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Formatin du collectif et processus de construction du lien social des les activités économiques spontanées:Une apprche sociologiques des opératrices du ''poteau'' de Elf à Douala au Cameroun

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par François GUEBOU TADJUIDJE
Université de Douala - Diplôme d'Etude Approfondie en Sociologie; option économie 2006
  

Disponible en mode multipage

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    « Si les uns cherchent des possibilités pour juguler le phénomène, d'autres par contre trouvent en elles, un chemin sûr pouvant aider à l'affranchissement des conditions sociales soumises à la précarité tous azimuts ; où l'Etat est en mal d'assurer ses fonctions régaliennes»1(*)

    INTRODUCTION GENERALE

    De plus en plus, dans les pays du Sud, on assiste à la perpétuation des activités économiques spontanées variées. Leur recrudescence traduit la dynamique avec laquelle les acteurs sociaux s'attèlent à l'amélioration des conditions de vie devenues insupportables au lendemain de la crise économique. Dans les capitales du Cameroun, Yaoundé et Douala, cette crise des années 1980 ayant réduit les pouvoirs et l'autorité de l'Etat, laisse transparaître sous toute ses formes des vitrines marchandes non conventionnelles qu'on a qualifié de MARCHE DU POTEAU. Dans cette perspective et dans le manque d'occupation, les populations urbaines s'orientent malgré tout vers les itinéraires de travail rémunérateur. Le cas des opératrices du poteau de la Elf à Douala, vendeuses de plaisir ou commerçantes du sexe à travers leur collectif de corps constitue dans cette lancée un fait sur lequel l'attention doit être retenue. C'est à cet effet qu'intervient ce thème intitulé La formation du collectif et le processus de construction du lien social dans les activités économiques spontanées vu à travers une approche sociologique dans l'unité d'observation des  opératrices du « poteau de ELF » à Douala.

    Du coup, les questions de guidage de cette recherche sont les suivantes : quel est l'ensemble des faits et éléments sociopolitiques ayant prédisposé l'acteur urbain en même temps vers la pratique d'un tel commerce ou d'une telle activité et vers la construction du collectif ? Comment s'opère le processus de construction et de renforcement du lien social dans ce milieu ? Quelle est la conséquence socioéconomique, culturelle ou santé d'une telle pratique et l'influence du collectif formé sur l'activité et sur la société globale ?

    Nous trouvons ainsi l'intérêt et la motivation de notre sujet dans la tentative de construire par la démarche scientifique -celle liée à la théorie du capital social- les phénomènes sociaux vulgaires. L'on ne saurait rester en tant que sociologue indifférent des situations que créent le phénomène de l'exode rural, le sous emploi et le chômage des jeunes en milieu économique urbain. Ceci motive notre goût scientifique et intellectuel à investiguer du point de vue sociologique sur un phénomène à savoir la prostitution de la jeune fille pour essayer de comprendre à travers la construction du collectif, les logiques de l'émergence des économies souterraines.

    En tant que un cercle constitué des agents tolérants aptes à la construction du développement où se pensent les conditions et facteurs de l'amélioration de la condition de vie par petits ou grands projets dans le strict non-respect des normes citoyennes et morales prescrites, à court et à moyen terme, cette investigation pourra orienter les organismes dans leur intervention.

    Au niveau national et local, cela aidera à une meilleure connaissance et à une maîtrise des réalités du milieu du poteau, guidera à l'ouverture vers une stratégie de dialogue social. Cela aidera peut- être à l'établissement d'une législation spéciale et d'un règlement réel lié au fonctionnement des activités dites conjoncturelles de la sorte. Cette étude vise enfin et surtout à apporter sa contribution à la compréhension du phénomène de prostitution comme cette activité économique en rapport avec les possibilités de solution aux problèmes procurés et surtout pour voir non leur rôle et leur place dans « l'amélioration des conditions » de vie des acteurs mais à la mise en exergue des contradictions nées du milieu. Aussi les résultats de ces travaux permettront enfin comme travail de détective aux hommes de loi et pour justice de réprimer réellement le fait qui se généralise dans la société.

    Au niveau personnel et sur le plan théorique ou scientifique, ce travail vient si tel est possible, tenter de briser les frontières disciplinaires et intégrer les apports de diverses sciences pour maximiser sur l'ingrédient innovateur.

    Cette abolition des frontières disciplinaires, (...) impose une approche interdisciplinaire par ailleurs recommandée par les grandes figures sociologiques 2(*)

    Cependant, cette étude s'ouvre et tente de s'insérer dans les différents domaines de la sociologie qui se rapportent au sujet. Et compte tenu des interactions qui s'établissent entre les différentes variables de notre travail, deux champs sociologiques sont ici explorés pour rendre compte des logiques de la formation du collectif dans un cadre social de spontanéité et de profitabilité.

    Le champ de la sociologie économique se déploie dans la perspective selon laquelle elle mène un regard sociologique du fait économique ou un regard économique du fait social. L'accent est mit sur les considérations de la hiérarchie des besoins et désirs des acteurs individuels ou collectifs sur le marché mus dans des logiques de relation sociale, sur la détermination des moyens, stratégies et pression conjoncturelle des exigences socio physiologiques minimales. A cet égard, a-t-on aussi ce droit en tant que dans cette recherche en sociologie de tenter le champ des activités économiques spontanées par l'exemple des opératrices du poteau de la Elf à Douala ? En ce sens, ici le regard se focalise aussi sur les conduites et les itinéraires socioéconomiques des acteurs. L'autre champ de la sociologie du travail atèle dans notre perspective sur les logiques du système de travail avec pour mission non seulement de comprendre l'environnement social du travail, mais les logiques des Ressources Humaines dans la productivité de l'entreprise du poteau tout en intégrant l'univers du travail dans son environnement social. Ce champ nous permet de montrer comment la situation de travail ou du non-travail, du type de travail ou du lieu du travail peut influer sur le type de conscience, sur le lien social et partant sur l'action collective3(*) jusqu'à l'affirmation d'une identité de métier parfois toujours resté dans l'ombre. De manière plus laconique, ces motivations et intérêt spécifique de ce travail résident en l'accomplissement de quelques objectifs

    A l'heure où de nombreux regards scientifiques sont tournés vers les phénomènes internationaux, englobant et de grande envergure notre étude vise essentiellement à démêler les relations socio contextuels et saisir la vie des opératrices du poteau au quotidien. Nous voudrions précisément savoir dans quel itinéraire de travail ou registre économique nous devons proposer le marché du poteau des femmes afin qu'attention et sérieux leur soit accordé compte tenu de leur fonction sociale4(*. C'est pourquoi pour y parvenir, cette étude s'est fixée des objectifs :

    -Saisir et identifier l'ensemble des faits et éléments sociopolitiques qui ont prédisposé l'actrice ou l'acteur urbain vers les activités économiques spontanées en général et celui des opératrices du poteau :prostitution.

    -Comprendre comment s'opère au quotidien le processus de construction et de renforcement du lien social dans ce milieu.

    -Analyser l'influence possible du collectif formé sur l'activité et sur l'environnement global avant de proposer quelques solutions aux problèmes décelés.

    STRUCTURE DU TRAVAIL : Ce travail se structure en deux parties de trois chapitres chacune. La première partie passe en revue le cadre théorique et les éléments méthodologiques de l'étude. Le premier chapitre porte sur la revue de la littérature et la problématique de la recherche, le second s'articule autour du cadre théorique proprement dit et le troisième porte sur la présentation des éléments méthodologiques de l'étude. La deuxième partie porte sur les éléments empiriques et pratiques sur le terrain. Elle se divise aussi en trois chapitres. Son premier et le quatrième du travail scrute contextuellement une sorte de genèse du marché du sexe à partir des indicateurs du terrain par la simple trajectoire allant des déterminants socio-politiques des activités économiques à la montée du marché du poteau. Ce chapitre part de la présentation de la situation socio-politique et économique de l'émergence des activités économiques spontanées vers celle de diverses trajectoires socio-culturelles des acteurs du poteau à Douala. Le second chapitre de la deuxième partie et le cinquième, bien lié au précédent s'efforce à passer en revue toujours à partir des indicateurs factuels la symbolique de la construction du lien social et de la formation des solidarités à partir du quotidien des opératrices et des acteurs de la prostitution à Elf. Il s'évertue en tenant compte de la nouvelle configuration et du circuit adaptatif avant d'aborder l'environnement relationnel à la Elf avec les logiques de construction du lien social en milieu spontané puis en contexte du marché du poteau. Il s'appesanti finalement sur la dimension symbolique, dualiste de ce lien social en se focalisant sur les modalités de ces échanges du lien social et passant en revue les différents rapports et les différents styles de mobilisation du capital relationnel pour surseoir les différentes embûches vers les objectifs de la «profession». Enfin, le troisième de cette partie qui est le sixième et le dernier chapitre s'intéresse  davantage sur l'implication, les conséquences ou les répercussions d'une telle pratique avant de passer finalement à la réflexion sur l'itinéraire que suit cette nouvelle activité partant ainsi de l'itinéraire d'accumulation individualiste et subjectiviste ou de contingences vers la construction au quotidien d'un corps de métier (collectif formé).Et ce chapitre ne saurait être clos sans élaboration de quelques recommandations.

    FICHE TECHNIQUE

    Pré requis  : esprit critique, connaissance de base en sociologie.

    Mots clés  : stratégie des acteurs en crise, formation du collectif, processus de construction du lien social, activités économiques spontanées, système cohérent, capital social.

    Auteurs de référence : - Bajoit - Boudon -Bourdieu -Crozier - Goffman - Gurvitch -Kamdem - Nkakleu - Putnam -Touraine -Ziegler

    Problématique  : comment comprendre la formation du collectif dans un cadre social de spontanéité et de profitabilité concurrentielle ?

    Types de structuration  : une introduction générale et une conclusion générale. Ce travail se structure en six chapitres rangés dans deux parties articulant le cadre théorique, les éléments méthodologiques (partie 1) et les deux axes de recherche par l'élaboration des éléments empirico-contextuels et pratiques sur le terrain de l'étude (partie 2).

    Lectures complémentaires : voir ouvrages spécifiques en bibliographie.

    Titre  : Formation du collectif et processus de construction du lien social dans les activités économiques spontanées : Une approche sociologique des opératrices du « poteau de Elf » à Douala. 

    -PREMIERE PARTIE-

    CADRE THEORIQUE ET METHODOLOGIE DE L'ETUDE

    INTRODUCTION DE LA PREMIERE PARTIE

    Notre étude porte sur la formation du collectif et le processus de construction du lien social dans les activités économiques spontanées avec pour champ social les opératrices du poteau de Elf de Douala. Ce phénomène n'étant pas un fait nouveau pour avoir fait l'objet de d'autres travaux, en vue de le situer dans son cadre particulier et de présenter le processus utilisé au cours de cette recherche, nous avons structurée en trois chapitres cette première partie intitulé cadre théorique et méthodologie de l'étude. Au premier chapitre intitulé revue de la littérature et problématique de la recherche, nous avons d'abord présenté le contexte de l'étude et quelques précisions sémantiques avant de faire le point des travaux sociologiques et l'état des connaissances sur les différents axes du sujet afin de finalement réussir à bien cerner les différentes orientations de notre problématique. Dans le second chapitre, nécessairement le plus long et le plus important, intitulé cadre théorique de l'étude, nous avons fait l'état non seulement des différentes théories possibles de notre travail mais nous y avons opéré un choix à savoir celui du capital social dans lequel nous avons essayé de faire un plus grand nombre d'explication. Avant, cette large présentation du capital social, nous avons esquissé la présentation quelque peu succincte des théories ou approches complémentaires à savoir l'individualisme méthodologique, l'analyse stratégique et l'approche dynamiste et critique. Après ce vaste chapitre sur le cadre théorique, le troisième intitulé présentation et justification du choix de la méthodologie de l'étude, après avoir délimité les différents contours de notre travail et surtout du point de vue méthodologique, il est question de passer en revue, d'une part méthode et technique, délimitant le terrain, le champ social de l'étude, précisant d'autre part les technique de collecte utilisées et enfin la technique de traitement des données recueillies avant de boucler cette partie, du moins ce chapitre, par une évidence de la recherche à savoir les limites et les difficultés ayant émaillées cette étude.

    -CHAPITRE I-

    REVUE DE LA LITTERATURE ET SPECIFICATION DE LA PROBLEMATIQUE DE LA RECHERCHE

    I-REVUE DE LA LITTERATURE

    A- CADRE GENERAL D'APPRECIATION DE LA SITUATION SOCIO-ECONOMIQUE DU CAMEROUN

    La période de croissance économique des années 70 comprise dans l'intervalle de 7 à 8 % de manière tangible n'a mis que le temps d'un éclair. La récession économique au lendemain de la croissance de ces jours dits  « de croissance » plonge les pays du Sud dans un état permanent de précarité. Dès lors, le Cameroun comme partout d'ailleurs n'a plus qu'eu la seule capacité d'assurer une stabilité de principe demeurant ainsi dans une incapacité criarde d'assurer en temps réel cette stabilité sur les plans économique, politique, social, culturel... Ne pouvant assurer ses tâches, l'Etat démissionne de ses fonctions régaliennes5(*) passant ainsi progressivement de l'Etat de providence à l'Etat moins que facilitateur.

    Dans les années 80 et 90, la récession économique, l'endettement de l'Etat, les effets pervers de rente6(*) et asphyxiants des PAS, la détérioration des termes de l'échange est suivie de la dévaluation, de la réduction et de la baisse drastique de la masse salariale à côté d'une population sans cesse croissante. Malgré les politiques dites de rattrapage économique prescrites par les institutions de Bretton woods et la Banque mondiale, les chances de retour à une bonne santé économique se sont estompées et sont une fois de plus encore restées loin d'être atteint. Que ce soit en allant vers la périphérie que vers le centre, en campagne comme en ville, la situation reste constante. Il se dessine en amont des fléaux sociaux7(*) non maîtrisés à cause d'une politique sociale, urbaine et rurale, peu rigoureuse. Tant en zone rurale qu'en zone urbaine, moins qu'une stratégie de survie, l'informel se développe, les activités économiques spontanées du genre des marchés du poteau style commerce du sexe caractérisé par les étalages anarchiques se créent de part et d'autres du périmètre urbanisé. C'est un secteur qui va grandissant, laissant transparaître ce désir d'indépendance, de pérennisation de certains modèles de culture et faisant voir l'émergence tous azimuts de nouveaux styles de métiers fonctionnant sur des règles et principes théoriquement contradictoires. Singulièrement marqué par la soif de la construction des identités, de façon plurielle, il est aussi noté la construction du collectif basé sur les principes de territorialité symbolique. Laquelle s'appuie sur une économie souterraine, informelle, combattue mais aussi solidaire qui s'affirme en s'identifiant comme telle à travers la formation du collectif et la dynamique du lien social. En même temps, il se construit pour prévoir non seulement les éventuelles politiques de formalisation et du déguerpissement mais bien aussi pour faire face à la répression, à la marginalité et aux attaques extérieures de toutes sortes. Il en est ainsi de toutes autres mutations socio-économiques contemporaines caractérisées par une sorte de « je-m'en-foutisme » généralisé des dirigeants politiques qui abandonnent l'individu à lui-même, sans assez de protection et de sécurité. C'est inéluctablement dans les deux principales métropoles du Cameroun, que l'on remarque la recrudescence réelle des activités économiques spontanées à travers cette vitrine marchande non-convetionnelle communément appelée le poteau ou marché de secours : la librairie du poteau pour les livres et fournitures scolaires, la pharmacie du poteau pour la santé, les médicaments et le poteau du sexe pour le commerce du sexe ou la prostitution sexuelle. Ceci justifie à tout dire que le souci de ce travail est finalement de comprendre les conditions d'émergence et les conditions de la recrudescence de cette activité par appui sur le cas spécifique des opératrices du poteau filles de la ELF connues à Douala sous diverses appellations. En ce sens, pour spécifier et mieux examiner nos thématiques, deux axes de recherches retiennent prioritairement notre attention : la genèse du phénomène d'une part et le quotidien des acteurs d'autre part.

    B- DEFINITION DES CONCEPTS

    Dans tout travail de recherche où l'intéressé a le souci de se faire comprendre davantage, il a aussi l'obligation de bien préciser les concepts qu'il utilisera car : 

    Toute investigation porte sur un groupe déterminé de phénomènes qui répondent à une définition. La première démarche du sociologue doit donc être de définir les choses dont il traite afin que l'on sache bien de quoi il est question. C'est la première et la plus indispensable condition de toute preuve et toute vérification. 8(*)

    Cette exigence de la méthode scientifique nous interpelle donc à opérer la précision des concepts et des termes devant faire partie de ce travail.

    1-ACTIVITES ECONOMIQUES SPONTANEES :

    La notion apparaît pour la première fois à côté du concept de « secteur informel » en 1971 dans les travaux du BIT au Ghana et au Kenya. Il désigne toute la partie de l'économie qui n'est pas (ou peu) réglementée par les normes légales ou contractuelles. Les travailleurs de ce secteur ne sont souvent pas des salariés dans le sens habituel du terme et leur environnement socio professionnel est absolument susceptible et vulnérable du fait de leur entrée conjoncturelle. Ce sont formellement des indépendants, en réalité souvent dans les relations de dépendances parfois conflictuelles vis-à-vis de ceux qui les paient ou demandent leurs services. Typiquement, il s'agit de travailleurs du genre des activités de couture, des gérants des alimentations, des vendeurs de tabacs, des opératrices pour saisies et traitements des textes et données informatiques, vendeurs ambulants ou dans les marchés non réglementés, micro prestataires du style de services de nettoyage, transport, employés de maison (les domestiques et les blanchisseurs), et les paysans sans terre, tous ayant mobilisé un différents type de capital -financier, humain, social-, ayant migré en ville, pour tenter de survivre par tous les moyens à l'exclusion sociale dont ils sont victimes.

    2- CONSTRUCTION DU COLLECTIF OU MOBILISATION DU CAPITAL COMME STRATEGIE DE RIPOSTE :

    La « stratégie » renvoie aux acteurs ; l'origine militaire de ce concept indique que la stratégie est liée à un projet à long terme, impliquant la prise en compte d'un environnement glissant, conflictuel bien décelé et bien identifié. Désignant ici l'ensemble des méthodes mises sur pied par les acteurs (selon Bourdieu) pour s'opposer à tout ce qui pourrait oser nuire à l'atteinte de certains objectifs. La formation du collectif ou cette mobilisation du capital à travers le lien social construit apparaît ainsi donc comme cette avant-garde stratégique contre les emmerdeurs publics et administratifs, et est capable d'assurer un bon itinéraire d'accumulation pour les acteurs victimes dit-on de l'exclusion sociale.

    3- « ELF AXE LOURD » :

    Dans la capitale économique et principale ville du Cameroun, Elf ne désigne pas seulement le site, les stations services ou les bureaux de la société de commercialisation des produits pétroliers ; c'est aussi tout lieu ou tout secteur de l'activité de trafic sexuel où on retrouve régulièrement les filles ou opératrices du poteau en action. Le nom donné à ce secteur est peut-être dû au fait qu'il fonctionne avec les mêmes principes commerciaux que ceux des stations services. Mais, aujourd'hui, c'est tout marché qui, en se distinguant par son type d'activité, manifeste le rejet de l'ordre, de l'autorité et de tout ce qui est formel au point de refuser son appartenance à la logique du travail de journée, tout en s'identifiant enfin en activité tampon à côté des marchés classiques. C'est enfin dans ce contexte de lutte contre l'incertitude généralisée que naît ce marché et ce commerce dit de l'antipode appelé poteau.

    4- LE POTEAU

    C'est un étalage non ordinaire qui sort de l'opération classique du commerce. C'est aussi une vitrine marchande non conventionnelle, mais ici tout dépend de la qualité ou de la nature du produit que l'on sert  à savoir les biens : livres, fournitures scolaires, médicaments de pharmacies... et les services comme ceux qu'offrent les opératrices filles de la Elf. Elles se définissent ici comme cette entité économique et sociale des personnes qui vivent régulièrement sous la même unité d'action partant ainsi de la cellule des grandes, des petites et simples exposantes ou vendeuses de plaisir. Du point de vue de l'économie, ce sont des personnes féminines physiques qui en plus de leurs activités, sont liées par l'appartenance au même territoire et dépendant économiquement de leurs activités et de ses divers réseaux. En statistique sociale, à côté de ces individus, beaucoup d'autres plus typiques côtoient visiblement nos surfaces. Le milieu comprend majoritairement les jeunes filles qui ont, non baissé les bras à la vie mais qui croient systématiquement pouvoir refaire de grandes choses à partir de rien ou tout simplement à partir de la beauté de leur corps malgré que cela soit une pratique à visage couvert connu comme métier de l'ombre difficilement vu en journée9(*). Ceci nous plonge directement au coeur de la prostitution qui, selon le Larousse, est l'acte par lequel une personne consentante se livre à des rapports sexuels en échange d'un bien ou contre de l'argent.

    5- LE LIEN SOCIAL

    De manière générale, le lien social est perçu comme l'ensemble des rapports, des traits ou interactions voir tout les divers mécanismes qui permettent de mettre les individus entre eux et, simultanément, de rattacher chaque individu au groupe ou à son collectif de référence. C'est le lien social qui décrit le mode selon lequel un individu seul ou les acteurs en groupe imaginent et fabriquent leur intégration ou non dans les groupes. C'est dès lors un processus permanent en construction. C'est cette précision des notions et ce précédent contexte d'étude qui orientent finalement le choix de nos lectures guidé vers le regard sur le capital social construit dans cette logique du lien social..

    6- LE CONCEPT DE CAPITAL SOCIAL

    Le capital social, est cette la somme de rapports courtois que les individus nouent tout au long de leur vie ou au cours des opérations ou activités précises, lesquelles sont susceptibles de faciliter leur épanouissement (Granovetter, 1973). Il se produit soit par les relations intra et inter-familiales (Coleman, 1988), par la vie publique dans les sociétés contemporaines (Putnam, 1995) ou encore par les relations inter et intra-firmes (Burt, 1992).

    C-REVUE DE LA LITTERATURE

    Avec Aktouf10(*), c'est le moment de faire l'état des connaissances sur le sujet, permettant ainsi de se positionner et d'insérer contextuellement son étude dans un débat ou discours scientifique constructeur. Sur cette question, il n'a pas été aisé d'en trouver, seule une liste bien mince a été concoctée.

    1-LE POINT DES TRAVAUX SUR LA CONSTRUCTION DU LIEN SOCIAL EN MILIEU SPONTANEE

    Le lien social perçu comme cet ensemble de rapports, de traits ou d'interactions voir tout divers mécanismes qui permettent de mettre les individus entre eux, de rattacher chaque individu au groupe ou à son collectif de référence ; la construction du lien social s'explique sur plusieurs dimensions. Trois dimensions du capital social explicitent ce processus de construction du lien social par insistance à les reconsidérer dans le contexte de leur environnement institutionnel déclare R. Nkakleu (2005)11(*). S'il est vrai qu'un lien relationnel faible rend plus difficile la circulation des idées, de l'information et des ressources dans les groupes, il s'ensuit que des forces économiques, sociales et politiques plus grandes qui divisent les sociétés nuiront à la croissance de celui-ci. Le concept peu fécond en sciences sociales (Bourdieu, 1986, Lin, 1995 et 2001 ; Lévesque, 2000), le lien social est la base constitué des ressources relationnelles mobilisables pour l'action. Avec Bourdieu alors, il semble avoir des implications lumineuses sur la compétitivité des acteurs en situation de positionnement dans la mesure où la construction d'un réseau relationnel fort liant les différentes positions sociales peut faciliter le partage des informations gagnantes (Tsai, 2000). Dans le même ordre d'idées, l'impact du lien social sur le développement du capital intellectuel est noté où la somme des relations sociales construites contribue singulièrement au développement des connaissances et des capacités d'apprendre d'une collectivité sociale soulignent Nahapiet et Ghoshal (1998) comme c'est le cas de nos filles de la Elf mues dans les logiques à la fois individuelles et collectives de construction du lien social. De plus, cette logique génératrice de coopération interpersonnelle et de partage de connaissances, fait que le lien social est ici représenté comme une quête vers un revenu immatériel (Nahapiet et Ghoshal, op.cit.). De façon plus laconique déclare: the sum of the actual and potential resources embbeded within, available through, and derived from the network of relationships possessed by an individual or social unit. Pour Nkakleu12(*), cette logique comporte et s'illustre par trois dimensions -structurelle, relationnelle, cognitive- qui peuvent permettre de comprendre davantage ces divers rapports sociaux émergents en contexte particulier.

    A la base de la dimension structurelle, pour Arrègle et al. (2002) note que tout tient sur les relations interpersonnelles parce qu'en un réseau de relations denses et avec le niveau d'interactions élevé, plusieurs privilèges ou opportunités sont décelées et plusieurs compétences sont mises en valeur. Cet aspect structurel du réseau tient aux liens qui se tissent entre divers acteurs. Ces connexions peuvent ouvrir une brèche pour la disponibilité de l'information et les possibilités aux acteurs car on tient plus sur l'accès privilégié et rapide à des informations utiles via des codes et des signes codifiés. A côté de ces idées de Arrègle et al., la thèse de la structuration des relations interpersonnelles de Coleman (1988) ainsi que celle de Bolino et al. (2002) élaborent identiquement que la structure du réseau élaboré à travers la construction de lien social influe sur le transfert d'informations et de connaissances et par ricochet sur la formation du collectif. Ils ajoutent que ce transfert du lien social se fait « sans biais » lorsque les acteurs sont interconnectés par des liaisons inter ou intra-groupes dans le collectif, et les liaisons inter-groupes étant les plus fluides et efficaces dans le processus de construction du lien social comme pour le transfert des informations utiles, comme l'ont montré Granovetter (1973) ou Julien et al. (2002). On peut en déduire, à la suite de Shah (2000), que l'exécution des activités du genre de ces filles de la Elf est plus efficiente lorsque les divers acteurs se connaissent et partagent collectivement des représentations et des valeurs auxquelles ils s'identifient mutuellement tout en s'identifiant aussi par rapports à ceux qui n'appartiennent pas au collectif, ni au milieu. Dans ces conditions, la structure du réseau pourra avoir un impact sur l'étendue de l'information utile ou accessible ; de notre point de vue, cet impact est conditionné par les jeux de positionnement inter-groupes et aussi à la nature de l'activité exercée à savoir s'il est loyal ou non aux yeux de la société. Il s'avère donc intéressant d'en tenir compte parce qu'ils peuvent constituer un facteur bloquant d'échange de connaissances et de développant des aptitudes particularistes, souterraines liés à la territorialité entretenue de ce fait par un esprit de condescendance dans une société marginale d'apprentissage des déviances. L'autre dimension relationnelle du lien social trouve t-elle aussi toute sa convenance ?

    Au niveau de la dimension relationnelle, elle joue assurément une place importante dans ces échanges d'informations de « valeur » entre des membres du circuit construit et dans l'instauration de relations coopérantes et confiantes, dénuées des enjeux de pouvoirs. La qualité des échanges et la facilité dans laquelle les acteurs vont accepter de collaborer de manière transversale et s'engager dans le partage d'informations utiles est décisif dans l'unité du groupe et tout ceci avec Arrègle et al.(2002), cette dimension relationnelle repose sur quatre éléments essentiels :

    Ø La confiance ; avec Nahapiet et Ghoshal (1998), elle facilite la communication et le partage d'informations et de connaissances entre les acteurs.

    Ø Les normes ; avec Coleman (1990), elles sont des standards sociaux qui fixent le cadre d'action collective. Elles sont variables selon le contexte socio-culturel et la perception que les acteurs ont de la vie en groupe qui peut être néfaste au bon fonctionnement de l'entité à préserver.

    Ø L'existence d'obligations et d'attentes, quant à elles, représente l'engagement de chaque acteur à accomplir une tâche convenue de commun accord. Elles se distinguent des normes par le fait qu'elles concernent des relations personnelles spécifiques (Coleman, 1990). Arrègle et al. (2002) en concluent que cet obligation au sein du collectif permet à un acteur de bénéficier d'une sorte d'assistance, de crédit (« de services ») de la part des autres membres proches ou non.

    Ø Le processus d'identification pour sa part permet aux membres du collectif formé de se sentir proches grâce au partage des valeurs ou des normes qui servent de cadre de référence de leurs actions en faveur de l'engagement collectif.

    En particulier, « la force des liens faibles » (the strengh of weak ties), développée par le sociologue américain Mark Granovetter (1973), éclaire la lanterne sur l'impact de la nature de construction des liens sociaux. L'interconnexion de ces relations interpersonnelles offre ainsi la possibilité de créer des opportunités d'échanges diversifiés et aptes améliorer la qualité des relations coopératives et cognitives (Bolino et al., 2002).

    Au niveau de la dimension cognitive, le lien social incorpore les langages, les récits, les expériences et les codes communs, mais également une vision partagée qui permettent aux acteurs de percevoir et d'interpréter les événements de façon similaire (Bolino et al., 2002). De même, la compréhension bilatérale entre les individus peut les amener à trouver solution adéquate et sereine de leurs diverses difficultés, à échanger les idées, à s'aider réciproquement tout en se partageant les connaissances13(*). Tout comme les autres dimensions, celle-ci inspire également la disposition des acteurs à se soutenir dans les relations de travail. Tout en reconnaissant les implications sur le maintien de relations de soutien durables et sur l'aisance dans l'accès à l'information nécessaire, la construction du lien social est à l'oeuvre de la création d'un capital relationnel susceptible de bouter un peu les mauvaises conditions sociales.

    L'inégalité économique et la discrimination ouverte selon les sexes et l'ethnie, devraient nuire à la croissance, si on utilise le capital relationnel dans une importante stratégie de gestion du risque, en période de détresse économique (par exemple pour la perte d'un emploi, mauvaise récolte, maladie prolongée), il en découle que des sociétés divisées auront plus de difficulté à gérer les crises économiques. Nana-Fabu voit que cette situation d'inégalité économique est liée à la grande marginalisation de la femme dans les divers secteurs de la vie, elle rappelle non seulement les barrières biologiques mais aussi les discriminations traditionnelles et la dépendance donc est consécutivement victime cette dernière. (Nana-Fabu, 2006, 153). C'est sur cette précision de Nana-Fabu que nous nous donnons une autre missions dans cette revue de la littérature, celle de mobiliser les écrits non seulement sur la situation socio-économique mais une plus complète qui intègre aussi les activités économiques spontanées et le poteau de la prostitution avec.

    2- LE POINT DES TRAVAUX SOCIOLOGIQUES SUR LA PROSTITUTION ET SUR LES ATIVITES ECONOMIQUES SPONTANEES

    -L'EVOLUTION DE LA PROSTITUTION-

    a- PREHISTOIRE ET ANTIQUITE : DE L'HOSPITALITE SEXUELLE VERS UNE MALEDICTION A COMBATTRE

    Il s'agit pour nous dans cette rubrique de jeter un regard rétrospectif sur le phénomène de la prostitution telle que pratiquée dans le passé car nous estimons que puisqu'elle est considérée comme le plus vieux métier du monde, ce bref bond dans sa genèse nous conduira tour à tour vers les particularités à l'instar de la France, de l'Allemagne et de Belgique car localement, il est moins aisé de mettre la main sur la véritable documentation sur la question sujet de la prostitution. Cependant plus d'un fait dans cette historicité est similaire et applicable sur la scène du Cameroun.

    i- DE L'HOSPITALITE SEXUELLE

    Dans les sociétés algériennes et marocaines dites primitives, on pratiquait l'hospitalité sexuelle, c'est-à-dire qu'il était fréquent d'offrir sa femme ou sa fille à l'hôte que l'on accueillait. Cet exemple est similaire au Cameroun lorsqu'une de nos personnes ressources (Chef Nama)14(*) affirme que le fait est encore actuel dans sa localité. Bien d'autres indiscrétions sont d'avis que dans les provinces de centre, du sud, du sud-ouest et où le pouvoir du chef de famille, chef du lignage est encore respectée, cette pratique est couramment faite pour honorer les convives. Chef Nama voit en cette pratique un signe de nouvelle relation à entretenir sans exclusion. Pour celui-ci cela n'est que normal car cela découle de la culture qu'il faut pérenniser Bien vite, cette hospitalité sexuelle s'est transformée en prostitution sacrée. Dans l'antiquité, les femmes se rendaient au temple une fois dans leur vie dans le but d'offrir leur corps à une personne pauvre. Ceci étant basé sur le principe du sacrifice, « l'offrande allait aux divinités » (Mohamed El-Ouahed, 2004)15(*).

    Progressivement, la prostitution devient un phénomène social. On parlera dès lors de prostitution profane. C'est également la création des premières maisons closes. Les bénéfices de celles-ci allaient à l'Etat. Les prostituées répondaient aux classes de la société. Ce métier avait constitué un obstacle au mariage et certains le considéraient comme une débauchée. C'est peut-être cela qui sensibilisa la fermeture des maisons de tolérance et encouragea la mise sur pied du premier centre de réadaptation sociale. Malgré ces efforts, le programme fut un échec et ces centres comme ce centre marocain fut obligé de fermer ses portes à cause d l'action des proxénètes aujourd'hui, juridiquement identifiées comme de personnes qui aident, assistent ou protègent la prostitution d'autrui ou en tirent profit. Mais le Code Justinien en réprimant la prostitution algérienne comme marocaine, stipulait en 426 que tous les proxénètes seraient punis s'ils étaient trouvés coupables de pratiquer ce métier. (Mohamed El-Ouahed, 2004)16(*)

    ii-LE DEBUT DU MOYEN AGE OCCIDENTAL : VERS UNE MALEDICTION A COMBATTRE

    Les nombreuses tribus germaniques ont toujours considéré que la prostitution représentait une malédiction à combattre. Usant de violence dans ce domaine : les proxénètes étaient jugés sévèrement mais, ce n'est qu'avec le « code Alaric » que la persécution des prostituées a débuté véritablement. Ce code prévoyait que les femmes étaient aussi coupables que les proxénètes et qu'elles étaient justifiables du fouet. Aujourd'hui, on considère la prostitution comme un délit. On interdit et exerce une répression contre les personnes qui s'y livrent, l'organisent et l'exploitent. Personnes prostituées et proxénètes sont considérés comme délinquants et passibles de poursuites.

    De 1096 à 1099, les prostituées en Allemagne comme en France ont suivi les troupes, pendant la huitième croisade menée par Saint-Louis, l'Etat a du payer un salaire à environ 13 000 prostituées afin d'encourager les troupes à continuer la guerre. Pendant le règne de Louis IX, soit de 1226 à 1270, la politique face à la prostitution fut changeante, passant de la prohibition à la tolérance. Il menaça d'expulsion toute personne faisant de la prostitution occasionnellement ou comme métier. Alors il commença une dure répression, et la prostitution clandestine remplaça les maisons de débauche ouvertes à tous. Mais les plaintes furent nombreuses et sa politique se trouva devant l'échec : il était impossible de mettre fin à un phénomène si répandu. Il décida donc de concentrer la prostitution dans certains quartiers, à l'écart des maisons de bonne famille. Il ouvrit aussi les portes d'un centre de réadaptation.

