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tourisme et développement : comment le tourisme s'est il imposé au sein du renouveau théorique

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par Nicolas Lehoucq
ILERI - Master 2007
  

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II.2. Les besoins du tourisme nécessitent l'investissement de l'Etat

Au regard des statistiques établies par l'OMT, on se rend compte que parmi les pays en développement, ce sont les pays les plus en retard qui accusent, en général, des déficits touristiques135(*). En effet, ils ne disposent pas des infrastructures de transport, d'hébergement et de restauration, pour répondre de façon satisfaisante à la demande touristique internationale. Par conséquent, ils n'ont qu'une clientèle touristique faible voire très faible. En Afrique, la sous région occidentale est celle qui présente les déficits les plus élevés, suivie de l'Afrique centrale et l'Afrique Australe. Un des objectifs essentiels de leur politique touristique est, en conséquence, de procéder aux aménagements touristiques qui permettront de recevoir un flux accru de touristes étrangers et ainsi d'équilibrer leur balance, voire de la rendre positive.

Dans ce contexte, le pays sous-développé se doit d'investir136(*) ; les concours financiers au pays en développement sont apportés sous forme de prêts à long terme par la Banque Mondiale, de prêts à taux d'intérêt bonifié via l'Agence Internationale de Développement et de prise de participation des Sociétés Financières Internationales137(*). Il convient de remarquer cependant l'insuffisance du financement concernant directement les investisseurs touristiques. Cette insuffisance conduit, pour de nombreux pays à une sous-exploitation économique de leur potentiel touristique et pénalise une forme de développement bien adaptée à la situation de certains pays.

Ceci est notamment dû au fait que pour les pays en développement, les exigences des investisseurs notamment internationaux sont très élevées avec des taux de retour sur investissement de l'ordre de trois à quatre ans pour tout investissement touristique dans ces pays. Ceci implique la nécessité de laisser à la charge des gouvernements le financement des infrastructures, très souvent onéreuses.

Face à cette donne, l'Etat doit :

II.2.1.1.1. Déterminer les objectifs et les moyens des politiques macro économiques de développement touristique
II.2.1.1.2. Evaluer les effets multiplicateurs de ces politiques sur la production et sur la consommation
II.2.1.1.3. Rechercher les limites de ces politiques face à la protection de l'environnement naturel et social

En répondant à ces trois objectifs, l'Etat pourra ainsi développer le secteur du tourisme en répondant aux besoins de ces derniers, tout en favorisant le développement de sa population.

1. Répondre aux besoins...

Le tourisme comprend des besoins primaires clairement définis: il faut pouvoir acheminer les touristes, les héberger en répondant le plus possible aux normes occidentales, les faire circuler rapidement et confortablement ; il faut également leur offrir un service de qualité138(*).

Le besoin d'infrastructures

Développer le tourisme exige la construction d'infrastructures importantes qui représentent des investissements énormes alors même que la grande majorité de la population du pays ne profitera pas de telles infrastructures139(*). En effet, dans les pays du Sud, la grande majorité de la population n'a pas d'appareils électriques et ne dispose pas de véhicules pour utiliser les routes. Dans ce contexte, le développement de voies de communication ou de réseaux électrique ne conférera presque aucun avantage à une grande partie de la population qui n'a ni les moyens ni les capacités financières pour utiliser les nouvelles infrastructures.

Malgré tout sans infrastructures, on ne peut développer le tourisme, cependant dans le cadre des pays en développement, il conviendra de faire coïncider au maximum la création d'infrastructures avec les intérêts du développement local. Ou tout au moins de ne pas utiliser l'ensemble des profits générés par le tourisme pour uniquement des biens sans rapport avec le développement du bien être local.

Par ailleurs, des régions telles que l'Afrique et l'Asie du Sud ne disposent pas des infrastructures d'accueil et de transport suffisantes. Il convient donc aux Etats de favoriser les investissements privés par le biais d'une fiscalité ou d'un droit avantageux afin de répondre aux capacités d'accueil. Dans ce contexte, le transport aérien à l'île Maurice peut être considéré comme un des principaux exemples d'adéquation avec le développement d'un tourisme haut de gamme. En effet, la compagnie Air Mauritius est équipée des appareils les plus modernes et performants ce qui lui permet de relier les principaux marchés touristiques de l'île Maurice par des vols non-stop vers la France, la Suisse, l'Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni ainsi que vers l'Afrique du Sud, l'Australie, l'Inde et l'Asie du Sud Est140(*).

