« Si les uns cherchent des possibilités pour
juguler le phénomène, d'autres par contre trouvent en elles, un
chemin sûr pouvant aider à l'affranchissement des conditions
sociales soumises à la précarité tous azimuts ;
où l'Etat est en mal d'assurer ses fonctions
régaliennes»1(*)
INTRODUCTION GENERALE
De plus en plus, dans les pays du Sud, on assiste à la
perpétuation des activités économiques spontanées
variées. Leur recrudescence traduit la dynamique avec laquelle les
acteurs sociaux s'attèlent à l'amélioration des conditions
de vie devenues insupportables au lendemain de la crise économique. Dans
les capitales du Cameroun, Yaoundé et Douala, cette crise des
années 1980 ayant réduit les pouvoirs et l'autorité de
l'Etat, laisse transparaître sous toute ses formes des vitrines
marchandes non conventionnelles qu'on a qualifié de MARCHE DU POTEAU.
Dans cette perspective et dans le manque d'occupation, les populations urbaines
s'orientent malgré tout vers les itinéraires de travail
rémunérateur. Le cas des opératrices du poteau de la Elf
à Douala, vendeuses de plaisir ou commerçantes du sexe à
travers leur collectif de corps constitue dans cette lancée un fait sur
lequel l'attention doit être retenue. C'est à cet effet
qu'intervient ce thème intitulé La formation du collectif et
le processus de construction du lien social dans les activités
économiques spontanées vu à
travers une approche sociologique
dans l'unité d'observation des
opératrices du « poteau de ELF » à
Douala.
Du coup, les questions de guidage de cette recherche sont les
suivantes : quel est l'ensemble des faits et
éléments sociopolitiques ayant prédisposé l'acteur
urbain en même temps vers la pratique d'un tel commerce ou d'une telle
activité et vers la construction du collectif ? Comment
s'opère le processus de construction et de renforcement du lien social
dans ce milieu ? Quelle est la conséquence socioéconomique,
culturelle ou santé d'une telle pratique et l'influence du collectif
formé sur l'activité et sur la société
globale ?
Nous trouvons ainsi l'intérêt et la motivation de
notre sujet dans la tentative de construire par la démarche scientifique
-celle liée à la théorie du capital social- les
phénomènes sociaux vulgaires. L'on ne saurait rester en tant que
sociologue indifférent des situations que créent le
phénomène de l'exode rural, le sous emploi et le chômage
des jeunes en milieu économique urbain. Ceci motive notre goût
scientifique et intellectuel à investiguer du point de vue sociologique
sur un phénomène à savoir la prostitution de la jeune
fille pour essayer de comprendre à travers la construction du collectif,
les logiques de l'émergence des économies souterraines.
En tant que un cercle constitué des agents
tolérants aptes à la construction du développement
où se pensent les conditions et facteurs de l'amélioration de la
condition de vie par petits ou grands projets dans le strict non-respect des
normes citoyennes et morales prescrites, à court et à moyen
terme, cette investigation pourra orienter les organismes dans leur
intervention.
Au niveau national et local, cela aidera à
une meilleure connaissance et à une maîtrise des
réalités du milieu du poteau, guidera à l'ouverture vers
une stratégie de dialogue social. Cela aidera peut- être à
l'établissement d'une législation spéciale et d'un
règlement réel lié au fonctionnement des activités
dites conjoncturelles de la sorte. Cette étude vise enfin et surtout
à apporter sa contribution à la compréhension du
phénomène de prostitution comme cette activité
économique en rapport avec les possibilités de solution aux
problèmes procurés et surtout pour voir non leur rôle et
leur place dans « l'amélioration des conditions » de
vie des acteurs mais à la mise en exergue des contradictions nées
du milieu. Aussi les résultats de ces travaux permettront enfin comme
travail de détective aux hommes de loi et pour justice de
réprimer réellement le fait qui se généralise dans
la société.
Au niveau personnel et sur le plan théorique ou
scientifique, ce travail vient si tel est possible, tenter de briser les
frontières disciplinaires et intégrer les apports de diverses
sciences pour maximiser sur l'ingrédient innovateur.
Cette abolition des frontières disciplinaires,
(...) impose une approche interdisciplinaire par ailleurs recommandée
par les grandes figures sociologiques 2(*)
Cependant, cette étude s'ouvre et tente de
s'insérer dans les différents domaines de la sociologie qui se
rapportent au sujet. Et compte tenu des interactions qui s'établissent
entre les différentes variables de notre travail, deux champs
sociologiques sont ici explorés pour rendre compte des logiques de la
formation du collectif dans un cadre social de spontanéité et de
profitabilité.
Le champ de la sociologie économique se déploie
dans la perspective selon laquelle elle mène un regard sociologique du
fait économique ou un regard économique du fait social. L'accent
est mit sur les considérations de la hiérarchie des besoins et
désirs des acteurs individuels ou collectifs sur le marché mus
dans des logiques de relation sociale, sur la détermination des moyens,
stratégies et pression conjoncturelle des exigences socio physiologiques
minimales. A cet égard, a-t-on aussi ce droit en tant que dans cette
recherche en sociologie de tenter le champ des activités
économiques spontanées par l'exemple des opératrices du
poteau de la Elf à Douala ? En ce sens, ici le regard se focalise
aussi sur les conduites et les itinéraires socioéconomiques des
acteurs. L'autre champ de la sociologie du travail atèle dans notre
perspective sur les logiques du système de travail avec pour mission non
seulement de comprendre l'environnement social du travail, mais les logiques
des Ressources Humaines dans la productivité de l'entreprise du poteau
tout en intégrant l'univers du travail dans son environnement social. Ce
champ nous permet de montrer comment la situation de travail ou du
non-travail, du type de travail ou du lieu du travail peut influer sur le type
de conscience, sur le lien social et partant sur l'action collective3(*) jusqu'à l'affirmation
d'une identité de métier parfois toujours resté dans
l'ombre. De manière plus laconique, ces motivations et
intérêt spécifique de ce travail résident en
l'accomplissement de quelques objectifs
A l'heure où de nombreux regards scientifiques sont
tournés vers les phénomènes internationaux, englobant et
de grande envergure notre étude vise essentiellement à
démêler les relations socio contextuels et saisir la vie des
opératrices du poteau au quotidien. Nous voudrions
précisément savoir dans quel itinéraire de travail ou
registre économique nous devons proposer le marché du poteau des
femmes afin qu'attention et sérieux leur soit accordé compte
tenu de leur fonction sociale4(*) . C'est pourquoi pour y parvenir, cette
étude s'est fixée des objectifs :
-Saisir et identifier l'ensemble des faits
et éléments sociopolitiques qui ont prédisposé
l'actrice ou l'acteur urbain vers les activités économiques
spontanées en général et celui des opératrices du
poteau :prostitution.
-Comprendre comment s'opère au quotidien le processus
de construction et de renforcement du lien social dans ce milieu.
-Analyser l'influence possible du collectif formé sur
l'activité et sur l'environnement global avant de proposer quelques
solutions aux problèmes décelés.
STRUCTURE DU TRAVAIL : Ce travail se structure en
deux parties de trois chapitres chacune. La première partie passe en
revue le cadre théorique et les éléments
méthodologiques de l'étude. Le premier chapitre porte sur la
revue de la littérature et la problématique de la recherche, le
second s'articule autour du cadre théorique proprement dit et le
troisième porte sur la présentation des éléments
méthodologiques de l'étude. La deuxième partie porte sur
les éléments empiriques et pratiques sur le terrain. Elle se
divise aussi en trois chapitres. Son premier et le quatrième du travail
scrute contextuellement une sorte de genèse du marché du sexe
à partir des indicateurs du terrain par la simple trajectoire allant des
déterminants socio-politiques des activités économiques
à la montée du marché du poteau. Ce chapitre part de la
présentation de la situation socio-politique et économique de
l'émergence des activités économiques spontanées
vers celle de diverses trajectoires socio-culturelles des acteurs du poteau
à Douala. Le second chapitre de la deuxième partie et le
cinquième, bien lié au précédent s'efforce à
passer en revue toujours à partir des indicateurs factuels la symbolique
de la construction du lien social et de la formation des solidarités
à partir du quotidien des opératrices et des acteurs de la
prostitution à Elf. Il s'évertue en tenant compte de la nouvelle
configuration et du circuit adaptatif avant d'aborder l'environnement
relationnel à la Elf avec les logiques de construction du lien social
en milieu spontané puis en contexte du marché du poteau. Il
s'appesanti finalement sur la dimension symbolique, dualiste de ce lien social
en se focalisant sur les modalités de ces échanges du lien social
et passant en revue les différents rapports et les différents
styles de mobilisation du capital relationnel pour surseoir les
différentes embûches vers les objectifs de la
«profession». Enfin, le troisième de cette partie qui est le
sixième et le dernier chapitre s'intéresse davantage sur
l'implication, les conséquences ou les répercussions d'une telle
pratique avant de passer finalement à la réflexion sur
l'itinéraire que suit cette nouvelle activité partant ainsi de
l'itinéraire d'accumulation individualiste et subjectiviste ou de
contingences vers la construction au quotidien d'un corps de métier
(collectif formé).Et ce chapitre ne saurait être clos sans
élaboration de quelques recommandations.
FICHE TECHNIQUE
Pré requis : esprit critique,
connaissance de base en sociologie.
Mots clés : stratégie des
acteurs en crise, formation du collectif, processus de construction du lien
social, activités économiques spontanées, système
cohérent, capital social.
Auteurs de référence : -
Bajoit - Boudon -Bourdieu -Crozier - Goffman - Gurvitch -Kamdem - Nkakleu -
Putnam -Touraine -Ziegler
Problématique : comment
comprendre la formation du collectif dans un cadre social de
spontanéité et de profitabilité concurrentielle ?
Types de structuration : une
introduction générale et une conclusion générale.
Ce travail se structure en six chapitres rangés dans deux parties
articulant le cadre théorique, les éléments
méthodologiques (partie 1) et les deux axes de recherche par
l'élaboration des éléments empirico-contextuels et
pratiques sur le terrain de l'étude (partie 2).
Lectures complémentaires : voir
ouvrages spécifiques en bibliographie.
Titre : Formation du collectif et
processus de construction du lien social dans les activités
économiques spontanées : Une approche sociologique des
opératrices du « poteau de Elf » à
Douala.
-PREMIERE PARTIE-
CADRE THEORIQUE ET METHODOLOGIE DE L'ETUDE
INTRODUCTION DE LA PREMIERE PARTIE
Notre étude porte sur la formation du collectif et
le processus de construction du lien social dans les activités
économiques spontanées avec pour champ social les
opératrices du poteau de Elf de Douala. Ce phénomène
n'étant pas un fait nouveau pour avoir fait l'objet de d'autres travaux,
en vue de le situer dans son cadre particulier et de présenter le
processus utilisé au cours de cette recherche, nous avons
structurée en trois chapitres cette première partie
intitulé cadre théorique et méthodologie de
l'étude. Au premier chapitre intitulé revue de la
littérature et problématique de la recherche,
nous avons d'abord présenté le contexte de
l'étude et quelques précisions sémantiques avant de faire
le point des travaux sociologiques et l'état des connaissances sur les
différents axes du sujet afin de finalement réussir à bien
cerner les différentes orientations de notre problématique. Dans
le second chapitre, nécessairement le plus long et le plus important,
intitulé cadre théorique de l'étude, nous avons fait
l'état non seulement des différentes théories possibles de
notre travail mais nous y avons opéré un choix à savoir
celui du capital social dans lequel nous avons essayé de faire un plus
grand nombre d'explication. Avant, cette large présentation du capital
social, nous avons esquissé la présentation quelque peu succincte
des théories ou approches complémentaires à savoir
l'individualisme méthodologique, l'analyse stratégique et
l'approche dynamiste et critique. Après ce vaste chapitre sur le cadre
théorique, le troisième intitulé présentation et
justification du choix de la méthodologie de l'étude,
après avoir délimité les différents contours de
notre travail et surtout du point de vue méthodologique, il est question
de passer en revue, d'une part méthode et technique, délimitant
le terrain, le champ social de l'étude, précisant d'autre part
les technique de collecte utilisées et enfin la technique de traitement
des données recueillies avant de boucler cette partie, du moins ce
chapitre, par une évidence de la recherche à savoir les limites
et les difficultés ayant émaillées cette étude.
-CHAPITRE I-
REVUE DE LA LITTERATURE ET SPECIFICATION DE LA
PROBLEMATIQUE DE LA RECHERCHE
I-REVUE DE LA LITTERATURE
A- CADRE GENERAL D'APPRECIATION DE LA SITUATION
SOCIO-ECONOMIQUE DU CAMEROUN
La période de
croissance économique des années 70 comprise dans l'intervalle
de 7 à 8 % de manière tangible n'a mis que le temps d'un
éclair. La récession économique au lendemain de la
croissance de ces jours dits « de croissance » plonge
les pays du Sud dans un état permanent de précarité.
Dès lors, le Cameroun comme partout d'ailleurs n'a plus qu'eu la seule
capacité d'assurer une stabilité de principe demeurant ainsi dans
une incapacité criarde d'assurer en temps réel cette
stabilité sur les plans économique, politique, social,
culturel... Ne pouvant assurer ses tâches, l'Etat démissionne de
ses fonctions régaliennes5(*) passant ainsi progressivement de l'Etat de providence
à l'Etat moins que facilitateur.
Dans les années 80 et 90, la récession
économique, l'endettement de l'Etat, les effets pervers de rente6(*) et asphyxiants des PAS, la
détérioration des termes de l'échange est suivie de la
dévaluation, de la réduction et de la baisse drastique de la
masse salariale à côté d'une population sans cesse
croissante. Malgré les politiques dites de rattrapage économique
prescrites par les institutions de Bretton woods et la Banque mondiale, les
chances de retour à une bonne santé économique se sont
estompées et sont une fois de plus encore restées loin
d'être atteint. Que ce soit en allant vers la périphérie
que vers le centre, en campagne comme en ville, la situation reste constante.
Il se dessine en amont des fléaux sociaux7(*) non maîtrisés à cause d'une
politique sociale, urbaine et rurale, peu rigoureuse. Tant en zone rurale qu'en
zone urbaine, moins qu'une stratégie de survie, l'informel se
développe, les activités économiques spontanées du
genre des marchés du poteau style commerce du sexe
caractérisé par les étalages anarchiques se créent
de part et d'autres du périmètre urbanisé. C'est un
secteur qui va grandissant, laissant transparaître ce désir
d'indépendance, de pérennisation de certains modèles de
culture et faisant voir l'émergence tous azimuts de nouveaux styles de
métiers fonctionnant sur des règles et principes
théoriquement contradictoires. Singulièrement marqué par
la soif de la construction des identités, de façon plurielle, il
est aussi noté la construction du collectif basé sur les
principes de territorialité symbolique. Laquelle s'appuie sur une
économie souterraine, informelle, combattue mais aussi solidaire qui
s'affirme en s'identifiant comme telle à travers la formation du
collectif et la dynamique du lien social. En même temps, il se construit
pour prévoir non seulement les éventuelles politiques de
formalisation et du déguerpissement mais bien aussi pour faire face
à la répression, à la marginalité et aux attaques
extérieures de toutes sortes. Il en est ainsi de toutes autres
mutations socio-économiques contemporaines caractérisées
par une sorte de « je-m'en-foutisme »
généralisé des dirigeants politiques qui abandonnent
l'individu à lui-même, sans assez de protection et de
sécurité. C'est inéluctablement dans les deux principales
métropoles du Cameroun, que l'on remarque la recrudescence réelle
des activités économiques spontanées à travers
cette vitrine marchande non-convetionnelle communément appelée
le poteau ou marché de secours : la
librairie du poteau pour les livres et fournitures scolaires, la
pharmacie du poteau pour la santé, les médicaments et
le poteau du sexe pour le commerce du sexe ou la prostitution
sexuelle. Ceci justifie à tout dire que le souci de ce travail est
finalement de comprendre les conditions d'émergence et les conditions de
la recrudescence de cette activité par appui sur le cas
spécifique des opératrices du poteau filles de la ELF
connues à Douala sous diverses appellations. En ce sens, pour
spécifier et mieux examiner nos thématiques, deux axes de
recherches retiennent prioritairement notre attention : la genèse
du phénomène d'une part et le quotidien des acteurs d'autre
part.
B- DEFINITION DES CONCEPTS
Dans tout travail de recherche où
l'intéressé a le souci de se faire comprendre davantage, il a
aussi l'obligation de bien préciser les concepts qu'il utilisera
car :
Toute investigation porte sur un groupe
déterminé de phénomènes qui répondent
à une définition. La première démarche du
sociologue doit donc être de définir les choses dont il traite
afin que l'on sache bien de quoi il est question. C'est la première et
la plus indispensable condition de toute preuve et toute
vérification. 8(*)
Cette exigence de la méthode scientifique nous
interpelle donc à opérer la précision des concepts et des
termes devant faire partie de ce travail.
1-ACTIVITES ECONOMIQUES SPONTANEES :
La notion apparaît pour la première fois
à côté du concept de « secteur
informel » en 1971 dans les travaux du BIT au Ghana et au Kenya. Il
désigne toute la partie de l'économie qui n'est pas (ou peu)
réglementée par les normes légales ou contractuelles. Les
travailleurs de ce secteur ne sont souvent pas des salariés dans le sens
habituel du terme et leur environnement socio professionnel est absolument
susceptible et vulnérable du fait de leur entrée conjoncturelle.
Ce sont formellement des indépendants, en réalité souvent
dans les relations de dépendances parfois conflictuelles
vis-à-vis de ceux qui les paient ou demandent leurs services.
Typiquement, il s'agit de travailleurs du genre des activités de
couture, des gérants des alimentations, des vendeurs de tabacs, des
opératrices pour saisies et traitements des textes et données
informatiques, vendeurs ambulants ou dans les marchés non
réglementés, micro prestataires du style de services de
nettoyage, transport, employés de maison (les domestiques et les
blanchisseurs), et les paysans sans terre, tous ayant mobilisé un
différents type de capital -financier, humain, social-, ayant
migré en ville, pour tenter de survivre par tous les moyens à
l'exclusion sociale dont ils sont victimes.
2- CONSTRUCTION DU COLLECTIF OU MOBILISATION DU
CAPITAL COMME STRATEGIE DE RIPOSTE :
La « stratégie » renvoie aux
acteurs ; l'origine militaire de ce concept indique que la
stratégie est liée à un projet à long terme,
impliquant la prise en compte d'un environnement glissant, conflictuel bien
décelé et bien identifié. Désignant ici l'ensemble
des méthodes mises sur pied par les acteurs (selon Bourdieu)
pour s'opposer à tout ce qui pourrait oser nuire à l'atteinte de
certains objectifs. La formation du collectif ou cette mobilisation du capital
à travers le lien social construit apparaît ainsi donc comme cette
avant-garde stratégique contre les emmerdeurs publics et administratifs,
et est capable d'assurer un bon itinéraire d'accumulation pour les
acteurs victimes dit-on de l'exclusion sociale.
3- « ELF AXE LOURD » :
Dans la capitale économique et principale
ville du Cameroun, Elf ne désigne pas seulement le site, les
stations services ou les bureaux de la société de
commercialisation des produits pétroliers ; c'est aussi tout lieu
ou tout secteur de l'activité de trafic sexuel où on retrouve
régulièrement les filles ou opératrices du poteau en
action. Le nom donné à ce secteur est peut-être dû
au fait qu'il fonctionne avec les mêmes principes commerciaux que ceux
des stations services. Mais, aujourd'hui, c'est tout marché qui, en se
distinguant par son type d'activité, manifeste le rejet de l'ordre, de
l'autorité et de tout ce qui est formel au point de refuser son
appartenance à la logique du travail de journée, tout en
s'identifiant enfin en activité tampon à
côté des marchés classiques. C'est enfin dans ce contexte
de lutte contre l'incertitude généralisée que naît
ce marché et ce commerce dit de l'antipode appelé poteau.
4- LE POTEAU
C'est un étalage non ordinaire qui sort de
l'opération classique du commerce. C'est aussi une vitrine marchande non
conventionnelle, mais ici tout dépend de la qualité ou de la
nature du produit que l'on sert à savoir les biens : livres,
fournitures scolaires, médicaments de pharmacies... et les services
comme ceux qu'offrent les opératrices filles de la
Elf. Elles se définissent ici
comme cette entité économique et sociale des personnes qui vivent
régulièrement sous la même unité d'action partant
ainsi de la cellule des grandes, des petites et simples exposantes ou
vendeuses de plaisir. Du point de vue de l'économie, ce sont des
personnes féminines physiques qui en plus de leurs activités,
sont liées par l'appartenance au même territoire et
dépendant économiquement de leurs activités et de ses
divers réseaux. En statistique sociale, à côté de
ces individus, beaucoup d'autres plus typiques côtoient visiblement nos
surfaces. Le milieu comprend majoritairement les jeunes filles qui ont, non
baissé les bras à la vie mais qui croient systématiquement
pouvoir refaire de grandes choses à partir de rien ou tout simplement
à partir de la beauté de leur corps malgré que cela soit
une pratique à visage couvert connu comme métier de l'ombre
difficilement vu en journée9(*). Ceci nous plonge directement au coeur de la
prostitution qui, selon le Larousse, est l'acte par lequel une personne
consentante se livre à des rapports sexuels en échange d'un bien
ou contre de l'argent.
5- LE LIEN SOCIAL
De manière générale, le lien social est
perçu comme l'ensemble des rapports, des traits ou interactions voir
tout les divers mécanismes qui permettent de mettre les individus entre
eux et, simultanément, de rattacher chaque individu au groupe ou
à son collectif de référence. C'est le lien social qui
décrit le mode selon lequel un individu seul ou les acteurs en groupe
imaginent et fabriquent leur intégration ou non dans les groupes. C'est
dès lors un processus permanent en construction. C'est cette
précision des notions et ce précédent contexte
d'étude qui orientent finalement le choix de nos lectures guidé
vers le regard sur le capital social construit dans cette logique du lien
social..
6- LE CONCEPT DE CAPITAL SOCIAL
Le capital social, est cette la somme de rapports courtois
que les individus nouent tout au long de leur vie ou au cours des
opérations ou activités précises, lesquelles sont
susceptibles de faciliter leur épanouissement (Granovetter, 1973). Il se
produit soit par les relations intra et inter-familiales (Coleman, 1988), par
la vie publique dans les sociétés contemporaines (Putnam, 1995)
ou encore par les relations inter et intra-firmes (Burt, 1992).
C-REVUE DE LA LITTERATURE
Avec
Aktouf10(*), c'est le
moment de faire l'état des
connaissances sur le sujet, permettant ainsi de se positionner et
d'insérer contextuellement son étude dans un débat ou
discours scientifique constructeur. Sur cette question, il n'a pas
été aisé d'en trouver, seule une liste bien mince a
été concoctée.
1-LE POINT DES TRAVAUX SUR LA CONSTRUCTION DU LIEN
SOCIAL EN MILIEU SPONTANEE
Le lien social perçu comme cet ensemble de rapports,
de traits ou d'interactions voir tout divers mécanismes qui permettent
de mettre les individus entre eux, de rattacher chaque individu au groupe ou
à son collectif de référence ; la construction du
lien social s'explique sur plusieurs dimensions. Trois dimensions du capital
social explicitent ce processus de construction du lien social par insistance
à les reconsidérer dans le contexte de leur environnement
institutionnel déclare R. Nkakleu (2005)11(*). S'il est vrai qu'un lien relationnel faible rend
plus difficile la circulation des idées, de l'information et des
ressources dans les groupes, il s'ensuit que des forces économiques,
sociales et politiques plus grandes qui divisent les sociétés
nuiront à la croissance de celui-ci. Le concept peu fécond en
sciences sociales (Bourdieu, 1986, Lin, 1995 et 2001 ; Lévesque, 2000),
le lien social est la base constitué des ressources relationnelles
mobilisables pour l'action. Avec Bourdieu alors, il semble avoir des
implications lumineuses sur la compétitivité des acteurs en
situation de positionnement dans la mesure où la construction d'un
réseau relationnel fort liant les différentes positions sociales
peut faciliter le partage des informations gagnantes (Tsai, 2000). Dans le
même ordre d'idées, l'impact du lien social sur le
développement du capital intellectuel est noté où la somme
des relations sociales construites contribue singulièrement au
développement des connaissances et des capacités d'apprendre
d'une collectivité sociale soulignent Nahapiet et Ghoshal (1998) comme
c'est le cas de nos filles de la Elf mues dans les logiques à la fois
individuelles et collectives de construction du lien social. De plus, cette
logique génératrice de coopération interpersonnelle et de
partage de connaissances, fait que le lien social est ici
représenté comme une quête vers un revenu immatériel
(Nahapiet et Ghoshal, op.cit.). De façon plus laconique
déclare: the sum of the actual and potential resources embbeded
within, available through, and derived from the network of relationships
possessed by an individual or social unit. Pour Nkakleu12(*), cette logique comporte et
s'illustre par trois dimensions -structurelle, relationnelle, cognitive- qui
peuvent permettre de comprendre davantage ces divers rapports sociaux
émergents en contexte particulier.
A la base de la dimension structurelle, pour
Arrègle et al. (2002) note que tout tient sur les relations
interpersonnelles parce qu'en un réseau de relations denses et avec le
niveau d'interactions élevé, plusieurs privilèges ou
opportunités sont décelées et plusieurs compétences
sont mises en valeur. Cet aspect structurel du réseau tient aux liens
qui se tissent entre divers acteurs. Ces connexions peuvent ouvrir une
brèche pour la disponibilité de l'information et les
possibilités aux acteurs car on tient plus sur l'accès
privilégié et rapide à des informations utiles via des
codes et des signes codifiés. A côté de ces idées de
Arrègle et al., la thèse de la structuration des relations
interpersonnelles de Coleman (1988) ainsi que celle de Bolino et al. (2002)
élaborent identiquement que la structure du réseau
élaboré à travers la construction de lien social influe
sur le transfert d'informations et de connaissances et par ricochet sur la
formation du collectif. Ils ajoutent que ce transfert du lien social se fait
« sans biais » lorsque les acteurs sont interconnectés par des
liaisons inter ou intra-groupes dans le collectif, et les liaisons
inter-groupes étant les plus fluides et efficaces dans le processus de
construction du lien social comme pour le transfert des informations utiles,
comme l'ont montré Granovetter (1973) ou Julien et al. (2002). On peut
en déduire, à la suite de Shah (2000), que l'exécution des
activités du genre de ces filles de la Elf est plus efficiente lorsque
les divers acteurs se connaissent et partagent collectivement des
représentations et des valeurs auxquelles ils s'identifient mutuellement
tout en s'identifiant aussi par rapports à ceux qui n'appartiennent pas
au collectif, ni au milieu. Dans ces conditions, la structure du réseau
pourra avoir un impact sur l'étendue de l'information utile ou
accessible ; de notre point de vue, cet impact est conditionné par
les jeux de positionnement inter-groupes et aussi à la nature de
l'activité exercée à savoir s'il est loyal ou non aux yeux
de la société. Il s'avère donc intéressant d'en
tenir compte parce qu'ils peuvent constituer un facteur bloquant
d'échange de connaissances et de développant des aptitudes
particularistes, souterraines liés à la territorialité
entretenue de ce fait par un esprit de condescendance dans une
société marginale d'apprentissage des déviances. L'autre
dimension relationnelle du lien social trouve t-elle aussi toute sa
convenance ?
Au niveau de la dimension relationnelle, elle joue
assurément une place importante dans ces échanges d'informations
de « valeur » entre des membres du circuit construit et dans
l'instauration de relations coopérantes et confiantes,
dénuées des enjeux de pouvoirs. La qualité des
échanges et la facilité dans laquelle les acteurs vont accepter
de collaborer de manière transversale et s'engager dans le partage
d'informations utiles est décisif dans l'unité du groupe et tout
ceci avec Arrègle et al.(2002), cette dimension relationnelle repose sur
quatre éléments essentiels :
Ø La confiance ; avec Nahapiet et Ghoshal (1998),
elle facilite la communication et le partage d'informations et de connaissances
entre les acteurs.
Ø Les normes ; avec Coleman (1990), elles sont des
standards sociaux qui fixent le cadre d'action collective. Elles sont variables
selon le contexte socio-culturel et la perception que les acteurs ont de la vie
en groupe qui peut être néfaste au bon fonctionnement de
l'entité à préserver.
Ø L'existence d'obligations et d'attentes, quant
à elles, représente l'engagement de chaque acteur à
accomplir une tâche convenue de commun accord. Elles se distinguent des
normes par le fait qu'elles concernent des relations personnelles
spécifiques (Coleman, 1990). Arrègle et al. (2002) en concluent
que cet obligation au sein du collectif permet à un acteur de
bénéficier d'une sorte d'assistance, de crédit (« de
services ») de la part des autres membres proches ou non.
Ø Le processus d'identification pour sa part permet aux
membres du collectif formé de se sentir proches grâce au partage
des valeurs ou des normes qui servent de cadre de référence de
leurs actions en faveur de l'engagement collectif.
En particulier, « la force des liens faibles » (the
strengh of weak ties), développée par le sociologue
américain Mark Granovetter (1973), éclaire la lanterne sur
l'impact de la nature de construction des liens sociaux. L'interconnexion de
ces relations interpersonnelles offre ainsi la possibilité de
créer des opportunités d'échanges diversifiés et
aptes améliorer la qualité des relations coopératives et
cognitives (Bolino et al., 2002).
Au niveau de la dimension
cognitive, le lien social incorpore les langages, les
récits, les expériences et les codes communs, mais
également une vision partagée qui permettent aux acteurs de
percevoir et d'interpréter les événements de façon
similaire (Bolino et al., 2002). De même, la compréhension
bilatérale entre les individus peut les amener à trouver solution
adéquate et sereine de leurs diverses difficultés, à
échanger les idées, à s'aider réciproquement tout
en se partageant les connaissances13(*). Tout comme les autres dimensions, celle-ci inspire
également la disposition des acteurs à se soutenir dans les
relations de travail. Tout en reconnaissant les implications sur le maintien de
relations de soutien durables et sur l'aisance dans l'accès à
l'information nécessaire, la construction du lien social est à
l'oeuvre de la création d'un capital relationnel susceptible de bouter
un peu les mauvaises conditions sociales.
L'inégalité économique et la
discrimination ouverte selon les sexes et l'ethnie, devraient nuire à la
croissance, si on utilise le capital relationnel dans une importante
stratégie de gestion du risque, en période de détresse
économique (par exemple pour la perte d'un emploi, mauvaise
récolte, maladie prolongée), il en découle que des
sociétés divisées auront plus de difficulté
à gérer les crises économiques. Nana-Fabu voit que cette
situation d'inégalité économique est liée à
la grande marginalisation de la femme dans les divers secteurs de la vie, elle
rappelle non seulement les barrières biologiques mais aussi les
discriminations traditionnelles et la dépendance donc est
consécutivement victime cette dernière. (Nana-Fabu, 2006, 153).
C'est sur cette précision de Nana-Fabu que nous nous donnons une autre
missions dans cette revue de la littérature, celle de mobiliser les
écrits non seulement sur la situation socio-économique mais une
plus complète qui intègre aussi les activités
économiques spontanées et le poteau de la prostitution avec.
2- LE POINT DES TRAVAUX SOCIOLOGIQUES SUR LA PROSTITUTION
ET SUR LES ATIVITES ECONOMIQUES SPONTANEES
-L'EVOLUTION DE LA PROSTITUTION-
a- PREHISTOIRE ET ANTIQUITE : DE L'HOSPITALITE
SEXUELLE VERS UNE MALEDICTION A COMBATTRE
Il s'agit pour nous dans cette rubrique de jeter un
regard rétrospectif sur le phénomène de la prostitution
telle que pratiquée dans le passé car nous estimons que
puisqu'elle est considérée comme le plus vieux métier du
monde, ce bref bond dans sa genèse nous conduira tour à tour vers
les particularités à l'instar de la France, de l'Allemagne et de
Belgique car localement, il est moins aisé de mettre la main sur la
véritable documentation sur la question sujet de la prostitution.
Cependant plus d'un fait dans cette historicité est similaire et
applicable sur la scène du Cameroun.
i- DE L'HOSPITALITE SEXUELLE
Dans les sociétés algériennes et
marocaines dites primitives, on pratiquait l'hospitalité sexuelle,
c'est-à-dire qu'il était fréquent d'offrir sa femme ou sa
fille à l'hôte que l'on accueillait. Cet exemple est similaire au
Cameroun lorsqu'une de nos personnes ressources (Chef Nama)14(*) affirme que le fait est encore
actuel dans sa localité. Bien d'autres indiscrétions sont d'avis
que dans les provinces de centre, du sud, du sud-ouest et où le pouvoir
du chef de famille, chef du lignage est encore respectée, cette pratique
est couramment faite pour honorer les convives. Chef Nama voit en cette
pratique un signe de nouvelle relation à entretenir sans exclusion. Pour
celui-ci cela n'est que normal car cela découle de la culture qu'il faut
pérenniser Bien vite, cette hospitalité sexuelle s'est
transformée en prostitution sacrée. Dans l'antiquité, les
femmes se rendaient au temple une fois dans leur vie dans le but d'offrir leur
corps à une personne pauvre. Ceci étant basé sur le
principe du sacrifice, « l'offrande allait aux
divinités » (Mohamed El-Ouahed, 2004)15(*).
Progressivement, la prostitution devient un
phénomène social. On parlera dès lors de prostitution
profane. C'est également la création des premières maisons
closes. Les bénéfices de celles-ci allaient à l'Etat. Les
prostituées répondaient aux classes de la société.
Ce métier avait constitué un obstacle au mariage et certains le
considéraient comme une débauchée. C'est peut-être
cela qui sensibilisa la fermeture des maisons de tolérance et encouragea
la mise sur pied du premier centre de réadaptation sociale.
Malgré ces efforts, le programme fut un échec et ces centres
comme ce centre marocain fut obligé de fermer ses portes à cause
d l'action des proxénètes aujourd'hui, juridiquement
identifiées comme de personnes qui aident, assistent ou protègent
la prostitution d'autrui ou en tirent profit. Mais le Code Justinien en
réprimant la prostitution algérienne comme marocaine, stipulait
en 426 que tous les proxénètes seraient punis s'ils
étaient trouvés coupables de pratiquer ce métier. (Mohamed
El-Ouahed, 2004)16(*)
ii-LE DEBUT DU MOYEN AGE OCCIDENTAL : VERS UNE
MALEDICTION A COMBATTRE
Les nombreuses tribus germaniques ont toujours
considéré que la prostitution représentait une
malédiction à combattre. Usant de violence dans ce domaine :
les proxénètes étaient jugés
sévèrement mais, ce n'est qu'avec le « code
Alaric » que la persécution des prostituées a
débuté véritablement. Ce code prévoyait que les
femmes étaient aussi coupables que les proxénètes et
qu'elles étaient justifiables du fouet. Aujourd'hui, on considère
la prostitution comme un délit. On interdit et exerce une
répression contre les personnes qui s'y livrent, l'organisent et
l'exploitent. Personnes prostituées et proxénètes sont
considérés comme délinquants et passibles de poursuites.
De 1096 à 1099, les prostituées en Allemagne
comme en France ont suivi les troupes, pendant la huitième croisade
menée par Saint-Louis, l'Etat a du payer un salaire à environ 13
000 prostituées afin d'encourager les troupes à continuer la
guerre. Pendant le règne de Louis IX, soit de 1226 à 1270, la
politique face à la prostitution fut changeante, passant de la
prohibition à la tolérance. Il menaça d'expulsion toute
personne faisant de la prostitution occasionnellement ou comme métier.
Alors il commença une dure répression, et la prostitution
clandestine remplaça les maisons de débauche ouvertes à
tous. Mais les plaintes furent nombreuses et sa politique se trouva devant
l'échec : il était impossible de mettre fin à un
phénomène si répandu. Il décida donc de concentrer
la prostitution dans certains quartiers, à l'écart des maisons de
bonne famille. Il ouvrit aussi les portes d'un centre de réadaptation.
Aujourd'hui, il existe toujours des quartiers où la
prostitution est plus ou moins tolérée par la police et des
maisons de réadaptation, de réinsertion pour les
prostituées17(*).
Le grand théologien médiéval Saint-Thomas D'Aquin a
commencé par insinuer que l'on devait se montrer tolérant envers
la prostitution ; puis il alla plus loin en mentionnant qu'il était
permis d'accepter les fruits de ce commerce. D'ailleurs, les étuves
appartenaient parfois à des monastères ou des
évêchés. (Mohamed El-Ouahed, 2004)18(*)
Par ailleurs, certains pensent que se prostituer, c'est vendre
son corps et que cela constitue une atteinte aux droits fondamentaux de
l'être humain. D'autres sont plus tolérants et invoquent le droit
qu'a chacun de posséder et de disposer son corps. Pour vérifier
que les règlements sont bien appliqués, certaines villes, comme
Venise par exemple, assignaient des vêtements particuliers aux femmes de
moeurs légères afin qu'on les reconnaisse et que l'on puisse
sévir si jamais elles n'obéissaient pas. Il était aussi
important pour les dames de la bonne société qu'on ne puisse les
confondre avec ces filles de mauvaise vie, d'où l'obligation du port
d'un signe distinctif, comme un ruban jaune autour du cou. Aujourd'hui par
contre, la prostituée a droit de porter la tenue vestimentaire qui lui
plait, à condition de ne pas attenter à la pudeur sur la voie
publique. On peut toutefois dire que c'est souvent « la tenue de
travail » qui trahit la prostituée. (Mohamed El-Ouahed,
2004)19(*)
iii- ACTIVITE PROSTITUTIONNELLE EN FRANCE: VERS L'ESSOR
DE NOS VILLES AUJOURD'HUI
La ville n'est pas le seul lieu favorable au
développement des amours vénales. La prostitution rurale est
florissante. Les femmes vont de village en village tout en s'adaptant aux
itinéraires des funérailles, des cérémonies
diverses et des marchés. Dans les granges, les hommes entretenaient
parfois une prostituée pendant quelques jours, quelques semaines.
Néanmoins, c'est dans le milieu urbain que la prostitution
s'épanouit, ce sont les municipalités qui vont exercer le
contrôle. Les villes possédaient des lupanars, que l'on appelle
également dans le langage populaire maison de tolérance. Elles
ont été construites avec les deniers publics et leur taille
dépendait de l'importance de la ville, de sa population mais aussi des
travailleurs qui y venaient temporairement. Généralement, un
tenancier ou une ancienne avait la gestion de ces lupanars. Celui-ci
était chargé de recruter les filles et de veiller à ce
qu'elles respectent certaines règles. Les filles payaient le logement et
le couvert, voire un pourcentage sur les passes. Les lupanars ne sont pas
toujours des maisons closes. Les prostituées ont pour rôle de
racoler dans les lieux publics pour ramener les hommes au lupanar et les faire
consommer avant de gagner les chambres. Cette situation est identique à
celle vécue à douala en pleine journée. La concentration
urbaine, avec notamment beaucoup de jeunes célibataires, apprentis ou
manoeuvrés, risquait de provoquer de nombreux troubles sociaux. Si la
prostitution permet de canaliser la violence, de protéger les
honnêtes femmes, contre les viols, les harcèlements, de soutenir
un mariage stable, alors autant la supporter, voire même l'organiser.