    Aujourd'hui, il existe toujours des quartiers où la prostitution est plus ou moins tolérée par la police et des maisons de réadaptation, de réinsertion pour les prostituées17(*). Le grand théologien médiéval Saint-Thomas D'Aquin a commencé par insinuer que l'on devait se montrer tolérant envers la prostitution ; puis il alla plus loin en mentionnant qu'il était permis d'accepter les fruits de ce commerce. D'ailleurs, les étuves appartenaient parfois à des monastères ou des évêchés. (Mohamed El-Ouahed, 2004)18(*)

    Par ailleurs, certains pensent que se prostituer, c'est vendre son corps et que cela constitue une atteinte aux droits fondamentaux de l'être humain. D'autres sont plus tolérants et invoquent le droit qu'a chacun de posséder et de disposer son corps. Pour vérifier que les règlements sont bien appliqués, certaines villes, comme Venise par exemple, assignaient des vêtements particuliers aux femmes de moeurs légères afin qu'on les reconnaisse et que l'on puisse sévir si jamais elles n'obéissaient pas. Il était aussi important pour les dames de la bonne société qu'on ne puisse les confondre avec ces filles de mauvaise vie, d'où l'obligation du port d'un signe distinctif, comme un ruban jaune autour du cou. Aujourd'hui par contre, la prostituée a droit de porter la tenue vestimentaire qui lui plait, à condition de ne pas attenter à la pudeur sur la voie publique. On peut toutefois dire que c'est souvent « la tenue de travail » qui trahit la prostituée. (Mohamed El-Ouahed, 2004)19(*)

    iii- ACTIVITE PROSTITUTIONNELLE EN FRANCE: VERS L'ESSOR DE NOS VILLES AUJOURD'HUI

    La ville n'est pas le seul lieu favorable au développement des amours vénales. La prostitution rurale est florissante. Les femmes vont de village en village tout en s'adaptant aux itinéraires des funérailles, des cérémonies diverses et des marchés. Dans les granges, les hommes entretenaient parfois une prostituée pendant quelques jours, quelques semaines. Néanmoins, c'est dans le milieu urbain que la prostitution s'épanouit, ce sont les municipalités qui vont exercer le contrôle. Les villes possédaient des lupanars, que l'on appelle également dans le langage populaire maison de tolérance. Elles ont été construites avec les deniers publics et leur taille dépendait de l'importance de la ville, de sa population mais aussi des travailleurs qui y venaient temporairement. Généralement, un tenancier ou une ancienne avait la gestion de ces lupanars. Celui-ci était chargé de recruter les filles et de veiller à ce qu'elles respectent certaines règles. Les filles payaient le logement et le couvert, voire un pourcentage sur les passes. Les lupanars ne sont pas toujours des maisons closes. Les prostituées ont pour rôle de racoler dans les lieux publics pour ramener les hommes au lupanar et les faire consommer avant de gagner les chambres. Cette situation est identique à celle vécue à douala en pleine journée. La concentration urbaine, avec notamment beaucoup de jeunes célibataires, apprentis ou manoeuvrés, risquait de provoquer de nombreux troubles sociaux. Si la prostitution permet de canaliser la violence, de protéger les honnêtes femmes, contre les viols, les harcèlements, de soutenir un mariage stable, alors autant la supporter, voire même l'organiser. C'est contre quoi Amely James Koh Bela lutte pour démasquer les liens qui se tissent autour la femme africaine et celle camerounaise en particulier au sujet de la prostitution ; elle renvoie cet état de chose à une ère d'esclavagisme sexuel (Amely James Koh Bela, 2006). Cette pratique dans le passée révèle Koh Bela a donc édicté ses règles (âge, statut social, provenance des prostituées) et soutenu les notables qui voulaient appliquer les réglementations. Si la prostituée est méprisée, elle est pardonnée même si son pêché est considéré comme plus grave que celui de l'homme. Aujourd'hui, en France comme au Cameroun, les prostituées sont perçues comme des délinquantes selon les lois20(*) réprimant la prostitution au Cameroun. Et du moins, sous la houlette du MINPROFF et du MINAS, on prévoit des mesures de réinsertion pour elles, lesquelles doivent entrer dans leur grande phase de sensibilisation dès 2008 déclare Mme Mouthé21(*). Peut-on choisir ce métier par goût ? La plupart y sont acculées, par la misère ou soumises à un viol, et déshonorées, elles ne peuvent plus espérer vivre une existence de femme honnête, mariée et mère de famille. A ce sujet Nana-Fabu continue à porter le doigt accusateur sur la situation socio-économique de la femme du moins en ce qui concerne le cas du Cameroun. (op.cit) Elles commencent généralement de manière occasionnelle, pour faire plaisir à un compagnon. Elles peuvent entrer dans une étuve comme domestique, « hôtesse » ou s'exposer au poteau de toute sorte lorsqu'elles sont encore jeunes et jolies, pour finir, avant trente ans, dans un bordel où le client est moins regardant sur le physique. Depuis quelques années, il est observé une véritable prolifération d'hôtels implantés dans les métropoles comme dans les petits coins touristiques et qui servent le plus souvent de « lieux de passe » ; on peut citer les localités comme Kribi, Limbé, Hotel de ville de Yaoundé, Elf axe-lourd, Bépanda Monaco, Akwa, La rue de la joie de Deido et de Ndokoti et bien d'autres au Cameroun. Ces établissements de seconde zone dont le seul souci est le profit accueillent des filles de d'autres localités venues gagner leur vie parfois dans des conditions effroyables et dans tous les risques. En France comme au Cameroun, ces jeunes ont chacune d'elle une trajectoire et une histoire à raconter sur leur ancien vécu ainsi que les raisons qui les ont amenées à suivre cette voie tant abhorré par notre société, ainsi on peut dire que

     Les causes de la prostitution sont des causes économiques. Des mesures gouvernementales, sur le plan national et international, dirigées contre la pauvreté, la misère, les salaires insuffisants, le chômage, la faim et des taux démographiques trop élevés doivent leur être opposés.22(*)

    Ceci nous permet tout de suite d'entériner une revue sur cette montée du marché du poteau du sexe et cette pratique dans tout ses sens des activités économiques spontanées dans notre cadre un peu plus contextuel.

    b- LE POINT DES TRAVAUX SOCIOLOGIQUES ET ETAT DES CONNAISSANCES CONTEXTUELS SUR LA PROSTITUTION ET SUR LES ACTIVITES ECONOMIQUES SPONTANEES

    Les activités informelles sont considérées comme des signes extérieurs de la précarité, laquelle situation inquiète car pour Mengue et Boukongou (2002), elles constituent un frein au développement et une menace réelle pour la stabilité des institutions sociales, politiques et économiques des Etats africains. Ainsi dans son mémoire Nantchou23(*) pense que la montée du désordre urbain du point de vue structuro infrastructurel est simplement une conséquence directe du pari du développement rural qui a échoué à cause des différents revirements de la politique agricole avec des structures « top down » suivies d'une libéralisation et un désengagement de l'Etat à côté d'une population désenchantée perdant peu à peu ses repères. A cet effet nous menons le constat que c'est le début du calvaire du monde rural et urbain, d'un côté le dépeuplement des villages en forces productrices masculines et féminines ; de l'autre côté une population urbaine de plus en plus nombreuse en quête d'un mieux-vivre et d'un mieux-être qui ne veut sans doute se reconstituer aujourd'hui que par les forces des activités du circuit informel sur lesquelles l'Etat n'y prête pas grande attention. Ce sont là des champs d'investissement dans lesquels l'acteur dépourvu de tout peut aisément se resituer et avoir accès au pouvoir à travers certains réseaux sociaux jugés productifs affirme Sainsaulieu24(*). Ce sont de tels réseaux qui partent des horizons comme ceux du poteau du sexe pour aboutir jusqu'aux professionnelles du sexe25(*) d'un autre genre que ce travail veut qualifier au même titre que les autres activités économiques spontanées.

    Abdou Touré26(*) en enquêtant sur les petits métiers à Abidjan décèle les relations somme toutes conflictuelles tout en faisant noter l'imagination créatrice des individus en période de conjoncture difficile. C'est ainsi qu'aujourd'hui, même au Cameroun, l'informel prend de l'ampleur27(*)mais il est tout d'une autre configuration. Il est ainsi noté que les logiques et les stratégies qui sont mises en jeu par ces différents acteurs majoritairement jeunes ne sont pas automatiquement identiques à celles d'Abidjan; de même avec Nana-Fabu28(*), entre 2002 et 2005, elle note que ce sont les sujets filles pour la plus part âgées de 15 à 49 ans qui, massivement venues des zones rurales pour la ville de Douala et Yaoundé s'exposent diversement à la dureté de la vie. Pour elle face aux statistiques 2006 de Douala énoncée par le MINAS -60%- sur la recrudescence du VIH/SIDA, les facteurs à la base sont ce taux élevé de la prostitution des jeunes filles. Elle remarque qu'il n'est même pas étonnant de voir celles âgées de 12 ans roder tout au long des rues principales de la métropole à la recherche des clients masculins qui se font de moins en moins rares.( Nana-Fabu, 2006 ;160-161) Devenues aussitôt filles du poteau, elles s'adaptent en usant sûrement de leur imagination créatrice pour se construire et pour parvenir à bout des embûches de leur travail ou de leur activité mal vue et parfois combattue. De même que Kamgaing29(*) voyait déjà ce conflit à Bafoussam, constatant qu'en difficulté avec les banques, les paysans se sont repliés vers les formations de banques informelles, des groupes de tontines pour garder leur argent faisant fi du cadre formel. Cette crise de confiance des jeunes vis-à-vis de l'Etat vue chez les prostitués de la zone Elf à Douala30(*) et dans tous les autres marchés du poteau est tout d'un autre genre. On note loin delà une autre logique des rapports qui serait non seulement un moyen ou un lien mais un recours plutôt qu'une stratégie en période de difficulté pour les acteurs du secteur devenus la cible de nombreuses manipulations urbaines. Songue31(*) dans sa perspective de sociologie de développement focalise sa recherche sur la prostitution dans la localité singulière de Yaoundé32(*) où elle distingue cette catégorisation entre «formelle et informelle» contrairement à celle-ci qui, étudiant le même phénomène dans une unité économique plus réduite s'appuie sur la logique du travail et de survie. Esse Amouzoua33(*) comme Beauvoir34(*) parlent de la basse prostitution et de l' hétaire, itinéraire pour voir par-là les facteurs de propagation de la maladie du millénaire. Non dans la même lancée, la présente étude dans une toute autre perspective tient à visualiser les conduites économiques mues dans les logiques de survie. Regardant ces prostituées dites de basses classes, le Professeur togolais de sociologie, Esse Amouzoua35(*) a eu le mérite comme Koh Bela36(*) dans son étude sur la question en Europe, où tous ont élargi et étendu leurs travaux dans plusieurs pays et dans plusieurs unités sociologiques. Misant pour une plus empirique et approfondie, pour comprendre les lois régissant ces pratiques, notre étude se focalise dans un site bien connu de la ville capitale économique du cameroun. A travers les opératrices du poteau, on tentera de comprendre sous le prisme d'une sociologie dynamique les conditions d'émergence des activités économiques spontanées et les enjeux du collectif formé à travers le processus de construction du lien social à l'exemple des travaux du professeur Kamdem (E)37(*) sur la question où il met l'accent sur la construction des réseaux fonctionnels d'entraide, de solidarité et de sociabilité élément moteur de construction du lien social (Kamdem, op.cit.; p.759). Notre examen enfin, en vue de la rendre plus approfondie, se fera davantage dans un groupe, dans un cadre restreint et dans un milieu urbain.

    C'est enfin à l'issu de cette mise au point de anciens travaux et la mobilisation de cette triple dimension de la revue de littérature que nous estimons opportun de construire et de positionner notre problématique, celle sur laquelle se fonde notre recherche.

    II- PROBLEMATIQUE

    A- CONSTAT ET PROBLEME CONTEXTUEL DE LA RECHERCHE

    Au Cameroun, à côté du discours officiel qui, en simulant et chiffrant à 7% la croissance économique, il est observé sur le terrain un contraste quant à l'amélioration réelle des conditions de vie de la majorité des populations tant en milieu rural qu'en milieu urbain ; non-conformisme, attitudes de désinvolture et de rejet des normes établies par les instances, non-respect des institutions formelles, dépravation des moeurs et biens d'autres attitudes déviantes sont monnaie courante à Douala. Issus des déficits de la croissance, les phénomènes de l'exode rural, le sous emploi comme le chômage en bloquant le développement attendu crée et oriente les acteurs vers les directions des emplois informelles38(*) et vers les pratiques de basses manoeuvres telles que le commerce sexuel.

    Reconnu comme le plus vieux métier du monde, l'église, la morale et les valeurs sociales africaines condamnent la prostitution. Elle est contestée par de nombreuses institutions et conventions internationales et même nationales. La police, les forces de sécurité et les autres structures de répression des comportements reconnus déviants s'interposent et s'imposent tout le temps pour lutter contre cette activité dite commerce de l'ombre ou de la honte. En même temps, les dispositions juridiquement valides des articles 343-44 et 343-2 du Code Pénal (1967) interdisent et répriment sévèrement cette pratique de rapport sexuel en échange de l'argent ou d'offre en nature et tout autre pratique similaire. Ainsi, attendu qu'au vu de toutes ces dispositions répressives et tout cet arsenal juridico administratif, que ce phénomène de prostitution s'efface ou tout simplement soit diminué, freiné ou réduit. Force est de constater que malgré toutes les normes et principes mis sur pied, que malgré la pudeur et les exigences de la morale, que malgré la main forte ou les coups de force des autorités publiques et que malgré les actions de la police répressive, le commerce du sexe surtout à étalage public à l'image de toutes les autres activités économiques spontanées prend de l'ampleur comme si de nouvelles corporations se construisaient pour se traduire ou s'imposer en véritable profession. Attendant donc de voir la fin d'une telle pratique ou de tendre tout simplement vers sa réduction en vue de sauvegarder l'image si chère et les valeurs culturelles de nos sociétés, il est plutôt observé l'émergence sous toutes ses formes d'un marché à vitrine non conventionnelle que cette étude vient nommer de poteau de la jeune fille. Emergeant, florissant, grandissant malgré toutes les dispositions répressives et selon les pré-enquêtes, cette activité fait voir un commerce de sexe, une prostitution d'un autre genre39(*) qui opère dans la rue par compétition et par exposition des charmes féminins sur étalage public à l'attente négociée des éventuels clients qui se recrutent astucieusement tous les soirs. Compétitives et concurrentes, ne se donnant pas de cadeaux dans la pratique de leur métier, ces filles font curieusement parfois appel en leur sein à des pratiques de groupes, à la formation des collectifs marqués par la construction des identités de groupe, de territoires, soit pour faire face aux forces de répression, soit pour imposer leur métier. Cette apparente contradiction décelée à savoir concurrence et entente vient poser en plus du problème de ce commerce sexuel mais aussi celui de l'action économique solidaire et la formation du collectif ou celui du lien social dans un milieu où les acteurs partagent la même activité concurrentielle. Tout ceci malgré les dispositions juridiques, malgré la main forte ou les coups de force des autorités publiques et les actions de la police répressive. Ainsi donc comment comprendre la genèse d'un tel phénomène à Douala ? Aussi, comment s'opère au quotidien et se construit la logique d'échange du lien social entre ces prostituées opératrices de la Elf à Douala et avec les autres ? De cette interrogation double, découle une question de recherche et ses subséquentes.

    B-QUESTION DE RECHERCHE

    La société camerounaise étant devenue un « champ de luttes » -selon l'expression de Bourdieu- dans laquelle chaque acteur social suit sa trajectoire dans la logique de se positionner et par la suite vivre en harmonie avec son groupe et avec la société de référence. Du moment où, pressés par le poids de la précarité du fait des dérapages des politiques sociales, de la forte croissance démographique, du chômage et du sous-emploi ; et habités par le désir d'une vie plus satisfaisante, le commerce du sexe à étalage public à l'image de toutes les autres activités économiques spontanées prend de l'ampleur et, loin des diverses répressions, il est remarqué une démarche collective. Laquelle se forme, se construit loin de la dimension d'altérité reconnue seule en matière d'économie et de marché. Et la question qui se dégage aussitôt est la suivante : Comment comprendre la formation du collectif dans un cadre social de spontanéité et de profitabilité concurrentielle ?

    Cette interrogation nous donnera de saisir en profondeur cette prostitution, la réalité sociale du collectif, de dévoiler les comportements et les conventions symboliques de ces cadres sociaux au sens de GURVITCH quand il affirme que

    La sociologie contemporaine est en train de se transformer en une science dont la première démarche est l'étude de la réalité sociale en profondeur...la vocation du sociologue se reconnaît d'abord à sa capacité de se dévoiler, les antinomies et les tensions latentes, propres à une réalité sociale donnée, envisagée comme phénomène social total 40(*)

    En situant le chercheur dans cette noble vocation, Gurvitch aussitôt autour de la question interpelle à se donner d'autres missions.

    QS- QUESTIONS SECONDAIRES

    QS1 - Quel est l'ensemble des faits et éléments sociopolitiques ayant prédisposé l'acteur urbain en même temps vers la pratique du commerce sexuel et vers la construction du collectif ?

    QS2 - Comment s'opère le processus de construction et de renforcement du lien social dans ce milieu ?

    QS3 - Quelle est la conséquence socioéconomique, culturelle ou santé d'une telle pratique et l'influence du collectif formé sur l'activité et sur la société globale ?

    C-- CORPS DE L'HYPOTHESE

    Selon Grawitz, l'hypothèse est  Une proposition de réponse à la question posée41(*) et sa formulation trouve son fondement dans l'élaboration des différentes variables :

    Ø Variable indépendante : activités économiques spontanées, c'est elle qui explique les variations de la seconde.

    Ø Variable dépendante : -formation du collectif, processus de construction du lien social-, c'est elle qui doit être expliquée.

    Hg- Hypothèse principale

    Elle est d'une importance capitale dans la recherche sociologique. L'hypothèse générale, celle qui guide notre réflexion est la suivante:

    La formation du collectif dans un cadre social de spontanéité et de profitabilité concurrentielle participe de la stratégie des acteurs tout en dénotant un climat de tension permanent qui se transforme aussitôt que le danger est appréhendé et ce lien social influe sur la formation du collectif.

    Hs- Hypothèses secondaires

    Comme hypothèses secondaires découlant bien sûr de la principale, on a:

    Hs1- La conjoncture en imposant un type d'activité, les politiques de formalisation et beaucoup plus celles de la répression imposent la construction du collectif  comme stratégie de lutte.

    Hs2- Le lien social dans les sphères économiques spontanées dites concurrentielles se construit, se fait et se défait en fonction des contextes et des situations.

    Hs3- La formation du collectif en construisant l'identité et la survie de l'activité exerce une influence culturelle sérieuse sur la société, une influence sur la politique socioéconomique, sur la santé et aussi sur la gestion des espaces urbains.

    Par la vérification de ces sous hypothèses, nous voudrions précisément savoir dans quel itinéraire de travail ou registre économique nous devons proposer au marché du poteau des femmes afin qu'attention et sérieux leur soit accordé. C'est pourquoi entre autres questions, cette étude a un objectif.

    D- OGR- OBJECTIF GENERAL DE RECHERCHE

    Saisir le sens de la formation du collectif dans un cadre social de spontanéité et de profitabilité comme chez les filles prostituées de la Elf.

    Nous avons donné autour de cette tâche générale des :

    OSR- OBJECTIFS SPECIFIQUES DE RECCHERCHE

    OSR1-Saisir et identifier l'ensemble des faits ou éléments sociopolitiques et socio-économiques qui ont prédisposé l'acteur ou l'actrice urbain vers les activités économiques spontanées en général et celui des opératrices du poteau : prostitution.

    OSR2-Comprendre comment s'opère au quotidien le processus de construction, de renforcement ou de déconstruction du lien social dans ce milieu.

    OSR3-Analyser l'influence possible du collectif formé sur l'activité et sur l'environnement global.

    Après cette élaboration de la problématique dudit travail, afin d'insérer la présente étude dans un cadre théorique particulier, une double urgence sociologique nous interpelle d'abord à circonscrire les divers champs théoriques possibles.

    -CHAPITRE II-

    CADRE THEORIQUE DE L'ETUDE

    I-MODELES THEORIQUES DE LA RECHERCHE

    Pour Ghliglione et al, 

    Un modèle théorique est un système explicatif qui, à un moment d'une discipline se propose de rendre compte d'un grand nombre de faits42(*)

    Pour nous ici,

     ...Notre travail s'ouvre, pour respecter l'interdisciplinarité que nous recommandent les grandes figures de la sociologie contemporaine, à l'histoire, à l'anthropologie, à la littérature (ou à la linguistique) Ceci nous permet non seulement de comprendre notre thème d'étude, mais également de mieux le circonscrire 43(*)

    A- CHAMPS THEORIQUES POSSIBLES

    Etudiant la formation du collectif et le processus de construction du lien social dans les activités économique spontanées ; dans une approche sociologique des opératrices de la Elf de Douala, afin d'insérer la présente étude dans un système d'analyse particulier, nous identifions d'abord les différents champs théoriques possibles afin de circonscrire celui qui nous convient le mieux. Basée et centrée sur les idées théoriques du capital social, en complément analytique, plusieurs autres approches sont possibles ; l'appel a été fait à plus d'une autre approche capable de rendre aussi pragmatique nos diverses observations et analyses. Par l'approche stratégique et celle de la sociologie générative, on tente de creuser en profondeur la genèse et le quotidien des actrices du poteau pour comprendre comment s'opère la formation du collectif. En tant que type d'approche, l'approche de l'analyse stratégique permet précisément de saisir les logiques de fonctionnement interne des collectifs et les dysfonctionnements, l'approche de l'individualisme méthodologique de Boudon ou de l'utilitarisme de Weber pour sa part nous aide à comprendre les motivations individuelles des comportements de groupe, l'approche dynamiste et critique tente de creuser au fond des faits et aide à mieux analyser, pour comprendre la vraie signification de cette formation du collectif chez les opératrices du poteau de la Elf et ses diverses implications sur la réalité du capital social. On identifie encore les théories du lien contradictoire de Goffmann, l'approche constructiviste de Bourdieu et l'interactionnisme de Durkheim comme la théorie du lien social de Bajoit.

    Enumérant tous ces différentes approches possibles pouvant intervenir dans le cadre de cette étude, nous avons porté notre choix vers trois ; d'abord l'approche de l'analyse stratégique puis l'approche de l'individualisme méthodologique de Boudon et enfin l'approche dynamiste et critique en complément ou en renforcement de celle du capital social préalablement identifiée.

    B- CHAMPS THEORIQUES COMPLEMENTAIRES

    1- Approche stratégique de Crozier

    Placée au dessus de l'approche fonctionnaliste de Malinowski, celle de Crozier dite stratégique se fonde sur l'idée qui s'affirme dans les sociologies contemporaines de Ansart selon laquelle:

     Est bien caractéristique de ce postulat selon lequel les organisations (administratives, individuelles et communautaires), leur fonctionnement ou dysfonctionnement constituent les problèmes clés des sociétés 44(*)

    Les collectifs sont donc des organisations, phénomènes non naturels et qui sont selon Crozier

    Un construit social dont l'existence pose problème et dont il reste à expliquer les conditions d'émergence et de maintien 45(*)

    C'est dire que les activités économiques spontanées plurielles au lendemain de la crise économique sont cette organisation de riposte (l'acteur et le système), stratégies conçues sous forme de « construit» remplissant au pauvre acteur en difficulté un ensemble de fonctions sociales et décantant parfois des multiples problèmes sociaux au sein du collectif. En vue de comprendre le mode d'organisation, d'adaptation et le fonctionnement des rapports sociaux au sein collectif formé dans un milieu socialement jugé bien ou mal construit, cette approche stratégique sied à l'analyse des notions internes et externes car pour Crozier, c'est

    Celle qui permet de poser des questions adéquates sur le fonctionnement des organisations (puis sur) le fonctionnement interne et les dysfonctionnements, les rapports entre catégories sociales, attitudes des différents agents, les rapports de pouvoirs, les cloisonnements ou coopération au sein de ces institutions ; toutes questions qui touchent aux relations46(*)

    Il s'agit ainsi pour nous, en référence à l'analyse stratégique de Crozier de tenter d'appréhender non dans un sens macro mais de saisir juste le fonctionnement interne et les dysfonctionnements sociopolitiques qui ont engendré ce micro groupe, ce type d'activité et enfin les logiques qui ont prédisposé à cette action collective en milieu de compétition.

    Cette approche individualiste de l'analyse stratégique de Crozier permettra de réintroduire le vécu émotionnel, le bien fondé de la formation du collectif dans un milieu économique spontané, dans une activité telle que ce marché du sexe et le but de la présence des uns et des autres au sein du groupe. Cela permettra enfin de comprendre la nature et l'ampleur du changement social possible dans ce genre de rapport social. Ceci  en vue de mieux saisir

    Cette mutation, ces mouvements sociaux et le devenir des sociétés influencées par des dynamiques multiformes47(*)

    à l'exemple de ces opératrices du poteau bouleversées par la précarité qui pourrait mener vers un tournant décisif influençant les structures politiques par leurs dynamiques tant internes qu'externes. Mue par les stratégies de groupes et d'organisation, il est aussi noté que dans tous ces milieux, ce sont les individualités qui fondent le groupe et les acteurs disposent bien certainement des marges de manoeuvres qui leur sont propres. Et c'est le souci de la lecture de l'ensemble de tous ces comportements propres aux stratégies de la jeune prostituée à Douala qui, en orientant vers la Sociologie des organisations et des groupes à travers la mise en exergue de l'approche individualiste, s'appuie aussi sur les théories de l'acteur et du lien social (Bajoit)48(*).

    2- Approche de l'individualisme méthodologique

    Le paradigme de l'individualisme méthodologique connaît un essor en France au début des années 1970 avec R.Boudon49(*). Pour lui, l'atome de l'analyse sociologique, c'est l'acteur individuel. Ce faisant, il formule deux postulats fondamentaux qui régissent sa théorie :

    ü Il existe un primat de l'individu sur les structures sociales

    ü Les faits sociaux découlent d'une agrégation des comportements individuels.

    Ainsi, le principe de l'individualisme méthodologique énonce que, pour expliquer un phénomène social quelconque (...) il est indispensable de reconstruire les motivations des individus concernés par le phénomène en question, et appréhender ce phénomène comme le résultat de l'agrégation des comportements individuels dictés par ces motivations.50(*)

    Ici, le social ne peut être compris qu'à partir des intentions des acteurs et pour saisir les logiques des comportements individuels de ces filles de la ELF, il est nécessaire d'accéder à leur raisonnement. Même si elles disposent d'une certaine marge de manoeuvre, les individus agissent dans le cadre des rôles que leur assigne la société. Dans le contexte de cette étude, il apparaît une généralisation d'un nouveau mode de vie qui mobilise tous les sens de la gente féminine disposant d'une marge de manoeuvre qui lui donne libre cours en tant qu'"actrice individuelle" d'investir par-là pour faire face à la précarité dit-on envoûtante soit en mobilisant un capital social fort, soit en investissant pour la construction d'un lien social ou d'un réseau producteur capable créer des opportunités. D'où son primat sur les « structures sociales » peut parfois se traduire par le non-respect des règles établies et la formulation de certains codes spécifiques. Qu'il s'agisse des conducteurs de motos taxi ou vendeurs ambulants, et autres..., on remarque le faible degré de contrôle de l'Etat qui, favorisant cet effet émergent, peut en être finalement « la première cause et la cause première. » Pour ce travail, et grâce aux vertus de cette approche, il est donc possible de prendre en compte la double dimension de la réalité sociale empirico-subjective par le processus de la macrosociologie. Au sens de P.Bourdieu, elle consiste à saisir la formation du collectif dans le poteau par le procédé de l'intériorisation de l'extériorité et celui de l'extériorisation de l'intériorité.

    3- Approche dynamiste et critique

    A ces autres approches déjà énoncées, vient s'ajouter cette approche de la sociologie générative de l'école Francfort. Selon Gurvitch, c'est une école qui fait de la sociologie en profondeur, c'est la tendance sociologique qui explique ce qui se voit par ce qui ne se voit pas. Celle-ci permet d'interpréter les non-dits des actions, de la mise en place des organisations, des regroupements car la réalité ne reste pas en surface, il faut la chercher au fond des discours, des actions et des comportements du moment où les sociétés et groupes du genre des prostituées s'expriment à deux niveaux au moins. Parlant de cette réalité sociale, pour Gurvitch cité par Nga Ndongo,

    Elle se présente à l'oeil exercé du sociologue comme disposée en paliers, en niveaux, en plans étagés, en couches plus ou moins profondes 51(*)

    C'est dire que le chercheur dans cette approche de la sociologie générative doit regarder le fait en profondeur. Il doit s'agir de creuser au fond des faits pour comprendre la vraie signification de cette formation du collectif chez les filles du poteau et ses diverses implications sur tous les plans sans partis pris et sans complaisance aucune. L'appel de cette approche est motivé par le fait qu'en étant apte pour la collecte elle contribue considérablement pour le traitement des données recueillies sur le terrain de manière qualitative et leur interprétation. Ceci nous interpelle spécialement à l'approche critique selon laquelle 

    Tout système d'auto interprétation, tout système culturel, toute idéologie, toute religion, masque, cache, ment et révèle tout à la fois. Ce qui est le plus caché est plus véridique. Ce qui est montré est à expliquer par ce qui ne se montre pas.  52(*)

    C'est ainsi dire que les conglomérations sociales ont des faces publiques et des faces cachées. De l'un ou de l'autre côté avec Ziegler, rien ne doit être négligé car tout doit passer au jugement critique du sociologue ; c'est enfin un dépassement du discours officiel pour face aux deux types d'intellectuels, mécaniques ou conformistes d'un côté et organiques ou altruiste d'un autre côté. Notre objectif étant le décryptage, le dévoilement des faits sociaux en ce sens de les considérer comme des choses du point de vue de Durkheim, ceci afin d'éviter les observations superficielles, comme le déclare Touraine :

     L'objectif principal, la tâche première de la sociologie est de faire la critique permanente, inlassable, rigoureuse des superstructures, des multiples organisations, des rapports de productions matérielles, symboliques, qui freinent, bloquent ou paralysent « la libre créativité des hommes » et les privent ainsi d'une part essentielle de leur vie ; c'est-à-dire de regarder ce qui est caché, de dire ce qui est tu, de faire apparaître la faille d'un discours, la distance de la parole à l'action.53(*)

    C'est de mener aussi une analyse critique des faits, des rôles des acteurs et des leaders pour enfin réussir à comprendre leur puissance, leur force symbolique, aussi les problèmes et les non-dits des groupes construits. La Sociologie d'Alain Touraine est considérée enfin comme une Sociologie de l'action collective composée de la Sociologie de critique du conflit Social. Elle reste comme c'est le cas dans cette étude largement tributaire aux problématiques Weberiennes qui accordent du crédit au sens dont l'acteur associé au collectif donne de lui-même à l'action qu'il engage.

    Alors, cette approche a permis de creuser et de décrypter ce qui pourrait freiner le développement de la structure collective des opératrices du poteau qui se réclame véritablement professionnelle. Ainsi, il convient de construire un tableau récapitulant les axes et les différentes perspectives théorico analytiques s'inscrivant dans ce travail et qui complètent les limites de la théorie du capital social.

    Tableau1 : VUE SYNOPTIQUE DES CHAMPS THEORIQUES ET CONCEPTUELS COMPLEMENTAIRES

    Approches

    Privilégiés

    Approche dynamiste

    et critique

    Approche stratégique

    Approche

    de l'individualisme méthodologique

    Auteurs de référence

    Gurvitch

    Ziegler Tourraine

    Crozier Friedberg Weber Ansart

    Boudon Weber Simmel

    Priorités analytiques

    -Mobilisation collective

    -Mouvements sociaux

    -Interactions sociales

    -Logique d'action (solidarité)

    -Socialisation

    -Itinéraires professionnels d'accumulation

    -Analyse stratégique

    -Mouvements sociaux

    -Comportements d'acteurs

    -Construction des identités

    -Logique des acteurs

    -Logique de construction du lien social et du lien de solidarité

    -Organisation, fonctionnement interne

    -Conditions d'émergence & de maintien

    -Stratégie individuelle et collective des acteurs

    -Les ethno méthodes et les stratégies de groupe

    -Logique de l'acteur individuel

    -Marge de manoeuvre des acteurs

    -Mode de vie-symboles

    -Les ethno méthodes et les stratégies des individus

    -Logique d'échange du lien social : de l'individuel vers le collectif et du collectif vers l'individuel

    Objectifs

    -Comprendre et décrypter les niveaux cachés du fait social

    -Dépasser le niveau des discours officiel et dévoiler les contradictions

    -Comprendre le fonctionnement

    -Comprendre le système organisé

    -Comprendre les logiques d'acteurs et du système

    -Saisir la fluctuation du lien social

    -Comprendre le processus d'échange du lien social (disensuel et consensuel)

    -Comprendre stratégie de professionnalisation

    -Comprendre les modifications individuelles

    -Comprendre les effets ou résultats de l'agrégation des comportements individuels

    -Comprendre les codes spécifiques du milieu

    -Comprendre l'action des individus

    Mise en contexte théorique

    -Sociologie générative

    -Sociologie des profondeurs

    -Recours à l'histoire

    -Sociologie des organisations et des groupes

    -Théories du lien social (Bajoit)

    -Théorie de l'acteur au quotidien (Goffman)

    -Théorie individualiste

    -Ethnométhodes de l'action collective

    -Théorie de rationalisation des comportements sociaux

    -Théorie économique sur le marché

    Méthode ou logique d'analyse

    Empiricoinductive, compréhensive

    & qualitative

    Empiricoinductive, compréhensive

    & qualitative

    Empiricoinductive, compréhensive & qualitative

    Auteurs complémentaires

    Dubar, Sainsaulieu, Songue, Ferreol, Goffman

    Source: Adaptation personnelle du chercheur Mode de lecture : Linéaire de la gauche vers la droite pour la production de la recherche et du haut vers le bas pour les détails approche par approche

    C- APPROCHE DU CAPITAL SOCIAL : LES BASES THEORIQUES

    Dans cette partie théorico conceptuelle du travail liée à l'approche théorique du capital social, après avoir présenté les modélisations nécessaires du capital social ainsi que ses particularités en concordance avec le champ socioculturel local de activités économiques spontanées, elle s'intéressera à s'interroger sur les situations de mise en oeuvre du capital social chez les opératrices filles du poteau de la Elf à Douala.

    1- CONTEXTE DE NAISSANCE DU CONCEPT DE CAPITAL SOCIAL ET D'EMERGENCE DE LA THEORIE

    Le capital social, il désigne la somme de rapports courtois que les humains développent tout au long de leur vie ou au cours d'une opération précise, lesquelles sont susceptibles de faciliter leur épanouissement (Granovetter, 1973). Le capital social est produit par les relations intra et inter-familiales (Coleman, 1988), par la vie publique dans les sociétés contemporaines (Putnam, 1995) ou encore par les relations inter et intra-firmes (Burt, 1992). Le concept peu fécond en sciences sociales (Bourdieu, 1986), le capital social est constitué de ressources relationnelles mobilisables pour l'action. Il semble avoir des implications lumineuses sur la compétitivité des acteurs en situation de positionnement dans la mesure où la construction d'un réseau relationnel fort liant les différentes positions sociale peut faciliter le partage des informations gagnantes (Tsai, 2000). Dans le même ordre d'idées, l'impact du capital social sur le développement du capital intellectuel est noté où la somme des relations sociales contribue singulièrement au développement des connaissances et des capacités d'apprendre d'une collectivité sociale soulignent Nahapiet et Ghoshal (1998)

    On remarquait que la recherche en sciences sociales comme en sociologie sur le capital social ne prenait pas clairement en compte plusieurs logiques sociétales liés aux déviations des comportements des acteurs. Tandis que le capital social puise ses sources dans la logique de la théorie des échanges sociaux, elle s'y inscrit aussitôt. Pourtant, les jeux de pouvoir dans les relations de toute nature influent sur les bases de création des rapports ou des relations sociales -et là c'est le plus grand nombre qui compte-. Aussi, la nature des relations sociales qui peuvent se nouer entre les acteurs est contingente au contexte socioculturel du fait aussi de la communauté dite «informelle» fondée au départ sur les relations interpersonnelles.

    Depuis le milieu des années 1990, la notion de capital social semble jouir d'une certaine popularité dans la littérature socio-économique. A l'origine, il s'agit d'un concept développé par le sociologue P. Bourdieu54(*), mais, très vite, la conception du capital social va s'élargir jusqu'à faire référence à l'ensemble des interactions sociales au sein d'une société. Théorie basée sur les interactions sociales, cette considération de la théorie du capital social et considérée comme une réelle dérive de la science qui a laissé libre cours à tous. Mais une des conséquences de cette dérive amène à considérer que les institutions sont une forme de capital, ce qui va entraîner un regain d'intérêt envers les modèles de croissance endogène. Parmi les nombreuses limites de cette démarche, le principal problème réside dans l'abondance et l'imprécision des définitions du capital social ; si bien que ce dernier apparaît comme un concept fourre-tout utilisé à l'emporte-pièce.

    Afin de palier cette difficulté théorique, la définition de Bourdieu propose de réinterpréter le capital social dans une perspective micro-économique et doublement sociologique. Ainsi le capital social se défini comme l'ensemble des droits qu'un individu possède sur les ressources de son réseau social, sur les ressources de son groupe d'appartenance et même son environnement socioprofessionnel. Cette définition fait du capital social un actif que les ménages peuvent utiliser en cas de besoin. (Nicolas Sirven, 2004)

    Dans la littérature socio-économique, les liens de contiguïté forts entre acteurs (agrégation voisine, collectif formé) sont présentés comme une base explicative discriminante de l'évolution territoriale. Cette analyse qui renvoie aux modalités de coordination entre acteurs trouve ses fondements théoriques dans l'approche du capital social. Valérie Angeon et Jean-Marc Callois dans leur article55(*), opèrent l'analyse des mécanismes économiques par lesquels les facteurs sociaux influent sur le développement. Une mise en confrontation de la théorie aux faits est proposée à partir des exemples des deux territoires ruraux français. Mettant en exergue les notions de développement territorial, de capital social et d'espaces ruraux, ces auteurs placent en premier chef un accent sur les formes et relations sociales organisées avant de pouvoir en dégager quelques incidences sur le développement territorial étudié.

    Dans l'ouvrage collectif Le capital social56(*), les auteurs dégagent la portée du champ de la notion de capital social en mettant en exergue les « obscurités, indétermination et ambiguïtés » qui se soulève sur la dite théorie. A son introduction, à travers l'effet Bowling Alone57(*), mettant en exergue les notions de Performance, équité et réciprocité, R.Putnam se demande où est passé l'engagement civique ? Il passe en revue les contre-tendances du capital social ressortant les principes de base de la théorie fondée sur l'enjeu des bons rapports de voisinage et de la confiance en autrui. Finalement il s'atèle à répondre à la question de pourquoi y a-t-il eu déperdition du capital social aux Etats-Unis par son regard sur l'arrivée massive des femmes sur le marché du travail, par son regard sur la mobilité, par son regard sur d'autres bouleversements démographiques et enfin par son regard sur la révolution technologique dans le domaine des loisirs.

    Il est donc nécessaire à l'issu de ce bref aperçu sur le concept théorique de capital social, de faire un tour vers les pensées de quelques pionniers.

