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La problématique de l'Autre comme Infini dans la philosophie d'Emmanuel LEVINAS

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par Charles NDUMBI KABOYA
Université Saint Augustin de Kinshasa - Graduat 2009
  

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II.3.Intentionnalité comme philosophie de la Totalité

Emmanuel Lévinas reconnaît le mérite de Husserl avec sa méthode phénoménologique46(*) qui a fait de la philosophie une science rigoureuse. Husserl, dans son effort de doter la philosophie d'une méthode rigoureuse, fait de la philosophie première, un « retour aux choses elles-mêmes ». De son enseignement essentiel, Lévinas a retenu le concept d'intentionnalité47(*). Malgré la séparation d'avec son maître Husserl à propos du théoritisme et du primat de la conscience d'objet, le désaccord fondamental entre les deux intervient autour de la question de l'altérité d'Autrui.

En fait, l'altérité telle que présentée par Husserl, est qualifiée de relative, d'affaiblie, d'altérée, par Lévinas. Pour lui, Husserl a manqué l'altérité infinie de l'autre et l'a réduite au Même ; il a fait de l'autre un alter ego, un phénomène d'Ego. Bref, il a neutralisé l'altérité absolue de l'autre. Aussi, la phénoménologie tout entière, depuis Husserl, est-elle la promotion de l'idée de l'horizon qui joue un rôle équivalent à celui du concept dans l'idéalisme classique. Pour Husserl, on ne peut parler de l'autre qu'à partir d'un certain apparaître. Dans ce cas, l'autre devient nécessairement phénomène de l'ego constitué par apprésentation analogique à partir de la sphère d'appartenance propre de l'ego. C'est ce que Jacques DERRIDA souligne lorsqu'il écrit que « c'est l'autre en tant qu'autre qui est phénomène de l'ego, phénomène d'une certaine non-phénoménalité irréductible pour l'ego comme ego en général. Car il est impossible de rencontrer l'alter ego, il est impossible de le respecter dans l'expérience et dans la langage sans que cet autre, dans son altérité, apparaisse pour un ego »48(*).

La philosophie husserlienne est égologique dans la mesure où le Moi s'enferme dans sa conscience individuelle primordiale, dans « sa sphère primordiale » et réduit l'autre en neutralisant son altérité. C'est ce que Lévinas qualifie de violence, de non-reconnaissance de l'autre.

Eu égard à ce qui précède, nous voyons que Husserl a eu le souci de réhabiliter l'altérité d'Autrui - notamment dans ses critiques contre Hegel - mais lui-même a échoué dans ce même point malgré les efforts déployés. Il n'a abouti qu'à construire des êtres de raison. D'où le règne de la science, c'est-à-dire de la rationalité. « Sa philosophie est aussi ontologique en tant qu'elle est une expérience de l'être. Mais elle est surtout une philosophie de la raison, car elle est taillée sur le règne stable de la science »49(*). Ce règne de la raison est la caractéristique essentielle de l'intentionnalité husserlienne.

Lévinas dans son intervention, inverse le sens autrefois attribué jadis à la réduction intersubjective. En effet, la réduction intersubjective ne se dirige pas nécessairement contre le solipsisme de la sphère primordiale et le relativisme de la vérité, mais lorsque « le Moi » cesse de se poser et parvient à se voir à partir d'Autrui - à qui il a seulement des comptes à rendre - et qu'il s'arrache à sa primordialité que survient l'événement non-gnoséologique. Dès lors, cette sphère primordiale perd sa priorité devant le visage d'Autrui et la subjectivité se réveille de l'égologique de l'égoïsme et de l'égotisme50(*). Avec la réduction intersubjective de Levinas, il se fait un renversement des valeurs. « Le Moi » est dépouillé de sa conscience individuelle. L'Autre n'est plus totalité dans le Même ; plutôt l'Autre se présente en face du Même, et l'interpelle à le rendre justice. A cet effet, il est le non-thématisable, le non-synthétisable.

Malgré cette divergence autour de la conception de l'altérité, il y a cependant des points de convergence. Ils sont tous deux de l'avis que l'altérité de la chose diffère de celle d'Autrui. Par contre, pour Lévinas, Husserl dans les méditations cartésiennes, décrit autrui comme un `alter ego', comme `un phénomène de `l'ego'. Il le constitue par apprésentation analogique. De ce fait, cet Autrui est assimilable à la monade de Leibniz.

* 46 Phénoménologie : méthode qui consiste à s'intéresser aux phénomènes (ce qui apparaît), autrement dit «cela » qui apparaît à la conscience. On peut ainsi parler d'une phénoménologie de la perception, de la volonté, de l'art, de la religion, etc.

* 47 Intentionnalité : ce terme utilisé principalement par Husserl et ses successeurs, signifie que la conscience ne peut s'appréhender que dans son rapport à un objet qu'elle vise. Toute conscience est conscience de quelque chose.

* 48 J. DERRIDA, L'écriture et la différence, Paris, Seuil, 1967, p.180-181.

* 49 PANGADJANGA, Idée de violence dans la philosophie d'Emmanuel Levinas. Mémoire de DES, Kinshasa,

FCK, 1988, p.34. (Inédit).

* 50 Cf. ibid., p.36-37.

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