y ensevelir des déchets nucléaires

Des efforts sérieux doivent être entrepris afin de restaurer l'environnement naturel au Tibet.

Le Tibet ne doit pas être utilisé pour fabriquer des armes nucléaires, ni pour y ensevelir des déchets nucléaires.

Les Tibétains ont un grand respect pour toute forme de vie. Ce sentiment profondément ancré en eux est renforcé par leur foi bouddhiste, qui interdit de faire du mal à toute créature, humaine ou animale.

Avant l'invasion chinoise, le Tibet était un sanctuaire sauvage intact dans un environnement naturel unique.

Tristement, au cours des récentes décennies, la vie animale et les forêts du Tibet ont été presque entièrement détruites par les Chinois.

Les effets sur le fragile environnement tibétain ont été dévastateurs. Le peu qui reste doit être protégé et des efforts doivent être faits pour ramener un équilibre au sein de cet environnement.

La Chine exploite le Tibet dans sa production d'armes nucléaires et a peut-être commencé à enfouir ses déchets nucléaires dans le sous-sol tibétain.

Elle a non seulement l'intention d'amener ses propres déchets nucléaires au Tibet, mais également ceux d'autres pays qui ont déjà convenu de payer Pékin afin qu'elle les débarrasse de leurs matières toxiques.

Les dangers que ceci présente sont évidents. Non seulement la population actuelle, mais aussi les générations à venir, sont menacées par le peu de cas que la Chine fait de cet environnement unique et fragile du Tibet.

5. Engagement de négociations sérieuses à propos du statut futur du Tibet et des relations entre les peuples tibétain et chinois

Des négociations sérieuses concernant le statut futur du Tibet et les relations entre les deux peuples, chinois et tibétain, devraient être entamées.

Nous souhaitons aborder ce sujet dans une attitude raisonnable et réaliste, dans un esprit de franchise et de conciliation et dans la perspective d'aboutir à une solution qui dans le long terme satisfera les intérêts de tous, Tibétains, Chinois, ainsi que tous les autres peuples concernés.

Les Tibétains et les Chinois constituent deux peuples distincts, chacun ayant son pays, son histoire, sa culture, sa langue et son mode de vie.

Les différences entre peuples doivent être reconnues et respectées. Elles ne doivent pas cependant représenter des obstacles à une coopération véritable lorsque cette dernière est de l'intérêt des deux peuples.

Je crois sincèrement que si les parties concernées pouvaient se rencontrer et discuter de leur avenir avec une ouverture d'esprit et le désir sincère d'aboutir à une solution satisfaisante et équitable, on pourrait réaliser une avancée considérable.

Nous devons tous nous employer à exercer notre sens de la raison et notre sagesse et nous rencontrer dans un esprit d'ouverture et de compréhension.

Permettez-moi de terminer sur une note personnelle.

Je souhaite vous remercier pour l'intérêt et le soutien que vous et tant de vos collègues et concitoyens ont exprimés pour les souffrances endurées par les peuples opprimés partout dans le monde.

Le fait que vous ayez publiquement témoigné de votre sympathie à notre égard, nous Tibétains, a déjà eu un effet positif sur la vie de notre peuple au Tibet.

Je vous demande de continuer à nous soutenir durant cette période critique de l'histoire de notre pays.

Allocution de Sa Sainteté le Dalaï Lama, Washington, 21 septembre 1987

Source : DONNET Pierre-Antoine, Tibet mort ou vi/, Paris, Gallimard (Folio/Actuel), 1992, p. 371-377

Annexe 16

Entretien avec Claude Levenson

Claude Levenson est l'auteur de nombreux ouvrages sur le Tibet, dont La Chine envahit le Tibet . 1949-195 , Tibet, un peuple en sursis , Tibet, otage de la Chine.

Question 1 : Quel est votre avis concernant l'indépendance du Tibet ? Est-ce une cause sans avenir, utopique, ou bien est-elle envisageable ? Pour quelles raisons ?