    2-MOBILISATION DE QUELQUES AUTEURS PIONNIERS OU THEORICIENS DU CAPITAL SOCIAL.

    a- BOURDIEU, COLEMAN ET PUTNAM.58(*)

    Ces 10 dernières années, le concept de capital social a largement été adopté par les spécialistes des sciences sociales, les commentateurs sociaux, les élus et les intervenants du développement social et économique en général. Ce concept a tellement été utilisé dans de multiples contextes qu'il est préférable, lorsqu'on l'applique à une étude empirique, d'être précis quant à la définition donnée au terme capital social et à la pertinence du concept pour la recherche. Nous utilisons ce concept parce que notre étude traite des ressources du lien social, et ensuite parce qu'il constitue un équivalent contextuel au capital humain; le concept de capital humain référant à ce qu'un individu peut savoir et le concept de capital social référant à qui un individu peut connaître. Dans l'économie industrielle d'aujourd'hui, le travail salarié est la principale source de revenu de la majorité des gens; la disponibilité des emplois et la capacité des gens à les conserver est manifestement un enjeu de justice sociale. En effet, l'accès aux ressources socio-économiques et la distribution équitable de celles-ci sont au centre des préoccupations de justice sociale

    A ce sujet les trois théoriciens les plus fréquemment cités pour leur contribution à l'élaboration et à l'application du concept et de la théorie de capital social sont Bourdieu (1986), Coleman (1990) et Putnam (1993). Tout les autres partisans et les vulgarisateurs du concept de capital social ont plutôt été influencés par les travaux de Coleman et Putnam et n'ont accordé que peu d'attention au travail de Bourdieu dans le domaine (Fine, 2001). Même si ces trois théoriciens assimilent le capital social à la structure sociale, ils le font différemment, ce qui reflète les fondements de leur approche respective et la réalité sociale qu'ils cherchent à comprendre. Les différences entre les bases théoriques de Bourdieu, de Coleman et de Putnam se résument en si peu.

    i- LES BASES THEORIQUES DE BOURDIEU, DE COLEMAN ET DE PUTNAM

    ü Selon Bourdieu, le capital social est une ressource employée par les gens pour appuyer leurs stratégies pour maintenir ou améliorer leur position dans la hiérarchie sociale. Il emploie le concept dans le cadre d'une approche axée sur la praxis, dans laquelle on considère que les pratiques sociales sont crées par un processus impliquant l'interaction entre structure et l'individu. Le concept de capital est au centre des travaux de Bourdieu à qui l'on attribue, outre l'utilisation de l'idée de capital social, le concept de capital culturel qui est couramment utilisé en théorie de l'éducation. L'idée de capital fait partie intégrante de son concept théorique général de champ social.

    ü Coleman applique le concept au domaine de l'éducation et au rôle du capital social dans l'accroissement du capital humain. Son approche est fondée sur la théorie du choix rationnel et provient aussi de ses travaux antérieurs sur la théorie des échanges sociaux.

    ü Putnam applique le concept à la compréhension et au soutien des institutions démocratiques aux niveaux régional et national. Son utilisation du concept de capital social est influencée par Coleman et, malgré les différences entre ses champs d'intérêt et ceux de Coleman, ils considèrent tous deux que le capital social est un bien public, une ressource collective que l'on tend à sous-estimer et dont il y a pénurie.

    Puisque l'on voit le capital social comme un bien public, on insiste sur ses aspects positifs ou fonctionnels tout en passant sous silence ses inconvénients. Dans cette recherche, les inconvénients potentiels du capital social sont associés à la capacité paradoxale des liens forts et des critères d'appartenance au réseau, qui sont à la fois des sources de capital social pour les membres et des motifs d'exclusion pour ceux qui ne répondent pas aux critères d'appartenance au réseau. L'exclusion ou la mise à part des« non-initiés » des groupes ou des réseaux par les« initiés », en raison d'une différence sociale particulière ou de plusieurs différences construites, illustre la logique du capital social par le processus cognitif du changement du lien social dans les réseaux de relations sociales ainsi tissés. Cette exclusion montre également que le capital social peut exister sous différentes formes et dans différents réseaux et qu'une forme de capital ayant cours dans un réseau n'a pas nécessairement de valeur au sein d'un autre.

    Peu importe le motif de l'exclusion, la conséquence est un manque d'accès à des ressources potentiellement utiles. L'intérêt de la conceptualisation du capital social de Bourdieu dans le cadre de la présente étude réside dans l'attention particulière portée à la dimension individuelle du capital social, ainsi qu'à l'équation qu'il fait entre le capital social et les qualifications requises pour devenir membre d'un groupe, d'un réseau social particulier, ou pour reprendre la théorie de Bourdieu, d'un champs social. De plus, sa théorie des champs sociaux apporte un vocabulaire qui se prête à l'analyse des relations de pouvoir entre les champ ou les réseaux. Cette étude combine le concept du capital social de Bourdieu avec les techniques d'analyse des réseaux sociaux afin d'étudier d'une part, les relations entre la structure du réseau social et le capital social connexe y étant associé et, d'autre part, l'insertion dans le marché du travail par les activités économiques spontanées.

    ii- QUOTIDIENNEMENT, QU'EST-CE QUE LE CAPITAL SOCIAL ? : EN QUOI DIFFERE-IL DU CAPITAL HUMAIN ET DE LA CAPACITE SOCIALE ?

    « Ce qui compte, ce n'est pas ce que vous connaissez, mais qui vous connaissez. » Cet aphorisme résume en grande partie l'opinion populaire concernant le capital social. La sagesse née de l'expérience veut que l'appartenance à des clubs exclusifs exige des contacts à l'intérieur de ceux-ci, et que les concours fermés pour des emplois et des contrats sont habituellement remportés par ceux qui ont des « amis haut placés ». Lorsque les temps sont durs, nous savons que nos amis et notre famille constituent notre dernier « filet de sécurité ». De façon moins déterminante, certains des moments les plus heureux et les plus valorisants de notre vie sont consacrés à échanger avec nos voisins, partager un repas avec des amis, participer à des rassemblements religieux et faire du bénévolat dans le cadre de projets communautaires. Après cette explication brève et de façon intuitive, donc, l'idée de base que l'on se fait du capital social veut que la famille, les amis et les associés soient un actif important sur lequel on peut compter en cas de crise, dont on peut profiter pour le plaisir ou qui peut servir pour obtenir un gain matériel quelconque. Les communautés riches de réseaux sociaux et d'associations communautaires seront mieux placées pour affronter la pauvreté et la vulnérabilité59(*), résoudre des disputes60(*) ou tirer profit de nouvelles occasions62(*) Inversement, l'absence de liens sociaux peut avoir un impact tout aussi déterminant. Les employés de bureau, par exemple, craignent d'être exclus du « circuit » lorsque les décisions à prendre sont importantes. Les professionnels ambitieux reconnaissent que, pour aller de l'avant avec une nouvelle initiative, il faut habituellement s'engager de manière active à « réseauter », c'est-à-dire à créer les liens sociaux qui leur manquent. L'intuition et ce qu'on entend chaque jour permettent également de reconnaître une caractéristique additionnelle du capital social : celui-ci comporte des coûts ainsi que des avantages, et les liens sociaux peuvent être un poids autant qu'un atout.62(*) La plupart des parents, par exemple, craignent que leurs adolescents aient de « mauvaises fréquentations », que la pression exercée par le groupe et le profond désir des jeunes d'être acceptés les amène à adopter des habitudes néfastes. Au niveau des institutions, un grand nombre de pays et d'organismes -y compris la Banque mondiale- ont des lois contre le népotisme, reconnaissant de façon explicite que les contacts personnels peuvent être utilisés pour discriminer injustement, biaiser et corrompre. Bref, dans les expériences de tous les jours, il est clair que les liens sociaux peuvent être à la fois une bénédiction et une plaie. Ces caractéristiques du capital social sont bien étayées par de nombreuses preuves empiriques et ont des conséquences importantes sur le développement économique, sur les nouvelles configurations sociales et le processus ou les mécanismes mis en jeux quant à l'amélioration des conditions de vie comme chez les divers opérateurs du « poteau » voire des activités économiques spontanées.

    La preuve empirique la plus évidente à l'appui de la thèse du capital social provient d'études auprès de ménages et de communautés (c.-à-d. micro) qui décrivent, à partir des mesures sophistiquées des réseaux communautaires, la nature et l'étendue de la participation des acteurs ou agents à la communauté et les échanges entre voisins. Dans d'autres pays les données d'appui de la thèse du capital social les plus complètes proviennent d'études urbaines63(*), de statistiques de santé publique64(*) et du monde des affaires,65(*) l'argument unificateur étant que, après avoir contrôlé les autres variables clés, les acteurs les mieux branchés sont plus susceptibles d'être logés, en santé, au travail et heureux. Plus spécifiquement, ils ont plus de chances d'obtenir des promotions rapides, de recevoir de meilleurs salaires, d'obtenir une évaluation favorable de leurs pairs, d'être plus assidus au travail, de vivre plus longtemps et d'être plus efficaces dans l'exécution des tâches qu'on leur confie pour le cas des travailleurs et il en est de même pour le agents des AES et les filles du poteau..

    3- QUELQUES CHAMPS D'APPLICABILITE

    La théorie du capital social s'applique à tous les domaines de la vie sociales ; politiques, économiques, culturelles...mais il sera question pour nous de faire un tour ici dans quelques pistes possibles ayant déjà été visites précédemment par d'autres chercheurs.

    a- LE CAPITAL SOCIAL ET LE RENDEMENT ECONOMIQUE

    Le capital social s'est aussi glissé dans les débats concernant le rendement économique sur la base de sa prétention ambitieuse de constituer un facteur de production indépendant -et donc sous-estimé-. Les économistes classiques ont identifié la terre, le travail et le capital financier (c.-à-d. le niveau d'investissement) comme étant les trois facteurs de base de la croissance économique, auxquels, dans les années 1950, Robert Solow a ajouté l'importance de la technologie (capital physique). Dans les années 1960, les économistes néoclassiques comme T.W. Schultz et Gary Becker ont introduit la notion de capital humain, arguant que le nombre de travailleurs instruits, formés et en santé d'une société déterminait avec quel degré de productivité les facteurs orthodoxes pouvaient être utilisés. L'équipement le plus nouveau et les idées les plus innovatrices confiés aux mains et aux cerveaux des individus les plus brillants ou les plus aptes ne donneront que peu de résultats, à moins que ces personnes aient aussi accès à d'autres gens qui les informent, les corrigent, les aident et diffusent leur travail. La vie à la maison, dans un conseil d'administration ou dans un atelier est à la fois plus gratifiante et productive lorsque les fournisseurs, les collègues et les clients sont en mesure de combiner leurs compétences et leurs ressources particulières dans un esprit de collaboration et d'engagement à l'égard d'objectifs communs. Essentiellement, alors que le capital humain repose sur les personnes, le capital social s'appuie sur les relations. Le capital humain et le capital social sont complémentaires, toutefois, dans la mesure où les citoyens instruits et informés sont davantage capables d'organiser et d'évaluer les renseignements conflictuels et d'exprimer leurs points de vue de façon constructive. Les écoles qui font partie intégrante de la vie communautaire, qui suscitent un engagement élevé de la part des parents, qui élargissent activement les horizons de leurs étudiants, voient ces derniers obtenir de meilleures notes aux examens.66(*)

    Une grande partie de l'intérêt des économistes à l'égard du capital social a été alimenté par une définition qui inclut non seulement la structure des réseaux et des relations sociales, mais aussi les dispositions comportementales (comme la confiance, la réciprocité, l'honnêteté) et les mesures institutionnelles de la qualité (« primauté du droit », « caractère exécutoire des contrats », « libertés civiles », etc.).67(*) Cette approche plus englobante suscite l'intérêt chez certains parce que l'existence d'importants ensembles de données transnationales (par exemple celles du sondage World Values, les indices Gastil et les cotes Freedom House) permet au capital social -mesuré maintenant en fonction du pointage obtenu aux chapitres de la confiance et de la gestion des affaires publiques des pays- d'être pris en compte dans les régressions macro-économiques de croissance.

    Michael Woolcock68(*) dans un document ``Le rôle du capital social dans la compréhension des résultats sociaux et économique'' constitue une brève introduction aux récents ouvrages théoriques et empiriques sur le capital social tel qu'il s'applique aux questions de développement économique, avec un accent particulier sur sa signification pour les pays de l'OCDE. La théorie est apte à passer en revue les preuves empiriques à l'appui des hypothèses clés concernant le développement économique, spécialement la relation entre les institutions officieuses et officielles, et leur capacité collective de gérer le risque. Il explore les conséquences d'une théorie générale du capital social sur la croissance économique dans les pays de l'OCDE.

    Il est à peine possible d'accorder trop de valeur au fait de mettre des êtres humains en contact avec des personnes différentes et avec des modes de réflexion et d'action qui ne ressemblent pas à ceux qui leur sont familiers. Une telle communication a toujours été et est toujours, particulièrement à notre époque, l'une des principales sources de progrès.

    b- LA THEORIE DU CAPITAL SOCIAL : UNE NECESSAIRE APPLICATION AU CHAMP DE L'EDUCATION.

    Ne s'appliquant pas qu'à l'éducation elle est l'un des leviers d'action de nombreux champs et de nombreux domaines semblent déjà très prometteurs. Le capital humain et le capital social : Ces deux types de capital sont clairement reliés au sein d'une sorte de cercle vertueux, l'éducation tendant à augmenter le capital social et, simultanément, le capital social tendant à accroître les performances éducatives. Le déclin ou la déviation du capital social aux Etats-Unis au même titre qu'au Cameroun aurait pu être encore plus prononcé si la qualité et la force de notre enseignement universitaire n'avaient pas été ce qu'elles sont. Néanmoins, il faut aller plus loin car on a pu montrer que l'éducation civique, les services obligatoires rendus à la collectivité par elle-même ou par l'Etat ou réciproquement et même les activités extrascolaires telles que la ballade, le sport et la musique ont eu et continuent d'avoir des effets à long terme sur l'implication civique, éthique des étudiants, des jeunes qui y avaient été exposés.

    La conception des établissements scolaires, mais aussi des bureaux, des quartiers d'habitation et des villes entières doit prendre en compte la façon dont l'architecture (en général comme dans les détails) est susceptible d'encourager des connexions faciles et informelles entre des individus qui, sinon, pourraient se retrouver isolés dans des recoins ou même totalement exposés à la déviance et aux vicissitudes déshonorantes. En tant que principe conceptuel, la « subsidiarité » a sa pertinence ici, de même que les organisations « cellulaires » telles que les « écoles dans les écoles » ou les «sous-groupes dans les groupes» ou les « sous-ensembles dans les ensembles», dans lesquelles des groupes s'imbriquent dans d'autres groupes plus grands qu'eux tout en retenant leur identité propre et en se reconnaissant tels quels. Le problème est que les politiques menées peuvent par inadvertance « détruire » le capital social d'où on doit se pencher au moins sur ses répercussions sur les réseaux sociaux69(*) du moins sur le plan éducationnel. Au fur et à mesure du développement des marchés du travail -et notamment de leur féminisation-, de l'expansion des innovations technologiques et de l'imminence de la globalisation, une plus grande souplesse des employeurs peut permettre aux salariés de mieux concilier exigences professionnelles et besoins familiaux et communautaires. Ce qui finalement au lieu de pousser aux réseaux inadéquats associerait un peu de loyauté et de pudeur dans les choix des itinéraires d'accumulation professionnelle et sociale qui, sont le plus souvent dictés par les milieux de l'éducation.

    Parlant de la situation aux Etats-Unis, Dr. Putnam fait allusion à son ouvrage Bowling Alone70(*), pour lui finalement, il soutient que de très nombreuses formes de capital social liées à l'éducation (liens familiaux et amicaux, associations civiques, partis politiques, syndicats, groupes religieux, etc.) avaient connu un déclin aux États-Unis au cours des 30 ou 40 dernières années, après avoir progressé pour la plus grande part du XXe siècle. Dans d'autres pays, de nombreuses personnes pensent que lié à l'éducation, un recul similaire des liens communautaires et familiaux s'est également produit. Mais il n'a jamais soutenu que le capital social était synchronisé avec un seul métronome mondial. Par exemple, le calendrier et le rythme de l'apparition de la télévision, qui a eu une influence éducative importante sur les connexions sociales, ont beaucoup varié avec le lieu et deviennent de plus en plus incontrôlables par les hiérarchies et les acteurs eux-mêmes. Ainsi, il est important d'accorder de l'attention aux réseaux sociaux et aux normes de réciprocité, que l'évolution soit à la hausse ou à la baisse dans un pays donné et à un moment donné. De manière contextuelle, pour le cas du Cameroun comme celui de toutes nos grandes métropoles et même dans nos milieux ruraux, un grand recul des liens communautaires et familiaux s'est produit. Aujourd'hui la construction des réseaux sociaux et la formation du collectif n'ont d'explications que péjoratives du fait de la symbolique et du fonctionnement interne « sectariste » ou séditieux des entités formées.

    4- LA THEORISATION DU CAPITAL SOCIAL ET SES LIMITES POSSIBLES DANS L'ANALYSE

    L'épistémologie reconnaît que dans aucune circonstance, la réalité scientifique est acquise, c'est à dire parfaite. C'est en ce sens qu'au sujet déjà de la théorie du capital social, comme partout ailleurs dans les principes de théorie, bien qu'elle présente de forces, il n'est pas possible de nié ses faiblesses ou ses limites et pour ce cas, les critiques fusent de partout depuis sa définition.

    a- DISCOURS CRITIQUE AUTOUR DE LA CONCEPTUALISATION DU CAPITAL SOCIAL

    La conceptualisation du capital social dans les unités d'analyse, allant des personnes aux institutions et aux nations, prête toutefois flanc à la critique selon laquelle tout s'applique à tous (et par conséquent rien à personne). Une brève analyse des débats entourant la définition du capital social peut aider à contrer ces préoccupations.

    Ø Primo , bien qu'une variété d'approches aient été utilisées pour décrire et circonscrire le capital social, un consensus émerge dans l'ensemble des sciences sociales concernant sa définition, lequel s'appuie sur une base empirique de plus en plus solide. La définition peut se résumer comme suit : le capital social fait référence aux normes et aux réseaux qui facilitent l'action collective.

    Ø Secundo, il est important que toute définition du capital social mette l'accent sur ses sources, plutôt que ses conséquences, c'est-à-dire sur ce qu'est le capital social, plutôt que ce qu'il fait. Cette approche élimine une notion comme la « confiance » de la définition du capital social. La confiance est sans aucun doute vitale en soi, mais pour les besoins présents elle est mieux comprise sous la forme d'un résultat (d'interactions répétées, d'institutions juridiques crédibles, de réputations).

    Ø Tertio, pour le bénéfice de la clarté, le capital social a plus de sens lorsqu'il est considéré comme variable relationnelle (c.-à-d. sociologique) plutôt que psychologique (individuelle) ou politique (institutionnelle ou nationale). Ce qui est plus important, c'est que la recherche empirique la mieux faite et la plus cohérente sur le capital social, toutes disciplines confondues, devenu théorie, il a été opérationnalisé comme une variable sociologique.71(*) Les données empiriques devraient également être la source de critiques à l'égard de l'utilisation et de l'efficacité du capital social. Si le terme est facile ou distrayant, comme certains le soutiennent,72(*) il faudrait le démontrer de manière empirique plutôt que de le réfuter dans le cadre d'une polémique. Compte tenu de l'accumulation ininterrompue de données appuyant le caractère significatif du capital social, toutefois, le fardeau de la preuve théorique devient rapidement celui de ses détracteurs. Une des vertus d'une définition relativement étroite et consensuelle, c'est qu'elle encourage ses promoteurs ainsi que les sceptiques à respecter les mêmes règles.

    Ø Quarto, pour expliquer toute la gamme des résultats associés au capital social, il est nécessaire de reconnaître la nature multidimensionnelle de ses sources. La distinction la plus courante et la plus populaire est celle établie entre le capital social « affectif » et « relationnel ».73(*) Le premier terme faisant référence aux relations entre les membres d'une famille, les amis proches et les voisins ; le deuxième, aux amis plus éloignés, aux associés et aux collègues. L'aspect relationnel correspond essentiellement à une métaphore horizontale, impliquant toutefois des connexions entre gens qui partagent de manière large des caractéristiques démographiques semblables. Comme Fox et Heller l'ont souligné,74(*) le capital social a également une dimension verticale. La crise économique dans laquelle vit les populations urbaines des pays du Sud est grandement fonction de l'impuissance politique et de l'exclusion des couches névralgiques. Par conséquent, une tâche essentielle des praticiens du développement et des décideurs consiste à s'assurer que les activités des laissés pour compte sont non seulement « tournées vers l'extérieur », mais sont également « valorisées ». Une importante composante de cette stratégie suppose l'établissement d'alliances avec des personnes sympathiques exerçant le pouvoir, une approche que Hirschman qualifie ironiquement de « réforme à la dérobée ».75(*) Pour ajouter au discours hirschmanien, cette dimension verticale pourrait s'exprimer par la notion de « liens entre les différentes couches sociales ». La capacité d'utiliser les ressources, les idées et les renseignements d'organismes officiels extérieurs à la communauté est une fonction clé dans l'établissement des liens du capital social. Une approche multidimensionnelle permettant de faire valoir que ce sont les différentes combinaisons de ces trois types de capital social qui sont responsables de la variété des résultats observés dans la littérature et qui permettent l'adoption d'une composante dynamique selon laquelle les combinaisons optimales changent avec le temps.

    Ø Cinquièmement, il est important de souligner qu'une définition étroitement sociologique du capital social -c'est-à-dire axée sur les réseaux internes des communautés, entre ces dernières et au-delà de ces dernières- ne doit pas nous faire perdre de vue le contexte institutionnel dans lequel ces réseaux baignent, particulièrement le rôle de l'État. En effet, la vigueur ou l'indigence ne peuvent être comprises sans tenir compte de son environnement institutionnel élargi. Les communautés peuvent être très engagées parce qu'elles sont maltraitées ou non reconnues par les organismes publics (par exemple fournissant leur propre forme de métier, de loi, de norme et de sécurité parce que les décideurs et le politique ont refusé de le faire et refusent encore de le faire) ou parce qu'elles jouissent de relations dit-on extrêmement complémentaires avec l'État. Comme certains économistes et anthropologues l'ont noté,76(*) l'absence d'organismes officiels ou leur faiblesse est souvent compensée par la création d'organismes officieux.77(*) À cet égard, que capital social émerge davantage dans les contextes de vie institutionnel. Alors des gouvernements faibles, hostiles ou indifférents ont un effet profondément différent sur la vie communautaire (et les projets de développement), par exemple, que les gouvernements qui respectent les libertés civiles, reconnaissent la primauté du droit, résistent à la corruption et tombent de moins en moins dans les situations d'impasse.

    b- REPLIQUES AUX CRITIQUES ELABOREES PAR PUTNAM78(*)

    Il n'est pas étonnant que la nouvelle notoriété du capital social ait été à l'origine d'un mouvement de ressac dans certains milieux. En plus des préoccupations concernant les débordements conceptuels et l'absence de spécificité empirique dont on a fait état ci-dessus, un certain nombre d'autres questions ont été soulevées. Certaines sont légitimes, bien sûr, et méritent réponse, étant donné qu'aucune idée ou aucun programme n'est bien servi par des défenseurs qui refusent de faire le point régulièrement, qui pensent à l'égard de la communauté et qui ne reconnaissent ni ne s'attaquent aux faiblesses. Un grand nombre de ces préoccupations sont toutefois simplement sans fondement ou, à tout le moins, ne constituent pas des raisons suffisantes de rejet. Ainsi les quatre des questions soulevées par les critiques trouvent esquisse de réponse.

    Le capital social est imparfait, selon les critiques, parce que :

    · Il sert d'anciennes idées sous un nouvel emballage, davantage de style (bon « marketing ») que de substance.

    Le volet « bon marketing » de cette affirmation est vrai, mais ce n'est pas une faiblesse. L'engouement qui entoure le capital social, comme n'importe quel autre « produit » serait retombé de lui-même depuis longtemps s'il ne s'appuyait sur une base empirique rigoureuse suffisante et si une variété de gens n'y avait « adhéré ». Mais la base est solide et en pleine expansion, et l'auditoire, important et diversifié. Pendant trop longtemps, la sociologie s'est contentée d'échanger ses idées clés dans une terminologie obscure confinant au jargon qui a peu de résonance dans d'autres disciplines ou (ce qui est plus important) dans le public en général. L'idée de capital social est au fond une idée simple et intuitive qui signifie quelque chose pour beaucoup de gens différents. Sans se compromettre indûment, l'idée de capital social donne aux thèmes sociologiques classiques (et contemporains) une voix qu'ils n'auraient pas autrement.

    · C'est simplement la dernière trouvaille, le dernier mot à la mode des sciences sociales.

    Le désavantage de commercialiser une idée nouvelle mais imprécise, c'est que beaucoup de gens essaient de se mettre à la remorque de celle-ci. Ces gens cherchent à donner de la crédibilité à leur travail en appelant ce qu'ils font de la « recherche sur le capital social », même s'ils n'ont qu'une idée très vague de la manière dont la plupart des autres ont utilisé le terme. Une telle situation, répétée trop souvent, donne en effet l'impression que le capital social sert à toutes les sauces. Bien que le nombre d'études continue d'augmenter de façon exponentielle, une base cohérente et rigoureuse s'établit. À mesure qu'il se créera un consensus (si l'on peut dire) concernant la définition et les assises théoriques de cette notion, la différence entre défenseurs et opposants deviendra beaucoup plus claire. Il est important de noter qu'il existe également une composante liée à la demande, dans la récente popularité du capital social, en ce sens qu'il répond à un vide conceptuel, tant dans les principales théories du développement économique que du développement social, sur la manière de traiter avec sérieux des dimensions sociales. Aussi longtemps que ce vide existe et tant que l'idée de capital social peut le combler de façon convaincante, le terme à la mode sera le bienvenu, et ne sera pas rejeté.

    · Il encourage et récompense l'« impérialisme économique » (relations sociales perçues comme « capital »).

    L'idée de capital social a surtout été développée par des sociologues de l'économie et à cet égard elle offre autant d'occasions d'ouverture des vannes à l'« impérialisme sociologique » qu'aux économistes et à l'« économisme » (ou relationnisme économique, comme on l'appelle en Australie). Au bout du compte, cependant, il n'est avéré que ce genre d'impérialisme soit totalement mauvais dans l'une ou l'autre direction. Les disciplines devraient avoir l'assurance de leurs convictions ; il n'existe aucune loi dictant qui doit étudier quoi et avec quelle trousse d'outils, et les récompenses devraient être décernées à ceux qui fournissent la réponse la plus convaincante aux questions les plus importantes. Dans la mesure où nous vivons dans un monde où les idées dominantes -tant dans le discours populaire que dans la politique gouvernementale- sont celles de l'économie, nous devrions accueillir avec joie les occasions de modifier les éléments les plus extrêmes de ces idées, et de développer des idées concrètes de rechange. Le fait de parler des relations sociales comme d'un « capital », par exemple, n'est pas une hérésie sociologique ou une concession à l'économie. Cela reflète simplement la réalité qui veut que nos relations sociales soient l'une de nos façons d'affronter l'incertitude (retourner à notre famille lorsque nous perdons notre emploi), de prolonger nos intérêts (utiliser les réseaux d'anciens étudiants pour obtenir un bon emploi) et d'atteindre des résultats que nous ne pourrions atteindre par nous-mêmes (organiser un défilé). La plus grande qualité du capital social, toutefois, est peut-être qu'il aide à transcender d'un seul coup les guerres de l'impérialisme, fournissant un discours commun au-delà des divisions disciplinaires, sectorielles et méthodologiques.

    · Il néglige les considérations de pouvoir, particulièrement chez ceux qui sont relativement impuissants.

    Les chercheurs, les activistes et les décideurs se sont appropriés le capital social sur toute la largeur du spectre politique (fait intéressant en soi), de telle sorte qu'il est possible de lire ce qui s'est écrit de façon sélective et d'en arriver à la conclusion ci-dessus. Une lecture plus complète, cependant, révèle qu'on peut recourir à la perspective du capital social non seulement pour aider à expliquer l'émergence et la persistance des relations de pouvoir, mais aussi -peut-être est-ce là le plus important- pour fournir une base constructive afin de réagir. C'est une chose que de reconnaître, par exemple, que la précarité tant observée est causée en partie par l'exclusion de certains groupes marginalisés, organismes publics, privés et communautaires. Cela en est une autre que d'énoncer ce qui devrait arriver ensuite. La théorie marxiste prédit la révolution et en fait la promotion en assumant que les groupes privés de leurs droits de représentation partagent des intérêts communs. La théorie néoclassique présume que des marchés (formels et informels) émergeront par eux-mêmes pour créer un équilibre efficace. La théorie de la modernisation défend la transformation globale de toutes les relations sociales traditionnelles si l'on accède à une plus grande prospérité. À son mieux, le point de vue du capital social reconnaît que le fait d'être exclu de ces institutions tient à des intérêts acquis puissants, mais que les groupes marginalisés eux-mêmes possèdent des ressources sociales uniques qui peuvent être utilisées pour empêcher cette exclusion, et comme mécanisme permettant d'avoir accès à ces institutions. Les intermédiaires comme les ONG ont un rôle crucial à jouer dans un tel processus parce qu'il faut beaucoup de temps pour obtenir à la fois la confiance des marginalisés et le respect des gardiens des barrières institutionnelles. Bref, il faut un effort articulé « de haut en bas » et « de bas en haut » pour arriver à contrer cette exclusion, mais cela est possible, a déjà été fait et se fait actuellement avec des résultats positifs et durables lotis sur la théorie nouvelle.

    c- SPECIFICATIONS DU CAPITAL SOCIAL PERÇU PAR ROBERT D. PUTNAM79(*)

    La recherche en sciences sociales et les organisations internationales manient souvent un jargon déroutant pour les non initiés. Cela s'applique-t-il à la notion de capital social ? Pour Robert D. Putnam, le capital social a le vent en poupe. En effet, il y a 10 ans, on ne lui consacrait un article de recherche qu'une fois tous les trois ans ; l'an dernier, on en a dénombré 300. Mais qu'entend-on exactement par capital social et en quoi peut-il être utile à la sociologie et aux sciences qui ont force de proposition aux décideurs politiques ?80(*)

    A la question de savoir ce qu'est exactement le capital social, Dr. Putnam émet des brefs propos assez édifiants. Comme tout concept nouveau qui se répand très largement en peu de temps, ce vocable est utilisé de différentes manières. Mais il voudrais insister sur une définition a minima : le capital social fait référence aux réseaux sociaux et aux normes connexes de réciprocité.

    L'idée centrale est très simple : les réseaux sociaux ont une valeur. Ils en ont une pour les individus internes aux réseaux - par exemple, on peut tout à fait soutenir que l'utilisation de réseaux constitue une bonne stratégie de carrière -, mais ils ont également des « externalités », c'est-à-dire des répercussions sur ceux qui leur sont externes. Toutes les externalités ne sont pas positives. Certains réseaux ont été utilisés pour lever des fonds à des fins terroristes. Le capital humain et physique, par la connaissance de la chimie ou de l'aéronautique par exemple, est utilisable à mauvais escient. Il en va de même pour le capital social.

    En outre, le capital social peut prendre de nombreuses formes qui ne sont pas toutes fongibles. De la même manière, il nous faut faire la différence entre différents types de capital social, et par exemple entre le capital social « fermé »81(*) et le capital social « ouvert »82(*). Ce qu'il faut retenir, c'est que les réseaux peuvent représenter un actif puissant tant pour les individus que pour les communautés d'individus mais aussi ces mêmes réseaux sociaux quant elles s'affichent largement en marge de la régulation peut devenir triplement des problème de société tant le système construit est cohérent et souterrain, c'est-à-dire difficilement saisissable. C'est partant d'ici qu'il est bien aisé d'affirmer que cette posture théorique du capital social en adhérant rigoureusement à ce type de recherche s'impose à notre thème d'étude au titre suivant : « formation du collectif et processus de construction du lien social dans les activités économiques spontanées : une analyse sociologique des opératrices du `poteau de Elf' Douala ». Ne faisant toujours pas l'unanimité, Putnam note au sujet de cette théorie du capital social, une unanimité mal consentie  où il dégage pour être pointilleux ses forces et ses faiblesses spécifiques.

    Naturellement, toutes les théories peuvent être remises en question, jusqu'à l'idée générale d'équilibre dans la théorie économique fondamentale ou jusqu'à l'idée générale dans la théorie fondatrice de la sociologie. Les trois grandes critiques révélées à propos du capital social sont les suivantes :

    Ø primo, elle est bâclée sur le plan théorique ;

    Ø secundo, son orientation causale est mal démontrée ;

    Ø tertio, elle n'a pas de leviers d'action.

    Il est exact de dire qu'aux premiers jours de l'idée de capital social, certains enthousiastes ont pu manifester une relative «exubérance irrationnelle», de sorte que tout ce qui était bien était qualifié de « capital social » ; mais au cours de la décennie écoulée, des chercheurs sérieux ont élaboré un concept élémentaire rigoureux. Les thèses centrales selon lesquelles les réseaux sociaux ont des effets sur le flux d'information et selon lesquelles les interactions répétées des réseaux peuvent contribuer à résoudre les dilemmes de l'action collective sont entièrement en phase avec la théorie économique classique. Même l'idée que les réseaux peuvent affecter l'« identité » -si j'interagis plus souvent avec un groupe, j'ai plus de chances de prendre ses intérêts en compte- correspond à certains travaux récents sur les « préférences endogènes » de la théorie économique.

    Les tenants du «capital social»83(*) ont signalé de nombreuses corrélations avérées entre des réseaux sociaux animés et des résultats tels que de meilleures performances scolaires, des taux de criminalité plus bas, une meilleure santé publique, un recul de la corruption, une amélioration des performances des marchés, etc. Par exemple, plusieurs études sociométriques ou économétriques de pointe menées récemment en Italie (lire Putnam, op.cit) ont montré qu'après avoir pris en compte tous les autres facteurs dont on peut penser qu'ils sont pertinents, les lieux caractérisés par un capital social plus élevé ont des marchés de capitaux et du travail plus efficaces - ce qui correspond exactement à ce que la théorie laisse présager-.

    Mais ceci n'établit pas la causalité. Une telle démonstration sera difficile à apporter, parce qu'il n'est pas facile d'imaginer une expérience dans laquelle on impose à certains individus. Tout en étant en d'accord avec les critiques qui disent que le capital social doit être aussi rigoureux que possible. Il a été d'ailleurs encouragé par des efforts déployés au sein de l'OCDE en vue d'élaborer des mesures plus poussées et de portée internationale des différentes formes de capital social. Néanmoins, à son avis, l'importance de la connectivité ou de la cohésion sociale ou, comme il préfère le dire, du capital social, est désormais établie par un nombre suffisant de faits indiscutables. De fait, les responsables de l'action publique n'ont pas besoin d'attendre les résultats de 20 autres années de recherches détaillées pour s'intéresser au capital social. En ce qui concerne ces leviers de l'action, en partant de l'hypothèse qu'il s'agit d'un facteur pertinent en matière de capital social.

    C'est la raison pour laquelle il est clair qu'en s'insérant dans cette perspective théorique, il est opportun de donner quelques précisions sur notre option théorique du capital social dans le sujet traité malgré que les missions de la dites théorie sont variées et traversent les divers domaine des sciences sociales.

    5- QUELQUES PRECISIONS SUR NOTRE OPTION DU CAPITAL SOCIAL

    Notre posture s'appuie sur l'idée et le principe théorique selon lequel le capital social fait référence aux réseaux sociaux et aux normes connexes de réciprocité. Comme c'est le cas de nos filles de la Elf mues dans les logiques collectives, au-delà de cette approche relationnelle génératrice de coopération interpersonnelle et de partage de connaissances, nous considérons ici le capital social comme un revenu immatériel, exprimée par Nahapiet et Ghoshal (1998) de façon détaillée dans la définition suivante : the sum of the actual and potential resources embbeded within, available through, and derived from the network of relationships possessed by an individual or social unit. Cette définition comporte de ce fait trois dimensions qui peuvent élaborer à notre une esquisse de grille d'analyse de la spécificité du capital social en contexte particulier.84(*) C'est sur ces trois priorités analytiques que se focalise notre analyse.

    a- Les TROIS DIMENSIONS DU CAPITAL SOCIAL

    i- LA DIMENSION STRUCTURELLE DU CAPITAL SOCIAL

    Ici, le capital social pour Arrègle et al. (2002) tient sur les relations interpersonnelles parce qu'en un réseau de relations denses et avec le niveau d'interactions élevé, plusieurs privilèges ou opportunités sont décelées et plusieurs compétences sont mis en valeur. Cet aspect structurel du réseau tient aux liens qui se tissent entre divers acteurs. Ces connexions peuvent ouvrir une brèche pour la disponibilité ou non de l'information et les possibilités ou les blocages aux acteurs. Ici on tient plus sur l'accès privilégié et rapide à des informations utiles. En supplément de ces idées de Arrègle et al., d'autres idées s'y ajoutent quant à cette vue structurelle du capital social. La thèse de la structuration des relations interpersonnelles de Coleman (1988) ainsi que celle de Bolino et al. (2002) élaborent identiquement que la structure du réseau facilite le transfert d'informations et de connaissances. Ces derniers ajoutent que ce transfert se fait « sans biais » lorsque les acteurs sont interconnectés par des liaisons inter ou intra-groupes dans l'organisation, les liaisons inter-groupes étant les plus fluides et efficaces dans le transfert d'informations pratiques, pragmatiques, utiles, comme l'ont montré Granovetter (1973) ou Julien et al. (2002). On peut en déduire, à la suite de Shah (2000), que l'exécution des activités est plus efficiente lorsque les différents divers acteurs se connaissent et partagent collectivement des représentations et des valeurs auxquelles ils s'identifient mutuellement tout en identifiant aussi ceux qui n'appartiennent pas au corps ou au collectif. Dans ces conditions, la structure du réseau pourra avoir un impact sur l'étendue de l'information utile, pratique ou accessible. De notre point de vue, cet impact est conditionné par les jeux de positionnement inter-groupes. Il s'avère donc intéressant d'en tenir compte parce qu'ils peuvent constituer un facteur bloquant d'échange de connaissances et de développement des aptitudes d'apprentissage des acteurs non encore intégrés. Pour ce faire, la dimension relationnelle du capital social trouve toute sa convenance.

    ii- LA DIMENSION RELATIONNELLE DU CAPITAL SOCIAL

    Elle joue assurément une place importante dans ces échanges d'informations de « valeur » entre des membres du circuit construit et dans l'instauration de relations coopérantes et confiantes, dénuées des enjeux de pouvoirs. La qualité des échanges et la facilité dans laquelle les acteurs vont accepter de collaborer de manière transversale et s'engager dans le partage d'informations utiles, s'appuie comme le déclare Arrègle et al., (2002) sur un ensemble de quatre éléments essentiels qui fondent les rapports individuels base de la formation du collectif :

    Ø La confiance, elle facilite et joue un rôle assez important dans la communication et dans le partage d'informations et de connaissances entre les divers acteurs (Nahapiet et Ghoshal, 1998).