C'est contre quoi Amely James Koh Bela lutte pour démasquer les liens
qui se tissent autour la femme africaine et celle camerounaise en particulier
au sujet de la prostitution ; elle renvoie cet état de chose
à une ère d'esclavagisme sexuel (Amely James Koh Bela, 2006).
Cette pratique dans le passée révèle Koh Bela a donc
édicté ses règles (âge, statut social, provenance
des prostituées) et soutenu les notables qui voulaient appliquer les
réglementations. Si la prostituée est méprisée,
elle est pardonnée même si son pêché est
considéré comme plus grave que celui de l'homme. Aujourd'hui, en
France comme au Cameroun, les prostituées sont perçues comme des
délinquantes selon les lois20(*) réprimant la prostitution au Cameroun. Et du
moins, sous la houlette du MINPROFF et du MINAS, on prévoit des mesures
de réinsertion pour elles, lesquelles doivent entrer dans leur grande
phase de sensibilisation dès 2008 déclare Mme
Mouthé21(*).
Peut-on choisir ce métier par goût ? La plupart y sont
acculées, par la misère ou soumises à un viol, et
déshonorées, elles ne peuvent plus espérer vivre une
existence de femme honnête, mariée et mère de famille. A ce
sujet Nana-Fabu continue à porter le doigt accusateur sur la situation
socio-économique de la femme du moins en ce qui concerne le cas du
Cameroun. (op.cit) Elles commencent généralement de
manière occasionnelle, pour faire plaisir à un compagnon. Elles
peuvent entrer dans une étuve comme domestique,
« hôtesse » ou s'exposer au poteau de toute sorte
lorsqu'elles sont encore jeunes et jolies, pour finir, avant trente ans, dans
un bordel où le client est moins regardant sur le physique. Depuis
quelques années, il est observé une véritable
prolifération d'hôtels implantés dans les métropoles
comme dans les petits coins touristiques et qui servent le plus souvent de
« lieux de passe » ; on peut citer les
localités comme Kribi, Limbé, Hotel de ville de Yaoundé,
Elf axe-lourd, Bépanda Monaco, Akwa, La rue de la joie de Deido et de
Ndokoti et bien d'autres au Cameroun. Ces établissements de seconde zone
dont le seul souci est le profit accueillent des filles de d'autres
localités venues gagner leur vie parfois dans des conditions effroyables
et dans tous les risques. En France comme au Cameroun, ces jeunes ont chacune
d'elle une trajectoire et une histoire à raconter sur leur ancien
vécu ainsi que les raisons qui les ont amenées à suivre
cette voie tant abhorré par notre société, ainsi on peut
dire que
Les causes de la
prostitution sont des causes économiques. Des mesures gouvernementales,
sur le plan national et international, dirigées contre la
pauvreté, la misère, les salaires insuffisants, le chômage,
la faim et des taux démographiques trop élevés doivent
leur être opposés.22(*)
Ceci nous permet tout de suite d'entériner une revue
sur cette montée du marché du poteau du sexe et cette pratique
dans tout ses sens des activités économiques spontanées
dans notre cadre un peu plus contextuel.
b- LE POINT DES TRAVAUX SOCIOLOGIQUES ET ETAT DES
CONNAISSANCES CONTEXTUELS SUR LA PROSTITUTION ET SUR LES ACTIVITES
ECONOMIQUES SPONTANEES
Les activités informelles sont
considérées comme des signes extérieurs de la
précarité, laquelle situation inquiète car pour Mengue et
Boukongou (2002), elles constituent un frein au développement et une
menace réelle pour la stabilité des institutions sociales,
politiques et économiques des Etats africains. Ainsi dans son
mémoire Nantchou23(*) pense
que la montée du désordre urbain du point de vue structuro
infrastructurel est simplement une conséquence directe du pari du
développement rural qui a échoué à cause des
différents revirements de la politique agricole avec des structures
« top down » suivies d'une libéralisation et un
désengagement de l'Etat à côté d'une population
désenchantée perdant peu à peu ses repères. A cet
effet nous menons le constat que c'est le début du calvaire du monde
rural et urbain, d'un côté le dépeuplement des villages en
forces productrices masculines et féminines ; de l'autre
côté une population urbaine de plus en plus nombreuse en
quête d'un mieux-vivre et d'un mieux-être qui ne veut sans doute se
reconstituer aujourd'hui que par les forces des activités du circuit
informel sur lesquelles l'Etat n'y prête pas grande attention. Ce sont
là des champs d'investissement dans lesquels l'acteur dépourvu de
tout peut aisément se resituer et avoir accès au pouvoir à
travers certains réseaux sociaux jugés productifs affirme
Sainsaulieu24(*). Ce sont de tels
réseaux qui partent des horizons comme ceux du poteau du sexe pour
aboutir jusqu'aux professionnelles du sexe25(*) d'un autre genre que ce travail veut qualifier au
même titre que les autres activités économiques
spontanées.
Abdou Touré26(*) en enquêtant sur les petits métiers
à Abidjan décèle les relations somme toutes conflictuelles
tout en faisant noter l'imagination créatrice des individus en
période de conjoncture difficile. C'est ainsi qu'aujourd'hui, même
au Cameroun, l'informel prend de l'ampleur27(*)mais il est tout d'une autre configuration. Il est
ainsi noté que les logiques et les stratégies qui sont mises en
jeu par ces différents acteurs majoritairement jeunes ne sont pas
automatiquement identiques à celles d'Abidjan; de même avec
Nana-Fabu28(*), entre 2002
et 2005, elle note que ce sont les sujets filles pour la plus part
âgées de 15 à 49 ans qui, massivement venues des zones
rurales pour la ville de Douala et Yaoundé s'exposent diversement
à la dureté de la vie. Pour elle face aux statistiques 2006 de
Douala énoncée par le MINAS -60%- sur la recrudescence du
VIH/SIDA, les facteurs à la base sont ce taux élevé de la
prostitution des jeunes filles. Elle remarque qu'il n'est même pas
étonnant de voir celles âgées de 12 ans roder tout au long
des rues principales de la métropole à la recherche des clients
masculins qui se font de moins en moins rares.( Nana-Fabu, 2006 ;160-161)
Devenues aussitôt filles du poteau, elles s'adaptent en usant
sûrement de leur imagination créatrice pour se construire et pour
parvenir à bout des embûches de leur travail ou de leur
activité mal vue et parfois combattue. De même que
Kamgaing29(*) voyait
déjà ce conflit à Bafoussam, constatant qu'en
difficulté avec les banques, les paysans se sont repliés vers les
formations de banques informelles, des groupes de tontines pour garder leur
argent faisant fi du cadre formel. Cette crise de confiance des jeunes
vis-à-vis de l'Etat vue chez les prostitués de la zone Elf
à Douala30(*) et
dans tous les autres marchés du poteau est tout d'un autre
genre. On note loin delà une autre logique des rapports qui serait non
seulement un moyen ou un lien mais un recours plutôt qu'une
stratégie en période de difficulté pour les acteurs du
secteur devenus la cible de nombreuses manipulations urbaines. Songue31(*) dans sa perspective de
sociologie de développement focalise sa recherche sur la prostitution
dans la localité singulière de Yaoundé32(*) où elle distingue cette
catégorisation entre «formelle et informelle» contrairement
à celle-ci qui, étudiant le même phénomène
dans une unité économique plus réduite s'appuie sur la
logique du travail et de survie. Esse Amouzoua33(*) comme Beauvoir34(*) parlent de la basse prostitution et de l'
hétaire, itinéraire pour voir par-là les facteurs de
propagation de la maladie du millénaire. Non dans la même
lancée, la présente étude dans une toute autre
perspective tient à visualiser les conduites économiques mues
dans les logiques de survie. Regardant ces prostituées dites de basses
classes, le Professeur togolais de sociologie, Esse Amouzoua35(*) a eu le mérite comme
Koh Bela36(*) dans son
étude sur la question en Europe, où tous ont élargi et
étendu leurs travaux dans plusieurs pays et dans plusieurs unités
sociologiques. Misant pour une plus empirique et approfondie, pour comprendre
les lois régissant ces pratiques, notre étude se focalise dans un
site bien connu de la ville capitale économique du cameroun. A travers
les opératrices du poteau, on tentera de comprendre sous le
prisme d'une sociologie dynamique les conditions d'émergence des
activités économiques spontanées et les enjeux du
collectif formé à travers le processus de construction du lien
social à l'exemple des travaux du professeur Kamdem (E)37(*) sur la question où il
met l'accent sur la construction des réseaux fonctionnels d'entraide,
de solidarité et de sociabilité élément moteur de
construction du lien social (Kamdem, op.cit.; p.759). Notre examen enfin, en
vue de la rendre plus approfondie, se fera davantage dans un groupe, dans un
cadre restreint et dans un milieu urbain.
C'est enfin à l'issu de cette mise au
point de anciens travaux et la mobilisation de cette triple dimension de la
revue de littérature que nous estimons opportun de construire et de
positionner notre problématique, celle sur laquelle se fonde notre
recherche.
II- PROBLEMATIQUE
A- CONSTAT ET PROBLEME CONTEXTUEL DE LA RECHERCHE
Au Cameroun, à côté du
discours officiel qui, en simulant et chiffrant à 7% la croissance
économique, il est observé sur le terrain un contraste quant
à l'amélioration réelle des conditions de vie de la
majorité des populations tant en milieu rural qu'en milieu urbain ;
non-conformisme, attitudes de désinvolture et de rejet des normes
établies par les instances, non-respect des institutions formelles,
dépravation des moeurs et biens d'autres attitudes déviantes sont
monnaie courante à Douala. Issus des déficits de la croissance,
les phénomènes de l'exode rural, le sous emploi comme le
chômage en bloquant le développement attendu crée et
oriente les acteurs vers les directions des emplois informelles38(*) et vers les pratiques de
basses manoeuvres telles que le commerce sexuel.
Reconnu comme le plus vieux métier du monde,
l'église, la morale et les valeurs sociales africaines condamnent la
prostitution. Elle est contestée par de nombreuses institutions et
conventions internationales et même nationales. La police, les forces de
sécurité et les autres structures de répression des
comportements reconnus déviants s'interposent et s'imposent tout le
temps pour lutter contre cette activité dite commerce de l'ombre ou de
la honte. En même temps, les dispositions juridiquement valides des
articles 343-44 et 343-2 du Code Pénal (1967) interdisent et
répriment sévèrement cette pratique de rapport sexuel en
échange de l'argent ou d'offre en nature et tout autre pratique
similaire. Ainsi, attendu qu'au vu de toutes ces dispositions
répressives et tout cet arsenal juridico administratif, que ce
phénomène de prostitution s'efface ou tout simplement soit
diminué, freiné ou réduit. Force est de constater que
malgré toutes les normes et principes mis sur pied, que malgré
la pudeur et les exigences de la morale, que malgré la main forte ou les
coups de force des autorités publiques et que malgré les actions
de la police répressive, le commerce du sexe surtout à
étalage public à l'image de toutes les autres activités
économiques spontanées prend de l'ampleur comme si de nouvelles
corporations se construisaient pour se traduire ou s'imposer en
véritable profession. Attendant donc de voir la fin d'une telle pratique
ou de tendre tout simplement vers sa réduction en vue de sauvegarder
l'image si chère et les valeurs culturelles de nos
sociétés, il est plutôt observé l'émergence
sous toutes ses formes d'un marché à vitrine non conventionnelle
que cette étude vient nommer de poteau de la jeune fille.
Emergeant, florissant, grandissant malgré toutes les dispositions
répressives et selon les pré-enquêtes, cette
activité fait voir un commerce de sexe, une prostitution d'un autre
genre39(*) qui
opère dans la rue par compétition et par exposition des charmes
féminins sur étalage public à l'attente
négociée des éventuels clients qui se recrutent
astucieusement tous les soirs. Compétitives et concurrentes, ne se
donnant pas de cadeaux dans la pratique de leur métier, ces filles font
curieusement parfois appel en leur sein à des pratiques de groupes,
à la formation des collectifs marqués par la construction des
identités de groupe, de territoires, soit pour faire face aux forces de
répression, soit pour imposer leur métier. Cette apparente
contradiction décelée à savoir concurrence et entente
vient poser en plus du problème de ce commerce sexuel mais aussi celui
de l'action économique solidaire et la formation du collectif ou celui
du lien social dans un milieu où les acteurs partagent la même
activité concurrentielle. Tout ceci malgré les dispositions
juridiques, malgré la main forte ou les coups de force des
autorités publiques et les actions de la police répressive. Ainsi
donc comment comprendre la genèse d'un tel phénomène
à Douala ? Aussi, comment s'opère au quotidien et se
construit la logique d'échange du lien social entre ces
prostituées opératrices de la Elf à Douala et avec les
autres ? De cette interrogation double, découle une question de
recherche et ses subséquentes.
B-QUESTION DE RECHERCHE
La société camerounaise étant devenue un
« champ de luttes » -selon l'expression de
Bourdieu- dans laquelle chaque acteur social suit sa trajectoire dans la
logique de se positionner et par la suite vivre en harmonie avec son groupe
et avec la société de référence. Du moment
où, pressés par le poids de la précarité du fait
des dérapages des politiques sociales, de la forte croissance
démographique, du chômage et du sous-emploi ; et
habités par le désir d'une vie plus satisfaisante, le commerce du
sexe à étalage public à l'image de toutes les autres
activités économiques spontanées prend de l'ampleur et,
loin des diverses répressions, il est remarqué une
démarche collective. Laquelle se forme, se construit loin de la
dimension d'altérité reconnue seule en matière
d'économie et de marché. Et la question qui se dégage
aussitôt est la suivante : Comment comprendre la formation du
collectif dans un cadre social de spontanéité et de
profitabilité concurrentielle ?
Cette interrogation nous donnera de saisir en profondeur cette
prostitution, la réalité sociale du collectif, de
dévoiler les comportements et les conventions symboliques de ces cadres
sociaux au sens de GURVITCH quand il affirme que
La sociologie contemporaine est en train de se transformer
en une science dont la première démarche est l'étude de
la réalité sociale en profondeur...la vocation du sociologue se
reconnaît d'abord à sa capacité de se dévoiler, les
antinomies et les tensions latentes, propres à une réalité
sociale donnée, envisagée comme phénomène social
total 40(*)
En situant le chercheur dans cette noble vocation, Gurvitch
aussitôt autour de la question interpelle à se donner d'autres
missions.
QS- QUESTIONS SECONDAIRES
QS1 - Quel est l'ensemble
des faits et éléments sociopolitiques ayant
prédisposé l'acteur urbain en même temps vers la pratique
du commerce sexuel et vers la construction du collectif ?
QS2 - Comment s'opère le processus de
construction et de renforcement du lien social dans ce milieu ?
QS3 - Quelle est la conséquence
socioéconomique, culturelle ou santé d'une telle pratique et
l'influence du collectif formé sur l'activité et sur la
société globale ?
C-- CORPS DE L'HYPOTHESE
Selon Grawitz, l'hypothèse est Une
proposition de réponse à la question posée41(*) et sa formulation trouve
son fondement dans l'élaboration des différentes
variables :
Ø Variable indépendante :
activités économiques spontanées, c'est elle qui explique
les variations de la seconde.
Ø Variable
dépendante : -formation du collectif, processus de
construction du lien social-, c'est elle qui doit être expliquée.
Hg- Hypothèse principale
Elle est d'une importance capitale dans la recherche
sociologique. L'hypothèse générale, celle qui guide notre
réflexion est la suivante:
La formation du collectif dans un cadre social de
spontanéité et de profitabilité concurrentielle participe
de la stratégie des acteurs tout en dénotant un climat de tension
permanent qui se transforme aussitôt que le danger est
appréhendé et ce lien social influe sur la formation du
collectif.
Hs- Hypothèses secondaires
Comme hypothèses secondaires découlant
bien sûr de la principale, on a:
Hs1- La conjoncture en imposant un type
d'activité, les politiques de formalisation et beaucoup plus celles
de la répression imposent la construction du collectif comme
stratégie de lutte.
Hs2- Le lien social dans les sphères
économiques spontanées dites concurrentielles se construit, se
fait et se défait en fonction des contextes et des situations.
Hs3- La formation du collectif en
construisant l'identité et la survie de l'activité exerce une
influence culturelle sérieuse sur la société, une
influence sur la politique socioéconomique, sur la santé et aussi
sur la gestion des espaces urbains.
Par la vérification de ces sous hypothèses, nous
voudrions précisément savoir dans quel itinéraire de
travail ou registre économique nous devons proposer au marché du
poteau des femmes afin qu'attention et sérieux leur soit
accordé. C'est pourquoi entre autres questions, cette étude a un
objectif.
D- OGR- OBJECTIF GENERAL DE RECHERCHE
Saisir le sens de la formation du collectif dans un cadre
social de spontanéité et de profitabilité comme chez les
filles prostituées de la Elf.
Nous avons donné autour de cette tâche
générale des :
OSR- OBJECTIFS SPECIFIQUES DE RECCHERCHE
OSR1-Saisir et identifier l'ensemble des
faits ou éléments sociopolitiques et socio-économiques qui
ont prédisposé l'acteur ou l'actrice urbain vers les
activités économiques spontanées en général
et celui des opératrices du poteau : prostitution.
OSR2-Comprendre comment s'opère au
quotidien le processus de construction, de renforcement ou de
déconstruction du lien social dans ce milieu.
OSR3-Analyser l'influence possible du
collectif formé sur l'activité et sur l'environnement global.
Après cette élaboration de la
problématique dudit travail, afin d'insérer la présente
étude dans un cadre théorique particulier, une double urgence
sociologique nous interpelle d'abord à circonscrire les divers champs
théoriques possibles.
-CHAPITRE II-
CADRE THEORIQUE DE L'ETUDE
I-MODELES THEORIQUES DE LA RECHERCHE
Pour Ghliglione et al,
Un modèle théorique est un système
explicatif qui, à un moment d'une discipline se propose de rendre compte
d'un grand nombre de faits42(*)
Pour nous ici,
...Notre travail s'ouvre, pour respecter
l'interdisciplinarité que nous recommandent les grandes figures de la
sociologie contemporaine, à l'histoire, à l'anthropologie,
à la littérature (ou à la linguistique) Ceci nous permet
non seulement de comprendre notre thème d'étude, mais
également de mieux le circonscrire 43(*)
A- CHAMPS THEORIQUES POSSIBLES
Etudiant la formation du collectif et le processus de
construction du lien social dans les activités économique
spontanées ; dans une approche sociologique des opératrices
de la Elf de Douala, afin d'insérer la présente étude dans
un système d'analyse particulier, nous identifions d'abord les
différents champs théoriques possibles afin de circonscrire
celui qui nous convient le mieux. Basée et centrée sur les
idées théoriques du capital social, en complément
analytique, plusieurs autres approches sont possibles ; l'appel a
été fait à plus d'une autre approche capable de rendre
aussi pragmatique nos diverses observations et analyses. Par l'approche
stratégique et celle de la sociologie générative, on tente
de creuser en profondeur la genèse et le quotidien des actrices du
poteau pour comprendre comment s'opère la formation du collectif. En
tant que type d'approche, l'approche de l'analyse stratégique permet
précisément de saisir les logiques de fonctionnement interne des
collectifs et les dysfonctionnements, l'approche de l'individualisme
méthodologique de Boudon ou de l'utilitarisme de Weber
pour sa part nous aide à comprendre les motivations
individuelles des comportements de groupe, l'approche dynamiste et
critique tente de creuser au fond des faits et aide à mieux
analyser, pour comprendre la vraie signification de cette formation du
collectif chez les opératrices du poteau de la Elf et ses diverses
implications sur la réalité du capital social. On identifie
encore les théories du lien contradictoire de Goffmann, l'approche
constructiviste de Bourdieu et l'interactionnisme de Durkheim comme la
théorie du lien social de Bajoit.
Enumérant tous ces différentes approches
possibles pouvant intervenir dans le cadre de cette étude, nous avons
porté notre choix vers trois ; d'abord l'approche de l'analyse
stratégique puis l'approche de l'individualisme méthodologique de
Boudon et enfin l'approche dynamiste et critique en complément ou en
renforcement de celle du capital social préalablement
identifiée.
B- CHAMPS THEORIQUES COMPLEMENTAIRES
1- Approche stratégique de
Crozier
Placée au dessus de l'approche
fonctionnaliste de Malinowski, celle de Crozier dite stratégique se
fonde sur l'idée qui s'affirme dans les sociologies
contemporaines de Ansart selon laquelle:
Est bien
caractéristique de ce postulat selon lequel les organisations
(administratives, individuelles et communautaires), leur fonctionnement ou
dysfonctionnement constituent les problèmes clés des
sociétés 44(*)
Les collectifs sont donc des organisations,
phénomènes non naturels et qui sont selon Crozier
Un construit social dont l'existence pose problème
et dont il reste à expliquer les conditions d'émergence et de
maintien 45(*)
C'est dire que les activités économiques
spontanées plurielles au lendemain de la crise économique sont
cette organisation de riposte (l'acteur et le système),
stratégies conçues sous forme de « construit»
remplissant au pauvre acteur en difficulté un ensemble de fonctions
sociales et décantant parfois des multiples problèmes sociaux au
sein du collectif. En vue de comprendre le mode d'organisation, d'adaptation et
le fonctionnement des rapports sociaux au sein collectif formé dans un
milieu socialement jugé bien ou mal construit, cette approche
stratégique sied à l'analyse des notions internes et externes car
pour Crozier, c'est
Celle qui permet de poser des questions adéquates
sur le fonctionnement des organisations (puis sur) le fonctionnement interne et
les dysfonctionnements, les rapports entre catégories sociales,
attitudes des différents agents, les rapports de pouvoirs, les
cloisonnements ou coopération au sein de ces institutions ; toutes
questions qui touchent aux relations46(*)
Il s'agit ainsi pour nous, en
référence à l'analyse stratégique de Crozier de
tenter d'appréhender non dans un sens macro mais de saisir juste le
fonctionnement interne et les dysfonctionnements sociopolitiques qui ont
engendré ce micro groupe, ce type d'activité et enfin les
logiques qui ont prédisposé à cette action collective en
milieu de compétition.
Cette approche individualiste de l'analyse
stratégique de Crozier permettra de réintroduire le vécu
émotionnel, le bien fondé de la formation du collectif dans un
milieu économique spontané, dans une activité telle que ce
marché du sexe et le but de la présence des uns et des autres au
sein du groupe. Cela permettra enfin de comprendre la nature et l'ampleur du
changement social possible dans ce genre de rapport social. Ceci en vue
de mieux saisir
Cette mutation, ces mouvements sociaux et le devenir des
sociétés influencées par des dynamiques
multiformes47(*)
à l'exemple de ces opératrices du
poteau bouleversées par la précarité qui pourrait
mener vers un tournant décisif influençant les structures
politiques par leurs dynamiques tant internes qu'externes. Mue par les
stratégies de groupes et d'organisation, il est aussi noté que
dans tous ces milieux, ce sont les individualités qui fondent le groupe
et les acteurs disposent bien certainement des marges de manoeuvres qui leur
sont propres. Et c'est le souci de la lecture de l'ensemble de tous ces
comportements propres aux stratégies de la jeune prostituée
à Douala qui, en orientant vers la Sociologie des organisations et des
groupes à travers la mise en exergue de l'approche individualiste,
s'appuie aussi sur les théories de l'acteur et du lien social
(Bajoit)48(*).
2- Approche de l'individualisme
méthodologique
Le paradigme de l'individualisme
méthodologique connaît un essor en France au début des
années 1970 avec R.Boudon49(*). Pour lui, l'atome de l'analyse sociologique, c'est
l'acteur individuel. Ce faisant, il formule deux postulats
fondamentaux qui régissent sa théorie :
ü Il existe un primat de l'individu sur les structures
sociales
ü Les faits sociaux découlent d'une
agrégation des comportements individuels.
Ainsi, le principe de
l'individualisme méthodologique énonce que, pour expliquer un
phénomène social quelconque (...) il est indispensable de
reconstruire les motivations des individus concernés par le
phénomène en question, et appréhender ce
phénomène comme le résultat de l'agrégation des
comportements individuels dictés par ces motivations.50(*)
Ici, le social ne peut être compris qu'à partir
des intentions des acteurs et pour saisir les logiques des comportements
individuels de ces filles de la ELF, il est nécessaire
d'accéder à leur raisonnement. Même si elles disposent
d'une certaine marge de manoeuvre, les individus agissent dans le cadre des
rôles que leur assigne la société. Dans le contexte de
cette étude, il apparaît une généralisation d'un
nouveau mode de vie qui mobilise tous les sens de la gente féminine
disposant d'une marge de manoeuvre qui lui donne libre cours en tant
qu'"actrice individuelle" d'investir par-là pour faire face
à la précarité dit-on envoûtante soit en mobilisant
un capital social fort, soit en investissant pour la construction d'un lien
social ou d'un réseau producteur capable créer des
opportunités. D'où son primat sur les « structures
sociales » peut parfois se traduire par le non-respect des
règles établies et la formulation de certains codes
spécifiques. Qu'il s'agisse des conducteurs de motos taxi ou vendeurs
ambulants, et autres..., on remarque le faible degré de contrôle
de l'Etat qui, favorisant cet effet émergent, peut en être
finalement « la première cause et la cause première.
» Pour ce travail, et grâce aux vertus de cette approche, il est
donc possible de prendre en compte la double dimension de la
réalité sociale empirico-subjective par le processus de la
macrosociologie. Au sens de P.Bourdieu, elle consiste à saisir la
formation du collectif dans le poteau par le procédé
de l'intériorisation de l'extériorité et celui de
l'extériorisation de l'intériorité.
3- Approche dynamiste et critique
A ces autres approches déjà
énoncées, vient s'ajouter cette approche de la sociologie
générative de l'école Francfort. Selon Gurvitch, c'est une
école qui fait de la sociologie en profondeur, c'est la tendance
sociologique qui explique ce qui se voit par ce qui ne se voit pas. Celle-ci
permet d'interpréter les non-dits des actions, de la mise en place des
organisations, des regroupements car la réalité ne reste pas en
surface, il faut la chercher au fond des discours, des actions et des
comportements du moment où les sociétés et groupes du
genre des prostituées s'expriment à deux niveaux au moins.
Parlant de cette réalité sociale, pour Gurvitch cité par
Nga Ndongo,
Elle se présente à l'oeil exercé du
sociologue comme disposée en paliers, en niveaux, en plans
étagés, en couches plus ou moins profondes 51(*)
C'est dire que le chercheur dans cette approche de la
sociologie générative doit regarder le fait en profondeur. Il
doit s'agir de creuser au fond des faits pour comprendre la vraie signification
de cette formation du collectif chez les filles du poteau et ses diverses
implications sur tous les plans sans partis pris et sans complaisance aucune.
L'appel de cette approche est motivé par le fait qu'en étant apte
pour la collecte elle contribue considérablement pour le traitement
des données recueillies sur le terrain de manière qualitative et
leur interprétation. Ceci nous interpelle spécialement à
l'approche critique selon laquelle
Tout système d'auto
interprétation, tout système culturel, toute idéologie,
toute religion, masque, cache, ment et révèle tout à la
fois. Ce qui est le plus caché est plus véridique. Ce qui est
montré est à expliquer par ce qui ne se montre
pas. 52(*)
C'est ainsi dire que les conglomérations sociales ont
des faces publiques et des faces cachées. De l'un ou de l'autre
côté avec Ziegler, rien ne doit être négligé
car tout doit passer au jugement critique du sociologue ; c'est
enfin un dépassement du discours officiel pour face aux deux types
d'intellectuels, mécaniques ou conformistes d'un côté et
organiques ou altruiste d'un autre côté. Notre objectif
étant le décryptage, le dévoilement des faits sociaux en
ce sens de les considérer comme des choses du point de vue de
Durkheim, ceci afin d'éviter les observations superficielles, comme le
déclare Touraine :
L'objectif principal, la
tâche première de la sociologie est de faire la critique
permanente, inlassable, rigoureuse des superstructures, des multiples
organisations, des rapports de productions matérielles, symboliques, qui
freinent, bloquent ou paralysent « la libre créativité
des hommes » et les privent ainsi d'une part essentielle de leur
vie ; c'est-à-dire de regarder ce qui est caché, de dire ce
qui est tu, de faire apparaître la faille d'un discours, la distance de
la parole à l'action.53(*)
C'est de mener aussi une analyse critique des faits, des
rôles des acteurs et des leaders pour enfin réussir à
comprendre leur puissance, leur force symbolique, aussi les problèmes et
les non-dits des groupes construits. La Sociologie d'Alain Touraine est
considérée enfin comme une Sociologie de l'action collective
composée de la Sociologie de critique du conflit Social. Elle reste
comme c'est le cas dans cette étude largement tributaire aux
problématiques Weberiennes qui accordent du crédit au sens dont
l'acteur associé au collectif donne de lui-même à l'action
qu'il engage.
Alors, cette approche a permis de creuser et de
décrypter ce qui pourrait freiner le développement de la
structure collective des opératrices du poteau qui se
réclame véritablement professionnelle. Ainsi, il convient de
construire un tableau récapitulant les axes et les différentes
perspectives théorico analytiques s'inscrivant dans ce travail et qui
complètent les limites de la théorie du capital social.
Tableau1 : VUE SYNOPTIQUE DES CHAMPS THEORIQUES ET
CONCEPTUELS COMPLEMENTAIRES
|
Approches
Privilégiés
|
Approche dynamiste
et critique
|
Approche stratégique
|
Approche
de l'individualisme méthodologique
|
|
Auteurs de référence
|
Gurvitch
Ziegler Tourraine
|
Crozier Friedberg Weber Ansart
|
Boudon Weber Simmel
|
|
Priorités analytiques
|
-Mobilisation collective
-Mouvements sociaux
-Interactions sociales
-Logique d'action (solidarité)
-Socialisation
-Itinéraires professionnels d'accumulation
|
-Analyse stratégique
-Mouvements sociaux
-Comportements d'acteurs
-Construction des identités
-Logique des acteurs
-Logique de construction du lien social et du lien de
solidarité
-Organisation, fonctionnement interne
-Conditions d'émergence & de maintien
-Stratégie individuelle et collective des acteurs
-Les ethno méthodes et les stratégies de groupe
|
-Logique de l'acteur individuel
-Marge de manoeuvre des acteurs
-Mode de vie-symboles
-Les ethno méthodes et les stratégies des
individus
-Logique d'échange du lien social : de l'individuel
vers le collectif et du collectif vers l'individuel
|
|
Objectifs
|
-Comprendre et décrypter les niveaux cachés du fait
social
-Dépasser le niveau des discours officiel et
dévoiler les contradictions
|
-Comprendre le fonctionnement
-Comprendre le système organisé
-Comprendre les logiques d'acteurs et du système
-Saisir la fluctuation du lien social
-Comprendre le processus d'échange du lien social
(disensuel et consensuel)
-Comprendre stratégie de professionnalisation
|
-Comprendre les modifications individuelles
-Comprendre les effets ou résultats de
l'agrégation des comportements individuels
-Comprendre les codes spécifiques du milieu
-Comprendre l'action des individus
|
|
Mise en contexte théorique
|
-Sociologie générative
-Sociologie des profondeurs
-Recours à l'histoire
|
-Sociologie des organisations et des groupes
-Théories du lien social (Bajoit)
-Théorie de l'acteur au quotidien (Goffman)
-Théorie individualiste
|
-Ethnométhodes de l'action collective
-Théorie de rationalisation des comportements sociaux
-Théorie économique sur le marché
|
|
Méthode ou logique d'analyse
|
Empiricoinductive, compréhensive
& qualitative
|
Empiricoinductive, compréhensive
& qualitative
|
Empiricoinductive, compréhensive & qualitative
|
|
Auteurs complémentaires
|
Dubar, Sainsaulieu, Songue, Ferreol, Goffman
|
Source: Adaptation personnelle du
chercheur Mode de lecture : Linéaire
de la gauche vers la droite pour la production de la recherche et du haut vers
le bas pour les détails approche par approche
C- APPROCHE DU CAPITAL SOCIAL : LES BASES THEORIQUES
Dans cette partie théorico
conceptuelle du travail liée à l'approche théorique du
capital social, après avoir présenté les
modélisations nécessaires du capital social ainsi que ses
particularités en concordance avec le champ socioculturel local de
activités économiques spontanées, elle
s'intéressera à s'interroger sur les situations de mise en oeuvre
du capital social chez les opératrices filles du poteau de la Elf
à Douala.
1- CONTEXTE DE NAISSANCE DU CONCEPT DE CAPITAL SOCIAL ET
D'EMERGENCE DE LA THEORIE
Le capital social, il désigne la somme de rapports
courtois que les humains développent tout au long de leur vie ou au
cours d'une opération précise, lesquelles sont susceptibles de
faciliter leur épanouissement (Granovetter, 1973). Le capital social est
produit par les relations intra et inter-familiales (Coleman, 1988), par la vie
publique dans les sociétés contemporaines (Putnam, 1995) ou
encore par les relations inter et intra-firmes (Burt, 1992). Le concept peu
fécond en sciences sociales (Bourdieu, 1986), le capital social est
constitué de ressources relationnelles mobilisables pour l'action. Il
semble avoir des implications lumineuses sur la compétitivité des
acteurs en situation de positionnement dans la mesure où la construction
d'un réseau relationnel fort liant les différentes positions
sociale peut faciliter le partage des informations gagnantes (Tsai, 2000). Dans
le même ordre d'idées, l'impact du capital social sur le
développement du capital intellectuel est noté où la somme
des relations sociales contribue singulièrement au développement
des connaissances et des capacités d'apprendre d'une collectivité
sociale soulignent Nahapiet et Ghoshal (1998)
On remarquait que la recherche en sciences sociales comme en
sociologie sur le capital social ne prenait pas clairement en compte plusieurs
logiques sociétales liés aux déviations des comportements
des acteurs. Tandis que le capital social puise ses sources dans la logique de
la théorie des échanges sociaux, elle s'y inscrit aussitôt.
Pourtant, les jeux de pouvoir dans les relations de toute nature influent sur
les bases de création des rapports ou des relations sociales -et
là c'est le plus grand nombre qui compte-. Aussi, la nature des
relations sociales qui peuvent se nouer entre les acteurs est contingente au
contexte socioculturel du fait aussi de la communauté dite
«informelle» fondée au départ sur les relations
interpersonnelles.
Depuis le milieu des années 1990, la notion de capital
social semble jouir d'une certaine popularité dans la littérature
socio-économique. A l'origine, il s'agit d'un concept
développé par le sociologue P. Bourdieu54(*), mais, très vite, la
conception du capital social va s'élargir jusqu'à faire
référence à l'ensemble des interactions sociales au sein
d'une société. Théorie basée sur les interactions
sociales, cette considération de la théorie du capital social et
considérée comme une réelle dérive de la science
qui a laissé libre cours à tous. Mais une des conséquences
de cette dérive amène à considérer que les
institutions sont une forme de capital, ce qui va entraîner un regain
d'intérêt envers les modèles de croissance endogène.
Parmi les nombreuses limites de cette démarche, le principal
problème réside dans l'abondance et l'imprécision des
définitions du capital social ; si bien que ce dernier
apparaît comme un concept fourre-tout utilisé à
l'emporte-pièce.
Afin de palier cette difficulté théorique, la
définition de Bourdieu propose de réinterpréter le capital
social dans une perspective micro-économique et doublement sociologique.
Ainsi le capital social se défini comme l'ensemble des droits qu'un
individu possède sur les ressources de son réseau social, sur les
ressources de son groupe d'appartenance et même son environnement
socioprofessionnel. Cette définition fait du capital social un actif que
les ménages peuvent utiliser en cas de besoin. (Nicolas Sirven, 2004)
Dans la littérature socio-économique, les liens
de contiguïté forts entre acteurs (agrégation voisine,
collectif formé) sont présentés comme une base explicative
discriminante de l'évolution territoriale. Cette analyse qui renvoie aux
modalités de coordination entre acteurs trouve ses fondements
théoriques dans l'approche du capital social. Valérie Angeon et
Jean-Marc Callois dans leur article55(*), opèrent l'analyse des mécanismes
économiques par lesquels les facteurs sociaux influent sur le
développement. Une mise en confrontation de la théorie aux faits
est proposée à partir des exemples des deux territoires ruraux
français. Mettant en exergue les notions de développement
territorial, de capital social et d'espaces ruraux, ces auteurs placent en
premier chef un accent sur les formes et relations sociales organisées
avant de pouvoir en dégager quelques incidences sur le
développement territorial étudié.
Dans l'ouvrage collectif Le capital social56(*), les auteurs dégagent
la portée du champ de la notion de capital social en mettant en
exergue les « obscurités, indétermination et
ambiguïtés » qui se soulève sur la dite
théorie. A son introduction, à travers l'effet Bowling
Alone57(*), mettant
en exergue les notions de Performance, équité et
réciprocité, R.Putnam se demande où est passé
l'engagement civique ? Il passe en revue les contre-tendances du capital social
ressortant les principes de base de la théorie fondée sur l'enjeu
des bons rapports de voisinage et de la confiance en autrui. Finalement il
s'atèle à répondre à la question de pourquoi y
a-t-il eu déperdition du capital social aux Etats-Unis par son regard
sur l'arrivée massive des femmes sur le marché du travail, par
son regard sur la mobilité, par son regard sur d'autres bouleversements
démographiques et enfin par son regard sur la révolution
technologique dans le domaine des loisirs.
Il est donc nécessaire à l'issu de ce bref
aperçu sur le concept théorique de capital social, de faire un
tour vers les pensées de quelques pionniers.
2-MOBILISATION DE QUELQUES AUTEURS PIONNIERS OU
THEORICIENS DU CAPITAL SOCIAL.
a- BOURDIEU, COLEMAN ET PUTNAM.58(*)
Ces 10 dernières années, le concept de capital
social a largement été adopté par les spécialistes
des sciences sociales, les commentateurs sociaux, les élus et les
intervenants du développement social et économique en
général. Ce concept a tellement été utilisé
dans de multiples contextes qu'il est préférable, lorsqu'on
l'applique à une étude empirique, d'être précis
quant à la définition donnée au terme capital social et
à la pertinence du concept pour la recherche. Nous utilisons ce concept
parce que notre étude traite des ressources du lien social, et ensuite
parce qu'il constitue un équivalent contextuel au capital humain; le
concept de capital humain référant à ce qu'un individu
peut savoir et le concept de capital social référant à qui
un individu peut connaître. Dans l'économie industrielle
d'aujourd'hui, le travail salarié est la principale source de revenu de
la majorité des gens; la disponibilité des emplois et la
capacité des gens à les conserver est manifestement un enjeu de
justice sociale. En effet, l'accès aux ressources
socio-économiques et la distribution équitable de celles-ci sont
au centre des préoccupations de justice sociale
A ce sujet les trois théoriciens les plus
fréquemment cités pour leur contribution à
l'élaboration et à l'application du concept et de la
théorie de capital social sont Bourdieu (1986), Coleman (1990) et Putnam
(1993). Tout les autres partisans et les vulgarisateurs du concept de capital
social ont plutôt été influencés par les travaux de
Coleman et Putnam et n'ont accordé que peu d'attention au travail de
Bourdieu dans le domaine (Fine, 2001). Même si ces trois
théoriciens assimilent le capital social à la structure sociale,
ils le font différemment, ce qui reflète les fondements de leur
approche respective et la réalité sociale qu'ils cherchent
à comprendre. Les différences entre les bases théoriques
de Bourdieu, de Coleman et de Putnam se résument en si peu.
i- LES BASES THEORIQUES DE BOURDIEU, DE COLEMAN ET DE
PUTNAM
ü Selon Bourdieu, le capital social est une ressource
employée par les gens pour appuyer leurs stratégies pour
maintenir ou améliorer leur position dans la hiérarchie sociale.