Favoriser les PME du secteur touristique

Par ailleurs, au sein des économies en développement, une forte part des prestations touristiques est réalisée par de petites et moyennes entreprises (PME)141(*). La plupart de ces entreprises ont une base locale, à travers l'emploi et l'achat de produits de base locaux, leur interdépendance avec l'économie locale étant ainsi particulièrement forte. En reconnaissant leur rôle dans le développement du tourisme, les directives pour le développement de la Commission pour le Développement Durable des Nations Unies ont souligné la nécessité pour les gouvernements de « les soutenir aussi bien financièrement que techniquement et de réduire leur fardeau administratif ».

Il apparaît ici primordial d'offrir un cadre tant juridique que financier clair aux réceptifs locaux. Cela passe nécessairement par une stabilité politique comme le souligna le rapport du NEPAD. Dans de nombreux Etats sous-développés, le droit des affaires tout comme les normes (comptables par exemple) ne favorisent pas le développement de l'économie. Obsolètes et corrompus, ces éléments primordiaux constituent un frein au développement. A l'inverse, le tourisme est un secteur parfaitement normé au niveau international, ce décalage entraîne un fort désavantage pour les pays du Sud. Dans ce contexte, les gouvernements se doivent de clarifier leurs droits et normes ; plus que tout il leur faut favoriser le développement de la « liberté d'entreprise » en offrant à leurs PME les outils et protections nécessaires pour faire face à la concurrence internationale.

La nécessité de qualification et formation de la population locale

Nous avons noté précédemment que le tourisme nécessite une forte main d'oeuvre peu qualifiée, malgré toutes les normes internationales, la concurrence que se livrent les destinations142(*) et plus que tout l'exigence des touristes entraîne un besoin de qualification. De plus, afin d'avoir les moyens de contracter les postes à forte valeur ajoutée et donc éviter la fuite des bénéfices, la formation de cadres locaux est une des priorités si l'on veut profiter efficacement du développement via le tourisme.

La formation professionnelle est donc une tâche que devrait assumer l'administration publique de chaque pays sous-développé en priorité afin de gérer au mieux les profits du tourisme.

Politique économique globale à mettre en place :

Le tourisme nécessite des investissements énormes, il s'agit par conséquent d'une industrie lourde ; or les PMA ne peuvent se permettre de financer l'ensemble de ces derniers. Il convient donc à chaque Etat de mettre en place une politique économique globale afin d'attirer les investisseurs privés du Nord143(*).

Les moyens financiers et fiscaux concernent l'ensemble des politiques du crédit, des taux d'intérêt et des impôts. Ils ont pour but de créer un climat favorable de l'épargne, aux investissements et à la création de nouvelles activités touristiques, qui profitent à l'ensemble de l'économie. Une diminution de la fiscalité, combinée à une baisse des taux d'intérêt, favorise le tourisme parce qu'elle crée les conditions d'une augmentation des investissements touristiques, c'est à dire d'une offre compétitive et par conséquent une augmentation de la demande144(*).

Les mesures budgétaires comprennent quant à elles le financement par l'Etat du budget de l'administration nationale du tourisme par l'attribution de subventions destinées à encourager des activités considérées comme prioritaires ; de prêts permettant de favoriser les investissements lourds d'infrastructures touristiques, de transport et d'hébergement.

Les mesures monétaires ont pour but de maintenir la compétitivité internationale des produits touristiques du pays. Pour cela, de nombreux Etats adoptent une véritable stratégie de change composée de dévaluations destinées à compenser l'inflation intérieure, ou à réduire la concurrence étrangère.

Les mesures fiscales portent essentiellement sur les avantages fiscaux consentis aux entreprises touristiques : exonérations, déductions, délais.

Les moyens économiques concernent la politique budgétaire et monétaire. Leurs effets ont un impact sensible sur l'évolution des prix intérieurs et sur les taux de change. Une politique d'expansion trop rapide du budget et de la masse monétaire peut provoquer des effets négatifs sur l'économie nationale en favorisant l'inflation et le déficit extérieur. Les mesures d'encouragement budgétaire voient, dans ces conditions, leurs portées se réduire. Il en résulte que les politiques macroéconomiques, budgétaires et monétaires, ne sont pas suffisantes pour favoriser le tourisme.