    Ø Les normes comme les principes normatifs, elles sont des standards sociaux (Coleman, 1990) qui fixent le cadre d'action collective. Elles sont variables selon le contexte culturel et la perception que les acteurs ont de la vie en groupe qui peut être néfaste au bon fonctionnement de l'unité de base de l'entité à préserver.

    Ø L'existence d'obligations et des attentes, représentent à leur tour l'engagement de chaque acteur à accomplir une tâche convenue de commun accord. Elles se distinguent des normes par le fait qu'elles concernent des relations personnelles spécifiques (Coleman, 1990). Arrègle et al. (2002) en concluent que l'obligation permet à un acteur au sein d'un réseau social de bénéficier d'une sorte d'assistance, de crédit (« de services ») de la part des autres membres du réseau comme du collectif qu'ils soient proches ou non. On peut suggérer que le processus d'identification va servir de grille de lecture pertinente de la réciprocité et de la compensation dans l'action.

    Ø Le processus d'identification pour sa part permet aux membres du réseau comme du collectif de se sentir proches grâce au partage des valeurs ou des normes qui servent de cadre de référence de leurs actions en faveur de l'engagement collectif. La validation de ce changement peut trouver signification dans la théorie des échanges sociaux contenue dans celle du capital social. En particulier, « la force des liens faibles » (the strengh of weak ties), développée par le sociologue américain Mark Granovetter (1973), éclaire la lanterne sur l'impact de la nature de construction des liens sociaux. A ce propos, les liens faibles -symbolisant les relations entre différents statuts- sont générateurs d'une très grande quantité d'informations renouvelées et utiles que les liens forts -entre membres d'un même service ou d'une même activité- dans lesquels circuleraient des informations redondantes (R. Nkakleu, 2005; 510). L'interconnexion des relations interpersonnelles offre ainsi la possibilité de créer et de diversifier des opportunités d'échanges pluriels et d'améliorer la qualité des relations coopératives et cognitives (Bolino et al., 2002).

    iii- LA DIMENSION COGNITIVE

    Cette autre dimension du capital social incorpore les langages (appel à la linguistique), les récits, les expériences, les signes (appel à la sémiologie) et les codes culturels communs (appel à la communication interculturelle), mais également une vision partagée qui permettent aux acteurs de percevoir et d'interpréter les faits ou les événements de façon similaire (Bolino et al., 2002). De même, la compréhension bilatérale entre les individus peut les amener à trouver solution adéquate et sereine de leurs diverses et communes difficultés, à échanger les idées, à s'aider réciproquement tout en se partageant les connaissances85(*). Tout comme les autres des dimensions -structurelle et relationnelle-, celle dite cognitive inspire également la disposition des acteurs à se soutenir dans les relations de travail. Tout en reconnaissant les implications positives des trois dimensions du capital social sur le maintien des relations de soutien durable et sur l'aisance dans l'accès à l'information nécessaire pour le construction du lien social et à l'oeuvre de la création du capital social susceptible de bouter un peu les mauvaises conditions sociales.

    b- INSERTION ET MISE EN CONTEXTE THEORIQUE ; LES PARTICULARITES DU CAPITAL SOCIAL EN CONTEXTE LOCAL : UNE ANALYSE DES AES PAR UN REGARD SUR LES OPERATRICES DU POTEAU DE LA ELF

    A côté des réseaux d'appartenance et les engagements mineurs, la genèse du phénomène et le quotidien de acteurs constituent à plus d'un titre une grille d'analyse des particularités du capital social via la formation du collectif et le processus de construction du lien social en contexte singulier ou empirique. De nombreux travaux -Bollinger et Hofstede, 1987 ; Favereau, 1995 ; Kamdem, 2002- ont montré que les contextes singuliers comme le continent africain représentent un espace communautaire au sein duquel tout individu se définit par rapport à sa communauté et ses groupes d'appartenance (R. Nkakleu, 2005, p. 511). Ainsi la pratique des activités économiques spontanées comme le marché des opératrices du poteau de la Elf Douala s'apparenteraient à un élément intégrateur légitimant la continuité de relations sociales bâties spécialement sur les valeurs de solidarité et d'entraide ainsi que l'échange de la parole ou des informations à travers les signes codifiés et les langages ésotériques ou hermétiques. Au-delà des solidarités financières à travers les sous-groupes de tontines comme l' «Association Sans-soucis», ces collectifs mettent en commun diverses forces partageant des valeurs ou des normes. Unis à la Elf, les acteurs se connaissent, apprennent et partagent collectivement des représentations et des valeurs auxquelles ils s'identifient tels que les langages, les récits, les expériences et les codes communs -mais souterrains-. Egalement il est envisagé quotidiennement une vision partagée qui permette aux acteurs variés de percevoir et d'interpréter les faits capables de encourager un temps soit peu les bonnes conditions sociales.

    Alors cette transposition inciterait la consolidation chez les acteurs de trois formes de solidarités : les solidarités de travail, les solidarités financières et les solidarités sociales permettant ainsi aux acteurs de pérenniser les relations coopératives, de partager les informations utiles et les connaissances. (Ibidem). Aussi admettons-nous avec Nohria (1992) que la création de capital social est liée à l'existence d'un élément fédérateur autour duquel les activités seraient organisées. La quête de cet élément fédérateur (mécanique sociale) devant définir le niveau d'ouverture du réseau et les modalités de coopération intra-organisationnelle ; ce qui suppose de ce point cette analyse des spécificités du lien social en de contexte singulier comme le notre. Pour la présente étude, malgré la notion aussi redondante de solidarité de corps, conscient que les principes de la construction du collectif sont liés parfois à d'autres réalités bien subjectives -la notion de la durabilité, la notion des liens marchands, la pratique d'une activité lucrative, la pratique d'une activité en marge des lois, le caractère illégal et répressif, l'attitude d'informalité de l'activité- et compte tenu de la dualité des comportements de l'individu, on reste critique en associant la vision de Bajoit86(*).

    L'appartenance à cette corporation exige une solidarité de corps qui émerge selon des principes bien établis et qui ne sont nullement régit par des textes mais qui sont plus ou moins bien connus par les intervenants et acteurs. Environnement relationnel où les logiques de construction du lien social en milieu spontané ne respectent aucune loi, plusieurs acteurs entrent en collaboration et en interaction. Ici chacun devra tisser à sa manière et selon son intérêt ou ses objectifs le type de rapport à entretenir avec l'autre malgré le fait que la nature économique de l'activité ou à la nature concurrentielle des intérêts subjectifs se télescopent. Champ de lutte où chacun veut se positionner selon cette formule si chère à Bourdieu, la grille de lecture du quotidien des acteurs dans la microsociété, nous amènera à observer les marges de manoeuvres structurantes liées à la quête de la clientèle, visualisant aussi par exemple si possible ces querelles, les scènes de jalousie, les invectives, les menaces, ou bagarres jusqu'au point des instances intimes de régulations. Cela permettra de comprendre les rapports qui se construisent ou se déconstruisent en fonction des circonstances et des situations. Fondamentalement cette observation est tournée les divers rapports des Waka seuls à seuls ou avec les clients ou encore avec les étrangers par la mise en exergue des bons rapports ou des rapports conflictuels. Enfin, l'un des principaux avantages du choix de l'idée théorique de capital social, c'est qu'elle permet aux chercheurs, aux décideurs et aux praticiens de différentes disciplines de s'engager dans une coopération et un dialogue sans précédent87(*) en revivifiant et en revitalisant les idées dominantes de la sociologie.

    CHAPITRE III

    PRESENTATION ET JUSTIFICATION DU CHOIX DE LA METHODOLOGIE DE L'ETUDE

    I- METHODE ET TECHNIQUE

    Le caractère contingent des sources de création de capital social rend légitime et pertinent une étude de cas (Eisenhardt, 1989) pour comprendre précisément la dynamique des réseaux de relations sociales sur la collaboration de groupe, sur le partage de connaissances et le processus de construction du lien social. C'est à cet égard que dans cette approche le gros accent est mis ici sur les différentes délimitations conceptuelles et méthodologiques.

    A- DELIMITATION DU CHAMP SOCIAL DE L'ETUDE

    Nous avons considéré à Douala un marché du sexe parmi tant d'autres, un quartier reconnu comme secteur convivial de la pratique de la prostitution conjoncturelle  ou du poteau de la jeune fille à savoir la ELF. Dans les activités économiques spontanées, c'est le poteau de la jeune fille qui retient notre attention, ceci à plus d'un titre :

    · Population féminine et celle jeune (entre 17 et 35 ans) de surcroît ; or de nos jours, la femme et la jeunesse font parti des soucis de tous les discours officiels (sur l'emploi des jeunes, le travail de la femme, l'éducation et la scolarisation de la jeunesse, le chômage des jeunes diplômés, la déviance en milieu jeune...)

    · Le poteau de la jeune fille est vu comme un fléau, sa pratique pourtant tolérée et bien construite en milieu économique de grande ville se présente comme un défit contre les lois sociales ou tout simplement un rejet de l'ordre établi.

    B- CHOIX ET DELIMITATION DU TERRAIN

    Nous avons fait le choix judicieux d'un secteur ou d'une zone parmi la multitude de zones reconnues à Douala88(*). Elf est peut-être l'une des plus significatives représentant facilement le cadre formel de notre terrain et les possibilités de rencontres des enquêtés et aussi d'entretien avec les personnes ressources.

    Nos unités d'observation sont la société ouverte, les débits de boisson, les maisons de passe en journée, et les boulevards de stationnement ou les étalages partant du Rond point Dakar vers l'ancienne station service Elf les soirs entre 19heures et 05heures. Les enquêtés comme les personnes-ressources sont des personnes qui ont un avis à donner sur la question ou tout simplement les autorités à charge.

    C- POPULATION CIBLE, TECHNIQUES D'ECHANTILLONAGE ET CONSTITUTION DE L'ECHANTILLON

    1- POPULATION CIBLE, TECHNIQUES D'ECHANTILLONAGE

    La présente étude porte sur les filles du poteau, prostituées opportunistes ou conjoncturelles et leurs clients ou partenaires sexuels retrouvés sur le terrain. Elle s'intéresse aux différents acteurs du réseau, aux intermédiaires que sont aussi les proxénètes.

    Lorsqu'on utilise les méthodes non standardisées, entretiens non directifs ou entretiens structurés, il est inutile d'interroger un très grand nombre de sujets. 89(*)

    De ce point de vue,

    Essayer de constituer un échantillon représentatif de la population étudiée n'a guère de sens (...) ce qui est important, c'est de s'assurer de la variété des personnes interrogées, et de vérifier qu'aucune situation importante pour le problème traité n'a été omise lors du choix du sujet.90(*)

    C'est pour ces raisons qu'ont été envisagées de recueillir les informations à travers les groupes de discussions suscités (GDS) auprès des leaders, chefs d'équipes, des membres actrices réunies pour des causeries. Tout ceci a pour rôle d'abord de renforcer les opérations de la collecte des informations des observations sur les enjeux à se former en collectif, les motivations à se reconnaître; pour ensuite savoir les réalisations et les contributions du collectif formé sur l'activité. Ceci permet enfin de pallier aux manquements ou insuffisances des autres instruments au cours du traitement des données recueillies. Cette recherche microsociologique est ainsi centrée sur une étude approfondie de cas ; c'est la prostitution de la jeune fille de la Elf axe lourd qui est l'objet de ce diagnostic.

    Nous avons perçu le complément de ce travail par les entretiens informels motivés (EIM) à questions libres et ouvertes à notre échantillon dit échantillon de commodité constitué de 20 opératrices, 05 proxénètes et 10 clients. A côté de ceux-ci, l'attention s'est tourné vers 10 personnes-ressources puis vers toutes celles qui, liées de près ou de loin du thème ont accepté de faire savoir leur avis. Cela fait un échantillon global constitué de 45 enquêtés

    2- NATURE ET CONSTITUTION DE L'ECHANTILLON

    Notre échantillon dit de commodité, faite en accord avec notre thème de recherche s'appuie sur les principes qualitativistes selon lesquels, les recherches empirico-inductives s'intéressent moins au nombre de personnes à interroger, plutôt qu'à la qualité et la pertinence des données recueillies. Il est non probabiliste, la sélection de nos enquêtés dépendait largement de la nature subjective de la question traitée. Cet échantillonnage orienté nous a ainsi permis d'identifier nos informateurs en fonction de nos objectifs sans souci de vouloir assurer la représentativité en fonction de la population totale. Dans ce cas, on a visé une compréhension un peu plus approfondie du phénomène du poteau de la prostitution à travers la formation du collectif chez les opératrices de la Elf axe lourd de Douala. Ici, nos enquêtés ou nos acteurs ont été difficilement accessibles malgré tout car les sujets à traiter sont jugés sensibles et parfois tabous, c'est enfin à l'aide des entretiens approfondis qu'une certaine suite d'informations a été reçue.

    II-TECHNIQUES DE COLLECTE DES DONNEES

    Nous avons fait appel à une imagination créative, faisant le tour de toutes les méthodes et techniques de collecte logiques pouvant permettre d'éclairer les lanternes de la recherche. Nous avons ainsi usé de toutes les stratégies et subterfuges, ceci dans le seul et grand but d'entrer en possession de l'information recherchée.

    A- OBSERVATION DIRECTE

    C'est  Un regard porté sur la situation sans que celle-ci soit modifiée. Regard dont l'intentionnalité est de nature générale et agit au niveau de ce qui doit être observé dans la situation, le but étant le recueil des données afférentes à la situation.91(*)

    Ici le chercheur est en contact direct avec la réalité sociale, avec son objet d'étude. Elle permet ainsi de toucher du doigt ladite réalité.

     L'observation directe favorise l'accès immédiat aux comportements, aux actes et aux objets, en temps, situation et contexte pratiquement réels dans lesquels interagissent les différents acteurs sociaux  92(*)

    C'est pour ces raisons qu'elle a été effectuée en deux périodes ; l'une dite non structurée et l'autre structurée.

    1 - OBSERVATION DIRECTE NON STRUCTUREE 

    Faits témoins de cette tactique de collecte, c'est ce séjour du chercheur dans les environs de la zone en période de congés universitaires des années 2000 à 2006 ; occasion de multiples contacts, faits oraux, écrits, discours et altercations diverses entre les femmes du poteau et les autorités, forces de l'ordre et autres qui actuellement apportent un peu d'éclairage dans ce travail. Ne pouvant cependant gouverner une véritable analyse du fait de son caractère trop empirique, nous avons fait appel à une autre structuration plus systématique et rigoureuse en accordant du crédit à une autre observation.

    2 - OBSERVATION DIRECTE STRUCTUREE

    C'est considéré comme une stratégie très forte dans la collecte de l'information. Cette dernière permet de mieux cerner les structures d'organisation, les non-dits et les fonctions sous-entendues de la présence et des actes des acteurs du secteur, les règles implicites du collectif formé. Cette technique permet d'aller plus loin que les discours publics, nous avons eu le privilège plus d'une fois d'assister à de multiples situations de confrontations soient entre les opératrices elles-mêmes, soient entre tout le collectif et les « étrangers ». Des situations nous ont permis parfois d'intégrer le groupe comme membre, acheteur simple, visiteurs, frère, fils ou ami d'un membre et sous bien d'autres étiquettes ça et là. D'autres observations ont été clandestines et à l'insu des sujets observés, effectués à des heures vraiment induites et dans les lieux d'action des opératrices du poteau. Ceci a conduit enfin à préparer une bonne suite dans la collecte car elle

    Demeure suivant un préalable, le passage obligé pour construire une bonne enquête par entretien ou même par questionnaire93(*) .

    B- OBSERVATION DOCUMENTAIRE

    L'approche documentaire comble les lacunes des observations directes. Dans ce cas, recours a été fait aux traces à savoir : livres, journaux, rapports de séminaires et de conférences, textes généraux et bien d'autres outils relatifs à la fois à notre terrain et à notre thématique à travers l'analyse de leur contenu qui, avec Ghiglione et Matalon, s'apparente à

    ... une forme d'observation différée, qui par nécessité, ne saisit pas directement l'intéressé...c'est le type de méthode non réactive puisque le chercheur n'intervient qu'après que le problème se soit produit 94(*)

    Ici il n'y a pas de contact direct entre l'observateur et l'objet. C'est une observation médiatisée s'effectuant par intermédiaire d'un document ou d'un canal. Ceci s'ajoute au fait que cette recherche réalisée au poteau est un milieu spontané, informel et précaire dans lequel les sujets ne se prêtent pas le plus souvent à l'observation étrangère. C'est donc dire que

     Analyser le contenu, c'est par des méthodes sûres (...) rechercher les informations qui s'y trouvent, dégager le sens de ce qui y est présenté, formuler et classer tout ce que contient le document.95(*)

    Ceci répond donc à ce souci de rigueur scientifique que Nga Ndongo voit dans le concept de psychanalyse sociale 96(*)

    Au niveau donc de notre corpus documentaire plus ou moins riche et varié (livres généraux, spécifiques, textes de réunions, registres divers...), recours a été fait et à plusieurs reprises dans différentes salles de lectures : Au C.P.P.S.A. de l'université de Yaoundé I; La bibliothèque des Nations unies, centre sous-régional d'information d'Afrique centrale de Yaoundé ; Documentation, production et compte rendus des enquêtes du CEJERD ; - La bibliothèque de la CUD ; Documentation de la Dél. Prov. du Littoral de la Promotion de La Femme et de la Famille, du MINAS ; comptes rendus des enquêtes réalisées par les médias (STV, Canal2, CRTV...) et bien d'autres. Tous ceci aux réajustements et précisions des recherches sur la question de prostitution et du lien social via de nombreux moteurs de recherches sur Internet.

    Tableau 2 : CONSTITUTION DU CORPUS DOCUMENTAIRE

    Type de

    Documents

    Ouvrages généraux

    Ouvrages spécifiques

    Articles

    scientifiques

    et revues

    Mémoires

    et thèses

    Périodique, dictionnaire

    et lois

    Total

    Nombre

    47

    41

    63

    13

    15

    178

    Source: Adaptation personnelle du chercheur 

    Les indicateurs d'exploitation des informations documentaires et grilles d'analyse des contenus utilisés sont celles regroupées autour de notre thématique et nos axes de recherche.

    C - LES ENTRETIENS INFORMELS MOTIVES (EIM)

    Ils se définissent comme des conversations avec but, peuvent être directifs ou semi-directifs. Pour ce faire, en utilisant parfois le magnétophone d'enregistrement, il a été divisé en deux moments :

    1- LES ENTRETIENS INDIVIDUELS.

    Menés auprès des acteurs ou toutes personnes concernées de près ou de loin sentant le sujet. Les travailleurs de nuits, les opératrices elles même et les patrons en premier chef, les clients ou acheteurs et visiteurs trouvés sur le site, les chefs du marché, les commerçants voisins, les responsables de l'unité administrative et autres personnes jugées éclairées et disponibles ont constitué les répondants de cette étude, on a aussi fait appel aux les hommes de justice. Le choix du guide d'entretien individuel s'explique par la nature du phénomène à analyser :

    -Le poteau de la jeune fille, question qui touche la vie sexuelle des enquêtés, vie intime et surtout la pudeur fait que les révélations des clients ne peuvent se faire que dans des cadres spéciaux.

    -Aussi un entretien de la sorte quand il est bien mené, un climat de confiance et de quiétude s'installe. Il a été ainsi utilisé surtout pour recueillir les informations plus sincères, bien que subjectives dépourvues de tout préjugé permettant de dessiner les itinéraires et trajectoires de nos acteurs et actrices. Dans le désir de saisir une autre dimension de la réalité du sujet il a été opportun de penser à l'entretien de groupe.

    2- LES GROUPES DE DISCUSSIONS SUSCITEES (GDS)

    Constitué en groupe de discussion dans la perspective de la portée méso sociologique, GDS permet de recueillir plus aisément une « parole collective », produite dans une interaction de groupe tant il est vrai que ce travail porte sur la formation du collectif. Ainsi, on tente essentiellement d'obtenir ici des informations qui n'apparaissent nulle part, auprès des personnes ou acteurs qui vivent directement les évènements sur lesquels porte la recherche97(*). Ainsi, ces entretiens ont été menés auprès de plusieurs sous-groupes à savoir les vendeuses de plaisir, les consommateurs proprement dits, les patrons ou leaders de groupe et d'associations ...

    III- TECHNIQUES DE TRAITEMENT DES DONNEES.

    Transcrites, recoupées, les informations sont compilées et analysées selon un but ou tout simplement en fonctions des objectifs de la recherche à la manière qu'affirme GRAWITZ,

    Les techniques des sciences sociales comme celles des sciences de la nature, que ce soit par observation, l'expérimentation, l'enquête sur le terrain ou l'analyse des documents, poursuivent le même but : (à savoir) recueillir les informations, des matériaux, des données. Cependant, les matériaux que les sciences sociales à notre réfection ont ceci de particulier qu'ils sont en grande partie composés de communication 98(*)

    Alors, toutes les données empirico qualitatives venues de notre terrain et celles transcrites, surtout s'efforcent à respecter les procédures de traitement dit analytique de l'information par les grilles de lectures thématiques tandis que d'autres donnés qualitatives venues des sources formalisées et officielles font appel à l'oeil critique et exercée du chercheur. Ici on a procédé une stratégie triple de traitement: -analyse thématique -analyse dialectique -analyse des contradictions. Ce qui a permis de mieux comprendre les enjeux socioéconomiques de cette formation du collectif, leur fonctionnement dans le microcosme sociopolitique et la portée de la mobilisation du capital social par la construction du lien social. C'est enfin une

    Etape qui traite l'information obtenue par observation pour la présenter (de façon consommable) de manière à pouvoir comparer les résultats observés aux résultats attendus par hypothèses 99(*)

    Dès lors reconnu comme base de la collecte et de l'analyse, le respect de la méthodologie se trouve parfois confronté à des obstacles ou blocages de nature épistémologiques qui réduisent la visibilité dans les objectifs qu'on s'assigne.

    IV- LIMITES ET DIFFICULTES DE L'ETUDE.

    Quand une âme sensible et cultivée, se souvient de ses efforts pour dessiner d'après son destin intellectuel, les grandes lignes de la raison, quand elle étudie par la mémoire, l'histoire de sa propre culture, elle se rend compte qu'à la base des certitudes intimes, reste toujours le souvenir d'une ignorance essentielle.100(*)

    De la conception à la rédaction de ce travail, en passant par l'observation et bien d'autres processus de la recherche, rien n'est allé sans obstacles. En plus des problèmes d'ordre classique tels que le manque de moyens financiers, ayant limité les efforts sur le terrain, la recherche s'est aussi heurtée à d'énormes difficultés particulières, celles qui ont considérablement limité les investigations. A cause de la question qui touche la vie sexuelle, la vie intime, la pudeur, les révélations des informateurs (clients) et des personnes ressources ne sont pas à 100% fiables car il n'a pas été facile de créer en une ou deux rencontres hasardeuses un réel climat de confiance dans les GDS. Ainsi la recherche a été confronté à :

    - L'accès difficile aux documents, arrêtés préfectoraux, travaux et rapports d'activités des ONG, rapports de police, rapports de médias et réalisations sur la prostitution en zone urbaine, tous tenus comme archives confidentiels ;

    - L'accès difficile dans les fiefs du poteau ou parfois à la mise à l'écart lors de certaines pratiques  due à la méfiance et au sentiment de suspicion y régnant;

    - A cause de l'insécurité et du trafic d'influence, le chercheur a été à quatre reprises confondu et saisi par les vigiles et les boys qui ne comprennent pas toujours le but de la présence d'un « intrus » sur le territoire. Intimidé par ces derniers, le chercheur pour éviter les basses pratiques et rester en sécurité, est obligé de manifester parfois son hospitalité ou ses largesses financières aux différents acteurs afin d'entrer en contact avec une quelconque information

    - L'assimilation par moment du chercheur comme un agent de l'Etat, comme une antigang en descente de recensement fiscal ou comme une détective a rendu à plusieurs reprises certaines descentes et observations improductives pour finalement réduire l'accès à plus d'une information ;

    - Enfin, une autre part des difficultés est liée à l'enracinement de l'enquêteur dans cet environnement : puisque, y ayant vécu quelques années aux environs en période des congés universitaires des années 2000 à 2007. Il était probable que les interprétations et analyses soient souillées d'idées préconçues et de préjugés mais ayant aussi bien pris conscience de cet obstacle épistémologique, il a été plutôt canalisé vers une stratégie réelle de remise en cause permanente en vue de recouper l'information véritable et rigoureuse.

    CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE

    Au terme de cette partie intitulée cadre théorique et méthodologie de l'étude, nous constatons que divers discours sur le phénomène étudié sont disponibles au Cameroun. Ce discours se construit au rythme de la croissance des populations urbaines et de la crise rurale, du fait aussi de l'actualité liée à l'affranchissement des conditions sociales soumises à une précarité manifeste. Activités informelles ou activités économiques spontanées, comme marché du sexe, ce sont les champs dans lesquels nous avons bien voulu insérer notre recherche dans une vue plus générale avant d'appréhender les champs beaucoup plus empiriques à Douala. Après avoir largement présenté le cadre théorique centré sur le capital social dans son second et long chapitre, nous nous sommes rendu compte qu'en tant que tel, c'est une théorie qui regorge d'importantes vertus et d'importantes forces à ne pas s'en empêcher à côté des théories d'appui ou complémentaires à savoir l'approche stratégique, l'approche de l'individualisme méthodologique et la combinaison de l'approche à la fois dynamiste et critique. Enfin, dans le plus court chapitre, notre méthodologie telle que présentée repose sur une logique empirico inductive issue de la description du vécu des jeunes opératrices, de leur condition de vie ; et l'observation directe sur les processus de construction du lien social. Et la méthode est compréhensive à partir des données qualitatives issues des documents, des observations et des entretiens avec un échantillon global de base de 45 acteurs (20 opératrices, 05 proxénètes, 10 clients et 10 personnes ressources). Enfin ce travail portant bien sur ces jeunes filles opératrices du poteau de Elf de Douala fait référence à la prostitution au point où il devient nécessaire de projeter pour la suite de cette recherche vers la genèse comme une étude sociohistorique du phénomène tant il est considéré comme le plus vieux métier du monde avant de retourner sur les autres enjeux thématiques.

    -DEUXUEME PARTIE-

    ELABORATION DES ELEMENTS EMPIRICO-CONTEXTUELS ET PRATIQUES SUR LE TERRAIN DE L'ETUDE

    INTRODUCTION DE LA DEUXIEME PARTIE

    Dans cette deuxième partie du travail intitulé élaboration des éléments empirico-contextuels et pratiques sur le terrain de l'étude -celle qui vient après avoir présenté les modélisations théoriques nécessaires du capital social ainsi que ses particularités en concordance avec le champ socioculturel local de activités économiques spontanées- elle s'interroge sur les situations de mise en oeuvre du capital social chez les opératrices filles du poteau de la Elf à Douala. Occasion que nous nous donnons pour passer en revue les données du terrain, c'est dans cette partie que nous aurons l'occasion de présenter, de discuter et d'analyser les différents résultats obtenus sur le terrain ceci sous le prisme et les regards théoriques préalables du capital social. L'interrogation phare ici est de comprendre la formation du collectif dans un cadre social de spontanéité et de profitabilité concurrentielle et ce qui prédisposé l'acteur urbain en même temps vers la pratique d'un tel commerce ou d'une telle activité et vers la construction du collectif  avant d'essayer de voir comment s'opère le processus de construction ou de renforcement du lien social sous le soutènement de la création de capital social chez les prostituées de la Elf Douala. Cette partie tient à passer en revue les déterminants économiques et sociopolitiques des activités économiques spontanées et ceux de la montée du marché du poteau. Le quotidien des acteurs de la prostitution et la symbolique de la construction du lien social constituera un volet important de cette partie. Enfin nous tenons à jeter un regard sur ce qui à notre avis semble vouloir s'imposer ; à savoir cette trajectoire partant de l'itinéraire d'accumulation ou de contingence vers la construction d'un corps de métier assortie des conséquences et des diverses implications de ce marché du sexe. Cette partie sera conclue par une fiche de recommandation ouverte aux politiques et aux décideurs.

    .

    -CHAPITRE IV-

    DES DETERMINANTS ECONOMIQUES ET SOCIOPOLITIQUES DES ACTIVITES ECONOMIQUES SPONTANEES A LA MONTEE DU MARCHE DU POTEAU

    I- CONTEXTE SOCIO-HISTORIQUE DE L'AVENEMENT DES ACTIVITES ECONOMIQUES SPONTANEES

    A- ENVIRONNEMENT SOCIO-ECONOMIQUE ET CONJONCTUREL AU CAMEROUN

    Passé de 18% dans les années 50 à 47% en 2000, l'accélération du phénomène d'urbanisation au niveau mondial est irréversible. Dans les pays en développement, chiffré à moins de 4%, on réalise qu'en moins de deux décennies, ce taux de croissance urbaine aura doublé. A Douala et à Yaoundé, il varie annuellement entre 5 et 7 %. Du fait de l'explosion démographique, du dépeuplement des villages, et de la forte croissance de la population urbaine, à la suite d'une réelle pression sur les infrastructures et les équipements collectifs, il est observé un déséquilibre entre l'offre et la demande de travail101(*) et une discrimination quant à l'insertion de la femme dans le marché de l'emploi. Devenue plus complexe, de cette vie sociale résulte tant chez les femmes que chez les hommes, des actions spécifiques, des forces sociales dynamiques qui se reversent malgré tout dans certains types d'activités. Visiblement perçues à travers les activités économiques du genre des « bayam-sellams », des « call-boxeurs », des « ben-skineurs », des « sauveteurs », des « chargeurs », des «  fabricants de meubles », des salons de coiffure, des salons de couture, des domestiques, des femmes de ménage, des « opérateurs ou opératrices du poteau » encore appelé prostitution ... à côté d'un Etat qui, resté spectateur loin d'être passif se constitue et se fait finalement identifier en adversaire. Il est primordial pour lui de bien suivre sa politique d'urbanisation et celle de promotion sociale. Dans le même temps, la naissance et l'émergence de ces types d'activités en faisant remarquer un désir d'amélioration des conditions de vie des exclus sociaux débouche significativement sur une autre construction plus symbolique qualifié de logiques endogènes de ripostes en vue de l'amélioration des conditions de vie. C'est enfin dans un contexte de désir d'assainissement de la vie publique urbaine et de lutte contre le marasme économique généralisé (récession économique, insouciance de l'Etat, non-conformisme et désinvoltures des acteurs vis-à-vis des institutions républicaines) que cette étude appliquée non globalement au champ spatial urbain de Yaoundé ou de Douala veut cibler les secteurs des opératrices du poteau102(*)d'une part. Puis tenter non de restructurer le secteur mais d'essayer de comprendre cette logique des acteurs économiques, précisément celle des opératrices du poteau de la zone dite Elf à Douala, dans la formation du collectif malgré la notion de la concurrence en matière d'économie d'autre part.

     Durant plus d'une vingtaine années après la colonisation, le contexte économique camerounais ne souffre pas de grands maux, mais dès les années 87, un violent fouet économique s'abat sur le Cameroun. Détérioration des termes de l'échange, contrainte de la dette extérieure, faiblesse de l'environnement institutionnel, mauvaise exécution des politiques publiques sont autant de fait socio-économique et conjoncturel ayant émaillé l'environnement urbain du Cameroun. On doit ainsi assister à une chute brutale des matières premières, à une baisse drastique des produits agricoles d'exportation (café, cacao, coton...). Avec l'avènement de la crise économique suivie de la chute des prix des produits de son agriculture, les différentes localités gisent dans un état de pauvreté ambiant. Cet état de chose à laquelle les milieux ruraux d'abord font face tiennent sur plusieurs visages et se traduisent par :

    - L'insuffisance des revenues

    - Les mauvaises conditions de santé

    - L'insuffisance d'éducation

    - L'insuffisance d'alimentation

    - Difficultés d'accéder à l'information.

    A côté de cette situation généralisée, il s'ensuit aussi des répercussions aussi généralisées : Exode rural, chute et fuite des responsabilités des parents... et une urgence de créer d'autres stratégies et d'autres logiques de riposte s'est profilée à l'horizon. Du coup l'on remarque la recrudescence réelle des activités économiques spontanées à travers cette vitrine marchande non-conventionnelle communément appelée le poteau ou marché de secours. Dès lors, en fonction des besoins, il se crée des opportunités de secours ; la librairie du poteau pour les livres et fournitures scolaires, la pharmacie du poteau pour la santé, les médicaments et le poteau du sexe pour le commerce du sexe ou la prostitution sexuelle... Ces organisations non naturelles dans les sociétés en crise ont des fondements, des motivations et des rôles dans la lutte plurielle contre la précarité des conditions de vie.

    Pressée par le poids de la pauvreté du fait de la crise de leur production agricole, du fait de la forte croissance démographique103(*) et du fait de la crise des responsabilités sociales, la société rurale camerounaise subit de multiples pressions et les influences de la ville aussi. Ainsi, les villages se vident au profit des villes ou des grandes métropoles (Douala et Yaoundé) qui seront débordées du flux massif des populations.

    Il est donc clair que l'Etat ayant échoué à beaucoup de ses programmes de développement en milieu rural104(*), les itinéraires les plus sollicités seront le départ massif, encouragé par le cercle familial élargi, des jeunes et des forces productives de la campagne vers les villes avec pour seul espoir la quête d'une condition de vie plus améliorée. C'est ainsi que la situation des activités économiques spontanées dans nos grandes villes prend de l'ampleur105(*) à cause non seulement de la démission de l'Etat mais aussi par la mise en oeuvre d'une politique interne qui s'avère boiteuse pour une crise profonde -elle n'est pas seulement économique, elle touche déjà toutes les dimensions du social, le politique et le culturel de manière flagrante. Taux d'accroissement naturel bas et l'accroissement migratoire poussé, ouvre sur une explosion démographique des villes qui réaffirment position de pays en crise. De là, de nouvelles forces sociales s'organisent pour remplir quelques engagements de l'Etat à travers des actions plus ou moins organisées via le foisonnement des méthodes collectives de survivance mises en place par les jeunes, couches les plus vulnérables. Dans ce contexte actuel marqué donc par la renonciation certaine de l'Etat de ses responsabilités et face à l'indigence qui ne cesse de prendre de l'ampleur, de nouveaux acteurs ont fait surface parfois dans le strict non respect des lois et règlements sociaux. Face à la crise économique et ses effets, les populations commencent à comprendre que le changement de leur condition de vie ne viendra pas forcément d'ailleurs. Dorénavant l'avenir se cherche vers d'autres terrains d'expérimentation, à partir d'actions pertinentes où les groupes deviennent acteurs des changements de leur milieu106(*).

    Cette force dynamique des populations urbaines imprégnée à Douala par un goût de survivre laisse croire que plus de 80% de l'activité économique dans la métropole des affaires est centré et groupé dans le secteur informel et fait aussitôt observer une pluralité d'activités économiques spontanées.

    B- TYPES ET CARACTERISTIQUES DES ACTIVITES ECONOMIQUES SPONTANEES RECENSEES SUR LE TERRAIN

    La notion apparaît pour la première fois à côté de la conception de « secteur informel » en 1971 dans les travaux du BIT au Ghana et au Kenya. Il indique toute la portion de l'économie qui n'est pas ou est peu réglementée par les normes légales ou contractuelles. Ces travailleurs d'un autre genre ne sont souvent pas des salariés dans le sens ordinaire du terme et leur environnement socio professionnel est assurément susceptible, méfiant et vulnérable du fait de leur arrivée contingente. Ce sont absolument des émancipés, en réalité souvent dans les relations de dépendance parfois conflictuelles vis-à-vis de ceux qui les paient ou de ceux qui demandent leurs services. Typiquement, il s'agit des travailleurs du genre des activités de couture, alimentation et tabacs, saisie et traitement des données informatiques, vendeurs ambulants ou dans les marchés non réglementés, micro prestataires du style de services de nettoyage, transport, employés de maison (les domestiques et les blanchisseurs), et les paysans sans terre, tous ayant migré en ville pour tenter de survivre par tous les moyens à l'exclusion sociale dont ils sont victimes.

    En effet, ces activités économiques spontanées  du secteur urbain se caractérisent par :

    F Une facilité d'accès et pour cette raison, on peut y entrer dès l'irrésistible fouet de la précarité, laquelle entrée se fait juste par reconnaissance et sans enregistrement formel ;

    F Le capital très réduit, parfois inexistant et même aussi symbolique ;

    F La production est essentiellement obtenue par la main-d'oeuvre, par les actions de routine où la matière première peut être naturelle ou physique comme c'est le cas des filles de la Elf, une des explications de l'insuffisance de la productivité ou du rendement ;

    F La faiblesse du revenu. Le salaire du travail est négligeable et souvent inférieur au SMIG107(*) puisque 69,30% des travailleurs de ce secteur gagnent moins que ce salaire minimum mensuel légal; Il est irrégulier et dépend parfois des humeurs des usagers, des clients, des demandeurs ou des patrons et, la notion de contrat de travail ne fait pas partie des sujets du dialogue ;

    F Les contraintes liées à l'affiliation à un système de sécurité sociale n'existant pas, laissent finalement le milieu dans un laisser aller total qui le rend victime des péripéties de l'extérieur comme de son propre intérieur. C'est ainsi qu'à chaque situation les acteurs comme les filles de la Elf à Douala développent des stratégies personnelles tout en se constituant en fronts comme ceux des collectifs vus en milieu de prostitution dans nos grandes villes.