Il emploie le concept dans le cadre d'une approche axée sur la praxis,
dans laquelle on considère que les pratiques sociales sont crées
par un processus impliquant l'interaction entre structure et l'individu. Le
concept de capital est au centre des travaux de Bourdieu à qui l'on
attribue, outre l'utilisation de l'idée de capital social, le concept de
capital culturel qui est couramment utilisé en théorie de
l'éducation. L'idée de capital fait partie intégrante de
son concept théorique général de champ social.
ü Coleman applique le concept au domaine de
l'éducation et au rôle du capital social dans l'accroissement du
capital humain. Son approche est fondée sur la théorie du choix
rationnel et provient aussi de ses travaux antérieurs sur la
théorie des échanges sociaux.
ü Putnam applique le concept à la
compréhension et au soutien des institutions démocratiques aux
niveaux régional et national. Son utilisation du concept de capital
social est influencée par Coleman et, malgré les
différences entre ses champs d'intérêt et ceux de Coleman,
ils considèrent tous deux que le capital social est un bien public, une
ressource collective que l'on tend à sous-estimer et dont il y a
pénurie.
Puisque l'on voit le capital social comme un bien public, on
insiste sur ses aspects positifs ou fonctionnels tout en passant sous silence
ses inconvénients. Dans cette recherche, les inconvénients
potentiels du capital social sont associés à la capacité
paradoxale des liens forts et des critères d'appartenance au
réseau, qui sont à la fois des sources de capital social pour les
membres et des motifs d'exclusion pour ceux qui ne répondent pas aux
critères d'appartenance au réseau. L'exclusion ou la mise
à part des« non-initiés » des groupes ou des
réseaux par les« initiés », en raison d'une
différence sociale particulière ou de plusieurs
différences construites, illustre la logique du capital social par le
processus cognitif du changement du lien social dans les réseaux de
relations sociales ainsi tissés. Cette exclusion montre également
que le capital social peut exister sous différentes formes et dans
différents réseaux et qu'une forme de capital ayant cours dans un
réseau n'a pas nécessairement de valeur au sein d'un autre.
Peu importe le motif de l'exclusion, la conséquence
est un manque d'accès à des ressources potentiellement utiles.
L'intérêt de la conceptualisation du capital social de Bourdieu
dans le cadre de la présente étude réside dans l'attention
particulière portée à la dimension individuelle du capital
social, ainsi qu'à l'équation qu'il fait entre le capital social
et les qualifications requises pour devenir membre d'un groupe, d'un
réseau social particulier, ou pour reprendre la théorie de
Bourdieu, d'un champs social. De plus, sa théorie des champs sociaux
apporte un vocabulaire qui se prête à l'analyse des relations de
pouvoir entre les champ ou les réseaux. Cette étude combine le
concept du capital social de Bourdieu avec les techniques d'analyse des
réseaux sociaux afin d'étudier d'une part, les relations entre la
structure du réseau social et le capital social connexe y étant
associé et, d'autre part, l'insertion dans le marché du travail
par les activités économiques spontanées.
ii- QUOTIDIENNEMENT, QU'EST-CE QUE LE CAPITAL
SOCIAL ? : EN QUOI DIFFERE-IL DU CAPITAL HUMAIN ET DE LA CAPACITE
SOCIALE ?
« Ce qui compte, ce n'est pas ce que vous
connaissez, mais qui vous connaissez. » Cet aphorisme résume
en grande partie l'opinion populaire concernant le capital social. La sagesse
née de l'expérience veut que l'appartenance à des clubs
exclusifs exige des contacts à l'intérieur de ceux-ci, et que les
concours fermés pour des emplois et des contrats sont habituellement
remportés par ceux qui ont des « amis haut
placés ». Lorsque les temps sont durs, nous savons que nos
amis et notre famille constituent notre dernier « filet de
sécurité ». De façon moins déterminante,
certains des moments les plus heureux et les plus valorisants de notre vie sont
consacrés à échanger avec nos voisins, partager un repas
avec des amis, participer à des rassemblements religieux et faire du
bénévolat dans le cadre de projets communautaires. Après
cette explication brève et de façon intuitive,
donc, l'idée de base que l'on se fait du capital social veut que la
famille, les amis et les associés soient un actif important sur lequel
on peut compter en cas de crise, dont on peut profiter pour le plaisir ou qui
peut servir pour obtenir un gain matériel quelconque. Les
communautés riches de réseaux sociaux et d'associations
communautaires seront mieux placées pour affronter la pauvreté et
la vulnérabilité59(*), résoudre des disputes60(*) ou tirer profit de nouvelles
occasions62(*)
Inversement, l'absence de liens sociaux peut avoir un impact tout aussi
déterminant. Les employés de bureau, par exemple, craignent
d'être exclus du « circuit » lorsque les
décisions à prendre sont importantes. Les professionnels
ambitieux reconnaissent que, pour aller de l'avant avec une nouvelle
initiative, il faut habituellement s'engager de manière active à
« réseauter », c'est-à-dire à
créer les liens sociaux qui leur manquent. L'intuition et ce qu'on
entend chaque jour permettent également de reconnaître une
caractéristique additionnelle du capital social : celui-ci comporte des
coûts ainsi que des avantages, et les liens sociaux peuvent être un
poids autant qu'un atout.62(*) La plupart des parents, par exemple, craignent que
leurs adolescents aient de « mauvaises
fréquentations », que la pression exercée par le groupe
et le profond désir des jeunes d'être acceptés les
amène à adopter des habitudes néfastes. Au niveau des
institutions, un grand nombre de pays et d'organismes -y compris la Banque
mondiale- ont des lois contre le népotisme, reconnaissant de
façon explicite que les contacts personnels peuvent être
utilisés pour discriminer injustement, biaiser et corrompre. Bref, dans
les expériences de tous les jours, il est clair que les liens
sociaux peuvent être à la fois une bénédiction et
une plaie. Ces caractéristiques du capital social sont bien
étayées par de nombreuses preuves empiriques et ont des
conséquences importantes sur le développement économique,
sur les nouvelles configurations sociales et le processus ou les
mécanismes mis en jeux quant à l'amélioration des
conditions de vie comme chez les divers opérateurs du
« poteau » voire des activités économiques
spontanées.
La preuve empirique la plus évidente à l'appui
de la thèse du capital social provient d'études auprès de
ménages et de communautés (c.-à-d. micro) qui
décrivent, à partir des mesures sophistiquées des
réseaux communautaires, la nature et l'étendue de la
participation des acteurs ou agents à la communauté et les
échanges entre voisins. Dans d'autres pays les données d'appui de
la thèse du capital social les plus complètes proviennent
d'études urbaines63(*), de statistiques de santé publique64(*) et du monde des
affaires,65(*) l'argument
unificateur étant que, après avoir contrôlé les
autres variables clés, les acteurs les mieux branchés sont plus
susceptibles d'être logés, en santé, au travail et heureux.
Plus spécifiquement, ils ont plus de chances d'obtenir des promotions
rapides, de recevoir de meilleurs salaires, d'obtenir une évaluation
favorable de leurs pairs, d'être plus assidus au travail, de vivre plus
longtemps et d'être plus efficaces dans l'exécution des
tâches qu'on leur confie pour le cas des travailleurs et il en est de
même pour le agents des AES et les filles du poteau..
3- QUELQUES CHAMPS D'APPLICABILITE
La théorie du capital social s'applique à tous
les domaines de la vie sociales ; politiques, économiques,
culturelles...mais il sera question pour nous de faire un tour ici dans
quelques pistes possibles ayant déjà été visites
précédemment par d'autres chercheurs.
a- LE CAPITAL SOCIAL ET LE RENDEMENT
ECONOMIQUE
Le capital social s'est aussi glissé dans les
débats concernant le rendement économique sur la base de sa
prétention ambitieuse de constituer un facteur de production
indépendant -et donc sous-estimé-. Les économistes
classiques ont identifié la terre, le travail et le capital financier
(c.-à-d. le niveau d'investissement) comme étant les trois
facteurs de base de la croissance économique, auxquels, dans les
années 1950, Robert Solow a ajouté l'importance de la technologie
(capital physique). Dans les années 1960, les économistes
néoclassiques comme T.W. Schultz et Gary Becker ont introduit la notion
de capital humain, arguant que le nombre de travailleurs instruits,
formés et en santé d'une société déterminait
avec quel degré de productivité les facteurs orthodoxes pouvaient
être utilisés. L'équipement le plus nouveau et les
idées les plus innovatrices confiés aux mains et aux cerveaux des
individus les plus brillants ou les plus aptes ne donneront que peu de
résultats, à moins que ces personnes aient aussi accès
à d'autres gens qui les informent, les corrigent, les aident et
diffusent leur travail. La vie à la maison, dans un conseil
d'administration ou dans un atelier est à la fois plus gratifiante et
productive lorsque les fournisseurs, les collègues et les clients sont
en mesure de combiner leurs compétences et leurs ressources
particulières dans un esprit de collaboration et d'engagement à
l'égard d'objectifs communs. Essentiellement, alors que le capital
humain repose sur les personnes, le capital social s'appuie sur les relations.
Le capital humain et le capital social sont complémentaires, toutefois,
dans la mesure où les citoyens instruits et informés sont
davantage capables d'organiser et d'évaluer les renseignements
conflictuels et d'exprimer leurs points de vue de façon constructive.
Les écoles qui font partie intégrante de la vie communautaire,
qui suscitent un engagement élevé de la part des parents, qui
élargissent activement les horizons de leurs étudiants, voient
ces derniers obtenir de meilleures notes aux examens.66(*)
Une grande partie de l'intérêt des
économistes à l'égard du capital social a
été alimenté par une définition qui inclut non
seulement la structure des réseaux et des relations sociales, mais aussi
les dispositions comportementales (comme la confiance, la
réciprocité, l'honnêteté) et les mesures
institutionnelles de la qualité (« primauté du
droit », « caractère exécutoire des
contrats », « libertés civiles »,
etc.).67(*) Cette approche
plus englobante suscite l'intérêt chez certains parce que
l'existence d'importants ensembles de données transnationales (par
exemple celles du sondage World Values, les indices Gastil et les cotes Freedom
House) permet au capital social -mesuré maintenant en fonction du
pointage obtenu aux chapitres de la confiance et de la gestion des affaires
publiques des pays- d'être pris en compte dans les régressions
macro-économiques de croissance.
Michael Woolcock68(*) dans un document ``Le
rôle du capital social dans la compréhension des
résultats sociaux et économique'' constitue une brève
introduction aux récents ouvrages théoriques et empiriques sur le
capital social tel qu'il s'applique aux questions de développement
économique, avec un accent particulier sur sa signification pour les
pays de l'OCDE. La théorie est apte à passer en revue les preuves
empiriques à l'appui des hypothèses clés concernant le
développement économique, spécialement la relation entre
les institutions officieuses et officielles, et leur capacité collective
de gérer le risque. Il explore les conséquences d'une
théorie générale du capital social sur la croissance
économique dans les pays de l'OCDE.
Il est à peine possible d'accorder trop de valeur au
fait de mettre des êtres humains en contact avec des personnes
différentes et avec des modes de réflexion et d'action qui ne
ressemblent pas à ceux qui leur sont familiers. Une telle communication
a toujours été et est toujours, particulièrement à
notre époque, l'une des principales sources de progrès.
b- LA THEORIE DU CAPITAL SOCIAL : UNE NECESSAIRE
APPLICATION AU CHAMP DE L'EDUCATION.
Ne s'appliquant pas qu'à l'éducation elle est
l'un des leviers d'action de nombreux champs et de nombreux domaines semblent
déjà très prometteurs. Le capital humain et le capital
social : Ces deux types de capital sont clairement reliés au sein
d'une sorte de cercle vertueux, l'éducation tendant à augmenter
le capital social et, simultanément, le capital social tendant à
accroître les performances éducatives. Le déclin ou la
déviation du capital social aux Etats-Unis au même titre qu'au
Cameroun aurait pu être encore plus prononcé si la qualité
et la force de notre enseignement universitaire n'avaient pas été
ce qu'elles sont. Néanmoins, il faut aller plus loin car on a pu montrer
que l'éducation civique, les services obligatoires rendus à la
collectivité par elle-même ou par l'Etat ou réciproquement
et même les activités extrascolaires telles que la ballade, le
sport et la musique ont eu et continuent d'avoir des effets à long terme
sur l'implication civique, éthique des étudiants, des jeunes qui
y avaient été exposés.
La conception des établissements scolaires, mais aussi
des bureaux, des quartiers d'habitation et des villes entières doit
prendre en compte la façon dont l'architecture (en général
comme dans les détails) est susceptible d'encourager des connexions
faciles et informelles entre des individus qui, sinon, pourraient se retrouver
isolés dans des recoins ou même totalement exposés à
la déviance et aux vicissitudes déshonorantes. En tant que
principe conceptuel, la « subsidiarité » a sa pertinence ici,
de même que les organisations « cellulaires » telles que les
« écoles dans les écoles » ou les «sous-groupes
dans les groupes» ou les « sous-ensembles dans les ensembles»,
dans lesquelles des groupes s'imbriquent dans d'autres groupes plus grands
qu'eux tout en retenant leur identité propre et en se reconnaissant tels
quels. Le problème est que les politiques menées peuvent par
inadvertance « détruire » le capital social d'où on
doit se pencher au moins sur ses répercussions sur les réseaux
sociaux69(*) du moins sur
le plan éducationnel. Au fur et à mesure du développement
des marchés du travail -et notamment de leur féminisation-, de
l'expansion des innovations technologiques et de l'imminence de la
globalisation, une plus grande souplesse des employeurs peut permettre aux
salariés de mieux concilier exigences professionnelles et besoins
familiaux et communautaires. Ce qui finalement au lieu de pousser aux
réseaux inadéquats associerait un peu de loyauté et de
pudeur dans les choix des itinéraires d'accumulation professionnelle et
sociale qui, sont le plus souvent dictés par les milieux de
l'éducation.
Parlant de la situation aux Etats-Unis, Dr. Putnam fait
allusion à son ouvrage Bowling Alone70(*), pour lui finalement, il soutient que de très
nombreuses formes de capital social liées à l'éducation
(liens familiaux et amicaux, associations civiques, partis politiques,
syndicats, groupes religieux, etc.) avaient connu un déclin aux
États-Unis au cours des 30 ou 40 dernières années,
après avoir progressé pour la plus grande part du XXe
siècle. Dans d'autres pays, de nombreuses personnes pensent que
lié à l'éducation, un recul similaire des liens
communautaires et familiaux s'est également produit. Mais il n'a jamais
soutenu que le capital social était synchronisé avec un seul
métronome mondial. Par exemple, le calendrier et le rythme de
l'apparition de la télévision, qui a eu une influence
éducative importante sur les connexions sociales, ont beaucoup
varié avec le lieu et deviennent de plus en plus incontrôlables
par les hiérarchies et les acteurs eux-mêmes. Ainsi, il est
important d'accorder de l'attention aux réseaux sociaux et aux normes de
réciprocité, que l'évolution soit à la hausse ou
à la baisse dans un pays donné et à un moment
donné. De manière contextuelle, pour le cas du Cameroun comme
celui de toutes nos grandes métropoles et même dans nos milieux
ruraux, un grand recul des liens communautaires et familiaux s'est produit.
Aujourd'hui la construction des réseaux sociaux et la formation du
collectif n'ont d'explications que péjoratives du fait de la symbolique
et du fonctionnement interne « sectariste » ou
séditieux des entités formées.
4- LA THEORISATION DU CAPITAL SOCIAL ET SES LIMITES
POSSIBLES DANS L'ANALYSE
L'épistémologie reconnaît que dans aucune
circonstance, la réalité scientifique est acquise, c'est à
dire parfaite. C'est en ce sens qu'au sujet déjà de la
théorie du capital social, comme partout ailleurs dans les principes de
théorie, bien qu'elle présente de forces, il n'est pas possible
de nié ses faiblesses ou ses limites et pour ce cas, les critiques
fusent de partout depuis sa définition.
a- DISCOURS CRITIQUE AUTOUR DE LA CONCEPTUALISATION DU
CAPITAL SOCIAL
La conceptualisation du capital social dans les unités
d'analyse, allant des personnes aux institutions et aux nations, prête
toutefois flanc à la critique selon laquelle tout s'applique à
tous (et par conséquent rien à personne). Une brève
analyse des débats entourant la définition du capital social peut
aider à contrer ces préoccupations.
Ø Primo , bien qu'une variété d'approches
aient été utilisées pour décrire et circonscrire le
capital social, un consensus émerge dans l'ensemble des sciences
sociales concernant sa définition, lequel s'appuie sur une base
empirique de plus en plus solide. La définition peut se résumer
comme suit : le capital social fait référence aux normes et
aux réseaux qui facilitent l'action collective.
Ø Secundo, il est important que toute définition
du capital social mette l'accent sur ses sources, plutôt que ses
conséquences, c'est-à-dire sur ce qu'est le capital social,
plutôt que ce qu'il fait. Cette approche élimine une notion comme
la « confiance » de la définition du capital social.
La confiance est sans aucun doute vitale en soi, mais pour les besoins
présents elle est mieux comprise sous la forme d'un résultat
(d'interactions répétées, d'institutions juridiques
crédibles, de réputations).
Ø Tertio, pour le bénéfice de la
clarté, le capital social a plus de sens lorsqu'il est
considéré comme variable relationnelle (c.-à-d.
sociologique) plutôt que psychologique (individuelle) ou politique
(institutionnelle ou nationale). Ce qui est plus important, c'est que la
recherche empirique la mieux faite et la plus cohérente sur le capital
social, toutes disciplines confondues, devenu théorie, il a
été opérationnalisé comme une variable
sociologique.71(*) Les
données empiriques devraient également être la source de
critiques à l'égard de l'utilisation et de l'efficacité du
capital social. Si le terme est facile ou distrayant, comme certains le
soutiennent,72(*) il
faudrait le démontrer de manière empirique plutôt que de le
réfuter dans le cadre d'une polémique. Compte tenu de
l'accumulation ininterrompue de données appuyant le caractère
significatif du capital social, toutefois, le fardeau de la preuve
théorique devient rapidement celui de ses détracteurs. Une des
vertus d'une définition relativement étroite et consensuelle,
c'est qu'elle encourage ses promoteurs ainsi que les sceptiques à
respecter les mêmes règles.
Ø Quarto, pour expliquer toute la gamme des
résultats associés au capital social, il est nécessaire de
reconnaître la nature multidimensionnelle de ses sources. La distinction
la plus courante et la plus populaire est celle établie entre le capital
social « affectif » et
« relationnel ».73(*) Le premier terme faisant référence aux
relations entre les membres d'une famille, les amis proches et les
voisins ; le deuxième, aux amis plus éloignés, aux
associés et aux collègues. L'aspect relationnel correspond
essentiellement à une métaphore horizontale, impliquant
toutefois des connexions entre gens qui partagent de manière large des
caractéristiques démographiques semblables. Comme Fox et Heller
l'ont souligné,74(*)
le capital social a également une dimension verticale. La
crise économique dans laquelle vit les populations urbaines des pays du
Sud est grandement fonction de l'impuissance politique et de l'exclusion des
couches névralgiques. Par conséquent, une tâche essentielle
des praticiens du développement et des décideurs consiste
à s'assurer que les activités des laissés pour compte sont
non seulement « tournées vers l'extérieur »,
mais sont également « valorisées ». Une
importante composante de cette stratégie suppose l'établissement
d'alliances avec des personnes sympathiques exerçant le pouvoir, une
approche que Hirschman qualifie ironiquement de « réforme
à la dérobée ».75(*) Pour ajouter au discours hirschmanien, cette
dimension verticale pourrait s'exprimer par la notion de « liens
entre les différentes couches sociales ». La capacité
d'utiliser les ressources, les idées et les renseignements d'organismes
officiels extérieurs à la communauté est une fonction
clé dans l'établissement des liens du capital social. Une
approche multidimensionnelle permettant de faire valoir que ce sont
les différentes combinaisons de ces trois types de capital social qui
sont responsables de la variété des résultats
observés dans la littérature et qui permettent l'adoption d'une
composante dynamique selon laquelle les combinaisons optimales changent avec le
temps.
Ø Cinquièmement, il est important de souligner
qu'une définition étroitement sociologique du capital social
-c'est-à-dire axée sur les réseaux internes des
communautés, entre ces dernières et au-delà de ces
dernières- ne doit pas nous faire perdre de vue le contexte
institutionnel dans lequel ces réseaux baignent, particulièrement
le rôle de l'État. En effet, la vigueur ou l'indigence ne peuvent
être comprises sans tenir compte de son environnement institutionnel
élargi. Les communautés peuvent être très
engagées parce qu'elles sont maltraitées ou non reconnues par les
organismes publics (par exemple fournissant leur propre forme de métier,
de loi, de norme et de sécurité parce que les décideurs et
le politique ont refusé de le faire et refusent encore de le faire) ou
parce qu'elles jouissent de relations dit-on extrêmement
complémentaires avec l'État. Comme certains économistes et
anthropologues l'ont noté,76(*) l'absence d'organismes officiels ou leur faiblesse
est souvent compensée par la création d'organismes
officieux.77(*) À
cet égard, que capital social émerge davantage dans les
contextes de vie institutionnel. Alors des gouvernements faibles, hostiles ou
indifférents ont un effet profondément différent sur la
vie communautaire (et les projets de développement), par exemple, que
les gouvernements qui respectent les libertés civiles, reconnaissent la
primauté du droit, résistent à la corruption et tombent de
moins en moins dans les situations d'impasse.
b- REPLIQUES AUX CRITIQUES ELABOREES PAR PUTNAM78(*)
Il n'est pas étonnant que la nouvelle
notoriété du capital social ait été à
l'origine d'un mouvement de ressac dans certains milieux. En plus des
préoccupations concernant les débordements conceptuels et
l'absence de spécificité empirique dont on a fait état
ci-dessus, un certain nombre d'autres questions ont été
soulevées. Certaines sont légitimes, bien sûr, et
méritent réponse, étant donné qu'aucune idée
ou aucun programme n'est bien servi par des défenseurs qui refusent de
faire le point régulièrement, qui pensent à l'égard
de la communauté et qui ne reconnaissent ni ne s'attaquent aux
faiblesses. Un grand nombre de ces préoccupations sont toutefois
simplement sans fondement ou, à tout le moins, ne constituent pas des
raisons suffisantes de rejet. Ainsi les quatre des questions soulevées
par les critiques trouvent esquisse de réponse.
Le capital social est imparfait, selon les critiques, parce
que :
· Il sert d'anciennes idées sous un nouvel
emballage, davantage de style (bon « marketing ») que de
substance.
Le volet « bon marketing » de cette
affirmation est vrai, mais ce n'est pas une faiblesse. L'engouement qui entoure
le capital social, comme n'importe quel autre « produit »
serait retombé de lui-même depuis longtemps s'il ne s'appuyait sur
une base empirique rigoureuse suffisante et si une variété de
gens n'y avait « adhéré ». Mais la base est
solide et en pleine expansion, et l'auditoire, important et diversifié.
Pendant trop longtemps, la sociologie s'est contentée d'échanger
ses idées clés dans une terminologie obscure confinant au jargon
qui a peu de résonance dans d'autres disciplines ou (ce qui est plus
important) dans le public en général. L'idée de capital
social est au fond une idée simple et intuitive qui signifie quelque
chose pour beaucoup de gens différents. Sans se compromettre
indûment, l'idée de capital social donne aux thèmes
sociologiques classiques (et contemporains) une voix qu'ils n'auraient pas
autrement.
· C'est simplement la dernière trouvaille, le
dernier mot à la mode des sciences sociales.
Le désavantage de commercialiser une idée
nouvelle mais imprécise, c'est que beaucoup de gens essaient de se
mettre à la remorque de celle-ci. Ces gens cherchent à donner de
la crédibilité à leur travail en appelant ce qu'ils font
de la « recherche sur le capital social », même s'ils
n'ont qu'une idée très vague de la manière dont la plupart
des autres ont utilisé le terme. Une telle situation,
répétée trop souvent, donne en effet l'impression que le
capital social sert à toutes les sauces. Bien que le nombre
d'études continue d'augmenter de façon exponentielle, une base
cohérente et rigoureuse s'établit. À mesure qu'il se
créera un consensus (si l'on peut dire) concernant la définition
et les assises théoriques de cette notion, la différence entre
défenseurs et opposants deviendra beaucoup plus claire. Il est important
de noter qu'il existe également une composante liée à la
demande, dans la récente popularité du capital social, en ce sens
qu'il répond à un vide conceptuel, tant dans les principales
théories du développement économique que du
développement social, sur la manière de traiter avec
sérieux des dimensions sociales. Aussi longtemps que ce vide existe et
tant que l'idée de capital social peut le combler de façon
convaincante, le terme à la mode sera le bienvenu, et ne sera pas
rejeté.
· Il encourage et récompense
l'« impérialisme économique » (relations
sociales perçues comme « capital »).
L'idée de capital social a surtout été
développée par des sociologues de l'économie et à
cet égard elle offre autant d'occasions d'ouverture des vannes à
l'« impérialisme sociologique » qu'aux
économistes et à l'« économisme » (ou
relationnisme économique, comme on l'appelle en Australie). Au bout du
compte, cependant, il n'est avéré que ce genre
d'impérialisme soit totalement mauvais dans l'une ou l'autre direction.
Les disciplines devraient avoir l'assurance de leurs convictions ; il
n'existe aucune loi dictant qui doit étudier quoi et avec quelle trousse
d'outils, et les récompenses devraient être
décernées à ceux qui fournissent la réponse la plus
convaincante aux questions les plus importantes. Dans la mesure où nous
vivons dans un monde où les idées dominantes -tant dans le
discours populaire que dans la politique gouvernementale- sont celles de
l'économie, nous devrions accueillir avec joie les occasions de modifier
les éléments les plus extrêmes de ces idées, et de
développer des idées concrètes de rechange. Le fait de
parler des relations sociales comme d'un « capital », par
exemple, n'est pas une hérésie sociologique ou une concession
à l'économie. Cela reflète simplement la
réalité qui veut que nos relations sociales soient l'une de nos
façons d'affronter l'incertitude (retourner à notre famille
lorsque nous perdons notre emploi), de prolonger nos intérêts
(utiliser les réseaux d'anciens étudiants pour obtenir un bon
emploi) et d'atteindre des résultats que nous ne pourrions atteindre par
nous-mêmes (organiser un défilé). La plus grande
qualité du capital social, toutefois, est peut-être qu'il aide
à transcender d'un seul coup les guerres de l'impérialisme,
fournissant un discours commun au-delà des divisions disciplinaires,
sectorielles et méthodologiques.
· Il néglige les considérations de pouvoir,
particulièrement chez ceux qui sont relativement impuissants.
Les chercheurs, les activistes et les décideurs se sont
appropriés le capital social sur toute la largeur du spectre politique
(fait intéressant en soi), de telle sorte qu'il est possible de lire ce
qui s'est écrit de façon sélective et d'en arriver
à la conclusion ci-dessus. Une lecture plus complète, cependant,
révèle qu'on peut recourir à la perspective du capital
social non seulement pour aider à expliquer l'émergence et la
persistance des relations de pouvoir, mais aussi -peut-être est-ce
là le plus important- pour fournir une base constructive afin de
réagir. C'est une chose que de reconnaître, par exemple, que la
précarité tant observée est causée en partie par
l'exclusion de certains groupes marginalisés, organismes publics,
privés et communautaires. Cela en est une autre que d'énoncer ce
qui devrait arriver ensuite. La théorie marxiste prédit la
révolution et en fait la promotion en assumant que les groupes
privés de leurs droits de représentation partagent des
intérêts communs. La théorie néoclassique
présume que des marchés (formels et informels) émergeront
par eux-mêmes pour créer un équilibre efficace. La
théorie de la modernisation défend la transformation globale de
toutes les relations sociales traditionnelles si l'on accède à
une plus grande prospérité. À son mieux, le point de vue
du capital social reconnaît que le fait d'être exclu de ces
institutions tient à des intérêts acquis puissants, mais
que les groupes marginalisés eux-mêmes possèdent des
ressources sociales uniques qui peuvent être utilisées pour
empêcher cette exclusion, et comme mécanisme permettant d'avoir
accès à ces institutions. Les intermédiaires comme les ONG
ont un rôle crucial à jouer dans un tel processus parce qu'il faut
beaucoup de temps pour obtenir à la fois la confiance des
marginalisés et le respect des gardiens des barrières
institutionnelles. Bref, il faut un effort articulé « de haut
en bas » et « de bas en haut » pour arriver
à contrer cette exclusion, mais cela est possible, a déjà
été fait et se fait actuellement avec des résultats
positifs et durables lotis sur la théorie nouvelle.
c- SPECIFICATIONS DU CAPITAL SOCIAL PERÇU PAR ROBERT
D. PUTNAM79(*)
La recherche en sciences sociales et les organisations
internationales manient souvent un jargon déroutant pour les non
initiés. Cela s'applique-t-il à la notion de capital social ?
Pour Robert D. Putnam, le capital social a le vent en poupe. En effet, il y a
10 ans, on ne lui consacrait un article de recherche qu'une fois tous les trois
ans ; l'an dernier, on en a dénombré 300. Mais qu'entend-on
exactement par capital social et en quoi peut-il être utile à la
sociologie et aux sciences qui ont force de proposition aux décideurs
politiques ?80(*)
A la question de savoir ce qu'est exactement le capital
social, Dr. Putnam émet des brefs propos assez édifiants. Comme
tout concept nouveau qui se répand très largement en peu de
temps, ce vocable est utilisé de différentes manières.
Mais il voudrais insister sur une définition a minima : le capital
social fait référence aux réseaux sociaux et aux normes
connexes de réciprocité.
L'idée centrale est très simple : les
réseaux sociaux ont une valeur. Ils en ont une pour les individus
internes aux réseaux - par exemple, on peut tout à fait soutenir
que l'utilisation de réseaux constitue une bonne stratégie de
carrière -, mais ils ont également des « externalités
», c'est-à-dire des répercussions sur ceux qui leur sont
externes. Toutes les externalités ne sont pas positives. Certains
réseaux ont été utilisés pour lever des fonds
à des fins terroristes. Le capital humain et physique, par la
connaissance de la chimie ou de l'aéronautique par exemple, est
utilisable à mauvais escient. Il en va de même pour le capital
social.
En outre, le capital social peut prendre de nombreuses formes
qui ne sont pas toutes fongibles. De la même manière, il nous faut
faire la différence entre différents types de capital social, et
par exemple entre le capital social « fermé
»81(*) et le
capital social « ouvert »82(*). Ce qu'il faut retenir, c'est
que les réseaux peuvent représenter un actif puissant tant pour
les individus que pour les communautés d'individus mais aussi ces
mêmes réseaux sociaux quant elles s'affichent largement en marge
de la régulation peut devenir triplement des problème de
société tant le système construit est cohérent et
souterrain, c'est-à-dire difficilement saisissable. C'est partant d'ici
qu'il est bien aisé d'affirmer que cette posture théorique du
capital social en adhérant rigoureusement à ce type de recherche
s'impose à notre thème d'étude au titre
suivant : « formation du collectif et processus de
construction du lien social dans les activités économiques
spontanées : une analyse sociologique des opératrices du
`poteau de Elf' Douala ». Ne faisant toujours pas l'unanimité,
Putnam note au sujet de cette théorie du capital social, une
unanimité mal consentie où il dégage pour être
pointilleux ses forces et ses faiblesses spécifiques.
Naturellement, toutes les théories peuvent être
remises en question, jusqu'à l'idée générale
d'équilibre dans la théorie économique fondamentale ou
jusqu'à l'idée générale dans la théorie
fondatrice de la sociologie. Les trois grandes critiques
révélées à propos du capital social sont les
suivantes :
Ø primo, elle est bâclée sur le plan
théorique ;
Ø secundo, son orientation causale est mal
démontrée ;
Ø tertio, elle n'a pas de leviers d'action.
Il est exact de dire qu'aux premiers jours de l'idée
de capital social, certains enthousiastes ont pu manifester une relative
«exubérance irrationnelle», de sorte que tout ce qui
était bien était qualifié de « capital social »
; mais au cours de la décennie écoulée, des chercheurs
sérieux ont élaboré un concept élémentaire
rigoureux. Les thèses centrales selon lesquelles les réseaux
sociaux ont des effets sur le flux d'information et selon lesquelles les
interactions répétées des réseaux peuvent
contribuer à résoudre les dilemmes de l'action collective sont
entièrement en phase avec la théorie économique classique.
Même l'idée que les réseaux peuvent affecter l'«
identité » -si j'interagis plus souvent avec un groupe, j'ai plus
de chances de prendre ses intérêts en compte- correspond à
certains travaux récents sur les « préférences
endogènes » de la théorie économique.
Les tenants du «capital social»83(*) ont signalé de
nombreuses corrélations avérées entre des réseaux
sociaux animés et des résultats tels que de meilleures
performances scolaires, des taux de criminalité plus bas, une meilleure
santé publique, un recul de la corruption, une amélioration des
performances des marchés, etc. Par exemple, plusieurs études
sociométriques ou économétriques de pointe menées
récemment en Italie (lire Putnam, op.cit) ont montré
qu'après avoir pris en compte tous les autres facteurs dont on peut
penser qu'ils sont pertinents, les lieux caractérisés par un
capital social plus élevé ont des marchés de capitaux et
du travail plus efficaces - ce qui correspond exactement à ce que la
théorie laisse présager-.
Mais ceci n'établit pas la causalité. Une telle
démonstration sera difficile à apporter, parce qu'il n'est pas
facile d'imaginer une expérience dans laquelle on impose à
certains individus. Tout en étant en d'accord avec les critiques qui
disent que le capital social doit être aussi rigoureux que possible. Il a
été d'ailleurs encouragé par des efforts
déployés au sein de l'OCDE en vue d'élaborer des mesures
plus poussées et de portée internationale des différentes
formes de capital social. Néanmoins, à son avis, l'importance de
la connectivité ou de la cohésion sociale ou, comme il
préfère le dire, du capital social, est désormais
établie par un nombre suffisant de faits indiscutables. De fait, les
responsables de l'action publique n'ont pas besoin d'attendre les
résultats de 20 autres années de recherches
détaillées pour s'intéresser au capital social. En ce qui
concerne ces leviers de l'action, en partant de l'hypothèse qu'il
s'agit d'un facteur pertinent en matière de capital social.
C'est la raison pour laquelle il est clair qu'en
s'insérant dans cette perspective théorique, il est opportun de
donner quelques précisions sur notre option théorique du capital
social dans le sujet traité malgré que les missions de la dites
théorie sont variées et traversent les divers domaine des
sciences sociales.
5- QUELQUES PRECISIONS SUR NOTRE OPTION DU CAPITAL SOCIAL
Notre posture s'appuie sur l'idée et le principe
théorique selon lequel le capital social fait référence
aux réseaux sociaux et aux normes connexes de réciprocité.
Comme c'est le cas de nos filles de la Elf mues dans les logiques collectives,
au-delà de cette approche relationnelle génératrice de
coopération interpersonnelle et de partage de connaissances, nous
considérons ici le capital social comme un revenu immatériel,
exprimée par Nahapiet et Ghoshal (1998) de façon
détaillée dans la définition suivante : the sum of the
actual and potential resources embbeded within, available through, and derived
from the network of relationships possessed by an individual or social
unit. Cette définition comporte de ce fait trois dimensions qui
peuvent élaborer à notre une esquisse de grille d'analyse de la
spécificité du capital social en contexte particulier.84(*) C'est sur ces trois
priorités analytiques que se focalise notre analyse.
a- Les TROIS DIMENSIONS DU CAPITAL SOCIAL
i- LA DIMENSION STRUCTURELLE DU CAPITAL
SOCIAL
Ici, le capital social pour Arrègle et al. (2002)
tient sur les relations interpersonnelles parce qu'en un réseau de
relations denses et avec le niveau d'interactions élevé,
plusieurs privilèges ou opportunités sont décelées
et plusieurs compétences sont mis en valeur. Cet aspect structurel du
réseau tient aux liens qui se tissent entre divers acteurs. Ces
connexions peuvent ouvrir une brèche pour la disponibilité ou non
de l'information et les possibilités ou les blocages aux acteurs. Ici
on tient plus sur l'accès privilégié et rapide à
des informations utiles. En supplément de ces idées de
Arrègle et al., d'autres idées s'y ajoutent quant à cette
vue structurelle du capital social. La thèse de la structuration des
relations interpersonnelles de Coleman (1988) ainsi que celle de Bolino et al.
(2002) élaborent identiquement que la structure du réseau
facilite le transfert d'informations et de connaissances. Ces derniers ajoutent
que ce transfert se fait « sans biais » lorsque les acteurs sont
interconnectés par des liaisons inter ou intra-groupes dans
l'organisation, les liaisons inter-groupes étant les plus fluides et
efficaces dans le transfert d'informations pratiques, pragmatiques, utiles,
comme l'ont montré Granovetter (1973) ou Julien et al. (2002). On peut
en déduire, à la suite de Shah (2000), que l'exécution des
activités est plus efficiente lorsque les différents divers
acteurs se connaissent et partagent collectivement des représentations
et des valeurs auxquelles ils s'identifient mutuellement tout en identifiant
aussi ceux qui n'appartiennent pas au corps ou au collectif. Dans ces
conditions, la structure du réseau pourra avoir un impact sur
l'étendue de l'information utile, pratique ou accessible. De notre point
de vue, cet impact est conditionné par les jeux de positionnement
inter-groupes. Il s'avère donc intéressant d'en tenir compte
parce qu'ils peuvent constituer un facteur bloquant d'échange de
connaissances et de développement des aptitudes d'apprentissage des
acteurs non encore intégrés. Pour ce faire, la dimension
relationnelle du capital social trouve toute sa convenance.
ii- LA DIMENSION RELATIONNELLE DU CAPITAL SOCIAL
Elle joue assurément une place importante dans ces
échanges d'informations de « valeur » entre des membres du
circuit construit et dans l'instauration de relations coopérantes et
confiantes, dénuées des enjeux de pouvoirs. La qualité des
échanges et la facilité dans laquelle les acteurs vont accepter
de collaborer de manière transversale et s'engager dans le partage
d'informations utiles, s'appuie comme le déclare Arrègle et al.,
(2002) sur un ensemble de quatre éléments essentiels qui fondent
les rapports individuels base de la formation du collectif :
Ø La confiance, elle facilite et joue un
rôle assez important dans la communication et dans le partage
d'informations et de connaissances entre les divers acteurs (Nahapiet et
Ghoshal, 1998).