L'Etat se doit donc de répondre aux besoins du tourisme afin d'en faire un secteur stratégique de son développement. Toutefois cet investissement énorme dans les infrastructures... ne doit pas avoir pour conséquence de limiter la redistribution des profits à la population. En effet, le tourisme est dans notre paradigme, un vecteur de développement ; son but est par conséquent l'amélioration du bien être de la population locale. Dans ce contexte, la mission la plus difficile de l'Etat est de savoir répondre à la fois aux besoins du tourisme tout en favorisant la population locale. Le développement du tourisme pouvant avoir des conséquences néfastes s'il est mal maîtrisé et si les populations civiles ne sont pas associées aux projets145(*) ; répondre aux besoins du tourisme tout en favorisant les populations locales... tel est le véritable pari de notre théorie.

2. ... Tout en favorisant la population

La relation du tourisme avec le développement n'est pas linéaire, en effet de nombreux contre-exemples le démontrent. Cette relation existe, mais elle n'est pas toujours directe, le tourisme n'est en vérité qu'une activité économique, certes avec ses particularités, mais qui ne peut être dissocié ni du contexte social, où il s'opère, ni du contexte économique. C'est-à-dire, qu'analyser le tourisme de façon isolée des autres facteurs du développement est une erreur conceptuelle, lorsque l'objectif est planifié et organisé alors nous verrons apparaître un contexte économique et social favorable au développement de l'économie et de la société. Le tourisme n'est qu'un axe de la politique de développement, à l'image de l'agriculture, de l'éducation, de la santé...

Préserver les modes de vie des populations locales

Arrêtons nous un instant sur l'article 9 du code mondial d'éthique de l'OMT qui tente de mettre en lumière les risques d'acculturation qu'engendre le tourisme dans les pays sous-développés :

«  les entreprises multinationales de l'industrie touristique ne doivent pas abuser de situations de positions dominantes qu'elles détiennent parfois ; elles doivent éviter de devenir le vecteur des modèles culturels et sociaux artificiellement imposés aux communautés d'accueil ; en échange de la liberté d'investir et d'opérer commercialement qui doit leur être pleinement reconnue, elles doivent s'impliquer dans le développement local en évitant par le rapatriement excessif de leurs bénéfices ou par leurs importations induites, de réduire la contribution qu'elles apportent aux économies où elles sont implantées »146(*).

Souvent critiqué, il est évident que le tourisme peut amener des impacts particulièrement négatifs147(*) ; en effet le tourisme vers les pays en développement est malheureusement souvent associé à l'idée du tourisme "sexuel" ou "sexuel avec des mineurs". Il est évident que toute déviance dans le comportement des touristes doit être condamné avec la plus grande fermeté. La position des organisations internationales, qui ont pour mission la promotion des libertés des enfants, des femmes et des hommes ou encore la promotion du tourisme, est d'ailleurs très ferme à cet égard. Pourtant dans les pays en développement, le secteur informel et de la criminalité sont souvent moins contrôlés faute de moyens mais également du fait de la corruption des agents publics148(*).

A l'occasion de la réunion mondiale sur les impacts sociaux du tourisme, qui s'est tenue à Manille en mai 1997, il fut reconnu que des pratiques telles que la prostitution des mineurs étaient de « notoriété publique » dans certains pays et particulièrement les pays sous-développés. Dans ce rapport, on rappela que certes le tourisme est un moment d'évasion et de rupture avec la vie quotidienne, et que l'on ne peut rendre responsable le secteur touristique des excès provoqués par des touristes individuels. Malheureusement, le rapport souligna également que le tourisme amène les individus dans des contextes culturels différents du sien et à ce titre il est un facteur qui encourage ce type de pratiques. Dans de telles circonstances, le tourisme crée un contexte qui favorise le développement des activités illicites comme la prostitution.