    C- CAUSES ET GENESE : ITINERAIRE OU TRAJECTOIRE SOCIO- ECONOMIQUE ET CULTUREL DES ACTEURS DU MARCHE DU POTEAU A DOUALA

    Ce paragraphe tient concrètement à mettre en exergue la situation socio- économique et culturel en relation avec le choix de la trajectoire vers les activités du poteau. Il tente de passer en revue la situation de l'exode rural tel que vécu et ses implications jusqu'à la prostitution parfois conjoncturel car les raisons des unes sont parfois liées à des logiques de construction du capital inexistant à savoir sur le plan financier et social car c'est seules par ces voies dit-on que le salut viendra

    1- LA CRISE ECONOMIQUE ET SES IMPLICATIONS EN MILIEU URBAIN

    a- EXODE RURAL ET BOOM DEMOGRAPHIQUE

    La grande crise économique et la misère dont est victime les populations urbaines trouvent aussi leurs racines en zone rurale à travers les causes de l'exode rural. Sans faire fi aux pléthores de facteurs économiques, le regard vers ses facteurs socioculturels et idéologiques s'avère aloi.

    A la faveur de la modernité, les individus redoutent leur tradition avec les pesanteurs qui se font parfois sentir par l'assujettissement totale à la famille ou aux chefs. Les tabous de toute sorte, sorcellerie, magie, certaines pratiques rituelles, absence de liberté et interdiction alimentaires sont autant d'obstacles à la vie en zone rurale qui poussent les jeunes à se retrouver massivement et de manière incontrôlée en ville sans aucune préparation. D'un autre côté, on note le mariage forcé des filles, l'absence des infrastructures sanitaires au village, la vie quotidienne monotone et l'éducation élitiste qui vouent assurément la jeunesse à l'exode rurale.

    Tout ceci est sous-tendu idéologiquement par les arguments selon lesquels, en ville, mille chances et mille opportunités s'offrent contre zéro en milieu rural. Se chercher, chercher le développement, l'évolution, apprendre une nouvelle langue, avoir des amis ne sont possible qu'en ville car il n'existe pas de ce point de vue une autre perspective de développement rural.

    C'est donc cet environnement urbain débordé par ses capacités d'accueil et le boom démographique108(*)qui subit les pressions des sujets avec les conséquences qui en découlent. La ruralisation des villes est entamée, en plus de la transposition en milieu urbain des modèles de cultures du village, on assiste à une urbanisation sauvage, incontournable et désordonnée à côté d'un chômage garanti. Tout ceci implique la misère des ruraux émigrés et le développement des activités économiques spontanées comme stratégie de survie. La prostitution des jeunes filles sans emploi, la délinquance sénile et juvénile, la criminalité, la mendicité, le divorce ne sont pas en reste. C'est ainsi qu'on assiste très rapidement à la naissance d'une classe des déracinées sociaux plongées dans la dissociation des moeurs qui naturellement ouvre la voie à une mise en exergue des nouvelles logiques de survie en créant les entités souterraines baptisées de « zones interdites » comme le marché du poteau de la Elf fondé sur la prostitution et la prestation des services sexuels.

    b- DESEQUILIBRE D'ACCES A L'EMPLOI DES JEUNES EN MILIEU URBAIN AU CAMEROUN

    Un pays qui offre à tous ses fils l'accès à une éducation de qualité et à une formation pleine, accomplit assurément un pas décisif dans la croissance économique équitable et se met sur la voie de l'insertion des jeunes dans le monde de l'emploi et de l'amélioration des conditions de vie. Mais la jeunesse depuis plus d'une décennie éprouve d'énormes difficultés à se frayer un réel chemin vers l'emploi.

    Accéder à un emploi est un voeu partagé par toutes les populations soucieuses de leur avenir : ambition la plus contrôlée par toutes les couches sociales et surtout les jeunes de nos cités. Numériquement représentés dans notre pays, le constat et clair qu'ils sont pour la plupart sans emploi surtout lorsqu'on retrouve le jeune en plein temps, de jours comme de nuits dans la rue, à ne rien faire, à vaguer à des tâches peu ou pas nobles. -Jouant aux cartes, jouant aux divers jeux au hasard qui ont si bien pris corps dans notre société, s'exposant ainsi dans toutes les directions du vice et de la débauche et inévitablement vers la prostitution, vers l'homosexualité et vers le banditisme pour ceux qui sont plus avides.-

    Dans toutes ses actions, la jeunesse qualifiée de fer de lance de la nation est plutôt indécise lorsqu'elle attend en vain une éventuelle insertion dans le circuit formel du monde de l'emploi dans son pays. Il suffit de faire un tour au FNE,...pour se rendre compte du nombre de jeunes qui sont effectivement en état de désoeuvrement et d'oisiveté. Du côté de nos ministères et surtout dans le secteur de la fonction publique, la jeunesse est très moins représentée et les jeunes de 13 à 35 ans environ se comptent plutôt par milliers dans les rues de nos villes. Pour enfin se rendre compte de l'état de la situation, il est plus simple de voir les listes pléthoriques des candidatures, toutes jeunes bien sûr, prêts à réclamer un emploi à l'administration et aux autorités compétentes à travers ces fameuses listes des concours de l'ENS, de l'ENAM, de l'EMIA... pour enfin voir le nombre déréglé, invalide et infirme de ceux qui y entrent pourtant. c'est pour cette raison que l'on parle aujourd'hui non de concours mais de ``grand concours des jeunes'' C'est à ce rendez-vous formel de demande d'emploi que l'on réalise que le problème d'emploi du jeune homme comme de la jeune fille diplômée ou non se pose avec plus d'acuité chez nous.

    Le développement économique et social de la nation dont le but est et reste l'amélioration du bien-être et des conditions de vie de tous les camerounais et leurs familles constituent jusqu'alors un souci permanent du gouvernement. Depuis les indépendances, quelques progrès ont été certes enregistrés grâce aux efforts des populations109(*), mais à partir d'une période très récente (1986), on assiste à une crise économique dont les causes sont à la fois exogènes et endogènes, ce qui implique une baisse significative du taux de croissance économique110(*). Cet état de chose compromet de manière graduelle le progrès et expose du coup les projets déjà en vue pour répondre aux besoins essentiels des populations.

    D'une manière remarquable, les effets de la crise sont ressentis sous plusieurs angles ; les possibilités d'emploi compromises, de nombreux services sociaux ne sont plus assurés (santé, éducation...). Ce sont les services pour lesquelles la demande est de plus en plus croissante à Douala comme dans les autres villes. Ici le boom démographique ne respecte pas le rythme de la croissance des infrastructures d'accueil. Les besoins croissent et rattrapent les structures mettant ainsi l'Etat en face de ses missions pourtant bienfaisantes fixées dans les discours publics toujours beaux parleurs111(*). Les services de l'assistance publique sont tout simplement dépassés par le nombre encore plus croissant des usagers parmi lesquels on compte de plus en plus : les travailleurs déflatés des secteurs publics, des secteurs privés et des secteurs parapublics ; les personnes indigentes ; la jeunesse, la gente féminine et la jeune fille ; les chômeurs et les jeunes diplômés.

    Pour donc assurer la santé, les populations s'orientent vers la pharmacopée, vers la médecine traditionnelle, vers la pharmacie de la rue ou du poteau112(*) qui prend la place des officines légales et pharmacies formelles sous le regard inopérant de l'Etat devient de plus en plus impuissant, il passe de l'Etat de providence à l'Etat spectateur moins que régulateur, abandonnant ainsi les déflatés sociaux à eux-mêmes. Loin de la conception du déterminisme durkheimien, les populations vont construire individuellement les stratégies pour faire face à leurs responsabilités sociales mais dans le strict non respect de la réglementation en vigueur. A cette issue on verra naître de part et d'autres certains types de métiers comme celle du poteau de la jeune fille. Dans cette perspective, s'accrochant sur cette fibre du lien social, la formation du collectif parce que conscient de l'illégitimité de la pratique, parce qu'évoluant en marge des normes réglementaires, peut aussi se définir comme cette manifestation publique du rejet du système et de l'ordre établi. C'est comme une sorte de révolte, c'est le signe visiblement perçu par cet ensemble des pratiques, us et coutumes d'un groupe marginal en réponse au mécontentement, au rejet des institutions politiques, sociales, culturelles et traditionnelles. C'est contre le gré de beaucoup de populations qu'elles s'orientent vers la direction informelle dite moyens de secours. C'est vrai, la compression d'une bonne franche des populations travailleuses du secteur publique crée une crise de responsabilité tant sur le plan familial que sur la société globale avec en amont l'échec de la politique de l'Etat. Cependant ces individus victimes ont des logiques et des moyens de contournement, les logiques de construction qu'ils mettent à côté du jeu économique comme stratégie de groupe. C'est donc un poids aussi grand qui se repose sur les acteurs, sur leurs mentalités faisant d'eux des êtres doublement vulnérables. Insuffisantes politiques publiques, relâchement de la sécurité sociale des couches vulnérables et ségrégation dans le recrutement des jeunes et des filles en milieu professionnel formel sont autant de faiblesses ou vides laissés par le système.

    II- LES CAUSES ET LES EFFETS DE LA PROSTITUTION OU DU MARCHE DU POTEAU

    A- SUR LE PLAN SOCIOCULTUREL

    Cette analyse veut se placer parmi les études sociologiques abordant la prostitution comme un fait économique mais porté dans sa phase la plus populaire par des causes assez diversifiées et variées. Partis de la rigidité de certaines traditions sociales à travers les mariages précoces ou forcés ; des oppositions à des pratiques, us et coutumes jugées dépassées, le manque de collaboration et de dialogue entre filles et parents, l'existence des sujets dits tabous, le culte de l'intérêt et du gain facile..., la prostitution est devenue aujourd'hui un phénomène qui touche toutes les catégories sociales. A côté des déboires sur le plan de l'amour dont sont victimes nos opératrices du poteau et leurs clients, des offres suscitent la demande masculine113(*). Il est important de signaler que sur tout un autre plan, certains phénomènes et pratiques ne cessent d'encourager. Il s'agit des pratiques austères de nos coutumes : l'excision ou la mutilation génitale, les mariages forcés, les mariages précoces, les répudiations des femmes veuves, les rites de veuvages drastiques, le transfert de la veuve comme bien ou propriété d'un frère du défunt époux « le lavage de la veuve », les interdictions de mariage à certains filles et garçons, le phénomène des parias sociaux

    Tout ceci n'est donc plus forcément lié à la prostituée seule mais à la société globale. Pour des raisons purement sécuritaires, le « marché du sexe » a pris de l'ampleur et est en pleine expansion. Et on constate que
    C'est un fait social (total) et on ne peut prétendre à son éradication ; c'est le résultat des dysfonctionnements des sociétés, or le dysfonctionnement est une composante de la société 114(*)
    De l'avis de nombreux enquêtés, s'indignant bien sûr sur l'expansion rapide ce marché de sexe, ils relativisent en expliquant que

     C'est un marché où il y a une offre et une demande généreuse. La demande est là pour plusieurs raisons et surtout parce que l'environnement social ne permet pas de relations en dehors du mariage. Quant à la générosité de l'offre, elle s'explique aussi par le fait que la prostitution, souvent occasionnelle, est aussi une manière d'arrondir ses revenus. Le business du sexe est florissant et les gains débordent largement les poches de certaines  ouvrières du sexe.  Dans l'axe du poteau, la prostitution a donné un nouveau souffle au marché du luxe... Mais c'est la mondialisation... La société de consommation est en train de façonner le plus vieux métier du monde. Bijoux, vêtements, débits de boissons, cigarettes, tabac, alcool, appartements et chambres, trouvent facilement acquéreurs. Les prostituées qui se font ici fortune paient cash et sans sourciller des sommes faramineuses à investir sur leurs familles, lesquelles familles ont préalablement investi pour la venue en ville... la famille soutien donc avec regret parfois les `bordelles'. Les rapports entre elles et les membres de la famille comme les cousins les oncles et même les parents parfois restés au village ne sont pas négatifs sauf quand elles cessent de leur verser l'argent ou d'assurer. On pense avec raison puisque le dehors est gâté que la bas, elles pourront trouver comme ça le bon travail ou bien même avoir les bonnes relations pour un bon mariage et elle peut aussi avec les côtes se battre jusqu'à partir aussi à `ben' par exemple... vous voyez que la famille sera sauvée (rires de satisfaction)... La tentation est donc grande de fermer les yeux sur ce fléau qui touche déjà l'ensemble des villes camerounaises. C'est enfin de telles images que tous nos médias ne cessent de présenter et de glorifier, ce qui expose facilement nos jeunes fragiles et désoeuvrés vers la rue.115(*)

    Ces propos forts évocateurs font noter que bien qu'étant vulnérables la jeune fille dans sa grande naïveté et depuis son environnement familial à côté de la responsabilité de l'Etat de sévir se trouve exposée à de telles pratiques. Pour finir, le constat est clair que la prostitution explose au Cameroun et qu'il ne faut pas aller si loin pour en connaître les véritables causes telles la misère, le chômage, les effets pervers des médias, la surestimation de la culture de la débauche.

    Plus vieux métier du monde, la prostitution ici comme partout ailleurs a ses causes particulières, spécifiques et ses effets sur la société. Etant donné qu'elle est profondément ancrée dans nos mentalités et nos moeurs. Ce serait autant difficile de saisir cette pratique malgré, la prostitution a toujours existé au cours des siècles116(*), si le processus a changé, elle en a gardé le même principe: des hommes ont été et sont prêts à payer le prix pour obtenir des services sexuels, féminins ou masculins. De nos jours à Douala comme à Yaoundé, la prostitution s'appréhende et peut tout simplement se définir comme étant

    La vente des gestes sexuels, par une prostituée à un client sexuel, en contrepartie de la monnaie, des aliments ou des avantages sociaux.

    B- LES CAUSES OU DETERMINANTS ECONOMIQUES ET SOCIOPOLITIQUES

    Fléau aux conséquences inimaginables et incalculables, la prostitution, pire ce marché ouvert du sexe que cette étude nomme de marché du poteau tire souvent son origine ou sa genèse des conditions économiques précaires ainsi que de la rigidité de certaines traditions sociales (mariages précoces ou forcés ; oppositions entre filles et parents...) dans une pluralité de raisons qui sont constituées et regroupées autour des déterminants économiques et sociopolitiques. Madame Mutend Sidonie117(*) déclare à ce propos que :

    Je pense que le problème des filles mères est une cause aussi importante de la prostitution. Les jeunes hommes sans emploi bien rémunéré ne se marient plus...ils passent leur temps à s'amuser avec les jeunes filles qui sont la plupart de temps ignorantes de la chose sexuelle, du planning familial et elles tombent facilement dans le pièges à savoir l'amour avec plusieurs personnes à la fois dans le but de gagner quelques sous pour survivre et assurer la nutrition de son gosse, et sans préservatifs surtout, c'est dans le but d'en gagner plus...faire encore confiance à une fille de ce côté de la zone Elf, Brazzaville, Dakar, Soboum, Non Glacé, ce n'est plus facile ; et est-ce que c'est de leur faute ?

    Interrogé sur le sujet, de l'avis de la plupart de nos personnes-ressources, elles martèlent que la prostitution a toujours existé au Cameroun et à Douala en particulier depuis longtemps. Cependant, leurs observations vont plus loin pour signifier qu'il y a eu une recrudescence du phénomène à Douala ces vingt dernières années avec l'arrivée des premières prostituées étrangères et « professionnelles du sexe » venues des pays voisins et de l'Europe vers les années 1980 associé aux migrations internes (exode rural...) et migrations externes (les réfugiés, les exilés...). La plupart de ces personnes-ressources rencontrées espèrent et souhaitent la mise sur pied effective d'une Brigade des moeurs comme celle dirigée au Mali par l'inspecteur principal de Djakaridia Sow.

    Ce mouvement des populations vers le Cameroun et plus précisément vers les grandes métropoles comme Douala se justifie non seulement par des raisons économiques (recherche du bonheur matériel, d'un bon statut économique), mais aussi politiques (à travers la perméabilité de nos frontières à la faveur de l'intégration africaine) où notre pays joue un rôle de pionnier. Le Cameroun de par sa stabilité politique et ses richesses naturelles constitue un havre de paix dans la sous région Afrique centrale. Par ce fait seul et pour ces raisons particulières, Yaoundé, Douala et le Cameroun deviennent le point de convergence de l'exode rural à l'interne et à l'externe des réfugiés politiques, des déplacés de guerre et des démunis parmi lesquels on recense en majorité les marginaux à savoir les prostituées et les délinquants.

    Selon madame Mutend Sidonie118(*), les échecs du développement et le mauvais encadrement des jeunes en campagne, la dévalorisation de la vie en zone rurale a accéléré l'exode rural ; fléau qui, à son tour vient ajouter de l'eau au moulin du marché du sexe qui se porte très bien dans la cité économique du Cameroun. Davantage, la liste s'allonge avec l'échec ou la non mise en place effective des politiques de développement zones rurales qui viennent encourager le phénomène. De même, l'enclavement de certains milieux qui curieusement subissent une influence négative des médias et des effets pervers du modernisme fraye le chemin à tous les vices et toute sorte de déviance riche de répercussions sociales comme c'est le cas à Douala119(*).

    III- LA PRECARITE DES CONDITIONS DE VIE DES FAMILLES ET LES NOUVEAUX MODELES DE CULTURE

    Les raisons sociales qui expliquent cette pratique indécente se résument à la précarité des conditions de vie des familles, lesquelles sont incapables de subvenir aux besoins élémentaires de la petite ou de la jeune fille. Aussi, il faut noter les discordances socioculturelles entre les filles et leurs parents surtout dans les familles religieuses où un code moral de conduite et un comportement vestimentaire est dicté ou imposé aux enfants. Une telle rigidité parentale face à la modernité via l'Internet et certains téléfilms occidentaux prédispose le plus souvent à la révolte de la jeune fille qui a déjà aussitôt de plein fouet l'acculturation. Ceci détourne les bonnes moeurs pour orienter ou exposer les jeunes filles et garçons vers la débauche sexuelle. L'expression de ce sentiment se traduit par l'abandon du domicile parental ou familial et le goût exacerbé de l'aventure qui ouvre une réelle voie vers les déviances de l'heure. Le chômage des jeunes comme la compression des parents, le manque d'autorité de ceux-ci, l'analphabétisme crée un laisser-aller dans les familles. Ceci appelle donc à la création des stratégies de survie qui, en rendant impuissant les chefs de famille, dispose ces entités vulnérables que sont les jeunes sont vers les basses pratiques. Telles sont aussi d'autres déterminants de la prostitution. Animé par l'envie d'une liberté totale, une paresse et le goût de la facilité, la nécessité de satisfaction des besoins vitaux de première nécessité s'impose et seul la force physique, le corps humain comme le sexe devient une matière première, une marchandise particulière à exposer pour la recherche des moyens de survie. Ainsi il devient urgent de retrouver le groupe opérateur en vue de négocier son intégration au collectif, de même comme au `corps de métier des prostituées'. Par pudeur, les organisations de la société civile en charge des questions féminines (CIPCRE, CEJERD, VEPDEF, ABIHO...), le ministère en charge des affaires sociales et le ministère en charge de la promotion de la femme et de la famille ayant en majorité constitué le support sur le terrain de l'étude recommandent plutôt les expressions "professionnelle du sexe", "opératrices du poteau", "les prestataires des services sexuels", ou "les vendeuses de plaisirs" en lieu et place "de prostituée" qui demeure une expression qui choque et fragilise la dignité de la femme en général. Mais plus clairement, avec l'une ou l'autre appellation, l'activité répond bien à la prostitution qui est un métier du sexe qui se construit malgré tout autour de la formation du collectif et les chaînes de solidarités complémentaires, bases des liens sociaux forts et du capital relationnel apte à soutenir l'activité.

    Cette disposition a dangereusement décoloré nos moeurs car certaines de nos adolescentes en contact avec ces techniciennes du sexe ont vite fait de les imiter, harcelé par le leurre du gain facile. Par cette escorte, les parents ne reconnaissent plus leurs filles devenues par la force des choses autonomes, dégagées et émancipées (du moins financièrement) et participant aux dépenses de la maison souvent à l'éminente satisfaction de ceux-ci. C'est à cet instant que le lien social au niveau de la famille se renforce et se vivifie. Le capital humain ainsi est mobilisé pour soutenir au moins psychologiquement cette travailleuse de sexe qui ne cesse de se chercher. Mais la grande question qui reste à répondre est de savoir comment et d'où vient tout cet argent? A ces interrogations répétées, une opératrice répond :

    On fait... et même les jours où le marché ne passe pas, pour une nuit pleine passée à la Elf, je gagne entre 7 000 et 10 000 Fcfa. 1500 étant le prix d'un coup 120(*)

    Ces propos comme ceux de Pamela121(*) sont fortement révélateurs d'un spectacle déshonorant qui en dit long sur la précarité des conditions de vie de nos familles. Déjà, celui qui paye pour ce service est bien connu comme un délinquant ou un chef de famille, fusse-t-il avec de "l'argent sale". Ce propos enfin nous orientent à jeter le regard vers l'examen de cette pratique, du moins dans son quotidien et plus particulièrement à la Elf.

    -CHAPITRE V-

    LE QUOTIDIEN DES ACTEURS DE LA PROSTITUTION ET LA SYMBOLIQUE DE LA CONSTRUCTION DU LIEN SOCIAL

    I- LA NOUVELLE CONFIGURATION ET LE CIRCUIT ADAPTATIF OU DE SOCIALISATION

    A-LA PROSTITUTION A LA ELF : DISPOSITION DE L'ACTIVITE AU QUOTIDIEN

    Le bitumage et l'électrification du boulevard ont fait naître une autre configuration plus grave et spécifique de la prostitution par étalage commerciale. En pleine émission télévisée, la présidente122(*) d'une ONG luttant contre la prostitution demandait déjà si ce ne sont pas les de leurs actions politiques du pays à travers certaines autorités qui encouragent le phénomène. Il s'agit des proxénètes ou négociateurs dans les Bars et Restaurants en journée. En effet, débusquées hier des cabarets et buvettes de la capitale économique pour exhibition de slips et de sexe, ces actrices dites danseuses n'ont fait que déplacer leur activité pour la nuit et à d'autres lieux mais avec les relais des négociateurs en journée et des proxénètes en soirée. Lesquels sont leurs gardiens, leurs protecteurs qui assurent leur sécurité en se faisant appeler « les boys »

    Ainsi dit, sur "les trottoirs" qui jouxtent les grandes artères et les petits couloirs de l'axe lourd et de l'ancienne station Elf venant ou allant vers le rond-point Dakar à Douala entre 18h30 et 5h30 où ces filles du poteau attendent l'arrivée des clients potentiels, attente qui se concrétise par identification, pourparler ou négociation et recrutement. En effet, celles-ci loin de prendre un local pour exercer leur métier, négocient les chambres de passe, des auberges ou des hôtels si bien installés dans le coin. La précision claire est qu'elles négocient souvent, avant pour ne payer qu'en fonction soit du nombre de clients entretenus, soit du nombre de temps mit. A vrai dire toutes les couches sociales s'en sont baignées et ont pris du goût ; hommes de pudeur, hommes en tenues, autorités influentes et gouvernantes ne sont pas des restes, bien au contraire ils sont les « bons payeurs », les hommes sur qui on mise pour espérer le « jack pot »comme le déclare Martine123(*). Mme Mouthe124(*) appuie de par ses propos que  tous ces hommes bien de là-bas sont de grands consommateurs des prostituées, facilités par les proxénètes ou les réceptionnistes d'hôtels qui sont chargés du marché du recrutement de filles. Cette prostituée qui travaille tous les jours à la Elf Axe lourd pour satisfaire les différents désirs charnels sous-traite ses marchés avec les gardiens de ce service et de nombreux autres intermédiaires et d'autres médiateurs (les aubergistes, « les boys », les bar mens, les collègues, les patrons des auberges et des bars...). Le commerce du sexe comme tous les autres marchés ne tient pas à la seule détermination de celles qui la pratiquent ou livrent leur corps. Elles sont habituellement victimes de leur naïveté ou de leur ignorance surtout quand elles y arrivent par la force de la conjoncture. Ainsi des collectifs au même titre que des réseaux naissent pour réguler ou pour mieux gérer cette activité économique spontanée exercée par dans l'ombre et en toute répression. Il s'agit des proxénètes ou des intermédiaires le plus souvent mus par de vieilles prostituées devenues dirigeantes des débits de boissons, des cabarets et des cafés ou de simples "bandits commerçants" qui, identiques aux trafiquants d'enfants aménagent la micro société. Ces proxénètes d'un autre genre recrutent et détournent les filles depuis les villages et les campagnes, en leur proposant les possibilités ou tout simplement un travail bien rémunéré dès l'arrivée à Douala. Offres irrésistibles, une fois en ville, confrontées au chômage, elles sont harcelées pour la restitution des frais et les autres charges du voyage. Les filles sont ainsi contraintes à se prostituer pour survivre, mais aussi à payer un lourd tribut à ceux ou à celles qui les protègent pendant un moment même si après elles doivent se livrer à elles-mêmes ou encore à leur propre compte.

    Eu égard à cette situation et aux difficultés de leur zones d'action, certaines organisations et associations voient le jour entre ces opératrices filles du poteau dans le but de venir en aide aux prostituées ou filles nouvellement arrivées et surtout aux petites filles qui ont besoin de beaucoup d'informations pour réussir régulièrement leur intégration au poteau et atteindre leur autonomie ; c'est comme des réseaux.

    Au début quand je suis arrivée, l'amie de ma tante, la maman qui m'a fait venir ne voulait pas me dire la vérité, je travaillais et elle prenait l'argent... nous étions au nombre de quatre qu'elle contrôlait et on avait vraiment beaucoup de travail, ça ne valait pas la peine, c'était l'exploitation ! Elle a refusé de nous rembourser mais Dieu voit tout...Maintenant je suis entrer dans une réunion où je tontine si c'est trop dur 6000Fcfa deux fois par semaines. Là-bas c'est vraiment une famille. Nous on discute sur tous les problèmes de notre métier et comment on peut faire pour que le travail marche bien ; personne ne vient à la Elf la nuit, dans le froid sans dormir pour s'amuser ou pour blaguer, chacun vient pour se chercher même comme il y a toujours les casse-pieds... pour eux nous on a plus peur parce que ici même le préfet connaît ce que nous on fait, il vient souvent ou bien il envoie ses gens et on s'entend toujours. Même les policiers savent que si c'est pour eux on n'a plus peur, car les boss là s'entendent avec nous... d'autres copines ici sortent avec les autorités jusqu'à on les a donné le travail et souvent elles viennent ici nous chercher quand il y a le gros contrat avec un groupe de `benguiss', et tu peux aussi profiter avec un autre qui peut t'amener... moi j'ai souvent la chance pour les trucs comme ça... parce que je suis bien jeune (Une enquêté125(*))

    Les principes de la construction du collectif sont liés ici à d'autres réalités bien subjectives comme la notion de la durabilité, la notion des liens marchands, la pratique d'une activité lucrative, la pratique d'une activité en marge des lois, le caractère illégal et répressif, l'attitude d'informalité de l'activité. L'appartenance à cette corporation exige une solidarité de corps qui émerge autour de l'insécurité et du danger selon des principes bien établis et qui ne sont nullement régit par des textes mais qui sont plus ou moins bien connus.

    B- RECONNAISSANCE DES OPERATRICES ET DES ROBOTS DE LA ELF 

    La prostitution bien qu'acceptée ou tolérée malgré les répressions socio juridiques, reconnaître une opératrice, une proxénète, un client participe d'une familiarité cultivée. Seul en climat de confiance et dans une sérénité qu'une personne opérant à la Elf axe lourd peut avouer ou se reconnaître comme tel. Mais des signes extérieurs et des symboles laissent voir et permettent de les identifier sans trop se tromper. Quelques traits extérieurs et les niveaux de reconnaissance de la prostituée de la Elf se constatent au niveau de la toilette, au niveau de l'habillement, au niveau de la coiffure, au niveau du maquillage. Maquillage extravagant, agencement des vernis, des brillants de couleurs variées, fards aux yeux et rouges aux lèvres ; les cheveux et la coiffure sont aménagés pour éviter certaines contraintes liées aux traitement après acte sexuel, cette idée anticipée les distingue et fait leur particularité.

    Fille sans tresses, cheveux courts, taillés, traités et teintés en couleurs comme signes distinctifs et symboles de reconnaissance qui constitue à cet égard des signaux et des messages codés adressés à qui conque peut bien les décoder. A la Elf axe lourd, les accoutrements sont singuliers et spécifiques ; on en veut pour preuve ces propos de ODILIA126(*)

     Aucune WAKA127(*) ne peut te dire que oui je suis WAKA, si elle ne te connais pas bien mais c'est bien facile de nous remarquer,...nous mettons les habits qui peuvent nous attirer les clients sans honte, il faut aussi être à la mode si non tu n'auras pas de clients. Tu sais que les hommes sont très compliqués maintenant, tous les jours, la télé montre les nouveaux modèles que tu vas tout faire pour avoir et bien attirer tes clients. C'est aussi comme tous les autres marchés, où on cherche les clients... nous avons nos propres genres d'habillements par rapport à notre marché...il faut s'habiller en tendance, en mini, en serré, en sexy, tout ceci avec DVD, VCD, DCD...c'est ça la tenue de l'attaque.

    A tout ceci, le port quasi généralisé des chaînes aux chevilles, des boucles et autres bijoux extravagants est très vulgaire et attire spécialement l'attention. Ce portrait extérieur ou attitude vestimentaire constitue des traits symboliques et un des signes bien distinctifs. A côté de ces traits physiques, qui marquent la singularité collective et l'unicité de ces individus dans la nouvelle culture, des stratégies se multiplient davantage dans l'intention d'une part de se faire remarquer et aussi dans l'idée de rester toujours productive , fidélisant ainsi une bonne partie des clients . Aussi, pour dissimuler les odeurs, les senteurs, les haleines qui se dégagent après chaque acte sexuel, sont consommés en permanence des « chewing-gum» parfumés et l'utilisation des parfums spécifiques et appropriés pour échapper aux toilettes régulières. A ce sujet et à la question de savoir comment cela se passe après chaque passe, ces propos de Singuila sont fort révélateurs : 

     ... la toilette après chaque coup est source de perte de temps...c'et pour cela que chacune ici a ses mouchoirs et ses serviettes comme arbitres de touches pour se nettoyer, la plupart d'entre nous ici utilisent le parfum qu'on a composé avec l'eau de Cologne dans le sens de chasser les mauvaises odeurs après chaque passe... 128(*)

    Sur un tout autre plan, il n'y a pas de lisibilité réelle au niveau de leur portrait moral. En fonction des circonstances, elles affichent des comportements moraux qui sont des signaux collectifs bien appropriés à des fins calculées qu'il faut bien intégrer afin de les comprendre.

    II- ENVIRONNEMENT RELATIONNEL A LA ELF OU LES LOGIQUES DE CONSTRUCTION DU LIEN SOCIAL EN MILIEU SPONTANE

    Microsociété, sur le terrain de la Elf axe lourd, plusieurs acteurs entrent en collaboration et en interaction ; chacun tisse à sa manière et selon son intérêt ou ses objectifs le type de rapport à entretenir avec l'autre

    L'examen de plusieurs attitudes et comportements d'acteurs opérant au lieu dit Elf laisse voir en fonction des circonstances bien sûr, l'extériorisation de certains comportements qui les sont propres. Lesquels sont le plus souvent collectifs, généralisés et décodables par eux seuls, c'est ainsi qu'il a été observé

    Ø soit une forme spécifique du lien social ou rapport dit complémentaire

    Ø soit une autre forme aussi spécifique du lien social jugé compétitif

    Ø soit ensuite la forme du lien social caractérisé par la contradiction

    Ø soit enfin la forme du lien social dit conflictuel.

    Ces différentes formes bien identifiées par Bajoit129(*) dans ses quatre configurations tiennent lieu des comportements globaux dont l'approfondissement s'avère ici nécessaire. Il s'agit donc dans la perspective d'une sociologie relationnelle de comprendre les différentes structurations ou dimensions du lien social dans les sphères spontanées et la nature des relations sociales par l'examen minutieux des relations entretenues avec l'environnement.

    A- RELATION ENTRE WAKA ET WAKA130(*)

    Entre elles, de manière circonstancielle, il est aisé d'identifier et de classifier les comportements en deux catégories.

    1- DE BONS RAPPORTS

    Conscientes de l'exercice d'un travail de concurrence souterraine, les opératrices du poteau par le processus d'intériorisation de certaines normes et principes affichent des comportements complices indentifiables d'une part par de nombreux gestes ou actes de sympathie et d'un autre part par de nombreuses attitudes de fraternité. Laissant ainsi transparaître entre les différents petits groupes ou associations existant sur leur territoire des attitudes et comportements de solidarité véritablement plus que des collectifs traduisant de sociétés bien construites. La construction du collectif étant ainsi liée à un certain nombre d'intérêt que chaque individu en fonction du groupe d'appartenance exquise une explication : 

     Nous, on s'entend bien ici...le travail que nous faisons ici n'est pas ce que vous voyez avec les yeux,c'est dangereux et ce n'est pas facile, il faut d'abord s'entendre avec les autres WAKA...sans oublier qu'on est dehors pour se chercher 131(*)

    Ces propos forts évocateurs de l'actrice symbolisent bien évidemment qu'à côté de ces bons rapports, on observe d'autres plus structurants qui sont sans doute liés à la nature économique de l'activité ou à la nature concurrentielle des intérêts subjectifs qui se télescopent.

    2- DE RAPPORTS CONFLICTUELS

    La société est un champ de lutte où chacun veut se positionner, et le poteau de la Elf n'échappe pas à cette formule si chère à Bourdieu. Entre elles, ces filles, à la quête de la clientèle se livrent parfois à de querelles, à de scènes de jalousie, à des invectives, à des menaces, aux bagarres au point où parfois seules les instances intimes de régulations comme la Get7 Academic132(*) composée des Boys133(*) et des Nanga-boko134(*), comme les vigiles de Coves Security135(*) peuvent intervenir. Ces actions sont parfois tributaires aux pratiques magiques et maléfiques suspectes, elles dénotent de la compétition et des trafics d'influence qui peuvent finalement élire droit de cité dans de tels environnements. Mais toujours est-il que, en fonction des circonstances et des situations, les rapports se construisent et se déconstruisent.

    B- RELATION ENTRE UNE WAKA ET UN ETRANGER

    1- UNE WAKA EN SOCIETE

    Méfiance, prudence, hypocrisie et intérêt sont les maîtres mots des rapports entre les Waka et les étrangers. Avec les intrus, les rapports ne sont pas du tout bons. Ces dernières évitent toutes personnes n'exerçant pas leur activité, ne la pratiquent en journée que par personnes interposées136(*) pour ne sortir que le soir pour « l'attaque ». Facilement reconnaissable le jour à cause de leur grande timidité, la société les provoque avec des sobriquets comme bordelle, akwara, fille de l'hôtel de ville, fille de la Elf, la ga du poteau...mais la réaction est nulle car elle se retrouve seule et hors de son collectif en journée. Par contre, en groupe, elles sont fortes, actives et promptes à réagir aux attaques de jour comme de nuit.

    Aussi, faisant les achats pour la nourriture, la toilette, le vêtement, elles semblent avoir de bons rapports avec les vendeurs. En fait ce n'est que l'intérêt financier ou matériel qui pousse parfois ces bonnes dames commerçantes à les accepter au point d'entrer en confidence avec elles.137(*) Toujours pour garder la bonne image, conscientes qu'une scène de moquerie peut naître, à cause de leur étiquette sociale, ces dernières évitent de marchander les produits dont elles ont besoin. Ce sont enfin aussi les clientes de plusieurs shops et boutiques qui agissent en sympathie avec elles. Il faut tout de même mentionner que, autour de cette activité, d'autres réseaux marchands se créent et se dynamisent pour soutenir et finalement contribuer à la socialisation stratégique mais progressive de ces filles du poteau.

    2- RELATION ENTRE LE POTEAU ET LA POLICE

    Intervenant régulièrement dans les territoires du poteau pour besoin d'assainissement, de sécurité des biens et des personnes, les agents de la police procèdent parfois à des rafles, à des interpellations des WAKA pour une ou l'autre raison (ballades nocturnes, défaut de CNI, tenue immorale, atteinte à la pudeur, racolage...). Mais sur le terrain, tout fini par s'arranger car dit-on, le principe est bien connu. D'ailleurs de sources concordantes et de l'avis de l'un de nos répondants, 

     Les chefs d'équipes nous versent périodiquement des sommes d'argent et donnent obligatoirement des pots de vins aux policiers et à quelques autorités administratives pour payer nos efforts de protecteurs et payer le silence des autres et entretenir leur indifférence 138(*)

    Cependant, il reste à bien se mettre pour éviter les éventuelles surprises de la police que l'on qualifie de rafle opportuniste. A ce sujet plusieurs attitudes codifiées sont collectivement construites pour prévenir la présence proche ou éloignée du danger. C'est à ce moment qu'interviennent les simulations où la prostituée et le client entrent dans un jeu pour laisser passer la tempête, feignant ainsi pour tromper la vigilance de la police. C'est ce qui fait dire au substitut N°1 du procureur du tribunal de première instance de Ndokoti que parfois malgré tout, il n'est pas facile d'appréhender ou d'apprécier le délit de prostitution, il est identique à celui de l'homosexualité pourtant juridiquement garanti. Celui-ci relate que face à un fait de prostitution bien circonscrit à laquelle il avait tant bien que mal pris la peine de suivre et de dire le droit, il a reçu aussitôt une note anonyme d'intimidation suivie d'un coup de fil occulte à son standard lui rappelant d'abandonner sa besogne à ce sujet sous caution de son travail et même de sa vie. Il est donc clair à ce point que le commerce du sexe dispose d'un capital social (humain et financier) fort apte à manoeuvrer ou à intervenir même de manière souterraine sur les questions concernant ou impliquant un des leurs. Il pense à la création d'une brigade des moeurs. Avec les clients qui deviennent par moment acolytes ou collaborateurs des Waka, il demeure que le lien marchand qui lie tout vendeur à son acheteur ne reste cependant que pour orienter les rapports de négociation des clauses de la prestation du service demandé ou proposé. Malgré tout, on remarque que dans ce milieu assez contigu basé sur le principe de l'offre et de la demande le lien social requiert un caractère versatile marqué par une inconstance notoire.