En quoi serait-ce une cause sans avenir ? Dans le monde tel qu'il va, comment accepter qu'un peuple, en l'occurrence le tibétain, soit privé de son droit à l'autodétermination tel que préconisé dans les normes internationales ? Pourquoi des pays nettement moins grands jouiraient-ils de cette faculté, et d'autres pas ?n'oubliez pas que selon les normes internationales, un Etat indépendant a les caractéristiques suivantes : un territoire, une langue, une culture (ou civilisation), un gouvernement qui assure l'administration et bat monnaie, des frontières et des relations avec les pays voisins (le Tibet en avait peu, mais en avait suffisamment pour ne pas être ravalé au rang de minorité, et d'ailleurs, il est significatif que le régime communiste ait éprouvé le besoin de signer un traité (celui de mai 1951, dit Accord en 17 points) pour couvrir son annexion par la force d'un pays voisin), une armée, un drapeau, un service de transport et de communication : autant de traits distinctifs dans lesquels s'inscrivait parfaitement le Tibet avant l'invasion chinoise.

Si c'est une cause sans avenir, pourquoi les Tibétains s'y rattachent ? Utopique ? Aucune frontière n'est jamais intangible -- voyez pour exemple les pays baltes, ceux de l'ex- Yougoslavie, ou encore des pays de formation relativement récente : l'Irak dans les années 1920, et pourquoi pas l'entrée en souveraineté des anciennes colonies de divers pays européens ? C'était précisément au moment où le Tibet passait sous le joug colonial chinois ; et aujourd'hui, selon les critères des Nations Unies, il paraît que l'ère des colonies est révolue...

Question 2 : Quelle est la position du Dalaï-lama sur le Tibet ? Exprime-t-il une revendication indépendantiste, autonomiste, fédéraliste ?

Le Dalaï-lama ne réclame plus l'indépendance depuis 1987/1989, lorsqu'il a présenté un plan en 5 points notamment au Parlement européen à Strasbourg pour tenter de trouver une solution à l'amiable avec Pékin. L'autonomie qu'il réclame, estimant que le Tibet peut avoir quelque chose à gagner en matière de développement économique et de modernisation, est une autonomie réelle et complète en ce qui concerne les affaires intérieures du Tibet, c'est-à- dire notamment l'éducation, la langue, la culture, l'exploitation des ressources au bénéfice des Tibétains et non pour l'enrichissement de la Chine. Il laisserait au gouvernement central les affaires étrangères et la défense. Ces dispositions sont d'ailleurs prévues dans la Constitution chinoise, et la Dalaï-lama ne fait que réclamer son respect dans la pratique, afin de préserver la civilisation tibétaine au profit de tous.

Question 3 : Pouvez-vous m'expliquer le fonctionnement du gouvernement tibétain en exil ? Quel est son rôle auprès de la communauté en exil ?

Je crois que vous devriez voir le site du gouvernement en exil pour voir son fonctionnement exact, dans les détails. Son rôle est essentiel pour veiller, dans les conditions actuelles, au bien-être des Tibétains en exil et d'assurer à la fois leur survie dans l'exil et la préservation d'un héritage ancestral important pour l'ensemble de la communauté humaine. Il joue également un rôle de représentation auprès de diverses instances internationales, afin de défendre les intérêts des Tibétains tant de l'exil que de l'intérieur du Tibet, pour que ce différend ne passe pas aux oubliettes de l'histoire et que le peuple tibétain ne soit pas noyé par une sinisation rampante et délibérée.

Question 4 : Où en sont les négociations entre le gouvernement en exil et le gouvernement chinois ? On parle de la volonté du Dalaï-lama de se rendre en pèlerinage en Chine, qu'en est-il ?

Pour l'instant, depuis 2002, il y a eu cinq rencontres officielles entre des représentants du Dalaï-lama et des officiels chinois (de rang subalterne, sans pouvoir de décision) qui se limitent à des entretiens sur les points litigieux, dans le but de préparer d'éventuelles discussions. Effectivement, le Dalaï-lama a exprimé le souhait de se rendre en pèlerinage à divers sites bouddhistes en Chine ; si cette démarche était acceptée, ce pourrait être un geste en mesure de déblayer pratiquement le terrain pour des discussions plus sérieuses et ce pourrait être interprété comme un geste de bonne volonté. Mais on est encore loin de là...

Question 5 : Pensez-vous que l'on puisse envisager le fédéralisme comme une solution au « problème tibétain » ?

Pourquoi pas ? Le Dalaï-lama a accordé une attention particulière ces dernières années aux divers projets d'autonomie régionale mis en place notamment en Europe (Italie, Autriche, Espagne, Suisse) et le fédéralisme pourrait théoriquement entrer en ligne de compte. A condition que chacune des parties joue loyalement le jeu...