Ø Les normes comme les principes normatifs,
elles sont des standards sociaux (Coleman, 1990) qui fixent le cadre d'action
collective. Elles sont variables selon le contexte culturel et la perception
que les acteurs ont de la vie en groupe qui peut être néfaste au
bon fonctionnement de l'unité de base de l'entité à
préserver.
Ø L'existence d'obligations et des attentes,
représentent à leur tour l'engagement de chaque acteur à
accomplir une tâche convenue de commun accord. Elles se distinguent des
normes par le fait qu'elles concernent des relations personnelles
spécifiques (Coleman, 1990). Arrègle et al. (2002) en concluent
que l'obligation permet à un acteur au sein d'un réseau social de
bénéficier d'une sorte d'assistance, de crédit (« de
services ») de la part des autres membres du réseau comme du
collectif qu'ils soient proches ou non. On peut suggérer que le
processus d'identification va servir de grille de lecture pertinente de la
réciprocité et de la compensation dans l'action.
Ø Le processus d'identification pour sa part
permet aux membres du réseau comme du collectif de se sentir proches
grâce au partage des valeurs ou des normes qui servent de cadre de
référence de leurs actions en faveur de l'engagement collectif.
La validation de ce changement peut trouver signification dans la
théorie des échanges sociaux contenue dans celle du capital
social. En particulier, « la force des liens faibles » (the strengh
of weak ties), développée par le sociologue américain Mark
Granovetter (1973), éclaire la lanterne sur l'impact de la nature de
construction des liens sociaux. A ce propos, les liens faibles -symbolisant les
relations entre différents statuts- sont générateurs d'une
très grande quantité d'informations renouvelées et utiles
que les liens forts -entre membres d'un même service ou d'une même
activité- dans lesquels circuleraient des informations redondantes (R.
Nkakleu, 2005; 510). L'interconnexion des relations interpersonnelles offre
ainsi la possibilité de créer et de diversifier des
opportunités d'échanges pluriels et d'améliorer la
qualité des relations coopératives et cognitives (Bolino et al.,
2002).
iii- LA DIMENSION COGNITIVE
Cette autre dimension du capital social incorpore les
langages (appel à la linguistique), les récits, les
expériences, les signes (appel à la sémiologie) et les
codes culturels communs (appel à la communication interculturelle), mais
également une vision partagée qui permettent aux acteurs de
percevoir et d'interpréter les faits ou les événements de
façon similaire (Bolino et al., 2002). De même, la
compréhension bilatérale entre les individus peut les amener
à trouver solution adéquate et sereine de leurs diverses et
communes difficultés, à échanger les idées,
à s'aider réciproquement tout en se partageant les
connaissances85(*). Tout
comme les autres des dimensions -structurelle et relationnelle-, celle dite
cognitive inspire également la disposition des acteurs à se
soutenir dans les relations de travail. Tout en reconnaissant les implications
positives des trois dimensions du capital social sur le maintien des relations
de soutien durable et sur l'aisance dans l'accès à l'information
nécessaire pour le construction du lien social et à l'oeuvre de
la création du capital social susceptible de bouter un peu les mauvaises
conditions sociales.
b- INSERTION ET MISE EN CONTEXTE THEORIQUE ; LES
PARTICULARITES DU CAPITAL SOCIAL EN CONTEXTE LOCAL : UNE ANALYSE DES AES
PAR UN REGARD SUR LES OPERATRICES DU POTEAU DE LA ELF
A côté des réseaux d'appartenance et les
engagements mineurs, la genèse du phénomène et le
quotidien de acteurs constituent à plus d'un titre une grille d'analyse
des particularités du capital social via la formation du collectif et le
processus de construction du lien social en contexte singulier ou empirique. De
nombreux travaux -Bollinger et Hofstede, 1987 ; Favereau, 1995 ; Kamdem, 2002-
ont montré que les contextes singuliers comme le continent africain
représentent un espace communautaire au sein duquel tout individu se
définit par rapport à sa communauté et ses groupes
d'appartenance (R. Nkakleu, 2005, p. 511). Ainsi la pratique des
activités économiques spontanées comme le marché
des opératrices du poteau de la Elf Douala s'apparenteraient à un
élément intégrateur légitimant la continuité
de relations sociales bâties spécialement sur les valeurs de
solidarité et d'entraide ainsi que l'échange de la parole ou des
informations à travers les signes codifiés et les langages
ésotériques ou hermétiques. Au-delà des
solidarités financières à travers les sous-groupes de
tontines comme l' «Association Sans-soucis», ces collectifs
mettent en commun diverses forces partageant des valeurs ou des normes. Unis
à la Elf, les acteurs se connaissent, apprennent et partagent
collectivement des représentations et des valeurs auxquelles ils
s'identifient tels que les langages, les récits, les expériences
et les codes communs -mais souterrains-. Egalement il est envisagé
quotidiennement une vision partagée qui permette aux acteurs
variés de percevoir et d'interpréter les faits capables de
encourager un temps soit peu les bonnes conditions sociales.
Alors cette transposition inciterait la consolidation chez
les acteurs de trois formes de solidarités : les solidarités de
travail, les solidarités financières et les solidarités
sociales permettant ainsi aux acteurs de pérenniser les relations
coopératives, de partager les informations utiles et les connaissances.
(Ibidem). Aussi admettons-nous avec Nohria (1992) que la création de
capital social est liée à l'existence d'un élément
fédérateur autour duquel les activités seraient
organisées. La quête de cet élément
fédérateur (mécanique sociale) devant définir le
niveau d'ouverture du réseau et les modalités de
coopération intra-organisationnelle ; ce qui suppose de ce point
cette analyse des spécificités du lien social en de contexte
singulier comme le notre. Pour la présente étude, malgré
la notion aussi redondante de solidarité de corps, conscient que les
principes de la construction du collectif sont liés parfois à
d'autres réalités bien subjectives -la notion de la
durabilité, la notion des liens marchands, la pratique d'une
activité lucrative, la pratique d'une activité en marge des lois,
le caractère illégal et répressif, l'attitude
d'informalité de l'activité- et compte tenu de la dualité
des comportements de l'individu, on reste critique en associant la vision de
Bajoit86(*).
L'appartenance à cette corporation exige une
solidarité de corps qui émerge selon des principes bien
établis et qui ne sont nullement régit par des textes mais qui
sont plus ou moins bien connus par les intervenants et acteurs. Environnement
relationnel où les logiques de construction du lien social en milieu
spontané ne respectent aucune loi, plusieurs acteurs entrent en
collaboration et en interaction. Ici chacun devra tisser à sa
manière et selon son intérêt ou ses objectifs le type de
rapport à entretenir avec l'autre malgré le fait que la nature
économique de l'activité ou à la nature concurrentielle
des intérêts subjectifs se télescopent. Champ de lutte
où chacun veut se positionner selon cette formule si chère
à Bourdieu, la grille de lecture du quotidien des acteurs dans la
microsociété, nous amènera à observer les marges de
manoeuvres structurantes liées à la quête de la
clientèle, visualisant aussi par exemple si possible ces querelles, les
scènes de jalousie, les invectives, les menaces, ou bagarres jusqu'au
point des instances intimes de régulations. Cela permettra de comprendre
les rapports qui se construisent ou se déconstruisent en fonction des
circonstances et des situations. Fondamentalement cette observation est
tournée les divers rapports des Waka seuls à seuls ou avec les
clients ou encore avec les étrangers par la mise en exergue des
bons rapports ou des rapports conflictuels. Enfin, l'un des principaux
avantages du choix de l'idée théorique de capital social, c'est
qu'elle permet aux chercheurs, aux décideurs et aux praticiens de
différentes disciplines de s'engager dans une coopération et un
dialogue sans précédent87(*) en revivifiant et en revitalisant les idées
dominantes de la sociologie.
CHAPITRE III
PRESENTATION ET JUSTIFICATION DU CHOIX DE LA
METHODOLOGIE DE L'ETUDE
I- METHODE ET TECHNIQUE
Le caractère contingent des sources de création
de capital social rend légitime et pertinent une étude de cas
(Eisenhardt, 1989) pour comprendre précisément la dynamique des
réseaux de relations sociales sur la collaboration de groupe, sur le
partage de connaissances et le processus de construction du lien social. C'est
à cet égard que dans cette approche le gros accent est mis ici
sur les différentes délimitations conceptuelles et
méthodologiques.
A- DELIMITATION DU CHAMP SOCIAL DE L'ETUDE
Nous avons considéré à
Douala un marché du sexe parmi tant d'autres, un quartier reconnu comme
secteur convivial de la pratique de la prostitution conjoncturelle ou du
poteau de la jeune fille à savoir la ELF. Dans les activités
économiques spontanées, c'est le poteau de la jeune fille qui
retient notre attention, ceci à plus d'un titre :
· Population féminine et celle jeune (entre 17 et
35 ans) de surcroît ; or de nos jours, la femme et la jeunesse
font parti des soucis de tous les discours officiels (sur l'emploi des jeunes,
le travail de la femme, l'éducation et la scolarisation de la jeunesse,
le chômage des jeunes diplômés, la déviance en milieu
jeune...)
· Le poteau de la jeune fille est vu comme un
fléau, sa pratique pourtant tolérée et bien construite en
milieu économique de grande ville se présente comme un
défit contre les lois sociales ou tout simplement un rejet de l'ordre
établi.
B- CHOIX ET DELIMITATION DU TERRAIN
Nous avons fait le choix judicieux d'un secteur ou d'une zone
parmi la multitude de zones reconnues à Douala88(*). Elf est peut-être
l'une des plus significatives représentant facilement le cadre formel
de notre terrain et les possibilités de rencontres des
enquêtés et aussi d'entretien avec les personnes ressources.
Nos unités d'observation sont la société
ouverte, les débits de boisson, les maisons de passe en journée,
et les boulevards de stationnement ou les étalages partant du Rond
point Dakar vers l'ancienne station service Elf les soirs entre 19heures et
05heures. Les enquêtés comme les personnes-ressources sont des
personnes qui ont un avis à donner sur la question ou tout simplement
les autorités à charge.
C- POPULATION CIBLE, TECHNIQUES D'ECHANTILLONAGE ET
CONSTITUTION DE L'ECHANTILLON
1- POPULATION CIBLE, TECHNIQUES
D'ECHANTILLONAGE
La présente étude porte sur les filles du
poteau, prostituées opportunistes ou conjoncturelles
et leurs clients ou partenaires sexuels retrouvés sur le terrain. Elle
s'intéresse aux différents acteurs du réseau, aux
intermédiaires que sont aussi les proxénètes.
Lorsqu'on utilise les méthodes non
standardisées, entretiens non directifs ou entretiens structurés,
il est inutile d'interroger un très grand nombre de sujets. 89(*)
De ce point de vue,
Essayer de constituer un échantillon
représentatif de la population étudiée n'a guère de
sens (...) ce qui est important, c'est de s'assurer de la variété
des personnes interrogées, et de vérifier qu'aucune situation
importante pour le problème traité n'a été omise
lors du choix du sujet.90(*)
C'est pour ces raisons qu'ont été
envisagées de recueillir les informations à travers les
groupes de discussions suscités (GDS) auprès des leaders,
chefs d'équipes, des membres actrices réunies pour des causeries.
Tout ceci a pour rôle d'abord de renforcer les opérations de la
collecte des informations des observations sur les enjeux à se former
en collectif, les motivations à se reconnaître; pour ensuite
savoir les réalisations et les contributions du collectif formé
sur l'activité. Ceci permet enfin de pallier aux manquements ou
insuffisances des autres instruments au cours du traitement des données
recueillies. Cette recherche microsociologique est ainsi centrée sur une
étude approfondie de cas ; c'est la prostitution de la jeune fille
de la Elf axe lourd qui est l'objet de ce diagnostic.
Nous avons perçu le complément de ce travail
par les entretiens informels motivés (EIM) à questions
libres et ouvertes à notre échantillon dit échantillon de
commodité constitué de 20 opératrices, 05
proxénètes et 10 clients. A côté de ceux-ci,
l'attention s'est tourné vers 10 personnes-ressources puis vers toutes
celles qui, liées de près ou de loin du thème ont
accepté de faire savoir leur avis. Cela fait un échantillon
global constitué de 45 enquêtés
2- NATURE ET CONSTITUTION DE L'ECHANTILLON
Notre échantillon dit de
commodité, faite en accord avec notre thème de recherche s'appuie
sur les principes qualitativistes selon lesquels, les recherches
empirico-inductives s'intéressent moins au nombre de personnes à
interroger, plutôt qu'à la qualité et la pertinence des
données recueillies. Il est non probabiliste, la sélection de nos
enquêtés dépendait largement de la nature subjective de la
question traitée. Cet échantillonnage orienté nous a ainsi
permis d'identifier nos informateurs en fonction de nos objectifs sans souci de
vouloir assurer la représentativité en fonction de la population
totale. Dans ce cas, on a visé une compréhension un peu plus
approfondie du phénomène du poteau de la prostitution à
travers la formation du collectif chez les opératrices de la Elf axe
lourd de Douala. Ici, nos enquêtés ou nos acteurs ont
été difficilement accessibles malgré tout car les sujets
à traiter sont jugés sensibles et parfois tabous, c'est enfin
à l'aide des entretiens approfondis qu'une certaine suite d'informations
a été reçue.
II-TECHNIQUES DE COLLECTE DES DONNEES
Nous avons fait appel à une imagination
créative, faisant le tour de toutes les méthodes et techniques de
collecte logiques pouvant permettre d'éclairer les lanternes de la
recherche. Nous avons ainsi usé de toutes les stratégies et
subterfuges, ceci dans le seul et grand but d'entrer en possession de
l'information recherchée.
A- OBSERVATION DIRECTE
C'est Un regard
porté sur la situation sans que celle-ci soit modifiée. Regard
dont l'intentionnalité est de nature générale et agit
au niveau de ce qui doit être observé dans la situation, le but
étant le recueil des données afférentes à la
situation.91(*)
Ici le chercheur est en contact direct avec la
réalité sociale, avec son objet d'étude. Elle permet ainsi
de toucher du doigt ladite réalité.
L'observation directe
favorise l'accès immédiat aux comportements, aux actes et aux
objets, en temps, situation et contexte pratiquement réels dans lesquels
interagissent les différents acteurs sociaux 92(*)
C'est pour ces raisons qu'elle a été
effectuée en deux périodes ; l'une dite non
structurée et l'autre structurée.
1 - OBSERVATION DIRECTE NON
STRUCTUREE
Faits témoins de cette tactique de collecte,
c'est ce séjour du chercheur dans les environs de la zone en
période de congés universitaires des années 2000 à
2006 ; occasion de multiples contacts, faits oraux, écrits,
discours et altercations diverses entre les femmes du poteau et les
autorités, forces de l'ordre et autres qui actuellement apportent un peu
d'éclairage dans ce travail. Ne pouvant cependant gouverner une
véritable analyse du fait de son caractère trop empirique, nous
avons fait appel à une autre structuration plus systématique et
rigoureuse en accordant du crédit à une autre observation.
2 - OBSERVATION DIRECTE STRUCTUREE
C'est considéré comme une
stratégie très forte dans la collecte de l'information. Cette
dernière permet de mieux cerner les structures d'organisation, les
non-dits et les fonctions sous-entendues de la présence et des actes des
acteurs du secteur, les règles implicites du collectif formé.
Cette technique permet d'aller plus loin que les discours publics, nous avons
eu le privilège plus d'une fois d'assister à de multiples
situations de confrontations soient entre les opératrices
elles-mêmes, soient entre tout le collectif et les
« étrangers ». Des situations nous ont permis
parfois d'intégrer le groupe comme membre, acheteur simple, visiteurs,
frère, fils ou ami d'un membre et sous bien d'autres étiquettes
ça et là. D'autres observations ont été
clandestines et à l'insu des sujets observés, effectués
à des heures vraiment induites et dans les lieux d'action des
opératrices du poteau. Ceci a conduit enfin à
préparer une bonne suite dans la collecte car elle
Demeure suivant un préalable, le passage
obligé pour construire une bonne enquête par entretien ou
même par questionnaire93(*) .
B- OBSERVATION DOCUMENTAIRE
L'approche documentaire comble les lacunes des observations
directes. Dans ce cas, recours a été fait aux traces à
savoir : livres, journaux, rapports de séminaires et de
conférences, textes généraux et bien d'autres outils
relatifs à la fois à notre terrain et à notre
thématique à travers l'analyse de leur contenu qui, avec
Ghiglione et Matalon, s'apparente à
... une forme d'observation
différée, qui par nécessité, ne saisit pas
directement l'intéressé...c'est le type de méthode non
réactive puisque le chercheur n'intervient qu'après que le
problème se soit produit 94(*)
Ici il n'y a pas de contact direct entre l'observateur et
l'objet. C'est une observation médiatisée s'effectuant par
intermédiaire d'un document ou d'un canal. Ceci s'ajoute au fait que
cette recherche réalisée au poteau est un milieu
spontané, informel et précaire dans lequel les sujets ne se
prêtent pas le plus souvent à l'observation
étrangère. C'est donc dire que
Analyser le contenu, c'est par des méthodes
sûres (...) rechercher les informations qui s'y trouvent, dégager
le sens de ce qui y est présenté, formuler et
classer tout ce que contient le document.95(*)
Ceci répond donc à ce souci de rigueur
scientifique que Nga Ndongo voit dans le concept de psychanalyse
sociale 96(*)
Au niveau donc de notre corpus documentaire plus ou
moins riche et varié (livres généraux,
spécifiques, textes de réunions, registres divers...), recours a
été fait et à plusieurs reprises dans différentes
salles de lectures : Au C.P.P.S.A. de l'université de
Yaoundé I; La bibliothèque des Nations unies, centre
sous-régional d'information d'Afrique centrale de Yaoundé ;
Documentation, production et compte rendus des enquêtes du CEJERD ;
- La bibliothèque de la CUD ; Documentation de la Dél.
Prov. du Littoral de la Promotion de La Femme et de la Famille, du MINAS ;
comptes rendus des enquêtes réalisées par les médias
(STV, Canal2, CRTV...) et bien d'autres. Tous ceci aux réajustements et
précisions des recherches sur la question de prostitution et du lien
social via de nombreux moteurs de recherches sur Internet.
Tableau 2 : CONSTITUTION DU CORPUS DOCUMENTAIRE
|
Type de
Documents
|
Ouvrages généraux
|
Ouvrages spécifiques
|
Articles
scientifiques
et revues
|
Mémoires
et thèses
|
Périodique, dictionnaire
et lois
|
Total
|
|
Nombre
|
47
|
41
|
63
|
13
|
15
|
178
|
Source: Adaptation personnelle
du chercheur
Les indicateurs d'exploitation des informations documentaires
et grilles d'analyse des contenus utilisés sont celles regroupées
autour de notre thématique et nos axes de recherche.
C - LES ENTRETIENS INFORMELS MOTIVES (EIM)
Ils se définissent comme des conversations avec but,
peuvent être directifs ou semi-directifs. Pour ce faire, en utilisant
parfois le magnétophone d'enregistrement, il a été
divisé en deux moments :
1- LES ENTRETIENS INDIVIDUELS.
Menés auprès des acteurs ou toutes personnes
concernées de près ou de loin sentant le sujet. Les travailleurs
de nuits, les opératrices elles même et les patrons en premier
chef, les clients ou acheteurs et visiteurs trouvés sur le site, les
chefs du marché, les commerçants voisins, les responsables de
l'unité administrative et autres personnes jugées
éclairées et disponibles ont constitué les
répondants de cette étude, on a aussi fait appel aux les hommes
de justice. Le choix du guide d'entretien individuel s'explique par la nature
du phénomène à analyser :
-Le poteau de la jeune fille, question qui touche la vie
sexuelle des enquêtés, vie intime et surtout la pudeur fait que
les révélations des clients ne peuvent se faire que dans des
cadres spéciaux.
-Aussi un entretien de la sorte quand il est bien
mené, un climat de confiance et de quiétude s'installe. Il a
été ainsi utilisé surtout pour recueillir les
informations plus sincères, bien que subjectives dépourvues de
tout préjugé permettant de dessiner les itinéraires et
trajectoires de nos acteurs et actrices. Dans le désir de saisir une
autre dimension de la réalité du sujet il a été
opportun de penser à l'entretien de groupe.
2- LES GROUPES DE DISCUSSIONS SUSCITEES (GDS)
Constitué en groupe de discussion dans la perspective
de la portée méso sociologique, GDS permet de recueillir plus
aisément une « parole collective »,
produite dans une interaction de groupe tant il est vrai que ce travail porte
sur la formation du collectif. Ainsi, on tente essentiellement d'obtenir ici
des informations qui n'apparaissent nulle part, auprès des personnes ou
acteurs qui vivent directement les évènements sur lesquels porte
la recherche97(*). Ainsi,
ces entretiens ont été menés auprès de plusieurs
sous-groupes à savoir les vendeuses de plaisir, les
consommateurs proprement dits, les patrons ou leaders de groupe et
d'associations ...
III- TECHNIQUES DE TRAITEMENT DES DONNEES.
Transcrites, recoupées, les informations sont
compilées et analysées selon un but ou tout simplement en
fonctions des objectifs de la recherche à la manière qu'affirme
GRAWITZ,
Les techniques des sciences sociales comme celles des
sciences de la nature, que ce soit par observation, l'expérimentation,
l'enquête sur le terrain ou l'analyse des documents, poursuivent le
même but : (à savoir) recueillir les informations, des
matériaux, des données. Cependant, les matériaux que les
sciences sociales à notre réfection ont ceci de particulier
qu'ils sont en grande partie composés de communication 98(*)
Alors, toutes les données empirico
qualitatives venues de notre terrain et celles transcrites, surtout s'efforcent
à respecter les procédures de traitement dit analytique de
l'information par les grilles de lectures thématiques tandis que
d'autres donnés qualitatives venues des sources formalisées et
officielles font appel à l'oeil critique et exercée du
chercheur. Ici on a procédé une stratégie triple de
traitement: -analyse thématique -analyse dialectique
-analyse des contradictions. Ce qui a permis de mieux comprendre les
enjeux socioéconomiques de cette formation du collectif, leur
fonctionnement dans le microcosme sociopolitique et la portée de la
mobilisation du capital social par la construction du lien social. C'est enfin
une
Etape qui traite l'information obtenue par observation
pour la présenter (de façon consommable) de manière
à pouvoir comparer les résultats observés aux
résultats attendus par hypothèses 99(*)
Dès lors reconnu comme base de la collecte et de
l'analyse, le respect de la méthodologie se trouve parfois
confronté à des obstacles ou blocages de nature
épistémologiques qui réduisent la visibilité dans
les objectifs qu'on s'assigne.
IV- LIMITES ET DIFFICULTES DE L'ETUDE.
Quand une âme sensible et cultivée, se
souvient de ses efforts pour dessiner d'après son destin intellectuel,
les grandes lignes de la raison, quand elle étudie par la
mémoire, l'histoire de sa propre culture, elle se rend compte
qu'à la base des certitudes intimes, reste toujours le souvenir d'une
ignorance essentielle.100(*)
De la conception à la rédaction de ce travail,
en passant par l'observation et bien d'autres processus de la recherche, rien
n'est allé sans obstacles. En plus des problèmes d'ordre
classique tels que le manque de moyens financiers, ayant limité les
efforts sur le terrain, la recherche s'est aussi heurtée à
d'énormes difficultés particulières, celles qui ont
considérablement limité les investigations. A cause de la
question qui touche la vie sexuelle, la vie intime, la pudeur, les
révélations des informateurs (clients) et des personnes
ressources ne sont pas à 100% fiables car il n'a pas été
facile de créer en une ou deux rencontres hasardeuses un réel
climat de confiance dans les GDS. Ainsi la recherche a été
confronté à :
- L'accès difficile aux documents,
arrêtés préfectoraux, travaux et rapports
d'activités des ONG, rapports de police, rapports de médias et
réalisations sur la prostitution en zone urbaine, tous tenus comme
archives confidentiels ;
- L'accès difficile dans les fiefs du poteau ou
parfois à la mise à l'écart lors de certaines
pratiques due à la méfiance et au sentiment de suspicion y
régnant;
- A cause de l'insécurité et du trafic
d'influence, le chercheur a été à quatre reprises
confondu et saisi par les vigiles et les boys qui ne comprennent pas toujours
le but de la présence d'un « intrus » sur le
territoire. Intimidé par ces derniers, le chercheur pour éviter
les basses pratiques et rester en sécurité, est obligé
de manifester parfois son hospitalité ou ses largesses
financières aux différents acteurs afin d'entrer en contact avec
une quelconque information
- L'assimilation par moment du chercheur comme un agent de
l'Etat, comme une antigang en descente de recensement fiscal ou comme une
détective a rendu à plusieurs reprises certaines descentes et
observations improductives pour finalement réduire l'accès
à plus d'une information ;
- Enfin, une autre part des difficultés est
liée à l'enracinement de l'enquêteur dans cet
environnement : puisque, y ayant vécu quelques années aux
environs en période des congés universitaires des années
2000 à 2007. Il était probable que les interprétations et
analyses soient souillées d'idées préconçues et de
préjugés mais ayant aussi bien pris conscience de cet obstacle
épistémologique, il a été plutôt
canalisé vers une stratégie réelle de remise en cause
permanente en vue de recouper l'information véritable et rigoureuse.
CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE
Au terme de cette partie intitulée cadre
théorique et méthodologie de l'étude, nous constatons que
divers discours sur le phénomène étudié sont
disponibles au Cameroun. Ce discours se construit au rythme de la croissance
des populations urbaines et de la crise rurale, du fait aussi de
l'actualité liée à l'affranchissement des conditions
sociales soumises à une précarité manifeste.
Activités informelles ou activités économiques
spontanées, comme marché du sexe, ce sont les champs dans
lesquels nous avons bien voulu insérer notre recherche dans une vue plus
générale avant d'appréhender les champs beaucoup plus
empiriques à Douala. Après avoir largement présenté
le cadre théorique centré sur le capital social dans son second
et long chapitre, nous nous sommes rendu compte qu'en tant que tel, c'est une
théorie qui regorge d'importantes vertus et d'importantes forces
à ne pas s'en empêcher à côté des
théories d'appui ou complémentaires à savoir l'approche
stratégique, l'approche de l'individualisme méthodologique et la
combinaison de l'approche à la fois dynamiste et critique. Enfin, dans
le plus court chapitre, notre méthodologie telle que
présentée repose sur une logique empirico inductive issue de la
description du vécu des jeunes opératrices, de leur condition de
vie ; et l'observation directe sur les processus de construction du lien
social. Et la méthode est compréhensive à partir des
données qualitatives issues des documents, des observations et des
entretiens avec un échantillon global de base de 45 acteurs (20
opératrices, 05 proxénètes, 10 clients et 10 personnes
ressources). Enfin ce travail portant bien sur ces jeunes filles
opératrices du poteau de Elf de Douala fait référence
à la prostitution au point où il devient nécessaire de
projeter pour la suite de cette recherche vers la genèse comme une
étude sociohistorique du phénomène tant il est
considéré comme le plus vieux métier du monde avant de
retourner sur les autres enjeux thématiques.
-DEUXUEME PARTIE-
ELABORATION DES ELEMENTS EMPIRICO-CONTEXTUELS ET
PRATIQUES SUR LE TERRAIN DE L'ETUDE
INTRODUCTION DE LA DEUXIEME PARTIE
Dans cette deuxième partie du travail
intitulé élaboration des éléments
empirico-contextuels et pratiques sur le terrain de l'étude -celle qui
vient après avoir présenté les modélisations
théoriques nécessaires du capital social ainsi que ses
particularités en concordance avec le champ socioculturel local de
activités économiques spontanées- elle s'interroge sur les
situations de mise en oeuvre du capital social chez les opératrices
filles du poteau de la Elf à Douala. Occasion que nous nous donnons pour
passer en revue les données du terrain, c'est dans cette partie que nous
aurons l'occasion de présenter, de discuter et d'analyser les
différents résultats obtenus sur le terrain ceci sous le prisme
et les regards théoriques préalables du capital social.
L'interrogation phare ici est de comprendre la formation du collectif dans un
cadre social de spontanéité et de profitabilité
concurrentielle et ce qui prédisposé l'acteur urbain en
même temps vers la pratique d'un tel commerce ou d'une telle
activité et vers la construction du collectif avant d'essayer de
voir comment s'opère le processus de construction ou de renforcement
du lien social sous le soutènement de la création de capital
social chez les prostituées de la Elf Douala. Cette partie tient
à passer en revue les déterminants économiques et
sociopolitiques des activités économiques spontanées et
ceux de la montée du marché du poteau. Le quotidien des acteurs
de la prostitution et la symbolique de la construction du lien social
constituera un volet important de cette partie. Enfin nous tenons à
jeter un regard sur ce qui à notre avis semble vouloir s'imposer ;
à savoir cette trajectoire partant de l'itinéraire d'accumulation
ou de contingence vers la construction d'un corps de
métier assortie des conséquences et des diverses
implications de ce marché du sexe. Cette partie sera conclue par une
fiche de recommandation ouverte aux politiques et aux décideurs.
.
-CHAPITRE IV-
DES DETERMINANTS ECONOMIQUES ET SOCIOPOLITIQUES DES
ACTIVITES ECONOMIQUES SPONTANEES A LA MONTEE DU MARCHE DU POTEAU
I- CONTEXTE SOCIO-HISTORIQUE DE L'AVENEMENT DES ACTIVITES
ECONOMIQUES SPONTANEES
A- ENVIRONNEMENT SOCIO-ECONOMIQUE ET CONJONCTUREL AU
CAMEROUN
Passé de 18% dans les années 50 à 47% en
2000, l'accélération du phénomène d'urbanisation au
niveau mondial est irréversible. Dans les pays en développement,
chiffré à moins de 4%, on réalise qu'en moins de deux
décennies, ce taux de croissance urbaine aura doublé. A Douala et
à Yaoundé, il varie annuellement entre 5 et 7 %. Du fait de
l'explosion démographique, du dépeuplement des villages, et de
la forte croissance de la population urbaine, à la suite d'une
réelle pression sur les infrastructures et les équipements
collectifs, il est observé un déséquilibre entre l'offre
et la demande de travail101(*) et une discrimination quant à l'insertion de
la femme dans le marché de l'emploi. Devenue plus complexe, de cette vie
sociale résulte tant chez les femmes que chez les hommes, des actions
spécifiques, des forces sociales dynamiques qui se reversent
malgré tout dans certains types d'activités. Visiblement
perçues à travers les activités économiques du
genre des « bayam-sellams », des
« call-boxeurs », des « ben-skineurs »,
des « sauveteurs », des « chargeurs »,
des « fabricants de meubles », des salons de
coiffure, des salons de couture, des domestiques, des femmes de ménage,
des « opérateurs ou opératrices du poteau »
encore appelé prostitution ... à côté d'un Etat qui,
resté spectateur loin d'être passif se constitue et se fait
finalement identifier en adversaire. Il est primordial pour lui de bien suivre
sa politique d'urbanisation et celle de promotion sociale. Dans le même
temps, la naissance et l'émergence de ces types d'activités en
faisant remarquer un désir d'amélioration des conditions de vie
des exclus sociaux débouche significativement sur une autre construction
plus symbolique qualifié de logiques endogènes de ripostes en
vue de l'amélioration des conditions de vie. C'est enfin dans un
contexte de désir d'assainissement de la vie publique urbaine et de
lutte contre le marasme économique généralisé
(récession économique, insouciance de l'Etat, non-conformisme
et désinvoltures des acteurs vis-à-vis des institutions
républicaines) que cette étude appliquée non
globalement au champ spatial urbain de Yaoundé ou de Douala veut cibler
les secteurs des opératrices du poteau102(*)d'une part. Puis tenter
non de restructurer le secteur mais d'essayer de comprendre cette logique des
acteurs économiques, précisément celle des
opératrices du poteau de la zone dite Elf à Douala, dans
la formation du collectif malgré la notion de la concurrence en
matière d'économie d'autre part.
Durant plus d'une vingtaine années après
la colonisation, le contexte économique camerounais ne souffre pas de
grands maux, mais dès les années 87, un violent fouet
économique s'abat sur le Cameroun. Détérioration des
termes de l'échange, contrainte de la dette extérieure, faiblesse
de l'environnement institutionnel, mauvaise exécution des politiques
publiques sont autant de fait socio-économique et conjoncturel ayant
émaillé l'environnement urbain du Cameroun. On
doit ainsi assister à une chute brutale des matières
premières, à une baisse drastique des produits agricoles
d'exportation (café, cacao, coton...). Avec l'avènement de la
crise économique suivie de la chute des prix des produits de son
agriculture, les différentes localités gisent dans un état
de pauvreté ambiant. Cet état de chose à laquelle les
milieux ruraux d'abord font face tiennent sur plusieurs visages et se
traduisent par :
- L'insuffisance des revenues
- Les mauvaises conditions de santé
- L'insuffisance d'éducation
- L'insuffisance d'alimentation
- Difficultés d'accéder à
l'information.
A côté de cette situation
généralisée, il s'ensuit aussi des répercussions
aussi généralisées : Exode rural, chute et fuite des
responsabilités des parents... et une urgence de créer d'autres
stratégies et d'autres logiques de riposte s'est profilée
à l'horizon. Du coup l'on remarque la recrudescence réelle des
activités économiques spontanées à travers cette
vitrine marchande non-conventionnelle communément appelée le
poteau ou marché de secours. Dès lors, en fonction des
besoins, il se crée des opportunités de secours ; la
librairie du poteau pour les livres et fournitures scolaires, la pharmacie du
poteau pour la santé, les médicaments et le poteau du sexe pour
le commerce du sexe ou la prostitution sexuelle... Ces organisations non
naturelles dans les sociétés en crise ont des fondements, des
motivations et des rôles dans la lutte plurielle contre la
précarité des conditions de vie.
Pressée par le poids de la pauvreté du fait de
la crise de leur production agricole, du fait de la forte croissance
démographique103(*) et du fait de la crise des responsabilités
sociales, la société rurale camerounaise subit de multiples
pressions et les influences de la ville aussi. Ainsi, les villages se vident au
profit des villes ou des grandes métropoles (Douala et
Yaoundé) qui seront débordées du flux massif des
populations.
Il est donc clair que l'Etat ayant échoué
à beaucoup de ses programmes de développement en milieu
rural104(*), les
itinéraires les plus sollicités seront le départ
massif, encouragé par le cercle familial élargi, des jeunes et
des forces productives de la campagne vers les villes avec pour seul espoir la
quête d'une condition de vie plus améliorée. C'est ainsi
que la situation des activités économiques spontanées dans
nos grandes villes prend de l'ampleur105(*) à cause non seulement de la démission
de l'Etat mais aussi par la mise en oeuvre d'une politique interne qui
s'avère boiteuse pour une crise profonde -elle n'est pas seulement
économique, elle touche déjà toutes les dimensions du
social, le politique et le culturel de manière flagrante. Taux
d'accroissement naturel bas et l'accroissement migratoire poussé, ouvre
sur une explosion démographique des villes qui réaffirment
position de pays en crise. De là, de nouvelles forces sociales
s'organisent pour remplir quelques engagements de l'Etat à travers des
actions plus ou moins organisées via le foisonnement des méthodes
collectives de survivance mises en place par les jeunes, couches les plus
vulnérables. Dans ce contexte actuel marqué donc par la
renonciation certaine de l'Etat de ses responsabilités et face à
l'indigence qui ne cesse de prendre de l'ampleur, de nouveaux acteurs ont fait
surface parfois dans le strict non respect des lois et règlements
sociaux. Face à la crise économique et ses effets, les
populations commencent à comprendre que le changement de leur condition
de vie ne viendra pas forcément d'ailleurs. Dorénavant l'avenir
se cherche vers d'autres terrains d'expérimentation, à partir
d'actions pertinentes où les groupes deviennent acteurs des changements
de leur milieu106(*).
Cette force dynamique des populations urbaines
imprégnée à Douala par un goût de survivre laisse
croire que plus de 80% de l'activité économique dans la
métropole des affaires est centré et groupé dans le
secteur informel et fait aussitôt observer une pluralité
d'activités économiques spontanées.
B- TYPES ET CARACTERISTIQUES DES ACTIVITES ECONOMIQUES
SPONTANEES RECENSEES SUR LE TERRAIN
La notion apparaît pour la
première fois à côté de la conception de
« secteur informel » en 1971 dans les travaux du BIT au
Ghana et au Kenya. Il indique toute la portion de l'économie qui n'est
pas ou est peu réglementée par les normes légales ou
contractuelles. Ces travailleurs d'un autre genre ne sont souvent pas des
salariés dans le sens ordinaire du terme et leur environnement socio
professionnel est assurément susceptible, méfiant et
vulnérable du fait de leur arrivée contingente. Ce sont
absolument des émancipés, en réalité souvent dans
les relations de dépendance parfois conflictuelles vis-à-vis de
ceux qui les paient ou de ceux qui demandent leurs services. Typiquement, il
s'agit des travailleurs du genre des activités de couture, alimentation
et tabacs, saisie et traitement des données informatiques, vendeurs
ambulants ou dans les marchés non réglementés, micro
prestataires du style de services de nettoyage, transport, employés de
maison (les domestiques et les blanchisseurs), et les paysans sans terre, tous
ayant migré en ville pour tenter de survivre par tous les moyens
à l'exclusion sociale dont ils sont victimes.
En effet, ces activités économiques
spontanées du secteur urbain se caractérisent par :
F Une facilité d'accès et pour cette raison, on
peut y entrer dès l'irrésistible fouet de la
précarité, laquelle entrée se fait juste par
reconnaissance et sans enregistrement formel ;
F Le capital très réduit, parfois inexistant et
même aussi symbolique ;
F La production est essentiellement obtenue par la
main-d'oeuvre, par les actions de routine où la matière
première peut être naturelle ou physique comme c'est le cas des
filles de la Elf, une des explications de l'insuffisance de la
productivité ou du rendement ;
F La faiblesse du revenu. Le salaire du travail est
négligeable et souvent inférieur au SMIG107(*) puisque 69,30% des
travailleurs de ce secteur gagnent moins que ce salaire minimum mensuel
légal; Il est irrégulier et dépend parfois des humeurs des
usagers, des clients, des demandeurs ou des patrons et, la notion de contrat
de travail ne fait pas partie des sujets du dialogue ;
F Les contraintes liées à l'affiliation à
un système de sécurité sociale n'existant pas, laissent
finalement le milieu dans un laisser aller total qui le rend victime des
péripéties de l'extérieur comme de son propre
intérieur. C'est ainsi qu'à chaque situation les acteurs comme
les filles de la Elf à Douala développent des stratégies
personnelles tout en se constituant en fronts comme ceux des collectifs vus en
milieu de prostitution dans nos grandes villes.