    III- LA FILLE DU POTEAU ET LE PROCESSUS DE CONSTRUCTION DU LIEN SOCIAL EN CONTEXTE DE MARCHE SPONTANEE

    En milieu social, dans le macro comme dans le micro groupe, le lien social quel qu'il soit se présente fondamentalement sur un double visage symbolique.

    A- VISAGE IDENTITAIRE ET ALTRUISTE

    Ici, les individus en relation avec leurs semblables ou leur vis-à-vis sont les mêmes, se reconnaissent par certains aspects singuliers. La jeune prostituée s'identifie à l'autre et il en est pour les clients. A cette issue tout est mis en jeu à partir du groupe pour défendre l'autre, et par là protéger le collectif formé pour enfin voir créer ce que Bajoit a appelé lien d'identité. Ce lien d'identité se construit par la mise en valeur calculée ou non de certains comportements qui, avec un regard sociologique, ils apparaissent comme des normes et des codes.

    C'est donc dans le milieu du « poteau » de la jeune fille, dans le « poteau » de la prostitution que nous avons cherché à connaître les règles et les signes du collectif ou de la communauté qui lui sont propres à l'image de ceux reconnus dans l'esprit de société nostalgique de Jean-Jacques Rousseau139(*).

    Ces règles et codes sont parfois écrits et verbaux affirment aussi les clients. Mais nous les avons reconnus plutôt dans leur application singulière. Milieux à émergence souterraine, sont symbolisés par des normes collectives comme prescriptions à l'instar des suivantes :

    ü ne doit s'afficher que sur sa position et ne jamais prendre la place de sa collègue

    ü ne doit pas intervenir dans le marchandage d'une collègue en vue de lui « couper les pieds »

    ü attendre son client sur son comptoir ou dans son rayon

    ü être crédible avec les patrons et les aubergistes

    ü entretenir malgré tout, les bonnes relations avec les BOYS et les NANGAS-BOKO

    ü les comptes doivent se faire journalièrement à la fin du travail, soit hebdomadairement pour les anciennes et si le loyer de la maison de passe est payé mensuellement, aucune ne doit devoir plus de 02 mois

    ü il est interdit d'effectuer le petit commerce au secteur (cigarette, alcool, cola...), c'est le business des BOYS, des aubergistes et des NANGAS-BOKO

    ü les clients n'ont pas le droit de réclamer une dette au secteur

    ü le client doit toujours prévoir la petite monnaie afin d'éviter de perdre trop de temps, sinon il lui sera imposer de consommer un service supplémentaire.

    A côté de ces règles et normes qui ne sont pas exhaustifs, il existe aussi des signes, codes et symboles bien visibles sur le territoire difficilement appréhendable par un étranger et un intrus. Il faut faire partir intégrante de la scène, intégrer le collectif et l'esprit du groupe pour être enfin capable de décoder les signaux lancés. `Le phénomène des ampoules rouges' par exemple indique la localisation et l'entrée de l'auberge, c'est comme une plaque signalant aussi la disponibilité des filles de passe. Aussi au niveau de la présentation physique, ou de l'habillement déclare Aline, tout est porteur de messages :

    Si tu veux aller avec beaucoup de personnes, tu dois chercher à t'habiller un genre...si tu peux aller avec plusieurs à la fois, tu mets par exemple la chaîne aux deux chevilles ; si c'est au pied gauche, c'est-à-dire que tu veux seulement le `'jackpot'' ou les femmes comme toi ; mais cela ne m'arrange pas .

    Il est enfin clair que comprendre le poteau n'est pas une sinécure car aucun fait, aucun objet ou geste n'est gratuit en milieu spontané. Les senteurs, les sifflements et les cris sont des appels ou signes des guetteurs et des sentinelles symbolisant parfois le danger. A son écoute, une idée de communauté se constitue à travers un échange non dissensuel mais consensuel et inclusif laissant entrevoir des attitudes de condescendance. Pourtant de par ce caractère foncièrement économique le secteur laisse transparaître en permanence un visage de milieu de jungle, de conflits et de lutte.

    B- VISAGE D'ALTERITE OU ANTIPATHIQUE

    Ici, les individus en relation avec leurs semblables ou leur vis-à-vis sont différents par certains aspects. Bien que faisant partie de la même sphère marginale et partageant les mêmes difficultés et le même milieu. Ces prostituées se méconnaissent tous dans d'autres situations. La jeune prostituée comme dans toutes les autres activités spontanées entre en compétition, organise malgré tout des stratégies pour dominer l'autre. Ce visage vu dans le sillage des sociologies individualistes et utilitaristes place l'intérêt et les ambitions personnelles au centre des échanges. Valorisant ainsi la compétition, la concurrence et le conflit en décousant le collectif formé précédemment pour laisser transparaître le lien social d'altérité140(*). Dans la logique d'échange économique, les acteurs se positionnent et retiennent dans leurs rapports sociaux la dimension d'adversité, d'altérité comme l'affirme Hobbes (1651) dans sa formule « l'homme est un loup pour son semblable »141(*) D'une manière subtile, pour observer ce caractère de loup, il s'agit de se prononcer en tant que client pour se rendre compte que les opératrices se lancent les boutades, les quolibets, se dénigrent, se diffament et se détestent pour ne mettre en valeur que des relations d'intérêts à travers certaines basses manoeuvres. Lesquelles pratiques débordent le mystique et le magique à cause aussi de la montée en puissance des jeunes et dynamiques prostituées pour atteindre la dimension spirituelle et incantatrice. De l'avis de Ermione142(*), il est urgent de bien se préparer pour attirer les clients :

     ...il y a les clients qui donnent la ''pouass et le ndoutou''143(*), si tu t'amuses tu portes ta part et il n'y aura personne pour t'aider...c'est pour cela qu'en consultant ton marabout pour t'attirer le plus grand nombre de clients, tu ne dois pas oublier de lui dire de te laver pour éviter qu'un client ne laisse le ndoutou...il y a aussi nos collègues qui bloquent ta chance...mais après tout tu ne doit pas oublier ta prière.

    Ces propos amènent à reconnaître certains signes extérieurs de la pratique magique. Encore pour que les clients soient gentils, bons payeurs, fidélisés et peu exigeants, les filles abhorrent non innocemment des parures comme le bagues, les colliers, les cauris et utilisent des parfums dits porteurs de plus bonheur.144(*)

    A ce titre, il est clair que les populations du poteau fonctionnent dans une ambiance de double face où pour les appréhender, il est bien facile de se tromper à première vue.

    IV- LA DIMENSION SYMBOLIQUE ET DUALISTE DU LIEN SOCIAL EN MILIEU SPONTANEE : NOTION ET MODALITE DE SON ECHANGE

    En tant qu'ensemble de rapports de forces entre les individus, la réalité du lien social selon Weber et Bourdieu un ensemble de rapports de sens, qui lui confère cette dimension symbolique. Notamment, ici sont mis en jeu la dualité, le double visage du lien social dans ce milieu. Visage d'identité et visage d'altérité curieusement cohabitent dans un collectif qui peut se construit et peut se déconstruire en tout temps. Comme dans les logiques des analyses de Bajoit145(*), privilégiant les échanges sociaux fondés sur l'inégalité, il est remarqué que le poteau de la Elf privilégie à son tour les logiques de contrôle de situation en mettant un point d'honneur sur les finalités qui ne sont rien d'autres que ce jeu de gain mu dans les stratégies de survie. Ce contrôle permanent des circonstances et des situations est le produit conjugué du caractère informel et souterrain de l'activité dune part et de son caractère économique et marchand d'autre part. De ce principe double, il ressort donc une construction fluctuante du lien social basée sur le processus d'échanges complémentaires et conflictuels d'un côté et sur un processus d'échanges compétitifs et contradictoires de l'autre côté. Ceux-ci sont parfois consensuels (par les solidarités contractuelles liées à l'application de règles du collectif) et parfois dissensuels (par oppositions violentes des sentiments et des intérêts) comme l'affirme Sartre146(*) quand il parle de déterminisme subjectivité, de dualisme et de dualité.

    Tableau 3 : Illustration schématisée du caractère dualiste du lien social en milieu spontané et processus d'échange de ce lien social

    Visage identitaire

    Echange inclusif

    (Complémentaire

    et conflictuel)

    Visage d'altérité

    Echange exclusif

    (Compétitif

    et contradictoire)

    Echange consensuel

    -Bonne organisation du collectif -Phase identitaire -Ambiance normale des opératrices

    Echange dissensuel

    -Mise en cause du fonctionnement des règles du groupe

    IDEOLOGIE

    ET

    MODELE

    DE CULTURE

    Stratégie d'échange du lien social

    COMPLEMENTAIRE

    -Normale au groupe

    -Nécessaire à une mission et un ordre bien déterminé

    COMPETITIF

    -Rivalité -concurrence -respect des règles -ambiance et image d'altérité normale enAES

    CONFLICTUEL

    -Détérioration de l'échange complémentaire-Ordre visé -Désaccord des acteurs

    -Union analogue

    -Front

    -

    CONTRACTUEL

    -Suppression radicale de l'échange complémentaire

    Source : Adapté à partir du modèle de Gilles FERREOL147(*) dit ancrage relationnel

    Mode de lecture : Linéaire, de gauche vers la droite pour les échanges consensuels et dissensuels et de haut vers le bas pour les échanges inclusifs et exclusifs

    Il ressort donc de ce tableau que le lien social dans tout les milieux professionnels spontanés obéit malgré tout à ce système d'échange fluctuant et instable. C'est cette construction symbolique qui, faisant l'idéologie de nos sociétés, entraîne assurément vers une autre construction de nouveau modèle de culture laissant ainsi percevoir la formation du collectif et la construction des solidarités.

    Perpétuation d'un système de contrainte et une construction des réseaux

    Anticipation de l'acteur

    sur les structures

    et règles formelles

    Tableau 4 : Illustration schématisée des logiques de construction des stratégies de solidarité ou du collectif en milieu spontané

    Stratégie de solidarité ou formation du collectif

    FONCTIONNELLE

    -Normale, organique au groupe

    -Répondant à une mission bien déterminé

    CONTRACTUELLE

    -Style de construction collectif par respect aux règles de l'assistance obligée

    SERIELLE

    -Groupement en série

    -Union analogue

    -Front

    -

    FUSIONNELLE

    -Alliance -Réunion des forces contre les systèmes formels

    Solidarité ou collectif conditionné (obligé)

    Solidarité ou collectif intentionnel (calculé)

    Solidarité ou collectif instrumental

    Solidarité ou collectif expressif

    Source : Adapté à partir du modèle de Gilles FERREOL148(*) dit ancrage relationnel

    Mode de lecture : Linéaire, de gauche vers la droite pour le collectif instrumental et expressif, et de haut vers le bas pour le collectif conditionné et intentionnel

    Il en ressort donc que la formation du collectif comme la construction des solidarités dans ce genre de milieux marginaux respecte la logique dans laquelle l'acteur dans ses manoeuvres se sent contraint malgré tout.

    Le commerce du sexe tel qu'observé et pratiqué à Douala dans ses différents sites publics et principalement à la Elf est pris non seulement comme un système d'action construit et concret mais comme une organisation sociale structurée, en s'alignant contre la loi, pour enfin se constituer en groupe marginal fondant ainsi sa propre norme et sa propre logique à côté de celle dite officielle. La certitude de l'irréversibilité de ce marché de la honte fait vivre et donne de l'espoir aux individus qui, déjà dans leur vie naviguent dans une incertitude dynamique et dans une précarité de conditions de vie. C'est enfin la logique de construction des stratégies de solidarité avec cet échange permanent et régulier des attitudes qui vient accroître et perpétuer un système de contrainte et de construction des réseaux. Tout ceci vient enfin s'associer aux manoeuvres souterraines anticipant ainsi la création et l'appropriation des règles ou normes entraînant non simplement vers un itinéraire d'accumulation mais vers une construction assurée du collectif afin d'atteindre progressivement à une identité réelle de métier de prostituée ou de professionnelle du sexe.

    -CHAPITRE VI-

    DE L'ITINERAIRE D'ACCUMULATION OU DE CONTINGENCE VERS LA CONSTRUCTION D'UN CORPS DE METIER : CONSEQUENCES ET DIVERSES IMPLICATIONS

    I- LE POTEAU DE LA JEUNE FILLE URBAINE : UNE CONSTRUCTION DU CAPITAL HUMAIN MAIS UN VRAI PROBLEME DE SOCIETE 

    Désirer légitimer le poteau de la jeune fille comme un "travail", n'est-ce pas là admettre que la prostitution puisse apporter une solution à la pauvreté féminine ? Et, pourquoi pas, une solution à la pauvreté masculine aussi et au chômage chez les jeunes en général ? D'après cette logique «réseautage», requiert-il donc d'encourager le développement d'un itinéraire vers l'industrie du sexe comme une manière de résoudre la crise de l'emploi et le chômage indépendamment de ses conséquences sociales ? C'est à ces fins que l'Etat se trouve impuissant face à la situation; car cette crise de l'emploi et le chômage sont les raisons socio-économiques déclarées par les clients et les prostituées elles même comme ces propos de Pamela « je suis venue ici pour me chercher... et c'est dur partout dehors ». L'Etat devient encore plus puissant à cause du fait que, bien que venant de part et d'autres, les divers acteurs constituent une alliance et un système construit et cohérent comme le rappelle et insiste Pamela :

    Déjà compte tenu de mes relations ici à la Elf, je pars n'importe où je peux m'imposer... Ici au 8ième, on ne peut plus rien me faire, même à certaines autre wakas, parce que moi je touche directement les gens qui les dépassent là-bas...Nous on a même nos soeurs et copines wakas qui font le business à `Ben' et si tu veux aller continuer aussi par là, sans même bien te connaître, on te forme, on va même te donner comment tu peux faire pour te retrouver la bas et on va te mettre à l'aise avant, tu vas bien te battre pour t'en sortir... mais à notre niveau ici, si tu n'est pas seulement très très mauvaise, on ne peut pas te voir dans un problème et te laisser là dedans ; même si tu ne connais personne, chacun va utiliser ses relations et tous les gens que je connais pour t'aider à sortir, on va toujours te supporter d'abord même si tu me coupe souvent les pieds avant que après on va s'entendre et causer pour que tu comprennes que c'est mes relations qui t'ont sauvé.

    De plus, si la prostitution venait à être reconnue comme un "métier", ne faudrait-il pas donner une formation réelle en vue de sa pratique ou de son exercice? Il ne s'agit pas là d'une question hypothétique. Des expériences ont déjà été tentées en ce sens dans certains pays, comme les Pays-Bas149(*), où des cours de prostitution ont été proposés pour apprendre le " métier ". On voit donc qu'au-delà de la rhétorique et de l'attrait intellectuel de la nouvelle approche préconisée, c'est toute une vision sociale qui s'impose à nous pour l'avenir. La prostitution, selon le Larousse, est un acte par lequel une personne consentante se livre à des rapports sexuels en échange d'un bien ou contre de l'argent. Cette pratique chez-nous, depuis deux décennies environ dit-on, prend des dimensions démesurées, inquiétantes, et ce, malgré les mesures et les dispositions socio juridiques en vigueur pour la circonscrire car le lien social ou le lien de solidarité entre les différents acteurs appréhendés est fort et bien construit pour pourvoir résister face aux divers et nombreux détracteurs.

    Ce marché du sexe est une activité qui marche bien aujourd'hui à Douala où coutumes, traditions et modernisme se côtoient et s'entrechoquent. Ce ne sont ni les promoteurs de bars, ni les propriétaires des maisons closes ou les « aubergistes »  (gérants des chambres de passe) qui nous démentiront. Il est ici question à la Elf d'une entité bien construite, cohérente et d'un réseau bien organisé. Pour ainsi dire de nombreuses structures sont mises sur pied pour entretenir et fixer les bases des différents réseaux. Ces environnements symboliques soient les bars, soient les cafés, soient les complexes hôteliers et bien d'autres communément appelés lieu de passe et de mouvement appartenant à des personnes dit-on hauts placées pour ne pas dire intouchables. Tous unis par la coopération des activités du poteau du sexe. A la Elf, on a pu recenser entre autre et ceci avec l'aide d'un guide (Wareman150(*)) quelques structures entretenant la prostitution de nos jeunes filles aux dénominations artistiquement variées dénotant pour tout dire le style et le type de connexion y existantes. Ce sont : -Tour Eiffel club (la maison mère) -BBC Mouving -Alt Espoir 2000 -Folklore -Kebab village - Latino Hôtel -Alt le peuple - Vidéo club de Paris -Le parisien Snack Hôtel - Jet Hôtel -3ième Mi-temps -Repère des amis -Amical bar -Grand bateau 24/24 -Betacam ( bar dancing - hotel cyber -snack bar resto - GIC santé ) -salle de jeu pepe game -le metro (bar dancing - snack -salles de jeu -dépôt brasseries - boite de nuit) -Nepturne (-snack -salle de jeu -boite de nuit) - Alt Tam Segue - studio Photocoktail -Taverne 3ième Arrondissement (bar, hôtel...) -Complexe Resto Osmose- Resto Cachette- Elvision bar salon - Garage Général - Parlement. Notons que de sources concordantes, parmi toute ces structures, aucunes d'elles en tant que bar ou débit de boisson ne respecte ni la distance, ni les heures de fermeture telles que prévues par les textes en vigueur au Cameroun. Là, il est noté que de manière voilée ce sont des structures qu'on a communément appelée auberges. Notons enfin qu'il en existe aussi qui n'ont pas de nom attribué mais qui sont reconnues par le nom ou l'identité du propriétaire ou de son parrain haut placée, et parfois reconnues par l'identité tribale de ses tenanciers. Pour tout dire, il s'agit ici d'un véritable marché entretenu par plusieurs catégories d'acteurs fonctionnant chacune dans son rôle (prostituées, proxénètes, propriétaires de maisons de passe, passeurs, bandits...) et tirant une bonne marge bénéficiaire de cet énorme commerce honteux et bien juteux ; leur loi étant basée sur une entraide concrète et une solidarité réelle. Cependant, de l'avis de nos personnes-ressources et de certains observateurs rencontrés, bien qu'ils trouvent les facteurs de son émergence ou de sa recrudescence dans la précarité des conditions de vie tant en milieu rural qu'en milieu urbain, cette activité telle que pratiquée dans les deux principales villes camerounaises, est en train de saper les moeurs de notre société et exposer quotidiennement la vie des populations.

    Ainsi, le capital social semble représenter à cet ordre un mauvais enjeux à ce niveau pour les diverses unités extérieures et aussi pour ceux des acteurs peu ou trop impliqués. C'est alors qu'on est tiré vers des dépendances vis-à-vis du groupe et à des vulnérabilités ou dommages divers.

    II- DE L'ITINERAIRE CONTINGENTE D'ACCUMULATION VERS LES VULNERABILITES OU LES RISQUES MALADIE ET LES DOMMAGES SANITAIRES

    Dans un pays à forte proportion juvénile comme le Cameroun (plus de 65% de jeunes), -âgés de 18 à 35 ans environ tels que vus à la Elf- ; quand le sous emploi, le chômage et l'oisiveté encouragent la prostitution sous toutes ses formes comme c'est le cas sur les trottoirs de nos grandes surfaces à Douala (Carrefour Elf axe lourd, Rue de la joie à Deïdo, Akwa...) ou à Yaoundé (Mini ferme, Hôtel de ville, Mvog ada...), cela constitue un danger pour la société. Seulement le plus dangereux c'est qu'on y aperçoit des formes plus spécifiques qui ouvrent aussitôt le chemin à la terrible pandémie du siècle qui n'est rien d'autres que le VIH/Sida et à bien d'autres infections sexuellement transmissibles. Évoquant le cas de ces prostituées occasionnelles ou clandestines non encore admises dans le corps ou au sein du collectif - celles n'ayant pas encore tissé des liens forts ou ne disposant pas encore de capital relationnel solide- (à la différence des véritables opératrices spécialistes équipées en préservatifs), le long des allées négocient avec ou à l'exclusion du préservatif. Pour elles le risque maladie est grand selon que le client ambitionne faire l'acte sexuel avec le préservatif ou non parce que les prix varient :

    -coût moins cher ou moins rentable avec préservatif, c'est la forme la plus pratiquée à Elf, ici l'essentiel étant le nombre de clients reçus car seul les petits montants d'argent accumulés sont pris en compte et tout les risques ne sont pas permit. On essaye autant de miser aussi sur la satisfaction réelle du client et la qualité du service afin de bénéficier de quelques faveurs liées à cette satisfaction rendue. Ici encore c'est aussi une voie sûre de la construction d'un cercle relationnelle, d'un lien, d'un capital humain et social aptes à tout avaliser jusqu'à la création une autre trajectoire professionnelle.

    -coût élevé et plus rentable sans préservatif, celle-ci est qualifiée de jack-pot, ici l'essentiel n'étant pas le nombre de clients reçus mais leur statut social et aussi le montant d'argent perçu est pris en compte car ici tout risque est permit. On tient non à miser sur la satisfaction du client et la qualité du service rendu mais on joue sur le volume du porte-feuille et la personnalité de celui qui est en face afin de bénéficier de certaines protections dans l'exercice de ladite besogne. Ici encore, c'est aussi une voie sûr de la construction d'un cercle relationnelle, lié sur la mobilisation et du capital financier et du capital humain aptes à tout avaliser jusqu'à la création une autre trajectoire professionnelle.

    Mais face à ce dilemme entre le risque maladie et le goût du gain facile, la tentation d'aller sans protection est grande et de tous les côtés, seule la logique de rester entretenu dans un groupe d'amis peut protéger ou assurer la durabilité du travail dans un tel secteur riche en vulnérabilité.

    A cette issue, pour les jeunes filles entre 16 et 22 ans -car plus nécessiteuses-, les possibilités de tomber sur des porteurs sains de VIH et de contracter honteusement la maladie deviennent plus imminentes. Cette catégorie de vulnérables prend aussi en compte ces filles liées à un « itinéraire d'accumulation » comme ces adolescentes migrantes venues des villages à la recherche d'un capital financier ou d'un fond de commerce. En amont, les raisons évoquées entre autre se résument sont :

    Ø soit la fuite d'un mariage forcé,

    Ø soit une visite d'aventure en ville,

    Ø soit la fuite de certaines coutumes ou pratiques traditionnelles jugées révolues,

    Ø soit la recherche d'un eldorado ou d'une vie plus facile,

    Ø soit la recherche du trousseau pour un éventuel mariage.

    De ce fait, toutes se livrent ainsi au petit commerce, s'installant devant des échoppes ou se baladant de porte en porte, de marché en marché, de garage en garage et dans tous les lieux publics de jour comme de nuit avec des articles à vendre. Mues par la raison du gain facile, elles se livrent peu à peu aux hommes contre rétribution financière, tout en ignorant le sens de la protection et s'exposant ainsi aux divers dégâts. Toute cette activité de prostitution et de débauche devient un construit comme l'on observe son évolution. Parties de la zone rurale avec un capital humain bien constitué, en milieu urbain, cherchant à construire un fond de commerce ou un capital financier consistant par le petit commerce ambulant tout au long du trottoir en journée. Dans les divers rayons des activités économiques spontanées, ces filles avec leur réseau d'interconnaissance qui se constitue et se construit au fur et à mesure renforcent à plus d'un égard le capital social, valorisant ainsi le fait que le capital humain et financier est lié. Aussi comme autre conséquence, on note que l'infiltration des brigands au sein des prostituées n'est tout simplement qu'un partenariat de réseau constitué et une collaboration pour souvent dépouiller ou décharger certains clients de leurs biens. Cette déclaration de Yaya comme celle de Boby fait comprendre que c'est un milieu doublement dangereux qui n'est réservé qu'aux personnes initiées, intégrées, soudées et qui n'ont plus rien à craindre. Ainsi il déclare :

    Je viens ici tout le temps quand j'ai envie parce que je trouve toutes les catégories de filles et je paie moins cher alors..., parce que je suis devenu aujourd'hui Asso151(*). Le début ce n'est pas facile mais quand tu vois ce qui se passe, il faut savoir que nous n'avons pas le choix pour faire un mariage bien sérieux ou le moyens d'avoir une copine...c'est plus cher et il n'y a pas de moyens pour les gens qui se cherchent comme moi comme ça... ici, on n'a plus peur du sida car même sans sida,on meurt toujours... si on a écrit que tu dois mourir par le sida tu ne pourras pas t'échapper même si tu ne viens pas ici, donc tout ça ne nous fait pas peur...nous sommes tout le temps là car nous les travailleurs du supermarché, on ne bénéficie rien de grand. C'est un collègue que je connais depuis le lycée qui m'a amené ici, il et un an ancien boys et `nanga-boko' à Taverne 3è arrondissement comme moi. (Un enquêté)

    Il ressort de ces propos une profonde résignation un attachement à la prédestination et à la fatalité de la part de Yaya comme pour tout les autres clients et tout les autres acteurs rencontrés ayant requis l'anonymat. Aussi, on remarque que l'entrée dans ces secteurs et la pénétration dans ses milieux souterrains est subordonnée par la loi du parrainage et la notion du capital social car ce qui compte le plus c'est non ce que tu connais mais qui tu connais.

    III- LA PROSTITUTION EST-ELLE " REFORMABLE "?

    Réclamant, un traitement spécifique et refusant la stigmatisation qui pèse sur elles, certaines opératrices du poteau de la Elf rêvent d'une reformation du corps pour éviter les opportunistes qui ternissent l'image du collectif qui se construit régulièrement sur la base de l'intérêt su groupe, de celui de tous les acteurs du système. Déjà Ermione (une enquêtée, call boxeuse) déclare que : 

    ... ici les côtes que tu as doivent aussi servir les autres Wakas parce que quand tu arrives ici au début, on te demande que tu nous explique bien là où tu sors pour qu'on connaisse si tu peux nous soutenir avec tes relations...sinon on n'aura pas trop à faire avec toi. Si tu es déjà avec nous, on doit te prendre comme la famille waka ; ...d'ailleurs avant de commencer ici, j'avais eu l'argent de mes oncles du village -parce que je suis orpheline- pour le transport et l'autre pour faire mon petit marché des arachides grillées ici en ville. Et l'autre oncle qui est colonel à Bonanjo m'a dit que comme je suis ici à la Elf, si quelqu'un me dérange je lui dis, en dehors de lui, avec les relations que moi-même j'ai eu ici, je n'ai plus besoin de membres de ma famille, j'ai eu tellement de côtes. Je vous dit, même au 8ième on ne peut plus rien nous faire... dont j'ai mes relations quand le venais et après j'ai encore eu des relations qui me font ne plus avoir peur... j'ai un gros livre où je garde tous les durs numéros ; ce n'est plus seulement l'argent qui est le problème, c'est les relations, même si c'est `ben', je connais. Oui, c'est un business qu'il faut que ça dure.

    À supposer qu'il soit certainement envisageable d'améliorer les conditions de vie et le statut des femmes prostituées grâce à la normalisation du commerce du sexe ou à ses connivences, cela en ferait-il pour autant une activité"socialement convenable"qui mérite d'être protégée ? Bien au contraire le réseau se tisse et impose à dire avec Overall152(*), la prostitution n'est pas réformable, car il s'agit d'une configuration des réseaux dit-on d'industrie sexiste, "agéiste", raciste et fondée sur des cercles relationnels et des privilèges de classe protectrices ou profiteuses. Ces arguments peuvent se résumer ainsi :

    -La prostitution est sexiste parce que la très grande majorité des personnes qui vendent leur corps et leurs services sexuels sont des femmes, tandis que ceux qui les achètent sont surtout des hommes de toutes les couches.

    -Elle est "agéiste" parce qu'elle recrute et attire dans ses filets principalement des jeunes (d'une certaine condition), qui ne sont parfois encore que des enfants, et qu'elle les rejette dès qu'ils ont passé l'âge jugé sexuellement attrayant par le milieu. Mais ceux-ci en profitent pour construire leur cercle relationnel d'opportunités et des moments difficiles.

    -Elle est raciste parce qu'à l'échelle mondiale les victimes de la prostitution sont très souvent des femmes noires ou asiatiques, appelées à vendre leurs services sexuels à des hommes majoritairement blancs et occidentaux. La prostitution est ancrée dans des privilèges de classe parce que les personnes amenées à vendre leur corps et leurs services sexuels sont le plus souvent dans le besoin et seuls les mieux nantis ont les moyens de payer de tels services. La prostitution implique donc une interaction sexuelle dans laquelle l'argent et le pouvoir sont intimement liés153(*) et autour de cet argent, de ce pouvoir, l'opératrice du poteau retient loin de cette relation de domination celle d'une connaissance avantageuse. Cette analyse résume bien la vision que les uns et les autres portent sur le commerce du sexe en tant qu'un métier ou un commerce. Le fait que la prostitution puisse être pratiquée intentionnellement par certaines femmes donnant accès à des profits matériels et financier ne doit pas nous faire négliger que, même pratiquée dans les meilleures conditions, elle est à l'image de beaucoup d'autres activités économiques spontanées qui sont à leur tour le plus souvent liées à un choix de dernier recours, dicté par la survie. Bien que le "choix" de cette activité soit de plus en plus banalisé et admis, cela suffit-il à en faire pour autant une activité légitime ? Certaines féministes rencontrées soulignent que, si les femmes parviennent à tirer profit de la marchandisation de leur corps, et quelquefois à imposer des règles de conduite aux hommes, elles n'en contribuent pas moins à renforcer un modèle social et une logique de marché qui les excluent elles même et les considèrent comme « des citoyennes de seconde zone »154(*). En dernière instance, ce ne sont pas elles qui déterminent les règles du jeu, mais bien les hommes acheteurs de leurs "services sexuels" qui dictent leurs priorités et leurs choix en fonction de leur bourses. C'est dès lors que, conscientes de leurs positions, celles-ci se mobilisent à travers la formation des collectifs symboliques ; à l'intérieur desquels elles mettent toutes les astuces en jeu pour soit résister dans le secteur sexuel, soit mobiliser un cercle relationnel fort pour parfois se reconvertir aisément et peut- être bien s'insérer socialement ailleurs. A ces propos, Aline (une enquêtée âgée de 25 ans) déclare :

     C'est vrai, je suis allée à la Elf quand j'ai commencée à vivre les moments difficiles à la cité et en fac, j'ai par-dessus tout eu une grande connaissance sur la vie. Je me suis rendue compte que beaucoup de gens que de gens je connaissaient en journée venaient la bas et c'est comme ça que j'ai beaucoup de clients, on m'appelle même au téléphone pour certains rendez-vous et moi je choisis. Soit c'est lorsque je sais que tu es une grande relation qui peut m'aider dans ma vie, soit tu me payes bien et cash. Mais pour les relations, même le Préfet connais que nous sommes là, tous ce Boss là, ils viennent souvent, on se connaît très bien et moi, souvent eux ils me donnent beaucoup d'opportunités...je fais tout ça en attendant d'avoir mon diplôme, et je suis sûr, comme ma famille est pauvre et que mes cousins sont orgueilleux de compter sur mes propres relations que j'ai eu d'abord sur les bancs et aussi ici dans mon travail de `wakas' pour trouver mon bon travail...d'ailleurs chaque fois quand on veux les filles qui peuvent bien parler ou jouer le rôle d'hôtesse, serveuse, je suis informée et mes collègue s'arrangent à venir avec moi quand c'est nécessaire... c'et les relations qui comptent chez nous et c'est ça qui va jouer... on va faire comment ? On n'y peut rien... 

    Ainsi, que la prostitution soit pratiquée dans le grand luxe ou dans la misère, avec ou sans contraintes physiques, et indépendamment même du trafic sexuel, les conditions qui l'entourent ne changent pas fondamentalement la nature de cette activité, ni ses effets néfastes sur le plan social. Le courant abolitionniste pour sa part en marge des déclarations affirme qu'aussi longtemps que les hommes auront le droit d'acheter le corps des femmes en toute impunité, des pratiques de plus en plus inhumaines apparaîtront et les droits humains des femmes seront bafoués, tant du côté des femmes prostituées que du côté des non prostituées155(*). Certains auteurs soutiennent aussi que la culture occidentale, qui persiste à considérer le marché du sexe comme inévitable et qui contribue ainsi à conférer à celui-ci une certaine légitimité, constitue un obstacle majeur à la solution de la crise actuelle à propos des droits humains, liée au trafic sexuel mondial de femmes et d'enfants156(*). Carrefour Elf axe lourd, Rue de la joie à Deïdo, Akwa...à Douala et Mini ferme, Hôtel de ville, Mvog ada... à Yaoundé sont ainsi autant des réseaux d'approvisionnement bien tissés qui servent le marché local et desservent le marché sexuel à la grande échelle et il en est de même pour bien de marchés car le tissu relationnel est diversifié et très émergent. Enfin, oui ou non reformer la prostitution est ce qui hante l'esprit de nombreux acteurs ; cependant, ils restent muets et la tendance socio-économique dans la suite nous impose ce regard sociologique vers cette logique ou cet enjeu de sa reconnaissance et de sa dimension éthique.

    IV- VERS UNE NORMALISATION ET UNE RECONNAISSANCE DU METIER DE FILLE DU POTEAU

    Il faudrait se demander quels seraient les effets de la normalisation de la prostitution sur les rapports genre dans la société. En désirant lutter contre l'exclusion, la marginalisation et la stigmatisation des filles du poteau, à travers la politique de reconnaissance du " travail du sexe ", n'est-on pas en train de réhabiliter la prostitution plutôt que les individualités et de les exhiber comme échantillon ou prototype des relations de genre? Certains de nos sondages pendant les GDS dévoilent que la banalisation de la prostitution a pour effet de libérer les hommes de l'exigence de développer et d'entretenir des rapports plus attentionnés, plus respectueux et plus égalitaires non seulement dans les familles, dans le couple, mais aussi au travail et dans toute la société. D'abondants témoignages de filles et de femmes issues des zones reconnues où la prostitution est officieusement officialisée (Carrefour Elf axe lourd comme Rue de la joie à Deïdo, Akwa...à Douala et Mini ferme, Hôtel de ville, Mvog ada... à Yaoundé), indiquent que les effets de cette situation ont des répercussions négatives et directes sur leur vie de couple, sur leur vie de famille, sur le climat au travail et même partout dans leur environnement social. Ainsi, une enquêté157(*) déclare :

    J'ai failli perdre mon mariage comme ça, dès qu'il a su que j'habitais à coté de la zone du poteau de la Elf et plus précisément au carrefour SOMAHOP158(*), s'il ne tenait pas vraiment, il m'abandonnait ; mais même jusqu'à nos jours il n'oublie pas cela... il dit souvent que c'est comme ça que nous sommes et je sais là où il veut en venir, pourtant je n'ai fait qu'habiter le coin... oui c'est vrai, même partout où j'ai travaillé, mon respect n'est pas vraiment ça. A cause du marché du sexe que mes soeurs exercent, la femme est entrain de perdre tout son respect... et il faut que l'Etat regarde bien ce commerce sinon... c'est grave...  (Une enquêté)

    Fort expressifs, ces propos laissent entendre que l'ardent souhait des dames à être respectées par leur compagnon et par leurs collaborateurs au travail ou par les usagers en société se trouve régulièrement sapée par cette banalisation de la prostitution dans nos quartiers. Les témoignages de nombreuses femmes se plaignant de cette situation amènent à conclure que le harcèlement sexuel au travail devient plus difficile à éliminer quand les hommes prennent l'habitude de fréquenter ces environnements sociaux de la débauche.

    Dans son étude, Michel Dorais appuie que, selon ses observations, ce qui attire les hommes, les clients, c'est moins la sexualité en soi, que c'est le sentiment de pouvoir, il leur assure une relation jugée forcément inégalitaire dans laquelle ils imposent leurs exigences pour garder le contrôle :

    La prostitution est un lieu privilégié pour obtenir des relations sexuelles tout en imposant ses exigences et en contrôlant la situation. [...] Quand de plus en plus de femmes refusent d'entrer dans des fantasmes masculins qui leur portent préjudice, certains hommes se tournent volontiers vers « les filles du poteau » et les enfants. Avec ces derniers, pas de partage, de négociations ou de compromis. [...] À l'ère de l'individualisme et de la crise du couple, les jeunes représentent pour beaucoup d'adultes les substituts affectifs et sexuels à des relations égalitaires forcément exigeantes. Ce n'est peut-être pas un hasard si la sexualité devient plus que jamais un bien à consommer lorsque les rapports hommes-femmes, en particulier les rapports amoureux, exigent des remises en question profondes, parfois déchirantes. La prostitution, elle, sécurise les hommes dans leurs stéréotypes traditionnels. Comme si rien autour d'eux n'avait changé159(*).

    Toutes ces analyses concourent à exposer que la banalisation de la prostitution constitue un net recul pour les revendications et luttes féministes visant la conversion des rapports sociaux de sexe dans un sens plus égalitaire car là, la femme se met elle-même en route pour construire ou accumuler différents capital -humain, financier et social- capable de lui envisager un avenir plus productif et plus sécurisé. Mais cette reconnaissance rejoint-elle les lois de la pudeur et de l'éthique ?