Question 6 : Concernant la démocratisation de la Chine, pensez-vous qu'elle soit envisageable ?

Pourquoi pas ? En quoi les Chinois seraient-ils si différents des autres peuples qu'ils ne désireraient ni ne mériteraient de vivre dans des structures démocratiques ? Simplement, ça prend du temps, et encore faut-il que le régime autoritaire (pour ne pas dire la dictature) qui les gouverne soit en mesure de comprendre son propre intérêt et de céder sa place sans effusion de sang : ce qui est une autre histoire.

Question 7 : Pouvez-vous me parlez de la position de différents Etats quant à la question tibétaine, Etats-Unis, France, Inde, et d'autres pays que vous connaissez ?

Vaste question... aucun gouvernement n'a eu jusqu'ici le courage de reconnaître officiellement l'administration tibétaine en exil, en raison d'une peur (à mon avis mal placée et fort peu judicieuse) des réactions des autorités chinoises. L'Inde au moins a accueilli l'essentiel des réfugiés, et continue d'avoir une attitude, disons, correcte ou à peu près envers eux. Les Etats-Unis, ou plutôt les élus/représentants ou sénateurs, passent des résolutions officielles qui ne sont suivies d'aucun résultat pratique, le gouvernement étant lui-même

empêtré dans ses propres contradictions et intérêts, ce qui est également le cas pour le gouvernement français et bien d'autres. Le Parlement européen recommande des résolutions et proclame son appui à la recherche d'une solution pacifique... autant de mots sans effet pratique. Les ays asiatiques craignent également de se mettre la chine à dos à l'heure de la globalisation et de l'économie à tout va : rien de bien réjouissant, sans doute, à l'heure où l'éthique ou la simple morale sont de peu de poids dans les relations internationales.

Question 8 : Historiquement, que pouvez-vous me dire de l'indépendance du Tibet avant l'invasion chinoise ? On parle d'une indépendance de fait, de relations de suzeraineté entre la Chine et le Tibet, qu'en est-il ?

Question d'interprétation --le régime chinois parle de suzeraineté et revendique l'héritage impérial, ce qui est curieux pour un gouvernement qui se veut en même temps champion de la décolonisation et du droit des peuples à l'autodétermination. Les Tibétains de leur côté estiment avoir toujours gardé leur indépendance, quand bien même les relations de bon (ou mauvais) voisinage avec la Chine ont connu des hauts et des bas au fil d'un histoire multiséculaire. Dans les faits, nombre de juristes internationaux estiment que le Tibet a joui d'une indépendance de facto sinon de jure avant d'être militairement envahi, puis annexé par la République populaire de Chine.

Question 9 : pourquoi vous, personnellement, vous êtes-vous engager pour cette cause ?

Parce qu'elle était peu ou mal connue lorsque j'ai eu l'occasion en 1984 de me rendre pour la première fois sur place et surtout parce qu'elle reflète à elle toute seule toutes les contradictions de notre époque, que ses diverses facettes donnent la mesure de la plupart des défis que notre société dans son ensemble doit aujourd'hui relever (respect et protection des droits de l'homme ; du droit des peuples à l'autodétermination ; protection de l'environnement - le Tibet est le château d'eau de l'Asie en particulier ; décolonisation ; exploitation anarchique des ressources et des richesses de la terre -- au nom de quoi, de qui ?; dans quelle société et dans quelles relations souhaitons-nous vivre ?)

Question 10 : Quel est le rôle des ONG et des associations tibétaines dans la cause ? Quelles sont les réussites des actions qu'elles entreprennent (libération de prisonniers, engagement des Etats ou des Parlements) ?

Un rôle important, voire essentiel --afin que cette cause ne soit ni négligée ni oubliée ; vous le mentionnez vous-même : libération de prisonniers, prise de conscience (trop lente, hélas) dans l'opinion et les parlements de l'urgence de trouver une solution : dans notre monde marqué par l'interdépendance des relations, ce qui se fit ou non au Tibet concerne l'ensemble de la communauté humaine sur laquelle les répercussions sont nombreuses.