C- CAUSES ET GENESE : ITINERAIRE OU TRAJECTOIRE SOCIO-
ECONOMIQUE ET CULTUREL DES ACTEURS DU MARCHE DU POTEAU A DOUALA
Ce paragraphe tient concrètement à
mettre en exergue la situation socio- économique et culturel en
relation avec le choix de la trajectoire vers les activités du poteau.
Il tente de passer en revue la situation de l'exode rural tel que vécu
et ses implications jusqu'à la prostitution parfois conjoncturel car les
raisons des unes sont parfois liées à des logiques de
construction du capital inexistant à savoir sur le plan financier et
social car c'est seules par ces voies dit-on que le salut viendra
1- LA CRISE ECONOMIQUE ET SES IMPLICATIONS EN MILIEU
URBAIN
a- EXODE RURAL ET BOOM DEMOGRAPHIQUE
La grande crise économique et la misère dont
est victime les populations urbaines trouvent aussi leurs racines en zone
rurale à travers les causes de l'exode rural. Sans faire fi aux
pléthores de facteurs économiques, le regard vers ses facteurs
socioculturels et idéologiques s'avère aloi.
A la faveur de la modernité, les individus redoutent
leur tradition avec les pesanteurs qui se font parfois sentir par
l'assujettissement totale à la famille ou aux chefs. Les tabous de toute
sorte, sorcellerie, magie, certaines pratiques rituelles, absence de
liberté et interdiction alimentaires sont autant d'obstacles à la
vie en zone rurale qui poussent les jeunes à se retrouver massivement et
de manière incontrôlée en ville sans aucune
préparation. D'un autre côté, on note le mariage
forcé des filles, l'absence des infrastructures sanitaires au village,
la vie quotidienne monotone et l'éducation élitiste qui vouent
assurément la jeunesse à l'exode rurale.
Tout ceci est sous-tendu idéologiquement par les
arguments selon lesquels, en ville, mille chances et mille opportunités
s'offrent contre zéro en milieu rural. Se chercher, chercher le
développement, l'évolution, apprendre une nouvelle langue, avoir
des amis ne sont possible qu'en ville car il n'existe pas de ce point de vue
une autre perspective de développement rural.
C'est donc cet environnement urbain débordé par
ses capacités d'accueil et le boom démographique108(*)qui subit les pressions des
sujets avec les conséquences qui en découlent. La ruralisation
des villes est entamée, en plus de la transposition en milieu urbain des
modèles de cultures du village, on assiste à une urbanisation
sauvage, incontournable et désordonnée à côté
d'un chômage garanti. Tout ceci implique la misère des ruraux
émigrés et le développement des activités
économiques spontanées comme stratégie de survie. La
prostitution des jeunes filles sans emploi, la délinquance sénile
et juvénile, la criminalité, la mendicité, le divorce ne
sont pas en reste. C'est ainsi qu'on assiste très rapidement à la
naissance d'une classe des déracinées sociaux plongées
dans la dissociation des moeurs qui naturellement ouvre la voie à une
mise en exergue des nouvelles logiques de survie en créant les
entités souterraines baptisées de « zones
interdites » comme le marché du poteau de la Elf fondé
sur la prostitution et la prestation des services sexuels.
b- DESEQUILIBRE D'ACCES A L'EMPLOI DES JEUNES EN
MILIEU URBAIN AU CAMEROUN
Un pays qui offre à tous ses fils l'accès
à une éducation de qualité et à une formation
pleine, accomplit assurément un pas décisif dans la croissance
économique équitable et se met sur la voie de l'insertion des
jeunes dans le monde de l'emploi et de l'amélioration des conditions de
vie. Mais la jeunesse depuis plus d'une décennie éprouve
d'énormes difficultés à se frayer un réel chemin
vers l'emploi.
Accéder à un emploi est un voeu partagé
par toutes les populations soucieuses de leur avenir : ambition la plus
contrôlée par toutes les couches sociales et surtout les jeunes de
nos cités. Numériquement représentés dans notre
pays, le constat et clair qu'ils sont pour la plupart sans emploi surtout
lorsqu'on retrouve le jeune en plein temps, de jours comme de nuits dans la
rue, à ne rien faire, à vaguer à des tâches peu ou
pas nobles. -Jouant aux cartes, jouant aux divers jeux au hasard qui ont si
bien pris corps dans notre société, s'exposant ainsi dans toutes
les directions du vice et de la débauche et inévitablement vers
la prostitution, vers l'homosexualité et vers le banditisme pour ceux
qui sont plus avides.-
Dans toutes ses actions, la jeunesse qualifiée de fer
de lance de la nation est plutôt indécise lorsqu'elle attend en
vain une éventuelle insertion dans le circuit formel du monde de
l'emploi dans son pays. Il suffit de faire un tour au FNE,...pour se rendre
compte du nombre de jeunes qui sont effectivement en état de
désoeuvrement et d'oisiveté. Du côté de nos
ministères et surtout dans le secteur de la fonction publique, la
jeunesse est très moins représentée et les jeunes de 13
à 35 ans environ se comptent plutôt par milliers dans les rues
de nos villes. Pour enfin se rendre compte de l'état de la situation, il
est plus simple de voir les listes pléthoriques des candidatures,
toutes jeunes bien sûr, prêts à réclamer un emploi
à l'administration et aux autorités compétentes à
travers ces fameuses listes des concours de l'ENS, de l'ENAM, de l'EMIA...
pour enfin voir le nombre déréglé, invalide et infirme de
ceux qui y entrent pourtant. c'est pour cette raison que l'on parle aujourd'hui
non de concours mais de ``grand concours des jeunes'' C'est à ce
rendez-vous formel de demande d'emploi que l'on réalise que le
problème d'emploi du jeune homme comme de la jeune fille
diplômée ou non se pose avec plus d'acuité chez nous.
Le développement économique et social de la
nation dont le but est et reste l'amélioration du bien-être et des
conditions de vie de tous les camerounais et leurs familles constituent
jusqu'alors un souci permanent du gouvernement. Depuis les
indépendances, quelques progrès ont été certes
enregistrés grâce aux efforts des populations109(*), mais à partir d'une
période très récente (1986), on assiste à une
crise économique dont les causes sont à la fois exogènes
et endogènes, ce qui implique une baisse significative du taux de
croissance économique110(*). Cet état de chose compromet de
manière graduelle le progrès et expose du coup les projets
déjà en vue pour répondre aux besoins essentiels des
populations.
D'une manière remarquable, les effets de la crise sont
ressentis sous plusieurs angles ; les possibilités d'emploi
compromises, de nombreux services sociaux ne sont plus assurés
(santé, éducation...). Ce sont les services pour lesquelles la
demande est de plus en plus croissante à Douala comme dans les autres
villes. Ici le boom démographique ne respecte pas le rythme de la
croissance des infrastructures d'accueil. Les besoins croissent et rattrapent
les structures mettant ainsi l'Etat en face de ses missions pourtant
bienfaisantes fixées dans les discours publics toujours beaux
parleurs111(*). Les
services de l'assistance publique sont tout simplement dépassés
par le nombre encore plus croissant des usagers parmi lesquels on compte de
plus en plus : les travailleurs déflatés des secteurs
publics, des secteurs privés et des secteurs parapublics ; les
personnes indigentes ; la jeunesse, la gente féminine et la jeune
fille ; les chômeurs et les jeunes diplômés.
Pour donc assurer la santé, les populations
s'orientent vers la pharmacopée, vers la médecine traditionnelle,
vers la pharmacie de la rue ou du poteau112(*) qui prend la place des officines légales et
pharmacies formelles sous le regard inopérant de l'Etat devient de plus
en plus impuissant, il passe de l'Etat de providence à l'Etat spectateur
moins que régulateur, abandonnant ainsi les déflatés
sociaux à eux-mêmes. Loin de la conception du déterminisme
durkheimien, les populations vont construire individuellement les
stratégies pour faire face à leurs responsabilités
sociales mais dans le strict non respect de la réglementation en
vigueur. A cette issue on verra naître de part et d'autres certains types
de métiers comme celle du poteau de la jeune fille. Dans cette
perspective, s'accrochant sur cette fibre du lien social, la formation du
collectif parce que conscient de l'illégitimité de la pratique,
parce qu'évoluant en marge des normes réglementaires, peut aussi
se définir comme cette manifestation publique du rejet du système
et de l'ordre établi. C'est comme une sorte de révolte, c'est le
signe visiblement perçu par cet ensemble des pratiques, us et coutumes
d'un groupe marginal en réponse au mécontentement, au rejet des
institutions politiques, sociales, culturelles et traditionnelles. C'est contre
le gré de beaucoup de populations qu'elles s'orientent vers la
direction informelle dite moyens de secours. C'est vrai, la compression d'une
bonne franche des populations travailleuses du secteur publique crée une
crise de responsabilité tant sur le plan familial que sur la
société globale avec en amont l'échec de la politique de
l'Etat. Cependant ces individus victimes ont des logiques et des moyens de
contournement, les logiques de construction qu'ils mettent à
côté du jeu économique comme stratégie de groupe.
C'est donc un poids aussi grand qui se repose sur les acteurs, sur leurs
mentalités faisant d'eux des êtres doublement vulnérables.
Insuffisantes politiques publiques, relâchement de la
sécurité sociale des couches vulnérables et
ségrégation dans le recrutement des jeunes et des filles en
milieu professionnel formel sont autant de faiblesses ou vides laissés
par le système.
II- LES CAUSES ET LES EFFETS DE LA PROSTITUTION OU DU
MARCHE DU POTEAU
A- SUR LE PLAN SOCIOCULTUREL
Cette analyse veut se placer parmi les études
sociologiques abordant la prostitution comme un fait économique mais
porté dans sa phase la plus populaire par des causes assez
diversifiées et variées. Partis de la rigidité de
certaines traditions sociales à travers les mariages précoces ou
forcés ; des oppositions à des pratiques, us et coutumes
jugées dépassées, le manque de collaboration et de
dialogue entre filles et parents, l'existence des sujets dits tabous, le culte
de l'intérêt et du gain facile..., la prostitution est devenue
aujourd'hui un phénomène qui touche toutes les catégories
sociales. A côté des déboires sur le plan de l'amour dont
sont victimes nos opératrices du poteau et leurs clients, des offres
suscitent la demande masculine113(*). Il est important de signaler que sur tout un autre
plan, certains phénomènes et pratiques ne cessent d'encourager.
Il s'agit des pratiques austères de nos coutumes : l'excision ou la
mutilation génitale, les mariages forcés, les mariages
précoces, les répudiations des femmes veuves, les rites de
veuvages drastiques, le transfert de la veuve comme bien ou
propriété d'un frère du défunt époux
« le lavage de la veuve », les interdictions de
mariage à certains filles et garçons, le phénomène
des parias sociaux
Tout ceci n'est donc plus forcément lié
à la prostituée seule mais à la société
globale. Pour des raisons purement sécuritaires, le
« marché du sexe » a pris de l'ampleur et est en
pleine expansion. Et on constate que
C'est un fait social (total) et on ne peut
prétendre à son éradication ; c'est le
résultat des dysfonctionnements des sociétés, or le
dysfonctionnement est une composante de la société 114(*)
De l'avis de nombreux enquêtés,
s'indignant bien sûr sur l'expansion rapide ce marché de sexe, ils
relativisent en expliquant que
C'est un marché
où il y a une offre et une demande généreuse. La demande
est là pour plusieurs raisons et surtout parce que l'environnement
social ne permet pas de relations en dehors du mariage. Quant à la
générosité de l'offre, elle s'explique aussi par le fait
que la prostitution, souvent occasionnelle, est aussi une manière
d'arrondir ses revenus. Le business du sexe est florissant et les
gains débordent largement les poches de certaines ouvrières
du sexe. Dans l'axe du poteau, la prostitution a donné un nouveau
souffle au marché du luxe... Mais c'est la mondialisation... La
société de consommation est en train de façonner le plus
vieux métier du monde. Bijoux, vêtements, débits de
boissons, cigarettes, tabac, alcool, appartements et chambres, trouvent
facilement acquéreurs. Les prostituées qui se font ici fortune
paient cash et sans sourciller des sommes faramineuses à investir sur
leurs familles, lesquelles familles ont préalablement investi pour la
venue en ville... la famille soutien donc avec regret parfois les `bordelles'.
Les rapports entre elles et les membres de la famille comme les cousins les
oncles et même les parents parfois restés au village ne sont pas
négatifs sauf quand elles cessent de leur verser l'argent ou d'assurer.
On pense avec raison puisque le dehors est gâté que la bas, elles
pourront trouver comme ça le bon travail ou bien même avoir les
bonnes relations pour un bon mariage et elle peut aussi avec les côtes se
battre jusqu'à partir aussi à `ben' par exemple... vous voyez que
la famille sera sauvée (rires de satisfaction)... La tentation est donc
grande de fermer les yeux sur ce fléau qui touche déjà
l'ensemble des villes camerounaises. C'est enfin de telles images que tous nos
médias ne cessent de présenter et de glorifier, ce qui expose
facilement nos jeunes fragiles et désoeuvrés vers la
rue.115(*)
Ces propos forts évocateurs font noter que bien
qu'étant vulnérables la jeune fille dans sa grande
naïveté et depuis son environnement familial à
côté de la responsabilité de l'Etat de sévir se
trouve exposée à de telles pratiques. Pour finir, le constat est
clair que la prostitution explose au Cameroun et qu'il ne faut pas aller si
loin pour en connaître les véritables causes telles la
misère, le chômage, les effets pervers des médias, la
surestimation de la culture de la débauche.
Plus vieux métier du monde, la prostitution ici comme
partout ailleurs a ses causes particulières, spécifiques et ses
effets sur la société. Etant donné qu'elle est
profondément ancrée dans nos mentalités et nos moeurs. Ce
serait autant difficile de saisir cette pratique malgré, la prostitution
a toujours existé au cours des siècles116(*), si le processus a
changé, elle en a gardé le même principe: des hommes ont
été et sont prêts à payer le prix pour obtenir des
services sexuels, féminins ou masculins. De nos jours à Douala
comme à Yaoundé, la prostitution s'appréhende et peut tout
simplement se définir comme étant
La vente des gestes sexuels, par une prostituée
à un client sexuel, en contrepartie de la monnaie, des aliments ou des
avantages sociaux.
B- LES CAUSES OU DETERMINANTS
ECONOMIQUES ET SOCIOPOLITIQUES
Fléau aux conséquences inimaginables et
incalculables, la prostitution, pire ce marché ouvert du sexe que cette
étude nomme de marché du poteau tire souvent son origine ou sa
genèse des conditions économiques précaires ainsi que de
la rigidité de certaines traditions sociales (mariages précoces
ou forcés ; oppositions entre filles et parents...) dans une
pluralité de raisons qui sont constituées et regroupées
autour des déterminants économiques et sociopolitiques. Madame
Mutend Sidonie117(*)
déclare à ce propos que :
Je pense que le problème des filles mères
est une cause aussi importante de la prostitution. Les jeunes hommes sans
emploi bien rémunéré ne se marient plus...ils passent
leur temps à s'amuser avec les jeunes filles qui sont la plupart de
temps ignorantes de la chose sexuelle, du planning familial et elles tombent
facilement dans le pièges à savoir l'amour avec plusieurs
personnes à la fois dans le but de gagner quelques sous pour survivre et
assurer la nutrition de son gosse, et sans préservatifs surtout,
c'est dans le but d'en gagner plus...faire encore confiance à une
fille de ce côté de la zone Elf, Brazzaville, Dakar, Soboum, Non
Glacé, ce n'est plus facile ; et est-ce que c'est de leur
faute ?
Interrogé sur le sujet, de l'avis de la plupart de
nos personnes-ressources, elles martèlent que la prostitution a toujours
existé au Cameroun et à Douala en particulier depuis longtemps.
Cependant, leurs observations vont plus loin pour signifier qu'il y a eu une
recrudescence du phénomène à Douala ces vingt
dernières années avec l'arrivée des premières
prostituées étrangères et « professionnelles du
sexe » venues des pays voisins et de l'Europe vers les années
1980 associé aux migrations internes (exode rural...) et migrations
externes (les réfugiés, les exilés...). La plupart de ces
personnes-ressources rencontrées espèrent et souhaitent la mise
sur pied effective d'une Brigade des moeurs comme celle dirigée
au Mali par l'inspecteur principal de Djakaridia Sow.
Ce mouvement des populations vers le Cameroun et plus
précisément vers les grandes métropoles comme Douala se
justifie non seulement par des raisons économiques (recherche du bonheur
matériel, d'un bon statut économique), mais aussi politiques
(à travers la perméabilité de nos frontières
à la faveur de l'intégration africaine) où notre pays joue
un rôle de pionnier. Le Cameroun de par sa stabilité politique et
ses richesses naturelles constitue un havre de paix dans la sous
région Afrique centrale. Par ce fait seul et pour ces raisons
particulières, Yaoundé, Douala et le Cameroun deviennent le point
de convergence de l'exode rural à l'interne et à l'externe des
réfugiés politiques, des déplacés de guerre et des
démunis parmi lesquels on recense en majorité les marginaux
à savoir les prostituées et les délinquants.
Selon madame Mutend Sidonie118(*), les échecs du développement et le
mauvais encadrement des jeunes en campagne, la dévalorisation de la vie
en zone rurale a accéléré l'exode rural ;
fléau qui, à son tour vient ajouter de l'eau au moulin du
marché du sexe qui se porte très bien dans la cité
économique du Cameroun. Davantage, la liste s'allonge avec
l'échec ou la non mise en place effective des politiques de
développement zones rurales qui viennent encourager le
phénomène. De même, l'enclavement de certains milieux qui
curieusement subissent une influence négative des médias et des
effets pervers du modernisme fraye le chemin à tous les vices et toute
sorte de déviance riche de répercussions sociales comme c'est le
cas à Douala119(*).
III- LA PRECARITE DES CONDITIONS DE VIE DES FAMILLES ET LES
NOUVEAUX MODELES DE CULTURE
Les raisons sociales qui expliquent cette pratique
indécente se résument à la précarité des
conditions de vie des familles, lesquelles sont incapables de subvenir aux
besoins élémentaires de la petite ou de la jeune fille. Aussi, il
faut noter les discordances socioculturelles entre les filles et leurs parents
surtout dans les familles religieuses où un code moral de conduite et
un comportement vestimentaire est dicté ou imposé aux enfants.
Une telle rigidité parentale face à la modernité via
l'Internet et certains téléfilms occidentaux prédispose le
plus souvent à la révolte de la jeune fille qui a
déjà aussitôt de plein fouet l'acculturation. Ceci
détourne les bonnes moeurs pour orienter ou exposer les jeunes filles et
garçons vers la débauche sexuelle. L'expression de ce sentiment
se traduit par l'abandon du domicile parental ou familial et le goût
exacerbé de l'aventure qui ouvre une réelle voie vers les
déviances de l'heure. Le chômage des jeunes comme la compression
des parents, le manque d'autorité de ceux-ci, l'analphabétisme
crée un laisser-aller dans les familles. Ceci appelle donc à la
création des stratégies de survie qui, en rendant impuissant les
chefs de famille, dispose ces entités vulnérables que sont les
jeunes sont vers les basses pratiques. Telles sont aussi d'autres
déterminants de la prostitution. Animé par l'envie d'une
liberté totale, une paresse et le goût de la facilité, la
nécessité de satisfaction des besoins vitaux de première
nécessité s'impose et seul la force physique, le corps humain
comme le sexe devient une matière première, une marchandise
particulière à exposer pour la recherche des moyens de survie.
Ainsi il devient urgent de retrouver le groupe opérateur en vue de
négocier son intégration au collectif, de même comme au
`corps de métier des prostituées'. Par pudeur,
les organisations de la société civile en charge des questions
féminines (CIPCRE, CEJERD, VEPDEF, ABIHO...), le ministère en
charge des affaires sociales et le ministère en charge de la promotion
de la femme et de la famille ayant en majorité constitué le
support sur le terrain de l'étude recommandent plutôt les
expressions "professionnelle du sexe", "opératrices du poteau", "les
prestataires des services sexuels", ou "les vendeuses de plaisirs" en lieu et
place "de prostituée" qui demeure une expression qui choque et
fragilise la dignité de la femme en général. Mais plus
clairement, avec l'une ou l'autre appellation, l'activité répond
bien à la prostitution qui est un métier du sexe qui se construit
malgré tout autour de la formation du collectif et les chaînes de
solidarités complémentaires, bases des liens sociaux forts et du
capital relationnel apte à soutenir l'activité.
Cette disposition a dangereusement décoloré nos
moeurs car certaines de nos adolescentes en contact avec ces techniciennes du
sexe ont vite fait de les imiter, harcelé par le leurre du gain facile.
Par cette escorte, les parents ne reconnaissent plus leurs filles devenues par
la force des choses autonomes, dégagées et
émancipées (du moins financièrement) et participant aux
dépenses de la maison souvent à l'éminente satisfaction de
ceux-ci. C'est à cet instant que le lien social au niveau de la famille
se renforce et se vivifie. Le capital humain ainsi est mobilisé pour
soutenir au moins psychologiquement cette travailleuse de sexe qui ne cesse de
se chercher. Mais la grande question qui reste à répondre est de
savoir comment et d'où vient tout cet argent? A ces interrogations
répétées, une opératrice répond :
On fait... et même les jours où le
marché ne passe pas, pour une nuit pleine passée à la Elf,
je gagne entre 7 000 et 10 000 Fcfa. 1500 étant le prix d'un
coup 120(*)
Ces propos comme ceux de Pamela121(*) sont fortement
révélateurs d'un spectacle déshonorant qui en dit long sur
la précarité des conditions de vie de nos familles.
Déjà, celui qui paye pour ce service est bien connu comme un
délinquant ou un chef de famille, fusse-t-il avec de "l'argent
sale". Ce propos enfin nous orientent à jeter le regard vers
l'examen de cette pratique, du moins dans son quotidien et plus
particulièrement à la Elf.
-CHAPITRE V-
LE QUOTIDIEN DES ACTEURS DE LA PROSTITUTION ET LA
SYMBOLIQUE DE LA CONSTRUCTION DU LIEN SOCIAL
I- LA NOUVELLE CONFIGURATION ET LE CIRCUIT ADAPTATIF OU DE
SOCIALISATION
A-LA PROSTITUTION A LA ELF : DISPOSITION DE L'ACTIVITE
AU QUOTIDIEN
Le bitumage et l'électrification du boulevard ont fait
naître une autre configuration plus grave et spécifique de la
prostitution par étalage commerciale. En pleine émission
télévisée, la présidente122(*) d'une ONG luttant contre la
prostitution demandait déjà si ce ne sont pas les de leurs
actions politiques du pays à travers certaines autorités qui
encouragent le phénomène. Il s'agit des proxénètes
ou négociateurs dans les Bars et Restaurants en journée. En
effet, débusquées hier des cabarets et buvettes de la capitale
économique pour exhibition de slips et de sexe, ces actrices dites
danseuses n'ont fait que déplacer leur activité pour la nuit et
à d'autres lieux mais avec les relais des négociateurs en
journée et des proxénètes en soirée. Lesquels sont
leurs gardiens, leurs protecteurs qui assurent leur sécurité en
se faisant appeler « les boys »
Ainsi dit, sur "les trottoirs" qui jouxtent les grandes
artères et les petits couloirs de l'axe lourd et de l'ancienne station
Elf venant ou allant vers le rond-point Dakar à Douala entre 18h30 et
5h30 où ces filles du poteau attendent l'arrivée des clients
potentiels, attente qui se concrétise par identification, pourparler ou
négociation et recrutement. En effet, celles-ci loin de prendre un
local pour exercer leur métier, négocient les chambres de passe,
des auberges ou des hôtels si bien installés dans le coin. La
précision claire est qu'elles négocient souvent, avant pour ne
payer qu'en fonction soit du nombre de clients entretenus, soit du nombre de
temps mit. A vrai dire toutes les couches sociales s'en sont baignées et
ont pris du goût ; hommes de pudeur, hommes en tenues,
autorités influentes et gouvernantes ne sont pas des restes, bien au
contraire ils sont les « bons payeurs », les
hommes sur qui on mise pour espérer le « jack
pot »comme le déclare Martine123(*). Mme Mouthe124(*) appuie de par ses propos que
tous ces hommes bien de là-bas sont de grands consommateurs des
prostituées, facilités par les proxénètes ou les
réceptionnistes d'hôtels qui sont chargés du marché
du recrutement de filles. Cette prostituée qui travaille tous les jours
à la Elf Axe lourd pour satisfaire les différents désirs
charnels sous-traite ses marchés avec les gardiens de ce service et de
nombreux autres intermédiaires et d'autres médiateurs (les
aubergistes, « les boys », les bar mens, les
collègues, les patrons des auberges et des bars...).
Le commerce du sexe comme tous les autres marchés ne tient pas
à la seule détermination de celles qui la pratiquent ou livrent
leur corps. Elles sont habituellement victimes de leur naïveté ou
de leur ignorance surtout quand elles y arrivent par la force de la
conjoncture. Ainsi des collectifs au même titre que des réseaux
naissent pour réguler ou pour mieux gérer cette activité
économique spontanée exercée par dans l'ombre et en toute
répression. Il s'agit des proxénètes ou des
intermédiaires le plus souvent mus par de vieilles prostituées
devenues dirigeantes des débits de boissons, des cabarets et des
cafés ou de simples "bandits commerçants" qui, identiques aux
trafiquants d'enfants aménagent la micro société. Ces
proxénètes d'un autre genre recrutent et détournent les
filles depuis les villages et les campagnes, en leur proposant les
possibilités ou tout simplement un travail bien
rémunéré dès l'arrivée à Douala.
Offres irrésistibles, une fois en ville, confrontées au
chômage, elles sont harcelées pour la restitution des frais et les
autres charges du voyage. Les filles sont ainsi contraintes à se
prostituer pour survivre, mais aussi à payer un lourd tribut à
ceux ou à celles qui les protègent pendant un moment même
si après elles doivent se livrer à elles-mêmes ou encore
à leur propre compte.
Eu égard à cette situation et aux
difficultés de leur zones d'action, certaines organisations et
associations voient le jour entre ces opératrices filles du poteau dans
le but de venir en aide aux prostituées ou filles nouvellement
arrivées et surtout aux petites filles qui ont besoin de beaucoup
d'informations pour réussir régulièrement leur
intégration au poteau et atteindre leur autonomie ; c'est comme des
réseaux.
Au début quand je suis arrivée, l'amie de ma
tante, la maman qui m'a fait venir ne voulait pas me dire la
vérité, je travaillais et elle prenait l'argent... nous
étions au nombre de quatre qu'elle contrôlait et on avait vraiment
beaucoup de travail, ça ne valait pas la peine, c'était
l'exploitation ! Elle a refusé de nous rembourser mais Dieu voit
tout...Maintenant je suis entrer dans une réunion où je tontine
si c'est trop dur 6000Fcfa deux fois par semaines. Là-bas c'est vraiment
une famille. Nous on discute sur tous les problèmes de notre
métier et comment on peut faire pour que le travail marche bien ;
personne ne vient à la Elf la nuit, dans le froid sans dormir pour
s'amuser ou pour blaguer, chacun vient pour se chercher même comme il y a
toujours les casse-pieds... pour eux nous on a plus peur parce que ici
même le préfet connaît ce que nous on fait, il vient souvent
ou bien il envoie ses gens et on s'entend toujours. Même les policiers
savent que si c'est pour eux on n'a plus peur, car les boss là
s'entendent avec nous... d'autres copines ici sortent avec les autorités
jusqu'à on les a donné le travail et souvent elles viennent ici
nous chercher quand il y a le gros contrat avec un groupe de `benguiss', et tu
peux aussi profiter avec un autre qui peut t'amener... moi j'ai souvent la
chance pour les trucs comme ça... parce que je suis bien jeune (Une
enquêté125(*))
Les principes de la construction du collectif sont
liés ici à d'autres réalités bien subjectives comme
la notion de la durabilité, la notion des liens marchands, la pratique
d'une activité lucrative, la pratique d'une activité en marge des
lois, le caractère illégal et répressif, l'attitude
d'informalité de l'activité. L'appartenance à cette
corporation exige une solidarité de corps qui émerge autour de
l'insécurité et du danger selon des principes bien établis
et qui ne sont nullement régit par des textes mais qui sont plus ou
moins bien connus.
B- RECONNAISSANCE DES OPERATRICES ET DES ROBOTS DE LA
ELF
La prostitution bien qu'acceptée ou
tolérée malgré les répressions socio juridiques,
reconnaître une opératrice, une proxénète, un client
participe d'une familiarité cultivée. Seul en climat de confiance
et dans une sérénité qu'une personne opérant
à la Elf axe lourd peut avouer ou se reconnaître comme tel. Mais
des signes extérieurs et des symboles laissent voir et permettent de
les identifier sans trop se tromper. Quelques traits extérieurs et les
niveaux de reconnaissance de la prostituée de la Elf se constatent au
niveau de la toilette, au niveau de l'habillement, au niveau de la coiffure, au
niveau du maquillage. Maquillage extravagant, agencement des vernis, des
brillants de couleurs variées, fards aux yeux et rouges aux
lèvres ; les cheveux et la coiffure sont aménagés
pour éviter certaines contraintes liées aux traitement
après acte sexuel, cette idée anticipée les distingue et
fait leur particularité.
Fille sans tresses, cheveux courts, taillés,
traités et teintés en couleurs comme signes distinctifs et
symboles de reconnaissance qui constitue à cet égard des signaux
et des messages codés adressés à qui conque peut bien les
décoder. A la Elf axe lourd, les accoutrements sont singuliers et
spécifiques ; on en veut pour preuve ces propos de ODILIA126(*)
Aucune WAKA127(*) ne peut te dire que oui je
suis WAKA, si elle ne te connais pas bien mais c'est bien facile de nous
remarquer,...nous mettons les habits qui peuvent nous attirer les clients sans
honte, il faut aussi être à la mode si non tu n'auras pas de
clients. Tu sais que les hommes sont très compliqués maintenant,
tous les jours, la télé montre les nouveaux modèles que tu
vas tout faire pour avoir et bien attirer tes clients. C'est aussi comme tous
les autres marchés, où on cherche les clients... nous avons nos
propres genres d'habillements par rapport à notre marché...il
faut s'habiller en tendance, en mini, en serré, en sexy, tout ceci avec
DVD, VCD, DCD...c'est ça la tenue de l'attaque.
A tout ceci, le port quasi généralisé
des chaînes aux chevilles, des boucles et autres bijoux extravagants est
très vulgaire et attire spécialement l'attention. Ce portrait
extérieur ou attitude vestimentaire constitue des traits symboliques et
un des signes bien distinctifs. A côté de ces traits physiques,
qui marquent la singularité collective et l'unicité de ces
individus dans la nouvelle culture, des stratégies se multiplient
davantage dans l'intention d'une part de se faire remarquer et aussi dans
l'idée de rester toujours productive , fidélisant ainsi une bonne
partie des clients . Aussi, pour dissimuler les odeurs, les senteurs, les
haleines qui se dégagent après chaque acte sexuel, sont
consommés en permanence des « chewing-gum»
parfumés et l'utilisation des parfums spécifiques et
appropriés pour échapper aux toilettes régulières.
A ce sujet et à la question de savoir comment cela se passe après
chaque passe, ces propos de Singuila sont fort
révélateurs :
... la toilette
après chaque coup est source de perte de temps...c'et pour cela que
chacune ici a ses mouchoirs et ses serviettes comme arbitres de touches pour
se nettoyer, la plupart d'entre nous ici utilisent le parfum qu'on a
composé avec l'eau de Cologne dans le sens de chasser les mauvaises
odeurs après chaque passe... 128(*)
Sur un tout autre plan, il n'y a pas de lisibilité
réelle au niveau de leur portrait moral. En fonction des circonstances,
elles affichent des comportements moraux qui sont des signaux collectifs bien
appropriés à des fins calculées qu'il faut bien
intégrer afin de les comprendre.
II- ENVIRONNEMENT RELATIONNEL A LA ELF OU LES LOGIQUES DE
CONSTRUCTION DU LIEN SOCIAL EN MILIEU SPONTANE
Microsociété, sur le terrain de la Elf axe
lourd, plusieurs acteurs entrent en collaboration et en interaction ;
chacun tisse à sa manière et selon son intérêt ou
ses objectifs le type de rapport à entretenir avec l'autre
L'examen de plusieurs attitudes et comportements d'acteurs
opérant au lieu dit Elf laisse voir en fonction des circonstances bien
sûr, l'extériorisation de certains comportements qui les sont
propres. Lesquels sont le plus souvent collectifs,
généralisés et décodables par eux seuls, c'est
ainsi qu'il a été observé
Ø soit une forme spécifique du lien social ou
rapport dit complémentaire
Ø soit une autre forme aussi spécifique du lien
social jugé compétitif
Ø soit ensuite la forme du lien social
caractérisé par la contradiction
Ø soit enfin la forme du lien social dit
conflictuel.
Ces différentes formes bien identifiées par
Bajoit129(*) dans ses
quatre configurations tiennent lieu des comportements globaux dont
l'approfondissement s'avère ici nécessaire. Il s'agit donc dans
la perspective d'une sociologie relationnelle de comprendre les
différentes structurations ou dimensions du lien social dans les
sphères spontanées et la nature des relations sociales par
l'examen minutieux des relations entretenues avec l'environnement.
A- RELATION ENTRE WAKA ET WAKA130(*)
Entre elles, de manière
circonstancielle, il est aisé d'identifier et de classifier les
comportements en deux catégories.
1- DE BONS RAPPORTS
Conscientes de l'exercice d'un travail de
concurrence souterraine, les opératrices du poteau par le processus
d'intériorisation de certaines normes et principes affichent des
comportements complices indentifiables d'une part par de nombreux gestes ou
actes de sympathie et d'un autre part par de nombreuses attitudes de
fraternité. Laissant ainsi transparaître entre les
différents petits groupes ou associations existant sur leur territoire
des attitudes et comportements de solidarité véritablement plus
que des collectifs traduisant de sociétés bien construites. La
construction du collectif étant ainsi liée à un certain
nombre d'intérêt que chaque individu en fonction du groupe
d'appartenance exquise une explication :
Nous, on s'entend bien ici...le travail que
nous faisons ici n'est pas ce que vous voyez avec les yeux,c'est dangereux et
ce n'est pas facile, il faut d'abord s'entendre avec les autres WAKA...sans
oublier qu'on est dehors pour se chercher 131(*)
Ces propos forts évocateurs de l'actrice symbolisent
bien évidemment qu'à côté de ces bons rapports, on
observe d'autres plus structurants qui sont sans doute liés à la
nature économique de l'activité ou à la nature
concurrentielle des intérêts subjectifs qui se
télescopent.
2- DE RAPPORTS CONFLICTUELS
La société est un champ de
lutte où chacun veut se positionner, et le poteau de la Elf
n'échappe pas à cette formule si chère à Bourdieu.
Entre elles, ces filles, à la quête de la clientèle se
livrent parfois à de querelles, à de scènes de jalousie,
à des invectives, à des menaces, aux bagarres au point où
parfois seules les instances intimes de régulations comme la Get7
Academic132(*)
composée des Boys133(*) et des Nanga-boko134(*), comme les vigiles de Coves Security135(*) peuvent intervenir. Ces
actions sont parfois tributaires aux pratiques magiques et maléfiques
suspectes, elles dénotent de la compétition et des trafics
d'influence qui peuvent finalement élire droit de cité dans de
tels environnements. Mais toujours est-il que, en fonction des circonstances et
des situations, les rapports se construisent et se déconstruisent.
B- RELATION ENTRE UNE WAKA ET UN ETRANGER
1- UNE WAKA EN SOCIETE
Méfiance, prudence, hypocrisie et intérêt
sont les maîtres mots des rapports entre les Waka et les
étrangers. Avec les intrus, les rapports ne sont pas du tout bons. Ces
dernières évitent toutes personnes n'exerçant pas leur
activité, ne la pratiquent en journée que par personnes
interposées136(*)
pour ne sortir que le soir pour « l'attaque ». Facilement
reconnaissable le jour à cause de leur grande timidité, la
société les provoque avec des sobriquets comme bordelle,
akwara, fille de l'hôtel de ville, fille de la Elf, la ga du
poteau...mais la réaction est nulle car elle se retrouve seule et
hors de son collectif en journée. Par contre, en groupe, elles sont
fortes, actives et promptes à réagir aux attaques de jour comme
de nuit.
Aussi, faisant les achats pour la nourriture, la toilette, le
vêtement, elles semblent avoir de bons rapports avec les vendeurs. En
fait ce n'est que l'intérêt financier ou matériel qui
pousse parfois ces bonnes dames commerçantes à les accepter au
point d'entrer en confidence avec elles.137(*) Toujours pour garder la bonne image, conscientes
qu'une scène de moquerie peut naître, à cause de leur
étiquette sociale, ces dernières évitent de marchander les
produits dont elles ont besoin. Ce sont enfin aussi les clientes de plusieurs
shops et boutiques qui agissent en sympathie avec elles. Il faut tout de
même mentionner que, autour de cette activité, d'autres
réseaux marchands se créent et se dynamisent pour soutenir et
finalement contribuer à la socialisation stratégique mais
progressive de ces filles du poteau.
2- RELATION ENTRE LE POTEAU ET LA POLICE
Intervenant régulièrement dans les territoires
du poteau pour besoin d'assainissement, de sécurité des biens et
des personnes, les agents de la police procèdent parfois à des
rafles, à des interpellations des WAKA pour une ou l'autre raison
(ballades nocturnes, défaut de CNI, tenue immorale, atteinte à la
pudeur, racolage...). Mais sur le terrain, tout fini par s'arranger car dit-on,
le principe est bien connu. D'ailleurs de sources concordantes et de l'avis de
l'un de nos répondants,
Les chefs d'équipes
nous versent périodiquement des sommes d'argent et donnent
obligatoirement des pots de vins aux policiers et à quelques
autorités administratives pour payer nos efforts de protecteurs et payer
le silence des autres et entretenir leur indifférence 138(*)
Cependant, il reste à bien se mettre pour éviter
les éventuelles surprises de la police que l'on qualifie de rafle
opportuniste. A ce sujet plusieurs attitudes codifiées sont
collectivement construites pour prévenir la présence proche ou
éloignée du danger. C'est à ce moment qu'interviennent les
simulations où la prostituée et le client entrent dans un jeu
pour laisser passer la tempête, feignant ainsi pour tromper la vigilance
de la police. C'est ce qui fait dire au substitut N°1 du procureur du
tribunal de première instance de Ndokoti que parfois malgré tout,
il n'est pas facile d'appréhender ou d'apprécier le délit
de prostitution, il est identique à celui de l'homosexualité
pourtant juridiquement garanti. Celui-ci relate que face à un fait de
prostitution bien circonscrit à laquelle il avait tant bien que mal pris
la peine de suivre et de dire le droit, il a reçu aussitôt une
note anonyme d'intimidation suivie d'un coup de fil occulte à son
standard lui rappelant d'abandonner sa besogne à ce sujet sous caution
de son travail et même de sa vie. Il est donc clair à ce point que
le commerce du sexe dispose d'un capital social (humain et financier) fort apte
à manoeuvrer ou à intervenir même de manière
souterraine sur les questions concernant ou impliquant un des leurs. Il pense
à la création d'une brigade des moeurs. Avec les clients qui
deviennent par moment acolytes ou collaborateurs des Waka, il demeure que le
lien marchand qui lie tout vendeur à son acheteur ne reste cependant que
pour orienter les rapports de négociation des clauses de la prestation
du service demandé ou proposé. Malgré tout, on remarque
que dans ce milieu assez contigu basé sur le principe de l'offre et de
la demande le lien social requiert un caractère versatile marqué
par une inconstance notoire.