    V- LA DIMENSION ETHIQUE D'UNE RECONNAISSANCE DU METIER DE FILLE DU POTEAU

    Les divers acteurs ont tendance à oublier la dimension éthique du débat au sujet du marché du sexe bien installé à la Elf Douala comme partout ailleurs dans les autres métropoles comme Yaoundé. Pourtant, tous les choix sociopolitiques reposent nécessairement sur une position éthique qui mérite d'être rendue plus explicite. La renonciation ou la dégénérescence des valeurs religieuses, jadis considérées comme essentielles au regard des positions politico gouvernementales, ne signifie pas qu'il n'existe pas d'éthique sociale laïque propre à instruire les choix en matière de prostitution. Une législation juridique notifie et réprime ce commerce du sexe. De ce fait, les articles 343 et 297 du Code Pénal sont fort évocateurs de la situation à la fois de cet acte de prostitution et de proxénétisme. Mais le paradoxe est que tout se passe au vu et au su de toutes les autorités comme s'il existait un autre texte de loi abrogeant ces dispositions du Code Pénal en décriminalisant ainsi la prostitution. De l'avis des juristes et de bien de magistrats,

    La base du droit c'est la preuve et, la prostitution est une situation qui n'est pas juridiquement facile à apprécier, mais depuis près de dix années, plongée dans l'extrême pauvreté, plusieurs de nos soeurs s'abandonnent en toute ignorance à la terrible besogne malgré que nul n'est sensé ignorer la loi... il faut réellement une sensibilisation sur cette loi répressive et une franche collaboration efficace avec la justice préventive... Pour tout dire, cette situation ternie l'image de la femme et de toute notre société. Et tout ça à cause du laxisme de nos pouvoirs publics car je sais que s'ils veulent que ça cesse, ça va cesser, la loi est clair là-dessus, il faut sévir car on sais pas ce que les pouvoirs publics gagneraient à meurtrir la jeunesse de la sorte... A notre niveau rien n'arrive, tout se négocie au niveau de la police, ... même quand cela arrive ici, c'est où on se rend compte que les prostituées ont des relations, des côtes solides et personne n'a comme ça n'a le droit de s'y hasarder... à ses risques seuls parce que celles là malgré les discussion qu'elles ont entre elles sur le terrain, elles s'entendent et sont entretenues par les plus grands hommes que nous;... il y a un problème de morale et d'éthique (un enquêté)160(*)

    Dans ce dernier propos, il ressort que les pouvoirs font face à un dilemme moral difficile, consistant à choisir clairement entre la protection du droit des jeunes, du droit des citoyens, du droit des enfants et la fermeture des cabarets, des auberges et des bars, qui engage leur responsabilité à long terme et transforme profondément la vie. Se basant sur de nouvelles valeurs sociales laïques, le législateur camerounais est appelé à choisir de privilégier l'avenir d'une jeunesse sereine tournée vers les activités économiques spontanées par rapport à protéger les propriétaires des auberges, des bars... qui ne sont ici que les proxénètes,usurpateurs juridiquement condamnables.

    Actuellement, et de l'avis de toutes nos personnes-ressources enfin, il apparaît un dilemme moral similaire au sujet de ce commerce de la fille du poteau. Préférer, d'un côté la protection du prétendu " droit de se prostituer " avec la loi de l'Habeas Corpus161(*), -au nom des libertés individuelles, protégeant un précepte qui porte atteinte à la probité physique et psychologique de milliers de femmes et d'enfants-, et préférer, de l'autre côté la protection des femmes et des jeunes filles contre toute forme d'exploitation sexuelle, en luttant contre la prostitution. C'est à cette dernière idée de lutte contre la prostitution de nos soeurs que se positionnent la plupart de nos enquêtés mais la situation précaire les y invite toujours. Et là, la seule grande issue est de se construire des codes, des signes collectifs et souterrains sur le dos de l'éthique mettant en valeur un double enjeu à savoir l'enjeu économique puis l'enjeu du social qui est pour sa part lié à la construction du capital social singulier ou collectif pour un itinéraire temporaire ou un itinéraire de passage dans le poteau.

    A ce point et au terme de ce sixième et denier chapitre, il est opportun d'esquisser quelques issues de sortie en guise de recommandation.

    VI- RECOMANDATIONS

    Ainsi, en reconnaissant la toute puissance de l'appareil répressif de l'Etat, face aux opportunités que ce marché offre, certaines rumeurs font état de ce que son silence sur la question est un acte non innocent, peut être complice. A ce point de vue, on est tenté de croire à une légitimation officieusement rangée manifestée sur le terrain par de nombreux faits à savoir que l'Etat lui-même organise et suit les structures de la prostitution. A ceci s'ajoute la reconnaissance ou l'acceptation, du moins la tolérance des sites de pratiques tout en relevant au plan zéro la législation du Code Pénal et le code de pudeur à ce sujet. A l'issu de toutes nos nombreuses préoccupations, ayant jeté un regard sur l'impact de ce marché de la honte qui tant bien que mal crée diverses formes de « capital », en dernier ressort, comme recommandation première -et de l'avis de nos personnes ressources162(*)-, estimant que les pouvoirs publics ne portent pas autant d'attention sur tout les problèmes sociaux, que de même qu'on réfléchi au quotidien sur le grand banditisme, sur le « ben skin »163(*) sur la corruption, la gouvernance publique..., il faut aussi intégrer les réflexions sur ces phénomènes du poteau de la jeune fille et des activités économiques spontanées en général. Ceci permettra peut être à travers des forum d'oser statuer par exemple sur l'applicabilité et les moyens (forces et faiblesses) de cette loi 343 du Code pénal tant il est difficile d'apprécier les faits, réitèrent les procureurs Atangana et Kamdem164(*). Dans la suite de la perspective et de la recommandation, il doit être question de réfléchir sur le vent ou les débats qui recherchent à corps et à cri la professionnalisation et la reconnaissance de cette pratique. Déjà dans ce travail, un examen dans ce chapitre nous a permis de voir et de cibler les enjeux de la légitimation d'une telle pratique avant de penser à la mise sur pied d'une quelconque Brigade des moeurs et d'un code de l'éthique afin de prôner la réelle construction du capital social loin des déviations sociales. Profondément encastré dans le social, tout en encourageant la création du capital social, il faut un équilibre réel entre tout les acteurs en relations afin d'éviter les situations de compromission et de condescendance relative. En clair créer les relations sociales par tous les moyens et même par l'utilisation de sa dignité et de son sexe mis sur étalage est foncièrement réprimé, occasion de dire non à la marchandisation des rapports humains mettant en jeu ce double mécanisme les trajectoires de l'accumulation du profit et de l'accumulation du lien social. L'Etat pourra rétablir ces équilibres sociaux dans les zones rurales et les zones urbaines en limitant l'exode rural et le boom démographique urbain à travers les priorités éducatives et surtout à l'endroit des jeunes et des femmes. Tout ceci passe par la viabilisation des programmes des médias qui doivent éviter le matraquage médiatique, re-concevoir les programmes en intégrant les dimensions beaucoup plus sociales et critiques parfois aussi tournés vers l'éducation des masses vulnérables.

    A cet instant où une difficulté est notée sur l'éradication de ce commerce honteux, n'est-il pas grand temps de refonder notre disposition politique face à la prostitution sur une éthique sociale soucieuse de freiner plutôt que d'encourager l'expansion de cette pratique ; penser sur le plan local d'abord (incluant les effets de l'exode rural), puis régional (contrôlant les entrées et la perméabilité des frontières nationales) et enfin international (la signature des conventions de protection et de sensibilisation)? La nouvelle approche proposée par le courant néo-abolitionniste est fondée non plus sur la condamnation morale ou la répression des personnes prostituées, mais sur le principe selon lequel "le corps humain est inaliénable" et sur les dispositions 343 et 297 du Code Pénal. Il ne s'agit pas d'une position moralisatrice qui viserait à établir, encore une fois, une distinction entre le bien et le mal en matière de sexualité mais d'une stratégie éducative liée sur la reconversion. Dans ce domaine complexe qui touche à la sexualité, souligne Wassyla Tamzali, il faut simplement préciser les limites et déterminer ce qui est possible et ce qui ne l'est pas, préciser ce qui met en péril l'espèce humaine, un peu comme on tente de le faire à présent dans le domaine médical, par le biais de la création de comités d'éthique en vue d'établir les limites de la recherche scientifique concernant le clonage humain165(*). En d'autres termes, il convient d'affirmer clairement que " le corps humain n'est pas une marchandise " et de refuser sa " mise en marché ", de la même façon qu'on refuse aujourd'hui le commerce du sang ou des organes humains, ainsi que le commerce d'esclaves noirs. A cet instant il est opportun de grouper ces idées de recommandations de façons plus explicites afin qu'à cette issue les décideurs et les hommes politiques y trouvent à court terme et tout le temps matière d'oeuvre pour l'action. Ainsi,

    ü Il faut intégrer les réflexions sur ces phénomènes du poteau de la jeune fille et des activités économiques spontanées en général.

    ü Organiser des forums pour statuer par exemple sur l'applicabilité et les moyens (forces et faiblesses) de cette loi 343 du Code pénal et sur toutes les lois liées aux diverses déviances sociales.

    ü Appliquer sans état âme la loi en vigueur sur la prostitution, sur le proxénétisme

    ü Organiser des réflexions moralisantes sur le vent ou les débats qui recherchent à corps et à cri la professionnalisation de la prostitution et sur les enjeux de la reconnaissance de cette pratique.

    ü Mettre sur pied une Brigade des moeurs et un code de l'éthique afin de prôner la réelle construction du capital social loin des déviations sociales.

    ü Il faut prôner un équilibre réel entre tout les acteurs en relations afin d'éviter les situations de compromission et de condescendance relative dans tout les secteurs d'activités.

    ü Rétablir ces équilibres sociaux entre les zones rurales et les zones urbaines seuls facteurs de limitation de l'exode rural et du boom démographique urbain.

    ü Cibler les jeunes, les femmes et les ruraux comme les priorités éducatives.

    ü Viabiliser les programmes des médias qui doivent pour éviter le matraquage médiatique et les déviances.

    ü Re-concevoir les programmes en intégrant les dimensions beaucoup plus sociales et critiques parfois aussi tournés vers l'éducation des masses vulnérables.

    ü Refonder notre disposition politique face à la prostitution sur une éthique sociale soucieuse de freiner.

    ü Réfléchir sur les effets de l'exode rural, puis sur les entrées et la perméabilité des frontières nationales et enfin réfléchir sur la signature des conventions de protection et de sensibilisation

    ü Penser à la création de comités d'éthique en vue d'établir les dangers de la dite perversité en affirmant clairement que " le corps humain n'est pas une marchandise "

    ü Renforcer les priorités économiques par le financement des autres secteurs loyaux, par l'encouragement des PME, des AGR, par l'éducation de proximité et la prise en compte de tous les acteurs impliqués ou la réorientation de même que la reconversion des jeunes garçons et filles vulnérables déjà impliqués.

    ü La société comme l'Etat doit briser le silence complice et se prononcer très ouvertement sur la question de prostitution et de proxénétisme.

    ü Agir en faveur de cette entité en tenant compte de leurs dimensions sociales à la fois coopératives (amour, entente), collectives, solidaires et concurrentes ou compétitives.

    CONCLUSION DE LA DEUXIEME PARTIE

    Intitulé élaboration des éléments empirico-contextuels et pratiques sur le terrain de l'étude, dans cette partie du travail, qui vient après avoir présenté les modélisations nécessaires du capital social ainsi que ses particularités en concordance avec le champ socioculturel local de activités économiques spontanées, cette partie de la recherche s'interroge sur les situations de mise en oeuvre du capital social chez les opératrices filles du poteau de la Elf à Douala. Occasion pour nous de bien passer en revue les données du terrain, c'est dans cette partie que nous avons eu l'occasion de présenter, de discuter et d'analyser les différents résultats obtenus sur le terrain sous le prisme et les regard théoriques préalables. L'interrogation phare était ici de comprendre la formation du collectif dans un cadre social de spontanéité et de profitabilité concurrentielle et ce qui prédisposé l'acteur urbain en même temps vers la pratique d'un tel commerce ou d'une telle activité et vers la construction du collectif  avant de voir comment s'opère le processus de construction ou de renforcement du lien social fait sous le soutènement de la création de capital social chez les prostituées de la Elf Douala. Nous avons en outre passer en revue les déterminants économiques et sociopolitiques des activités économiques spontanées et ceux de la montée du marche du poteau. Le quotidien des acteurs de la prostitution et la symbolique de la construction du lien social a constitué un volet important de cette partie. Enfin nous avons jeter un regard sur ce qui à notre avis semble s'imposer ; à savoir cette trajectoire partant de l'itinéraire d'accumulation ou de contingence vers la construction d'un corps de métier assortie des conséquences et des diverses implications de ce marché du sexe. Tout ceci vient se conclure par la fiche de recommandation ouverte aux politiques et aux décideurs.

    - CONCLUSION GENERALE -

    Dans le cadre de ce travail, ce qui nous a marqué le plus est la manière par laquelle les acteurs dans les périmètres urbanisés ont réagi, ont riposté ou se sont adapté face à la crise économique multidimensionnelle qui a frappé les villes et les campagnes. Ceci en usant de ce que Abdou a qualifié de «imagination créatrice» pour mettre sur pied des logiques et les stratégies de reconstitution du pouvoir économique et social qui ne cesse de se détériorer à travers les forces du circuit informel. Ce que cette recherche a qualifié d'activité économique spontanée. A ce rang, les opératrices du poteau comme celles de la Elf sont citées en exemple à côté des « bayam-sellams », des « call-boxeurs », des «ben-skineurs», des « sauveteurs », des « chargeurs», des «fabricants de meubles», des salons de coiffure, des salons de couture, des domestiques, des femmes de ménage qui sont quotidiennement marqués par formation ou la construction symbolique du collectif au sein de leur activité dite marginale. Ceci malgré la logique de profitabilité et de concurrence reconnue en matière de marché et en matière de commerce.

    Notre hypothèse générale étant que « La formation du collectif dans un cadre social de spontanéité et de profitabilité concurrentielle participe de la stratégie des acteurs tout en dénotant un climat de tension permanent qui se transforme aussitôt que le danger est appréhendé.», après vérification, elle a été rendue validé avec réserve. Cet examen nous a tout au moins permis de jeter un regard global vers « La formation du collectif et le processus de construction du lien social dans les activités économiques spontanées  à travers une approche sociologique.» pour entrer en profondeur dans une perspective de microsociologie ; dans l'intimité et les subjectivités des acteurs, des  opératrices du  poteau de Elf à Douala. Il est aussi noté que le choix de cet itinéraire par les acteurs fait remarquer malgré tout que c'est pour eux un vibrant manifeste face à une injustice sociale, à une inégalité économique et à une inégalité politique. Cette effervescence nocturne des filles contre la misère les amène à construire par leur ingénierie sociale une société marginale qui tente de lutter contre ce que d'aucuns ont qualifiés de négligence et d'abus. « Ces filles du Tiers-État naissent presque sans fortune, leur éducation est très vicieuse ou très négligé »166(*) et leurs itinéraires de survie sont comme «un cri de douleur et parfois de colère, poussé par les hommes et femmes qui sentent plus vivement le malaise, ce qui est davantage collectif »167(*). Demeurant ainsi dans cette logique de manque d'éducation, il s'en est suivi en amont une crise d'emploi, dans l'autre logique de sous emploi et d'emploi non reconnue.

    C'est dire donc qu'avec la crise économique et la dévaluation du franc CFA, les conditions de vie en campagne deviennent pénibles et celles de la gent féminine avec. Pour cette raison, plus jeunes et plus vulnérables, à la quête des opportunités de travail plus rémunérateur, les filles comme les garçons se dirigent massivement vers les noyaux urbains comme Douala et Yaoundé. Celles-ci se heurtent à de nombreuses difficultés qui, d'après les précédentes analyses, la société et l'Etat en particulier sont la base pour n'avoir pas considéré à temps la femme dans les rapports professionnels l'enfermant ainsi dans les travaux de maison, sans aucune formation ; limitant ainsi ses chances d'accès à l'emploi et concédant à l'homme seul le titre de détenteur du pouvoir. C'est à ce titre qu'on a noté que la jeune fille ainsi éduquée et socialisée, une fois présente en ville se voit exposée aux vicissitudes de la vie. Gagnée donc aujourd'hui par un sentiment de libération et d'émancipation, cette dernière se lance dans une collecte à tout prix et à tout les prix de quelques biens de subsistance : par le biais de la prostitution et du poteau168(*).

    Ainsi, à partir de notre objectif qui tentait de saisir le sens de la formation du collectif dans un cadre social de spontanéité et de profitabilité par les deux axes à savoir la genèse du phénomène et le quotidien des acteurs, et sur la base de trois sous hypothèses, un double constat a été fait.

    1- Comme les activités économiques spontanées, la prostitution malgré ce qui peut paraître a toujours existé ; d'ailleurs, elle est reconnue comme le plus vieux métier du monde. Mais ce fut une pratique qui s'inscrivait tout comme dans les logiques socioculturelles bien déterminées des sociétés anciennes et non dans les logiques commerciales et économiques comme elle paraît aujourd'hui chez les filles prostituées de la Elf. Jadis perçue comme un moyen de manifester son amour et de notifier son hospitalité, l'échange sexuel ne prévoyait rien en retour. C'était un acte de coeur. Cette vision d'hospitalité sexuelle à côté des conditions bien rudes de la vie a entraîné aujourd'hui dans notre société les individus à penser désormais à rentabiliser -et financièrement et socialement- tout « gestes sexuels »169(*). Elle ne se pratique plus comme une action de générosité tout simplement ou bien en retrait, plutôt elle se manifeste de manière plus en plus visible sur étalage public sans plus s'inscrire dans les symboliques sournoises du passé. A Douala comme à Yaoundé, ce marché est devenu un signe qui, bien qu'étant reconnu comme mauvaise pratique, il garantit pourtant une situation quelque peu décente. C'est enfin considéré comme itinéraire d'accumulation du capital, un manifeste réel du désir d'amélioration des conditions de vie et un moyen de sortir de la misère. Ce qui est le produit d'une assimilation et d'une répercussion du matraquage médiatique à travers la contagion sociale ou par effet mode. Cette autre activité économique spontanée s'apparente enfin comme une sorte de légitimation quotidienne de quelques travers sociaux et le rejet constant de l'ordre social préétabli170(*). C'est à ce titre qu'on a été tenté de penser que la situation de précarité dans laquelle est plongé le peuple camerounais a entamé un dysfonctionnement de toute la société car elle est indexée comme principale cause de l'inadéquation qui existe entre les demandes des acteurs sociaux et ce que la société leur propose. De ce point de vue, convaincu que la société, l'Etat et ses institutions politiques ne peuvent plus rien leur proposer, malgré les grands regards du public, et les discours publics, et à cause du vide que laissent le législateur et l'Etat camerounais, bien « d'opportunistes bienfaiteurs »171(*) se donnent des missions de créer des structures de récupération des couches de névralgiques. Ceux-ci à leur tour mettent en exergue le théorie de la formation du collectif à travers une identité de passage, en construction d'un itinéraire d'accumulation du capital social via le capital financier et humain. Ce qui met en exergue les nouveaux modèles de culture où les filles de la capitale économique semblent bien se retrouver et trouver leur compte. C'est en ce sens qu'il a été question dans ce travail des mutations et de changements dans les comportements économiques orientés vers une rationalisation ou une rentabilité calculée des gestes et services sexuels au fin d'espérer un avenir plus sérieux au sein des groupes bien construits.

    Au début de ce travail, quelques concepts ont été précisés dont les plus remarqués étaient activités économiques spontanées et formation ou construction du collectif. Orientés par la conjoncture, « les ethnométhodes » sont mises en jeu pour le maintien et la construction dite progressive d'une véritable identité de corps. Alors, nous avons au préalable délimité notre terrain d'étude puisqu'il s'est agit d'une recherche empirico-inductive dans la zone principale dite Elf axe lourd172(*), notre champ sémantique par la fameuse définition de concepts pour tenter de circonscrire et situer le phénomène étudié. Pour se faire, à côté de la grande hypothèse, en examinant les trois sous hypothèses à savoir :

    Hs1- La conjoncture en imposant un type d'activité, les politiques de formalisation et beaucoup plus celles de la répression imposent la construction du collectif  comme stratégie de lutte.

    Hs2- Le lien social dans les sphères économiques spontanées dites concurrentielles se construit, se fait et se défait en fonction des contextes et des situations.

    Hs3- La formation du collectif en construisant l'identité et la survie de l'activité exerce une influence culturelle sérieuse sur la société, une influence sur la politique socioéconomique, sur la santé et aussi sur la gestion des espaces urbains ; un autre constat a été fait.

    2- En situation de crise, malgré que les discours macro exhibent Douala comme l'eldorado économique, au quotidien des populations, les situations de non satisfaction des différents besoins élémentaires restent le lot permanent de tous. C'est aussi noté une crise sociale (famille, école), laquelle est conditionnée par la crise économique. Elle est davantage encouragée à Douala par les médias, Internet, la vidéo qui ont joué un rôle significatif dans la croissance et la montée en puissance de l'activité du poteau de la jeune fille, du commerce du sexe et à le rendre plus ouvert, encore plus remarquable comme pour tout dire « le crédibiliser »173(*). Ainsi, de nombreuses personnes soumises à la misère et ayant déjà quelques appétits aiguisés pour le sexe, se convertissent officiellement vers sa commercialisation dans un ferme engagement d'améliorer leur condition de vie préalablement jugée précaires.

    Se rapportant vers une sociologie économique et une sociologie du travail ou des organisations, dans la perspective de la sociologie des quotidiennetés, c'est en référence à la sociologie dynamiste et individualiste, notamment l'approche stratégique de Crozier pour la saisie des organisations sociales, l'approche de l'individualisme méthodologique de Boudon pour appréhender les logiques des comportements individuels des acteurs et l'approche dynamiste et critique que nous avons pu esquisser cette analyse. Mais la base séculière de cette recherche s'est reposée fondamentalement sur la théorie du capital social avec l'examen de ses différentes logiques et la mise en exergue de ses divers concepts (Putnam, Bourdieu et les autres). Elle a été faite par l'élaboration ou le traitement des faits plus et moins hétérogènes collectés grâce à des outils et des techniques variées à savoir

    § les entretiens individuels

    § les groupes de discussions suscités GDS

    § les entretiens informels motivés EIM

    § l'observation documentaire

    § l'observation directe

    Il ressort donc de notre analyse des faits que ; en plus de la formation du collectif comme stratégie de lutte contre les politiques de répression, le lien social contextuellement fluctuant dans les entités souterraines, et l'influence sérieuse qu'elle exerce sur les politiques socioéconomiques, on note des constructions symboliques des liens sociaux qui partent d'un itinéraire d'accumulation contingente vers une logique de normalisation contingente ou d'une reconnaissance du métier des filles du poteau. C'est à cet effet que la question à la base de laquelle s'est ficelée la problématique de ce travail était la suivante : Comment comprendre la formation du collectif dans un cadre social de spontanéité et de profitabilité concurrentielle ?

    Comprendre comment s'opère et se construit la logique d'échange du lien social entre ces opératrices de la Elf à Douala à travers la mise en exergue de quelques contradictions apparentes des notions de collectif dans les environnements marqués par les compétitions et les constructions des identités était la motivation de cette recherche. D'une manière plus laconique, il a été ainsi question de spécifier et de bâtir cette investigation sur nos deux axes de recherche prioritaire. Avec cette esquisse, nous avons également noté dans la perspective une double décrépitude réelle de la pudeur et des valeurs si chères à l'espèce humaine causée entre autre par une absence de dialogue, un manque ou une mauvaise éducation sexuelle, tout ceci à côté de la crise économique toujours considérée comme facteur ou effet générateur.

    A l'examen de cette mutation et de cette déliquescence de moeurs, comme ultime perspective, résumons tout par cette approche de Guy Rocher174(*) basée sur la réponse aux six interrogations fondamentales.

    Qu'est ce qui change ? Avec la récession économique, c'est le comportement face à la précarité des conditions de vie qui a changé. Le lien social et les logiques de solidarité se renforcent et se construisent dans les activités économiques spontanées et dans le commerce de la honte à cause de la non prise en compte des couches jeunes par les politiques dirigeantes. Ainsi, les règles de la pudeur sont sapées laissant transparaître une mentalité plus économique liée à une profitabilité à tout prix et à tous les coups mais aussi liée à cet envie de mobilisation d'un lien social partant d'un capital social réellement fort capable d'aider pour une vie plus décente et professionnelle.

    Comment s'opère ce changement ? Ce changement s'opère de manière continue, avec résistance aux pratiques légales, aux us et coutumes ménageant ainsi progressivement la mise sur pied de nouveaux modèles de culture. Car c'est comme si rien n'empêche l'émergence de ce marché du sexe plutôt, on remarque vivement la formation du collectif et la construction des solidarités comme pour les entités qui tiennent à résister dans le temps à partir des pratiques tout à fait particulier.

    Quel est le rythme ? Tandis que la crise économique revêt une dimension incontrôlable, la prolifération des activités économiques spontanées, la prestation des services sexuels et ses marchés ouverts du poteau évoluent au rythme et à la cadence de la démocratie qui, avec les notions de libertés créent les espaces diffus et incontrôlables aux acteurs sociaux. Aussi, tandis que dans ces milieux, l'implication et le contrôle de l'Etat est faible, la construction du collectif, la construction d'un tissu relationnel de riposte et la dynamique du changement de ce lien social est rapide et observable.

    Quels sont les facteurs évoquant ? Partant de la formation du collectif dans ces milieux, la jeune fille du poteau comme le jeune acteur de l'informel exploite les zone d'incertitude passe par les fissures et les travers de la mauvaise politique socioéconomique qui met par exemple à côté l'éducation sexuelle en famille et à l'école. Ces marges de manoeuvre et les stratégies qui construisent le collectif sont des moyens ou les logiques d'acteurs qui reflètent à leur tour l'image de la société tout entière laissant percevoir l'image ou la logique avec laquelle fonctionne notre pays.

    Quels sont les agents actifs du changement ? Face à ce système de précarité, beaucoup d'acteurs s'exposent pour la mobilisation du changement de leur condition mais les plus actifs sont les jeunes, les pauvres, les travailleurs ou acteurs des activités économiques spontanées, ce sont aussi nos personnes ressources qui, même sans le manifester sont disposées et ouvertes pour un changement quel qu'il soit surtout en ce sens qu'il améliorera le système sans bouleverser les acquis. Aussi, l'Etat, l'église, les intellectuels, la société civile... sont autant d'auteurs actifs qui peuvent sur le plan moral positif construire une bonne ligne du changement en tant qu'agent. Les médias malgré tous les chefs d'accusation y sont pour beaucoup dans la sensibilisation de cette couche vulnérable.

    Est-il possible de prévoir le coup des évènements ? Il est osé de prétendre prévoir l'avenir du poteau par cette étude embryonnaire. Les seules perspectives sont celles émises par nos enquêtés et surtout nos personnes ressources. Comme on l'a fait au Cameroun avec la caravane de tribunal et de presse, comme on l'a fait aussi en Côte-Ivoire ou en Afrique du Sud en légalisant quelques déviances sexuelles, la prostituée veut aussi se faire connaître et sortir de l'ombre pour protéger son activité. Mais d'un autre côté, la société civile et les familles ne voient pas cette situation d'un bon regard. C'est considéré comme une malédiction à combattre et une scène à cesser.

    Par ce questionnement, on remarque aux deux premières la description de la progression du changement tel que traitée dans la genèse du phénomène. De la troisième à la cinquième question, en concluant, nous avons évalué, explicité et passé en revue les changements, à travers les logiques du lien social, les symboliques de la formation du collectif et des solidarités.

    Enfin, ce travail achevé ici ne se constitue pas comme une fermeture, il est comme une fenêtre sur les recherches ou les réflexions prochaines. Il pourra être peut-être question de jeter un regard final, cette fois-là sur les problématiques de la mise sur pied d'une brigade des moeurs chargée du contrôle et du suivi quotidien des mutations comportementales dans la perspective d'envisager peut-être une sociologie des activités économiques spontanées. Le préalable étant le renforcement des priorités économiques, le financement des autres secteurs loyaux et productifs en encourageant les PME tout comme les AGR tout en mettant l'accent sur l'éducation ou l'orientation par la prise en compte sérieuse des laissés pour compte à l'exemple de Pamela175(*) tel qu'évoqué dans ce récit de vie :

    J'ai commencé cette histoire à l'âge de 14 ans juste pour voir si c'était bon comme on me racontait partout au quartier... au début, cela ne me disait vraiment rien et chaque fois que je faisais l'acte sexuel, peu de temps après je regrettais et je me sentais un genre. Mais dès que ma mère est morte en 2001 et mon père a perdu son boulot à la SITABAC, je ne pouvais plus aller à l'école...je me baladais et je m'occupais de mes soeurs mais je ne me laissais plus tromper par les gars. J'ai commencé à traiter carte sur table et j'étais tellement devenue fumante que lorsque les gens ne me cherchaient pas, moi-même je les cherchais ou bien je changeais tout simplement le quartier pour obtenir de nouvelles conquêtes et avoir des bons payeurs. Parfois j'étais même obligée de faire un voyage chez ma grand-mère à l'Ouest pour revenir new new ...

    Mais depuis que je pars à la ELF, je n'ai plus peur, je ne voyage plus trop comme ça, je peux voyager seulement en période morte ou bien quand le marché ne marche pas...comme vers le milieu du mois. Même si je voyage mes autres soeurs restent pour garantir ma place. D'ailleurs toutes les filles de la ELF ne s'amusent pas avec la place et la position de quelqu'un. Et maintenant il n'y a même plus de position pour les nouvelles parce que nous sommes très nombreuses et très serrées ; sauf si tu dois passer par derrière une ancienne qui est ta personne ou par un aubergiste ou par un boy sinon on va bien te déranger et te faire fuir et même te faire regretter. Nous avons les moyens et les méthodes pour traiter les nouvelles, pour rester vraiment avec nous, il faut avoir le coeur et savoir supporter... le coup c'est 1000f et 300f pour la chambre, mais tu peux aussi bien négocier avec ton client et si tu finis avec lui bien, il peut être fier et te lancer après, il peut même finalement devenir ton Asso. Il y a aussi les clients qui dérangent et nous on a les méthodes ; on a les rafles du 8ième qu'il faut négocier, ce sont nos gens. Par contre nous avons des tactiques pour les jongler... L'autre problème c'est quand le marché est dur, on discute les clients, et une collègue vient vous couper les pieds, arracher le client, comme ça moi je ne tolère pas les choses comme ça, on va bagarrer avant que les vigiles vont nous sanctionner... malgré cela, on s'entend très bien quand quelqu'un veut nous faire chier ; avec les policiers, on essaye toujours de bien causer... C'est vrai, nous souffrons mais c'est better, d'ailleurs ce sont nos corps et ça ne dérange personne, nous on utilise toujours les condoms... ; Moi je ne demande pas à manger chez quelqu'un, en journée je suis gentille fille comme tout le monde, je paye mes choses sans discuter parce que j'ai mes moyens ; et je m'en fous de tous ceux qui s'occupent de moi car moi je n'ai pas leur temps.

    Enfin, l'on ne saurait dans la compréhension de ces milieux de la prostitution et des activités économiques spontanées se réduire à priori à la seule dimension économique et au gain financier ; c'est certes établi mais «d'autres vertus comme support de communication et ressort de la construction du lien social» sont en vue et sont à revisiter. C'est en ce sens qu'on conclu avec le professeur Kamdem en disant qu'en plus des concepts de calcul économique, de calcul d'intérêt financier dans les sociétés africaines...le rapport demeure fortement par le collectif et l'ampleur du lien social interpersonnel. (2001 :770) à côté des nombreuses particularités et singularités à prendre sérieusement en compte car ici on tente de tout utiliser pour créer, consolider la relation avec l'autre. 

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    DICTIONNAIRES

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    FERREOL (G), 1995, Dictionnaire de sociologie, Paris, PUF.

    LOI

    C Loi N° 67/LF19 du 12/06/61 par SE. A. AHIDJO.

    C Loi N° 90/053 du 19/12/90 par SE. Paul BIYA.

    C Loi N° 99/014 du 22/12/99 sur les ONG.

    C Article 344 (Ordonnance n°7-16 du 28 septembre 1972) -sur la corruption de la jeunesse.

    C Article 294 (Ordonnance n°7-16 du 28 septembre 1972) -sur le proxénétisme.

    C Article 344 (Ordonnance n°7-16 du 28 septembre 1972) -sur la prostitution.

    C Le Nouveau Code de Procédure Civile.

    RAPPORT, JOURNAUX ET AUTRES

    C Cameroon tribune (CT) N°5207 du jeudi 03/09/92: Décret N° 92/186 du 1/9/92.

    C Cameroon tribune (CT) N°5230 du mardi 06/10/92:Décret N° 92/207 du 5/10/92.

    C La Nouvelle Expression N° 1837 du 27/10/06, P.05 « les chiffres qui font peur »

    C Le Combattant N°1014 du 5 au 31 janvier 2007, P. 03

    C Le Popoli N°489 du lundi 26 février 2007, PP.6-7

    C ECAM II, 2006, conditions de vie des populations et profil de la pauvreté au Cameroun en 2001, MINEFI

    - ANNEXES -

    ANNEXE1- Guide ou protocole d'entretien adressé aux opératrices et proxénètes

    Je m'appelle Guebou Tadjuidje François, étudiant en DEA de Sociologie à l'Université de Douala. Je mène une recherche sur La formation du collectif et le processus de construction du lien social dans les activités économiques spontanées : Une approche sociologique des  opératrices du « poteau de ELF » à Douala. Cet entretien m'aidera à construire mon analyse pour la réalisation de mon mémoire. Votre contribution me sera d'une importance stratégique pour l'issue de ce travail, déjà soyez rassuré du traitement confidentiel des informations.

    Identification : age...

    Genèse du phénomène :

    1- quels sont les facteurs des activités économiques spontanées ?

    2- quelles sont les raisons de la montée du marché ouvert du sexe et en quoi consiste t-elle ?

    3- depuis quand l'exercez-vous et aviez-vous le choix ailleurs ?

    4- quelles sont les motivations pour lesquelles vous venez au poteau de la Elf ?

    5- constitution de quelques biographies : pouvez vous nous parler de vous et de votre passé ? (récits de vie : origine, statut social, conditions de vie antérieures et actuelles, charges et projets futures...)

    Stratégie d'action au quotidien :

    6- pouvez vous nous décrire une soirée de travail ?

    7- pourquoi avoir choisi la Elf plutôt qu'ailleurs ?

    8- comment faites vous pour avoir beaucoup de clients ?

    9- quelles sont les catégories de vos clients les plus réguliers ?

    10- où, comment et sur quelles bases se négocient et se fixent les prix ?

    11- votre recette moyenne en une nuit 

    Rapports et logique de construction du lien social :

    12- Comment reconnaître une fille de la Elf ? (portrait en service et en dehors)

    13- pouvez vous nous parler de la solidarité et des rapports avec vos collègues ?

    14- en quelles circonstances peut-il avoir division entre vous ?

    15- pouvez vous nous parler de la solidarité et des rapports avec les tiers (clients, polices, femmes mariés...)

    16- quelles sont vos relations entre une fille de la Elf  et la loi, et la magie, et la religion ?

    17- adhérez vous à une association ou à un groupe à la ELF ?

    18- Selon vous est-il possible de faire quelque chose pour vous protéger ?

    ANNEXE2- Guide ou protocole d'entretien adressé aux personnes-ressources et informateurs

    Je m'appelle Guebou Tadjuidje François, étudiant en DEA de Sociologie à l'Université de Douala. Je mène une recherche sur La formation du collectif et le processus de construction du lien social dans les activités économiques spontanées : Une approche sociologique des  opératrices du « poteau de ELF » à Douala. Cet entretien m'aidera à construire mon analyse pour la réalisation de mon mémoire. Votre contribution me sera d'une importance stratégique pour l'issue de ce travail, déjà soyez rassuré du traitement confidentiel des informations.

    Identification : age, service, contact ...

    Genèse du phénomène :

    1- quels sont les facteurs des activités économiques spontanées ?

    2- quelles sont les raisons de la montée du marché ouvert du sexe et en quoi consiste t-elle ?

    3- depuis quand entendez-vous parler de cet activité de la Elf ?

    4- quelles sont les motivations pour lesquelles un tiers peut être amené vers le poteau de la Elf ?

    5- pouvez vous faire une lecture de la situation de la femme ?

    Stratégie d'action au quotidien et logique de construction du lien social :

    6- pouvez vous faire une lecture de l'environnement du poteau ?

    7- quelle perception ou représentation faites vous de cette activité  de prostitution?

    8- Comment reconnaître une fille de la Elf ? (portrait en service et en dehors)

    9- pouvez vous nous parler de la solidarité et des rapports dans ce milieu (clients, polices, femmes mariés...) ?

    10- entretenez vous des relations particulières avec ces milieux de poteau ou avec une quelconque prostituée ?

    11- Selon vous est-il possible de faire quelque chose pour protéger  ou améliorer ce milieu ?

    12- Que pensez vous de la fin du marché du poteau? (influence sociale)

    13- Divers et autres contributions

    ANNEXE 3- Guide ou protocole d'entretien adressé aux clients

    Je m'appelle Guebou Tadjuidje François, étudiant en DEA de Sociologie à l'Université de Douala. Je mène une recherche sur La formation du collectif et le processus de construction du lien social dans les activités économiques spontanées : Une approche sociologique des  opératrices du « poteau de ELF » à Douala. Cet entretien m'aidera à construire mon analyse pour la réalisation de mon mémoire. Votre contribution me sera d'une importance stratégique pour l'issue de ce travail, déjà soyez rassuré du traitement confidentiel des informations.

    Identification : age...

    Genèse du phénomène :

    1- quels sont les facteurs des activités économiques spontanées ?

    2- quelles sont les raisons de la montée du marché ouvert du sexe et en quoi consiste t-elle ?

    3- depuis quand l'exercez-vous et aviez-vous le choix de d'autre activité ?

    4- quelles sont les motivations pour lesquelles vous venez au poteau de la Elf ?

    5- constitution de quelques biographies : pouvez vous nous parler de vous et de votre passé ? (récits de vie : origine, statut social, conditions de vie antérieures et actuelles, charges et projets futures...)

    Stratégie d'action au quotidien :

    6- pouvez vous nous décrire une soirée de à la Elf ?