Table des matières

Introduction 6

Partie 1 : Les relations sino-tibétaines : histoire et controverses 11

Chapitre 1 : Le Tibet, un pays au statut changeant 12

1. L'indépendance, enjeu géopolitique majeur 12

1.1 Indépendance 12

1.2 Le droit à l'autodétermination 14

1.3 Souveraineté, suzeraineté : des notions liées mais utilisés différemment 15

2. L'histoire du Tibet 16

2.1 Les origines du Tibet : mythes, légendes et réalités 16

2.2 Le royaume tibétain et ses monarques 17

2.3 L'histoire du Tibet, à l'ombre de l'influence chinoise 17

2.4 Les hordes mongoles à l'assaut de la Chine 18

2.5 Le Tibet à l'aube du vingtième siècle 19

3. Le Tibet : religion et société 20

3.1 Le bouddhisme tibétain, entre Grand véhicule et véhicule de Diamant 20

3.2 La société tibétaine avant 1950, entre féodalisme et harmonie sociale 21

4. L'indépendance historique du Tibet en débat 24

4.1 L'histoire du Tibet revisitée par la Chine communiste 24

4.2 L'histoire du Tibet par les Tibétains : à la recherche des preuves de l'indépendance

26

4.3 Un point de vue international de l'indépendance du Tibet 29

Chapitre 2: L'invasion du Tibet 32

1. L'invasion du Tibet et ses motivations: « libérer le Tibet du féodalisme » et « de

l'impérialisme étranger » 32

1.1 Géographie du Tibet 32

1.2 La conquête du pouvoir par les communistes en Chine 33

1.3 L'invasion du Tibet 34

1.3 Les motifs de l'intervention : « libérer le Tibet du féodalisme » et de

« l'impérialisme étranger » 37

2. Le mythe de la grande Chine : politique colonialiste et expansionniste 40

2.1 La notion de frontière et les frontières de la Chine avant l'ère maoïste 40

2.2 Le maoïsme colonialiste et expansionniste 42

Chapitre 3: La politique de la Chine à l'égard des minorités 44

1. La Chine multinationale : les différentes minorités chinoises et les Hans 44

1.1 Les minorités chinoises 44

1.2 La domination des Hans en Chine, entre chauvinisme et impérialisme culturel 44

2. La gestion des minorités et la plurinationalité chinoise vues par les communistes 45

2.1 La Constitution et les minorités 45

2.2 La politique chinoise à l'encontre du marxisme -léninisme 46

3. Mao et le Tibet : une relation houleuse et douloureuse 47

3.1 Mao et la fondation du Parti communiste chinois 47

3.2 Les politiques maoïstes, grandes purges et Grand bond en avant 49

3.3 La Révolution culturelle ou l'emprise du maoïsme sur la société chinoise 51

3.4 Le « Tocsin de la Révolution culturelle » au Tibet 52

4. Les successeurs du Grand Timonier, à la recherche de la stabilité de la Chine 53

4.1 Deng Xiaoping, entre libéralisation et répression 54

4.2 L'après Deng, entre ouverture et stagnation 55

Partie 2 : Une indépendance de plus en plus improbable 58

Chapitre 1 : Génocide et colonisation, une minorité tibétaine dans la masse han 59

1. Bilan du génocide 59

1.1 Génocide, une notion née d'une histoire douloureuse 59

1.2 Le génocide au Tibet, invention tibétaine ou réalité chinoise ' 61

1.3 La reconnaissance internationale du génocide tibétain : entre déni et institutionnalisation 63

2. Politique colonialiste actuelle et discrimination à l'encontre des Tibétains 64

2.1 Un Tibet colonisé et sinisé 64

2.2 Conséquences néfastes de la colonisation 67

2.3 L'instauration d'une ségrégation entre les Hans et les Tibétains 68

3. Lutte contre les velléités indépendantistes 69

3.1 L'indépendantisme tibétain 69

3.2 La répression politique 71

Chapitre 2 : Le Tibet, zone stratégique vitale pour la Chine 72

1. Entre Grenier de la Chine et château d'eau de l'Asie, une région riche en ressources

72

1.1 Les ressources naturelles du Tibet, au coeur des intérêts chinois 72

1.2 Des ressources minérales et énergétiques vitales pour l'empire du milieu 74

2. Le plateau tibétain, région stratégique au coeur du sous-continent indien 76

2.1 Le Tibet comme zone géographique constitutive de la puissance chinoise 76

2.2 Une zone militarisée et nucléarisée 77

Chapitre 3 : Le gouvernement tibétain en exil et le gouvernement chinois : de l'échec des négociations à la recherche d'un compromis 78