Il ne faut certes pas baisser les bras devant ces arguments. Mais ils sous-entendent que combattre l'offre peut être une option, mais probablement pas la solution, car il existe aussi une demande. Les actions pour lutter contre ces activités, dans le cadre du tourisme durable, sont de différentes natures :

« Informer ; inciter les exploitants des infrastructures touristiques à prendre des mesures afin de réduire la marge de manoeuvre et l'espace de ces activités ; faire pression sur les gouvernements afin de faciliter les procédures de poursuites judiciaires entre Etats ; mais aussi réfléchir sur les causes réelles de ces pratiques et agir en conséquence - penser à la richesse potentielle du tourisme et aux systèmes possibles de redistribution, par exemple... »149(*).

Le rejet de la primauté aux touristes

Béatrice Dehais dans un travail consacré à la mondialisation et aux dégâts du tourisme150(*) souligna que :

« Les modes de consommation des touristes en eau et en électricité conduisent souvent à détourner les ressources disponibles au détriment des habitants ».

Par ailleurs, comme nous l'avons vu, le traitement que le tourisme reçoit de l'Accord général sur le commerce des services (AGCS) est en passe de rendre hors la loi toute réglementation nationale ou locale limitant de quelque manière que ce soit l'accès des multinationales du secteur aux marchés nationaux. Tout effort régulateur visant à subordonner les intérêts des investisseurs à ceux des habitants serait dès lors voué à l'échec.

Déjà dans les pays développés, on remarqua que les infrastructures touristiques prévues pour les périodes de pointe sont sous-utilisées en dehors de la haute saison ; dans les pays sous-développés, c'est généralement l'ensemble des infrastructures qui restent sous utilisées par les populations locales du fait qu'elles n'en n'ont pas réellement l'utilité.

L'existence de goulots d'étranglement concernant certains produits, très demandés par les touristes étrangers et consommés habituellement par la population locale (poissons, viandes, fruits) a des effets inflationnistes qui peuvent se propager sur l'ensemble de l'économie. Ce risque inflationniste est important dans les pays en développement parce que l'élasticité de l'offre est faible et parce que l'accroissement des importations n'est pas possible du fait de la pénurie de devises. Les politiques d'accompagnement du développement touristique résident dans ce cas soit dans une réduction de la demande nationale ou touristique étrangère, soit dans un accroissement de l'offre grâce à une augmentation de la production nationale ou par une augmentation des importations payées grâce aux devises apportées par les touristes étrangers consommateurs.

Face à cela, l'Etat se doit de réagir ; le développement du tourisme ne devant pas se traduire par une diminution de l'accès aux produits de vie courante (notamment alimentaire) pour les populations locales151(*). Dans ce contexte, il est évident, et il n'est pas anodin de finir notre étude par ce point, que la redistribution des profits générés par le tourisme doit être la priorité absolue de l'Etat.

La redistribution comme donnée fondamentale

Dans de nombreux pays sous-développés, les gouvernements pêchent par leur volonté d'augmenter les recettes du tourisme en maximisant le nombre de visiteurs, au lieu de s'engager dans la recherche de méthodes de redistribution de ces profits à la population locale.

Certes la mise en place d'une politique de développement de tourisme rencontre quelques difficultés notamment l'insuffisance des financements à affecter au développement de l'activité touristique  où encore la domination des sociétés internationales, sur lesquelles les gouvernements ont très peu de pouvoir de contrôle ; il y a également le besoin de se positionner face à d'autres destinations des pays en développement, le tout sur un marché mondial du tourisme hautement concurrentiel152(*). Par ailleurs, l'utilisation du tourisme comme vecteur de développement reste en concurrence avec la vision classique du développement prônée par les institutions internationales.

Cependant le principal défi au développement aujourd'hui est l'amélioration du niveau de vie. L'Etat se doit d'évaluer la pauvreté, de définir les projets de développement et de mesurer leurs capacités à lutter contre la pauvreté. L'extension des bénéfices tirés du tourisme à d'autres usages doit permettre de rendre polyvalente l'action de l'Etat153(*).

Le rôle du tourisme comme facteur de développement dans les PED n'est pas toujours positif. En effet, certains gouvernements ont facilité l'implantation de clubs de vacances ayant pour but un développement spécialisé de l'activité154(*). Ce type de structure d'accueil est particulièrement sensible aux fluctuations des motivations de la demande et est en majeure partie subordonnée aux marchés extérieurs. D'autres pays ont eu tendance à inciter les tours opérateurs et autres agents de l'activité à développer leur tourisme en utilisant les petites entreprises locales. Aussi, une centralisation quelque fois excessive du pouvoir de décision dans ces pays a laissé une marge réduite de manoeuvre, de parole et de participation de la population locale.