III- LA FILLE DU POTEAU ET LE PROCESSUS DE CONSTRUCTION DU
LIEN SOCIAL EN CONTEXTE DE MARCHE SPONTANEE
En milieu social, dans le macro comme dans le micro groupe,
le lien social quel qu'il soit se présente fondamentalement sur un
double visage symbolique.
A- VISAGE IDENTITAIRE ET ALTRUISTE
Ici, les individus en relation avec leurs
semblables ou leur vis-à-vis sont les mêmes, se reconnaissent par
certains aspects singuliers. La jeune prostituée s'identifie à
l'autre et il en est pour les clients. A cette issue tout est mis en jeu
à partir du groupe pour défendre l'autre, et par là
protéger le collectif formé pour enfin voir créer ce que
Bajoit a appelé lien d'identité. Ce lien d'identité se
construit par la mise en valeur calculée ou non de certains
comportements qui, avec un regard sociologique, ils apparaissent comme
des normes et des codes.
C'est donc dans le milieu
du « poteau » de la jeune fille, dans le
« poteau » de la prostitution que nous avons cherché
à connaître les règles et les signes du collectif ou de la
communauté qui lui sont propres à l'image de ceux reconnus dans
l'esprit de société nostalgique de Jean-Jacques
Rousseau139(*).
Ces règles et codes sont parfois écrits et
verbaux affirment aussi les clients. Mais nous les avons reconnus plutôt
dans leur application singulière. Milieux à émergence
souterraine, sont symbolisés par des normes collectives comme
prescriptions à l'instar des suivantes :
ü ne doit s'afficher que sur sa position et ne jamais
prendre la place de sa collègue
ü ne doit pas intervenir dans le marchandage d'une
collègue en vue de lui « couper les pieds »
ü attendre son client sur son comptoir ou dans son
rayon
ü être crédible avec les patrons et les
aubergistes
ü entretenir malgré tout, les bonnes
relations avec les BOYS et les NANGAS-BOKO
ü les comptes doivent se faire journalièrement
à la fin du travail, soit hebdomadairement pour les anciennes et si le
loyer de la maison de passe est payé mensuellement, aucune ne doit
devoir plus de 02 mois
ü il est interdit d'effectuer le petit commerce au
secteur (cigarette, alcool, cola...), c'est le business des BOYS, des
aubergistes et des NANGAS-BOKO
ü les clients n'ont pas le droit de réclamer
une dette au secteur
ü le client doit toujours prévoir la petite
monnaie afin d'éviter de perdre trop de temps, sinon il lui sera imposer
de consommer un service supplémentaire.
A côté de ces règles et normes qui ne
sont pas exhaustifs, il existe aussi des signes, codes et symboles bien
visibles sur le territoire difficilement appréhendable par un
étranger et un intrus. Il faut faire partir intégrante de la
scène, intégrer le collectif et l'esprit du groupe pour
être enfin capable de décoder les signaux lancés.
`Le phénomène des ampoules rouges' par exemple
indique la localisation et l'entrée de l'auberge, c'est comme une plaque
signalant aussi la disponibilité des filles de passe. Aussi au niveau de
la présentation physique, ou de l'habillement déclare Aline, tout
est porteur de messages :
Si tu veux aller avec beaucoup de personnes, tu dois
chercher à t'habiller un genre...si tu peux aller avec plusieurs
à la fois, tu mets par exemple la chaîne aux deux chevilles ;
si c'est au pied gauche, c'est-à-dire que tu veux seulement le
`'jackpot'' ou les femmes comme toi ; mais cela ne m'arrange pas .
Il est enfin clair que comprendre le poteau n'est pas
une sinécure car aucun fait, aucun objet ou geste n'est gratuit en
milieu spontané. Les senteurs, les sifflements et les cris sont des
appels ou signes des guetteurs et des sentinelles symbolisant parfois le
danger. A son écoute, une idée de communauté se constitue
à travers un échange non dissensuel mais consensuel et inclusif
laissant entrevoir des attitudes de condescendance. Pourtant de par ce
caractère foncièrement économique le secteur laisse
transparaître en permanence un visage de milieu de jungle, de conflits et
de lutte.
B- VISAGE D'ALTERITE OU ANTIPATHIQUE
Ici, les individus en relation avec leurs semblables ou leur
vis-à-vis sont différents par certains aspects. Bien que faisant
partie de la même sphère marginale et partageant les mêmes
difficultés et le même milieu. Ces prostituées se
méconnaissent tous dans d'autres situations. La jeune prostituée
comme dans toutes les autres activités spontanées entre en
compétition, organise malgré tout des stratégies pour
dominer l'autre. Ce visage vu dans le sillage des sociologies individualistes
et utilitaristes place l'intérêt et les ambitions personnelles au
centre des échanges. Valorisant ainsi la compétition, la
concurrence et le conflit en décousant le collectif formé
précédemment pour laisser transparaître le lien social
d'altérité140(*). Dans la logique d'échange économique,
les acteurs se positionnent et retiennent dans leurs rapports sociaux la
dimension d'adversité, d'altérité comme l'affirme Hobbes
(1651) dans sa formule « l'homme est
un loup pour son semblable »141(*)
D'une manière subtile, pour observer ce caractère
de loup, il s'agit de se prononcer en tant que client pour se rendre compte que
les opératrices se lancent les boutades, les quolibets, se
dénigrent, se diffament et se détestent pour ne mettre en valeur
que des relations d'intérêts à travers certaines basses
manoeuvres. Lesquelles pratiques débordent le mystique et le magique
à cause aussi de la montée en puissance des jeunes et dynamiques
prostituées pour atteindre la dimension spirituelle et incantatrice. De
l'avis de Ermione142(*),
il est urgent de bien se préparer pour attirer les clients :
...il y a les clients qui
donnent la ''pouass et le ndoutou''143(*), si tu t'amuses tu portes ta part et il n'y aura
personne pour t'aider...c'est pour cela qu'en consultant ton marabout pour
t'attirer le plus grand nombre de clients, tu ne dois pas oublier de lui dire
de te laver pour éviter qu'un client ne laisse le ndoutou...il y a aussi
nos collègues qui bloquent ta chance...mais après tout tu ne doit
pas oublier ta prière.
Ces propos amènent à reconnaître
certains signes extérieurs de la pratique magique. Encore pour que les
clients soient gentils, bons payeurs, fidélisés et peu exigeants,
les filles abhorrent non innocemment des parures comme le bagues, les colliers,
les cauris et utilisent des parfums dits porteurs de plus bonheur.144(*)
A ce titre, il est clair que les populations du poteau
fonctionnent dans une ambiance de double face où pour les
appréhender, il est bien facile de se tromper à première
vue.
IV- LA DIMENSION SYMBOLIQUE ET DUALISTE DU LIEN SOCIAL EN
MILIEU SPONTANEE : NOTION ET MODALITE DE SON ECHANGE
En tant qu'ensemble de rapports de forces entre les
individus, la réalité du lien social selon Weber et Bourdieu un
ensemble de rapports de sens, qui lui confère cette dimension
symbolique. Notamment, ici sont mis en jeu la dualité, le double visage
du lien social dans ce milieu. Visage d'identité et visage
d'altérité curieusement cohabitent dans un collectif qui peut se
construit et peut se déconstruire en tout temps. Comme dans les logiques
des analyses de Bajoit145(*), privilégiant les échanges sociaux
fondés sur l'inégalité, il est remarqué que le
poteau de la Elf privilégie à son tour les logiques de
contrôle de situation en mettant un point d'honneur sur les
finalités qui ne sont rien d'autres que ce jeu de gain mu dans les
stratégies de survie. Ce contrôle permanent des circonstances et
des situations est le produit conjugué du caractère informel et
souterrain de l'activité dune part et de son caractère
économique et marchand d'autre part. De ce principe double, il ressort
donc une construction fluctuante du lien social basée sur le processus
d'échanges complémentaires et conflictuels d'un côté
et sur un processus d'échanges compétitifs et contradictoires de
l'autre côté. Ceux-ci sont parfois consensuels (par les
solidarités contractuelles liées à l'application de
règles du collectif) et parfois dissensuels (par oppositions violentes
des sentiments et des intérêts) comme l'affirme Sartre146(*) quand il parle de
déterminisme subjectivité, de dualisme et de dualité.
Tableau 3 : Illustration
schématisée du caractère dualiste du lien social en
milieu spontané et processus d'échange de ce lien
social
Visage identitaire
Echange inclusif
(Complémentaire
et conflictuel)
Visage d'altérité
Echange exclusif
(Compétitif
et contradictoire)
Echange consensuel
-Bonne organisation du collectif -Phase identitaire
-Ambiance normale des opératrices
Echange dissensuel
-Mise en cause du fonctionnement des règles du
groupe
IDEOLOGIE
ET
MODELE
DE CULTURE
Stratégie d'échange du lien
social
COMPLEMENTAIRE
-Normale au groupe
-Nécessaire à une mission et un ordre
bien déterminé
COMPETITIF
-Rivalité -concurrence -respect des
règles -ambiance et image d'altérité normale
enAES
CONFLICTUEL
-Détérioration de l'échange
complémentaire-Ordre visé -Désaccord des acteurs
-Union analogue
-Front
-
CONTRACTUEL
-Suppression radicale de l'échange
complémentaire
![]()
Source : Adapté
à partir du modèle de Gilles FERREOL147(*) dit ancrage relationnel
Mode de lecture : Linéaire, de
gauche vers la droite pour les échanges consensuels et dissensuels et de
haut vers le bas pour les échanges inclusifs et exclusifs
Il ressort donc de ce tableau que le lien social dans tout
les milieux professionnels spontanés obéit malgré tout
à ce système d'échange fluctuant et instable. C'est cette
construction symbolique qui, faisant l'idéologie de nos
sociétés, entraîne assurément vers une autre
construction de nouveau modèle de culture laissant ainsi percevoir la
formation du collectif et la construction des solidarités.
Perpétuation d'un système de contrainte et
une construction des réseaux
Anticipation de l'acteur
sur les structures
et règles formelles
Tableau 4 : Illustration schématisée
des logiques de construction des stratégies de solidarité ou
du collectif en milieu spontané
Stratégie de solidarité ou formation du
collectif
FONCTIONNELLE
-Normale, organique au groupe
-Répondant à une mission bien
déterminé
CONTRACTUELLE
-Style de construction collectif par respect aux
règles de l'assistance obligée
SERIELLE
-Groupement en série
-Union analogue
-Front
-
FUSIONNELLE
-Alliance -Réunion des forces contre les
systèmes formels
Solidarité ou collectif conditionné
(obligé)
Solidarité ou collectif intentionnel
(calculé)
Solidarité ou collectif
instrumental
Solidarité ou collectif
expressif
![]()
Source : Adapté
à partir du modèle de Gilles FERREOL148(*) dit ancrage relationnel
Mode de lecture :
Linéaire, de gauche vers la droite pour le collectif instrumental et
expressif, et de haut vers le bas pour le collectif conditionné et
intentionnel
Il en ressort donc que la formation du collectif comme la
construction des solidarités dans ce genre de milieux marginaux respecte
la logique dans laquelle l'acteur dans ses manoeuvres se sent contraint
malgré tout.
Le commerce du sexe tel qu'observé et pratiqué
à Douala dans ses différents sites publics et principalement
à la Elf est pris non seulement comme un système d'action
construit et concret mais comme une organisation sociale structurée, en
s'alignant contre la loi, pour enfin se constituer en groupe marginal fondant
ainsi sa propre norme et sa propre logique à côté de celle
dite officielle. La certitude de l'irréversibilité de ce
marché de la honte fait vivre et donne de l'espoir aux individus qui,
déjà dans leur vie naviguent dans une incertitude dynamique et
dans une précarité de conditions de vie. C'est enfin la logique
de construction des stratégies de solidarité avec cet
échange permanent et régulier des attitudes qui vient
accroître et perpétuer un système de contrainte et de
construction des réseaux. Tout ceci vient enfin s'associer aux
manoeuvres souterraines anticipant ainsi la création et l'appropriation
des règles ou normes entraînant non simplement vers un
itinéraire d'accumulation mais vers une construction assurée du
collectif afin d'atteindre progressivement à une identité
réelle de métier de prostituée ou de professionnelle du
sexe.
-CHAPITRE VI-
DE L'ITINERAIRE D'ACCUMULATION OU DE CONTINGENCE VERS
LA CONSTRUCTION D'UN CORPS DE METIER : CONSEQUENCES ET DIVERSES
IMPLICATIONS
I- LE POTEAU DE LA JEUNE FILLE URBAINE : UNE CONSTRUCTION
DU CAPITAL HUMAIN MAIS UN VRAI PROBLEME DE SOCIETE
Désirer légitimer le poteau de la jeune fille
comme un "travail", n'est-ce pas là admettre que la prostitution puisse
apporter une solution à la pauvreté féminine ? Et,
pourquoi pas, une solution à la pauvreté masculine aussi et au
chômage chez les jeunes en général ? D'après
cette logique «réseautage», requiert-il donc d'encourager le
développement d'un itinéraire vers l'industrie du sexe comme une
manière de résoudre la crise de l'emploi et le chômage
indépendamment de ses conséquences sociales ? C'est à
ces fins que l'Etat se trouve impuissant face à la situation; car cette
crise de l'emploi et le chômage sont les raisons socio-économiques
déclarées par les clients et les prostituées elles
même comme ces propos de Pamela « je suis venue ici pour
me chercher... et c'est dur partout dehors ». L'Etat devient encore
plus puissant à cause du fait que, bien que venant de part et d'autres,
les divers acteurs constituent une alliance et un système construit et
cohérent comme le rappelle et insiste Pamela :
Déjà compte tenu de mes relations ici
à la Elf, je pars n'importe où je peux m'imposer... Ici au
8ième, on ne peut plus rien me faire, même à
certaines autre wakas, parce que moi je touche directement les gens qui les
dépassent là-bas...Nous on a même nos soeurs et copines
wakas qui font le business à `Ben' et si tu veux aller continuer aussi
par là, sans même bien te connaître, on te forme, on va
même te donner comment tu peux faire pour te retrouver la bas et on va te
mettre à l'aise avant, tu vas bien te battre pour t'en sortir... mais
à notre niveau ici, si tu n'est pas seulement très très
mauvaise, on ne peut pas te voir dans un problème et te laisser
là dedans ; même si tu ne connais personne, chacun va
utiliser ses relations et tous les gens que je connais pour t'aider à
sortir, on va toujours te supporter d'abord même si tu me coupe souvent
les pieds avant que après on va s'entendre et causer pour que tu
comprennes que c'est mes relations qui t'ont sauvé.
De plus, si la prostitution venait à être
reconnue comme un "métier", ne faudrait-il pas donner une
formation réelle en vue de sa pratique ou de son exercice? Il ne s'agit
pas là d'une question hypothétique. Des expériences ont
déjà été tentées en ce sens dans certains
pays, comme les Pays-Bas149(*), où des cours de prostitution ont
été proposés pour apprendre le " métier ".
On voit donc qu'au-delà de la rhétorique et de l'attrait
intellectuel de la nouvelle approche préconisée, c'est toute une
vision sociale qui s'impose à nous pour l'avenir. La prostitution, selon
le Larousse, est un acte par lequel une personne consentante se livre à
des rapports sexuels en échange d'un bien ou contre de l'argent. Cette
pratique chez-nous, depuis deux décennies environ dit-on, prend des
dimensions démesurées, inquiétantes, et ce, malgré
les mesures et les dispositions socio juridiques en vigueur pour la
circonscrire car le lien social ou le lien de solidarité entre les
différents acteurs appréhendés est fort et bien construit
pour pourvoir résister face aux divers et nombreux
détracteurs.
Ce marché du sexe est une activité qui marche
bien aujourd'hui à Douala où coutumes, traditions et modernisme
se côtoient et s'entrechoquent. Ce ne sont ni les promoteurs de bars, ni
les propriétaires des maisons closes ou
les « aubergistes » (gérants des chambres
de passe) qui nous démentiront. Il est ici question à la
Elf d'une entité bien construite, cohérente et d'un
réseau bien organisé. Pour ainsi dire de nombreuses
structures sont mises sur pied pour entretenir et fixer les bases des
différents réseaux. Ces environnements symboliques soient les
bars, soient les cafés, soient les complexes hôteliers et bien
d'autres communément appelés lieu de passe et de mouvement
appartenant à des personnes dit-on hauts placées pour ne pas dire
intouchables. Tous unis par la coopération des activités du
poteau du sexe. A la Elf, on a pu recenser entre autre et ceci avec l'aide d'un
guide (Wareman150(*))
quelques structures entretenant la prostitution de nos jeunes filles aux
dénominations artistiquement variées dénotant pour tout
dire le style et le type de connexion y existantes. Ce sont : -Tour
Eiffel club (la maison mère) -BBC Mouving -Alt Espoir 2000 -Folklore
-Kebab village - Latino Hôtel -Alt le peuple - Vidéo club de Paris
-Le parisien Snack Hôtel - Jet Hôtel -3ième
Mi-temps -Repère des amis -Amical bar -Grand bateau 24/24 -Betacam ( bar
dancing - hotel cyber -snack bar resto - GIC santé ) -salle de jeu pepe
game -le metro (bar dancing - snack -salles de jeu -dépôt
brasseries - boite de nuit) -Nepturne (-snack -salle de jeu -boite de nuit) -
Alt Tam Segue - studio Photocoktail -Taverne 3ième
Arrondissement (bar, hôtel...) -Complexe Resto Osmose- Resto Cachette-
Elvision bar salon - Garage Général - Parlement. Notons que de
sources concordantes, parmi toute ces structures, aucunes d'elles en tant que
bar ou débit de boisson ne respecte ni la distance, ni les heures de
fermeture telles que prévues par les textes en vigueur au Cameroun.
Là, il est noté que de manière voilée ce sont des
structures qu'on a communément appelée auberges. Notons enfin
qu'il en existe aussi qui n'ont pas de nom attribué mais qui sont
reconnues par le nom ou l'identité du propriétaire ou de son
parrain haut placée, et parfois reconnues par l'identité tribale
de ses tenanciers. Pour tout dire, il s'agit ici d'un véritable
marché entretenu par plusieurs catégories d'acteurs fonctionnant
chacune dans son rôle (prostituées, proxénètes,
propriétaires de maisons de passe, passeurs, bandits...) et tirant une
bonne marge bénéficiaire de cet énorme commerce honteux et
bien juteux ; leur loi étant basée sur une entraide
concrète et une solidarité réelle. Cependant, de l'avis de
nos personnes-ressources et de certains observateurs rencontrés, bien
qu'ils trouvent les facteurs de son émergence ou de sa recrudescence
dans la précarité des conditions de vie tant en milieu rural
qu'en milieu urbain, cette activité telle que pratiquée dans les
deux principales villes camerounaises, est en train de saper les moeurs de
notre société et exposer quotidiennement la vie des
populations.
Ainsi, le capital social semble représenter à
cet ordre un mauvais enjeux à ce niveau pour les diverses unités
extérieures et aussi pour ceux des acteurs peu ou trop impliqués.
C'est alors qu'on est tiré vers des dépendances vis-à-vis
du groupe et à des vulnérabilités ou dommages divers.
II- DE L'ITINERAIRE CONTINGENTE D'ACCUMULATION VERS LES
VULNERABILITES OU LES RISQUES MALADIE ET LES DOMMAGES SANITAIRES
Dans un pays à forte proportion juvénile comme
le Cameroun (plus de 65% de jeunes), -âgés de 18 à 35 ans
environ tels que vus à la Elf- ; quand le sous emploi, le
chômage et l'oisiveté encouragent la prostitution sous toutes ses
formes comme c'est le cas sur les trottoirs de nos grandes surfaces à
Douala (Carrefour Elf axe lourd, Rue de la joie à Deïdo,
Akwa...) ou à Yaoundé (Mini ferme, Hôtel de ville,
Mvog ada...), cela constitue un danger pour la société.
Seulement le plus dangereux c'est qu'on y aperçoit des formes plus
spécifiques qui ouvrent aussitôt le chemin à la terrible
pandémie du siècle qui n'est rien d'autres que le VIH/Sida et
à bien d'autres infections sexuellement transmissibles. Évoquant
le cas de ces prostituées occasionnelles ou clandestines non encore
admises dans le corps ou au sein du collectif - celles n'ayant pas encore
tissé des liens forts ou ne disposant pas encore de capital relationnel
solide- (à la différence des véritables
opératrices spécialistes équipées en
préservatifs), le long des allées négocient avec ou
à l'exclusion du préservatif. Pour elles le risque maladie est
grand selon que le client ambitionne faire l'acte sexuel avec le
préservatif ou non parce que les prix varient :
-coût moins cher ou moins rentable avec
préservatif, c'est la forme la plus pratiquée à Elf, ici
l'essentiel étant le nombre de clients reçus car seul les petits
montants d'argent accumulés sont pris en compte et tout les risques ne
sont pas permit. On essaye autant de miser aussi sur la satisfaction
réelle du client et la qualité du service afin de
bénéficier de quelques faveurs liées à cette
satisfaction rendue. Ici encore c'est aussi une voie sûre de la
construction d'un cercle relationnelle, d'un lien, d'un capital humain et
social aptes à tout avaliser jusqu'à la création une autre
trajectoire professionnelle.
-coût élevé et plus rentable sans
préservatif, celle-ci est qualifiée de jack-pot, ici
l'essentiel n'étant pas le nombre de clients reçus mais leur
statut social et aussi le montant d'argent perçu est pris en compte car
ici tout risque est permit. On tient non à miser sur la satisfaction du
client et la qualité du service rendu mais on joue sur le volume du
porte-feuille et la personnalité de celui qui est en face afin de
bénéficier de certaines protections dans l'exercice de ladite
besogne. Ici encore, c'est aussi une voie sûr de la construction d'un
cercle relationnelle, lié sur la mobilisation et du capital financier et
du capital humain aptes à tout avaliser jusqu'à la
création une autre trajectoire professionnelle.
Mais face à ce dilemme entre le risque maladie et le
goût du gain facile, la tentation d'aller sans protection est grande et
de tous les côtés, seule la logique de rester entretenu dans un
groupe d'amis peut protéger ou assurer la durabilité du travail
dans un tel secteur riche en vulnérabilité.
A cette issue, pour les jeunes filles entre 16 et 22 ans -car
plus nécessiteuses-, les possibilités de tomber sur des porteurs
sains de VIH et de contracter honteusement la maladie deviennent plus
imminentes. Cette catégorie de vulnérables prend aussi en compte
ces filles liées à un « itinéraire
d'accumulation » comme ces adolescentes migrantes venues
des villages à la recherche d'un capital financier ou d'un fond de
commerce. En amont, les raisons évoquées entre autre se
résument sont :
Ø soit la fuite d'un mariage forcé,
Ø soit une visite d'aventure en ville,
Ø soit la fuite de certaines coutumes ou pratiques
traditionnelles jugées révolues,
Ø soit la recherche d'un eldorado ou d'une vie plus
facile,
Ø soit la recherche du trousseau pour un
éventuel mariage.
De ce fait, toutes se livrent ainsi au petit commerce,
s'installant devant des échoppes ou se baladant de porte en porte, de
marché en marché, de garage en garage et dans tous les lieux
publics de jour comme de nuit avec des articles à vendre. Mues par la
raison du gain facile, elles se livrent peu à peu aux hommes contre
rétribution financière, tout en ignorant le sens de la protection
et s'exposant ainsi aux divers dégâts. Toute cette activité
de prostitution et de débauche devient un construit comme l'on observe
son évolution. Parties de la zone rurale avec un capital humain bien
constitué, en milieu urbain, cherchant à construire un fond de
commerce ou un capital financier consistant par le petit commerce ambulant tout
au long du trottoir en journée. Dans les divers rayons des
activités économiques spontanées, ces filles avec leur
réseau d'interconnaissance qui se constitue et se construit au fur et
à mesure renforcent à plus d'un égard le capital social,
valorisant ainsi le fait que le capital humain et financier est lié.
Aussi comme autre conséquence, on note que l'infiltration des brigands
au sein des prostituées n'est tout simplement qu'un partenariat de
réseau constitué et une collaboration pour souvent
dépouiller ou décharger certains clients de leurs biens. Cette
déclaration de Yaya comme celle de Boby fait comprendre que c'est un
milieu doublement dangereux qui n'est réservé qu'aux personnes
initiées, intégrées, soudées et qui n'ont plus rien
à craindre. Ainsi il déclare :
Je viens ici tout le temps quand j'ai envie parce que je
trouve toutes les catégories de filles et je paie moins cher alors...,
parce que je suis devenu aujourd'hui Asso151(*). Le début ce n'est pas facile mais quand tu
vois ce qui se passe, il faut savoir que nous n'avons pas le choix pour faire
un mariage bien sérieux ou le moyens d'avoir une copine...c'est plus
cher et il n'y a pas de moyens pour les gens qui se cherchent comme moi comme
ça... ici, on n'a plus peur du sida car même sans sida,on
meurt toujours... si on a écrit que tu dois mourir par le sida tu ne
pourras pas t'échapper même si tu ne viens pas ici, donc tout
ça ne nous fait pas peur...nous sommes tout le temps là car nous
les travailleurs du supermarché, on ne bénéficie rien de
grand. C'est un collègue que je connais depuis le lycée qui m'a
amené ici, il et un an ancien boys et `nanga-boko' à Taverne
3è arrondissement comme moi. (Un enquêté)
Il ressort de ces propos une profonde résignation un
attachement à la prédestination et à la fatalité de
la part de Yaya comme pour tout les autres clients et tout les autres acteurs
rencontrés ayant requis l'anonymat. Aussi, on remarque que
l'entrée dans ces secteurs et la pénétration dans ses
milieux souterrains est subordonnée par la loi du parrainage et la
notion du capital social car ce qui compte le plus c'est non ce que tu connais
mais qui tu connais.
III- LA PROSTITUTION EST-ELLE " REFORMABLE "?
Réclamant, un traitement spécifique et refusant
la stigmatisation qui pèse sur elles, certaines opératrices du
poteau de la Elf rêvent d'une reformation du corps pour éviter les
opportunistes qui ternissent l'image du collectif qui se construit
régulièrement sur la base de l'intérêt su groupe, de
celui de tous les acteurs du système. Déjà Ermione (une
enquêtée, call boxeuse) déclare que :
... ici les côtes que tu as doivent aussi servir les
autres Wakas parce que quand tu arrives ici au début, on te demande que
tu nous explique bien là où tu sors pour qu'on connaisse si tu
peux nous soutenir avec tes relations...sinon on n'aura pas trop à faire
avec toi. Si tu es déjà avec nous, on doit te prendre comme la
famille waka ; ...d'ailleurs avant de commencer ici, j'avais eu l'argent
de mes oncles du village -parce que je suis orpheline- pour le transport et
l'autre pour faire mon petit marché des arachides grillées ici en
ville. Et l'autre oncle qui est colonel à Bonanjo m'a dit que comme je
suis ici à la Elf, si quelqu'un me dérange je lui dis, en dehors
de lui, avec les relations que moi-même j'ai eu ici, je n'ai plus besoin
de membres de ma famille, j'ai eu tellement de côtes. Je vous dit,
même au 8ième on ne peut plus rien nous faire... dont
j'ai mes relations quand le venais et après j'ai encore eu des relations
qui me font ne plus avoir peur... j'ai un gros livre où je garde tous
les durs numéros ; ce n'est plus seulement l'argent qui est le
problème, c'est les relations, même si c'est `ben', je connais.
Oui, c'est un business qu'il faut que ça dure.
À supposer qu'il soit certainement envisageable
d'améliorer les conditions de vie et le statut des femmes
prostituées grâce à la normalisation du commerce du sexe ou
à ses connivences, cela en ferait-il pour autant une
activité"socialement convenable"qui mérite d'être
protégée ? Bien au contraire le réseau se tisse et
impose à dire avec Overall152(*), la prostitution n'est pas
réformable, car il s'agit d'une configuration des réseaux
dit-on d'industrie sexiste, "agéiste", raciste et fondée sur des
cercles relationnels et des privilèges de classe protectrices ou
profiteuses. Ces arguments peuvent se résumer ainsi :
-La prostitution est sexiste parce que la très
grande majorité des personnes qui vendent leur corps et leurs services
sexuels sont des femmes, tandis que ceux qui les achètent sont surtout
des hommes de toutes les couches.
-Elle est "agéiste" parce qu'elle recrute et
attire dans ses filets principalement des jeunes (d'une certaine condition),
qui ne sont parfois encore que des enfants, et qu'elle les rejette dès
qu'ils ont passé l'âge jugé sexuellement attrayant par le
milieu. Mais ceux-ci en profitent pour construire leur cercle relationnel
d'opportunités et des moments difficiles.
-Elle est raciste parce qu'à l'échelle
mondiale les victimes de la prostitution sont très souvent des femmes
noires ou asiatiques, appelées à vendre leurs services sexuels
à des hommes majoritairement blancs et occidentaux. La prostitution est
ancrée dans des privilèges de classe parce que les personnes
amenées à vendre leur corps et leurs services sexuels sont le
plus souvent dans le besoin et seuls les mieux nantis ont les moyens de payer
de tels services. La prostitution implique donc une interaction sexuelle dans
laquelle l'argent et le pouvoir sont intimement liés153(*) et autour de cet argent, de
ce pouvoir, l'opératrice du poteau retient loin de cette relation de
domination celle d'une connaissance avantageuse. Cette analyse résume
bien la vision que les uns et les autres portent sur le commerce du sexe en
tant qu'un métier ou un commerce. Le fait que la prostitution puisse
être pratiquée intentionnellement par certaines femmes donnant
accès à des profits matériels et financier ne doit pas
nous faire négliger que, même pratiquée dans les meilleures
conditions, elle est à l'image de beaucoup d'autres activités
économiques spontanées qui sont à leur tour le plus
souvent liées à un choix de dernier recours, dicté par la
survie. Bien que le "choix" de cette activité soit de plus en plus
banalisé et admis, cela suffit-il à en faire pour autant une
activité légitime ? Certaines féministes
rencontrées soulignent que, si les femmes parviennent à tirer
profit de la marchandisation de leur corps, et quelquefois à imposer des
règles de conduite aux hommes, elles n'en contribuent pas moins à
renforcer un modèle social et une logique de marché qui les
excluent elles même et les considèrent comme « des
citoyennes de seconde zone »154(*). En dernière instance, ce ne sont pas
elles qui déterminent les règles du jeu, mais bien les hommes
acheteurs de leurs "services sexuels" qui dictent leurs priorités et
leurs choix en fonction de leur bourses. C'est dès lors que, conscientes
de leurs positions, celles-ci se mobilisent à travers la formation des
collectifs symboliques ; à l'intérieur desquels elles
mettent toutes les astuces en jeu pour soit résister dans le secteur
sexuel, soit mobiliser un cercle relationnel fort pour parfois se reconvertir
aisément et peut- être bien s'insérer socialement ailleurs.
A ces propos, Aline (une enquêtée âgée de 25 ans)
déclare :
C'est vrai, je suis allée à la Elf
quand j'ai commencée à vivre les moments difficiles à la
cité et en fac, j'ai par-dessus tout eu une grande connaissance sur la
vie. Je me suis rendue compte que beaucoup de gens que de gens je connaissaient
en journée venaient la bas et c'est comme ça que j'ai beaucoup de
clients, on m'appelle même au téléphone pour certains
rendez-vous et moi je choisis. Soit c'est lorsque je sais que tu es une grande
relation qui peut m'aider dans ma vie, soit tu me payes bien et cash. Mais pour
les relations, même le Préfet connais que nous sommes là,
tous ce Boss là, ils viennent souvent, on se connaît très
bien et moi, souvent eux ils me donnent beaucoup d'opportunités...je
fais tout ça en attendant d'avoir mon diplôme, et je suis
sûr, comme ma famille est pauvre et que mes cousins sont orgueilleux de
compter sur mes propres relations que j'ai eu d'abord sur les bancs et aussi
ici dans mon travail de `wakas' pour trouver mon bon travail...d'ailleurs
chaque fois quand on veux les filles qui peuvent bien parler ou jouer le
rôle d'hôtesse, serveuse, je suis informée et mes
collègue s'arrangent à venir avec moi quand c'est
nécessaire... c'et les relations qui comptent chez nous et c'est
ça qui va jouer... on va faire comment ? On n'y peut rien...
Ainsi, que la prostitution soit pratiquée dans le grand
luxe ou dans la misère, avec ou sans contraintes physiques, et
indépendamment même du trafic sexuel, les conditions qui
l'entourent ne changent pas fondamentalement la nature de cette
activité, ni ses effets néfastes sur le plan social. Le
courant abolitionniste pour sa part en marge des déclarations
affirme qu'aussi longtemps que les hommes auront le droit d'acheter le corps
des femmes en toute impunité, des pratiques de plus en plus inhumaines
apparaîtront et les droits humains des femmes seront bafoués, tant
du côté des femmes prostituées que du côté des
non prostituées155(*). Certains auteurs soutiennent aussi que la
culture occidentale, qui persiste à considérer le marché
du sexe comme inévitable et qui contribue ainsi à conférer
à celui-ci une certaine légitimité, constitue un obstacle
majeur à la solution de la crise actuelle à propos des droits
humains, liée au trafic sexuel mondial de femmes et d'enfants156(*). Carrefour Elf axe lourd,
Rue de la joie à Deïdo, Akwa...à Douala et Mini ferme,
Hôtel de ville, Mvog ada... à Yaoundé sont ainsi autant des
réseaux d'approvisionnement bien tissés qui servent le
marché local et desservent le marché sexuel à la grande
échelle et il en est de même pour bien de marchés car le
tissu relationnel est diversifié et très émergent. Enfin,
oui ou non reformer la prostitution est ce qui hante l'esprit de nombreux
acteurs ; cependant, ils restent muets et la tendance
socio-économique dans la suite nous impose ce regard sociologique vers
cette logique ou cet enjeu de sa reconnaissance et de sa dimension
éthique.
IV- VERS UNE NORMALISATION ET UNE RECONNAISSANCE DU METIER
DE FILLE DU POTEAU
Il faudrait se demander quels seraient les effets de la
normalisation de la prostitution sur les rapports genre dans la
société. En désirant lutter contre l'exclusion, la
marginalisation et la stigmatisation des filles du poteau,
à travers la politique de reconnaissance du " travail du sexe
", n'est-on pas en train de réhabiliter la prostitution
plutôt que les individualités et de les exhiber comme
échantillon ou prototype des relations de genre? Certains de nos
sondages pendant les GDS dévoilent que la banalisation de la
prostitution a pour effet de libérer les hommes de l'exigence de
développer et d'entretenir des rapports plus attentionnés, plus
respectueux et plus égalitaires non seulement dans les familles, dans le
couple, mais aussi au travail et dans toute la société.
D'abondants témoignages de filles et de femmes issues
des zones reconnues où la prostitution est officieusement
officialisée (Carrefour Elf axe lourd comme Rue de la joie à
Deïdo, Akwa...à Douala et Mini ferme, Hôtel de ville, Mvog
ada... à Yaoundé), indiquent que les effets de cette
situation ont des répercussions négatives et directes sur leur
vie de couple, sur leur vie de famille, sur le climat au travail et même
partout dans leur environnement social. Ainsi, une
enquêté157(*) déclare :
J'ai failli perdre mon mariage comme ça, dès
qu'il a su que j'habitais à coté de la zone du poteau de la Elf
et plus précisément au carrefour SOMAHOP158(*), s'il ne tenait pas
vraiment, il m'abandonnait ; mais même jusqu'à nos jours il
n'oublie pas cela... il dit souvent que c'est comme ça que nous sommes
et je sais là où il veut en venir, pourtant je n'ai fait
qu'habiter le coin... oui c'est vrai, même partout où j'ai
travaillé, mon respect n'est pas vraiment ça. A cause du
marché du sexe que mes soeurs exercent, la femme est entrain de perdre
tout son respect... et il faut que l'Etat regarde bien ce commerce sinon...
c'est grave... (Une enquêté)
Fort expressifs, ces propos laissent entendre que l'ardent
souhait des dames à être respectées par leur compagnon et
par leurs collaborateurs au travail ou par les usagers en société
se trouve régulièrement sapée par cette banalisation de la
prostitution dans nos quartiers. Les témoignages de nombreuses femmes se
plaignant de cette situation amènent à conclure que le
harcèlement sexuel au travail devient plus difficile à
éliminer quand les hommes prennent l'habitude de fréquenter ces
environnements sociaux de la débauche.
Dans son étude, Michel Dorais appuie que, selon ses
observations, ce qui attire les hommes, les clients, c'est moins la
sexualité en soi, que c'est le sentiment de pouvoir, il leur assure une
relation jugée forcément inégalitaire dans laquelle ils
imposent leurs exigences pour garder le contrôle :
La prostitution est un lieu privilégié pour
obtenir des relations sexuelles tout en imposant ses exigences et en
contrôlant la situation. [...] Quand de plus en plus de femmes refusent
d'entrer dans des fantasmes masculins qui leur portent préjudice,
certains hommes se tournent volontiers vers « les filles du
poteau » et les enfants. Avec ces derniers, pas de partage, de
négociations ou de compromis. [...] À l'ère de
l'individualisme et de la crise du couple, les jeunes représentent pour
beaucoup d'adultes les substituts affectifs et sexuels à des relations
égalitaires forcément exigeantes. Ce n'est peut-être pas un
hasard si la sexualité devient plus que jamais un bien à
consommer lorsque les rapports hommes-femmes, en particulier les rapports
amoureux, exigent des remises en question profondes, parfois
déchirantes. La prostitution, elle, sécurise les hommes dans
leurs stéréotypes traditionnels. Comme si rien autour d'eux
n'avait changé159(*).
Toutes ces analyses concourent à exposer que la
banalisation de la prostitution constitue un net recul pour les revendications
et luttes féministes visant la conversion des rapports sociaux de sexe
dans un sens plus égalitaire car là, la femme se met
elle-même en route pour construire ou accumuler différents
capital -humain, financier et social- capable de lui envisager un avenir plus
productif et plus sécurisé. Mais cette reconnaissance
rejoint-elle les lois de la pudeur et de l'éthique ?
