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La problématique de l'Autre comme Infini dans la philosophie d'Emmanuel LEVINAS

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par Charles NDUMBI KABOYA
Université Saint Augustin de Kinshasa - Graduat 2009
  

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III.5. L'éthique en rupture du politique

L'éthique et la politique présentent une sorte d'antinomie dont dépend la vie de l'individu et celle de citoyen. C'est ainsi que Raymond POLIN dans son ouvrage « Ethique et Politique » dira : « à certains, il parait évident que l'éthique forme, avec la politique, un tout unique, qu'elle en est inséparable, qu'elle la gouverne et que les lois de la politique tirent de l'éthique leur sens et leur pouvoir d'obliger. A d'autres, il parait non moins évident que les structures et les problèmes politiques sont sans commune mesure avec ceux de l'éthique ; qu'ils ne sont pas du même ordre ; que les décisions et les solutions politiques sont indépendantes des justifications éthiques »70(*). Voilà comment la double définition de l'éthique et de la politique révèle à la fois leur profonde unité et leur profonde différence.

Emmanuel Lévinas estime qu'il n'y a pas d'autre conscience d'Autrui qu'éthique. Ce qui revient à dire que la relation à l'Autre ne se produit pas d'abord comme conscience de l'autre mais, comme conscience éthique. Presque toute la pensée de Lévinas se fonde sur l'éthique qu'il qualifie de « philosophie première ». C'est cette éthique capable d'assurer notre survie comme espèce humaine qui ne peut plus cohabiter avec le politique entendu comme gouvernement d'un Etat. Parce que le politique semble déboucher à la politique qui laisse actuellement prévaloir le mal au mépris du bien.

Comme notre auteur qui, après les deux guerres qui ont secoué l'humanité à son temps, se mit à réfléchir sur la place de l'Autre, il en va de même pour nous dans cette analyse. Notre pays depuis la deuxième république a connu une succession de guerres pendant lesquelles nos soeurs et frères congolais ont péri sans merci. Face à cela, pouvons-nous dire que c'est l'homme congolais qui est mauvais ? Est-ce le pays qui est mal situé et parce que doté d'une source de richesse intarissable ?

Pas du tout, nous pensons que les causes sont ailleurs ; le problème de la méconnaissance de l'Autre trouve son origine dans l'état d'esprit de l'homme congolais actuel se trouvant dans l'espace socio-politique. Instance des décisions de grande envergure et de révolution sociale. Nous pensons que cet état d'esprit se caractérise par la domination, l'égoïsme, la corruption et le mensonge. Dans ce même ordre d'idées, pouvons-nous parler d'une politique ou d'une animalité ?

III. 6. Politique ou animalité

Notre auteur, à travers ses leçons, insiste sur la vérité en faisant remarquer qu'elle a des dimensions multiples et cela s'applique en tout premier lieu à sa propre pensée. La politique a une autre dimension par laquelle elle n'est plus l'art de gagner la guerre. A l'état naturel, l'homme est présenté comme un « homo homini lupus » et son humanité exige de dépasser le règne de l'animalité, celui de la force brute. La raison politique est, dès lors, investie d'un sens nouveau et permet d'échapper à la guerre de tous contre tous. En ce sens, grâce à l'Etat, aux institutions, à la loi à laquelle se soumettent les libertés en lutte, un ordre pacifique peut émerger. L'ordre politique est le moyen de garantir un équilibre entre les composantes et les entités du gouvernement pour les forces qui s'opposent.

Si la règle du jeu social est fixée par le droit et son respect garanti par la police, la guerre et ses implications seront remplacées par une saine compétition commerciale où tout le peuple se sentira épanoui. Cependant, cet ordre politique se caractérise par son ambivalence. D'un côté, il transcende certes l'animalité et il est condition de liberté. Il est illusoire de penser garantir la liberté sans des institutions comme le pensent les politiciens congolais. La liberté ne se bâtit pas sur des bons sentiments. De l'autre côté, l'ordre politique ignore l'homme comme personne unique. Son universalité connaît seulement le citoyen dans son anonymat.

* 70 R. POLIN, Ethique et politique, Paris, Sirey, 1968, p.112-113.

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