Le climat actuel de réorganisation et restructuration des institutions internationales pourrait être l'occasion, pour les PED, de s'organiser afin de pouvoir faire face à un certain type d'investissement dans le secteur touristique. Cette culture du voyage, basée sur le facteur prix « à condition que la qualité standard internationale soit assurée », ne valorise pas les pays du Sud. Le rôle du tourisme comme facteur de développement sera plus clairement perçu dès lors que les éléments qui concourent au choix du touriste seront plus proches des valeurs qui font la particularité de la destination. Souvent, le levier du système de prix vient compenser un déficit d'image de la destination. La responsabilité ultime du succès d'une politique de développement du tourisme revient probablement aux professionnels du marketing, pour qu'ils réussissent à imprimer une identité qui soit en adéquation avec le processus de planification du développement de la destination.

Conclusion.

Après cette étude poussée sur ce lien entre le tourisme et le développement, il convient de dresser un bilan mais surtout les perspectives pour la poursuite de la réflexion.

Que doit-on retenir de notre étude ? Que le tourisme offre sans conteste aujourd'hui une opportunité de développement à de nombreux états du Sud. Bien entendu des questions restent encore en suspend, il faudra poursuivre la réflexion autour de la valeur ajoutée qualitative qu'apporte le tourisme dans l'économie d'un Etat. De nombreuses pistes méritent d'être approfondies telles que l'influence du tourisme sur la restructuration des centres urbains, sur la revalorisation des espaces naturels et ruraux155(*).

Dans notre étude, nous avons souligné tout le potentiel du tourisme en tant que vecteur de développement. Toutefois, il engendre trop souvent des effets négatifs.

« Lorsque les touristes viennent passer leurs vacances dans des pays où les populations gèrent des équilibres plus ou moins stables avec les ressources disponibles, ils sont des facteurs perturbateurs et destabilisateurs, par la consommation induite par leur présence : en ressources hydriques, en énergie et carburants, en biens alimentaires... Ils sont également à l'origine de la production de déchets et d'effluents supplémentaires rarement traités, qui occasionnent des impacts variables sur la biodiversité156(*). »

La responsabilité de ces effets négatifs est partagée entre les autorités locales qui ne savent gérer un tel afflux de touristes, et les grands Tours Opérateurs étrangers qui expédient des « hordes de touristes vers ces destinations, avec une sensibilité plutôt poussée vers l'optimisation des capacités de transport que vers les pressions exercées sur le patrimoine ou les populations d'accueil 157(*)».

Par ailleurs, il convient de rappeler que le dynamisme actuel du tourisme international reste très dépendant de la conjoncture politique internationale et des effets des mécanismes économiques, notamment monétaires : « la croissance du tourisme mondial demeure soumise à la situation économique dans les principaux marchés émetteurs notamment des Etats-Unis, de l'Union Européenne et du Japon »158(*).

Afin de mieux saisir les raisons des effets à la fois positifs et négatifs du tourisme, il convient d'étudier l'état d'esprit du voyageur en ce début de 21e siècle, il s'agit d'une :

« Fusion paradoxale entre deux personnages extrêmes : Phileas Fogg et Robinson. Entre l'homme pressé à la Paul Morand et le rêveur solitaire savourant le simple bonheur d'être au monde, la saveur des fruits, le plaisir d'une plage au soleil »159(*).

Cet état d'esprit nous oriente vers la confrontation entre le voyageur et le touriste ; ou plus exactement entre « l'activisme du voyageur et la passivité du touriste160(*) ». Il est évident que le tourisme peut désorganiser en profondeur une société lorsqu'un simple pourboire en dollars ou un « service sexuel » suffisent à dépasser le salaire mensuel local.

Ce constat amena Duterme a se demander si finalement « la monoculture du tourisme massifié n'est-elle pas autre chose qu'un nouvel usage occidental du monde ?». Le tourisme devenant de facto une nouvelle forme de domination des pays du Nord sur ceux du Sud. Face à cette donne, nous pouvons émettre la suggestion de passer de « l'advocacy platform » à « l'adaptancy platform » : un ordre touristique équitable, responsable et durable161(*).