    7- pourquoi avoir choisi la Elf plutôt qu'ailleurs ?

    8- comment faites vous pour racoler la fille d'un soir ?

    9- quelles sont les catégories de vos clients les plus réguliers ?

    10- où, comment et sur quelle base se négocie et se fixe les prix des passes ?

    11- y a il une solidarité entre vous les clients ?

    Rapports et logique de construction du lien social

    12- Comment reconnaître une fille de la Elf ? (portrait en service et en dehors)

    13- pouvez vous nous parler des relations que ces filles entretiennent entre elles ?

    14- pouvez vous nous parler de vos relations avec ces filles ?

    15- avez-vous déjà été victime ou témoin d'une altercation ? (client-client, client-prostituée, prostituée-prostituée, prostituée-police...)

    16- pouvez vous nous parler de la solidarité et des rapports avec les tiers (clients, polices, femmes mariés...)

    17- les filles de la Elf sont elles solidaires ?

    18- Selon vous est-il possible de faire quelque chose pour protéger  ou améliorer ce milieu ?

    19- Que pensez vous de la fin du marché du poteau? (influence sociale)

    20- Divers et autres contributions

    Noms et prénoms

    Age

    Sexe

    Canal

    Statut

    social

    Date, heure et lieu de la 1ère rencontre

    Contact

    Mme TAR

    Pascaline

    38

    F

    Note

    MINPROFF

    13 et 14 juillet 06 à 12H Au bureau

    - //- - //-

    Mme MUETEND Sidonie

    33

    F

    Note

    Agent MINAS

    08juin 06 à 12H

    Au bureau

    23000870

    Mme MOUTHE Florence

    51

    F

    Note

    S.G. MINAS

    28 février 07 à 12H

    Au bureau

    - //- - //-

    M. KAMDEM

    50

    M

    Note

    Magistrat, Procureur

    01Nov 06 à 11H

    Au bureau

    77828872

    M. ZOGO

    38

    M

    Note

    Officier

    de police

    02Déc.06 12 et 23H

    Au poste

    99396246

    M. NGONGANG Thierry

    35+

    M

    Note

    Homme de média

    13 et 14 juillet 06 Au bureau

    - //- - //-

    - //- - //-

    45

    M

    Note

    A la Elf chef de COVES

    05Déc 06 05H en poste à la Elf

    - //- - //-

    SA Majesté NAMA Jean-Marie

    60+

    M

    Note

    Chef de quartier NewTownIII

    20fév.06 17H

    A la chefferie

    99515074

    Mme DINDO

    35

    F

    Note

    Secrétaire comptable

    16Avril07 13H

    A la Elf

    77314237

    M. EHAWA Sylvain

    35

    M

    Note

    Inspecteur des impôts

    17juin 07 13H

    A la Elf

    75O37238

    ANNEXE 4- Liste de quelques personnes-ressources rencontrées

    ANNEXE5- Liste de quelques enquêtés ayant décliné leur identités

    Prénoms

    Age

    Sexe

    Canal

    Statut social

    Date, heure et lieu de la 1ère rencontre

    Contact

    ALINE

    25

    F

    Direct

    Etudiante

    02/2/07 -22h- Elf

    Confidence

    PAMELA

    21

    F

    Direct

    Coiffeuse

    19/05/07 -01h- Elf

    Confidence

    ERMIONE

    29

    F

    Direct

    Call boxeuse

    12/12/06 -18h30-Elf

    Confidence

    ODILIA

    17

    F

    Direct

    Vendeuse

    17/11/06 -02h- Elf

    Confidence

    SINGUILA

    18

    F

    Direct

    Rien

    19/05/07 -01h- Elf

    Confidence

    MADOUCE

    20

    F

    Direct

    Rien

    16/10/06 -05h- Elf

    Discrétion

    MARTINE

    28

    F

    Direct

    Call boxeuse

    02/2/07 -01h- Elf

    Discrétion

    YAYA

    22

    M

    Direct

    Sauveteur

    19/05/07 -22h- Elf

    Discrétion

    WAREMANN

    30

    M

    Direct

    Benskineur

    12/12/06 -05h- Elf

    Confidence

    JACKSON T.

    27

    M

    Direct

    Chômeur

    17/11/06 -22h- Elf

    Confidence

    BOBY

    32

    M

    Direct

    Débrouillard

    19/05/07 -22h- Elf

    Discrétion

    JUSTO

    27

    M

    Direct

    Vigile

    19/09/06 -04h- Elf

    Discrétion

    SONA

    24

    M

    Direct

    Vigile

    12/12/06 -18h- Elf

    Confidence

    BOBO

    40

    M

    Direct

    Boutiquier

    17/11/06 -22h- Elf

    Confidence

    GUYSO

    45

    M

    Direct

    -//-//-

    12/ 02/06-22h- Elf

    Confidence

    ANNEXE 6- Carte du Littoral & localisation de la zone d'étude (municipalité)

    = Foyer de vulnérabilité

    Source : DOUALA ZOOM 2000-2001 et adaptation personnelle du chercheur

    - TABLE DES MATIERES -

    Dédicace .......................................................................I

    Remerciements ......................................................................II

    Sommaire .....................................................................III

    Liste des abréviations, sigles et acronymes........................................... IV

    Liste des illustrations (tableaux et cartes)................................................V

    Listes annexes .......................................................................VI

    Résumé ..............................................................................VII

    Abstract ..............................................................................VIII

    EPIGRAPHE .........................................................................1

    INTRODUCTION GENERALE.........................................................2

    FICHE TECHNIQUE........................................................................8

    -PREMIERE PARTIE-

    CADRE THEORIQUE ET METHODOLOGIE DE L'ETUDE............... 9 Introduction de la première partie................................................10

    -CHAPITRE I- REVUE DE LA LITTERATURE ET SPECIFICATION

    DE LA PROBLEMATIQUE DE LA RECHERCHE.............................. 11

    I- Revue de la littérature ................................................................12

    A- cadre général d'appréciation de la situation socio-économique

    du Cameroun... ............................................................................12

    B- définitions des concepts ..............................................................14

    1-activites économiques spontanées  ...................................................14

    2- constructions du collectif ou mobilisation

    du capital comme stratégies de riposte................................................ .15

    3- « Elf axe lourd »..................................................................... .15

    4- le poteau .........................................................................................16

    5- le lien social ............................................................................16

    6- le concept de capital social ..........................................................17

    C- revue de la littérature .................................................................17

    1-le point des travaux sur la construction du lien social en milieu

    spontanée ...................................................................................17

    2- le point des travaux sociologiques sur la prostitution

    et sur les activités économiques spontanées ...................................................22

    L'évolution de la prostitution  ...........................................................22

    a- préhistoire et antiquité : de l'hospitalité sexuelle

    vers une malédiction à combattre .......................................................22

    i- de l'hospitalité sexuelle ................................................................22 ii-le début du moyen age occidental : vers une malédiction a combattre .........23

    iii- activité prostitutionnelle en France: vers l'essor de nos villes ................25

    b- le point des travaux sociologiques et état des

    connaissances contextuels sur la prostitution et sur les activités

    économiques spontanées .................................................................27

    II- problématique..........................................................................30

    A- constat et problème contextuel de la recherche....................................30

    B- question de recherche ................................................................32

    C- corps de l'hypothèse ..................................................................33

    D- OGR- objectif général de recherche................................................ 35

    -CHAPITRE II- CADRE THEORIQUE DE L'ETUDE ........................36

    I- modèles théoriques de la recherche.................................................. 37

    A- champs théoriques possibles......................................................... 38

    B- champs théoriques complémentaires ...............................................38

    1- approche stratégique de Crozier .....................................................38

    2-approche de l'individualisme méthodologique ............. .......................40

    3- approche dynamiste et critique ........................................................41

    C- approche du capital social : les bases théoriques................................. 44

    1- contexte de naissance du concept de capital social

    et d'émergence de la théorie .............................................................44

    2- mobilisation de quelques auteurs pionniers

    théoriciens du capital social. ............................................................47

    a- Bourdieu, Coleman et Putnam. .......................................................47

    i- les bases théoriques de Bourdieu, de Coleman et de Putnam.................... 48

    ii- quotidiennement, qu'est-ce que le capital social ?en quoi diffère-il

    du capital humain et de la capacité sociale ?...................................................... 50

    3- quelques champs d'applicabilité..................................................... 52

    a- le capital social et le rendement économique ......................................52

    b- la théorie du capital social : une nécessaire

    application au champs de l'éducation. .................................................55

    4-la théorisation du capital social et ses limites possibles dans

    l'analyse ....................................................................................57

    a- discours critique autour de la conceptualisation du capital social .............57

    b- répliques aux critiques élaborées par Putnam .....................................60

    c- spécifications du capital social perçu par Robert Putnam .......................67

    a- les trois dimensions du capital social ..............................................68

    i- la dimension structurelle.............................................................. 68

    ii- la dimension relationnelle ............................................................ 69

    iii- la dimension cognitive ..............................................................70

    b- insertion et mise en contexte théorique ; les particularités du capital

    social en contexte local : une analyse des AES par un regard sur

    les opératrices du poteau de la Elf ......................................................71

    CHAPITRE III PRESENTATION ET JUSTIFICATION DU CHOIX

    DE LA METHODOLOGIE DE L'ETUDE ........................................74

    I- méthode et technique ..................................................................75

    A- délimitation du champ social de l'étude ............................................76

    B- choix et délimitation du terrain .......................................................76

    C- population cible, techniques d'échantillonnage

    et constitution de l'échantillon ......................................................... 76

    1- population cible, techniques d'échantillonnage.................................... 76

    2- nature et constitution de l'échantillon ...............................................77

    II- techniques de collecte des données ..................................................78

    A- observation directe ...................................................................78

    1 - observation directe non structurée  ................................................78

    2 - observation directe structurée .......................................................79

    B- observation documentaire ...........................................................79

    C- les entretiens informels motives (EIM) ............................................81

    1- les entretiens individuels. .............................................................81

    2- les groupes de discussions suscitées (GDS) ........................................82

    III- techniques de traitement des données. ............................................82

    IV- limites et difficultés de l'étude..................................................... 83

    Conclusion de la première partie ................................................84

    -DEUXUEME PARTIE-

    ELABORATION DES ELEMENTS EMPIRICO-CONTEXTUELS

    ET PRATIQUES SUR LE TERRAIN DE L'ETUDE ...........................86

    Introduction de la deuxième partie ...............................................87

    -CHAPITRE IV- DES DETERMINANTS ECONOMIQUES ET

    SOCIOPOLITIQUES DES ACTIVITES ECONOMIQUES

    SPONTANEES A LA MONTEE DU MARCHE DU POTEAU ............88

    I- contexte socio-historique de l'avènement des activités

    économiques spontanées................................................................. 89

    A- environnement socio-économique et conjoncturel au

    Cameroun ...................................................................................89

    B- types et caractéristiques des activités économiques spontanées

    recensées sur le terrain ...................................................................92

    C- causes et genèse : itinéraire ou trajectoire socio-économique

    et culturel des acteurs du marche du poteau a Douala ................................94

    1- la crise économique et ses implications en milieu urbain........................ 94

    a- exode rural et boom démographique ................................................94

    b- déséquilibre d'accès à l'emploi des jeunes en milieu

    urbain au Cameroun..................................................................... 95

    II- les causes et les effets de la prostitution ou du marche

    du poteau .................................................................................. 98

    A- sur le plan socioculturel ..............................................................98

    B- les causes ou déterminants économiques et sociopolitiques .............101

    III- la précarité des conditions de vie des familles et les nouveaux

    modèles de culture .......................................................................103

    -CHAPITRE V- LE QUOTIDIEN DES ACTEURS DE LA

    PROSTITUTION ET LA SYMBOLIQUE DE LA CONSTRUCTION

    DU LIEN SOCIAL................................................................... 105

    I-la nouvelle configuration et le circuit adaptatif ou de socialisation ............ 106

    A-la prostitution à la Elf : disposition de l'activité au quotidien ................106

    .

    B- reconnaissance des opératrices et des robots de la Elf  ........................109

    II- environnement relationnel a la Elf ou les logiques de construction

    du lien social en milieu spontané ................................................... 111

    A- relation entre waka et waka ...................................................... 112

    1- de bons rapports ......................................................................112

    2- de rapports conflictuels ..............................................................113

    B- relation entre une waka et un étranger .........................................113

    1- une waka en société .................................................................113

    2- relation entre le poteau et la police............................................... 114

    III- la fille du poteau et le processus de construction

    du lien social en contexte de marche spontanée...................................... 115

    A- visage identitaire et altruiste...................................................... 115

    B- visage d'altérité ou antipathique................................................. 117

    IV- la dimension symbolique et dualiste du lien social en milieu spontanée :

    notion et modalité de son échange ...................................................119

    -CHAPITRE VI- DE L'ITINERAIRE D'ACCUMULATION

    OU DE CONTINGENCE VERS LA CONSTRUCTION D'UNCORPS

    DE METIER : CONSEQUENCES ET DIVERSES IMPLICATIONS. ...123

    I- le poteau de la jeune fille urbaine : une construction du capital

    humain mais un vrai problème de société  ..................................................124

    II- de l'itinéraire contingente d'accumulation vers les vulnérabilités

    ou les risques maladie et les dommages sanitaires ............................................126

    III- la prostitution est-elle " réformable "? ...................................................................130

    IV- vers une normalisation et une reconnaissance du métier de fille du poteau ........134

    V- la dimension éthique d'une reconnaissance du métier de fille du poteau......... ...134

    VI- recommandations ....................................................................138

    Conclusion de la deuxième partie.................................................... 142

    CONCLUSION GENERALE..........................................................................148

    BIBLIOGRAPHIE .............................................................................151

    ANNEXES .....................................................................................169

    Guide ou protocole d'entretien adressé aux opératrices et proxénètes .............170

    Guide ou protocole d'entretien adressé aux personnes-ressources et informateurs.....171

    Guide ou protocole d'entretien adressé aux clients..........................................172

    Liste des personnes-ressources rencontrées...................................................173

    Liste de quelque enquêtés ayant décliné leur identités.......................................174

    Carte du Littoral & localisation de la zone d'étude (municipalité).......................175

    TABLE DES MATIERES ...............................................................176-182

    * 1 Camille EKOMO ENGOLO, 2006 :353, « Dynamiques sociales et conduites économiques, cas des tontines » in Revue Internationale des Sciences Humaines et Sociales, Vol.1, N°1.

    * 2 DOGAN cité par AFANE, 2004, p.49.

    * 3 A.TOURAINE, 1974, Paris, Seuil.

    * 4 SIMONE DE BEAUVOIR, op.cit

    * 5 Jean-Marc ELA, in Quand l'Etat pénètre en brousse, 1990, éd. KARTHALA.

    * 6 Se dit d'une situation d'aide ou de don sans aucune logique de contrôle et de suivi.

    * 7 Il est question en premier chef de la compression des travailleurs, de l'exode rural et de ses conséquences ; la prostitution, le grand banditisme, le chômage, le tabagisme, la consommation des stupéfiants et de la drogue...

    * 8DURKHEIM E cité par NGA NDONGO, in « L'Opinion camerounaise », tome 1 et 2, 1999, Thèse de doctorat d'Etat ès lettres et sciences humaines, Université de Paris X Nanterre, p.13.

    * 9 Lire SONGUE BEAT Paulette, 2003.

    * 10Aktouf Omar., Méthodologie des sciences sociales et approches qualitatives des organisations, 1987, Québec, éd.PUQ p.22.

    * 11 R. Nkakleu, 2005, p. 509

    * 12 R. Nkakleu, 2005, p. 509

    * 13 Nahapiet et Ghoshal, 1998, cité par R. Nkakleu, 2005, p. 509

    * 14 Voir fiche signalétique en annexe.

    * 15 A travers l'analyse documentaire de l'article de Mohamed El-Ouahed, in La Nouvelle République du vendredi 07 mai2004

    * 16 Ibidem

    * 17 Système en vigueur en France depuis 1946, date de fermeture officielle des maisons close.

    * 18 Mohamed El-Ouahed, op.cit

    * 19 Mohamed El-Ouahed, op.cit

    * 20 Voir le article 343-44 et 343-2 du Code Pénal sur la prostitution et le proxénétisme.

    * 21 Voir fiche signalétique en annexe

    * 22 Ces lignes ont été écrites en 1950 par deux médecins français, Jean Mathieu et P. Maury, se sont vu confier une étude sur le quartier « réservé de Bousbir à Casablanca », ville close née de la volonté des autorités de regrouper dans des ruelles faciles à surveiller un certain nombre de prostituées « pour des raisons d'hygiène, de contrôle et de sécurité » in Encyclopédie multimédia 2004.

    * 23 « Une politique agricole de crise en vue à partir du Moungo », 1989, Mémoire de sociologie, Université de Yaoundé, dirigé par M. Saïbou Nassourou.

    * 24 Cité par Claude Dubar, La crise des identités, interprétation d'une mutation, 2000, Paris, P.U.F.

    * 25 Les professionnelles du sexe in La Revue des Sciences de l'Education, 2000, Vol. XXVI, n°3, pp 651-672.

    * 26 In Ces petits métiers à Abidjan. « L'imagination au cours de la conjoncture », 1985, Paris, Ed. Karthala, p.261

    * 27 Kengne Fodouop, Les petits métiers dans la ville de Yaoundé, 2002, Yaoundé, Ed. Cle.

    * 28 In Journal of International Women's Studies, Vol.8,1, November 2006, «An Analysis of the Economic status of Women in Camaroun»PP.153-167

    * 29 Kamgaing Tadjudje Nicolas, « Les Tontines face à la banque à Bafoussam »1982, Mémoire de sociologie, Université de Yaoundé.

    * 30 Site ou terrain de notre étude.

    * 31 Songue Beat Paulette in Prostitution au Cameroun ; le cas de la ville de Yaoundé, 1986, Yaoundé, Ed. Cle.

    * 32 Capitale et siège des institutions politiques du Cameroun

    * 33 Professeur au département de sociologie de l'université de Lomé au Togo ; « population et développement : Etude sociologique de la basse prostitution, facteur de propagation du SIDA en Afrique subsahérienne » in Revue Camerounaise de Sociologie et Anthropologie dirigée par le Professeur Nga Ndongo Valentin, vol.2, n°1, juin 2005, pp 203- 232

    * 34 In Le deuxième sexe, 1969, TomeIII, Folio, Essai Gallimard, Paris,

    * 35 Op. Cit.

    * 36 Amely-James Koh Bela in La prostitution africaine en occident. Vente- Mensonges - Esclavage- Sexe- Drogues et crime, la face cachée de la prostitution des africaines en Europe, 2006, éd. CCINIA Communication, 152p.

    * 37 Circulation monétaire et construction du lien social en milieu africain : une modalité d'adaptation créative à la mondialisation, pp.755-772, in Revue Tiers Monde, t.XLII, n° 168, oct-déc 2001.

    * 38 Selon le rapport de l'institut national de la statistique, seul 10% sont formellement travailleurs contre 90 qui exercent dans le secteur informel in le quotidien la Nouvelle Expression n°1837du mardi 17 octobre 2006, p..5 : « Les chiffres qui font peur ».

    * 39 Différents types observés et pratiqués en Europe par les entremises des firmes de proxénétisme, des maisons de passes comme celle du Bois de Bologne en Belgique...

    * 40 GURVITCH G., in La vocation actuelle de la sociologie, Tome I, Vers la sociologie différentielle, 1963, Paris, PUF, 4ème édition, p.66.

    * 41 GRAWITH M., in Lexique en sciences sociales, 1990, Paris, Dalloz, p.779.

    * 42 Ghiglone et Matalon, in Les Enquêtes sociologiques. Théories et pratiques, Paris, Armand Colin, 1991, p.70.

    * 43 NGA H.E., cité par Guebou Tadjuidje Francois, in «Mouvements associatifs et amélioration des conditions de vie. Analyse du rôle des associations et tontines à Mélong (Moungo) », 2005, Mémoire de sociologie, Université de Yaoundé I. (non publié)

    * 44 ANSART P., in Les Sociologies contemporaines, Paris, Seuil 1990, p.11.

    * 45 CROZIER M. et FRIEDBERG E, in L'Acteur et le système, Paris, Seuil 1982, p.63.

    * 46 CROZIER M. et FRIEDBERG E, op.cit., p64-65.

    * 47 BALANDIER G., Sens et puissance; les dynamiques sociales, Paris, Nathan, 1971, p.11-12.

    * 48 BAJOIT G, Pour la sociologie relationnelle, Paris, PUF, 1992.

    * 49 BOUDON R., in La Logique du social, Hachette, 1979.

    * 50 BOUDON, Op.cit

    * 51 In « L'Opinion camerounaise », tome 1 et 2, 1999, p.300.Thèse de doctorat d'Etat ès lettres et sciences humaines, Université de Paris X Nanterre, p.16.

    * 52 ZIEGLER J., in Le pouvoir africain, paris, 1971, édition Seuil, p.22.

    * 53 In Pour la Sociologie, 1974, Paris, Seuil, p.88.

    * 54 Elaboré par Nicolas SIRVEN in Capital social et développement : concept, théories et éléments empiriques issus du milieu rural de Madagascar, Thèse de Doctorat en Sciences Economiques dirigée par Jean-Pierre LACHAUD et soutenue en 2004, à Université de Montesquieu, Bordeaux.

    * 55 Capital social et dynamiques de développement territorial : l'exemple de deux territoires ruraux français, in Economie des territoires et territoires de l'économie, n° 124-125 -2006/2-3.

    * 56Le capital social : Performance, équité et réciprocité sous la direction de Antoine  Bevort, Michel  Lallement, Éditions La Découverte, Paris, 2007

    * 57 Robert Putman, Bowling Alone : le déclin du capital social aux Etats-Unis,

    * 58 Pour compléter ces données sur ces trois théoriciens, une version en anglais du document à l'adresse : http://www.msd.govt.nz/documents/work-areas/strategic-social-policy/conference/2.11-paper.doc. a été consultée.

    * 59 D. Narayan, « Voices of the Poor: Poverty and Social Capital in Tanzania », dans ESSD Studies and Monographs Series, vol. 20, Banque mondiale, Washington, DC, 1997.

    * 60 K. Schafft et D. Brown, « Social capital and grassroots development: the case of Roma self-governance in Hungary », dans Social Problems (en voie de publication).

    61 J. Isham, « The effect of social capital on technology adoption: evidence from rural Tanzania », document présenté à la réunion annuelle de l'American Economic Association, New York, 1999.

    * 62 En effet, une des premières critiques formulées à l'égard de la littérature sur le capital social voulait que celui-ci ne réussisse pas à évaluer les formes et les conséquences de ces coûts. Pour les membres d'un culte, par exemple, la loyauté au groupe peut être si contraignante que les tentatives de défection entraînent la mort ; certains membres de communautés d'immigrants qui ont réussi auraient anglicisé leur nom pour se dégager des obligations d'appuyer les cohortes subséquentes. De façon plus onéreuse, les actes destructeurs de groupes haineux, de cartels de la drogue et d'organismes terroristes peuvent faire peser un lourd fardeau sur l'ensemble d'une société.

    * 63 Voir, par exemple, R. Gittell et A. Vidal, Community Organizing: Building Social Capital as a Development Strategy, Sage Publications, Newbury Park, CA, 1998 ; R. Sampson, J. Morenhoff, et F. Earls, « Beyond social capital: spatial dynamics of collective efficacy for children », dans American Sociological Review, vol. 64, no 5, 1999, p. 633-660.

    * 64 I. Kawachi, B. Kennedy et R. Glass, « Social capital and self-rated health: A contextual analysis », dans American Journal of Public Health, vol. 89, 1999, p. 1187-1193 ; I. Kawachi et L. Berkman, « Social cohesion, social capital and health », dans L. Berkman et I. Kawachi (dir.), Social Epidemiology, Oxford University Press, New York, 2000.

    * 65 R. Burt, « The network structure of social capital », dans R. Sutton et B. Shaw (dir.), Research in Organizational Behavior, JAI Press, Greenwich, CT, 2000 ; R. Fernandez, E. Castilla et P. Moore, « Social capital at work: networks and employment at a phone center », dans American Journal of Sociology, vol. 105, no 5, 2000, p. 1288-1356.

    * 66 S. Morgan et A. Sorensen, « Parental networks, social closure, and mathematical learning: a test of Coleman's social capital explanation of school effects », dans American Sociological Review, vol. 64, no 5, 1999, p. 661-681.

    * 67 Sur le capital social en tant qu'attribut comportemental des « individus », voir E. Glaeser, D. Laibson et B. Sacerdote, « The economic approach to social capital », NBER Working Paper No. 7728, Cambridge, MA, 2000. Pour un compte rendu de la littérature macro-économique concernant le capital social, voir Temple, J., « Growth effects of education and social capital in the OECD », Oxford University, 2000, polycopié.

    * 68 Michael Woolcock est membre du Groupe de recherche sur le développement de la Banque mondiale et de la John F. Kennedy School of Government de l'Université Harvard. Son article « Le rôle du Capital Social dans la compréhension des résultats sociaux et économique » s'inspire de Woolcock, M., Using Social Capital: Getting the Social Relations Right in the Theory and Practice of Economic Development, Princeton University Press, Princeton, NJ (en voie de publication), et de Woolcock, M., et Narayan, D., « Social capital: implications for development theory, research, and policy », dans World Bank Research Observer, vol. 15, no 2, 2000, p. 225-250.

    * 69 Le capital social perçu par Robert D. Putnam Publié dans L'Observateur de l'OCDE, N°242, Mars 2004-mai 2004, P14. 

    * 70 Publié en début 2004.

    * 71 Voir M. Foley et B. Edwards, « Is it time to disinvest in social capital? », dans Journal of Public Policy, vol. 19, 1999, p. 141-173.

    * 72 B. Fine, « Developmental state is dead? long live social capital? », dans Development and Change, vol. 30, 1999, p.1-19.

    * 73 Gittell et Vidal, op. cit.

    * 74 J.Fox, « How does civil society thicken? The political construction of social capital in rural Mexico», dans World Development, vol. 24, no 6, 1996, p. 1089-1103 ; P. Heller, « Social capital as a product of class mobilization and state intervention: industrial workers in Kerala, India », dans World Development, vol. 24, no 6, 1996, p. 1055-1071.

    * 75 A. Hirschman, Journeys toward Progress: Studies of Economic Policy-Making in Press, Greenwood Publishing Group, New York, 1968.

    * 76 Voir, par exemple, T. Besley et S. Coate, « Group lending, repayment incentives, and social collateral », dans Journal of Development Economics, vol. 46, 1995, p. 1-18 ; W. Davis, « Vanishing cultures », dans National Geographic, vol. 196, no 2, 1999, p. 62-89.

    * 77 D. Naryan, « Bonds and bridges: social capital and poverty », Policy Research Working Paper No. 2167, Banque mondiale, Washington, DC, 1999.

    * 78 Professeur d'administration publique titulaire de la chaire Peter and Isabel Malkin à la JFK School of Government de Harvard et auteur de l'important ouvrage Bowling Alone,

    * 79 Op cit.

    * 80 Les précisions qui suivent sont celles du Professeur titulaire d'administration publique Robert D. Putnam, lues dans Le capital social perçu par Robert D. Putnam Publié dans L'Observateur de l'OCDE, N°242, Mars 2004 - en mai 2004, P.14. 

    * 81 Il s'agit alors de liens entre des gens qui présentent des similitudes d'origine ethnique, d'âge, de classe sociale ou autres.

    * 82 Désigne des liens transversaux par rapport aux différentes directions des clivages sociaux.

    * 83 Voir bibliographie, ouvrages spécifiques, articles et revues.

    * 84 R. Nkakleu, 2005, p. 509

    * 85 Nahapiet et Ghoshal, 1998, cité par R. Nkakleu, 2005, p. 509

    * 86 BAJOIT (Guy), 1992, in Pour la sociologie relationnelle, Paris, PUF.

    * 87 D. Brown, « Creating social capital: nongovernmental development organizations and intersectoral problem solving », dans W. W. Powell et E. Clemens (dir.), Private Action and the Public Good, Yale University Press, New Haven, 1998.

    * 88 Se référer à l'annexe 6 pour mieux saisir schématiquement le terrain où s'insère notre étude

    * 89GHIGLONE et MATALON, in Les Enquêtes sociologiques. Théories et pratiques, Paris, Armand Colin, 1991, p.51.

    * 90 Ibidem, Op. Cit.

    * 91 GHIGLONE et MATALON, in Les Enquêtes sociologiques. Théories et pratiques, Paris, Armand Colin, 1991, p.11.

    * 92 NGA NDONGO, in « L'Opinion camerounaise », tome 1 et 2, 1999, p.300.Thèse de doctorat d'Etat ès lettres et sciences humaines, Université de Paris X Nanterre.

    * 93 DURAND (JP) et AL, 1994, Sociologie contemporaine, Paris, Vigot, Col « essentiel », p.307.

    * 94 GHIGLONE et MATALON, op.cit.p.301.

    * 95MUCHIELLI R., in L'Analyse de contenu des documents et des communications 1991, Paris, ESF, p.191.

    * 96 In « Les Médias au Cameroun (Mythes et délires d'une société en crise) », 1993, Paris, L'Harmattan, p.8.

    * 97 CHINDJI-KOULEU, in Mes premiers pas dans la recherche, Yaoundé, Saagraph, 2001.

    * 98 In Lexique des sciences sociales, 1990, Paris, Dalloz, p.693.

    * 99 QUIVY R. et VAN CAMPENHOUDT L., in Manuel de recherche en Sciences Sociales, 1995 Paris, Dunod.

    * 100 G.BACHELARD in L'intuition de l'instant, 1932, p.5.

    * 101 Lire les documents de INS 2005 sur le pourcentage des chômeurs et des sous-employés.

    * 102 Dans les deux villes principales du Cameroun, capitale politique et économique, c'est un marché ou secteur qui en se distinguant par son type d'activité marginal, manifeste le rejet de l'ordre, de l'autorité et de tout ce qui est formel au point de s'expatrier et refuser son appartenance aux registres classiques de la vie du pays, s'identifiant ainsi enfin vis-à-vis de la loi comme des acteurs laissés pour compte, à devenir flou devant nécessairement plonger dans la vulnérabilité et le risque solidaire de bien de secteurs concurrentiels ; créant ainsi son propre règne et ses lois dans des territoires tampons dit glissant mais fertiles à côté des marchés d'activités dit loyaux. A Akwa ou à la ELF à Douala, à Mini-ferme ou à l'hôtel de ville à Yaoundé, ces opératrices du poteau sont connues sous diverses appellations à savoir : filles de secours, filles du poteau, filles de l'hôtel de ville, filles de la rue de la joie...

    * 103 La table du paysan est pauvre mais le lit est fécond

    * 104 PAS ; Programme d'Ajustement Structurel

    * 105 KENGNE FODOUOP, op. cit.

    * 106 J.M ELA, op. cit, p126.

    * 107 Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti qui est d'environ 23 500 francs Cfa

    * 108 Selon le MINPAT, INS, 2003 et SECOD 2005, La ville de Douala seule compte 2 067 189 habitants contre 2 704 131 pour toute la province du Littoral, soit une différence de 637 022 habitants reparti dans les périphériques et village de la province

    * 109 DPNP, mars 1993, p.01

    * 110 Selon la DPNP, elle baisse de 2,8% en 1986 et de 8,6 entre les années 1987 et 1988

    * 111 Voir, lire le VIè plan quinquennal

    * 112 In A.SOCPA, op.cit

    * 113 S.BEAUVOIR, op.cit.

    * 114 EMOUZOUA, op.cit, p 227 

    * 115 Notre enquête sur le terrain et plus précisément auprès de nos personnes ressources en la journée du 12 décembre 2006 et du 14 février 2007.

    * 116 Voir dans revue de la littérature, la partie, Préhistoire et antiquité : de l'hospitalité sexuelle vers une malédiction a combattre

    * 117 Une de nos personnes ressource en service au MINAS du Littoral, Bonanjo.

    * 118 Op.sit

    * 119 In l'hebdomadaire Le Combattant, N°1014du 25 au 31 janvier 2007, p.3 sur la prostitution.

    * 120 Op.cit.

    * 121 L'une des opératrices du poteau de la Elf, elle est censeur du groupe de tontine bihebdomadaire dénommée « Sans soucis ».

    * 122 Propos James Amely KOBELA sur un plateau d'émission de télévision (STV) présentée par Thierry NGONGANG avec le pasteur Blaise KENMEGNE du CIPCRE.

    * 123 L'une des opératrices du poteau de la Elf, gérante de call box en journée

    * 124 Une de nos personnes-ressources, elle est secrétaire de bureau au service central du MINAS, Dél. Prov. du Littoral

    * 125 MADOUCE est âgée d'à peine vingt ans et elle a accepté de nous recevoir à la Elf et de nous donner sa parole mais à coût d'argent ce jour dit t-elle où le marché ne passe pas.

    * 126 Une enquêtée parmi les plus disposées à nous répondre

    * 127 Appellation localement utilisée, identifiant de manière codifiée la jeune prostituée qui se cherche à la Elf.

    * 128 SINGUILA, actrice

    * 129 BAJOIT (Guy), 1992, in Pour la sociologie relationnelle, Paris, PUF.

    * 130 Op. cit.

    * 131 PAMELA, op. cit.

    * 132 Groupe informel formé à la Elf par de longs bras en vue de venir en aide aux WAKA en cas de différents et de litiges, les membres sont recrutés entre les BOYS et les NANGAS-BOKO

    * 133 Cette appellation est destinée aux jeunes garçons qui accordent leurs services de protecteur aux WAKA

    * 134 Cette appellation est destinée aux jeunes garçons ou aux garçons de la rue

    * 135 Groupe ou société basé à la Elf mis sur pied par la convention des patrons des structures (bars, auberges, hôtels...) en vue de sécuriser les clients sur le site et de venir en aide aux WAKA en cas de différents et de litiges, les membres recrutés entre les BOYS et les NANGAS-BOKO sont appelés vigile

    * 136 Celui est appelé « le 10 »

    * 137 RECSA, op.cit., p.216

    * 138 Propos de JACKSON président de la GET 7 ACADEMIC, il se reconnaît vivement comme proxénète

    * 139 Lire Jean-Jacques ROUSSEAU dans son exposé sur « l'état de nature » in Du contrat social (1760)

    * 140 BAJOIT, op.cit

    * 141 Léviathan, édition première parue le 1651.

    * 142 Opératrice de la Elf, elle est âgée de 29 ans. L'entretien a té réalisé le 12 décembre 2006 entre 22 et 23 heures 30

    * 143 Malchance

    * 144 ESSE AMOUZOUA, op.cit

    * 145 op.cit

    * 146 In Critique de la raison dialectique, Paris, Gallimard, 1960

    * 147 G.FERREOL (sous la direction), Août 2004, Sociologie, Cours, méthode, application. Coll. Grand Amphi sociologie, édition Bréal.

    * 148 G.FERREOL, Op.cit.

    * 149 In Fondation, 2006, Acte du Colloque du 16 mai 2000

    * 150 Voir fiche signalétique en annexe.

    * 151 Appellation ou expression qui s'emploie pour désigner les clients réguliers et reconnus et ceux-ci ont généralement des prix et des traitements particuliers, cette familiarité fait qu'ils deviennent parfois des protecteurs ou des BOYS

    * 152 OVERALL, Christine, "Whats'Wrong with Prostitution? Evaluating Sex Work" in SIGNS, Journal of Women in Culture and Society, 1992, vol. 17, no.4, p. 705-724

    * 153 OVERALL, op. cit.

    * 154 Ivone GEBARA, citée dans Laprise, 2002, p. 9.

    * 155BARRY, 1992

    * 156 JEFFREYS, 2001.

    * 157 Madame DINDO Clarence, secrétaire de direction et comptable

    * 158 Lieu voisin des démonstrations de prostitution, d'autres langues se délient pour parler de « Carrefour j'ai risqué ma vie »

    * 159 DORAIS, Michel Les enfants de la prostitution, VLB éditeur, Montréal, 1987, p.46.

    * 160 Procureur KAMDEM, au tribunal de première instance de Ndokotti , personne-ressource à nous confié pour l'aspect dispositions juridiques de le question

    * 161 Disposition qui stipule que « Tu es le seul maître de ton corps » et bien admise dans le Nouveau Code de Procédure Pénale.

    * 162 Quasiment au cours de tout nos entretiens avec nos personnes ressources comme Sa Majesté NAMA JM

    * 163 TEFE TAGNE, op.cit p.28

    * 164 Personnes ressources

    * 165 Citée dans Fondation Scelles, 2000.

    * 166 BBOULDING Elise, 1977, The underside of history ; view of women through time, Boulder (colora) Western press, p. 558

    * 167 E.DURKHEIM, prsnt par CASTAGNEZ Noélline-REGGIUS, 1997, Histoire des idées socialistes, Paris, La découverte, p.3

    * 168 Mot aussi défini par KELLER in « Fenêtre d'opportunités », 1994, p.26

    * 169 Une expression employée par SONGUE, op.cit.

    * 170 Voir l'article 343 du Code Pénal réprimant la prostitution et les textes régissant le mariage dans les Ordonnances n°81-02 du 29 juin 1981 au Titre VI

    * 171 Gérant et patrons d'hôtels, responsables d'auberges, propriétaires des salles de jeux et casinos, propriétaires des bars et des débits de boissons

    * 172 Voir la carte en annexe 6 à la page 134

    * 173 Propos de Mme MOUTHE, personne-ressource, MINAS, interviewé pour la 1ère fois le 28 /02/07 à 12H

    * 174 In Introduction à la sociologie générale : Le changement social, Tome III, 1968, Paris, HMH, p.30-31

    * 175 L'une des opératrices du poteau de la Elf âge de 22ans, elle est orpheline de mère et son père a perdu son emploi après la mort de son épouse en 2001. Elle est censeur du groupe de tontine bihebdomadaire dénommée « Sans soucis ».






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