V- LA DIMENSION ETHIQUE D'UNE RECONNAISSANCE DU METIER DE
FILLE DU POTEAU
Les divers acteurs ont tendance à oublier la dimension
éthique du débat au sujet du marché du sexe bien
installé à la Elf Douala comme partout ailleurs dans les autres
métropoles comme Yaoundé. Pourtant, tous les choix
sociopolitiques reposent nécessairement sur une position éthique
qui mérite d'être rendue plus explicite. La renonciation ou la
dégénérescence des valeurs religieuses, jadis
considérées comme essentielles au regard des positions politico
gouvernementales, ne signifie pas qu'il n'existe pas d'éthique sociale
laïque propre à instruire les choix en matière de
prostitution. Une législation juridique notifie et réprime ce
commerce du sexe. De ce fait, les articles 343 et 297 du Code Pénal sont
fort évocateurs de la situation à la fois de cet acte de
prostitution et de proxénétisme. Mais le paradoxe est que tout se
passe au vu et au su de toutes les autorités comme s'il existait un
autre texte de loi abrogeant ces dispositions du Code Pénal en
décriminalisant ainsi la prostitution. De l'avis des juristes et de bien
de magistrats,
La base du droit c'est la preuve et, la prostitution est
une situation qui n'est pas juridiquement facile à apprécier,
mais depuis près de dix années, plongée dans
l'extrême pauvreté, plusieurs de nos soeurs s'abandonnent en toute
ignorance à la terrible besogne malgré que nul n'est sensé
ignorer la loi... il faut réellement une sensibilisation sur cette loi
répressive et une franche collaboration efficace avec la justice
préventive... Pour tout dire, cette situation ternie l'image de la femme
et de toute notre société. Et tout ça à cause du
laxisme de nos pouvoirs publics car je sais que s'ils veulent que ça
cesse, ça va cesser, la loi est clair là-dessus, il faut
sévir car on sais pas ce que les pouvoirs publics gagneraient à
meurtrir la jeunesse de la sorte... A notre niveau rien n'arrive, tout se
négocie au niveau de la police, ... même quand cela arrive ici,
c'est où on se rend compte que les prostituées ont des relations,
des côtes solides et personne n'a comme ça n'a le droit de s'y
hasarder... à ses risques seuls parce que celles là malgré
les discussion qu'elles ont entre elles sur le terrain, elles s'entendent et
sont entretenues par les plus grands hommes que nous;... il y a un
problème de morale et d'éthique (un
enquêté)160(*)
Dans ce dernier propos, il ressort que les pouvoirs font
face à un dilemme moral difficile, consistant à choisir
clairement entre la protection du droit des jeunes, du droit des citoyens, du
droit des enfants et la fermeture des cabarets, des auberges et des bars, qui
engage leur responsabilité à long terme et transforme
profondément la vie. Se basant sur de nouvelles valeurs sociales
laïques, le législateur camerounais est appelé à
choisir de privilégier l'avenir d'une jeunesse sereine tournée
vers les activités économiques spontanées par rapport
à protéger les propriétaires des auberges, des bars... qui
ne sont ici que les proxénètes,usurpateurs juridiquement
condamnables.
Actuellement, et de l'avis de toutes nos personnes-ressources
enfin, il apparaît un dilemme moral similaire au sujet de ce commerce de
la fille du poteau. Préférer, d'un côté la
protection du prétendu " droit de se prostituer " avec la loi de
l'Habeas Corpus161(*), -au nom des libertés individuelles,
protégeant un précepte qui porte atteinte à la
probité physique et psychologique de milliers de femmes et d'enfants-,
et préférer, de l'autre côté la protection des
femmes et des jeunes filles contre toute forme d'exploitation sexuelle, en
luttant contre la prostitution. C'est à cette dernière
idée de lutte contre la prostitution de nos soeurs que se positionnent
la plupart de nos enquêtés mais la situation précaire les y
invite toujours. Et là, la seule grande issue est de se construire des
codes, des signes collectifs et souterrains sur le dos de l'éthique
mettant en valeur un double enjeu à savoir l'enjeu économique
puis l'enjeu du social qui est pour sa part lié à la construction
du capital social singulier ou collectif pour un itinéraire temporaire
ou un itinéraire de passage dans le poteau.
A ce point et au terme de ce sixième et denier
chapitre, il est opportun d'esquisser quelques issues de sortie en guise de
recommandation.
VI- RECOMANDATIONS
Ainsi, en reconnaissant la toute puissance de l'appareil
répressif de l'Etat, face aux opportunités que ce marché
offre, certaines rumeurs font état de ce que son silence sur la question
est un acte non innocent, peut être complice. A ce point de vue, on est
tenté de croire à une légitimation officieusement
rangée manifestée sur le terrain par de nombreux faits à
savoir que l'Etat lui-même organise et suit les structures de la
prostitution. A ceci s'ajoute la reconnaissance ou l'acceptation, du moins la
tolérance des sites de pratiques tout en relevant au plan zéro
la législation du Code Pénal et le code de pudeur à ce
sujet. A l'issu de toutes nos nombreuses préoccupations, ayant
jeté un regard sur l'impact de ce marché de la honte qui tant
bien que mal crée diverses formes de « capital », en
dernier ressort, comme recommandation première -et de l'avis de nos
personnes ressources162(*)-, estimant que les pouvoirs publics ne portent pas
autant d'attention sur tout les problèmes sociaux, que de même
qu'on réfléchi au quotidien sur le grand banditisme, sur le
« ben skin »163(*) sur la corruption, la gouvernance publique..., il
faut aussi intégrer les réflexions sur ces
phénomènes du poteau de la jeune fille et des activités
économiques spontanées en général. Ceci permettra
peut être à travers des forum d'oser statuer par exemple sur
l'applicabilité et les moyens (forces et faiblesses) de cette loi 343 du
Code pénal tant il est difficile d'apprécier les faits,
réitèrent les procureurs Atangana et Kamdem164(*). Dans la suite de la
perspective et de la recommandation, il doit être question de
réfléchir sur le vent ou les débats qui recherchent
à corps et à cri la professionnalisation et la reconnaissance de
cette pratique. Déjà dans ce travail, un examen dans ce chapitre
nous a permis de voir et de cibler les enjeux de la légitimation d'une
telle pratique avant de penser à la mise sur pied d'une quelconque
Brigade des moeurs et d'un code de l'éthique afin de prôner la
réelle construction du capital social loin des déviations
sociales. Profondément encastré dans le social, tout en
encourageant la création du capital social, il faut un équilibre
réel entre tout les acteurs en relations afin d'éviter les
situations de compromission et de condescendance relative. En clair
créer les relations sociales par tous les moyens et même par
l'utilisation de sa dignité et de son sexe mis sur étalage est
foncièrement réprimé, occasion de dire non à la
marchandisation des rapports humains mettant en jeu ce double mécanisme
les trajectoires de l'accumulation du profit et de l'accumulation du lien
social. L'Etat pourra rétablir ces équilibres sociaux dans les
zones rurales et les zones urbaines en limitant l'exode rural et le boom
démographique urbain à travers les priorités
éducatives et surtout à l'endroit des jeunes et des femmes. Tout
ceci passe par la viabilisation des programmes des médias qui doivent
éviter le matraquage médiatique, re-concevoir les programmes en
intégrant les dimensions beaucoup plus sociales et critiques parfois
aussi tournés vers l'éducation des masses vulnérables.
A cet instant où une difficulté est
notée sur l'éradication de ce commerce honteux, n'est-il pas
grand temps de refonder notre disposition politique face à la
prostitution sur une éthique sociale soucieuse de freiner plutôt
que d'encourager l'expansion de cette pratique ; penser sur le plan local
d'abord (incluant les effets de l'exode rural), puis régional
(contrôlant les entrées et la perméabilité des
frontières nationales) et enfin international (la signature des
conventions de protection et de sensibilisation)? La nouvelle approche
proposée par le courant
néo-abolitionniste est fondée non plus sur la
condamnation morale ou la répression des personnes prostituées,
mais sur le principe selon lequel "le corps humain est
inaliénable" et sur les dispositions 343 et 297 du Code
Pénal. Il ne s'agit pas d'une position moralisatrice qui viserait
à établir, encore une fois, une distinction entre le bien et le
mal en matière de sexualité mais d'une stratégie
éducative liée sur la reconversion. Dans ce domaine complexe qui
touche à la sexualité, souligne Wassyla Tamzali, il faut
simplement préciser les limites et déterminer ce qui est possible
et ce qui ne l'est pas, préciser ce qui met en péril
l'espèce humaine, un peu comme on tente de le faire à
présent dans le domaine médical, par le biais de la
création de comités d'éthique en vue d'établir les
limites de la recherche scientifique concernant le clonage humain165(*). En d'autres termes, il
convient d'affirmer clairement que " le corps humain n'est pas une
marchandise " et de refuser sa " mise en marché ", de la
même façon qu'on refuse aujourd'hui le commerce du sang ou des
organes humains, ainsi que le commerce d'esclaves noirs. A cet instant il est
opportun de grouper ces idées de recommandations de façons plus
explicites afin qu'à cette issue les décideurs et les hommes
politiques y trouvent à court terme et tout le temps matière
d'oeuvre pour l'action. Ainsi,
ü Il faut intégrer les réflexions sur ces
phénomènes du poteau de la jeune fille et des activités
économiques spontanées en général.
ü Organiser des forums pour statuer par exemple sur
l'applicabilité et les moyens (forces et faiblesses) de cette loi 343 du
Code pénal et sur toutes les lois liées aux diverses
déviances sociales.
ü Appliquer sans état âme la loi en vigueur
sur la prostitution, sur le proxénétisme
ü Organiser des réflexions moralisantes sur le
vent ou les débats qui recherchent à corps et à cri la
professionnalisation de la prostitution et sur les enjeux de la reconnaissance
de cette pratique.
ü Mettre sur pied une Brigade des moeurs et un code de
l'éthique afin de prôner la réelle construction du capital
social loin des déviations sociales.
ü Il faut prôner un équilibre réel
entre tout les acteurs en relations afin d'éviter les situations de
compromission et de condescendance relative dans tout les secteurs
d'activités.
ü Rétablir ces équilibres sociaux entre les
zones rurales et les zones urbaines seuls facteurs de limitation de l'exode
rural et du boom démographique urbain.
ü Cibler les jeunes, les femmes et les ruraux comme les
priorités éducatives.
ü Viabiliser les programmes des médias qui
doivent pour éviter le matraquage médiatique et les
déviances.
ü Re-concevoir les programmes en intégrant les
dimensions beaucoup plus sociales et critiques parfois aussi tournés
vers l'éducation des masses vulnérables.
ü Refonder notre disposition politique face à la
prostitution sur une éthique sociale soucieuse de freiner.
ü Réfléchir sur les effets de l'exode
rural, puis sur les entrées et la perméabilité des
frontières nationales et enfin réfléchir sur la signature
des conventions de protection et de sensibilisation
ü Penser à la création de comités
d'éthique en vue d'établir les dangers de la dite
perversité en affirmant clairement que " le corps humain n'est pas une
marchandise "
ü Renforcer les priorités économiques par
le financement des autres secteurs loyaux, par l'encouragement des PME, des
AGR, par l'éducation de proximité et la prise en compte de tous
les acteurs impliqués ou la réorientation de même que la
reconversion des jeunes garçons et filles vulnérables
déjà impliqués.
ü La société comme l'Etat doit briser le
silence complice et se prononcer très ouvertement sur la question de
prostitution et de proxénétisme.
ü Agir en faveur de cette entité en tenant compte
de leurs dimensions sociales à la fois coopératives (amour,
entente), collectives, solidaires et concurrentes ou compétitives.
CONCLUSION DE LA DEUXIEME PARTIE
Intitulé élaboration des
éléments empirico-contextuels et pratiques sur le terrain de
l'étude, dans cette partie du travail, qui vient après avoir
présenté les modélisations nécessaires du capital
social ainsi que ses particularités en concordance avec le champ
socioculturel local de activités économiques spontanées,
cette partie de la recherche s'interroge sur les situations de mise en oeuvre
du capital social chez les opératrices filles du poteau de la Elf
à Douala. Occasion pour nous de bien passer en revue les données
du terrain, c'est dans cette partie que nous avons eu l'occasion de
présenter, de discuter et d'analyser les différents
résultats obtenus sur le terrain sous le prisme et les regard
théoriques préalables. L'interrogation phare était ici de
comprendre la formation du collectif dans un cadre social de
spontanéité et de profitabilité concurrentielle et ce qui
prédisposé l'acteur urbain en même temps vers la pratique
d'un tel commerce ou d'une telle activité et vers la construction du
collectif avant de voir comment s'opère le processus de
construction ou de renforcement du lien social fait sous le soutènement
de la création de capital social chez les prostituées de la Elf
Douala. Nous avons en outre passer en revue les déterminants
économiques et sociopolitiques des activités économiques
spontanées et ceux de la montée du marche du poteau. Le
quotidien des acteurs de la prostitution et la symbolique de la construction
du lien social a constitué un volet important de cette partie. Enfin
nous avons jeter un regard sur ce qui à notre avis semble
s'imposer ; à savoir cette trajectoire partant de
l'itinéraire d'accumulation ou de contingence vers la construction d'un
corps de métier assortie des conséquences et des diverses
implications de ce marché du sexe. Tout ceci vient se conclure par la
fiche de recommandation ouverte aux politiques et aux décideurs.
- CONCLUSION GENERALE -
Dans le cadre de ce travail, ce qui nous a marqué le
plus est la manière par laquelle les acteurs dans les
périmètres urbanisés ont réagi, ont riposté
ou se sont adapté face à la crise économique
multidimensionnelle qui a frappé les villes et les campagnes. Ceci en
usant de ce que Abdou a qualifié de «imagination
créatrice» pour mettre sur pied des logiques et les
stratégies de reconstitution du pouvoir économique et social qui
ne cesse de se détériorer à travers les forces du circuit
informel. Ce que cette recherche a qualifié d'activité
économique spontanée. A ce rang, les opératrices du poteau
comme celles de la Elf sont citées en exemple à côté
des « bayam-sellams », des
« call-boxeurs », des «ben-skineurs», des
« sauveteurs », des « chargeurs»,
des «fabricants de meubles», des salons de coiffure, des salons
de couture, des domestiques, des femmes de ménage qui sont
quotidiennement marqués par formation ou la construction symbolique du
collectif au sein de leur activité dite marginale. Ceci malgré la
logique de profitabilité et de concurrence reconnue en matière de
marché et en matière de commerce.
Notre hypothèse générale étant
que « La formation du collectif dans un cadre social de
spontanéité et de profitabilité concurrentielle participe
de la stratégie des acteurs tout en dénotant un climat de tension
permanent qui se transforme aussitôt que le danger est
appréhendé.», après vérification, elle a
été rendue validé avec réserve. Cet examen nous a
tout au moins permis de jeter un regard global vers « La formation du
collectif et le processus de construction du lien social dans les
activités économiques spontanées à travers
une approche sociologique.» pour entrer en
profondeur dans une perspective de microsociologie ; dans
l'intimité et les subjectivités des acteurs, des
opératrices du poteau de Elf à Douala. Il est
aussi noté que le choix de cet itinéraire par les acteurs fait
remarquer malgré tout que c'est pour eux un vibrant manifeste face
à une injustice sociale, à une inégalité
économique et à une inégalité politique. Cette
effervescence nocturne des filles contre la misère les amène
à construire par leur ingénierie sociale une
société marginale qui tente de lutter contre ce que d'aucuns ont
qualifiés de négligence et d'abus. « Ces filles du
Tiers-État naissent presque sans fortune, leur éducation est
très vicieuse ou très négligé »166(*) et
leurs itinéraires de survie sont comme «un cri de douleur et
parfois de colère, poussé par les hommes et femmes qui sentent
plus vivement le malaise, ce qui est davantage collectif »167(*). Demeurant ainsi dans cette
logique de manque d'éducation, il s'en est suivi en amont une crise
d'emploi, dans l'autre logique de sous emploi et d'emploi non reconnue.
C'est dire donc qu'avec la crise économique et la
dévaluation du franc CFA, les conditions de vie en campagne deviennent
pénibles et celles de la gent féminine avec. Pour cette raison,
plus jeunes et plus vulnérables, à la quête des
opportunités de travail plus rémunérateur, les filles
comme les garçons se dirigent massivement vers les noyaux urbains comme
Douala et Yaoundé. Celles-ci se heurtent à de nombreuses
difficultés qui, d'après les précédentes analyses,
la société et l'Etat en particulier sont la base pour n'avoir
pas considéré à temps la femme dans les rapports
professionnels l'enfermant ainsi dans les travaux de maison, sans aucune
formation ; limitant ainsi ses chances d'accès à l'emploi et
concédant à l'homme seul le titre de détenteur du pouvoir.
C'est à ce titre qu'on a noté que la jeune fille ainsi
éduquée et socialisée, une fois présente en ville
se voit exposée aux vicissitudes de la vie. Gagnée donc
aujourd'hui par un sentiment de libération et d'émancipation,
cette dernière se lance dans une collecte à tout prix et à
tout les prix de quelques biens de subsistance : par le biais de la
prostitution et du poteau168(*).
Ainsi, à partir de notre objectif qui tentait de
saisir le sens de la formation du collectif dans un cadre social de
spontanéité et de profitabilité par les deux axes à
savoir la genèse du phénomène et le quotidien des acteurs,
et sur la base de trois sous hypothèses, un double constat a
été fait.
1- Comme les activités économiques
spontanées, la prostitution malgré ce qui peut paraître a
toujours existé ; d'ailleurs, elle est reconnue comme le plus vieux
métier du monde. Mais ce fut une pratique qui s'inscrivait tout comme
dans les logiques socioculturelles bien déterminées des
sociétés anciennes et non dans les logiques commerciales et
économiques comme elle paraît aujourd'hui chez les filles
prostituées de la Elf. Jadis perçue comme un moyen de manifester
son amour et de notifier son hospitalité, l'échange sexuel ne
prévoyait rien en retour. C'était un acte de coeur. Cette vision
d'hospitalité sexuelle à côté des conditions bien
rudes de la vie a entraîné aujourd'hui dans notre
société les individus à penser désormais à
rentabiliser -et financièrement et socialement-
tout « gestes sexuels »169(*). Elle ne se pratique plus
comme une action de générosité tout simplement ou bien en
retrait, plutôt elle se manifeste de manière plus en plus visible
sur étalage public sans plus s'inscrire dans les symboliques sournoises
du passé. A Douala comme à Yaoundé, ce marché est
devenu un signe qui, bien qu'étant reconnu comme mauvaise pratique, il
garantit pourtant une situation quelque peu décente. C'est enfin
considéré comme itinéraire d'accumulation du capital, un
manifeste réel du désir d'amélioration des conditions de
vie et un moyen de sortir de la misère. Ce qui est le produit d'une
assimilation et d'une répercussion du matraquage médiatique
à travers la contagion sociale ou par effet mode. Cette autre
activité économique spontanée s'apparente enfin comme une
sorte de légitimation quotidienne de quelques travers sociaux et le
rejet constant de l'ordre social préétabli170(*). C'est à ce titre
qu'on a été tenté de penser que la situation de
précarité dans laquelle est plongé le peuple camerounais
a entamé un dysfonctionnement de toute la société car elle
est indexée comme principale cause de l'inadéquation qui existe
entre les demandes des acteurs sociaux et ce que la société leur
propose. De ce point de vue, convaincu que la société, l'Etat et
ses institutions politiques ne peuvent plus rien leur proposer, malgré
les grands regards du public, et les discours publics, et à cause du
vide que laissent le législateur et l'Etat camerounais, bien
« d'opportunistes bienfaiteurs »171(*) se donnent des missions de
créer des structures de récupération des couches de
névralgiques. Ceux-ci à leur tour mettent en exergue le
théorie de la formation du collectif à travers une
identité de passage, en construction d'un itinéraire
d'accumulation du capital social via le capital financier et humain. Ce qui met
en exergue les nouveaux modèles de culture où les filles de la
capitale économique semblent bien se retrouver et trouver leur compte.
C'est en ce sens qu'il a été question dans ce travail des
mutations et de changements dans les comportements économiques
orientés vers une rationalisation ou une rentabilité
calculée des gestes et services sexuels au fin d'espérer un
avenir plus sérieux au sein des groupes bien construits.
Au début de ce travail, quelques concepts ont
été précisés dont les plus remarqués
étaient activités économiques spontanées et
formation ou construction du collectif. Orientés par la
conjoncture, « les ethnométhodes » sont mises en jeu
pour le maintien et la construction dite progressive d'une véritable
identité de corps. Alors, nous avons au préalable
délimité notre terrain d'étude puisqu'il s'est agit d'une
recherche empirico-inductive dans la zone principale dite Elf axe
lourd172(*), notre
champ sémantique par la fameuse définition de concepts pour
tenter de circonscrire et situer le phénomène
étudié. Pour se faire, à côté de la grande
hypothèse, en examinant les trois sous hypothèses à
savoir :
Hs1- La conjoncture en imposant un type d'activité,
les politiques de formalisation et beaucoup plus celles de la
répression imposent la construction du collectif comme
stratégie de lutte.
Hs2- Le lien social dans les sphères
économiques spontanées dites concurrentielles se construit, se
fait et se défait en fonction des contextes et des situations.
Hs3- La formation du collectif en construisant
l'identité et la survie de l'activité exerce une influence
culturelle sérieuse sur la société, une influence sur la
politique socioéconomique, sur la santé et aussi sur la gestion
des espaces urbains ; un autre constat a été fait.
2- En situation de crise, malgré que les discours
macro exhibent Douala comme l'eldorado économique, au quotidien des
populations, les situations de non satisfaction des différents besoins
élémentaires restent le lot permanent de tous. C'est aussi
noté une crise sociale (famille, école), laquelle est
conditionnée par la crise économique. Elle est davantage
encouragée à Douala par les médias, Internet, la
vidéo qui ont joué un rôle significatif dans la croissance
et la montée en puissance de l'activité du poteau de la jeune
fille, du commerce du sexe et à le rendre plus ouvert, encore plus
remarquable comme pour tout dire « le
crédibiliser »173(*). Ainsi, de nombreuses personnes
soumises à la misère et ayant déjà quelques
appétits aiguisés pour le sexe, se convertissent officiellement
vers sa commercialisation dans un ferme engagement d'améliorer leur
condition de vie préalablement jugée précaires.
Se rapportant vers une sociologie économique et une
sociologie du travail ou des organisations, dans la perspective de la
sociologie des quotidiennetés, c'est en référence à
la sociologie dynamiste et individualiste, notamment l'approche
stratégique de Crozier pour la saisie des organisations sociales,
l'approche de l'individualisme méthodologique de Boudon pour
appréhender les logiques des comportements individuels des acteurs et
l'approche dynamiste et critique que nous avons pu esquisser cette analyse.
Mais la base séculière de cette recherche s'est reposée
fondamentalement sur la théorie du capital social avec l'examen de ses
différentes logiques et la mise en exergue de ses divers concepts
(Putnam, Bourdieu et les autres). Elle a été faite par
l'élaboration ou le traitement des faits plus et moins
hétérogènes collectés grâce à des
outils et des techniques variées à savoir
§ les entretiens individuels
§ les groupes de discussions suscités GDS
§ les entretiens informels motivés EIM
§ l'observation documentaire
§ l'observation directe
Il ressort donc de notre analyse des faits que ; en
plus de la formation du collectif comme stratégie de lutte contre les
politiques de répression, le lien social contextuellement fluctuant dans
les entités souterraines, et l'influence sérieuse qu'elle exerce
sur les politiques socioéconomiques, on note des constructions
symboliques des liens sociaux qui partent d'un itinéraire d'accumulation
contingente vers une logique de normalisation contingente ou
d'une reconnaissance du métier des filles du poteau. C'est à cet
effet que la question à la base de laquelle s'est ficelée la
problématique de ce travail était la suivante : Comment
comprendre la formation du collectif dans un cadre social de
spontanéité et de profitabilité
concurrentielle ?
Comprendre comment s'opère et se construit la logique
d'échange du lien social entre ces opératrices de la Elf à
Douala à travers la mise en exergue de quelques contradictions
apparentes des notions de collectif dans les environnements marqués par
les compétitions et les constructions des identités était
la motivation de cette recherche. D'une manière plus laconique, il a
été ainsi question de spécifier et de bâtir cette
investigation sur nos deux axes de recherche prioritaire. Avec cette esquisse,
nous avons également noté dans la perspective
une double décrépitude réelle de la pudeur et des valeurs
si chères à l'espèce humaine causée entre autre par
une absence de dialogue, un manque ou une mauvaise éducation sexuelle,
tout ceci à côté de la crise économique toujours
considérée comme facteur ou effet générateur.
A l'examen de cette mutation et de cette déliquescence
de moeurs, comme ultime perspective, résumons tout par cette approche
de Guy Rocher174(*)
basée sur la réponse aux six interrogations fondamentales.
Qu'est ce qui change ? Avec la récession
économique, c'est le comportement face à la
précarité des conditions de vie qui a changé. Le lien
social et les logiques de solidarité se renforcent et se construisent
dans les activités économiques spontanées et dans le
commerce de la honte à cause de la non prise en compte des couches
jeunes par les politiques dirigeantes. Ainsi, les règles de la pudeur
sont sapées laissant transparaître une mentalité plus
économique liée à une profitabilité à tout
prix et à tous les coups mais aussi liée à cet envie de
mobilisation d'un lien social partant d'un capital social réellement
fort capable d'aider pour une vie plus décente et professionnelle.
Comment s'opère ce changement ? Ce
changement s'opère de manière continue, avec
résistance aux pratiques légales, aux us et coutumes
ménageant ainsi progressivement la mise sur pied de nouveaux
modèles de culture. Car c'est comme si rien n'empêche
l'émergence de ce marché du sexe plutôt, on remarque
vivement la formation du collectif et la construction des solidarités
comme pour les entités qui tiennent à résister dans le
temps à partir des pratiques tout à fait particulier.
Quel est le rythme ? Tandis que la crise
économique revêt une dimension incontrôlable, la
prolifération des activités économiques spontanées,
la prestation des services sexuels et ses marchés ouverts du poteau
évoluent au rythme et à la cadence de la démocratie qui,
avec les notions de libertés créent les espaces diffus et
incontrôlables aux acteurs sociaux. Aussi, tandis que dans ces milieux,
l'implication et le contrôle de l'Etat est faible, la construction du
collectif, la construction d'un tissu relationnel de riposte et la dynamique du
changement de ce lien social est rapide et observable.
Quels sont les facteurs évoquant ?
Partant de la formation du collectif dans ces milieux, la jeune fille du poteau
comme le jeune acteur de l'informel exploite les zone d'incertitude passe par
les fissures et les travers de la mauvaise politique socioéconomique qui
met par exemple à côté l'éducation sexuelle en
famille et à l'école. Ces marges de manoeuvre et les
stratégies qui construisent le collectif sont des moyens ou les logiques
d'acteurs qui reflètent à leur tour l'image de la
société tout entière laissant percevoir l'image ou la
logique avec laquelle fonctionne notre pays.
Quels sont les agents actifs du changement ?
Face à ce système de précarité, beaucoup d'acteurs
s'exposent pour la mobilisation du changement de leur condition mais les plus
actifs sont les jeunes, les pauvres, les travailleurs ou acteurs des
activités économiques spontanées, ce sont aussi nos
personnes ressources qui, même sans le manifester sont disposées
et ouvertes pour un changement quel qu'il soit surtout en ce sens qu'il
améliorera le système sans bouleverser les acquis. Aussi,
l'Etat, l'église, les intellectuels, la société civile...
sont autant d'auteurs actifs qui peuvent sur le plan moral positif construire
une bonne ligne du changement en tant qu'agent. Les médias malgré
tous les chefs d'accusation y sont pour beaucoup dans la sensibilisation de
cette couche vulnérable.
Est-il possible de prévoir le coup des
évènements ? Il est osé de prétendre
prévoir l'avenir du poteau par cette étude embryonnaire. Les
seules perspectives sont celles émises par nos enquêtés et
surtout nos personnes ressources. Comme on l'a fait au Cameroun avec la
caravane de tribunal et de presse, comme on l'a fait aussi en Côte-Ivoire
ou en Afrique du Sud en légalisant quelques déviances sexuelles,
la prostituée veut aussi se faire connaître et sortir de l'ombre
pour protéger son activité. Mais d'un autre côté, la
société civile et les familles ne voient pas cette situation d'un
bon regard. C'est considéré comme une malédiction à
combattre et une scène à cesser.
Par ce questionnement, on remarque aux deux premières
la description de la progression du changement tel que traitée dans la
genèse du phénomène. De la troisième à la
cinquième question, en concluant, nous avons évalué,
explicité et passé en revue les changements, à travers les
logiques du lien social, les symboliques de la formation du collectif et des
solidarités.
Enfin, ce travail achevé ici ne se constitue pas comme
une fermeture, il est comme une fenêtre sur les recherches ou les
réflexions prochaines. Il pourra être peut-être question de
jeter un regard final, cette fois-là sur les problématiques de la
mise sur pied d'une brigade des moeurs chargée du contrôle et du
suivi quotidien des mutations comportementales dans la perspective d'envisager
peut-être une sociologie des activités économiques
spontanées. Le préalable étant le renforcement des
priorités économiques, le financement des autres secteurs loyaux
et productifs en encourageant les PME tout comme les AGR tout en mettant
l'accent sur l'éducation ou l'orientation par la prise en compte
sérieuse des laissés pour compte à l'exemple de
Pamela175(*) tel
qu'évoqué dans ce récit de vie :
J'ai commencé cette histoire à l'âge
de 14 ans juste pour voir si c'était bon comme on me racontait partout
au quartier... au début, cela ne me disait vraiment rien et chaque fois
que je faisais l'acte sexuel, peu de temps après je regrettais et je me
sentais un genre. Mais dès que ma mère est morte en 2001 et mon
père a perdu son boulot à la SITABAC, je ne pouvais plus aller
à l'école...je me baladais et je m'occupais de mes soeurs mais je
ne me laissais plus tromper par les gars. J'ai commencé à traiter
carte sur table et j'étais tellement devenue fumante que lorsque les
gens ne me cherchaient pas, moi-même je les cherchais ou bien je
changeais tout simplement le quartier pour obtenir de nouvelles conquêtes
et avoir des bons payeurs. Parfois j'étais même
obligée de faire un voyage chez ma grand-mère à l'Ouest
pour revenir new new ...
Mais depuis que je pars à la ELF, je n'ai plus
peur, je ne voyage plus trop comme ça, je peux voyager seulement en
période morte ou bien quand le marché ne marche pas...comme vers
le milieu du mois. Même si je voyage mes autres soeurs restent pour
garantir ma place. D'ailleurs toutes les filles de la ELF ne s'amusent pas avec
la place et la position de quelqu'un. Et maintenant il n'y a même plus de
position pour les nouvelles parce que nous sommes très nombreuses et
très serrées ; sauf si tu dois passer par derrière
une ancienne qui est ta personne ou par un aubergiste ou par un boy sinon on va
bien te déranger et te faire fuir et même te faire regretter.
Nous avons les moyens et les méthodes pour traiter les nouvelles, pour
rester vraiment avec nous, il faut avoir le coeur et savoir supporter... le
coup c'est 1000f et 300f pour la chambre, mais tu peux aussi bien
négocier avec ton client et si tu finis avec lui bien, il peut
être fier et te lancer après, il peut même finalement
devenir ton Asso. Il y a aussi les clients qui dérangent et nous on a
les méthodes ; on a les rafles du 8ième qu'il faut
négocier, ce sont nos gens. Par contre nous avons des tactiques pour les
jongler... L'autre problème c'est quand le marché est dur, on
discute les clients, et une collègue vient vous couper les pieds,
arracher le client, comme ça moi je ne tolère pas les choses
comme ça, on va bagarrer avant que les vigiles vont nous sanctionner...
malgré cela, on s'entend très bien quand quelqu'un veut nous
faire chier ; avec les policiers, on essaye toujours de
bien causer... C'est vrai, nous souffrons mais c'est better,
d'ailleurs ce sont nos corps et ça ne dérange personne, nous on
utilise toujours les condoms... ; Moi je ne demande pas à manger
chez quelqu'un, en journée je suis gentille fille comme tout le monde,
je paye mes choses sans discuter parce que j'ai mes moyens ; et je m'en
fous de tous ceux qui s'occupent de moi car moi je n'ai pas leur temps.
Enfin, l'on ne saurait dans la compréhension de
ces milieux de la prostitution et des activités économiques
spontanées se réduire à priori à la seule dimension
économique et au gain financier ; c'est certes établi mais
«d'autres vertus comme support de communication et ressort de la
construction du lien social» sont en vue et sont à revisiter. C'est
en ce sens qu'on conclu avec le professeur Kamdem en disant qu'en plus des
concepts de calcul économique, de calcul d'intérêt
financier dans les sociétés africaines...le rapport demeure
fortement par le collectif et l'ampleur du lien social interpersonnel.
(2001 :770) à côté des nombreuses
particularités et singularités à prendre
sérieusement en compte car ici on tente de tout utiliser pour
créer, consolider la relation avec l'autre.
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C Loi N° 90/053 du 19/12/90 par SE. Paul BIYA.
C Loi N° 99/014 du 22/12/99 sur les ONG.
C Article 344 (Ordonnance n°7-16 du 28 septembre 1972)
-sur la corruption de la jeunesse.
C Article 294 (Ordonnance n°7-16 du 28 septembre 1972)
-sur le proxénétisme.
C Article 344 (Ordonnance n°7-16 du 28 septembre 1972)
-sur la prostitution.
C Le Nouveau Code de Procédure Civile.
RAPPORT, JOURNAUX ET AUTRES
C Cameroon tribune (CT) N°5207 du jeudi 03/09/92:
Décret N° 92/186 du 1/9/92.
C Cameroon tribune (CT) N°5230 du mardi
06/10/92:Décret N° 92/207 du 5/10/92.
C La Nouvelle Expression N° 1837 du 27/10/06, P.05
« les chiffres qui font peur »
C Le Combattant N°1014 du 5 au 31 janvier 2007, P. 03
C Le Popoli N°489 du lundi 26 février 2007,
PP.6-7
C ECAM II, 2006, conditions de vie des populations et profil
de la pauvreté au Cameroun en 2001, MINEFI
- ANNEXES -
ANNEXE1- Guide ou protocole d'entretien adressé
aux opératrices et proxénètes
Je m'appelle Guebou Tadjuidje François,
étudiant en DEA de Sociologie à l'Université de Douala. Je
mène une recherche sur La formation du collectif et le processus de
construction du lien social dans les activités économiques
spontanées : Une approche sociologique des opératrices
du « poteau de ELF » à Douala. Cet entretien
m'aidera à construire mon analyse pour la réalisation de mon
mémoire. Votre contribution me sera d'une importance stratégique
pour l'issue de ce travail, déjà soyez rassuré du
traitement confidentiel des informations.
Identification : age...
Genèse du
phénomène :
1- quels sont les facteurs des activités
économiques spontanées ?
2- quelles sont les raisons de la montée du
marché ouvert du sexe et en quoi consiste t-elle ?
3- depuis quand l'exercez-vous et aviez-vous le choix
ailleurs ?
4- quelles sont les motivations pour lesquelles vous venez au
poteau de la Elf ?
5- constitution de quelques biographies : pouvez vous
nous parler de vous et de votre passé ? (récits de
vie : origine, statut social, conditions de vie antérieures et
actuelles, charges et projets futures...)
Stratégie d'action au
quotidien :
6- pouvez vous nous décrire une soirée de
travail ?
7- pourquoi avoir choisi la Elf plutôt
qu'ailleurs ?
8- comment faites vous pour avoir beaucoup de
clients ?
9- quelles sont les catégories de vos clients les plus
réguliers ?
10- où, comment et sur quelles bases se
négocient et se fixent les prix ?
11- votre recette moyenne en une nuit
Rapports et logique de construction du lien
social :
12- Comment reconnaître une fille de la Elf ?
(portrait en service et en dehors)
13- pouvez vous nous parler de la solidarité et des
rapports avec vos collègues ?
14- en quelles circonstances peut-il avoir division entre
vous ?
15- pouvez vous nous parler de la solidarité et des
rapports avec les tiers (clients, polices, femmes mariés...)
16- quelles sont vos relations entre une fille de la Elf
et la loi, et la magie, et la religion ?
17- adhérez vous à une association ou à
un groupe à la ELF ?
18- Selon vous est-il possible de faire quelque chose pour
vous protéger ?
ANNEXE2- Guide ou protocole d'entretien adressé
aux personnes-ressources et informateurs
Je m'appelle Guebou Tadjuidje François,
étudiant en DEA de Sociologie à l'Université de Douala. Je
mène une recherche sur La formation du collectif et le processus de
construction du lien social dans les activités économiques
spontanées : Une approche sociologique des opératrices
du « poteau de ELF » à Douala. Cet entretien
m'aidera à construire mon analyse pour la réalisation de mon
mémoire. Votre contribution me sera d'une importance stratégique
pour l'issue de ce travail, déjà soyez rassuré du
traitement confidentiel des informations.
Identification : age, service, contact
...
Genèse du
phénomène :
1- quels sont les facteurs des activités
économiques spontanées ?
2- quelles sont les raisons de la montée du
marché ouvert du sexe et en quoi consiste t-elle ?
3- depuis quand entendez-vous parler de cet activité de
la Elf ?
4- quelles sont les motivations pour lesquelles un tiers peut
être amené vers le poteau de la Elf ?
5- pouvez vous faire une lecture de la situation de la
femme ?
Stratégie d'action au quotidien et logique de
construction du lien social :
6- pouvez vous faire une lecture de l'environnement du
poteau ?
7- quelle perception ou représentation faites vous de
cette activité de prostitution?
8- Comment reconnaître une fille de la Elf ?
(portrait en service et en dehors)
9- pouvez vous nous parler de la solidarité et des
rapports dans ce milieu (clients, polices, femmes mariés...) ?
10- entretenez vous des relations particulières avec
ces milieux de poteau ou avec une quelconque prostituée ?
11- Selon vous est-il possible de faire quelque chose pour
protéger ou améliorer ce milieu ?
12- Que pensez vous de la fin du marché du poteau?
(influence sociale)
13- Divers et autres contributions
ANNEXE 3- Guide ou protocole d'entretien
adressé aux clients
Je m'appelle Guebou Tadjuidje François,
étudiant en DEA de Sociologie à l'Université de Douala. Je
mène une recherche sur La formation du collectif et le processus de
construction du lien social dans les activités économiques
spontanées : Une approche sociologique des opératrices
du « poteau de ELF » à Douala. Cet entretien
m'aidera à construire mon analyse pour la réalisation de mon
mémoire. Votre contribution me sera d'une importance stratégique
pour l'issue de ce travail, déjà soyez rassuré du
traitement confidentiel des informations.
Identification : age...
Genèse du
phénomène :
1- quels sont les facteurs des activités
économiques spontanées ?
2- quelles sont les raisons de la montée du
marché ouvert du sexe et en quoi consiste t-elle ?
3- depuis quand l'exercez-vous et aviez-vous le choix de
d'autre activité ?