En effet, à l'heure où la conscience pour les questions de respect des populations et de développement commencent à pénétrer les habitudes de consommation, il convient aujourd'hui de proposer aux voyageurs des produits répondant aux nouvelles valeurs162(*).

Dans notre étude, nous nous sommes rendus compte que le tourisme n'était donc pas une solution miracle aux problèmes de développement, toutefois si vendre du rêve aux touristes majoritairement occidentaux peut permettre aux populations des pays en développement de réaliser les leurs ; l'opportunité mérite d'être poursuivie et regardée de plus près.

* 135 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 150.

* 136 Sur ce point précis, nous pourrions approfondir la réflexion sur les conséquences d'une insuffisance de capital en prenant comme référence le modèle Harrod-Domar.

* 137 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 131.

* 138 Comme nous l'avons vu en effet le tourisme est un produit composé d'une multitude de prestations séparées dans la cotation mais interdépendantes dans la satisfaction du client.

* 139 Boris Martin, Voyager autrement ; Edition Charles Léopold Mayer, 2002, page 29.

* 140 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007.

* 141 Centre indien de recherche Equations, Expansion du tourisme international et libéralisation des services ; Alternatives Sud, volume 13, 2006.

* 142 Un classement des pays les « plus accueillants » a d'ailleurs été établi dernièrement par un institut européen.

* 143 Ces derniers étant fortement attirés par les profits qu'ils pourraient générer dans ces pays sous-développés.

* 144 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 164.

* 145 Boris Martin, Voyager autrement ; Edition Charles Léopold Mayer, 2002, page 29.

* 146 Par cet article, nous voyons le lien avec la théorie d'Amartya Sen : « freedom and development ».

* 147 Boris Martin, Voyager autrement ; Edition Charles Léopold Mayer, 2002, page 28.

* 148 Il conviendra sur ce point de prendre en référence les ouvrages sur la corruption en Afrique mais également le rapport de l'OCDE : Combattre la pauvreté dans le monde ; 2000.

* 149 Ben Brik Anis, thèse sur le tourisme et développement durable, 2004.

* 150 Béatrice Dehais, Mondialisation : les dégâts du tourisme ; Alternatives économiques, n°194, Juillet-Août, 2001.

* 151 On peut prendre ici l'exemple de Cuba, où seul les touristes ont le droit de consommer certains produits tel que les crustacés... La population locale n'ayant ni les moyens, ni le droit d'acquérir ou même pêcher ces produits.

* 152 Sustainable Tourism Management, John SWARBROOKE, 2000, p. 205.

* 153 Robert Lanquar, l'économie du tourisme ; Que sais-je ?; 1994, page 44.

* 154 L'argument de la spécialisation touristique est repris par Sayed MOUSSA - The Interaction Between Tourists and Resident Communities in Resort Areas in Developping Countries 1988.

* 155 Pour poursuivre la réflexion sur ces problématiques, vous pourrez vous référer à la thèse de Ben Brik Anis sur le tourisme et développement durable, 2004. 

* 156 Ben Brik Anis, thèse sur le tourisme et développement durable, 2004. 

* 157 Idem

* 158 François Vellas, Economie et Politique du Tourisme International ; Economica, 2007, page 20.

* 159 Jean Michel Hoerner, Traité de tourismologie ; collection études, 2002, page 145.

* 160 Il s'agit du titre d'un chapitre de livre de Jean Michel Hoerner, Traité de tourismologie ; collection études, 2002.

* 161 Le concept de développement durable est issu de la perspective sociale de l'IUCN (International Union for the Conservation of Nature) et du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), au début des années 80. Depuis, le développement durable est devenu le critère de base de la réflexion des Nations Unies sur l'environnement et le développement. Le point de départ de ce concept est le Rapport Brundtland (1987), intitulé « Our Common Future », qui a exposé les premières définitions de développement durable. L'une d'entre elles présente le développement durable comme « celui qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins».

* 162 Il convient ici de citer les principes du développement durable à savoir l'équité et la rationalité dans l'utilisation des ressources ; l'émergence de la société civile, notamment à travers la participation démocratique ; la remise de la gestion sous la responsabilité de la communauté locale et réinvestir les richesses produites par cette gestion ; la mise en oeuvre d'un nouveau système de redistribution des richesses et des ressources naturelles. Cf. le PNUD.

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