1. Les différentes tentatives de négociations entre les deux autorités, gouvernement en

exil et gouvernement chinois 78

1.1 Un processus de négociation soumis à des réticences et des difficultés 78

1.2 Un processus inégal et défavorable à l'indépendance du Tibet 80

2. L'abandon de la revendication indépendantiste par le Dalaï-lama et l'ambiguïté des

positions tibétaines et internationales 81

2.1 L'autonomie plutôt que l'indépendance 81

2.2 Ambivalence des positions tibétaines 82

2.3 Le paradoxe de l'intervention d'acteurs extérieurs dans le processus de

négociations : décredibilisation du gouvernement en exil et contradiction dans la politique menée 84

Chapitre 4 : Une communauté internationale inactive et indifférente 86

1. La primauté du système économique mondial sur le régime international de protection

des droits de l'homme 86

1.1 La Chine comme nouvelle puissance économique mondiale... 86

1.2 . . .ou la « dissolution des droits de l'homme dans le coca-cola » 87

1.3 Le relativisme culturel dans l'application des droits de l'homme en Chine : une

« voie asiatique » ' 89

2. Les Etats et la question tibétaine 90

2.1 Le droit d'ingérence et la solidarité internationale soumis à la real-politik 91

2.2 L'indifférence des Etats vis-à-vis du Tibet : un dialogue de sourd avec la Chine 92

3. Le dialogue critique mené par l'Union européenne: promotion des droits de l'homme en Chine et absence de contrainte 94
3.1 La politique étrangère européenne à l'ombre des intérêts économiques de ses Etats

membres 94

3.2 Des relations économiques en pleine expansion 95

3.3 L'UE et le « dialogue critique », ou la critique sans la contrainte 97

4. Une couverture médiatique de l'actualité tibétaine réduite à la portion congrue 99

4.1 Les médias occidentaux et le Tibet, amours et désaveu 100

4.2 Les médias chinois et le Tibet, entre censure et propagande 101

Partie 3 : Tibet libre : des éléments porteurs d'espoirs 105

Chapitre 1 : La communauté en exil et son rôle dans la sauvegarde de l'identité tibétaine 107

1. Fonction, rôle du Dalaï-lama sur la scène internationale 107

1.1 Le Dalaï-lama comme chef spirituel et temporel du Tibet avant 1959 107

1.2 Le Dalaï-lama comme chef temporel du gouvernement en exil 109

1.3 Le Dalaï-lama comme personnalité internationale 111

2. La place centrale de la communauté en exil 112

2.1 La diaspora tibétaine 112

2.2 Une communauté qui préserve la culture et l'identité tibétaine 114

Chapitre 2: Solidarité de la société civile internationale 115

1. Le rôle des associations dans la promotion de la cause tibétaine 115

1.1 Typologie d'actions des associations 115

1.2 Les personnalités mondiales au service de la cause tibétaine 116

2. Rôle du Parlement européen et du Congrès américain dans la promotion et la défense

de la cause tibétaine 117

2.1 Les résolutions du Parlement européen portant sur le Tibet 117

2.2 La position du Parlement européen sur la question du Tibet : reconnaissance des

faits historiques et action du lobbying pro-tibétain 119

2.3 L'action du Congrès américain 121

2.4 Les ONG et les droits de l'homme en Chine et au Tibet 123

Chapitre 3: Les espoirs de démocratie en Chine 123

1. Le système politique chinois, entre totalitarisme et autoritarisme 124

1.1 Le totalitarisme maoïste 124

1.2 « L'autoritarisme à la chinoise » 125

2. La démocratie en Chine, des Printemps de Pékin aux mouvements pro-démocratiques

contemporains 126

2.1 Passé et présent du courant démocratique 127

2.2 Le mouvement pro-démocratique en Chine 129

2.3 La démocratie dans l'exil 131

3. La démocratie comme solution au problème tibétain 132

3.1 Démocratie et gestion des minorités 132

3.2 Démocratisation chinoise et indépendance du Tibet 132

Chapitre 4 : Envisager d'autres solutions ? 134

1. « Un pays deux systèmes », modèle pour le Tibet ? 134

1.1 Les caractéristiques du système hongkongais 134

1.2 Un modèle applicable au Tibet 135

2. D'autres solutions ? 136

2.1 Un aménagement de l'autonomie, ou l'autonomie multiforme 136

2.2 Le fédéralisme, solution idéale ' 138

Conclusion 140

Bibliographie 144

Table des annexes 152