4- quelles sont les motivations pour lesquelles vous venez au
poteau de la Elf ?
5- constitution de quelques biographies : pouvez vous
nous parler de vous et de votre passé ? (récits de
vie : origine, statut social, conditions de vie antérieures et
actuelles, charges et projets futures...)
Stratégie d'action au
quotidien :
6- pouvez vous nous décrire une soirée de
à la Elf ?
7- pourquoi avoir choisi la Elf plutôt
qu'ailleurs ?
8- comment faites vous pour racoler la fille d'un
soir ?
9- quelles sont les catégories de vos clients les plus
réguliers ?
10- où, comment et sur quelle base se négocie et
se fixe les prix des passes ?
11- y a il une solidarité entre vous les
clients ?
Rapports et logique de construction du lien
social
12- Comment reconnaître une fille de la Elf ?
(portrait en service et en dehors)
13- pouvez vous nous parler des relations que ces filles
entretiennent entre elles ?
14- pouvez vous nous parler de vos relations avec ces
filles ?
15- avez-vous déjà été victime ou
témoin d'une altercation ? (client-client,
client-prostituée, prostituée-prostituée,
prostituée-police...)
16- pouvez vous nous parler de la solidarité et des
rapports avec les tiers (clients, polices, femmes mariés...)
17- les filles de la Elf sont elles solidaires ?
18- Selon vous est-il possible de faire quelque chose pour
protéger ou améliorer ce milieu ?
19- Que pensez vous de la fin du marché du poteau?
(influence sociale)
20- Divers et autres contributions
|
Noms et prénoms
|
Age
|
Sexe
|
Canal
|
Statut
social
|
Date, heure et lieu de la 1ère
rencontre
|
Contact
|
|
Mme TAR
Pascaline
|
38
|
F
|
Note
|
MINPROFF
|
13 et 14 juillet 06 à 12H Au bureau
|
- //- - //-
|
|
Mme MUETEND Sidonie
|
33
|
F
|
Note
|
Agent MINAS
|
08juin 06 à 12H
Au bureau
|
23000870
|
|
Mme MOUTHE Florence
|
51
|
F
|
Note
|
S.G. MINAS
|
28 février 07 à 12H
Au bureau
|
- //- - //-
|
|
M. KAMDEM
|
50
|
M
|
Note
|
Magistrat, Procureur
|
01Nov 06 à 11H
Au bureau
|
77828872
|
|
M. ZOGO
|
38
|
M
|
Note
|
Officier
de police
|
02Déc.06 12 et 23H
Au poste
|
99396246
|
|
M. NGONGANG Thierry
|
35+
|
M
|
Note
|
Homme de média
|
13 et 14 juillet 06 Au bureau
|
- //- - //-
|
|
- //- - //-
|
45
|
M
|
Note
|
A la Elf chef de COVES
|
05Déc 06 05H en poste à la Elf
|
- //- - //-
|
|
SA Majesté NAMA Jean-Marie
|
60+
|
M
|
Note
|
Chef de quartier NewTownIII
|
20fév.06 17H
A la chefferie
|
99515074
|
|
Mme DINDO
|
35
|
F
|
Note
|
Secrétaire comptable
|
16Avril07 13H
A la Elf
|
77314237
|
|
M. EHAWA Sylvain
|
35
|
M
|
Note
|
Inspecteur des impôts
|
17juin 07 13H
A la Elf
|
75O37238
|
ANNEXE 4- Liste de quelques personnes-ressources
rencontrées
ANNEXE5- Liste de quelques enquêtés
ayant décliné leur identités
|
Prénoms
|
Age
|
Sexe
|
Canal
|
Statut social
|
Date, heure et lieu de la 1ère
rencontre
|
Contact
|
|
ALINE
|
25
|
F
|
Direct
|
Etudiante
|
02/2/07 -22h- Elf
|
Confidence
|
|
PAMELA
|
21
|
F
|
Direct
|
Coiffeuse
|
19/05/07 -01h- Elf
|
Confidence
|
|
ERMIONE
|
29
|
F
|
Direct
|
Call boxeuse
|
12/12/06 -18h30-Elf
|
Confidence
|
|
ODILIA
|
17
|
F
|
Direct
|
Vendeuse
|
17/11/06 -02h- Elf
|
Confidence
|
|
SINGUILA
|
18
|
F
|
Direct
|
Rien
|
19/05/07 -01h- Elf
|
Confidence
|
|
MADOUCE
|
20
|
F
|
Direct
|
Rien
|
16/10/06 -05h- Elf
|
Discrétion
|
|
MARTINE
|
28
|
F
|
Direct
|
Call boxeuse
|
02/2/07 -01h- Elf
|
Discrétion
|
|
YAYA
|
22
|
M
|
Direct
|
Sauveteur
|
19/05/07 -22h- Elf
|
Discrétion
|
|
WAREMANN
|
30
|
M
|
Direct
|
Benskineur
|
12/12/06 -05h- Elf
|
Confidence
|
|
JACKSON T.
|
27
|
M
|
Direct
|
Chômeur
|
17/11/06 -22h- Elf
|
Confidence
|
|
BOBY
|
32
|
M
|
Direct
|
Débrouillard
|
19/05/07 -22h- Elf
|
Discrétion
|
|
JUSTO
|
27
|
M
|
Direct
|
Vigile
|
19/09/06 -04h- Elf
|
Discrétion
|
|
SONA
|
24
|
M
|
Direct
|
Vigile
|
12/12/06 -18h- Elf
|
Confidence
|
|
BOBO
|
40
|
M
|
Direct
|
Boutiquier
|
17/11/06 -22h- Elf
|
Confidence
|
|
GUYSO
|
45
|
M
|
Direct
|
-//-//-
|
12/ 02/06-22h- Elf
|
Confidence
|
ANNEXE 6- Carte du Littoral & localisation de
la zone d'étude (municipalité)
= Foyer de vulnérabilité

Source : DOUALA ZOOM 2000-2001
et adaptation personnelle du chercheur
- TABLE DES MATIERES -
Dédicace
.......................................................................I
Remerciements
......................................................................II
Sommaire
.....................................................................III
Liste des abréviations, sigles et
acronymes........................................... IV
Liste des illustrations (tableaux et
cartes)................................................V
Listes annexes
.......................................................................VI
Résumé
..............................................................................VII
Abstract
..............................................................................VIII
EPIGRAPHE
.........................................................................1
INTRODUCTION
GENERALE.........................................................2
FICHE
TECHNIQUE........................................................................8
-PREMIERE PARTIE-
CADRE THEORIQUE ET METHODOLOGIE DE
L'ETUDE............... 9 Introduction de la première
partie................................................10
-CHAPITRE I- REVUE DE LA LITTERATURE ET SPECIFICATION
DE LA PROBLEMATIQUE DE LA
RECHERCHE.............................. 11
I- Revue de la littérature
................................................................12
A- cadre général d'appréciation de la
situation socio-économique
du Cameroun...
............................................................................12
B- définitions des concepts
..............................................................14
1-activites économiques spontanées
...................................................14
2- constructions du collectif ou mobilisation
du capital comme stratégies de
riposte................................................ .15
3- « Elf axe
lourd »..................................................................... .15
4- le poteau
.........................................................................................16
5- le lien social
............................................................................16
6- le concept de capital social
..........................................................17
C- revue de la littérature
.................................................................17
1-le point des travaux sur la construction du lien social en
milieu
spontanée
...................................................................................17
2- le point des travaux sociologiques sur la prostitution
et sur les activités économiques
spontanées ...................................................22
L'évolution de la prostitution
...........................................................22
a- préhistoire et antiquité : de
l'hospitalité sexuelle
vers une malédiction à combattre
.......................................................22
i- de l'hospitalité sexuelle
................................................................22 ii-le
début du moyen age occidental : vers une malédiction a
combattre .........23
iii- activité prostitutionnelle en France: vers
l'essor de nos villes ................25
b- le point des travaux sociologiques et état des
connaissances contextuels sur la prostitution et sur les
activités
économiques spontanées
.................................................................27
II-
problématique..........................................................................30
A- constat et problème contextuel de la
recherche....................................30
B- question de recherche
................................................................32
C- corps de l'hypothèse
..................................................................33
D- OGR- objectif général de
recherche................................................ 35
-CHAPITRE II- CADRE THEORIQUE DE L'ETUDE
........................36
I- modèles théoriques de la
recherche.................................................. 37
A- champs théoriques
possibles......................................................... 38
B- champs théoriques complémentaires
...............................................38
1- approche stratégique de Crozier
.....................................................38
2-approche de l'individualisme méthodologique
............. .......................40
3- approche dynamiste et critique
........................................................41
C- approche du capital social : les bases
théoriques................................. 44
1- contexte de naissance du concept de capital social
et d'émergence de la théorie
.............................................................44
2- mobilisation de quelques auteurs pionniers
théoriciens du capital social.
............................................................47
a- Bourdieu, Coleman et Putnam.
.......................................................47
i- les bases théoriques de Bourdieu, de Coleman et de
Putnam.................... 48
ii- quotidiennement, qu'est-ce que le capital social ?en
quoi diffère-il
du capital humain et de la capacité
sociale ?...................................................... 50
3- quelques champs
d'applicabilité.....................................................
52
a- le capital social et le rendement économique
......................................52
b- la théorie du capital social : une
nécessaire
application au champs de l'éducation.
.................................................55
4-la théorisation du capital social et ses limites
possibles dans
l'analyse
....................................................................................57
a- discours critique autour de la conceptualisation du
capital social .............57
b- répliques aux critiques élaborées par
Putnam .....................................60
c- spécifications du capital social perçu par
Robert Putnam .......................67
a- les trois dimensions du capital social
..............................................68
i- la dimension
structurelle..............................................................
68
ii- la dimension relationnelle
............................................................ 69
iii- la dimension cognitive
..............................................................70
b- insertion et mise en contexte théorique ; les
particularités du capital
social en contexte local : une analyse des AES par un
regard sur
les opératrices du poteau de la Elf
......................................................71
CHAPITRE III PRESENTATION ET JUSTIFICATION DU CHOIX
DE LA METHODOLOGIE DE L'ETUDE
........................................74
I- méthode et technique
..................................................................75
A- délimitation du champ social de l'étude
............................................76
B- choix et délimitation du terrain
.......................................................76
C- population cible, techniques d'échantillonnage
et constitution de l'échantillon
......................................................... 76
1- population cible, techniques
d'échantillonnage.................................... 76
2- nature et constitution de l'échantillon
...............................................77
II- techniques de collecte des données
..................................................78
A- observation directe
...................................................................78
1 - observation directe non structurée
................................................78
2 - observation directe structurée
.......................................................79
B- observation documentaire
...........................................................79
C- les entretiens informels motives (EIM)
............................................81
1- les entretiens individuels.
.............................................................81
2- les groupes de discussions suscitées (GDS)
........................................82
III- techniques de traitement des données.
............................................82
IV- limites et difficultés de
l'étude..................................................... 83
Conclusion de la première partie
................................................84
-DEUXUEME PARTIE-
ELABORATION DES ELEMENTS
EMPIRICO-CONTEXTUELS
ET PRATIQUES SUR LE TERRAIN DE L'ETUDE
...........................86
Introduction de la deuxième partie
...............................................87
-CHAPITRE IV- DES DETERMINANTS ECONOMIQUES
ET
SOCIOPOLITIQUES DES ACTIVITES
ECONOMIQUES
SPONTANEES A LA MONTEE DU MARCHE DU POTEAU
............88
I- contexte socio-historique de l'avènement des
activités
économiques
spontanées.................................................................
89
A- environnement socio-économique et conjoncturel au
Cameroun
...................................................................................89
B- types et caractéristiques des activités
économiques spontanées
recensées sur le terrain
...................................................................92
C- causes et genèse : itinéraire ou
trajectoire socio-économique
et culturel des acteurs du marche du poteau a Douala
................................94
1- la crise économique et ses implications en milieu
urbain........................ 94
a- exode rural et boom démographique
................................................94
b- déséquilibre d'accès à l'emploi
des jeunes en milieu
urbain au
Cameroun.....................................................................
95
II- les causes et les effets de la prostitution ou du
marche
du poteau
..................................................................................
98
A- sur le plan socioculturel
..............................................................98
B- les causes ou déterminants économiques et
sociopolitiques .............101
III- la précarité des conditions de vie des
familles et les nouveaux
modèles de culture
.......................................................................103
-CHAPITRE V- LE QUOTIDIEN DES ACTEURS DE LA
PROSTITUTION ET LA SYMBOLIQUE DE LA
CONSTRUCTION
DU LIEN
SOCIAL...................................................................
105
I-la nouvelle configuration et le circuit adaptatif ou de
socialisation ............ 106
A-la prostitution à la Elf : disposition de
l'activité au quotidien ................106
.
B- reconnaissance des opératrices et des robots de la
Elf ........................109
II- environnement relationnel a la Elf ou les logiques de
construction
du lien social en milieu spontané
................................................... 111
A- relation entre waka et waka
...................................................... 112
1- de bons rapports
......................................................................112
2- de rapports conflictuels
..............................................................113
B- relation entre une waka et un étranger
.........................................113
1- une waka en société
.................................................................113
2- relation entre le poteau et la
police............................................... 114
III- la fille du poteau et le processus de construction
du lien social en contexte de marche
spontanée...................................... 115
A- visage identitaire et
altruiste...................................................... 115
B- visage d'altérité ou
antipathique................................................. 117
IV- la dimension symbolique et dualiste du lien social en
milieu spontanée :
notion et modalité de son échange
...................................................119
-CHAPITRE VI- DE L'ITINERAIRE
D'ACCUMULATION
OU DE CONTINGENCE VERS LA CONSTRUCTION
D'UNCORPS
DE METIER : CONSEQUENCES ET DIVERSES
IMPLICATIONS. ...123
I- le poteau de la jeune fille urbaine : une construction du
capital
humain mais un vrai problème de
société
..................................................124
II- de l'itinéraire contingente d'accumulation vers
les vulnérabilités
ou les risques maladie et les dommages sanitaires
............................................126
III- la prostitution est-elle " réformable "?
...................................................................130
IV- vers une normalisation et une reconnaissance du
métier de fille du poteau ........134
V- la dimension éthique d'une reconnaissance du
métier de fille du poteau......... ...134
VI- recommandations
....................................................................138
Conclusion de la deuxième
partie.................................................... 142
CONCLUSION
GENERALE..........................................................................148
BIBLIOGRAPHIE
.............................................................................151
ANNEXES
.....................................................................................169
Guide ou protocole d'entretien adressé aux
opératrices et proxénètes .............170
Guide ou protocole d'entretien adressé aux
personnes-ressources et informateurs.....171
Guide ou protocole d'entretien adressé aux
clients..........................................172
Liste des personnes-ressources
rencontrées...................................................173
Liste de quelque enquêtés ayant
décliné leur
identités.......................................174
Carte du Littoral & localisation de la zone
d'étude (municipalité).......................175
TABLE DES MATIERES
...............................................................176-182

* 1 Camille EKOMO ENGOLO,
2006 :353, « Dynamiques sociales et conduites
économiques, cas des tontines » in Revue Internationale des
Sciences Humaines et Sociales, Vol.1, N°1.
* 2 DOGAN cité par AFANE,
2004, p.49.
* 3 A.TOURAINE, 1974, Paris,
Seuil.
* 4 SIMONE DE BEAUVOIR,
op.cit
* 5 Jean-Marc ELA, in Quand
l'Etat pénètre en brousse, 1990, éd. KARTHALA.
* 6 Se dit d'une situation
d'aide ou de don sans aucune logique de contrôle et de suivi.
* 7 Il est question en premier
chef de la compression des travailleurs, de l'exode rural et de ses
conséquences ; la prostitution, le grand banditisme, le
chômage, le tabagisme, la consommation des stupéfiants et de la
drogue...
* 8DURKHEIM E cité par
NGA NDONGO, in « L'Opinion camerounaise », tome 1 et 2,
1999, Thèse de doctorat d'Etat ès lettres et sciences humaines,
Université de Paris X Nanterre, p.13.
* 9 Lire SONGUE BEAT Paulette,
2003.
* 10Aktouf Omar.,
Méthodologie des sciences sociales et approches qualitatives des
organisations, 1987, Québec, éd.PUQ p.22.
* 11 R. Nkakleu, 2005, p.
509
* 12 R. Nkakleu, 2005, p.
509
* 13 Nahapiet et Ghoshal, 1998,
cité par R. Nkakleu, 2005, p. 509
* 14 Voir fiche
signalétique en annexe.
* 15 A travers l'analyse
documentaire de l'article de Mohamed El-Ouahed, in La Nouvelle
République du vendredi 07 mai2004
* 16 Ibidem
* 17 Système en vigueur
en France depuis 1946, date de fermeture officielle des maisons close.
* 18 Mohamed El-Ouahed,
op.cit
* 19 Mohamed El-Ouahed,
op.cit
* 20 Voir le article 343-44 et
343-2 du Code Pénal sur la prostitution et le
proxénétisme.
* 21 Voir fiche
signalétique en annexe
* 22 Ces lignes ont
été écrites en 1950 par deux médecins
français, Jean Mathieu et P. Maury, se sont vu confier une étude
sur le quartier « réservé de Bousbir à
Casablanca », ville close née de la volonté des
autorités de regrouper dans des ruelles faciles à surveiller un
certain nombre de prostituées « pour des raisons
d'hygiène, de contrôle et de sécurité » in
Encyclopédie multimédia 2004.
* 23 « Une politique
agricole de crise en vue à partir du Moungo », 1989,
Mémoire de sociologie, Université de Yaoundé,
dirigé par M. Saïbou Nassourou.
* 24 Cité par Claude
Dubar, La crise des identités, interprétation d'une mutation,
2000, Paris, P.U.F.
* 25 Les professionnelles du
sexe in La Revue des Sciences de l'Education, 2000, Vol. XXVI, n°3, pp
651-672.
* 26 In Ces petits
métiers à Abidjan. « L'imagination au cours de la
conjoncture », 1985, Paris, Ed. Karthala, p.261
* 27 Kengne Fodouop, Les petits
métiers dans la ville de Yaoundé, 2002, Yaoundé, Ed.
Cle.
* 28 In Journal of
International Women's Studies, Vol.8,1, November 2006, «An Analysis
of the Economic status of Women in Camaroun»PP.153-167
* 29 Kamgaing Tadjudje Nicolas,
« Les Tontines face à la banque à
Bafoussam »1982, Mémoire de sociologie, Université de
Yaoundé.
* 30 Site ou terrain de notre
étude.
* 31 Songue Beat Paulette in
Prostitution au Cameroun ; le cas de la ville de Yaoundé, 1986,
Yaoundé, Ed. Cle.
* 32 Capitale et siège
des institutions politiques du Cameroun
* 33 Professeur au
département de sociologie de l'université de Lomé au
Togo ; « population et développement : Etude
sociologique de la basse prostitution, facteur de propagation du SIDA en
Afrique subsahérienne » in Revue Camerounaise de
Sociologie et Anthropologie dirigée par le Professeur Nga Ndongo
Valentin, vol.2, n°1, juin 2005, pp 203- 232
* 34 In Le deuxième
sexe, 1969, TomeIII, Folio, Essai Gallimard, Paris,
* 35 Op. Cit.
* 36 Amely-James Koh Bela in La
prostitution africaine en occident. Vente- Mensonges - Esclavage- Sexe- Drogues
et crime, la face cachée de la prostitution des africaines en Europe,
2006, éd. CCINIA Communication, 152p.
* 37 Circulation
monétaire et construction du lien social en milieu africain : une
modalité d'adaptation créative à la mondialisation,
pp.755-772, in Revue Tiers Monde, t.XLII, n° 168, oct-déc 2001.
* 38 Selon le rapport de
l'institut national de la statistique, seul 10% sont formellement travailleurs
contre 90 qui exercent dans le secteur informel in le quotidien la Nouvelle
Expression n°1837du mardi 17 octobre 2006,
p..5 : « Les chiffres qui font peur ».
* 39 Différents types
observés et pratiqués en Europe par les entremises des firmes de
proxénétisme, des maisons de passes comme celle du Bois de
Bologne en Belgique...
* 40 GURVITCH G., in La
vocation actuelle de la sociologie, Tome I, Vers la sociologie
différentielle, 1963, Paris, PUF, 4ème édition,
p.66.
* 41 GRAWITH M., in Lexique en
sciences sociales, 1990, Paris, Dalloz, p.779.
* 42 Ghiglone et Matalon, in
Les Enquêtes sociologiques. Théories et pratiques, Paris, Armand
Colin, 1991, p.70.
* 43 NGA H.E., cité par
Guebou Tadjuidje Francois, in «Mouvements associatifs et
amélioration des conditions de vie. Analyse du rôle des
associations et tontines à Mélong (Moungo) », 2005,
Mémoire de sociologie, Université de Yaoundé I. (non
publié)
* 44 ANSART P., in Les
Sociologies contemporaines, Paris, Seuil 1990, p.11.
* 45 CROZIER M. et FRIEDBERG
E, in L'Acteur et le système, Paris, Seuil 1982,
p.63.
* 46 CROZIER M. et FRIEDBERG E,
op.cit., p64-65.
* 47 BALANDIER
G., Sens et puissance; les dynamiques sociales, Paris,
Nathan, 1971, p.11-12.
* 48 BAJOIT G, Pour la
sociologie relationnelle, Paris, PUF, 1992.
* 49 BOUDON R., in La Logique
du social, Hachette, 1979.
* 50 BOUDON, Op.cit
* 51 In « L'Opinion
camerounaise », tome 1 et 2, 1999, p.300.Thèse de doctorat
d'Etat ès lettres et sciences humaines, Université de Paris X
Nanterre, p.16.
* 52 ZIEGLER J., in Le pouvoir
africain, paris, 1971, édition Seuil, p.22.
* 53 In Pour la Sociologie,
1974, Paris, Seuil, p.88.
* 54 Elaboré par
Nicolas SIRVEN in Capital social et développement : concept,
théories et éléments empiriques issus du milieu rural de
Madagascar, Thèse de Doctorat en Sciences Economiques dirigée par
Jean-Pierre LACHAUD et soutenue en 2004, à Université de
Montesquieu, Bordeaux.
* 55 Capital social et
dynamiques de développement territorial : l'exemple de deux
territoires ruraux français, in Economie des territoires et territoires
de l'économie, n° 124-125 -2006/2-3.
* 56Le capital social :
Performance, équité et réciprocité sous la
direction de Antoine
Bevort,
Michel
Lallement,
Éditions La Découverte, Paris, 2007
* 57 Robert Putman, Bowling Alone : le
déclin du capital social aux Etats-Unis,
* 58 Pour compléter
ces données sur ces trois théoriciens, une version en anglais du
document à l'adresse :
http://www.msd.govt.nz/documents/work-areas/strategic-social-policy/conference/2.11-paper.doc.
a été consultée.
* 59 D. Narayan,
« Voices of the Poor: Poverty and Social Capital in
Tanzania », dans ESSD Studies and Monographs Series, vol. 20, Banque
mondiale, Washington, DC, 1997.
* 60 K. Schafft et D. Brown,
« Social capital and grassroots development: the case of Roma
self-governance in Hungary », dans Social Problems (en voie de
publication).
61 J. Isham, « The effect of social
capital on technology adoption: evidence from rural Tanzania »,
document présenté à la réunion annuelle de
l'American Economic Association, New York, 1999.
* 62 En effet, une des
premières critiques formulées à l'égard de la
littérature sur le capital social voulait que celui-ci ne
réussisse pas à évaluer les formes et les
conséquences de ces coûts. Pour les membres d'un culte, par
exemple, la loyauté au groupe peut être si contraignante que les
tentatives de défection entraînent la mort ; certains membres
de communautés d'immigrants qui ont réussi auraient
anglicisé leur nom pour se dégager des obligations d'appuyer les
cohortes subséquentes. De façon plus onéreuse, les actes
destructeurs de groupes haineux, de cartels de la drogue et d'organismes
terroristes peuvent faire peser un lourd fardeau sur l'ensemble d'une
société.
* 63 Voir, par exemple, R.
Gittell et A. Vidal, Community Organizing: Building Social Capital as a
Development Strategy, Sage Publications, Newbury Park, CA, 1998 ; R.
Sampson, J. Morenhoff, et F. Earls, « Beyond social capital: spatial
dynamics of collective efficacy for children », dans American
Sociological Review, vol. 64, no 5, 1999, p. 633-660.
* 64 I. Kawachi, B. Kennedy
et R. Glass, « Social capital and self-rated health: A contextual
analysis », dans American Journal of Public Health, vol. 89, 1999, p.
1187-1193 ; I. Kawachi et L. Berkman, « Social cohesion, social
capital and health », dans L. Berkman et I. Kawachi (dir.), Social
Epidemiology, Oxford University Press, New York, 2000.
* 65 R. Burt,
« The network structure of social capital », dans R. Sutton
et B. Shaw (dir.), Research in Organizational Behavior, JAI Press, Greenwich,
CT, 2000 ; R. Fernandez, E. Castilla et P. Moore, « Social
capital at work: networks and employment at a phone center », dans
American Journal of Sociology, vol. 105, no 5, 2000, p. 1288-1356.
* 66 S. Morgan et A.
Sorensen, « Parental networks, social closure, and mathematical
learning: a test of Coleman's social capital explanation of school
effects », dans American Sociological Review, vol. 64, no 5, 1999, p.
661-681.
* 67 Sur le capital social
en tant qu'attribut comportemental des « individus », voir
E. Glaeser, D. Laibson et B. Sacerdote, « The economic approach to
social capital », NBER Working Paper No. 7728, Cambridge, MA, 2000.
Pour un compte rendu de la littérature macro-économique
concernant le capital social, voir Temple, J., « Growth effects of
education and social capital in the OECD », Oxford University, 2000,
polycopié.
* 68 Michael
Woolcock est membre du Groupe de recherche sur le développement
de la Banque mondiale et de la John F. Kennedy School of Government de
l'Université Harvard. Son article « Le rôle du
Capital Social dans la compréhension des résultats sociaux
et économique » s'inspire de Woolcock, M., Using
Social Capital: Getting the Social Relations Right in the Theory and Practice
of Economic Development, Princeton University Press, Princeton, NJ (en
voie de publication), et de Woolcock, M., et Narayan, D.,
« Social capital: implications for development theory, research,
and policy », dans World Bank Research Observer, vol. 15, no 2,
2000, p. 225-250.
* 69 Le capital social
perçu par Robert D. Putnam Publié dans L'Observateur de
l'OCDE, N°242, Mars 2004-mai 2004, P14.
* 70 Publié en
début 2004.
* 71 Voir M. Foley et B.
Edwards, « Is it time to disinvest in social capital? »,
dans Journal of Public Policy, vol. 19, 1999, p. 141-173.
* 72 B. Fine,
« Developmental state is dead? long live social capital? »,
dans Development and Change, vol. 30, 1999, p.1-19.
* 73 Gittell et Vidal, op.
cit.
* 74 J.Fox, « How
does civil society thicken? The political construction of social capital in
rural Mexico», dans World Development, vol. 24, no 6, 1996, p.
1089-1103 ; P. Heller, « Social capital as a product of class
mobilization and state intervention: industrial workers in Kerala,
India », dans World Development, vol. 24, no 6, 1996, p.
1055-1071.
* 75 A. Hirschman,
Journeys toward Progress: Studies of Economic Policy-Making in Press,
Greenwood Publishing Group, New York, 1968.
* 76 Voir, par exemple, T.
Besley et S. Coate, « Group lending, repayment incentives, and social
collateral », dans Journal of Development Economics, vol. 46, 1995,
p. 1-18 ; W. Davis, « Vanishing cultures », dans
National Geographic, vol. 196, no 2, 1999, p. 62-89.
* 77 D. Naryan,
« Bonds and bridges: social capital and poverty », Policy
Research Working Paper No. 2167, Banque mondiale, Washington, DC, 1999.
* 78 Professeur
d'administration publique titulaire de la chaire Peter and Isabel Malkin
à la JFK School of Government de Harvard et auteur de l'important
ouvrage Bowling Alone,
* 79 Op cit.
* 80 Les précisions
qui suivent sont celles du Professeur titulaire d'administration publique
Robert D. Putnam, lues dans Le capital social perçu par Robert D.
Putnam Publié dans L'Observateur de l'OCDE, N°242, Mars 2004 -
en mai 2004, P.14.
* 81 Il s'agit alors de
liens entre des gens qui présentent des similitudes d'origine ethnique,
d'âge, de classe sociale ou autres.
* 82 Désigne des
liens transversaux par rapport aux différentes directions des clivages
sociaux.
* 83 Voir bibliographie,
ouvrages spécifiques, articles et revues.
* 84 R. Nkakleu, 2005, p.
509
* 85 Nahapiet et Ghoshal, 1998,
cité par R. Nkakleu, 2005, p. 509
* 86 BAJOIT (Guy), 1992, in
Pour la sociologie relationnelle, Paris, PUF.
* 87 D. Brown,
« Creating social capital: nongovernmental development organizations
and intersectoral problem solving », dans W. W. Powell et E. Clemens
(dir.), Private Action and the Public Good, Yale University Press, New Haven,
1998.
* 88 Se référer
à l'annexe 6 pour mieux saisir schématiquement le terrain
où s'insère notre étude
* 89GHIGLONE et MATALON, in
Les Enquêtes sociologiques. Théories et pratiques,
Paris, Armand Colin, 1991, p.51.
* 90 Ibidem, Op. Cit.
* 91 GHIGLONE et MATALON, in
Les Enquêtes sociologiques. Théories et pratiques, Paris, Armand
Colin, 1991, p.11.
* 92 NGA NDONGO, in
« L'Opinion camerounaise », tome 1 et 2, 1999,
p.300.Thèse de doctorat d'Etat ès lettres et sciences humaines,
Université de Paris X Nanterre.
* 93 DURAND (JP) et AL, 1994,
Sociologie contemporaine, Paris, Vigot,
Col « essentiel », p.307.
* 94 GHIGLONE et MATALON,
op.cit.p.301.
* 95MUCHIELLI R.,
in L'Analyse de contenu des documents et des communications 1991,
Paris, ESF, p.191.
* 96 In « Les
Médias au Cameroun (Mythes et délires d'une
société en crise) », 1993, Paris, L'Harmattan, p.8.
* 97 CHINDJI-KOULEU, in Mes
premiers pas dans la recherche, Yaoundé, Saagraph, 2001.
* 98 In Lexique des sciences
sociales, 1990, Paris, Dalloz, p.693.
* 99 QUIVY R. et VAN
CAMPENHOUDT L., in Manuel de recherche en Sciences Sociales, 1995
Paris, Dunod.
* 100 G.BACHELARD in
L'intuition de l'instant, 1932, p.5.
* 101 Lire les documents de
INS 2005 sur le pourcentage des chômeurs et des sous-employés.
* 102 Dans les deux villes
principales du Cameroun, capitale politique et économique, c'est un
marché ou secteur qui en se distinguant par son type d'activité
marginal, manifeste le rejet de l'ordre, de l'autorité et de tout ce qui
est formel au point de s'expatrier et refuser son appartenance aux registres
classiques de la vie du pays, s'identifiant ainsi enfin vis-à-vis de la
loi comme des acteurs laissés pour compte, à devenir flou devant
nécessairement plonger dans la vulnérabilité et le risque
solidaire de bien de secteurs concurrentiels ; créant ainsi son
propre règne et ses lois dans des territoires tampons dit glissant mais
fertiles à côté des marchés d'activités dit
loyaux. A Akwa ou à la ELF à Douala, à Mini-ferme ou
à l'hôtel de ville à Yaoundé, ces opératrices
du poteau sont connues sous diverses appellations à savoir : filles
de secours, filles du poteau, filles de l'hôtel de ville, filles de la
rue de la joie...
* 103 La table du paysan est
pauvre mais le lit est fécond
* 104 PAS ; Programme
d'Ajustement Structurel
* 105 KENGNE FODOUOP, op.
cit.
* 106 J.M ELA, op. cit,
p126.
* 107 Salaire Minimum
Interprofessionnel Garanti qui est d'environ 23 500 francs Cfa
* 108 Selon le MINPAT, INS,
2003 et SECOD 2005, La ville de Douala seule compte 2 067 189
habitants contre 2 704 131 pour toute la province du Littoral, soit
une différence de 637 022 habitants reparti dans les
périphériques et village de la province
* 109 DPNP, mars 1993, p.01
* 110 Selon la DPNP, elle
baisse de 2,8% en 1986 et de 8,6 entre les années 1987 et 1988
* 111 Voir, lire le VIè
plan quinquennal
* 112 In A.SOCPA, op.cit
* 113 S.BEAUVOIR, op.cit.
* 114 EMOUZOUA, op.cit, p
227
* 115 Notre enquête sur
le terrain et plus précisément auprès de nos personnes
ressources en la journée du 12 décembre 2006 et du 14
février 2007.
* 116 Voir dans revue de la
littérature, la partie, Préhistoire et antiquité : de
l'hospitalité sexuelle vers une malédiction a combattre
* 117 Une de nos personnes
ressource en service au MINAS du Littoral, Bonanjo.
* 118 Op.sit
* 119 In l'hebdomadaire Le
Combattant, N°1014du 25 au 31 janvier 2007, p.3 sur la
prostitution.
* 120 Op.cit.
* 121 L'une des
opératrices du poteau de la Elf, elle est censeur du groupe de tontine
bihebdomadaire dénommée « Sans
soucis ».
* 122 Propos James Amely
KOBELA sur un plateau d'émission de télévision (STV)
présentée par Thierry NGONGANG avec le pasteur Blaise KENMEGNE du
CIPCRE.
* 123 L'une des
opératrices du poteau de la Elf, gérante de call box en
journée
* 124 Une de nos
personnes-ressources, elle est secrétaire de bureau au service central
du MINAS, Dél. Prov. du Littoral
* 125 MADOUCE est
âgée d'à peine vingt ans et elle a accepté de nous
recevoir à la Elf et de nous donner sa parole mais à coût
d'argent ce jour dit t-elle où le marché ne passe pas.
* 126 Une
enquêtée parmi les plus disposées à nous
répondre
* 127 Appellation localement
utilisée, identifiant de manière codifiée la jeune
prostituée qui se cherche à la Elf.
* 128 SINGUILA, actrice
* 129 BAJOIT (Guy), 1992, in
Pour la sociologie relationnelle, Paris, PUF.
* 130 Op. cit.
* 131 PAMELA, op. cit.
* 132 Groupe informel
formé à la Elf par de longs bras en vue de venir en aide aux WAKA
en cas de différents et de litiges, les membres sont recrutés
entre les BOYS et les NANGAS-BOKO
* 133 Cette appellation est
destinée aux jeunes garçons qui accordent leurs services de
protecteur aux WAKA
* 134 Cette appellation est
destinée aux jeunes garçons ou aux garçons de la rue
* 135 Groupe ou
société basé à la Elf mis sur pied par la
convention des patrons des structures (bars, auberges, hôtels...) en vue
de sécuriser les clients sur le site et de venir en aide aux WAKA en cas
de différents et de litiges, les membres recrutés entre les BOYS
et les NANGAS-BOKO sont appelés vigile
* 136 Celui est appelé
« le 10 »
* 137 RECSA, op.cit., p.216
* 138 Propos de JACKSON
président de la GET 7 ACADEMIC, il se reconnaît vivement comme
proxénète
* 139 Lire Jean-Jacques
ROUSSEAU dans son exposé sur « l'état de
nature » in Du contrat social (1760)
* 140 BAJOIT, op.cit
* 141 Léviathan,
édition première parue le 1651.
* 142 Opératrice de la
Elf, elle est âgée de 29 ans. L'entretien a té
réalisé le 12 décembre 2006 entre 22 et 23 heures 30
* 143 Malchance
* 144 ESSE AMOUZOUA, op.cit
* 145 op.cit
* 146 In Critique de la raison
dialectique, Paris, Gallimard, 1960
* 147 G.FERREOL (sous la
direction), Août 2004, Sociologie, Cours, méthode, application.
Coll. Grand Amphi sociologie, édition Bréal.
* 148 G.FERREOL, Op.cit.
* 149 In Fondation, 2006, Acte
du Colloque du 16 mai 2000
* 150 Voir fiche
signalétique en annexe.
* 151 Appellation ou
expression qui s'emploie pour désigner les clients réguliers et
reconnus et ceux-ci ont généralement des prix et des traitements
particuliers, cette familiarité fait qu'ils deviennent parfois des
protecteurs ou des BOYS
* 152 OVERALL, Christine,
"Whats'Wrong with Prostitution? Evaluating Sex Work" in SIGNS, Journal of Women
in Culture and Society, 1992, vol. 17, no.4, p. 705-724
* 153 OVERALL, op.
cit.
* 154 Ivone GEBARA,
citée dans Laprise, 2002, p. 9.
* 155BARRY, 1992
* 156 JEFFREYS,
2001.
* 157 Madame DINDO
Clarence, secrétaire de direction et comptable
* 158 Lieu voisin
des démonstrations de prostitution, d'autres langues se délient
pour parler de « Carrefour j'ai risqué ma
vie »
* 159 DORAIS, Michel Les
enfants de la prostitution, VLB éditeur, Montréal, 1987,
p.46.
* 160 Procureur KAMDEM, au
tribunal de première instance de Ndokotti , personne-ressource à
nous confié pour l'aspect dispositions juridiques de le question
* 161 Disposition qui
stipule que « Tu es le seul maître de ton corps » et
bien admise dans le Nouveau Code de Procédure Pénale.
* 162 Quasiment au cours de
tout nos entretiens avec nos personnes ressources comme Sa Majesté NAMA
JM
* 163 TEFE TAGNE, op.cit
p.28
* 164 Personnes ressources
* 165 Citée dans
Fondation Scelles, 2000.
* 166 BBOULDING Elise, 1977,
The underside of history ; view of women through time, Boulder (colora)
Western press, p. 558
* 167 E.DURKHEIM, prsnt par
CASTAGNEZ Noélline-REGGIUS, 1997, Histoire des idées socialistes,
Paris, La découverte, p.3
* 168 Mot aussi défini
par KELLER in « Fenêtre d'opportunités »,
1994, p.26
* 169 Une expression
employée par SONGUE, op.cit.
* 170 Voir l'article 343 du
Code Pénal réprimant la prostitution et les textes
régissant le mariage dans les Ordonnances n°81-02 du 29 juin 1981
au Titre VI
* 171 Gérant et patrons
d'hôtels, responsables d'auberges, propriétaires des salles de
jeux et casinos, propriétaires des bars et des débits de
boissons
* 172 Voir la carte en annexe
6 à la page 134
* 173 Propos de Mme MOUTHE,
personne-ressource, MINAS, interviewé pour la 1ère fois le 28
/02/07 à 12H
* 174 In Introduction à
la sociologie générale : Le changement social, Tome III,
1968, Paris, HMH, p.30-31
* 175 L'une des
opératrices du poteau de la Elf âge de 22ans, elle est orpheline
de mère et son père a perdu son emploi après la mort de
son épouse en 2001. Elle est censeur du groupe de tontine
bihebdomadaire dénommée « Sans
soucis ».